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Origine et datation des évangiles

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L’auteur

Philippe Rolland (1940 – 2017) est un prêtre du diocèse de Meaux. Il a enseigné l’exégèse
à partir de 1971 à Paris, Brazzaville, Jérusalem et Issy-les-Moulineaux. Ses recherches l’ont
conduit à adopter des positions originales, voire marginales (dans le sillage de Jean Carmi-
gnac, John A. T. Robinson et Claude Tresmontant), à contrecourant des opinions exégétiques
majoritaires. Il a notamment eu à cœur de prouver l’authenticité des épîtres du Nouveau
Testament, écrites du vivant des apôtres (cf. La mode « pseudo » en exégèse, Éditions de Paris,
2002), avec le souci de défendre l’origine apostolique du ministère presbytéral (cf. Les ambas-
sadeurs du Christ, Cerf, 1991).

L’ouvrage
Publié en 1994, L’origine et la date des évangiles consiste en un résumé destiné à un large
public des travaux de l’auteur sur la question synoptique et la datation des écrits du Nouveau
Testament. Il s’inscrit dans la ligne de son précédent ouvrage : Les premiers évangiles (Cerf,
1984), dont il résume le propos et reprend l’essentiel des conclusions. L’objectif de l’auteur
est de « [permettre] aux lecteurs, croyants et incroyants, de se rendre compte […] de la “so-
lidité” des renseignements que nous donnent les évangiles (cf. Lc, 1,1-4) » (Avant-propos, p.
11). Dans un souci de fidélité à l’Église catholique et ses orientations (cf. p. 11-13 ; 166-167), il
prend ainsi le contrepied de l’exégèse moderne et de ses « présupposés » (cf. p. 172).

Cet ouvrage a fait l’objet en 2001 d’une nouvelle édition électronique (publiée sur [Link]),
comportant une demi-douzaine de petites additions dont nous tenons compte dans cette fiche.
Les numéros des pages citées seront indiqués après les citations [entre crochets], et les titres
des livres bibliques seront quasi-systématiquement abrégés (même dans les citations).

Résumé
Avant-propos
D’emblée, Philippe Rolland (PR) évoque l’enseignement de Bultmann, selon lequel les
évangiles seraient des écrits plutôt tardifs (autour de 80 pour Lc et Mt), qui nous rensei-
gneraient plus sur les communautés chrétiennes de deuxième génération que sur l’époque

L’origine et la date des évangiles (P. Rolland) • Fiche de lecture • Clément Ryder 3 / 15
du Christ et des apôtres. Un positionnement partagé aujourd’hui, non sans nuances, par une
majorité d’exégètes, même catholiques.
PR indique alors une tentative de contestation de ce consensus, par Tresmontant
(« avec exagération » [10]) et Carmignac. PR affirme quant à lui ne vouloir « [prendre] parti
ni pour un camp ni pour l’autre, [se] contentant de rechercher la vérité » [10].
Dix ans après Les premiers évangiles, PR veut « faire le point » [10]. Il annonce alors
l’ambition pour son ouvrage : « [permettre] aux lecteurs, croyants et incroyants, de se
rendre compte, comme dit l’auteur du troisième évangile, de la “solidité” des rensei-
gnements que nous donnent les évangiles (cf. Lc 1, 1-4) » [11].
Pour expliciter le sens de sa démarche, il reproduit alors un extrait de l’Instruction sur la
vérité historique des évangiles de la Commission Biblique Pontificale du 21 avril 1964.

Préliminaires
PR expose quatre solutions au problème synoptique : 1. Une solution de dépendance
mutuelle directe entre les trois synoptiques ; 2. La solution des deux sources (Marc + Q) ;
3. La solution de Boismard, qui postule sept documents hypothétiques ; 4. Sa solution
personnelle (argumentée dans Les premiers évangiles), qu’il considère plus pertinente que
les deux premières « trop simples » [19] et la troisième d’une « extrême complication » :

Évangile de Jérusalem
(plutôt que « Matthieu hébreu »)

Évangile pétrinien Évangile Évangile paulinien


de Césarée (Q)

Matthieu Marc Luc


(63) (66) (64)

L’auteur va traiter en huit chapitres un corpus plus large que les quatre évangiles
canoniques puisqu’il va s’intéresser aussi au témoignage de Pierre (notamment la question
de l’authenticité de 2 P) et recourir aux lettres de Paul, pour finalement dater l’ensemble des
livres du NT.

