International Journal of Humanities Social Sciences and Education (IJHSSE)
Volume 11, Issue 9, September 2024, PP 25-31
ISSN 2349-0373 (Print) & ISSN 2349-0381 (Online)
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Le Fihavanana Malagasy, une Revalorisation du Sens de la
Personne
Dr RAKOTONIRINA Jean Raymond
Professeur Titulaire RUPHIN Solange, Université de Fianarantsoa Madagascar
*Corresponding Author: Dr RAKOTONIRINA Jean Raymond, Professeur Titulaire RUPHIN Solange,
Université de Fianarantsoa Madagascar
Abstract: Les Malagasy actuels sont malades et la maladie n’émane pas de l’extérieur mais de l’intérieur,
voire le remède. L’indicateur c’est la vie amenuisée de chacun et chacune. D’où il est urgent de mettre en
exergue le Fihavanana typiquement malagasy dont les Ntaolo mêmes sont auteurs. Ce fihavanana, en tant que
lien ancestral et lien par contracté, les présente comme des personnes capables de se respecter, de
s’entraider. Il conteste l’isolement et enseigne aux Ntaolo malagasy comment vivre dans les réalités, à la fois,
négative et positive et aimer le prochain. Les Ntaolo font preuve du fihavanana par l’unité ou par l’union. Et
cette union constitue la force qui assure la bonne marche de leur société ou de leur identité culturelle. Donc
les Malagasy actuels qui sont malades doivent qualifier comme remède le recours incontournable au
Fihavanana. Ce dernier va les épanouir humainement et va les réasseoir à leur vraie place en société
actuelle. Puisque le Fihavanana est déjà dans le sang des Ntaolo, alors il est facile, pour eux, de le pratiquer.
Mais, pour les Malagasy actuels, ce n’est pas évident. Ils doivent se ressourcer aux proverbes malagasy et en
même temps procéder à l’engagement, à l’effort. Cet engagement accompagné d’effort est une clef sans
laquelle on ne parvient pas à la dignité humaine, sens du Aina et sens de la personne.
Keywords: Ntaolo malagasy, concept du fihavanana et du havana, lien ancestral, lien par contracté, Aina,
âme, personne, ouverture, épanouissement, engagement, effort, unité, vie communautaire, proverbes
malagasy.
1. INTRODUCTION
Comme tous les autres, les Malagasys ont été victimes des conflits raciaux, des affrontements et des
diverses violences. Et cela est à l’origine de la réflexion sérieuse sur la vérité de la personne et sur la
remise en sa vraie place au monde moderne, à Madagascar en particulier.
Si les Européens, à travers Mounier, se tiennent debout pour défendre la personne, le Malagasy, à
travers le Ntaolo, prônent sa signification profonde par le fihavanana (lien communautaire).
Le Ntaolo malagasy (Ancêtre, Ancien Malagasy) se préoccupe beaucoup du Fihavanana. Ce terme
reste gravé dans son cœur. Il reste aux lèvres et il est réitéré. « Les Malgaches sont des gens du
fihavanana »1. Le mot fihavanana émane du mot « havana » qui veut dire « parent, allié, ami »2 ; donc
ceux qui vivent le fihavanana vivent la parenté, l’alliance, l’amitié, la solidarité, les bonnes relations.
Cette notion abstraite a des applications concrètes dans le quotidien de Malagasy car la vie de la
société s’articule autour cette idée : « Le fihavanana est un élément de la culture malgache à la base de
toutes les relations sociales. »3
Le fihavanana est un concept culturel propre de la société malgache qui a pour socle la confiance,
l’entr’aide, la solidarité et la paix sociale entre les membres de la communauté de sang, entre famille
ou en dehors de celle-ci mais qui vit dans une même société bien déterminée. Dans cette société, le
lien communautaire s’enracine beaucoup.
