Saussure et le structuralisme linguistique
Saussure et le structuralisme linguistique
Patrice Maniglier
2005/2 - no 12
pages 27 à 44
ISSN 1623-3883
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L’exégèse saussurienne a eu raison d’un mythe : Saussure n’a pas été et n’a
pas cherché à être le fondateur de la linguistique comme science, mais s’est au
contraire efforcé, à partir d’une réflexion sur la pratique de la grammaire com-
parée et en particulier d’une critique de la méthode des « néo-grammairiens »,
de relever les difficultés singulières que doit rencontrer tout tentative pour faire
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Mais, si le problème de Saussure a donc bien été reçu par les linguistes, on ne
peut en dire autant de la solution qu’il a proposée. Saussure est en effet unique,
sans antécédent et même sans postérité parmi les linguistes, dans la mesure où il
a cherché dans l’objet même de la linguistique, c’est-à-dire dans le langage, la
source de la singularité de ce savoir. Saussure a considéré que cette « non-empi-
ricité » était une propriété du genre de réalité que suppose le langage. Le pro-
blème de Saussure peut être ramené tout entier à cette phrase : « Envisagée par
son côté interne, dans son objet même, la langue nous frappe donc, car c’est là
son premier caractère, comme ne présentant pas d’unités concrètes saisissables
de prime abord, et sans que nous puissions renoncer à l’idée qu’il y en a, et que
c’est leur jeu qui fait la langue. Voici donc le premier point : un caractère qui se
résout en un problème. » (Saussure, 1967, p. 242, n° 1753 4). Ainsi, la linguistique
ne pourrait se constituer sans mettre en évidence, pour la première fois, un genre
de réalités tout à fait nouveau ; elle ouvrirait un domaine qui n’est pas seule-
ment, pourrait-on dire en reprenant le vocabulaire du premier Heidegger, une
« région de l’étant », mais bien un nouveau régime de l’être. On comprend dès
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4. Les textes de Saussure sont systématiquement cités dans l’édition critique du Cours
de linguistique générale établie par Rudolf Engler, avec, parfois, la mention du passage
du Cours de linguistique générale dans l’édition Tullio de Mauro qui leur correspond
(abrégée CLG). Pour l’édition Engler, on se contente de donner le numéro de la page, et
celui du fragment.
5. Un exemple particulièrement intéressant est donné par Jakobson : « Le problème
ontologique de savoir quelle forme de réalité se cache derrière la notion de phonème
ne contient véritablement rien de spécifique pour l’idée de phonème. Ce n’est qu’un
cas particulier d’un problème beaucoup plus large : quel genre de réalité peut-on attri-
buer à toute valeur linguistique et même à toute valeur en général ? » (Jakobson,
1976 : 66). « Le fonctionnement du phonème dans la langue est un phénomène qui
nous mène à la conclusion : le phonème fonctionne, ergo il existe. On a beaucoup trop
discuté sur le mode de cette existence : cette question, concernant non seulement le
phonème mais toute valeur linguistique en général, est évidemment hors de la portée
de la phonologie et même de toute la linguistique, et il serait plus sensé de l’abandon-
ner à la philosophie, particulièrement à l’ontologie, qui spécule sur l’être. La tâche qui
s’impose au linguiste, c’est l’analyse approfondie du phonème, l’étude systématique de
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revanche, on peut penser que cette aventure étrange qui, sous le nom de « struc-
turalisme », en France, a vu se développer de nouvelles ontologies adossées pour
ainsi dire aux voyages de la méthode structurale, a été une sorte de prolonge-
ment inconscient, souvent confus, de la proposition de Saussure.
Quelques auteurs ont nettement perçu l’implication ontologique qui à la fois
soutient la réflexion de Saussure et constitue l’unité problématique du structu-
ralisme : Deleuze (1972), notamment, et, plus récemment, Jean-Claude Milner
(2002). Ce dernier cependant se propose de montrer qu’il ne suffit pas d’avoir, à
la manière de Saussure, mis en évidence la « substance glissante du langage »
(Saussure, 2002 : 281), pour se croire en droit d’affirmer que les conditions qui
permettent de faire de la linguistique une science empirique exigent l’hypothèse
de la langue, c’est-à-dire d’entités incorporelles mais réelles qui préexistent aux
actes de parole 6. Mais s’il est vrai que l’interprétation ontologique du problème
liminaire de la linguistique a été à l’origine du mouvement structuraliste, la pos-
sibilité de faire l’économie de cette interprétation ne peut que couper les
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actes de parole, ni dans une forme syntaxique que le sujet projetterait sur ces
substances. C’est pour cela que la langue, pour Saussure, n’est pas, contrairement
à ce qu’on a pu croire, un système de règles, mais bien un ensemble de « choses
pensées », c’est-à-dire de pensées qui se trouvent occuper les sujets pensants,
sans que l’on puisse dire que ce soit eux qui les aient activement construites. Nous
verrons quelles dimensions phénoménales du langage cette théorie grammati-
cale tente de prendre en compte. Ainsi, la formulation du problème ontologique,
que relèvera en particulier la philosophie française avec Deleuze, Foucault et
Derrida, apparaîtra comme coextensive de ce qu’on pourrait appeler une autre
image de la pensée.
