Table des matières
Première Partie
Concepts et méthode du diagnostic et de la gouvernance des territoires
Chapitre 1
Les principes généraux du diagnostic territorial monographique
Modélisation ou analyse géographique ?
Le « carré magique » du diagnostic territorial
Les principes de l’analyse quantitative
Les principes des outils d’illustration du diagnostic territorial
Chapitre 2
Le choix de l’échelle géographique pour un diagnostic pertinent
L’échelle territoriale perçue comme homogène
L’échelle spatiale selon les niveaux de l’armature territoriale
L’échelle territoriale conforme à un périmètre administratif
L’échelle territoriale conforme à un périmètre d’étude
Chapitre 3
L’analyse du territoire in situ
La situation géographique
Les caractéristiques foncières du site
Les caractéristiques du tissu économique
La dimension touristique du territoire
L’étendue de la zone d’influence
Chapitre 4
Les entretiens
Le choix des interlocuteurs
La préparation de l’entretien
Les types de questions
L’examen critique du contenu des entretiens
Chapitre 5
L’analyse de la gouvernance
La montée récente d’un concept
De la gouvernance…
… à la gouvernance territoriale
L’État et les territoires
Des décisions institutionnelles conformes à une logique de gouvernance
territoriale
Des choix volontaristes
Le réticulaire prenant le pas sur le hiérarchique
L’exigence du débat public
Les évolutions dans la nature économique des territoires
Les critères d’analyse de la gouvernance
Relations harmonieuses ou conflictuelles entre les élus
Les types de gouvernance intercommunale
Relations distendues ou synergiques des élus avec les acteurs économiques et sociaux
Les relations avec les puissances publiques supérieures
La capacité à travailler en équipe
La capacité de prospective territoriale
Le décryptage de l’éventuel projet de territoire
L’existence d’un chef de file et d’hommes de réseaux
L’examen des outils de la gouvernance
Les outils institutionnels collectifs ou associatifs
L’organisation et les vitrines du tissu économique
L’image des lieux structurant la géographie du territoire
Chapitre 6
Le diagnostic comparatif de territoires
Les étapes de la méthode du diagnostic comparatif de territoires
Les critères de l’analyse quantitative de situation
Les indicateurs démographiques
Les indicateurs de l’emploi
Les indicateurs de revenu
Les indicateurs de logement
Les critères quantitatifs de l’analyse cinétique
Les critères de l’évolution de la population
Les critères de l’emploi
Les grilles d’analyse du diagnostic territorial
Deuxième Partie
Application du diagnostic territorial : l’exemple des villes industrielles
Chapitre 7
Le choix de territoires dont le diagnostic semble peu significatif : les villes
industrielles
Le choix de territoires a priori défavorisés
Un quintuple handicap…
… systématiquement rédhibitoire…
… ou s’exerçant différemment sur les villes ?
Des villes de nature comparable
Des petites villes non préfectorales
… à celles de nature industrielle
Chapitre 8
Deux villes dans l’orbite du Grand Paris
Pont-Sainte-Maxence : une ville en cours de résidentialisation
Une bonne connexion régionale, nationale et internationale
Un site assez contraignant
Une reconversion industrielle limitée
Une petite fonction portuaire et un potentiel touristique
Une faible aire d’influence
Une gouvernance à parfaire
Bolbec : une économie peu diversifiée
Une bonne desserte routière
Les atouts et les handicaps du site
De l’industrie textile disparue aux nouvelles activités
Une fonction touristique et tertiaire marchande limitée
Un bassin de vie de proximité
Une gouvernance à stimuler
Chapitre 9
Trois villes représentatives du Nord-Est industriel
Aulnoye-Aymeries : une ville mono-industrielle en difficulté
Une agglomération désormais assez enclavée
Un site favorable
Une dominante de mono-activité métallurgique
Un secteur tertiaire peu étoffé
Une aire d’influence limitée
Une gouvernance insatisfaisante
Creutzwald : les efforts de reconversion industrielle d’une ancienne ville
minière
Une agglomération relativement bien desservie
Les contraintes foncières
Les difficultés de reconversion
Une fonction tertiaire marchande centrée sur la logistique
Une aire d’influence limitée
Une gouvernance volontariste
Pont-à-Mousson, une ville rentière dans un positionnement géographique
remarquable
Une situation géographique très favorable
Les spécificités du site
Une dominante de mono-activité sidérurgique
D’importants atouts touristiques
Une assez large zone d’influence
Une gouvernance influencée par une économie de rente
Chapitre 10
Quatre villes du Grand Ouest aux trajectoires économiques différentes
Amboise : un double socle industriel et touristique
Une situation géographique favorable
Les caractéristiques foncières
Une industrie diversifiée de nature endogène et exogène
Un grand pôle touristique
Un bassin de vie de taille limitée
Une préoccupation ancienne de gouvernance
Eu : une agglomération en position interrégionale et en moindre
attraction touristique
Un enclavement relativement accentué
Les handicaps et les atouts du site
Un tissu industriel diversifié, mais des emplois en diminution
D’importants attraits touristiques et une fonction portuaire limitée
Un bassin de vie étendue mais dissymétrique
Une gouvernance problématique, conséquence d’une agglomération polynucléaire
Flers : un tissu industriel renouvelé et un enclavement relatif aggravé
La montée d’un enclavement relatif
Un site sans contraintes foncières
Une industrie traditionnelle largement contractée, le textile
Deux points forts, la mécanique et les industries agroalimentaires
Une attraction insuffisante
Une faible fonction touristique
Une vaste aire d’influence
Une gouvernance entre initiative et attentisme ?
Vitré : une industrie à la fois identifiable et diversifiée
Une insertion satisfaisante dans les réseaux de transport
Des facilités foncières
L’agroalimentaire, premier secteur industriel
Deux secteurs traditionnels en partie fragilisés : le cuir et le textile
Une industrie de haute technologie : l’électronique
Un développement endogène et exogène
Des atouts touristiques
Une large zone d’influence
Une gouvernance subsidiaire
Chapitre 11
Trois villes au très riche passé industriel aux franges du Massif central
Annonay : industrie diversifiée et attraction limitée
Un enclavement relatif
Un site avec d’importants dénivelés
Une forte présence de l’industrie mécanique
Déclin et spécialisation des industries anciennes du cuir-textile
Une industrie traditionnelle en contraction : le papier
La pharmacie et l’agroalimentaire en expansion
Un tissu industriel d’origine essentiellement endogène
Une modeste fonction tertiaire marchande
Le grand pôle de services du Nord-Ardèche
La fin des « guerres de clocher » dans la gouvernance
Mazamet : la difficile reconversion de l’ancien pôle mondial du
délainage
Une agglomération enclavée
Un site relativement encaissé
Feu le délainage, une considérable industrie traditionnelle
Une reconversion industrielle à poursuivre
Un secteur tertiaire peu développé
Une zone d’influence encore significative
Une gouvernance problématique
Tarare : forte identité textile en cours de diversification et
résidentialisation
Les hauts et les bas des connexions géographiques
Un site assez encaissé
L’affaiblissement du textile
Des reconversions à intensifier
Les traits du secteur tertiaire
Un pôle de services du Beaujolais
La fin des vicissitudes dans la gouvernance ?
Chapitre 12
Un diagnostic fort diversifié selon les indicateurs de situation
Des différences sensibles selon les indicateurs de la situation
démographique
Des niveaux de peuplement à effets inégaux
Des villes plus jeunes, d’autres moins jeunes que la moyenne nationale
Des différences sensibles dans la proportion des personnes âgées
Des écarts importants dans la situation de l’emploi
Des taux très variés de population active occupée
Un taux de cadres variant du simple au double
Des taux d’emploi fort dissemblables
Des situations différenciées de revenus
Des revenus médians presque partout inférieurs à la moyenne nationale
Des revenus de pensions très disparates
La part variable des ménages imposés
Des indicateurs dissemblables pour la situation du logement
Des écarts considérables dans la proportion des propriétaires
La part des logements HLM varie du simple au triple
Une part de logements récents étagée du simple au quadruple
Les facteurs différenciés de la typologie des villes selon les indicateurs
quantitatifs de situation
Chapitre 13
Gagnants et perdants selon le diagnostic quantitatif cinétique
Des évolutions démographiques dissemblables
Un quart des villes en forte croissance démographique sur la longue durée
Les trois mêmes villes en forte croissance sur la courte durée
Des composantes naturelle et migratoire très différenciées
Une évolution défavorable des jeunes
Gérontocroissance et vieillissement inégaux
Des dynamiques de l’emploi fort différentes
Entre gains et pertes d’emploi
Une évolution de la population active occupée très hétérogène selon les villes
Des écarts considérables dans l’évolution des cadres
Une typologie contrastée selon l’analyse quantitative cinétique
Le large éventail typologique résultant du double diagnostic quantitatif
Une analyse quantitative doublement positive pour trois villes
Deux villes à analyse de situation favorable, mais à analyse cinétique défavorable
Une analyse de situation défavorable et une analyse cinétique favorable pour deux villes
Cinq villes à diagnostic quantitatif doublement défavorable
Chapitre 14
De l’analyse des grilles comparatives au diagnostic final
La diversité des caractéristiques selon les grilles comparatives
Trois types de connexion autoroutière
Présence ou absence dans les réseaux ferroviaires
Accès aéroportuaire mondial ou inexistant
Des facilités foncières inégales
Des sites avec ou sans originalité géographique
La qualité inégale du patrimoine, de l’urbanisme et de l’architecture
Des bassins de vie étendus ou étroits
Des dimensions touristiques opposées
Des écarts de notoriété
La nature endogène ou exogène du tissu industriel
Entre la mono-activité et la diversité sectorielle
Gouvernance proactive ou limitée par des habitudes de rente ?
La typologie tranchée des villes selon les grilles d’analyse
Le diagnostic territorial final soulignant l’importance de la gouvernance
Deux villes performantes dont l’industrie est à la fois identifiée et diversifiée
Deux villes rhônalpines à l’attractivité contrastée
Deux villes à l’enclavement relatif accentué et en difficulté d’attraction
Deux villes monolithiques, dans un positionnement géographique contraire
Deux villes à l’industrie peu diversifiée, de nature essentiellement exogène
Deux villes à faible taux d’emploi, sans établissement d’envergure, à la dynamique différenciée
sous l’effet de leur situation géographique
Les enseignements de l’application du diagnostic territorial
La méthode du diagnostic territorial systématiquement justifiée
Des atouts réels mais différents selon les villes
Des handicaps transformables en atouts
La place des caractéristiques foncières et du tourisme dans le diagnostic territorial
Diagnostic territorial et gouvernance
Conclusion
Lexique et sigles
Bibliographie
Remerciements
Ce livre n’aurait pu voir le jour sans les très nombreuses personnes qui
m’ont permis d’approfondir ma connaissance des territoires, en France, en
Europe et dans le monde, notamment en me conviant à donner des
conférences, à présenter des communications lors de colloques ou à réaliser
des recherches.
Je ne saurais en effet oublier ces nombreux interlocuteurs, français ou
étrangers, parlementaires, maires, conseillers généraux, conseillers régionaux,
responsables de chambres consulaires, responsables sociaux ou associatifs,
collègues de l’Université ou du Conseil économique et social qui m’ont tant
apporté. Je souhaite également vivement remercier les délégués de la Datar et
leurs collaborateurs qui m’ont fait confiance à plusieurs reprises, me
permettant d’approfondir telle ou telle question.
Quelques passages de ce livre, essentiellement dans la seconde partie,
doivent à la préparation de certains éléments, sous ma direction et selon mes
instructions, ou à une relecture attentive par le réseau de la revue Population
& Avenir. Méritent d’être notamment cités Laurent Chalard, Alain Dalbavie,
Anne Lévy-Thibert, Julien Nespola, Xavier Nicolas, Claudine Saintagne et
Maïté Verdol.
Enfin, mes remerciements à tous mes proches qui ont la bonté de supporter
un géographe passionné.
G.-F. D.
Introduction
SELON LA DÉFINITION CLASSIQUE DES DICTIONNAIRES, un territoire est « une
étendue de la surface terrestre sur laquelle vit un groupe humain ». Ce sens
géographique se double souvent d’un sens politique, le territoire étant un
espace infranational sur lequel s’exerce une autorité. Le territoire correspond
alors à un découpage administratif, commune, département, région, province
selon les pays. Par extension de ce deuxième sens, le territoire peut être une
partie d’un État dont la particularité est de jouir d’une personnalité propre.
Ainsi, certains espaces du nord du Canada ne sont pas des « provinces » mais
des « territoires ». De même, certains espaces français d’outre-mer sont des «
territoires » et non des « départements ». Ces définitions courantes conservent
toujours leur pleine valeur. Mais, pour la géographie du xxie siècle, elles ont
toutefois l’inconvénient d’être statiques. Ce qui fait territoire, c’est l’ensemble
des interactions entre le « groupe humain », dans toutes ses composantes, et «
l’étendue de la surface terrestre » concernée, dans toutes ses diversités. Le
territoire est donc un système complexe qui doit être abordé de façon globale :
spatiale, humaine, économique, sociale, politique, etc.
En conséquence, puisque notre monde contemporain s’est organisé en
États, la définition du mot territoire proposée dans ce livre est la suivante : «
Une partie d’un État ou de plusieurs États dont la réalité s’explique par les
effets de la mise en relation entre l’espace qu’il forme et l’ensemble des
personnes qui ont prise sur cet espace, qu’il s’agisse de celles qui exercent un
pouvoir ou des fonctions reconnues sur cet espace, de celles qui y habitent, de
celles qui y travaillent, de celles qui y déploient des activités associatives ou
de celles qui y vivent temporairement. » Cette définition inclut la notion de
plusieurs États pour ne pas omettre les territoires transfrontaliers. Le territoire
est donc un espace au sein duquel s’organisent des échanges spécifiques de
toute nature, politiques, économiques, sociaux, culturels, etc. ce qui
n’empêche nullement ce territoire d’avoir et d’entretenir des relations avec
d’autres territoires proches ou lointains.
Mais pourquoi s’intéresser au diagnostic des territoires alors que tant
d’études, publiées quotidiennement, s’attachent à présenter des éléments de
diagnostic à l’échelle des États qui, exerçant leur souveraineté sur leurs
territoires, semblent devoir les piloter ? Les diagnostics nationaux ne seraient-
ils pas suffisants pour comprendre, par exemple, les différences entre les
territoires d’une France dont les institutions essentielles demeurent largement
centralisées, et ceux d’une Allemagne « fédérale » ? Ainsi, dans ce qu’il est
convenu d’appeler la « crise » que traverse l’Europe dans ces années 2010,
nombre d’analyses et de commentaires s’évertuent à mettre en évidence les
différences de performance économique ou de choix de développement
durable entre la France et l’Allemagne comme si les caractéristiques
différenciées des deux pays s’appliquaient automatiquement à l’ensemble de
leurs territoires. Or la réalité est tout autre. Il y a de « petites Allemagne » en
France et de « petites France » en Allemagne. Autrement dit, en considérant
par exemple le taux de chômage, certains territoires français, au taux plus
faible qu’outre-Rhin, n’ont rien à envier à la situation moyenne de
l’Allemagne et, outre-Rhin, surtout dans la partie orientale de l’Allemagne, le
diagnostic de certains territoires peut conduire à un résultat plus sombre que la
situation moyenne de la France.
Tous les éléments de diagnostic portant sur un pays dans son ensemble,
quotidiennement publiés, sont évidemment intéressants. Mais ils reposent
généralement sur des données moyennes entre des réalités territoriales fort
disparates en termes de population, d’emploi, de revenus ou d’environnement.
Par exemple, que signifie l’accroissement démographique moyen d’un pays à
l’échelle de ses territoires alors que certains ont un accroissement double
tandis que d’autres perdent des habitants ? Que signifie le taux de chômage
national moyen pour un territoire qui subit un chômage deux fois plus élevé
ou, à l’inverse, pour un territoire qui connaît un chômage deux fois moindre ?
Que signifie le record touristique d’un pays en nombre de visiteurs étrangers
pour un territoire qui ne voit jamais passer aucun touriste étranger ou en
nombre infime ? Que signifie le développement du réseau TGV pour un
territoire départemental qui n’a plus de réseau ferroviaire ? À trop se centrer
sur la dimension nationale, on en oublie la diversité des territoires.
En réalité, l’analyse de tout phénomène à une échelle relativement grande,
comme celle de la France, trouve rapidement ses limites, car elle fait fi de la
diversité des réalités territoriales. Il importe donc d’appréhender ces réalités
en acquérant la capacité de réaliser des diagnostics de territoire. Ces derniers
doivent analyser les différentes composantes du système que constitue tout
territoire. La nécessité de l’analyse de certains éléments, comme la situation
géographique, son inscription dans les réseaux de transport ou le type de tissu
économique, est évidente. Mais, pour diagnostiquer un territoire, il ne faut pas
omettre les populations qui font le territoire, c’est-à-dire, et tout
particulièrement, celles qui se sont ou se trouvent positionnées en tant
qu’acteur prenant des décisions qui emportent des effets sur le territoire. Car,
pour comprendre un territoire, comme dans une pièce de théâtre, le décor,
représenté par la situation géographique dans ses différents aspects, a toute
son importance. Son examen est une condition nécessaire au diagnostic. Mais
ce n’est nullement une condition suffisante. Comme les comédiens qui, au
théâtre, portent le spectacle, ce sont les acteurs qui font la réalité d’un
territoire. Tout diagnostic de territoire omettant l’examen du rôle des
différents acteurs, de la façon dont ils se coordonnent ou non, dont les
décisions sont prises et mises en œuvre, donc de la gouvernance, serait
incomplet.
Parallèlement, une autre exigence du diagnostic territorial tient à une bonne
connaissance et à une bonne utilisation de l’ensemble des concepts qui font la
réalité d’un territoire. Parmi les concepts utiles, certains sont relativement
anciens comme le peuplement, la population active, la nomenclature des
catégories socioprofessionnelles, la notoriété, le développement endogène ou
exogène, l’émigration rurale, la périurbanisation, la sous-traitance, le foncier,
le bassin de vie, les économies d’agglomération, la subsidiarité ou la rupture
de charge. D’autres concepts sont plus récents, comme l’unité urbaine,
l’intercommunalité, la population dite municipale, les stratégies
d’externalisation, la prospective territoriale, la proactivité, l’attractivité, la
multimodalité, l’économie de la connaissance, la para-urbanisation ou les
fonctions métropolitaines. Et, parmi ces concepts récents, il convient de porter
un regard tout particulier sur la gouvernance territoriale, dont les
caractéristiques peuvent être variées : centralisatrice, subsidiaire ou molle.
Le cheminement retenu dans ce livre consiste à faire acquérir, ou mieux
acquérir, les concepts indispensables au cours de l’explication des
composantes du diagnostic territorial. Ce dernier est donc une approche
globale et méthodique, analysant avec un regard critique l’existant, son
fonctionnement, ses atouts, constatés ou potentiels, ses faiblesses, ses
dysfonctionnements, ses contradictions, etc. Et ce regard ne doit pas oublier
qu’un élément peut être à la fois un atout ou un handicap selon le point de vue
où l’on se place. Face au nombre considérable d’éléments qui s’enchevêtrent
pour faire « territoire », face à la nature systémique du territoire, la nécessité
d’une méthode pour le diagnostic d’un territoire apparaît indispensable.
En conséquence, la première partie de ce livre développe la méthode et les
concepts nécessaires au diagnostic d’un territoire, en intégrant la question de
la gouvernance territoriale. Mais que vaudrait la présentation d’une méthode
si son caractère opérationnel n’était pas validé ? C’est pourquoi la seconde
partie de ce livre proposera une application, en choisissant un cas singulier,
celui de certaines villes industrielles de l’Hexagone, que d’aucuns considèrent
comme l’héritage d’une ère industrielle en voie d’extinction.
Au total, l’objectif de ce livre est de faire comprendre ce que signifient et
comment se réalisent le diagnostic et la gouvernance des territoires. La
poursuite de cet objectif nécessite d’envisager trois éléments liés. Le premier
consiste à assimiler les concepts nécessaires pour conduire un bon diagnostic
territorial. Le deuxième élément, lié au premier, consiste à présenter une
méthode complète de diagnostic territorial et à progresser dans les outils
d’analyse territoriale comparative, par exemple par l’élaboration de grilles
d’analyse. Le troisième élément se fonde à la fois sur les multiples exemples
livrés dans la première partie et sur l’application à des territoires vécus dans la
seconde partie ; il vise à contribuer à une meilleure connaissance et une
meilleure culture territoriales, susceptibles d’aider la réflexion sur
l’aménagement et le développement durable des territoires.
Première Partie
Concepts et méthode
du diagnostic
et de la gouvernance
des territoires
Comme chaque personne dispose d’un ADN qui lui est propre et d’un état
de santé dépendant de la génétique et des comportements sanitaires et
environnementaux qui le caractérisent depuis sa naissance, il est courant
d’entendre que la médecine est un art et que le diagnostic médical complet
d’un individu lui est spécifique. La même formulation pourrait valoir pour le
diagnostic territorial puisque chaque territoire présente une identité propre
tenant à son histoire, à sa géographie singulière, au jeu de ses acteurs ou à son
type de peuplement. Mais nous savons que la médecine repose également sur
l’utilisation consciencieuse, explicite et judicieuse des résultats des méthodes
de diagnostic, heureusement en constante progression technique depuis
Hippocrate.
Il en est de même pour le diagnostic territorial. L’analyse doit s’appliquer à
suivre un cheminement méthodologique approprié, afin d’obtenir des résultats
fiables et de fonder les décisions des acteurs qui doivent anticiper le futur. Ce
cheminement méthodologique requiert d’abord, pour chaque territoire, une
connaissance approfondie, ce qui suppose dans un premier temps une
approche monographique imposant le respect de principes généraux pour une
bonne utilisation des concepts. Le diagnostic territorial s’applique par
définition à un territoire dont il faut préciser le périmètre, d’où la nécessité de
s’interroger ensuite sur l’existence d’un choix optimal ou, à défaut, d’un choix
pertinent. Une fois le périmètre précisé, la méthode conduit à préciser les
items de l’analyse du territoire in situ, puis à qualifier la nature des entretiens
nécessaires au diagnostic.
En outre, à l’heure actuelle, il est clair que le diagnostic territorial doit
intégrer la question de la gouvernance pour des raisons et selon des modalités
à préciser. Enfin, comment se connaître sans se placer, sans se mettre en
perspective, sans acquérir la capacité de se comparer ? Aussi importe-t-il de
définir une méthode et des outils d’analyse permettant de réaliser un
diagnostic territorial comparatif.
Chapitre 1
Les principes généraux du diagnostic territorial
monographique
CONDUIRE UN DIAGNOSTIC TERRITORIAL monographique appelle le respect de
principes généraux à quatre niveaux. D’abord, il faut se demander si recourir à
des méthodes de modélisation ne serait pas incontournable. Mais, si celles-ci
soulèvent nombre de limites ou de difficultés conceptuelles ou d’application,
et que la méthode géographique s’avère préférable, il faut l’expliciter. Cela
s’obtient grâce à l’élaboration d’un schéma général indiquant les cinq
éléments impératifs pour un diagnostic territorial réussi. Parmi ces éléments,
l’analyse quantitative et bibliographique repose sur des principes à préciser.
En quatrième lieu, il faut s’interroger sur les outils d’illustration du diagnostic.
Modélisation ou analyse géographique ?
Une méthode possible du diagnostic territorial consisterait à mettre en place
des modèles, c’est-à-dire une représentation du système que forme le territoire
en usant du langage mathématique. D’ailleurs, de tels modèles ont l’avantage
de proposer des prêts-à-penser susceptibles de fournir des raisonnements
permettant d’affirmer le diagnostic des territoires.
Parmi ces modèles, une théorie souvent avancée est le modèle centre-
périphérie, qui a valu à Paul Krugman, le 13 octobre 2008, le prix Nobel
d’économie, notamment pour ses travaux sur la localisation de l’activité
économique. À en croire son analyse, que l’on range sous la dénomination de
« nouvelle économie géographique », diverses raisons poussent l’activité
économique à se concentrer sur un nombre limité de territoires qui se trouvent
être attractifs. Selon ce « modèle centre-périphérie, les industries se localisent
dans un lieu en tenant compte de l’arbitrage entre les économies d’échelle, qui
favorisent la concentration, et les coûts de transport, qui favorisent la
dispersion. Chaque industrie tente alors de desservir son marché en
minimisant les coûts de transport, c’est-à-dire en se rapprochant de la
demande locale. Cela entraîne un processus circulaire : les industries
recherchent des localisations où la demande locale est forte tandis que la
demande locale est d’autant plus forte que de nombreuses industries ont choisi
cette localisation. Ce processus est à l’avantage des grands marchés. Les
avantages liés à la taille des marchés sont renforcés dans certains lieux par des
externalités technologiques ou informationnelles liées à l’importance de la
proximité dans la transmission du savoir et des connaissances » [WALTHER,
2008].
Un second modèle particulièrement « à la mode » depuis les années 2000
est celui de la base économique, que l’on peut désormais désigner comme le
paradigme de l’économie présentielle. Cette théorie de la base économique est
due initialement à Werner Sombart (1916). Elle a été ensuite généralisée par
des auteurs comme Homer Hoyt (1954), Douglass North (1955) ou Tiebout
(1956). Sa conséquence est que la variable décisive du diagnostic territorial
serait le revenu monétaire capté de l’extérieur par les territoires. Les facteurs
locaux de production de la valeur ajoutée créée localement ne représenteraient
qu’une modalité induite de cette captation de revenus. En prolongement de ces
études antérieures, selon les travaux, plus récents, de Laurent Davezies
(2008), la base économique dite « présentielle » serait l’élément central de
l’explication du diagnostic de nombreux territoires. En conséquence, le
véritable ressort du bilan d’un territoire ne tiendrait pas à sa capacité à créer
par lui-même le plus de richesses possible, donc à réaliser une croissance
endogène. Il dépendrait de la capacité du territoire à capter le plus de richesses
possible, selon une logique de développement exogène, en attirant des
résidents dont l’emploi est localisé sur un autre territoire, des retraités, des
allocataires de revenus sociaux, des résidents secondaires, des touristes, etc.
Cette théorie s’est trouvée renouvelée en raison de l’augmentation du temps
libre et du développement des communications (TGV, Internet, portable…)
qui facilitent le découplage entre des territoires de création de valeur ajoutée
et des territoires de résidence.
Le mécanisme de la théorie de la base présentielle peut donc se résumer
ainsi : un territoire attire de diverses façons des revenus de l’extérieur, ce qui
constitue sa base économique, appelée « économie présentielle » ; ces revenus
induiraient des activités locales, liées à la demande de consommation,
d’équipement ou des services, qu’ils susciteraient localement. En
conséquence, le diagnostic d’un territoire dépendrait essentiellement de cette
économie présentielle.
De telles théories spatiales, qu’il s’agisse de la théorie centre-périphérie ou
de celle de la base, sont intéressantes. Mais elles ne peuvent être validées, en
application de la méthode expérimentale de Claude Bernard, que si de
nouvelles observations permettent de les vérifier. Or, justement, ces nouvelles
observations appellent de conduire des diagnostics de territoires.
Ne s’appliquant pas à ce type de démarches, certaines recherches, comme
celles du Centre de recherche de l’habitat, laboratoire du Cnrs, tentent alors de
modéliser les processus architecturaux et urbains en s’appuyant sur une
démarche pluridisciplinaire associant des géographes, des physiciens, des
ingénieurs, des statisticiens et des architectes. L’objectif est de mieux
comprendre la diversité des mécanismes traversant les territoires à différents
échelons (urbanistique et architectural) et dans différents domaines (le
peuplement et le logement, le développement des formes urbaines, le
patrimoine architectural). Un autre exemple, développé depuis les années
2000 par la société ATN puis par le laboratoire Théma, est celui du
programme MobiSim qui consiste à modéliser les mobilités quotidiennes des
aires urbaines françaises et européennes. Sans nier l’intérêt de telles
démarches, il n’est pas contestable qu’elles supposent un investissement très
important. Par exemple, la modélisation du niveau d’accès à un territoire, en
quantifiant tous les aspects de ses dessertes locales, nationales et
internationales, est possible, mais mobilise de lourds moyens. De façon plus
générale, la modélisation nécessite une documentation très large qui n’est pas
toujours disponible ou dont l’accès suppose de nombreux travaux
consommant un capital-temps important.
En outre, tout modèle exige inévitablement des hypothèses pour fonder ses
différentes composantes, ce qui a pour conséquence que les résultats se
trouvent inévitablement en partie dépendants des hypothèses retenues.
Autrement dit, tout modèle est fondé sur une subjectivité initiale qui repose
sur le choix des postulats et/ou des hypothèses dont le degré de réalisme est
toujours discutable. Certes, on peut essayer de justifier les choix retenus par
un raisonnement logique ou en prenant en compte des observations faites dans
un espace donné à une période donnée. Il n’en demeure pas moins des choix
en partie subjectifs, ce qui implique également une schématisation également
partiellement subjective. Les résultats donnés par un modèle sont en effet
conditionnels et dépendent des hypothèses de départ. Or, il y a souvent une
tendance naturelle à oublier les hypothèses lorsqu’on examine les résultats.
Un autre danger guette la réalisation de modèles, celui de considérer le
langage mathématique comme une fin et non seulement comme un moyen. On
peut éprouver une certaine satisfaction à présenter des formulations élégantes
mais il faut se rappeler que l’objectif reste de proposer des schémas explicatifs
utiles et de préférence réels. Or, il y a un « danger de l’élégance mathématique
» [Merlin, 1973, p. 179] ou de l’élégance qui trahit.
En troisième lieu, les résultats d’un modèle territorial sont inévitablement
incomplets compte tenu de la difficulté d’intégrer dans le modèle certains
éléments qualitatifs comme la compétence des élus ou leur capacité à animer
des équipes ou à nouer des réseaux. Enfin, il ne faut pas omettre le piège de la
quantification qui ne permet de quantifier, ou d’essayer de quantifier, que ce
qui se prête à quantification. Tout modèle omet donc inévitablement certains
des facteurs qui exercent une influence incontestable, tout simplement parce
qu’ils peuvent difficilement être quantifiés. Par exemple, dans le diagnostic
territorial, un cas singulier est le rôle du maire ou du président de
l’intercommunalité qui, par son charisme ou son réseau relationnel, peut jouer
un rôle essentiel, lequel ne peut pas être parfaitement mis en équation. Un
autre facteur difficile à quantifier tient à la qualité des autres acteurs du
territoire. Un modèle ne peut donc que représenter de façon imparfaite une
réalité toujours plus complexe.
Reste la question de l’interprétation des résultats. Elle est confrontée au
risque de généralisations hâtives qui, en faisant fi de la diversité humaine et
spatiale des territoires, risque de conduire à une vulgate passe-partout,
inadaptée aux réalités. Par exemple, le recul historique dont nous bénéficions
nous enseigne que des territoires qui paraissaient, selon des logiques de
modélisation, en risque de disparition, comme Londres en 1662 [Graunt,
1662], ou dans des difficultés économiques fatalement pérennes, comme les
territoires suisses jusqu’au XXe siècle, se sont considérablement développés. À
l’inverse, des territoires qui, toujours selon des logiques de modélisation,
disposaient d’atouts exceptionnels, comme certains territoires africains,
demeurent en difficulté de développement. Pendant l’ère industrielle, des
logiques de modélisation auraient donné la palme d’un succès durable à la
Ruhr, riche de ses sources d’énergie, et voué la Bavière à un sous-
développement relatif. Or, la suite, qui s’explique notamment par la capacité
d’entreprenariat dont ont fait preuve les Bavarois, a été inverse.
Les différents arguments précédents limitent l’intérêt de recourir à une sorte
d’économétrie territoriale, qui, bien qu’intéressante, n’apporterait qu’un outil
parmi d’autres. En effet, une méthode de diagnostic territorial fondée sur la
modélisation pose les questions de la mobilisation de lourds moyens comme
de la poursuite de fins discutables, ce qui justifie de recourir à la méthode
géographique, selon une démarche qui doit respecter le schéma du diagnostic
territorial monographique proposé ci-après.
Le « carré magique » du diagnostic territorial
Face au caractère polysémique de la notion de territoire, le diagnostic
territorial monographique commence par la fixation d’une échelle
géographique consistant à définir le périmètre d’application du diagnostic
territorial. Il faut donc d’abord choisir une échelle géographique jugée
pertinente, car satisfaisant un besoin de diagnostic. Puis l’échelle retenue
devra être respectée lors du déroulé des quatre composantes du diagnostic qui
forment ensemble un « carré magique » (figure 1.1).
La première, l’analyse des données quantitatives et bibliographiques,
recourt à des sources disponibles livrant des informations ou des études
historiques, économiques, urbanistiques, démographiques, politiques sur le
territoire. Parmi ces sources, les productions statistiques seront parfois à
considérer dans leur livraison brute, parfois à traiter pour obtenir une
connaissance plus fine. La deuxième composante, l’analyse du territoire in
situ, consiste à parcourir le territoire pour examiner ses différents éléments
(géographie spatiale, logements, immobilier d’entreprises, voies de transport,
équipements structurants…), comment ils se distribuent, comment ils
s’enchevêtrent. Cette deuxième composante comprend des entretiens
informels à l’occasion de ce parcours du terrain. Les entretiens formels avec
des responsables locaux constituent la troisième composante du schéma. Et
l’ensemble de ces démarches recouvre une quatrième composante, la
gouvernance territoriale. Le schéma écarte donc la tentation de penser pouvoir
établir un diagnostic, comme cela est trop fréquent, en ne réalisant qu’une
analyse quantitative.
Figure 1.1 Schéma général de la méthode de diagnostic territorial
La méthode générale du diagnostic territorial étant précisée, il est désormais
nécessaire d’examiner les principes de l’analyse quantitative et
bibliographique.
Les principes de l’analyse quantitative
Le fait de réunir des éléments bibliographiques ne mérite pas de
commentaires particuliers, sauf à rappeler qu’il serait préjudiciable pour la
qualité du diagnostic d’omettre d’examiner les sources livresques existantes,
qu’il s’agisse de livres sur l’histoire du territoire, d’articles publiés le
concernant, de rapports, de thèses, de mémoires ou de documents
administratifs, et ce quelle que soit leur forme (papier ou numérique).
Les données quantitatives sont évidemment importantes et un panel concret
sera proposé dans le paragraphe sur le diagnostic territorial comparatif. Mais il
faut auparavant préciser les principes de l’analyse quantitative.
Le premier consiste à savoir mobiliser ces données quantitatives. Certaines
sont aisément disponibles, d’autres supposent des recherches approfondies.
Récupérer les données que l’Insee doit pouvoir offrir suppose une très grande
rigueur face aux difficultés de leurs définitions et de leurs changements de
définition, à l’exemple de la notion de « population sans double compte » des
recensements exhaustifs devenue, pour l’essentiel, la notion de « population
municipale » depuis le nouveau recensement français. En outre, il importe de
rechercher l’existence de données statistiques spécifiques. Selon les objectifs
du diagnostic, elles peuvent concerner les entreprises, l’utilisation de grands
équipements (aéroports par exemple) ou des transports publics, le nombre de
personnes percevant le revenu de solidarité active (RSA), de familles
monoparentales, de titulaires de l’allocation aux adultes handicapés, de
bénéficiaires de l’allocation de parent isolé, ou le nombre de personnes
surendettées.
Très souvent, il est malaisé d’obtenir des valeurs sérielles sur une donnée.
Or, les données diachroniques sont importantes car elles permettent des
comparaisons temporelles et, donc, d’apprécier les évolutions. En outre, il faut
parfois surmonter une certaine rétention de l’information qui peut surprendre
mais qui est malheureusement fréquente.
Le deuxième principe de l’analyse quantitative consiste à toujours
considérer les données chiffrées avec du sens critique car des biais ou des
erreurs peuvent en limiter la fiabilité. Pour ne prendre qu’un exemple, le
regard critique a conduit à considérer que le nombre d’emplois indiqué pour
un grand port français, qui n’est pas la préfecture de son département, était
véritablement faible. Après recherche, la raison en était que le ministère de la
Défense avait affecté à la commune ayant le statut de préfecture la totalité des
emplois des différentes communes du département, dont les nombreux
emplois militaires de ce grand port. Et il a fallu plusieurs mois pour que la
rectification soit opérée.
Troisième principe : le nombre de variables statistiques mobilisées n’a pas
besoin d’être excessif. En effet, la multiplication des variables n’apporte pas
nécessairement des éléments de connaissance supplémentaire car toutes ces
variables qui reflètent la réalité du système territorial sont, au moins en partie,
interdépendantes. Par exemple, le nombre de naissances annuelles sur le
territoire est dépendant du nombre de femmes en âge de procréer et de leur
composition par âge, même s’il dépend aussi de la fécondité sur le territoire,
donnée guère disponible sur des territoires infradépartementaux. Autrement
dit, il faut faire attention à ne pas vouloir entrer dans une sophistication
statistique excessive qui aurait trois effets pervers éventuels. D’une part, plus
on mobilise de données, plus on risque de perdre du sens critique. D’autre
part, les résultats du traitement des données doivent pouvoir être assimilés et
l’expérience prouve que l’élaboration d’indices complexes rend difficile la
compréhension du diagnostic. Enfin, le temps passé à du perfectionnisme
statistique risque de nuire aux trois autres composantes de la méthode de
diagnostic territorial. Le choix doit donc porter sur un nombre limité de
variables devant exercer un rôle de données de cadrage.
Toutefois, quatrième principe, la répartition thématique des variables
statistiques est importante. Elle doit couvrir un large éventail allant de la
population à l’emploi en passant par les revenus ou le logement. Il faut être
attentif à l’équilibre entre les thèmes en évitant de prendre trop en
considération l’un d’entre eux au prétexte qu’il offre des données à la fois
aisément accessibles et relativement abondantes.
Le cinquième principe de l’analyse quantitative requiert de réfléchir à un
traitement pertinent des données. Cela implique, d’une part, de recourir aux
calculs de pourcentages ou d’indices généralement utilisés, comme le taux
d’accroissement de la population ou le taux de population active ayant un
emploi et, d’autre part, de recourir éventuellement à des indices moins
communément utilisés.
Enfin, sixième principe, il ne faut jamais oublier que les données
quantitatives et les résultats de leur traitement sont un moyen et non une fin.
Le traitement des données quantitatives sert à établir le diagnostic, mais ne
peut en livrer toute la complétude. Il ne peut se substituer à l’analyse
qualitative et il ne faudrait pas que le quantitatif, aisément disponible,
conduise à omettre ou sous-estimer l’importance du qualitatif. En effet, la
quantification permet de prendre la mesure des aspects quantifiables du
territoire, mais non sa totalité. L’un de ses objets est donc notamment de
confirmer, d’infirmer ou de nuancer les éléments mis en évidence par
l’analyse du territoire in situ, donc la connaissance géographique du terrain et
les entretiens formels.
Parallèlement aux quatre composantes de la méthode, il importe de réfléchir
au choix, à la conception et à la réalisation d’outils d’illustration. En
conséquence, outre les principes généraux et ceux s’appliquant à l’analyse
quantitative, un troisième type de principe, tenant aux outils d’illustration du
diagnostic territorial, doit être mis en évidence.
Les principes des outils d’illustration du diagnostic territorial
Le diagnostic territorial bénéficie de la possibilité de concevoir de
nombreuses illustrations recourant à tout type de figure (diagramme circulaire,
histogramme, courbe, tableau, schéma, etc.) dont la réalisation mobilise peu
de temps et peu de moyens et se trouve grandement facilitée par des logiciels,
comme Excel. Mais cela nécessite de bien réfléchir au choix de ces
illustrations, à l’objectif assigné à chacune d’entre elles pour parfaire la
connaissance du territoire. En effet, leur présence n’a pas un but esthétique
mais analytique. La même logique vaut pour d’éventuelles photos dont il
convient de préciser la date et le lieu en les accompagnant d’une légende
complétée, si nécessaire, d’informations sur le contexte.
Les illustrations n’ont de valeur que si elles font l’objet d’une légende
précise et, surtout, d’un commentaire pour souligner les points saillants.
Sinon, la multiplication de tableaux, graphiques ou cartes ajoutés les uns après
les autres, sans réflexion approfondie sur les choix opérés et sur leur utilité
exacte pour le diagnostic, risque de conduire à une inflation d’illustrations
nuisant à la compréhension du diagnostic.
Concernant la cartographie, il convient d’utiliser les variables quantitatives
en recourant aux méthodes classiques : carte par points, par plage de valeurs,
par anamorphose…
Mais au-delà, le diagnostic territorial appelle la conception d’une carte
synthétique qui, pour être valable, doit être éloquente, c’est-à-dire bénéficier
d’une légende organisée. Sans légende, une carte est muette ; et la légende
doit être claire. La carte synthétique de présentation du territoire n’est pas un
ajout au diagnostic mais un élément intégré situant les principaux éléments
structurant le territoire et leurs interrelations. Elle doit être organisée de façon
logique dans l’objectif de comprendre l’organisation du territoire, le système
qu’il forme, puisqu’un territoire est un organisme vivant qui fonctionne grâce
aux flux qui l’animent. Par exemple, elle peut mettre en évidence des liens
logiques entre, par exemple, des zones d’activité et une voie périphérique et,
ainsi, laisser entrevoir certains facteurs de localisation.
Proposons ici l’exemple du territoire de la ville de Vitré, située dans le
département de l’Ille-et-Vilaine, donc en Bretagne. La réflexion sur
l’établissement d’un diagnostic cartographié du territoire conduit à distinguer
trois types d’éléments. Chaque fois, la légende doit être présentée de façon
ordonnée, logique et aussi courte que possible, en écartant toute rédaction de
phrase, et en insistant sur son nécessaire caractère synthétique.
Le premier élément présente les principaux axes de circulation en
distinguant les principales routes et la voie ferrée. La localisation de la route
périphérique témoigne notamment du souci de ne pas encombrer le centre par
une circulation de transit. Un autre axe d’éventuelle circulation, en fonction de
sa capacité navigable, tient à l’existence d’un fleuve qui, même lorsqu’il n’est
pas navigable, est un élément structurant le paysage et, très souvent,
l’urbanisation comme la circulation, puisqu’il impose un franchissement par
des ponts ou un contournement.
En deuxième lieu, la connaissance du territoire se poursuit par celle de ses
usages dans ses dimensions marchandes ou non marchandes. D’abord, se
distinguent les zones d’activité (ZA) et les principales entreprises réparties
selon des plages de valeur indiquant leur nombre d’emplois. Puis
l’approfondissement de la connaissance économique du territoire conduit à
distinguer la nature des différentes parties du territoire, sachant qu’il convient
toujours de se demander s’il y a un ou des lieux centraux. D’où la distinction
entre le centre-ville historique, la partie urbaine à dominante d’activité et la
zone urbaine à dominante d’habitat. Il en résulte au-delà, a contrario, la
morphologie rurale du territoire et, donc, des espaces probablement agricoles,
relevant alors du secteur primaire. Ainsi transparaît également à travers ce
dernier point une géographie globale du peuplement.
Enfin, l’analyse des équipements est conduite en distinguant les zones
commerciales, le principal site touristique qui suppose une offre touristique
engendrant et comprenant par exemple des activités de restauration faisant
partie du secteur marchant, puis ce qui relève du secteur tertiaire non
marchant, soit les lycées, l’hôtel de ville et deux bâtiments administratifs
d’importance, l’hôpital et la gare, ainsi que le musée. Pour chaque type
d’équipements, un signe graphique différent est proposé, ce qui aide à la
lecture du diagnostic cartographique de synthèse.
Les trois types d’éléments présentés ne sont pas indépendants les uns des
autres, mais interdépendants. Par exemple, la périphérie se spécialise dans des
activités imposant une étendue suffisante que n’offrent ni le centre-ville ni son
pourtour proche.
La carte synthétique du territoire ainsi réalisée ne peut fournir toutes les
composantes de ce territoire. Elle omet en conséquence nombre de
renseignements concernant par exemple les collèges, les écoles, les cinémas,
les églises ou la répartition par secteur des entreprises. Toutefois, le nom des
entreprises donne parfois des indications, comme la Société laitière de Vitré,
qui indique de l’industrie agroalimentaire, ou BC cosmétiques.
Ce caractère a priori incomplet résulte d’un choix volontaire car une carte
bien faite vaut toujours mieux qu’une carte bien pleine. Une carte doit viser la
sobriété et ne doit pas être surchargée, au risque qu’une forêt de trop
nombreux renseignements masque la compréhension du territoire. Une carte
doit donner à voir, non à lire et à déchiffrer. C’est une surface plane qui doit
refléter le territoire, regrouper des phénomènes et dégager une classification et
indiquer des localisations précises. Il serait peut-être souhaitable d’être
exhaustif mais il est plus important d’être clair. Or, par nature, la place sur une
carte est strictement comptée.
À l’exemple de la carte synthétique ci-après, toutes les illustrations sont
partie intégrante du diagnostic territorial et en interdépendance avec les quatre
composantes liées de la méthode. Les principes du diagnostic territorial ainsi
définis, il est possible d’entrer dans la logique de la démarche, à commencer
par le choix de l’échelle géographique.
Figure 1.2 Un exemple de carte synthétique d’un territoire : la ville de Vitré
(Ille-et-Vilaine)
(Ille-et-Vilaine)
Chapitre 2
Le choix de l’échelle géographique pour un
diagnostic pertinent
L’ÉTAPE PRÉALABLE AU DIAGNOSTIC TERRITORIAL consiste à chercher l’échelle
géographique appropriée. Quelle doit-elle être ? Comment la choisir ? Pour
répondre à cette double question, il faut étudier les différentes échelles
possibles selon divers critères à examiner successivement : spatiaux, de
situation dans l’armature territoriale, administratifs ou d’étude. Chaque
échelle correspond à une notion ou à un concept qui doit être clairement
précisé car l’application du schéma du diagnostic territorial doit être adaptée à
l’échelle définie. Par exemple, l’obtention des données quantitatives ou
l’analyse de la gouvernance ne se présente pas de la même façon selon que
l’échelle porte sur un territoire infracommunal ou sur une communauté
d’agglomération.
L’échelle territoriale perçue comme homogène
Un premier critère s’attache à un territoire perçu comme ayant une
homogénéité géographique ou économique. Cette perception peut d’abord
concerner une rue ou un quartier, dont l’unicité peut être mise en évidence par
une dénomination, par des limites géographiques constatables ou l’existence
de manifestations périodiques, comme des fêtes de rues ou de quartiers.
D’autres territoires sont perçus comme spécifiques en raison de leur
géographie qui en fait l’homogénéité, comme un territoire de confluence, une
vallée, un plateau ou une île.
La perception d’un territoire peut aussi tenir à son mode d’occupation ou
aux flux intraterritoriaux dominants qui le structurent. Le bassin d’habitat est
le territoire de résidence d’individus qui y exercent leurs activités,
professionnelles ou autres. Il peut être de dimension variable car son périmètre
peut évoluer sous l’effet de l’ouverture de nouvelles pénétrantes routières,
d’une voie de déviation, de l’allongement d’un réseau de transport urbain, de
la création d’un nouveau transport collectif ou du développement d’un réseau
express régional.
Dans certains cas, la géographie d’un bassin d’habitat peut dépendre d’une
activité économique majeure, à l’exemple du bassin d’habitat résultant des
emplois du centre de Cadarache, dans le nord-est du département des
Bouches-du-Rhône. Ce bassin compte des milliers d’emplois répartis entre le
centre de recherche du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies
alternatives (CEA), dont les activités sont axées sur l’énergie nucléaire, les
nouvelles technologies de l’énergie et la biologie végétale, et le projet Iter
(International Thermonuclear Experimental Reactor, soit en français : réacteur
thermonucléaire expérimental international) dont l’objet est de démontrer la
faisabilité scientifique et technique de la fusion nucléaire contrôlée. En
l’espèce, il s’agit d’un bassin d’habitat pluridépartemental qui s’étend sur les
Bouches-du-Rhône, sur le sud des Alpes de Haute-Provence, soit la région de
Manosque, et sur le nord-ouest du département du Var, soit la région de
Vinon-sur-Verdon. De même, il est possible de cerner le bassin d’habitat lié à
la technopole Sophia-Antipolis, qui compte environ 20 000 emplois dans le
département des Alpes-Maritimes.
Une autre perception tient non à la géographie de l’habitat mais à celle de
l’emploi. Elle débouche sur la mise en évidence d’un bassin d’emploi,
territoire au sein duquel il est possible de rechercher un emploi ou d’en
changer sans avoir à déménager. Par exemple, le territoire de Châteauroux et
sa périphérie est limité à un espace-temps convenable pour des migrations
quotidiennes domicile-travail ; il peut donc être perçu comme un territoire
homogène en tant que bassin d’emploi.
Le bassin touristique est en fait une variété de bassin d’emploi, caractérisé
par l’importance des activités économiques liées à l’offre de prestations et de
produits touristiques, entraînant de fortes variations saisonnières, à l’exemple
des bassins touristiques de Royan ou de La Baule.
Tableau 1 Échelle géographique du diagnostic selon les territoires perçus
comme ayant une homogénéité géographique ou économique
Dimension Type
Dimension Type
1 Infracommunale en général Rue
2 Quartier
3 Infracommunale, unicommunale ou pluricommunale Territoire de confluence
4 Unicommunale ou pluricommunale Vallée
5 Plateau
6 Île
7 Éventuellement pluridépartementale ou plurirégionale Bassin d’habitat
8 Bassin d’emploi
9 Bassin touristique
Source : © Population & Avenir, 2012
Un deuxième type d’échelle géographique pour effectuer le diagnostic
territorial consiste à examiner un territoire en fonction de sa place dans
l’armature territoriale.
L’échelle spatiale selon les niveaux de l’armature territoriale
En effet, un territoire peut s’inscrire dans une logique de diagnostic en
raison de sa position hiérarchique spécifique. Au bas de l’armature territoriale
figure le hameau et son pourtour, donc un groupement de quelques maisons
entourées d’espaces agricoles. Un diagnostic est possible dès cette échelle,
dont l’étendue peut être plus ou moins vaste selon les configurations spatiales,
en étudiant sa géographie, son peuplement, la nature des logements, le type
d’activité des habitants, etc.
L’échelon hiérarchique au-dessus du hameau est le village où, compte tenu
d’un nombre d’habitations supérieur, s’établissent des échanges sous forme
d’au moins un commerce et souvent d’un lieu de culte et d’un cimetière. Le
village dispose d’un minimum de vie propre. Le bourg, d’une dimension
démographique plus ou moins grande, allant de quelques centaines d’habitants
à plus de mille, est un village plus important, où se tient un marché périodique
et où l’on trouve des artisans.
Puis vient la petite ville, au peuplement plus important, dans une fourchette
de l’ordre de 3 000 à 20 000 habitants, qui dispose d’un éventail très élargi de
commerces et d’équipements par rapport au bourg. Les petites villes peuvent
être différenciées en fonction de leur espace-temps d’une ville moyenne ou
d’une métropole. Si cet espace-temps est limité, c’est une petite ville
périphérique avec trois localisations possibles : la banlieue proche, la banlieue
extérieure, c’est-à-dire la plus éloignée du centre, ou la frange de
l’agglomération formée par la ville moyenne ou la métropole.
Au-dessus de la petite ville, l’échelle géographique des territoires des villes
moyennes concerne des communes-centres dont la population est comprise
entre 20 000 et 100 000 habitants, et dont l’agglomération peut compter
jusqu’à 200 000 habitants. Dans le cas d’une ville moyenne périphérique
d’une métropole, les questionnements du diagnostic territorial doivent être
précisés. Ainsi, le diagnostic portant sur les communes de Rueil-Malmaison
ou d’Antibes se doit de prendre en compte la position de ces villes en
périphérie respective de Paris et de Nice ainsi que les effets de cette proximité.
En revanche, le diagnostic d’une ville moyenne n’étant pas le siège d’une
préfecture et non périphérique d’une métropole, comme les communes
d’Oyonnax, dans le département de l’Ain, ou de Vierzon, dans le département
du Cher, conduit à une analyse privilégiant l’étude des flux au sein du tissu
économique local. Enfin, le diagnostic d’une ville moyenne ayant le statut de
préfecture d’un département peu urbanisé, donc éloignée d’une métropole,
comme Gap, Nevers, Périgueux ou Rodez, doit examiner avec une attention
particulière les activités engendrées par les services non marchands dues à la
présence des différentes fonctions publiques (d’État, territoriale et
hospitalière).
À un niveau équivalent de peuplement, le diagnostic peut porter sur le
territoire de villes moyennes ayant le statut de capitale d’une région
administrative, comme Limoges ou Poitiers, et qui sont, du point de vue de
l’armature territoriale régionale, des villes-mères, donc des métropoles, bien
qu’ayant un peuplement moyen. Les éléments du diagnostic doivent prendre
en compte la fonction régionale de ces villes.
Ensuite, à un niveau supérieur de peuplement, le diagnostic peut porter sur
des territoires d’agglomérations de plus de 200 000 habitants qui peuvent être
désignés comme des métropoles, c’est-à-dire des agglomérations de taille
significative par rapport à leur environnement, dotées d’équipements, et
commandant une zone d’influence étendue. Toutefois, le diagnostic doit
suivre un questionnement différent selon le type de métropole. Le premier
type est celui des métropoles intermédiaires, dont les agglomérations
comptent plus de 200 000 habitants mais qui ne sont ni capitales régionales,
comme Angers, Le Havre, Mulhouse ou Tours, ni parfois même capitales
départementales, comme Brest. Le diagnostic territorial doit alors analyser les
éléments expliquant que leur peuplement soit plus important que celui de
certaines capitales régionales, bien que leur statut dans la hiérarchie
administrative communale y limite le poids du secteur tertiaire non marchand.
En revanche, le diagnostic du territoire d’une métropole régionale
intermédiaire, donc d’une métropole intermédiaire par sa place dans
l’armature urbaine et ayant le statut institutionnel de capitale d’une région,
doit examiner non seulement les emplois tertiaires non marchands liés à ce
statut mais aussi les emplois induits qui en résultent.
Si une métropole a un rayonnement lui donnant une notoriété continentale,
le terme utilisé, en ce qui concerne l’Europe, est celui d’eurocité. Ce sont les
fonctions, plutôt que la taille, qui déterminent le caractère d’une eurocité. Par
exemple, Luxembourg-ville ou Strasbourg peuvent recevoir ce qualificatif
malgré leur peuplement relativement faible, notamment en raison des
institutions européennes qu’elles abritent. Par contre, le terme d’eurocité ne
sera guère employé pour les agglomérations de Douai-Lens ou de Toulon,
pourtant plus peuplées, mais qui n’exercent guère de fonctions urbaines
internationales. En revanche, compte tenu de sa place dans la production
aéronautique européenne, le caractère d’eurocité de Toulouse, n’est pas
contestable. Quant aux territoires de Bordeaux, Nice, Marseille, Lille ou
Lyon, leur caractère d’eurocité peut être mis en évidence ne serait-ce qu’à
l’examen des lignes aériennes de leurs aéroports.
Enfin, un diagnostic sur Paris appelle une mise en perspective avec les
autres villes-monde puisque cette ville est effectivement une métropole
internationale, c’est-à-dire une agglomération de très grande importance dont
le rayonnement est mondial.
Tableau 2 Échelle géographique du diagnostic selon la position
hiérarchique du territoire dans l’armature territoriale
Niveau
Territoire d’un (ou d’une)
hiérarchique
1 Hameau avec son pourtour d’espaces agricoles
2 Village avec son pourtour de morphologie rurale
3 Bourg avec son pourtour de morphologie rurale
4 Petite ville avec son pourtour de morphologie rurale
5 Petite ville périphérique d’une ville moyenne ou d’une métropole
6 Ville moyenne périphérique d’une métropole
Ville moyenne n’ayant pas le statut de préfecture et non périphérique d’une
7
métropole
8 Ville moyenne ayant le statut de préfecture d’un département peu urbanisé
9 Ville moyenne ayant le statut de capitale d’une région administrative
10 Métropole intermédiaire
Métropole régionale intermédiaire (métropole intermédiaire capitale d’une
11
région)
12 Eurocité ou métropole européenne
13 Métropole internationale
Source : © Population & Avenir, 2012
Le diagnostic territorial peut donc concerner l’un de ces types de territoire,
identifié en raison de sa perception géographique ou de son positionnement
dans l’armature territoriale. Mais ce choix peut engendrer des difficultés dans
l’analyse quantitative car le périmètre de certains de ces territoires ne respecte
pas nécessairement le moule du découpage communal ou d’un découpage
statistique infracommunal, auquel cas il est malaisé de disposer de données
statistiques conformes au périmètre choisi. Aussi faut-il examiner des échelles
géographiques relevant de délimitations prédéfinies et précises, ce qui invite à
considérer les périmètres administratifs.
L’échelle territoriale conforme à un périmètre administratif
Le diagnostic territorial fondé sur une échelle administrative offre un
éventail de choix, à commencer par ceux qui sont normalement les moins
étendus, car de nature infracommunale.
Ce diagnostic peut d’abord porter sur le périmètre d’une section de
commune, partie d’une commune possédant à titre permanent et exclusif des
biens ou des droits et disposant de la personnalité juridique. Ces biens sont
gérés en principe par la commune, mais selon des principes définis par une
commission syndicale. Héritage de l’histoire, la section de commune a
essentiellement une fonction patrimoniale. Ses biens ou ses droits sont
prouvés par un titre, remontant souvent à l’Ancien Régime, par une décision
de justice, une sentence arbitrale ou par un usage public, paisible, continu et
non équivoque. Des sections de commune, plus récentes, ont été créées à la
suite d’une fusion de communes, la commune rattachée pouvant conserver des
droits exclusifs sur certains biens, par exemple à la suite d’un don ou d’un
legs à une partie de la commune, comme un hameau.
Deuxième possibilité, le diagnostic peut choisir le périmètre spécifique dû à
l’existence d’un secteur de commune, territoire sur lequel un établissement
public, institué par un arrêté ministériel, est chargé de gérer certains services
publics. Ce périmètre a souvent été celui d’une zone à urbaniser par priorité.
Le diagnostic peut porter sur un troisième périmètre administratif
infracommunal possible, la zone franche urbaine (ZFU), quartier comptant
plus de 10 000 habitants, situé dans une zone dite sensible ou défavorisée. La
ZFU est définie à partir des critères suivants : taux de chômage, proportion de
personnes sorties du système scolaire sans diplôme, proportion de jeunes et
potentiel fiscal par habitant. Cette échelle géographique entraîne l’application
d’un critère fiscal supplémentaire, puisque les entreprises implantées ou
souhaitant s’implanter dans la ZFU bénéficient d’un dispositif complet
d’exonération de charges fiscales et sociales durant cinq ans.
Couvrant un périmètre généralement plus large, la zone de redynamisation
urbaine (ZRU) est un territoire qui, comme son nom l’indique, bénéficie de
financements de redynamisation urbaine selon une approche qualitative et un
indice synthétique établi dans des conditions fixées par la réglementation.
Ensuite, une cinquième échelle infracommunale de diagnostic territorial
peut être la zone urbaine sensible (ZUS), qui couvre un territoire infra-urbain
défini par les pouvoirs publics pour être la cible prioritaire de la politique de la
ville, en fonction des considérations locales liées aux difficultés que
connaissent les habitants de ces territoires. En général, le territoire d’une ZUS
est caractérisé par la présence de grands ensembles ou de quartiers d’habitat
dégradé et par un déséquilibre accentué entre l’habitat et l’emploi.
Un sixième périmètre infracommunal est l’arrondissement municipal qui
n’existe, selon la loi du 31 décembre 1982, dite « loi PLM », qu’à Paris, Lyon
et Marseille. Chaque arrondissement communal, par l’intermédiaire d’un
conseil d’arrondissement, dispose d’un droit d’information sur les actions
envisagées par le conseil municipal et intéressant l’arrondissement, et peut
émettre des avis et des propositions. L’arrondissement peut disposer d’une
dotation attribuée par le conseil municipal et gérer certains équipements, mais
il ne délibère pas à proprement parler sur un budget. Ces conditions
institutionnelles de gouvernance n’excluent pas la possibilité de choisir
l’arrondissement municipal comme périmètre d’un diagnostic territorial.
Autre possibilité, l’échelle d’une commune associée : elle correspond à une
ancienne commune conservant, outre son identité historique, une certaine
personnalité juridique justifiée à la fois par souci de subsidiarité et parce que
cela a permis de mieux accepter la fusion avec une ou plusieurs autres. Enfin,
le diagnostic territorial qui retient un périmètre administratif infracommunal
peut porter sur une commune associée « améliorée », c’est-à-dire une
commune associée régie selon les règles des arrondissements communaux de
la loi PLM, au motif que la population des communes fusionnées dépasse 100
000 habitants ou, pour les communes fusionnées moins peuplées, parce que le
conseil municipal en décide ainsi.
Outre les types de périmètres administratifs infracommunaux, le diagnostic
territorial peut considérer l’échelle administrative et statistique de base, celui
de la commune qui est un périmètre uni-communal. Toutefois, pour des
raisons essentiellement historiques, la superficie de ce périmètre peut être très
variable.
À un troisième niveau administratif après les échelles infracommunale et
communale, le diagnostic territorial peut se porter sur des périmètres
pluricommunaux couvrant normalement une superficie plus grande. L’échelle
peut, alors, d’abord correspondre au périmètre d’un syndicat de communes,
établissement public de coopération intercommunale (EPCI), qui permet aux
communes membres de créer et de gérer ensemble des activités ou des
services publics sur le territoire considéré. Un syndicat de communes atteste
de l’existence d’un périmètre homogène sur au moins un critère puisque
l’exigence d’un intérêt intercommunal implique que les œuvres ou services du
syndicat présentent un intérêt pour toutes les communes du syndicat et non
exclusivement pour une seule d’entre elles. Notons pour mémoire que les
termes SIVU (syndicat à vocation unique) et SIVOM (syndicat à vocation
multiple) constituent des vocables historiques n’ayant plus de valeur juridique.
Le syndicat de communes constitue la catégorie d’EPCI la plus faiblement
intégrée.
Le syndicat d’agglomération nouvelle l’est davantage mais ne concerne, en
2012, que cinq territoires car plusieurs villes nouvelles conçues dans les
années 1960 sont entrées dans le droit commun
Le diagnostic territorial peut aussi retenir comme périmètre une
intercommunalité plus intégrée correspondant à une communauté de
communes, une communauté d’agglomération, une communauté urbaine ou,
depuis 2011, un nouvel EPCI dénommé métropole, l’ensemble formant les
quatre statuts juridiques principaux de la nouvelle gouvernance des territoires
français. Leurs périmètres, qui peuvent être variables, se fondent
essentiellement sur des critères démographiques. Chacun de ces quatre types
de périmètres administratifs implique de recourir à une approche spécifique de
diagnostic, ne serait-ce qu’en ce qui concerne la gouvernance, car leurs
compétences obligatoires ne sont pas les mêmes et les procédures d’éventuels
transferts de compétences sont différentes.
Le diagnostic à l’échelle d’une communauté de communes porte sur un
EPCI à fiscalité propre, considéré comme une forme d’intégration limitée des
communes membres, conforme à une formule réglementaire conçue
initialement pour faciliter la gestion locale de l’espace peu urbanisé. Mais ce
type d’EPCI se retrouve aussi dans des territoires urbains. La communauté de
communes, qui regroupe plusieurs communes d’un seul tenant et sans enclave,
a pour objet d’associer des communes au sein d’un espace de solidarité, en
vue de l’élaboration d’un projet commun de développement et
d’aménagement de l’espace. Une communauté de communes exerce
obligatoirement les deux compétences suivantes : actions de développement
économique intéressant l’ensemble de la communauté et aménagement de
l’espace. Elle doit également exercer au moins une des compétences relevant
des six groupes suivants : protection et mise en valeur de l’environnement ;
politique du logement et du cadre de vie ; création, aménagement et entretien
de la voirie ; construction, entretien et fonctionnement d’équipements
culturels, sportifs et d’enseignement maternel et primaire ; action sociale
d’intérêt communautaire ; tout ou partie de l’assainissement.
De plus, la communauté de communes peut, avec accord du département,
exercer directement certaines compétences d’action sociale qui relèvent
normalement de celui-ci. Elle peut se donner compétence en matière de droit
de préemption urbain ou recevoir délégation du département pour exercer des
fonctions d’aide sociale. Les communes peuvent, par ailleurs, déléguer à la
communauté de communes d’autres compétences.
À l’échelle de la communauté d’agglomération, le diagnostic porte
également sur un EPCI regroupant plusieurs communes, mais fondé sur des
planchers démographiques. En effet, la communauté d’agglomération doit
former, à la date de sa création, un ensemble de plus de 50 000 habitants d’un
seul tenant et sans enclave, autour d’une ou plusieurs communes-centres de
plus de 15 000 habitants. Toutefois, le seuil démographique de 15 000
habitants ne s’applique pas lorsque la communauté d’agglomération comprend
le chef-lieu du département ou la commune la plus peuplée du département.
En outre, le seuil démographique de 50 000 habitants est réduit à 30 000
habitants lorsque la communauté d’agglomération comprend le chef-lieu du
département.
Au plan de la gouvernance, une communauté d’agglomération exerce
obligatoirement les compétences suivantes : développement économique,
aménagement de l’espace communautaire, équilibre social de l’habitat,
politique de la ville et transport urbain. La communauté doit par ailleurs
exercer au moins trois des six compétences suivantes : création ou
aménagement d’entretien de voirie, assainissement, eau potable, protection et
mise en valeur de l’environnement, action sociale d’intérêt communautaire ou
équipements culturels et sportifs.
Comme la communauté de communes, la communauté d’agglomération
peut aussi se donner compétence en matière de droit de préemption urbain,
recevoir délégation du département pour exercer des fonctions d’aide sociale
ou exercer des compétences autres que celles relevant des obligations légales.
Dans ce cas, il faut que soient définis les actions et les équipements reconnus
d’intérêt communautaire. Mais, autre différence de gouvernance avec la
communauté de communes, cette déclaration d’intérêt communautaire repose
sur une délibération du conseil communautaire de la communauté
d’agglomération prise à la majorité des deux tiers alors que, dans la
communauté de communes, la déclaration d’intérêt communautaire résulte du
vote d’une majorité qualifiée des conseils municipaux, ce qui donne plus de
pouvoir aux communes.
À partir du moment où les compétences sont déléguées à la communauté
d’agglomération, les communes ne peuvent plus les exercer. Par son nombre
d’habitants comme par son degré d’intégration, la communauté
d’agglomération se situe à un niveau intermédiaire entre la communauté de
communes et la communauté urbaine.
Le diagnostic territorial qui choisit le périmètre d’une communauté urbaine
examine une gouvernance intercommunale à importante intégration des
communes membres et concernant un territoire fort peuplé. D’ailleurs, à
l’origine, le statut de communauté urbaine, EPCI à fiscalité propre créé par la
loi du 31 décembre 1966, est façonné pour Bordeaux, Lyon, Lille et
Strasbourg. Depuis la loi du 16 décembre 2010 de réforme des collectivités
territoriales, la communauté urbaine est définie comme un EPCI regroupant
plusieurs communes d’un seul tenant et sans enclave qui forment, à la date de
sa création, un ensemble de plus de 450 000 habitants et qui s’associent au
sein d’un espace de solidarité, pour élaborer et conduire ensemble un projet
commun de développement urbain et d’aménagement de leur territoire.
Toutefois, la plupart des communautés urbaines ont été fondées avant la
promulgation de cette loi, et leur statut est souvent quelque peu différent :
certaines, par exemple, comptent moins de 450 000 habitants, comme Grand
Nancy, Brest métropole océane, Dunkerque Grand littoral, Le Mans
métropole, Arras, Le Creusot-Montceau-les-Mines, Cherbourg et Alençon.
Lors de la constitution d’une communauté urbaine, les communes lui
transfèrent obligatoirement leurs compétences dans les domaines suivants :
développement et aménagement économique, social et culturel (zones
d’activité, équipements) ; aménagement de l’espace communautaire (schéma
de cohérence territoriale – SCoT – ou plan local d’urbanisme – PLU –,
transports urbains, gestion de l’habitat social, politique de la ville) ; services
d’intérêt collectif (eau, assainissement, cimetières, abattoirs, marchés d’intérêt
national) ; environnement et cadre de vie (gestion des déchets, lutte contre la
pollution de l’air et les nuisances sonores). En outre, la communauté urbaine
peut recevoir d’autres compétences de la part des communes si celles-ci le
souhaitent. Elle peut gérer tout ou partie de l’aide sociale, en cas d’accord
avec le département.
La loi du 16 décembre 2010 a créé un nouveau périmètre qui n’est pas un
EPCI, le pôle métropolitain, nouvelle échelle possible du diagnostic territorial.
Son objet est de favoriser une coopération renforcée entre les territoires
urbains afin de leur permettre d’entreprendre des actions d’intérêt
métropolitain destinées à améliorer la compétitivité et l’attractivité de leur
territoire. Instrument de coopération souple, le pôle métropolitain se veut une
forme particulière de syndicat mixte, spécifiquement adapté à la collaboration
entre les territoires urbains. Le pôle métropolitain regroupe des EPCI à
fiscalité propre formant un ensemble de plus de 300 000 habitants. L’un
d’entre eux doit comporter plus de 150 000 habitants. Le pôle métropolitain
est exclusivement composé d’établissements publics de coopération
intercommunale à fiscalité propre. Il est destiné à promouvoir un modèle de
développement durable et à porter l’aménagement du territoire
infradépartemental et infrarégional. Pour répondre à ces objectifs, son champ
d’action comprend le développement économique, la promotion de
l’innovation, la recherche, l’enseignement supérieur et la culture,
l’aménagement de l’espace, notamment par la coordination des schémas de
cohérence territoriale (SCoT) dont le périmètre est identique à celui des EPCI
qui le composent, et le développement des infrastructures comme des services
de transport.
Les communautés urbaines étaient, jusqu’à cette loi du 16 décembre 2010,
la forme la plus intégrée des intercommunalités françaises. Ce n’est plus le cas
avec la création, par cette loi, des métropoles, nouvelle catégorie d’ECPI
regroupant plusieurs communes formant ensemble plus de 500 000 habitants
ou applicable aux communautés urbaines instituées par la loi du 31 décembre
1966 qui en comptent moins, comme Strasbourg. La création d’une métropole
entraîne la disparition des EPCI contenues dans l’aire métropolitaine. Il en
résulte un nouvel outil de gouvernance dont l’analyse appelle d’examiner les
choix de compétences effectués. En effet, outre les compétences équivalentes
à celle d’une communauté urbaine, la métropole hérite en plus, de plein droit
en matière économique, des zones d’activité départementales situées sur son
territoire, de la promotion à l’étranger, des transports scolaires et des routes
départementales. En outre, elle peut décider, par vote des deux tiers du conseil
métropolitain, de se donner des compétences en matière d’équipements
structurels, socioculturels, socioéducatifs et sportifs. Au plan financier, les
prérogatives financières et fiscales des métropoles sont calquées sur celles
existant pour les communautés urbaines, ce qui les rend peu attractives.
Toutefois, une première métropole, Nice Côte d’Azur, est née à la suite d’une
délibération du 13 avril 2011 de son conseil communautaire décidant sa
transformation en métropole.
La loi précitée du 16 décembre 2010 impose la généralisation de
l’intercommunalité à l’ensemble du territoire français, avec quelques nuances
pour la région Île-de-France. Les communes ne faisant pas partie d’une
intercommunalité, soit moins de 10 % en 2012, vont en intégrer une existante
ou à créer. Il faut noter que les conditions de gouvernance de ces quatre EPCI
que sont la communauté de communes, la communauté d’agglomération, la
communauté urbaine et la métropole évoluent, car la loi précitée prévoit
l’élection directe des conseillers communautaires des communes de plus de 3
500 habitants à compter des élections municipales de 2014.
Pour le diagnostic territorial, une autre échelle, aux caractéristiques
administratives moins prononcées, car de nature particulière, est le pays,
périmètre issu de la recherche d’une dimension adéquate des projets de
développement du territoire. Selon les hérauts de cette idée [LEURQUIN, 1997],
le pays est une « petite région naturelle, modelée par la géographie et le
paysage, héritée de l’histoire et des habitudes de vie en commun, mettant en
œuvre, autour d’une cité ou d’un réseau de bourgs, des solidarités de
proximité, mais suffisamment étendue et homogène pour pouvoir porter un
double projet d’une certaine ambition : un projet de développement et un
projet de services aux populations ». Le pays, instauré par la loi de 1995
révisée en 1999 et 2003, résulte en conséquence d’une initiative ascendante
puisque la commission départementale de la coopération intercommunale ne
fait que « constater » son existence. Une particularité de sa gouvernance,
confirmée dans la loi de 1999, est l’existence d’un conseil de développement,
instance participant à l’élaboration du projet de territoire et dont la
composition doit refléter la diversité des acteurs locaux : élus, représentants
des milieux économiques, sociaux, associatifs, culturels…
Depuis la loi précitée de 2010, la formule du pays se trouve dans une
situation réglementaire délicate, son périmètre pouvant être pris par une
intercommunalité ou une fusion de plusieurs intercommunalités antérieures.
Mais le pays peut aussi se pérenniser en choisissant un périmètre regroupant
trois ou quatre communautés, afin de demeurer l’échelle pertinente pour le
pilotage de problématiques stratégiques d’avenir (mobilité, haut-débit, santé,
planification spatiale…) et de rester un niveau intermédiaire pour organiser la
contractualisation infrarégionale et l’aménagement du territoire
infradépartemental (ou parfois interdépartemental), dans un souci d’équité
territoriale. En effet, dans le contexte des réformes de l’intercommunalité, le
pays peut offrir le cadre d’une complémentarité entre les territoires urbains et
les territoires ruraux et, donc, rester une échelle intéressante de diagnostic
territorial.
Outre les quatre grands types d’intercommunalités et le pays, une autre
échelle administrative possible de diagnostic territorial, au niveau
infradépartemental, est celle des arrondissements administratifs. Ces derniers,
créés initialement par la loi du 28 pluviôse an VIII, donnent lieu
périodiquement à quelques modifications dans leur géographie et dans leur
nombre au fur et à mesure que l’État souhaite adapter le découpage
administratif à l’évolution des besoins. Par exemple, un décret du 26 avril
1988 a ainsi créé un nouvel arrondissement à Fontainebleau (Seine-et-Marne).
Choisir l’arrondissement comme échelle de diagnostic pourrait sembler
anachronique, d’autant plus que les conseils d’arrondissement n’existent plus
depuis la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, cette échelle a de l’importance.
Bien que les sous-préfets d’arrondissement aient vu leurs pouvoirs changer de
nature depuis la décentralisation, les arrondissements conservent une
importance réelle, parfois même accrue dans la mesure où l’État souhaite les
engager dans des actions locales de promotion économique. La preuve du
caractère parfois pertinent de l’échelle des arrondissements a été de nouveau
apportée par les élus de l’est du département de l’Ille-et-Vilaine : ils ont
œuvré pour la création de l’arrondissement de Fougères-Vitré, réunissant
l’ancien arrondissement de Fougères et les cantons de la région de Vitré qui
appartenaient auparavant à l’arrondissement de Rennes. Leur démarche s’est
conclue par un arrêté préfectoral du 18 décembre 2009 créant ce nouvel
arrondissement et entré en vigueur le 1er octobre 2010.
Puis le diagnostic territorial peut retenir comme périmètre administratif
celui du département. Il s’insère alors pour l’essentiel dans des découpages
issus des décrets du 26 février et 4 mars 1790 qui formaient 83 départements
sur des trames géographiques anciennes. Depuis, le nombre de créations a été
très limité : les Alpes-Maritimes pour une période temporaire de 1793 à 1814,
puis définitivement, selon un autre découpage, en 1860, la Savoie et la Haute-
Savoie également en 1860, le Territoire de Belfort en 1922. Suivent
l’attribution du statut de département à quatre territoires d’outre-mer en 1946
(Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion), la création de 6
départements dans l’Île-de-France par une loi de 1964, la création d’un second
département en Corse par une loi de 1975 et l’attribution du statut de
département en 2011 à Mayotte. La France compte donc, depuis 2011, 101
départements. Et l’évolution décidée par référendum du 10 janvier 2010 du
statut institutionnel de la Martinique et de la Guyane, soit « la création d’une
collectivité unique exerçant les compétences dévolues au département et à la
région, tout en demeurant régie par l’article 73 de la Constitution », ne change
pas la logique de la réflexion sur l’échelle territoriale du diagnostic de ces
territoires, même si elle aura des conséquences sur l’analyse de la
gouvernance. Quant aux limites départementales, leur pérennité s’est révélée
très forte. Les seuls changements significatifs ont été la conséquence des
guerres en Lorraine et des créations en Île-de-France. Leurs autres ajustements
ont été peu nombreux, comme les communes de La Brigue et de Tende qui
ont voté leur rattachement à la France, et donc aux Alpes-Maritimes, en 1947,
ou le transfert de quelques communes du nord-ouest de l’Isère au département
du Rhône. L’enracinement historique de la quasi-totalité des départements
donne à leur périmètre une cohérence justifiant cette échelle de diagnostic.
Ce dernier peut également porter sur un périmètre administratif plus étendu,
régional ou plurirégional. Le périmètre des régions, qui correspond au
découpage issu du processus de régionalisation [DUMONT, 2004] couvre une
géographie pluridépartementale. Mais le territoire étudié pourrait être
plurirégional, notamment en cas d’existence d’une entente interrégionale,
établissement public prévu par la loi de 1992 qui associe deux, trois ou quatre
régions limitrophes. Toutefois, ce type d’entente, qui avait été notamment
imaginé pour les régions Basse-Normandie et Haute-Normandie, n’a pas
encore été scellé.
Tableau 3 Échelle géographique du diagnostic selon les territoires
administratifs
Étendue administrative
Dénomination administrative du territoire
du territoire
1 Infracommunale Section de commune (annexe de la commune)
2 Secteur de commune
3 Zone franche urbaine ZFU
4 Zone de rénovation urbaine ZRU
5 Zone urbaine sensible ZUS
6 Arrondissement communal (PLM)
7 Commune associée
8 Commune associée améliorée
9 Unicommunale Commune
10 Pluricommunale Syndicat de communes
11 Syndicat d’agglomération nouvelle
12 Communauté de communes
13 Communauté d’agglomération
14 Pays
15 Communauté urbaine
16 Pôle métropolitain
17 Métropole (ECPI)
18 Infradépartementale Arrondissement administratif
19 Départementale Département
20 Régionale Région
21 Plurirégionale Entente interrégionale
22 À fondements multiples Syndicat mixte (fermé) de collectivités territoriales
Syndicat mixte (ouvert) de collectivités territoriales et
23
d’autres établissements publics
Source : © Population & Avenir, 2012
Outre les périmètres administratifs que sont les collectivités territoriales ou
les EPCI, l’échelle du diagnostic territorial peut choisir des périmètres de
coopération locale s’inscrivant dans d’autres choix administratifs, à
fondements multiples, comme les syndicats mixtes, établissements publics
autorisés par l’autorité préfectorale. Ces derniers peuvent présenter deux
formes.
Dans le cas de la première, celle d’un syndicat mixte fermé qui regroupe
exclusivement des collectivités territoriales de différents niveaux, comme le
syndicat mixte Baie de Somme, celui du Cotentin, celui de la montagne
ardéchoise, ou le syndicat mixte d’aménagement et d’équipement du Mont-
Ventoux, l’échelle géographique est, logiquement, celle du périmètre couvert
par ce syndicat mixte.
