CHAPITRE 3 : LA MONNAIE
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OBJECTIFS SPECIFIQUES :
Définir ce qu’est la monnaie.
Distinguer les différentes formes et fonctions de la monnaie.
Savoir mesurer la monnaie : définir et calculer des agrégats monétaires.
Présenter les motifs de demande de monnaie
Déterminer l’équilibre sur le marché monétaire
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INTRODUCTION
L’étude des comportements des agents économiques sur le marché de la monnaie revient à
étudier les fonctions d’offre et de demande de monnaie. Le marché de la monnaie, comme tout
marché, peut être regardé comme le lieu où s’équilibrent une offre et une demande.
L’étude de ce marché permet de comprendre les liens entre quantité de monnaie en circulation
et les trois grandes variables macro-économiques que sont le niveau général des prix, le taux
d’intérêt et le niveau d’activité.
Dans le cadre de ce chapitre, une attention particulière va être accordée à :
L’APPROCHE CLASSIQUE : LA THEORIE QUANTITATIVE DE LA MONNAIE
L’EQUILIBRE MONETAIRE KEYNESIEN
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1. Qu’est-ce que la monnaie ?
La monnaie est définie comme l’ensemble des moyens de paiement immédiatement utilisable
et accepté par la communauté pour le règlement des échanges. Elle constitue donc un moyen
de procéder à des échanges pour et entre les individus.
Les principales fonctions de la monnaie
− La monnaie est un instrument d’échange. Elle intervient dans la circulation des
marchandises en facilitant les opérations d’achat et de vente. Dans ce cas de figure, la monnaie
est détenue que pour le motif de transaction.
1
Exemple : Imaginons en effet une économie avec trois agents (que nous nommerons Sarra, Ines et Ali)
et trois biens (ordinateurs, pain et tomates).
Sarra possède les ordinateurs et souhaite acquérir du pain. Ines possède le pain et souhaite acquérir des
tomates. Ali possède les tomates et souhaite acquérir un ordinateur. Dans une économie de troc,
l’échange entre nos trois agents va être difficile, voire impossible. En effet, Sarra devrait échanger ses
ordinateurs contre du pain avec un agent qui possède du pain et souhaiterait l’échanger contre un
ordinateur. Le même raisonnement s’applique à Ines et Ali. C’est ce qu’on appelle la double coïncidence
des besoins : chaque agent doit trouver quelqu’un qui possède un bien (ou un service) qu’il désire et qui
souhaite acquérir le bien (ou le service) qu’il a à offrir (i.e. qu’il possède). Dans l’exemple, la double
coïncidence des besoins n’existe pas. L’échange n’est donc pas possible sauf au prix de multiples
recherches, générant des coûts de transaction très élevés.
La monnaie, en tant qu’intermédiaire, facilite alors grandement les échanges et permet de dépasser
l’ensemble des inconvénients liés au troc. En effet, avec l’introduction d’une monnaie (on passe alors
d’une économie de troc à une économie monétaire), chaque agent peut vendre, contre paiement en
monnaie, le bien (ou le service) qu’il possède et satisfaire ses besoins, en payant en monnaie à son tour,
les biens (ou les services) qu’il souhaite acquérir.
− La monnaie est une unité de compte (mesure de valeur). Elle apparaît comme une unité de
mesure de la valeur des biens et services, ce qui offre la possibilité de rationaliser les décisions
d’achats et de ventes, c’est-à-dire effectuer un calcul économique facile et adéquat (comparer
les biens possédant de la valeur). Le fonctionnement d’un marché exige donc un étalon de
mesure, ce qui traduit l’importance de la monnaie dans l’univers économique.
Exemple : on a la production de télévisions et la production de voitures : on ne peut pas faire la
comparaison en termes de quantité mais en termes de valeur.
− La monnaie est une réserve de valeur. Cette fonction montre que la monnaie peut servir à
stocker la valeur et donc reporter un pouvoir d’achat dans le temps : la monnaie peut être placée
dans un compte d’épargne dans le but de maintenir le même niveau de vie dans le futur (détenir
une riche qui va être utilisée dans le futur pour faire des transaction).
