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Rang d'une application linéaire

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Module A3

Théorème du rang constant

Dans ce module, sauf mention contraire, X et Y désignent des espaces de Banach,


munis chacun d'une norme notée k · k. Lorsque X (ou Y ) est un espace de Hilbert, la
norme considérée découle d'un produit scalaire noté h·, ·i. Dans le cas euclidien (X =
E = Rn ), le produit scalaire considéré est le produit scalaire usuel et la norme associée
est la norme euclidienne, notée k · k2 .

1 Rang de la diérentielle
1.1 Rappel : rang d'une application linéaire
Commençons par rappeler les notions d'injectivité et de surjectivité pour une appli-
cation linéaire :
Dénition 1 (Application injective, surjective, bijective)
Soit E et F deux espaces vectoriels. Soit f : E → F une application. On dit
que
• f est injective si

∀ (x, x0 ) ∈ E 2 , f (x) = f (x0 ) =⇒ x = x0

• f est surjective si
∀ y ∈ F, ∃ x ∈ E, f (x) = y

• L est bijective si
∀ y ∈ F, ∃! x ∈ E, f (x) = y

Autrement dit, f est bijective si et seulement si f est à la fois injective et surjective.


Dans le cas d'une application linéaire, alors on a les équivalences suivantes :
Proposition 1
Soit E et F deux espaces vectoriels. Soit L : E → F une application linéaire.
Alors
• f est injective si et seulement si ker L = {0}.
• f est surjective si et seulement si Im L = F .

On rappelle maintenant la dénition suivante :

1
Dénition 2 (Rang d'une application linéaire)
Soit E et F deux espaces euclidiens. Soit L : E → F une application linéaire.
On appelle rang de L la dimension de son image Im L.

Le théorème du rang entraîne immédiatement que :


Proposition 2
Soit E et F deux espaces vectoriels. Soit L : E → F une application linéaire de
rang r. Alors r ≤ min(dim E, dim F ) et on a
dim(ker L) = dim E − r

On peut en déduire le corollaire suivant :


Corollaire 1
Soit E et F deux espaces vectoriels. Soit L : E → F une application linéaire.
• L est surjective si et seulement si rang L = dim F .
• L est injective si et seulement si rang L = dim E .

Proposition 3
Soit E et F deux espaces vectoriels. Soit L : E → F une application linéaire.
Alors on a l'équivalence entre les deux propositions suivantes :
• L est inversible
• rang L = dim E = dim F

On rappelle que toute application linéaire L : E → F admet un opérateur adjoint, noté


L∗ : F → E , vériant

∀ (x, y) ∈ E × F, hL(x), yi = hx, L∗ (y)i

On a par ailleurs (L∗ )∗ = L.


Proposition 4
Soit E et F deux espaces vectoriels. Soit L : E → F une application linéaire.
Alors on a
rg L = rg L∗

Le corollaire précédent assure alors que

2
Corollaire 2
Soit E et F deux espaces vectoriels. Soit L : E → F une application linéaire.
Alors on a l'équivalence entre les deux armations suivantes
• L est surjective
• L∗ est injective

Démontrons un résultat qui nous sera utile dans la suite :


Proposition 5
Soit E et F deux espaces vectoriels. Soit L : E → F une application linéaire.
Alors il existe un sous-espace vectoriel V de E tel que
• dim V = rang L = dim L(V )
• L est injective sur V .

Démonstration : Démontrons les deux armations de la proposition.

• Soit r le rang de L. Par dénition du rang, le sous-espace vectoriel Im L est


de dimension r. Soit (u1 , . . . , ur ) une base de Im L. Il existe donc r vecteurs
xi tels que
∀ i ∈ [[ 1 ; r ]] , L(xi ) = ui
Montrons que la famille des xi est libre. En eet, dans le cas contraire, il
existerait r scalaires non tous nuls λi tels que

r
X
λi xi = 0
i=1

(les xi sont non nuls car les ui forment une famille libre). Or, par linéarité,

r
! r r
X X X
0 = L(0) = L λ i xi = λi L(xi ) = λ i ui
i=1 i=1 i=1

ce qui constitue une contradiction. On peut donc choisir V comme le sous-


espace vectoriel engendré par les vecteurs xi , qui est bien de dimension r. Par
construction, L(V ) contient la famille libre (ui )1≤i≤r , et est donc également
de dimension r.
• Si on considère la restriction de L sur V (notée L̃), on peut appliquer le
théorème du rang qui assure que

r = dim V = dim(ker L̃) + dim(L(V ))

D'après ce qui précède, on a bien dim(ker L̃) = 0, ce qui assure que L̃ est
injective. 

