Introduction aux polynômes et leurs propriétés
Introduction aux polynômes et leurs propriétés
Polynômes
Thomas Huber
Actualisé: 30 avril 2018
vers. 1.1.0
Les ai sont appelés les coecients de p et peuvent être des nombres entiers, rationnels,
réels ou complexes. Si an 6= 0 alors an est appelé le coecient dominant. Si an = 1 alors p
est appelé unitaire. Les polynômes de la forme p(x) = c sont appelés constants, p(x) = 0
est aussi appelé le polynôme nul. On peut aussi considérer des polynômes en plusieurs
variables : un exemple en trois variables est
x3 + y 3 + z 3 − 3xyz.
Plus généralement on peut multiplier des polynômes arbitraires en distribuant les termes,
puis en les regroupant selon les puissances de x :
k
!
X
p(x) · q(x) = (an bn )x2n + (an bn−1 + an−1 bn )x2n−1 + . . . + ak−i bi xk + . . . + (a0 b0 ).
i=0
Par exemple on a
(x3 − 2x2 + 5)(2x2 − 3) =2x5 − 3x3 − 4x4 + 6x2 + 10x2 − 15
=2x5 − 4x4 − 3x3 + 16x2 − 15.
Le plus grand nombre k tel que ak 6= 0 est appelé le degré de p et est noté deg(p). On
dénit de plus le degré du polynôme nul comme deg(0) = −∞. Ainsi on a toujours les
formules
deg(p ± q) ≤ max{deg(p), deg(q)},
deg(p · q) = deg(p) + deg(q).
2
1.1 Coecients
Exemple 1 (Bélarus 94). Trouver toutes les paires (P, Q) de polynômes réels unitaires
tels que
P (Q(x)) = x1994 .
avec cmn 6= 0 et crs 6= 0. On peut voir ceci directement en utilisant la formule pour
n et crs = ar bs .
P (Q(x)). Celle-ci donne plus exactement cmn = am bm r
Dans notre cas on veut avoir P (Q(x)) = x1994 . Ceci ne peut être le cas que si P (x) = xm
et Q(x) = xn sont deux monômes avec m · n = 1994. La décompostion en facteurs
premiers de 1994 = 2 · 997 les seules possibilités sont (m, n) = (1, 1994), (2, 997), (997, 2)
et (1994, 1).
Exemple 2. Écrire x5 + x + 1 comme produit de deux polynômes non constants à coef-
cients entiers.
Démonstration. Cherchons une factorisation de la forme
x5 + x + 1 = (x3 + ax2 + bx + c)(x2 + rx + s).
On peut choisir deux facteurs unitaires sans perte de généralité car le produit des coe-
cients dominants de droite doit être le coecient dominant de gauche, donc 1. Ainsi les
deux valent 1 ou les deux valent -1 ; dans le deuxième cas on peut remplacer les deux
facteurs par leur opposé. En multipliant les deux facteurs et en comparant les coecients
on obtient le système d'équations suivant :
a + r =0
b + ar + s =0
c + br + as =0
bs + cr =1
cs =1
3
De temps en temps il faut construire des polynômes qui doivent prendre certaines valeurs
à certains endroits. Ceci est toujours possible si le degré du polynôme vaut au plus le
nombre de valeurs données moins un. Cette armation est l'énoncé du théorème suivant.
Proposition 1.1. Soit n un nombre naturel et soient a0 , . . . , an , b0 , . . . , bn des nombres
réels (ou complexes) xés, deux à deux diérents. Alors il existe exactement un polynôme
P de degré ≤ n avec
P (ak ) = bk pour 0 ≤ k ≤ n.
On appelle les points du plan (ak , bk ) les noeuds et P le polynôme d'interpolation passant
par les noeuds (ak , bk ). Si les noeuds sont tous rationnels (resp. réels), alors P a des
coecients rationnels (resp. réels).
Preuve. On prouve d'abord l'existence d'un tel polynôme. Pour cela on introduit les
polynômes de Lagrange. Soit
Y x − ai
Lk (x) = ,
i6=k
ak − ai
satisfait alors toutes les conditions demandées. De plus les Lk n'ont que des coecients
rationnels (resp. réels) si tous les ak sont rationnels (resp. réels). L'unicité sera prouvée
plus tard en tant que conséquence immédiate du théorème 1.10.