Les formes de la monnaie :
Monnaie matérielle : elle est constituée de billets et de pièces métalliques, non convertibles.
C’est la monnaie fiduciaire.
Contrairement à la monnaie fiduciaire, la monnaie scripturale est immatérielle. La
monnaie scripturale est constituée de l'ensemble des dépôts détenus par les ménages et les
entreprises dans les établissements bancaires. Immatérielle, elle n'existe donc que sous forme
d'écritures (aujourd'hui numériques) dans les livres de comptes des banques. Elle est
mobilisable par divers moyens, les chèques, mais surtout, aujourd'hui, les instruments de
paiement dématérialisés comme les cartes, virements informatiques, terminaux de paiement,
smartphones, porte-monnaie électroniques, etc.
2
Elle permet de faire un décalage entre les opérations : vente d’un bien et une partie de la somme
reçue suite à cette vente va servir pour l’achat d’un autre bien, etc.
La masse monétaire
La masse monétaire d’une nation est définie comme le volume « Somme d’argent » des moyens
de paiements qui circulent légalement1 (à travers les banques) dans un pays.
Mesurer le stock de monnaie dans une économie revient à mesurer le potentiel de demande
immédiate sur le marché des biens et services.
Mesurer les encaisses monétaires suppose que l’on soit capable de faire de la part, dans le
patrimoine des agents,
De ce qui correspond à une réserve de moyen de paiement
Et de ce qui correspond à une volonté d’épargne durable
Actifs monétaires et actifs financiers
Actif monétaire : actif avec lequel vous pouvez « rapidement acheter des biens et des services.
Actifs financiers : ce sont des actifs qui ne peuvent pas servir immédiatement de moyen de
paiement tels que les actions et les obligations.
Les agrégats monétaires :
On distingue généralement quatre agrégats monétaires ou masses monétaires :
1
La masse monétaire sur le marché parallèle n’est pas prise en compte.
3
La masse monétaire au sens de M1 : disponibilités monétaires : M1 se compose de la monnaie
fiduciaire c’est à dire une monnaie qui tire sa valeur de la confiance que les gens placent en elle
(on ne peut pas refuser un paiement par son intermédiaire) et de la monnaie scripturale qui se
compose des montants inscrits dans les banques de dépôts à vue ou dans les comptes courants
postaux.
M1 = MF+ MS
MF : monnaie fiduciaire (pièces et bielles en circulation détenus par les agents non
financiers)
MS : Dépôts à vue des agents non financiers auprès des banques et du centre de chèques
postaux (CCP).
La masse monétaire au sens de M2 (masse monétaire au sens stricte ) est égal à l’agrégat M1
accru des disponibilités quasi monétaires. La quasi-monnaie est moins liquide car elle ne
constitue pas un moyen de paiement aussi immédiat que M1. Il s’agit essentiellement des dépôts
à terme, des dépôts d’épargne et des certificats de dépôt : c’est à dire des dépôts ne pouvant pas
être retirés avant une échéance convenue d’avance entre la banque et son client.
M2 = M1+ Quasi-monnaie
M2 = M1+ Dépôts à terme2+ Dépôts d’épargne +Certificats de dépôt3
La masse monétaire au sens de M3 : la masse monétaire au sens large : M3 adjoint à M2 les
obligations et emprunts à plus d’un an ; les épargnes projets d’investissements et l’épargne
logement.
M3 = M2 + épargne affectée (EA)
EA : c’est une épargne affectée pour vocation bien définie (Epargne logement + Epargne
projets et investissements + obligations et emprunts à plus d’un an).
La masse monétaire au sens de M4 désigne M3 augmenté des titres de l’Etat et des billets de
trésorerie.
