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Mesure de la déformation en simulation

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Simulation physique de la mise

en forme : mesure de la déformation

par Pierre MONTMITONNET


Ingénieur de l’École centrale de Paris
Directeur de recherche au CNRS
Responsable adjoint du groupe de recherche « Surface et Tribologie »
au Centre de mise en forme des matériaux
École nationale supérieure des mines de Paris

1. Rappels mathématiques.......................................................................... M 3 021 - 2


1.1 Tenseurs de déformation ............................................................................. — 2
1.2 Mesures scalaires de déformation.............................................................. — 2
2. Mesure tensorielle ou mesure scalaire de la déformation............ — 3
3. Fonction d’état ou variable dépendant de l’histoire ...................... — 3
4. Mesure lagrangienne ou mesure eulérienne de la déformation.. — 4
5. Lien avec les techniques expérimentales de mesure
de la déformation ..................................................................................... — 4
6. Choix d’une mesure de déformation................................................... — 4
7. Notion de déformation minimale ......................................................... — 5
8. Comparaison des diverses mesures de déformation...................... — 5
8.1 Traction simple ............................................................................................. — 5
8.2 Cisaillement simple ...................................................................................... — 7
Références bibliographiques .......................................................................... — 8

L ’expérience de la déformation d’un corps est courante et permet une


compréhension intuitive de la notion de déformation : à la différence d’un
mouvement de corps rigide, on dit qu’un corps s’est déformé si les distances
relatives de ses points matériels ont varié au cours du mouvement. Cela conduit
à introduire de manière relativement simple la mesure de la déformation comme
l’étude des variations de longueurs et d’angles d’éléments de matière, obser-
vées au cours du mouvement. Dans cet article, nous allons donner quelques
idées générales sur les mesures mathématiques possibles de la déformation,
que nous comparerons sur des exemples simples, et nous ferons le lien avec la
simulation physique.

Pour une étude théorique et pratique de la simulation physique des procédés de mise en
forme, le lecteur se reportera à l’article [M 3 020] de ce traité.

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© Techniques de l’Ingénieur, traité Matériaux métalliques M 3 021 - 1
SIMULATION PHYSIQUE DE LA MISE EN FORME : MESURE DE LA DÉFORMATION ___________________________________________________________________

■ Tenseurs de déformation eulériens


1. Rappels mathématiques De la même façon, on définit le tenseur de Cauchy-Green gauche :

B = F · F T = 1 + grad u + gradTu + grad u · gradTu


1.1 Tenseurs de déformation dont on tire le tenseur de déformation d’Euler-Almansi :
Considérons le schéma de la figure 1. Au temps t = 0, chaque 3
¶u k ¶u k ö
1 1 Ð1
1 æ ¶u ¶ u
E = --- (1 – B –1) = --- (1 – F · F –1) E ij = --- ç --------i + --------j Ð å --------- --------- ÷
T
point matériel M0 est repéré dans un repère fixe de l’espace par un
vecteur X décomposable suivant les axes 1, 2, 3 en x1 , x2 , x3 . 2 2 2 è ¶ x j ¶x i ¶x i ¶x j ø
k=1
Au temps t = tf , après une déformation qui amène le point M0
Ð1 ¶X ¶u
en M, le point M est repéré par le vecteur position x. Au cours du (sachant que F = --------- = 1 Ð ------ , puisque X = x – u ).
mouvement, chacun des points s’est déplacé ; on définit le champ ¶x ¶x
de vecteur déplacement u, puis son gradient, et le tenseur F ou À l’ordre 1, E redonne lui aussi le tenseur linéarisé e . Noter dans E
application linéaire tangente tels que : les dérivations par rapport à x et non plus par rapport à X.
u=x–X ■ Autres mesures tensorielles de la déformation
¶u On montre que le tenseur F peut être décomposé de deux façons
¶u
grad u = --------- ( grad u ) ij = ---------i- en une rotation pure (matrice R ) et une élongation pure représentée
¶X ¶X j
par une matrice symétrique (U ou V ) :