La seconde forme de syndicat mixte, dite ouverte, regroupe, pour un projet
ou une gestion commune, une ou plusieurs collectivités territoriales avec
d’autres organismes comme des chambres de métiers, de commerce et
d’industrie, d’agriculture ou d’autres établissements publics. S’il s’agit par
exemple d’un syndicat mixte de transport, le périmètre du territoire à
diagnostiquer est celui sur lequel s’exercent ses compétences en matière de
transport urbain.
Outre les trois types d’échelle précédemment analysés, le diagnostic
territorial peut également s’appuyer sur un périmètre qui relève d’une
définition fondée sur des critères quantitatifs choisis pour caractériser les
territoires : on parle alors de périmètre d’étude.
L’échelle territoriale conforme à un périmètre d’étude
En France, ces périmètres d’étude sont des échelles géographiques, définies
essentiellement par l’Insee, considérées comme utiles pour examiner les
territoires français. Leur étendue va du plus petit, à une échelle
infracommunale, au plus large, à une échelle suprarégionale.
Le périmètre d’étude le plus étroit s’intitule IRIS, c’est-à-dire « Îlots
regroupés pour l’information statistique », car il fait suite à un découpage
antérieur, utilisé à la fin du XXe siècle, dénommé îlot. Les îlots étaient définis
par l’Insee en concertation avec les communes, selon un découpage utilisé
jusqu’au recensement de 1999 ; on appelait, par exemple, « îlots 90 » les îlots
définis par l’Insee pour le recensement de la population de 1990. En zone
bâtie dense, l’îlot représentait le plus souvent un pâté de maison,
éventuellement scindé en cas de limite communale ou cantonale traversant le
pâté de maison. En zone « périphérique », l’îlot était un ensemble limité par
des voies (ou autres limites visibles) découpant cette zone en plusieurs
morceaux. Mais certains îlots pouvaient être vides d’habitants (par exemple
une gare).
En vue de la diffusion du recensement de la population de 1999, l’Insee a
abandonné la notion précédente d’îlot et décidé un nouveau découpage
infracommunal en mailles, de taille autant que possible homogène, appelées
IRIS2000, le chiffre faisant référence à l’objectif visé de 2 000 habitants par
maille élémentaire.
L’IRIS doit respecter des critères géographiques et démographiques et
avoir, autant que possible, un périmètre identifiable sans ambiguïté et stable
dans le temps. La France compte environ 16 100 IRIS, appellation qui se
substitue désormais à IRIS2000, dont 650 dans les DOM. Les communes d’au
moins 10 000 habitants et une forte proportion des communes de 5 000 à 10
000 habitants sont découpées en IRIS. Le territoire des communes non
découpées en IRIS est considéré dans la totalité de son périmètre comme un
IRIS. Il existe trois types d’IRIS. Le premier, l’IRIS d’habitat, compte
généralement entre 1 800 et 5 000 habitants. Comme son nom l’indique, il
couvre un territoire homogène quant au type d’habitat, avec un périmètre
délimité par une claire coupure morphologique du tissu urbain (voies
principales, voies ferrées, cours d’eau…). Deuxième type, l’IRIS d’activité se
définit par un double critère : plus de 1 000 salariés et au moins deux fois plus
d’emplois salariés que de population résidente. Enfin, troisième type, un IRIS
dit « divers » est un territoire assez étendu clairement spécifié (parcs de
loisirs, zones portuaires, forêts…) et à faible peuplement. Au 1er janvier 2008,
92 % des IRIS étaient des IRIS d’habitat et 5 % des IRIS d’activité. Depuis le
premier découpage fondé sur le recensement de la population de 1999, les
caractéristiques démographiques de certains IRIS ont pu évoluer sans que leur
type n’ait été modifié. Aussi, en 2008, une retouche très partielle du
découpage est intervenue lorsqu’ont été constatées des évolutions importantes
de la voierie et du peuplement. Toutefois, cette retouche a été limitée à une
centaine d’IRIS afin de préserver la continuité des données. En outre, le
découpage en IRIS peut être affecté par les modifications de la géographie
communale (fusions de communes, créations ou rétablissements de
communes, échanges de parcelles). Aussi est-il utile de spécifier son année de
référence en notant par exemple : IRIS-délimitation 1999 ou IRIS-délimitation
2008. Pour la composante analyse quantitative du diagnostic territorial, l’IRIS
constitue donc l’échelle de base en matière de diffusion de données
infracommunales, si l’on exclut, depuis 2011, la publication de données
carroyées, c’est-à-dire des estimations de population sur des carreaux de 200
mètres sur 200 mètres.
Tableau 4 Échelle géographique du diagnostic territorial selon les
périmètres d’étude
périmètres d’étude
Critère utilisé Étendue Type de territoire d’étude
Critère Infracommunale
1 Quartier IRIS ou IRIS couvrant une commune
géodémographique ou communale
Critère
2 morphologique Communale Commune rurale sans zone bâtie
Commune rurale avec une zone bâtie comptant
3
moins de 2 000 habitants
4 Ville isolée (unité urbaine unicommunale)
5 Pluricommunale Unité urbaine pluricommunale
Critère spatio- Uni- ou « Commune isolée hors influence des pôles »
6
économique pluricommunale (terminologie Insee instaurée en 2011)
Commune ou unité urbaine multipolarisée par
au moins deux aires hors de l’espace des grandes
7
aires urbaines (« autres communes multipolarisées
»)
« Commune multipolarisée des grandes aires
8
urbaines »
Pluricommunale Petit pôle urbain (unité urbaine de 1 500 à
9 moins de 5 000 emplois ou plus – 2010, intitulé
(en général) pôle rural au recensement de 1999)
Moyen pôle urbain (unité urbaine de 5 000 à 10
10
000 emplois ou plus – 2010)
Grand pôle urbain (unité urbaine de plus de 10
11
000 emplois)
Petite aire urbaine (petit pôle urbain et son
12
pourtour spatio-économique)
13 Moyenne aire urbaine
14 Grande aire urbaine
15 Zone d’emploi
Critère « grande
16 Plurirégionale Zone d’études et d’aménagement du territoire
région »
Source : © Population & Avenir, 2012
À une échelle généralement supérieure à celle de l’IRIS, un autre périmètre
d’étude a été élaboré, l’unité urbaine. Quels facteurs ont-ils conduit à la
définir ? Pour les communes les plus peuplées, en rester à l’échelle
communale reviendrait à ne pas prendre en compte le fait que l’urbanisation
s’est parfois étendue à partir d’une telle commune jusqu’à engendrer une
continuité de bâti qui masque souvent la frontière administrative entre la
commune la plus dense, désormais appelée commune-centre, et des
communes limitrophes désormais urbanisées. Cela tient au fait que le
processus d’urbanisation, entamé avec l’ère industrielle, s’est souvent
accompagné d’un phénomène de « périurbanisation », caractérisé par une
densification de la population des communes périphériques jusqu’à ce que ces
dernières forment avec la première une agglomération continue.
En réalité, l’unité urbaine se définit d’abord en excluant les territoires qui
n’en relèvent pas. Il convient donc de préciser ces derniers. Dans ce dessein,
une première notion est celle de « zone bâtie » : « ensemble de maisons dont
aucune n’est distante de la plus proche de plus de 200 mètres et qui comprend
au moins 50 personnes. Pour déterminer cette distance, on ne prend pas en
compte les jardins publics, aérodromes, routes, cimetières, constructions
publiques, usines, magasins, commerces, voies ferrées, parcs de
stationnement… ni les cours d’eau traversés par des ponts. ».Ainsi une échelle
de diagnostic peut-elle porter sur un périmètre d’étude équivalent à celui
d’une commune rurale sans zone bâtie, donc sans aucune concentration de
population comptant au moins 50 habitants. Mais la notion de commune rurale
recouvre également d’autres périmètres administratifs, celui de toute
commune, prise isolément ou appartenant à un ensemble de communes, ayant
sur une partie ou la totalité de son territoire une zone bâtie de moins de 2 000
habitants. Il en est de même lorsque les communes ont, dans une zone bâtie
pluricommunale de 2 000 habitants ou plus, moins de la moitié de leur
population.
Au contraire, une commune qui excède cette borne minimale de 2 000
habitants, mais qui est entourée de communes rurales, est une unité urbaine
unicommunale, appelée aussi « ville isolée » selon la terminologie de l’Insee.
Les autres communes ne correspondant pas aux deux critères ci-dessus
appartiennent à une unité urbaine pluricommunale. Celle-ci se définit donc
comme un ensemble de communes comprenant au moins une zone bâtie
s’étendant sur cet ensemble et comptant au moins 2 000 habitants, à condition
que la moitié au moins de la population de chacune des communes concernées
réside en zone bâtie.
Parmi les unités urbaines uni- ou pluricommunales, les années 2000 ont
également conduit l’Insee à ne plus utiliser l’intitulé de pôle rural. Ce dernier
était un territoire composé d’une unité urbaine unicommunale ou
pluricommunale ayant deux caractères. D’une part, elle n’appartenait pas à
l’espace à dominante urbaine, cet espace correspondant à l’ensemble des aires
urbaines, alors définies comme des aires urbaines dont l’unité urbaine, ou pôle
urbain, comptait au moins 5 000 emplois, et des communes multipolarisées.
D’autre part, elle comptait 1 500 emplois au moins et, donc, 4 999 au plus. Au
dernier recensement général de 1999, la France métropolitaine comptait ainsi
525 pôles d’emploi de l’espace à dominante rurale, regroupant 9 736
communes. Comme nous l’avions fait remarquer [Dumont, 2010], les choix
terminologiques interrogeaient puisqu’une « unité urbaine » pouvait aussi être
nommée « pôle rural ». Après les résultats du nouveau recensement de la
première période quinquennale 2004-2008, l’Insee a décidé, en octobre 2011,
un nouveau zonage en aires urbaines accompagné d’un changement de
terminologie en généralisant la dénomination de pôle urbain, qui recouvre le
territoire d’une unité urbaine unicommunale ou pluricommunale. Trois
niveaux de pôle urbain sont distingués : le petit pôle urbain est une unité
urbaine comptant de 1 500 à moins de 5 000 emplois ; le moyen pôle urbain
est une unité urbaine comptant de 5 000 à 10 000 emplois et le grand pôle
urbain est une unité urbaine comptant au moins 10 000 emplois et non située
dans la couronne d’un autre pôle urbain.
Parallèlement, le souci de prendre en compte l’ensemble des territoires unis
par certains liens économiques conduit le diagnostic territorial à pouvoir
choisir un périmètre d’étude intitulé aire urbaine. Ce territoire réunit non
seulement la population dont l’habitat s’inscrit dans un périmètre dense, mais
toute population dont l’emploi en apparaît dépendant, que son domicile soit en
centre-ville ou dans une petite commune qui peut être géographiquement
distante de la ville. Or, l’évolution des transports (motorisation, réseaux
ferroviaires régionaux et même trains à grande vitesse) permet l’allongement
des distances. Il en résulte un raccourcissement de l’espace-temps entre des
territoires de morphologie rurale et les emplois dus à l’existence d’une ville,
tandis que l’essor des télécommunications réduit certains besoins de proximité
et de quotidienneté dans les déplacements domicile-travail. Après la
périurbanisation, qui se caractérise par une urbanisation sans discontinuité à
partir de la commune-centre, se déploie une périurbanisation d’agglomération
: ce processus conduit au peuplement d’espaces de morphologie rurale pour
l’essentiel, situés au-delà des unités urbaines et qu’une proportion importante
de la population active occupée quitte régulièrement pour assumer ses
activités professionnelles. Cette périurbanisation d’agglomération se coule
dans un environnement géographique différent de celui de la périurbanisation,
justifiant le néologisme que j’ai proposé dès les années 1990 [Dumont, 1996]
de « para-urbanisation », le préfixe « para » signifiant en grec « à côté de »,
néologisme introduit depuis dans plusieurs dictionnaires de géographie.
Le développement de la para-urbanisation s’explique notamment par des
raisons foncières et immobilières (coût moins élevé que dans les territoires
plus centraux et, donc, possibilité d’avoir un terrain plus vaste), par l’attirance
pour des zones peu denses où il est possible d’avoir une maison d’habitation
avec un jardin, ou par le souci de s’éloigner de certains territoires urbains à
connotation négative.
Tous ces éléments concourent à la naissance de la notion d’aire urbaine.
Elle repose d’abord sur l’existence d’un « pôle urbain », se définissant depuis
le nouveau zonage en aires urbaines de 2010, comme une unité urbaine, donc
une agglomération morphologique offrant 1 500 emplois ou plus. Puis l’aire
urbaine additionne aux communes en continuité morphologique (donc une
unité urbaine) disposant ensemble d’un nombre d’emplois minimal (donc un
pôle urbain), d’autres communes en interrelation économique avec les
premières. Elle s’étend alors sur l’ensemble des communes que ce pôle
domine économiquement. L’aire urbaine se définit donc comme un ensemble
de communes, d’un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle urbain,
et par les communes ou unités urbaines périphériques dont au moins 40 % de
la population résidante ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans les
communes polarisées par celui-ci.
La notion d’aire urbaine conduit à distinguer un autre type de territoire,
intitulé « communes multipolarisées » : il s’agit de communes ou d’unités
urbaines situées hors des aires urbaines, dont au moins 40 % de la population
résidante ayant un emploi travaille dans plusieurs aires urbaines, sans
atteindre ce seuil avec une seule d’entre elles. Toutefois, l’Insee distingue les
communes multipolarisées des grandes aires urbaines (aires urbaines ayant,
rappelons-le, un pôle urbain d’au moins 10 000 emplois) des « autres
communes multipolarisées », celles attirées par au moins deux aires hors de
l’espace des grandes aires urbaines.
Le zonage en aire urbaine ne couvrant qu’une partie du territoire, un autre
périmètre d’étude, pouvant aussi être choisi comme échelle d’un diagnostic
territorial, a été établi, la zone d’emploi qui, comme son nom l’indique,
considère que la prise en compte de l’emploi doit être un critère déterminant.
Cette notion apparaît en France en 1966, avec un découpage réalisé par le
ministère du Travail en 265 zones d’emploi. Ces dernières sont définies
comme des espaces géographiques à l’intérieur desquels « les habitants
trouvent normalement un emploi et dans lesquelles les établissements trouvent
la main-d’œuvre nécessaire en qualité et en quantité pour occuper les emplois
qu’ils procurent ». La zone d’emploi correspond au marché de l’emploi dans
lequel les personnes peuvent se mouvoir sans modifier complètement leurs
habitudes de vie et notamment leur lieu d’habitat. Donc, à l’intérieur de ce
bassin, un changement d’emploi ne rend pas impératif un déménagement.
Pour définir des zones d’emploi dont l’objet consiste spécifiquement à
appréhender la géographie des bassins d’emploi, le principal critère considéré
prend en compte les échanges. En octobre 1982, une nouvelle circulaire
définit les modalités d’une nouvelle partition de l’espace régional, réalisée par
les directions régionales de l’emploi et les directions régionales de l’Insee
selon les règles suivantes :
être axée sur des critères objectifs d’homogénéité économique et de
solidarité entre les activités locales. À cet égard, l’étude des migrations
alternantes est une information à considérer ;
classer une commune toute entière dans une seule zone, sans la
découper ni la comprendre plusieurs fois dans des zones différentes ;
placer chaque zone toute entière dans une région unique ;
déterminer des zones de taille suffisante pour que l’établissement de
statistiques y ait un sens.
Pour l’ensemble de la métropole, le nombre de zones doit être de l’ordre de
400. Une zone doit comprendre au moins une population active d’environ 40
000 personnes mais peut, dans le cas de grandes agglomérations, en comporter
beaucoup plus » [Insee, 2000].
Le nouveau découpage de la France métropolitaine issu de cette circulaire
conduit à distinguer 365 zones. La zone d’emploi est donc un espace
géographique dont les interactions systémiques permettent de le distinguer de
ses espaces géographiques voisins. Puis, à la suite de l’observation des flux de
déplacement domicile-travail des actifs lors du recensement de 2006, un
nouveau découpage des zones d’emploi a été effectué en 2010.
Enfin, le diagnostic territorial peut se porter sur un périmètre d’étude
nettement plus large, plurirégional, lorsqu’il s’applique à l’échelle des zones
d’études et d’aménagement du territoire (ZEA). En effet, en 1967, l’Insee, en
relation avec le Commissariat général au plan et la Datar (Délégation à
l’aménagement du territoire et à l’action régionale), a créé un découpage du
territoire de la France métropolitaine en huit ZEAT, soit la région parisienne
(Île-de-France), le bassin Parisien (régions Bourgogne, Centre, Champagne-
Ardenne, Basse et Haute-Normandie et Picardie), le Nord (région Nord-Pas-
de-Calais), l’Est (régions Alsace, Franche-Comté et Lorraine), l’Ouest
(régions Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes), le Sud-Ouest
(régions Aquitaine, Limousin et Midi-Pyrénées), le Centre-Est (régions
Auvergne et Rhône-Alpes) et Méditerranée (régions Languedoc-Roussillon,
Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse). Ce niveau territorial est encore parfois
utilisé, même s’il s’est trouvé amendé lors des travaux des Missions
interministérielles et interrégionales d’aménagement du territoire (MIIAT) de
la fin des années 1990 et du début des années 2000 (Aménager la France de
2020, 2002). Toutefois, à l’échelle européenne, le découpage en ZEAT
correspond au niveau 1 de la nomenclature des unités territoriales statistiques
(NUTS 1).
Ainsi le diagnostic territorial peut porter sur quatre types de territoires :
celui de la perception spatiale (9 territoires), de la place dans la hiérarchie
territoriale (13), des périmètres administratifs (23) ou des périmètres d’étude
(16), l’ensemble différenciant 61 catégories de territoire, même si certains
peuvent avoir le même périmètre. Il n’y a pas de critère absolu imposant une
échelle idéale qui se justifierait tout particulièrement. Toutefois, l’analyse
conduit à deux enseignements.
D’abord, il faut confirmer que les deux premiers types peuvent engendrer
des difficultés dans l’analyse quantitative, dans la mesure où il peut être
difficile de mobiliser des données disponibles si ces échelles ne recouvrent
pas en même temps un périmètre administratif ou un périmètre d’étude,
sachant que les statistiques publiques appliquent les découpages de ces
derniers.
Ensuite, le diagnostic suppose une particulière attention dans la recherche
des données sérielles, notamment pour ces périmètres administratifs que sont
les intercommunalités. En effet, tandis que le périmètre des communes et des
départements n’a guère connu et ne connaît guère de modifications, celui des
intercommunalités s’est trouvé fréquemment modifié soit sous l’effet de
législations, de décisions de l’État ou des élus. Ainsi, dans le cas où le
périmètre d’une intercommunalité a évolué avant de se stabiliser, la
connaissance de son histoire géographique est nécessaire pour effectuer le
diagnostic de territoire, car elle renforce la compréhension de certaines
caractéristiques de la gouvernance actuelle.
Quant aux périmètres d’étude, comme un quartier IRIS, une unité urbaine,
une aire urbaine ou une zone d’emploi, leur géographie se trouve modifiée à
chaque recensement en raison des conséquences des recompositions
territoriales ou des changements opérés dans leurs intitulés, voire leurs
définitions. Par exemple, une petite aire urbaine selon un recensement peut
devenir au suivant une « commune isolée hors influence des pôles » si son
nombre d’emplois tombe en dessous de 1 500. Une aire urbaine moyenne peut
évoluer en grande aire urbaine lorsque son nombre d’emplois atteint le chiffre
de 10 000. À l’inverse, une grande aire urbaine peut perdre ce qualificatif si
son nombre d’emplois tombe en dessous de 10 000. Dans tous les cas, le
territoire des périmètres peut se trouver modifié en fonction de l’évolution de
la continuité du bâti, des changements géographiques dans la domination
économique d’un pôle urbain ou de l’évolution des déplacements domicile-
travail. Autrement dit, le nombre de communes des unités urbaines, des aires
urbaines, comme des zones d’emplois évolue au fil du temps, élément qu’il
faut prendre en compte lors d’un diagnostic choisissant comme échelle l’un de
ces périmètres d’étude.
En conséquence, l’échelle géographique à retenir pour réaliser un
diagnostic territorial peut être très variable. Il n’y a pas d’échelle
incontestablement pertinente, qui devrait être privilégiée, mais de nombreuses
possibilités. Le choix à effectuer est donc volontaire. Mais, une fois décidé, le
choix effectué doit prendre en compte les spécificités de l’échelle retenue et
adapter en conséquence la mise en œuvre du diagnostic territorial.
La question du choix de l’échelle éclairée, il est possible d’entrer dans la
déclinaison des composantes de la méthode du diagnostic territorial, à
commencer par l’analyse du territoire in situ.
Chapitre 3
L’analyse du territoire in situ
L’ANALYSE in situ, C’EST-À-DIRE SUR LE TERRITOIRE MÊME, est notamment
éclairée par des éléments de connaissance issus des sources bibliographiques.
Mais elle s’appuie largement, bien entendu, sur des enquêtes géographiques
de terrain. L’analyse des facteurs sur lesquels elle porte, comme les facilités
foncières du site ou la nature du tissu économique, ne peut être suffisante à
l’examen de données chiffrées. Par exemple, comme tout territoire a une
identité géographique qui lui est propre, ses caractéristiques foncières ne
peuvent se résumer par un indicateur quantitatif qui permettrait des
comparaisons aisées avec d’autres territoires. L’analyse qualitative,
permettant de rassembler, d’approfondir et d’articuler les éléments de
connaissance du territoire, doit alors être privilégiée, en portant par exemple
sur les cinq thèmes suivants à examiner successivement : la situation
géographique, les caractéristiques foncières du site, celle du tissu économique,
la dimension touristique et la taille du bassin de vie.
La situation géographique
Le premier thème, que nous appelons la situation géographique, consiste à
examiner cette dernière sous deux angles. D’une part, il convient de
considérer le positionnement géographique du territoire par rapport aux
principales régions de peuplement et d’activités aux échelles régionale,
transfrontalière, voire internationale. Est-il proche ou éloigné de ces
différentes régions ? D’autre part, l’analyse de sa desserte est impérative, ce
qui appelle une étude des différents modes de transport, routier, maritime,
ferroviaire ou aéroportuaire, en distinguant les dessertes locale, régionale,
nationale ou transnationale. Concernant le mode routier de la desserte locale,
il importe d’examiner si elle écarte le trafic de transit grâce à des voies
routières ou autoroutières qui détournent un trafic à l’intérêt économique
maigre, voire nul, mais polluant ou s’il manque des sections routières pour
permettre la déviation totale du trafic de transit.
L’espace-temps de la desserte routière du territoire avec des métropoles
régionales ou des pays limitrophes, comme Genève pour des territoires
rhônalpins ou francs-comtois, Turin et Gênes pour des territoires rhônalpins,
provençaux et azuréens, Barcelone pour des territoires méridionaux, Bilbao
pour des territoires du Sud-Ouest, Londres et Bruxelles pour des territoires
septentrionaux, Luxembourg et Sarrebruck pour des territoires lorrains, est un
élément important du diagnostic. En outre, dans un pays macrocéphale comme
la France, l’espace-temps des liaisons avec Paris peut devoir être précisé. Il
convient également d’examiner la desserte par cars réguliers, tout
particulièrement lorsqu’il n’existe pas de desserte ferroviaire.
Lorsqu’un territoire se trouve traversé par des rivières ou des fleuves, deux
questions se posent. D’une part : ce cours d’eau est-il navigable ? D’autre part
: quel est le bilan des ponts le traversant ? Ces derniers peuvent à la fois
exercer un rôle avantageux pour le territoire en le constituant comme nœud de
communication ou, au contraire, lui faire perdre de l’attractivité lorsqu’un
pont unique crée un goulot d’étranglement. Concernant la desserte routière
avec d’autres territoires, l’existence ou non d’un ou de plusieurs échangeurs
avec des voies autoroutières doit être précisée en indiquant s’il est ou s’ils
sont simples ou doubles. Il importe également de savoir si la (ou les) liaison(s)
autoroutière(s) avec d’autres territoires s’effectue(nt) avec ou sans passage à
une ou plusieurs barrières de péage, ce qui, dans le second cas, peut être un
gain en espace-temps.
Pour la desserte ferroviaire éventuelle, la nature du réseau – TGV, classique
ou régional – est importante, sachant que ces réseaux ne comportent pas les
mêmes caractéristiques en temps de transport. Comme pour le réseau routier,
la connaissance de la qualité des liaisons avec de grandes métropoles ou la
capitale est importante. Il convient de préciser si les liaisons ferroviaires avec
une ou des capitales de régions sont directes ou si elles imposent des ruptures
de charge, donc la prise de correspondances. Mais l’examen de la localisation
de la (ou des) gare(s) est également nécessaire. Ainsi l’effet d’une gare TGV
peut-il être différent selon qu’elle se trouve en centre-ville, comme à Arras, à
Lyon, avec la Part-Dieu et Perrache, ou à Marseille (Saint-Charles), ou
limitrophe du centre-ville, comme Lille-Europe ou Strasbourg ? La gare TGV
peut aussi être aux franges de l’agglomération, comme à Reims, ou en dehors
de toute agglomération, comme la gare picarde par rapport à Amiens ou Saint-
Quentin. Dans ce cas, ou si la gare n’offre qu’un nombre réduit de liaisons,
l’espace-temps avec une gare relativement lointaine bénéficiant de
nombreuses liaisons ferroviaires, c’est-à-dire le temps nécessaire pour
parcourir l’espace géographique avec cette gare, doit être examiné.
L’analyse de la desserte aérienne du territoire porte sur l’existence ou non
d’un aéroport local, national ou international, et sur les liaisons aériennes
régulièrement desservies, sans négliger le nombre et le type de compagnies
aériennes (classique, charter, à tarifs réduits) qui peuvent se traduire par un
éventail plus ou moins large de choix de destinations comme de coûts.
L’étude de la desserte aérienne implique aussi celle des modes de
déplacements de l’aéroport au centre du territoire : route, autoroute, navette
par bus (dont le coût peut être très variable à l’exemple de celui, fort bas, de
l’aéroport de Bruxelles), voie ferrée directe, avec ou sans arrêt, avec ou sans
rupture de charge, ou tramway comme à Lyon, depuis 2010, entre l’aéroport
Saint-Exupéry et la gare de la Part-Dieu. Dans le cas, le plus fréquent,
d’absence d’aéroport international d’envergure sur le territoire, la mesure de
l’espace-temps avec un tel aéroport doit être considérée.
Pour les villes portuaires, il importe d’examiner le transport maritime de
personnes comme de marchandises ainsi que les dessertes entre la ou les gares
maritimes et les autres lieux du territoire (centre-ville, zones d’activités,
gare…).
L’exemple de Lyon, ci-dessus, où se rencontrent à la gare de la Part-Dieu
plusieurs types de desserte invite à examiner l’existence de pôles
multimodaux, le rôle de tels pôles étant de favoriser les connexions entre les
différents types de transport possibles : trains nationaux (TGV ou autres),
trains régionaux (TER), bus urbains ou interurbains, tramway, véhicules
particuliers supposant des parkings suffisants, taxis, motos, bicycles, piétons.
Il faut aussi examiner si la desserte routière locale peut se trouver mise en
difficulté par le climat du territoire, par exemple dans des régions
montagneuses où le risque de routes coupées par d’intenses chutes de neige en
hiver est possible. En outre, pour des territoires proches de pays étrangers,
l’étude des liaisons avec les réseaux de communication des pays limitrophes
est nécessaire.
Il faut noter que l’inscription d’un territoire dans les réseaux de transport
n’est pas immuable : elle peut évoluer positivement ou négativement.
Positivement lorsqu’un territoire non relié à une autoroute se retrouve sur un
axe important, comme le Quercy depuis l’ouverture de l’A20 ou le Millavois
depuis l’ouverture de l’A75. La desserte aérienne d’un territoire peut aussi se
trouver transformée sous l’effet de nouveaux choix organisationnels, comme
dans le cas de territoires dont l’aéroport s’est organisé en hub ou a multiplié le
nombre de liaisons et de passagers desservis avec l’arrivée des compagnies à
tarifs réduits, ou de nouveaux équipements.
L’évolution de la situation géographique du territoire tient aussi à sa
desserte par les techniques de l’information et de la communication (TIC),
difficile à intégrer à l’analyse compte tenu de la rapidité des progrès
techniques et de leur diffusion. Toutefois, et dans une certaine mesure, ce
manque n’est pas dommageable puisque l’on peut considérer que l’accès aux
TIC des territoires est relativement corrélé avec celui des communications
matérielles. Pourtant, à la suite d’une stratégie volontariste, certains territoires
enclavés peuvent se trouver en meilleure situation par rapport aux réseaux
numériques.
Enfin, l’enclavement relatif d’un territoire peut être expliqué ou accentué
par ses spécificités géographiques, comme une vallée encaissée, des
difficultés à trouver à proximité une assise foncière permettant l’installation
d’une piste aéroportuaire assez longue… Cela livre une des raisons justifiant
de s’intéresser à un deuxième thème du diagnostic territorial in situ : les
caractéristiques foncières du site.
Les caractéristiques foncières du site
Il s’agit par exemple de répondre aux questions suivantes : le territoire
s’inscrit-il dans un paysage de plaines, de plateaux, de vallons de basse
montagne, de haute montagne ? Est-il ou non maritime ? L’analyse des
caractéristiques foncières territoriales conduit donc à examiner le caractère
large ou étroit des espaces-plans, l’existence de collines, donc avec des
dénivelés peu importants, ou l’existence d’un relief assez accidenté, voire de
moyennes ou hautes montagnes, avec d’importants dénivelés. Elle conduit à
se demander s’il existe des monts ou des forêts qui imposent des contraintes
aux aménagements en termes d’infrastructures, de logements ou d’activités.
Du point de vue des possibilités foncières, un territoire de plaines peut
sembler favorisé. D’une part, sa desserte locale apparaît facilitée et son accès
devrait être plus aisé. D’autre part, il peut disposer de possibilités foncières
commodes pour la construction de nouveaux logements, de nouveaux
quartiers, pour étendre ou créer de nouvelles zones d’activité, ou encore pour
réaliser de nouveaux équipements ou de nouvelles infrastructures. Il peut donc
s’étendre sans engager de coûts d’aménagement élevés ou offrir du foncier à
des activités consommatrices d’espace. Dans le cas où le territoire se trouve
déjà largement occupé par des logements ou des activités, les possibilités de
restructuration urbaine se trouvent facilitées par l’absence de relief. Toutefois,
souvent, une partie d’un territoire de plaine ou la partie la plus basse d’une
vallée peut devoir respecter des contraintes liées à la prévention des
inondations. Dans ce cas, le plan de prévention des risques d’inondation
(PPRI) impose d’importantes contraintes foncières sur une partie d’un
territoire.
Inversement, un territoire situé dans une vallée très encaissée ou dans un
secteur montagneux apparaît moins favorisé : tout aménagement y engendre
généralement des coûts relativement élevés, et ce territoire peut ne pas
pouvoir satisfaire aux besoins de certaines activités économiques, de
logistique par exemple, ou attirer difficilement certaines entreprises dont
l’activité appelle un foncier étendu. Par exemple, les transports locaux
peuvent être compliqués lorsque des logements dans une vallée s’opposent à
la localisation de nombre d’emplois sur des plateaux où se situent les zones
d’activité. En transport individuel comme collectif, les aménagements
nécessaires aux déplacements domicile-travail ont inévitablement un coût.
Comme les caractéristiques foncières d’un territoire évoluent peu dans le
temps, elles s’avèrent de nature structurelle. Leur situation juridique est
cependant susceptible d’évoluer selon les décisions prises, par exemple dans
le cadre des plans locaux d’urbanisme. En outre, il faut examiner s’il n’y a pas
des espaces de plaines, de collines ou de forêts protégés, rendant
juridiquement une partie du territoire non constructible ou selon des règles
très strictes, ou un parc naturel, régional ou national, imposant bien
évidemment des contraintes urbanistiques.
Après l’analyse du caractère plus ou moins contraignant des
caractéristiques foncières, il importe d’examiner le tissu économique.
Les caractéristiques du tissu économique
Ce dernier se lit sur le territoire à l’examen de la géographie des activités,
de celle des zones d’activité comme des zones commerciales. La localisation
de celles-ci, la qualité de leur aménagement, de leur signalétique, leur
caractère avenant ou non, témoignent aussi de leur gouvernance. L’existence
d’éventuelles friches industrielles doit être repérée. Le paysage permet aussi
de déceler d’éventuelles reconversions réussies ou les difficultés éprouvées à
trouver une utilisation optimale d’anciennes zones d’activité.
L’analyse territoriale in situ doit évidemment être reliée à des données
quantitatives et des références livresques, portant sur la nature de ce tissu, sur
le caractère endogène ou exogène des activités à travers le niveau et le type de
diversification, sur le lien capitalistique des entreprises.
En particulier, la connaissance de l’histoire du tissu économique peut être
utile pour comprendre la situation présente ou pour déceler ce qui, dans
l’héritage économique, peut expliquer certains atouts ou handicaps actuels. Il
importe par exemple de se demander si le territoire hérite d’une certaine
capacité entrepreneuriale, donc endogène, ce qui peut inviter à la poursuivre
ou à la faire renaître.
Le diagnostic nécessite, bien entendu, d’analyser l’éventail des secteurs
primaire et secondaire du territoire : agriculture, industries mécanique,
métallurgique, pharmaceutique, chimique, pétrolière, agroalimentaire, textile,
environnementale, électronique, ferroviaire, logistique, bâtiments et travaux
publics, pêche, production et distribution d’électricité, de gaz et d’eau,
commerce de gros… Cette analyse doit permettre de préciser si le territoire est
en situation de mono-activité ou, au contraire, économiquement diversifié.
Dans le premier cas, la mono-activité peut engendrer des réflexes de rente ou
présenter un risque en cas de basse conjoncture ou de crise dans l’activité en
question. Quant à la diversification, elle doit être examinée de façon fine. Si
son éventail est très large, il est malaisé de définir l’identité économique du
territoire. Au contraire, si cette diversification porte sur quelques secteurs
principaux, la nature économique du territoire peut être aisément précisée.
Quant au secteur tertiaire, l’importance relative des secteurs marchand
(banques, assurance, conseils, intérim, commerces) et non marchand doit être
prise en considération car ces deux types s’inscrivent dans des dynamiques en
partie différentes. Le premier tient à des initiatives privées mais aussi à la
qualité de l’environnement économique, qui dépend notamment de la
gouvernance territoriale. Le second relève d’acteurs différents puisque, par
exemple, l’importance de l’administration publique sur le territoire tient à des
décisions des collectivités territoriales et aux choix d’implantation effectués
par les différents ministères (Éducation, Intérieur, Défense, Justice, Impôts,
Emploi, etc.) de l’État. Toutefois, la localisation de plusieurs équipements
relevant de l’initiative de l’État, de la région ou du département dépend pour
une grande part de l’intercommunalité ou de la commune qui doit souvent
fournir le terrain. L’analyse du secteur tertiaire porte aussi sur les activités
hospitalières ou sanitaires comme sur l’action sociale, sans omettre les
activités générales de sécurité sociale, y compris la gestion des retraites
complémentaires.
La connaissance de la répartition par secteur et de sa géographie doit se
doubler d’une analyse prenant en considération la taille des entreprises et leur
importance relative pour le territoire, tout particulièrement en termes
d’emplois directs, ce qui n’exclut pas d’estimer les emplois induits dont
l’importance tient à deux éléments. Le premier dépend des stratégies
d’externalisation et de sous-traitance des entreprises qui, selon les cas,
peuvent expliquer la présence d’emplois dans des entreprises assumant des
fonctions externalisées ou sous-traitantes localisées sur le même territoire. Le
second dépend de la répartition professionnelle des emplois de l’entreprise
considérée. Une entreprise dont la proportion de cadres parmi les salariés est
élevée engendre normalement pour le territoire davantage d’emplois induits
(dans le commerce, les services culturels, la restauration, les services à la
population…) que celle dont la proportion d’employés ou d’ouvriers est
élevée.
Un autre questionnement porte sur la répartition par taille des entreprises.
Certains territoires présentent une mixité dans la taille des entreprises, avec
des grandes, des moyennes et des petites. D’autres territoires peuvent se
caractériser par l’existence exclusive de petites entreprises. D’autres encore
peuvent ne guère disposer d’entreprises moyennes et avoir un tissu
économique sur deux pieds fort différents, celui de grandes entreprises et de
petites entreprises. Or, en termes de diagnostic, le jugement est simple : pour
un territoire, l’existence d’un trépied, soit à la fois des petites, des moyennes
et des grandes entreprises, est, ceteris paribus, la position la meilleure car la
plus équilibrée.
Le lien capitalistique des entreprises du territoire est également un élément
important. En effet, la stratégie concernant des établissements du territoire
dépendant de groupes internationaux se trouve essentiellement définie en
dehors du territoire, ce qui n’est pas le cas pour des entreprises dont le siège
social est situé dans le territoire.
Enfin, la nature de l’activité productive doit être appréhendée selon trois
types possibles. Dans le premier type, les entreprises du territoire peuvent être
pleinement responsables de leurs choix de production décidés, comme précisé
ci-dessus, sur le territoire ou ailleurs lorsque l’entreprise est dépendante d’une
direction externe. Selon une deuxième possibilité, et à l’opposé, elles agissent
en simples sous-traitants qui obéissent aux commandes d’entreprises
donneuses d’ordre imposant leurs normes, ce qui les rend assez dépendantes
de ces dernières. Ou bien les entreprises peuvent disposer d’une certaine
autonomie dans la mesure où elles sont spécialisées pour assurer les fonctions
externalisées d’autres entreprises, comme le nettoyage, l’informatique, la
logistique, l’immobilier, la conception…
Un quatrième élément de l’analyse in situ, la dimension touristique du
territoire, a été jusqu’ici écarté de l’examen du tissu économique, car il s’agit
d’une activité de nature spécifique, portant sur des clients de passage, avec
une forte composante saisonnière. Il convient désormais de l’examiner.
La dimension touristique du territoire
La dimension touristique s’intéresse à la place du tourisme dans l’économie
du territoire. À sa place réelle, mais aussi potentielle. Elle implique donc
d’examiner l’originalité géographique du site et la qualité de l’architecture, de
l’urbanisme et du patrimoine urbain. La connaissance du potentiel touristique
appelle l’inventaire de ses atouts touristiques, à commencer par ceux de nature
essentiellement géographique : des plages (y compris les plages artificielles
que le touriste croit naturelles), un piton rocheux, un environnement
verdoyant, des conditions climatiques particulières, un enneigement hivernal,
un mont offrant une vue remarquable comme l’aiguille du Midi à Chamonix,
un plan d’eau comme à Annecy, une forêt comme à Compiègne, une vaste
terrasse dominant une plaine ou une vallée, comme à Saint-Germain-en-Laye
dans le département des Yvelines, à Trévoux dans le département de l’Ain ou
à Domme en Périgord noir.
Ensuite se distinguent les atouts de nature historique, qui tiennent parfois de
l’aménagement d’une particularité géographique, comme les vieux villages
perchés de Miramas-le-Vieux dans les Bouches-du-Rhône, de Saint-Julien-le-
Montagnier dans le Var ou d’Èze dans les Alpes-Maritimes. S’y ajoute le
patrimoine religieux : églises, abbayes, chapelles, baptistères, monastères.
Enfin, le patrimoine civil peut tenir à un château ancien, à un quartier
historique (vieilles rues, maisons à colombage, maisons Renaissance, hôtels
particuliers, remparts…), à un hôtel de ville remarquable, à un bâtiment
industriel original, à une gare dont l’architecture est exceptionnelle.
Aux atouts géographiques et historiques s’ajoutent les infrastructures
touristiques créées par des décisions contemporaines, qui se répartissent en
trois types. Le premier tient à des créations ex nihilo, comme un palais des
congrès, un musée moderne, un aquarium, un urbanisme contemporain
original, un port en eau profonde comme à Saint-Quay-Portrieux ou un parc
de loisirs comme celui du Futuroscope dans le département de la Vienne. Le
deuxième consiste à valoriser un héritage naturel, comme une portion du
territoire aménagée en parc de loisirs, à l’exemple du parc d’attractions
Vulcania implanté au cœur des volcans d’Auvergne, un parc naturel, un golf.
Enfin, l’atout touristique peut tenir à la valorisation d’un héritage historique,
comme le château des ducs de Bretagne, à Nantes, transformé en musée
d’histoire, comme un musée d’une industrie locale, d’un inventeur ou d’un
homme illustre natif de la ville, à l’exemple du musée du peintre Gustave
Courbet, à Ornans, dans le département du Doubs.
Enfin, nous devons considérer la mise en scène permanente des points forts
touristiques, par la signalétique touristique existant sur tous les vecteurs de
communication, internes ou externes au territoire, et par son originalité, par un
office du tourisme bien localisé, agencé et accueillant, par la mise en lumière
du patrimoine, par la présentation de plans proposant des circuits touristiques,
par le souci de l’entretien ou d’une bonne réhabilitation du patrimoine, par
une table d’orientation réalisée dans un lieu à vue panoramique. Il importe de
savoir si le territoire dispose d’une reconnaissance touristique spécifique par
l’Unesco (patrimoine mondial), d’une reconnaissance européenne (capitale de
la culture une année donnée), d’un classement national, comme « ville d’art et
d’histoire », ou d’une activité touristique exceptionnelle (jeux sportifs
organisés une année donnée).
La mise en scène touristique tient aussi à des actions temporaires relevant
de l’animation, comme des expositions temporaires, des fêtes locales, un
carnaval renommé, l’accueil d’une manifestation annuelle ou des festivals, à
l’exemple du festival de la bande dessinée à Angoulême.
Pour prendre en compte toute la place du tourisme, il faut aussi préciser que
le tourisme s’entend de tout type de visiteur, qu’il vienne sur un territoire pour
ses loisirs, pour des raisons familiales ou en raison d’activités
professionnelles. Plus précisément, selon la définition de l’Organisation
internationale du tourisme, institution spécialisée des Nations unies dont le
siège est à Madrid, le touriste est un visiteur, c’est-à-dire une personne
présente dans le territoire dont elle n’est pas un résident, quel que soit le motif
de son séjour, et dont le séjour est suffisamment long pour comprendre au
moins une nuitée dans le territoire. Cette définition conduit donc à examiner la
capacité et la qualité de l’offre d’hébergement : hôtels, camping, mobile
home, chambres d’hôtes. Mais l’économie touristique du territoire doit
prendre en compte une définition plus extensive, incluant les personnes de
passage qui n’ont pas de nuitées sur le territoire mais concourent à faire vivre
les restaurants, les commerces, etc.
Le diagnostic touristique conduit à préciser les dominantes dans la nature
du tourisme : professionnel (supposant une offre en matière de congrès),
culturel, balnéaire. Peut aussi exister un tourisme de mémoire lié à la présence
de cimetières militaires, d’un important mémorial des victimes de guerre
dédié à des militaires étrangers, du site d’une bataille ou d’un massacre,
comme Oradour-sur-Glane.
La dimension géographique de l’activité touristique permet de préciser s’il
s’agit d’un tourisme local, national ou international. L’aspect statistique doit
également être pris en compte (nombre de visiteurs à l’office du tourisme,
nombre de nuitées, fréquentation d’un lieu patrimonial…).
Le diagnostic touristique conduit notamment à estimer si le potentiel
touristique existant semble suffisamment ou insuffisamment exploité, si
l’héritage mémoriel d’un homme illustre ou une histoire spécifique n’est pas
délaissé, s’il y a un patrimoine immobilier ou industriel à réhabiliter, s’il
conviendrait de démultiplier la promotion touristique ou de réfléchir à la
création d’autres éléments d’attraction touristique. Enfin, un cinquième
élément de diagnostic territorial in situ est l’étendue de la zone d’influence.
L’étendue de la zone d’influence
La compréhension de l’étendue de la zone d’influence du territoire suppose
de prendre la mesure du bassin de vie du territoire considéré lorsque, cas très
fréquent, l’échelle géographique retenue ne correspond pas exactement au
bassin de vie.
Cette étendue de la zone d’influence tient à la largeur de l’offre d’emploi,
commerciale et de services, proposée par le territoire. Elle peut se mesurer par
l’importance de ses administrations, de ses entreprises, de ses commerces, en
centre-ville ou dans des centres commerciaux périphériques, de ses
équipements hospitaliers, de ses établissements d’enseignement supérieur, de
formations d’apprentis, de ses équipements culturels ou judiciaires. Il importe,
par exemple, de connaître le nombre de lycées et leur type d’options ou de
filières. Ceci peut expliquer un recrutement des élèves limité au territoire ou,
au contraire, plus élargi. L’étendue de la zone d’influence s’apprécie aussi par
la fréquentation automobile, par celle des chemins de fer et des bus qui
desservent le territoire.
Un territoire disposant d’une zone d’influence étendue au-delà de son
périmètre rentabilise ou autorise des activités qui n’existeraient pas si cette
zone était bornée par le territoire étudié, voire inférieure à celui-ci dans la
mesure où nombre d’habitants le quitteraient régulièrement pour leur
consommation, leurs loisirs. Dans ce dernier cas, un territoire à zone
d’influence étroite se trouve limité dans ses équipements et souffre
certainement de la concurrence d’autres territoires. Le diagnostic sur l’étendue
de la zone d’influence requiert également la connaissance de sa géographie ;
cette zone d’influence peut se trouver étendue dans certaines directions et
limitée dans d’autres.
Ainsi, l’examen in situ des cinq caractéristiques ci-dessus, éclairé par
l’analyse quantitative et bibliographique, permet une connaissance fine du
territoire. Toutefois, les caractéristiques d’un territoire dépendent aussi des
femmes et des hommes qui y vivent. D’où l’importance de la réalisation
d’entretiens.
Chapitre 4
Les entretiens
CONDUIRE DES ENTRETIENS FORMELS avec des acteurs impliqués dans la vie du
territoire est essentiel pour parvenir à un bon diagnostic, même s’ils
n’excluent nullement les échanges informels s’effectuant lors de l’analyse in
situ.
Dans l’idéal, les entretiens doivent être individuels. Il est préférable qu’ils
se déroulent sans échange préalable de documents écrits, et notamment des
résultats de l’analyse des données quantitatives car, alors, le risque est grand
que la discussion devienne technique. Or l’objectif de l’entretien est de mieux
comprendre non seulement le territoire, mais aussi le rôle et l’attitude de la
personne dans le territoire, de cerner ce qu’elle pense de son territoire et
d’approfondir la connaissance de la gouvernance.
Il s’agit d’abord de choisir les interlocuteurs puis de préparer des questions.
L’entretien réalisé, il convient de le décrypter en examinant avec un sens
critique son contenu pour que le charisme ou les capacités d’influence dont a
pu faire preuve l’interlocuteur lors de l’entretien ne nuisent pas à l’objectivité
du diagnostic.
Le choix des interlocuteurs
Le choix des entretiens doit se porter sur des personnes impliquées dans la
vie du territoire ; elles peuvent être réparties en cinq catégories principales, à
commencer par les élus. En effet, les élus locaux sont toujours des acteurs
majeurs du territoire, conformément à la logique de la démocratie
représentative, et en raison des compétences qui leur sont dévolues par la
réglementation. Les interroger sur leur rôle et leur action est essentiel pour
connaître et comprendre la gouvernance du territoire. En outre, les élus
s’identifient toujours à un territoire, à celui étudié ou à une partie de celui-ci,
ou encore à un territoire le couvrant partiellement ou en entier. En effet, sauf
en cas de système électoral non fondé sur des circonscriptions, un territoire est
toujours le socle qui assoit leur légitimité. Le rapport qu’ont les élus avec le
territoire devrait donc être normalement plus fort que celui des autres
interlocuteurs non élus. Enfin, il ne faut pas oublier que les élus territoriaux
sont responsables des choix fiscaux des collectivités territoriales et de la
répartition de leurs dépenses sur le territoire, ce qui leur confère une
importance spécifique. Dans tout territoire, une bonne connaissance appelle de
s’entretenir non seulement avec les élus de la majorité, mais aussi avec ceux
de l’opposition. En outre, l’action des élus se concrétise très largement par
l’intermédiaire de leurs collaborateurs qui forment une deuxième catégorie de
personnes avec lesquelles un entretien est souhaitable.
Il importe de considérer une troisième catégorie, les responsables
d’entreprises (entrepreneurs individuels, très petites entreprises, petites ou
moyennes entreprises, grandes entreprises) ou de groupements d’entreprises,
dont le lien avec le territoire peut être plus ou moins fort en fonction des
responsabilités qu’ils assument ou de leur attitude personnelle, attitude qui
n’est pas nécessairement figée, mais qui peut évoluer dans le sens d’une plus
grande ou d’une moindre implication pour le territoire selon les circonstances
ou le choix personnel des individus. S’intéresser aux responsables de
groupements d’entreprises conduit à s’entretenir – quatrième catégorie – avec
ceux qui les aident dans leur fonction, soit les collaborateurs de chambres
consulaires, de groupements d’entreprises ou de syndicats professionnels.
Une cinquième catégorie d’interlocuteurs concerne des personnes qui
n’entrent pas dans les quatre précédentes et ont pourtant un rôle dans le
territoire. Il s’agit par exemple de responsables d’instances consultatives
officielles, comme les comités économiques sociaux et environnementaux
régionaux (CESER), d’un établissement d’enseignement, d’une importante
infrastructure, d’un pôle de compétitivité ou d’une association.
Tableau 5 Type d’interlocuteurs souhaitables des entretiens à conduire
Position dans le territoire Exemple de fonction
Maire
Président de communauté de communes
Conseiller général
Conseiller régional
Président de communauté d’agglomération
Élus Vice-président au développement économique
d’une communauté de communes ou d’une
communauté d’agglomération
Vice-président à la communication, aux NTIC
et à l’aménagement du territoire, responsable du
SCoT d’une intercommunalité
Président de pays
Président de conseil général régional
Député, sénateur
Directeur général des services d’une
intercommunalité
Collaborateur d’élus Chargé des affaires économiques d’une
Cadres territoriaux intercommunalité
Responsable du Service développement
économique d’une intercommunalité
Chef d’entreprise
Directeur de l’établissement local d’une
entreprise dont le siège social est hors du territoire
Responsable des relations institutionnelles
d’une grande entreprise
d’une grande entreprise
Président d’un groupement d’entreprises
Responsables d’entreprises ou de groupements Président d’une Chambre de commerce et
d’entreprises d’industrie (CCI), d’une Chambre des métiers
(CM), d’une Chambre d’agriculture (CA), d’une
Chambre de professions libérales
Président d’une agence de développement
Président d’une union patronale
Président d’un syndicat d’exploitants agricoles
Président d’une association de commerçants
Directeur d’une CCI, CM, CA, Chambre de
professions libérales
Responsable information économique d’une
CCI
Collaborateurs de groupements consulaires ou
Directeur Études et prospective d’une CCI
d’entreprise ou de syndicats professionnels
Directeur du service d’appui aux entreprises
d’une CCI
Responsable Intelligence économique d’une
CCI
Président d’une université ou d’une grande
école
Président d’un CESER
Directeur d’un IUT ou d’un département d’IUT
Directeur d’un IUT ou d’un département d’IUT
Responsable d’une instance consultative Proviseur d’un lycée
officielle, d’un établissement d’enseignement,
d’une importante infrastructure, d’un pôle de
compétitivité, d’une association… Responsable d’un port
Responsable d’un arrondissement de VNF
Directeur d’un hôpital
Directeur d’un pôle de compétitivité
Président d’une association
Source : © Population & Avenir, 2012
La réussite des entretiens appelle, bien entendu, une bonne préparation.
La préparation de l’entretien
Cette préparation doit se fonder sur les analyses et les visites du territoire
permettant de mieux appréhender sa réalité et de faciliter le choix des
questions. Parallèlement, avec les nouveaux outils de communication, le
repérage préalable, via les sites Web concernant le territoire des communes,
des intercommunalités, des entreprises, des chambres consulaires ou des
associations s’avère fructueux. Certes, par exemple, le site Web d’une
intercommunalité n’est qu’une vitrine de sa communication. Mais les priorités
de l’affichage sur le site reflètent les préoccupations de ses élus et l’attention
portée à la mise en valeur de la dynamique de leur territoire. Il n’est pas
indifférent que le site communal ou intercommunal se limite à mettre en avant
l’histoire du territoire, les personnes âgées ou la petite enfance, le patrimoine
naturel et culturel, ou qu’il évoque aussi le tissu économique, le patrimoine
industriel, les perspectives en termes de développement économique,
d’aménagement du territoire ou de développement durable.
Ces sites Web, selon la façon dont ils affichent les responsabilités des
personnes, comme leurs liens avec d’autres institutions, et indiquent les
contacts, donnent des indices sur le fonctionnement de la gouvernance et la
convergence ou non des initiatives locales. Internet apporte également des
informations préalables sur les interlocuteurs, leurs mandats, leurs
responsabilités, leur éventuelle étiquette politique. Toutefois, il ne faut pas
s’arrêter à cette dernière ou à l’appartenance affirmée à une liste d’intérêt
local, tant les combinaisons et les contextes locaux sont variés.
Dans le même temps, il faut obtenir un créneau de rendez-vous, ce qui tient
souvent du parcours du combattant, tout particulièrement auprès des élus. Le
nombre d’échelons intermédiaires entre le demandeur et l’interlocuteur reflète
sans doute l’augmentation des effectifs de la fonction publique territoriale. La
palme semble revenir aux intercommunalités, où les élus sont moins présents
au quotidien que le maire en sa ville. Restent heureusement les services,
souvent efficaces et engagés, dont le personnel réussit des prouesses pour
établir les contacts.
Hormis les cas d’entretiens collectifs qui mettent en évidence des
divergences dans la gouvernance, l’entretien est sans problème. La difficulté
est donc d’obtenir le rendez-vous, non de faire parler l’interlocuteur.
Les types de questions
Trois types de questions peuvent être posés. Le première porte sur les faits,
le deuxième sur les opinions, le troisième sur les intentions. Bien évidemment,
les trois types de questions peuvent et doivent, le plus souvent, être entremêlés
au cours de l’entretien. Ainsi, toute question sur un fait concernant le territoire
peut entraîner deux questions complémentaires, d’une part pour savoir si
l’interlocuteur considère ce fait comme un atout ou comme un handicap et,
d’autre part, sur ce qu’il compte faire pour valoriser cet atout ou surmonter ce
handicap.
À titre d’exemple, certaines questions sont formulées ci-après dans trois
tableaux. Leur libellé est le plus souvent évident ; toutefois, dans quelques
cas, il est accompagné d’un argumentaire pour éclairer tel ou tel
questionnement.
Tableau 6 Type de questions, pour les entretiens, portant sur les faits
Destinataire de la question Exemple de question
Destinataire de la question Exemple de question
Quelles sont vos fonctions sur le territoire ?
Le tissu économique a-t-il une nature de mono-activité ?
Qui pilote le développement économique ?
Le territoire a-t-il connu des restructurations économiques
? Si oui, comment se sont-elles déroulées ?
Les zones d’activités existantes ont-elles des surfaces
disponibles ? Peuvent-elles être étendues ? Sont-elles
maillées ?
Y a-t-il des actions spécifiques pour dynamiser le tissu
économique ? Pour renforcer l’identité du territoire ?
Tous les interlocuteurs
Y a-t-il des actions spécifiques conduites pour attirer des
activités, pour fixer les habitants, pour en attirer, pour viser à
un développement durable ?
Existe-t-il des projets d’installation d’entreprises nouvelles
?
Y a-t-il des zones d’activité en projet ?
Y a-t-il des moyens d’action spécifiques pour dynamiser le
commerce, l’action sociale ou l’emploi féminin ?
Y a-t-il des actions spécifiques pour valoriser le patrimoine
industriel ?
Quel est le rôle du syndicat mixte s’il en existe ?
Comment s’est constitué le périmètre de
l’intercommunalité ?
Où en est réellement la mise en œuvre de
l’intercommunalité ?
La gouvernance de l’intercommunalité est-elle
centralisatrice ou subsidiaire ?
Qui a la maîtrise d’œuvre du SCoT, du PLU et du PLH
(Plan local d’habitat) ?
Plus particulièrement les élus ou Quelles sont les orientations du SCoT ?
leurs collaborateurs
Quelles sont les orientations du PADD (projet
d’aménagement et de développement durable) ?
Quelles sont les orientations du PLH ?
Quelles sont les orientations de l’Agenda 21 local ?
Quels sont les moyens d’action en cas de difficultés
sectorielles ?
Quelles sont les perspectives en termes de logement,
compte tenu de l’évolution démographique ?
Quel est votre rôle exact ?
Plus particulièrement les
responsables d’entreprises, de
groupements d’entreprises, consulaires Quelle est l’importance de votre (vos) entreprise(s) pour le
territoire ?
Source : © Population & Avenir, 2012
Concernant la question sur ce qui est fait pour dynamiser le tissu
économique, il s’agit de savoir si des mesures concrètes sont prises, en
recourant par exemple aux leviers suivants : développement de parcs
d’activités et d’offres immobilières dédiés (immeubles tertiaires, hôtels
d’entreprises, pépinières), soutien à l’accueil et à la création d’entreprises,
notamment innovantes, promotion des atouts du territoire, prospection de
nouveaux projets, mise en synergie des acteurs locaux de l’emploi et de la
formation en fonction des besoins des entreprises ou encore aide à la mobilité
des collaborateurs d’entreprises.
La question pour savoir si des actions spécifiques sont conduites afin de
valoriser le patrimoine industriel est particulièrement pertinente en France. En
effet, nombre de territoires français possèdent un héritage patrimonial
industriel qui ne doit pas être vu comme un handicap mais, au contraire, doit
être valorisé pour l’image du territoire et d’un point de vue touristique. Par
exemple, un premier moyen de valorisation du patrimoine industriel consiste à
aménager des écomusées sur le modèle plus fréquent en Belgique ou en
Allemagne qu’en France. Dans ce cas, pour être attractif, il ne suffit pas
d’exposer simplement des objets anciens, mais de faire revivre l’industrie, en
faisant fonctionner des machines, en intégrant dans la muséographie les
nouvelles techniques de communication (films, bornes interactives…). Un
autre moyen consiste à développer des partenariats entre les territoires ayant le
même type de patrimoine, pour déboucher sur la création d’un circuit de
l’histoire textile, de l’histoire métallurgique, etc.
Quant à la question sur ce qui est fait pour dynamiser le commerce, elle
s’explique notamment par le fait que certains territoires font face à une
évasion commerciale vers de grands centres commerciaux qui leur sont
extérieurs, ce qui réduit leur attraction commerciale.
Examinons désormais le deuxième type de questions, sur les opinions. Il
concerne notamment l’équipement du territoire, son tissu économique, ses
ressources humaines, l’organisation et le fonctionnement de sa gouvernance et
de ses outils, ses atouts et ses handicaps.
Tableau 7 Type de questions, pour les entretiens, portant sur les opinions
Destinataire de la question Exemple de question
Quel jugement portez-vous sur les équipements du
territoire ?
Quel jugement portez-vous sur le tissu économique ?
Quel jugement portez-vous sur la gouvernance dans le
Quel jugement portez-vous sur la gouvernance dans le
territoire ?
Quel jugement portez-vous sur la culture
Tous les interlocuteurs entrepreneuriale ?
Le territoire sait-il tirer parti des métropoles les plus
proches ?
Quelle est votre opinion sur la situation du territoire
dans les réseaux de transport ?
Le territoire a-t-il des besoins de désenclavement ?
Quel est votre diagnostic sur la situation du territoire
dans les réseaux des TIC ?
Quelle est, selon vous, l’identité économique du
territoire ?
Comment jugez-vous la situation de l’emploi dans le
territoire ?
Voyez-vous des filières de diversification économique ?
Quelles perspectives voyez-vous pour l’emploi local ?
Quels sont vos rapports avec l’entreprise qui, sur le
territoire, compte le nombre le plus élevé d’emplois ?
Considérez-vous que le territoire a des besoins de
reconversion ?
La présence d’une grande entreprise, d’où résulte une
mono-activité dans le territoire, ne favorise-t-elle pas une
mentalité de rente ?
Comment se portent les entreprises locales ?
Quel est votre jugement sur la qualité des ressources
humaines du territoire ?
Tous les interlocuteurs
Quel est votre diagnostic sur la situation démographique
du territoire ?
Les formations locales sont-elles adaptées à l’emploi ?
Quel est votre diagnostic sur le tissu économique
(mono-activité, identité économique, diversification…) ?
Quelle est votre opinion sur la culture entrepreneuriale
du territoire ?
Quels sont les atouts culturels et humains du territoire ?
Que faudrait-il faire pour développer l’attractivité ?
Comment trouvez-vous que fonctionne la gouvernance
?
Constatez-vous des synergies entre le commerce de
proximité et les zones commerciales périphériques ?
Le mode de gouvernance du territoire favorise-t-il le
développement économique ?
Comment mettre la gouvernance au service de l’emploi
?
Quels sont vos principes d’action pour votre territoire ?
Les compétences transférées à l’intercommunalité
permettent-elles de préserver les intérêts de la commune ?
Que pensez-vous de la politique de transport en
Plus particulièrement les élus ou leurs commun ?
collaborateurs
Quel est votre jugement sur l’implication dans le
territoire des entreprises, des chambres consulaires, des
groupements d’entreprises, des associations ?
La gouvernance du territoire favorise-t-elle le
développement durable ?
La démarche du SCoT répond-elle à vos attentes ?
Les besoins de main-d’œuvre sont-ils aisément satisfaits
?
Plus particulièrement les responsables
d’entreprises, de groupements
d’entreprises, consulaire, d’association Votre jugement sur les relations de votre (vos)
entreprise(s) avec les collectivités territoriales ?
Les entreprises se considèrent-elles pénalisées par la
situation du territoire dans les réseaux ?
Source : © Population & Avenir, 2012
Concernant la question sur les formations locales, il convient de rappeler
que l’éventail des métiers s’est considérablement élargi. À part des territoires
très peuplés, disposant par exemple d’une mégapole, aucun territoire ne peut
imaginer offrir une gamme complète ou très élargie de formations supérieures
initiales – comprenant à la fois une diversité de BTS (brevet de technicien
supérieur), d’IUT (Institut universitaire de technologie), d’école d’ingénieurs,
d’écoles de management, de mastères – et de formation continue. En
conséquence, dans nombre de territoires, les investissements éducatifs
devraient donc se concentrer sur un nombre de cursus limité, voire un seul, en
harmonie avec le tissu économique local, tout en cherchant à ce que ce (ou
ces) cursus soie(nt) susceptible(s) d’acquérir une renommée non seulement
dans le territoire, mais au-delà. Sur ce thème de l’éducation, il convient par
exemple de demander ce que les personnes interrogées pensent de la
complémentarité existant éventuellement entre formation initiale et continue.
Parmi les autres questions sur les opinions, celle sur la culture
entrepreneuriale mérite un commentaire. D’abord, il suffit de comparer des
territoires en France, en Europe et dans le monde pour constater que le résultat
de leur diagnostic s’explique souvent moins par des atouts intrinsèques que
davantage – et parfois exclusivement – par l’innovation locale résultant
justement d’une culture entrepreneuriale.
Prenons trois exemples. Rien, c’est-à-dire aucun atout territorial objectif ne
prédisposait Saint-Gall, la septième ville de Suisse en nombre d’habitants (73
000 habitants fin 2010), à avoir une université fort réputée bien au-delà des
frontières de la Suisse. Or, cette université de Saint-Gall, créée en 1898, est
considérée comme l’une des plus prestigieuses au monde en matière de
commerce, d’économie et de gestion. De même, rien ne prédisposait, la petite
ville de Walldorf, située au nord du Bade-Wurtemberg, en Allemagne, qui ne
compte que 15 000 habitants, à exercer un rôle mondial en tant que siège
social d’une grande entreprise. C’est pourtant le cas du fait de SAP AG
(acronyme de Systems, Applications and Products in Data Processing, société
anonyme), créée en 1972 par des anciens d’IBM, devenue l’un des plus
importants fournisseurs mondiaux de logiciels d’entreprise dans tous les
secteurs d’activité, avec plus de 176 000 clients répartis dans le monde entier,
et disposant de bureaux régionaux sur les cinq continents. En Suisse, sur la
rive nord du lac Léman, la petite ville de Vevey compte moins de 20 000
habitants. Pourtant elle exerce aussi un rôle mondial comme siège social de la
société Nestlé.
Enfin, et en troisième lieu, restent les questions sur les intentions,
importantes pour appréhender la dynamique du territoire. En effet, un
diagnostic territorial n’est pas statique, n’est pas seulement une photographie
à un moment donné. Il faut interroger sur le potentiel du territoire et, en
particulier, sur les intentions formulées par ses acteurs sur l’avenir du
territoire.
Tableau 8 Type de questions, pour les entretiens, portant sur les intentions
Destinataire de la question Exemple de question
Quel est votre projet-phare ?
Que comptez-vous faire pour consolider
l’économie du territoire ?
Que comptez-vous faire pour contribuer à
l’amélioration de la gouvernance ?
Comptez-vous susciter le développement de
filières d’activités à fort potentiel de croissance ?
Qu’envisagez-vous pour développer l’attractivité
Tous les interlocuteurs ?
Que comptez-vous faire pour un développement
harmonieux du commerce ?
Que comptez-vous faire pour un développement
de l’économie touristique ?
Que comptez-vous faire pour favoriser
l’entrepreneuriat et l’innovation ?
Que comptez-vous faire pour développer une
économie de la connaissance (enseignement
supérieur et innovation) ?
Que comptez-vous faire pour mieux
accompagner des porteurs de projets d’entreprises
?
Que comptez-vous faire pour un environnement
urbain plus attractif ?
Que comptez-vous faire en matière de logement
?
Plus particulièrement les élus ou leurs
collaborateurs
Que comptez-vous faire pour mieux favoriser
l’accès à l’offre culturelle, sportive, de loisirs ?
Que comptez-vous faire pour mieux promouvoir
un développement durable ?
Comptez-vous valoriser les aménités propres
pour attirer des emplois tertiaires ?
Plus particulièrement les responsables
Que comptez-vous faire pour améliorer la
d’entreprises, de groupement d’entreprises,
synergie entre les entreprises ?
consulaires, d’associations…
Source : © Population & Avenir, 2012
Concernant la question sur les intentions en matière de valorisation des
aménités propres pour attirer des emplois tertiaires, la justification est la
suivante. Depuis les années 1970, nombre de territoires ont souffert de la
tertiarisation de l’économie, qui tend à concentrer les emplois de ce secteur
dans les plus grandes villes, à tous les niveaux de qualification. Pour certains
territoires, le nombre d’emplois tertiaires, marchands ou non-marchands,
correspond pour l’essentiel aux seuls emplois nécessaires au fonctionnement
de leur territoire, donc aux besoins en services publics et de l’économie locale.
En outre, l’importance de l’emploi tertiaire s’y trouve liée à celle de la zone
d’influence et à la dimension touristique.
Or, il s’agit de savoir si l’interlocuteur, au-delà des emplois tertiaires
induits par l’importance du peuplement (comme les emplois des
enseignements maternel et primaire, largement corrélés avec les effectifs des
tranches d’âge d’enfants concernés), a réfléchi aux aménités propres de son
territoire, susceptibles d’attirer de l’emploi tertiaire et même de l’emploi
tertiaire supérieur. En effet, les techniques de l’information et de la
communication (TIC) rendent possibles l’implantation de certains emplois
tertiaires supérieurs sur n’importe quel territoire. Par exemple, la gestion
complexe des calendriers sportifs d’une vingtaine de ligues dans le monde –
football, rugby, hockey et football américain –, dont celui de la Ligue de
football professionnel française (ligue 1 et ligue 2), se trouve assurée par une
entreprise installée à Vernon, une agglomération comptant moins de 100 000
habitants, située aux confins de l’ouest du Canada, dans la province de
Colombie britannique. C’est là qu’une entreprise a mis au point des logiciels
ad hoc et acquis un savoir-faire en ce domaine.
En outre, un territoire qui ne dispose pas de métropole, ou seulement d’une
métropole de faible taille relative, peut mettre en avant le fait qu’il subit moins
de « déséconomies » d’agglomération. Ce terme désigne les pertes
d’avantages économiques (coût du foncier plus élevé, perte de temps dans les
transports…) d’autant plus sensibles qu’une métropole est importante, en
raison de sa forte concentration de population et d’activités.
Concernant la question sur les intentions en vue de favoriser
l’entrepreneuriat, elle est formulée de façon générale, mais peut être détaillée.
Par exemple, si le territoire a connu dans les années précédentes, ou dans un
passé plus lointain, un important développement de nature endogène fondé sur
un entrepreneuriat local, la diffusion de l’histoire de l’entrepreneuriat local
peut être un levier pour valoriser l’esprit d’initiative et inciter à le pérenniser
ou à le faire renaître.
Autre exemple d’encouragement possible à l’entrepreneuriat dans le
territoire concerné : des partenariats entre l’éducation nationale, les chambres
consulaires, les groupements d’entreprises, voire d’autres associations,
peuvent permettre d’enseigner les conditions de la création et de la reprise
d’entreprise à un public le plus large possible, pouvant aller des BTS aux
personnes à la recherche d’une reconversion ou d’un emploi. Une telle
démarche, dans laquelle peuvent s’inscrire aussi des pépinières d’entreprises,
peut concourir à promouvoir une culture entrepreneuriale, qui peut d’autant
plus se développer qu’elle bénéficie de telles semences.
Grâce aux réponses aux trois types de questions, le diagnostic territorial
s’enrichit. Toutefois, il ne faut pas nécessairement prendre « pour argent
comptant » tous les propos recueillis mais, au contraire, les examiner avec
sens critique.
L’examen critique du contenu des entretiens
Les entretiens menés conduisent à cerner tout à la fois le positionnement, la
connaissance, l’attitude, la motivation et le volontarisme de la personne dans
la vie du territoire. Ils permettent de déterminer si les acteurs locaux ont une
connaissance suffisamment fine des spécificités objectives de leur territoire.
Ils permettent aussi de mesurer la vigueur de l’attachement des personnalités
interrogées à leur territoire. Ils éclairent notamment sur le mode de
gouvernance du territoire. L’entretien offre donc un diagnostic en direct, de la
part d’élus et d’acteurs du territoire. Mais son décryptage suppose de
surmonter trois risques.
Le premier apparaît lorsque la qualité de la forme des réponses masque des
insuffisances de fond. Certains interlocuteurs étant des habitués de la prise de
parole publique, une partie de leurs propos peut influencer le diagnostic vers
une insuffisante objectivité. Il importe donc d’examiner si la réalité et l’action
locales correspondent aux réponses formulées. Les mêmes interlocuteurs sont
parfois à même de présenter un document qu’ils considèrent comme un
diagnostic, même si ce document se contente de livrer des données
quantitatives souvent fort illustrées, mais peu commentées, guère reliées entre
elles, sans inventaire ni analyse des atouts et des faiblesses du territoire. Au
pire, ce soi-disant diagnostic a des allures de document publicitaire. Il a pu
être réalisé par une officine qui, souvent, manie mal les concepts et utilise
largement un texte passe-partout, pratiquant le « copier-coller » à partir d’un
document concernant un autre territoire aux caractéristiques pourtant
différentes. Dans d’autres cas, le document est plus objectif mais l’existence
de rapports d’ordre hiérarchique, politique ou institutionnel entre les
commanditaires et les personnes en charge de la rédaction du document y a
inévitablement introduit, même involontairement, des biais. L’idéal est donc
un diagnostic territorial réalisé par des experts indépendants, extérieurs aux
territoires étudiés, et ayant de larges connaissances d’autres réalités
territoriales.
Deuxième risque : l’apport de l’entretien peut être limité si l’interlocuteur
se contente d’une vision réductrice, parce que très locale et très
conjoncturelle, de la situation de son territoire, écartant ou voulant ignorer
toute comparaison, ou toute mise en perspective dans le temps et dans
l’espace.
En troisième lieu, il faut savoir être critique dans le cas d’une rhétorique
territoriale usant de la tactique du bouc émissaire, qui fait porter l’entière
responsabilité des difficultés du territoire sur d’autres acteurs, ou dans le cas
d’un discours en décalage par rapport à la réalité. Certains interlocuteurs
peuvent avoir tendance à pratiquer la méthode Coué, pensant que répéter que
leur territoire a des atouts exceptionnels suffit à ce que ce soit le cas et que le
refus systématique de faire état de handicaps signifie qu’il n’en a pas. Or, un
élu, un acteur économique local ne doit jamais penser que son territoire est
parfait et dispose de tous les atouts imaginables, qu’il est idéalement situé,
offre des aménités extraordinaires, etc. Promouvoir des atouts irréels ne peut
que s’accompagner d’une mauvaise gouvernance et, à terme, susciter des
déceptions. Et refuser de voir les handicaps n’incite pas à chercher des
solutions pour les surmonter.
Outre l’analyse quantitative, celle in situ et les entretiens, le schéma du
diagnostic territorial requiert l’examen de la gouvernance du territoire. Cette
question complexe mérite une présentation approfondie pour comprendre sa
signification et toute sa portée.
Chapitre 5
L’analyse de la gouvernance
L’ANALYSE DE LA GOUVERNANCE, l’une des quatre composantes du schéma du
diagnostic territorial, est souvent peu traitée, voire ignorée, sans doute parce
que l’usage du mot est récent et la compréhension du concept insuffisante.
C’est pourquoi il convient de préciser les raisons de la montée de ce concept
de gouvernance territoriale avant d’expliquer les critères qui permettent de
l’analyser.
La montée récente d’un concept
L’usage du mot gouvernance apparaît d’abord chez des économistes du
monde anglo-saxon qui l’appliquent aux entreprises. Dans les années 1930,
ces économistes mettent en évidence l’importance pour l’entreprise de ses
coûts de transaction liés aux relations internes entre les collaborateurs et aux
relations externes avec d’autres entreprises, fournisseurs, sous-traitants ou
clients. Plus précisément, le concept de coûts de transaction, utilisé pour la
première fois en 1937 dans l’article de Ronald Coase (prix Nobel 1991), « The
Nature of the Firm », puis développé par Oliver Williamson (prix Nobel
2009), tient au fait que toute transaction économique engendre des coûts
préalables à sa réalisation. Il s’agit de coûts de recherche et d’information
(comparaison du rapport qualité/prix des différentes prestations proposées,
étude de marché, prospection…), de coûts de négociation et de décision
(élaboration de cahiers des charges, rédaction et conclusion des contrats…) ou
de coûts de surveillance et d’exécution (contrôle de qualité, vérification de la
livraison…). Comme le précise Coase, « lorsque l’on souhaite opérer une
transaction sur un marché, il est nécessaire de rechercher son ou ses
contractants, de leur apporter certaines informations nécessaires et de poser
les conditions du contrat, de conduire les négociations instaurant ainsi un
véritable marché, de conclure le contrat, de mettre en place une structure de
contrôle des prestations respectives des obligations des parties, etc. » [Coase,
2005, p. 23].
De la gouvernance…
En conséquence, on admet que l’entreprise doit réfléchir à la façon de
réduire ses coûts de transaction, à travers la mise en œuvre d’un processus de
corporate governance. Cette dernière peut être définie ainsi : « les dispositifs
mis en œuvre par la firme pour mener des coordinations efficaces qui relèvent
de deux registres : protocoles internes lorsque la firme est intégrée (hiérarchie)
ou contrats, partenariat, usage de normes lorsqu’elle s’ouvre à des sous-
traitants » [LORRAIN, 1998, p. 85].
Or, certains économistes utilisent l’analyse des territoires pour expliquer
certaines particularités, comme celles des districts italiens, réseaux de petites
entreprises spécialisées et sous-traitantes réparties dans une région
géographique précise, qui rendent cette région attractive pour les concurrents
et les partenaires potentiels grâce à des échanges fructueux d’informations. Il
s’agit de dénommer les formes d’échanges entre des acteurs d’un même
territoire, qui profitent à son développement justement parce que les coûts de
transaction des entreprises et entre les entreprises s’y trouvent réduits. Cela
conduit les économistes à utiliser, au sujet des territoires, le mot gouvernance.
À la fin des années 1980, le terme de gouvernance commença d’être
employé pour les États, le plus souvent avec une connotation positive. Les
grandes institutions financières internationales insistent sur la gouvernance,
mot qui sous-entend la bonne gouvernance (good governance), pour définir
les critères d’un management efficient dans les États où ces institutions
instaurent des programmes d’ajustement structurel. Les États concernés sont
des pays surendettés, soumis à des difficultés de développement, notamment
sous l’effet de hauts niveaux de corruption. Par l’usage de ce concept, les
organismes de prêt internationaux, comme le FMI (Fonds monétaire
international) ou la Banque mondiale, veulent encourager les réformes
institutionnelles nécessaires à la réussite des programmes économiques et
budgétaires permettant le développement de ces pays.
Dans le même temps, le terme de gouvernance se trouve utilisé dans les
études et la réflexion sur les organisations et dans les relations internationales.
Il s’agit de trouver des systèmes pour rendre plus efficientes les organisations
internationales existantes au service d’un monde meilleur. On s’interroge
aussi sur les notions de gouvernance mondiale ou de gouvernance globale,
c’est-à-dire sur un système mondial de régulation qui permettrait de mieux
répondre aux enjeux (sanitaires, économiques, environnementaux…) du
monde et de permettre aux peuples qui ont la malchance d’avoir des régimes
inefficaces de bénéficier aussi du développement.
… à la gouvernance territoriale
Toujours à la fin des années 1980, le terme est transposé dans les sciences
politiques pour caractériser les modalités de gouvernement régissant les
agglomérations et tout particulièrement les plus grandes, dites métropolitaines.
En effet, ces territoires se caractérisent incontestablement par le fait que leur
situation et leur évolution dépendent non seulement des élus mais aussi d’une
multiplicité d’autres acteurs, entreprises privées, syndicats, associations,
citoyens… dont la nature, le statut juridique, le niveau d’implication dans le
territoire sont fort variés. Il en résulte que l’action publique des collectivités
territoriales repose de plus en plus sur des processus interactifs de
collaboration et de négociation entre intervenants hétérogènes, et non
seulement ou non plus sur un modèle de politique traditionnel descendant et
centralisé.
Que le terme de gouvernance soit appliqué aux entreprises, aux États, aux
organisations internationales ou aux territoires, « le point commun des
diverses approches réside dans la prise en compte de l’élargissement du
champ des acteurs impliqués, de l’interdépendance des acteurs et des
organisations tant privées que publiques dans le processus de prise de décision
et de l’action et dans l’imbrication des divers niveaux de pouvoir, tant
infranational que transnational ou supranational » [LELOUP et alii, 2005].
Autrement dit, « comme il importe de tenir compte désormais de la notion de
gouvernance, il est indispensable de favoriser le renouveau par le dialogue
entre les entreprises, les collectivités locales et les partenaires socioculturels »
[DUMONT ET WACKERMANN, 2002].
Le diagnostic territorial se doit donc de considérer le concept de
gouvernance. Auparavant, il privilégiait souvent des critères administratifs,
juridiques et géographiques. Il s’agissait d’examiner la nature institutionnelle
des territoires et leur sphère de compétences dévolue par la réglementation.
