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Odeur et Décor de la Pension Vauquer

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seydina ousmane diouf
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TEXTE :

Cette première pièce exhale une odeur sans nom dans la langue, et qu'il faudrait
appeler l'odeur de pension. Elle sent le renfermé, le moisi, le rance ; elle donne froid, elle
est humide au nez, elle pénètre les vêtements ; elle a le goût d'une salle où l'on a dîné ; elle
pue le service, l'office, l'hospice. Peut-être pourrait-elle se décrire si l'on inventait un
procédé pour évaluer les quantités élémentaires et nauséabondes qu'y jettent les
atmosphères catarrhales et sui generis de chaque pensionnaire, jeune ou vieux.
Eh bien ! malgré ces plates horreurs, si vous le compariez à la salle à manger, qui
lui est contiguë, vous trouveriez ce salon élégant et parfumé comme doit l'être un boudoir.
Cette salle, entièrement boisée, fut jadis peinte en une couleur indistincte aujourd'hui, qui
forme un fond sur lequel la crasse a imprimé ses couches de manière à y dessiner des figures
bizarres. Elle est plaquée de buffets gluants sur lesquels sont des carafes échancrées, ternies,
des ronds de moiré métallique, des piles d'assiettes en porcelaine épaisse, à bords bleus,
fabriquées à Tournai. Dans un angle est placée une boîte à cases numérotées qui sert à
garder les serviettes, ou tachées ou vineuses, de chaque pensionnaire. Il s'y rencontre de ces
meubles indestructibles, proscrits partout, mais placés là comme le sont les débris de la
civilisation aux Incurables. Vous y verriez un baromètre à capucin qui sort quand il pleut,
des gravures exécrables qui ôtent l'appétit, toutes encadrées en bois verni à filets dorés; un
cartel en écaille incrustée de cuivre; un poêle vert, des quinquets d'Argand où la poussière
se combine avec l'huile, une longue table couverte en toile cirée assez grasse pour qu'un
facétieux externe y écrive son nom en se servant de son doigt comme de style, des chaises
estropiées, de petits paillassons piteux en sparterie qui se déroule toujours sans se perdre
jamais, puis des chaufferettes misérables à trous cassés, à charnières défaites, dont le bois
se carbonise.
Pour expliquer combien ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé,
manchot, borgne, invalide, expirant, il faudrait en faire une description qui retarderait trop
l'intérêt de cette histoire, et que les gens pressés ne pardonneraient pas.

Honoré de BALZAC, Le Père Goriot, 1834-1835.

Questions :
1. Situer le texte dans son contexte de production.
2. Donnez l’idée générale du texte.
3. Lis le texte, puis relève les indices qui justifient le mouvement auquel il appartient.
4. Contre quelle attitude les réalistes se sont-ils soulevés ? Et pourquoi ?
5. Comment t’expliques-tu les détails dans la description dans le texte ?
6. Quels sont les éléments grammaticaux utilisés pour asseoir cette description ?
7. Rédige un paragraphe pour expliquer l’opinion de Stendhal selon laquelle le roman
est « un miroir que l’on promène le long d’un chemin ».

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