¶x ¶x i
æ F = --------- ¶u F=R·U ou F=V·R
F = --------- = 1 + grad u = d ij + ---------i ö
¶X è ij ¶X j ¶X j ø U est le tenseur d’élongation droit, V le tenseur d’élongation gau-
che de cette décomposition polaire. On notera que, puisque
■ Tenseurs de déformation lagrangiens R · R = R · RT = 1 :
T
● On définit le tenseur de déformation de Cauchy-Green droit :
C = U2 et B = V2
C = F T · F = 1 + grad u + gradT u + gradT u · grad u
On introduit alors deux familles de tenseurs de déformation :
On rappelle [1] que :
1
— les termes diagonaux Cii représentent les rapports de lon- la = --- [U a – 1] (lagrangiens). Par continuité, on définit l0 = Log(U )
gueurs de vecteurs initialement unitaires et parallèles aux axes du a
repère (figure 1) : 1
ea = --- [V a – 1] (eulériens). Par continuité, on définit e0 = Log(V )
a
C11 = ( , 1 /L1)2, etc.
On remarque que L = l2 et que E = e–2 . En pratique, seuls ceux-là
— les termes non diagonaux Cij , i ¹ j, représentent les variations et les formes logarithmiques sont employés.
d’angles entre deux vecteurs initialement unitaires portés par les
Nota : nous employons ici le symbole Log pour indiquer qu’il s’agit du logarithme d’une
axes du repère ; matrice.
C ij
sin a ij = ------------------
C ii C jj
1.2 Mesures scalaires de déformation
● En l’absence de déformation (mouvement de corps rigide),
C = 1. On utilisera donc plutôt le tenseur de Green-Lagrange L, qui
■ Normes des tenseurs de déformation
s’annule s’il n’y a pas déformation :
Par exemple :
1 1 1¤2
L = --- (C – 1 ) = --- [grad u + gradTu + gradTu · grad u ] æ
3

2 2 L = L : L = ç å L ij÷
ou : è i, j = 1 ø
3
1 æ ¶u ¶u ¶u k ¶ u k ö
L ij = --- ç ---------i + ---------j + å --------- ---------÷
Nota : on emploie ici le signe : pour indiquer le produit doublement contracté de deux
2 è ¶X j ¶X i ¶ X i ¶X j ø tenseurs.
k=1
On dispose ainsi, avec ||L ||, ||E ||, ||la || et ||ea || d’une infinité de
En négligeant les termes d’ordre 2, on retrouve le tenseur de mesures scalaires de la déformation, mesures toutes aussi correctes
petites déformations bien connu : les unes que les autres, mais différentes, les unes étant lagrangien-
nes (rapportées aux longueurs initiales), les autres eulériennes (rap-
1 ¶u ¶u
e = --- [grad u + gradTu] ou e ij = --- æè ---------i + ---------j öø
1 portées aux longueurs courantes). || e ||, elle, est une approximation
2 2 ¶X j ¶X i utilisable seulement pour de petites déformations (||e || << 1).
■ Déformation plastique équivalente
du
On considère de nouveau la vitesse v = -------- , dont on définit le
gradient : dt
x2
t=0 ¶v . Ð1
grad v = ------ = F á F
x1 ¶x
x3 t = tf
α12
(cf. [1] (noter la dérivation par rapport à la position courante x ).
M0 (X )
M (x )
L1 ,1 Le tenseur (symétrique) de vitesse de déformation s’écrit :
1 ¶v ¶v
eú (souvent noté D ) = --- [grad v + gradTv ] ou eúij = --- æè ---------i + ---------j öø
1
Figure 1 – Définition de la déformation d’un milieu continu
2 2 ¶x j ¶ x i

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La vitesse de déformation généralisée (scalaire) s’écrit : tôt chercher et décrire en chaque point matériel les directions princi-
pales et les valeurs principales de la déformation.
3 1¤2
2 2 æ2 2ö
eú = --- eú = --- eú: eú = ç --- å eú ÷ Dans certains cas, on pourra préférer une variable scalaire
3 3 è 3 i, j = 1 ij ø (cf. § 1.2). On a deux choix :
— soit utiliser la norme d’un des tenseurs de déformation du
Le facteur arbitraire 2/3 n’est présent que pour retrouver une paragraphe 1.1 ;
vitesse de déformation égale à V/ , en traction simple sur éprouvette — soit définir une déformation équivalente en intégrant la vitesse
cylindrique (V étant la vitesse de traction et , la longueur finale). de déformation équivalente ; une telle variable représente donc
La déformation cumulée s’écrit : l’ensemble de l’histoire de la déformation.