L’intérêt se portait en priorité sur les questions du partage des attributions
territoriales entre le régional et le local, sur la façon de rationaliser la
répartition des financements selon les collectivités territoriales, région,
département, intercommunalité ou commune pour la France ; région, province
et commune pour l’Italie ; communauté autonome, province et commune pour
l’Espagne. Tout particulièrement en France, l’importance donnée à la
recherche d’un périmètre pertinent pour l’action territoriale a donné lieu – et
donne encore lieu – à de multiples lois et débats, négligeant en conséquence la
question de la gouvernance. Ainsi, l’idée selon laquelle l’obtention d’un
optimum régional, c’est-à-dire d’une région dont le développement serait
permis grâce à une taille géodémographique adaptée, serait largement plus
essentielle que la qualité de la gouvernance territoriale a conduit – et conduit –
périodiquement à des discussions qui relèvent du « sexe des anges » [Dumont,
2006].
Il y a là une première raison de la montée du concept de gouvernance en
France : l’analyse territoriale se doit d’aller au-delà des questions formelles,
portant sur l’organisation juridique des institutions territoriales, sur leurs
compétences et leur échelle géographique de décisions, d’autant que le champ
territorial n’est plus largement préempté par l’État.
L’État et les territoires
Il faut en effet considérer les limites de l’action de l’État sur les territoires.
L’intérêt pour les questions de gouvernance territoriale s’est accentué compte
tenu des difficultés, certains disent des échecs, des gouvernements nationaux à
développer tous les territoires sur lesquels ils exercent leur souveraineté.
Auparavant, pendant la période que Jean Fourastié nomma les « Trente
Glorieuses », le poids croissant des politiques publiques nationales donnait à
l’État une capacité d’intervention sur les territoires qui semblait sans limites.
Les territoires voyaient se développer des routes nationales, tandis que
s’installaient des réseaux d’électricité, de gaz, d’eau potable, de téléphone, de
fréquences télévisuelles ; ils voyaient l’État construire des équipements et
même des logements offrant un confort supérieur, par exemple en matière de
salle de bains, à la moyenne des logements. Tout cela était vécu comme un
formidable progrès organisé par l’État, directement ou via des entreprises sur
lesquelles il avait la main. En outre, l’État décidait non seulement de
l’implantation des établissements des entreprises nationalisées, mais aussi de
celle des entreprises privées qui se répandaient sur de multiples zones
industrielles. Bref, sous l’effet visuel et concret du développement de tout un
ensemble d’infrastructures et d’activités, les territoires considéraient que l’État
les gouvernait de façon satisfaisante. D’ailleurs, le chômage était résiduel, et
tout semblait devoir faire reculer la pauvreté.
Puis les temps ont changé : l’État s’est trouvé aux prises avec sa propre
complexité ; la logique du tout État, centralisateur et centralisé, fondé sur les
réussites évoquées, n’est plus apparue satisfaisante. Ainsi, l’inflation
législative a conduit non seulement à l’augmentation du nombre de
procédures, donc de fonctionnaires pour les appliquer, de coûts pour les
territoires et les entreprises, mais a aussi signifié l’introduction de textes
entraînant des réglementations parfois contradictoires. La multiplication des
organismes étatiques a créé des doublons et des concurrences de compétences
nuisant à l’efficacité de l’action de l’État. Ce dernier, devenu une sorte
d’énorme paquebot, s’est mis à éprouver beaucoup de difficultés à réformer.
En outre, tel un paquebot qui change de cap, le temps pour que l’effet des
décisions de l’État se fasse sentir a semblé s’allonger. Dans ce contexte, les
territoires ont été obligés de constater que l’État, sans doute trop engoncé par
son poids et ses réglementations, ne parvenait plus à s’adapter à leurs besoins.
Par exemple, l’État, qui avait finalement réussi à offrir à tous les territoires le
chemin de fer ou le téléphone automatique, retirait le chemin de fer à certains
d’entre eux ou n’était pas capable de donner à tous le haut débit dans des
délais raisonnables. La police nationale devenait insuffisamment opérante, la
géographie des services publics ne parvenait pas à s’adapter, ou très lentement
et parfois pas du tout, aux changements territoriaux.
En outre, les restructurations permanentes qu’imposent le progrès technique
et la compétition économique comme la montée du chômage ont conduit les
territoires à réaliser l’importance de la réalité géoéconomique locale. La
difficulté d’articuler les échelles locales et globales dans le contexte de la
diminution du rôle de régulation, auparavant exercé par l’État central dans la
sphère économique, est clairement apparue. Il n’y a aucun doute que l’État,
souvent prisonnier de réglementations imposant de lourdes procédures et de
plus en plus gêné financièrement par l’accumulation des dettes publiques,
n’est guère en mesure de répondre aux besoins économiques spécifiques de
chaque territoire. L’État a un tel effet de masse qu’il lui est très difficile d’être
instantanément profitable à tous les territoires. Il peut, certes, piloter quelques
opérations lourdes, comme l’aménagement d’un littoral délaissé (cas du
Languedoc-Roussillon) ou des villes nouvelles. Il peut participer à de gros
investissements structurants, au choix d’une gare TGV, d’un important
aéroport ou d’un vaste projet de dynamisation locale, comme le pôle
Euroméditerranée à Marseille. Mais il n’est pas apte à engendrer seul du
développement local par le soutien à des réalisations, si les initiatives locales
font défaut. C’est ainsi que divers nœuds ferroviaires ou routiers d’importance
majeure comme Laroche-Migennes (dans le département de l’Yonne),
Mézidon (dans le Calvados), La Croisière (sur la frange occidentale de la
Creuse) ne sont jamais devenus des pôles économiques significatifs, tout
comme le TGV n’a pas eu d’effets automatiques, à en juger par le cas de la
gare du Creusot-Montchanin (en Saône-et-Loire), ouverte en 1982. De même,
nombre d’échangeurs autoroutiers, même sur l’axe très fréquenté Paris-Lyon,
ont induit peu de création d’emplois. Autrement dit, le pouvoir central ne peut
assumer un rôle de providence pour toutes les difficultés économiques des
territoires.
Puisque l’État ne gouvernait plus véritablement les territoires, ou du moins
de façon satisfaisante, il fallait s’interroger sur la façon de trouver des
réponses pour se substituer à un État devenu moins efficient. Deux réponses
liées ont été apportées, la décentralisation au plan institutionnel et une prise de
responsabilité locale au plan pratique, pour que les territoires trouvent en eux-
mêmes des capacités gouvernementales [Lascoumes et Le Galès, 2004]. Et ces
réponses donnent toute leur importance au concept de gouvernance
territoriale.
Des décisions institutionnelles conformes à une logique de gouvernance
territoriale
Une première réponse est venue de l’État qui, face aux nécessités, n’est pas
resté inerte. Puisque son monopole de régulation et d’arbitrage appliqué à tous
les territoires était devenu inefficient, il est apparu inéluctable de faire évoluer
les cadres institutionnels qui régissaient les territoires. En France, la
gouvernance des territoires s’est profondément transformée depuis les années
1980, sous l’effet de la décentralisation, qui a instauré un droit des territoires à
une autonomie de gouvernance. Parallèlement, ce droit s’est accompagné d’un
devoir nouveau, celui de la gouvernance économique territoriale, instauré en
1982 par une complète inversion de la réglementation.
Un processus général de décentralisation s’est déployé aussi dans d’autres
pays, avec des applications variées, comme la devolution en Grande-Bretagne,
la régionalisation en Italie ou les transferts de compétences, de nature
différenciée selon les communautés autonomes, en Espagne. Dans le même
temps, la politique régionale de l’Union européenne impose une logique de
régionalisation qui nécessite des interlocuteurs à ce niveau, ce qui a, par
exemple, contraint la Hongrie à créer des institutions régionales.
Des choix volontaristes
De leur côté, nombre de territoires ont souhaité se prendre en charge,
déployer des capacités gouvernementales, ce qui a fait le succès de la
décentralisation dont témoignent des évolutions considérables sur les
territoires en matière d’aménagement, d’infrastructures de transports,
d’équipements… Mais en même temps sont clairement apparues de très fortes
différences dans ces réalisations comme dans leurs effets sur le
développement territorial. Or, a priori, rien ne le justifiait. Ainsi, dans la
France « une et indivisible », chaque niveau de collectivité territoriale est régi
par la même réglementation, par exemple en termes de moyens et, donc, les
conséquences de la décentralisation auraient pu être semblables. Pourtant, il
faut bien constater que des territoires français, situés, par définition, dans le
même environnement réglementaire et disposant d’atouts semblables,
obtiennent des résultats différents en termes d’activité, d’emploi ou de qualité
de vie. Cela s’observe non seulement entre des territoires dont la différence de
positionnement géographique peut constituer une explication, mais aussi entre
des territoires qui disposent d’un positionnement géographique équivalent.
Peuvent également être mis en évidence de meilleurs résultats dans des
territoires dont les atouts sont a priori moindres. Par exemple, la géographie
du chômage selon les villes n’est nullement homothétique avec leurs
avantages géographiques objectivement constatés. Donc, il faut trouver des
éléments explicatifs, ce qui requiert d’examiner comment les territoires sont
gouvernés. Apparaissent ainsi des territoires où les principaux élus divergent
dans la connaissance des réalités de terrain, dans la capacité à travailler en
équipe, à élaborer des projets, dans l’efficience dans la prise de décision (des
modes de décision assez procéduriers ou davantage tournés vers les résultats),
dans la capacité à mettre en œuvre les projets, à pratiquer la subsidiarité, dans
la souplesse nécessaire pour s’adapter en permanence aux évolutions, dans la
capacité à évaluer des résultats des décisions antérieures… Ou bien c’est
l’inverse qui se constate.
Le réticulaire prenant le pas sur le hiérarchique
Dans un monde de plus en plus réticulaire, le système traditionnel d’une
organisation hiérarchique commandant aux territoires, comme avant la
décentralisation, de même que le système de commandement hiérarchisé au
sein des territoires, perdent de leur efficacité. Ce phénomène de la croissance
des flux réticulaires par rapport aux flux hiérarchiques se rencontre tant pour
les territoires que pour les entreprises. On sait que, pour ces dernières, les
stratégies d’externalisation supposent des relations réticulaires avec les
entreprises assurant des fonctions externalisées et non plus des relations
essentiellement hiérarchiques entre donneurs d’ordre et opérateurs, comme
cela existe avec les sous-traitants.
En conséquence, pour tout territoire, l’implantation d’une nouvelle
entreprise suppose une double condition : il faut à la fois assurer localement
l’existence d’un secteur des services aux entreprises adapté aux besoins de
l’entreprise qui souhaite s’installer, et offrir à cette dernière la possibilité
d’échanger aisément avec ses fournisseurs comme avec ses clients, qui sont
susceptibles d’être localisés n’importe où dans le monde. Le rôle du territoire
consiste désormais à satisfaire à la fois l’urbi et l’orbi.
L’exigence du débat public
Une autre raison de l’importance du concept de gouvernance tient à la
demande de concertation des citoyens qui sont tous, peu ou prou, des acteurs
du territoire où ils vivent ou travaillent. Le principe d’autorité suffit de moins
en moins car ce n’est pas parce qu’on a le pouvoir juridique de décider que la
décision va tout naturellement s’imposer.
Par exemple, nombre de plans locaux d’urbanisme (PLU) se heurtent à des
mobilisations, à des recours juridiques, à des mouvements associatifs. Leur
annulation, souvent pour vice de forme, conduit au maintien de textes
antérieurs parfois inadaptés et applicables encore plusieurs années compte
tenu du long délai nécessité par la révision d’un PLU. Les grands projets de
quartiers (à l’exemple du quartier Rueil 2000 à Rueil-Malmaison),
d’infrastructures ou de développement (en France, le troisième aéroport
parisien, l’aéroport du Grand Ouest de Notre-Dame-des-Landes, la ligne TGV
Bordeaux-Bayonne, ou, à l’étranger, l’extension d’Heathrow à Londres ou la
création de nouveaux aéroports à Berlin et à Mexico) ont rencontré ou
rencontrent des difficultés semblables.
Dans une moindre mesure, tout projet de politique territoriale requiert
désormais d’intenses consultations avec les habitants, ce dont témoigne dans
une certaine mesure la formule courante parmi les élus selon laquelle « un
maire bâtisseur est un maire battu ». Il ne s’agit plus d’appliquer des choix
effectués et votés par des élus qui ont pourtant reçu l’onction du suffrage
universel pour être les porteurs de l’intérêt général, mais de mobiliser,
d’argumenter et de négocier pour obtenir l’adhésion aux projets et réussir à les
mettre en œuvre. Et tout cela s’inscrit dans le concept de gouvernance. Enfin,
la montée de ce dernier tient aussi aux évolutions dans la nature économique
des territoires.
Les évolutions dans la nature économique des territoires
En effet, ces évolutions imposent la nécessité d’une gouvernance
économique territoriale. Nombre de territoires voient leur économie locale
profondément perturbée par des restructurations, par la montée du chômage
précédemment quasi inexistant pendant les Trente Glorieuses, par des
difficultés d’adéquation entre la formation et l’emploi. Auparavant, le rôle
économique du territoire s’inscrivait surtout dans un marché local de
production (main-d’œuvre disponible), de distribution (possibilités d’y
rentabiliser un ou plusieurs distributeurs) et de consommation (des acheteurs
potentiels). Le rôle des infrastructures économiques consistait essentiellement
à favoriser les échanges locaux. La majorité des entreprises pouvaient se
contenter d’un marché local qui les satisfaisait. Pour d’autres, plus
ambitieuses, le marché local fournissait un support, permettait d’acquérir un
savoir-faire pour étendre ensuite leurs activités sur d’autres marchés.
Puis, dans les années 1980, nombre de marchés économiques changent
d’échelle et s’élargissent à l’Union européenne, qui facilite la libre circulation
des marchandises, des services, des capitaux et de la main-d’œuvre. Ces
marchés se trouvent même mondialisés sous l’effet d’autres décisions
politiques, comme la hausse des adhésions à l’Organisation mondiale du
commerce, et de facteurs techniques, comme la baisse considérable du coût
des transports et du temps de transmission des informations. En France, les
décisions de globalisation entraînent la suppression de nombreux droits de
douanes et l’harmonisation des réglementations avec celles de ses voisins, et
donnent des ouvertures incomparablement plus grandes à la libre circulation
des marchandises, des capitaux, des services et même des hommes. La
globalisation met fin à la dualité centre-périphérie, donc Paris-province, dans
le choix d’implantation des entreprises. Le Comité de décentralisation finit par
disparaître et la liberté de localisation des entreprises est instaurée, en même
temps que deviennent autorisés les investissements directs à l’étranger (IDE).
L’État n’exerce plus de contrainte géographique sur l’entreprise qui souhaite
ouvrir un nouvel établissement ; toute entreprise peut faire librement son
choix entre plusieurs territoires, français ou non. Dans ces conditions, la
politique économique nationale présente désormais un cadre général. Elle ne
peut plus guère prendre en compte la valorisation des spécificités de chaque
territoire. Les territoires doivent donc déployer une gouvernance économique
offrant des possibilités que les échelons supérieurs ne peuvent satisfaire, selon
la logique du principe de subsidiarité.
Quant aux citoyens, en tant qu’acteurs économiques, ils se tournent
naturellement vers les pouvoirs les plus proches, ceux du territoire, pour
exprimer leurs besoins en matière d’infrastructures économiques ou d’emploi.
Or, les territoires ne peuvent rester indifférents aux préoccupations de leurs
habitants, même si leur compétence économique ne peut s’étendre à la
monnaie ou à la réglementation des prix. Les entreprises sont demandeuses
d’une fiscalité locale plus limitée, d’équipements spécifiques, de services
particuliers (comme l’aide à l’installation ou à l’extension) ou d’appuis dans
leurs démarches entrepreneuriales. Le marché de l’emploi étant plus mouvant,
les territoires ne peuvent se désintéresser de son évolution d’autant que leurs
budgets sont, dans des proportions non négligeables, directement ou
indirectement, dépendants de la situation économique et de l’emploi local. En
France, même après la réforme de la taxe professionnelle, le produit des
impôts locaux reste lié à la masse imposable et, donc, à la richesse existante et
créée sur le territoire. En outre, les dépenses des budgets des territoires
relatives à l’aide et à l’action sociale se trouvent aggravées lorsque le
chômage augmente. Il n’y a pas de réponse unique, institutionnelle ou
juridique, à toutes ces évolutions économiques des territoires. Seuls les choix
de gouvernance économique territoriale peuvent apporter les réponses
appropriées selon les territoires.
Dans ce contexte, n’est-il donc pas préférable, pour le territoire, de déployer
une gouvernance économique afin de promouvoir l’activité et de prévenir les
difficultés ? Des territoires le font, plus ou moins intensément, par exemple en
cherchant ce qui peut faciliter l’entrepreneuriat local, le maintien et le
développement des entreprises déjà installées, et en démarchant pour obtenir
la venue d’entreprises nouvelles susceptibles d’engendrer des activités et des
emplois directs ou indirects.
La compréhension des facteurs ayant conduit au concept de gouvernance
territoriale permet d’en proposer une définition : c’est, sur un territoire,
l’ensemble des règles institutionnelles, des modes de fonctionnement des
organes de décision, des procédés de préparation des décisions, des capacités
de mise en réseau des différents acteurs institutionnels, politiques,
économiques, sociaux ou associatifs, des aptitudes à partager des
connaissances et des expertises, et des modes de coordination, d’information
et d’évaluation. Par cette définition, nous rejetons le caractère normatif qui
consiste à inclure implicitement dans le terme de gouvernance une
connotation positive (bonne gouvernance). Au contraire, il convient de
considérer que le diagnostic de gouvernance d’un territoire peut déboucher sur
des conclusions satisfaisantes ou non.
Face aux analyses sur le rôle du territoire, aux évolutions institutionnelles
qui s’accompagnent en France de bouleversements législatifs, à la nécessité de
comprendre certaines diversités de résultats selon les territoires, à la réalité
d’un monde plus réticulaire que hiérarchique, à l’exigence de la participation,
aux évolutions dans la nature économique des territoires, l’analyse de la
gouvernance territoriale est donc impérative. Ce qui nécessite de préciser les
critères auxquels elle doit recourir.
Les critères d’analyse de la gouvernance
Un premier ensemble de critères consiste à décrypter d’abord le type de
relations existant entre les élus, puis entre ces derniers et les acteurs
économiques et sociaux, ainsi qu’entre le territoire et les puissances publiques
supérieures. Ensuite, trois autres critères portent sur la capacité des acteurs à
travailler en équipe, leur capacité prospective et la reconnaissance ou non d’un
chef de file.
Relations harmonieuses ou conflictuelles entre les élus
L’une des clés de la connaissance de la gouvernance d’un territoire consiste
à analyser les relations entre les collectivités locales de ce territoire, que ces
dernières fassent ou non partie de la même intercommunalité. Or, lorsqu’il
s’agit de savoir quelle est l’institution, donc la personne la représentant, qui
peut légitimement parler et agir au nom de l’ensemble du territoire, des
difficultés apparaissent. Les risques de conflits sont fréquents car la question
centrale reste celle du porte-parole du territoire. En France, au sein des
territoires départementaux ou régionaux, des tensions sont souvent palpables
entre d’une part, le maire de la ville capitale et, d’autre part, le président du
département ou de la région. De semblables tensions se constatent dans les
autres pays. Ainsi peut-il arriver que chacune de ces collectivités élabore
séparément sa politique territoriale sans jamais se concerter sur le fond.
L’expérience montre que de telles tensions sont souvent plus intenses lorsque
les deux élus dirigeants appartiennent au même parti politique.
En outre, en France, les lois de réforme territoriale, comme celle du 16
décembre 2010, sont une source de conflictualité dans le partage des
compétences : la loi précitée permet par exemple aux territoires ayant le statut
de métropole d’assumer des compétences auparavant assurées par le
département. La domination d’un acteur sur un autre, par exemple dans le cas
d’une intercommunalité qui fonctionne sur le principe de la centralisation d’un
maximum de compétences et de décisions au niveau intercommunal, est
source de conflits. L’influence politique et économique d’une ville sur un
territoire plus large, alors qu’elle ne représente qu’une partie de sa superficie
et de sa population, est souvent mal acceptée par les autres collectivités
locales, même si elles doivent le plus souvent en prendre acte [Lefèvre, 2010].
D’un autre côté, cette même ville peut se plaindre du fait que le reste du
territoire profite de ses avantages, en termes d’emplois, d’équipements ou
d’infrastructures, sans en supporter tous les coûts d’investissement, d’entretien
ou de fonctionnement. Ainsi, les sources de tiraillements entre les élus
peuvent être nombreuses. S’il n’existe aucun outil informel d’échanges et de
dialogue sur les principaux enjeux auxquels le territoire est confronté, le
risque d’incapacité à dépasser les désaccords est élevé. Il peut aller jusqu’à
l’affichage d’une animosité entre les principaux élus du territoire.
En outre, le contexte réglementaire législatif français n’engendre pas
nécessairement un cadre représentatif unique de la gouvernance territoriale
dépendant des élus. Il peut subsister des structures administratives
superposées en charge d’un même territoire, ce qui ne simplifie pas les
relations entre les élus ou qui, même lorsque les relations sont excellentes,
risque de disperser les forces entre les différentes autorités territoriales. Cela a
pu être constaté non seulement dans les villes moyennes mais aussi là où l’on
ne l’attendrait pas, comme sur un territoire disposant d’une communauté
urbaine où interviennent également un syndicat mixte des transports, un
syndicat mixte d’études, etc. [Dumont, 2009].
De façon générale, il importe donc de savoir si les risques de conflictualité
se sont trouvés et se trouvent encore limités, voire écartés, par la mise en place
de règles, de modes de fonctionnement ou d’instruments d’échanges et de
dialogue, formels ou informels, permettant une meilleure coopération. En
matière de règles écrites, il peut exister une charte du territoire qui spécifie la
nature des liens entre les collectivités locales et définit les principes de bonne
coopération et de répartition des rôles entre elles.
L’analyse de la gouvernance doit donc se demander si les relations entre les
élus sont plutôt conflictuelles, si elles conduisent à des consensus mous dans
les décisions ou, au contraire, si elles engendrent de réelles synergies par souci
de complémentarité. Pour préciser ce questionnement, examinons les trois
types de gouvernance sur un territoire dont le périmètre correspond à une
intercommunalité.
Les types de gouvernance intercommunale
Selon le premier type, une intercommunalité peut respecter une logique de
subsidiarité, c’est-à-dire ne traiter que les questions appelant un niveau de
compétences et de décisions à l’échelon de l’ensemble du territoire des
communes membres et laisser chacune d’entre elles, y compris par la mise à
disposition de moyens par l’intercommunalité, régler les questions qui
peuvent l’être à son échelon. Dans ce cas, l’intercommunalité peut bénéficier
d’une autorité reconnue et les relations entre les élus peuvent être plus
efficaces sous l’effet d’une gouvernance intercommunale subsidiaire. Cela est
propice à une synergie entre les élus qui tirent avantage des réalisations
communes, tout en conservant leur autonomie d’action sur le territoire
spécifique qu’ils représentent.
À l’opposé, la gouvernance intercommunale peut être centralisatrice si elle
se traduit par une tendance à vouloir maîtriser l’ensemble des décisions et des
moyens, jusqu’à outrepasser les compétences définies, au détriment d’une
meilleure prise en compte des diversités et des spécificités territoriales. Alors
qu’une bonne gouvernance opère un judicieux maillage du territoire, la
gouvernance centralisatrice tend à s’éloigner de plus en plus de la réalité du
terrain. Le risque de relations conflictuelles entre les élus est alors élevé,
d’autant plus que ce type de gouvernance peut nuire à une bonne pratique de
la démocratie locale.
Entre la gouvernance intercommunale subsidiaire et la gouvernance
intercommunale centralisatrice, se situe un moyen terme que l’on peut
désigner comme une gouvernance intercommunale molle. Elle consiste à
satisfaire tout le monde en faisant du saupoudrage de moyens sans adhésion à
un projet de territoire qui, d’ailleurs, n’existe pas, ou seulement de façon
rhétorique. Il est vrai que, dans ce cas, les relations entre les élus sont peu
conflictuelles, sauf lorsque certains remettent en cause le consensus qui
fondait la répartition des moyens.
Après l’examen des relations entre les élus, le deuxième critère d’analyse
de la gouvernance territoriale concerne l’ouverture éventuelle aux autres
acteurs, dont les acteurs économiques.
Relations distendues ou synergiques des élus avec les acteurs économiques et
sociaux
Le fait que les territoires soient en compétition n’est pas nouveau [DUMONT,
1993]. En revanche, il a fallu du temps pour que cette réalité soit assimilée en
termes de politiques publiques. En France, le terme de « compétitivité »
apparaît officiellement dans les dénominations de l’administration française
en 2006, avec le changement de nom de la Datar (Délégation interministérielle
à l’aménagement du territoire et à l’action régionale), créée en 1963, qui
devient la Diact (Délégation interministérielle à l’aménagement et à la
compétitivité des territoires). L’emploi du mot compétitivité souligne la
volonté de l’État de stimuler la capacité des territoires de faire face à la
concurrence, tant au niveau national qu’en compétition avec d’autres
territoires au niveau européen ou international, et tout particulièrement dans
les pays émergents. Mais le changement de sigle nuit à la notoriété de cette
délégation. Aussi, le 14 décembre 2009, par un décret du président de la
République française, cette administration retrouve son ancien sigle (Datar),
avec toutefois un sens modifié par rapport à l’origine. La Datar devient la
Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité
régionale, sachant que l’attractivité peut se définir comme l’aptitude d’un
territoire aux diverses échelles à développer des activités. Ces changements de
vocabulaire ne sont pas neutres. Ils traduisent le fait que la compétitivité et
l’attractivité des territoires sont désormais considérées comme des questions
essentielles. Parallèlement, dans les années 2000, la Datar met en place des
mécanismes, comme les pôles de compétitivité ou les pôles d’excellence
rurale, attestant que ces questions ne peuvent se réduire à l’action des élus.
Dans le contexte de concurrence entre les territoires, pour réussir
l’attractivité territoriale, il apparaît logique et légitime que les autorités
politiques mobilisent toutes les forces vives du territoire, dont les milieux
économiques, pour les impliquer dans une action collective de promotion de
l’attractivité territoriale. Assiste-t-on pour autant, systématiquement et dans
tous les territoires, à une telle évolution ? La réponse est loin d’être univoque
car chaque territoire possède sa propre histoire des relations entre le monde
politique et les entreprises, histoire qui, en partie, structure toujours ces
relations.
Le deuxième critère de l’analyse de la gouvernance territoriale consiste
donc à se demander s’il existe, de facto ou de jure, une alliance entre les élus
et les principales forces économiques, sociales et associatives. L’importance
de ce type d’alliance, signifiant donc la volonté d’ouverture des élus envers
les milieux économiques, peut être mise en évidence lorsqu’un élu s’adjoint
un collaborateur ayant exercé des fonctions économiques dans le territoire,
lorsqu’il rencontre régulièrement les milieux économiques dans le but affiché
de réfléchir aux stratégies territoriales, au développement durable du territoire,
et à l’offre de formation initiale et continue sur le territoire, ou lorsqu’il crée
un service chargé des liens avec les entreprises. De même, il importe de
connaître la place donnée aux acteurs économiques, sociaux et associatifs,
dans certaines agences publiques, dans des organismes publics comme les
offices de tourisme, dans des syndicats mixtes, des groupes de travail, des
commissions extra-municipales… En outre, l’existence de forums périodiques
élus-entreprises peut témoigner d’une volonté de synergie. Plus généralement,
il faut examiner les partenariats institutionnels associant les acteurs publics et
privés locaux du développement économique, de l’enseignement, de
l’innovation, de la vie associative et se demander s’ils se consolident, se
renforcent, s’ils facilitent ou non le partage et la confrontation des idées au
service du territoire et la synergie des réflexions et des actions.
Il est vrai que la réussite de l’ouverture des élus au monde économique
dépend aussi de la capacité de ce dernier à être bien structuré afin d’apporter
sa contribution à la réalisation des analyses et à une vision partagée de
l’avenir du territoire.
À l’inverse, les relations entre les autorités locales et le monde économique
peuvent être inexistantes, distendues ou empreintes de défiance. Une telle
situation peut s’expliquer, du côté des élus, par des a priori idéologiques, un
souci de clientélisme qui conduit à privilégier une autre partie de la
population, ou par le refus de créer des instances de dialogue entre les acteurs
ou d’organiser périodiquement des échanges. Du côté du tissu économique, la
faiblesse de la contribution à une action collective territoriale peut s’expliquer
par une organisation inadaptée à promouvoir des propositions communes ou
par des rivalités de personnes qui neutralisent les démarches souhaitables
visant à chercher des synergies avec les élus.
Toutefois, il importe d’examiner les questions ci-dessus de façon
dynamique. La nature des relations entre les acteurs n’est pas nécessairement
pérenne dans un sens comme dans l’autre. Elle peut se modifier, en fonction
des résultats des élections politiques ou des élections consulaires, des
modifications du tissu des entreprises et des associations, de l’évolution des
compétences des acteurs du territoire ou des caractères des différents acteurs.
L’analyse des relations entre les élus, et entre ces derniers et le monde
économique, social et associatif conduit à s’interroger sur un troisième critère
d’analyse de la gouvernance territoriale : les relations avec les échelons
supérieurs de la puissance publique.
Les relations avec les puissances publiques supérieures
En effet, en dépit des lois fixant le partage des compétences ou de
décentralisation, l’État demeure, en règle générale, un acteur important de la
gouvernance des territoires compte tenu des responsabilités nationales qu’il
assume et des lois qu’il fait voter et appliquer, ce qui peut avoir des effets sur
les territoires. Par exemple, en France, la professionnalisation des armées et
leur restructuration [DUMONT, 2002] ont exercé ou exercent encore de lourdes
conséquences, positives (par exemple en libérant des hectares pour de
nouveaux aménagements, comme à Guingamp, à Montpellier ou à Poitiers) ou
négatives, au moins à court terme (sur l’emploi direct et induit), comme à
Bourg-Saint-Maurice. De même, les lois territoriales, comme celles de 1999 et
2010, sont tout sauf neutres pour la gouvernance des territoires.
Certes, les États s’intéressent tout particulièrement aux territoires les plus
peuplés, pour des raisons économiques et sociales. Cet intérêt explique leur
contribution aux grandes métropoles, qu’il s’agisse, en France, de la création
du statut de communauté urbaine puis de métropole, comme des concours,
cités ci-dessus, apportés au projet Euroméditerranée de Marseille, qui consiste
à remodeler et redynamiser des quartiers entiers, ou du lancement du projet du
Grand Paris qui a débouché sur la loi 27 mai 2010.
L’État est un acteur essentiel pour les territoires d’abord parce qu’il exerce
un contrôle ou une tutelle sur un certain nombre de domaines jugés
stratégiques. Ce champ d’action couvre généralement les grandes
infrastructures, comme les aéroports internationaux, les réseaux ferroviaire,
autoroutier et d’énergie ou la localisation d’importants centres de recherches,
comme celui du Commissariat à l’énergie atomique à Cadarache.
En deuxième lieu, l’État intervient directement par le biais de structures
déconcentrées, d’Établissements publics d’aménagement ou d’agences
nationales, dont il nomme une partie des administrateurs, dans les secteurs les
plus divers comme, en France, l’Agence nationale de rénovation urbaine
(Anru), l’Agence nationale de l’habitat du parc privé (Anah) ou Pôle emploi.
L’État agit aussi indirectement par des missions d’information ou des
inspections.
Enfin, la puissance publique est essentielle en matière financière pour le
territoire. En France, l’État est le premier contribuable des collectivités
territoriales, donc des territoires, notamment à travers la dotation globale de
fonctionnement, sans oublier la panoplie des autres dotations venant de l’État.
C’est aussi à l’échelon étatique que sont décidées les règles de péréquation
financière entre les collectivités territoriales.
En outre, l’État fixe les conditions d’autres ressources des collectivités
territoriales et impose parfois, directement ou indirectement, des plafonds de
dépenses ou des plafonds d’augmentation du niveau des dépenses.
Toutefois, l’importance de l’État a parfois des effets pervers sur la
gouvernance territoriale. Certains acteurs territoriaux peuvent estimer que leur
rôle consiste surtout à privilégier ou à attendre des aides de l’État pour
remédier aux problèmes locaux, alors que leur stratégie première devrait donc
être de susciter des soutiens de l’État. Ils se placent dans des logiques de
guichet, privilégiant la course aux avantages étatiques en consacrant beaucoup
de temps aux relations avec les ministères centraux. Or, les territoires qui
prennent leur destinée en main ont, a priori, une meilleure logique de
gouvernance. Face à la globalisation, à l’internationalisation, à la
mondialisation [Dumont, 2008], l’avenir des territoires est essentiellement et
directement lié aux initiatives qu’ils prennent pour optimiser leur attractivité.
Effectivement, le temps où l’État central pouvait, par sa seule action, avoir
une politique directe déterminante pour tous les territoires est fini. Et les
investissements comme les subventions de l’État sont plutôt en réduction,
compte tenu de son endettement. En conséquence, des territoires qui
privilégient essentiellement le recours à l’État pour améliorer ou redresser leur
situation éprouvent davantage de difficultés pour accompagner les besoins de
leur tissu économique et surmonter les inévitables vicissitudes des évolutions
économiques territoriales.
Pour des territoires infrarégionaux, ce qui est vrai pour les relations avec
l’État l’est également avec des collectivités situées à un échelon hiérarchique
supérieur, les régions en France ou, plus encore, les États ou provinces
fédérés, dans des pays comme l’Allemagne, l’Espagne ou les États-Unis, où
ces États ou provinces fédérés ont des pouvoirs législatifs. En outre, au sein de
l’Union européenne, la bonne gouvernance suppose que les élus d’un territoire
entretiennent de bonnes relations avec les instances de la politique régionale
européenne, qui représentent un apport financier important dans les territoires
(notamment via le Feder et les programmes Interreg). En France comme dans
les autres pays, les régions représentent d’importants apports financiers pour
les projets des territoires infranationaux.
Il importe enfin d’insister sur le fait que les actions de l’État central ou de
puissances publiques supérieures au territoire relèvent souvent d’une politique
indirecte. Ainsi il n’y a financement européen que si le territoire déploie des
projets et montre sa capacité à les mettre en œuvre. Un territoire pourra donc
en profiter en fonction de la capacité des acteurs territoriaux à travailler en
équipe pour tirer des fruits de cette politique indirecte.
La capacité des acteurs du territoire à travailler en équipe, dans l’idéal en
suivant une stratégie commune, constitue un quatrième critère de l’analyse de
la gouvernance territoriale.
La capacité à travailler en équipe
L’existence de relations pacifiées entre les acteurs du territoire, qui fait
l’objet des deux premiers critères ci-dessus, est une condition nécessaire à la
bonne gouvernance, non une condition suffisante. Il faut aussi que les acteurs
adhèrent à un diagnostic territorial partagé, soient d’accord, par exemple, sur
le constat du positionnement du territoire dans la globalisation et sur l’attitude
à adopter.
Effectivement, tout territoire comprend des groupes (élus, chambres
consulaires, entreprises, associations professionnelles, organisations
patronales et syndicales, associations…) aux intérêts divers, ne serait-ce que
d’un point de vue temporel lié à leurs dates d’élection respectives. Compte
tenu des fonctions que chacun exerce, leur cadre de référence, leurs ambitions
peuvent être différents, voire contradictoires. Il se peut que chacun agisse
isolément, ce qui exclut toute synergie, sauf celle liée au hasard. Toutefois,
tous sont des acteurs du territoire et contribuent à sa vie et à son avenir. Vus
du territoire, ils font partie d’une même équipe qui concourt à le faire tel qu’il
est. La bonne gouvernance suppose donc qu’ils travaillent ensemble, que leurs
actions soient complémentaires et s’inscrivent dans un projet commun mu par
la solidarité, les échanges et l’entente.
Pour les élus, il ne s’agit donc pas seulement de solliciter l’avis des acteurs
économiques, sociaux et associatifs mais, bien plus fondamentalement, de
susciter leur participation, leur implication et leur adhésion en vue de
l’élaboration, de la définition et de la mise en œuvre d’un projet commun.
Dans ce contexte, l’action sur le développement territorial n’est plus de la
seule responsabilité des élus. Elle est la résultante d’un processus de
coopération et de coordination entre les différents acteurs du territoire. Le rôle
des élus relève de l’animation, de l’orientation, du pilotage et de la régulation.
Il s’agit de faciliter le partage et la confrontation des idées au service du
territoire et de faciliter les synergies des réflexions et des actions.
L’analyse de la gouvernance d’un territoire doit donc examiner si les élus,
en charge du bien commun, rendent possible une mobilisation de l’ensemble
des acteurs et des institutions sur des objectifs communs de développement
dans le cadre d’un projet intégré et cohérent. La question se pose de savoir si
tous les acteurs partagent ou acceptent de partager une même vision du
territoire à moyen terme et à long terme.
La capacité à mobiliser un faisceau d’énergies convergentes est essentielle.
Comme une équipe sportive perd ses matchs lorsque les dissensions
l’emportent sur les complémentarités, un territoire composé d’hommes et
d’institutions privilégiant l’esprit de chapelle risque d’en subir des
conséquences négatives pour son développement. Or, cette capacité des
acteurs à travailler en équipe dépend notamment d’un autre critère qu’il
convient désormais d’examiner. En effet, elle peut être favorisée ou
démultipliée par une démarche de prospective territoriale ou être un élément
explicatif de la réussite d’une telle démarche.
La capacité de prospective territoriale
L’analyse de la gouvernance peut être éclairée par le fait que le territoire a
effectué ou non une démarche de prospective territoriale. Il est vrai que porter
une démarche de prospective territoriale n’est pas aisé pour les élus, pour
deux raisons. D’abord, le fait d’être prisonnier de la tyrannie du court terme
est de plus en plus prégnant. Il est souvent demandé aux élus d’intervenir
immédiatement sur le moindre événement survenant sur leur territoire, et de
réagir sans délai à l’information qui se diffusent en continu via les nouvelles
techniques de communication. Ensuite, les élus ont inévitablement en tête
l’échéance du renouvellement de leur mandat, ce qui peut les inciter à
privilégier un horizon limité.
Toutefois, l’utilisation des méthodes de la prospective territoriale est
importante. Ces méthodes s’accompagnent d’une démarche de diagnostic.
Parallèlement, elles impliquent par nature un travail en équipe, en réunissant
l’ensemble des acteurs locaux issus de différents milieux : politiques et
économiques mais aussi des citoyens, des associatifs, etc.
La prospective territoriale est donc essentielle. Elle consiste à élaborer les
évolutions possibles d’un territoire à travers une réflexion sur les
conséquences de différentes possibilités, à imaginer des stratégies permettant
la réalisation des futurs les plus souhaitables, ainsi que le calendrier des
actions à entreprendre [Dumont, 2008]. Elle conduit d’abord – premier volet
de compréhension de la réalité présente – à faire élaborer par un groupe de
travail, qui se doit de comporter divers participants, un diagnostic du territoire.
Cet audit territorial fournit un décryptage de la situation initiale, incluant
notamment l’inventaire des atouts et des handicaps du territoire, à partir d’un
système global de variables qui permet de fonder le raisonnement.
La prospective territoriale ouvre ensuite un volet exploratoire qui doit
permettre d’identifier les enjeux, les alternatives majeures. Ce volet nécessite
de préciser deux types de phénomènes. Les « tendances lourdes » recouvrent
les évolutions qu’on estime durables à l’horizon de plusieurs années. Ces
phénomènes ont une telle inertie qu’ils ne peuvent, sauf changement structurel
brutal, s’interrompre ou s’infléchir qu’au bout d’un certain laps de temps. Le
second phénomène possible correspond aux éventuelles ruptures, soit les
variations affectant une tendance lourde et les événements à l’origine de cette
variation.
Le maintien des tendances lourdes comme les ruptures possibles dépendent
notamment du jeu des acteurs (décideur politique, responsable économique,
social, associatif, habitant…), c’est-à-dire des personnes physiques ou morales
impliquées dans la vie des territoires et y exerçant une influence, ne serait-ce
que par leur comportement individuel. Leur combinaison conduit à élaborer
des scénarios, c’est-à-dire une exploration du futur.
Enfin, la prospective territoriale vise à construire l’avenir, à opérer des
choix, à préciser des recommandations dont l’objet est double. Il s’agit, d’une
part, d’écarter les futurs non souhaités et, d’autre part, de promouvoir le futur
souhaitable. Ceci suppose d’organiser la mise en œuvre de ces choix
conformément à une réflexion stratégique.
La prospective territoriale n’est nullement de la futurologie. En effet, elle
doit se fonder sur la réalité territoriale de départ, et évaluer l’impact futur des
décisions actuelles, alors même que la diversité des facteurs et des acteurs à
prendre en compte complique la lisibilité à moyen et long termes. Pour autant,
ce souci de l’avenir ne saurait signifier le sacrifice du court terme sur l’autel
du long terme.
Le premier dessein, la finalité de la prospective territoriale est bien
d’éclairer les enjeux, et de constituer des outils d’aide à la décision, voire
d’élaborer un projet de territoire. La méthodologie de la prospective
territoriale peut contribuer à créer une culture partagée, à construire des outils
de veille et d’observation, donc à faire émerger, développer ou renforcer
l’esprit d’équipe des acteurs du territoire.
En l’absence de toute démarche, même partielle ou modeste, de prospective
territoriale, il est à craindre que le territoire ne soit prisonnier d’une gestion à
court terme dictée par l’urgence. Dans ce cas, signe d’une gouvernance
insuffisante, les acteurs du territoire risquent de n’avoir pas conscience que
son avenir dépend d’eux-mêmes et qu’ils disposent d’une certaine latitude de
choix et d’action.
Si, au contraire, un projet de territoire existe, résultat ou non d’un véritable
travail d’équipe, ayant éventuellement utilisé les méthodes de la prospective
territoriale, il faut le décrypter.
Le décryptage de l’éventuel projet de territoire
Le projet de territoire doit être examiné notamment au prisme du plan
économique, même si ce n’est que l’un de ses aspects. À ce titre, tout territoire
devrait avoir pour objectif de préserver et de promouvoir l’emploi, dans un
cadre conforme à un développement durable. Il peut déployer à cette fin une
offre économique, par la mise en œuvre de politiques de compétitivité. Ces
politiques doivent tenir compte de la demande et, donc, définir d’abord les
cibles de l’offre, c’est-à-dire les segments de marché auxquels elle
s’intéressera. Tout territoire devrait différencier les caractéristiques des
entreprises visées. D’une part, il lui faut diversifier son offre pour l’adapter à
des segments variés, dont l’énoncé suppose une analyse consistant à
décomposer le marché en un certain nombre de sous-ensembles (ou segments)
distincts et homogènes. D’autre part, l’offre économique du territoire doit être
orientée en fonction de ses atouts de développement, qu’ils soient déjà
existants ou potentiellement mis en œuvre.
Au plan économique, l’alternative d’un projet de territoire est la suivante.
Dans un cas, il est fondé sur un souci de compétitivité, d’ouverture au monde,
de politique territoriale offensive. À l’opposé, il exprime, explicitement ou
implicitement, un repli sur soi, une attitude de fermeture, en essayant de
protéger ce qui peut l’être, en refusant de chercher des complémentarités ou
des mises en réseau avec d’autres territoires ou en adoptant un comportement
défensif.
Un autre élément d’appréciation d’un projet de territoire porte sur sa
spécificité, son originalité, son adéquation aux caractéristiques propres du
territoire. En effet, il n’est pas rare de lire des documents intitulés « projet de
territoire » qui ne sont qu’un « copier-coller » de généralités transposables à
n’importe quel projet de territoire.
Reste un dernier critère pour l’analyse de la gouvernance territoriale. En
effet, de même qu’il est rare qu’une équipe sportive puisse gagner une grande
compétition si elle n’a pas un bon capitaine et de bons joueurs, il importe de
s’interroger sur l’existence d’un chef de file du territoire et d’hommes de
réseaux.
L’existence d’un chef de file et d’hommes de réseaux
L’histoire des territoires montre que la bonne gouvernance s’appuie souvent
sur l’existence d’un chef de file territorial, qui sait faire travailler en équipe les
acteurs du territoire. D’une part, de même que les musiciens éprouvent de
grandes difficultés à jouer une œuvre collective en l’absence d’un chef
d’orchestre, les acteurs du territoire ont besoin, pour activer leur synergie, de
la précieuse présence d’une personne ayant la qualité d’un chef de file. Ce
dernier n’est pas nécessairement un élu politique. Ce pourrait être le chef
d’une grande entreprise s’impliquant fortement dans le territoire ou le
représentant d’une chambre consulaire, mais c’est le plus souvent un élu, que
ses fonctions mettent en charge du bien commun.
Mais, comme le chef d’orchestre n’est rien sans ses musiciens, le chef de
file d’un territoire n’est rien sans l’existence d’un ensemble d’acteurs qui
reconnaissent les capacités d’animation du chef de file et font bénéficier le
territoire de leurs propres compétences et réseaux.
Le diagnostic de la gouvernance doit donc analyser deux éléments :
le premier concerne le chef de file. Soit le territoire dispose d’un chef
de file accepté et reconnu ; soit, au contraire, il n’existe aucun acteur de
ce type ; soit encore un acteur possède une certaine envergure, mais il est
mal accepté, ce qui donne lieu à des tensions. Il se peut aussi que le
territoire ne dispose plus de chef de file mais continue, au moins pendant
une certaine période, de bénéficier des effets d’entraînement engendrés
par un chef de file aujourd’hui disparu ;
le second élément est de savoir si le territoire recèle des hommes ou
des femmes de réseau, susceptibles de faciliter l’esprit d’équipe au sein
du territoire, mais aussi d’animer les relations externes du territoire. Les
compétences de ces hommes de réseau peuvent être diverses. Certains
peuvent avoir une capacité stratégique qui les conduit à faire émerger des
relations réticulaires. D’autres peuvent savoir mettre en synergie des
acteurs qui, seuls, n’auraient pas imaginé leur complémentarité. D’autres
encore peuvent exceller dans la veille informative et surtout dans l’art de
faire circuler les informations permettant aux acteurs du territoire de
progresser constamment dans la connaissance.
Les différents critères du diagnostic de l’analyse de la gouvernance
territoriale présentés ci-dessus sont sans doute complexes à évaluer. Toutefois,
ce diagnostic peut également s’appuyer sur des éléments précis.
L’examen des outils de la gouvernance
Pour approfondir l’analyse de la gouvernance, il est possible d’examiner ses
outils ou ses résultats concrets, en l’occurrence les moyens institutionnels,
collectifs ou associatifs, l’organisation et les vitrines du tissu économique, et
l’insertion dans des réseaux pertinents pour le territoire.
Les outils institutionnels collectifs ou associatifs
L’analyse de la gouvernance territoriale doit, bien entendu, considérer les
liens institutionnels formels existant sur le territoire et leur fonctionnement,
par exemple dans le cadre d’intercommunalités, de syndicats de communes,
de syndicats mixtes ou de pays. Cette analyse nécessite de se référer à
l’historique de ces liens institutionnels, pour savoir par exemple s’il existait un
district ou une communauté de communes antérieurement à une communauté
d’agglomération, et pour préciser et expliquer une éventuelle évolution de la
géographie de l’intercommunalité. Il est également nécessaire d’examiner les
transferts de compétences facultatives à l’intercommunalité, sans se limiter
aux compétences légales.
De même, si le territoire comprend un groupement d’entreprises, il convient
d’analyser son organisation, par exemple de vérifier s’il existe un collège des
petits sous-traitants. Il importe aussi de préciser les fonctions du groupement
d’entreprises, souvent très variables : propositions pour le territoire,
partenariat avec les collectivités territoriales, achats communs, gestion de
services aux entreprises comme les pépinières…
Un territoire peut bénéficier d’une variété d’associations liées au
développement local, par exemple les unes réunissant les chefs d’entreprise,
d’autres se consacrant à la promotion des entreprises, au dialogue entre
acteurs privés et publics du territoire ou à faciliter les échanges entre des
chercheurs locaux. Dans ce cas, il importe de savoir si ces associations ont des
liens, par exemple du fait de membres communs. Enfin, l’existence de pôles
de compétitivité ou d’un pôle d’excellence rurale fait partie des outils
institutionnels à analyser, puisque ces instances supposent une reconnaissance
administrative.
Parmi les outils institutionnels ou associatifs, la gouvernance peut
s’apprécier par les choix d’adhésion à des associations interterritoriales
porteuses d’avantages en réseau pour le territoire. L’existence de relais, de
points d’appui, de complémentarité, de projets porteurs avec d’autres
territoires témoigne, s’ils sont fructueux, d’une bonne gouvernance.
Il faut donc s’interroger sur la pertinence des jumelages éventuels, vérifier
s’ils s’inscrivent ou non dans une logique de complémentarité ou d’échanges
d’expérience ou s’il s’agit de choix insuffisamment étayés. Pour illustrer des
associations interterritoriales qui ont été ou sont productrices d’avantages,
citons par exemple la communauté de travail des Pyrénées ou bien les quatre
moteurs, cette coopération originale en Europe, née en 1988, qui concerne
quatre régions non limitrophes : la Catalogne en Espagne, la Lombardie en
Italie, le Bade-Wurtemberg en Allemagne et la région Rhône-Alpes en France
[Dumont, 2004].
Enfin, il existe des outils institutionnels de facto lorsque des élus locaux
disposent de mandats nationaux ou européens leur permettant d’élargir leur
réseau ou leur connaissance des mécanismes de la politique régionale
européenne au profit de leur territoire.
Outre les outils institutionnels ou associatifs, l’analyse de la gouvernance
territoriale doit s’intéresser à l’organisation du tissu économique.
L’organisation et les vitrines du tissu économique
Le mode et la qualité de la gouvernance peuvent également transparaître
dans l’organisation du tissu économique. Il s’agit de déterminer qui gère les
zones d’activités, qui décide d’un agrandissement d’une zone ou de la création
d’une nouvelle. Il importe de préciser si les zones d’activités sont généralistes
ou, au contraire, si elles ont une ou plusieurs spécialisations leur donnant une
identité économique.
Un autre élément de l’organisation économique du territoire porte sur les
éventuels services d’accueil aux entreprises, destinés à aider les entreprises
existantes à se développer ou à surmonter d’éventuelles difficultés, et chargés
d’assister les sociétés en création et les entreprises candidates à une
installation sur le territoire. Cela peut être complété par un jugement sur
l’accueil des responsables au questionnement sur le diagnostic de leur
territoire, sur la disposition à livrer de l’information économique ou, au
contraire, à pratiquer sa rétention. Il faut aussi se demander s’il existe ou non
un système de veille territoriale, dont le champ peut être plus ou moins large :
législatif, juridique, réglementaire, économique, technologique…
L’analyse des vitrines du tissu économique éclaire aussi en partie sur la
qualité de la gouvernance. Il faut d’abord se demander s’il existe des
documents d’information ou un site Web sur le tissu économique. Si la
réponse est positive, leur qualité, leur présentation, leur contenu, leur mise à
jour peuvent être jugés.
Enfin, les résultats de la gouvernance peuvent aussi se révéler par des
visites de terrain sur le territoire.
L’image des lieux structurant la géographie du territoire
Le terrain est un bon témoin de la gouvernance. L’absence d’aménagement
de la sortie de l’aéroport, une place de gare délaissée, n’ayant connu aucune
réhabilitation depuis plusieurs décennies, des entrées de ville affligeantes, une
signalétique inexistante, insuffisante ou de mauvaise qualité, sont autant
d’éléments qui laissent douter de la qualité de la gouvernance.
De même, cette dernière se juge sur l’effet des décisions récentes de
composition urbanistique du territoire, sur la volonté d’identification du
territoire par les choix d’aménagement et de localisation valorisant des lieux
structurants porteurs d’identité (place, équipements, médiathèque…). Peut-on
penser que la gouvernance est satisfaisante si un territoire n’offre rien de bien
avenant en termes d’aménagements – voies de circulation, abords des
éléments patrimoniaux, berges de fleuves ou rivières, voirie urbaine, artères
commerciales, parkings, trottoirs –, s’il faut déplorer un niveau d’entretien
insuffisant, une absence de plantations, un mobilier urbain de mauvaise
qualité… Dans ce cas, l’image que donne la gouvernance est de se limiter à
une simple administration du territoire.
À l’inverse, une visite de terrain peut démontrer le souci d’aménagements
de qualité (places, écoles, rues, trottoirs…) et le résultat positif d’actions de
réhabilitation urbaine, éventuellement réalisées dans le cadre d’opérations
programmées d’amélioration de l’habitat (OPAH).
La gouvernance est donc une composante essentielle de tout territoire et
contribue à sa compréhension. Son analyse, partie intégrante du diagnostic
territorial, passe, d’une part, par l’examen d’éléments assez objectivement
constatables, comme les liens institutionnels internes et externes au territoire,
ses aménagements, ou les vitrines du tissu économique. Elle relève, d’autre
part, d’une dimension plus complexe, qui requiert notamment de décrypter les
relations entre les élus, entre les élus et les acteurs économiques, et d’évaluer
la capacité des acteurs du territoire à œuvrer au service d’un projet de
territoire.
Pour autant, la démarche consistant à traiter les données quantitatives et
bibliographiques concernant le territoire, à l’examiner in situ, à analyser sa
gouvernance, le tout appuyé sur des entretiens avec ses acteurs, est-elle
suffisante pour la complétude du diagnostic territorial ? La réponse est
négative. En effet, la bonne compréhension d’un territoire suppose une mise
en perspective et une comparaison avec d’autres. Cette dernière démarche,
certes nécessaire, ne saurait être menée sans précaution et impose une
méthode appropriée.
Chapitre 6
Le diagnostic comparatif de territoires
LE DIAGNOSTIC MONOGRAPHIQUE permet d’accéder à la connaissance
approfondie d’un territoire unique. Pourtant, peut-on bien se connaître sans se
comparer ? Prenons l’exemple des réseaux de transport dont dispose un
territoire. L’analyse monographique a permis de clarifier le maillage des
dessertes, et même de distinguer au sein du réseau les atouts, par exemple
l’organisation embryonnaire ou la proximité d’un nœud autoroutier, et les
handicaps, par exemple le défaut de liaisons multimodales entre les transports,
même à l’état.
Mais, en la matière, le diagnostic monographique n’est jamais suffisant et
l’analyse comparative est impérative. Pour le démontrer, prenons l’exemple
des dessertes. Le diagnostic monographique a certes permis de savoir si la
situation géographique du territoire a évolué (ou non) de façon absolue avec
l’extension et/ou une meilleure organisation de son propre réseau de dessertes.
Mais seule l’analyse comparative permet de savoir si la desserte du territoire
étudié s’est améliorée de façon relative, moins que d’autres, ou mieux que
d’autres, donc si le territoire n’est pas passé d’une excellente desserte à un
enclavement relatif ou, à l’inverse, d’un enclavement relatif à une très bonne
desserte. Par exemple, un territoire mal desservi par le réseau routier peut voir
sa position se modifier après la réalisation d’une desserte autoroutière ou
l’ouverture d’un double échangeur sur une autoroute préexistante. En
revanche, un territoire qui était bien desservi par le réseau des routes
nationales peut voir sa situation se détériorer s’il se trouve à l’écart du
développement du réseau autoroutier. Un territoire qui se trouvait très bien
placé dans les réseaux ferroviaires classiques peut être dans une situation
relative nettement moins favorable s’il est placé à l’écart du réseau TGV,
devenu le principal réseau ferroviaire, et se voit ramené à des fréquences et
des horaires moins intéressants qu’auparavant. Un territoire dont les dessertes
aéroportuaires étaient inexistantes ou très faibles peut se trouver dans une
situation nettement améliorée sous l’effet de l’essor, depuis les années 2000,
des compagnies à tarifs réduits. Mesurer l’évolution de la place relative d’un
territoire dans les réseaux de transport est donc un élément essentiel du
diagnostic.
Comme le montre ce qui précède, le diagnostic territorial comparatif ne
relève pas du simple souci de satisfaire sa curiosité, ce qui pourrait expliquer
son absence fréquente dans les rapports voulant faire le bilan d’un territoire,
mais il est essentiel. Il ne permet pas seulement d’améliorer grandement la
connaissance du territoire étudié ; il est inhérent à une connaissance
satisfaisante du territoire.
L’objectif du diagnostic territorial comparatif est multiple et peut se
décliner en trois types selon son niveau d’approfondissement. Un premier type
se limite à relativiser l’analyse monographique du territoire, notamment en
comparant les résultats de son analyse quantitative à ceux des territoires plus
larges (régionaux, nationaux) qui l’incluent. Un deuxième type consiste à
mettre en perspective les enseignements tirés du diagnostic du territoire en
proposant quelques comparaisons éparses, mais éclairantes. Enfin, un
troisième type confronte de façon systématique plusieurs territoires.
Quel que soit le niveau d’approfondissement mis en œuvre, effectuer des
comparaisons est essentiel pour plusieurs raisons. D’abord, bien se connaître
suppose de pouvoir confronter, par exemple, les résultats de l’analyse
quantitative du territoire avec les moyennes régionale ou nationale. Ensuite,
cela peut permettre de prendre connaissance de telle ou telle initiative prise
dans un autre territoire et de rechercher sa traduction appropriée. En outre, elle
permet de mieux connaître d’autres territoires, ce qui peut conduire à
souligner des différences capables de susciter de l’émulation, comme cela
existe dans le domaine sportif, mais aussi à faire naître des idées en vue
d’engager des actions en réseau. Le diagnostic territorial comparatif peut donc
aboutir à bénéficier de retours d’expérience, mais aussi à mutualiser les
analyses et les connaissances, voire des projets.
Dans ce chapitre, il s’agit de préciser une méthode permettant de confronter
de façon systématique des territoires selon le troisième type de diagnostic
présenté ci-dessus. Cette méthode comporte des étapes qu’il convient d’abord
de préciser avant de définir les trois types de critères utilisés, qualitatifs,
quantitatifs mesurant la situation et quantitatifs mesurant les évolutions, puis
d’établir des grilles d’analyse comparative.
Les étapes de la méthode du diagnostic comparatif de territoires
La méthode du diagnostic territorial comparatif nécessite de préciser
l’enchaînement qui se fonde sur l’apport des comparaisons qualitatives et
quantitatives, en passant par les grilles d’analyse, afin d’aboutir, dans un
troisième temps, à l’élaboration d’une typologie des territoires étudiés. Mais il
faut préalablement choisir des territoires susceptibles d’être comparés.
La première étape consiste donc à retenir des territoires comparables. En
effet, la diversité du peuplement, du tissu économique, des fonctions assumées
selon les territoires signifie que certaines comparaisons n’auraient pas de sens.
Par exemple, lors d’une comparaison entre les métropoles régionales
intermédiaires françaises [Dumont, 2007], soit Caen, Clermont-Ferrand,
Dijon, Metz, Montpellier, Orléans et Rennes, nous avions écarté Rouen, qui
comptait pourtant de nombreuses caractéristiques communes avec les
métropoles précédentes. En effet, trois éléments pouvaient fausser la
comparaison. D’abord Rouen a une importante fonction portuaire, sans
équivalent dans les autres métropoles régionales intermédiaires, ce qui la
distingue fortement. Le trafic portuaire fait de Rouen le cinquième port
français, le premier port français de céréales, avec un certain nombre
d’industries lourdes liées au port (raffinage du pétrole). Parmi les autres
métropoles régionales intermédiaires, seules Metz et Caen exercent une
fonction portuaire, mais beaucoup plus réduite. En deuxième lieu, Rouen
dispose d’un positionnement économico-industriel exceptionnel par rapport à
Paris. Sa situation géographique et sa fonction d’avant-port de Paris la lient
fortement à la capitale, tant pour les centres de décisions qu’à l’examen du
nombre élevé de migrations alternantes. En troisième lieu, l’urbanisation entre
Rouen et Paris est quasi continue, avec un semis de petites agglomérations
s’alignant le long de la Seine, et il n’y a pas de « trous » importants de
peuplement, comme cela se constate dans la Beauce, entre Orléans et Paris.
Autre exemple éclairant l’importance d’un choix approprié des territoires
dont la comparaison systématique est pertinente : les unités urbaines
d’Arcachon, en Gironde, d’Haguenau, dans le département du Bas-Rhin, et de
Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, comptent chacune un nombre d’habitants
du même ordre de grandeur. Mais leur comparaison systématique s’avérerait
fort discutable compte tenu de la diversité de leur situation géographique et de
leurs fonctions économiques. Arcachon, ville résidentielle et touristique,
compte une population présente [Terrier, 2011] beaucoup plus élevée que sa
population statistique ; Haguenau est une sous-préfecture incluant des
entreprises renommées comme le groupe agroalimentaire américain Mars ou
le pôle mécatronique de Siemens, tandis que Thonon-les-Bains, également
sous-préfecture, cumule des activités touristiques, dont le thermalisme, avec
sa position géographique dans le bassin d’emploi d’une métropole
internationale, Genève, et sa proximité avec la capitale du canton de Vaud,
Lausanne.
Des territoires soumis à comparaison sont forcément différents. Mais il est
nécessaire d’examiner les éléments qui peuvent rendre la comparaison
pertinente et montrent que les territoires considérés sont de nature
comparable. Le choix effectué selon des critères définis, le travail comparatif
commence d’abord par une connaissance fine de chaque territoire, mariant les
diverses composantes de la méthode exposée dans les chapitres précédents, et
recherchant les atouts et les faiblesses. Parallèlement, les différentes étapes
comparatives peuvent être entreprises, à commencer par l’analyse quantitative
comparée.
Pour obtenir le même type de connaissance quantitative, il faut, bien
entendu, choisir pour les différents territoires les mêmes indicateurs et les
soumettre au même traitement. L’analyse quantitative conduit à comparer
successivement les indicateurs de situation des territoires, c’est-à-dire les
indicateurs résultant de la photographie chiffrée à une date semblable qui peut
être celle du recensement, puis les indicateurs cinétiques, avant d’effectuer la
synthèse de ces deux approches, de situation et cinétique.
Pour chaque critère, une première étape consiste à classer les territoires. Le
rang ainsi déterminé permet d’affecter à chaque territoire un nombre de points
équivalant à ce rang. Par exemple, un point est affecté au territoire en
première position dans le classement de la population totale, deux points au
territoire situé en rang deux, etc.
Dans une deuxième étape, pour chacun des ensembles de critères, un
classement devient possible par l’addition du nombre de points obtenus,
sachant que la meilleure attractivité est attribuée au territoire comptant le
moins de points, qui a donc obtenu en moyenne les meilleurs rangs. Cette
simple addition de points signifie que chaque paramètre est considéré comme
ayant une importance identique. En effet, aucune recherche scientifique ne
permet de retenir une pondération qui ne pourrait donc être que subjective.
La troisième étape, en additionnant les points de tous les paramètres,
permet d’obtenir un classement général, sachant que l’importance et la variété
du nombre de paramètres sont la meilleure garantie de la qualité des résultats.
Le territoire qui obtient le moindre nombre de points peut objectivement être
considéré comme ayant le meilleur diagnostic. Puis le résultat des autres
territoires devient moins satisfaisant au fur et à mesure que leur nombre de
points augmente. Le territoire au diagnostic le moins favorable est, bien
entendu, celui qui compte le nombre de points le plus élevé.
Toutefois, la comparaison spatiale ne peut se contenter de connaissances
quantitatives. Il faut la compléter par les éléments des analyses in situ et de la
gouvernance. Ces derniers requièrent de construire des grilles comparatives
portant sur les thèmes suivants : les connexions autoroutière, ferroviaire, et
aéroportuaire, le site et son originalité, l’architecture, la zone d’influence, la
dimension touristique, la notoriété, le caractère et la diversité de son tissu
économique et la gouvernance. La synthèse de ces douze grilles permet
d’établir une nouvelle typologie spécifique des territoires comparés. Enfin, la
combinaison des éléments précédents conduit à la réalisation d’un classement
final des territoires pouvant déboucher sur une typologie également finale.
Une fois déterminées les étapes de la méthode du diagnostic comparatif des
territoires, les critères utilisés dans les analyses quantitative et qualitative
peuvent être précisés.
Les critères de l’analyse quantitative de situation
Considérons d’abord les critères de l’analyse quantitative de situation. Leur
sélection, fondée sur les principes exposés dans le chapitre 1, peut déboucher
sur l’utilisation de douze critères de comparaison, sachant qu’il importe de ne
pas multiplier les variables et qu’il est préférable de choisir des indicateurs
aisément calculables. Parmi les douze critères retenus, trois concernent la
population, trois l’emploi, trois les revenus et trois le logement, chacun étant
significatif d’un aspect du diagnostic territorial.
Les indicateurs démographiques
Le premier critère de population compare la taille démographique des
territoires. Cette comparaison n’est pas inutile car les théories spatiales
montrent que des différences de taille peuvent influer sur la capacité
d’attraction des territoires. Ainsi, selon les travaux de William J. Reilly sur
l’aire d’influence des villes, le territoire est une surface « sur laquelle se
dessinent des zones d’attraction et que parcourent des lignes de potentiel »
[MORAN, 1966, p. 24]. Ce que l’on désigne sous le nom de « loi de Reilly »,
formulée dans des textes de 1929 et 1931, peut se résumer ainsi : « une ville
attire la clientèle en raison directe de sa population agglomérée et en raison
inverse du carré de la distance » [PIATIER, 1979, p. 44]. Notons que cette
théorie semble inspirée par la loi de la gravitation universelle d’Isaac Newton,
sans pouvoir atteindre la rigueur mathématique de cette dernière.
En conséquence, même pour des territoires qui s’inscrivent dans une même
fourchette démographique, par exemple entre 15 000 et 30 000 habitants, les
différences de peuplement peuvent impliquer une attractivité plus ou moins
importante, ne serait-ce que parce que l’éventail des fonctions urbaines est en
partie dépendant du peuplement. Ce facteur, bien qu’élémentaire, est souvent
négligé dans les comparaisons qui privilégient les indicateurs économiques.
Or, une population double représente deux fois plus de consommateurs
potentiels, des commerces, des services et des équipements plus développés,
dont certains n’apparaissent qu’à partir d’un certain seuil de population. C’est
aussi un marché plus important de l’emploi et donc, a priori, un éventail plus
large de métiers. Autant d’éléments qui, ceteris paribus, offrent des atouts
relatifs aux territoires les plus peuplés.
Au-delà du peuplement, la répartition par âge est une caractéristique
importante car elle détermine la population active potentielle et influence la
structure de la consommation. Il importe donc de l’appréhender par deux
indicateurs.
Le pourcentage des moins de 15 ans dans la population totale, soit le
rapport entre le nombre de moins de 15 ans et les effectifs de la population
totale, est retenu ici de préférence au pourcentage de moins de 20 ans,
traditionnellement utilisé en France comme indicateur de jeunesse. Il est
conforme aux publications statistiques internationales qui indiquent le plus
souvent les moins de 15 ans. En effet, ce critère permet de prendre en compte
une évolution plus récente, portant sur les quinze dernières années et non sur
les vingt dernières. Ce pourcentage influe sur la structure des dépenses des
collectivités territoriales et de l’État sur le territoire considéré,
particulièrement au titre de l’éducation. Un territoire jeune signifie des
perspectives favorables pour sa population active, même si elles dépendent
aussi du système migratoire futur. Inversement, un territoire comptant un
faible pourcentage de jeunes peut risquer à terme un déficit de main-d’œuvre
locale. La croissance de l’emploi ne peut alors être exclusivement endogène et
implique donc des capacités à attirer de la main-d’œuvre. Par « population
totale », il faut entendre, pour cet indicateur comme pour les suivants, depuis
le nouveau recensement mis en œuvre depuis 2004, ce que la loi de 2002
régissant ce nouveau recensement appelle la « population municipale » et la «
population sans double compte » pour les recensements précédents.
Le pourcentage des 60 ans ou plus dans la population totale, soit le rapport
entre le nombre de 60 ans ou plus et le nombre d’habitants, permet de
déterminer le poids des personnes âgées dans un territoire donné. La borne
d’âge de 60 ans reste traditionnellement retenue en France, même si les
organismes internationaux retiennent généralement les 65 ans ou plus et si le
report de l’âge légal de la retraite à 62 ans est envisagé en France pour 2018.
Mais, dans les années 2010, l’âge moyen de départ à la retraite demeure, en
France, inférieur à 60 ans. Un fort pourcentage de 60 ans ou plus peut signifier
des charges actuelles ou futures spécifiques pour le territoire et entraîner une
structure particulière des dépenses publiques (communes, départements) et de
la demande économique.
Tableau 9 Indicateurs quantitatifs de situation du diagnostic comparatif de
territoires
Variables utiliséespour calculer
Thème Indicateur
l’indicateur
Population « municipale » (selon la
1 Population
terminologie légale)
Pourcentage de moins de 15
ans dans la population « Nombre de moins de 15 ans
municipale »
2
Population
Population « municipale »
Pourcentage de 60 ans ou plus
Nombre de 60 ans ou plus
dans la population « municipale »
3
3
Population « municipale »
Taux de la population active
Nombre d’actifs ayant un emploi
occupée
Emploi 4
Population active totale
Taux de cadres et PIS Nombre de cadres et PIS
5
Population active ayant un emploi
Emploi
Taux d’emploi Nombre d’emplois
6
Population « municipale »
7 Revenu annuel médian Revenu annuel médian
Part des revenus de pensions,
Pensions, retraites et rentes
retraites et rentes
8
Revenu Revenus totaux des ménages
Part des ménages fiscaux
Nombre des ménages fiscaux imposés
imposés
9
Nombre de ménages
Nombre de ménages propriétaires de
Part des propriétaires
leur résidence principale
10
Nombre de résidences principales
Nombre de ménages locataires d’un
Part des logements HLM logement HLM comme résidence
principale
11
Logement
Nombre de résidences principales
Part des logements construits Nombre de logements construits
depuis 1990 depuis 1990 parmi les résidences
12 principales
Nombre total de résidences principales
Source : © Population & Avenir, 2012
Comme les indicateurs strictement démographiques, ceux concernant
l’emploi sont également au nombre de trois.
Les indicateurs de l’emploi
Le premier, le taux de la population active occupée rapporte le nombre
d’actifs résidant dans le territoire ayant un emploi, quel que soit le lieu de cet
emploi, donc dans le territoire ou en dehors, à la population active totale du
territoire. Un taux élevé de la population active occupée apparaît favorable,
reflétant a contrario un taux de chômage limité. À l’opposé, si ce taux est
faible, il est révélateur d’une situation défavorable, avec une part importante
de personnes en âge de travailler qui se retrouvent en situation de demandeurs
d’emploi.
Le taux de cadres et PIS (professions intellectuelles supérieures) rapporte le
nombre de cadres et PIS résidant dans le territoire aux effectifs de la
population active ayant un emploi. Il s’agit précisément de prendre en compte
les « professions libérales, cadres et professions intellectuelles supérieures »
selon la nomenclature générale en six catégories socioprofessionnelles de
l’Insee. Rappelons que les cinq autres sont les « agriculteurs exploitants », les
« artisans, commerçants et chefs d’entreprise », les « professions
intermédiaires », les « employés » et les « ouvriers ». Le taux de cadres et PIS
permet d’examiner si les territoires étudiés s’inscrivent dans des activités
impliquant des catégories socioprofessionnelles relativement élevées et, donc,
si ces territoires sont bien placés dans l’économie de la connaissance. Cette
dernière peut se définir comme « un système productif optimisant les
complémentarités organisationnelles et technologiques entre la production de
biens et services, la formation et la recherche, associé à un mode de
circulation de l’information entre les acteurs économiques permettant la pleine
utilisation du potentiel de productivité » [Dumont, 2010]. Un taux de cadres
élevé est révélateur de l’importance relative des emplois qualifiés et, donc,
indirectement, de la proportion d’activités à haute valeur ajoutée, ainsi que
d’un meilleur pouvoir d’achat de la population. Inversement, un taux faible
signifie une forte prépondérance d’emplois moyennement ou peu qualifiés, un
moindre pouvoir d’achat et une place moins enviable dans l’économie de la
connaissance.
Troisième indicateur concernant l’emploi, le taux d’emploi est le rapport
entre le nombre d’emplois et la population totale du territoire considéré. Le
numérateur additionne tous les emplois localisés sur le territoire, qu’ils soient
occupés par des personnes habitant dans ce territoire ou en dehors. Il s’agit
donc, selon la terminologie de l’Insee, des « emplois au lieu de travail ». Le
taux d’emploi met en évidence l’importance des territoires étudiés comme
pôles d’emploi. Élevé, il signifie un territoire qui exerce une attraction sur une
aire étendue au-delà de ses limites. En revanche, un faible taux révèle une
dépendance extérieure pour l’emploi, vis-à-vis d’autres territoires,
caractéristique d’un territoire davantage résidentiel.
Après les indicateurs d’emploi, ceux de revenus sont également au nombre
de trois.
Les indicateurs de revenu
Le revenu annuel médian est la valeur en euros qui représente le milieu de
la répartition des revenus des ménages, classés selon la taille de leur montant.
Un revenu médian relativement bas constitue une situation peu favorable, car
il est le révélateur de la faiblesse relative du pouvoir d’achat de la population
du territoire et, donc, de la consommation. C’est aussi, bien souvent, le reflet
du faible dynamisme économique du territoire et/ou de l’importance relative
d’emplois peu qualifiés.
Le deuxième indicateur de revenu rapporte les revenus de pensions,
retraites et rentes aux revenus totaux des ménages. Précisons que le terme de
pension recouvre aussi, outre les pensions de retraite, les revenus de pensions
d’invalidité et de pensions alimentaires. L’importance des revenus de pensions
témoigne d’une proportion de personnes âgées relativement importante. Dans
ce cas, un pourcentage élevé de revenus de pensions, même s’il s’agit d’un
territoire habité par des retraités aisés, signifie des emplois induits relevant des
catégories de services plutôt que des emplois de cadres des fonctions
métropolitaines (CFM).
La part des ménages fiscaux imposés est le pourcentage des ménages ayant
un revenu imposable parmi l’ensemble des ménages. Rappelons que le revenu
imposable comprend « l’ensemble des revenus, bénéfices et gains de toute
sorte, perçus par le contribuable, ainsi que par les membres de son foyer
fiscal, quelle qu’en soit la source, française ou étrangère ». Si cet indicateur
est faible, il témoigne de l’importance des populations aux revenus limités et,
donc, d’un pouvoir d’achat assez restreint.
À nouveau, comme pour les catégories précédentes, les critères de
logements utilisés sont au nombre de trois.
Les indicateurs de logement
Premier indicateur de logement retenu, la part des propriétaires dans les
résidences principales est le rapport entre le nombre de ménages propriétaires
de leur résidence principale et le nombre de résidences principales. Rappelons
qu’« un logement est un local utilisé pour l’habitation ». Un propriétaire
occupant est susceptible de s’impliquer davantage dans la vie de son territoire,
du fait qu’il est assujetti à la taxe foncière et à la taxe d’habitation et que la
valeur de son bien immobilier est notamment dépendante de l’évolution de
l’attractivité du territoire. Un faible taux peut témoigner d’une relative
pauvreté, ou refléter les caractéristiques de l’habitat du territoire. En effet,
habituellement, une proportion élevée de propriétaires domine dans l’habitat
individuel mais elle est moindre dans l’habitat collectif.
La part des logements HLM dans les résidences principales rapporte le
nombre de ménages locataires d’un logement HLM comme résidence
principale au nombre de résidences principales. Sont considérés comme
logements HLM : « les logements appartenant à des organismes HLM
(habitation à loyer modéré) ou à d’autres bailleurs de logements sociaux et qui
sont soumis à la législation HLM pour la fixation de leur loyer ». En réalité,
depuis une ordonnance de 2007, la dénomination juridique d’Office public de
l’habitat (OPH) a regroupé les anciens OPHLM (Offices publics d’habitations
à loyer modéré) et les anciens Offices publics d’aménagement et de
construction (OPAC), mais l’habitude perdure de dénommer HLM
l’ensemble. La part des logements HLM illustre l’importance relative de
populations à revenus modestes. Cependant, dans certains cas, un pourcentage
élevé peut résulter d’une politique municipale de construction active de
logements sociaux pour les jeunes actifs, sans que cela soit nécessairement le
témoin d’une pauvreté relative.
Le troisième indicateur de logement rapporte le nombre de logements
construits depuis 1990 parmi les résidences principales au nombre total de
résidences principales. Cette part des logements construits depuis 1990, qui
témoigne de l’importance de l’urbanisation récente, peut révéler un certain
dynamisme démographique, une croissance naturelle ou une attractivité
migratoire, même si son évolution doit être relativisée en fonction du nombre
de personnes par ménage. Mais cette dernière évolution n’introduit guère de
biais dans les comparaisons car elle est assez semblable selon les territoires.
En outre, si la part des logements construits depuis 1990 est assez élevée, elle
témoigne normalement de l’essor d’un secteur économique (le BTP) et des
activités induites pour l’équipement et l’entretien du logement. Toutefois, cet
indicateur appelle un bémol car il peut inclure un certain pourcentage de
résidences secondaires. Mais ces dernières signifient aussi des effets
d’entraînement économique. D’ailleurs, le nombre de résidences secondaires
est pris en compte dans le calcul de la dotation globale de fonctionnement
versée par l’État aux territoires.
L’addition des différents critères de population, économiques, de revenus et
de logement conduit à proposer douze indicateurs quantitatifs de diagnostic
territorial comparatif de situation. Ces indicateurs sont considérés à une même
date, ce qui permet de comparer les territoires à la même date et sur les mêmes
bases d’établissement de ces indicateurs. Cette analyse transversale doit être
complétée en considérant l’évolution des territoires.
Les critères quantitatifs de l’analyse cinétique
Pour l’analyse cinétique, quatorze paramètres sont retenus, répartis en sept
critères, quatre concernant la population, trois l’emploi, chacun étant
significatif d’un aspect de l’évolution des territoires. Ces paramètres
cinétiques diffèrent de ceux de l’analyse de situation, ne serait-ce que parce
que des données brutes rarement exploitables dans l’analyse de situation
prennent tout leur sens dans l’analyse cinétique.
Les critères de l’évolution de la population
Les critères utilisés pour l’évolution de la population sont au nombre de
quatre, chacun comportant deux paramètres. Le premier paramètre concerne
l’évolution de la population totale. C’est effectivement un indicateur de
l’attractivité d’un territoire car, dans un pays développé comme la France, les
territoires les plus attractifs connaissent généralement une croissance
démographique plus importante. À l’inverse, une stagnation ou un déclin
économique, donc une moindre attractivité, se traduit en général par une
stagnation ou une décrue démographique avec, par exemple, ce phénomène
que nous avons dénommé l’émigration industrielle [DUMONT, 2008]. Pour
prendre en compte l’évolution de la population totale, deux paramètres
séquentiels sont retenus, fondés sur des durées différentes pour mieux
appréhender les évolutions. Le premier considère l’évolution sur le « moyen
terme », au sens démographique, depuis le recensement de 1975, donc le
début du phénomène de para-urbanisation. Le second retient un terme plus
court, soit la dernière période intercensitaire disponible. Compte tenu du
nouveau recensement en France, il est préférable de prendre des chiffres
publiés portant sur l’année centrale des périodes quinquennales de
recensement, car ce sont ceux qui souffrent le moins de biais. Cela signifie
que les dernières périodes intercensitaires possibles sont 1999-2006, puis
2006-2011 et 2011-2016. Rappelons toutefois que les chiffres issus du
recensement ne sont disponibles que la troisième année suivante, soit fin 2013
et 2014 pour ceux de l’année 2011.