Il faut remarquer que P n'a pas nécessairement des coecients entiers si tous les ak , bk
sont entiers. Un contre-exemple est le polynôme P (x) = x(x + 1)/2, qui n'a pas de
coecients entiers mais P (a) ∈ Z pour tout a ∈ Z.
Exemple 3. Soit P un polynôme de degré ≤ n, tel que
−1
n+1
P (k) = , k = 0, 1, . . . , n.
k
4
Or on a
Y n + 1 − i n+1 n n−k+2 n−k 1
= · ··· · ···
i6=k
k−i k k−1 1 −1 k−n
n+1
=(−1)n−k .
k
Il s'ensuit donc
0 pour n impair
n
(
X
P (n + 1) = (−1)n−k =
k=0
1 pour n pair.
Mais le chemin qui passe par les polynômes de Lagrange n'est pas toujours le chemin le
plus simple. Souvent il est plus simple de poser un système d'équations pour les coe-
cients cherchés.
Exemple 4. Trouver un polynôme P de degré 3 avec P (n) = 2n−1 pour n = 1, 2, 3, 4.
Solution. On pose P (x) = ax3 + bx2 + cx + d pour obtenir le système d'équations
a + b + c + d =P (1) = 1
8a + 4b + 2c + d =P (2) = 2
27a + 9b + 3c + d =P (3) = 4
64a + 16b + 4c + d =P (4) = 8
1.2 Divisibilité
Dans cette section tous les polynômes sont des polynômes à coecents dans Z, Q, R ou
C. La lettre K représente toujours un des ensembles Z, Q, R ou C. Un nombre a ∈ K est
appelé une unité si a est inversible dans K , c'est-à-dire s'il existe un nombre b ∈ K avec
ab = 1. Clairement ±1 sont les seules unités dans Z tandis que pour K = Q, R, C tous les
éléments non nuls sont des unités. Cette petite diérence entre Z et les autres ensembles
mentionnés est la source de beaucoup de problèmes et nalement la raison pour laquelle
beaucoup des résultats suivants dièrent dans le cas K = Z on n'y sont valables que pour
des polynômes unitaires. Deux polynômes p, q ∈ K[x] sont appelés équivalents s'il existe
une unité a ∈ K avec p = a · q .
Soient p, q ∈ K[x] deux polynômes arbitraires. On dit que p est divisible par q dans K s'il
existe un polynôme a ∈ K[x] avec p = a · q . Un polynôme p ∈ K[x] est appelé irréductible
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dans K[x] s'il n'est pas une unité et si pour toute représentation de la forme p = a · b
dans K[x] on a que a ou b est une unité. Il est essentiel de savoir dans quel ensemble on
considère les coecients de p. Le polynôme 2x−4 est par exemple irréductible sur Q mais
pas irréductible sur Z, car on a 2x−4 = 2(x−2) et aucun des deux facteurs n'est une unité
dans Z. Un autre exemple est le polynôme p(x) = x4 − 2. On peut facilement calculer
que p est irréductible sur Z et Q (on peut par exemple utiliser le critère d'Eisenstein,
voir plus bas). D'autre part on peut factoriser p sur R resp. C comme ceci :
√ √ √ √ √ √
p(x) = (x2 − 2)(x2 + 2) = (x − 2)(x + 2)(x − i 2)(x + i 2).
4 4 4 4
Comme pour les entiers, pour les polynômes on a aussi une division avec reste. On va
énoncer le théorème suivant seulement pour le cas de la division de p par un polynôme
q unitaire. Pour K = Q, R ou C c'est sans importance car le coecient dominant est
toujours une unité dans K . Plus précisément : On peut diviser p et q par le coecient
dominant de q et on est dans la situation désirée. Pour K = Z ce n'est pas possible et le
théorème est en général faux pour des polynômes non unitaires q . On insiste sur ce point
car il est la source de beaucoup des dicultés qu'on aura dans le cas K = Z.