Ee
t
e = ú dt
0

On démontre que : 3. Fonction d’état ou variable


1 Ð1 . 2 dépendant de l’histoire
eú = --- Tr ( [C ( t ) á C ( t ) ] )
6
Examinons la figure 2. Le chemin de déformation en deux étapes
E
t
1 Ð1 . 2 décrit aboutit à retrouver la forme initiale. Donc, au bout de ces
e = --- Tr ( [C ( t ) á C ( t ) ] ) dt
deux étapes, tous les tenseurs de déformation et leurs normes
0
6
s’annulent : en effet, ce sont des fonctions d’état, ne dépendant que
. dC de l’état initial et de l’état final, mais pas des stades intermédiaires.
où C est la dérivée particulaire -------- ; C –1 est la matrice inverse de C. Nous concluons donc que la déformation est nulle. Pourtant, du
dt
point de vue physique, le matériau a probablement évolué : il s’est
Remarque : la définition ci-dessus de la vitesse de déformation écroui ou a changé de structure. Le forgeron qui a fait le travail, lui,
équivalente n’est valable que pour un matériau rigide-plastique s’est certainement aperçu qu’il fallait fournir de l’énergie pour obte-
(sans élasticité), isotrope et incompressible (par exemple un maté- nir cette déformation nulle. La déformation plastique équivalente
riau de type Von Mises). Dans le cas d’un comportement régi par (cf. § 1.2), intégrale d’une fonction positive, est une fonction crois-
une loi d’anisotropie [7] ou de compressibilité [8], on peut définir sante du temps ; elle a l’avantage de ne pas s’annuler au cours de la
des vitesses de déformation équivalentes eú eq , variables conjuguées deuxième étape et permet de tenir compte de toute l’histoire de la
des contraintes équivalentes seq (c’est-à-dire que le produit déformation.
seq · eú eq est égal à la puissance dissipée). Mais leur définition fait
nécessairement intervenir des propriétés plastiques du matériau Remarquons qu’il n’existe pas de tenseur qui possède cette inté-
(coefficients d’anisotropie, fonctions décrivant la compressibilité ressante particularité ; dans l’exemple présenté, on ne peut donc
plastique). On conclut donc que, si le tenseur de vitesse de déforma- s’en sortir qu’en déterminant le tenseur choisi à la fin de l’étape 1.
tion est une variable purement cinématique, la vitesse de déforma- Plus généralement, dans tout trajet de déformation non monotone,
tion équivalente ne l’est pas, sauf dans le cas particulier d’un là où la déformation équivalente finale suffit à caractériser (plus ou
comportement rigide-plastique isotrope et incompressible. Il en est moins bien) ce qu’a subi la matière, seule la donnée de l’histoire

,,,,,,,
de même pour les déformations équivalentes que l’on peut alors d’une déformation tensorielle (par exemple C (t ) ou ||C (t )||) peut
définir par : fournir la même information.

Ee
t
e eq = úeqd t
0

2. Mesure tensorielle

,,,,,,,
,,,,
, ,,,,
ou mesure scalaire
de la déformation
Reprenons le schéma de la figure 1. Comme on peut le voir, la 1

, ,,,,
déformation n’est pas la même dans toutes les directions de
l’espace. Il y a allongement dans la direction de l’axe 1 et raccourcis-
sement dans la direction de l’axe 2, et l’angle a1 entre x1 et x2 se
modifie. Si nous imaginons, à l’échelle microscopique maintenant,
un grain initialement équiaxe, il ne le reste pas et on aura besoin,

,,,
pour caractériser sa morphologie finale, de définir ses longueurs
suivant trois axes. La déformation est donc par nature une grandeur
tensorielle. Il existe plusieurs tenseurs permettant de caractériser la
déformation [1] [4] ; nous les avons rappelés dans le paragraphe 1.1.
Aucun ne doit être considéré comme « meilleur » que les autres ; ce
sont simplement des façons différentes de considérer le phéno-
mène « déformation ». Signalons que tous ces tenseurs sont 2
symétriques : ils sont diagonalisables, ce qui permet de définir des
axes principaux de déformation et des déformations principales. On Figure 2 – Chemin de déformation en deux étapes, avec retour
peut donc travailler soit dans des axes fixes du laboratoire, soit plu- à la géométrie initiale