Le deuxième critère de population tient à l’évolution des composantes du
mouvement démographique. En effet, rappelons que l’évolution totale d’une
population additionne deux facteurs : l’accroissement naturel et
l’accroissement migratoire. Le premier correspond au solde entre les
naissances et les décès, donc à un excédent ou à un déficit naturel ; une
croissance naturelle traduit généralement une augmentation du nombre de
consommateurs, probablement une hausse du potentiel d’actifs et, à terme, des
actifs. Elle signifie donc, ceteris paribus, des possibilités accrues de création
de richesses. Tout cela est a priori favorable à un dynamisme endogène. En
revanche, un accroissement naturel négatif a des effets contraires, donc une
diminution du nombre de consommateurs résidant sur le territoire, s’il n’est
pas compensé par un second facteur, l’accroissement migratoire, soit le solde
entre les entrées et les sorties du territoire. Ce dernier traduit l’attractivité
démographique d’un territoire. En revanche, un solde migratoire négatif
(sorties plus importantes que les entrées) signale un territoire répulsif, donc un
déficit d’attractivité.
Tableau 10 Indicateurs quantitatifs de l’analyse comparative cinétique
Variable(s) utilisée(s)
Thème Indicateur
pour calculer l’indicateur
Pourcentage d’accroissement Population « municipale »
démographique pour la dernière période (selon la terminologie légale)
intercensitaire au dernier recensement
1
Population à l’avant-dernier
recensement
Pourcentage d’accroissement Population « municipale »
démographique sur le moyen terme au dernier recensement
2
Population sans double
compte au RGP de 1975
Taux annuel moyen d’accroissement
Accroissement naturel
naturel
Population
3
Population « municipale »
Taux annuel moyen d’accroissement Accroissement migratoire
migratoire annuel moyen
4
Population « municipale »
annuelle moyenne
Pourcentage d’accroissement de la Nombre de moins de 15 ans
population des moins de 15 ans au dernier recensement
population des moins de 15 ans au dernier recensement
5
Nombre de moins de 15 ans
à un recensement précédent
Évolution de la proportion de la
population des moins de 15 ans dans la Pourcentage de moins de 15
population « municipale » (en points de ans au dernier recensement
pourcentage)
6
Pourcentage de moins de 15
ans à un recensement précédent
Pourcentage d’accroissement de la Nombre de 60 ans ou plus au
population des 60 ans ou plus dernier recensement
7
Nombre de moins de 60 ans
ou plus à un recensement
précédent
Évolution de la proportion de la
Pourcentage de 60 ans ou
population de 60 ans ou plus dans la
plus au dernier recensement
population « municipale » (en points)
8
Pourcentage de 60 ans ou
plus à un recensement
précédent
Pourcentage d’accroissement de la Population active occupée au
population active occupée dernier recensement
9
Population active occupée à
un recensement précédent
Évolution du taux d’activité occupée (en Taux d’activité occupée au
points) dernier recensement
10
Taux d’activité occupée à un
recensement précédent
Population
Nombre de cadres et
Pourcentage d’accroissement des cadres professions intellectuelles
et professions intellectuelles supérieures supérieurs au dernier
recensement
11
Nombre de cadres et
professions intellectuelles
supérieurs à un recensement
précédent
Pourcentage de cadres et
Évolution de la proportion de cadres et
professions intellectuelles
professions intellectuelles supérieures dans
supérieures au dernier
la population active occupée (en points)
recensement
12
Pourcentage de cadres et
professions intellectuelles
supérieures à un recensement
précédent
Pourcentage d’accroissement du nombre Nombre d’emplois au
d’emplois dernier recensement
13
Nombre d’emplois à un
recensement précédent
Taux d’emploi
Évolution du taux d’emploi (en points) (emplois/population) au dernier
recensement
14
Taux d’emploi
(emplois/popu-lation) à un
recensement précédent
Source : © Population & Avenir, 2012
Deux autres paramètres se rattachent au critère de l’évolution de la
population jeune. Il s’agit, d’une part, de l’évolution du nombre de jeunes en
valeur absolue, qui met en évidence une « juvénocroissance » (augmentation
du nombre de jeunes) ou une « juvénodécroissance » (diminution) et, d’autre
part, de l’évolution de la proportion des moins de 15 ans dans la population du
territoire.
Une augmentation du nombre de jeunes de moins de 15 ans, ou
juvénocroissance, peut signifier, pour le territoire, une fécondité élevée ou une
forte attractivité pour les jeunes couples en âge de procréer ou de jeunes
familles. Elle peut être un stimulant pour la réalisation d’investissements, en
termes de formation, d’équipements… À l’inverse, une diminution du nombre
de jeunes, due à une moindre fécondité ou à un départ de couples avec enfants
du territoire, minore la demande provenant de cette tranche d’âge et peut
limiter l’intérêt de certaines réalisations, voire les rendre injustifiées.
En valeur relative, une augmentation de la proportion de jeunes présente
une double signification. Elle signifie d’une part l’absence de vieillissement
de la population « par le bas ». Elle peut donner une plus grande possibilité de
rentabiliser la diffusion de produits nouveaux, par nature davantage demandés
par des jeunes commençant à consommer ou à s’équiper. Au contraire, la
baisse de la proportion des jeunes signifie un vieillissement « par le bas » qui
modifie la structure de la demande de biens et de services, d’une façon
éventuellement défavorable aux nouveaux produits, et entraîne le risque d’une
diminution de la population active à moyen terme.
Ensuite, en haut de la pyramide des âges, il convient de s’interroger sur les
deux paramètres concernant l’évolution des 60 ans ou plus. Il s’agit de
mesurer en valeur absolue l’évolution du nombre de personnes âgées,
caractérisée par une gérontocroissance (augmentation du nombre de personnes
âgées) ou une gérontodécroissance (diminution) et, en valeur relative, un
vieillissement ou un rajeunissement.
La gérontocroissance correspond à l’augmentation du nombre de personnes
âgées résidant sur le territoire. Sa forte progression peut, compte tenu des
besoins de cette catégorie d’âge, dont une partie peut souffrir de mobilité
réduite, exiger des besoins en équipement et en services, avec des effets sur
les budgets de fonctionnement ou d’investissements publics, limitant les
marges budgétaires pour d’autres investissements davantage porteurs
d’attractivité.
Le vieillissement correspond à l’augmentation de la proportion des
personnes âgées dans l’ensemble de la population ; il modifie la structure de la
demande économique sur le territoire considéré mais aussi éventuellement son
importance, dans la mesure où les revenus des retraités peuvent s’avérer, selon
les territoires, en moyenne moindre que ceux des actifs et même en
diminution relative, compte tenu des réformes déjà engagées par diverses
caisses de retraite. Le souci de financer la promotion du territoire ou d’y
consacrer du temps peut alors être moindre que celui de multiplier des offres
de service pour les personnes âgées. En outre, une hausse de la proportion de
personnes âgées et, donc, de retraités, est un atout économique relativement
limité car le type d’emplois induits par la population des personnes âgées ne
se traduit guère par des emplois à haute qualification, donc à hauts revenus
susceptibles d’enrichir le territoire. En effet, le nombre et le niveau moyen de
qualification des emplois induits par une population de cadres sont
généralement plus élevés que ceux induits par une population de personnes
âgées, même lorsqu’il s’agit de retraités à fort pouvoir d’achat.
Au total, les quatre critères de population permettent de retenir huit
paramètres. Examinons désormais les trois critères de l’emploi permettant de
retenir six paramètres.
Les critères de l’emploi
Un premier critère économique porte sur l’évolution de la population active
occupée (ou ayant un emploi), avec deux paramètres : l’évolution du nombre
d’actifs occupés et celle du taux d’activité occupée. Le premier paramètre est
un critère plus pertinent que celui de l’évolution de la population active, qui
inclut les chômeurs et dont le contenu peut varier selon les définitions données
au chômage (définition utilisée par la France, définition au sens du BIT,
définition du « préretraité » non considéré comme chômeur…) et selon des
changements de comportement des individus dans leur souci de se déclarer
chômeurs (demandeurs d’emploi) en fonction des évolutions réglementaires.
En valeur absolue, l’évolution du nombre d’actifs occupés donne l’évolution
réelle du nombre de personnes vivant dans le territoire considéré et ayant un
emploi, donc percevant des revenus professionnels. L’augmentation du
nombre d’actifs occupés signifie qu’il y a davantage de personnes qui
exercent une activité professionnelle, dans le territoire ou en dehors, ce qui
améliore les revenus du territoire considéré (par analogie avec le revenu
national). Cela est évidemment favorable aux revenus de ce territoire, qui peut
en tirer des avantages dans la mesure où une partie importante de ces revenus
est dépensée sur place. Si, en revanche, le nombre d’actifs ayant un emploi
diminue, les revenus d’activité du territoire risquent d’être moindres.
Le second paramètre de l’évolution de la population active occupée, celle
du taux d’activité occupée, mesure l’évolution du pourcentage de la
population active habitant dans le territoire et bénéficiant d’une rémunération
liée au travail. Il se construit avec des numérateurs qui sont des mesures
directes et peu contestables. Il en résulte un indicateur plus pertinent que serait
l’évolution du taux de chômage, utilisant au numérateur des soldes, donc des
mesures indirectes reposant sur la définition complexe et variable de la
population active.
Le deuxième critère économique de l’analyse quantitative cinétique du
territoire tient à l’évolution des cadres et PIS, qui permet de distinguer deux
paramètres. Le premier paramètre de ce critère concerne l’évolution du
nombre de cadres et le second, l’évolution de la proportion des cadres dans la
population active occupée. En valeur absolue, l’augmentation du nombre de
cadres témoigne d’une hausse des actifs occupés appartenant à une catégorie
socioprofessionnelle supérieure, donc un nombre accru d’actifs disposant d’un
pouvoir d’achat relativement élevé. Au contraire, la baisse du nombre de
cadres signifie une diminution du nombre de personnes ayant un emploi
appartenant à la catégorie socioprofessionnelle supérieure des actifs occupés
et, donc, probablement, une baisse relative des revenus du territoire considéré.
L’évolution de la proportion de la population de cadres ayant un emploi
(dans l’unité urbaine ou hors de l’unité urbaine) dans la population active de
15 ans ou plus ayant un emploi, indique les changements survenant dans la
composition socioprofessionnelle des actifs occupés du territoire. Une
proportion qui augmente donne deux indications : d’une part, un pouvoir
d’achat normalement supérieur dans le territoire ; d’autre part, une possibilité
d’emplois induits plus grande, puisque les possibilités professionnelles et de
consommation des cadres engendrent davantage d’emplois que celles des
catégories socioprofessionnelles disposant de responsabilités, de compétences
professionnelles et de revenus moindres. Par exemple, une proportion plus
élevée de cadres signifie normalement un niveau culturel supérieur, en raison
d’une formation plus longue, et davantage d’exigence pour les systèmes
éducatifs, les équipements culturels et sportifs… Donc une pression accrue
pour stimuler l’attractivité du territoire.
Le troisième critère économique de l’analyse quantitative cinétique du
territoire est l’évolution des emplois dans le périmètre géographique de l’unité
urbaine. Cette évolution est un élément essentiel de l’attractivité d’un
territoire et doit être mesurée par deux paramètres : l’évolution du nombre
d’emplois et celle du taux d’emploi. La croissance du nombre d’emplois
résulte de la capacité de l’environnement économique à offrir du travail. Elle
constitue, bien entendu, et a priori, un élément positif de l’attractivité. À
l’inverse, une baisse du nombre d’emplois doit être interprétée comme une
moindre attractivité.
Enfin, il convient de considérer l’évolution du taux d’emploi, qui rapporte
le nombre d’emplois existant sur le territoire à la population totale. En effet, la
hausse relative du nombre d’emplois sur un territoire doit être vue comme une
preuve d’attractivité. En revanche, une baisse du taux d’emploi signifie une
diminution relative des emplois par rapport au nombre d’habitants, ce qui doit
être jugé comme un handicap d’attractivité. Cela peut signifier par exemple
une hausse du nombre de demandeurs d’emploi ou l’obligation pour des actifs
d’aller chercher ailleurs un emploi, faute de créations suffisantes sur le
territoire où ils habitent. La diminution du taux d’emploi du territoire dans son
ensemble peut aussi signifier soit des navettes plus longues pour rejoindre des
lieux d’emploi dans d’autres territoires, soit une implantation d’emplois sur
des territoires para-urbanisés.
En revanche, l’augmentation du taux d’emploi signifie que le territoire crée
plus d’emplois que sa population n’augmente, donc est normalement
synonyme d’attractivité. Il faut néanmoins examiner de près cette
augmentation, car le degré d’attractivité qu’elle exprime peut être très variable
selon qu’il s’agit d’emplois à haute ou à basse qualification, d’emplois créés
dans le cadre de la municipalisation d’activités précédemment gérées dans un
cadre associatif partiellement bénévole, ou d’emplois supplémentaires dans la
fonction publique territoriale, résultant de la création de structures
intercommunales, qui ne se sont pas limitées à accueillir des personnes
transférées des échelons inférieurs, communes ou syndicats.
Au total, additionnant les huit paramètres des quatre critères de population
et les six des trois critères économiques, quatorze indicateurs quantitatifs
permettent d’analyser de façon cinétique des territoires. Un tel panel est
suffisant pour le diagnostic territorial comparatif même si, bien entendu, des
indicateurs supplémentaires sont toujours possibles.
L’analyse comparative quantitative ne soulève pas de difficultés
particulières lorsque les sources utilisées sont fondées sur les mêmes concepts
pour les différents territoires considérés. Certes, en France, la qualité et, donc,
la fiabilité des chiffres issus des recensements peuvent être inégales compte
tenu des biais résultant de la nouvelle méthode de recensement mise en œuvre
depuis 2004. Toutefois, lorsque les chiffres comparés proviennent de sources
nationales, ils subissent, en partie, les mêmes biais et appellent la même
attention dans le bon usage des concepts. En revanche, si l’analyse
quantitative comparative porte au-delà, sur des données statistiques provenant
de sources locales ou internationales, une analyse comparée des concepts
utilisés est indispensable pour s’assurer que les données sont de même nature.
Le diagnostic territorial comparatif sur des données exclusivement chiffrées
doit ensuite être complété par des grilles d’analyse du type de celles proposées
ci-après.
Les grilles d’analyse du diagnostic territorial
Le diagnostic territorial se doit d’inventer des grilles comparatives
d’analyse permettant d’appréhender clairement les caractéristiques de chaque
territoire et, donc, leurs différences. Ces grilles recouvrent les critères qui ont
spécialement fait l’objet d’une analyse in situ, en proposant un système de
détermination de la spécificité de chaque territoire. Les thèmes des douze
grilles proposées couvrent les questions liées aux dessertes jusqu’à la
gouvernance, en passant notamment par l’importance de la zone d’influence
ou la dimension touristique.
La première grille d’analyse porte sur la connexion autoroutière. Elle
propose de classer chaque territoire selon sept types allant d’un accès proche à
un nœud autoroutier à un accès éloigné à une fin d’autoroute. Par exemple, le
type 5 de l’accès proche à une fin d’autoroute peut, en France, être illustré par
Oyonnax, dans le département de l’Ain, desservie par l’A404 qui se termine
dans cette unité urbaine. Un exemple du niveau 6 de l’accès éloigné à une
autoroute est Apt, dans le département de Vaucluse. Quant au niveau 7 d’un
accès éloigné à une fin d’autoroute, il peut être illustré par Embrun dans le
département des Hautes-Alpes, La Mure en Isère ou Ax-les-Thermes en
Ariège.
Grille d’analyse 1 Les types de connexion autoroutière des territoires
Grille d’analyse 1 Les types de connexion autoroutière des territoires
Connexion autoroutière
1 Accès proche d’un nœud autoroutier
2 Accès direct d’une autoroute
3 Accès proche d’une autoroute
4 Accès éloigné d’un nœud autoroutier
5 Accès proche d’une fin d’autoroute
6 Accès éloigné d’une autoroute
7 Accès éloigné d’une fin d’autoroute
Source : © Population & Avenir, 2012
La desserte ferroviaire d’un territoire fait l’objet de la deuxième grille
d’analyse. Ses deux extrêmes sont, bien entendu, l’existence d’une gare TGV
et, à l’opposé, l’absence de desserte ferroviaire, soit parce qu’il n’y en a
jamais eu, soit parce qu’elle a été supprimée. Cette grille pourrait
éventuellement être enrichie de l’existence d’une connexion intermodale. Les
six types différents de desserte ferroviaire tiennent au fait que le maillage du
réseau ferroviaire est très inégal selon les territoires. Par exemple, l’aire
urbaine de Poitiers compte deux gares du réseau TGV, Poitiers-ville et
Futuroscope, plus une troisième en cours de réalisation, tandis que le
département de l’Ardèche ne compte aucune liaison ferroviaire.
Pour établir cette grille en 2012, il faut distinguer les réseaux Sncf tels
qu’ils sont désormais organisés. La Sncf différencie deux réseaux nationaux,
le réseau TGV et le réseau Intercités. Mais dans l’ensemble des gares
concernées par le réseau TGV, certaines bénéficient pleinement de la grande
vitesse tandis que les autres sont des gares classiques dont les rails, également
classiques, accueillent certes des TGV, mais à vitesse réduite. À un troisième
niveau, les gares sont desservies par un réseau national baptisé intercités qui
comprend des services de jour ou de nuit selon les destinations. Au niveau
moindre de qualité de desserte, les territoires disposent d’une gare classique
desservie ni par le réseau TGV, ni par le réseau Intercités, mais par un réseau
TER (Transport express régional).
En outre, un diagnostic comparatif portant sur des territoires transfrontaliers
devrait examiner si ces derniers ont ou non une desserte ferroviaire dans le
cadre du réseau Railteam. Le cas favorable se présente avec les lignes
transfrontalières entre la Lorraine et le Luxembourg, l’Alsace et le Bade-
Wurtemberg, l’Alsace et la Suisse ou le Jura et la Suisse, sous oublier les
territoires français concernés par l’Eurostar vers l’Angleterre et Thalis vers la
Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne.
Grille d’analyse 2 Les types d’accès ferroviaire des territoires
Connexion ferroviaire
1 Existence d’une gare TGV sur le territoire
2 Gare classique desservie par le réseau TGV
3 Gare classique desservie par le réseau Intercités
4 Gare classique desservant une gare parisienne en moins d’une heure
Gare classique desservie ni par le réseau TGV, ni par le réseau Intercités, mais par le réseau
5
TER (Transport express régional)
6 Pas ou plus de desserte ferroviaire
Source : © Population & Avenir, 2012
Comme la desserte ferroviaire, la grille d’analyse de l’accès aéroportuaire
d’un territoire distingue six types, allant de l’accès proche à un grand aéroport
international à l’accès éloigné à un aérodrome local. Ainsi, quelques territoires
de France métropolitaine sont situés à proximité d’un aéroport international,
appartenant à un pays étranger limitrophe : dans la mesure où l’espace
Schengen signifie l’absence de contrôle douanier à la frontière terrestre, et
donc aucune perte de temps, ces territoires sont classés comme bénéficiant
d’un accès aéroportuaire favorable. Par exemple, les territoires orientaux de
l’Ain et septentrionaux de la Haute-Savoie bénéficient de l’aéroport
international de Genève. Comme pour la grille précédente, l’existence d’une
intermodalité peut compléter la comparaison. Ainsi le territoire lyonnais, dont
l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry bénéficie d’une double intermodalité avec
la ligne TGV Sud-Est et le tramway Rhônexpress qui le relie, depuis 2010, en
30 minutes à la gare de Lyon-Part-Dieu, se différencie nettement du territoire
marseillais : l’aéroport Marseille-Provence ne bénéficie d’aucune
intermodalité ni avec une grande ligne ferroviaire, ni avec un transport ferré
urbain.
Notre grille met l’aéroport local en quatrième position car de tels aéroports,
longtemps peu desservis, se sont, dans divers exemples, transformés en atout
lorsqu’ils ont su, depuis 2002, se valoriser par la création de nouvelles lignes
aériennes avec des compagnies à tarifs réduits. Les exemples sont nombreux,
comme Limoges, Bergerac en Dordogne, Carcassonne en pays Cathare,
Rodez-Marcillac…, mais aussi, dans un autre contexte, Beauvais-Tillé qui
s’est spécialisé comme aéroport de compagnies à tarif réduit pour Paris et au-
delà. En outre, pour certains aéroports régionaux, la possibilité de rejoindre un
hub comme celui de Paris-Charles de Gaulle s’est accrue.
Grille d’analyse 3 Les types de l’accès aéroportuaire des territoires
Accès aéroportuaire
1 Accès proche (moins de 50 km) d’un grand aéroport international
2 Accès proche (moins de 50 km) d’un aéroport international de moindre importance
3 Régional
4 Accès proche d’un aéroport local
5 Accès relativement éloigné d’un aéroport international (plus de 100 km)
6 Aérodrome local
7 Accès éloigné d’un aérodrome local
Source : © Population & Avenir, 2012
Une quatrième grille d’analyse présente les caractéristiques foncières du
site d’un territoire que l’on peut ramener à trois types principaux. Le premier
concerne des territoires de vastes plaines ou de plateaux bénéficiant de larges
espaces-plans comme Reims en Champagne, Lille dans la plaine de Flandre
ou Berlin en Allemagne, sachant qu’un espace-plan se définit comme un
espace se caractérisant par une vaste étendue plane. Le deuxième type
s’applique à des territoires ne disposant d’espaces-plans que dans une ou deux
directions, ce qui est généralement le cas de territoires maritimes se trouvant
sur une plaine sédimentaire, comme Les Sables-d’Olonne en Vendée ou
Knokke-le-Zoute en Belgique. Enfin, troisième type, certains territoires
offrent peu d’espaces-plans pour diverses raisons. Certains se trouvent dans
une vallée encaissée et assez étroite, comme celle de Chamonix. D’autres sont
à l’interface entre la montagne et un espace d’eau, comme Lausanne sur le lac
Léman ou Nice dans les Alpes-Maritimes, dont le seul espace-plan significatif
se trouve dans la vallée du Var.
Grille d’analyse 4 Les types principaux des caractéristiques foncières du
site des territoires
Caractéristiques foncières
1 Larges espaces-plans
2 Espaces-plans limités à une ou deux directions
3 Territoire offrant peu d’espaces-plans
Source : © Population & Avenir, 2012
Source : © Population & Avenir, 2012
L’étude de l’originalité géographique du site conduit à proposer une
cinquième grille. Son objet est de classer le cadre géographique du territoire
tel qu’il a été ressenti lors de son analyse in situ. L’originalité sera jugée très
importante si ce cadre présente un caractère qui l’identifie, et peut le rendre
attachant pour ses habitants (qui, en conséquence, n’ont pas envie d’émigrer),
attirant pour des personnes d’autres origines géographiques, ou attrayant aux
yeux des touristes comme des investisseurs. Peuvent fournir des exemples :
Nice avec sa baie exceptionnelle, Étretat pour ses falaises, deux sites
d’ailleurs largement présents dans la littérature, ou encore le Millavois avec
ses quatre Causses si différents.
Au deuxième niveau, l’originalité peut être seulement importante. Certes,
des éléments de paysage marquent le territoire, mais ne sont pas exactement
exclusifs. Par exemple, la confluence du Rhône et de la Saône et la colline de
Fourvière participent de la forte identité de Lyon, comme les hauteurs de
Buda et le Danube spécifient Budapest. Mais il est possible de trouver dans
d’autres territoires des sites aux caractéristiques semblables.
Sans être importante, l’originalité du site peut être significative parce que le
territoire possède au moins un élément clairement structurant. Par exemple,
Cavaillon, dans le Vaucluse, a un territoire formé de vastes espaces-plans,
mais ceux-ci se trouvent dominés par une colline, Saint-Jacques, qui culmine
à 180 mètres. À un quatrième niveau, le site peut compter un élément
significatif, mais ce dernier ne structure pas l’ensemble du territoire. Par
exemple, à Miramas, dans les Bouches-du-Rhône, un élément significatif,
Miramas-le-Vieux, est trop excentré dans le territoire pour être un élément
majeur de l’ensemble du site. Enfin, à un cinquième niveau, l’originalité
géographique d’un site est faible car guère d’éléments retiennent l’attention.
De façon générale, des sites de plaine sans reliefs et sans cours d’eau
significatifs ont moins d’originalité géographique que des sites de montagne
et/ou humides. Par exemple, en Europe, le Danube participe à l’identité de
Bratislava, alors que la seule présence d’un petit cours d’eau encaissé exclut
Sofia d’un tel avantage.
Il convient de noter que l’originalité d’un site peut dépendre des
aménagements réalisés. Ainsi, des villes ont perdu de leur spécificité
géographique en canalisant sous dalles des fleuves ou des rivières, parfois
même en les enfouissant sous des mètres de remblais comme la Bièvre à Paris.
Certaines de ces couvertures tenaient à des raisons sanitaires. Mais des
territoires ont su y revenir, comme la ville de Providence (Rhode Island) qui a
revitalisé son centre-ville en redécouvrant la Providence River, formée par le
confluent de deux rivières, qui avait été cachée sous une chape de béton dans
tout le centre-ville [Vermeersch, 2003]. De même, un bief de la Bièvre est
restauré à ciel ouvert sur deux tronçons. Le premier se trouve à Verrières-le-
Buisson, dans le département de l’Essonne, sur une section paysagée d’1 km
de long, bordée d’un cheminement protégé. Le second se situe sur le parc des
Prés à Fresnes, dans le département du Val-de-Marne. Une autre rivière,
l’Ondaine, a été restaurée sur 1 km, dans le quartier d’habitat social de
Firminy de Saint-Étienne métropole.
Grille d’analyse 5 Les niveaux de l’originalité géographique du site des
territoires
Originalité géographique du site
1 Très importante
2 Importante
3 Significative
4 Limitée à une partie du territoire
5 Faible
Source : © Population & Avenir, 2012
Une sixième grille d’analyse peut être établie en classant la qualité de
l’architecture, de l’urbanisme et du patrimoine du territoire. Ce critère exerce
un rôle accru dans le contexte d’économie de la connaissance, qui voit le
grand public manifester de plus en plus d’intérêt pour le patrimoine sous
toutes ses formes, notamment grâce à l’information aisément accessible par
les nouvelles technologies.
Certes, le jugement sur l’architecture, l’urbanisme et le patrimoine d’un
territoire comporte une part de subjectivité. Mais il suffit de comparer une
ville détruite lors de la Seconde Guerre mondiale et reconstruite ensuite
rapidement, avec une ville ancienne qui a été épargnée par les bombardements
pour prendre la mesure de réelles différences. Certes, il existe des cas
exceptionnels comme Saint-Malo ou Varsovie, avec des reconstructions à
l’identique mais, en général, le nouvel urbanisme résultant d’une
reconstruction ne permet pas de retrouver le patrimoine ancien. La qualité
faible d’un quartier peut aussi provenir d’un choix urbanistique erroné suite à
une destruction volontaire, comme le quartier Mériadeck à Bordeaux.
L’analyse de la qualité de l’architecture, de l’urbanisme et du patrimoine
peut se nourrir d’éléments objectifs fondés, par exemple, sur le caractère
original et sans équivalent d’un territoire selon ces critères. Ainsi, le premier
niveau, intitulé très important, peut-il s’appliquer à des villes comme Provins
ou Dijon. Le deuxième niveau, important, à une ville comme Tours. Le
troisième niveau, significatif, à une ville comme Orléans et le quatrième
niveau à une ville comme Limoges dont les atouts sont assez dispersés sur le
territoire. Enfin, des territoires ne présentant qu’une architecture banale ou
pauvre en éléments patrimoniaux relèvent du cinquième niveau.
Grille d’analyse 6 Les niveaux de la qualité de l’architecture, de
l’urbanisme et du patrimoine des territoires
Qualité de l’architecture, de l’urbanisme et du patrimoine
1 Très importante
2 Importante
3 Significative
4 Limitée
5 Faible
Source : © Population & Avenir, 2012
Source : © Population & Avenir, 2012
L’étendue de la zone d’influence d’un territoire permet de proposer une
septième grille. Il s’agit de considérer la géographie de son attractivité en
fonction de la quantité et à la qualité des services, des commerces et des
équipements. La taille de la zone d’influence d’un territoire est aussi
dépendante des réseaux de transport, de la densité des populations de son
pourtour et de la concurrence éventuelle d’autres villes de la même région. Par
exemple, la zone d’influence d’un territoire périurbain de plus de 25 000
habitants peut être faible s’il se trouve concurrencé par la ville-centre ou par
de grands centres commerciaux situés hors de son périmètre ou encore par un
autre territoire périurbain particulièrement attractif.
À l’inverse, le diagnostic concluant à une zone d’influence relativement
vaste de certains territoires peut résulter d’un effet d’éloignement par rapport
à des concurrents possibles, à l’exemple de Rodez en Aveyron ou de Gap dans
les Hautes-Alpes. Dans ce cas, ces territoires, dont l’espace-temps avec des
métropoles se trouve relativement élevé, sont donc préservés de la
concurrence de l’offre économique, commerciale ou médicale de villes plus
peuplées. Ils peuvent alors bénéficier d’une large zone d’influence engendrant
par exemple un vaste tissu de services. Mais le bénéfice de l’effet
d’éloignement pour un territoire à zone d’influence étendue risque toutefois de
se voir remis en question en cas d’inauguration d’une nouvelle infrastructure
de transport, réduisant l’espace-temps avec la métropole.
Quant aux niveaux « limité » et « faible » de la zone d’influence, ils ne sont
pas nécessairement pérennes. En effet, un territoire à zone d’influence étroite
peut entreprendre une politique de dynamisme commercial, de manifestations,
ou créer des équipements qui peuvent l’étendre.
L’étendue de la zone d’influence d’un territoire conduit donc à examiner
l’attraction des autres territoires, voisins ou non, en matière d’emploi, de
commerce, d’offre culturelle, de manifestations professionnelles, etc.
Grille d’analyse 7 Les niveaux de zone d’influence d’un territoire
Étendue de la zone d’influence de l’offre commerciale, de services et d’équipements
1 Très importante
2 Importante
3 Significative
4 Limitée
5 Faible
Source : © Population & Avenir, 2012
Une huitième grille d’analyse porte sur le tourisme. Cette activité a
incontestablement des effets directs sur l’économie d’un territoire. Elle peut
aussi avoir des effets indirects par l’apport d’emplois induits, par l’installation
de nouveaux résidents ou par l’implantation d’entreprises, dont les
responsables ont apprécié le territoire à la suite d’une première visite de nature
touristique.
Il peut être tentant de retenir une interdépendance entre, d’une part,
l’originalité géographique du site d’un territoire, la qualité de son architecture,
de son urbanisme et de son patrimoine et, d’autre part, sa dimension
touristique. Certes, elle peut exister, mais elle n’est nullement automatique.
Un territoire disposant de points forts touristiques, objectivement constatables,
peut avoir une dimension touristique limitée s’il ne les a pas valorisés. En
revanche, des sites a priori sans atouts touristiques peuvent avoir créé des
infrastructures et développé une politique commerciale engendrant un
important tourisme, à l’exemple du Futuroscope.
Il est donc discutable, et souvent erroné, de considérer que l’importance de
l’industrie touristique sur un territoire relève de facteurs intrinsèques la
déclenchant automatiquement. Bien au contraire, l’intensité de l’industrie
touristique dépend pour une part importante des efforts endogènes conduits
pour la promouvoir. Par exemple, les capacités touristiques de Briançon, dans
les Hautes-Alpes, sont incontestables, et il en est de même de son industrie
touristique. Mais la corrélation entre les deux n’est pas automatique. En effet,
son industrie touristique est très importante parce que la ville a su promouvoir
son espace montagneux, avec Serre-Chevalier, valoriser sa proximité avec
l’Italie et notamment avec la gare ferroviaire d’Oulx en Italie, ou encore faire
classer en 2008 ses fortifications Vauban au patrimoine mondial de
l’humanité. Autre exemple, L’Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, dispose
d’un remarquable patrimoine et d’un cadre « vénitien » exceptionnel (roues à
aubes, centre ancien entièrement entouré d’eau…). Mais l’importance de son
industrie touristique tient aussi au fait que la ville est devenue un centre
européen de la brocante et des antiquaires, favorisé, il est vrai, par la
proximité du Luberon.
Grille d’analyse 8 Les niveaux de dimension touristique comparée des
territoires
Dimension touristique
1 Très importante
2 Importante
3 Significative
4 Limitée
5 Faible
Source : © Population & Avenir, 2012
La notoriété conduit à proposer une neuvième grille d’analyse comparative.
La recherche en géographie [ROSEMBERG, 2000 ; LUSSAULT, 1992], comme en
économie, a beaucoup insisté sur l’impact de l’image des villes, et en
particulier la notoriété comme élément de diagnostic. On désigne par le mot «
notoriété » le taux de connaissance d’un nom. La notoriété se limite donc
uniquement à la connaissance du nom. Le fait de connaître le nom
géographique d’un territoire signifie que la personne sait qu’il existe. La
notoriété se mesure en pourcentage de personnes déclarant connaître le nom.
Son importance n’est pas nécessairement liée à la dimension de son
peuplement ou à un héritage ancien. Par exemple, la notoriété du petit village
de Colombey-les-Deux-Églises, qui compte moins de 1 000 habitants, apparaît
dans les années 1950 grâce au général de Gaulle. Elle s’accroît sous sa
présidence (1958-1969). Puis sa pérennisation tient non seulement à la
présence de sa tombe, fort discrète dans le cimetière communal, mais surtout à
l’érection, en 1972, sur le point le plus haut du village, d’une Croix de
Lorraine de 43,5 mètres de haut. L’inauguration, en 2008, d’un mémorial
dédié au général de Gaulle a, à son tour, raffermi la notoriété de Colombey-
les-Deux-Églises. Autre exemple, Saint-Tropez, petit village provençal de
quelques milliers d’habitants, fort enclavé au sud-est du département du Var,
n’eut longtemps aucune notoriété. Il est mis à la mode, d’abord par quelques
peintres et écrivains, ensuite par les vedettes du show-biz et les happy few de
la jet society. Enfin, dans les années 1960, sa notoriété est consacrée par le
film-culte Et Dieu créa la femme, entièrement tourné sur place, et elle est
aujourd’hui mondiale. Elle perdure notamment par la présence temporaire
renouvelée de personnalités connues.
La détermination de la notoriété d’un territoire nécessite la réalisation
d’enquêtes auprès de la population. Lorsque 80 % des personnes interrogées
connaissent le territoire considéré, car elles le citent ou déclarent le connaître,
sa notoriété est importante. En revanche, si le résultat donne 5 % ou moins, le
niveau de notoriété peut être considéré comme nul.
Il importe de noter que, ceteris paribus, un territoire à notoriété importante
peut générer davantage de valeur commerciale que si sa notoriété est faible.
Le niveau de notoriété a de l’importance non seulement vis-à-vis de
l’extérieur mais aussi pour les acteurs du territoire. Ces derniers peuvent
trouver une certaine stimulation à constater que la notoriété de leur territoire
est satisfaisante ou en croissance. Ils peuvent être davantage motivés pour
s’investir dans la vie du territoire. Par exemple, la notoriété croissante du
festival des vieilles charrues est un élément favorable à la contribution des
habitants de Carhaix-Plouguer, dans le département du Finistère, à la réussite
de ce festival.
Toutefois, la notoriété est une question complexe. Elle peut être élevée chez
certains segments de population et faible chez d’autres. Par exemple, le nom
d’un territoire dont la ville est en division 2 de football peut être connu par des
jeunes qui se passionnent pour les résultats de ce sport, comme nous l’avons
constaté avec l’exemple de la ville d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône, et
quasiment inconnu chez d’autres personnes.
En outre, le manque ou l’absence de notoriété d’un territoire peut être
partiellement, voire largement résorbé par l’association d’un événement
récurrent à un territoire. Par exemple, Bourges a accru sa notoriété et la
maintient à un niveau élevé avec son Printemps musical, Angoulême avec son
festival de BD, La Rochelle avec ses Francofolies ou Lorient avec ses
Rencontres celtiques.
Grille d’analyse 9 Les niveaux de notoriété des territoires
Notoriété
1 Importante
2 Significative
3 Limitée
4 Faible
5 Nulle
Source : © Population & Avenir, 2012
La nature endogène ou exogène du tissu économique des territoires permet
de proposer une dixième grille d’analyse utile au diagnostic territorial
comparatif. Un territoire dont le tissu économique est de nature endogène est
caractérisé par le fait que l’entrepreneuriat local a été le moteur de la création
ou du développement d’entreprises et de l’emploi. Par exemple, en France, le
tissu économique vendéen est largement de nature endogène. Il dispose de
fleurons comme Bénéteau, dans l’industrie des voiliers, des bateaux à moteur,
de l’habitat de loisir, et de l’habitat résidentiel à hautes performances
environnementales, ou Fleury-Michon, dans l’industrie agroalimentaire. Mais
le caractère endogène du tissu économique vendéen tient aussi à de
nombreuses petites et moyennes entreprises moins connues.
À l’inverse, dans d’autres territoires, le tissu économique est
essentiellement exogène, donc dû à des activités dont l’implantation initiale
tient à la décision d’acteurs économiques extérieurs au territoire, voire très
éloignés. Toutefois, ces activités d’abord endogènes ont pu connaître ensuite
plus ou moins de développement. Ainsi, le développement du territoire
toulousain, au cours du XXe siècle, est de nature exogène. Dans l’entre-deux-
guerres, des entreprises privées, Latécoère et Dewoitine, décident
l’installation d’établissements aéronautiques à Toulouse. La raison tient à la
situation géographique de Toulouse et à son climat. D’une part, le territoire
toulousain se situe loin des éventuelles lignes de front franco-allemandes.
D’autre part, le ciel toulousain est propice aux essais aériens de nombreux
jours dans l’année. L’État prend ensuite le relais des pionniers en donnant à la
capitale de la Haute-Garonne une notoriété aéronautique nationale,
européenne, puis mondiale. En 1955, le premier vol d’un avion à réaction
moyen-courrier, la Caravelle, symbolise l’envol économique et
démographique de l’aire toulousaine. Ensuite, dans le cadre de la politique des
métropoles d’équilibre, l’État participe au financement d’infrastructures
(centre hospitalier, enseignement supérieur, équipements culturels) et
transfère des établissements d’enseignement et de recherche qu’il contrôle
(grandes écoles, centre national d’études spatiales…), ce qui renforce
l’attractivité toulousaine. Ensuite, dans les années 1980 et 1990, le
développement du territoire est stimulé, après la décentralisation, par une
gouvernance territoriale entreprenante. Mais le tissu demeure majoritairement
de nature exogène.
Dans d’autres territoires, la nature du tissu économique est davantage
répartie. Elle s’explique tout autant par une nature endogène qu’exogène.
Autrement dit, l’économie du territoire s’explique à la fois par un
entrepreneuriat local et une attractivité ayant conduit à l’implantation
d’activités, sans que l’un domine nettement l’autre. Un caractère à la fois
exogène et endogène et diversifié du tissu économique peut être considéré
comme un atout pour un développement pérenne. D’abord, les territoires dont
le tissu économique additionne des entrepreneurs locaux et la capacité
d’attirer des activités ont une double attractivité et, en principe, un tissu
économique plus dense.
À l’opposé, le tissu économique d’un territoire peut être faible, sous l’effet
d’un entrepreneuriat local limité et d’un faible pouvoir d’attractivité.
Grille d’analyse 10 Les types de nature endogène ou exogène du tissu
Grille d’analyse 10 Les types de nature endogène ou exogène du tissu
économique des territoires
Nature endogène ou exogène du tissu économique
1 Nature endogène et exogène
2 Nature essentiellement exogène
3 Nature essentiellement endogène
4 Nature faiblement endogène et exogène
Source : © Population & Avenir, 2012
Une onzième grille d’analyse provient de l’étude de la diversité du tissu
économique, qui peut être répartie en cinq types. Au niveau le plus élevé, faut-
il considérer qu’un tissu économique très diversifié doit mériter la meilleure
notation ? A priori, la réponse à cette question apparaît positive.
Effectivement, posséder un tissu économique composé de nombreux secteurs
différents apparaît comme un avantage. En effet, en cas de crise d’une activité
importante, les pertes d’emplois peuvent être éventuellement amorties par
d’autres activités. Une mauvaise conjoncture dans un secteur économique peut
se trouver compensée dans d’autres secteurs. Après une phase générale de
déclin conjoncturel, la réactivité des secteurs peut être différenciée et une
certaine diversité peut permettre à l’un d’entre eux d’avoir de meilleures
capacités de rebond. Mais un territoire à l’économie excessivement
diversifiée, voire désordonnée, ne peut mettre en avant ni valoriser quelques
secteurs essentiels. En conséquence, des synergies économiques locales à
l’intérieur des secteurs ne peuvent être que faibles, puisque chaque secteur lui-
même est étroit, et la potentialité territoriale à progresser dans la compétitivité
d’un secteur est réduite. En outre, bien entendu, le territoire ne présente
aucune identité économique.
Aussi, un territoire dont la diversification est équilibrée optimise la
diversité de son tissu économique pour deux raisons. D’une part, un tissu qui
possède plusieurs secteurs dominants peut déployer en leur sein des synergies
facilitant la compétitivité des entreprises. D’autre part, le territoire dispose
d’une identité économique qui le spécifie et qu’il peut valoriser dans
l’ensemble de son projet de territoire. La meilleure diversification du tissu
économique est donc celle qui permet au territoire d’avancer sur une ligne de
crête entre une diversification sans secteurs dominants, qui ne détermine
aucune identité économique, et une mono-activité donnant une forte identité,
mais qui écarte le caractère protecteur de la diversité. Sur cette ligne de crête,
le territoire possède à la fois une réelle identité économique qu’il peut utiliser
comme force d’attraction, des secteurs dominants au sein desquels la
coopération interentreprises peut s’exercer au profit de l’ensemble et une
diversification suffisante, capable de résister aux chocs externes subis par
toute économie locale. Autrement dit, l’identité économique doit être
singulière pour parvenir à une notoriété mais aussi plurielle pour ne pas avoir
« tous ses œufs dans le même panier » et mieux faire face aux risques.
Le type de tissu économique très diversifié sans secteurs dominants et sans
identité est donc classé en deuxième position derrière celui à diversité
équilibrée entre plusieurs secteurs dominants. Un troisième type de diversité
du tissu économique tient à une économie essentiellement duale, s’appuyant
sur deux secteurs : le territoire dispose d’une identité économique, mais des
difficultés dans un seul secteur peuvent avoir de lourdes conséquences.
Le quatrième type de diversité du tissu économique consiste en l’absence
de diversité. Le tissu à profil de mono-activité peut, certes, présenter, à une
période donnée, une forte richesse économique, comme la bonneterie à Troyes
ou les chaussures à Romans-sur-Isère pendant plus d’un siècle, des années
1850 au milieu des années 1970, avec toutefois une forte période de récession
dans les années 1930. Mais la mono-activité présente trois inconvénients.
D’abord, le territoire est porteur d’une identité singulière le rendant peu
attractif pour des entreprises d’autres secteurs qui peuvent le juger peu
propice. Cette faible attractivité se trouve renforcée lorsque les responsables
de la mono-activité sont les premiers à décourager toute diversification.
Ensuite, si le secteur de mono-activité est dans une période favorable, il peut
être considéré comme une rente de situation et risque de handicaper
implicitement la recherche active d’autres axes de développement du
territoire. Le troisième inconvénient additionne un risque conjoncturel et un
risque structurel ; le territoire peut subir de plein fouet toute période
conjoncturelle délicate touchant son activité trop dominante. Et ce risque peut
devenir structurel s’il s’agit d’une période où le poids relatif de ce type
d’activité dans l’ensemble de l’économie est en phase de réduction.
Enfin, le cinquième type de diversité du tissu économique est un tissu varié
mais faible parce que les actifs sont peu nombreux ou qu’une proportion
élevée d’entre eux va travailler sur d’autres territoires. Il en résulte que le
territoire n’a, bien entendu, aucune identité économique.
Grille d’analyse 11 Les types de diversité du tissu économique des
territoires
Diversité du tissu économique
1 Économie à diversité équilibrée entre plusieurs secteurs dominants
2 Économie très diversifiée sans secteurs dominants et sans identité
3 Économie essentiellement duale
4 Économie à profil de mono-activité
5 Tissu économique varié, mais faible et sans secteur à poids relatif significatif
Source : © Population & Avenir, 2012
Enfin, l’étude de la gouvernance territoriale conduit à une douzième grille
d’analyse. Cette grille pourrait comprendre de nombreux items prenant en
compte les éléments précisés dans le chapitre 5. Mais il s’agit ici de présenter
une grille de synthèse qui ne prend en considération que quatre qualificatifs,
chacun étant considéré comme la dominante de la gouvernance du territoire
examiné.
Le premier type est une gouvernance territoriale proactive. Cette dernière
signifie notamment une méthode et une attitude partagées entre des acteurs
qui anticipent les futurs possibles afin de prendre les décisions favorables aux
évolutions choisies et souhaitées. Dans ce cas, la gouvernance est proactive
car elle combine des proximités géographiques et interactives et, en
conséquence, stimule l’entrepreneuriat local et favorise l’implantation
d’activités sur le territoire. Elle sait retenir ou attirer la population. Elle sait
faciliter le développement des entreprises déjà présentes sur le territoire ou
soutenir des entreprises rencontrant des difficultés. Cette bonne gouvernance
territoriale aide à apporter des réponses aux reconversions ou aux
restructurations et accompagne les perspectives de développement des
entreprises.
Dans une deuxième situation, la synthèse de l’analyse de la gouvernance
débouche sur la qualification « insuffisamment définie ». Cela signifie qu’en
raison des rapports de force entre les acteurs du territoire, il est difficile de
savoir comment les tâches se répartissent et, encore moins, comment elles se
complètent. Le territoire ne manque pas d’acteurs, y compris éventuellement
d’acteurs compétents, mais la gouvernance ne s’avère nullement organisée,
car les acteurs ne sont pas parvenus à mettre en place un ou des cadres,
formels ou informels, qui permettraient des synergies. Le territoire n’a ni chef
de file définissable et reconnu, ni, par exemple, une troïka qui se chargerait
d’animer la gouvernance du territoire.
Selon une troisième situation, la gouvernance est, a priori, définie selon des
instances qui permettent de comprendre comment elle fonctionne, au moins
sur le plan procédural. Toutefois, il faut bien constater un manque
incontestable d’esprit d’équipe entre les différents acteurs du territoire. Dans
ce cas, si, par exemple, l’aspect institutionnel de la gouvernance se fonde sur
une intercommunalité, cette dernière relève de ce que nous avons appelé, dans
le chapitre 5, une gouvernance molle. Guère de synergies transparaît, d’où un
certain attentisme face au besoin d’une stratégie territoriale. Au pire, les
acteurs locaux se situent dans un climat conflictuel.
Enfin, une quatrième synthèse possible de l’analyse de la gouvernance peut
se présenter : quels que soient les instruments de la gouvernance, quelle que
soit la façon dont ils fonctionnent, quelles que soient les relations des acteurs
au sein du territoire, la gouvernance se trouve caractérisée par une situation
d’attentisme, de conflits, de rente, ou tout simplement de manque de suivi
dans une stratégie précédemment élaborée, qui affaiblit l’attractivité.
Grille d’analyse 12 Les types synthétiques de gouvernance
Caractéristique dominante de la gouvernance
1 Proactive
2 Insuffisamment définie
3 Insuffisante adhésion à une gouvernance d’équipe
4 Limitée par des habitudes de rente
Source : © Population & Avenir, 2012
Au total, l’ensemble des éléments de diagnostic présente une grande
richesse. D’autres indicateurs pourraient certes être proposés, mais définis ici
composent un ensemble approprié pour le diagnostic territorial. Ils mesurent à
la fois la qualité de la vie, la compétitivité du territoire, son attractivité mais
aussi son développement durable. En effet, ces deux dernières thématiques
sont convergentes [Olszak, 2010]. D’ailleurs, les critères présentés
précédemment comprennent effectivement les trois piliers du développement
durable, soit l’économie, l’environnement et le social. Par exemple, le taux de
cadres et PIS relève plutôt de l’économie, tout comme l’évolution de la
population active occupée. Mais ce dernier indicateur est également de nature
sociale puisque son accroissement dépend directement de celui du chômage.
Quant à la question de l’environnement, elle est approchée par de multiples
éléments comme la situation géographique. Par exemple, ceteris paribus, un
territoire ne disposant pas de desserte ferroviaire risque d’avoir une
consommation par habitant d’énergie fossile plus importante, due à un usage
important de l’automobile et des transports routiers. La question du transport a
effectivement un fort impact environnemental. De même, l’existence d’une
dimension touristique importante conduit à rechercher un certain niveau de
qualité environnementale.
Les concepts du diagnostic et de la gouvernance des territoires étant
précisés, faut-il en rester à la présentation méthodologique des six chapitres
précédents ? Certes, elle n’a pas été exclusivement théorique puisque les
concepts et les notions ont été illustrés par divers exemples. Toutefois, il est
important de valider la méthode par une application concrète à des territoires.
C’est l’objet de la partie suivante.
Deuxième Partie
Application du diagnostic territorial :
l’exemple des villes industrielles
LA MÉTHODE DU DIAGNOSTIC PROPOSÉE dans la première partie peut s’appliquer
à tout type de territoires. Toutefois, il convient ici de retenir des territoires qui
permettent de souligner toute la pertinence de la méthode. D’où le choix de
territoires industriels pour lesquels la conclusion du diagnostic semble a priori
évidente. En effet, on pourrait penser que, à l’heure d’une certaine
désindustrialisation, réaliser le diagnostic de tels territoires n’est pas
absolument nécessaire et que leur nature économique ne risque pas de mettre
en évidence des différences sensibles.
Le chapitre 7 aura ainsi pour objet de justifier ce choix des territoires et des
périmètres géographiques retenus ; leur diagnostic sera proposé à titre
d’illustration de la méthode et des concepts explicités dans la première partie.
Ensuite, il conviendra de présenter une analyse monographique de chaque
territoire étudié, en examinant les différents territoires selon un plan
géographique dans les chapitres 8, 9, 10 et 11.
La connaissance de chaque territoire, nourrie par un travail géographique de
terrain, de ses atouts et de ses faiblesses, étant acquise, le diagnostic
comparatif pourra se déployer dans ses différentes dimensions. Les
comparaisons quantitatives selon des indicateurs de situation (chapitre 12),
puis des indicateurs cinétiques (chapitre 13), conduiront à proposer trois
premières approches typologiques. Puis l’utilisation de grilles d’analyse
territoriale (chapitre 14) offrira de nouveaux éléments comparatifs, permettant
de formuler une quatrième approche typologique. Enfin, le croisement de
l’ensemble des éléments permettra de proposer un diagnostic comparatif sous
forme d’une typologie synthétique finale.
Chapitre 7
Le choix de territoires dont le diagnostic semble peu
significatif : les villes industrielles
POUR DÉMONTRER LA VALEUR DE LA MÉTHODE, l’application retenue consiste à
choisir des territoires dont le diagnostic semble peu utile. Alors que la part de
l’industrie dans la production intérieure s’est incontestablement réduite en
France, l’intérêt du diagnostic de villes industrielles apparaît limité pour deux
raisons. D’une part, il semble a priori devoir nécessairement déboucher sur
des résultats peu favorables. D’autre part, les conclusions du diagnostic
risquent d’être semblables. Il convient donc d’expliquer combien ces villes se
trouvent dans un contexte défavorable, puis de préciser comment choisir,
parmi ces villes industrielles, des territoires rendant la comparaison possible.
Le choix de territoires a priori défavorisés
Face à la diminution absolue et relative de l’emploi industriel en France, le
crépuscule des villes industrielles semble une fatalité. Au plan intellectuel, le
diagnostic de tout territoire est évidemment intéressant. En revanche, c’est
justement parce qu’on peut s’interroger sur la nécessité d’un diagnostic fin des
villes industrielles, a priori dans un contexte défavorable, qu’il faut le réaliser
pour confirmer ou infirmer la méthode du diagnostic territorial.
Notre application porte donc sur des villes se trouvant incontestablement
dans une situation particulière par l’importance de leur secteur industriel : la
population active employée dans l’industrie y représente au moins 30 % de
l’emploi, soit le double de la moyenne nationale. Pour s’assurer que ces villes
ne profitent pas d’avantages spécifiques et pour que la comparaison soit
pertinente, nous écarterons des villes industrielles bénéficiant d’un secteur non
marchand dû à leur statut de préfecture ou de sous-préfecture. L’élimination
de ce statut conduira à ne retenir que des petites villes dont l’industrie est au
cœur de leur économie dans la mesure où ces 30 % minimum signifient,
compte tenu des emplois induits, le moteur de la richesse locale. Comme leurs
emplois ne relèvent pas exclusivement de l’industrie, ces villes peuvent être
désignées comme « des villes moyennes non préfectorales à dominante
productive ». Par la suite, pour simplifier, nous les dénommerons « petites
villes industrielles » ou tout simplement « villes industrielles ».
Un quintuple handicap…
Incontestablement, les conclusions du diagnostic territorial de petites villes
industrielles semblent a priori évidentes, dans la mesure où elles sont toutes
affectées d’un quintuple handicap. D’abord, elles ne bénéficient ni d’une base
d’emplois tertiaires non marchands liée à une fonction publique d’État,
comme cela se constate dans les villes ayant le statut de préfecture ou de sous-
préfecture, ni des emplois induits par l’existence d’une telle base. Les
résidents présents sur leur territoire et appartenant à la fonction publique
d’État se trouvent donc par définition en nombre limité, car ils ne
correspondent qu’à certains emplois locaux dépendants de l’État, comme
l’Éducation nationale. Le faible nombre de fonctionnaires d’État et de leur
famille a bien évidemment un effet limité sur ce qu’il est convenu d’appeler «
l’économie résidentielle ». Rappelons que cette dernière peut se définir
comme les activités mises en œuvre localement pour la production de biens et
de services qui visent à satisfaire des besoins de personnes résidant sur le
territoire considéré. De ce fait, ceteris paribus, le caractère non préfectoral
d’une ville engendre une économie résidentielle moindre que si cette ville
était préfectorale.
En deuxième lieu, la dimension réduite du peuplement des petites villes
industrielles (entre 15 000 et 30 000 habitants) limite l’éventail quantitatif et
qualitatif de leur marché de l’emploi et de leur marché tout court. Le marché
de l’emploi y est donc assez étroit, en raison d’un nombre d’habitants réduit.
Non seulement le nombre d’emplois offerts est relativement faible, mais
l’éventail des métiers et des qualifications demandées est forcément moins
large que dans une ville plus peuplée ou une métropole, qui présentent
évidemment un choix plus vaste de possibilités. Il en résulte, par exemple, que
des actifs attirés par un métier inexistant sur le marché de l’emploi d’une ville
industrielle peuvent choisir d’émigrer pour satisfaire leur souhait. Quant aux
entreprises, il se peut qu’elles s’écartent de villes peu peuplées si elles
recherchent également un marché de l’emploi suffisamment ouvert, pour
bénéficier d’un choix étendu pour leurs besoins de recrutement, et de la
possibilité de trouver une main-d’œuvre qualifiée et flexible. Ces entreprises
peuvent aussi s’en écarter pour bénéficier de davantage d’opportunités dans
les méthodes de production, avec la facilité de trouver des entreprises locales
pour externaliser éventuellement certaines fonctions, ou pour bénéficier d’un
premier marché de proximité pour ses produits.
Troisième handicap a priori des petites villes industrielles, leur niveau de
peuplement limite aussi leur offre de services, par exemple en matière de
loisirs (théâtre, cinémas…), d’infrastructure hospitalière ou d’établissements
de formation initiale ou continue. Certes, ces villes bénéficient de services de
proximité c’est-à-dire, selon les inventaires communaux, des services suivants
: pharmacien, salon de coiffure, médecin, boucherie, carburant, infirmier,
boulangerie, bureau de poste, électricien, plâtrier-peintre, etc. Mais la diversité
d’intervenants de ces services de proximité est moindre que dans une ville
plus peuplée. Par exemple, en matière de santé, la gamme des médecins
spécialistes peut difficilement y être complète. De même, le nombre des
formations diplômantes pouvant être proposées, qu’il s’agisse de CFA, de
BTS ou de départements d’IUT, présente un éventail inévitablement réduit.
Une partie des nouveaux bacheliers, attirés par des formations n’existant pas
dans leur ville, doivent donc la quitter. Parmi les offres d’infrastructures
limitées, figurent les aéroports, pourtant utiles aux entreprises qui ont besoin
d’entretenir des échanges avec une multiplicité de partenaires commerciaux,
techniques, institutionnels.
Le caractère industriel de telles villes forme un quatrième handicap. Il n’est
pas contestable que la France connaît et connaissait, même avant la crise
débutée en 2008, une tendance générale à une réduction de l’emploi industriel,
sous l’effet des gains de productivité, des stratégies d’externalisation, du
développement de l’intérim, d’une innovation insuffisante ou de difficultés
face à la compétitivité. Comme la part de l’industrie dans la valeur ajoutée, en
France et dans l’Union européenne, est, sur une tendance longue, en nette
diminution, les petites villes industrielles apparaissent en situation fragilisée.
Enfin, cinquième handicap relatif pour ces villes, le monde enregistre,
depuis les années 1980, un processus de métropolisation, donc « l’exercice de
forces centripètes conduisant à la concentration des hommes et des activités »
[DUMONT, 1994], pour trois ensembles de raisons. La montée du secteur
tertiaire, devenu très largement le secteur le plus pourvoyeur d’emplois, s’est
traduite par des créations d’emplois profitant essentiellement aux territoires
métropolitains. Face à la diversité croissante des métiers et à la mobilité
professionnelle souhaitée ou contrainte, la demande des ménages se porte sur
un marché de l’emploi élargi, ce qui avantage les métropoles. En troisième
lieu, la montée de l’espace monde, qui suppose une connexion multimodale à
ce dernier, par exemple par des aéroports internationaux ou par un débit
toujours plus haut dans les technologies de l’information et de la
communication, favorise les métropoles, où de tels équipements sont
rapidement amortissables et donc rentables. Paul Claval a d’ailleurs interprété
cette métropolisation, qui, par définition, ne couvre pas le champ des petites
villes industrielles, comme le produit de la « géographie de contacts »,
révélatrice des besoins nouveaux des entreprises en liaison avec leurs
partenaires, en notant la coïncidence entre carte des métropoles et carte des
aéroports [CLAVAL, 1994]. En outre, les métropoles offrent des économies
d’agglomération et les entreprises sont souvent grégaires. À l’inverse, du fait
de la dimension réduite de leur population ou de leurs activités, les petites
villes industrielles se trouvent hors de portée des économies externes offertes
par la métropolisation. Elles apparaissent ne guère pouvoir offrir d’emplois
relevant de la catégorie des cadres des fonctions métropolitaines (CFM), c’est-
à-dire des cadres ou les chefs d’entreprises de 10 salariés ou plus, présents
dans les cinq fonctions métropolitaines suivantes : conception-recherche,
prestations intellectuelles, commerce inter-entreprises, gestion et culture-
loisirs [INSEE, 2009].
… systématiquement rédhibitoire…
Ces cinq handicaps a priori, objectivement inventoriés et relevant d’une
analyse largement partagée, devraient être systématiquement rédhibitoires.
Dans ce cas, l’évolution des petites villes industrielles se traduirait par une
accumulation de données négatives : économie résidentielle limitée par la
faiblesse de l’emploi de la fonction publique d’État, départ d’entreprises vers
des territoires métropolitains offrant des économies d’agglomération et de
meilleures connexions, émigration des habitants à la recherche d’emplois
correspondants à des métiers non présents dans ces villes ou de meilleures
offres urbaines, diminution directe des emplois industriels et des emplois en
général, faible capacité à attirer des entreprises, diminution de la population…
Un diagnostic territorial est donc nécessaire pour lever les a priori, en
l’occurrence valider, ou infirmer, le raisonnement ci-dessus selon lequel les
petites villes industrielles ne peuvent connaître que des tendances déclinantes.
… ou s’exerçant différemment sur les villes ?
Parallèlement, ce diagnostic territorial doit déterminer si les handicaps
inventoriés ci-dessus s’exercent de la même façon sur toutes ces villes ou s’ils
se traduisent par des intensités différentes, a priori considérées comme
négatives, selon ces villes.
Le résultat du diagnostic territorial devra éventuellement répondre à
plusieurs interrogations. D’abord, si certaines villes ont des résultats moins
mauvais que d’autres, quels sont les facteurs quantitatifs ou qualitatifs
susceptibles d’expliquer des différences ? Ensuite, si le raisonnement
débouchant sur une logique systématique de contraction, voire de déclin, est
infirmé, si certaines villes industrielles ne subissent pas leurs handicaps
intrinsèques comme une fatalité, comment l’expliquer ? Dans ce cas, peut-on
mettre en évidence une typologie susceptible de caractériser la diversité du
résultat du diagnostic territorial des villes industrielles ?
L’intérêt de confronter la méthode et les concepts du diagnostic territorial à
des petites villes industrielles étant souligné, il s’agit désormais de préciser
concrètement la liste précise et argumentée des villes prises en considération.
Des villes de nature comparable
Bien que le diagnostic territorial se nourrisse de la combinaison d’éléments
quantitatifs et qualitatifs, son champ géographique retenu ne peut être défini
que sur la base de critères objectifs et donc chiffrés.
Des petites villes non préfectorales
Comme précisé ci-dessus, il s’agit de considérer des villes n’ayant ni le
statut de préfecture, ni celui de sous-préfecture, et dont la nature n’est pas
dominée par leur appartenance à une grande aire urbaine. Il faut donc retenir
des villes non préfectorales qui disposent de leur propre unité urbaine.
Rappelons que, depuis 1954, à l’issue de chaque recensement, l’Insee
détermine des unités urbaines qui ont une délimitation précise, fondée sur les
photographies aériennes : « une unité urbaine est un ensemble de communes
sur le territoire desquelles s’étend une agglomération de population d’au
moins 2 000 habitants. Une agglomération de population est un ensemble
d’habitations tel qu’aucune ne soit séparée de la plus proche de 200 mètres ».
Or, parmi les villes non préfectorales, certaines sont intégrées dans des unités
urbaines plus importantes. De ce fait, elles ne disposent pas d’une unité
urbaine qui leur est propre, et la comparaison serait donc biaisée. En revanche,
les villes formant une propre unité urbaine exercent un rôle spécifique dans
l’aménagement du territoire, et leur comparaison peut en conséquence
s’avérer pertinente.
Or la France se caractérise par un tissu relativement dense de telles unités
urbaines non préfectorales, peuplées entre 15 000 et 30 000 habitants selon le
dernier recensement exhaustif. Parmi ces dernières, 52, réparties dans 33
départements, ne possèdent ni le statut de préfecture, ni celui de sous-
préfecture.
Tableau 11 Unités urbaines non préfectorales de France métropolitaine
comptant entre 15 000 et 30 000 habitants et non intégrées à une aire
urbaine
Unités Unités
Nombre Nombre
urbaines par urbaines par
Département de villes Département de villes
ordre ordre
concernées concernées
alphabétique alphabétique
34 Agde 1 83 Le Muy 27
L’Isle-sur-
37 Amboise 2 84 28
la-Sorgue
7 Annonay 3 26 Livron 29
7 Aubenas 4 65 Lourdes 30
Aulnoye-
59 5 34 Lunel 31
Aymeries
56 Auray 6 4 Manosque 32
Bagnols-
30 7 81 Mazamet 33
sur-Cèze
59 Bailleul 8 13 Miramas 34
62 Berck 9 60 Noyon 35
76 Bolbec 10 29 Penmarch 36
81 Carmaux 11 84 Pertuis 37
Pont-à-
85 Challans 12 54 38
Mousson
Pont-Sainte-
2 Chauny 13 60 39
Maxence
29 Concarneau 14 88 Remiremont 40
Romilly-
57 Creutzwald 15 10 41
sur-Seine
Saint-
12 Decazeville 16 44 Brévin-les- 42
Pins
Saint-
35 Dinard 17 66 43
Cyprien
Saint-Gilles-
29 Douarnenez 18 85 44
Croix-de-Vie
Sainte-
62 Étaples 19 83 45
Sainte-
62 Étaples 19 83 45
Maxime
76 Eu 20 69 Tarare 46
76 Fécamp 21 2 Tergnier 47
61 Flers 22 79 Thouars 48
Trouville-
59 Fourmies 23 14 49
sur-Mer
45 Gien 24 54 Villerupt 50
50 Granville 25 35 Vitré 51
59 Hazebrouck 26 76 Yvetot 52
Source : © Population & Avenir, délimitation des unités urbaines du RGP
1999.
… à celles de nature industrielle
Les données portant sur les 52 villes moyennes non préfectorales
conduisent à mettre en évidence de fortes différences dans la structure de leur
population active, c’est-à-dire, selon le dossier thématique documentaire de
l’Insee, « celle qui travaille ou qui habite sur le territoire choisi » ; « ce
territoire est le lieu de travail des personnes actives ayant un emploi et il est le
lieu de résidence de la population active (ayant un emploi ou au chômage) qui
habite sur ce territoire ».
Dans ces 52 villes, la répartition des emplois au lieu de travail selon les
principaux secteurs – agriculture, industrie, construction et tertiaire –, conduit
à une typologie qui met en évidence un large éventail. D’un côté, il existe des
villes peu industrielles, c’est-à-dire dont l’industrie représente moins de 15 %
des emplois au lieu de travail ; ce faible pourcentage s’explique assez souvent
par l’importance des activités touristiques comme à Agde, Trouville-sur-Mer,
Sainte-Maxime ou Saint-Cyprien.
À l’opposé, parmi ces 52 villes non préfectorales, se distinguent des villes à
dominante productive, identifiées par le critère du pourcentage de la
population active travaillant dans l’industrie. Précisément, parmi ces 52 villes,
douze comptent au moins 30 % de la population active travaillant dans
l’industrie, soit un pourcentage sensiblement supérieur à la moyenne nationale
(18,2 % pour la France entière).
Ces douze villes étant de nature comparable, elles peuvent faire l’objet d’un
diagnostic territorial.
Figure 7.1 La population municipale des petites villes industrielles non
préfectorales
Tableau 12 Part de l’industrie dans l’emploi au lieu de travail des petites
villes non préfectorales
% des
emplois
Unité au lieu de
Rang Département Rang Département
urbaine travail
urbaine travail
dans
l’industrie
1 57 Creutzwald 47,9 27 59
2 69 Tarare 43,9 28 29
3 76 Eu 43,3 29 59
4 35 Vitré 41,1 30 62
5 7 Annonay 35,7 31 76
Pont-à-
6 54 35,6 32 84
Mousson la-Sorgue
Aulnoye-
7 59 35,4 33 35
Aymeries
Pont-Sainte-
8 60 34,8 34 7
Maxence
9 37 Amboise 33,7 35 76
10 76 Bolbec 30,7 36 50
11 61 Flers 30,2 37 84
12 81 Mazamet 30,1 38 83
Maxime
13 29 Douarnenez 29,5 39 4
Romilly-
14 10 29,2 40 56
sur-Seine
15 2 Chauny 29,1 41 34
16 88 Remiremont 28,9 42 44 Brévin-les-
Pins
17 45 Gien 27,5 43 54
18 12 Decazeville 25,9 44 29
19 26 Livron 24,9 45 13
Saint-
20 85 Gilles-Croix- 24,8 46 65
de-Vie
21 60 Noyon 24,4 47 66
Cyprien
22 59 Fourmies 22,6 48 83
23 81 Carmaux 22,0 49 30
sur-Cèze
24 2 Tergnier 21,7 50 62
25 85 Challans 21,3 51 14
sur-Mer
26 79 Thouars 21,2 52 34
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee RGP 1999.
La répartition géographique des douze petites villes industrielles sur le
territoire français apparaît inégale. Aucune n’est localisée dans le Sud-Ouest,
région qui, il est vrai, n’a guère d’héritage industriel ancien. Certaines d’entre
elles sont situées dans le Grand Ouest, pourtant lui aussi peu industrialisé
historiquement, les autres se répartissant entre le Nord-Est, l’orbite du Grand
Paris et le Massif central. Une fois effectué le choix des douze territoires à
diagnostiquer, il devient possible de conduire l’analyse de chacun d’entre eux
sous ses différents aspects.
Comme la France est un pays à l’armature urbaine macrocéphale,
respectons un ordre géographique, en commençant par les villes les plus
proches de Paris pour finir par les plus éloignées, situées aux lisières du
Massif central.
Chapitre 8
Deux villes dans l’orbite du Grand Paris
PARMI LES DOUZE VILLES INDUSTRIELLES qui font l’objet d’un diagnostic
territorial, deux se situent dans l’orbite parisienne. L’influence spatio-
économique de Paris peut être mesurée par son aire urbaine, qui s’étend au-
delà de l’Île-de-France. Mais l’influence spatio-économique s’exerce aussi au-
delà de l’aire urbaine, de deux façons. Premièrement, bien que situées hors de
l’aire urbaine de Paris, des communes sont en partie polarisées par Paris,
compte tenu du nombre d’actifs de ces communes travaillant dans l’aire
urbaine parisienne. C’est le cas de Pont-Sainte-Maxence, commune
multipolarisée notamment par Paris, selon le zonage en aires urbaines de
l’Insee de 2010. Cette ville fera l’objet du premier diagnostic monographique.
Secondement, d’autres territoires sont liés à Paris, dans la mesure où
certaines activités ou implantations sont directement dépendantes de décisions
prises à Paris, ou de la proximité du marché de 12 millions de consommateurs
offert par l’ensemble parisien. C’est en partie le cas de Bolbec, qui sera la
deuxième ville analysée. Dans la mesure où les travaux du Grand Paris ont
confirmé combien les territoires situés sur l’axe de la Seine, ou à proximité,
sont le prolongement de Paris, il est apparu logique d’inclure Bolbec dans ce
chapitre traitant des villes du Grand Paris et non dans celui sur le Grand
Ouest.
Pont-Sainte-Maxence : une ville en cours de résidentialisation
La ville de Pont-Sainte-Maxence est née, comme son nom l’indique, de la
construction d’un pont sur l’Oise, au croisement de la route des Flandres
depuis Paris. Au XIXe siècle, ce gros bourg est un centre de commerce de blé et
de céréales. Sa croissance démographique apparaît récente, essentiellement
depuis 1945. La commune-centre passe de 2 610 habitants en 1911 à un
maximum de 12 445 en 1999, avant de diminuer légèrement depuis. L’unité
urbaine de Pont-Sainte-Maxence compte 16 100 habitants et couvre trois
communes, dont Pontpoint.
Une bonne connexion régionale, nationale et internationale
Pont-Sainte-Maxence peut se prévaloir d’une excellente situation
géographique. La ville est localisée dans la vallée de l’Oise, principal axe de
peuplement Est-ouest et d’activités de la région Picardie. Elle est traversée par
la route historique reliant Paris au nord de la France, la RN17. Même si cette
dernière exerce désormais un rôle mineur, elle met Pont-Sainte-Maxence à 57
km de Paris. La ville combine une bonne accessibilité par tous les moyens de
transport. Une route à 2 × 2 voies la relie en dix kilomètres à l’autoroute A1
(Paris-Lille). Paris est donc joignable en 55 minutes lorsque la circulation est
favorable. Cette même route à 2 × 2 voies permet un accès rapide aux deux
principales agglomérations du département, Creil à 12 km à l’ouest, et
Compiègne à 24 km au nord-est. Pont-Sainte-Maxence est donc bien desservie
aux échelles régionale et nationale.
Au plan ferroviaire, Pont-Sainte-Maxence possède, rive droite, une gare
desservie par le TER sur la ligne classique Paris-frontière belge, aujourd’hui
détrônée par le TGV-Nord. La ville se trouve à seulement 35 minutes en train
de Paris, ce qui permet des migrations pendulaires. En revanche, pour
rejoindre la capitale régionale (Amiens) ou la préfecture du département
(Beauvais), il faut changer à Creil. Ce point est cependant peu dommageable
pour les navettes domicile-travail, qui sont largement tournées vers la capitale.
Enfin, parmi les douze villes industrielles étudiées, Pont-Sainte-Maxence a,
de très loin, la meilleure desserte aéroportuaire, grâce à sa proximité de
l’aéroport international Paris-Charles de Gaulle, à seulement 32 kilomètres,
rapidement accessible (en une demi-heure) par l’autoroute A1. Pont-Sainte-
Maxence est également proche de l’aéroport international de Beauvais-Tillé, à
39 kilomètres, qui a une importante activité pour les compagnies à tarifs
réduits.
Un site assez contraignant
Contrairement à ses remarquables atouts en matière de réseaux de transport,
Pont-Sainte-Maxence apparaît moins avantagé par son site. Au sud,
l’urbanisation est limitée par la forêt d’Halatte, non constructible, qui se situe
en position dominante par rapport à la ville, avec un dénivelé de 70 mètres
environ. Cette forêt fait partie du parc naturel régional (PNR) Oise-Pays de
France, qui impose bien évidemment des contraintes urbanistiques. En outre,
Pont-Sainte-Maxence se trouve dans le lit majeur de l’Oise, d’où des risques
d’inondations. D’ailleurs, le plan de prévention des risques d’inondation
(PPRI) impose des contraintes sur une partie de la zone industrielle et
portuaire, située rive droite. Pourtant, les facilités foncières sont plus aisées
également rive droite, mais au nord de l’Oise, dans les zones en recul de la
rivière.
La desserte locale n’est guère aménagée, ce qui renforce le caractère
défavorable du site. L’écoulement du trafic automobile dans le sens nord-sud
reste difficile, car il n’existe qu’un seul pont sur l’Oise, relativement étroit,
constituant fréquemment un goulot d’étranglement. Il existe une déviation
ouest-est au nord, mais pas de déviation nord-sud. Le projet de second pont
sur l’Oise, évoqué depuis des décennies, n’a toujours pas abouti.
Une reconversion industrielle limitée
À la fin du XIXe siècle, grâce à sa situation géographique privilégiée sur les
voies routière, ferroviaire et fluviale, Pont-Sainte-Maxence devient une ville
industrielle avec l’implantation, de nature exogène, de plusieurs usines
importantes. Depuis, ces entreprises, relevant de différents secteurs
(céramique, fabrication de cuir, papeterie, etc.), ont périclité.
Dans les années 2010, les établissements industriels de Pont-Sainte-
Maxence se concentrent essentiellement, rive droite, notamment sur la zone
d’activités du « domaine industriel de Pont-Brenouille », dénomination qui
témoigne d’une certaine pérennité de l’identité industrielle de la ville.
L’industrie repose sur la fabrique de produits et d’équipements de soudage de
toute nature, avec Air Liquide, sur les matériaux d’emballages et d’accessoires
en verre, sur le secteur de la fonderie, sur le retraitement des déchets, sur
l’entretien et le dépannage de moteurs électriques.
Toutefois, l’emploi créé par ces nouvelles installations n’équilibre pas les
fermetures. Certes, la diminution de l’emploi local s’est trouvée en partie
compensée par l’offre parisienne. Il en résulte une migration quotidienne
d’une partie de la population active locale vers les grands pôles d’emploi de la
région Île-de-France, dont la zone de Roissy. En effet, aux près de deux
milliers d’abonnés SNCF recensés à la gare de Pont-Sainte-Maxence qui
travaillent en région Île-de-France, s’ajoutent ceux qui effectuent le trajet
domicile-travail avec leur véhicule personnel. Mais, malgré la situation
géographique exceptionnelle, l’entrepreneuriat de nature endogène et
l’attraction économique paraissent limités. Et l’atout fluvial ainsi que le
potentiel touristique sont à valoriser.
Une petite fonction portuaire et un potentiel touristique
Quant au secteur tertiaire de Pont-Sainte-Maxence, il se caractérise par la
présence d’une petite fonction portuaire, de quelques PME et d’un potentiel
touristique. Pont-Sainte-Maxence dispose d’un port fluvial sur l’Oise, dont le
trafic concerne aux trois quarts des produits agricoles, dans le cadre
d’échanges interrégionaux. Ce trafic, généré principalement par deux
établissements de négoce de céréales, est le plus important de la région
Picardie, devant celui de Languevoisin dans le département de la Somme.
Concernant la fonction touristique, Pont-Sainte-Maxence dispose d’un
patrimoine important et d’un site relativement attrayant. Il existe un office du
tourisme, mais la ville manque de capacité d’accueil touristique (pas d’hôtel,
ni de camping), et subit un déficit de notoriété, ainsi qu’une atmosphère peu
avenante. Il en résulte un faible nombre de touristes, malgré un atout
remarquable : l’abbaye royale du Moncel, fondée en 1309 par Philippe le Bel.
Cette abbaye ne reçoit que quelques milliers de visiteurs par an. Sa
restauration, entreprise en 1984, largement réalisée ou bien avancée, montre
un remarquable ensemble architectural. L’abbaye abrite le secrétariat national
du Club du Vieux Manoir : ce mouvement national d’éducation populaire
réalise des chantiers de jeunes bénévoles en France, dans le but de
sauvegarder, restaurer, promouvoir et animer le patrimoine architectural. Le
club loue les salles des dortoirs ou le cellier pour des manifestations ou des
mariages.
Au plan naturel, l’agglomération de Pont-Sainte-Maxence bénéficie du
poumon vert, cité ci-dessus, de la forêt d’Halatte. D’ailleurs, cette présence
naturelle est visible jusque dans le centre-ville, dominé par une petite colline,
le Mont Calipet. Ce site classé Natura 2000 conserve les ruines d’une chapelle
et d’un vieux moulin, malheureusement en piteux état.
Une faible aire d’influence
Pont-Sainte-Maxence n’organise pas un bassin de vie étendu. Son
influence, qui se limite aux communes voisines, est quasiment nulle au sud,
du fait de la présence de la forêt d’Halatte. À l’ouest et à l’est, Pont-Sainte-
Maxence ne peut rivaliser avec les offres commerciales et de services de Creil
et surtout de Compiègne. Elle n’exerce donc une attraction que vers les petites
communes du plateau au nord.
Cette influence réduite résulte ou explique un équipement limité. La ville ne
possède qu’un seul lycée, privé, et n’a pas de centre hospitalier. Son centre-
ville restreint représente une faible offre commerciale. La ville dispose certes
d’une grande surface, installée rive droite à la place d’un ancien bâtiment
industriel, mais elle est difficilement accessible du sud lorsque le pont est
encombré.
Une gouvernance à parfaire
La communauté de communes (CC) des Pays d’Oise et d’Halatte, créée en
1998, couvre un périmètre assez étendu autour de Pont-Sainte-Maxence. En
2006, la CC adopte la taxe professionnelle unique et installe la compétence
développement économique. La mise en place d’un SCoT sur le périmètre de
la CC apparaît aussi comme un élément positif.
Cependant, dans les faits, transparaît un certain « souverainisme »
municipal, comme en témoigne le texte de son président et maire de Pont-
Sainte-Maxence, dans un éditorial du magazine de la CC : « On mesure
combien, encore aujourd’hui, la mairie est restée ancrée en chacun de nous
comme le lien direct entre le concitoyen et l’État. C’est une richesse dans
notre pays, préservons-la. Les communautés de communes agissent à un autre
niveau. Elles sont appelées à travailler en retrait ou plus exactement en appui
» (Notre Pays d’Oise et d’Halatte, novembre/décembre 2008). De tels propos
sont-ils de nature à faciliter une bonne harmonie entre les élus ?