Proposition 1.2 (Division avec reste). Soit p(x) ∈ K[x] un polynôme arbitraire et
q(x) ∈ K[x] un polynôme unitaire. Alors il existe dans K[x] des polynômes d(x) et r(x)
uniquement déterminés avec deg(r) < deg(q) tels que
p(x) = d(x) · q(x) + r(x).
r(x) est appelé le reste de la division par q(x). On a r(x) = 0 si et seulement si p est
divisible par q.
Comme pour les nombres entiers, la division avec reste est le point de départ pour toute
l'arithmétique des polynômes. Ainsi il est peu surprenant que tous les résultats de la
première section du script de théorie des nombres sont aussi valables pour les polynômes.
Nous énonçons ici les résultats sans les prouver. Souvent la preuve est analogue au cas
des entiers. Comme pour les entiers, il existe une "décomposition en facteurs premiers"
pour les polynômes :
Théorème 1.3. Soit p ∈ K[x] un polynôme non nul. Alors il existe des polynômes non
équivalents irréductibles p1 , . . . , pr ∈ K[x] et des nombres naturels a1 , . . . , ar avec
p = pa11 · pa22 · · · par r .
Les nombres ai sont uniquement déterminés, les polynômes pi sont uniques à équivalence
près.
Un défaut mineur de cet énoncé est que les facteur irréductibles pi n'y soient uniques
qu'à équivalence près. Toutefois on peut facilement se débarrasser de ce défaut. Dans le
cas K = Q, R ou C tout polynôme est équivalent à un unique polynôme unitaire. On
peut alors se restreindre aux polynômes unitaires et le théorème 1.3 prend ainsi la forme
suivante :
6
Théorème 1.4. Soit K = Q, R ou C et soit p ∈ K[x] un polynôme non nul. Alors
il existe des polynômes unitaires irréductibles distincts p1 , . . . , pr ∈ K[x], des nombres
naturels a1 , . . . , ar et une unité u ∈ K avec
p = u · pa11 · pa22 · · · par r .
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Proposition 1.8 (Eisenstein). Soit f (x) = an xn + . . . + a1 x + a0 ∈ Z[x] un polynôme
primitif de degré n > 0. De plus soit p un nombre premier avec
p6 | an , p | ai pour i < n, p2 6 | a0 .
Alors f est irréductible sur Z.
Pour illustrer ceci on va montrer l'irréductibilité d'une famille importante de polynômes
dont on va parler plus tard. Cet exemple montre entre autres que sur Z il existe des
polynômes irréductibles de degré arbitrairement grand.
Exemple 5. Soit p un premier. Prouver que le polynôme f (x) = xp−1 + xp−2 + . . . + x + 1
est irréductible sur Z.
Solution. Au lieu de considérer f (x) on considère f (x + 1). Clairement les deux se fac-
torisent de la même façon, il sut donc de montrer que le deuxième est irréductible. À
l'aide des suites géométriques on trouve
(x + 1)p − 1 (x + 1)p − 1
f (x + 1) = =
(x + 1) − 1 x
p−1 p p−2 p p
=x + x + ... + x+ .
1 p−2 p−1
L'irréductibilité suit directement du critère d'Eisenstein : tous les coecients sauf le
premier sont divisibles par p et comme le terme constant vaut p, il n'est pas divisible par
p2 .
8
En particulier a est un zéro de p(x) si et seulement si le polynôme linéaire (x − a) est un
facteur de p(x).
Il peut bien sûr arriver que p soit non seulement divisible par (x − a) mais également
par une plus grande puissance de ce facteur linéaire. Dans ces cas-là on doit compter a
plusieurs fois comme zéro. On dit que a est un zéro k-tuple de p (ou un zéro de multiplicité
k ) si p est divisible par (x − a)k , mais pas par (x − a)k+1 . Avec ces dénitions on peut
formuler l'estimation suivante pour le nombre de zéros d'un polynôme :
Théorème 1.10 (Théorème de l'identité).
1. Soit p ∈ K[x] un polynôme de degré n ≥ 0. Alors p admet au plus n zéros dans
K , en comptant avec multiplicité. De plus p possède exactement n zéros dans K si
p se décompose sur K en facteurs linéaires (autrement dit si p est un produit de
polynômes de degré ≤ 1 avec coecients dans K ).