Dans le cas de la dimension nie, on peut identier une application linéaire L : Rn →


R et sa matrice associée ML ∈ Mm,n (R) dans la base canonique. On peut donc établir
m

des résultats sous cet angle. On commence par rappeler que les vecteurs colonnes de
ML sont les images par L des vecteurs de la base canonique de Rn . Aussi, on peut
d'ores-et-déjà énoncer les deux résultats suivants :

3
• L est injective si et seulement si les n vecteurs colonnes de ML forment une famille
libre de Rm ;
• L est surjective si et seulement si les n vecteurs colonnes de ML génèrent Rm .
La matrice associée à l'opérateur adjoint L∗ étant la transposée ML> de ML , on en déduit
par ailleurs que
• L est injective si et seulement si les m vecteurs lignes de ML génèrent Rn ;
• L est surjective si et seulement si les m vecteurs lignes de ML forment une famille
libre de Rn .
Le rang de la matrice ML est alors dénie comme étant le rang de l'application L.
Proposition 6

Soit (m, n) ∈ (N∗ )2 . Soit M ∈ Mm,n (R) une matrice. Alors on a l'équivalence
entre les deux propositions suivantes :
• rang M = r
• M admet une sous-matrice inversible de taille r.

Proposition 7

Soit (m, n) ∈ (N∗ )2 . Soit M ∈ Mm,n (R) une matrice. Alors on a l'équivalence
entre les deux propositions suivantes :
• rang M = r
• il existe P ∈ Mm,m (R) et Q ∈ Mn,n (R) deux matrices inversibles telles
que  
Ir 0
M = P −1 Q
0 0
| {z }
∈Mm,n (R)

Corollaire 3
Soit L : Rn → Rm une application linéaire de rang r. Alors il existe deux
applications linéaires inversibles ψ : Rm → Rm et φ : Rn → Rn telles que
∀ x ∈ Rn , ψ ◦ L ◦ φ(x) = (x1 , . . . , xr , 0, . . . , 0)

1.2 Rappel : théorème d'inversion locale


Dénition 3 (Diéormorphisme)
Soit X et Y deux espaces de Banach, U un ouvert de X et V un ouvert de Y .
Soit k ∈ N∗ . Une application f : U → V est un diéomorphisme de classe C k ,
ou encore un C k -diéomorphisme de U sur V si f est bijective de U sur V et si
f et f −1 : V → U sont de classe C k .

4
Si f est un diéomorphisme de U sur V , alors, pour tout x ∈ U , la diérentielle df (x)
est inversible.
Exercice

Montrer que la composée de deux diéomorphisme et la réciproque d'un diéo-


morphisme sont des diéomorphismes.

Exercice

Montrer que toute permutation est un diéomorphisme.

On rappelle maintenant un résultat central en calcul diérentiel :


Théorème 1 (Théorème d'inversion locale)
Soit X et Y deux espaces de Banach, U ⊂ X un ouvert et a ∈ U . Soit f : U → Y
une application de classe C 1 . Si df (a) : X → Y est bijective, alors il existe un
voisinage ouvert U0 de a tel que V0 = f (U0 ) soit ouvert dans Y et que f soit
un diéomorphisme de U0 sur V0 .

Remarque : Pour que f satisfasse les hypothèses de ce théorème, X et Y doivent être


soit de même dimension, soit tous les deux de dimension innie.
En dimension nie, on a la version suivante du théorème précédent :
Théorème 2 (Théorème d'inversion locale (dimension nie))
Soit n ∈ N, U ⊂ Rn un ouvert et a ∈ U . Soit f : U → Rn une application de
classe C 1 . Si le déterminant jacobien det Jf (a) est non nul, alors il existe un
voisinage ouvert U0 de a tel que V0 = f (U0 ) soit ouvert dans Rn et que f soit
un diéomorphisme de U0 sur V0 .

Le théorème d'inversion locale peut s'interpréter de la manière suivante : si la dif-


férentielle de l'application f de classe C 1 sur l'ouvert U est inversible au point a ∈ C ,
alors il existe un voisinage de a sur lequel la diérentielle reste inversible. Autrement
dit, dans le cas de la dimension nie, si df (a) est de rang n, alors df (x) est de rang n
pour x voisin de a.