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4. Mesure lagrangienne des produits scalaires i · i, j · j et i · j (en 2D). On sera donc naturel-
lement amené à travailler avec les tenseurs C et L, lagrangiens.
ou mesure eulérienne Utiliser les tenseurs eulériens demanderait de définir, dans la confi-
guration déformée, des carrés imaginaires dont on rechercherait
de la déformation l’antécédent dans la configuration non déformée : d’où une
complexité inutile.
Reprenons l’exemple de la figure 1. On exprimera la déformation À partir de C, on peut remonter de manière univoque à U (et donc
suivant l’axe 1 par l’allongement relatif, c’est-à-dire une différence à Log(U )). Par contre, on ne connaît F qu’à une matrice de rotation R
de longueur avant/après d’un élément de matière , 1 – L1 , divisée arbitraire près ; on ne peut donc pas redescendre vers les tenseurs
par une longueur de référence ; mais laquelle ? La longueur initiale eulériens.
L1 ou la longueur courante , 1 ? Généralisée sous forme tensorielle, Une autre façon, plus compliquée, d’effectuer la mesure, serait de
la première option donnera des tenseurs lagrangiens de définir pour chaque point du marquage son déplacement par rap-
déformation ; la seconde, des tenseurs eulériens. Là encore, rien ne port à la configuration initiale, puis de calculer les composantes du
permet de dire que l’une est meilleure que l’autre : toutes sont des tenseur gradient de déplacement, par des formules de différences
mesures, tensorielles, parfaitement valables, mais différentes, de ce finies, par exemple. Ayant F, on aurait alors accès à tous les ten-
concept de déformation. seurs de déformation, eulériens comme lagrangiens.
Remarque. Passage de la matrice 2D à la matrice 3D ; mesures de
déformation tridimensionnelle.
On peut, en théorie, effectuer un relevé tridimensionnel d’un mar-
5. Lien avec les techniques quage par fils traversants, en procédant à une série de coupes régu-
lièrement espacées et en relevant dans chaque coupe (de préférence
expérimentales de mesure automatiquement !) les coordonnées des fils. Une telle technique
nécessite un dispositif expérimental de grande précision. Dans le
de la déformation cas de déformations tridimensionnelles, c’est la seule façon d’obte-
nir l’ensemble du tenseur C, par exemple.
Dans ce paragraphe, nous allons faire le lien avec les techniques Les cas où la déformation plane [(x, y ), par exemple] est imposée
de simulation physique de la mise en forme des métaux. ne posent aucun problème : seules quatre composantes de C sont
Par définition, pour mesurer une déformation, il faut déterminer le significatives ; Cxz = Cyz = 0, Czz = 1. De même, en coordonnées axi-
déplacement de chacun des points de la structure et en déduire le symétriques, Crq et Cqz sont nulles ; Cqq ne l’est pas, mais, pour les
tenseur gradient de déplacement. Tout le reste en découle par des matériaux incompressibles, se déduit de Crr , Czz et Crz par la relation
opérations mathématiques plus ou moins simples. d’incompressibilité : Det(C ) = 1.
Expérimentalement, on ne suivra pas tous les points matériels, Reste le cas où l’on a un marquage bidimensionnel dans un plan
mais un marquage dont on relèvera l’évolution. Parfois, on privilé- (x, y ) pour une déformation tridimensionnelle. Bien sûr, on ne peut
giera la simplicité en ne relevant que l’état initial et l’état final ; mais pas remonter au tenseur C complet. Mais, si l’on peut faire l’hypo-
si le trajet de déformation n’est pas monotone, on aura tout intérêt thèse qu’il n’y a pas de cisaillement dans le plan perpendiculaire au
à relever d’autant plus d’états intermédiaires que les variations sont
marquage (Cxz et Cyz » 0), on peut, comme en coordonnées axisy-
rapides et qu’une grande précision est souhaitée.
métriques, utiliser la relation d’incompressibilité pour déterminer
Prenons deux exemples. approximativement la composante Czz .
■ Le premier sert à l’étude de l’emboutissage. Il consiste à impri-
mer une grille de cercles (rayon R ) sur la surface du flan avant
emboutissage [2]. On s’en sert soit pour étudier les déformations
induites par une opération d’emboutissage donnée, soit, au cours
d’essais simplifiés, pour tracer les courbes limites de formage 6. Choix d’une mesure
(Forming Limit Diagram, FLD). L’avantage d’utiliser des cercles est
que, s’ils sont de suffisamment petite taille par rapport au gradient de déformation
de déformation, ils se transforment en ellipses (grand axe a, petit
axe b ), dont les axes sont les axes principaux de la déformation, les Le choix entre toutes ces mesures dépend de la question
allongements correspondants étant les déformations principales : suivante : que veut-on faire de cette mesure de déformation ? Nous
e I = ln(a/R ) ne nous intéressons pas ici à la formulation des lois de comporte-
ment (« quel tenseur de déformation choisir pour construire une loi
e II = ln(b/R ) de comportement élastique objective en grande déformation » ? par
exemple). Nous nous concentrons sur l’utilisation pratique d’une
L’amincissement peut soit être mesuré, soit se déduire des autres mesure expérimentale de déformation. Elle peut avoir deux buts :
composantes par incompressibilité :
— estimer les variations de forme d’un élément de matière. Par
e III = – (e I + e II) exemple, une façon de mesurer des contraintes internes (ou
contraintes résiduelles) consiste à mesurer la déformation élastique
Nota : ce sont en fait les trois composantes principales de la matrice Log( U ).
qui se produit lorsque l’on enlève une particule de matière à une
■ Le second exemple concerne les essais de simulation de procé- pièce. De ces mesures de déformation, la théorie de l’élasticité per-
dés de mise en forme volumique sur plasticine ou autres matériaux met de remonter aux contraintes présentes avant l’enlèvement ;
modèles. On y dispose en général des marquages bidimensionnels — prévoir l’évolution de la microstructure du matériau. Cela n’a
carrés, soit par fils traversants (déformation tridimensionnelle), soit de sens et d’intérêt véritable que pour les matériaux à déformation
par marquage de surface (déformation plane ou axisymétrique). La irréversible, plastique par exemple. On doit alors éliminer de la défi-
comparaison entre le marquage initial et un marquage déformé nition de la déformation sa composante élastique, qui ne participe
(final ou non) donne directement accès au tenseur C : en effet, ses pas à ces évolutions structurales : ainsi, pour la déformation équiva-
composantes sont des allongements et des variations d’angles de lente, on utilise seulement la partie plastique du tenseur de vitesse
dièdres initialement perpendiculaires (les côtés des carrés du mar- de déformation [3]. Expérimentalement, cela signifie que l’on
quage), de vecteurs unitaires i et j. On les calcule comme variations mesure la déformation après déchargement.