M4 = M3 + autres titres de créances négociables (ATCN)
ATCN : sont composés des Titres émis par l’Etat auprès du public + Billets de trésorerie
2
Le dépôt à terme désigne une somme d'argent mise en dépôt et bloquée sur un compte bancaire. Cette somme
ne peut être retirée par son propriétaire qu'après un certain laps de temps fixé à l'avance dans un contrat, signé
par les personnes concernées par le dépôt.
3
En Tunisie, Les Certificats de dépôts sont émis par les banques et les organismes de leasing, nominatifs, au pair
pour un montant minimum nominal représentant un multiple de cinq cent mille dinars et d'une durée égale à
dix jours au moins et 5 ans au plus. Ces certificats ne peuvent être remboursés par anticipation ni comporter de
prime de remboursement, ils ont une échéance fixe.
4
Exercice
Compléter le tableau suivant :
Date/Indicateurs 30/11/2022
Agrégat M4
Masse monétaire(M3)
Masse monétaire(M2) 108717
Monnaie (M1)
Monnaie Fiduciaire 17416
Dépôt à vue banques 26168
Dépôt à vue CCP 2403
Quasi-monnaie
Dépôts à terme 23123
Certificats de dépôts 5516
Dépôts d'épargne 34091
EA = M3 -M2 3645
Epargne logement
Emprunt obligataire 2055
ATCN = M4 -M3 2777
Monnaie scripturale
Corrigé
Date/Indicateurs 30/11/2022
Agrégat M4 115139
Masse monétaire(M3) 112362
Masse monétaire(M2) 108717
Monnaie (M1) 45987
Monnaie Fiduciaire 17416
Dépôt à vue banques 26168
Dépôt à vue CCP 2403
Quasi-monnaie 62730
Dépôts à terme 23123
Certificats de dépôts 5516
Dépôts d'épargne 34091
EA = M3 -M2 3645
Epargne logement 1590
Emprunt obligataire 2055
ATCN = M4 -M3 2777
Monnaie scripturale 28571
2. L’offre de monnaie
L’offre de monnaie est la quantité de monnaie mise, à un moment donné, à la disposition du
public par le système bancaire. C’est la Banque Centrale qui « décide » de la quantité de
5
monnaie qui sera offerte à un moment donnée. L’offre de monnaie est exogène car elle ne
dépend pas du taux d’intérêt (c’est une droite verticale, Figure 1).
L’offre nominale de monnaie est : 𝐌𝟎 = 𝐌 ̅
̅
L’offre réelle de monnaie est : 𝐌𝟎 /𝐏 = 𝐌/𝐏
L’offre de monnaie est exogène, mais elle n’est pas toujours constante. Elle peut varier selon la
politique monétaire de la Banque Centrale. Une politique monétaire expansive se traduit par
une augmentation de l’offre de monnaie : Δ Mo > 0. Et une politique monétaire restrictive se
traduit par une baisse de l’offre de monnaie : Δ Mo < 0 (Figure 1).
Figure 1 / Illustration de l’offre de monnaie
3. La demande de monnaie
La demande de monnaie (Md) est la quantité de la monnaie détenue par les agents sous sa
forme liquide : elle est aussi appelée encaisse monétaire. L’étude de la demande de monnaie
revient à examiner les raisons pour lesquelles les agents économiques non financiers détiennent
de la monnaie.
Dans le cadre de ce cours, nous allons nous limiter à une revue des théories de base : l’analyse
classique ou de neutralité et l’analyse keynésienne ou intégrée.
3.1. L’APPROCHE CLASSIQUE : LA THEORIE QUANTITATIVE DE
LA MONNAIE
Le principe de la dichotomie chez les classiques : La dichotomie classique est, en économie,
une prise de position théorique selon laquelle il existe une séparation nette entre, d'une part, la
sphère réelle de l'économie et la sphère monétaire. La sphère réelle est composée des
variables réelles, comme la consommation, l'investissement ou encore l'emploi, là où la sphère
monétaire est celle de la monnaie, qui n'affecte en rien les valeurs réelles. Par conséquent, la
dichotomie classique propose qu'il soit possible de déterminer le PIB réel, ainsi que d'autres
variables réelles, sans avoir besoin de connaître le niveau de la masse monétaire, ainsi que son
taux d'inflation.