1.3 Rang de la diérentielle


On se place dans le cas de la dimension nie. On s'intéresse dans ce paragraphe au
rang de la diérentielle d'une application en un point où elle est dénie.
Commençons par noter qu'en général, le rang de la diérentielle d'une application
f : E → F ne reste pas constant sur l'ensemble des points où f est diérentiable. En
eet, si c'était le cas, alors dès que df (a) est inversible (pour un certain point a), le rang
de df (a) vaut dim E , et s'il reste constant, cela impliquerait que df (x) est inversible en
tout x. Il est clair que ce ne peut être le cas (sinon le théorème d'inversion locale n'aurait
pas lieu d'être). L'exemple suivant le prouve :

5
Exemple

On considère la fonction suivante :


R2 →
(
R
f: 1
x 7→ kxk2
2
Il s'agit d'une fonction polynomiale, donc de classe C 1 , de gradient
∀ x ∈ R2 , ∇f (x) = x

Autrement dit, la diérentielle de f en a est l'application linéaire suivante :


R2

→ R
df (a) :
x 7 → ha, xi

Si a = (0, 0), alors df (a) est de rang nul ; si a 6= (0, 0), alors df (a) est de rang 1.
On voit donc que df n'est pas de rang constant sur R2 .

Attention ! Quand on parle du rang de la diérentielle, on s'intéresse bien au


rang de l'application linéaire df (a), et non à l'application df qui a tout point
a où f est diérentiable, associe sa diérentielle df (a) (cette application
n'ayant aucune raison d'être linéaire). Par ailleurs, quand on dit que le rang
de la diérentielle est constant, il est sous-entendu qu'il est constant par
rapport au point a. Plus précisément, dire que le rang de la diérentielle est
constant sur l'ensemble E signie que, pour tous points (a, a0 ) ∈ E 2 , on a
 0 
rg df (a) = rg df (a )

Le point a doit donc varier ; dans le cas contraire, si a est xé, alors df (a)
a un rang donné, comme toute application linéaire, et celui-ci ne peut subir
aucune variation.

Dans la section suivante, on va généraliser le théorème d'inversion locale dans certains


cas où l'espace de départ et d'arrivée ne sont pas de même dimension.

2 Immersion et submersion
2.1 Dénitions
Dénition 4 (Immersion)
Soit X et Y deux espaces de Banach et U un ouvert de X . Une application
diérentiable f : U → Y est une immersion en x ∈ U si sa diérentielle en x
est injective.
On dit que f est une immersion si elle est une immersion en tout x ∈ U .

Remarque : Si X et Y sont de dimension nie, de dimension respective n et m, et si f


est une immersion en x ∈ X , alors n ≤ m.

6
En dimension nie, f : Rn → Rm est une immersion en x ∈ U si la matrice jacobienne
Jf (x) est de rang n ; autrement dit, les n vecteurs colonnes de Jf (x) forment une famille
libre de Rm .
Exercice

Injection canonique. Soit n ≤ m deux entiers naturels non nuls. On considère


l'application suivante :
Rn → Rm

f:
(x1 , . . . , xn ) 7→ (x1 , . . . , xn , 0, . . . , 0)

L'application f est appelée injection canonique de Rn dans Rm . Montrer que f


est une immersion sur Rn .

Exemple

Soit f : R → R
n m
une fonction diérentiable. On considère l'application sui-
vante :  n n+m
 R → R  
f: x
x 7 →
f (x)

Alors f est une immersion sur Rn . En eet, elle est diérentiable, et sa matrice
jacobienne vaut
In
 
n
∀x ∈ R , Jf (x) =
Jf (x)
qui est bien de rang n, donc df (x) est injective pour tout x ∈ Rn .

Dénition 5 (Submersion)
Soit X et Y deux espaces de Banach et U un ouvert de X . Une application
diérentiable f : U → Y est une submersion en x ∈ U si sa diérentielle en x
est surjective.
On dit que f est une submersion si elle est une submersion en tout x ∈ U .

Remarque : Si X et Y sont de dimension nie, de dimension respective n et m, et si f


est une submersion en x ∈ X , alors n ≥ m.
En dimension nie, f : Rn → Rm est une submersion en x ∈ U si la matrice ja-
cobienne Jf (x) est de rang m. On a vu par ailleurs que, de manière équivalente, la
transposée de Jf (x) est de rang n. La dénition de Jf (x) implique donc que les m
gradients ∇fi (x) des composantes de f forment une famille libre de Rn .
Exercice

Projection canonique. Soit n ≥ m deux entiers naturels non nuls. On consi-


dère l'application suivante :
Rn → Rm

f:
(x1 , . . . , xn ) 7→ (x1 , . . . , xm )

L'application f est appelée projection canonique de Rn sur Rm . Montrer que f


est une submersion sur Rn .

7
Proposition 8
Soit X et Y deux espaces de Banach et U un ouvert de X . Soit f : U → Y une
application diérentiable. Soit φ : X → X et ψ : Y → Y deux diéomorphismes.
Si f est une immersion (resp. submersion), alors ψ ◦ f ◦ φ est une immersion
(resp. submersion).