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Dans certains cas, une mesure tensorielle est utile. C’est le cas de particulièrement utile pour établir aisément des cartes de défor-
l’emboutissage, où il est important de connaître les deux déforma- mation dans les pièces formées à partir de l’observation de la défor-
tions « dans le plan », la tendance à la striction et à la rupture dépen- mation d’un maillage lié à la matrice. Posons C (tf) = C f et
dant fortement de la biaxialité de la déformation (cf. les courbes diagonalisons ce tenseur ; dans son repère principal :
FLD). De manière similaire, il peut être intéressant de disposer de
cette caractérisation tensorielle, en liaison avec des mesures æ a0 0 ö
microstructurales (fibrage, facteurs de forme de grains, évolution de ç ÷
texture...). Enfin, il peut être frustrant, à la sortie d’une simulation Cf = ç 0 b 0 ÷
ç ÷
numérique coûteuse et potentiellement si riche, de résumer la è 0 0 g ø
déformation, de la réduire, à une grandeur scalaire. Dans tous ces
cas, on se placera en axes principaux, ce qui réduit à trois le nombre On montre que le chemin défini par :
de composantes donc reste utilisable par un esprit normal. S’y ajou-
tent les trois directions principales du tenseur de déformation, équi- æ t ¤ tf ö
valentes à trois angles d’Euler par exemple : on a bien un total de six ç a 0 0 ÷
variables, comme les six composantes d’un tenseur 3 ´ 3 symétri- C ( t ) = ç 0 b f 0 ÷÷
ç t ¤ t