1
« Olon’ny fihavanana ny Malagasy. »
2
Anibal et Milizac (1888) (2012), Dictionnaire malgache-français, p.226
3
Favre-Chatagny (2016), Le captage à Madagascar, p.42
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Le Fihavanana Malagasy, une Revalorisation du Sens de la Personne
D’après Kneitz « Deux variations existent :premièrement, tous les descendants biologiques sont issus
des ancêtres communs, d’une unité de vie. En tant que produit d’une même valeur principale, ils sont
égaux les uns les autres, ayant desresponsabilités de se soutenir. Deuxièmement, le simple fait
d’habiter ensemble sur un mêmeterritoire et de se nourrir conjointement de ses ressources constitue
une participation àune même unité de vie, crée l’obligation morale de se soutenir. »4
Donc le lien communautaire est un moyen efficace sans lequel le Malagasy ne peut pas s’épanouir.
Quelques proverbes Malagasy confirment cela : « Ceux qui traversent le fleuve en groupe ne sont pas
dévorés par lecaïman »5ou « Un groupe de pintades ne peut pas être dispersé par un chien »6et « Ceux
qui s'assemblent sont comme le roc et ceux qui s'éparpillent sont comme le sable »7
Tout cela signifie que le Fihavanana se soucie de la bonne marche de la société dont chacun fait partie
intégrante. En soulignant la solidarité qui le reflète dans la vie concrète de Malagasy, Rabemananjara
disait : « On était solidaire parce qu’on se réclamait de la même lignée. On était solidaire en raison du
voisinage et de la proximité, face aux périls et aux nécessités. L’aide mutuelle s’exerçait
spontanément dans de nombreux domaines et de nombreuses circonstances (…). En cas de décès,
c’était la communauté qui se chargeait de tout. Dans le contrat social, on était les uns pour les
autres.»8
Mais cela ne va pas de soi. Il a besoin d’engagement. Le fihavanana n’est pas fihavanana sans se
baser sur lui. Cet engagement est indispensable pour le Ntaolo afind de vivrece fihavanana. Mais qui
est le Ntaolo malagasy ? Et commentcomprendre que les valeurs malagasy comme le fihavanana peut
être, à la fois, ferme et flexible ?
Il nous est utile de mettre en grande considération les sources comme les proverbes malagasy et les
œuvres écrites par des Malagasy ou des étrangers.
Par ces sources, on se rend compte quele Fihavanana est à construire. Donc c’est une erreur de croire
qu’il est naturel pour le Malagasy. Il a besoin d’un engagement fort tous sans lequel on ne parvient
pas à sa finalité.
Le concept fihavanana selon le Ntaolo dans la langue, la mentalité et le contexte malagasy, voire
européen en tant que colonisateur.
2. LE FIHAVANANA MALAGASY LIE A L’HISTOIRE DE MADAGASCAR ET A L’INFLUENCE
EUROPEENNE
Le Capitaine Portugais Diego Diaz a découvert l’île de Madagascar lors de son voyage vers
l’Indeavec ses équipes au XVème siècle, plus précisément le 23 mai 1500. Il donna, le 10 août, le
nom de Saint-Laurent à cette île inconnu parce que le 10 août est un jour de fête de ce saint Laurent.
Auparavant, les Arabes et Marco Polo, le Vénitien pensaient déjà à cette île vers 1254-1324 sans
l’avoir visité. Il les appela Madagascar. Plus tard, les géographes européens ont gardé cette
appellation pour indiquer cette ile inconnue. Par la suite les Français, les Anglais et les Hollandais ont
fait escale à Madagascar avant de continuer la longue route vers l’Orient.
C’est la raison pour laquelle les Français, à partir des 1776, y installent des comptoirs commerciaux.
D’ores et déjà la France s’est enracinée à Madagascar jusqu’à nos jours et donne à tous les habitants
cette appellation Malagasy.
L’histoire nous montre déjà la mainmise des Européens en terre malagasy qui aura impact surtout à
l’éventuelle mise en écrit du fihavanana dans la littérature malagasy. Et cette mainmise européenne
limite parfois le sens profond du fihavanana sous prétexte que les Auteurs européens le prennent à
leur façon et non pas à celle de Malagasy.
4
Kneitz « Introduction : La paix du fihavanana » in Kneitz (dir.) (2016), Fihavanana – La vision d’une société
paisible à Madagascar, p.25
5
« Ny mita be tsy lanin’ny mamba. »
6
« Akanga maro tsy vakin'amboa. »
7
« Izay mitambatra vato fa izay misaraka fasika. »
8
Rabemananjara (2001), Le monde malgache, p.27.