2. Si p est un polynôme de degré ≤ n et s'il possède au moins n + 1 zéros (avec
multiplicités), alors p est le polynôme identiquement nul.
3. Si p et q sont deux polynômes de degré ≤ n et s'ils prennent la même valeur en au
moins n + 1 points, alors p = q.
Preuve. Supposons que p admette les zéros a1 , . . . , ar ∈ K avec multiplicités respectives
m1 , . . . , mr . D'après la proposition 1.9 il existe un polynôme d ∈ K[x] avec
où a, b, c sont des nombres réels avec a 6= c. Trouver des conditions sur a, b, c pour que P
et Q aient au moins deux zéros communs et trouver dans ces cas tous les zéros de P et
Q.
9
P (1) = P (−1) = 0 nous donnent les conditions a + b + c + 2 = −a + b − c + 2 = 0,
autrement dit a = −c et b = −2. Or dans ce cas-là on obtient
P (x) =x4 − 2x2 + 1 + a(x3 − x) = (x2 − 1)2 + ax(x2 − 1) = (x2 + ax − 1)(x2 − 1),
Q(x) =x4 − 2x2 + 1 − a(x3 − x) = (x2 − 1)2 − ax(x2 − 1) = (x2 − ax − 1)(x2 − 1).
√ √
Les zéros de P sont donc√ x = 1, −1, (−a +
√ a 2 + 4)/2, (−a − a2 + 4)/2, les zéros de
Q sont x = 1, −1, (a + a2 + 4)/2, (a − a2 + 4)/2. En particulier P et Q admettent
vraiment deux zéros communs qui sont x = ±1.
Pour des polynômes à coecients entiers (ou rationnels) les zéros rationnels sont faciles
à trouver. Le lemme suivant réduit fortement les possibilités pour de tels zéros.
Lemme 1.11. Soit p(x) = an xn + . . . + a1 x + a0 un polynôme à coecients entiers avec
an , a0 6= 0. Si u est un zéro rationnel de p et si on écrit u = r/s avec r, s premiers entre
eux, alors r | a0 et s | an .
Preuve. Par hypothèse on a an un + . . . + a1 u + a0 = 0. En multipliant l'équation par sn ,
on obtient
an rn + an−1 rn−1 s + . . . + a1 rsn−1 + a0 sn = 0.
Comme s divise tous les termes à part le premier et que la somme vaut zéro, on doit
avoir s | an rn . Etant donné que s et r sont premiers entre eux, on obtient en eet s | an .
De façon analogue on peut conclure que r | a0 sn et donc r | a0 .
Le conjugué d'un nombre complexe z = x+iy est déni par z = x−iy (il s'agit de l'image
de z par la symétrie par rapport à l'axe réel). Dans le cas d'un polynôme réel les zéros
non réels apparaissent toujours par couples conjugués ; c'est l'énoncé de la proposition
suivante.
Proposition 1.12. Soient p ∈ R[x] un polynôme réel et a ∈ C un nombre complexe. On
a alors p(a) = p(a). En particulier si a est un zéro de multiplicité n de p, alors a est
également un zéro de multiplicité n de p.
Preuve. Soit p(x) = an xn + . . . + a1 x + a0 . On a
p(a) =an · (a)n + . . . + a1 · a + a0 = an · (an ) + . . . + a1 · a + a0
=an · an + . . . + a1 · a + a0 = p(a).
Il s'ensuit clairement que a est un zéro de p si et seulement si a est également un zéro.
Dans ce cas on a p(x) = (x − a)(x − a) · p1 (x). Comme (x − a)(x − a) = x2 − 2<(a)x + |a|2
est un polynôme réel, les coecients de p1 doivent également être réels. Si maintenant a
est un zéro de p1 , on peut mettre en évidence un facteur supplémentaire (x − a)(x − a).
En répétant ce procédé, on remarque que les multiplicités des zéros a et a doivent être
les mêmes.
10
Nous avons déjà beaucoup parlé des zéros des polynômes, mais la question de l'existence
de tels zéros est restée jusqu'ici ouverte.