L’adhésion de la CC en 2007 au Pays Sud-Oise ne compense pas la
nécessité de définir une stratégie économique, notamment justifiée par les
difficultés financières que connaît Pont-Sainte-Maxence. Ce besoin semble
aussi ressenti par des responsables consulaires départementaux, qui font
comprendre que la CCI intervient peu à Pont-Sainte-Maxence, dans l’attente
du déploiement d’une action économique locale plus coordonnée et plus
résolue.
Une autre question lancinante est l’amélioration de l’insertion du quartier
des Terriers (1 800 habitants), urbanisé en 1972 au sud de l’Oise. Certes, un
bel effort de réhabilitation des bâtiments a été conduit. Mais ce quartier n’est
relié à la ville et aux zones d’activités au nord de l’Oise que par une voie
unique. Le projet, ancien, qui consisterait à le désenclaver par une seconde
voie, conduisant à un nouveau pont et vers la zone industrielle, semble
suspendu. La gratuité des transports en commun de la ville de Pont-Sainte-
Maxence (Transports urbains Maxipontains), dont le réseau est constitué
d’une unique ligne reliant le quartier des Terriers à la gare et à la zone
industrielle, n’est pas une alternative suffisante.
Quittons une ville industrielle au nord de l’aire urbaine de Paris pour une
autre, Bolbec, dont l’économie est également dans l’orbite parisienne. En
effet, comme l’ont montré à nouveau certains travaux concernant le Grand
Paris, l’économie de la Haute-Normandie est largement dépendante de sa
proximité avec l’agglomération parisienne.
Bolbec : une économie peu diversifiée
De fondation médiévale, Bolbec se présente déjà au Moyen Âge comme un
gros bourg. Au XIXe siècle, la ville connaît un développement important avec
l’industrie textile. La population de la commune passe alors de 4 824 habitants
au recensement de 1806 à 12 239 habitants à celui de 1896. Depuis, son
nombre d’habitants conserve le même ordre de grandeur.
Une bonne desserte routière
La situation de Bolbec apparaît plutôt favorable, puisque la ville se situe à
proximité de l’axe de la Basse-Seine, axe de peuplement et d’économie de la
région Haute-Normandie, qui constitue le débouché portuaire de la région
capitale. Bolbec se situe à seulement 30 km du Havre, deuxième
agglomération régionale et deuxième port de France, ce qui peut représenter
un atout en termes d’attractivité.
Sur le plan routier, l’agglomération de Bolbec apparaît en situation
satisfaisante. Certes, elle est traversée par la RN15, route qui n’a plus
désormais de rôle important. Mais la ville se trouve à proximité de l’autoroute
des estuaires, l’A29, qui a permis une nette amélioration de sa desserte.
Bolbec est également proche de l’A131, qui passe plus au sud. Elle y est reliée
par une route départementale, menant au pont de Tancarville, qui permet de
rejoindre l’A13, vers Rouen (57 km) puis Paris (178 km).
En revanche, sur le plan ferroviaire, la situation apparaît moins favorable.
Bolbec, qui ne dispose pas de gare, est reliée par autocar à la gare de Bréauté-
Beuzeville, située à 6 km, sur la ligne Paris-Le Havre. Cette ligne offre une
liaison avec la capitale régionale, Rouen, et avec la capitale nationale, mais
avec une rupture de charge et dans une durée relativement longue rapportée à
la distance.
Concernant la desserte aéroportuaire, les aéroports les plus proches sont
ceux du Havre (Octeville) à 29 km et de Deauville (Saint-Gatien) à 33 km,
tous deux d’importance limitée. En conséquence, Bolbec souffre d’une faible
desserte aéroportuaire, comme le reste de la Normandie.
Les atouts et les handicaps du site
Le site historique de Bolbec, au fond de la vallée encaissée du Commerce,
confluent de plusieurs ruisseaux, apparaît défavorable, du point de vue des
facilités foncières pour l’immobilier d’entreprise. Mais l’agglomération
dispose de vastes espaces-plans, dans toutes les directions, sur les plateaux
environnants.
Reste la question, pour la desserte locale, d’améliorer le lien entre la vallée
et les plateaux, donc entre le centre-ville et les nouvelles zones d’activité. Les
aménagements routiers à envisager ont inévitablement un coût, mais ne
concernent que cette desserte locale. En effet, la ville dispose d’une déviation
nord-sud à l’ouest, et d’une autre ouest-est au sud écartant le trafic de transit.
De l’industrie textile disparue aux nouvelles activités
Bolbec fait partie des anciennes villes textiles de Normandie, au même titre
que Rouen, Elbeuf ou Louviers. Au XIXe siècle, Bolbec était connue pour ses
tissus de coton imprimés, les indiennes, et, à l’apogée de l’industrie textile,
portait le titre de « capitale de la vallée d’or ». Puis sa base industrielle textile
se réduit, pour finir de disparaître en 1998.
Le textile est donc désormais absent du tissu économique local, mais il a
laissé des traces dans le paysage, avec l’existence de friches textiles, comme,
dans la vallée, cette ancienne usine désaffectée, en partie reconvertie vers des
activités bien modestes par rapport à sa fonction antérieure : Restaurant du
Cœur, petit atelier-musée. La disparition du textile a notamment engendré un
déplacement des lieux de travail de la main-d’œuvre locale vers d’autres pôles
d’emploi, en particulier vers la zone industrielle de Port-Jérôme à Notre-
Dame-de-Gravenchon.
En 2012, les deux principaux employeurs de Bolbec se trouvent dans des
secteurs totalement différents du textile : l’industrie pharmaceutique avec Oril
et l’automobile avec Cooper Standard Automotive. La présence de l’industrie
pharmaceutique à Bolbec provient d’une implantation extérieure, entamée en
1960, donc correspond à du dynamisme exogène, même s’il est d’origine
normande. Les médicaments produits à Bolbec sont prescrits dans 140 pays,
d’où l’importance de l’exportation (85 % de la production). Le deuxième
employeur de l’agglomération, issu aussi d’une implantation exogène, est un
équipementier automobile américain spécialisé dans l’étanchéité. Le reste du
tissu industriel apparaît assez ténu, à deux exceptions notables : une laiterie
dans le domaine de l’agroalimentaire, et une entreprise du BTP qui fait partie
du pôle terrassement d’Eiffage.
Le bilan de l’évolution industrielle de l’agglomération de Bolbec est mitigé.
Certes, l’industrie de la ville a connu une complète reconversion, et donc
déployé une certaine attractivité, avec l’industrie pharmaceutique et la
mécanique, prenant le relais de l’activité textile traditionnelle qui a totalement
disparu. Mais le dynamisme endogène apparaît limité. L’emploi repose
essentiellement sur seulement deux gros établissements, dépendants de
donneurs d’ordre extérieurs. Le nombre assez restreint d’entreprises dans le
tissu économique de Bolbec apparaît comme une faiblesse, peu susceptible
d’amortir l’impact d’un ralentissement de conjoncture ou d’une crise. Le
tourisme compense-t-il ces insuffisances ?
Une fonction touristique et tertiaire marchande limitée
La Normandie est certes une région touristique, grâce à son patrimoine
historique important et à ses sites naturels. Cependant, Bolbec semble moins
bénéficier de cette dynamique.
Le centre-ville historique de Bolbec ne se distingue pas par un tourisme
important, en dépit de certains atouts, comme une agréable petite rue piétonne
et un office de tourisme installé dans une maison ancienne. Mais la place
centrale reste à réhabiliter pour en faire un véritable cœur de ville. Le tourisme
industriel est limité, malgré une signalétique touristique originale en divers
lieux de la ville ; une association, fondée en 1997 pour faire revivre le passé
textile de Bolbec, a créé un atelier-musée du textile. L’agglomération ne
dispose pas d’hôtel 3 étoiles, ni à Bolbec ni dans les environs proches.
Toutefois, l’unité urbaine de Bolbec compte, depuis 2008, un site touristique
axé sur le développement durable, le parc de découverte « EANA ». Ce parc
de loisirs, qui présente le thème de l’exploration de la Terre autour de
l’abbaye cistercienne du XIIe siècle de Gruchet-le-Valasse, offre aussi un lieu
de séminaires et de restauration. Mais sa fréquentation semble inférieure aux
prévisions.
Un bassin de vie de proximité
Bolbec, à la tête d’un petit bassin de vie, irrigue essentiellement des
communes limitrophes, ce qui peut s’expliquer d’abord par l’existence de
villes concurrentes dans les environs. Le commerce est donc essentiellement
de rayonnement communal, avec un éventail agréable mais restreint d’offres
en centre-ville. L’agglomération ne possède pas de grand centre commercial
et subit la concurrence de l’offre commerciale et de services du Havre qui a
fait l’objet d’importantes réhabilitations. Certains équipements sont toutefois
présents à Bolbec, dont deux lycées et l’hôpital Fauquet, mais ils ont
cependant tendance à se réduire : perte du tribunal des Prud’hommes en 2009
et du greffe du tribunal d’instance début 2010.
Une gouvernance à stimuler
Au plan intercommunal, Bolbec fait partie de la CC Caux-Vallée de Seine,
née le 1er janvier 2008 de la fusion de trois EPCI (établissements publics de
coopération intercommunale) préexistants, les CC du canton de Bolbec, de
Caudebec-en-Caux/Brotonne et de Port-Jérôme. Le siège de la CC Caux-
Vallée de Seine est situé sur la commune voisine de Lillebonne. La CC se
donne pour vocation de valoriser l’arrière-pays du Havre, notamment en
espérant tirer avantage de l’aménagement de Port 2000 pour attirer des
activités logistiques. Aussi, les projets économiques de la CC semblent se
concentrer sur la commune de Notre-Dame-de-Gravenchon, où se trouve la
zone d’activités de Port-Jérôme, la plus importante, et moins sur Bolbec, qui
est pourtant la commune la plus peuplée de la communauté. Bolbec peut
toutefois bénéficier de reversements financiers au titre de la solidarité
intercommunale.
La CC s’appuie sur l’agence de développement Caux-Seine-
Développement, association loi 1901 réunissant la CC Caux-Vallée de Seine,
la CC Cœur de Caux, la CCI Fécamp-Bolbec et le port maritime de Rouen,
dont le but est d’attirer des entreprises et de renforcer l’attractivité du
territoire. Dans le panorama intercommunal figure aussi un syndicat mixte
Région Caux-Seine, sorte de bureau de préparation des projets de SCoT et de
PLH (plan local de l’habitat), regroupant deux CC : Caux-Vallée de Seine et
Cœur de Caux.
Chercher à tirer des avantages, directs ou indirects, de la proximité
géographique du plus grand port français de la Manche, comme le fait Bolbec,
est sans nul doute un atout. Encore faut-il que cela n’obère pas une analyse
plus poussée des meilleures synergies et de choix propres. Après l’analyse des
deux villes situées dans la grande orbite parisienne, dirigeons-nous vers le
Nord-Est, la grande région historique française de l’ère industrielle.
Chapitre 9
Trois villes représentatives du Nord-Est industriel
LES GRANDES RESTRUCTURATIONS INDUSTRIELLES commencées dans les années
1970 ont entraîné une diminution du nombre de villes industrielles, tout
particulièrement dans le nord-est de la France. Toutefois, il en subsiste trois de
nature non préfectorale dans la fourchette démographique précisée : Aulnoye-
Aymeries, Creutzwald et Pont-à-Mousson.
L’unité urbaine d’Aulnoye-Aymeries, dans le département du Nord et la
région Nord-Pas-de-Calais, compte près de 20 000 habitants sur 5 communes.
La commune-centre concentre un peu moins de la moitié de la population de
l’unité urbaine. Les deux autres villes industrielles étudiées du Nord-Est sont
en Lorraine. Creutzwald comprend, outre la commune-centre, deux autres
communes périurbaines. Quant à l’unité urbaine de Pont-à-Mousson qui
comprend 6 communes, elle compte 23 000 habitants dont la majorité dans la
commune-centre.
Aulnoye-Aymeries : une ville mono-industrielle en difficulté
Historiquement, Aulnoye-Aymeries se présente comme une ville au
développement industriel relativement ancien, lié à la mise en place d’un
nœud ferroviaire, dès le 1er janvier 1858, la commune ayant accepté le
passage de la ligne de chemin de fer Paris-Bruxelles, refusé par la commune
voisine de Berlaimont et aussi par Cambrai.
Une agglomération désormais assez enclavée
Au plan ferroviaire, la situation d’Aulnoye-Aymeries demeure satisfaisante
dans les années 2010, grâce à sa situation de carrefour de lignes classiques de
chemin de fer, au croisement de deux axes importants. L’axe nord-sud permet
une liaison directe avec Paris dans un temps correct (1 heure et 45 minutes),
par la ligne classique Paris-Maubeuge-Bruxelles, desservie par le réseau
Intercités, mais pas par celui du TGV. L’axe ferroviaire ouest-est suit la ligne
classique Valenciennes-Lorraine, la « ligne du fer », aussi empruntée par des
TER. Cette ligne d’intérêt régional permet un accès direct d’Aulnoye-
Aymeries à la préfecture et capitale régionale, Lille, mais dans un temps
relativement long (50 minutes). La gare d’Aulnoye-Aymeries connaît encore
un trafic important à l’échelle locale, en tant que gare de correspondance.
S’ajoutent dans l’unité urbaine deux petites gares à Berlaimont et à Leval.
Toutefois, depuis l’ouverture du TGV Nord en 1993, Aulnoye-Aymeries a
perdu son statut de nœud ferroviaire d’importance internationale, et sa gare
n’a plus qu’une importance essentiellement régionale.
L’avantage ferroviaire d’Aulnoye-Aymeries, bien que réduit depuis la
réalisation du réseau TGV Nord, ne se retrouve pas en matière routière et
aéroportuaire. En effet, Aulnoye-Aymeries souffre de sa localisation
géographique dans la vallée de la Sambre, territoire situé à l’écart des grands
axes routiers et autoroutiers nationaux et internationaux. La ville apparaît
comme une sorte d’impasse routière dans le territoire français. La RN2 Paris-
Maubeuge passe à l’est d’Aulnoye-Aymeries par la sous-préfecture, Avesnes-
sur-Helpe. Aulnoye-Aymeries a donc une piètre liaison routière avec Paris,
comme avec les grandes villes de son département, Valenciennes, à 32 km, et
Lille, à 83 km.
Concernant la desserte aéroportuaire, la situation d’Aulnoye-Aymeries
apparaît moins défavorable. L’aéroport international le plus proche, Charleroi-
Bruxelles Sud-Gosselies, plusieurs millions de passagers chaque année, se
situe en Belgique à 52 km, avec une accession routière en une bonne heure. Il
est plus proche et trois fois plus important que l’aéroport de Lille-Lesquin qui
se trouve à 66 km, mais, il est vrai, à la même distance-temps.
Enfin, pour la desserte locale, l’absence de déviation nord-sud et est-ouest
rend la traversée de l’agglomération peu rapide, bien que le trafic soit très
limité.
Un site favorable
L’inscription d’Aulnoye-Aymeries dans les réseaux de transport s’est donc
relativement détériorée. En revanche, son site géographique est favorable. Il
offre de vastes espaces-plans dans toutes les directions, permettant un
éventuel développement urbain et sachant que la vallée de la Sambre y est peu
encaissée.
Une dominante de mono-activité métallurgique
L’activité économique de l’agglomération d’Aulnoye-Aymeries est centrée
sur la métallurgie et la transformation des métaux. En 2012, ce secteur
emploie les deux tiers de la main-d’œuvre industrielle. Aulnoye-Aymeries
constitue donc le prototype de la mono-activité industrielle, qui gravite autour
de l’entreprise Vallourec, répartie en trois ensembles constituant une
importante emprise foncière au sud de la commune : fabrication de tubes de
cuvelage et de forage pour les puits de pétrole et de gaz et centre de recherche.
Cette activité constitue d’ailleurs le socle du développement industriel initial
de la ville, qui occupait alors une position très favorable de carrefour
ferroviaire. De nos jours, en période de forts besoins en pétrole et de prix
élevés, la demande de tubes est d’autant plus importante que des ressources
pétrolières plus profondes deviennent rentables. Inversement, quand la
demande en pétrole et les prix sont faibles, la demande en tubes diminue.
D’où le recours au personnel intérimaire, très variable selon les périodes. Le
reste de l’activité métallurgique d’Aulnoye-Aymeries, ainsi que le domaine
ferroviaire qui, par le passé, a été très important, connaissent également un
emploi industriel permanent en déclin.
Quant aux autres activités industrielles d’Aulnoye-Aymeries, elles
concernent la mécanique et le BTP. En outre, il faut noter l’implantation
exogène récente de Poweo, producteur d’énergie, né de l’ouverture
européenne du marché de l’électricité.
Depuis la fin des Trente Glorieuses, l’évolution du tissu industriel
d’Aulnoye-Aymeries présente un bilan négatif. L’agglomération est le modèle
d’un territoire à l’économie monolithique qui vit essentiellement sur la rente
de la métallurgie et, dans une moindre mesure, sur ce qui reste des emplois
liés à la SNCF.
Il s’ensuit une insuffisance de diversification du tissu économique,
engendrant des risques pour l’emploi. L’évolution de la seule entreprise sur
laquelle repose encore une part considérable de l’activité économique,
Vallourec, dépend de donneurs d’ordre extérieurs, donc d’éléments sur
lesquels Aulnoye-Aymeries a peu de prise. L’implantation de Poweo,
entreprise rachetée par Direct énergie en mars 2012, donne certes une image
de renouveau, mais elle n’est pas créatrice d’un grand nombre d’emplois.
Un secteur tertiaire peu étoffé
Les seuls emplois notables que possède la ville dans le secteur tertiaire, en
dehors de petites activités, sont liés à la SNCF. En revanche, Aulnoye-
Aymeries ne connaît pas de développement dans la logistique, ce qui n’est
guère surprenant, le tissu industriel étant peu porteur. Le tourisme est
inexistant, en raison d’une offre fort limitée, comme l’illustre l’absence
d’office de tourisme. D’ailleurs, la qualité des aménagements de la commune-
centre d’Aulnoye-Aymeries n’est guère susceptible de retenir le visiteur.
Toutefois, Berlaimont présente un cadre agréable au bord de la Sambre, mais
la commune donne une image de déclin avec des maisons abandonnées en
centre-ville. Pourtant, Aulnoye-Aymeries fait partie du parc naturel régional
de l’Avesnois, ce qui pourrait présenter un atout à valoriser.
Une aire d’influence limitée
Au plan commercial et des services, Aulnoye-Aymeries exerce une faible
attractivité sur les communes avoisinantes. Sa zone d’influence vers le nord
est inexistante, ce qui s’explique par la proximité de la vaste forêt de Mormal.
En revanche, aucun site naturel ne peut être invoqué pour justifier l’absence
de zone d’influence vers le nord-est. Mais, dans cette direction, Aulnoye-
Aymeries subit la concurrence de Maubeuge, agglomération nettement plus
importante.
La faible attractivité commerciale d’Aulnoye-Aymeries peut s’expliquer
par un centre-ville de taille modeste, peu avenant et par un faible nombre de
grandes surfaces commerciales. En outre, la ville n’a guère de grands
équipements. Mais elle compte un lycée hôtelier et un lycée récemment
construit par la région.
Une gouvernance insatisfaisante
Plusieurs manques conduisent à émettre un jugement peu favorable sur la
gouvernance, comme si l’économie de rente la rendait difficile. Aulnoye-
Aymeries ne dispose pas de documents sur l’activité économique de la
commune, et n’a pas de véritable service de développement économique,
celui-ci étant censé être compris dans un service insertion-emploi. La seule
réponse à une demande d’information économique consiste à renvoyer vers un
site Web relativement sommaire.
Un espoir d’amélioration de la gouvernance territoriale pourrait venir de
l’appartenance d’Aulnoye-Aymeries à la communauté d’agglomération
Maubeuge-Val-de-Sambre, qui a légalement la compétence du développement
économique. Cependant, cette communauté pourrait diriger en priorité
certaines de ses actions vers la commune principale de Maubeuge, qui se
trouve elle-même dans une situation économique difficile.
En outre, il ressort de l’étude de terrain un certain déficit d’accueil et de
communication : demande d’entretien rejetée à la communauté
d’agglomération, refus de certaines entreprises locales de livrer des
informations économiques globales. L’ensemble dénote un climat peu
favorable à un travail ouvert et en équipe au service du développement
économique, et également peu favorable à une gouvernance satisfaisante.
Aulnoye-Aymeries n’est donc guère attractive, avec son enclavement
relatif, son urbanisme souvent dégradé, et une atmosphère sociale qui peut
être jugée pesante. Le bénéfice d’une certaine rente de situation y apparaît
comme un frein à la mise en œuvre d’une véritable stratégie d’attractivité.
La deuxième petite ville industrielle du Nord-Est à examiner est
Creutzwald, au centre de la frontière septentrionale de la Moselle.
Creutzwald : les efforts de reconversion industrielle d’une ancienne
ville minière
Creutzwald s’est surtout développée à partir de la fin du XIXe siècle grâce à
l’exploitation houillère. Au recensement de 1886, la commune ne compte
encore que 1 493 habitants. Dans la première moitié du XXe siècle, sa
population connaît une croissance démographique, puis elle stagne autour de
14 000 habitants depuis les années 1950.
Une agglomération relativement bien desservie
Une agglomération relativement bien desservie
Creutzwald se situe à l’extrémité occidentale d’une région transfrontalière
d’environ un million d’habitants, constituée autour de Sarrebruck en
Allemagne, métropole comptant 670 000 habitants. Elle se trouve à proximité
d’un axe de circulation reliant la Lorraine à la vallée allemande du Rhin, par
Kaiserslautern, ville de plus de 100 000 habitants du Land de Rhénanie-
Palatinat. En outre, elle est assez proche de l’axe mosellan, le principal axe de
peuplement et d’économie de la région Lorraine.
Creutzwald est assez bien desservie sur le plan routier. L’autoroute A4
(Paris-Strasbourg) passe à proximité. Cette autoroute A4 permet de joindre
rapidement la préfecture, Metz (à 47 km), via l’échangeur de Saint-Avold (à
10 km), auquel Creutzwald est reliée par la RN33, ainsi que Sarrebruck en
Allemagne à 28 km. Au nord, la RN33 mène à Saarlouis en Allemagne et à
l’A620 (Sarrebruck-sud du Luxembourg), donc à des régions européennes qui
ont plutôt une meilleure attractivité que la Lorraine.
Au plan de la desserte ferroviaire, la situation de Creutzwald apparaît moins
favorable, puisqu’elle ne dispose pas de gare. Il faut se rendre à la gare de
Saint-Avold, à 15 km par la route, pour avoir accès à la ligne ferroviaire
classique Metz-Forbach-Sarrebruck. Pour se rendre à Paris, il est en réalité
plus rapide de rejoindre la gare de la capitale régionale, Metz, par la route et
d’y prendre le TGV.
La desserte aéroportuaire, sans être excellente, n’est cependant pas
mauvaise, avec deux petits aéroports internationaux à moins de 50 km :
Sarrebruck-Ensheim (à 30 km) et Metz/Nancy (à 40 km). Creutzwald se
trouve à 78 km de l’aéroport international de Luxembourg-Findel dans le
grand-duché de Luxembourg, accessible par la route en une bonne heure.
La desserte locale, auparavant peu favorable, s’est grandement améliorée
depuis décembre 2009 avec la déviation d’orientation nord-sud à l’est de
Creutzwald, qui permet de détourner le trafic venant et se dirigeant vers
Uberherrn et Sarrebruck en Allemagne.
Les contraintes foncières
Si l’inscription de Creutzwald dans les réseaux de transport n’est pas
spécialement défavorable, en revanche, son site connaît un relief assez
accidenté. Ce dernier n’est guère lié à la petite vallée de la Bisten, foyer
originel de la ville, dont l’encaissement est modéré. Il tient davantage au fait
que Creutzwald se situe, comme son nom l’indique, dans un secteur vallonné
forestier, avec la forêt domaniale de la Houve à l’ouest, la forêt domaniale de
Saint-Avold au nord, et une série de petits bois, prolongements français de la
partie allemande de la forêt du Warndt. À moins d’entreprendre des
défrichements importants, difficilement envisageables dans le contexte du
développement durable, il reste peu d’espace disponible.
Les difficultés de reconversion
À la fin du XIXe siècle, les activités de verrerie et de sidérurgie de
Creutzwald sont relayées par l’exploitation houillère qui commence avec le
puits Marie du siège 1, où la première couche de charbon est atteinte en 1898.
La production, longtemps importante, s’étale sur plus d’un siècle, pour
s’arrêter le 23 avril 2004, le combustible lorrain étant devenu moins rentable
et moins performant. Creutzwald est alors la dernière ville de France à fermer
une mine de charbon en activité.
Dès les années 1960, face à la fermeture déjà envisagée du puits de mine de
la Houve, les pouvoirs publics engagent une politique de diversification du
tissu économique, engendrant l’accueil, à la fin des années 1960, d’une des
trois zones de réindustrialisation créées en Lorraine par la CECA
(Communauté européenne du charbon et de l’acier). Mais les diverses
entreprises qui s’y implantent, notamment dans le domaine de la construction
électrique et électronique, vont connaître de fortes réductions d’effectifs ; la
principale entreprise du secteur, Grundig, va jusqu’à cesser toute activité. En
vingt ans, Creutzwald a donc subi deux importants chocs économiques.
Actuellement, le secteur industriel plus important de Creutzwald concerne
l’équipement automobile, avec une spécialisation dans la plasturgie. Ce
secteur est dominé par un important établissement de l’entreprise Johnson
Controls, équipementier automobile américain devenu le premier employeur
de l’agglomération. L’activité est satisfaisante, mais fortement dépendante de
donneurs d’ordre extérieurs et des évolutions du marché de l’automobile et de
ses équipementiers.
Outre l’industrie automobile, l’agglomération de Creutzwald compte des
activités de moindre importance relative dans différents domaines, du
ferroviaire à la mécanique, en passant par l’agroalimentaire et la métallurgie.
Subissant le déclin, puis la cessation de son activité industrielle
traditionnelle, l’extraction houillère, l’agglomération de Creutzwald a donc
entamé une reconversion, non sans difficultés. Dans un premier temps, se sont
implantées des entreprises recrutant de la main-d’œuvre sur des emplois de
faible qualification. Il s’en est suivi différents déboires dus au contexte
concurrentiel mondial. Néanmoins, les efforts de soutien à la pérennisation
d’activités ou d’aide à l’attractivité ont obtenu des résultats, avec même
certaines entreprises en croissance. Notons que les principales entreprises
concernées sont presque toutes, à l’origine, de nature exogène puisque
l’histoire économique de Creutzwald n’a pas créé un contexte véritablement
favorable à un dynamisme endogène.
L’économie de Creutzwald comporte toutefois d’autres activités que celles
du secteur industriel.
Une fonction tertiaire marchande centrée sur la logistique
La ville se développe dans la fonction logistique avec la présence de
plusieurs transporteurs. Ces derniers bénéficient du tissu industriel constitué
d’équipementiers automobiles, qui externalisent souvent leur fonction
logistique, mais savent aussi profiter de la bonne situation géographique de
Creutzwald.
En revanche, la fonction touristique est quasiment inexistante. En dehors
d’un cadre naturel agréable (plan d’eau, forêts, environnement verdoyant), qui
ne peut toutefois être regardé comme remarquable, l’agglomération ne
possède comme patrimoine digne d’intérêt que l’église, préservée des
destructions des guerres. Le caractère minier a laissé quelques modestes
éléments à caractère patrimonial, dont la valorisation supposerait des
investissements importants.
Une aire d’influence limitée
Creutzwald organise un bassin de vie assez réduit. En effet, des
agglomérations proches moins peuplées, comme Bouzonville ou encore
Boulay-Moselle, ont une aire d’influence plus étendue. Cela peut s’expliquer
en partie par la position frontalière de Creutzwald, qui limite son influence
vers l’est (les villes allemandes s’inscrivent dans des bassins de vie
allemands), mais aussi par la présence de Saint-Avold au sud, qui, sans être un
pôle très important, apparaît plus attractive. En conséquence, l’influence de
Creutzwald s’exerce essentiellement vers l’ouest sur des communes rurales.
Témoignent de l’étroitesse du bassin de vie des équipements limités, en
particulier sur le plan commercial, dont un centre-ville réduit, mais bien
aménagé. Le pôle hospitalier gériatrique de Creutzwald est d’une importance
locale. Néanmoins, Creutzwald dispose de trois lycées, comportant des
sections de BTS. L’un d’eux, le lycée Georges Bastide, comprend un centre
de ressources de la plasturgie.
Une gouvernance volontariste
Au plan de la gouvernance, les acteurs locaux affichent incontestablement
une attitude volontariste et combative face aux difficultés de la situation
économique. Différents projets visant à améliorer l’attractivité de
l’agglomération ont été menés ou sont en cours. Les documents ou les
panneaux d’information de la mairie sur l’activité économique sont d’une
remarquable qualité.
Dans un périmètre d’abord limité à trois communes, la CC du Warndt est
créée le 24 février 1997. Depuis, d’autres communes l’ont rejointe, mais
Creutzwald reste la principale, tant au plan démographique qu’économique.
La CC prend clairement en main le développement économique. Par exemple,
elle a aménagé la voirie sur les 17 hectares du parc d’activités sud. En outre,
elle conduit le projet ambitieux d’un parc d’activités transfrontalier de 180
hectares, dédié en partie à de l’habitat, mais surtout à des entreprises
innovantes : le parc Eurozone.
Au plan de l’urbanisme, la municipalité de Creutzwald mène une politique
de rénovation du centre-ville, engagée dans la fin des années 1990, dont les
résultats positifs sont évidents : aménagement des abords de la rivière qui
traverse le centre-ville, du secteur de l’église, amélioration du stationnement,
le tout donnant un profil plus urbain et plus agréable à la commune. Le
moderne hôtel de ville, d’une qualité architecturale attirante, symbolise cette
rénovation. Cependant, certaines parties des zones d’activités, éprouvées par
des fermetures, sont à restaurer.
La CC tente aussi de susciter une offre touristique autour de la valorisation
du cadre forestier environnant. Parallèlement, la municipalité mène une
politique d’élévation du niveau culturel et scolaire de la population. Dans ce
dessein, elle s’efforce de renforcer le bilinguisme de la population
(enseignement de l’allemand en maternelle et en primaire). Une médiathèque,
au fonctionnement financé par la CC, est ouverte depuis septembre 2010. Un
seul point faible concernant la gouvernance tient au fait que les élus locaux de
Creutzwald ne bénéficient guère des réseaux supplémentaires que procurent
des mandats régionaux, nationaux ou européens. Durement éprouvée par la fin
de son industrie traditionnelle, Creutzwald témoigne néanmoins d’une tonicité
sans laquelle sa situation économique serait encore plus difficile.
Quittons cette ville de Moselle pour analyser une autre ville de la Lorraine,
au nom fort connu, située au centre de la Meurthe-et-Moselle, Pont-à-
Mousson.
Pont-à-Mousson, une ville rentière dans un positionnement
géographique remarquable
Ville ancienne, Pont-à-Mousson doit sa naissance, comme son nom
l’indique, à un pont construit sur la Moselle, au XIe siècle, au pied de la
forteresse de Mousson. Au Moyen Âge, elle connaît une première phase
d’expansion d’abord sur la rive droite, puis sur la rive gauche. Puis elle
stagne, jusqu’à l’émergence d’une seconde phase de développement important
à la fin du XIXe siècle, grâce à l’industrie sidérurgique. La commune passe de 8
211 habitants au recensement de 1872 à 14 009 habitants à celui de 1911.
Depuis, l’effectif de la population est stable.
Une situation géographique très favorable
Pont-à-Mousson dispose d’une situation géographique très favorable dans
le sillon mosellan, principal axe de peuplement et de développement
économique de la région Lorraine, peu éloigné de la dorsale européenne,
région européenne la plus dense en population et en activités qui va de
l’Angleterre à la Lombardie. Sa situation bénéficie de sa localisation à mi-
distance entre Metz et Nancy, les deux métropoles de sa région,
respectivement éloignées de 31 et 27 km.
Pont-à-Mousson possède deux accès, dont une bretelle, à l’autoroute A31,
qui va de la frontière franco-luxembourgeoise à Beaune, où elle rejoint l’A6.
L’A31 est le principal axe de communication du sillon mosellan d’orientation
méridienne. Concernant le reste du réseau routier, la D910 vers l’est mène à
Saint-Avold. Cette D910 est en partie en cours d’aménagement, pour
contourner la métropole messine et se diriger vers l’est, ce qui rapprochera la
ville de l’Allemagne. La D958, qui va à Commercy vers l’ouest présente un
intérêt moindre, car elle irrigue une région peu dense et en dépeuplement.
Quant à la desserte locale, elle est assez aisée. L’autoroute A31 sert de
déviation pour l’axe nord-sud, le plus fréquenté, et les deux ponts sur la
Moselle permettent une liaison convenable dans le sens est-ouest, même si
Pont-à-Mousson ne dispose pas d’une déviation est-ouest, axe sur lequel, il est
vrai, le trafic n’est pas très important.
Au plan ferroviaire, la situation de Pont-à-Mousson est aussi favorable. La
ville possède une gare sur le réseau classique, desservie par le TER « Metrolor
», qui la relie rapidement aux deux métropoles régionales. La ville se trouve
aussi à proximité de la gare TGV lorraine de Louvigny (à 10 km), qui permet
un accès à Paris en seulement 1 heure et 15 minutes, avec plusieurs dessertes
par jour. Après son installation à Vandières, cette gare sera encore plus proche
de Pont-à-Mousson, ce qui permettra d’assurer des correspondances avec le
réseau TER. Pont-à-Mousson va donc devenir un carrefour ferroviaire, ce qui
devrait encore renforcer sa situation favorable dans les réseaux de transport.
Concernant la desserte aérienne, Pont-à-Mousson bénéficie de l’aéroport
régional Metz-Nancy-Lorraine à seulement 15 km, qui offre quelques
dessertes internationales. Quant à l’aéroport international de Luxembourg-
Findel (1,6 million de passagers) dans le grand-duché de Luxembourg, il se
trouve par la route à 1 heure.
Les spécificités du site
Le site de Pont-à-Mousson est moins favorable que sa situation
géographique : à hauteur de Pont-à-Mousson, la vallée de la Moselle se
rétrécit, avec, à l’est, la butte de Mousson aux pentes abruptes, qui culmine à
près de 200 mètres au-dessus de la vallée. Les facilités foncières se
concentrent essentiellement à l’est, au sud de la butte sur la commune d’Atton.
Au nord et au sud de la vallée de la Moselle, les quelques espaces-plans
correspondent à des zones inondables. À l’ouest, les coteaux boisés qui
dominent la vallée de plus d’une centaine de mètres sont malaisément
urbanisables.
Une dominante de mono-activité sidérurgique
Pont-à-Mousson possède aujourd’hui la plus forte notoriété industrielle des
douze villes étudiées, grâce à une entreprise sidérurgique phare de nature
endogène, Saint-Gobain PAM (ex Pont-à-Mousson SA), qui y emploie 1 600
salariés, effectif stable ces dernières années. L’établissement de Pont-à-
Mousson est le premier producteur mondial des tuyaux en fonte ductile qui
équipent de nombreux réseaux d’eau et d’assainissement, en France et dans le
monde. Du fait de la notoriété, ancienne et mondiale, de l’entreprise dont le
sigle et le nom figurent sur des milliers de plaques d’égouts, le nom de la ville
est fort connu, même s’il est souvent ignoré que Pont-à-Mousson est aussi le
nom d’une ville. La commercialisation en France et à l’étranger – le centre de
démonstration de l’entreprise Saint-Gobain PAM reçoit des clients d’environ
70 nationalités chaque année – ainsi qu’une innovation permanente, lui ont
permis de rester compétitif dans son domaine et d’échapper à la crise qu’a
connue la sidérurgie française.
Sachant que d’autres activités de Pont-à-Mousson ont périclité, le reste du
tissu industriel est limité par rapport au poids de la sidérurgie : il concerne la
construction électrique, des tubes et accessoires plastiques, et de la
construction mécanique. S’ajoute une centrale thermique EDF. Les nouvelles
implantations de la zone d’activités d’Atton, construite à la sortie de
l’autoroute au sud de la ville, concernent surtout la logistique, grâce à la
situation avantageuse de Pont-à-Mousson dans le sillon mosellan.
La ville de Pont-à-Mousson se trouve quasiment dans une situation de
mono-activité. Certes, l’établissement sidérurgique Saint-Gobain PAM a vu
ses effectifs diminuer, mais les quelques autres entreprises et la proximité de
deux métropoles régionales (Nancy et Metz) ont offert un débouché à la
population active locale. Cependant, cette situation rentière présente des
risques. L’établissement appartient désormais à un donneur d’ordre extérieur
(Saint-Gobain), ce qui réduit le lien avec son territoire d’origine. Reste que sa
nature d’industrie lourde et sa notoriété peuvent être favorables à la
pérennisation de son implantation, comme l’attestent la préservation de
l’intitulé PAM et le fait rarissime qu’après le rachat de l’entreprise Pont-à-
Mousson, Saint-Gobain ait adopté son logo, en forme de pont.
D’importants atouts touristiques
Pont-à-Mousson dispose d’un potentiel touristique, grâce à deux atouts :
son site naturel agréable, verdoyant et entouré de collines, au bord de la
Moselle et son riche patrimoine, aussi bien rive gauche que rive droite. La
ville a gardé un héritage important de son ancien rôle de « ville-couvent ». Le
patrimoine le plus important concerne le domaine religieux, avec l’ancienne
abbaye des Prémontrés du XVIIIe siècle. Cette dernière est devenue, depuis
1964, un centre culturel et de congrès. Elle abrite à la fois le siège du Centre
européen d’art sacré et le Comité régional du tourisme de Lorraine. En outre,
les deux églises gothiques de Pont-à-Mousson, Saint-Martin et Saint-Laurent,
méritent aussi le détour par leur architecture et leurs collections.
Concernant le patrimoine civil, Pont-à-Mousson peut s’enorgueillir d’une
très belle place (Duroc) avec arcades et maisons Renaissance. Les autres
points d’intérêt sont la cour d’honneur de l’ancienne université et le musée «
Au fil du papier », ouvert depuis 1999 dans l’ancien Hôtel de la monnaie, dont
les collections sont à dominante industrielle. À proximité de la ville, la butte
de Mousson, avec les ruines du château et de la chapelle castrale, offre un
beau point de vue sur l’agglomération et le sillon mosellan, et se présente
comme un lieu de tourisme de mémoire, compte tenu de son rôle stratégique
pendant les deux guerres mondiales. La ville possède aussi un port de
plaisance.
Une assez large zone d’influence
Pont-à-Mousson se caractérise par sa large zone d’influence, qui s’étend
assez loin dans les zones rurales environnantes. Elle profite de sa situation
d’unique bassin de vie entre Nancy et Metz. Son influence s’étend dans toutes
les directions, mais elle est plus importante vers l’ouest dans la plaine de la
Woëvre, vaste zone rurale faiblement peuplée, et apparaît un peu moindre au
sud, où la petite ville de Dieulouard offre un certain nombre de fonctions.
L’étendue de la zone d’influence de Pont-à-Mousson explique – et s’explique
par – la présence de divers équipements, dont un hôpital et trois lycées, ainsi
que par son offre commerciale, notamment en centre-ville.
Une gouvernance influencée par une économie de rente
La gouvernance de Pont-à-Mousson apparaît s’exercer dans le cadre d’une
logique de rente. L’importance des revenus directs ou indirects dus à
l’établissement Saint-Gobain PAM semble présenter un frein à la mise en
œuvre d’une stratégie volontariste d’attractivité, qui permettrait de mieux
diversifier le tissu économique. Pourtant, des acteurs politiques locaux
reconnaissent ne guère posséder d’informations précises sur les perspectives
concernant leur établissement de Saint-Gobain PAM. Cela n’a rien de
surprenant étant donné l’accueil peu chaleureux de l’établissement, y compris
du service communication. Pour le moment, il ne semble exister de véritables
services de développement économique ni à la mairie de Pont-à-Mousson, ni à
la communauté de communes, dont c’est pourtant une des compétences
obligatoires. Ces administrations ne disposent ni ne proposent guère de
documents sur l’économie de l’agglomération. La seule action citée a été le
recrutement temporaire d’un emploi jeune au moment de la commercialisation
de la zone d’activités d’Atton, action menée dans le cadre de la compétence
développement économique. Toutefois, la CC du pays de Pont-à-Mousson
évoque un projet de petite zone d’activités de 10 hectares à vocation mixte
(habitat/économie) et dit envisager la création d’une nouvelle zone d’activités
en façade autoroutière.
Les trois villes analysées du nord-est de la France montrent des profils fort
différents. La première, Aulnoye-Aymeries, assure une production industrielle
dont la demande mondiale demeure importante, mais ne semble guère avoir su
utiliser ses avantages pour favoriser la qualité de la vie sur son territoire et
pour préparer une diversification suffisante. La deuxième, Creutzwald, ne
pouvant refuser le passif de son héritage industriel, tente de le surmonter par
d’incontestables efforts. La troisième, Pont-à-Mousson, ne semble pas avoir
encore dépassé les habitudes de rente qui ont freiné la valorisation de son
patrimoine et de sa situation géographique. Par ailleurs, dans ce sillon lorrain
géographique dont Pont-à-Mousson fait partie, les communautés
d’agglomération de Portes de France-Thionville, de Metz Métropole, d’Épinal
Golbey et la communauté urbaine du Grand Nancy ont créé, le 19 septembre
2011, un pôle métropolitain dénommé Sillon Lorrain, en application de la loi
territoriale de 2010, soit le premier pôle métropolitain officiellement créé en
France. Il s’agit pour ces intercommunalités « d’optimiser leur dynamisme et
de mettre en cohérence leurs initiatives ». Il est très prématuré de savoir si
cette création engendrera des retombées pour Pont-à-Mousson, qui n’est pas
membre de ce pôle métropolitain.
La troisième grande région française où nous trouvons des petites villes
industrielles telles qu’initialement définies est le Grand Ouest, avec Amboise,
Eu, Flers et Vitré.
Chapitre 10
Quatre villes du Grand Ouest aux trajectoires
économiques différentes
L’unité urbaine d’Amboise est la deuxième la plus peuplée d’Indre-et-Loire
après Tours. Située en Basse-Normandie, celle de Flers est aussi la deuxième
de son département, l’Orne. Quant à celle d’Eu, elle est à géographie
interrégionale, puisque son territoire se répartit entre Haute-Normandie et
Picardie. Originalité par rapport aux autres unités urbaines étudiées, sa
commune-centre représente moins de la moitié de la population, devançant la
deuxième la plus peuplée, Le Tréport, qui domine une troisième moins
peuplée, Mers-les-Bains. Ces deux dernières communes littorales comptent
ensemble davantage d’habitants que la commune-centre.
Quatrième ville industrielle étudiée du Grand Ouest, Vitré est la sixième
unité urbaine de son département, l’Ille-et-Vilaine. Cette unité urbaine ne
compte qu’une seule commune, qui dispose d’un territoire relativement vaste
de 37 km2.
Amboise : un double socle industriel et touristique
Ville historique de fondation ancienne, puisqu’un oppidum gaulois se
trouvait sur le plateau des Châtelliers, Amboise connaît un premier apogée au
XVe siècle, quand elle devient la résidence royale de Charles VII. Après la fin
de l’ancien régime, elle entame une longue période de stagnation qui se
poursuit tout au cours du XIXe siècle, période pendant laquelle la population
demeure dans une fourchette entre 4 000 et 5 000 habitants, malgré un début
de processus d’industrialisation. Son développement économique et
démographique s’effectue principalement après 1945.
Une situation géographique favorable
Une situation géographique favorable
Amboise présente une situation géographique favorable, dans la vallée de la
Loire, l’un des grands axes de circulation de l’ouest de la France. Au sein du
sillon ligérien, la bonne situation d’Amboise est renforcée par sa proximité
(24 km) de Tours, métropole la plus peuplée de la région Centre.
Pour sa desserte routière, Amboise bénéficie de la proximité de l’autoroute
A10, reliant Paris à Bordeaux, qui passe au nord, rive droite, à 16 km de la
ville. Au sud, à hauteur de Bléré, Amboise possède un accès à l’autoroute
A85, terminée en 2007, sur un axe d’orientation ouest-est (Angers-Vierzon),
joignable d’Amboise en 14 km. Concernant la liaison avec Tours, elle
s’effectue par des routes peu rapides, soit sur la rive droite de la Loire, soit sur
la rive gauche du fleuve, avec un temps minimum de trajet de 30 minutes.
La desserte locale s’effectue par la déviation nord-sud et deux ponts sur la
Loire, dont le second a été inauguré en 1981. Toutefois, il manque une section
routière vers l’ouest, qui permettrait de dévier la ville par le sud pour se rendre
vers Tours. En conséquence, la traversée du centre-ville d’Amboise est
obligatoire pour le trafic visant à rejoindre Tours par la rive gauche de la
Loire.
Au plan ferroviaire, Amboise compte une gare desservie par les TER, sur la
ligne ferroviaire Tours-Amboise-Blois-Orléans. La ville est donc reliée par
voie ferroviaire aux deux principales métropoles régionales, Tours et Orléans.
Mais, surtout, cette ligne relie rapidement Amboise, en une quinzaine de
minutes, à la gare TGV de Saint-Pierre-des-Corps. Située dans la
périurbanisation est de Tours, cette gare rallie la gare de Paris-Montparnasse
en moins d’une heure.
En revanche, pour la desserte aérienne, la situation d’Amboise est moins
favorable, puisqu’il n’y a pas de grand aéroport international à proximité.
L’aéroport de Tours-Saint-Symphorien, le plus proche, à 19 km, compte un
peu plus de 100 000 passagers chaque année. Celui de Châteauroux, beaucoup
plus éloigné, à 83 kilomètres, seulement quelques milliers. Ce sont des
aéroports locaux, au nombre de liaisons limité.
Les caractéristiques foncières
Au premier abord, le site de l’unité urbaine d’Amboise est favorable. Au
sud, donc rive gauche, le relief est peu accentué, avec 40 mètres de dénivelé
entre la vallée et le plateau où s’est principalement développée l’urbanisation.
L’agglomération y possède de vastes espaces-plans. C’est également le cas au
nord, donc rive droite, dans la vallée, mais le risque d’inondations y est
important. En conséquence, les deux communes de l’unité urbaine d’Amboise
situées dans la vallée, Nazelles-Négron et Pocé-sur-Cisse, classées pour partie
en zone inondable, ne peuvent guère envisager l’extension de leurs zones
d’activités : lors de leur création, ces zones n’étaient pas soumises aux
contraintes du classement en zone inondable ; désormais, seuls les bâtiments
existants peuvent être étendus, sous certaines conditions. En outre, en aval de
la Loire, l’existence du vignoble AOC Touraine-Amboise et de forêts (la forêt
d’Amboise) limite en partie les possibilités d’urbanisation. Les principaux
larges espaces-plans pleinement disponibles se localisent donc sur le plateau
vers l’est. C’est dans ce contexte géographique que s’est développé le tissu
industriel.
Une industrie diversifiée de nature endogène et exogène
Ce tissu industriel débute au milieu du XIXe siècle, avec les pressoirs des
frères Mabille. Depuis, Amboise est le siège d’ateliers de travail des métaux et
de fabrication de machines pour l’agriculture, comme des fouloirs et pressoirs
à vendange. Cette activité est indirectement à l’origine de l’industrie
mécanique actuelle, premier secteur employeur de l’unité urbaine, cependant
fragile.
L’industrie pharmaceutique est le deuxième employeur industriel de
l’agglomération, notamment avec l’entreprise Pfizer PGM. Fruit d’une
implantation exogène, ce site de la multinationale américaine s’occupe de la
mise en forme pharmaceutique et du conditionnement de médicaments. Mais,
bien qu’exerçant une activité à la pointe de la technologie, le site d’Amboise
n’est pas à l’abri des décisions de donneurs d’ordre lointains, qui peuvent
décider de redéployer tout ou partie de la production ailleurs, en fonction de
l’évolution des marchés. Par exemple, Pfizer a fermé en 2009 son unité de
recherche et développement d’Amboise.
Outre la mécanique et l’industrie pharmaceutique, le tissu industriel
d’Amboise comprend de nombreuses autres entreprises, essentiellement des
PME relevant de spécialisations très variées : textile, environnement,
télécommunications, imprimerie-édition, etc. Amboise se présente comme le
deuxième pôle industriel d’Indre-et-Loire après la préfecture, Tours. Son tissu
industriel, diversifié et relativement récent, offre une répartition des risques
économiques. De plus, Amboise combine développements endogène et
exogène, ce qui constitue un atout témoignant à la fois de l’existence d’une
capacité entrepreneuriale locale et de l’attraction qu’exerce son territoire.
Néanmoins, certaines entreprises industrielles sont issues de groupes
internationaux (c’est le cas de deux des trois grands établissements
industriels), ce qui peut constituer un élément de fragilité.
Un grand pôle touristique
Par rapport aux onze autres villes étudiées, l’originalité d’Amboise tient à la
combinaison intense sur le même site d’activités industrielles et touristiques,
souvent considérées comme incompatibles. Cette ville additionne donc à sa
fonction industrielle, assez méconnue du grand public, une fonction
touristique, premier élément de la notoriété de la ville. Porte d’entrée de la
Touraine, Amboise reçoit le nombre élevé d’environ 650 000 touristes par an.
Son office du tourisme est le troisième de la région Centre par le nombre
annuel de visiteurs (100 000), derrière ceux de Blois et de Tours. Ce tourisme
est internationalisé depuis des décennies, précisément depuis l’arrivée en 1922
des premiers cars de touristes anglais à Amboise. Les visiteurs d’Amboise se
répartissent entre 55 % de Français et 45 % d’étrangers, dont 31 %
d’Européens. La ville fait évidemment partie, avec Chambord, Blois,
Chenonceau, du circuit des châteaux de la Loire, organisé par les voyagistes
pour leur clientèle française ou étrangère. Depuis le 30 novembre 2000,
Amboise se trouve inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco, comme partie
de l’ensemble du Val de Loire, qui s’étend le long de la Loire sur 280 km, en
tant que « paysage culturel vivant de valeur universelle ».
Le patrimoine touristique d’Amboise est aussi exceptionnel et diversifié. Le
plus connu, compte tenu notamment de sa position géographique, est le
château royal meublé, datant de la fin du XVe siècle et du début du XVIe siècle,
avec sa terrasse dominant la ville et la Loire. Mais connaît aussi une forte
notoriété le Clos-Lucé, sixième château privé le plus visité de France,
résidence de Léonard de Vinci de 1516 jusqu’à sa mort le 2 mai 1519. En
troisième lieu, Amboise peut aussi s’enorgueillir de la Pagode de Chanteloup,
dernier souvenir du château du duc de Choiseul. Amboise bénéficie aussi
d’autres attractions touristiques, comme l’aquarium de Touraine, l’un des plus
grands aquariums d’Europe hors rivage maritime, ou le parc des mini-
châteaux du Val de Loire.
L’importance du tourisme se traduit par une offre d’hébergement
relativement satisfaisante, et en augmentation. Par exemple, le village de
vacances VVF à Amboise offre une capacité d’hébergement de plus de trois
cents lits. Une résidence touristique et d’affaires, proche du golf, au sud de la
commune d’Amboise, compte une capacité de près de mille lits. S’ajoutent
notamment un Novotel et un camping de plus de mille places, L’île d’or.
Outre le tourisme, d’autres activités existent dans le secteur tertiaire, avec un
tissu de PME en cours d’émergence, comme Val de France Restauration, dans
le domaine de la restauration collective.
Le rayonnement touristique d’Amboise contraste avec un bassin de vie
relativement peu étendu.
Un bassin de vie de taille limitée
En effet, l’influence économique d’Amboise n’est essentiellement sensible
que vers l’est, le long de la vallée de la Loire. À l’ouest, elle subit la
concurrence de Tours. Vers le sud, Amboise n’exerce guère d’attraction
puisque l’agglomération de Bléré possède son propre bassin de vie, centré sur
la vallée du Cher.
Néanmoins, Amboise bénéficie d’équipements significatifs, comme le
centre hospitalier intercommunal Amboise/Château-Renault, le théâtre
Beaumarchais, quatre lycées, un CFAI (Centre de formation d’apprentis de
l’industrie). Le centre-ville propose de nombreux commerces, et le commerce
de détail y progresse, malgré le développement de surfaces commerciales à la
périphérie. L’équipement pour les personnes âgées est aussi significatif, avec
trois maisons de retraite.
Une préoccupation ancienne de gouvernance
Le bassin d’emploi d’Amboise dispose d’un organe de valorisation du tissu
économique, le Groupement des entreprises industrielles du Val d’Amboise
(GEIDA), qui a pour vocation la promotion de l’aménagement, du
développement économique et de l’emploi dans la région d’Amboise. Au
service de ses membres, le GEIDA se veut un moyen de coopération pour des
achats communs, une instance de réflexion et une force de proposition,
représentative du monde économique du Val d’Amboise dans ses rapports
avec les collectivités territoriales. Son partenaire privilégié est la communauté
de communes (CC) du Val d’Amboise, dont les maires des communes
membres sont invités aux réunions plénières du GEIDA. Depuis 2002, le
GEIDA, qui influence les décisions économiques locales, s’est ouvert à
certaines sociétés non industrielles (transports, intérim), prenant en compte le
développement de PME tertiaires.
Parallèlement, la municipalité d’Amboise (mandature 2008-2014) affiche
dans son bulletin municipal son objectif d’attractivité : « La stratégie qui
consiste notamment à accueillir des petites entreprises dans des secteurs très
divers est certainement la bonne. Il faut continuer à ne pas mettre “tous nos
œufs dans le même panier” pour assurer durablement des emplois dans le Val
d’Amboise. » Les actions de la CC Val d’Amboise concernent par exemple la
réhabilitation ou l’extension des zones d’activité pour accroître l’offre
foncière et immobilière d’entreprises.
Les modalités de gouvernance d’Amboise ont des racines historiques.
Maire d’Amboise de 1966 à 1989, Michel Debré a eu la volonté, durant ses
mandats, de constituer un « Grand Amboise », prenant en compte le caractère
pluricommunal de l’agglomération, et comportant des perspectives de
développement en zone plane sur la rive droite de la Loire, d’où la création
d’un district urbain d’Amboise dès les années 1970.
Après la dualité touristique et industrielle d’Amboise, examinons une autre
ville du Grand Ouest, mais en position interrégionale, Eu.
Eu : une agglomération en position interrégionale et en moindre
attraction touristique
De fondation médiévale, Eu est une ville historique au passé prestigieux.
Au XIXe siècle, l’agglomération se développe fortement avec l’émergence de
deux pôles forts différents : le tourisme balnéaire et l’industrie verrière. Après
la période de la première moitié du XXe siècle, marquée en moyenne par une
stagnation, Eu connaît un regain de croissance pendant les Trente Glorieuses,
notamment sous l’effet d’une diversification industrielle. Depuis le
recensement de 1975, la baisse de sa population peut s’expliquer par divers
facteurs ayant diminué son attractivité. Le premier tient à la détérioration
relative de sa place dans les réseaux de transport.
Un enclavement relativement accentué
L’unité urbaine d’Eu, dont le territoire est à cheval sur deux départements
(Seine-Maritime et Somme) et deux régions (Haute-Normandie et Picardie) se
trouve dans une position « pluripériphérique » au sein du territoire français.
Elle se situe à la fois à l’écart des principaux axes de peuplement et
d’économie de la région Haute-Normandie (vallée de la Seine) et de ceux de
la région Picardie (vallée de la Somme). Elle est éloignée des deux capitales
régionales, Rouen et Amiens.
De la fin du XIXe siècle aux Trente Glorieuses, les touristes ont longtemps
fortement concouru à la fortune de l’agglomération maritime d’Eu, proche de
Paris en distance. Puis, lors du développement du réseau autoroutier, Eu est
restée à l’écart, sans liaison directe avec Paris, pendant que d’autres territoires
gagnaient en espace-temps dans leurs relations avec la capitale nationale ou
les capitales régionales. Alors que la ville se localise à seulement 166 km de
Paris, il faut 2 heures et 30 minutes pour effectuer le trajet par la route. Partant
de Paris, il faut parvenir à l’autoroute A16, qui mène jusqu’à Beauvais.
Ensuite, il reste à emprunter plusieurs routes départementales peu rapides,
notamment du fait de la traversée de nombreux villages. Une autre solution
consiste à parcourir l’A16 jusqu’à Abbeville, puis à rejoindre Eu en 37 km,
mais cet itinéraire est plus long et plus coûteux.
Concernant les liaisons avec les autres métropoles, la situation n’est guère
meilleure. L’autoroute du littoral normand (A28) a un tracé relativement en
arrière du littoral. Eu se trouve aussi relativement enclavée par rapport à la
préfecture et métropole régionale, Rouen (à 84 km), comme par rapport à
Amiens (à 70 km), capitale de la Picardie.
Pour la desserte ferroviaire, la situation apparaît a priori meilleure, puisque
l’agglomération est desservie par trois gares, deux à Eu et une au Tréport,
terminus d’une ligne directe depuis Paris, qui passe par Beauvais. Cependant,
y circulent seulement des TER : il faut donc plus de trois heures pour aller en
train de Paris au Tréport, plus que pour le trajet TGV Paris-Marseille ! Le
trajet ferroviaire Eu-Paris n’a connu aucune amélioration, alors que d’autres
villes maritimes, plus éloignées de la capitale comme Saint-Malo, La Baule ou
Les Sables-d’Olonne, bénéficiaient nettement du réseau TGV. La liaison
ferroviaire avec la capitale, qui avantageait encore Eu, Le Tréport et Mers-les-
Bains dans les années 1970, est devenue relativement défavorable. En outre, il
n’y a pas de liaisons ferroviaires directes ni avec Abbeville (et de là avec
Amiens), ni avec Rouen, ce qui confirme l’enclavement d’Eu au sein des deux
régions de son unité urbaine.
Comme précisé précédemment pour une autre ville haut-normande, Bolbec,
la desserte aéroportuaire d’Eu est défavorable, car la Normandie ne dispose
pas d’un aéroport international de taille significative.
Les handicaps et les atouts du site
La géographie de l’unité urbaine d’Eu se traduit par des inconvénients, mais
également par des atouts. Concernant les premiers, l’agglomération d’Eu s’est
déployée dans une vallée inondable relativement encaissée, la Bresle,
aujourd’hui largement urbanisée, et sur un littoral rongé par la mer. Les
falaises, qui atteignent 100 mètres de hauteur au sud du Tréport et au nord de
Mers-les-Bains, sont soumises à des risques d’effondrement et reculeraient
sans aménagements. En outre, sur une partie de la commune d’Eu, la
densification du bâti, solution envisageable au premier abord, apparaît
difficile du fait des contraintes liées au patrimoine historique.
Néanmoins, Eu, outre l’avantage de bénéficier d’une façade maritime et
d’un potentiel portuaire, possède de nombreux terrains plats sur les plateaux
avoisinants au nord et au sud. Mais leur aménagement nécessite des coûts
d’investissement et d’entretien pour les relier aux différents réseaux de la
vallée, puisque le dénivelé entre la vallée et le plateau atteint par endroits une
centaine de mètres.
La desserte locale du site s’effectue donc dans des conditions parfois
difficiles. Certes, une route joue le rôle de déviation dans le sens parallèle au
littoral. En revanche, les liaisons de l’intérieur vers le littoral, et plus
précisément entre Eu, en arrière du littoral, et le port du Tréport et la plage de
Mers-les-Bains, sont souvent malaisées, ne serait-ce qu’en raison des
contraintes géographiques. Toutefois, pour accéder au Tréport, il est possible
d’utiliser le parking au sommet de la falaise et de descendre en ville ou sur la
plage par un funiculaire.
Un tissu industriel diversifié, mais des emplois en diminution
Au plan industriel, l’agglomération d’Eu constitue l’un des pôles d’un
complexe industriel verrier couvrant un territoire plus étendu : la vallée de la
Bresle est le premier centre de flaconnage au monde (les quatre cinquièmes de
la production mondiale du flaconnage de haute parfumerie), et un des grands
foyers verriers de France. Pour toute la vallée, ce pôle compte environ encore
quelques milliers d’emplois, chiffre de moitié moindre qu’à la période la plus
faste, notamment en raison des gains de productivité. Cette industrie est issue
d’un processus de développement endogène étalé sur plusieurs siècles.
Autrefois localisées en forêt, les verreries s’installent en fond de vallée dans
les années 1870, lors de la construction de la ligne de chemin de fer Paris-Le
Tréport.
L’agglomération dispose toujours, à Mers-les-Bains, d’une importante
verrerie du groupe SGD (Saint-Gobain Desjonqueres), très bien placé sur le
marché mondial du flaconnage de luxe pour la parfumerie. SGD est le premier
employeur de l’agglomération : sa capacité d’adaptation semble favorable à sa
pérennité, même si ses effectifs permanents diminuent. Signe d’adaptabilité, à
la suite de la suspicion, puis l’interdiction des plastiques contenant du
bisphénol A, SGD s’est intéressé depuis peu à la fabrication de biberons en
verre. Cependant, SGD n’est plus un moteur de création d’emplois, donc
représente moins un avenir pour les jeunes.
Après le verre, Eu compte une autre industrie anciennement implantée, la
robinetterie-serrurerie, avec notamment la marque Fichet, connue aussi pour
ses coffres-forts, et symbole de la haute sécurité contre le vol. Cette marque
est issue d’un développement endogène, l’entreprise Fichet ayant été fondée à
Oust-Marest en 1825. Elle s’inscrit dans un secteur porteur, alors que la
demande de sécurité ne diminue pas. L’innovation permanente de Fichet
explique sa longévité.
Pour se diversifier face à la part importante de l’industrie verrière,
l’agglomération d’Eu a misé sur un troisième secteur, les composants
électroniques, mais cette activité subit le contrecoup de son fort
développement antérieur. S’ajoute le secteur de l’emballage et du mobilier
métallique.
Le fait que certaines industries soient issues d’une dynamique endogène
témoigne de l’existence d’une tradition entrepreneuriale. Néanmoins, Eu
souffre de la baisse de ses emplois industriels. En particulier, Eu a perdu deux
entreprises industrielles importantes ces vingt dernières années : en 1998, une
sucrerie-distillerie et, en 2003, une entreprise de composants de bicyclettes et
voitures d’enfants. Les difficultés de la dynamique endogène historique ne
sont pas équilibrées par l’enclenchement d’une attraction exogène suffisante,
partiellement en raison de l’enclavement, mais sans doute aussi de la
complexité de la gouvernance territoriale.
Le rétrécissement industriel se trouve-t-il compensé par un essor touristique
et portuaire ?
D’importants attraits touristiques et une fonction portuaire limitée
Le secteur du tertiaire marchand de l’agglomération d’Eu est centré autour
de deux principales activités : le tourisme et la fonction portuaire. Eu combine
deux atouts, culturel et balnéaire, grâce d’une part à son riche patrimoine et,
d’autre part, à son caractère littoral, avec des attraits touristiques, à la fois
incontestables et diversifiés, répartis sur les trois principales communes.
Ainsi, Eu est-elle la première commune de Seine-Maritime, après Rouen, pour
le nombre de ses sites et monuments classés. Son patrimoine historique est
exceptionnel, avec le château Renaissance, ancienne résidence d’été de Louis-
Philippe, qui abrite d’ailleurs le musée Louis-Philippe, l’église gothique et la
chapelle du collège des jésuites où se trouve le mausolée du duc Henri de
Guise. Eu est référencé, à juste titre, parmi les « plus beaux détours de France
». La ville dispose aussi d’un musée associatif des traditions verrières, qui
présente l’histoire du flaconnage, des outils, des machines et de flacons en
référence à « La vallée de la Bresle. La vallée du verre ». Dans la partie rurale
de la commune, le visiteur peut admirer le site gallo-romain du Bois l’Abbé,
et se promener en forêt d’Eu ou dans la vallée et ses étangs.
Les deux stations balnéaires de Mers-les-Bains et du Tréport présentent
aussi des attraits touristiques. En premier lieu, elles offrent le paysage des
falaises de craie blanche de la Côte d’Albâtre, qui figurent parmi les plus
hautes d’Europe, dominant la Manche et dont les coloris varient au fil des
éclairages de la journée. Ensuite, elles possèdent chacune une plage, plus
avenante du côté de Mers-les-Bains qui offre un front de mer remarquable et
original, avec ses maisons coquettes et bien entretenues de la fin du XIXe
siècle. L’agglomération met à disposition trois offices du tourisme, un dans
chaque « ville sœur », et un hébergement assez important.
Malgré ces atouts, la fonction touristique apparaît en perte relative. Dans un
monde où les distances se sont raccourcies et où les coûts de trajet ont
fortement diminué, l’agglomération a perdu une grande part de son attraction,
concurrencée par des stations balnéaires plus éloignées en km mais non en
temps. Aussi Le Tréport et Mers-les-Bains ont-elles perdu leur rang de
destination privilégiée des Parisiens, d’autant plus qu’elles ne peuvent assurer
un fort ensoleillement. Le casino de Mers-les-Bains a fermé en 1992. Au
Tréport, la restriction de l’attractivité touristique est encore plus frappante. Au
mois de juillet, un jour de grand beau temps, certes venté, les parkings et la
plage sont en grande partie vides et il n’y a guère d’embouteillages pour
accéder au littoral. Et la station compte peu d’aménagements urbains récents.
La façade maritime, reconstruite après les bombardements de la Seconde
Guerre mondiale et guère réhabilitée depuis, demeure peu avenante. Pire, la
piscine en bord de mer, jouxtant le casino, semble désaffectée. En
conséquence, le tourisme peut difficilement compenser les secteurs industriels
en difficulté, et offre d’ailleurs surtout des emplois saisonniers.
Concernant la fonction portuaire, le port départemental du Tréport est à la
fois un port de pêche, de commerce et de plaisance, avec un bassin dédié à
chaque activité. Son trafic de marchandises assez faible, majoritairement
formé d’engrais et d’argiles, induit un nombre d’emplois limités. Et la pêche
décline depuis les années 1960 au profit de Dieppe.
Un bassin de vie étendue mais dissymétrique
L’agglomération d’Eu anime un bassin de vie relativement étendu, comme
principal centre de services entre Dieppe et Abbeville. Mais son influence est
fortement dissymétrique. En effet, au nord-est, dans le département de la
Somme, elle subit la concurrence d’autres pôles (Friville-Escarbotin ou
Fressenneville). En revanche, vers le sud, son bassin de vie s’étend dans le
département de Seine-Maritime, en s’appuyant sur des fonctions
commerciales relativement importantes. Le caractère balnéaire de
l’agglomération est un facteur favorable au commerce, aux équipements et
aux offres de service : spectacles, expositions, théâtre d’Eu, hôpital, lycées…
Au plan de l’enseignement supérieur, la ville d’Eu propose notamment un
BTS « Étude et réalisation d’outillages de mise en forme des matériaux » dans
un lycée agrandi depuis 2010.
Une gouvernance problématique, conséquence d’une agglomération
polynucléaire
Concernant les acteurs économiques, un groupement réunit l’ensemble des
entreprises travaillant dans le domaine du verre : La Glass Vallée. Cet
organisme, soutenu par l’État, les deux régions (Haute-Normandie et Picardie)
et la CCI, a été lauréat d’un appel à projets ministériel Grappes d’entreprises
pour le développement territorial.
Du côté des acteurs politiques, concernant la gouvernance territoriale,
l’agglomération d’Eu souffre dès le départ de deux handicaps. Le premier
tient à la complexité administrative, puisque l’agglomération est
interdépartementale et interrégionale. Par exemple, un document « Investir en
Picardie Maritime » ne parle que des zones d’activités de la Somme, en
l’occurrence celle de Saint-Quentin-la-Motte-Croix-au-Bailly, sur l’unité
urbaine de Eu, ce qui témoigne de la difficulté à s’affranchir des limites
administratives. Effectivement, la Bresle constitue la frontière naturelle et
historique entre les régions Normandie et Picardie. Le second handicap est
une situation de polycentrisme qui, de facto, rend plus difficiles les solidarités
intercommunales : l’agglomération s’organise autour de trois communes
principales, dont la mise en réseau des fonctions urbaines n’est pas aisée, en
raison à la fois des contraintes administratives et géographiques.
Toutefois, en janvier 2000, les trois communes parviennent à former une
intercommunalité interdépartementale et interrégionale, la CC de la Bresle
Maritime. Cette CC, qui ne succède à aucune structure syndicale préexistante
et qui comprenait initialement six communes, a été rejointe par d’autres. Une
de ses actions de développement économique est la création du parc
environnemental d’activités, cité ci-dessus, d’une superficie totale de 138
hectares, sur le plateau côté Somme, au lieu-dit « Le Gros Jacques », à Saint-
Quentin-la-Motte-Croix-au-Bailly. Le choix stratégique de ce parc, avec une
pépinière d’entreprise Énergies renouvelables, résulte de la recherche
d’activités de substitution.
La création par la CC de ce parc d’activités pourrait laisser penser à une
avancée significative en matière de gouvernance. Mais divers éléments
conduisent à mettre un bémol. D’abord, le projet de pôle de compétitivité dans
le domaine du verre a connu des vicissitudes. Quant au parc d’activités de «
Gros Jacques », jusqu’à présent, il a surtout accueilli des entreprises qui se
relocalisent au sein de l’agglomération et se mettent ainsi à l’écart des
difficultés inhérentes à la desserte de la vallée. Et sa stratégie du choix en
faveur des énergies renouvelables est-elle suffisamment partagée, alors que Le
Tréport a déployé des actions pour tenter de s’opposer au parc éolien
maritime.
La compétence tourisme demeure municipale, ce qui témoigne des
difficultés à mettre en synergie les atouts de communes pourtant
complémentaires. La compétence en matière de logement demeure aussi
municipale. Malgré l’existence d’une CC, la capacité de travailler en équipe
pour profiter des synergies territoriales possibles a besoin de progresser. C’est
d’autant plus nécessaire que les découpages administratifs complexifient la
gouvernance territoriale.
Une telle situation ne se pose pas à Flers, dont l’agglomération est bien
ancrée dans une seule région, la Basse-Normandie, et dans un seul
département, l’Orne.
Flers : un tissu industriel renouvelé et un enclavement relatif aggravé
Flers est portée au cours du XIXe siècle par le développement de l’industrie
textile. La population de la commune passe de 3 454 habitants en 1820 à 14
013 habitants en 1886, année où elle devient la deuxième cité de l’Orne.
Après une période de stagnation dans la première moitié du XXe siècle, la
croissance démographique est vive pendant les Trente Glorieuses,
concomitantes de la diversification du tissu industriel. La commune atteint un
maximum de 20 486 habitants au recensement de 1975, puis la population
décline.
La montée d’un enclavement relatif
Pendant environ un siècle et demi, Flers est assez bien placée dans les
réseaux de transport. En effet, au XIXe siècle, au plan routier, Flers se situe au
carrefour de deux importantes voies : la route Caen-Angers, ouverte en 1824,
et la route Paris-Argentan-Flers-Granville, achevée en 1834. Ensuite, dans la
seconde moitié du XXe siècle, sa situation évolue vers un enclavement relatif
qui s’accentue progressivement. En effet, Flers se trouve à l’écart du réseau
autoroutier, l’éloignant tant de la préfecture de l’Orne, Alençon (75 km), que
de la capitale régionale, Caen (55 km). Dans le contexte de développement du
réseau de voies express dans la région Basse-Normandie, Flers apparaît
comme plutôt oubliée. Sa position, antérieurement favorable, au croisement
des axes routiers Paris-Granville et Caen-Laval, a beaucoup perdu de ses
avantages car ces routes n’ont guère été aménagées. L’axe Paris-Granville
n’est aménagé depuis Paris à 2 × 2 voies que jusqu’à Verneuil-sur-Avre, soit à
une distance très lointaine de Flers (121 km), ce qui exclut la traversée de
l’Orne. Le second axe Caen-Laval a été aménagé à 2 × 2 voies sur quelques
kilomètres à la sortie de Caen. Il demeure ensuite peu rapide dans la Suisse
Normande. Il faut 1 heure et 10 minutes pour parcourir la route Caen-Flers.
L’autoroute la plus proche de Flers se trouve à plus de 40 kilomètres, à
Argentan. C’est l’A88 qui va de Caen à Sées (dans l’Orne), où elle rejoint
l’A28. En réalité, cette autoroute accentue l’enclavement relatif de Flers, en
créant un autre axe d’orientation nord-sud plus rapide et plus sûr que celui qui
passe par Flers. Il faut, dans le meilleur des cas, 1 heure et 20 minutes pour
atteindre la préfecture Alençon.
Au plan de la desserte ferroviaire, la situation de Flers est-elle meilleure ?
Flers bénéficie d’une gare sur la ligne Paris-Granville, auparavant importante,
aujourd’hui desservie par le réseau intercités, ce qui lui permet un accès direct
à la capitale. Mais, malgré une certaine modernisation de la ligne, le temps de
parcours n’est pas très rapide (2 heures et 15 minutes) et les fréquences
ferroviaires ont diminué. Flers se trouve relativement perdante dans
l’évolution du réseau ferroviaire français, puisqu’elle est hors du réseau TGV.
En outre, la liaison ferroviaire avec la préfecture de l’Orne, Alençon, est assez
longue, notamment en raison d’une correspondance à Surdon (à 35 minutes).
De même, pour rejoindre la métropole régionale, Caen, il faut changer à
Argentan (à 24 minutes). Au plan aéroportuaire, l’agglomération est éloignée
de tout aéroport international, mais dispose d’un aérodrome Flers-Saint-Paul.
Dans l’absolu, les réseaux de transport qui desservent Flers ne se sont pas
détériorés ces dernières décennies. Mais ces mêmes réseaux se sont nettement
améliorés au profit d’autres villes. Aussi, Flers, bien desservie dans la
première moitié du XXe siècle, est-elle désormais relativement enclavée.
Un site sans contraintes foncières
Autant la situation de Flers au regard des moyens de transport est devenue
insatisfaisante, autant son site présente des aspects très favorables. Les
espaces-plans sont nombreux dans toutes les directions. Il n’y a pas de monts
ou de forêts bloquant l’urbanisation, dont le périmètre historique s’étend sur le
versant méridional d’un coteau et dans la vallée de la Vère, rejointe par le
Plancaion à Flers. Le site est donc légèrement vallonné, sans guère de
contraintes foncières puisque les dénivelés ne dépassent pas les 50 mètres en
règle générale.
C’est l’une des raisons pour lesquelles la desserte locale s’avère assez aisée.
La déviation de l’agglomération dans le sens nord-sud limite sensiblement le
trafic de transit. Cependant, la ville ne dispose pas de déviation dans le sens
ouest-est. Dans ce contexte géographique, quel est l’éventail industriel ?
Une industrie traditionnelle largement contractée, le textile
Depuis le début du XIXe siècle, l’industrie textile, filatures de coton et
confection, a longtemps fait l’identité de la ville. Par exemple, durant la
seconde moitié du XIXe siècle, la mécanisation du tissage remplace le tissage à
main : tous les métiers sont mus par une machine à vapeur. On parle d’un «
miracle économique flérien », produit d’un développement économique de
nature endogène. Ce cas est particulièrement exceptionnel dans une région
éloignée des grandes sources d’énergie, surtout localisées dans le nord-est de
la France, qui font naître l’ère industrielle. Les facteurs favorables à l’essor de
l’industrie textile sont un entrepreneuriat local, la présence de cours d’eau,
une main-d’œuvre rurale nombreuse, bon marché et connaissant le travail du
fil, et l’arrivée du chemin de fer Paris-Granville en 1867, puis Caen-Laval en
1873, les deux via Flers.
Après la Seconde Guerre mondiale, et alors que Flers, détruite par les
bombardements, doit se reconstruire, le redémarrage de l’activité textile est
facilité par la modernisation des outils de production. Puis, dès les années
1960, le textile entre en crise avec la perte des marchés coloniaux, la
concurrence de pays à bas coût de main-d’œuvre, et l’augmentation de la
consommation de tissus de fibres artificielles et synthétiques, alors que le
secteur textile de Flers est essentiellement cotonnier. À partir de 1977, les
fermetures d’usines textiles se succèdent, touchant l’ensemble de la filière
filature et confection et, dans les années 2010, l’industrie textile flérienne ne
compte plus que des petites PME.
Flers n’a pas été épargnée par d’autres régressions industrielles. Outre le
déclin du textile qui avait fait sa fortune, Flers a aussi perdu en 1987 une
industrie qui s’était développée plus récemment, dans le secteur électrique. Le
relais, au moins partiel, du textile et de l’électricité, est le fait d’autres
secteurs, à commencer par la construction mécanique.
Deux points forts, la mécanique et les industries agroalimentaires
La construction mécanique, relevant précisément de l’équipement
automobile, constitue la principale industrie de l’agglomération. En effet,
l’entreprise Faurecia, très bien placée sur le marché mondial dans les
mécanismes de sièges automobiles, née en 1999 de la fusion de plusieurs
entreprises, est le premier employeur privé de Flers et du département de
l’Orne. Faurecia est installée depuis 2009 dans un site unique dénommé
Mecapolis à 3 km au nord de Flers. Mecapolis rassemble en un seul lieu la
production de trois sites antérieurs, dont la recherche-développement. Une
école d’ingénieurs s’y est greffée, permettant le regroupement du triptyque
formation, recherche et développement, et production. L’ensemble, qui porte
le nom de CIRIAM, campus industriel de recherche et d’innovation appliquée
aux matériaux, s’étend sur 61 hectares.
À part Faurecia, l’agglomération de Flers possède plusieurs PME, de taille
plus modeste, travaillant dans le secteur de la mécanique. Ce sont parfois des
sous-traitants de la première. Outre ce qui subsiste de l’industrie textile et
d’un important secteur mécanique, Flers dispose d’une place significative
dans les industries agroalimentaires, au cœur d’une région agricole spécialisée
dans l’élevage et les produits laitiers, dans le cadre typique du bocage
normand. Le secteur des industries agroalimentaires s’y est donc développé
dans un environnement local favorable. Il a certes des origines historiques,
comme la fabrication de bonbons Claudius Duperron, la minoterie Russo, ou
les Engrais Dior de Granville au début du XXe siècle. Mais le développement
récent est centré autour de la filière agroalimentaire « viande », avec
notamment l’entreprise Charal, implantée à Flers depuis 1980. La ville
dispose aussi d’une présence industrielle dans la cosmétique ou le transport-
logistique, malgré l’enclavement relatif de l’agglomération sur le plan routier,
mais grâce aux industries locales (dont Faurecia) qui externalisent cette
activité. Le panorama ci-dessus de la palette industrielle de Flers permet de
préciser sa nature.
Une attraction insuffisante
Pendant les Trente Glorieuses, le développement économique de Flers tient
uniquement à la progression des entreprises existantes, et présente donc un
caractère endogène. Contrairement à d’autres agglomérations du Grand Ouest,
Flers ne bénéficie pas de la déconcentration industrielle parisienne. Dans le
même temps, certaines entreprises locales sont absorbées par de grands
groupes, donc extérieurs à la ville.