Exemple

Translation, homothétie, rotation. Soit U ⊂ X . Si f : U → Y est une


immersion (resp. submersion), alors f (· − a) et f + b sont des immersions (resp.
submersion) pour tout (a, b) ∈ X × Y . De même, dans le plan ou l'espace, la
composition d'une immersion (resp. une submersion) par une homothétie (de
rapport non nul) ou par une rotation est une immersion (resp. submersion).

2.2 Rang de la diérentielle


Le théorème d'inversion locale assure que, si l'application f est C 1 et que df (a) est
inversible pour un certain a, alors il existe un voisinage de a sur lequel df reste inversible,
c'est-à-dire que son rang est constant sur ce voisinage. L'objet de ce paragraphe est
d'étendre ce résultat au cas où df (a) n'est pas inversible (donc, non bijective), mais
seulement injective ou surjective.

Proposition 9
Soit E et F deux espaces euclidiens, U ⊂ E un ouvert et a ∈ U . Soit f : U → F
une application de classe C 1 . Si df (a) est surjective ou injective, alors il existe
un voisinage V de a tel que
∀ x ∈ V, rang (df (x)) = rang (df (a))

En d'autres termes, si f est une immersion (resp. une submersion) en a, alors f est une
immersion (resp. une submersion) en tout x voisin de a.

Démonstration : On va démontrer séparément les deux inégalités.

• Montrons que rang (df (x)) ≥ rang (df (a)). Notons r le rang de df (a). Par
dénition, l'image de df (a) est de dimension r. On peut donc considérer
r
une base (u1 , . . . , ur ) ∈ E de cet espace. Puisque ui ∈ Im (df (a)) pour
r
tout i ∈ [[ 1 ; r ]], il s'ensuit qu'il existe (hi )1≤i≤r ∈ E tel que

∀ i ∈ [[ 1 ; r ]] , df (a)(hi ) = ui

Par construction, les vecteurs df (a)(hi ) forment une famille libre. Nous allons
montrer que, pour x voisin de a, les r vecteurs df (x)(hi ) forment également
r
une famille libre. Pour cela, on va montrer que, quel que soit λ ∈ R \ {0},
(la norme de) la combinaison linéaire

r
X
λi df (x)(hi )
i=i

8
ne s'annule pas. On commence par écrire que

r
X r
X r
X 
λi df (x)(hi ) = λi df (a)(hi ) + λi df (x)(hi ) − df (a)(hi )
i=i i=i i=i
r
X r
X 
≥ λi df (a)(hi ) − λi df (x)(hi ) − df (a)(hi )
i=i i=i

l'inégalité étant une conséquence de l'inégalité triangulaire. Le premier terme


du membre de droite est strictement positif par hypothèse. Puisque l'appli-
cation dénie par
r
X
(λi )1≤i≤r 7→ λi df (a)(hi )
i=i

est linéaire, elle est bornée et il existe α>0 tel que

r
X
∀ (λi )1≤i≤r ∈ Rr , λi df (a)(hi ) ≥ α max |λi |
i∈[[ 1 ; r ]]
i=i

Quant au second terme, il est minoré par

− max |λi | max kdf (x)(hi ) − df (a)(hi )k


i∈[[ 1 ; r ]] i∈[[ 1 ; r ]]

La continuité de df sur U assure l'existence d'un voisinage de a sur lequel le


terme de droite est inférieur à α/2. On en déduit que, pour tout x dans ce
voisinage, on a

r
X α
∀ (λi )1≤i≤r ∈ Rr , λi df (x)(hi ) ≥ max |λi |
i=i
2 i∈[[ 1 ; r ]]

ce qui démontre bien la liberté de la famille considérée. Or cette famille est un


élément de l'image de df (x) ; on en déduit que la dimension de ce sous-espace
vectoriel est au moins égal à r.
• Montrons que rang (df (x)) ≤ rang (df (a)). Soit x∈U et r(x) le rang de
df (x). On a d'après la proposition 2 une première inégalité

r(x) ≤ min(dim E, dim F )

Si df (a) est surjective, alors on a nécessairement dim F ≤ dim E et rang df (a) =


dim F d'après le corollaire 2. Si df (a) est injective, alors on a nécessairement
dim E ≤ dim F et rang df (a) = dim E d'après le corollaire 2. Finalement, on
a montré que, dans les deux cas,

rang df (a) = min(dim E, dim F )

ce qui achève la preuve. 

Notons que dans le premier point de la preuve précédente, aucune hypothèse


n'est nécessaire quant à la valeur du rang de df (a). Autrement dit, nous y
avons prouvé que si df (a) est de rang r, alors il existe un voisinage de a sur
lequel df est de rang au moins égal à r.