Théorème 1.13 (Théorème fondamental de l'algèbre). Tout polynôme complexe non
constant admet un zéro complexe.
Par la mise en évidence successive des facteurs linéaires il s'ensuit directement que tout
polynôme complexe de degré n ≥ 1 possède exactement n zéros complexes, comptés avec
multiplicité. Nous sommes enn en mesure de classier les polynômes irréductibles réels
et complexes.
Proposition 1.14. 1. Les polynômes complexes irréductibles sont précisément les po-
lynômes linéaires.
2. Tout polynôme réel irréductible est soit linéaire, soit quadratique de la forme ax2 +
bx + c avec un discriminant négatif D = b2 − 4ac < 0.
Preuve. (a) est une conséquence directe du théorème 1.13. Soit maintenant p un polynôme
réel irréductible. De nouveau par le théorème 1.13 le polynôme p admet un zéro complexe
u. Si u est réel, alors p admet un facteur linéaire et doit donc lui-même être linéaire. Si
u n'est pas réel, alors par la proposition 1.12 le polynôme p admet comme facteur réel
(x − u)(x − u). Par conséquent p doit être un multiple scalaire√de (x − u)(x − u). Comme
les zéros d'un polynôme quadratique sont donnés par (−b ± D)/(2a), le seul cas dans
lequel les zéros ne sont pas réels (et donc le polynôme est irréductible sur R) est quand
D < 0.
Exemple 7. Soit P un polynôme réel tel que pour tout x ∈ R on a P (x) ≥ 0. Montrer
qu'il existe deux polynômes réels Q1 et Q2 avec P = Q21 + Q22 .
Solution. Le coecient dominant c de P doit être positif, sinon on aurait P (x) < 0 pour
des x très grands. D'après la proposition 1.14 il existe des nombres réels a1 , . . . , ar et
b1 , . . . , bs , c1 , . . . , cs avec b2i − 4ci < 0 et
r
Y s
Y
P (x) = c (x − ai ) (x2 + bi x + ci ).
i=1 i=1
Comme P est partout non négatif, les zéros réels ai doivent tous être de multiplicité
√ paire.
Ainsi le premier produit est le carré d'un polynôme réel. On a de plus que c = ( c)2 est
également le carré d'un polynôme réel, il sut donc de montrer que le dernier produit
est la somme de deux carrés de polynômes réels. Chaque facteur s'écrit comme
2
b2i
2 bi
x + bi x + c i = x + + ci − ,
2 4
et vu que ci > b2i /4, le deuxième terme est positif, donc il est bien le carré d'un nombre
réel. Par conséquent chaque terme du dernier produit est la somme de deux carrés, donc
11
leur produit l'est également car nous avons la formule d'Euler bien connue
(X 2 + Y 2 )(Z 2 + U 2 ) = (XZ + Y U )2 + (XU − Y Z)2 .
Solution. Le polynôme identiquement nul est clairement une solution, de même que le
polynôme constant P = 1. Nous allons désormais supposer que P 6= 0. Soit α un zéro
complexe de P . En évaluant le polynôme en α on obtient P (α2 ) = 0, donc α2 est égale-
ment un zéro. En répétant le procédé on voit que α, α2 , α4 , α8 , . . . sont tous des zéros de
P . Comme P n'est pas identiquement nul, il ne peut avoir qu'un nombre ni de zéros.
Il s'ensuit que α = 0 ou |α| = 1. En évaluant P en x = α − 1, on obtient de manière
similaire que (α − 1)2 est aussi un zéro de P . Par l'argument qu'on vient d'invoquer on
a α − 1 = 0 ou |α − 1| = 1 également. Nous allons désormais supposer que α 6= 0, 1 et
nous allons montrer que cela nous conduit à une contradiction.
Nous devrions donc avoir |α| = |α − 1| = 1, c'est-à-dire que les deux nombres se trouvent
sur le cercle unité et leur distance horizontale vaut 1. A l'aide d'un dessin on voit fa-
cilement que ce n'est le cas que pour α1 = eiπ/3 et α2 = ei5π/3 . Or par la première
partie de notre raisonnement α12 , resp. α22 sont également des zéros. Etant donné que
α12 = ei2π/3 6= α1 , α2 , 0, 1 et α22 = ei4π/3 6= α1 , α2 , 0, 1, nous avons la contradiction cher-
chée.