que. Retenons de ce qui précède que l’on a tout intérêt à travailler ç t ¤ tf ÷


avec les tenseurs lagrangiens. è 0 0 g ø

Dans d’autres cas, on pourra préférer une variable scalaire. C’est


conduit au minimum de e :
qu’alors on veut prédire une évolution de la microstructure qui, en
première approximation, ne dépend que d’une variable scalaire :
écrouissage à froid, recristallisation ou restauration à chaud dépen- 1 2 2 2
e min = --- [ ln a + ln b + ln g ]
dent en première approximation de la déformation généralisée. Le 6
passage à une telle variable scalaire constitue une perte d’informa- 2
Il se trouve que cette valeur est exactement égale à --- ||Log(U )||
tion, mais l’information résiduelle est plus facilement manipulable 3
2
et représentable. ou --- ||Log(V )|| ; c’est ce qui explique l’intérêt de l’introduction des
3
Le choix d’une variable scalaire ou tensorielle ne peut donc être matrices Log(U ) et Log(V ).
tranché par aucune considération théorique : c’est à l’utilisateur de
choisir l’outil le mieux approprié à son problème, en fonction du Cette notion se fonde donc sur l’idée que, dans un procédé bien
degré de finesse qu’il veut donner à son analyse. conçu, la déformation de la matière sera telle que l’énergie dépen-
sée (liée à la déformation) est minimisée. Bien sûr, rien ne prouve
Si l’on se contente d’une variable scalaire pour évaluer des pro-
que cette déformation minimale représente le bon chemin ; il suffit
priétés microstructurales ou des propriétés mécaniques, il est évi-
dent que les normes des tenseurs de déformation ne sont pas pour s’en convaincre de reprendre l’exemple de la figure 2, où e min
appropriées : on leur préférera la déformation généralisée, qui a sera évidemment nul. Dans un tel cas caricatural, seule une mesure
l’avantage d’intégrer toute l’histoire de la déformation ; nous ver- incrémentale a une chance de bien représenter l’histoire de la défor-
rons cependant dans le paragraphe suivant que, pour cette raison mation. De tels chemins de déformation existent dans des procédés
même, elle est plus délicate à estimer. Elle est en général considérée dits de traitements thermomécaniques (à chaud). Par contre, pour
comme bien représentative des modifications microstructurales du les chemins de déformations simples et monotones des deux
matériau, donc de ses propriétés mécaniques courantes, du moins tableaux présentés dans les paragraphes 8.1 et 8.2, on voit que e min
pour des matériaux isotropes. C’est pourquoi, bien que l’on puisse 2
définir aujourd’hui l’état du matériau par des variables d’état plus ou --- ||Log(U )|| représentent de très bonnes approximations de la
3
pertinentes au plan structural, elle reste la grandeur fondamentale déformation cumulée vraie, même pour de grandes déformations.
servant à exprimer l’évolution des lois de comportement avec la Donc, si l’on accepte cette dernière comme une référence, la for-
déformation. Considérons-la provisoirement comme la référence en mule ci-dessus nous donne un moyen de calculer une valeur perti-
matière de déformation : on trouvera dans les paragraphes 8.1 et 8.2 nente de la déformation pour tout procédé imposant un chemin
une comparaison de toutes les mesures, tensorielles et scalaires, monotone ; et ce, en se contentant de l’état initial et de l’état final, ou
introduites dans les paragraphes précédents. de peu d’états intermédiaires.

7. Notion de déformation 8. Comparaison des diverses


minimale mesures de déformation
La déformation cumulée e à ceci d’intéressant, qu’elle permet
d’intégrer toute l’histoire de la déformation, ce qui n’est pas le cas
des fonctions d’état. Mais expérimentalement, pour pouvoir la cal-
8.1 Traction simple
culer, comme intégrale de la vitesse de déformation équivalente eú , il
faudrait disposer du champ de vitesse à chaque instant. Une possi- Considérons la figure 3. On tire sur le matériau à la vitesse V ; on
bilité pratique serait de filmer la déformation, de calculer eú sur cha- pose l = , /L, et on suppose le matériau incompressible :
que image, puis d’intégrer suivant chaque particule de matière :
c’est difficilement réalisable. On peut s’en approcher en faisant des ux = (a – A ) X /A = (1/ l – 1) X = (a – A ) x /a = (1 – l)x;
expériences incrémentales (ou interrompues), de manière à déter- vx = – Vx /2 ,
miner des états intermédiaires et à cumuler les déformations
correspondantes ; si les incréments sont petits (donc nombreux !),
on peut espérer obtenir une bonne précision. uy = (a – A ) Y/A = (1/ l – 1) Y = (a – A ) y /a = (1 – l)y;
vy = – Vy /2 ,
La théorie de la déformation minimale [5] [6] permet de mieux
estimer la déformation cumulée quand on ne dispose que des géo-
uz = ( , – L ) Z /L = (l – 1) Z = ( , – L ) z / , = (1 – 1/l ) z ;
métries initiale et finale, moyennant quelques développements
mathématiques que nous ne reprendrons pas ici. Ce concept est vz = Vz / ,

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æ Ð1+1¤ l 0 ö 0
¶u ç ÷
------ = ç 0 ÷÷ = e ; a
¶X ç 0 Ð1 + 1 ¤ l a
è 0 0 lÐ1 ø