Après le déclin de ses activités industrielles historiques, le textile et le
secteur électronique, le tissu économique flérien est fragilisé. La mécanique et
l’agroalimentaire ne parviennent pas à compenser l’ampleur des pertes
d’emplois dans les deux secteurs précédents. L’agglomération de Flers n’en
demeure pas moins, malgré tout, le troisième pôle industriel de la Basse-
Normandie, après Caen et Cherbourg. Sa principale faiblesse concerne le
déficit d’attraction pour des entreprises exogènes, qui ne peut s’expliquer
uniquement par son relatif enclavement.
Cette insuffisance d’attraction se retrouve en partie, mais il est vrai de façon
plus compréhensible, dans le secteur touristique.
Une faible fonction touristique
Flers ne bénéficie guère de flux touristiques, malgré la proximité de la
Suisse normande et quelques éléments patrimoniaux intéressants. Le superbe
château-musée entouré de douves et d’un étang, ainsi que d’un beau parc, qui
ont heureusement échappé aux bombardements de 1944, est un véritable atout.
Flers, qui fut l’un des champs de la bataille de Normandie en 1944, peut aussi
attirer un tourisme de mémoire, avec le mémorial anglais à Saint-Georges-
des-Groseillers et l’église Saint-Germain reconstruite. Du fait de sa proximité
de la Suisse Normande, Flers peut se présenter comme une de ses villes
portes. En outre, le site naturel du Mont de Cerisy, à 6 km au nord de Flers,
peut aussi attirer du tourisme. Mais ce dernier peut trouver peu attirant
l’urbanisme de reconstruction. La ville, détruite à 70 % lors des
bombardements de 1944, se présente effectivement comme une ville nouvelle,
ordonnée, avec des larges rues se croisant souvent à angle droit, et des
immeubles de granit à l’aspect assez sévère. Cette trame urbaine peu avenante
est d’ailleurs un héritage ancien, car elle était déjà très rectiligne avant la
Seconde Guerre mondiale. Enfin, les capacités d’hébergement sont limitées.
Cela n’empêche pas Flers de disposer d’une vaste aire d’influence.
Une vaste aire d’influence
Étant donné son éloignement avec les villes bas-normandes plus
importantes (Caen, Alençon), Flers se trouve dans la nécessité d’offrir une
palette relativement large de fonctions commerciales et de services ; son
bassin de vie est assez important. Flers est donc le modèle de la ville moyenne
qui organise un « pays » au sens géographique du terme. Son attraction
s’exerce donc dans toutes les directions.
Elle s’appuie sur la présence d’un certain nombre d’équipements de
services, dont, dans le domaine de la santé, le centre hospitalier Jacques
Monod, ou la clinique Saint-Dominique. Flers bénéficie aussi d’un bon
équipement commercial avec plusieurs zones périphériques qui s’ajoutent aux
commerces du centre-ville. Enfin, Flers dispose de trois lycées, dont deux
proposent des BTS.
Une gouvernance entre initiative et attentisme ?
Au plan de la gouvernance, Flers a construit, dès 2000, une structure
intercommunale plus intégrée, c’est-à-dire une communauté d’agglomération
(CA) au lieu d’une CC ; cette CA faisait suite à la communauté de villes
constituée en 1994, ce qui explique qu’elle n’atteint pas le seuil de 50 000
habitants, car la loi Chevènement de 1999 autorise les communautés de villes
à prendre le nouveau statut de communauté d’agglomération, quel que soit
leur niveau de population. Flers est donc la CA la moins peuplée de France.
Au premier abord, ce statut d’EPCI apparaît favorable, par exemple au titre
des dotations de l’État.
Au plan économique, la CA a porté le pôle régional d’équipementiers
automobiles du pays de Flers (PREA) pour pérenniser la présence de Faurecia
à Flers, avec pour objectif, outre l’établissement Faurecia, d’accueillir dans
une zone spécialement dédiée des sociétés travaillant pour le secteur
automobile et en particulier pour Faurecia. La CA s’est aussi mobilisée pour
la construction d’un échangeur sur la route de Caen, notamment pour mieux
desservir le PREA. Elle crée ou aménage des zones d’activités. Son action
concerne aussi l’aménagement de l’espace, étant la première CA de France à
avoir pris, le 1er janvier 2007, la compétence « urbanisme, droit des sols, droit
de la construction ». D’où le lancement d’une OPAH depuis le 1er novembre
2008 sur le territoire de la CA. À ces initiatives s’ajoute une étude du devenir
des anciens sites Faurecia abandonnés en 2009, dans le cadre d’une
convention signée avec l’établissement public foncier de Normandie (EPFN).
Au plan de l’urbanisme, diverses réalisations sont en cours comme le
programme de rénovation urbaine (PRU) du quartier Saint-Sauveur dans le
cadre de l’ANRU : démolition d’immeubles, rénovation de la voirie,
construction de maisons individuelles, réhabilitation de logements.
Au-delà de ces actions, il faut apporter des réserves à une analyse
totalement positive de la gouvernance. D’abord, le contraste certain entre la
commune de Flers, avec ses quartiers de grands ensembles, dont la ZUP Saint-
Sauveur, peu avenants, et à l’opposé, certaines communes pavillonnaires
périphériques qui ont bénéficié de zones commerciales, révèle que les
solidarités intercommunales n’ont sans doute pas toujours existé. Ensuite, les
efforts pour pérenniser les secteurs existants, comme la mécanique, semblent
insuffisamment complétés par une stratégie visant à attirer de nouvelles
entreprises. En troisième lieu, on ne peut que constater que Flers n’est pas
parvenue à s’imposer politiquement au niveau régional, comme national, pour
faciliter un véritable désenclavement routier de la ville. Cette situation
apparaît paradoxale puisque la ville est spécialisée dans la sous-traitance
automobile !
La dernière ville du Grand Ouest à examiner, Vitré, se situe aux confins de
la Bretagne.
Vitré : une industrie à la fois identifiable et diversifiée
Ville historique, qui prend de l’importance au Moyen Âge, Vitré connaît au
fil de l’histoire des périodes contrastées. À la fin du Moyen Âge, la ville
atteint une période d’apogée, comptant au XVIe siècle environ 8 000 habitants,
soit autant que Vannes ou Quimper. Jusqu’au XVIIIe siècle, le commerce
international des draps et des étoffes en fait une des principales cités
marchandes de Bretagne. Au XIXe siècle, son dynamisme économique
s’affaiblit et, malgré l’arrivée du chemin de fer Paris-Brest en 1857, sa
population diminue. Dans l’entre-deux-guerres, Vitré subit de plein fouet les
conséquences de deux décisions pénalisantes des pouvoirs publics : perte de
sa fonction de ville de garnison en 1920 et perte de son rang de sous-
préfecture en 1926.
Depuis, Vitré a prouvé sa capacité de surmonter les chocs consécutifs à la
perte de nombreux emplois publics d’État au cours de la première moitié du
XXe siècle. La population de la commune atteint 16 156 habitants au RP 2006,
contre 10 380 au recensement de 1962 et 8 506 habitants au recensement de
1936. L’analyse des traits géographiques de Vitré passe d’abord par l’examen
de sa situation dans les réseaux de transport et de sa configuration foncière.
Une insertion satisfaisante dans les réseaux de transport
La situation périphérique de Vitré en Bretagne pourrait apparaître comme
un inconvénient à l’échelle régionale. Toutefois, comme l’indique
l’appellation de « cité des Marches de Bretagne », sa localisation, à la jonction
entre la Bretagne et l’extrémité occidentale du Bassin parisien, constitue un
atout à l’échelle nationale. Vitré bénéficie aussi d’une relative proximité avec
Rennes (à 37 km), la capitale et la métropole bretonne la plus peuplée. Un
troisième atout géographique, la proximité de l’autoroute Paris-Rennes, ouest-
est, se double d’un quatrième, la gratuité existant sur tout le réseau breton.
Vitré est donc reliée assez rapidement (en une demi-heure) et sans frais à la
préfecture et métropole régionale, Rennes.
En revanche, sur l’axe nord-sud, la desserte routière de Vitré est moins
satisfaisante. Alors que la ligne ferroviaire Vitré-Fougères a fermé en 1972, la
route relie Vitré à Fougères (à 29 km) en 30 minutes au nord, et à Nantes (140
km) au sud, en un temps assez long (1 heure 45 minutes), par un trajet peu
rapide, traversant le centre de nombre de communes. Ceci peut expliquer la
faiblesse des relations de Vitré avec la Loire-Atlantique, bien que Nantes soit
historiquement une ville bretonne.
La desserte ferroviaire de Vitré est très satisfaisante. La ligne TGV Paris-
Bretagne compte deux liaisons quotidiennes en semaine, donc la possibilité de
faire l’aller-retour pour Paris dans la journée (accessible en 1 heure et 55
minutes). En outre, Vitré dispose de nombreux TER, la reliant assez
rapidement à la capitale régionale, Rennes, ou à Laval, en 30 minutes. Il est
encore trop tôt pour préciser les conséquences de la ligne nouvelle de TGV en
projet : des trains seront directs de Laval à Rennes, d’autres devraient
desservir Vitré.
L’offre aéroportuaire existe, mais elle reste encore modeste pour
l’accessibilité de Vitré. L’aéroport international de Rennes-Saint-Jacques, qui
se trouve à une distance raisonnable de 47 km, est de taille limitée, avec un
trafic d’environ un demi-million de passagers, sur un nombre réduit de
destinations. Les élus de Vitré prêchent d’ailleurs en faveur de la réalisation
de l’aéroport international de Notre-Dame-des-Landes entre Rennes et Nantes.
Concernant la desserte locale, la ville est presque entièrement déviée, à
l’exception d’une petite partie au nord-est.
Des facilités foncières
Comme l’insertion dans les réseaux de transport, le site géographique de
Vitré est favorable en termes d’offre foncière. Certes, l’emplacement
historique de Vitré se situe dans un vallon, avec le château fort perché au-
dessus de la Vilaine, visible de loin, qui signe l’identité de la ville. Mais les
alentours offrent des espaces relativement plans et donc des possibilités
d’urbanisation dans toutes les directions.
Dans ce contexte géographique, quel est le tissu économique de la ville ? La
diversité économique de Vitré nécessite une approche distincte des principaux
secteurs.
L’agroalimentaire, premier secteur industriel
Le secteur industriel le plus puissant de Vitré est l’agroalimentaire, en lien
avec l’important bassin laitier environnant. Ce secteur, de nature
essentiellement endogène, s’est appuyé sur la modernisation agricole de
l’après-guerre, avec comme principales entreprises agroalimentaires, la
Société Vitréenne d’Abattage (SVA-Jean Rozé), la Société Laitière de Vitré,
spécialiste du lait UHT (ultra haute température), et Les Délices du Valplessis,
filiale d’Intermarché qui fabrique des glaces et des crèmes glacées.
Deux secteurs traditionnels en partie fragilisés : le cuir et le textile
La deuxième industrie traditionnelle de Vitré, le textile et le cuir, est
également un héritage historique, résultant essentiellement d’une croissance
endogène, avec deux entreprises familiales fondées au XXe siècle, Texier et les
Chaussures Noël. La première produit des sacs, des serviettes d’affaires et de
la petite maroquinerie. L’entreprise dispose de magasins à Paris, Bruxelles et
Moscou, témoignant de sa réussite auprès d’une clientèle aisée. Après avoir
éprouvé des difficultés, les Chaussures Noël sont désormais spécialisées dans
la fabrication de chaussures pour enfants. Troisième secteur industriel après
l’agroalimentaire et le cuir, le textile est aussi une activité aux origines
historiques, dont le poids a diminué.
Malgré les difficultés évoquées, les secteurs vitréens du cuir et du textile
ont relativement bien résisté, par rapport à d’autres villes, et ont parfois su se
restructurer efficacement.
Une industrie de haute technologie : l’électronique
Parmi les villes étudiées, Vitré présente une dynamique originale, car elle
fait une place importante à des industries classées dans la haute technologie.
Leur implantation relève d’un développement d’origine entièrement exogène,
témoignant de la capacité d’attraction de la ville.
Vitré est en effet l’une des premières régions européennes productrices de
puces électroniques, avec deux principales entreprises, Oberthur et Allflex.
Spécialisé sur la carte bancaire à puce, l’établissement de Vitré produit aussi
des cartes de télévision à péage, des cartes d’identité ou encore la carte Vitale.
Les deux tiers de cette production vitréenne sont exportés. Vitré abrite en
outre le pôle Recherche & Développement et les services équipements de
l’entreprise. La seconde, Allflex, est parmi les plus compétitives sur les
marchés officiels de l’identification pour animaux d’élevage. Elle conçoit,
fabrique et distribue des systèmes d’identification animale, c’est-à-dire des
boucles d’oreilles placées sur les animaux. Son marché répond aux besoins
issus des exigences accrues de traçabilité. Cette entreprise de haute
technologie, liée à une industrie traditionnelle, l’agroalimentaire, constitue un
bon exemple de diversification économique à partir des réalités économiques
locales. Les deux entreprises citées animent avec d’autres un cluster,
regroupement d’entreprises à l’échelon local, identifié par l’association RFID
(technologie d’identification par ondes radiofréquence) Bretagne
développement. Cependant, le secteur de la production électronique ne
connaît pas que des succès, en raison de la concurrence et des variations de la
demande, et Vitré a dû subir la cessation d’un important établissement de
fabrication de téléphones portables.
Un développement endogène et exogène
Vitré dispose aussi d’entreprises de nature exogène, notamment dans
l’équipement automobile, dans la cosmétique ou dans le secteur de la
métallurgie/mécanique.
En résumé, l’économie de Vitré se caractérise par un tissu industriel
diversifié, combinant industries anciennement implantées (agroalimentaire,
cuir et textile) et de haute technologie (électronique), et divers autres secteurs.
La place de l’agglomération dans l’emploi est stimulée par des PME et de
l’importance de certaines d’entre elles.
Même si, pour chaque entreprise, rester compétitive impose en permanence
innovation et adaptation, Vitré se distingue par un secteur industriel actif, dans
un contexte national où les données indiquent un déclin. Le tissu économique
de la ville combine en effet des éléments de nature endogène – avec des
activités créées par des initiatives locales et qui ont su croître en innovant, en
se restructurant ou en se reconvertissant – et une importante attractivité.
Quand on parcourt les différentes zones d’activité, le nombre d’implantations
récentes est particulièrement frappant. Ces atouts ne peuvent s’expliquer
uniquement par la situation géographique favorable de la ville, même si elle y
contribue. Il faudra donc s’interroger sur le rôle des acteurs locaux dans
l’attractivité du territoire vitréen.
Bien que disposant d’un large secteur industriel, Vitré est aussi présente
dans le secteur tertiaire, dont le tourisme.
Des atouts touristiques
Classée « ville d’art et d’histoire », Vitré possède une véritable identité
historique avec son centre-ville d’aspect médiéval (vieilles rues, maisons à
colombages, hôtels particuliers de pierre), le château fort, son musée et ses
remparts, que la ville cherche à valoriser, notamment par son classement au
titre des « plus beaux détours de France ». À proximité du centre-ville, le
musée Saint-Nicolas, créé en 1986, présente une collection d’orfèvrerie
religieuse des XIXe et XXe siècles, provenant de toute la France et non
seulement de Vitré, dans l’ancienne chapelle gothique à fresques des hôpitaux
Saint-Nicolas et Saint-Yves. À 6 km du centre-ville, le musée du château des
Rochers-Sévigné, résidence bretonne de Madame de Sévigné, constitue un
autre site touristique attirant. Concernant les manifestations festives, le
carnaval des Gais Lurons est le deuxième de Bretagne, après la mi-Carême de
Nantes et la manifestation la plus importante de Vitré, organisée au moment
des Rameaux.
Un autre élément attractif est la place de la gare. Son nouvel aménagement
d’ensemble permet d’admirer l’architecture sans équivalent de la gare, classée
monument historique depuis 1975, et de l’office du tourisme du Pays de Vitré,
réalisation contemporaine accueillante. Un point faible de Vitré reste son
équipement hôtelier limité.
Outre la signalétique touristique, la présentation des rues de Vitré se
distingue par le souci, assez rare, de détailler la dénomination adoptée. Par
exemple, la plaque de la « rue Joseph-Marie-Jacquard » précise « inventeur du
métier à tisser semi-automatique, 1752-1839 », celle de la « rue de Verdun »
indique « ville du département de la Meuse, lieu de terribles batailles pendant
la guerre 1914-1918 », une initiative appréciée des visiteurs français et surtout
étrangers.
Concernant le reste du secteur tertiaire marchand, il est assez restreint à
Vitré, comme dans toutes les autres petites villes industrielles. Mais il existe
cependant un centre d’appels dans une commune située au sud de Vitré, ou
une entreprise spécialiste dans le courtage d’assurance.
Les caractéristiques géoéconomiques de la ville de Vitré, couplées avec
différents autres choix (gratuité des transports en commun, politique de
logement…), constituent un élément explicatif d’une zone d’influence assez
large.
Une large zone d’influence
Malgré la proximité relative de deux agglomérations plus importantes,
Rennes et Laval, Vitré irrigue un large bassin de vie. En effet, son attraction
s’exerce dans toutes les directions ; elle n’est légèrement limitée que vers le
sud, où la petite ville d’Argentré-du-Plessis exerce son influence sur quelques
communes. L’attraction de Vitré, liée au marché de l’emploi et à l’offre locale
de commerces et de services, semble particulièrement remarquable pour une
ville de cette taille, mais est cohérente avec son poids économique.
Au plan commercial, outre le centre-ville, avec ses rues piétonnes, Vitré
dispose de plusieurs zones, dont un grand centre commercial au sud. Vitré
rayonne aussi par ses équipements publics, comme le centre hospitalier, ses
quatre lycées ou encore ses deux médiathèques. Au plan de l’enseignement
supérieur, Vitré propose un BTS Systèmes électroniques adapté aux métiers
de la RFID (identification par ondes radiofréquences), lié à l’électronique
locale.
L’importance de la zone d’influence de Vitré peut aussi s’expliquer par des
éléments singuliers dans la géographie politique du territoire.
Une gouvernance subsidiaire
L’agglomération de Vitré se distingue par une gouvernance territoriale
proactive qui met l’accent sur une politique de développement économique
favorable à l’emploi. En témoigne d’abord l’information concernant le tissu
économique local, à travers les différents outils de communication. En
deuxième lieu, cette politique marque le terrain par la réalisation de plusieurs
zones d’activités à la signalétique homogène. S’y ajoutent des conditions
d’accueil appréciées, qui constituent un des éléments explicatifs des
implantations d’entreprises de nature exogène.
En quatrième lieu, une autre innovation particulièrement réussie, qui, au
moins à l’origine, est un cas unique dans les villes françaises, est la « Maison
de l’emploi, de l’entreprise et de la formation professionnelle », destinée à
fédérer les moyens concernant l’emploi local : afin d’éviter la superposition
de structures administratives hiérarchisées, les services liés à l’emploi, à la
formation, à l’orientation et au pôle consulaire sont regroupés en un lieu
unique. La Maison de l’emploi assure notamment le lien entre demandeurs
d’emploi et entreprises locales.
La gouvernance s’appuie sur deux piliers : une large communauté
d’agglomération et un fonctionnement ouvert, qui permet de mettre en
synergie les réseaux régionaux et nationaux des acteurs politiques et
économiques. Vitré s’organise comme la commune-centre d’un vaste « pays
», au sens géographique du terme, concrétisé sur le plan politique par une
intercommunalité de taille très supérieure à celle constatée dans les autres
petites villes industrielles. Effectivement, la communauté d’agglomération
s’étend à l’ouest, jusqu’à Châteaubourg, qui, selon les critères spatio-
économiques de l’Insee, fait pourtant partie de l’espace para-urbain rennais, ce
qui atteste de l’attractivité de Vitré. En outre, grâce à sa taille démographique,
Vitré a pu opter pour le statut de communauté d’agglomération, qui permet
une coopération économique poussée, alors que dans dix des onze autres villes
étudiées, la communauté de communes a dû généralement prévaloir. La
commune-centre peut ainsi pleinement exercer sa mission d’entraînement et
de tête de réseau d’un vaste territoire, puisqu’elle est parvenue à acquérir un
poids économique. Ce rôle d’entraînement est bien accepté car Vitré
Communauté pratique une gouvernance subsidiaire. Dans nombre de
communautés d’agglomération, les recettes fiscales restent entièrement ou
presque à la communauté d’agglomération. À l’inverse, Vitré Communauté
transfère aux différentes communes membres plus de la moitié du produit
fiscal lié aux entreprises.
Parallèlement, l’agglomération a instauré une innovation concernant sa
gestion. Les acteurs politiques locaux ont fait le choix d’un directeur général
unique pour les Services de la commune de Vitré et ceux de la communauté
d’agglomération Vitré Communauté. Un tel choix est évidemment pertinent
d’un point de vue budgétaire. Mais il l’est encore plus pour mettre en œuvre
une complémentarité entre les deux échelons administratifs. En outre, en
2010, à l’issue d’une active mobilisation, Vitré a pu quitter l’arrondissement
de Rennes, obtenant la création d’un arrondissement regroupant tout l’est de
l’Ille-et-Vilaine, ce qui est notamment de nature à favoriser des synergies
entre Vitré et la sous-préfecture Fougères.
Après l’ouest de la France, portons-nous désormais dans le Massif central,
qui compte notamment trois villes industrielles dont le passé économique a été
fort brillant, en particulier grâce à l’industrie textile.
Chapitre 11
Trois villes au très riche passé industriel aux franges
du Massif central
AU PLAN DÉMOGRAPHIQUE, la commune-centre d’Annonay domine largement
les autres communes de son unité urbaine. Cette dernière se situe en deuxième
position pour son peuplement au sein du département de l’Ardèche, juste
derrière Aubenas. Quant à Mazamet, unité urbaine la plus méridionale des
villes considérées, elle se trouve en troisième position dans son département,
le Tarn. Enfin, l’unité urbaine de Tarare se classe en troisième position dans
son département, le Rhône.
Annonay : industrie diversifiée et attraction limitée
Ville fort ancienne, qui comptait déjà 2 000 habitants au Moyen Âge,
Annonay connaît, dans la première moitié du XIXe siècle, une forte croissance
démographique. Ainsi la population passe-t-elle de 6 083 habitants en 1806 à
18 445 en 1866, en raison du décollage industriel de la ville, reposant sur deux
principales activités, les papeteries et l’industrie du cuir. Depuis cette période,
l’unité urbaine connaît une certaine stagnation démographique.
Un enclavement relatif
La première caractéristique d’Annonay est un relatif enclavement, bien
qu’elle ne soit pas très éloignée de la vallée du Rhône, l’un des principaux
axes de communication de l’Europe occidentale. En effet, comme l’ensemble
du département de l’Ardèche, Annonay ne possède pas de desserte
autoroutière. D’une part, pour rejoindre Lyon, à 69 km, l’accès à l’échangeur
de Chanas, à 19 km d’Annonay, sur l’A7, s’effectue par une route
insuffisamment aménagée, via la traversée du village de Serrières et d’un pont
sur le Rhône relativement étroit. Pour rejoindre Saint-Étienne, à seulement 43
km, la route de montagne, qui franchit le col de la République (à 1 161 mètres
d’altitude), n’est guère rapide et peu adaptée aux poids lourds. Le trajet prend
une heure, à condition de ne pas se trouver derrière un camion ou de voir la
route coupée par des chutes de neige. Annonay ne bénéficie donc guère de sa
relative proximité, en distance kilométrique, de deux grandes agglomérations
régionales, Lyon et Saint-Étienne, ni par voie routière, ni par voie ferroviaire.
D’autre part, Annonay souffre de connexions difficiles avec les autres
territoires de son département montagneux. Certains auraient d’ailleurs
préféré un rattachement administratif au département du Rhône, donc à la
métropole lyonnaise, plutôt qu’à l’Ardèche, considérant qu’Annonay apparaît
davantage tournée vers le nord que le sud, compte tenu des difficultés
d’échange dans cette direction. Faute de route directe reliant Annonay à la
préfecture, Privas, le plus commode est de passer par la vallée du Rhône,
même si cela allonge le trajet, soit un temps de parcours d’au moins 1 heure et
20 minutes. La situation est encore moins favorable pour rejoindre Aubenas (à
2 heures de trajet), la deuxième agglomération de l’Ardèche, où se situe
désormais le seul tribunal de commerce du département. Annonay est donc
doublement excentrée, par rapport aux villes de son département et à celles de
la région.
Au plan ferroviaire, comme l’ensemble du département de l’Ardèche,
Annonay n’a plus de desserte. En effet, l’ancienne ligne ferroviaire a été
abandonnée et la voie de chemin de fer de la rive ardéchoise du Rhône, en rive
droite du fleuve, est réservée uniquement au trafic fret. En outre, Annonay se
trouve éloignée des gares TGV. Certes, la ville est desservie par des cars, mais
cela ne compense pas véritablement un accès ferroviaire.
Un point plus positif de sa relative proximité de Lyon est l’accès à
l’aéroport international de Lyon-Saint-Exupéry, le quatrième de France et le
deuxième de province après Nice, à 78 km de distance, soit à un peu plus
d’une heure de route, sachant que le trajet pour s’y rendre évite le centre de
Lyon. Quant à l’aéroport le plus proche d’Annonay, celui de Valence-
Chabeuil (à 42 km), il présente un intérêt limité.
Un site avec d’importants dénivelés
Située dans une zone montagneuse, Annonay dispose d’un environnement
géographique agréable, bien que les échanges locaux soient difficiles. À
l’origine, la ville s’est développée dans deux vallées très encaissées, celles de
la Deûme et de la Cance, dont les eaux se sont révélées économiquement
essentielles pour deux activités industrielles initiales : le cuir-textile et le
papier. Ces deux rivières coulent à une altitude assez basse, soit 320 mètres
environ à hauteur du centre d’Annonay alors que, au nord-ouest de la ville, le
Mont Miandon atteint les 680 mètres. Sur la commune, les dénivelés sont
donc importants et les espaces-plans étroits. D’ailleurs, les bâtiments de la
principale entreprise s’étagent sur sept niveaux différents. Cependant,
quelques espaces-plans, néanmoins limités, se trouvent sur le plateau, à une
altitude supérieure à 400 mètres.
En conséquence, les liaisons, notamment domicile-travail, apparaissent
difficiles entre le centre-ville dans la vallée et les zones d’activités sur le
plateau. Toutefois, l’agglomération dispose d’une déviation est-ouest sur la
route la plus fréquentée, mais il n’y a pas de déviation nord-sud.
L’éventail du secteur industriel d’Annonay impose de distinguer plusieurs
secteurs présentés ci-après selon leur ordre d’importance.
Une forte présence de l’industrie mécanique
La mécanique, représentée essentiellement par la construction automobile,
est de loin le plus important secteur d’Annonay. Son origine est endogène,
puisque les carrossiers d’aujourd’hui sont les descendants des charrons d’hier.
Ce secteur est organisé autour d’une importante usine de fabrication
d’autocars et d’autobus, Irisbus, premier employeur de l’agglomération, qui
appartient, depuis janvier 2003, au groupe italien Iveco, filiale du groupe Fiat.
Iveco a la première place sur le marché français du transport en commun et la
deuxième place en Europe, où elle réalise 90 % de son chiffre d’affaires. La
municipalité d’Annonay se décerne donc, objectivement, le titre de « capitale
française de l’autobus ».
Dans le même secteur mécanique d’Annonay, la présence d’Irisbus favorise
celle d’équipementiers. Mais le deuxième établissement de construction
automobile est Frappa, fabricant de remorques frigorifiques, issu d’une
ancienne initiative locale datant de 1845. Sa production correspond à un
dixième des immatriculations de véhicules frigorifiques au niveau national.
Outre l’automobile, une autre entreprise de mécanique relativement
importante se distingue, Rousselet Centrifugation, localisée à Annonay. Créée
en 1905, elle est aujourd’hui n° 1 en France dans la conception, la fabrication
et la vente de centrifugeuses industrielles, machines permettant de séparer le
liquide du solide. Son principal client est la chimie-pharmacie, et les trois
quarts de son chiffre d’affaires se font à l’exportation.
Déclin et spécialisation des industries anciennes du cuir-textile
Bien que, dans les années 2010, la mécanique soit le plus important secteur
industriel d’Annonay, les deux industries locales les plus anciennes sont le
cuir et le textile. À l’origine, le travail des cuirs se développe grâce aux
qualités de l’eau de la rivière Cance, affluent du Rhône. Dès le XIIIe siècle,
apparaissent les chauchières, bassins où sont lavées les peaux. Au XVIe siècle,
les métiers du cuir se spécialisent autour de trois activités : les mégissiers
(petites peaux d’agneau), les tanneurs (peaux de bovins en recourant à
l’écorce de chêne ou tan, d’où leur nom) et les parcheminiers. Au XIXe siècle,
c’est l’apogée de l’industrie du cuir avec de nombreuses mégisseries.
Annonay devient une « capitale du cuir » avec, en 1900, une centaine de
tanneries en activité. Puis, dans la seconde moitié du XXe siècle, l’activité
mégisserie disparaît, la dernière « concentration de mégissiers » ayant fermé
en 1993. Cependant, la tannerie perdure mais avec des effectifs réduits, après
s’être spécialisée dans le cuir de luxe. Parallèlement au cuir, à partir du XVIe
siècle, l’industrie textile se développe avec l’introduction de la production de
la soie en France. Après des décennies de déclin depuis les années 1960,
l’avenir du secteur textile d’Annonay dépend des textiles techniques.
Une industrie traditionnelle en contraction : le papier
Outre la mécanique, le cuir et le textile, le papier est l’une des grandes
industries traditionnelles d’Annonay, toutes issues d’un développement
endogène, qui commence au XVIIe siècle. La Deûme, affluent de la Cance à
l’eau très pure, permet aux chiffons, matière première pour la fabrication du
papier, d’acquérir une blancheur surprenante. Dans la seconde moitié du XVIIIe
siècle, sous l’impulsion de Pierre Montgolfier, puis de ses enfants, la papeterie
de Vidalon devient une des plus importantes de France, grâce aux meilleurs
procédés techniques. Elle devient manufacture royale et fabrique, en 1777, le
premier papier vélin français, feuilles sans aspérités. Puis la manufacture
devient Canson jusqu’au processus de concentration qui donne naissance, en
1956, à Arjomari. Cette dernière fusionne, en 1990, avec le groupe américain
Wiggins Teape Appleton, faisant naître Arjo Wiggins Appleton (AWA).
Après son brillant passé, le pôle papier d’Annonay a connu des pertes
d’emploi, mais compte cependant environ un millier d’emplois dans la filière
de transformation du papier, autour de trois entreprises.
Parallèlement aux trois industries annonéennes pluriséculaires, dont
l’importance en nombre d’emplois a diminué, d’autres industries relativement
plus récentes sont en expansion.
La pharmacie et l’agroalimentaire en expansion
Annonay dispose d’un pôle pharmaceutique centré autour de deux
moyennes entreprises. La première, Excel Vison, fabricant de collyre, est
spécialisée dans la production, pour le compte de divers clients de l’industrie
pharmaceutique, de liquides stériles ophtalmiques, conditionnés en ampoules
et flacons de verre, aucun produit n’étant vendu sous son nom. Elle se situe en
réalité au carrefour de deux métiers, la plasturgie et la pharmacie. Son avenir
semble favorisé par les stratégies d’externalisation des grands groupes
pharmaceutiques, mais la concurrence des pays émergents pourrait s’accroître.
Une seconde entreprise pharmaceutique, le Laboratoire Tetra Medical, dont
le siège social est à Annonay, est issue d’un développement endogène. Son
nom Tetra (quatre en grec) provient de la mise au point de la compresse quatre
épaisseurs, production complétée par des sets de soin « prêts à l’emploi » à
usage unique pour hôpitaux et à domicile. Tetra, qui reste le numéro 1 français
de la compresse, subit néanmoins une concurrence asiatique, justifiant son
recentrage sur des produits à plus forte valeur ajoutée.
L’industrie agroalimentaire forme le cinquième secteur industriel
d’Annonay. Son développement récent se fonde sur des petites PME
innovantes. Une première partie de ce secteur regroupe des entreprises
spécialisées dans des produits traditionnels issus du terroir nord-ardéchois : les
marrons ou les salaisons. Désormais, le développement de ce secteur
s’effectue surtout dans les produits diététiques avec l’entreprise Nutrition et
Santé, très présente sur le marché de la diététique, sous les marques Gerblé,
Céréal, Gerlinéa… Annonay sert de plateforme logistique pour la distribution
de produits sur toute la France et vers les pays où Nutrition et Santé compte
des filiales. Cette entreprise apparaît pérenne, car elle correspond à l’évolution
de la demande des consommateurs et bénéficie d’une visibilité certaine avec
ses marques connues.
Un tissu industriel d’origine essentiellement endogène
L’agglomération annonéenne dispose donc de deux éléments économiques
positifs. D’une part, elle compte une industrie diversifiée, clairement présente
dans cinq secteurs industriels : construction automobile, cuir-textile, papeterie,
industrie pharmaceutique et agroalimentaire, le premier restant plus important
que les autres. Annonay bénéficie donc d’industries aussi bien dans des
secteurs traditionnels qu’en développement. D’autre part, Annonay a
l’héritage d’une capacité entrepreneuriale, avec nombre d’entreprises
familiales, à l’origine d’un dynamisme économique endogène. Cet esprit
d’entreprise, d’innovation et d’adaptation s’inscrit dans son histoire,
particulièrement connue par la mémoire des frères Montgolfier.
En revanche, un des éléments négatifs d’Annonay est sa faible attraction.
Malgré la présence de Nutrition et Santé, Annonay ne compte que quelques
implantations industrielles provenant de l’extérieur, notamment à cause de son
relatif enclavement.
Outre son secteur industriel, l’économie d’Annonay compte aussi un
secteur tertiaire, toutefois assez peu développé.
Une modeste fonction tertiaire marchande
La ville ne bénéficie guère de l’attraction touristique de l’Ardèche :
Annonay est en effet géographiquement éloignée des gorges de cette rivière
très attractive, à l’extrémité méridionale du département. Pourtant, Annonay
se trouve à proximité du parc naturel régional du Pilat, de moyenne montagne,
très verdoyant, qui offre des lieux de randonnées et des sites historiques.
De plus, Annonay possède un patrimoine culturel d’un intérêt certain : la
vieille ville médiévale, qui appelle toutefois de forts investissements de
réhabilitation, le musée municipal Vivarois César Filhol (musée d’histoire
locale évoquant les frères Montgolfier, Marc Seguin…), ou le musée des
papeteries Canson et Montgolfier dans la maison natale des frères
Montgolfier. Enfin, le village médiéval voisin de Boulieu-les-Annonay
compte aussi un certain charme.
Au plan de l’hébergement, il existe sur la commune de Saint-Clair, à 5 km
au nord d’Annonay, une résidence hôtelière 3 étoiles d’architecture récente,
avec golf, sachant que le centre d’Annonay ne dispose d’aucun hôtel de cette
gamme.
Concernant le reste du secteur tertiaire marchand, il est restreint en dehors
de la fonction commerciale, favorisée par le fait qu’Annonay rayonne sur un
territoire assez vaste.
Le grand pôle de services du Nord-Ardèche
En effet, la ville exerce, sur l’ensemble du nord du département de
l’Ardèche, une influence qui s’étend dans toutes les directions, mais porte
particulièrement loin vers le sud-ouest dans la montagne ardéchoise. Cette
attraction s’appuie sur plusieurs équipements, comme le centre hospitalier et
cinq lycées qui drainent les jeunes du Nord-Ardèche, sans oublier le théâtre
municipal. Cependant, c’est sur le plan commercial que l’attraction
d’Annonay est la plus importante. Au plan de l’enseignement supérieur,
Annonay offre une licence professionnelle « Gestion de la production
industrielle – Management et ingénierie des systèmes de production »
dépendant de l’IUT de Saint-Étienne.
Dans ce contexte économique, comment se situe la gouvernance territoriale
?
La fin des « guerres de clocher » dans la gouvernance
L’agglomération d’Annonay semble avoir rencontré des difficultés de
gouvernance. Dans un contexte d’empilement de structures et de concurrence
entre les communes de l’agglomération, la coopération entre les acteurs
politiques pour l’implantation des entreprises a été insuffisante.
En effet, depuis les années 1980, le développement a concerné surtout les
communes périphériques, dont Davézieux qui concentre la fonction
commerciale, grâce à sa situation favorable sur le plateau à l’entrée de la route
de Lyon. Cette divergence économique centre-périphérie s’est traduite au sein
de l’intercommunalité. La CC du bassin d’Annonay (COCOBA), instaurée en
1998 sous l’égide du maire d’Annonay de l’époque, succédant au district, a
été le lieu d’une certaine mésentente entre les élus, notamment entre Annonay
et Davézieux, d’où la maigreur des réalisations.
Cette CC semble désormais opérationnelle, depuis que le maire d’Annonay
a écrit, en 2009, avoir « fait taire les guerres de clocher ». La même année, la
CC décide l’adoption de la TPU (taxe professionnelle unique), met en place
un projet de reconversion de la zone industrielle de Marenton, et favorise trois
extensions d’entreprise sur le site papetier de Vidalon. En outre, les élus
cherchent à rendre plus efficient le syndicat mixte Ardèche Verte, qui
rassemble six CC du Nord-Ardèche.
Du côté du monde économique, la CCI donne une impression positive,
témoignant d’un dynamisme entrepreneurial. Elle développe sa
communication, comme en témoigne la publication de l’ouvrage L’excellence
industrielle en Ardèche, seul ouvrage de ce type dans les douze villes étudiées.
La CCI s’est aussi largement impliquée dans la mission de revitalisation
économique du Nord-Ardèche.
Ville au prestigieux passé industriel, Annonay se caractérise par un
enclavement relatif accentué. En dépit de contraintes de reconversion de
certaines industries, elle dispose d’atouts dans des secteurs économiques
porteurs. Leur valorisation au service d’une meilleure attractivité suppose la
poursuite, d’une part, de l’amélioration de la gouvernance et, d’autre part,
d’un important besoin de réhabilitation : barres à rénover, immeubles anciens
dégradés, taux de vacance élevé…
L’analyse monographique des trois villes industrielles du Massif central
conduit à passer d’une ville pluri-industrielle à une ville à héritage mono-
industriel pour l’essentiel, située au sud du Massif central.
Mazamet : la difficile reconversion de l’ancien pôle mondial du
délainage
Apparue au Moyen Âge, avec une première mention remontant à 1372,
Mazamet émerge avec le développement du textile. À la suite du processus
d’industrialisation de la production au XIXe siècle, la population de la
commune passe de 6 055 habitants en 1806 à 14 666 habitants en 1886.
Ensuite, la population stagne, puis se réduit de moitié entre le recensement de
1962 et celui de 2006, avec la perte de 7 000 habitants.
Une agglomération enclavée
La place de Mazamet dans les réseaux de transport reste défavorable. La
ville est à l’écart des axes de passage significatifs, apparaissant comme une
sorte de cul-de-sac du territoire de la région Midi-Pyrénées. Effectivement,
Mazamet est pénalisée par des liaisons routières malaisées dans plusieurs
directions. L’autoroute A61, qui relie notamment Toulouse à Narbonne, passe
au sud, à plus de 50 km, sous Carcassonne. Mazamet y est reliée en une heure
environ, par une route sinueuse qui traverse la Montagne Noire. Vers l’est, la
route qui mène à Béziers (à 87 km) est peu rapide (1 heure et demie de trajet).
Mazamet ne peut donc guère bénéficier du dynamisme du littoral
languedocien. Troisième direction, vers l’ouest, pour rejoindre Toulouse, à 82
km, il faut emprunter la D621 jusqu’à Labruguière puis la RN126 ou passer
par Castres, soit alors 92 km. Le temps de parcours est trop long pour que
Mazamet puisse profiter des retombées du développement économique
toulousain. Quatrième direction, vers le nord, de Mazamet à la préfecture Albi
(à 60 km), il faut compter une heure par la RN112 en cours d’aménagement
(déviation de Castres). Mais, début juillet 2010, l’État a donné son feu vert à
la réalisation de l’autoroute reliant Toulouse à Castres-Mazamet ; après la
définition du tracé de référence intervenue début 2012, l’enquête publique
peut commencer.
Au plan ferroviaire, la situation de Mazamet n’apparaît guère plus
satisfaisante. Sa gare est un terminus du réseau régional TER, avec une
fréquence de desserte limitée et peu rapide. La ligne ferroviaire conduit vers le
nord-est à Castres, puis à la métropole régionale, Toulouse, dans un temps
relativement long, au moins une heure et demie. Pour se rendre à la préfecture,
Albi, une correspondance à Saint-Sulpice est nécessaire.
En revanche, Mazamet est une des rares villes industrielles étudiées
disposant d’un aéroport de proximité, celui de Castres-Mazamet, à 10 km de
Mazamet. Le trafic reste cependant modeste, avec quelques dizaines de
milliers de passagers par an. La desserte aérienne se résume à des liaisons vers
les aéroports Orly Sud et Lyon-Saint-Exupéry deux fois par jour, du lundi au
vendredi. Quant à l’aéroport international de Toulouse-Blagnac, il est assez
éloigné en km (105 km) et en temps (1 heure et 45 minutes) de Mazamet, car
il se situe à l’ouest de Toulouse.
En outre, la desserte locale du site de Mazamet apparaît insatisfaisante.
L’agglomération ne possède pas de réelle déviation, la route la traversant
d’ouest en est passant actuellement dans la partie urbaine. Les liaisons nord-
sud sont encore moins aisées car l’étroitesse de la vallée de l’Arnette et le
caractère montagneux ne permettent guère la réalisation d’une déviation.
Mais, celle-ci n’apparaît pas vraiment nécessaire, compte tenu du faible trafic
de transit.
Un site relativement encaissé
Au XIXe siècle, l’environnement géographique de Mazamet, située dans la
vallée encaissée de l’Arnette, au pied de la Montagne Noire, fait sa richesse :
la qualité de ses eaux, exempte de calcaire, est favorable au lavage de la laine.
Puis, l’urbanisation s’étend dans la vallée, plus large, du Thoré. Existent
toutefois des risques d’inondations.
Au sud, le massif montagneux forestier de la Montagne Noire, très proche
de la ville, avec des altitudes de 600 mètres, rend extrêmement difficile toute
éventuelle extension urbaine. Les facilités foncières se situent essentiellement
vers l’ouest, car, vers l’est, la vallée du Thoré s’encaisse. D’autres possibilités
d’urbanisation se trouvent au nord sur des pentes à aménager.
Feu le délainage, une considérable industrie traditionnelle
Pendant plus d’un siècle, du milieu du XIXe siècle au milieu du XXe siècle,
l’agglomération de Mazamet possède une forte identité économique, qui lui
confère une notoriété dans le monde entier, due à l’industrie du délainage –
technique qui consiste à séparer la laine de la peau de mouton par une série
d’opérations successives –, et, à un degré moindre, à la mégisserie. En 1939,
près de 80 % des peaux de moutons importées du monde entier sont traitées à
Mazamet. Depuis l’Australie et l’Amérique du Sud, elles transitent par les
ports de Bordeaux, de Sète et de Marseille, puis parviennent jusqu’à Mazamet
par le rail et la route.
Le délainage engendre de nombreux effets induits sur l’économie locale,
avec le développement du secteur tertiaire. D’abord, la fonction commerciale,
apparue à la fin du XIXe siècle avec les courtiers, se développe pour assurer
l’approvisionnement en peau lainée (achat de la matière première) et pour la
commercialisation des laines et cuirs (mise en relation des usines de délainage
et des utilisateurs des produits). Ensuite, la fonction bancaire : en 1930,
Mazamet est le deuxième comptoir de la Banque de France pour le montant
des dépôts. Enfin, la logistique : les transporteurs jouent un rôle important, les
balles de peaux arrivant par camions, d’abord en vrac, puis par conteneurs. En
outre, de nombreux ateliers s’occupent de la maintenance des machines et de
l’entretien des divers outils utilisés dans le délainage et les mégisseries. Ils
sont à l’origine du développement de la mécanique. Parallèlement, la laine
produite engendre des industries du textile, de la chaussure, de la
maroquinerie et des vêtements de cuir. L’activité économique de la ville
repose donc sur une filière complètement intégrée.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, comme les possibilités de transport se
trouvent réduites, des activités de délainage s’organisent ailleurs dans le
monde. Ensuite, dès les années 1950, le délainage commence à décliner
relativement, avant de s’effondrer. En 1986, il emploie encore 1 200
personnes, chiffre ramené à zéro aujourd’hui. Outre la concurrence de l’Italie,
de l’Espagne, du Moyen-Orient, puis celle de la Chine, cette évolution tient à
une autre raison, la pollution de l’eau, dont le traitement devient
financièrement très coûteux, mettant à mal la rentabilité économique de la
production. La fermeture des usines, qui entraîne la perte d’un savoir-faire, se
traduit par de nombreuses friches industrielles dans la vallée de l’Arnette.
Parallèlement, la filière traditionnelle textile-habillement s’effrite. Elle ne
compte plus qu’une dizaine d’entreprises, comme des mégisseries pour le haut
de gamme, dont un fournisseur d’Hermès, et des magasins d’usine de cuirs et
peaux sur la route de Saint-Pons-de-Thomières. Or, la fin des industries
traditionnelles n’a pas été suffisamment relayée par d’autres, en dehors de la
mécanique.
Une reconversion industrielle à poursuivre
La mécanique de précision et le travail des métaux constituent désormais la
première activité industrielle de Mazamet, notamment avec la principale
entreprise de ce secteur, l’équipementier automobile Valeo Vision. Parmi les
autres activités industrielles, deux méritent d’être signalées. Une relativement
importante concerne l’agroalimentaire avec la société Menguy’s, n° 1 en
France des graines et olives d’apéritif, et n° 2 en Europe. Ensuite, le secteur de
la chimie-pharmacie, avec notamment l’établissement Pierre Fabre Dermo-
Cosmétique, lié à l’entreprise voisine de Castres.
L’agglomération de Mazamet ne possède donc pas d’établissement
industriel dominant, et l’éventail du tissu de PME n’est pas suffisant pour que
l’on puisse diagnostiquer une reconversion achevée. En effet, Mazamet
souffre à la fois d’une perte d’identité économique et d’un tissu industriel
réduit. Le dynamisme de nature endogène s’est affaibli, même si l’exemple de
Menguy’s montre qu’il n’a pas totalement disparu. Et l’attraction exogène
s’avère difficile d’autant que plusieurs zones d’activités sont à rénover. Le
secteur tertiaire peut-il compenser l’incontestable affaiblissement industriel ?
Un secteur tertiaire peu développé
Le secteur tertiaire est peu important, même s’il est notablement présent
dans le domaine des transports.
Concernant la fonction touristique, Mazamet constitue une ville porte du
parc naturel régional du Haut-Languedoc. Elle bénéficie d’un héliotropisme
positif et de différents atouts : cadre naturel attractif grâce à sa proximité des
forêts de la Montagne Noire, la base de loisirs du lac des Montagnès et du
vieux village d’Hautpoul, qui domine la ville actuelle avec les ruines du
château fort. Néanmoins, le tourisme apparaît limité. L’offre muséographique
est réduite, avec de modestes musées qui ne peuvent drainer une clientèle
importante : Maison des mémoires (exposition sur le catharisme), Maison du
bois et du jouet en Montagne Noire, et La Moutonnerie (exposition très riche
sur le mouton, liée à l’histoire de l’industrie locale). Mais ce dernier musée se
trouve dans un environnement peu attirant.
De façon générale, l’urbanisme de Mazamet, en dehors de l’hyper-centre,
est d’ailleurs peu attractif avec ses rues rectilignes, ses friches industrielles
assez visibles dans le paysage, à côté de la gare ou dans la vallée de l’Arnette.
L’immobilier à réhabiliter, le sentiment assez fréquent de « déprime » dans la
population sont des facteurs défavorables, à inverser pour développer les
atouts touristiques.
Une zone d’influence encore significative
Toutefois, Mazamet continue de jouer un rôle de pôle de services pour les
communes environnantes. Son attraction concerne même des communes de
l’Aude situées dans la Montagne Noire, Mazamet étant la ville porte la plus
importante du massif. Son influence s’exerce dans toutes les directions,
malgré la proximité de Castres, dont elle continue de se démarquer sur ce
plan, grâce à ses fonctions commerciales : petit cœur commercial de la ville
avec sa personnalité propre, et hypermarchés en périphérie.
Mazamet possède d’autres équipements hérités de son passé glorieux
comme le palais des congrès et un théâtre. Outre ses quatre lycées,
l’agglomération dispose d’un Institut de formation au commerce international
de Mazamet, établissement d’enseignement supérieur de la CCI.
Une gouvernance problématique
À la suite de l’aménagement commun de l’aéroport Castres-Mazamet en
1990, le rapprochement des deux villes conduit en 1993 à la création d’un
district qui devient, en 2000, une communauté d’agglomération (CA). La
commune de Mazamet appartient donc à une CA qui a son siège et sa
présidence à Castres, et dont elle est la deuxième commune par le nombre
d’habitants.
La coopération avec Castres paraît logique, étant donné la proximité entre
les deux agglomérations. Le risque existe cependant qu’elle s’avère
insuffisante pour Mazamet si les choix effectués, toutes proportions gardées,
privilégient la tête du réseau communautaire, donc Castres. Ce scénario
semble redouté par certains acteurs locaux mazamétains, qui se plaignent du
manque de financement de la CA pour la réalisation de projets mazamétains.
Il n’est pas aisé de trouver le bon réglage pour que Mazamet, avec sa situation
spécifique, existe dans une CA tirée par Castres. Jusqu’ici, la principale action
de la CA a été la création de la zone d’activités intercommunale Le Causse
Espace d’Entreprises, avec son hôpital intercommunal plus proche en distance
de Castres. Par ailleurs, la CA développe pour Mazamet un programme de
remise à niveau, effectivement impératif, des zones d’activités existantes, en
termes de signalétique et de voirie. Pourtant, comme il n’est pas certain que la
stratégie de la CA se traduise par des dividendes suffisants pour Mazamet, la
question d’une juste gouvernance, dans le contexte d’héritages et de situations
économiques fort différentes entre les deux villes, demeure un défi.
Après l’analyse de Mazamet, ville en lisière méridionale du Massif central,
examinons une dernière ville industrielle, cette fois en lisière nord-est du
Massif central, Tarare.
Tarare : forte identité textile en cours de diversification et
résidentialisation
Ville créée au Moyen Âge, Tarare se développe essentiellement aux XVIIIe et
XIXe siècles grâce à l’industrie textile. La population de la commune-centre
passe de 2 174 habitants en 1801 à plus de 15 000 habitants en 1866, chiffre
qui ne sera plus jamais atteint ensuite, le dernier recensement indiquant moins
de 11 000 habitants. Mais le nombre d’habitants des communes périphériques
est en augmentation.
Les hauts et les bas des connexions géographiques
Au cours du XXe siècle, la situation de Tarare dans les réseaux de transport a
fortement évolué. En effet, jusqu’au début de ce XXe siècle, Tarare bénéficiait
d’une situation exceptionnelle, sur l’axe routier principal reliant Paris à Lyon,
par la RN7. Puis les choix concernant les axes de communication, réalisés au
cours de la seconde moitié du XXe siècle, mettent Tarare à l’écart. L’autoroute
A6, comme les voies de réseau TGV, retient un autre itinéraire par les
plateaux bourguignons et la vallée de la Saône. La RN7 devient un simple axe
de desserte locale et la ligne de train une ligne secondaire. Toutefois, demeure
un élément essentiel : la localisation de Tarare à 45 km de Lyon. Et la liaison
de Tarare avec Lyon s’améliore, même si la ville ne retrouvera pas sa situation
d’avant, avec la nouvelle section de l’autoroute A89 à péage, qui s’ouvre fin
2012. La desserte routière vers le nord est beaucoup moins favorable. Il faut
en effet 40 minutes pour rejoindre Villefranche-sur-Saône par une route belle
mais assez sinueuse, et, vers l’est, 45 minutes pour se rendre à Roanne.
Au plan de la desserte ferroviaire, l’unité urbaine de Tarare possède deux
gares SNCF à Tarare et à Pontcharra-sur-Turdine, où passe la ligne TER
Lyon-Roanne. Cette liaison ferroviaire assure un accès direct à Lyon-Perrache
en 35 minutes pour les trains les plus rapides, puis une correspondance pour
Paris, Marseille, Grenoble ou Saint-Étienne. Tarare n’a donc plus de trains
directs vers Paris depuis la réalisation du réseau TGV.
L’aéroport le plus proche est celui de Roanne-Renaison, à 38 km, à trafic
très réduit. L’atout aéroportuaire de Tarare tient plutôt à sa proximité de la
métropole lyonnaise, à l’accès à l’aéroport international de Lyon-Saint-
Exupéry, soit un temps de trajet moyen routier de l’ordre de 1 heure et 10
minutes.
Un site assez encaissé
La commune de Tarare se situe dans la vallée encaissée de la Turdine,
entourée de moyennes montagnes appartenant au massif du Beaujolais.
Certaines pentes sont difficilement urbanisables, étant donné l’importance des
dénivelés. Aussi, les constructions se concentrent dans la vallée, ou exigent
des travaux de terrassement importants, comme ceux réalisés pour la zone
d’activités du Cantubas, à l’ouest de la ville en direction de Roanne. Les
facilités foncières se situent essentiellement à l’est, sur la commune de
Pontcharra-sur-Turdine qui dispose d’espaces plus plans, dans une zone de
collines où la vallée de la Turdine s’élargit.
Les caractéristiques géographiques du site ont des conséquences sur la
desserte locale, sachant que la nationale 7 est particulièrement étroite en
centre-ville, qu’elle traverse d’est en ouest sans déviation. En revanche,
Pontcharra-sur-Turdine, en aval de la Turdine, est déviée par une 2 × 2 voies.
L’A89 devrait cependant se traduire par une diminution du trafic de transit des
camions.
L’affaiblissement du textile
L’industrie textile demeure le plus important employeur local de Tarare,
avec un nombre d’emplois en diminution. Cette activité textile a connu quatre
phases : l’émergence du XVIIe siècle aux années 1860, l’industrialisation dans
les dernières décennies du XIXe siècle, l’apogée pendant les Trente Glorieuses
avec le voile connu sous la marque générique Tergal, période où Tarare se
donne le titre de « Cité du voile » et de « Capitale du rideau ». En 1968,
Tarare et sa région, avec 36 entreprises, réalisent 80 % de la production
française de voile. Puis, quatrième phase, à partir de la fin des années 1970,
l’industrie textile tararienne, comme ailleurs en France, entre dans une phase
d’affaiblissement. Le voile Tergal, malgré sa qualité et sa réputation, subit la
concurrence des pays étrangers, qui produisent à moindre coût, et d’une mode
qui évolue vers d’autres types de produits.
Toutefois, tous les métiers de la filière textile (tissage, gravure,
ennoblissement) restent présents dans l’agglomération de Tarare. Des
entreprises d’ennoblissement (teintures et impressions) perdurent grâce à des
spécialisations reconnues, comme le redéploiement vers des textiles
techniques plus lourds destinés à l’habillement et l’aménagement intérieur de
locaux, ou des productions haut de gamme. Dans l’impossibilité de rivaliser
sur les coûts pour des productions de qualité moyenne, la stratégie évolue vers
la plus haute qualité. Les entreprises textiles tarariennes sont surtout des PME,
aucune ne dépassant la centaine de salariés, ou des TPE innovantes. Au total,
l’effet des restructurations de l’industrie textile sur l’emploi est très important,
appelant des besoins de reconversion.
Des reconversions à intensifier
Parallèlement à l’industrie textile, qui reste encore le premier employeur de
Tarare, trois autres secteurs industriels se distinguent : l’industrie plastique,
l’agroalimentaire et la mécanique. Mais leur émergence n’a, pour le moment,
que partiellement compensé la diminution de l’emploi dans le textile.
L’industrie plastique est centrée sur l’établissement Gerflor, de nature
endogène, existant depuis 1947. Son carnet de commandes est en partie lié à
la reconnaissance de la conformité de ses produits par rapport aux normes
techniques des organismes sportifs internationaux.
Contrairement à l’industrie plastique, la filière agroalimentaire s’est
renforcée ces dernières années, avec la première entreprise qui, depuis un
siècle, s’est installée à Tarare, donc selon une logique exogène. Agis,
producteur de plats préparés asiatiques, fait de Tarare « la capitale française
du nem et du samossa », selon le maire de la ville. Son choix d’implantation à
Tarare repose notamment sur les arguments suivants : positionnement assez
central de la France sur une autoroute (en l’occurrence l’A89 en finition),
main-d’œuvre satisfaisante. Enfin, le secteur de la mécanique est présent, mais
se trouve assez restreint pour une ancienne ville textile.
La situation économique de Tarare se caractérise donc par la réduction de
son tissu industriel, suite au déclin de l’industrie textile. Son développement
de nature endogène apparaît moindre que par le passé. Toutefois, les
réductions de l’emploi local sont en partie compensées par la migration
quotidienne d’une partie de la population active locale vers l’offre d’emploi
de la métropole voisine, en l’occurrence Lyon.
Les traits du secteur tertiaire
Quant au secteur tertiaire de Tarare, il concerne surtout les services publics
et de santé. Le tourisme est faible, malgré le cadre naturel agréable qu’offre le
paysage forestier environnant des Monts de Tarare, qui font partie du
Beaujolais Vert. Il est vrai que le patrimoine architectural est limité, le seul
bâtiment pré-industriel étant la tour de la Prébende des Martin du XVe siècle.
Tarare dispose d’un petit musée privé du clavier « Toccata », qui se visite sur
rendez-vous. La principale manifestation attractive est la fête des mousselines,
qui a lieu tous les cinq ans et dure dix jours. Dans l’unité urbaine, la commune
de Pontcharra-sur-Turdine présente davantage d’intérêt urbanistique, avec
notamment le cours de la Turdine en centre-ville, bordé de maisons à
plusieurs étages, qui donnent directement sur la rivière. La faiblesse du
tourisme est confirmée par une offre hôtelière réduite.
Un pôle de services du Beaujolais
Toutefois, Tarare rayonne sur un bassin de vie relativement important, en
particulier vers l’est, et ce malgré la proximité de la métropole lyonnaise.
Mais, à l’ouest, son influence est limitée par le massif du Beaujolais, qui
constitue une barrière, le changement de versant faisant ensuite basculer dans
des bassins de vie du département de la Loire. Cette situation, globalement
assez favorable, s’explique par les équipements de la ville : hôpital, théâtre
municipal, plusieurs lycées, BTS.
La fin des vicissitudes dans la gouvernance ?
La fin des vicissitudes dans la gouvernance ?
L’histoire économique de Tarare des décennies d’après-guerre apprend que
plusieurs projets d’implantations d’entreprises dans l’agglomération de Tarare
n’ont pas abouti. Ces échecs semblent avoir été le reflet de la mentalité
rentière d’alors, reposant sur la prospérité et la notoriété du voile Tergal, et de
divergences politiques. Dans les années 1970, ces dernières sont effectivement
illustrées par la création de deux SIVOM distincts dans l’unité urbaine : le
SIVOM du Val de Turdine (dont Pontcharra-sur-Turdine) et le SIVOM des
Monts de Tarare (dont Tarare). Les acteurs locaux éprouvent alors des
difficultés à rendre leur territoire attractif hors des activités textiles.
La situation s’est ensuite améliorée, face à l’ampleur de la crise industrielle
et de la nécessité d’y remédier. Le 22 décembre 1995, la CC du Pays de
Tarare (CCPT) est créée tandis que les deux SIVOM préexistants sont dissous.
La CCPT se concentre sur deux perspectives : le contrat de revitalisation
qu’elle porte depuis juillet 2007, et la valorisation de l’arrivée de l’A89 avec
l’aménagement de zones d’activités à proximité des deux sorties d’autoroute
(Tarare et Pontcharra-sur-Turdine). Cependant, ces perspectives pourraient
cibler des activités clairement définies, car l’arrivée de l’autoroute ne peut
mécaniquement attirer de nouvelles entreprises. En outre, des divergences
subsistent, comme en témoigne la discussion sur le SCoT (schéma de
cohérence territoriale) porté par le Pays Beaujolais, qui rassemble treize CC.
Certains élus de Tarare s’en déclarent insatisfaits, en raison d’un périmètre
jugé inadapté.
La connaissance de chacune des villes industrielles étudiées étant acquise, il
est désormais possible de les comparer, en commençant par les aspects
quantitatifs des indicateurs de situation.
Chapitre 12
Un diagnostic fort diversifié selon les indicateurs de
situation
UN PREMIER ÉLÉMENT QUANTITATIF du diagnostic des petites villes
industrielles consiste à effectuer une analyse photographique de leurs
différentes caractéristiques sociodémographiques et économiques, donc des
indicateurs de leur situation à un moment donné. Dans ce dessein, la
photographie utilise les résultats du dernier recensement, soit le RP
(recensement de la population) 2006. En effet, les données livrées depuis par
l’Insee sont calculées en partie sur les mêmes bases que celles de 2006.
Comme le précise la Commission nationale d’évaluation du recensement et
l’Insee, il est de ce fait scientifiquement erroné de comparer des données
livrées au cours d’années successives. Pour être pertinente, la prochaine
comparaison ne pourra intervenir qu’après publication des résultats de la
deuxième période quinquennale 2009-2013 des enquêtes de recensement.
Les caractéristiques étudiées sont regroupées en quatre thématiques
successivement analysées : démographie, emploi, revenu et logement. Leur
examen comparatif doit permettre de chiffrer les éventuelles différences entre
les petites villes industrielles, afin d’établir si les écarts sont minimes, auquel
cas les villes seraient dans une situation semblable, ou, au contraire, très
importants, ce qui balaierait les hypothèses du chapitre 7.
Des différences sensibles selon les indicateurs de la situation
démographique
Examinons trois indicateurs démographiques essentiels : la population, la
part des moins de 15 ans et la part des 60 ans ou plus dans la population
municipale des unités urbaines.
Des niveaux de peuplement à effets inégaux
Des niveaux de peuplement à effets inégaux
Comparons d’abord la taille démographique des petites villes industrielles
selon leur population « municipale », chiffre statistique de la population d’une
commune depuis le nouveau recensement mis en œuvre à compter de 2004.
Pour ce premier critère, comme pour les suivants, distinguons
systématiquement quatre catégories selon des fourchettes de niveau afin de
mieux approcher la compréhension des différences selon les villes étudiées.
Un premier type correspond aux unités urbaines de 25 000 habitants ou plus,
au nombre de deux, Annonay et Mazamet. Leur taille signifie un nombre
relativement élevé de consommateurs, et une possibilité d’offre
d’équipements plus élargie que dans des villes moins peuplées. Les unités
urbaines comprenant entre 20 000 et 25 000 habitants, Pont-à-Mousson, Flers
et Eu, forment une deuxième catégorie. Légèrement moins peuplées que les
villes de la catégorie précédente, elles n’en ont pas moins un poids
démographique suffisamment important, qui justifie certaines activités et
certains services.
Tableau 13 Population, superficie et densité des petites villes industrielles
Population municipale cumulée
Unité urbaine Rang
des différentes communes de l’unité urbaine
Amboise 17 299 8
Annonay 25 580 1
Aulnoye-Aymeries 19 362 6
Bolbec 15 750 12
Creutzwald 17 341 7
Eu 21 425 5
Flers 22 349 4
Mazamet 25 568 2
Pont-à-Mousson 23 112 3
Pont-Sainte-Maxence 16 147 10
Tarare 16 137 11
Vitré 16 156 9
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee, RP 2006.
La troisième catégorie ne comporte qu’une unité urbaine, comptant entre 17
500 et 20 000 habitants, Aulnoye-Aymeries. Or le seuil de 20 000 habitants
est souvent considéré comme le niveau en dessous duquel certains
équipements ou certains types de commerce font défaut. Enfin, la dernière
catégorie comprend les six unités urbaines dont la population est inférieure à
17 500 habitants, soit Creutzwald, Amboise, Vitré, Pont-Sainte-Maxence,
Tarare et Bolbec. Elles se trouvent a priori dans une situation moins favorable
que les précédentes. Donc, sur le plan des équipements comme de l’offre
commerciale et de services, elles devraient se situer en retrait des six autres
villes. En théorie, leur unité urbaine étant moins peuplée, l’effet
d’entraînement possible de leur poids démographique est supposé moindre.
Cette première différence, celle du peuplement, était évidente dès le choix
des villes concernées par la comparaison. En revanche, qu’en est-il de la
répartition par âge, qui doit être appréhendée par deux indicateurs ?
Des villes plus jeunes, d’autres moins jeunes que la moyenne nationale
Les petites villes industrielles ont, en moyenne, un pourcentage moins élevé
de jeunes de moins de 15 ans (17,6 %) que la moyenne nationale (18,3 %).
Cela signifie une proportion de population scolaire moindre, susceptible
d’entraîner à terme une proportion plus faible de population active. Toutefois,
l’éventail des différences de pourcentage de moins de 15 ans entre les villes
est large, soit 5,1 points entre le plus faible pourcentage, 15,2 % à Mazamet,
et le plus fort, 20,3 % à Pont-Sainte-Maxence.
Selon ce critère, une première catégorie de petites villes industrielles
correspond aux cinq villes dont le pourcentage de moins de 15 ans est
supérieur à la moyenne nationale (18,3 %). Cette situation s’explique par des
raisons différentes selon les villes : une fécondité relativement plus élevée à
Bolbec, Tarare et Aulnoye-Aymeries, l’attraction de jeunes couples en âge
d’avoir des enfants à Pont-Sainte-Maxence. Ensuite, une ville, Annonay,
compose une deuxième catégorie, dont le pourcentage de moins de 15 ans se
situe à de la moyenne des douze villes étudiées (17,6 %), donc en dessous de
la moyenne nationale (18,3 %).
Tableau 14 Les moins de 15 ans des petites villes industrielles
Pourcentage
Population Nombre de moins
Unité urbaine de moins de Rang
municipale de 15 ans
15 ans
Amboise 17 299 2 982 17,2 % 7
Annonay 25 580 4 491 17,6 % 6
Aulnoye-
19 362 3 677 19,0 % 4
Aymeries
Bolbec 15 750 3 109 19,7 % 2
Creutzwald 17 341 2 790 16,1 % 11
Eu 21 425 3 524 16,4 % 10
Flers 22 349 3 717 16,6 % 9
Mazamet 25 568 3 892 15,2 % 12
Pont-à-Mousson 23 112 4 315 18,7 % 5
Pont-Sainte-
16 147 3 273 20,3 % 1
Maxence
Tarare 16 137 3 151 19,5 % 3
Vitré 16 156 2 693 16,7 % 8
Les 12 villes 236 226 41 614 17,6 %
France
61 399 719 11 249 984 18,3 %
métropolitaine
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee, RP 2006.
Figure 12.1 La population des moins de 15 ans dans les unités urbaines des
petites villes industrielles
Une troisième catégorie de villes compte un pourcentage de moins de 15
ans inférieur d’au plus 1,5 point à la moyenne des douze villes étudiées (17,6
%), et, a fortiori, à la moyenne nationale (18,3 %), ce qui se constate dans
cinq villes : Amboise, Creutzwald, Eu, Flers et Vitré. Cette situation apparaît
assez défavorable, et peut signifier la nécessité d’attirer des actifs, puisque le
maintien futur du taux de population active semble ne pas pouvoir reposer
exclusivement sur une logique endogène. Enfin, la dernière catégorie
comprend l’unique ville, Mazamet, dont le pourcentage de moins de 15 ans
(15,2 %) est sensiblement inférieur à la moyenne des douze villes étudiées
(17,6 %). Cette agglomération court le risque d’une baisse future de sa
population active.
Les données mentionnées plus haut démontrent une différenciation du bas
de la pyramide des âges, qui influe sur les perspectives de la population active
des villes concernées. Le haut de leurs pyramides est également divers.
Des différences sensibles dans la proportion des personnes âgées
Le pourcentage moyen de 60 ans ou plus (24,0 %) dans les douze villes
étudiées est sensiblement supérieur à la moyenne nationale (21,4 %). Cette
situation s’explique par le solde migratoire négatif des jeunes et des jeunes
actifs qu’elles connaissent en moyenne, ce qui entraîne mécaniquement une
proportion plus importante des personnes âgées. Elle ne s’explique nullement
par une attractivité particulière pour les retraités, contrairement à ce qui peut
se constater dans des villes littorales ou sublittorales de l’Atlantique ou de la
Méditerranée. Ce pourcentage élevé de personnes âgées crée des charges, car
ces villes doivent déployer des offres de service relativement importantes pour
les personnes âgées. Dans cette catégorie de villes industrielles, les moyens à
mettre en œuvre concernent généralement des personnes âgées dont le pouvoir
d’achat est assez limité, après des carrières dans des métiers à faible
qualification. Compte tenu de ce relativement faible pouvoir d’achat, on
constate, lors du départ à la retraite, peu de mobilité vers des régions plus
attractives.
Tableau 15 Les 60 ans ou plus des petites villes industrielles
Population Nombre de 60 Pourcentagede 60
Unité urbaine Rang
Population Nombre de 60 Pourcentagede 60
Unité urbaine Rang
municipale ans ou plus ans ou plus
Amboise 17 299 4 692 27,1 % 11
Annonay 25 580 6 586 25,7 % 9
Aulnoye-
19 362 4 252 22,0 % 5
Aymeries
Bolbec 15 750 3 301 21,0 % 3
Creutzwald 17 341 3 982 23,0 % 7
Eu 21 425 5 425 25,3 % 8
Flers 22 349 5 827 26,1 % 10
Mazamet 25 568 8 097 31,7 % 12
Pont-à-Mousson 23 112 4 697 20,3 % 2
Pont-Sainte-
16 147 2 729 16,9 % 1
Maxence
Tarare 16 137 3 576 22,2 % 6
Vitré 16 156 3 470 21,5 % 4
Les 12 villes 236 226 56 634 24,0 %
France
61 399 719 13 121 730 21,4 %
métropolitaine
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee, RP 2006.
Figure 12.2 La population des 60 ans ou plus dans les unités urbaines des
petites villes industrielles
Les différences de proportion de personnes âgées de 60 ans ou plus entre
les petites villes industrielles apparaissent encore plus sensibles que pour le
pourcentage des moins de 15 ans. L’écart de 14,8 points entre le pourcentage
le plus élevé, à Mazamet, et le plus faible, à Pont-Sainte-Maxence, s’explique
par des héritages et des systèmes démographiques fortement différenciés. La
première catégorie comprend trois petites villes industrielles ayant un
pourcentage de 60 ans ou plus inférieur à la moyenne nationale. À Pont-
Sainte-Maxence, ce faible pourcentage est essentiellement lié au système
migratoire. En effet, depuis les années 1960, ce dernier s’est caractérisé par
l’arrivée de jeunes ménages et de leurs éventuels enfants déjà nés, puis de
leurs enfants nés ensuite. À Bolbec et Pont-à-Mousson, cette situation est
aussi corrélative du pourcentage relativement élevé des jeunes, mais peut
aussi être due à une légère émigration des personnes âgées. Quatre villes,
Aulnoye-Aymeries, Creutzwald, Tarare et Vitré forment une deuxième
catégorie, avec un pourcentage de 60 ans ou plus supérieur à la moyenne
nationale, mais inférieur à la moyenne des villes étudiées.
La troisième catégorie se compose des petites villes industrielles ayant une
proportion de 60 ans ou plus supérieure à la moyenne des villes étudiées, donc
nettement supérieure à la moyenne nationale. Ce profil plus vieilli s’explique
en général par l’héritage démographique et par la composition par âge des
migrations, avec la combinaison de l’émigration de jeunes et/ou de l’attraction
de retraités. Il se retrouve à Annonay et Flers, plutôt en raison du départ des
jeunes, à Amboise, plutôt en raison de son attraction pour des retraités, et à
Eu, qui combine départ des jeunes et attraction de retraités. Enfin, une seule
ville, Mazamet, compte un taux de 60 ans ou plus très sensiblement supérieur
à la moyenne des villes étudiées. Elle combine départ des jeunes et attraction
des retraités avec une plus forte intensité de deux flux.
L’analyse de trois indicateurs démographiques de situation conduit à noter
les douze petites villes industrielles selon le tableau suivant, étant rappelé que
la situation la plus favorable est celle comptant le plus faible nombre de
points.
Tableau 16 Notation des petites villes industrielles selon les indicateurs de
leur situation démographique
Rang Rang moins Rang Points
Unité urbaine
population de 15 ans 60 ans ou plus totaux
Amboise 8 7 11 26
Annonay 1 6 9 16
Aulnoye-Aymeries 6 4 5 15
Bolbec 12 2 3 17
Creutzwald 7 11 7 25
Eu 5 10 8 23
Flers 4 9 10 23
Mazamet 2 12 12 26
Pont-à-Mousson 3 5 2 10
Pont-Sainte-Maxence 10 1 1 12
Tarare 11 3 6 20
Vitré 9 8 4 21
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee, RP 2006.
Après les indicateurs de situation démographique, examinons ceux de
l’emploi.
Des écarts importants dans la situation de l’emploi
Examinons les trois indicateurs retenus concernant l’emploi : le taux de la
population active occupée dans la population active totale, le taux de cadres et
PIS (professions intellectuelles supérieures) dans la population active occupée
et le taux d’emploi.
Des taux très variés de population active occupée
Le taux moyen de la population active occupée dans les petites villes
industrielles (86,9 %) est sensiblement inférieur à la moyenne nationale (88,9
%). Le taux de chômage qui est le complément à 100 % du pourcentage
précédent est donc en moyenne relativement élevé, mais il varie fortement
entre Vitré (8,5 %) et Creutzwald (16,6 %). L’écart de taux de la population
active occupée rapporté à la population active est de 8,1 points entre le plus
élevé, celui de Vitré, et le plus faible, celui de Creutzwald.
En distinguant quatre catégories, une première correspond aux deux villes,
Vitré et Pont-à-Mousson, dont le taux de population active occupée est
supérieur ou égal à la moyenne nationale, ce qui signifie que le pourcentage
des actifs habitant dans la ville et disposant d’un emploi, dans la ville ou en
dehors, est satisfaisant. Pour Vitré, ce pourcentage élevé peut s’expliquer par
son système économique fortement créateur d’emplois. Toutefois, dans ces
deux villes, mais surtout à Pont-à-Mousson, s’ajoute une autre cause : une
émigration de jeunes actifs dont certains peuvent éventuellement se retrouver
demandeurs d’emploi dans une grande ville. Quatre petites villes industrielles,
Amboise, Annonay, Pont-Sainte-Maxence et Tarare, composent une deuxième
catégorie, avec un taux de la population active occupée inférieur à la moyenne
nationale, mais supérieur à la moyenne des villes étudiées. Leurs résultats
témoignent d’une situation moins satisfaisante de l’emploi de leurs actifs,
cependant moins défavorable que dans les autres villes, qui se distribuent
selon les deux catégories suivantes.
La troisième catégorie correspond à un taux de la population active occupée
inférieur à la moyenne des villes étudiées, et, a fortiori, à la moyenne
nationale, soit une insertion de leurs actifs dans l’emploi plutôt défavorable :
Aulnoye-Aymeries, Bolbec, Eu et Flers. Ce taux assez faible témoigne d’une
insuffisance d’attractivité économique non seulement dans ces villes, mais
également dans leur environnement géographique. Enfin, la dernière catégorie
regroupe les deux petites villes industrielles dont le taux de la population
active occupée est sensiblement inférieur à la moyenne des villes étudiées, soit
Creutzwald et Mazamet. À Creutzwald, les effets de la fermeture encore
récente des mines en 2004 et d’un environnement géographique peu porteur se
font sentir, car la reconversion économique d’un territoire prend un certain
temps. À Mazamet, la désindustrialisation semble ne pas avoir atteint son
plancher, alors que les activités de substitution et l’offre d’emploi de la ville
voisine de Castres demeurent insuffisantes.
Tableau 17 Taux de la population active occupée des petites villes
industrielles
Population active Population
occupée active Taux d’activité
Unité urbaine Rang
occupée
15-64 ans 15-64 ans
Amboise 6 854 7 732 88,6 % 3
Annonay 9 748 11 094 87,9 % 5
Aulnoye-
6 835 8 046 84,9 % 10
Aymeries
Bolbec 5 869 6 869 85,4 % 9
Creutzwald 6 056 7 259 83,4 % 12
Eu 8 191 9 503 86,2 % 8
Flers 8 154 9 418 86,6 % 7
Mazamet 8 791 10 483 83,9 % 11
Pont-à-Mousson 9 356 10 526 88,9 % 2
Pont-Sainte-
6 913 7 907 87,4 % 6
Maxence
Tarare 6 501 7 371 88,2 % 4
Vitré 7 380 8 064 91,5 % 1
Les 12 villes 90 648 104 272 86,9 %
France
25 395 008 28 563 491 88,9 %
métropolitaine
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee, RP 2006.
Figure 12.3 La population active occupée dans les unités urbaines des
petites villes industrielles
Un taux de cadres variant du simple au double
Concernant le taux de cadres et de PIS (professions intellectuelles
supérieures) dans la population active occupée, rappelons qu’il permet de
déterminer l’importance de la part des cadres dans les actifs habitant dans le
territoire considéré. La situation des petites villes industrielles apparaît
globalement insatisfaisante, avec un taux moyen de cadres et PIS de 9,2 %
contre 15,5 % pour la moyenne de la France métropolitaine. Ce constat est
renforcé par le fait qu’aucune des villes étudiées n’atteint le taux national.
Toutefois, si l’on exclut la région Île-de-France, dans une situation
exceptionnelle [DUMONT, 2010], le taux moyen de la France métropolitaine est
beaucoup plus faible, 12,9 %. C’est donc plutôt par rapport à ce taux qu’il faut
considérer celui des villes étudiées.
Leur taux assez faible de cadres tient au fait que le tissu économique de ces
villes ou leur environnement géographique font appel à une composition de la
main-d’œuvre moins qualifiée que la moyenne nationale. Néanmoins, les
différences sont sensibles selon les villes, avec des taux allant du simple au
double, de 5,3 % à Aulnoye-Aymeries à 12,4 % à Amboise, soit, pour cette
dernière ville, un pourcentage guère inférieur à la moyenne des régions de
France métropolitaine, hors Île-de-France.
Tableau 18 Taux de cadres des petites villes industrielles
Taux
Nombre de cadres et PIS Population
de
Unité urbaine ayant un emploi et résidant active Rang
cadres et
sur le territoire occupée
PIS
Amboise 852 6 854 12,4 % 1
Annonay 1 008 9 748 10,3 % 5
Aulnoye-
360 6 835 5,3 % 12
Aymeries
Bolbec 349 5 869 5,9 % 11
Creutzwald 465 6 056 7,7 % 9
Eu 641 8 191 7,8 % 8
Flers 758 8 154 9,3 % 6
Mazamet 744 8 791 8,5 % 7
Pont-à-Mousson 1 029 9 356 11,0 % 3
Pont-Sainte-
758 6 913 11,0 % 3
Maxence
Tarare 460 6 501 7,1 % 10
Tarare 460 6 501 7,1 % 10
Vitré 878 7 380 11,9 % 2
Les 12 villes 8 302 90 648 9,2 %
France
3 935 626 25 395 008 15,5 %
métropolitaine
France
métropolitaine hors 12,9 %
Île-de-France
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee, RP 2006.
Les différents niveaux de taux de cadres dans la population active occupée
conduisent à distinguer une première catégorie de quatre petites villes
industrielles ayant un taux de cadres sensiblement supérieur à la moyenne des
villes étudiées : Amboise, Vitré, Pont-à-Mousson et Pont-Sainte-Maxence.