Les seuls zéros possibles de P sont donc 0 et 1. Par conséquent les polynômes cherchés
sont de la forme P (x) = cxm (x − 1)n avec un nombre complexe c 6= 0 et des entiers
non-négatifs m, n. En substituant dans l'équation on obtient
c2 (x + 1)m xm+n (x − 1)n = cx2m (x2 − 1)n .
En appliquant l'identité x2 − 1 = (x − 1)(x + 1) et en comparant les facteurs linéaires et
les coecients dominants des deux côtés, on voit que c = 1 et m = n. Les solutions sont
donc P = 0 et pour n ≥ 1 les polynômes
P (x) = xn (x − 1)n .
2 Polynômes symétriques
2.1 Polynômes symétriques élémentaires
Dans cette section nous allons parler de polynômes en n variables x1 , . . . , xn . Un tel
polynôme s'appelle symétrique s'il ne change pas quand on permute les variables. D'une
12
façon un peu plus formelle on peut dire que P (x1 , . . . , xn ) est symétrique si pour toute
permutation π de {1, 2, . . . , n} on a
P (xπ(1) , xπ(2) , . . . , xπ(n) ) = P (x1 , . . . , xn ).
Les polynômes symétriques les plus simples sont les polynômes symétriques élémentaires
s1 , . . . , sn . Ils sont dénis de la façon suivante :
X
sk = xi 1 xi 2 · · · xi k , 1 ≤ k ≤ n.
i1 <i2 <...<ik
En d'autres termes, sk est la somme de tous les termes possibles obtenus en multipliant
k des n variables diérentes entre elles. Pour rendre cela un peu plus clair voici les
polynômes symétriques élémentaires pour les cas n = 2, 3 explicitement. Pour n = 2 on
a (pour les variables x, y )
u = s1 = x + y, v = s2 = xy.
Nous n'allons pas entrer dans les détails de la preuve car elle est plutôt technique, mais
remarquons que l'existence du polynôme Q est assurée par une méthode de construction
explicite. Cette dernière n'est malheureusement pas très commode à utiliser, voici tout
de même quelques exemples de la façon dont on procède avec un polynôme symétrique
donné pour construire Q. La règle de base est : 'Toujours commencer par les puissances
pures !'
Exemple 9. Factoriser le polynôme
x3 + y 3 + z 3 − 3xyz.
13
Solution. Nous allons exprimer le polynôme en fonction de u, v, w. Pour commencer on
a u2 = x2 + y 2 + z 2 + 2(xy + yz + zx) et donc x2 + y 2 + z 2 = u2 − 2v . Il s'ensuit alors que
u·(u2 −2v) = (x+y +z)(x2 +y 2 +z 2 ) = (x3 +y 3 +z 3 )+(x2 y +x2 z +y 2 x+y 2 z +z 2 x+z 2 y).
D'un autre côté on a uv = (x2 y + x2 z + y 2 x + y 2 z + z 2 x + z 2 y) + 3xyz . En combinant ces
deux résultats on obtient
x3 + y 3 + z 3 = u(u2 − 2v) − (uv − 3w) = u3 − 3uv + 3w
et pour nir
x3 + y 3 + z 3 − 3xyz =(u3 − 3uv + 3w) − 3w = u(u2 − 3v)
=(x + y + z)(x2 + y 2 + z 2 − xy − yz − zx).
Comme le dernier exemple le montre, ces calculs peuvent très vite devenir compliqués.
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déterminés par les coecients du polynôme, mais il est toutefois très dicile (et même
pour n ≥ 5 impossible en général) de les calculer explicitement. Le sens opposé, c'est-à-
dire retrouver les coecients à partir des zéros du polynôme, est très simple, comme la
proposition suivante le montre.
Proposition 2.2 (Viète). Soit P (x) = an xn + . . . + a1 x + a0 un polynôme avec an 6= 0.