Les classiques considèrent que la monnaie est un bien comme les autres.
6
La monnaie est considérée comme neutre (à chaque fois que la quantité de monnaie qui circule
dans une économie s’accroit au cours du temps, on aura une hausse du niveau général des prix.
La monnaie possède une seule fonction est d’assurer des transactions.
3.1.1 L’équation quantitative de la monnaie
Les agents détiennent de la monnaie pour acheter des biens et services (donc pour faire des
transactions).
La théorie quantitative de la monnaie formulée par I. Fisher en 1912, repose sur une identité
comptable. Toute transaction mettant en relation un acheteur et un vendeur, à chaque vente
correspond un achat et le montant des ventes est égal au montant des achats pour l’ensemble de
l’économie.
Sachant que le montant des ventes est égal au nombre des transactions réalisées (T) multiplié
par le prix moyen de celles-ci (P), et que le montant des achats est égal à la quantité de monnaie
en circulation (M) multipliée par le nombre de fois que celle-ci change de main au cours d’une
même période, l’identité comptable prend la forme suivante :
M x V = P x T : Equation des échanges
La vitesse de circulation de la monnaie « V » désigne le nombre moyen d’utilisation de l’unité
monétaire d’une nation au cours d’une période (exemple, en Tunisie : V = 2 : chaque dinar est
utilisé en moyenne deux fois par an pour financer les transactions).
Comme la monnaie « change de main », à une vitesse plus ou moins grande, il n’est donc pas
nécessaire d’avoir un stock de monnaie M strictement égal au volume total des échanges. Plus
la vitesse de circulation de la monnaie est élevée, plus le stock de monnaie nécessaire pour
assurer ces transactions est faible (À titre d’exemple, un billet de 10 D n’est jamais utilisé
pour une seule transaction. Il change plusieurs fois de mains pour, à chaque fois, réaliser une
nouvelle transaction. Il n’est détruit que lorsque sa qualité (la qualité du papier en particulier)
est remise en cause).
Exemple : Pour illustrer l’équation des échanges, prenons un exemple très simple d’une
économie comportant un seul bien : des pommes. Supposons qu’au cours d’une période (un
mois par exemple), 1 000 pommes soient vendues au prix unitaire de 0,50 D. Le volume total
des échanges correspond au produit du nombre de pommes échangées par le prix unitaire, soit
: 1 000 × 0,50 = 500 D.
Supposons à présent que la masse monétaire en circulation soit égale à 100. On voit donc, grâce
à l’équation des échanges, que la vitesse de circulation de la monnaie doit être égale à 5 puisque
:
V = PT/ M = 500/ 100 = 5
La monnaie doit changer, au cours du mois, 5 fois de mains pour que la masse monétaire en
circulation soit en mesure d’assurer le volume des transactions.
Vu la difficulté statistique de déterminer le nombre de transactions dans une économie, T a été
approximée par le PIB réel Y : M x V=P x Y
7
Cette équation des échanges peut être interprétée de deux manières différentes :
- Elle peut être considérée comme une identité comptables ayant un caractère
tautologique, elle est vraie par définition et ne traduit aucune théorie économique. Cette
équation est une référence pour les banques centrales pour estimer la vitesse de
circulation de la monnaie :
- Elle peut avoir un caractère théorique en posant les trois hypothèses de la théorie
classique :
H1. L’économie est en situation de plein-emploi. Dès lors, le volume des transactions est
stable : ;
H2. A court terme, la vitesse de circulation de la monnaie est constante :
;
H3. Les autorités monétaires contrôlent parfaitement la masse monétaire. L’offre de monnaie
est par conséquent exogène. Ce sont les autorités monétaires qui décident de l’évolution de la
masse monétaire (expansion ou diminution).