æ 1Ð l 0 0 ö A
¶u ç ÷
----- = ç 1Ð l ÷ A
¶x ç 0 0 ÷
è 0 0 1Ð1¤l ø
m (x, y, z )
æ 1¤ l 0 0 ö÷ æ 1¤l 0 0 ö M (X , Y , Z )
ç ç ÷ ,
F = ç 0 1¤ l 0 ÷÷ ® B = C = ç 0 1¤l 0 ÷ L x
ç ç 2 ÷
è 0 0 lø è 0 0 l ø
y
z
æ 1 ö
ç --- ( Ð 1 + 1 ¤ l ) 0 0 ÷
ç 2 ÷
ç 1 ÷
L = ç 0 --- ( Ð 1 + 1 ¤ l ) 0 ÷ ,
ç 2 ÷
ç 1 2 ÷ V
ç 0 0 --- ( l Ð 1 ) ÷
è 2 ø

æ 1 ö
ç --- ( 1 Ð l ) 0 0 ÷ Figure 3 – Traction simple
ç 2 ÷
ç 1 ÷
E = ç 0 --- ( 1 Ð l ) 0 ÷
ç 2 ÷
ç 1 ÷ On notera que toutes ces mesures sont équivalentes à (l – 1)
ç 0 0 --- ( 1 Ð 1 ¤ l ) ÷
2
quand l tend vers 1 (déformations infinitésimales). Quant à la défor-
è 2 ø
mation cumulée, il est facile d’écrire le tenseur de vitesse de défor-
mation et la vitesse de déformation équivalente :

æ 1 ö æ V ö
ç Ð --2- ln ( l ) 0 0 ÷ ç Ð ------ 0 0 ÷
ç ÷ ç 2, V ÷
U = V = F ® LogU = LogV = F = ç 1 ÷ eú = ç 0 Ð ------ 0 ÷ ® eú = V ¤ ,
ç 0 Ð --- ln ( l ) 0 ÷ ç 2, ÷
ç 2 ÷ ç 0 V÷
è 0 0 ln ( l ) ø è 0 ---
-
, ø

2 1 2 2
--- L = ------- ( l Ð 1 ) ( l + 1 ) + 2 ¤ l C’est pour obtenir cette équation simple que l’on a introduit arbi-
3 6 2
trairement le facteur --- (cf. § 1.2).
3
2 1 2 2
--- E = ------- ( l Ð 1 ) [ ( l + 1 ) ¤ l ] + 2
3 6 L’intégration donne ensuite comme déformation cumulée, en
remarquant que V = d , /dt :
2 1 2 e = ln(l)
--- e = ------- ( l Ð 1 ) 4 [ 1 + 2 ¤ { l ( l + 1 ) } ]
3 6
Profitons-en pour souligner que l’on ne doit jamais utiliser comme
2 mesure de la déformation le trop classique D, /L = ( , – L )/L = l – 1.
--- Log ( U ) = ln ( l ) Les comparaisons numériques sont données dans le tableau 1.
3

Tableau 1 – Comparaison numérique des mesures scalaires

l e = ln( l ) = emin 2 2 2 2
--- Log ( U ) = e min --- e --- L --- E
3 3 3 3
1,0 0 0 0 0 0
1,01 0,00995 0,00995 0,00998 0,01000 0,00990
1,1 0,09531 0,09531 0,09775 0,10052 0,09140
1,25 0,22314 0,22314 0,23776 0,25704 0,20599
1,5 0,40547 0,40547 0,45996 0,54539 0,36712
2,0 0,69315 0,69315 0,88377 1,25831 0,65362

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8.2 Cisaillement simple æ 1 c¤2 0ö


1 ç ÷
U = --------------------------- ç c ¤ 2 1 + c 2 ¤ 2 0 ÷
Considérons la figure 4 avec un cisaillement simple en déforma-
1+c ¤4ç ÷
2
tion plane à la vitesse V ; on suppose le matériau incompressible. è 0 0 1ø
On pose c = c /a :
æ ö
ç 1+c ¤2 c¤2 0 ÷
2
ux = cy /a = c y = cY/A = c Y ; vx = Vy /a 1
V = --------------------------
- ç c¤2 1 0÷
1+c ¤4ç ÷
2
uy = 0 (y = Y ) ; vy = 0 è 0 0 1ø
uz = 0 (z = Z ) ; vz = 0
2 2 c 2
--- L = --- E = ------- 1 + c ¤ 2
æ 0 c 0 ö æ 1 c 0 ö æ 0 c¤2 0 ö 3 3 3
¶u ç ÷ ¶u ç ÷ ç ÷
------ = ç 0 0 0 ÷ = ----- F = ç 0 1 0 ÷ e = ç c¤2 0 0÷
¶X ç ÷ ¶x ç ÷ ç ÷ 2 c
--- e = -------
è 0 0 0 ø è 0 0 1 ø è 0 0 0ø 3 3