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Le Fihavanana Malagasy, une Revalorisation du Sens de la Personne
Durant la colonisation et avant l’indépendance en 1960, les Ntaolo malagasy a franchi des divers
problèmes socio-politiques. Cela a motivé les chercheurs ou les missionnaires à écrire et à mettre en
évidence le concept Fihavanana.
Selon eux, le Fihavanana est une question de paix sociale sans conflit, sans inégalité. Ils ont voulu
universaliser ce terme. Mais il est difficile d’universaliser une tradition sur le sol malgache étant
donné que cette universalisation ne se conjugue pas avec la réalité typiquement Malagasy. D’où il y a
une réduction du sens du Fihavanana.
En plus, l’origine des Malagasy devient un objet de polémique pour les chercheurs. Les uns disaient
qu’ils viennent de l’Indonésie entre cinq et seizième siècle et les autres de l’Afrique, des Arabes qui
ont amené les Bantous comme esclaves livrés au commerce. Cela apporte de conséquence sur la
complexité du sens du fihavanana malagasy.
Ce n’est pas étonnant siRaymond Decary soulève l’origine complexe de cette population malgache :
« L’homme préhistorique n’a jamais été à Madagascar. L’habitant n’est pas autochtone ; il est
immigré, et cela depuis un temps relativement peu ancien ; mais, en l’absence de tradition écrite, il a
perdu tout souvenir de ses origines. »9.
Selon Decary encore, les Vazimba (personnes ayant des tailles trop courtes), les soi-disant premiers
habitants àMadagascar, étaient d’origine africaine. C’est bien possible parce que le canal de
Mozambique séparant Madagascar de l’Afrique n’a que 419 km de large en son point le plus étroit. Le
Malagasy considère ces Vazimba comme des vrais propriétaires du sol et maîtres de la terre. Et
combien de fois on dit : attention, attention, ce sont de tombeaux de Vazimba ici, donc c’est un tabou
de mettre les pieds sur ces tombeaux.
C’est ce qui conduirait Decary à la conclusion suivante : « La civilisation malgache dérive donc de
l’ancienne civilisation indonésienne, dont les premiers éléments peuvent encore être discernés.
L’Islam l’a aussi quelque peu marquée de son influence, notamment pour ce qui concerne le
développement de la magie et de l’art de divination. L’astrologie malagasy est d’origine arabe, ainsi
que les noms des jours et des mois. Mais il s’agit là des points bien délimités. »10
Ce n’est pas étonnant si Grandidier voit le métissage des races accumulées et croisées à Madagascar :
« Tous les Malgaches sont, à degrés divers, des métis. »11 Car cespremiers migrants originaires de
l’Indonésie passaient par « le Sri-Lanka, l’Inde, la Perse, l’Arabie, la Côte d’Afrique, les îles
Comores, les iles de la côte Nord-Ouest de Madagascar. »12
Grandidier voit aussiun trait juif chez le Malagasy. De même Flacourt a découvert les coutumes juives
à Madagascar, lors de sa visite de l’actuelle ile Sainte-Marie13 en 1652. C’est pourquoi on a donné
autrefois à cette ile le nom « Nossi-Ibrahim », c’est-à-dire, « ile d’Abraham » et on a malgachisé en «
Nosy Boraha »
A Comore, il y avait un manuscrit qui mentionnait une migration juive vers Madagascar14 . Et même
Alakamisy Ambohimaha sur le roc à la montagne qui se trouve au sud-est du village, il y a une trace
juive sous forme d’écriture.
Donc, le Malagasy n’est pas issu d’une seule origine, ni d’une unique tradition ou des seules tribus.
2.1. Le Fihavanana Malagasy Comme Lien Naturel et Lien non Naturel
Toutes les personnes descendant d’un ancêtre commun constituent le Fihavanana émanant du lien
naturel, c’est-à-dire, le fihavanana à parenté, par exemple grands-parents, père, mère, frères et sœurs,
oncles, tantes, cousins et cousines etc. Elles sont qualifiées comme lien ancestral.
9
Decary Raymond, Mœurs et coutumes des Malgaches,1951, p.5.
10
Cf. ibid., p.6.