Chapitre I – Le témoignage de l’œuvre de Luc


PR commence par traiter l’ensemble unifié que constituent Lc et Ac, qu’il appelle
« L’Histoire des origines Chrétiennes » [23]. Il insiste sur le fait que Luc s’est « soigneu-
sement informé de tout depuis les origines » (Lc 1, 3).

L’origine et la date des évangiles (P. Rolland) • Fiche de lecture • Clément Ryder 4 / 15
1. La date de Ac. Ac, n’a pu « être [terminé] qu’à partir de 63 » [64]. Mais à une da-
tation tardive (après 80) de Ac, PR oppose trois arguments : a) si les morts de Pierre
et Paul avaient déjà eu lieu, Luc les aurait certainement évoquées ; b) Luc n’aurait pas pu
présenter « les autorités romaines sous un jour favorable » [24], après le virage tyrannique
de Néron et notamment sa calomnie des chrétiens au sujet de l’incendie de Rome en 64 ; c) il
faut considérer Lc 19,41-44 et 21,6.20-24 comme des prophéties pas encore réalisées de la
ruine de Jérusalem : Lc a pu être écrit avant 70 (PR développera cela au chapitre IV).
Il conteste ensuite fermement le « dogme critique » [25] de la priorité de Marc,
puis montre qu’une datation tardive de Lc-Ac correspond à la prétention de Luther « que
l’ordination [cf. Ac 6, 1-6 notamment] n’était pas une institution apostolique, mais une in-
vention tardive » [25]. (Il traite ce thème dans Les ambassadeurs du Christ.)
2. La crédibilité de Ac. Celle-ci vient surtout du fait que l’auteur de Ac était un com-
pagnon de Paul : il se présente comme tel, et il est impossible qu’il ait menti sur ce point,
faute de quoi « il se serait complètement disqualifié » [26].
3. Le nom de l’auteur. PR défend ensuite l’attribution de Lc-Ac à Luc avec cet argu-
ment : cette attribution est unanimement attestée dans l’Antiquité, or, « si l’on avait vou-
lu, à une époque tardive, mettre un nom prestigieux sur un écrit dont personne ne
connaissait l’auteur, on aurait pensé à André, à Philippe, à Thomas, etc. » [27].
4. Les premiers mots de la foi. PR s’appuie sur trois éléments pour formuler l’hy-
pothèse d’un proto-Mt hébreu plutôt précoce : a) La prédication des apôtres s’est d’abord
adressée aux Juifs ; b) Il est fort probable que la tradition orale ait été rapidement
fixée par écrit (« les épîtres de Paul, rédigées à partir de 51, montrent bien que les chrétiens
n’étaient pas des illettrés. » [30]) ; c) Papias, évêque de Hiérapolis avant 120, affirme que
le premier évangéliste était Matthieu (il sera suivi en ce sens par Origène au IIIe siècle). PR
précise que le Mt grec que nous connaissons n’est pas une traduction directe de ce proto-Mt
hébreu (dans la réédition de 2001, PR distingue mieux le Mt hébreu dont parlent les Pères de
l’Église, en réalité plus tardif, et le tout premier écrit qu’il appelle « évangile de Jérusalem »).
5. L’expansion du christianisme. PR présente ensuite les milieux au sein desquels ont
été rédigés les documents qui ont servi de base aux évangélistes pour la rédaction des synop-
tiques : a) à Jérusalem, « les Hébreux » (cf. Ac 6, 1) rapidement rejoints par des chrétiens
hellénistes, d’où la nécessité d’une première traduction grecque du proto-Mt hébreu ; b) à
Césarée, des « craignant Dieu », milieu d’origine de la source Q que PR préfère appeler
« l’évangile des craignant Dieu » [34] ; c) Antioche, où PR situe une révision du Mt hé-
breu sous la direction de Pierre lui-même : l’« évangile pétrinien » ; d) dans les commu-
nautés pauliniennes, une révision du Mt hébreu : l’« évangile paulinien ».

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