tion d’une grammaire proposée pour L est de déterminer si les suites qu’elle
engendre sont réellement grammaticales ou non, c’est-à-dire acceptables pour
un locuteur indigène, etc. » (Chomsky, 1957, p. 15). On voit bien que cela suppose
deux choses : que les grammaires soient des sortes d’automates (principe de la
récursivité des règles grammaticales), et que la nature des données importe
moins que le jugement que l’on porte sur elle. Aussi, le fait que ces données ne
soient pas des données sensibles devient un problème non pertinent. La théorie
grammaticale n’est pas tant une description de lois de production d’événements
réels que « l’explicitation d’un concept intuitif – en l’occurrence le concept de
“grammatical en anglais” et, plus généralement, le concept de “grammatical” »
(Id., p. 15). Cela ne l’empêche pas d’être un savoir, et même un savoir empirique,
dans la mesure où il est conjectural et réfutable. Autrement dit, la notion
d’« empiricité » est une contrainte portant sur les théories, et non une thèse
concernant l’« objet » : une théorie est « empirique » dans la mesure où elle dis-
pose de procédures permettant de réfuter ses hypothèses. La linguistique dispose
de telles « données empiriques » : ce sont les jugements de grammaticalité. Ainsi,
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7. Ainsi, Tullio de Mauro (in CLG. 403), qui reproche à Chomsky de n’avoir pas posé le
problème de la « définition et de l’identification du signe ».
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permis impunément de substituer ainsi d’un seul coup des entités abstraites au
8. « […] les unités appelées unités concrètes (qui n’ont pas besoin d’une opération de
l’esprit pour exister) […] » (241, n° 1745 ; CLG 149).
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préalablement données, ou, pour être plus précis, les catégories grammaticales
ne sauraient être que des « abstractions » obtenues à partir d’entités concrètes
qui sont elles-mêmes des sensations.
Il est en effet un phénomène dont, selon Saussure, toute théorie adéquate du
langage doit rendre compte : il s’agit du caractère intuitif de l’analyse dite
« grammaticale ». La décomposition d’une performance langagière en unités
articulées n’est pas une opération du sujet parlant, mais une expérience immé-
diate 9 : « La langue ne peut pas procéder comme le grammairien ; elle est à un
autre point de vue et les mêmes éléments ne lui sont pas donné ; elle fait ce qui
par le grammairien est considéré comme des erreurs, mais qui n’en sont pas, car
il n’y a de sanctionné par la langue que ce qui est immédiatement reconnu par
elle. Entre l’analyse subjective des sujets parlants eux-mêmes (qui seule importe !)
et l’analyse objective des grammairiens il n’y a donc aucune correspondance,
quoiqu’elles soient fondées toutes deux en définitive sur la même méthode
(confrontation des séries). » (415, n° 2759). La théorie du langage doit être adé-
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9. Saussure parle de « division ressentie » (386, n° 2574), d’« analyse ressentie » (387,
n° 2580), de « reconnaître des subdivisions ressenties dans le mot » (416, n° 2762), de
« division ressentie » (386, n° 2574), etc.
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plus fidèle à la psychologie concrète des sujets parlants, est donc le suivant : com-
ment comprendre que, alors que le donné sensible n’est pas en tant que tel arti-
culé, il puisse être pour ainsi dire directement perçu comme analysé par le sujet ?
On peut dire que toute la théorie de la langue et de la parole, toute la théorie
du « mécanisme de la parole » (avec syntagme et paradigme), ainsi que le
concept saussurien de « système », s’inscrivent dans le projet de construction d’un
modèle théorique permettant de rendre compte de ce caractère intuitif de l’ana-
lyse. Car, si l’analyse ne saurait être donnée dans la substance même d’une
parole, elle n’est pas non plus tout à fait en dehors de cette substance, dans des
modèles formels que le sujet appliquerait au donné. Elle consiste en réalité en
une analyse des substances linguistiques par elles-mêmes ou les unes par les
autres. Tout le problème est d’expliquer comme une telle analyse intuitive,
immédiate, involontaire, subconsciente, est possible, alors que tout les adjectifs
qui la qualifient semblent précisément en contradiction directe avec son carac-
tère même d’analyse. Il s’agit de construire ce qu’on pourrait appeler une « gram-
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maire concrète ».