æ 1 c 0ö æ 0 c¤2 0 ö 2 2 2
ç ÷ ç ÷ 3
( 2
--- Log ( U ) = ------- ln c ¤ 2 + 1 + c ¤ 4 )= --- Log ( V )
3
C = ç c 1 + c2 0 ÷ L = ç c ¤ 2 c2 ¤ 2 0 ÷ 3
ç ÷ ç ÷
è 0 0 1ø è 0 0 0ø On notera que toutes ces mesures sont équivalentes à c ¤ 3
quand c tend vers 0 (déformations infinitésimales). Quant à la défor-
æ 2 ö æ 0 c¤2 0 ö mation cumulée, il est facile d’écrire le tenseur de vitesse de défor-
ç 1+c c 0 ÷ ç ÷ mation et la vitesse de déformation équivalente, puis la déformation
B = ç c 1 0÷ E = ç c ¤ 2 Ð c2 ¤ 2 0 ÷ cumulée :
ç ÷ ç ÷
è 0 0 1ø è 0 0 0ø
æ V ö
En décomposant F en une matrice orthogonale de rotation et une ç 0 ------- 0 ÷
2a
ç ÷ V c
matrice symétrique, on trouve : eú = ç V ÷ ® eú = ----------- ® e = ----------- = c ¤ 3
ç ------- 0 0÷ a 3 a 3
ç 2a ÷
æ cos b Ð sin b ö è
ç 0 ÷ 0 0 0ø
R = ç sin b cos b 0 ÷ avec tan b = – c /2
ç ÷ 2
è 0 0 1 ø Dans ce cas particulier, e coïncide avec --- e (cf. tableau 2).
3

c
V
y

A M (X , Y ) a
x m (x , y )
z
L L

Figure 4 – Cisaillement simple

Tableau 2 – Comparaison numérique des mesures scalaires

c 2 2 2 2
e =c¤ 3 --- Log ( U ) = e min --- e --- L --- E
3 3 3 3

0,0 0 0 0 0 0
0,01 0,00577 0,00577 0,00577 0,00577 0,00577
0,1 0,05774 0,05771 0,05774 0,05788 0,05788
0,25 0,14434 0,14396 0,14434 0,14658 0,14658
0,5 0,28868 0,28575 0,28868 0,30619 0,30619
1,0 0,57735 0,55566 0,57735 0,70711 0,70711

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Références bibliographiques

Dans les Techniques de l’Ingénieur Autres références [6] HILL (R.). – Extremal paths of plastic work and
deformation. J. Mech. Phys. Solids 34 (1986),
[1] BOUCHER (M.). – Mécanique des milieux con- p. 511-523
tinus. A 249, traité Sciences fondamentales, [4] BELLET et coll. – Séminaire de plasticité (élé- [7] HILL (R.). – A theory of the yielding and plastic
vol. A F4 (1987). ments finis et mise en forme des métaux).
flow of anisotropic metals. Proc. Roy. Soc. A
Tome 1, ch. 1. CEMEF, ENSMP (1994). 193 (1948), p. 281-297
[2] POMEY (G.) et PARNIÈRE (P.). – Aptitude à
l’emboutissage des tôles minces. M 695, [5] DAMMAME (G.). – Minimum de la déforma- [8] ABOUAF (M.). – Modélisation de la compac-
traité Matériaux métalliques, vol. M3I (1980). tion généralisée d’un élément de matière, tion de poudres métalliques frittées - appro-
[3] CHENOT (J.L.). – Plasticité en mise en forme. pour les chemins de déformation passant ches par la mécanique des milieux continus.
M590, traité Matériaux métalliques, vol. M3I d’un état initial à un état final donnés. C. R. Thèse de Doctorat ès sciences, INP Grenoble
(1988). Ac. Sci. Paris, A 287 (1978), p. 895. (1985).

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