Compte tenu de ces trois hypothèses, on voit, que tout accroissement (restriction) de la masse
monétaire provoque une augmentation (une diminution) du niveau général des prix. C’est la
théorie quantitative de la monnaie selon laquelle tout accroissement de la masse monétaire, au-
delà de ce qui est nécessaire au financement des transactions, se traduirait par une élévation
proportionnelle du niveau général des prix.
Exemple : Supposons que la masse monétaire double. Cela devrait permettre d’acheter deux
fois plus de biens. Mais comme la vitesse de circulation et le volume des transactions restent
constants, ce doublement de la masse monétaire provoque uniquement un doublement des prix.
Cette conclusion de neutralité de la monnaie traduit la théorie classique de l’inflation postulant
que l’inflation est un phénomène purement monétaire engendré par l’accroissement abusif de
la masse monétaire.
8
Ainsi :
- La monnaie est détenue pour motif de transaction,
- La monnaie est neutre,
- Il y a une dichotomie entre les sphères réelle et monétaire de l’économie.
La deuxième interprétation de la théorie quantitative de la monnaie est celle de Alfred Marshall
(1890). Il a conçu la théorie quantitative en termes de revenu. Il a mis en exergue la notion de
la demande d’encaisses désirées Md : Md = kPY
Avec, k le coefficient de Cambridge ou « k de Marshall » désignant la fraction du revenu
national nominal que les agents souhaitent détenir (désirée) sous forme monétaire (liquide) pour
financer leurs transactions. Un rapprochement par rapport de la théorie quantitative montre que
k est l’inverse de la vitesse de circulation de la monnaie :
k = 1/V
Exemple : soit Y= 500, P = 4 et Md = 200
200 = (4*500)/V donc V = 2000/200 = 10 donc k = 1/10
En moyenne les agents détiennent 1/10 du PIB nominal sous forme de monnaie chaque unité
monétaire a été utilisée 10 fois en moyenne pour régler les transactions dans l’économie
La fonction de la demande de monnaie en terme nominal peut être transformée en terme
réel traduisant la demande d’encaisses réelles :
Ainsi, la monnaie est neutre et elle est demandée pour elle-même.
Exercice
Une Banque Centrale détermine son offre de monnaie de façon à contrôler l'inflation en
s'appuyant sur la théorie quantitative de la monnaie.
1. Quel est le lien qui existe entre l'équation des échanges de Fisher, la théorie quantitative de
la monnaie et la théorie classique de l'inflation ?
2. Sur une première période, la Banque Centrale prévoit une croissance nulle de l'économie et
une vitesse de circulation de la monnaie constante. Elle souhaite maintenir le taux d'inflation à
2 %.
Quel objectif de masse monétaire doit-elle se fixer ?
3. Pour la période suivante, la croissance économique doit être de 3 % et on s'attend à une baisse
de 1 % de la vitesse de la circulation de la monnaie. Quel doit être alors l'objectif de croissance
9
de la masse monétaire et de la Banque centrale si elle veut maintenir un taux d'inflation
identique à celui de la première période.
Corrigé
1. L'équation des échanges de Fisher : M V = P Y est vraie par définition.
- M est la masse monétaire.
- Y est déterminé sur le marché des biens et services.
- V est la vitesse de la circulation de la monnaie
- P est le niveau général des prix.
Pour passer à la théorie quantitative de la monnaie, il a fallu poser trois hypothèses
fondamentales :
H1. L’économie est en situation de plein-emploi. Dès lors, le volume des transactions est
stable : ;
H2. A court terme, la vitesse de circulation de la monnaie est constante :
;
H3. Les autorités monétaires contrôlent parfaitement la masse monétaire. L’offre de monnaie
est par conséquent exogène. Ce sont les autorités monétaires qui décident de l’évolution de la
masse monétaire (expansion ou diminution).
