PR observe enfin, concordance détaillée à l’appui, que Ac 1-15 « est écrite dans une
langue pleine de sémitismes, alors que la seconde partie, où Luc s’exprime plus librement,
est écrite dans un grec bien plus classique » [91]. D’autre part, ce vocabulaire est attesté en
1 P et en 2 P, ce qui prouve que Luc a restitué le langage véritable de Pierre. PR complète
cette affirmation par une étude des discours attribués à Paul dans Ac : il faut en effet que
ceux-ci soient « absolument pauliniens » [92] pour que sa démonstration tienne. Il conclut
par exemple que « le discours de Paul et les lettres de la captivité confirment mutuel-
lement leur authenticité. » [95].
Et PR conclut : « Les écrits ne proviennent pas de faussaires anonymes mais ils
sont bien ce qu’ils prétendent être : des témoignages directs de la foi des Apôtres de
Jésus Christ. » [95]
Dans un deuxième excursus, PR évoque la question de la pseudonymie (il développe-
ra cela dans son ouvrage La mode «pseudo» en exégèse, Éditions de Paris, 2002).
Dans un troisième excursus, il traite les rapports entre 2 P et Jude, pour conclure que
c’est « Jude qui dépend de 2 P et non l’inverse. […] 2 P ne peut donc pas être un écrit tar-
dif, si elle est antérieure à Jude, elle-même antérieure à l’année 80. » [103].
Chapitre IV – L’évangile de Luc
1. L’antiquité du Troisième Évangile. Rappelant sa conclusion à propos de la datation
de Ac, entre 63 et 64~65, PR situe Lc « nécessairement » [107] avant Ac, donc avant 65. Rap-
pelant aussi sa conviction d’un Luc ayant écouté Pierre durant sa captivité entre 61 et 63, et
prenant en compte la date de l’arrestation de Paul, vers 57-58, PR situe finalement la rédac-
tion de Lc en Achaïe en 62 [107].
PR conteste ensuite une nouvelle fois la théorie d’un Lc dépendant de Mc actuel,
donc tardif. Il renouvelle une autre réfutation, à propos de la prophétie de Jésus sur la
ruine de Jérusalem (Lc 19,41-44 et 21,20-24), cette fois-ci de manière plus détaillée. Selon
lui, le fait que la destruction de Jérusalem soit annoncée « par ces termes très généraux »
[108] prouve qu’il s’agit d’une véritable prophétie, ici rédigée avant 70. Il s’appuie sur l’em-
ploi du mot « dévastation » dans l’AT pour étayer son propos. Au terme d’une discussion
qu’il qualifie lui-même de « technique », PR conclut qu’« il faut bien montrer aux scep-
tiques que la théorie de la datation tardive de Lc ne repose sur rien de solide » [111].
2. La valeur des sources utilisées par Luc. PR examine ensuite les sources utilisées par
Luc. Il relève notamment un certain nombre d’indices (par ex. : la course de Pierre au tom-
beau) qui semblent indiquer que Luc a connu Jean. Ce serait grâce à ce contact avec Jean
(qui a pris Marie chez elle) que Luc aurait pu composer son récit de l’enfance. PR soutient
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donc la crédibilité des récits de l’enfance ; selon lui, « jamais [Luc] ne glisse dans ses récits
des faits imaginaires » [113]. À partir de deux exemples, PR suggère que Pierre aurait été
une source directe de Luc.
3. La composition de l’œuvre de Luc. PR propose enfin un plan général de Lc, indis-
sociable de Ac (il réutilise ici un de ses propres articles, de 1984), en quatre parties, selon une
progression générale : entourage de Jésus → Israël → nations.
Chapitre V – L’évangile de Matthieu
Pour dater Mt, PR commence par dater ses sources : a) Q, que PR fait remonter « à
l’époque de la conversion de Corneille, avant l’arrestation de Pierre » [119] ; b) l’évangile
d’Antioche (= pré-Mt) qu’il situe « entre la première venue de Pierre à Antioche » [119] vers
43, « et son installation à Rome » [119] vers 58. « Donc, les sources de Mt existaient déjà
avant l’an 60. » [119] Pour la datation de Mt grec, PR veut donc proposer une solution in-
termédiaire, un juste milieu entre les estimations habituellement tardives des exégètes (~80)
et les estimations précoces (40~60) de Tresmontant–Carmignac–Robinson.
1. La date de Mt grec. PR explique avoir changé d’avis depuis Les premiers évangiles.
Il rejoignait à l’époque « l’opinion commune : Mt grec est écrit après la ruine de Jérusalem »
[119-120]. Mais deux éléments l’ont fait changer d’avis : a) selon la tradition patristique,
c’est bien Mt qui est le premier évangile ; b) et surtout, Mt « ne connaît manifestement ni Mc
actuel ni Lc. Or les écrits chrétiens circulaient très vite. » [120]. « En conséquence, […] ils
ont dû être rédigés à peu près à la même époque, entre 62 et 64 » [120].
PR traite alors trois objections habituelles à une datation précoce : a) Mt grec uti-
liserait Mc : objection déjà réfutée par PR ; b) Mt 22,7 témoignerait que « le rédacteur de
Mt savait de quelle manière les soldats de Titus avaient détruit Jérusalem », mais en réalité,
ce passage n’est « pas nécessairement » [121] une allusion à l’incendie de Jérusalem
par Titus ; b) Mt parle du judaïsme d’une telle manière que « chrétiens et Juifs sont deux
peuples différents » [120], ce qui n’a été le cas que « vers 80, à l’époque du Synode de
Jamnia » [120-121]. C’est à propos de cette troisième objection que PR a évolué : chrétiens
et Juifs semblent s’être séparés bien plus tôt, vers 62-64 : une époque où Néron a une
femme juive tandis qu’il fait accuser les chrétiens de l’incendie de Rome. PR conclut en si-
tuant Mt grec en 63 et Lc-Ac en 64.
2. Les sources du Mt grec. PR remarque dans Mt le grand nombre de « citations d’ac-
complissement » [123], en particulier dans le récit de l’enfance. Cela, ainsi que l’insistance
sur le personnage de Joseph conduisent à penser que la famille de David était une source
de Mt. PR repère aussi dans Mt l’influence de Pierre et de l’entourage de Jacques.
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