9
2.3 Formes normales
Dans ce paragraphe, on va montrer que, localement, à un changement de variables
près, une immersion et une submersion ont une forme très simple.
On commence par montrer que, à un changement de variables près, f est localement
une injection canonique.

Proposition 10 (Forme normale locale d'une immersion)

Soit (m, n) ∈ N2 avec m ≥ n. Soit U ⊂ Rn ouvert contenant l'origine. Soit


f : U → Rm une immersion de classe C 1 en 0 telle que f (0) = 0. Alors il existe
W ⊂ Rm un ouvert contenant 0 et ψ : W → Rm un C 1 -diéomorphisme tel
que, pour x voisin de 0,
ψ ◦ f (x1 , . . . , xn ) = (x1 , . . . , xn , 0, . . . , 0)

Démonstration : Puisque df (0) est injective, les vecteurs lignes de Jf (0), c'est-
à-dire les gradients∇fi (0) pour i ∈ [[ 1 ; m ]], génèrent Rn . On peut donc choisir
n
parmi ces vecteurs n vecteurs formant une base de R , c'est-à-dire tels que la sous-
matrice carrée constituée de ces n lignes soit inversible. On rappelle que les lignes
en question sont de la forme
 
∂fi ∂fi
(0), . . . , (0)
∂x1 ∂xn

• On commence par supposer qu'on peut choisir les n premières lignes Jf (0).
On s'intéresse alors à l'application suivante :

U × Rm−n Rm


g:
(x, y) 7 → (f1 (x), . . . , fn (x), fn+1 (x) + y1 , . . . , fm (x) + ym−n )

Par hypothèse, l'application g est de classe C1 sur U × Rm−n . Sa matrice


jacobienne est donnée par

∂f1 ∂f1
 
(x) ... (x) 0 0 ... 0
 ∂x1 ∂xn 
. . . . . . .
 
 . . . . . . .
 . . . . . . .
 ∂fn ∂fn
 
(x) ... (x) 0 0 ... 0


 ∂x1 ∂xn 
 
 
 ∂fn+1 ∂fn+1 
 (x) ... (x) 1 0 ... 0
Jg(x, y) = 
 ∂x1 ∂xn 

 
. . . .. .. .
. . . .

 . . . 0 . . .

 
. . . .
 
 . . . . .. .. 
 . . . . . . 0
 
 
 ∂f ∂fm 
m
(x) ... (x) 0 ... 0 1
∂x1 ∂xn
On reconnaît donc la matrice dénie par blocs
 
(Jf (x))1≤j≤n 0
Jg(x) =   ∈ Mm,m (R)
(Jf (x))n+1≤j≤m Im−n

10
Par hypothèse, les deux sous-matrices diagonales sont inversibles, donc Jg(0)
est inversible. Le théorème d'inversion locale assure donc qu'il existe un voi-
m
sinage ouvert de U0 ⊂ R de 0 tel que g soit un diéomorphisme de U0 sur
g(U0 ). Autrement dit, g est bijective, g −1 est de classe C 1 sur g(U0 ). On a
alors en particulier pour (x, y) voisin de (0, 0)

(x, y) = g −1 ◦ g(x) = g −1 f (x) + (0, y)




On peut choisir y = 0; on en déduit alors que, pour x voisin de 0,

g −1 ◦ f (x) = (x, 0)

Il sut donc de choisir ψ = g −1 .


• Dans le cas général, il sut de considérer une permutation p : [[ 1 ; m ]] →
[[ 1 ; m ]] telle que les vecteurs ∇fp(i) pour i ∈ [[ 1 ; n ]] forment une base de
Rn . Ainsi, si on s'intéresse à l'application f˜ = p ◦ f = fp(i) i∈[[ 1 ; m ]] , celle-ci


satisfait les hypothèses du point précédent. On en déduit donc nalement


que, si

U × Rm−n Rm


g̃ :
(x, y) 7 → (f˜1 (x), . . . , f˜n (x), f˜n+1 (x) + y1 , . . . , f˜m (x) + ym−n )

alors pour x voisin de 0,

g̃ −1 ◦ f˜(x) = g̃ −1 ◦ p ◦ f = (x, 0)

avec g̃ −1 ◦ p un C 1 -diéomorphisme. On peut donc choisir ψ = g −1 ◦ p. 