Ainsi,
Il s’agit de la théorie classique de l'inflation selon laquelle toute variation de la masse monétaire
se traduit par une variation proportionnelle du niveau général des prix. C'est donc l'offre de
monnaie qui détermine le taux d'inflation d'une économie.
2.
3.
10
3.1.2. L’équilibre monétaire
A l’équilibre, l’offre de monnaie = la demande de monnaie (Figure 2).
𝐌𝐎 = 𝐌𝐝
𝟏
Donc, 𝐌̅ = 𝐤𝐏𝐘 = 𝐏𝐘
𝐕
Chez les classiques, la monnaie est neutre ; toute augmentation de la quantité de monnaie en
circulation se traduit par une augmentation du niveau général des prix.
Ainsi toute politique monétaire expansionniste (𝑀 ̅ ↑) est inefficace parce qu’elle entraine
uniquement une augmentation du niveau général des prix. C’est une politique inflationniste.
Figure 2 / Le marché de la monnaie chez les classiques
Le passage de l’équilibre E0 à E1 n’a aucun effet sur la sphère réelle mais il a provoqué une
variation proportionnelle des prix :
3.2. L’EQUILIBRE MONETAIRE KEYNESIEN
Keynes distingue deux types d’actifs financiers : la monnaie et les obligations. Les obligations
ont l’avantage de permettre l’obtention d’un revenu fixe (les intérêts). La monnaie rapporte un
intérêt nul comparée aux obligations mais sa détention permet trois avantages.
Selon Keynes, la monnaie n’est pas neutre, elle est demandée pour épargner et effectuer des
placements. K introduit le comportement d’anticipation dans son analyse.
La demande de monnaie dans une optique keynésienne conduit à une analyse en termes de
préférence pour la liquidité : les agents économiques font un arbitrage entre détenir la monnaie
liquide ou faire un placement financier moyennant le taux d’intérêt. Ce dernier est défini donc
comme le prix de renonciation à la détention de la liquidité, il a par conséquent un caractère
monétaire, et ce, contrairement à l’analyse classique selon laquelle le taux d’intérêt est le prix
de l’abstinence à la consommation (arbitrage consommation présente et consommation future)
11
et est considéré comme une variable réelle déterminé dans le secteur réel indépendamment du
secteur monétaire.
[Link] motifs de détention de la monnaie chez Keynes
Selon Keynes, trois motifs expliquent la préférence pour la liquidité :
a) Le motif de transaction : les ménages conservent des liquidités pour combler
l’intervalle entre la perception des revenus et les dépenses ; les entreprises souhaitent
avoir de la liquidité ou des encaisses monétaires pour faire face aux décalages entre la
perception effective de recettes des ventes et les dépenses engagées (sommes gardées
en dépôts à vue ou sous formes de billets pour financer les transactions régulières). Plus
le revenu est élevé, plus le volume des transactions à effectuer est élevé, plus la demande
d’encaisses monétaires pour assurer ce volume de transaction est élevé. Donc, la
demande de monnaie pour motif de transaction est une fonction croissante du revenu :
b) Le motif de précaution : la monnaie peut être détenue en vue de faire face à des
dépenses future imprévisibles. Ce motif n’aurait pas existé si les flux des dépenses
futures étaient prévus de manière certaine. Ainsi, la demande de monnaie pour motif de
précaution sera d’autant plus importante que les dépenses futures sont incertaines :
Tout comme l’encaisse de transaction, l’encaisse de précaution est directement liée au
niveau du revenu.
c) Le motif de spéculation : les agents économiques détiennent de la monnaie comme une
alternative à la détention d’actifs financiers. Or la détention de la monnaie a un coût : la
renonciation aux intérêts puisque le rendement nominal de la monnaie est nul.