10. En réalité ces impressions sont elles-mêmes complexes. Mais c’est que la théorie de
l’analyse saussurienne sépare clairement deux niveaux : celui de la constitution de ces
entités concrètes que sont les formes linguistiques qui relèvent de la théorie du
signifiant et du signifié, que nous n’aborderons pas ici, et celui de leur comparaison, qui
seule importe pour la grammaire concrète : « quand nous disons que l’esprit associe une
forme avec une forme, nous voulons dire la forme revêtue de son idée. […] Dans toute
association de formes le sens y joue son rôle. Cela bien entendu, prenons l’association
de forme à forme. » (286, n° 2025). On peut faire cependant comme si ces formes
étaient données, et c’est ce plan que suit Saussure en particulier dans sa première leçon
de linguistique générale : « On peut admettre provisoirement que ces unités nous sont
données. On peut parler des mots de la langue comme si c’étaient des touts séparés en
eux-mêmes. » (257, n° 1850). En fait, ces deux moments correspondent chez Saussure à
une théorie originale de la « double articulation » au sens de Martinet (1968, p. 1-35).
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11. C’est bien ainsi que Chomsky conçoit le rapport du langage à la pensée. On peut se
reporter, pour une présentation très accessible de la dernière version de la grammaire
générative à Pinker (1995), en particulier ch. 4, et 195sq., ou, plus savante, à
l’introduction de A. Rouveret dans la traduction française de Chomsky (1982).
12. « À l’inverse du formalisme, le structuralisme refuse d’opposer le concret à l’abstrait,
et de reconnaître au second une valeur privilégiée. La forme se définit par opposition
à une matière qui lui est étrangère ; mais la structure n’a pas de contenu distinct : elle
est le contenu même, appréhendé dans une organisation logique conçue comme une
propriété du réel. » (Lévi-Strauss, 1973, p. 139). Tout l’article « La structure et la forme »
est une illustration de ce point de vue, à partir d’une discussion de la méthode d’ana-
lyse des contes de Propp. Il s’agit d’un des exposés les plus clairs et les plus stimulants
sur la notion même de structure.
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13. Pour la manière dont Chomsky se raconte l’histoire de la question de l’esprit, voir
Chomsky, 1965 : 69sq. et Chomsky, 1966.
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14. « Le fait qui dans une certaine mesure semble envelopper contradiction de la non-
liberté de ce qui est libre, ce fait pourrait s’appeler familièrement le phénomène de la
carte forcée. » (159, n° 1177).
15. Le terme linguistique se donne comme étant « forcé de s’analyser » (295, n° 2081).
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comprendrait pas pour quelle raison une forme parfaitement identique, par
exemple belessi, pouvait díabord Ítre analysée beles-si, puis bel-essi : « Le chan-
gement survenu dans l’aperception de belessi resterait lettre close si nous en
cherchions la raison dans la forme elle-même. Elle a sa source unique dans les
formes concurrentes, ainsi que nous l’avons déjà dit. Comme l’élément – es – ne
se retrouve pas dans belei, belewn, etc., depuis la chute de l’s, la langue n’a
aucune indication qui lui permette de couper beles-si, et elle coupe maintenant
bel-essi. Ainsi le mouvement ne s’est pas produit entre beles-si et bel-essi, ce qui
serait simplement absurde à dire. Mais comme toujours en morphologie le mou-
vement vient d’à côté. Et nous retrouvons la condition primordiale de toute opé-
ration morphologique. Elle porte sur la diversité ou sur le rapport des formes
simultanées. » (Saussure, 2002 : 189). C’est bien ce caractère latéral de l’analyse
qui explique son caractère purement factuel pour le sujet. La systématicité est
donc la condition même de la contingence. L’analyse intuitive est une analyse à
la nature de laquelle il appartient de varier, et là n’est pas le moindre des argu-
ments qui plaide en sa faveur, contre « l’hypothèse de l’analyse positive ». Un
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Ainsi l’analyse de quadru-plex est pour un Romain parfaitement claire, mais celle
de sé-parer pour un français est opaque. Aussi, lorsqu’on demande quelles sont
les sous-unités d’une forme, « la réponse est loin de pouvoir se donner d’un seul
coup et dans beaucoup de cas elle sera douteuse. Ce qui est certain d’emblée,
c’est que le total ne se résoudra pas dans un tableau parfaitement net au point
de vue statique de la langue : les hésitations, les à peu près, les demi-analyses,
sont un caractère constant des résultats auxquels arrive la langue par son acti-
vité. » (392, n° 2601). Il est donc de la nature même de la langue, du système syn-
chronique de la langue, de produire son effet essentiel (analyser des continuums)
de manière statistique et par nature variable. Il y a souvent plusieurs interpréta-
tions possibles. La détermination des unités est une détermination par nature
floue. On peut à nouveau tenir cela pour un fait linguistique, et un fait d’ailleurs
particulièrement gênant. C’est sans doute l’un des arguments les plus forts en
faveur de l’hypothèse de la quatrième proportionnelle que le fait qu’elle per-
mette de rendre compte de ces hésitations, de ces désaccords, qui constituent à
certains égards la vie de la grammaire. C’est, on le sait, une des difficultés les plus
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17. Toute la critique de Labov porte précisément sur ce point : « On le voit bien lors de
toutes les réunions linguistiques, où les communications se succèdent pour juger
acceptables ou irrecevables telles données décisives, sans jamais rencontrer l’accord de
l’auditoire. […] Quand ils voient leurs données contestées en congrès, les auteurs ont
coutume de se défendre en affirmant qu’il existe de nombreux “dialectes” et que les
arguments qu’ils soutiennent valent pour “le leur”. » (Labov, 1972, p. 267). Cette
variabilité interne serait donc due, selon Saussure lui-même, à la pluralité et même,
peut-on dire, à la concurrence entre plusieurs systèmes. Il est vrai que cette critique de
la grammaire générative vaut plutôt pour sa première version, et se trouve nettement
moins pertinente pour l’actuel modèle « Principes et paramètres » (Chomsky, 1982).