On montre maintenant que, localement, à un changement de variables près, une


submersion est une projection canonique.
Proposition 11 (Forme normale locale d'une submersion)

Soit (m, n) ∈ N2 avec m ≤ n. Soit U ⊂ Rn ouvert contenant l'origine. Soit


f : U → Rm une submersion en 0 telle que f (0) = 0. Alors il existe V ⊂ Rn un
ouvert contenant 0 et φ : V → Rn un C 1 -diéomorphisme tel que φ(0) = 0 et,
pour x ∈ Rn voisin de 0,
f ◦ φ(x1 , . . . , xn ) = (x1 , . . . , xm )

Démonstration : Puisque df (0) est surjective, les n vecteurs colonnes de Jf (0)


m
génèrent R . On peut donc choisir parmi elles m colonnes telles que la sous-matrice
carrée constituée de ces m colonnes soit inversible. On rappelle que les colonnes en
question sont de la forme

 >
∂f1 ∂fm
(x), . . . , (x)
∂xi ∂xi

• On commence par supposer qu'on peut choisir les m premières lignes Jf (0).
On s'intéresse à l'application suivante :

Rn Rn


h:
x 7 → (f1 (x), . . . , fm (x), xm+1 , . . . , xn )

Par hypothèse, l'application g est de classe C1 sur U. Sa matrice jacobienne

11
est donnée par

 ∂f ∂f1 ∂f1 ∂f1 


1
(x) ... (x) (x) ... ... (x)
 ∂x1 ∂xm ∂xm+1 ∂xn 
. . . . . . .
 
 . . . . . . . 
 . . . . . . . 
 ∂fm ∂fm ∂fm ∂fm
 
(x) ... (x) (x) ... ... (x)


 ∂x1 ∂xm ∂xm+1 ∂xn 
Jh(x) = 
 

0 ... 0 1 0 ... 0
 
 
. . . .. .. .
 
 . . . . . . 

 . . . 0 . 

. . . . .. ..
. . . .
 
 . . . . . . 0 
0 ... 0 0 ... 0 1

On reconnaît donc la matrice dénie par blocs


    
∂fi ∂fi
 ∂xj ∂xj
Jh(x) =  1≤i≤m
1≤j≤m
1≤i≤m 
m+1≤j≤n
 ∈ Mn,n (R)
0 In−m

D'après l'hypothèse faite plus haut, lorsque x = 0, les deux matrices dia-
gonales sont inversibles, donc la matrice Jh(0) est inversible. Le théorème
n
d'inversion locale assure donc qu'il existe un voisinage ouvert de U0 ⊂ R
de 0 tel que h soit un diéomorphisme de U0 sur h(U0 ). Autrement dit, h
−1 1
est bijective, h est de classe C sur g(U0 ). On a alors en particulier pour x
voisin de 0

x = h ◦ h−1 (x) = f1 ◦ h−1 (x), . . . , fm ◦ h−1 (x), (h−1 (x))m+1 , . . . , (h−1 (x))n


−1
En particulier, on voit que les m premières coordonnées de h◦h (x) forment
−1
le vecteur f ◦ h (x) ; or, les m premières coordonnées de h ◦ h−1 (x) sont
exactement les m premières coordonnées de x.
• Pour achever la preuve, on doit considérer le cas général. Soit (ij )1≤j≤m un
sous-ensemble de m entiers distincts compris entre 1 et n tel que la sous-
matrice de Jf (0) dénie par
 
∂fi
(x)
∂xij 1≤i≤m
1≤j≤m

soit inversible. La permutation p : [[ 1 ; m ]] → [[ 1 ; m ]] donnée par

∀ j ∈ [[ 1 ; m ]] , p(j) = ij

est un diéomorphisme. On peut donc appliquer la preuve du point précédent


−1
à la fonction f˜ = f ◦ p . 

Dans les deux résultats précédents, on a fait l'hypothèse que l'image de l'origine est
l'origine. Si f : U → Rm est une immersion (resp. une submersion) quelconque en a,
alors l'application
→ Rm

U −a
f˜ :
y 7 → f (y + a) − f (a)
est une immersion (resp. une submersion) en 0 telle que f˜(0) = 0. Ainsi, on peut tou-
jours se ramener aux hypothèses de la proposition 10 (resp. de la proposition 11). Plus
précisément, si f est une immersion en a, alors la proposition 10 s'écrit pour la fonction
f˜ : il existe W ⊂ Rm un ouvert contenant 0 et ψ : W → Rm un C 1 -diéomorphisme tel

12
que, pour y voisin de 0,
ψ(f (y1 + a1 , . . . , yn + an ) − f (a)) = (y1 , . . . , yn , 0, . . . , 0)

En eectuant le changement de variables x = y + a et en posant ψ̃ = ψ(· − f (a)), on


obtient, pour x voisin de a,
ψ̃ ◦ f (x1 , . . . , xn ) = (x1 − a1 , . . . , xn − an , 0, . . . , 0) = (x, 0) − (a, 0)