On peut définir la demande de monnaie pour motif de spéculation (lorsque les agents
économiques font un arbitrage entre la détention de la monnaie et d’actifs financiers) comme
étant les encaisses monétaires que les agents économiques choisissent de détenir plutôt que
d’acquérir des titres financiers dans l’attente de variations favorables du taux d’intérêt ou des
cours des titres. Lorsque le taux d’intérêt diminue, la rémunération des titres diminue (le coût
d’opportunité de la détention de la monnaie diminue), ceci va inciter les agents économiques à
détenir plus de monnaie et moins de titres financiers4 :
Selon Keynes, la demande spéculative de monnaie évolue entre deux bornes :
− Il existe un taux minimum (r min) au-dessous duquel le taux d’intérêt ne peut plus descendre.
En ce point, la préférence pour la liquidité devient très grande ou infinie puisque tous les agents
4
L pour liquidité.
12
économiques s’accordent sur la fait que les cours ont atteint le niveau le plus élevé et ne peuvent
plus augmenter, force est de liquider tous les titres détenus : c’est la trappe à la liquidité ou
trappe monétaire : 𝐌𝐬𝐝 ⤑ ∞ (préférence totale pour la liquidité que le placement dans la mesure
où l’incertitude est très grande). Plus la préférence pour la liquidité est grande et plus l’incertitude
des agents est grande.
− En revanche, il existe un taux maximum (r max) au-dessus duquel le taux d’intérêt ne peut
plus augmenter. En ce point, les spéculateurs saisissent l’opportunité de placement puisque les
cours sont à leur niveau le plus faible, ils vont faire un placement financier en affectant toutes
les encaisses spéculatives à l’achat d’obligations. La préférence pour la liquidité pour motif de
spéculation devient nulle : 𝐌𝐬𝐝 = 𝟎
Exemple Soit une obligation qui ne rapporte que 6%. Sa valeur nominale est de 1500D. Ce titre
rapporte un coupon de 90DT.
On peut donc discuter deux cas :
- Dans le cas où on enregistre une hausse du taux d’intérêt actuel, les agents économiques anticipent
donc sa baisse et par la suite l’augmentation du cours des titres dans le futur. La décision des gens
dans cette situation sera orientée vers la détention des titres ce qui va engendrer une diminution de
la demande de monnaie pour motif de spéculation va diminuer en s’approchant de 0.
- Dans le cas où on enregistre un faible taux d’intérêt sur le marché, les agents prévoient une
diminution du cours des titres suite à une augmentation du taux d’intérêt dans la période future.
Leur choix optimal est la vente des titres qu’ils détiennent à un prix élevé en contre partie de la
monnaie qui sera conservée. Quand les prix des titres baissent dans les périodes futures, les gens
peuvent donc acheter de nouveau des titres grâce à cette quantité de monnaie conservée ce qui
explique la tendance de l’encaisse de spéculation vers l’infini.
Il existe une relation inverse entre la valeur d’une obligation et le taux d’intérêt.
[Link] demande de monnaie agrégée
Donc, la demande totale de monnaie, Md reflète les trois motifs de détention des encaisses
monétaires est comme suit :
En général : 𝐌𝐭𝐝 = 𝐤𝐏𝐘 = 𝐤𝐘 (le niveau général des prix est constant et égal à un)
𝑴𝒅𝑺 = 𝒍𝟎 − 𝒅𝒓
Donc 𝐌 𝐝 = 𝐌𝐭𝐝 + 𝐌𝐒𝐝 = 𝐤𝐘 + 𝐥𝟎 − 𝐝𝐫
Avec, 𝐌𝐭𝐝 : la demande de monnaie pour motifs de transaction et de précaution (Figure 3), et
𝐌𝐬𝐝 : la demande de monnaie pour motif de spéculation (Figure 4).
13
Figure 3/ La courbe de demande de monnaie L1
14
Figure 4/ La Courbe de demande de monnaie L2
Graphiquement (Figure 5), la courbe de demande totale de monnaie est une fonction
décroissante par rapport à « r » dont l’expression est :
Figure 5/ La demande de monnaie agrégée
(le niveau général des prix est constant et égal à un)
15
Déplacement de la demande de monnaie totale
Nous supposons une augmentation du niveau de Y (qui passe de Y 1 à Y2). Cette augmentation
fait augmenter la demande de monnaie pour motif de transaction et le motif de précaution
puisque L1 est une fonction croissante de Y.