Pour les trois premières, ce pourcentage relativement élevé peut s’expliquer,
d’une part, par la présence d’activités locales demandeuses de main-d’œuvre
qualifiée sur leur territoire, comme l’industrie électronique à Vitré, d’autre
part, par le choix de cadres de résider dans l’une de ces villes, alors que leur
emploi est localisé ailleurs, par exemple dans une métropole proche. Pour
Pont-Sainte-Maxence, la présence de cadres qui travaillent à l’extérieur de
l’unité urbaine, en Île-de-France, et notamment dans la zone de Roissy, est
quasiment la seule cause du classement de la ville dans cette première
catégorie.
Figure 12.4 Les cadres et professions intellectuelles supérieures dans les
unités urbaines des villes moyennes non préfectorales à économie
productive
Deux autres petites villes industrielles, Annonay et Flers, forment une
deuxième catégorie, dont le taux de cadres est supérieur de moins de 1,5 point
à la moyenne des douze villes étudiées, ce qui pourrait être jugé comme assez
peu favorable. Mais notons que ces deux villes ne peuvent guère compter de
cadres résidents dont l’emploi est localisé dans une métropole, compte tenu de
l’espace temps qui les sépare de leurs métropoles régionales respectives, Lyon
et Caen.
La troisième catégorie se compose de quatre villes ayant un taux de cadres
inférieur de moins de 2,2 points à la moyenne des douze villes étudiées, soit
Creutzwald, Eu, Mazamet et Tarare. Enfin, la quatrième et dernière catégorie
se compose de deux petites villes industrielles, Aulnoye-Aymeries et Bolbec,
ayant un taux de cadres inférieur d’un tiers à la moyenne des douze villes
étudiées et de plus de la moitié de la moyenne des régions métropolitaines
hors l’Île-de-France.
Pour approfondir le questionnement, il convient de considérer désormais les
emplois sur le territoire des villes industrielles.
Des taux d’emploi fort dissemblables
Le taux moyen d’emploi des villes étudiées (47,4 %), donc le nombre des
emplois existant sur le territoire de l’unité urbaine rapporté à sa population
municipale, est sensiblement supérieur à la moyenne nationale (41,1 %). Ce
taux révèle une situation moyenne relativement favorable. Mais le taux
d’emploi se caractérise par de très fortes différences, avec des écarts
considérables allant de 25,7 % à Pont-Sainte-Maxence à 84,5 % à Vitré, ce qui
témoigne de traits socio-économiques fort dissemblables. La distinction en
quatre catégories permet de mieux comprendre ces situations extrêmement
variées.
La première catégorie ne compte qu’une seule ville industrielle, Vitré, avec
un taux d’emploi très sensiblement supérieur à la moyenne des douze villes
étudiées, et double de la moyenne de France métropolitaine. Vitré témoigne
d’un dynamisme économique impressionnant, signifiant qu’elle est parvenue à
créer des emplois qui profitent à un territoire étendu. Quatre villes, Flers,
Annonay, Amboise et Eu, composent une deuxième catégorie avec un taux
d’emploi supérieur à la moyenne des douze villes étudiées, et, a fortiori, à la
moyenne nationale. Incontestablement, ces villes fournissent des emplois pour
des personnes habitant au-delà de leur unité urbaine.
La troisième catégorie se compose des deux villes, Tarare et Pont-à-
Mousson, ayant un taux d’emploi supérieur à la moyenne nationale, mais
inférieur à la moyenne des douze villes étudiées. Enfin, la dernière catégorie
comprend cinq villes ayant un taux d’emploi inférieur à la moyenne nationale
et, a fortiori, à la moyenne des douze villes étudiées : Bolbec, Creutzwald,
Mazamet, Aulnoye-Aymeries et Pont-Sainte-Maxence. La faiblesse de leur
taux tient à des raisons différentes selon ces villes. Le taux d’emploi le moins
élevé, constaté à Pont-Sainte-Maxence, est dû à l’importance de sa fonction
résidentielle, son territoire étant en forte relation avec les zones d’emploi de la
région Île-de-France. Pour Aulnoye-Aymeries, Creutzwald et Mazamet, la
situation est révélatrice d’un tissu économique offrant insuffisamment
d’emplois. Enfin, pour Bolbec, les deux facteurs s’additionnent : en effet, la
ville exerce une fonction résidentielle pour des actifs des zones d’activités de
la basse vallée de la Seine, et souffre d’un tissu économique insuffisant.
Contrairement aux villes des trois premières catégories, ces cinq villes ne
peuvent être considérées comme des pôles d’emploi disposant d’une certaine
autonomie ; les territoires qui les environnent ne disposent pas non plus d’une
capacité significative d’offres d’emplois.
Tableau 19 Taux d’emploi des petites villes industrielles
Nombre Population
Unité urbaine Taux d’emploi Rang
d’emplois municipale
Amboise 9 304 17 299 53,8 % 4
Annonay 14 417 25 580 56,4 % 3
Aulnoye-Aymeries 6 328 19 362 32,7 % 11
Bolbec 6 206 15 750 39,4 % 8
Creutzwald 6 308 17 341 36,4 % 9
Eu 11 210 21 425 52,3 % 5
Flers 13 621 22 349 60,9 % 2
Mazamet 8 987 25 568 35,1 % 10
Pont-à-Mousson 10 157 23 112 43,9 % 7
Pont-Sainte-Maxence 4 154 16 147 25,7 % 12
Tarare 7 531 16 137 46,7 % 6
Vitré 13 648 16 156 84,5 % 1
Les 12 villes 111 871 236 226 47,4 %
France métropolitaine 25 259 785 61 399 719 41,1 %
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee, RP 2006.
Figure 12.5 L’emploi dans les unités urbaines des villes moyennes non
préfectorales à économie productive
Les trois indicateurs de la situation de l’emploi conduisent à une notation
qui montre de forts contrastes entre les petites villes industrielles.
Tableau 20 Notation des petites villes industrielles selon les indicateurs de
la situation de l’emploi
Rang
Rang taux de Rang
taux Points
Unité urbaine population active taux
de totaux
occupée d’emploi
cadres
Amboise 3 1 4 8
Annonay 5 5 3 13
Aulnoye-Aymeries 10 12 11 33
Bolbec 9 11 8 28
Creutzwald 12 9 9 30
Eu 8 8 5 21
Flers 7 6 2 15
Mazamet 11 7 10 28
Pont-à-Mousson 2 3 7 12
Pont-Sainte-
6 3 12 21
Maxence
Tarare 4 10 6 20
Vitré 1 2 1 4
Source : © Population & Avenir, 2012.
Après les indicateurs de population et d’emploi, un troisième ensemble
concerne la situation des revenus.
Des situations différenciées de revenus
Des situations différenciées de revenus
La comparaison des petites villes industrielles au regard de la situation des
revenus recourt à trois indicateurs : le revenu médian, la part des revenus de
pension dans le total des revenus, et la part des ménages imposés dans le total
de ménages.
Des revenus médians presque partout inférieurs à la moyenne nationale
Le revenu moyen médian (15 468 euros) des petites villes industrielles est
sensiblement inférieur à la moyenne nationale (16 910 euros), une seule ville
– Amboise – ayant un revenu médian supérieur à cette moyenne. Ces données
sont à rapprocher de leur pourcentage peu élevé de cadres et PIS,
précédemment précisé, qui engendre des revenus professionnels moins
importants. Toutefois, les écarts sont notables entre le revenu moyen le plus
bas, à Aulnoye-Aymeries, et le plus élevé, à Amboise. Quatre niveaux de
revenu médian différencient les douze villes.
La première catégorie comprend une seule ville, Amboise, avec un revenu
médian supérieur à la moyenne nationale. Cette ville compte d’ailleurs le taux
le plus élevé de cadres et PIS. Quatre villes, Vitré, Pont-Sainte-Maxence,
Pont-à-Mousson et Annonay, forment la deuxième catégorie avec un revenu
médian supérieur à la moyenne des douze villes étudiées et inférieur à la
moyenne nationale. La liste de ces quatre villes moyennes est conforme à
celles des quatre villes ayant le taux de cadres le plus élevé après Amboise.
La troisième catégorie se compose de cinq villes ayant un revenu médian
inférieur à la moyenne des douze villes étudiées et, a fortiori, à la moyenne
nationale : Eu, Tarare, Flers, Creutzwald et Mazamet. La quatrième catégorie
regroupe les deux villes ayant un revenu médian sensiblement inférieur à la
moyenne des douze villes étudiées : Aulnoye-Aymeries et Bolbec, qui sont
également les deux villes au plus faible taux de cadres. Ce faible revenu
médian témoigne de la faible qualification des actifs de ces villes et/ou d’une
part importante de populations paupérisées.
Tableau 21 Revenu médian des petites villes industrielles
Revenu
Unité urbaine Rang
médian
médian
Amboise 17 002 1
Annonay 15 907 5
Aulnoye-Aymeries 13 260 12
Bolbec 14 050 11
Creutzwald 15 037 9
Eu 15 331 6
Flers 15 072 8
Mazamet 14 856 10
Pont-à-Mousson 16 253 4
Pont-Sainte-Maxence 16 824 3
Tarare 15 154 7
Vitré 16 868 2
Moyenne des 12 15 468
France métropolitaine 16 910
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee-DGI, Revenus fiscaux des
ménages.
Figure 12.6 Le revenu médian dans les unités urbaines des villes moyennes
non préfectorales à économie productive
Des revenus de pensions très disparates
Pour le pourcentage des revenus de pensions, qui est le rapport entre le total
des pensions de retraite et des revenus de pensions d’invalidité et de pensions
alimentaires, et le total des revenus, la moyenne des douze villes étudiées
(28,0 %) est beaucoup plus élevée que la moyenne nationale (23,7 %). Deux
causes différenciées expliquent cette situation : une proportion de personnes
âgées sensiblement plus importante que la moyenne nationale, et la
contrepartie, très variable selon les villes, du niveau des revenus
professionnels. Ce second facteur s’exerce incontestablement, puisque le
classement des villes selon le pourcentage de revenus de pensions ne recoupe
que partiellement celui du pourcentage de 60 ans ou plus.
En distinguant quatre catégories, la première comprend les deux petites
villes industrielles ayant un taux de revenus de pensions inférieur à la
moyenne nationale, donc largement inférieur à la moyenne des douze villes
étudiées : Vitré et Pont-Sainte-Maxence. Pour la première, cette situation
s’explique par l’effet de l’importance relative des revenus professionnels, en
raison d’un fort taux d’emploi et d’un faible taux de chômage. Pour Pont-
Sainte-Maxence, elle est due à son plus faible pourcentage de 60 ans ou plus.
Trois villes, Pont-à-Mousson, Tarare et Bolbec, compose la deuxième
catégorie, avec un taux de revenus de pensions supérieur à la moyenne
nationale, mais inférieur à la moyenne des douze villes étudiées. Ces villes ont
une proportion de 60 ans ou plus relativement moins élevée que la moyenne
des douze.
La troisième catégorie correspond aux six villes ayant un taux de revenus
de pensions supérieur à la moyenne des douze villes étudiées et, a fortiori,
largement supérieur à la moyenne nationale : Annonay, Eu, Flers, Creutzwald,
Amboise et Aulnoye-Aymeries. Pour Annonay, Eu, Flers et Amboise, ce
pourcentage élevé est dû à une proportion de 60 ans ou plus relativement
élevée. Pour Creutzwald et surtout Aulnoye-Aymeries, cette situation est
plutôt la contrepartie de revenus limités des actifs, d’autant que le taux de
chômage y est élevé. Enfin, une seule ville, Mazamet, se trouve dans une
quatrième catégorie avec un taux de revenus de pensions (35 % ou plus)
sensiblement supérieur à la moyenne des douze villes étudiées. Ce résultat
apparaît cohérent avec sa proportion la plus élevée de 60 ans ou plus.
Tableau 22 Revenus de pensions des petites villes industrielles
Unité urbaine Part des revenus de pensions dans le total des revenus Rang
Amboise 30,1 % 10
Annonay 29,1 % 6
Aulnoye-Aymeries 30,4 % 11
Bolbec 27,3 % 5
Creutzwald 29,9 % 8
Creutzwald 29,9 % 8
Eu 29,3 % 7
Flers 29,9 % 8
Mazamet 35,1 % 12
Pont-à-Mousson 25,0 % 3
Pont-Sainte-Maxence 21,6 % 2
Tarare 26,8 % 4
Vitré 21,3 % 1
Moyenne des 12 28,0 %
France métropolitaine 23,7 %
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee-DGI, Revenus fiscaux des
ménages, 2006.
Figure 12.7 Les revenus de pensions dans les unités urbaines des petites
villes industrielles
La part variable des ménages imposés
La part moyenne des ménages imposés à l’impôt sur le revenu dans les
villes industrielles étudiées (57,2 %) est plus faible qu’à l’échelle nationale
(62,3 %), en raison d’une répartition socioprofessionnelle moins favorable.
Nombre de ménages ont donc des revenus insuffisants pour être assujettis à
l’impôt sur le revenu. Mais les écarts entre les villes vont de 49,1 % à
Aulnoye-Aymeries à 64,3 % à Pont-Sainte-Maxence. Considérant quatre
catégories, la première se compose de deux villes à peuplement en partie
résidentiel, Pont-Sainte-Maxence et Amboise, ayant un taux de ménages
imposés supérieur à la moyenne nationale et donc, a fortiori, à la moyenne des
douze villes étudiées. Quatre villes, Eu, Pont-à-Mousson, Vitré et Annonay,
composent une deuxième catégorie, avec un taux de ménages imposés
supérieur à la moyenne des douze villes étudiées, mais inférieur à la moyenne
nationale.
La troisième catégorie comprend les cinq villes ayant un taux de ménages
imposés inférieur à la moyenne des douze villes étudiées et donc à la moyenne
nationale, mais supérieur à 50 % : Bolbec, Creutzwald, Flers, Mazamet et
Tarare. Enfin, la quatrième et dernière catégorie ne compte qu’une seule ville,
Aulnoye-Aymeries, dont le taux de ménages imposés est inférieur à 50 %,
donc sensiblement inférieur à la moyenne des douze villes étudiées.
Tableau 23 Part des ménages imposés des petites villes industrielles
Part des
Unité urbaine ménages Rang
imposés
Amboise 62,7 % 2
Annonay 57,9 % 5
Aulnoye-Aymeries 49,1 % 12
Bolbec 54,4 % 10
Creutzwald 54,9 % 8
Eu 57,7 % 6
Flers 54,9 % 8
Mazamet 51,0 % 11
Pont-à-Mousson 62,1 % 3
Pont-Sainte-Maxence 64,3 % 1
Tarare 55,3 % 7
Vitré 61,7 % 4
Moyenne des 12 57,2 %
France métropolitaine 62,3 %
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee-DGI, Revenus fiscaux des
ménages, 2006.
Figure 12.8 Les ménages imposés dans les unités urbaines des petites villes
industrielles
Les différents indicateurs de la situation des revenus conduisent à une
notation des unités urbaines des petites villes industrielles qui montre de fortes
différences.
Tableau 24 Classement des petites villes industrielles selon les revenus
Rang Rang Rang
Points
Unité urbaine revenu revenus de part des ménages
totaux
médian pensions imposés
Amboise 1 10 2 13
Annonay 5 6 5 16
Aulnoye-Aymeries 12 11 12 35
Bolbec 11 5 10 26
Creutzwald 9 8 8 25
Eu 6 7 6 19
Flers 8 8 8 24
Mazamet 10 12 11 33
Pont-à-Mousson 4 3 3 10
Pont-Sainte-Maxence 3 2 1 6
Tarare 7 4 7 18
Vitré 2 1 4 7
Source : © Population & Avenir, 2012
Ce qui précède confirme qu’il convient d’écarter l’hypothèse selon laquelle
ces villes seraient dans une situation semblable en raison de leur nature
industrielle commune. Ceci est-il confirmé par l’analyse des indicateurs
relatifs à la situation du logement ?
Des indicateurs dissemblables pour la situation du logement
Trois indicateurs permettent de prendre en compte la situation du logement
: la part des propriétaires, celles des logements HLM et, enfin, celle des
logements construits depuis 1990, chacune rapportée au total des résidences
principales.
Des écarts considérables dans la proportion des propriétaires
La moyenne de la part des propriétaires des petites villes industrielles (54,6
%) est inférieure à la moyenne nationale (57,2 %). Mais cette dernière inclut
les communes rurales, où la proportion de propriétaires est plus élevée que
dans les communes urbaines. Les écarts s’étagent considérablement, entre
43,8 % à Tarare et 71,1 % à Mazamet.
Toujours en distinguant quatre catégories, la première comprend une seule
ville, Mazamet, dont le taux de propriétaires est supérieur à la moyenne
nationale et, a fortiori, à la situation moyenne des villes étudiées. Deux
explications sont possibles. D’une part, cette ville est localisée dans le Sud-
Ouest de la France : or cette région a traditionnellement un taux de
propriétaires plus élevé que le reste du territoire, pour des raisons historiques,
qui tiennent notamment aux modes familiaux. D’autre part, il se peut que des
propriétaires mazamétains soient contraints de conserver leur logement, en
raison d’une valeur de revente insuffisante pour financer un autre projet
d’investissement. Ensuite, six villes forment une deuxième catégorie dont le
taux de propriétaires est inférieur à la moyenne nationale, mais supérieur à la
moyenne des douze villes étudiées. Ces villes, Amboise, Annonay, Aulnoye-
Aymeries, Creutzwald, Eu et Pont-à-Mousson, ne sont pas justiciables d’une
explication générale. Ici, se constate une part non négligeable de maisons
individuelles de faible coût dans leur parc de logements (Aulnoye-Aymeries,
Creutzwald) ; là, transparaît la capacité relative des habitants à acquérir un
logement dans un marché immobilier aux prix relativement élevés (Amboise).
La troisième catégorie comprend les deux villes, Flers et Pont-Sainte-
Maxence, ayant un taux de propriétaires en dessous de la moyenne des douze
villes étudiées et donc, a fortiori, nettement inférieur à la moyenne nationale.
Ces faibles taux sont à rapprocher de leurs pourcentages de logements
collectifs et/ou de logements sociaux. Les trois autres villes, Tarare, Bolbec et
Vitré, forment une quatrième catégorie, avec un taux de propriétaires en
dessous de 50 %, soit sensiblement inférieure à la moyenne des douze villes
étudiées. Pour les deux premières, cela s’explique assez simplement par le fort
pourcentage de logements collectifs et/ou de logements sociaux. Quant à
Vitré, son marché immobilier fonctionne un peu comme celui d’une
métropole, tout comme son marché de l’emploi. Nombre de propriétaires qui
travaillent à Vitré résident au-delà de l’unité urbaine, donc de la commune de
Vitré, qui compte en conséquence un pourcentage majoritaire de logements
locatifs.
Tableau 25 Part des propriétaires dans le total des résidences principales
des petites villes industrielles
Unité urbaine Part des propriétaires Rang
Amboise 55,5 % 5
Annonay 54,8 % 7
Aulnoye-Aymeries 57,0 % 2
Bolbec 47,8 % 11
Creutzwald 55,1 % 6
Eu 56,8 % 3
Flers 53,3 % 9
Mazamet 71,1 % 1
Pont-à-Mousson 56,2 % 4
Pont-Sainte-Maxence 54,2 % 8
Tarare 43,8 % 12
Vitré 49,2 % 10
Moyenne des 12 54,6 %
France métropolitaine 57,2 %
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee, RP 2006.
Figure 12.9 Les propriétaires dans les unités urbaines des villes moyennes
non préfectorales à économie productive
La part des logements HLM varie du simple au triple
La part des logements HLM détermine la présence de populations à revenus
limités, au moins au moment de leur installation dans ce type de logement.
Confirmant ce que subodoraient les commentaires sur l’indicateur précédent,
la proportion des propriétaires, la moyenne de l’ensemble des petites villes
industrielles pour la part des logements HLM (20,4 %), est sensiblement
supérieure à la moyenne nationale (14,9 %). Cependant, les différences sont
très sensibles, puisque les taux vont du simple au triple, de 10,4 % à Mazamet
à 30,3 % à Pont-Sainte-Maxence.
Une première catégorie comprend Pont-Sainte-Maxence, une ville au
pourcentage très élevé de logements HLM, largement supérieur à la moyenne
des douze villes étudiées et à la moyenne nationale. Dans les années 1960, une
politique intensive de constructions sociales pour loger les salariés des usines
y a été conduite, à l’exemple du quartier des Terriers. Bolbec, Aulnoye-
Aymeries, Tarare, Amboise et Flers entrent dans une deuxième catégorie au
pourcentage élevé de logements HLM, c’est-à-dire supérieur à la moyenne des
villes étudiées, mais inférieur à 30 %.
Une troisième catégorie, comprenant Annonay, Creutzwald et Vitré,
compte des taux de logements HLM supérieurs à la moyenne nationale, mais
inférieurs à la moyenne des villes étudiées. Enfin, une quatrième catégorie
comprend trois villes, Mazamet, Eu et Pont-à-Mousson, à taux faible de
logements HLM, donc égal ou inférieur à la moyenne nationale (14,9 %),
mais pour des raisons différentes. Pour Mazamet, cette situation peut être
considérée comme le corollaire de son fort pourcentage de propriétaires. À
Eu, le caractère balnéaire, les contraintes géographiques et le coût du foncier
ont rendu difficile l’obtention de terrains pour l’habitat social. À Pont-à-
Mousson, dans le cadre d’une économie de rente, le statut professionnel des
salariés n’a guère engendré le besoin de solliciter de l’habitat HLM, au moins
pendant une longue période favorable.
Tableau 26 Part des logements HLM dans l’ensemble des résidences
principales des petites villes industrielles
Unité urbaine Part des logements HLM Rang
Amboise 24,2 % 8
Annonay 16,1 % 4
Aulnoye-Aymeries 24,6 % 10
Bolbec 28,0 % 11
Creutzwald 19,0 % 5
Eu 13,4 % 2
Flers 21,0 % 7
Mazamet 10,4 % 1
Pont-à-Mousson 14,9 % 3
Pont-Sainte-Maxence 30,3 % 12
Tarare 24,3 % 9
Vitré 19,2 % 6
Moyenne des 12 20,4 %
France métropolitaine 14,9 %
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee, RP 2006.
Figure 12.10 Les logements HLM dans les unités urbaines des villes
moyennes non préfectorales à économie productive
Une part de logements récents étagée du simple au quadruple
La part des logements construits depuis 1990 est un indicateur qui témoigne
du dynamisme de l’urbanisation liée à l’évolution démographique. En effet, il
existe bien évidemment une corrélation entre le nombre d’habitants et le
nombre de logements, élément à relativiser compte tenu de la baisse moyenne
du nombre des personnes par ménage. Il convient en outre de nuancer cette
corrélation en fonction de l’importance de la construction de résidences
secondaires. La part moyenne (11,0 %) des logements construits depuis 1990
dans les petites villes industrielles est inférieure à la moyenne nationale (14,9
%). Mais les écarts entre les villes sont très importants, allant presque du
simple au quadruple, de 5,4 % à Aulnoye-Aymeries à 20,8 % à Vitré.
La première des quatre catégories à distinguer comprend une seule ville,
Vitré, qui a enregistré une importante construction neuve, à un rythme
nettement supérieur à la moyenne nationale. Cet essor de la construction de
logements résulte de l’évolution démographique positive, mais témoigne aussi
de choix favorables dans le plan local d’urbanisme. Trois villes, Amboise,
Annonay et Pont-Sainte-Maxence, forment une deuxième catégorie, avec une
part de logements construits depuis 1990 légèrement inférieure à la moyenne
nationale, mais sensiblement supérieure à la moyenne des douze villes
étudiées. Pour la première et la dernière, cette relative plus forte croissance est
le produit d’une augmentation de leur population, notamment avec la
construction de maisons individuelles. Pour Annonay, elle est due à une
construction de logements exclusivement dans des communes périphériques,
puisque la commune-centre se « dédensifie ».
Tableau 27 Part des logements construits depuis 1990 dans les petites villes
industrielles
Part des logements
Unité urbaine Rang
construits entre 1990 et 2005
Amboise 14,8 % 2
Annonay 14,8 % 3
Aulnoye-Aymeries 5,4 % 12
Bolbec 6,5 % 11
Creutzwald 11,8 % 5
Eu 7,0 % 10
Flers 7,1 % 9
Mazamet 8,0 % 8
Pont-à-Mousson 11,0 % 7
Pont-Sainte-Maxence 13,7 % 4
Tarare 11,2 % 6
Vitré 20,8 % 1
Moyenne des 12 11,0 %
France métropolitaine 14,9 %
Source : © Population & Avenir – Chiffres Insee, RP 2006.
La troisième catégorie se compose de deux villes, Creutzwald et Tarare,
ayant un dynamisme immobilier inférieur, avec une part de logements
construits depuis 1990 (13 % ou moins) sensiblement inférieure à la moyenne
nationale, mais supérieure à la moyenne des douze villes étudiées. Enfin, la
quatrième catégorie regroupe les six villes ayant un rythme de construction
inférieur ou égal à la moyenne des douze villes étudiées, et, a fortiori, à la
moyenne nationale : Aulnoye-Aymeries, Bolbec, Eu, Flers, Mazamet et Pont-
à-Mousson. Compte tenu de la diminution du nombre de personnes par
ménage, leur faible pourcentage témoigne de leur rétraction démographique,
qui influe négativement sur le secteur de la construction de logements.
Figure 12.11 Les logements construits depuis 1990 dans les unités urbaines
des villes moyennes non préfectorales à économie productive
Les différents indicateurs de logement conduisent à une notation des petites
villes industrielles qui confirme le large éventail des précédents indicateurs de
situation.
Tableau 28 Notation des petites villes industrielles selon les indicateurs de
logement
Rang Rang Rang
Points
Unité urbaine part des logements logements
totaux
propriétaires HLM post-1990
Amboise 5 8 2 15
Annonay 7 4 3 14
Aulnoye-Aymeries 2 10 12 24
Bolbec 11 11 11 33
Creutzwald 6 5 5 16
Eu 3 2 10 15
Flers 9 7 9 25
Mazamet 1 1 8 10
Pont-à-Mousson 4 3 7 14
Pont-Sainte-Maxence 8 12 4 24
Tarare 12 9 6 27
Vitré 10 6 1 17
Source : © Population & Avenir, 2012
Les quatre thématiques analysées ci-dessus permettent désormais d’établir
une première typologie résultant de la comparaison des indicateurs de
situation des villes.
Les facteurs différenciés de la typologie des villes selon les indicateurs
quantitatifs de situation
L’étude des douze indicateurs de situation permet de dégager une typologie
du diagnostic territorial des petites villes industrielles en quatre catégories.
Deux villes apparaissent disposer de la situation relative la plus favorable
(leur somme des points est inférieure à 50) : Pont-à-Mousson et Vitré. Les
spécificités économiques de ces deux villes reposant, comme l’ont montré les
analyses précédentes, sur des facteurs extrêmement différents, il n’est pas
possible d’expliquer leur résultat par un raisonnement identique. En effet,
Vitré se caractérise par son industrie diversifiée, tandis que Pont-à-Mousson
est le modèle de la ville mono-industrielle. Leur seul point commun pourrait
être une géographie assez favorable dans les réseaux de transport routier et
ferroviaire, notamment leur relative proximité de métropoles régionales,
respectivement Rennes et Nancy-Metz. Mais, d’un point de vue géographique,
on constate une différence essentielle entre Vitré, à l’extrême est du
département de la capitale régionale bretonne, et Pont-à-Mousson, à mi-
parcours entre les deux métropoles lorraines. Pont-à-Mousson se situe près de
la dorsale européenne, la région la plus dense en hommes et en activité de
l’Europe, et se trouve liée à cette dorsale par la voie fluviale. La ville se
trouve aussi à proximité d’un réseau de TGV qui conduit dans un faible délai
au Luxembourg, en Allemagne vers Sarrebruck, Karlsruhe puis Francfort, ou
en Suisse vers Bâle et Zurich. Enfin, Pont-à-Mousson dispose d’un nom si
connu qu’il a été conservé au fil des changements capitalistiques de
l’entreprise. En revanche, Vitré ne peut se prévaloir d’une telle notoriété et a
une position géographique distante des principaux flux économiques
européens. Son inscription dans le réseau ferroviaire à grande vitesse de
l’Ouest français la place loin des fréquences et des destinations plus
nombreuses du TGV Est qui dessert Pont-à-Mousson.
Trois petites villes industrielles apparaissent disposer d’une situation
relative plutôt favorable, avec une somme des points comprise entre 50 et 70 :
Annonay, Amboise et Pont-Sainte-Maxence. Comme les deux villes de la
catégorie précédente, les facteurs de leur classement résultent de
caractéristiques géoéconomiques très différentes. Annonay et Amboise
disposent d’un tissu industriel diversifié alors que Pont-Sainte-Maxence a subi
davantage de fermetures industrielles. Leur relative proximité, du moins en
nombre de km, de métropoles, respectivement Lyon, Tours et Paris, pourrait
sembler un point commun. Mais, compte tenu des réseaux effectifs de
transport, Annonay se trouve dans une situation nettement moins avantageuse
que les deux autres. En outre, on ne peut assimiler la relation d’Amboise avec
la capitale tourangelle à celle de Pont-Sainte-Maxence avec la capitale
parisienne : Tours est une métropole régionale, sans être la capitale de la
région Centre ; en revanche, Paris, est l’une des rares mégapoles mondiales et
l’agglomération européenne la plus peuplée hormis Moscou. Elle offre un très
large marché de l’emploi et, avec Paris-Charles de Gaulle, le premier aéroport
français et l’un des plus importants aéroports européens, dont nous avons déjà
souligné combien il est proche de Pont-Sainte-Maxence.
Tableau 29 Classement des petites villes industrielles selon des indicateurs
de situation
Unité Points Points Points Points Points
urbaine démographie emploi revenus logements totaux
Amboise 26 8 13 15 62
Annonay 16 13 16 14 59
Aulnoye-
15 33 35 24 107
Aymeries
Bolbec 17 28 26 33 104
Creutzwald 25 30 25 16 96
Eu 23 21 19 15 78
Flers 23 15 24 25 87
Mazamet 26 28 33 10 97
Pont-à-
10 12 10 14 46
Mousson
Pont-
Sainte- 12 21 6 24 63
Maxence
Tarare 20 20 18 27 85
Vitré 21 4 7 17 49
Source : © Population & Avenir, 2012
Au troisième niveau, trois autres villes, Eu, Tarare et Flers, présentent une
synthèse de leurs indicateurs de situation relativement défavorable, avec une
somme des points comprise entre 70 et 90. Leur présence dans cette catégorie
est due à des facteurs différenciés. L’éloignement des grands axes et flux de
communications peut expliquer les résultats d’Eu et de Flers. Mais les atouts
touristiques de ces deux villes sont fort dissemblables. Et, pour Tarare, située
non loin de Lyon, donc de la deuxième agglomération économique française,
de la ligne TGV la plus fréquentée et d’un aéroport international, l’argument
ne joue guère.
Enfin, quatre villes présentent la synthèse de situation la plus défavorable,
avec un total de points supérieur à 90, soit, dans l’ordre décroissant,
Creutzwald, Mazamet, Bolbec et Aulnoye-Aymeries. Ce résultat peut a priori
s’expliquer par des facteurs semblables : les difficultés, voire la disparition,
d’industries auparavant dominantes, qui constituaient les fleurons de ces
villes. Ainsi Creutzwald a-t-elle subi la fermeture des mines, Mazamet et
Bolbec la disparition du textile, et Aulnoye-Aymeries l’affaiblissement de la
métallurgie. Mais nombre d’éléments, par exemple géographiques, sont
dissemblables : Creutzwald n’est pas désavantagée dans les réseaux
autoroutiers régionaux, nationaux et européens, contrairement à Mazamet.
Bolbec est assez proche d’une ville importante, Le Havre, et Aulnoye-
Aymeries est en situation relativement favorable dans les réseaux ferrés, mais
défavorable dans les réseaux routiers.
L’analyse des résultats des indicateurs de situation des petites villes
industrielles débouche donc sur un premier diagnostic territorial comparatif,
dont la compréhension fait appel à une grande diversité d’éléments explicatifs.
Le recours à l’analyse cinétique débouchera-t-il sur des résultats et des
logiques moins disparates ?
Chapitre 13
Gagnants et perdants selon le diagnostic quantitatif
cinétique
POUR CONDUIRE L’ANALYSE CINÉTIQUE, quatorze indicateurs sont étudiés selon
deux thématiques, démographie et emploi, afin d’élaborer une typologie des
petites villes industrielles en fonction de leur évolution dans le temps. Si le
processus de désindustrialisation frappait de façon semblable tous les
territoires industriels, l’évolution des petites villes industrielles devrait être
similaire. Or nous allons constater qu’il n’en est rien.
Des évolutions démographiques dissemblables
Examinons d’abord les indicateurs d’évolution démographique. Une
économie locale à dominante industrielle signifie-t-elle automatiquement un
dépeuplement ? Pour répondre à cette question, il est souhaitable d’examiner
l’évolution démographique selon deux échelles de temps : d’une part la
longue durée, en prenant une borne de départ correspondant aux changements
économiques structurels du milieu des années 1970 et, d’autre part, les
évolutions récentes, celles des deux dernières périodes intercensitaires.
Un quart des villes en forte croissance démographique sur la longue durée
Sur la période de 30 ans, allant du RGP 1975 au RP 2006, la population
cumulée des douze petites villes industrielles diminue (– 1 %), contrairement
à l’évolution moyenne de la France métropolitaine (+ 16,7 %). Parmi les
éléments explicatifs d’une telle situation, il faut considérer, outre le processus
de désindustrialisation, celui de métropolisation, mais aussi le fait que ces
villes n’entrent ni dans les principaux processus de migration interne
(héliotropisme positif ou « litturbanisation » de l’Atlantique et de la
Méditerranée), ni dans ceux des migrations internationales [DUMONT, 2008].
Cependant, des écarts importants se constatent selon les villes, allant d’un fort
dépeuplement, avec – 14,6 % à Flers, à une progression sensible de la
population, avec + 35,8 % à Pont-Sainte-Maxence. À l’intérieur de cette large
fourchette, plusieurs types de villes se distinguent en fonction de leur
accroissement démographique.
Le premier correspond aux trois villes ayant vu leur population augmenter
plus vite que la moyenne nationale sur la longue durée, soit Pont-Sainte-
Maxence, Vitré et Amboise. Ces fortes croissances s’expliquent par des
raisons sensiblement différentes selon ces trois villes. À Pont-Sainte-
Maxence, la hausse de population n’est pas imputable au dynamisme
économique local, mais à la para-urbanisation parisienne liée, entre autres, à la
relative proximité du pôle d’emploi de l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle
et de son pourtour, qui a conduit à l’installation de ménages effectuant des
migrations pendulaires. À Vitré, la vive progression de l’emploi retient et
attire de la main-d’œuvre souhaitant résider dans la commune de son lieu de
travail, d’autant que l’offre de services du territoire est large. Enfin, à
Amboise, les deux phénomènes se combinent : l’agglomération accueille de la
main-d’œuvre du fait de son dynamisme économique et profite de la para-
urbanisation tourangelle. Trois villes, Tarare, Pont-à-Mousson, et Bolbec,
composent un deuxième type, enregistrant une hausse de leur population
inférieure à la moyenne nationale, mais meilleure que la moyenne négative
des villes étudiées, soit une croissance démographique peu soutenue. Cette
évolution peut s’expliquer à Tarare par le développement de la fonction
résidentielle, conséquence de sa relative proximité de la métropole lyonnaise.
Le troisième type se compose des deux villes ayant un accroissement
démographique inférieur à la moyenne des villes étudiées, donc négatif, mais
avec des baisses inférieures à 10 %. La diminution de la population
d’Annonay peut s’expliquer en partie par une para-urbanisation, notamment
en raison des particularités du site et d’un centre-ville à réhabiliter. À
Creutzwald, la diminution de la population, plus sensible, tient à la disparition
de l’activité minière et la baisse de l’offre d’emplois, conformément à ce
phénomène que nous avons appelé « l’émigration industrielle » [DUMONT,
2008]. Le quatrième type regroupe quatre villes, Aulnoye-Aymeries, Eu,
Mazamet et Flers, à l’accroissement démographique beaucoup plus
défavorable que la moyenne des villes étudiées, avec des baisses toujours
supérieures à 10 %. Le processus de désindustrialisation y a engendré, avec la
diminution de l’emploi, de l’émigration industrielle.
Les trois mêmes villes en forte croissance sur la courte durée
Sur les deux dernières périodes intercensitaires, donc une courte durée en
science de la population, les évolutions et leurs types sont-ils différents ? La
mise en évidence de quatre catégories permet de répondre à cette question. La
première catégorie comprend les trois villes connaissant les plus fortes
croissances de leur population, supérieures à la moyenne nationale. Il s’agit
des trois mêmes qui avaient sur la longue durée les meilleurs résultats :
Amboise, Vitré et Pont-Sainte-Maxence. À Amboise et à Vitré, la hausse de la
population témoigne de la poursuite du renforcement de leur tissu
économique. À Pont-Sainte-Maxence, le phénomène majeur est un fort
excédent naturel, conséquence de l’installation de jeunes familles choisissant
d’habiter dans un territoire de la para-urbanisation francilienne.
Deux villes, Tarare et Annonay, forment une deuxième catégorie avec des
accroissements démographiques inférieures à la moyenne nationale, mais
supérieures à la moyenne des villes étudiées. Tarare se classe donc dans une
catégorie semblable à l’analyse de longue période, catégorie qui gagne
Annonay, mais écarte Pont-à-Mousson et Bolbec. Ce résultat confirme que
Tarare bénéficie de l’étalement de la para-urbanisation lyonnaise, sa
dynamique ne tenant pas à l’évolution peu favorable de son emploi local.
L’agglomération d’Annonay enregistre un léger déclin démographique, pour
la raison signalée précédemment : la para-urbanisation.
Figure 13.1 L’évolution de la population des petites villes industrielles
Tableau 30 Évolution de la population des petites villes industrielles
Population aux recensements
Unité Accroissement
urbaine 1975-2006
1975 1982 1990 1999 2006
Amboise 14 195 14 877 15 391 16 037 17 299 21,9 %
Annonay 25 993 25 848 25 865 25 618 25 580 – 1,6 %
Aulnoye-
21 556 21 345 20 812 19 757 19 362 – 10,2 %
Aymeries
Bolbec 15 552 15 962 16 376 16 450 15 750 1,3 %
Creutzwald 18 826 18 672 18 849 17 982 17 341 – 7,9 %
Eu 24 471 23 656 22 690 22 019 21 425 – 12,4 %
Flers 26 179 25 300 24 357 23 240 22 349 – 14,6 %
Mazamet 29 222 28 428 27 512 25 849 25 567 – 12,5 %
Pont-à-
22 674 23 468 23 677 23 884 23 111 1,9 %
Mousson
Pont-
Sainte- 11 891 12 718 14 666 16 397 16 147 35,8 %
Maxence
Tarare 15 704 15 019 15 493 15 435 16 137 2,8 %
Vitré 12 322 13 046 14 488 15 313 16 156 31,1 %
238 238 240 237 236
Moyenne – 1,0 %
585 339 176 981 224
France 52 591 54 334 56 615 58 518 61 399
16,7 %
Métropolitaine 584 871 155 395 719
Source : Insee, RGP 1975, 1982, 1990, 1999 RP 2006.
La troisième catégorie regroupe les deux villes, Pont-à-Mousson et Bolbec,
dont l’accroissement démographique se situe entre la baisse moyenne des
villes étudiées et une diminution de 5 %. Les cinq dernières villes, Eu,
Aulnoye-Aymeries, Mazamet, Creutzwald et Flers, enregistrent une
diminution très nette de leur peuplement. Cette évolution négative est le
produit d’une émigration qui touche principalement les jeunes, parfois dans un
contexte de poursuite du processus de désindustrialisation.
Les explications données aux différences d’évolution démographique, sur la
longue durée comme sur la période plus récente, laissent penser que les deux
composantes du mouvement démographique s’exercent différemment. D’où la
nécessité de les examiner séparément.
Des composantes naturelle et migratoire très différenciées
Distinguons, selon la décomposition classique, le mouvement naturel et le
mouvement migratoire. Pour la dernière période intercensitaire, donc entre le
RGP 1999 et le RP 2006, le taux annuel moyen (0,3 %) d’accroissement
naturel des petites villes industrielles apparaît légèrement inférieur la
moyenne nationale (0,4 %). Cette différence paraît essentiellement s’expliquer
par une structure moyenne par âge plus vieillie. Mais les écarts sont
importants, dans une fourchette entre 0,7 % à Pont-Sainte-Maxence et – 0,3 %
à Mazamet.
Une première catégorie d’évolution naturelle concerne une seule ville,
Pont-Sainte-Maxence, dont le taux d’accroissement naturel est très supérieur à
la moyenne nationale, en raison de sa jeune composition par âge. Trois villes,
Bolbec, Tarare et Vitré, composent une deuxième catégorie dont le taux
d’accroissement naturel est compris entre la moyenne nationale et la moyenne
des villes étudiées.
La troisième catégorie correspond à un taux d’accroissement naturel
inférieur à la moyenne des villes étudiées, et donc, a fortiori, inférieur à la
moyenne nationale. Elle compte sept villes, soit Amboise, Annonay, Aulnoye-
Aymeries, Creutzwald, Eu, Flers et Pont-à-Mousson. Cela tient à un
vieillissement relativement plus accentué pour la plupart d’entre elles, même
si la fécondité est sans doute plus élevée que la moyenne nationale à Amboise,
Annonay, Aulnoye-Aymeries et Flers. Enfin, la dernière catégorie comprend
la seule ville, Mazamet, dont le taux d’accroissement naturel est négatif, donc
comptant un excédent des décès sur les naissances. Cette situation additionne
les effets de la structure par âge la plus vieillie des douze villes et une faible
fécondité relative, caractéristique ancienne de cette partie méridionale de
France.
Quant au taux annuel moyen d’accroissement migratoire des petites villes
industrielles, toujours pour la dernière période intercensitaire, il est négatif (–
0,3 %) alors que la moyenne nationale est positive (0,3 %). Toutefois, les
différences selon les villes sont considérables, allant de + 0,9 % pour Amboise
à – 1 % pour Bolbec, ce qui conduit à distinguer quatre catégories.
Tableau 31 Composantes naturelle et migratoire de l’évolution de la
population des petites villes industrielles
Taux annuel moyen
1999-2006
Points
d’accroissement Rang Rang
des
Unité pour 100 habitants pour pour
Total rangs
urbaine le le
TAN
TAN TAM
naturel migratoire et TAM
(TAN) (TAM)
Amboise 1,1 % 0,2 % 0,9 % 8 1 9
Annonay 0,0 % 0,3 % – 0,3 % 5 5 10
Aulnoye-
– 0,3 % 0,3 % – 0,6 % 5 8 13
Aymeries
Bolbec – 0,6 % 0,4 % – 1,0 % 2 12 14
Creutzwald – 0,5 % 0,1 % – 0,6 % 10 7 17
Eu – 0,4 % 0,1 % – 0,5 % 11 6 17
Flers – 0,6 % 0,2 % – 0,8 % 9 9 18
Mazamet – 0,1 % -0,3 % 0,2 % 12 4 16
Pont-à-
– 0,5 % 0,3 % – 0,8 % 5 9 14
Mousson
Pont-
Sainte- – 0,2 % 0,7 % – 0,9 % 1 11 12
Maxence
Tarare 0,6 % 0,4 % 0,3 % 2 3 5
Vitré 0,8 % 0,4 % 0,4 % 2 2 4
Moyenne – 0,1 % 0,3 % – 0,3 %
des 12
France
0,7 % 0,4 % 0,3 %
métropolitaine
Source : Chiffres Insee, RP 2006.
Une première catégorie comprend les deux villes, Amboise et Vitré, dont le
taux d’accroissement migratoire est supérieur à la moyenne nationale. Leur
attraction peut s’expliquer par la progression de leur offre d’emplois et les
conditions de vie qu’elles proposent à leur population. Puis, deux villes,
Mazamet et Tarare, composent une deuxième catégorie dont les taux
d’accroissement migratoire sont inférieurs à la moyenne nationale, mais
positifs, donc bien évidemment supérieurs à la moyenne des villes étudiées.
Pour la première, cela s’explique par deux éléments favorables. D’une part,
Mazamet est la seule des villes étudiées bénéficiant d’un certain héliotropisme
positif : ce point peut par exemple concerner des retraités anciennement
originaires de la ville, qui y reviennent après avoir passé leur vie active
ailleurs. D’autre part, le faible coût relatif de l’immobilier peut intéresser des
actifs dont l’emploi se trouve en dehors de l’agglomération, par exemple à
Castres. Pour Tarare, l’excédent migratoire est lié à la para-urbanisation
lyonnaise, précédemment citée.
La troisième catégorie correspond aux quatre villes ayant un taux
d’accroissement migratoire négatif, égal ou inférieur à la moyenne des villes
étudiées, mais supérieur à – 0,7 %, soit Annonay, Eu, Aulnoye-Aymeries et
Creutzwald. À Aulnoye-Aymeries, la faiblesse des équipements publics et de
la qualité urbaine peut avoir un effet négatif. À Annonay, le second point vaut
surtout pour la commune-centre. À Eu et Creutzwald, c’est davantage
l’émigration industrielle qui explique le solde migratoire négatif. Enfin, la
dernière catégorie regroupe quatre petites villes industrielles connaissant un
fort déficit migratoire, inférieur à – 0,7 %, soit Bolbec, Pont-Sainte-Maxence,
Pont-à-Mousson et Flers. Leur marché de l’emploi s’est rétréci, ne permettant
guère de retenir sur place les jeunes. La réalité migratoire de Pont-Sainte-
Maxence permet de rappeler combien le solde migratoire est un solde
d’entrées et de sorties. Ainsi Pont-Sainte-Maxence attire des populations en
raison du processus de para-urbanisation, mais elle en éloigne sous l’effet
d’une offre d’emploi insuffisante.
Après les évolutions démographiques totale, naturelle et migratoire,
examinons celles de la composition par âge.
Une évolution défavorable des jeunes
Contrairement à l’augmentation de 4,4 % qui se constate au niveau
national, le nombre de moins de 15 ans diminue sensiblement, en moyenne,
dans les petites villes industrielles (– 12,7 %). Cette évolution défavorable
signifie un amoindrissement du potentiel de ressources humaines pour les
petites villes industrielles, sauf perspectives migratoires favorables. En valeur
relative, l’évolution est également défavorable. Le pourcentage moyen des
moins de 15 ans, pour les 12 villes étudiées, se réduit en moyenne (– 2,2
points) plus rapidement qu’au niveau national (– 0,7 point). Il faut rappeler
que ces baisses en proportion s’expliquent aussi par la longévité accrue des
personnes âgées qui stimule, a contrario, l’augmentation de leur pourcentage.
En raison de leur évolution moins favorable que la moyenne nationale, en
valeurs absolue et relative, ces villes étudiées sont, en moyenne, moins jeunes,
au RP 2006, que la moyenne nationale, contrairement à leur situation lors du
RGP de 1990. Cependant, des différences très sensibles se constatent selon les
villes : une baisse, considérable, de 29,2 % des effectifs des jeunes de moins
de 15 ans à Creutzwald et une croissance de 6,7 % à Amboise ; une perte de
4,8 points dans la proportion des jeunes à Creutzwald et une baisse de
seulement 0,5 point à Tarare. En combinant évolution absolue et relative des
moins de 15 ans, plusieurs catégories de villes se distinguent.
Une première correspond à l’unique ville dont l’évolution des moins de 15
ans est, en valeur absolue, positive et, en valeur relative, moins négative que
la moyenne nationale : Tarare. Cette situation assez favorable témoigne d’un
profil migratoire récent, qui attire principalement des jeunes actifs avec
enfants ou en âge d’en avoir, travaillant dans la métropole lyonnaise, d’où
l’augmentation du nombre de jeunes. Deux villes, Amboise et Pont-Sainte-
Maxence, composent une deuxième catégorie dont le nombre de moins de 15
ans progresse en valeur absolue, mais, en valeur relative, diminue plus vite
que la moyenne nationale. Leur profil migratoire et ses
Tableau 32 Évolution des moins de 15 ans des petites villes industrielles
Tableau 32 Évolution des moins de 15 ans des petites villes industrielles
Proportion de
moins de 15
Effectifs Rang sur
ans
des moins Évolution l’évolution
Unité RGP de 15 ans dans la
urbaine 1990- des moins population totale
1990 RP 2006 de
2006 15 ans
% 2006
1990 %
18,2
Amboise 2 796 2 982 6,7 % 1 17,2 %
%
18,6
Annonay 4 812 4 491 – 6,7 % 5 17,6 %
%
Aulnoye- 21,3
4 427 3 677 – 16,9 % 7 19,0 %
Aymeries %
22,1
Bolbec 3 624 3 109 – 14,2 % 6 19,7 %
%
20,9
Creutzwald 3 941 2 790 – 29,2 % 12 16,1 %
%
18,8
Eu 4 261 3 524 – 17,3 % 9 16,4 %
%
19,3
Flers 4 708 3 717 – 21,0 % 11 16,6 %
%
17,4
Mazamet 4 779 3 892 – 18,6 % 10 15,2 %
%
Pont-à- 21,9
5 191 4 315 – 16,9 % 7 18,7 %
Mousson %
Pont-
Sainte- 3 262 3 273 0,3 % 3 22,2 20,3 %
Maxence %
20,0
Tarare 3 104 3 151 1,5 % 2 19,5 %
%
19,1
Vitré 2 766 2 693 – 2,6 % 4 16,7 %
%
Moyenne 19,8
47 671 41 614 – 12,7 % 17,6 %
des 12 %
France 10 774 11 249 19,0
4,4 % 18,3 %
Métropolitaine 116 984 %
Source : Chiffres Insee, RGP 1999, RP 2006.
effets immédiats, par l’arrivée de jeunes avec leurs parents ou à terme par
des naissances, leur permettent de gagner des jeunes en valeur absolue.
Une troisième catégorie regroupe les trois villes, Annonay, Mazamet et
Vitré, dont l’évolution des moins de 15 ans en valeur absolue ou en valeur
relative est moins négative que la moyenne des villes étudiées, mais moins
favorable que la moyenne nationale. Ces villes perdent des jeunes, en
conséquence de la para-urbanisation à Annonay et surtout à Vitré, et d’une
émigration hors de l’unité urbaine à Mazamet. Enfin, la dernière catégorie
comprend les six villes dont l’évolution des moins de 15 ans est plus négative,
en valeurs relative et absolue, que la moyenne des villes étudiées. Cette
catégorie réunit la moitié des villes, soit Aulnoye-Aymeries, Bolbec,
Creutzwald, Eu, Flers et Pont-à-Mousson. Néanmoins, il faut distinguer,
parmi ces dernières, celles dont le pourcentage de jeunes était élevé en 1990
de celles dont ce pourcentage était faible. En effet, pour Aulnoye-Aymeries,
Bolbec et Pont-à-Mousson, villes à la proportion importante de moins de 15
ans en 1990, cette diminution est surtout consécutive à la réduction de la
fécondité et au vieillissement de leur pyramide des âges. En revanche, pour
Creutzwald, Eu et Flers, au pourcentage de jeunes déjà relativement faible en
1990, cette évolution témoigne de la diminution de la part des jeunes couples
avec enfants dans la population, donc de leur émigration et d’une faible
attraction migratoire sur cette catégorie d’âge.
Examinons désormais le haut des pyramides des âges.
Gérontocroissance et vieillissement inégaux
Les 60 ans ou plus des petites villes industrielles, entre 1990 et 2006,
augmentent en moyenne en valeur absolue (+ 18,0 %), donc connaissent une
gérontocroissance (augmentation du nombre des personnes âgées dans une
population) comme en valeur relative (+ 4,0 points), signifiant un
vieillissement de la population (augmentation de la proportion du nombre des
personnes âgées dans la population totale). Ces deux hausses moyennes sont
supérieures à la moyenne nationale (16,1 % en chiffre absolu et 1,4 point en
chiffre relatif). Cette évolution marque un vieillissement plus intense que la
moyenne française, car les villes étudiées se caractérisaient, en 1990, par un
pourcentage de 60 ans ou plus (20,0 %) égal à la moyenne nationale. Les
douze villes enregistrent à la fois une gérontocroissance et un vieillissement
de la population, mais non avec la même intensité. La fourchette de la
gérontocroissance va d’une hausse de 9,6 % des effectifs de 60 ans ou plus à
Tarare à 31,5 % à Pont-Sainte-Maxence. La hausse du vieillissement, mesurée
par la proportion des 60 ans ou plus, varie de 1,1 point à Tarare à 6,4 points à
Mazamet.
En différenciant quatre catégories, la première correspond aux quatre villes
dont l’augmentation des 60 ans ou plus est inférieure à la moyenne nationale
(respectivement de + 16,1 % et de + 1,4 point) pour au moins un des deux
indicateurs, soit la gérontocroissance pour Aulnoye-Aymeries, Bolbec, Eu et
les deux indicateurs pour Tarare. Aulnoye-Aymeries, dans une région où
l’espérance de vie est
Tableau 33 Évolution des 60 ans ou plus des petites villes industrielles
Proportion de
Effectifs des Gérontocroisance 60 ans ou plus
Rang sur
60 ans ou plus Évolution dans la
Unité l’évolution population totale
urbaine des 60 ans
ou plus
% 2006
1990 2006 1990-2006
% 2006
1990 2006 1990-2006
1990 %
25,1
Amboise 3 864 4 692 21,4 % 9 27,1 %
%
20,4
Annonay 5 269 6 586 25,0 % 11 25,7 %
%
Aulnoye- 17,8
3 712 4 252 14,5 % 4 22,0 %
Aymeries %
18,3
Bolbec 2 999 3 301 10,1 % 2 21,0 %
%
17,8
Creutzwald 3 356 3 982 18,7 % 6 23,0 %
%
21,4
Eu 4 853 5 425 11,8 % 3 25,3 %
%
20,1
Flers 4 895 5 827 19,0 % 7 26,1 %
%
25,3
Mazamet 6 957 8 097 16,4 % 5 31,7 %
%
Pont-à- 16,5
3 908 4 697 20,2 % 8 20,3 %
Mousson %
Pont-
14,1
Sainte- 2 075 2 729 31,5 % 12 16,9 %
%
Maxence
21,1
Tarare 3 262 3 576 9,6 % 1 22,2 %
%
19,5
Vitré 2 827 3 470 22,7 % 10 21,5 %
%
Moyenne 20,0
47 977 56 634 18,0 % 24,0 %
des 12 %
France 11 299 13 121 20,0
16,1 % 21,4 %
métropolitaine 373 730 %
Source : Chiffres Insee, RGP 1999, RP 2006.
inférieure à la moyenne nationale, et Bolbec avaient déjà un pourcentage de
60 ans ou plus inférieur à la moyenne nationale en 1990. À Eu et Tarare, la
proportion des 60 ans ou plus était déjà élevée en 1990. Quatre villes
composent une deuxième catégorie, soit une évolution des 60 ans ou plus
comprise entre les moyennes nationales de gérontocroissance et de
vieillissement et celles des villes étudiées, soit un des deux indicateurs
supérieur à la moyenne des villes étudiées. Les quatre villes de cette deuxième
catégorie sont Amboise, Pont-à-Mousson, Pont-Sainte-Maxence et Vitré.
L’évolution peu favorable pour Amboise, qui avait une proportion de
personnes âgées déjà élevée en 1990, peut s’expliquer par l’accueil de
retraités.
La troisième catégorie comprend les trois villes avec une gérontocroissance
et un vieillissement des 60 ans ou plus supérieurs à la moyenne des villes
étudiées : Creutzwald, Flers et Mazamet. À Creutzwald et Flers, la
gérontocroissance signifie une faible émigration de personnes âgées et le
vieillissement est notamment la contrepartie de l’émigration des jeunes. À
Mazamet, qui avait déjà un pourcentage très élevé de 60 ans ou plus en 1990,
le vieillissement additionne les effets d’une émigration de jeunes et d’une
immigration de personnes âgées dans une région qui profite de l’héliotropisme
positif. Enfin, une seule ville, Annonay, compte une évolution des 60 ans ou
plus sensiblement supérieure à la moyenne des villes étudiées en valeurs
absolue et relative. Cette ville connaît donc une augmentation sensible de la
demande de services liée à la gérontocroissance.
La synthèse des quatre indicateurs démographiques cinétiques permet de
préciser les points à attribuer à chaque ville.
Tableau 34 Classement des petites villes industrielles selon l’évolution des
indicateurs démographiques
Rang Rang Rang Rang Points
Unité urbaine
population composantes jeunes vieux totaux
Amboise 4 9 2 17 32
Annonay 12 10 8 22 52
Aulnoye-
18 13 14 11 56
Aymeries
Bolbec 13 14 15 3 45
Creutzwald 19 17 24 15 75
Eu 18 17 17 8 60
Flers 24 18 21 17 80
Mazamet 21 16 15 17 69
Pont-à-Mousson 11 14 18 13 56
Pont-Sainte-
4 12 8 15 39
Maxence
Tarare 8 5 3 3 19
Vitré 4 4 8 14 30
Source : © Population & Avenir, 2012
L’étude de l’évolution de la population selon quatre critères, déclinés en
huit paramètres, met donc en évidence de nettes différences entre les petites
villes industrielles. Examinons désormais l’évolution de l’emploi.
Des dynamiques de l’emploi fort différentes
Des dynamiques de l’emploi fort différentes
Les trois critères utilisés pour l’analyse cinétique de l’emploi sont
l’évolution du nombre d’emplois, de la population active occupée et celle des
cadres et PIS.
Entre gains et pertes d’emploi
L’évolution du nombre d’emplois des petites villes industrielles sur les
deux dernières périodes intercensitaires est moins favorable (+ 6,6 %) que la
moyenne nationale (+ 14,4 %). En revanche, en valeur relative, la situation de
ces villes est plus favorable, avec une augmentation moyenne de 3,7 points du
taux d’emploi, donc du nombre d’emplois rapporté à la population totale,
alors qu’il progresse moins vite au niveau national (2,2 points). Mais les
contrastes sont nets. Le nombre d’emplois varie dans une fourchette de + 44,7
% à Vitré à – 21,7 % à Creutzwald et le taux d’emploi diffère entre + 19,4
points à Vitré et – 6,3 points à Creutzwald.
En distinguant quatre catégories, la première comprend Vitré et Amboise,
soit les deux villes dont l’emploi augmente davantage que la moyenne
nationale en valeur absolue, et davantage que la moyenne des villes étudiées
en valeur relative. Leur résultat favorable révèle une incontestable attractivité,
d’autant plus remarquable que ces villes ont renforcé leur position comme
pôle d’emploi, puisqu’elles avaient déjà un taux d’emploi relativement élevé
en 1990. Cinq villes, Annonay, Bolbec, Eu, Flers et Pont-à-Mousson,
composent une deuxième catégorie, avec une évolution de l’emploi supérieure
à la moyenne des douze villes étudiées en valeurs relative et absolue, mais
inférieure à la moyenne nationale en valeur absolue.
La troisième catégorie regroupe deux villes, Pont-Sainte-Maxence et
Tarare, dont l’évolution de l’emploi est supérieure à la moyenne des douze
villes étudiées en valeur absolue, mais inférieure à la moyenne nationale en
valeur relative. Cette évolution tient à leur rôle résidentiel croissant. En
conséquence, ces villes deviennent à la fois davantage bénéficiaires et
dépendantes du marché de l’emploi des agglomérations voisines proches,
respectivement Paris et Lyon. Enfin, trois villes, soit Aulnoye-Aymeries,
Creutzwald et Mazamet, enregistrent à la fois une diminution de leurs emplois
et de leur taux d’emploi, soit des baisses illustrant leur désindustrialisation.
Pour de telles villes, leurs pertes d’emplois sont-elles compensées par des
emplois disponibles dans d’autres territoires proches ? L’étude de l’évolution
de la population active occupée permet de répondre à cette question.
Tableau 35 Évolution de l’emploi des petites villes industrielles
Taux d’emploi en
Rang sur %
Nombre d’emplois Accroissement
Unité l’évolution nombre
des emplois d’emplois/pop
urbaine des
1990-2006
emplois
1990* 2006 1990 2006
Amboise 7 532 9 234 22,6 % 2 48,9 % 53,4 %
Annonay 13 005 14 466 11,2 % 5 50,3 % 56,6 %
Aulnoye-
7 188 6 564 -8,7 % 10 34,5 % 33,9 %
Aymeries
Bolbec 5 729 6 416 12,0 % 4 35,0 % 40,7 %
Creutzwald 7 978 6 243 -21,7 % 12 42,3 % 36,0 %
Eu 10 592 11 224 6,0 % 9 46,7 % 52,4 %
Flers 12 331 13 387 8,6 % 7 50,6 % 59,9 %
Mazamet 11 216 8 982 -19,9 % 11 40,8 % 35,1 %
Pont-à-
9 400 10 140 7,9 % 8 39,7 % 43,9 %
Mousson
Pont-
Sainte- 3 712 4 167 12,3 % 3 25,3 % 25,8 %
Maxence
Tarare 7 089 7 721 8,9 % 6 45,8 % 47,8 %
Vitré 9 448 13 669 44,7 % 1 65,2 % 84,6 %
Les douze 112
105 220 6,6 % 43,8 % 47,5 %
villes 213
France 22 072 25 261
14,4 % 39,0 % 41,1 %
métropolitaine 344 171
Source : * Voir Calcul Population & Avenir à partir des données Insee.
Tableau 36 Évolution de la population active occupée des petites villes
industrielles*
Taux
Population active Accrois. d’activité
occupée (PAO) Rang sur occupée
de la
Unité (TAO)
PAO l’évolution
urbaine
1990- de la PAO
2006 % %
1990** 2006
1990 2006
88,2 87,7
Amboise 5 849 6 782 16,0 % 2
% %
88,3 88,2
Annonay 10 181 9 789 – 3,9 % 10
% %
Aulnoye- 82,1 82,4
6 332 6 628 4,7 % 5
Aymeries % %
81,6 85,5
Bolbec 5 664 5 871 3,7 % 6
% %
86,4 83,4
Creutzwald 6 186 6 057 – 2,1 % 9
% %
82,9 85,6
Eu 8 180 8 132 – 0,6 % 7
% %
84,6 87,4
Flers 9 279 8 236 – 11,2 % 11
% %
88,2 84,4
Mazamet 10 504 8 845 – 15,8 % 12
% %
Pont-à- 87,7 89,2
8 692 9 394 8,1 % 4
Mousson % %
Pont-
87,7 87,6
Sainte- 6 127 6 925 13,0 % 3
% %
Maxence
92,1 88,4
Tarare 6 613 6 516 – 1,5 % 8
% %
89,9 92,4
Vitré 6 196 7 448 20,2 % 1
% %
Les 12 86,6 86,9
89 803 90 623 0,9 %
villes % %
France 22 383 25 582 88,3 89,6
14,3 %
métropolitaine 691 122 % %
** Calcul Population & Avenir
* Le léger écart dans les chiffres de la population active occupée en 2006 fournis pour les 1
et la France Métropolitaine entre les tableaux 5 et 23 ne s’explique nullement par
définition du mode de calcul de l’indicateur utilisé. Il tient à une source différente, puis
premier sont issus des résultats des exploitations complémentaires du recensement de 2
chiffres du second sont tirés des résultats des exploitations principales lieu de résidence e
recensement de 2006, ce qui permet de les comparer avec les chiffres du recensement de 19
Une évolution de la population active occupée très hétérogène selon les villes
L’effectif de la population active occupée des petites villes industrielles
progresse, en moyenne, moins rapidement (+ 0,9 %) que la moyenne nationale
(+ 14,3 %). Pour la variation en valeur relative, donc le nombre d’actifs
occupés rapporté à la population active totale, la situation est également moins
favorable que la moyenne nationale, puisque le taux moyen d’activité occupée
des douze villes augmente moins (0,3 point) qu’au niveau national (1,3 point).
Mais, là aussi, des différences très sensibles distinguent les villes étudiées. La
fourchette de l’évolution des effectifs de la population active occupée varie de
+ 20,2 % à Vitré à – 15,8 % à Mazamet et, pour le taux d’activité occupée, de
+ 3,9 points à Bolbec à – 3,8 points à Mazamet.
En combinant les variations absolue et relative, quatre catégories se
distinguent. La première comprend la seule ville, Vitré, dont la population
active occupée et le taux d’activité occupée augmentent plus que la moyenne
nationale pendant les deux dernières périodes intercensitaires. Cette ville
bénéficie d’une population plus nombreuse percevant des revenus
professionnels et d’une réduction du taux de chômage plus importante que la
moyenne nationale. La deuxième catégorie compte également une seule ville,
Amboise, avec une évolution des effectifs de la population active occupée
égale à la moyenne nationale, mais dont le taux de population active occupée
baisse, contrairement à la moyenne nationale haussière. Cette ville enregistre
donc une augmentation de sa population percevant des revenus professionnels,
mais le chômage y a légèrement augmenté.
Quatre villes, Bolbec, Eu, Flers et Pont-à-Mousson, composent une
troisième catégorie. L’augmentation de leur population active occupée est
moindre que la moyenne nationale, mais leur taux de population active
occupée y progresse plus vite que la moyenne nationale. Ces villes
enregistrent une faible augmentation, voire une diminution de leur population
percevant des revenus professionnels, mais le chômage y a baissé
sensiblement. La quatrième catégorie regroupe les six villes dont l’évolution
de la population active occupée et celle du taux de population active occupée
est moins favorable que la moyenne nationale. Aulnoye-Aymeries et Pont-
Sainte-Maxence enregistrent une augmentation moindre que la France
métropolitaine de la population percevant des revenus professionnels et
Annonay, Creutzwald, Mazamet et Tarare une diminution. Pour le taux de
population active occupée, Aulnoye-Aymeries connaît une très légère baisse
du chômage, et les cinq autres une augmentation.
Une bonne analyse de la population active dans un territoire exige
d’examiner la répartition socioprofessionnelle, et tout particulièrement le
poids des cadres.
Des écarts considérables dans l’évolution des cadres
L’évolution des effectifs de cadres et PIS (professions intellectuelles
supérieures) pour les deux dernières périodes intercensitaires est un indicateur
défavorable aux villes étudiées, avec un pourcentage moyen moindre (+ 38,6
%) que la moyenne nationale (+ 51,2 %). Sa faible croissance ne peut
s’expliquer par un niveau initial élevé. Au contraire, la faiblesse antérieure de
cet indicateur aurait pu entraîner un phénomène de rattrapage. Cette situation
montre que les petites villes industrielles ont en moyenne une évolution de
leur composition par CSP moins qualifiée qu’en France. En valeur relative, la
situation est semblable, le taux de cadres progresse moins vite (+ 2,4 points)
qu’en moyenne nationale (+ 3,8 points). Les chiffres révèlent néanmoins une
dynamique très contrastée selon les villes. Pour l’évolution des effectifs de
cadres et PIS, la fourchette va de + 126,3 % à Vitré à – 10,6 % à Mazamet.
Pour la proportion des cadres, les écarts maximums vont de + 5,6 points à
Vitré à – 0,7 point à Aulnoye-Aymeries.
En combinant les deux évolutions, il est possible de distinguer plusieurs
catégories de villes. La première correspond aux deux villes, Amboise et
Vitré, connaissant une évolution doublement positive des cadres, en valeurs
absolue et relative, supérieure à la moyenne nationale. Cette évolution peut
s’expliquer en partie à Vitré par des effectifs et un taux de départ, en 1990,
relativement faibles par rapport aux autres villes moyennes étudiées, et
suppose, comme à Amboise, un développement d’emplois qualifiés. Une seule
ville, Pont-Sainte-Maxence, entre dans une deuxième catégorie. L’évolution
des cadres y est supérieure en valeur absolue à la moyenne nationale, mais
inférieure en valeur relative. Cette évolution n’est pas la conséquence du
développement d’emplois qualifiés depuis 1990 dans l’agglomération, mais de
la progression des cadres dans la population qui se rend au travail
quotidiennement en région Île-de-France.
La troisième catégorie se compose également d’une seule ville, Pont-à-
Mousson, ayant une évolution des cadres inférieure à la moyenne nationale en
valeurs absolue et relative, mais supérieure à la moyenne des douze villes
étudiées. Cette situation témoigne d’une création d’emplois qualifiés moindre
que la moyenne nationale. Enfin, la quatrième catégorie regroupe les villes
dont l’évolution de cadres est inférieure à la moyenne des douze villes
étudiées, et, a fortiori à la moyenne nationale. Pas moins de huit villes
moyennes se retrouvent dans ce cas : Annonay, Aulnoye-Aymeries, Bolbec,
Creutzwald, Eu, Flers, Mazamet et Tarare. Cette situation défavorable tient à
une faible création d’emplois qualifiés ou à une proportion importante
d’emplois de non-cadres, tant parmi ceux créés sur le territoire que parmi ceux
occupés hors de l’agglomération par des habitants de ces unités urbaines,
comme à Tarare.
La mise en évidence d’écarts très importants selon les paramètres de
l’emploi conduit à une notation très différenciée des villes.
Tableau 37 Évolution des cadres des petites villes industrielles
Effectifs des cadres
et professions Accroissement Proportion des
intellectuelles Rang sur cadres et PIS
Unité CPIS
supérieures (CPIS) l’évolution
urbaine
des cadres
1990* 2006 1990-2006 1990 2006
Amboise 452 852 88,5 % 2 7,7 % 12,4 %
Annonay 772 1 008 30,6 % 7 7,7 % 10,3 %
Aulnoye-
384 360 – 6,3 % 11 5,9 % 5,3 %
Aymeries
Bolbec 252 349 38,5 % 5 4,4 % 5,9 %
Creutzwald 364 465 27,7 % 8 5,9 % 7,7 %
Eu 516 641 24,2 % 10 6,4 % 7,8 %
Flers 557 758 36,1 % 6 5,9 % 9,3 %
Mazamet 832 744 – 10,6 % 12 7,9 % 8,5 %
Pont-à-
684 1 029 50,4 % 4 8,1 % 11,0 %
Mousson
Pont-
Sainte- 420 758 80,5 % 3 7,3 % 11,0 %
Maxence
Tarare 368 460 25,0 % 9 5,7 % 7,1 %
Vitré 388 878 126,3 % 1 6,3 % 11,9 %
Les 12
5 989 8 302 38,6 % 6,7 % 9,2 %
villes
France 2 603 3 935
51,2 % 11,7 % 15,5 %
métropolitaine 434 626
* Calcul Population & Avenir à partir des données Insee.
Tableau 38 Notation des petites villes industrielles selon leurs indicateurs
cinétiques de l’emploi
Points Points Points Points
Unité urbaine
emploi population active occupée cadres totaux
Amboise 8 11 4 23
Annonay 8 17 13 38
Aulnoye-Aymeries 20 11 23 54
Bolbec 8 7 13 28
Creutzwald 24 19 15 58
Eu 14 10 19 43
Flers 9 13 10 32
Mazamet 22 24 23 69
Pont-à-Mousson 15 9 9 33
Pont-Sainte-Maxence 12 10 6 28
Tarare 14 19 19 52
Vitré 2 5 2 9
Source : © Population & Avenir, 2012
En synthétisant l’ensemble des données portant sur les évolutions
quantitatives, une deuxième typologie, résultant de l’analyse cinétique, peut
être formulée. Elle met en évidence combien la désindustrialisation n’est pas
uniforme.
Une typologie contrastée selon l’analyse quantitative cinétique
Cela est notamment attesté par le fait que le classement concernant
l’évolution cinétique des petites villes industrielles diffère de celui des
indicateurs de situation. En particulier, la première ville selon les indicateurs
de situation, Pont-à-Mousson, se trouve nettement reléguée.
Deux villes, Vitré et Amboise, se distinguent avec un faible nombre de
points, additionnant les différents facteurs expliqués précédemment dans ce
chapitre. Le deuxième groupe comprend trois villes, avec un total de points se
situant autour de 70. Il s’agit de Pont-Sainte-Maxence, qui bénéficie de la
proximité de l’Île-de-France, de Tarare, liée à Lyon, et de Bolbec, proche des
zones industrielles de la Basse-Seine et de l’aire havraise.
Pont-à-Mousson et Annonay composent un troisième groupe avec une
somme de points autour de 90 points. La première se caractérise par
l’insuffisance de nouveaux pôles économiques, la seconde par celle du
développement exogène. Enfin, cinq villes ont des résultats relatifs
insatisfaisants, avec un total de points supérieur à 100 : Eu, Aulnoye-
Aymeries, Flers, Creutzwald et Mazamet. Sur la période étudiée, ces villes ont
subi des évolutions économiques négatives, de nature plus structurelle que
conjoncturelle. Les industries traditionnelles qui ont périclité n’y sont pas
encore remplacées par de nouvelles activités économiques suffisamment
créatrices d’emplois.
Tableau 39 Classement des petites villes industrielles selon l’analyse
cinétique
Points Points Points Rang
Unité urbaine
démographie emploi totaux global
Amboise 32 23 55 2
Annonay 52 38 90 7
Aulnoye-Aymeries 56 54 110 9
Bolbec 45 28 73 5
Creutzwald 75 58 133 11
Eu 60 43 103 8
Flers 80 32 112 10
Mazamet 69 69 138 12
Pont-à-Mousson 56 33 89 6
Pont-Sainte-Maxence 39 28 67 3
Tarare 19 52 71 4
Vitré 30 9 39 1
Source : © Population & Avenir, 2012
Nous disposons désormais de deux typologies, la première au regard de la
situation des villes, la deuxième à l’examen de leur évolution sur une
quinzaine d’années. La combinaison de ces deux typologies permet d’affiner
le diagnostic territorial en en proposant une troisième.
Le large éventail typologique résultant du double diagnostic quantitatif
Cette troisième typologie des villes industrielles étudiées, résultat de
l’ensemble des indicateurs quantitatifs, conduit d’abord à distinguer la
catégorie la plus favorable.
Une analyse quantitative doublement positive pour trois villes
Trois villes, Vitré, Amboise et Pont-Sainte-Maxence, connaissent, à la fois,
une situation et une analyse cinétique favorables. Les deux premières
présentent une attractivité économique et démographique, sur une longue
période, car continue depuis la Seconde Guerre mondiale. Leurs atouts
tiennent notamment aux efforts conduits pour la diversification de leur tissu
industriel. Vitré et Amboise présentent d’ailleurs un profil favorable selon
tous les critères quantitatifs. Leur seul relatif point faible est un pourcentage
de jeunes moins élevé que dans certaines des autres villes étudiées.
L’autre ville affichant des résultats doublement positifs, Pont-Sainte-
Maxence, profite de son inclusion dans le système économique et
démographique de l’aire métropolitaine parisienne. Elle témoigne de l’impact
du processus de para-urbanisation au-delà des limites administratives de la
région Île-de-France. Pont-Sainte-Maxence n’a qu’un point quantitatif faible :
la mauvaise situation locale de l’emploi, en partie compensée par les offres
d’emplois de la région Île-de-France, ce qui la met en situation de
dépendance.
Deux villes à analyse de situation favorable, mais à analyse cinétique
défavorable
Deux villes présentent une situation favorable, mais une évolution
défavorable : Pont-à-Mousson et Annonay. Leur évolution décevante l’est tout
particulièrement sur un paramètre identique : la diminution de la part des
jeunes, consécutive à l’émigration de jeunes foyers. Ce phénomène peut être
dû à l’insuffisance d’aménités offertes par ces deux villes à des populations
qui jugent manquer de perspectives d’évolution positive et, en conséquence,
émigrent.
Pour Pont-à-Mousson, il est vrai que le phénomène n’est pas spécifique à
cette ville, mais à l’ensemble de la région Lorraine, qui souffre de son déficit
d’image et de son climat, jugé rude, à l’échelle du territoire français. Annonay
subit peut-être également un déficit d’image.
Une analyse de situation défavorable et une analyse cinétique favorable pour
deux villes
Deux villes, Tarare et Bolbec, présentent des indicateurs de situation
défavorables, mais des indicateurs d’évolution favorables. Tarare souffre de la
paupérisation d’une partie de sa population, notamment sous l’effet du déclin
relatif du textile, mais son attraction, notamment résidentielle, est favorisée
par sa proximité de Lyon, d’où une évolution favorable de ses indicateurs
démographiques. Bolbec présente une évolution différente, surtout favorable
pour les indicateurs d’emploi. Le développement de l’industrie
pharmaceutique y compense un profil sociodémographique défavorable du fait
de son héritage textile.
Cinq villes à diagnostic quantitatif doublement défavorable
Enfin, cinq villes se caractérisent par des indicateurs défavorables tant en
situation qu’en évolution : Aulnoye-Aymeries, Creutzwald, Eu, Flers et
Mazamet. Parmi ces cinq villes, deux, Aulnoye-Aymeries et Mazamet, ont les
moins bons résultats avec la quasi-totalité de leurs critères quantitatifs mal
orientée. C’est clairement l’effet d’une économie essentiellement mono-
industrielle, toujours présente à Aulnoye-Aymeries, mais qui a disparu à
Mazamet, sans que son économie soit suffisamment reconvertie ou
diversifiée. La fin de l’ère d’une économie minière, pèse aussi à Creutzwald,
où la quasi-totalité des critères quantitatifs est mal orientée, sous l’effet de
difficiles restructurations.
Flers souffre de ses faiblesses et de celles de sa région dans les systèmes de
transport. Mais, avec son tissu industriel relativement diversifié, ses
indicateurs de situation et d’évolution de l’emploi ne sont pas catastrophiques.
En revanche, l’évolution démographique y est défavorable, avec un solde
migratoire négatif des jeunes. Enfin, dernière ville de cette quatrième
catégorie, Eu subit le contre coup d’un enclavement relatif accentué. S’y
ajoutent des difficultés non seulement dans les industries traditionnelles et
dans le tourisme balnéaire, mais aussi dans des industries dont l’implantation
représentait pourtant une diversification. Mais l’étude des critères quantitatifs
y souligne une situation meilleure que son évolution.
Tableau 40 Typologie des petites villes industrielles selon les indicateurs
quantitatifs de situation et cinétique
Au cours des dernières périodes intercensitaires
Selon les données du dernier
recensement Évolution Évolution
favorable défavorable
Vitré Pont-à-Mousson
Situation favorable Amboise Annonay
Pont-Sainte-Maxence
Tarare Eu
Bolbec Flers
Situation défavorable
Creutzwald
Mazamet
Aulnoye-Aymeries
Source : © Population & Avenir, 2012
Bien qu’évidemment nécessaires et utiles, les données purement
quantitatives sont insuffisantes pour établir un éventail pertinent des
comparaisons territoriales. Aussi importe-t-il d’entreprendre désormais une
analyse complémentaire grâce à l’élaboration de grilles comparatives.
Chapitre 14
De l’analyse des grilles comparatives au diagnostic
final
LA CONCLUSION DE L’ANALYSE QUANTITATIVE des deux chapitres précédents
établit, à partir du cas de plusieurs villes, qu’avoir la même nature industrielle
ne débouche nullement sur un diagnostic territorial semblable. Mais, pour
prendre en compte la diversité des composantes du diagnostic, il faut
également caractériser les villes à l’aide de grilles comparatives, dont
l’examen permettra ensuite de proposer une quatrième approche typologique
et, enfin, un diagnostic territorial synthétique.