On notera que ψ̃ est un diéomorphisme sur un voisinage de a. On peut établir un


résultat similaire si f est une submersion en a. On résume ces deux résultats dans le
corollaire suivant :

Corollaire 4 (Formes normales locales - cas général)

Soit (m, n) ∈ N2 . Soit U ⊂ Rn un ouvert et a ∈ U . Soit f : U → Rm une


application diérentiable sur U .
• Si f est une immersion en a, alors il existe W ⊂ Rm un ouvert contenant
f (a) et ψ : W → Rm un C 1 -diéomorphisme tel que, pour x voisin de a,

ψ ◦ f (x1 , . . . , xn ) = (x1 , . . . , xn , 0, . . . , 0) − (a1 , . . . , an , 0, . . . , 0)

• Si f est une submersion en a, alors il existe V ⊂ Rn un ouvert contenant


0 et φ : V → Rn un C 1 -diéomorphisme tel que φ(0) = a et pour x voisin
de 0,
f ◦ φ(x1 , . . . , xn ) = (x1 , . . . , xm ) + f (a)

3 Théorème du rang constant


3.1 Cas d'une immersion ou d'une submersion
On se place dans le cas de la dimension nie. On a vu dans la section précédente que
si f (0) = 0 et si f est une immersion en 0, alors
• il existe un voisinage U ⊂ Rn de a tel que, pour tout x ∈ U , l'application f est
une immersion en x (localement, f reste une immersion ) ;
• il existe un voisinage V de 0 et ψ : f (V ) → Rm un diéomorphisme autour de 0
tels que, pour tout x ∈ V , l'application ψ ◦ f est l'injection canonique de Rn dans
Rm .
De manière analogue, si f est une submersion en 0, alors
• il existe un voisinage U ⊂ Rn de 0 tel que, pour tout x ∈ U , l'application f est
une submersion en x (localement, f reste une submersion ) ;
• il existe un voisinage V de 0 et φ : V → Rm un diéomorphisme autour de 0 tels
que, pour tout x ∈ V , l'application f ◦ φ est la projection sur les m premières
coordonnées.
Ainsi, quitte à remplacer φ ou ψ par une application identité, on a montré dans les deux
cas que, au voisinage de 0,
ψ ◦ f ◦ φ(x1 , . . . , xn ) = (x1 , · · · , xr , 0, . . . , 0) ∈ Rm

13
où ψ et φ sont des diéomorphismes autour de 0 et où r est le rang de df (0). Grâce
au corollaire 3, on sait par ailleurs que, quitte à réaliser un changement de base, on
peut réécrire cette identité directement à l'aide de la diérentielle df (0), qui est de rang
r ∈ {m, n} : au voisinage de 0, il existe deux diéomorphismes ψ et φ tels que

ψ ◦ f ◦ φ = df (0)

Il est possible d'étendre cette formule au cas plus général où a 6= 0 et f (0) 6= 0 ; on


obtient alors
ψ ◦ f ◦ φ = df (a)
Autrement dit, si f est une immersion ou une submersion en a, alors, localement, à un
changement de variables près, f se comporte comme sa diérentielle en a.

Plus précisément, dans le cas d'une submersion par exemple, les corollaires 3
n
et 4 assurent l'existence d'un diéomorphisme ψ : V → R déni au voisi-
nage V de 0, tel que ψ(0) = a, et l'existence de deux applications linéaires
bijectives ψ̃ : Rm → Rm et φ̃ : Rn → Rn tels que pour x voisin de 0,

f ◦ φ(x) = (x1 , . . . , xm ) + f (a) = ψ̃ ◦ df (a) · φ̃(x) + f (a)

Il sut alors d'appliquer une translation pour obtenir le résultat énoncé


plus haut.

3.2 Cas général


Dans le cas général, on a vu que, si df (a) est de rang r quelconque, alors il n'existe
pas nécessairement un voisinage de a sur lequel la diérentielle de f reste de rang r (il
sut de reprendre l'exemple du paragraphe précédent, en choisissant a = 0). Toutefois,
si le rang de la diérentielle reste constant au voisinage de a, on peut généraliser le
résultat obtenu pour les immersions et les submersions, à savoir que, localement, à un
changement de variables près, l'application f se comporte comme sa diérentielle en a.
Comme dans le cas des immersions ou des submersions, on va commencer par dé-
montrer une version plus simple de ce résultat, où l'on suppose que f (0) = 0 avec df (0)
de rang r.