Soient α1 , . . . , αn les zéros complexes de P (comptés avec multiplicité), et soit sk le kième
polynôme symétrique élémentaire en les αi . Alors
an−k
sk := sk (α1 , . . . , αn ) = (−1)k · , pour 1 ≤ k ≤ n.
an
En substituant dans la première équation et en comparant les coecients des deux côtés,
l'armation s'ensuit.
Les formules de Viète nous permettent donc d'exprimer les polynômes symétriques élé-
mentaires en les zéros à travers les coecients sans devoir connaître les zéros eux-mêmes.
En combinant ceci avec le théorème 2.1 on obtient ainsi tous les polynômes symétriques
en α1 , . . . , αn . C'est une observation très importante qui peut être appliquée dans de
nombreux cas.
Exemple 11. (Canada 96) Soient α, β et γ les zéros du polynôme x3 − x − 1. Trouver
la valeur de
1−α 1−β 1−γ
A= + + .
1+α 1+β 1+γ
et ainsi A = 1.
15
2e solution. La solution se simplie si on calcule directement avec α0 = 1+α, β 0 = 1+β et
γ 0 = 1+γ . Il est clair que ces nombres seront les zéros du polynôme (x−1)3 −(x−1)−1 =
x3 − 3x2 + 2x − 1. Soient u0 , v 0 , w0 les polynômes symétriques élémentaires correspondants
en α0 , β 0 , γ 0 . On a
2 − α0 2 − β 0 2 − γ 0 2v 0
A= + + = − 3.
α0 β0 γ0 w0
Les formules de Viète donnent dans ce cas-ci v 0 = 2 et w0 = 1 et on obtient de nouveau
A = 1.
Exemple 12 (APMO 03). Soient a, b, c, d, e, f des nombres réels tels que les zéros du
polynôme
p(x) = x8 − 4x7 + 7x6 + ax5 + bx4 + cx3 + dx2 + ex + f
sont tous réels et positifs. Trouver toutes les valeurs possibles de f .
Solution. Soient α1 , . . . , α8 > 0 les huit zéros réels de p. Par Viète on a d'un côté
8
X X
s1 = αk = 4, s2 = αk αl = 7.
k=1 1≤k<l≤8
D'un autre côté l'inéquation de McLaurin (ou AM-GM) donne de faç con générale
s 2 s2
1
≥ .
8 28
A cause de s1 = 4 et s2 = 7 on a même l'égalité dans cette inéquation, mais ce n'est
le cas que si α1 = . . . = α8 . Du fait que s1 = 4, il s'ensuit que tous les αk prennent
la valeur 21 . En appliquant Viète encore une fois on obtient comme seule valeur possible
1
f = ( 12 )8 = 256 .
Exemple 13 (USA 77). Soient a et b deux zéros distincts du polynôme x4 + x3 − 1.
Montrer que ab est un zéro du polynôme x6 + x4 + x3 − x2 − 1.
Solution. On désigne les quatre zéros de p(x) = x4 + x3 − 1 par a, b, c, d. Un calcul simple
montre que ces zéros sont tous diérents car p et p0 n'ont pas de zéros communs. De plus
aucun d'entre eux ne vaut 0. Par Viète on a alors
a + b + c + d = − 1,
ab + ac + ad + bc + bd + cd =0,
abc + bcd + cda + dab =0,
abcd = − 1.
Posons r = ab, s = cd, u = a + b, v = c + d. Les équations ci-dessus deviennent
u + v = − 1,
r + s + uv =0,
rv + su =0,
rs = − 1.
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De la première équation on conclut que v = −1 − u, et de la quatrième que s = −1/r.
En remplaçant ceci dans la troisième équation il s'ensuit que −r(1 + u) − u/r = 0, et
donc u = −r2 /(1 + r2 ). En remplaçant le résultat trouvé dans la deuxième équation on
obtient
1 −r2 −1
r− + · =0
r 1 + r 1 + r2
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Exercices
3. (OMI 88) Montrer que l'ensemble des nombres réels x qui satisfont l'équation
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X k 5
≥
k=1
x−k 4
est une réunion d'intervalles disjoints, telle que la somme de toutes les longueurs
d'intervalle vaut 1988.
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