La demande de monnaie pour motif de spéculation reste inchangée puisqu’elle ne dépend que
du taux d’intérêt « r ». Au total, la demande de monnaie totale (L1 + L2) augmente.
Graphiquement, cela se traduit par un déplacement parallèle vers la droite de Md1 à Md2.
Figure 6 / Illustration du déplacement de la demande de monnaie
3.2.2.L’équilibre monétaire chez Keynes
A l’équilibre, l’offre est égale à la demande : 𝐌 𝐎 = 𝐌 𝐝 (Figure 7).
𝑴̅ = 𝐌𝐝
Graphiquement, l’équilibre est situé à l’intersection des courbes d’offre et de demande de
monnaie. Le point d’intersection détermine le taux d’intérêt d’équilibre « r* » compatible avec
chaque niveau de production.
16
Soient :
𝐌𝐭𝐝 = 𝐤𝐏𝐘 = 𝐤𝐘 (le niveau général des prix est constant et égal à un)
𝑴𝒅𝑺 = 𝒍𝟎 − 𝒅𝒓
Donc 𝐌 𝐝 = 𝐌𝐭𝐝 + 𝐌𝐒𝐝 = 𝐤𝐘 + 𝐥𝟎 − 𝐝𝐫
A l’équilibre, 𝐌 𝐎 = 𝐌 𝐝
̅ = 𝐤𝐘 + 𝐥𝟎 − 𝐝𝐫
Donc, 𝐌
̅ )/𝐝
Donc, 𝐫 = (𝐤𝐘 + 𝐥𝟎 − 𝐌
Ainsi, toute augmentation du niveau de production se traduit par une augmentation du taux
d’intérêt (Figure 7). Ce phénomènes s’explique comme suit : pour une offre de monnaie donnée,
afin de financer une production supplémentaire, les agents non financiers vont émettre de
nouveaux titres. L’offre de titres va donc augmenter ce qui va se traduire par une baisse du
cours des titres, et par conséquent par une augmentation du taux d’intérêt.
Figure 7 / Impact de l’augmentation du niveau de production
Par ailleurs, toute augmentation de l’offre de monnaie implique au contraire une baisse du taux
d’intérêt. On suppose que l’État fait une politique monétaire expansive en injectant plus de
monnaie dans l’économie. Graphiquement (Figure 8), cela se traduit par un déplacement de la
courbe d’offre de monnaie parallèlement vers la droite et pas une baisse du taux d’intérêt
d’équilibre ce qui encourage l’investissement.
Si l’offre de monnaie augmente encore jusqu’à entrer dans la zone de trappe à la liquidité, la
politique monétaire expansive est inefficace car le taux d’intérêt ne diminue plus car il est déjà
à son minimum.
17
Si l’État réduit la quantité de monnaie dans l’économie, elle fait donc une politique monétaire
restrictive. Graphiquement, cela se traduit par un déplacement vers la gauche et le taux d’intérêt
d’équilibre augmente. L’objectif donc est de limiter l’inflation. Il existe donc une relation
inverse entre la valeur d’un titre financier et le taux d’intérêt.
Figure 8 / Impact de la politique monétaire
Remarque :
Au niveau du chapitre 3, on a conclu que l’investissement est une fonction décroissante du
taux d’intérêt : I= I(r).
Pour simplifier on peut choisir la forme suivante de la fonction d’investissement : I= I0 – b r.
Avec b une constante positive qui traduit l’intensité de la réaction de l’investissement au taux
d’intérêt, I0 le montant de l’investissement mis en œuvre si le taux d’intérêt du marché est nul.
Exemple : I = 30-80r ou I = 50-100r, etc.
18
Exercices corrigés
19
20
21
22
23
24
EXERCICE 5
RESOLUTION
25
EXERCICE 6
RESOLUTION
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27
28
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