La diversité des caractéristiques selon les grilles comparatives
L’analyse comparée selon des grilles élaborées ne repose pas sur des
chiffres, mais sur l’appréciation des caractéristiques de chaque ville. Ces
appréciations sont issues des enquêtes géographiques de terrain, couplées avec
différentes données, des entretiens formels, ainsi que des entretiens informels.
Trois types de connexion autoroutière
L’étude de la connexion autoroutière met en évidence des différences très
sensibles selon les petites villes industrielles. Sept d’entre elles ont un accès
direct ou proche d’une autoroute. Tarare peut être classée parmi ces sept
puisque le projet autoroutier de l’A89 Balbigny-Lyon est en voie
d’achèvement.
À l’opposé, en raison de l’inachèvement du programme autoroutier national
dans certaines régions, six villes, soit Annonay, Aulnoye-Aymeries, Eu, Flers,
Mazamet et Tarare, ne sont pas, en 2012, desservies par des autoroutes. Ces
villes se trouvent en difficulté d’attraction, par exemple pour élargir leur
secteur logistique. Toutefois des projets autoroutiers anciens sont désormais
inscrits dans les programmes gouvernementaux, comme la desserte
autoroutière de Castres, qui concerne indirectement Mazamet. Mais les
réalisations récentes ou futures ne peuvent annuler les conséquences des
pertes d’opportunités durant les décennies où ces villes sont restées sans
desserte autoroutière.
Concernant les six villes sans desserte autoroutière, certaines se situent à
l’écart des grandes lignes de force du territoire français, comme Aulnoye-
Aymeries localisée dans l’Avesnois, territoire globalement enclavé. Pour
d’autres, comme Annonay et Mazamet, la mauvaise desserte routière peut
s’expliquer partiellement par un certain déterminisme physique, dû à leur site
de moyenne montagne.
Grille d’analyse 13 Les petites villes industrielles selon leur connexion
autoroutière
Connexion Aulnoye-
Amboise Annonay Bolbec Creutzwald
autoroutière Aymeries
Accès
proche d’un
1
nœud
autoroutier
Accès direct
2 X
à une autoroute
Accès
3 proche d’une X X
autoroute
Accès
éloigné d’un
4
nœud
autoroutier
Accès
5 proche d’une
fin d’autoroute
Accès
6 éloigné d’une X X
autoroute
Accès
7 éloigné d’une
fin d’autoroute
Source : © Population & Avenir, 2012
* Accès direct à l’autoroute A89 en 2012.
Présence ou absence dans les réseaux ferroviaires
Le fait de bénéficier d’un accès ferroviaire est un atout pour toute ville.
Pour les petites villes industrielles, l’accès ferroviaire reste toutefois moins
important que la connexion autoroutière, car la fréquence ferroviaire ne peut y
être très élevée, compte tenu que la population concernée est limitée.
Toutefois, l’accès à une gare n’en est pas moins un facteur d’attractivité.
Comme pour la connexion autoroutière, la situation des petites villes
industrielles apparaît très différenciée. Trois présentent un profil
incontestablement favorable, avec un accès relativement proche d’une gare
TGV (Amboise à Saint-Pierre-des-Corps et Pont-à-Mousson à Lorraine TGV),
ou un accès proche d’une gare classique desservie par le TGV (Vitré). Deux
autres, Aulnoye-Aymeries et Flers, ont un profil relativement favorable,
bénéficiant d’une desserte par le réseau intercités. Une sixième, Pont-Sainte-
Maxence, compte une gare classique, desservant une gare parisienne en moins
d’une heure.
Inversement, six villes présentent un profil moins favorable. Trois d’entre
elles, Eu, Mazamet et Tarare, ne sont desservies que par des trains TER. Les
trois autres, Annonay, Bolbec et Creutzwald, ne sont pas desservies par le
train. Parmi ces six villes, trois, Annonay, Mazamet et Tarare, se situent dans
la partie périphérique du Massif central, ce qui témoigne de la mauvaise
desserte ferroviaire des territoires situés à l’écart des grands axes de
communications du territoire français. Quant à Bolbec, Eu et Flers, elles sont
localisées en Normandie, région où les investissements ferroviaires nationaux
sont extrêmement réduits depuis plusieurs décennies, et dont la desserte
ferroviaire s’est en conséquence relativement détériorée.
Grille d’analyse 14 Les petites villes industrielles selon leur accès
ferroviaire
Connexion Aulnoye-
Amboise Annonay Bolbec Creutzwald
ferroviaire Aymeries
Accès
1 proche d’une X
gare TGV
Gare
classique
2
desservie par le
réseau TGV
Gare
classique
3 desservie par le X
réseau
Intercités
Gare
classique
desservant une
4
gare parisienne
en moins d’une
heure
Gare
classique
desservie ni par
le réseau TGV,
ni par le réseau
5 X
Intercités, mais
par le réseau
TER (Transport
express
régional)
Pas ou plus
6 de desserte X X X
ferroviaire
Source : © Population & Avenir, 2012.
Accès aéroportuaire mondial ou inexistant
Une ville, Pont-Sainte-Maxence, bénéficie d’un accès routier proche d’un
des aéroports mondiaux les mieux desservis : celui de Paris-Charles de Gaulle.
Pont-Sainte-Maxence est la seule ville industrielle étudiée à se trouver dans
une situation aussi favorable. Néanmoins, deux autres villes, relativement
favorisées, peuvent se promouvoir de l’accès proche à un petit aéroport
international, Pont-à-Mousson à Metz-Nancy-Lorraine et Vitré à Rennes-
Saint-Jacques. Quatre bénéficient d’un accès relativement éloigné à un grand
aéroport international, Annonay à Lyon-Saint-Exupéry, Aulnoye-Aymeries à
Charleroi, Creutzwald à Luxembourg et Tarare à Lyon-Saint-Exupéry. Et
Mazamet est proche de l’aéroport de Castres-Mazamet.
Inversement, trois villes, Amboise, Bolbec et Eu, ont un accès lointain à un
aéroport international. Quant à Flers, son aérodrome local ne peut, comme son
nom l’indique, être considéré comme une plateforme aéroportuaire.
Grille d’analyse 15 Les petites villes industrielles selon leur accès
aéroportuaire
Accès Aulnoye-
Amboise Annonay Bolbec Creutzwald
aéroportuaire Aymeries
Accès
proche (moins
1 de 50 km) d’un
grand aéroport
international
Accès
proche (moins
de 50 km) d’un
2 aéroport
international de
moindre
importance
Accès
relativement
éloigné d’un
3 X X X
grand aéroport
international
(50 à 99 km)
Accès
4 proche d’un
aéroport local
Accès
relativement
éloigné d’un
5 aéroport X X
international
(plus de 100
km)
Aérodrome
6
local
Source : © Population & Avenir, 2012.
Des facilités foncières inégales
Les petites villes industrielles se caractérisent par des sites très diversifiés,
allant de la plaine à la moyenne montagne. Les villes localisées dans une
plaine ou sur un plateau bénéficient du site le plus favorable avec des
disponibilités foncières en larges espaces-plans : Aulnoye-Aymeries, Bolbec,
Flers et Vitré.
À l’opposé, les villes situées dans des vallées encaissées entourées de
montagnes, Annonay, Mazamet et Tarare, offrent moins de disponibilités
foncières d’espaces-plans, ce qui leur impose des contraintes d’aménagement,
à l’exemple de la zone d’activité du Cantubas à Tarare. Ces trois villes
appartiennent au Massif central, qui, malgré une altitude modérée, n’en a pas
moins, en dehors du fossé de la Limagne, une structure géomorphologique
peu favorable. Enfin, dans quatre autres villes, Amboise, Eu, Pont-à-Mousson
et Pont-Sainte-Maxence, les espace-plans sont limités à une ou deux
directions.
Grille d’analyse 16 Les petites villes industrielles selon les caractéristiques
foncières du site
Caractéristiques Aulnoye-
Amboise Annonay Bolbec Creutzwald
foncières Aymeries
Larges espaces-
1 X X
plans
Espaces-plans
2 limités à une ou X
deux directions
Territoire offrant
3 X X
peu d’espaces-plans
Source : © Population & Avenir, 2012.
Des sites avec ou sans originalité géographique
La majorité des petites villes industrielles se caractérise globalement par
des sites plutôt attrayants, contrairement à l’image souvent traditionnellement
négative des villes industrielles. Les quatre villes les plus favorisées disposent
chacune d’un site qui concourt fortement à leur identité. Amboise bénéficie
d’un cadre de butte rocheuse au bord de la Loire, Eu, de ses falaises de craie
sur le littoral, et Pont-à-Mousson de la vallée de la Moselle, dominée par la
butte de Mousson. Quant à Vitré, l’originalité de son site tient au promontoire
surplombant la Vilaine.
À l’opposé, quatre villes, Aulnoye-Aymeries, Bolbec, Creutzwald et Flers,
ont un site dont l’originalité géographique est limitée à une partie de leur
territoire ou faible.
Grille d’analyse 17 Les petites villes industrielles selon l’originalité
géographique de leur site
Originalité
Aulnoye-
géographique Amboise Annonay Bolbec Creutzwald
Aymeries
du site
Très
1
importante
2 Importante X
3 Significative X
Limitée à
4 une partie du X X
territoire
6 Faible X
Source : © Population & Avenir, 2012.
La qualité inégale du patrimoine, de l’urbanisme et de l’architecture
Certaines villes étudiées ne sont pas très bien pourvues en patrimoine
urbain ancien. Ainsi, Aulnoye-Aymeries, Creutzwald et Tarare, ne s’étant
développées qu’à l’ère industrielle, disposent en conséquence d’un héritage
urbain réduit. Aulnoye-Aymeries se présente comme une « ville nouvelle » du
XXe siècle relativement minérale. Creutzwald, malgré des efforts
d’aménagement, conserve son héritage de ville minière. À Tarare, le
patrimoine urbain n’apparaît guère à la hauteur du cadre naturel.
En revanche, plusieurs villes conservent un patrimoine pluriséculaire de
qualité, même s’il est limité en importance, comme à Bolbec et surtout à Flers,
qui a subi une large destruction pendant la dernière guerre mondiale. À
Mazamet et Annonay, le dynamisme industriel du XIXe siècle a laissé des
éléments architecturaux intéressants. Quant à Pont-Sainte-Maxence, elle peut
s’enorgueillir, avec l’abbaye royale du Moncel, d’un site patrimonial majeur
qui jouxte toutefois un patrimoine faible.
Enfin, quatre villes disposent d’un patrimoine important ou très important :
Amboise, notamment grâce à ses deux châteaux de notoriété mondiale, Eu,
avec son château, ses églises et les stations balnéaires du Tréport et de Mers-
les-Bains, Pont-à-Mousson, avec son patrimoine religieux, et Vitré, avec sa
vieille ville, ses maisons à pans de bois et son château.
Grille d’analyse 18 Les petites villes industrielles selon la qualité de leurs
architecture, urbanisme et patrimoine
Qualité de
l’architecture,
de Aulnoye-
Amboise Annonay Bolbec Creutzwald
l’urbanisme Aymeries
et du
patrimoine
Très
1 X
importante
2 Importante
3 Significative X
4 Limitée X
5 Faible X X
Source : © Population & Avenir, 2012.
Des bassins de vie étendus ou étroits
Selon ce critère de l’étendue du bassin de vie, des écarts significatifs se
constatent à nouveau entre les petites villes industrielles. Annonay et Flers
exercent l’influence la plus large sur leur environnement géographique,
puisqu’elles n’ont pas de concurrentes à proximité. En effet, pour ces deux
villes, les métropoles respectives de Lyon et de Caen sont trop éloignées en
espace-temps pour nuire intensément à leur attraction commerciale et de
services. La taille très importante de leur bassin de vie en fait des pôles pour
un large espace rural recourant à leurs services. Quant à l’étendue importante
du bassin de vie de Vitré, il tient au développement d’une large offre
commerciale qui lui permet de résister au marché rennais, pourtant
relativement proche. Eu et Pont-à-Mousson organisent aussi des bassins de vie
importants.
À l’opposé, trois villes, Aulnoye-Aymeries, Creutzwald et Pont-Sainte-
Maxence, comptent un faible bassin de vie. Une partie de leurs habitants
effectuent nombre d’achats de biens et services en dehors de leur unité urbaine
de résidence, par exemple dans les centres commerciaux des agglomérations
voisines à l’équipement plus important, soit respectivement Maubeuge, Saint-
Avold ou Creil. Il en est de même en matière de services, médicaux par
exemple. Le commerce de ces trois villes n’attire guère de clientèle non
locale.
Grille d’analyse 19 Les petites villes industrielles selon leur bassin de vie
Étendue de
la zone
d’influence de
Aulnoye-
l’offre Amboise Annonay Bolbec Creutzwald
Aymeries
commerciale,
de services et
d’équipements
Très
1 X
importante
2 Importante
3 Significative
4 Limitée X X
5 Faible X X
Source : © Population & Avenir, 2012.
Des dimensions touristiques opposées
Rappelons qu’a priori, les petites villes industrielles se trouvent
désavantagées, car on considère traditionnellement que tourisme et industrie
constituent deux secteurs antagonistes. Effectivement, dans ces villes, à
quelques exceptions près, la dimension touristique joue un rôle relativement
limité, même lorsqu’elles disposent objectivement de richesses touristiques
significatives. Cette situation peut s’expliquer par le fait que le tourisme
estival privilégie le littoral (seule Eu se trouve sur le littoral parmi les villes
étudiées) ou les territoires intérieurs à fort héliotropisme, délaissant
relativement les autres territoires, notamment par méconnaissance de leurs
attraits éventuels.
Néanmoins, la dimension touristique est importante dans deux villes,
Amboise et Eu. Toutes deux bénéficient d’un riche patrimoine, auquel
s’ajoute un cadre naturel exceptionnel dans les environs, renforcé par
l’inscription dans le circuit des châteaux de la Loire pour la première et, bien
évidemment, par la fonction balnéaire pour la seconde. Mais, dans ces deux
villes, le tourisme apparaît surtout de passage, et insuffisamment de séjour. À
Vitré, la fonction touristique est réelle, mais nettement moindre que dans les
deux villes précédentes. Pont-à-Mousson dispose de l’abbaye des Prémontrés,
du siège du comité régional du tourisme, et de la navigation de plaisance sur
la Moselle. À l’opposé, dans trois villes, le tourisme est quasiment inexistant :
à Tarare en dépit de certains atouts, comme le cadre naturel et l’étiquette
Beaujolais Vert, et à Aulnoye-Aymeries et Creutzwald, où le principal atout
touristique serait le patrimoine forestier de proximité.
Grille d’analyse 20 Les petites villes industrielles selon leur dimension
touristique
Dimension Aulnoye-
Amboise Annonay Bolbec Creutzwald
touristique Aymeries
Très
1 X
importante
2 Importante
3 Significative
4 Limitée X X
5 Faible X X
Source : © Population & Avenir, 2012.
Des écarts de notoriété
La notoriété des petites villes industrielles, qui résulte des enquêtes
réalisées par Population & Avenir, apparaît relativement faible. Cette situation
peut s’expliquer par leur caractéristique non préfectorale, qui les exclut de
nombre de cartes et d’annuaires, par la faiblesse moyenne du tourisme, mais
aussi par l’absence de marqueurs identitaires forts. Néanmoins, une nette
différence de notoriété selon les villes se signale.
Deux villes comptent une notoriété significative : Amboise, ce qui n’a rien
d’étonnant grâce à ses atouts touristiques dans la vallée de la Loire, et Vitré,
dont la notoriété est moins explicable, car elle ne relève pas, par exemple,
d’une présence remarquable dans les compétitions sportives. Dans ces deux
cas, cette situation constitue un atout, d’autant plus que leur image apparaît
positive. Une ville a une notoriété plus limitée que ce que l’on aurait pu
penser a priori : Pont-à-Mousson, dont le nom évoque essentiellement les
plaques d’égouts, ce qui n’est donc pas forcément un facteur d’attractivité
majeure…
À l’opposé, outre les cinq villes à faible notoriété (Annonay, Bolbec, Flers,
Mazamet et Pont-Sainte-Maxence), quatre villes se caractérisent par l’absence
de notoriété, donc par leur méconnaissance en dehors de leur petite région.
Pour Aulnoye-Aymeries, Creutzwald et Tarare, cela peut s’expliquer en raison
de la difficulté à les identifier. Et, malgré les cruciverbistes, à qui il est
périodiquement demandé de trouver le nom d’une ville en deux lettres, Eu n’a
qu’une notoriété limitée. Une enquête sur le nom « Le Tréport » donnerait
probablement un résultat différent. Le résultat pour Eu témoigne donc peut-
être du déficit de notoriété de la commune centre de l’agglomération.
Grille d’analyse 21 Les petites villes industrielles selon leur notoriété*
Aulnoye-
Notoriété Amboise Annonay Bolbec Creutzwald
Aymeries
1 Importante
2 Significative X
3 Limitée
4 Faible X X
5 Nulle X X
Source : © Population & Avenir, 2012.
* Connaissance du nom auprès d’une population étudiante, ce qui ne
signifie pas que les personnes sachent bien où les villes concernées se
situent géographiquement – enquête Population & Avenir.
La nature endogène ou exogène du tissu industriel
Six petites villes industrielles se caractérisent par une nature
essentiellement endogène de leur tissu industriel. Parmi elles, se trouve de
façon assez surprenante Pont-à-Mousson, étant donné sa situation
géographique exceptionnelle. À l’opposé, deux villes, Bolbec et Creutzwald,
relèvent essentiellement d’une nature économique exogène.
Parmi les quatre autres, deux, Amboise et Vitré, ont un profil favorable,
combinant nature endogène et exogène, avec un tissu d’entreprises issu d’un
entrepreneuriat local et d’une attraction externe. Ainsi, Vitré dispose-t-elle
d’une importante industrie agroalimentaire, de nature endogène, à laquelle
s’ajoute un secteur électronique d’origine exogène. Inversement, deux villes,
Aulnoye-Aymeries et Pont-Sainte-Maxence, se caractérisent par une nature à
la fois faiblement endogène et exogène : quasi-absence d’entrepreneuriat
local, attraction limitée.
Grille d’analyse 22 Les petites villes industrielles selon le caractère
endogène ou exogène de leur tissu industriel
Nature
endogène ou
Aulnoye-
exogène du Amboise Annonay Bolbec Creutzwald
Aymeries
tissu
industriel
Nature
endogène et X
exogène
Nature
essentiellement X X
exogène
Nature
essentiellement X
endogène
Nature
faiblement X
endogène et
exogène
Source : © Population & Avenir, 2012.
Entre la mono-activité et la diversité sectorielle
Concernant le tissu industriel, à nouveau, les différences sont sensibles.
Trois villes, Amboise, Annonay et Vitré, présentent une diversité industrielle
basée sur des spécialisations différentes : l’agroalimentaire, le textile-cuir et
l’électronique à Vitré ; la mécanique, le textile-cuir, la pharmacie,
l’agroalimentaire et la papeterie à Annonay ; la mécanique, la pharmacie et
diverses autres industries à Amboise. Ces villes ont donc un tissu économique
susceptible d’amortir une importante difficulté dans un secteur. Eu et Flers ont
aussi un tissu relativement diversifié, mais avec un secteur nettement
dominant, respectivement le verre et la mécanique.
Dans deux autres villes, la diversité industrielle est essentiellement duale, à
l’exemple de Bolbec avec l’industrie pharmaceutique et la mécanique, et
Tarare avec l’industrie textile et le plastique. Ensuite, quatre villes sont
essentiellement mono-industrielles : Aulnoye-Aymeries avec la métallurgie,
Creutzwald avec la sous-traitance automobile, Pont-à-Mousson avec la
sidérurgie et Mazamet avec la mécanique. Enfin, Pont-Sainte-Maxence
compte un tissu varié sans point significatif.
Grille d’analyse 23 Les petites villes industrielles selon la diversité de leur
tissu industriel
Diversité
Aulnoye-
du tissu Amboise Annonay Bolbec Creutzwald
Aymeries
industriel
Industrie à
diversité X X
équilibrée
Industrie
diversifiée
Industrie
essentiellement X
duale
Mono-
X X
industrie
Tissu varié
sans point
significatif
Source : © Population & Avenir, 2012.
Gouvernance proactive ou limitée par des habitudes de rente ?
L’analyse de la gouvernance des petites villes industrielles donne un
résultat favorable à Amboise, Creutzwald et Vitré. Dans ces villes, des acteurs
locaux ont, à une certaine période ou continûment ces dernières décennies,
compris que l’avenir de leur territoire ne relevait d’aucune fatalité, mais qu’il
dépend aussi de leur propre action ; il leur faut donc chercher à mettre en
œuvre concrètement des stratégies d’adaptation et d’innovation, pour favoriser
l’attractivité et faire face aux difficultés économiques inhérentes à tout
territoire.
À l’inverse, dans les autres villes, la gouvernance apparaît moins efficiente
pour des raisons variées. À Bolbec, Eu, Flers ou Mazamet, la majeure partie
de la dernière décennie a plutôt été difficile. À Annonay, Pont-Sainte-
Maxence et Tarare, pendant la même période, des relations délicates entre les
élus n’ont pas facilité l’adhésion de tous les acteurs à un projet parfaitement
partagé.
Enfin, le sentiment qui prévaut dans deux villes, Aulnoye-Aymeries et
Pont-à-Mousson, est que leur situation de rente a pour conséquence de
masquer les impératifs d’une politique d’attractivité. Mais cela, pour ces villes
comme pour les autres, ne préjuge pas de l’avenir.
Grille d’analyse 24 Les petites villes industrielles selon la qualité de leur
gouvernance
Caractéristique
Aulnoye-
dominante de la Amboise Annonay Bolbec Creutzwald
Aymeries
gouvernance
Proactive X X
Insuffisamment
X
définie
Insuffisante
adhésion à une
X
gouvernance
d’équipe
Limitée par des
X
habitudes de rente
Source : © Population & Avenir, 2012.
L’examen des grilles comparatives ci-dessus permet de proposer une
quatrième typologie fondée sur leur analyse.
La typologie tranchée des villes selon les grilles d’analyse
Pour réaliser une typologie résultant des grilles comparatives, la notation
utilisée résulte d’une simplification. En effet, dans un premier temps, nos
recherches ont utilisé des notations très hiérarchisées à partir des résultats des
douze grilles, mais, quels que soient les choix effectués, ces notations
débouchaient sur des résultats similaires.
Aussi a été retenu un système de notation simple, donc binaire : pour
chaque caractéristique, un « A » est attribué à chaque ville qui présente un
profil favorable ou plutôt favorable, et un « B » lorsque le profil est
défavorable ou plutôt défavorable. En outre, comme d’ailleurs pour les
indicateurs quantitatifs, aucune pondération n’est appliquée selon les douze
caractéristiques, tout simplement parce qu’aucun critère objectif ne permettrait
de justifier un poids relatif différent pour chacune d’entre elles. Cette
méthode, qui conduit à déterminer plusieurs catégories selon les indicateurs
qualitatifs, peut, bien entendu, prêter à discussion. Toutefois, il est
incontestable qu’elle contribue à l’analyse et à la réflexion du diagnostic
territorial des petites villes industrielles, en permettant de différencier
clairement quatre types de villes.
La première catégorie correspond à la seule ville industrielle étudiée
présentant la synthèse qualitative la plus favorable, avec une somme
supérieure à dix « A » sur les douze caractéristiques examinées. C’est Vitré,
qui bénéficie de son site, de sa place dans les réseaux de transport, d’un tissu
industriel à la fois identifié et divers, de sa dimension touristique et de sa
bonne gouvernance.
Grille d’analyse 25 La notation des petites villes industrielles selon les
grilles d’analyse comparative
Aulnoye-
Critère Amboise Annonay Bolbec Creutzwald
Aymeries
Connexion
1 A B B A A
autoroutière
Accès
2 A B A B B
ferroviaire
Accès
3 B B B B A
aéroportuaire
Caractéristiques
4 B B A A B
foncières
Originalité
5 géographique du A A B B B
site
Qualité de
6 l’architecture, de A B B B B
l’urbanisme et du
patrimoine
Étendue de la
7 B A B B B
zone d’influence
Dimension
8 A B B B B
touristique
9 Notoriété A B B B B
Nature
10 A B B A A
endogène/exogène
Diversité
11 A A B B B
industrielle
12 Gouvernance A B B B A
NOTATION 9A3B 3A9B 2 A 10 B 3A9B 4A8B
Source : © Population & Avenir, 2012.
Deux villes, Amboise et Pont-à-Mousson, composent une deuxième
catégorie à la situation relative favorable, avec une somme de « A » égale à 8
à 9, selon des facteurs explicatifs fort différents. Amboise supporte certes des
contraintes foncières, dues notamment à des risques d’inondation, ainsi qu’un
bassin de vie d’étendue limitée et un éloignement aéroportuaire, mais présente
des résultats favorables dans les autres caractéristiques. Pont-à-Mousson
bénéficie de plusieurs éléments positifs (bonne desserte autoroutière et
ferroviaire, originalité du site, patrimoine urbain…), mais d’autres moins
satisfaisants selon le critère de la diversité industrielle et dans le domaine de la
gouvernance.
La troisième catégorie regroupe six villes à la situation moyennement
défavorable, avec une somme de « A » comprise entre 3 et 5 : Annonay,
Bolbec, Creutzwald, Eu, Flers et Pont-Sainte-Maxence, pour des raisons
variées. Par exemple, Annonay et Eu souffrent tout particulièrement de leur
enclavement relatif et de caractéristiques foncières. Pont-Sainte-Maxence
subit les insuffisances de son tissu industriel et de sa gouvernance. Enfin, la
quatrième catégorie se compose des trois villes restantes à la situation
clairement défavorable, avec une somme inférieure à 3 « A » : Aulnoye-
Aymeries, Mazamet et Tarare, pour des raisons proches : elles combinent à la
fois un relatif enclavement géographique, des caractéristiques défavorables de
leur tissu industriel et une gouvernance à améliorer.
Après la réalisation et le commentaire des grilles comparatives, il est
possible de présenter un diagnostic territorial final combinant l’ensemble des
enseignements tirés des différentes analyses.
Le diagnostic territorial final soulignant l’importance de la
gouvernance
En vue de déterminer une synthèse finale des villes industrielles étudiées, il
faut croiser l’ensemble des analyses. Remarquons préalablement qu’elles ne
sont pas contradictoires puisque la comparaison de la typologie fondée sur des
critères quantitatifs et de celle fondée sur les grilles comparatives met en
évidence des différences peu sensibles. En effet, la ville la mieux placée selon
les grilles, Vitré, obtient également les résultats les plus favorables au plan
quantitatif. Ensuite, des villes aux résultats défavorables (Aulnoye-Aymeries
et Mazamet) ou moyennement défavorables (Eu, Flers et Creutzwald) selon
les grilles, figurent parmi les résultats les moins satisfaisants selon l’analyse
quantitative. Ce constat signifie qu’il n’y a pas de divergence systématique de
résultats entre les différentes analyses conduites.
La synthèse finale du diagnostic territorial, enrichie de l’ensemble des
analyses précédentes, distingue six natures de petites villes industrielles. Elle
repose sur la mise en avant de certaines caractéristiques semblables pour
plusieurs villes, mixant éléments qualitatifs et quantitatifs. Cependant, le fait
que des villes soient de nature semblable ne signifie nullement des résultats
quantitatifs identiques, dans la mesure où chaque ville reste unique.
Deux villes performantes dont l’industrie est à la fois identifiée et diversifiée
Le diagnostic territorial met en évidence qu’Amboise et Vitré se
démarquent largement du reste de l’ensemble des douze villes, selon plusieurs
facteurs. Elles possèdent toutes les deux un tissu industriel à la fois
identifiable et diversifié. Amboise est spécialisée dans la mécanique,
l’industrie pharmaceutique et divers autres secteurs ; Vitré est centrée sur
l’agroalimentaire, le textile-cuir, l’électronique et la mécanique. Leur
importance industrielle, qui se traduit par un taux d’emploi très élevé, surtout
à Vitré, est le résultat de la combinaison d’un tissu économique de nature à la
fois endogène et exogène. Elles ont bénéficié d’une gouvernance favorable,
qui a stimulé leur attraction, tout en profitant d’une capacité entrepreneuriale.
Leurs performances sur le plan quantitatif affichent des résultats fort
satisfaisants, d’autant que leur attractivité est renforcée par une fonction
touristique, très importante à Amboise, non négligeable à Vitré qui a su
s’inscrire dans les 100 « plus beaux détours de France ». En outre, elles savent
capitaliser sur leur relative proximité avec deux métropoles, Rennes et Tours,
tout en déployant leur propre stratégie de développement. En effet, si ces
villes se contentaient de cette proximité, leur taux de population active
occupée serait sans doute également élevé, mais non leur taux d’emploi.
Notamment grâce à leur solde migratoire positif, ces deux villes enregistrent
sur la longue durée de nettes croissances démographiques, les plus élevées
parmi les douze villes étudiées et toutes deux supérieures à la moyenne de la
France métropolitaine ; et surtout, ce sont les seules a avoir une croissance
démographique positive au cours de chacune des périodes intercensitaires. Au
total, leur diagnostic conclut à les considérer comme des modèles de petites
villes industrielles.
Deux villes rhônalpines à l’attractivité contrastée
Annonay et Tarare se caractérisent par un tissu industriel d’origine
endogène. Elles bénéficient d’une tradition entrepreneuriale ancienne. À
Annonay, les principales activités que sont la mécanique, le textile, la
papeterie et la pharmacie sont toutes issues d’initiatives locales. À Tarare, la
situation est identique pour les deux principales activités, le textile et le
plastique. En revanche, malgré leur situation dans l’orbite lyonnaise, qui
semble a priori un facteur d’attraction non négligeable, susceptible de
favoriser l’implantation d’entreprises exogènes, elles n’ont attiré pour
l’essentiel que le secteur agroalimentaire.
La position rhônalpine de Tarare, clairement dans l’orbite lyonnaise, avec
une accessibilité en progrès vers cette métropole, est nettement plus favorable
au développement des fonctions résidentielles que celle d’Annonay. En
revanche, cette position se traduit par un bassin de vie moins étendu que celui
d’Annonay. Au plan quantitatif, leurs performances sont globalement
comparables, et les situent, selon les indicateurs quantitatifs, dans le milieu du
classement des douze villes, tant pour la situation actuelle que pour
l’évolution cinétique. Annonay est mieux positionnée dans le premier
classement, et Tarare dans le second. Outre l’important écart dans les
dessertes, le diagnostic territorial de ces villes conclut à un tissu industriel
plus diversifié à Annonay qu’à Tarare.
Deux villes à l’enclavement relatif accentué et en difficulté d’attraction
Les tissus industriels de la ville d’Eu et de Flers, malgré les nombreuses
vicissitudes rencontrées, demeurent significatifs, avec des établissements
importants, dont certains témoignent d’une bonne capacité compétitive. Leur
tissu a l’avantage de connaître une diversification sur trois grands secteurs
industriels au minimum. Eu et Flers disposent chacune d’un établissement
comptant plus de mille emplois, respectivement Saint-Gobain-Desjonquères
dans le domaine de la production du verre, et Faurecia dans le domaine de
l’équipement automobile. Outre ces établissements de taille significative, leur
tissu industriel est complété par des entreprises de taille intermédiaire dans
d’autres secteurs, comme l’agroalimentaire à Flers avec Charal, et les
emballages à Eu avec Rexam. Il comporte aussi plusieurs autres entreprises
comptant plus d’une centaine de salariés. S’ajoute à Eu une offre touristique
diversifiée. Le taux d’emploi relativement élevé de la ville d’Eu et de Flers
témoigne de leur rôle comme pôle d’emploi, et du fait que ces deux villes
comptent une zone d’influence assez étendue.
Cependant, malgré leurs atouts, Eu et Flers souffrent d’un handicap
semblable, mis en évidence lors de la réalisation du diagnostic territorial, en
l’occurrence un territoire devenu relativement enclavé, alors que, dans les
années 1970, leur desserte relative était encore favorable. Ces villes se situent
désormais à l’écart des principaux réseaux de transport autoroutier et
ferroviaire de l’Hexagone, tout en étant assez éloignées des marchés
européens. Leur enclavement est combiné à certaines difficultés de
gouvernance, le premier n’étant d’ailleurs peut-être pas totalement
indépendant des secondes. Eu et Flers éprouvent des difficultés à engranger du
développement de nature exogène : leur tissu industriel local est largement
issu d’un entrepreneuriat de nature endogène, même si, entre-temps, les
entreprises locales ont été rachetées par des grands groupes internationaux.
Les indicateurs quantitatifs de ces deux villes donnent d’ailleurs des résultats
insuffisants, avec, en particulier, une forte émigration des jeunes.
Deux villes monolithiques, dans un positionnement géographique contraire
Le diagnostic territorial d’Aulnoye-Aymeries et de Pont-à-Mousson conclut
à l’état de fait de deux villes qui ont vécu – et continuent largement de vivre –
sur une rente due à des domaines d’activité proches, respectivement la
métallurgie et la sidérurgie. Face aux apports de leur principal employeur pour
l’économie locale, la diversification de leur tissu économique a longtemps été
insuffisamment pensée, et ces villes conservent encore un caractère industriel
plutôt monolithique. Il en résulte une faiblesse du développement de nature
exogène. Cette situation est surprenante à Pont-à-Mousson, qui contrairement
à Aulnoye-Aymeries, bénéficie d’une excellente situation géographique et
d’une position exceptionnelle dans les réseaux de transports autoroutiers,
ferroviaires et fluviaux. En outre, ces deux villes connaissent une forte
émigration des jeunes, qui n’est que partiellement compensée par leur solde
naturel positif.
Cependant, les résultats d’Aulnoye-Aymeries et Pont-à-Mousson selon les
indicateurs quantitatifs apparaissent différenciés. Cela s’explique
essentiellement par le fait que Pont-à-Mousson bénéficie encore d’une forte
rente grâce aux capacités d’adaptation de Saint-Gobain PAM, alors qu’à
Aulnoye-Aymeries, la rente s’est relativement amoindrie suite à
l’affaiblissement de la métallurgie locale, même si Vallourec est toujours
largement présente sur son territoire. En outre, Pont-à-Mousson présente un
patrimoine urbain et naturel incomparablement plus attractif qu’Aulnoye-
Aymeries. Mais ces atouts restent à valoriser pour engendrer des effets
davantage positifs sur les indicateurs quantitatifs.
Deux villes à l’industrie peu diversifiée, de nature essentiellement exogène
Bolbec et Creutzwald présentent un tissu industriel peu diversifié,
essentiellement dual à Bolbec (pharmacie et mécanique), avec une tendance
dominante dans la sous-traitance automobile à Creutzwald, sans véritablement
de deuxième secteur significatif. Ces deux villes se distinguent par un type
d’économie de nature plutôt exogène, témoignant d’une certaine capacité
d’attraction. Ce facteur positif peut s’expliquer en partie par leur relative
proximité d’une métropole, respectivement Le Havre et Sarrebruck, et, plus
globalement, du sillon de la basse vallée de la Seine pour Bolbec et de la
dorsale européenne pour Creutzwald.
Cependant, les résultats de leur diagnostic territorial demeurent insuffisants,
compte tenu de l’importance du déclin subi par leur tissu industriel
traditionnel, respectivement le textile et les mines, et des difficultés de
reconversion. En particulier, Bolbec et Creutzwald subissent une émigration
de jeunes vers des régions offrant de meilleures perspectives d’emplois.
Toutefois, leur nombre d’actifs ayant un emploi se trouve rehaussé par la
migration quotidienne d’une partie de leur population active, qui se rend pour
travailler dans des zones d’activité voisines, notamment et respectivement
Port-Jérôme et Carling.
Deux villes à faible taux d’emploi, sans établissement d’envergure, à la
dynamique différenciée sous l’effet de leur situation géographique
Enfin, le diagnostic territorial distingue Mazamet et Pont-Sainte-Maxence
par un taux d’emploi faible, particulièrement bas à Pont-Sainte-Maxence. Cela
traduit l’insuffisance de leur tissu économique, conséquence d’un processus
structurel de désindustrialisation. En effet, ces villes ont possédé un tissu
industriel important, respectivement lié au délainage et à la transformation de
matières premières. La réduction du tissu industriel et l’insuffisance de leur
reconversion sont attestées par le fait qu’il n’existe plus, dans ces villes,
d’établissement dépassant les trois cents salariés, et par la faiblesse du nombre
d’entreprises comptant plus d’une centaine de salariés : une seule à Pont-
Sainte-Maxence, trois à Mazamet. Outre l’aspect quantitatif de ces données, il
en résulte que ces deux villes ne présentent pas ou plus de claire identité
économique. À Pont-Sainte-Maxence, où sont implantés des établissements de
faible taille dans des domaines variés, aucun secteur industriel n’apparaît
dominant. À Mazamet, la mécanique, devenue le principal employeur de
l’agglomération, ne peut être comparée à l’importance qu’eut, pendant plus
d’un siècle, le délainage. Mazamet et Pont-Sainte-Maxence ne connaissent
guère de dynamique exogène. Quant à la dynamique endogène, elle s’est
réduite à Mazamet et semble avoir quasiment disparu à Pont-Sainte-Maxence.
Les difficultés économiques assez semblables de ces deux villes pourraient
se traduire par les mêmes conséquences dans les résultats quantitatifs de leur
diagnostic. Or, ce n’est nullement le cas, essentiellement du fait de leur
localisation géographique fort différente. En effet, Pont-Sainte-Maxence
bénéficie de sa proximité de Paris et, tout particulièrement, du pôle d’emploi
de Roissy. Elle est devenue en conséquence un secteur résidentiel pour des
actifs travaillant à Roissy ou Paris. Cette situation explique à la fois une
croissance naturelle élevée et un déficit migratoire limité et, en conséquence,
la croissance démographique la plus élevée des douze villes sur longue
période, avec toutefois une baisse dans la dernière période intercensitaire.
Autrement dit, Pont-Sainte-Maxence se caractérise par une dissociation entre
un emploi local non satisfaisant, et des actifs nombreux ayant un emploi dans
l’aire parisienne.
En revanche, Mazamet, assez enclavée, enregistre des résultats
insatisfaisants pour l’emploi, pour l’activité occupée comme pour l’évolution
démographique, avec une nette diminution de sa population sur longue
période. En effet, sur ce dernier point, une partie de la population active, et en
priorité les jeunes, confrontés aux perspectives d’emploi limitées à Mazamet
comme dans son environnement géographique proche, émigrent vers des
marchés d’emploi plus larges et attractifs, et notamment la métropole
toulousaine.
Les enseignements de l’application du diagnostic territorial
L’application du diagnostic territorial à des petites villes industrielles livre
différents enseignements. D’abord, sa pertinence se trouve validée. En effet, à
l’heure d’une interrogation sur l’avenir de l’industrie en France, avec en
corollaire la crainte d’un déclin inévitable des villes industrielles, effectuer
une comparaison pertinente de telles villes offrait un angle d’approche
privilégié. La conclusion de tout diagnostic portant sur des petites villes
industrielles semblait a priori évidente : leur affaiblissement était inéluctable
pour deux raisons.
La méthode du diagnostic territorial systématiquement justifiée
La première tenait aux nombreuses analyses qui conduisent souvent à
valider la théorie centre-périphérie de Paul Krugman présentée dans le
chapitre 1, selon laquelle la « nouvelle économie géographique » pousse
l’activité économique à se concentrer sur un nombre limité de villes
bénéficiant d’une position centrale. L’attractivité étant censée se limiter à ces
seules villes, de petites villes industrielles seraient exclues de tout
développement ou, au mieux, dépendantes des premières.
La seconde raison du déclin, a priori certain, des petites villes industrielles
tenait à leur nature : importance de l’industrie dans leur économie, soit près du
double de la moyenne nationale ; faiblesse de l’emploi public résultant de leur
situation de villes qui ne sont ni préfecture, ni sous-préfecture ; peuplement
limité, donc inférieur aux masses critiques sur lesquelles insistent les
contempteurs de la métropolisation…
Or la méthode du diagnostic suivi dément ces considérations a priori. Par
exemple, l’une des composantes du diagnostic, l’analyse quantitative du
chapitre 13, a conduit à écarter totalement un modèle unique de petite ville
industrielle et, au contraire, à en dresser une typologie fort diversifiée. Elle a
débouché sur deux conclusions qui pourraient être jugées contradictoires.
D’une part, la moyenne des indicateurs de ces villes affiche en général des
résultats inférieurs à la moyenne nationale, témoignant des difficultés
économiques qu’elles connaissent en général. D’autre part, l’éventail des
douze résultats est très différencié. Certaines villes ont des indicateurs
quantitatifs, non seulement bien meilleurs que la moyenne des douze, mais
aussi nettement supérieurs à la moyenne nationale. Ces villes offrent en
conséquence un démenti au déclin inévitable qu’annoncent à la fois la théorie
centre-périphérie et le raisonnement résumé ci-dessus.
Cela signifie qu’aucun territoire ne se trouve soumis à la fatalité d’un futur
sans avenir et, donc, que tout territoire mérite et nécessite un diagnostic
territorial.
Des atouts réels mais différents selon les villes
Certes, les petites villes industrielles ont des handicaps spécifiques, liés à
leur dimension et à leur nature, mais qui ne sont pas rédhibitoires. La raison
tient à ce que ces villes ont des atouts, certes inégaux, mais jamais nuls, et qui
peuvent être valorisés. Ainsi, certaines des villes considérées sont-elles
correctement reliées, au plan routier, ferroviaire ou fluvial, aux réseaux de
communication régional, national, voire européen. À l’inverse, d’autres
souffrent soit d’un enclavement objectif, soit d’une détérioration de leur
situation par une connexion relativement moins bonne que dans les décennies
antérieures. En effet, l’analyse a incontestablement confirmé qu’il convient
non seulement de considérer les connexions effectives d’un territoire, mais
également d’envisager leur évolution relative par rapport aux autres territoires.
Un deuxième atout tient à ce que la plupart de ces villes ont reçu en
héritage une tradition d’entrepreneuriat, qui exerce souvent encore des effets,
et qu’elles peuvent s’appliquer à vivifier ou revivifier davantage. Troisième
atout possible, certaines villes disposent d’une notoriété, parfois significative,
et même, pour deux d’entre elles, internationale. Le quatrième atout, que
possèdent certaines d’entre elles, résulte d’une proximité avec une métropole
régionale, dont elles doivent savoir bénéficier sans tomber dans une totale
dépendance économique. L’étendue potentielle ou réelle de la zone
d’influence forme dans certains cas un cinquième atout. L’éloignement de
certaines villes par rapport à une métropole régionale les met en situation
d’offrir un panel assez large de fonctions urbaines sur une zone géographique
étendue, tandis que les villes relativement proches de leur métropole régionale
disposent généralement d’une zone d’influence limitée, du fait même de cette
proximité.
À l’inverse de ces atouts inégaux, les petites villes industrielles comptent
deux handicaps incontestables, mais qui sont transformables en atouts.
Des handicaps transformables en atouts
Certes, le peuplement limité des petites villes industrielles ne peut leur
permettre de disposer d’un éventail commercial, de services et d’équipements,
aussi étendu que des villes nettement plus peuplées, comme les métropoles
régionales. En revanche, les villes considérées se trouvent préservées des
inconvénients inhérents aux grandes agglomérations, ce que les économistes
nomment les « déséconomies » d’agglomération. Elles peuvent donc offrir des
communications locales rapides, avec un moindre risque d’encombrement, des
déplacements domicile-travail plus aisés ou moins stressants, une meilleure
qualité de vie et une connaissance réciproque entre les habitants permettant de
faciliter les échanges, l’adaptation des besoins ou l’exercice de solidarité de
terrain.
Ensuite, le fait, pour ces villes, de n’avoir rien à attendre des emplois
publics nationaux est a priori un handicap. En témoignent les réformes des
armées ou de la justice qui se traduisent, pour plusieurs d’entre elles, par des
pertes au titre de l’économie résidentielle. Et l’État ne semble nullement
envisager de délocalisations d’emplois publics dans ce type de villes. En
pratique, les nouveaux emplois possibles au titre de la fonction publique
d’État, notamment ceux de l’Éducation nationale, ne peuvent être induits que
par une attractivité améliorée. Tout ceci a pour conséquence qu’il n’est guère
utile de consacrer du temps et de l’énergie à attirer de nouveaux services de
l’État. Ces villes ont donc toute latitude de mobiliser leurs forces vers le
développement économique reposant sur des activités du secteur privé. Mais,
bien entendu, une telle mobilisation tient essentiellement à la qualité de la
gouvernance, qui se révèle inégale.
Mais, avant d’insister sur cette question, soulignons quelques autres
enseignements.
La place des caractéristiques foncières et du tourisme dans le diagnostic
territorial
D’abord, les caractéristiques foncières ne semblent pas jouer un rôle
déterminant sur les résultats quantitatifs. En effet, parmi les petites villes
industrielles aux résultats les plus favorables selon les indicateurs quantitatifs
de situation, les caractéristiques foncières ne sont pas toujours très favorables,
comme à Amboise. Inversement, des villes aux caractéristiques foncières
favorables, comme Aulnoye-Aymeries et Flers, ont des résultats quantitatifs
peu satisfaisants.
Autrement dit, il n’apparaît guère de corrélation entre les caractéristiques
foncières et l’attractivité du territoire, ce qui signifie qu’il n’y a pas, parmi les
villes étudiées, de déterminisme foncier absolu. Des aménagements sont
toujours possibles pour satisfaire le développement local, avec par exemple la
possibilité de construire plus dense, ou plus loin. Une réserve doit toutefois
être formulée pour des activités très consommatrices d’espace, comme la
logistique.
Un autre enseignement porte sur le tourisme. Le diagnostic territorial est-il
nécessairement meilleur lorsqu’une ville dispose d’atouts touristiques
objectifs ? On pourrait avancer une réponse positive à cette question puisque,
les villes qui ont une dimension touristique significative, Amboise et Vitré,
bénéficient d’un diagnostic favorable. À l’opposé, les villes à faible attrait
touristique ont un moins bon diagnostic. Cependant, cette correspondance
n’est pas générale et il n’y a nullement corrélation. Ainsi Eu a des résultats
quantitatifs peu favorables, alors que le tourisme y est important. Autrement
dit, tout se passe comme si le tourisme apportait un avantage supplémentaire
dans des villes industrielles quand il complète un tissu diversifié et
dynamique. Dans le cas contraire, son rôle n’est pas assez important pour
compenser des difficultés industrielles. Cet enseignement n’est pas surprenant,
d’autant que le tourisme porte en moyenne sur des emplois relativement peu
qualifiés et souvent de nature saisonnière. Le tourisme ne peut être un élément
structurant toute l’attractivité d’un territoire que dans des situations
géographiques rarissimes, qui supposent d’ailleurs le déploiement d’une
politique ad hoc d’attractivité touristique.
Diagnostic territorial et gouvernance
Enfin, il faut examiner les correspondances entre les résultats du diagnostic
territorial et la gouvernance. Elles apparaissent, au premier abord, assez
claires. Les deux villes industrielles, Amboise et Vitré, qui ont déployé sur
une longue période une gouvernance proactive, ont le meilleur diagnostic.
Mais Creutzwald, dont la gouvernance s’est révélée favorable, compte un
diagnostic insatisfaisant ; il est vrai que l’agglomération a connu des
difficultés considérables, subissant de plein fouet la fin d’une ère marquée par
l’industrie minière. En réalité, il est fort probable que son diagnostic territorial
aurait débouché sur des résultats pires si la gouvernance avait été moins
efficace. De leur côté, Pont-Sainte-Maxence et Pont-à-Mousson présentent,
notamment à l’examen des indicateurs quantitatifs, un diagnostic assez
satisfaisant malgré certaines faiblesses de gouvernance. Mais il est probable
que leurs diagnostics auraient été meilleurs si ces villes, outre leurs avantages,
notamment géographiques, avaient bénéficié d’une gouvernance de nature
proactive. La correspondance entre la gouvernance et les résultats quantitatifs
ne peut donc en aucun cas être écartée, car il convient aussi de considérer
l’héritage industriel et les effets des changements économiques structurels de
l’économie européenne et mondiale.
La gouvernance territoriale, entendue comme la mise en réseau des
différents acteurs institutionnels, politiques, économiques et sociaux dans la
perspective d’améliorer l’attractivité du territoire, est en effet essentielle. Les
villes dont l’évolution est la meilleure, avec des résultats supérieurs à la
moyenne nationale, sont celles qui bénéficient d’une bonne gouvernance,
plutôt que celles qui paraissaient a priori en position favorable du fait de leurs
atouts objectifs. Autrement dit, si toutes les villes considérées bénéficiaient
d’une qualité de gouvernance améliorée, leur diagnostic en serait optimisé.
Conclusion
EN S’INSPIRANT D’UNE FORMULE d’un livre de Jean-Robert Pitte [2010], il est
possible d’affirmer que le plus sûr moyen de réenchanter le monde est que
chaque territoire aille à la découverte de son génie. Or, comme pour toute
découverte, ce fait n’est jamais le fruit d’un complet hasard, mais toujours
l’aboutissement d’une démarche, en l’occurrence le diagnostic territorial.
D’où l’importance de préciser la méthode de ce dernier, qui doit s’appuyer sur
des concepts clairement définis.
Cette méthode consiste d’abord à définir le périmètre géographique du
territoire dont il s’agit de réaliser le diagnostic. Or, ce choix ne peut être que
volontariste car l’échelle d’un territoire à diagnostiquer peut être très variable,
allant d’un niveau infracommunal à un niveau plurirégional. Clarifier le choix
de l’échelle est toujours impératif, car les conditions d’obtention des données
quantitatives ou des caractéristiques institutionnelles de la gouvernance
peuvent être fort différentes selon le périmètre retenu.
Le territoire retenu étant précisé, son diagnostic impose de poursuivre de
façon interactive l’étude de quatre composantes : l’analyse quantitative, celle
du territoire in situ, la conduite puis le décryptage d’entretiens, ainsi que
l’analyse de sa gouvernance. En outre, tout diagnostic d’un territoire appelle
au minimum des mises en perspective et, dans l’idéal, une comparaison
systématique avec des territoires aux caractéristiques générales semblables,
afin de valider la pertinence de la comparaison. La présentation et
l’explication de la méthode du diagnostic territorial, puis son application à une
catégorie de villes françaises dont le diagnostic semble a priori fatalement
contraint, celle des villes industrielles, conduisent à plusieurs enseignements.
Le premier, comme l’attestent les exemples français ou étrangers cités dans
ce livre, montre que l’évolution fine des territoires ne s’inscrit dans aucune
fatalité, géographique ou historique. Le diagnostic d’un territoire n’est donc
pas a priori écrit en raison des contraintes objectives qu’il subit ou des atouts
incontestables dont il bénéficie. Certains territoires peuvent transformer leurs
handicaps en chances. D’autres territoires ne parviennent pas à valoriser leurs
avantages. D’où l’importance de la gouvernance dans le développement des
territoires et, a contrario – deuxième enseignement – la mise en évidence de
la relativité des modèles territoriaux que sont le modèle centre-périphérie et
celui de l’économie présentielle, puisque notre propre analyse du diagnostic et
de la gouvernance des territoires en démontre les limites.
En effet, l’alternative offerte par ces deux modèles se traduit comme suit :
en cas d’application du modèle centre-périphérie, certains territoires
dépériraient inévitablement face à l’attraction de métropoles voisines ou, pour
ceux qui sont très proches de ces métropoles, en seraient totalement
dépendants. En cas d’application du modèle de l’économie résidentielle, le
diagnostic des territoires reposerait pour l’essentiel sur leur captation de
revenus de l’extérieur. Or, les analyses géographiques conduites dans ce livre
écartent ce choix binaire. En particulier, l’application détaillée de la méthode
du diagnostic territorial à des territoires comparables débouche sur des
typologies non corrélées avec les deux théories économiques qui précèdent,
quels que soient les indicateurs retenus. Cela signifie que ces théories ne
s’appliquent nullement de manière systématique. Sans être totalement à
exclure, elles ne permettent pas de comprendre et de décrire toute la réalité
territoriale.
Aussi, la mise en évidence que le diagnostic territorial ne doit pas se laisser
enfermer dans des modèles conduit à souligner – troisième enseignement – le
rôle de la complexité. Ce facteur est souvent mal aimé, car il est difficilement
modélisable, et mal accepté, face à la tentation d’expliquer par une vulgate
prête à penser les réalités territoriales. Ttout territoire est déjà en soi
irréductible, compte tenu de ses caractéristiques géographiques. À cela
s’ajoute la multiplicité de ses intervenants : élus, décideurs économiques et
sociaux, responsables associatifs… Chaque habitant d’un territoire constitue
même un acteur explicatif de son diagnostic selon les lieux de consommation
qu’il choisit, la façon dont il se comporte dans sa vie citoyenne, etc.
Le quatrième enseignement est une ode à la géographie puisque cette
discipline se présente comme l’outil parfaitement adéquat pour réaliser un
diagnostic territorial. Elle permet d’analyser pleinement les territoires, à
condition de respecter une méthode rigoureuse recourant à ses différentes
branches : géographie de la population, géographie économique, géographie
des transports, géographie de l’aménagement et géographie de la gouvernance
territoriale, notamment.
Enfin – cinquième enseignement –, la compréhension de la méthode du
diagnostic territorial et de son application souligne le grand écart entre les
obligations juridiques communes des territoires, par exemple l’obligation de
produire différents documents urbanistiques et d’environnement, et des
situations géographiques et d’attractivité fort dissemblables. L’écart entre le
réglementaire et le réel est donc considérable. Si les territoires se doivent
d’appliquer pareillement les procédures conformes à l’application de l’arsenal
législatif, procédures similaires dans leurs modalités, la réalité fait que chaque
territoire a ses propres caractéristiques, applique ces procédures en fonction de
ses propres objectifs et connaît une évolution largement dépendante de sa
gouvernance.
En conséquence, tout territoire dispose d’un avenir largement ouvert : il
dépend des politiques conduites, des capacités à innover ou à renouveler la
valorisation des atouts préexistants, de l’inventivité de ses ressources
humaines et de la qualité de sa gouvernance territoriale. Il est clair que
l’avenir d’un territoire dépend de sa capacité à établir un bon diagnostic de ses
forces et de ses faiblesses intrinsèques, en se comparant avec d’autres
territoires pour mieux les analyser.
Lexique et sigles
Accroissement migratoire : différence entre le nombre des immigrés et
celui des émigrés pendant une période considérée sur un territoire donné.
Accroissement naturel : différence entre les naissances et les décès
pendant une période considérée sur un territoire donné ; cet accroissement
peut être positif, auquel cas il y a excédent des naissances sur les décès, ou
négatif dans le cas contraire.
Acteur : personne physique ou morale impliquée dans la vie des territoires
et susceptible d’y exercer une influence. Exemples : décideur politique,
chambre consulaire, association, population, individu…
Anah : Agence nationale de l’habitat du parc privé.
ANRU : Agence nationale de rénovation urbaine.
AOC : Appellation d’origine contrôlée ; label officiel français d’indication
géographique protégée qui garantit l’origine et la qualité des produits.
Attraction : aptitude d’un territoire à attirer des populations ou des
activités originaires de territoires extérieurs.
Attractivité : aptitude d’un territoire à développer des activités aux
diverses échelles.
Bassin de vie : territoire au sein duquel s’organise la vie d’une population.
Son importance peut se mesurer par l’étendue de la zone d’influence de l’offre
commerciale, de services et d’équipements.
BTP : Bâtiment et travaux publics.
BTS : Brevet de technicien supérieur.
CA : Chambre d’agriculture.
CA : Communauté d’agglomération.
Cadres des fonctions métropolitaines : cadres et chefs d’entreprise de
plus de dix salariés des cinq fonctions métropolitaines : conception-recherche,
prestations intellectuelles, commerce inter-entreprises, gestion et culture-
loisirs.
Cadres et professions intellectuelles supérieures (PIS) : l’un des six
groupes professionnels actifs de la nomenclature des professions et catégories
socioprofessionnelles, dite PCS, qui a remplacé, depuis 1982, la CSP
(nomenclature de catégories socioprofessionnelles). Ce groupe comprend les «
Professions libérales et assimilées », les « Cadres de la fonction publique,
professions intellectuelles et artistiques » et les « Cadres d’entreprise ».
CC : Communauté de communes.
CCI : Chambre de commerce et d’industrie.
CESER : Comité économique, social et environnemental régional.
Chambre consulaire : terme générique incluant les Chambres de
commerce et d’industrie, les Chambres des métiers et les Chambres
d’agriculture.
CFA : Centre de formation d’apprentis.
CM : Chambre des métiers.
Densité : rapport de l’effectif d’une population à la superficie du territoire
sur lequel elle habite ; elle s’exprime par le nombre d’habitants par kilomètre
carré.
Déséconomies d’agglomération : pertes d’avantages économiques dues à
la forte concentration d’activités et de populations sur un même territoire
(coût du foncier plus élevé, perte de temps dans les transports, alourdissement
du coût de nouveaux aménagements, pollution…).
Désindustrialisation : diminution absolue ou relative de l’emploi dans le
secteur industriel d’un territoire. Cette diminution peut s’expliquer par la
fermeture d’établissements industriels, par l’augmentation de la productivité
de ces établissements engendrant une diminution de leurs emplois, par
l’externalisation de certaines fonctions auparavant assumées par les
établissements industriels, comme le nettoyage industriel ou la logistique, par
la délocalisation d’une partie ou de la totalité des activités des établissements
industriels, par des créations d’emplois dans des secteurs non industriels.
Dorsale européenne : région européenne la plus dense et la plus créatrice
de richesses qui s’étend du cœur londonien de l’Angleterre jusqu’à la
Lombardie en passant par les trois pays du Benelux, l’Allemagne rhénane et
bavaroise, et la Suisse.
Économie de la connaissance : système productif optimisant les
complémentarités organisationnelles et technologiques entre la production de
biens et services, la formation et la recherche, associé à un mode de
circulation de l’information entre les acteurs économiques permettant la pleine
utilisation du potentiel de productivité.
Économie résidentielle : ensemble des activités mises en œuvre
localement pour la production de biens et de services visant la satisfaction des
besoins de personnes résidant sur le territoire considéré.
Économies d’agglomération : économies dont profitent une agglomération
et ses acteurs économiques en raison du regroupement en une même
localisation de plusieurs entreprises appartenant à la même activité ou du
groupement d’activités différentes sur un même territoire ; s’y ajoutent aussi
des économies internes d’échelle propres à une ou plusieurs entreprises.
EPCI : établissement public de coopération intercommunale.
Émigration industrielle : déficit migratoire constaté dans des territoires et
dû à leur nature industrielle ayant engendré des pertes d’emplois.
Emploi direct : emploi existant ou créé sur un territoire relevant d’une
activité productive.
Emploi induit : emploi résultant de la satisfaction des besoins dépendants
de la présence d’emplois directs. Par exemple, l’implantation d’une entreprise
sur un territoire s’accompagnant de la venue de salariés venant y habiter
engendre divers emplois liés à la présence de ces nouveaux salariés,
notamment dans le territoire non marchand (éducation des enfants des
salariés).
Endogène : une entreprise est de nature endogène lorsqu’elle a pour origine
l’entreprenariat local, donc une initiative prise par des actifs du territoire où
elle est implantée. Un tissu économique reposant exclusivement sur la
création d’emplois par de l’entrepreneuriat local a un caractère endogène.
Espace-plan : espace se caractérisant par une vaste étendue plane.
Espace-temps : temps nécessaire pour parcourir ou franchir un espace
géographique. L’espace-temps entre deux espaces séparés par le même
nombre de kilomètres peut être fort différent selon les modes de transport
existants et évoluer en fonction de la réalisation de nouvelles infrastructures
de transport.
Exogène : une entreprise est de nature exogène lorsqu’elle provient d’un
choix d’implantation décidé par des responsables dont les activités se situent
en dehors du territoire d’implantation. Un tissu économique reposant
exclusivement sur la création d’emplois due à des décisions prises en dehors
du territoire a un caractère exogène.
Émigration rurale : émigration liée à des changements structurels dans la
productivité agricole ; c’est à tort que la mauvaise habitude a été prise de
parler d’exode rural alors qu’il convient d’utiliser l’expression émigration
rurale [DUMONT, 1996].
Emploi : personne, au sens du recensement de la population, ayant déclaré
avoir un emploi dans le formulaire du recensement.
Externalisation : fait, pour une entreprise ou une administration, de confier
à un prestataire externe la responsabilité d’une fonction, en transférant parfois
également des actifs et du personnel (sur une base volontaire).
Feder : Fonds européen de développement régional.
Gérontocroissance : augmentation du nombre des personnes âgées dans
une population.
Gérontodécroissance : diminution du nombre des personnes âgées dans
une population.
Gouvernance intercommunale centralisatrice : gouvernance territoriale
d’une intercommunalité se traduisant par une tendance à vouloir concentrer
l’ensemble des décisions et des moyens à l’échelon de l’intercommunalité,
jusqu’à outrepasser les compétences définies, au détriment d’une meilleure
prise en compte des diversités et spécificités des différents territoires de
l’intercommunalité.
Gouvernance intercommunale molle : gouvernance territoriale d’une
intercommunalité consistant à faire du saupoudrage des moyens sans adhésion
et mise en œuvre d’un projet de territoire qui, d’ailleurs, n’existe pas ou
seulement de façon rhétorique.
Gouvernance intercommunale subsidiaire : gouvernance territoriale
d’une intercommunalité consistant à ne traiter à cet échelon que les questions
appelant un tel niveau de compétences et de décision en laissant chaque
commune, y compris par la mise à disposition de moyens par
l’intercommunalité, régler des questions qui peuvent l’être à son échelon.
Gouvernance territoriale : sur un territoire, ensemble des règles
institutionnelles, des modes de fonctionnement des organes de décision, des
procédés de préparation des décisions, des capacités de mise en réseau des
différents acteurs institutionnels, politiques, économiques, sociaux ou
associatifs, des aptitudes à partager des connaissances et des expertises, des
modes de coordination, d’information et d’évaluation, le tout dans le but
d’améliorer l’attractivité du territoire au profit de la population.
HLM : Habitation à loyer modéré.
Intercommunalité : regroupement de communes dans une structure
juridique, appelée en France EPCI, en vue de gérer en commun différentes
compétences.
Interreg : programme européen financé par le Feder visant à promouvoir la
coopération entre les régions européennes et le développement de solutions
communes dans les domaines du développement urbain, rural et côtier, du
développement économique et de la gestion de l’environnement.
IRIS : Îlots regroupés pour l’information statistique.
IUT : Institut universitaire de technologie.
Juvénocroissance : augmentation du nombre de jeunes dans une
population considérée. La juvénocroissance peut être naturelle et/ou
migratoire.
Juvénodécroissance : diminution du nombre de jeunes dans une
population considérée. La juvénodécroissance peut être naturelle et/ou
migratoire.
Ménage : ensemble des occupants d’un même logement sans que ces
personnes soient nécessairement unies par des liens de parenté (en cas de
cohabitation, par exemple). Un ménage peut être composé d’une seule
personne.
Ménage imposé : ménage ayant un revenu imposable.
Métropole : agglomération de taille significative par rapport à son
environnement, pôle principal d’équipements et d’offre de services d’une zone
d’influence étendue.
Métropolisation : phénomène de concentration des activités et des
hommes dans les grandes agglomérations.
Migration pendulaire : mobilité d’une personne effectuant chaque jour un
déplacement entre son domicile et son lieu de travail. Comme la migration
pendulaire consiste donc à effectuer des navettes domicile-travail, les
personnes concernées sont désignées « navetteurs » en Belgique.
Multimodalité : fait de relier un territoire par des modes de transport
différents, ce qui permet de limiter les coûts et le temps des ruptures de
charge.
Notoriété : fait pour un nom d’être connu, même si les personnes qui le
connaissent n’en savent pas plus sur ce nom.
OPAH (Opération programmée d’amélioration de l’habitat) : depuis
1977, outil principal par lequel est réalisée la réhabilitation des centres urbains
et des bourgs ruraux. L’OPAH doit s’articuler pleinement avec les documents
d’urbanisme, notamment avec le PLU et son Projet d’aménagement et de
développement durable (PADD), dont elle peut être une déclinaison
opérationnelle.
OPH : Office public de l’habitat.
PADD : Projet d’aménagement et de développement durable.
Para-urbanisation (ou périurbanisation d’agglomération) : processus
conduisant au peuplement d’espaces de morphologie rurale, situés à la
périphérie des agglomérations, par des populations exerçant leur activité
professionnelle dans l’agglomération.
Peuplement : fait pour un territoire de compter des habitants et façon dont
ce territoire est peuplé.
Périurbanisation : processus conduisant au peuplement d’espaces situés à
la périphérie des villes, selon une logique de continuité du cadre bâti, par des
populations exerçant le plus souvent leur activité professionnelle dans la ville
même si, dans une seconde étape, la création de zones d’activité à la
périphérie des villes modifie le tissu économique périurbain.
PIS : Professions intellectuelles supérieures.
PLH : Plan local d’habitat.
PLU : Plan local d’urbanisme.
PME : Petites et moyennes entreprises.
PNR : Parc naturel régional.
Pôle de compétitivité : pôle rassemblant, sur un territoire donné, des
entreprises, des centres de recherche et des organismes de formation, afin de
développer des synergies et des coopérations, notamment au travers de projets
coopératifs innovants.
Pôle d’excellence rurale : territoire rural déployant un projet de
développement économique fondé sur un partenariat entre des collectivités
locales et des entreprises privées.
Population active : regroupe les actifs ayant un emploi et les chômeurs. Ne
font pas partie de la population active les personnes qui, bien que s’étant
déclarées au chômage, précisent qu’elles ne recherchent pas d’emploi.
Population active occupée (ou ayant un emploi) : population résidant
dans un territoire donné et exerçant une activité rémunérée (donc ayant un
emploi) quel que soit le lieu d’exercice de cette activité (dans ou en dehors du
territoire considéré).
Population municipale : personnes ayant leur résidence habituelle sur le
territoire de la commune (ou de l’ensemble de communes concernées), ainsi
que les personnes détenues dans les établissements pénitentiaires de la
commune, les personnes sans abri recensées sur le territoire de la commune et
les personnes résidant habituellement dans des habitations mobiles, recensées
sur le territoire de la commune qui constitue la population hors ménages. Le
concept de population municipale correspond, depuis les résultats du
recensement de 2006, à la notion de population utilisée usuellement en
statistique. Les chiffres de population municipale issus de la nouvelle méthode
de recensement peuvent être globalement comparés avec le chiffre de la «
population sans double compte » des précédents recensements (1999,
1990…), alors exhaustifs, et non avec la « population municipale » de ces
précédents recensements qui relevait d’une autre définition.
PPRI : Plan de prévention des risques d’inondation.
Proactif : le fait d’être proactif signifie une méthode et une attitude
anticipant les futurs possibles afin de prendre les décisions favorables aux
évolutions choisies et souhaitées.
Prospective territoriale : prospective appliquée aux territoires, donc
démarche conçue pour anticiper au lieu de réagir, en se projetant dans le futur.
La prospective s’interroge sur les futurs possibles, dans le dessein d’anticiper
les évolutions prévisibles, souhaitables ou redoutées, pour construire des
recommandations pour l’action.
RGP (recensement général de la population) : désigne les recensements
exhaustifs effectués jusqu’en 1999.
RP (recensement de la population) : recensement selon la méthode mise en
œuvre depuis 2004 et dont la première année de référence des résultats issus
des enquêtes 2004-2008 a été 2006 et dont la deuxième est 2011, avec des
données disponibles fin 2013 et en 2014.
Résidence principale : logement occupé de façon habituelle et à titre
principal par une ou plusieurs personnes qui constituent un ménage. La
résidence habituelle dans la commune concerne, dans la plupart des cas, les
personnes qui y habitent dans des logements ou des communautés (maisons de
retraite, internats, casernes…). Quelques cas particuliers :
– pour une personne mineure résidant ailleurs du fait de ses études, il s’agit
de la résidence de sa famille ;
– pour une personne majeure résidant du fait de ses études hors de la
résidence familiale et hors communauté, il s’agit de son logement ;
– pour un conjoint, concubin ou personne liée par un pacte civil de
solidarité résidant pour des raisons professionnelles hors de la résidence
familiale et hors communauté, il s’agit de sa résidence familiale ;
– pour une personne qui ne se trouve dans aucune des situations décrites ci-
dessus, il s’agit de la résidence dans laquelle elle réside le plus longtemps
dans l’année.
Résidentialisation : fait pour un territoire d’attirer des actifs qui y
établissent leur domicile tout en conservant leur lieu de travail dans un autre
territoire ou d’être le domicile d’actifs qui cherchent ou trouvent du travail sur
un autre territoire.
Revenu médian : valeur en euros qui représente le milieu de la répartition
des ménages d’un territoire donné, classés selon la taille du montant du revenu
annuel du ménage.
Revenu de pension : revenus des pensions de retraite, mais aussi des
pensions d’invalidité et des pensions alimentaires.
Rupture de charge : en matière de transport de personnes, phénomène
résultant du fait qu’une personne utilisant un mode de transport (automobile,
vélo, tramway, bus, train express régional, TGV, avion…) doit changer de
mode de transport pour effectuer le déplacement prévu.
SCoT : Schéma de cohérence territoriale.
Sous-traitance : fait pour une entreprise d’assumer une production ou un
service selon les strictes consignes données par une autre entreprise qui est
donc son donneur d’ordre.
Stratégie d’externalisation : un des axes stratégiques d’une entreprise qui,
pour se concentrer sur ses meilleures compétences, confie des fonctions
jugées non essentielles à des entreprises spécialisées, parfois en transférant
également des actifs et du personnel.
Subsidiarité : fait de prendre les décisions au plus petit échelon où elles
peuvent être prises, en ne transmettant à l’échelon supérieur que les décisions
nécessitant un niveau supérieur de compétences.
Taux d’accroissement migratoire : rapport, pour un territoire donné, du
solde migratoire d’une année considérée à la population moyenne.
Taux d’accroissement naturel : différence, pour un territoire donné, entre
le nombre de naissances et le nombre de décès d’une année considérée,
rapportée à la population moyenne.
Taux d’accroissement total : somme du taux d’accroissement naturel et du
taux d’accroissement migratoire pour une période considérée, généralement
l’année, ordinairement exprimée pour cent habitants.
Taux d’activité occupée : nombre d’actifs occupés (ou ayant un emploi)
d’un territoire rapporté à la population active du territoire considéré.
Taux d’emploi : nombre d’emplois rapporté à la population totale.
TER : Transport express régional.
Territoire : partie d’un État ou de plusieurs États dont la réalité s’explique
par les effets de la mise en relation entre l’espace qu’il forme et l’ensemble
des personnes qui ont prise sur cet espace, c’est-à-dire celles qui exercent un
pouvoir ou des fonctions reconnues sur cet espace, celles qui y habitent, celles
qui y travaillent, celles qui y déploient des activités associatives ou celles qui
y vivent temporairement.
TGV : Train à grande vitesse.
TIC : Technologies de l’information et de la communication.
TPE : Très petites entreprises.
Unité urbaine : commune ou ensemble de communes qui comporte sur son
territoire une zone bâtie d’au moins 2 000 habitants où aucune habitation n’est
séparée de la plus proche de plus de 200 mètres. En outre, chaque commune
concernée possède plus de la moitié de sa population dans cette zone bâtie.
Vieillissement d’une population : augmentation de la proportion du
nombre des personnes âgées dans la population totale.
Vieillissement « par le bas » : vieillissement résultant d’une fécondité
réduisant les effectifs des nouvelles générations.
Vieillissement « par le haut » : vieillissement résultant uniquement de
l’augmentation des effectifs des personnes âgées. Ce vieillissement peut être
naturel, migratoire ou hérité.
Ville-centre : commune principale d’une unité urbaine.
Ville moyenne non préfectorale à dominante productive : ville n’ayant
ni le statut de préfecture, ni celui de sous-préfecture et dont au moins 30 %
des emplois relevaient du secteur industriel lors du dernier recensement
exhaustif.
VNF : Voies navigables de France.
ZFU : Zone franche urbaine.
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Bibliographie
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Table des figures, grilles d’analyses et tableaux
Figure 1.1 Schéma général de la méthode de diagnostic territorial 17
Figure 1.2 Un exemple de carte synthétique d’un territoire : la ville de
Vitré (Ille-et-Vilaine) 22
Tableau 1 Échelle géographique du diagnostic selon les territoires
perçus comme ayant une homogénéité géographique ou économique
24
Tableau 2 Échelle géographique du diagnostic selon la position
hiérarchique du territoire dans l’armature territoriale 27
Tableau 3 Échelle géographique du diagnostic selon les territoires
administratifs 35
Tableau 4 Échelle géographique du diagnostic territorial selon les
périmètres d’étude 37
Tableau 5 Type d’interlocuteurs souhaitables des entretiens à conduire
56
Tableau 6 Type de questions, pour les entretiens, portant sur les faits
59
Tableau 7 Type de questions, pour les entretiens, portant sur les
opinions 60
Tableau 8 Type de questions, pour les entretiens, portant sur les
intentions 63
Tableau 9 Indicateurs quantitatifs de situation du diagnostic
comparatif de territoires 94
Tableau 10 Indicateurs quantitatifs de l’analyse comparative cinétique
99
Grille d’analyse 1 Les types de connexion autoroutière des territoires
105
Grille d’analyse 2 Les types d’accès ferroviaire des territoires 106
Grille d’analyse 3 Les types de l’accès aéroportuaire des territoires
107
Grille d’analyse 4 Les types principaux des caractéristiques foncières
du site des territoires 107
Grille d’analyse 5 Les niveaux de l’originalité géographique du site
des territoires 109
Grille d’analyse 6 Les niveaux de la qualité de l’architecture, de
l’urbanisme et du patrimoine des territoires 109
Grille d’analyse 7 Les niveaux de zone d’influence d’un territoire 110
Grille d’analyse 8 Les niveaux de dimension touristique comparée des
territoires 111
Grille d’analyse 9 Les niveaux de notoriété des territoires 113
Grille d’analyse 10 Les types de nature endogène ou exogène du tissu
économique des territoires 114
Grille d’analyse 11 Les types de diversité du tissu économique des
territoires 116
Grille d’analyse 12 Les types synthétiques de gouvernance 117
Tableau 11 Unités urbaines non préfectorales de France
métropolitaine comptant entre 15 000 et 30 000 habitants et non
intégrées à une aire urbaine 125
Figure 7.1 La population municipale des petites villes industrielles
non préfectorales 127
Tableau 12 Part de l’industrie dans l’emploi au lieu de travail des
petites villes non préfectorales 128
Tableau 13 Population, superficie et densité des petites villes
industrielles 190
Tableau 14 Les moins de 15 ans des petites villes industrielles 191
Figure 12.1 La population des moins de 15 ans dans les unités
urbaines des petites villes industrielles 192
Tableau 15 Les 60 ans ou plus des petites villes industrielles 193
Figure 12.2 La population des 60 ans ou plus dans les unités urbaines
des petites villes industrielles 194
Tableau 16 Notation des petites villes industrielles selon les
indicateurs de leur situation démographique 195
Tableau 17 Taux de la population active occupée des petites villes
industrielles 197
industrielles 197
Figure 12.3 La population active occupée dans les unités urbaines des
petites villes industrielles 198
Tableau 18 Taux de cadres des petites villes industrielles 199
Figure 12.4 Les cadres et professions intellectuelles supérieures dans
les unités urbaines des villes moyennes non préfectorales à économie
productive 200
Tableau 19 Taux d’emploi des petites villes industrielles 202
Figure 12.5 L’emploi dans les unités urbaines des villes moyennes
non préfectorales à économie productive 203
Tableau 20 Notation des petites villes industrielles selon les
indicateurs de la situation de l’emploi 204
Tableau 21 Revenu médian des petites villes industrielles 205
Figure 12.6 Le revenu médian dans les unités urbaines des villes
moyennes non préfectorales à économie productive 206
Tableau 22 Revenus de pensions des petites villes industrielles 207
Figure 12.7 Les revenus de pensions dans les unités urbaines des
petites villes industrielles 208
Tableau 23 Part des ménages imposés des petites villes industrielles
209
Figure 12.8 Les ménages imposés dans les unités urbaines des petites
villes industrielles 210
Tableau 24 Classement des petites villes industrielles selon les
revenus 211
Tableau 25 Part des propriétaires dans le total des résidences
principales des petites villes industrielles 212
Figure 12.9 Les propriétaires dans les unités urbaines des villes
moyennes non préfectorales à économie productive 213
Tableau 26 Part des logements HLM dans l’ensemble des résidences
principales des petites villes industrielles 214
Figure 12.10 Les logements HLM dans les unités urbaines des villes
moyennes non préfectorales à économie productive 215
Tableau 27 Part des logements construits depuis 1990 dans les petites
villes industrielles 216
villes industrielles 216
Figure 12.11 Les logements construits depuis 1990 dans les unités
urbaines des villes moyennes non préfectorales à économie productive
217
Tableau 28 Notation des petites villes industrielles selon les
indicateurs de logement 218
Tableau 29 Classement des petites villes industrielles selon des
indicateurs de situation 219
Figure 13.1 L’évolution de la population des petites villes industrielles
223
Tableau 30 Évolution de la population des petites villes industrielles
224
Tableau 31 Composantes naturelle et migratoire de l’évolution de la
population des petites villes industrielles 226
Tableau 32 Évolution des moins de 15 ans des petites villes
industrielles 228
Tableau 33 Évolution des 60 ans ou plus des petites villes industrielles
230
Tableau 34 Classement des petites villes industrielles selon
l’évolution des indicateurs démographiques 231
Tableau 35 Évolution de l’emploi des petites villes industrielles 233
Tableau 36 Évolution de la population active occupée des petites
villes industrielles 235
Tableau 37 Évolution des cadres des petites villes industrielles 237
Tableau 38 Notation des petites villes industrielles selon leurs
indicateurs cinétiques de l’emploi 238
Tableau 39 Classement des petites villes industrielles selon l’analyse
cinétique 239
Tableau 40 Typologie des petites villes industrielles selon les
indicateurs quantitatifs de situation et cinétique 241
Grille d’analyse 13 Les petites villes industrielles selon leur
connexion autoroutière 244
Grille d’analyse 14 Les petites villes industrielles selon leur accès
ferroviaire 245
Grille d’analyse 15 Les petites villes industrielles selon leur accès
aéroportuaire 246
Grille d’analyse 16 Les petites villes industrielles selon les
caractéristiques foncières du site 247
Grille d’analyse 17 Les petites villes industrielles selon l’originalité
géographique de leur site 248
Grille d’analyse 18 Les petites villes industrielles selon la qualité de
leurs architecture, urbanisme et patrimoine 249
Grille d’analyse 19 Les petites villes industrielles selon leur bassin de
vie 250
Grille d’analyse 20 Les petites villes industrielles selon leur
dimension touristique 251
Grille d’analyse 21 Les petites villes industrielles selon leur notoriété
252
Grille d’analyse 22 Les petites villes industrielles selon le caractère
endogène ou exogène de leur tissu industriel 253
Grille d’analyse 23 Les petites villes industrielles selon la diversité de
leur tissu industriel 254
Grille d’analyse 24 Les petites villes industrielles selon la qualité de
leur gouvernance 255
Grille d’analyse 25 La notation des petites villes industrielles selon les
grilles d’analyse comparative 256