11
Grandidier Alfred et Guillaume, Ethnographie de Madagascar. Tome. I, 1908, p.7 ; notice historique sur
Alfred Grandidier membre de la section de géographie et de navigation, lue dans la séance publique
annuelle du 18 décembre 1922, par M. Alfred Lacroix, secrétaire perpétuel, p.39 ; cf.
Randriamamonjy, Histoire des régions de Madagascar, 2008, p.8
12
Ibid. p.10
13
Ibid., p.13
14
Ibid, p.11
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Le Fihavanana Malagasy, une Revalorisation du Sens de la Personne
Tandis que les parents éloignés ou havana lavitra comme fatidrà (alliance par le sang),des belles-
familles des frères, sœurs et celles des cousins et cousines sont des familles élargies. Ils sont qualifiés,
cette fois, comme lien non naturel ou lien contracté par le serment.
Les deux personnes ou deux groupes de personnes qui font serment ne se font que du bien, de
l’entraide dans toutes les circonstances15.
Ce fihavanana unit ceux qui sont liés par le sang commun et ceux qui sont liés par la vie
communautaire. Ils ont l’obligation de se respecter et de se rendre service en toutes circonstances, au
nom du sang commun ou d’une communauté de vie16 De plus, plusieurs auteurs soulignent les
impératifs du fihavanana en montrant comment les gens doivent le vivre. Les gens d’une même
famille cohabitent dans la même maison et jusque dans le même tombeau : « velona iray trano maty
iray fasana. ».17C’est-à-dire, les vivants se trouvent dans une seule maison et les morts dans un seul
tombeau.
D’après eux, il faut savoir se priver pour préserver le fihavanana18parce que l’égoïsme le défavorise et
que l’orgueil le tue. Le Malagasydoit le transmettre de génération en génération sous prétexte qu’il
définit son identité, sa culture et sa finalité.
Or ce fihavanana parait fragile, « il faut lui porter une attention constante pour ne pas l’abîmer. si on
sait l’entretenir, il apportera du bonheur, si on le malmène, il sera source de déception. »19 Donc le
partage, la solidarité et la coopération sont des éléments cruciaux qui caractérisent ce fihavanana. Il ne
peut pas ne pas être un travail de longue haleine. Il engage le Malagasy à établir une communauté de
vie harmonieuse et à accepter les obligations qu’elle implique.
Etle Ntaolo Malagasyproposeune nouvelle table de vie communautaire sur laquelleil s’épanouit
[Link] RAKOTO met l’âme ou le fanahy au centre car, pour lui, la première exigence
de l’homme malagasy est d’exister réellement par rapport au groupe et de vivre en harmonie avec le
monde et les autres. En d’autres termes, tout son être tend vers le fihavanana20.
Donc le fihavanana englobe largement toutes les relations humaines possibles. Il peut lier non
seulement les personnes avec leurs semblables mais peut exister également dans d’autres domaines
relationnels comme les relations avec les étrangers, la nature, les ancêtres, Dieu.
2.2. Le Fihavanana Malagasy Comme une Manifestation de L’unité des Diverses Personnes
Le Ntaolo malagasy dit : « Ny hazo tokana tsy mba ala » ary « Izay mitambatra vato, izay misaraka
fasika ». Autrement dit, un arbre ne fait pas de foret et ceux qui s’assemblent ressemblent à une grosse
pierre et ceux qui se séparent ressemblent à des sables.
Robert Dubois qui a vécu dans l’Est de Madagascar pendant plusieurs années a écrit un livre ayant
comme titre en 2002 L’identité malgache. Dans ce livre, il souligne l’importance de Fihavanana et la
différence importante de Malagasy vis à vis des autres peuples envahis par l’individualisme comme
les Européens. Selon lui, leMalagasydoit gardernon seulement ses qualités de Malagasy tout en étant
modernesmais aussi son unité.
Hervouet finit par dire que, pour le Malagasy, « l’unité est ardente obligation »21A ses yeux, le
Malagasy est devenu un par le fait qu’il participe àune même vie ancestrale unique ou par l’alliance
matrimoniale qui l’unit. Alors, de par la parenté, deux personnes deviennent un en tant que frère et
sœur ou un en tant qu’épouse et époux. Elles sont, au profit du Aina (vie), une seulepers
onneoloraiky22.