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non plus dans une représentation abstraite, mais dans un vécu concret ; contin-
gente et soumise aux aléas les plus divers du matériau linguistique ; enfin par
nature variable, c’est-à-dire intensive, affaire de plus et de moins, et non pas de
oui et de non. Toutes ces propriétés de l’analyse opposent très clairement la
conception que Saussure se fait du processus articulatoire à celle d’un Chomsky.
C’est cette exigence théorique, et non pas un préjugé épistémologique, qui
amène Saussure à affirmer qu’on ne peut rendre compte du fonctionnement
grammatical sans faire l’hypothèse de la présence, sur un mode latent ou virtuel,
d’un trésor de formes déjà données, bref de la langue comme chose mentale. La
« sémiologie » et en particulier la théorie de la valeur n’a pas d’autre ambition
que de dégager le mode d’être de ces entités incorporelles mais réelles qui la
constituent. En Saussure le structuralisme commence : non pas comme un corps
de doctrine, ni même comme une méthode, mais comme le nouage d’un pro-
blème théorique et d’un problème philosophique. Faire une histoire du structu-
ralisme exige de prendre en compte chaque fois l’intrication des hypothèses
théoriques et des constructions philosophiques. C’est ce que, sur un aspect parti-
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RÉSUMÉ
L’exégèse saussurienne permet de reconstruire une autre histoire de la notion de structure :
Disant que le langage est fait de signes, Saussure ne propose pas une autre théorie de la
signification, mais attire l’attention sur le problème ontologique que posent les obser-
vables de la linguistique, d’où découle la notion d’identité structurale. Cependant, comme
l’a montré Jean-Claude Milner, la grammaire générative de Chomsky, déplaçant le pro-
blème au plan épistémologique, fait l’économie de toute hypothèse ontologique sur le lan-
gage, en le considérant comme une activité cognitive, faite de règles et de jugements. Cet
article montre que Saussure n’a pas ignoré une éventualité de ce genre (« grammaires
générales »), mais l’a écartée pour construire une grammaire intuitive, qui considère la
langue non comme un ensemble de règles, mais comme un « trésor » de pensées incons-
cientes. À travers elle, il s’agit de rendre compte de certaines propriétés empiriques du lan-
gage naturel (en particulier sa variabilité diachronique et synchronique), propriétés qui se
trouvent être celles sur lesquelles le programme génératif bute aujourd’hui.
MOTS-CLÉS
Structure, linguistique, ontologie du langage.
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SUMMARY
Saussurian exegesis enables us to frame out another history for the Notion of structure.
Stating that language is made of signs, Saussure does not try another theory of meaning,
but calls our attention towards the ontological problem that the very notion of observa-
tion raises in linguistics, from which will stem the concept of structural identity. However,
Jean-Claude Milner is right to say that Chomsky’s generative grammar, stating the problem
on an espistemological level, is entitled to escape any ontological hypothesis about lan-
guage, considering it as a cognitive activity, made of rules and judgments. But this paper
shows that Saussure has not ignore such a theoretical hypothesis (that « general gram-
mars » of the 17th century exemplified for him), but put it aside deliberately in order to
propose a kind of intuitive grammar that considers language not as a set of rules, but as a
«treasure» of unconscious thoughts. He tried by this to give an acount of some empirical
properties of natural languages, mainly their diachronical and synchronical variability –
upon which, precisely, the generative programm has fallen down recently.
KEY-WORDS
Structure, Linguistic, Language ontologie.
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