Proposition 12

Soit (m, n) ∈ N2 . Soit U ⊂ Rn ouvert contenant l'origine. Soit f : U → Rm


une application C 1 telle que f (0) = 0. On suppose que rang df (x) = r pour
tout x ∈ U . Alors il existe V ⊂ Rn et W ⊂ Rm deux ouverts contenant 0,
φ : V → Rn et ψ : W → Rm deux C 1 -diéomorphismes tel que φ(0) = 0 et,
pour x ∈ Rn voisin de 0,
ψ ◦ f ◦ φ(x1 , . . . , xn ) = (x1 , . . . , xr , 0, . . . , 0)

Autrement dit, localement, à deux changements de variables près, f est une projection
canonique.

14
Démonstration : De même que pour la démonstration de la forme normale locale
d'une submersion, on peut supposer que, à deux changements de base près, les r
premières lignes et les r premières colonnes de Jf (0) forment une matrice inversible.
Autrement dit, la matrice suivante
 
∂fj
det (0) 6= 0
∂xi 1≤i≤r
1≤j≤r

n o
on pose Û = x̂ ∈ Rr | x ∈ U

Si U est un ouvert contenant 0 dans Rn , alors Û est un ouvert contenant 0 dans Rr .


On peut alors dénir la fonction suivante :

Rm

Û →
fˆ :
x̂ 7 → f (x̂1 , . . . , x̂r , 0, . . . , 0)

Puisque f est diérentiable sur U , l'application fˆ est diérentiable sur Û . On dénit


deux applications :

Û × Rm−r Rm


g:
(x̂, y) 7 → (fˆ1 (x̂), . . . , fˆr (x̂), fˆr+1 (x̂) + y1 , . . . , fˆm (x̂) + ym−r )

Rn Rn


et h:
x 7 → (f1 (x), . . . , fr (x), xr+1 , . . . , xn )
Ces deux applications sont de classe C1 au voisinage de 0, de matrices jacobiennes
respectives

∂ fˆ1 ∂ fˆ1
 
 ∂ x̂1 (x̂) ...
∂ x̂r
(x̂) 0 0 ... 0
. . . . . . .
 
. . . . . . .


 . . . . . . .
 ∂ fˆ ∂ fˆr 
r
 (x̂) ... (x̂) 0 0 ... 0
 ∂ x̂1 ∂ x̂r
 

 
Jg(x̂, y) =  ∂ fˆr+1 (x̂) ∂ fˆr+1
 
 ∂ x̂ ... (x̂) 1 0 ... 0
 1 ∂ x̂r 

. . . .. .. .
. . . .


 . . . 0 . . .
 
. . . . .. ..
. . . .
 
 . . . . . . 0
 
∂fm ∂fm
 
(x̂) ... (x̂) 0 ... 0 1
∂ x̂1 ∂ x̂r
 ∂f ∂f1 ∂f1 ∂f1 ∂f1 
1
(x) ... (x) (x) (x) ... (x)
 ∂x1 ∂xr ∂xr+1 ∂xr+1 ∂xn 
. . . . . . .
 
 . . . . . . . 
 . . . . . . . 
 ∂f ∂fr ∂fr ∂fr ∂fr 
 r
(x) ... (x) (x) (x) ... (x)

 ∂x ∂xr ∂xr+1 ∂xr+1 ∂xn

et Jh(x) =  1

 0 ... 0 1 0 ... 0 

. . . .
 
 . . . .. .. .

 . . . 0 . . . 
 
 . . . . .. .. 
. . . . . .
 . . . . 0 
0 ... 0 0 ... 0 1
De même que dans le cas où r ∈ {m, n}, on peut montrer que Jg(0, 0) et Jh(0)
sont inversibles, donc le théorème d'inversion locale implique que, sur un voisinage
−1
de l'origine, les deux applications g et h sont des diéomorphismes, d'inverse g
−1 −1 −1
et h . En choisissant ψ = g et φ = h , on démontre le résultat annoncé. 

15
Une formulation plus générale de ce résultat est donnée dans le théorème suivant :

Théorème 3 (Théorème du rang constant)

Soit (m, n) ∈ N2 . Soit U ⊂ Rn un ouvert et a ∈ U . Soit f : U → Rm une


application C 1 . On suppose que rang df (x) = r pour tout x ∈ U . Alors il
existe V ⊂ Rn un ouvert contenant 0, W ⊂ Rm un ouvert contenant f (a) et
φ : V → Rn et ψ : W → Rm deux C 1 -diéomorphismes tels que φ(V ) est un
ouvert contenant a et, sur V ,
ψ ◦ f ◦ φ = df (a)

Démonstration : Laissée en exercice.

Quitte à introduire un changement de variables, on a également l'identité


ψ ◦ f ◦ φ(x1 , . . . , xn ) = (x1 , . . . , xr , 0, . . . , 0)

sur un voisinage de a.

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