15
Voankazoanala, Le fihavanana en quête de renouveau, 2015, p.6
16
Ibid., p.8. Mais le fait de dire que le « lien de fihavanana se tisse automatiquement » pose problème.
Nous allons voir plus loin que le fihavanana, en dehors du lien ancestral, se fait par la volonté des
personnes concernées sous forme d’obligation
17
Ibid., p.17
18
Ibid., p.8
19
Ibid., p.10
20
Préface d’Alliot in Rakoto, Parenté et mariage en droit traditionnel malgache,1971, p.5
21
Hervouet, Comprendre les Malgaches, 2016, p.50
22
Dubois, Olombelona, 1978, p.68.
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Le Fihavanana Malagasy, une Revalorisation du Sens de la Personne
Dubois se rend compte qu’il y a une différence d’unité entre les Malagasy et les Européens. « Partant
spontanément de prémisses différentes, l’Européen aboutit à un autre résultat. (…), le fils du frère ne
sera que neveu, jamais fils, et les frères et les sœurs ne seront jamais une personne »23
Or pour le Malagasy, l’unité parentale est voulue par Zanahary (Dieu Créateur) qui en est, d’ailleurs,
l’origine.
D’où le Nataolo disait « Ny zaza iaraha_manana » c’est-à-dire, l’enfant appartient à tous. Donc toute
forme de destruction de l’unité parentale est abominable. Malgré la diversité, cette unité constitue
l’idéal ou la matrice des familles et de sociétémalagasy.
Elle détermine même une sorte de progression éthique24. Chaque personne est unificatrice de la
viesupérieure appelée aina et chaque famille devient productrice et le garant de cet Aina (vie).
2.3. Le Fihavanana Comme une Manifestation de L’unité de Plusieurs Aina (vie)
Toutes les relations sont basées sur la notion du Aina dont l’origine c’est le Zanahary, quel que soit sa
provenance(ancêtres, repas, etc.) Ce Zanahary transmet cet Aina par les ancêtres, les parents, le repas.
Cette réflexion montre qu’il donnediversaina au Malagasy comme les riz, les animaux et les enfants :
« "ce riz est mon aina"(aiko ity vary ity) ou encore "cette eau est mon aina", "les bœufs sont l’aina de
notre famille", "cette pirogue, cette bêche et cette marmite sontt notre aina", etc. »25. L’aina suscite
l’unité pour la bonne marche de la société. D’où l’exaltation de l’unification de l’action du Zanahary
et celle de chaque Malagasy. Car le "Zanahary" ne protège pas celui qui dort. »26
La société malagasy est, selon Hervouet, « très hiérarchisée, ordonnée, car chaque être, chaque chose
a sa place et doit y être. »27 Alors, une personne dotée de la place et du statut du Père, par exemple,
doit se tenirconvenablement comme Père devant sa famille. Il est qualifié comme un demi-Dieu.
En cas de malade, les voisins le rendent visite. En cas de deuil, ces voisinsressentent et éprouvent la
même douleur. Il est tout à fait bizarre, pour le Malagasy, d’être absent pendant l’enterrementparce
que le fihavanana unit en temps de joie tout comme en temps de détresse. Grâce au Fihavanana, grâce
au aina,ils font nécessairement boule de neige.
A chaque instant, suivant les différentes circonstances et différents changements, le Malagasy garde
toujours ce fihavanana comme une cohésion de son identité. Il est en éventuelle marche vers l’horizon
infini en quête de la perfection du aina ou du fihavanana même.
3. LE FIHAVANANAMALAGASY LIE A LA SEMANTIQUE
Le fihavanana est intraduisible en d’autres langues. C’est pourquoi notre recherche se centre sur
l’adoption de la méthode sémantique proposée par Lyons, un linguiste britannique pour permettre
d’en pénétrer les [Link] son livre intitulé Eléments de sémantique, Lyons nous aide à
comprendre davantage que le fihavanana réitéré par le Ntaolo ne peut se comprendre adéquatement
qu’à partir de la base de la langue malagasy.
Ce contexte nous montrera l’importance de la dimension de l’engagement comme élément pour la
compréhension du concept fihavanana. Car il ne suffit pas de le comprendre au simple niveau de la
connaissance ou théorique.
L’expérience vécue est indispensable pour parvenir adéquatement à cet objectif. D’où nous recourrons
aux proverbes quiémanent de cette expérience. Puis, nous réaliserons également que la
compréhension deces conceptsnécessite de les considérer dans leur champ sémantique28. En vue de
connaître la notion du fihavananadonc, nous utilisons les proverbes malagasy.
Mais nous constatons que la plupart des collecteurs des proverbes malgaches sont des étrangers en
particulier des Français. Pour éviter des malentendus provenant d’une traduction du terme fihavanana
par un des mots français proposés, nous restons autant que possible dans la langue et la tradition
malagasy.
23
Ibid., p.68 et 74.
24
ibid., p.75
25
Hervouet, Comprendre les Malgaches, 2016, p.50
26
Dubois, L’identité malgache, 2002, p.123. En fait, les Malgaches disent : « Zanahary tsy mitaha
mandry. »
27
Hervouet, Comprendre les Malgaches, 20016, p.52
28
Lyons, Eléments de sémantique, 1978, p.188
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Le Fihavanana Malagasy, une Revalorisation du Sens de la Personne
Terme Fihavanana vient du mot « havana » qui signifie Parent. Et le terme « parent » conserve de
respect. Cela nous fait penser à une autre dérivation du mot fihavanana comme « avaka », c’est-à-dire,
ce qui distingue une personne par rapport aux autres. Exemple : Mampiavaka ny Malagasy amin’ny
mponina hafa ny fihavanana (Le fihavanana distingue tout le Malagasy des autres populations).
Dans ce sens, les « havana » (fammilles) ont des bonnes qualités remarquables qui les différentient
des autres.
Albinal et Malzac ont parlé du « Avana » qui n’est autre que l’arc en ciel sous forme de lumière et de
couleur fascinante : « arc-en-ciel, lumière, éclat, splendeur »29 Alors, ce terme attribue une métaphore
de la lumière aux « havana ».
Pour les vrais « havana », tout est clair, légal et loyal. Donc, Les havana (familles) essayent toujours
de sarcler le champ du fihavanana. Ils cherchent donc à enlever les mauvaises herbes qui empêchent
le fihavanana de pousser et de devenir comme un grand arbre bien nourrissant pour la société.
D’où l’importance de l’engagement, de l’effort à conjuguer dans ce fihavanana.
De plus, le mot « manàvana » veut dire fouiller, écarter les cendres pour que le feu brûle mieux. Le
Malagasy utilise le feu du bois pour préparer le repas. Or le repas les unifie.
Donc le Fihavanana est en rapport avec le feu, la lumière et surtout avec le repas, au festin, voire à la
fête ou à la joie. La vie des vrais « havana », c’est comme une fête joyeuse, un repas qui donne force
et assure la communion. Grâce au fihavanana, les Malagasy « mpihavana » vivent la joie et sont
porteurs de cette joie. Car, en tant que gens honnêtes, ils accueillent tout le monde commehavana 30 et
même les étrangers.
Pour le Malagasy, toute relation sociale liée par le fihavanana devient une relation de confiance
réciproque. « Qualité relationnelle de confiance réciproque entre personnes apparentés et ou
corésidentes dans une même localité »31C’est l’expérience ou la vie de pratique de l’entraide sur un
mode familial au sein de la communauté.
Et Rahajarizafy a confirmé cela : « Tout homme avec qui on vit est un « havana » (lié par le sang et
l’affection), et toute relation avec lui, ne se conçoit et ne se règle que comme un acte de fihavanana.
Relation entre gouvernants et sujets, relation entre marchands et clients, relation entre étrangers et
habitants, relation entre tous et en tout : tout est, pour tout le Malagasy, acte de fihavanana ! »32 On
voit alors que le concept du fihavanana n’a pas de frontière. Il a de multiples facettes et peut s’élargir
dans de nombreuses et différentes relations possibles. Cet aspect propre du fihavanana le distingue de
toute autre chose.
On dit souvent que les Malgaches sont femmes et hommes de cœur. Qui qui dit cœur dit émotion,
sentiment, amour, relation, etc. De là provient la conviction, la décision, l’engagement de vivre en
bonne relation avec les autres. Pour les Malgaches, l’expression « olona tsy misy fo », personne sans
cœur, désigne une femme ou un homme dangereux. Une société avec le cœur est une société en
relation intime. Donc le fihavanana n’est autre qu’une psychologie du Ntaolo malagasy.
Alors, dans ce sens, le cœur commande les actes concrets qui traduisent effectivement le fihavanana à
travers les relations avec les autres. Dans cetteperspective, nous pouvons dire que le fihavanana
concerne d’abord le cœuravant d’être d’ordre de l’esprit.
Comment ne pas penser ici au célèbre mot de Pascal : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connait
point. »33 Donc le cœur attire à connaître ce que l’on aime.
4. CONCLUSION
Le Ntaolo malagasy prône le concept du fihavanana. Ce concept se voit comme un instrument, un
moyen, une nourriture sûre sans laquelle la personne s’amenuise. Avec lui la personne se réconcilie,
soit avec lui-même, soit avec le Zanahary (Dieu), soit avec l’autrui et avec la nature.
29
Abinal et Malzac, Dictionnaire malgache-français, 1888, rééd. 2012, p.67
30
Babity, Ny fihavanana antoky ny fiaraha-monina milamina,2008, p.10
31
Ottino, Les champs de l’ancestralité à Madagascar, 1998, p. 280
32
Rahajarizafy Antoine de Padoue, « Sagesse malgache et Théologie chrétienne » in Personnalité africaine et
Catholicisme, 1962, p.10.
33
Pascal, Preuves par discours (Fragment), 1669, p. 146
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Le Fihavanana Malagasy, une Revalorisation du Sens de la Personne
La personne du Ntaolo malagasy relève ce fihavanana. Elle n’a pas manqué de mettre en exergue la
vie relationnelle en communauté qui n’est autre que le fihavanana. Ce dernier devient le meilleur lieu
d’épanouissement de la personne. Cette personne en plein épanouissement devrait être à l’origine de
la famille, de la tribu etdu peuple malagasy. Elle doit les former même.
Par conséquent, cette famille, cette tribu et ce peuple vivent dans la paix et dans le bonheur. Une
manière de parler du Ntaolo malagasy « Ny zavatra tsara tsy mba hanome zavatra ratsy » en français,
la belle chose ne produit pas de chose amer.
REFERENCES
[1] URFER, Sylvain, Histoire de Madagascar, éd. Paris, 2021
[2] KNEITZ, Peter, Fihavanana : La vision d’une société paisible à Madagascar. Ed, Wittenberg :
Univeritätsverlag, 2016
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2016.
[4] HERVOUET, Loïc, Comprendre les Malgaches. Paris, Rive neuve, 2016
[5] Voankazoanala, Le fihavanana en quête de renouveau, 2015
[6] BABITY, Laurent, Ny fihavanana antoky ny fiaraha-monina milamina, éd. Antananarivo,CIDST, 2008.
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Marie-Bernard), éd. Paris : Karthala, 2002
[10] RABEMANANJARA, Raymond William, Le monde malgache, éd. Paris, Harmattan, 2001
[11] FUGIER, Huguette, Syntaxe malgache, éd. Louvain-la-Neuve, 1999
[12] OTTINO, Paul, Les champs de l’ancestralité à Madagascar. Parenté,alliance etpatrimoine, éd. Paris,
1998
[13] LYONS, John, Eléments de sémantique (trad. de l’anglais par Jacques Durand), éd. Paris, Larousse, 1978
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1978
[15] RAKOTO, Ignace, Parenté et mariage en droit traditionnel malgache, éd. PUF, 1971.
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Antananarivo, 1992
[17] MUNTHE, Ludvig, La bible à Madagascar, éd. Oslo, 1969
[18] Pascal, Preuves par discours, éd. Paris,1669
[19] DECARY, Raymond, Mœurs et coutumes des Malgaches, éd. Paris, 1951
[20] MALZAC, Victorin, Dictionnaire français-malgache. Paris, 1926
[21] GRANDIDIER, Alfred et Guillaume, Ethnographie de Madagascar, éd. Paris, 1908
Citation: Dr RAKOTONIRINA Jean Raymond. "Le Fihavanana Malagasy, une Revalorisation du Sens de la
Personne" in International Journal of Humanities Social Sciences and Education (IJHSSE), vol 11, no.9, 2024,
pp. 25-31. DOI: [Link] 0381.1109003.
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