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Volumes en radiothérapie : ICRU 50 et 62

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Cancer/Radiother 2001 ; 5 : 472-8

© 2001 Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés


S1278321801001172/SSU

Définition des volumes en radiothérapie externe : rapports ICRU 50 et 62

J. Chavaudra*, A. Bridier
Service de physique, institut Gustave-Roussy, 94805 Villejuif cedex, France

RÉSUMÉ volume à traiter de manière à respecter la tolérance des


La prescription et la réalisation de la radiothérapie impli- tissus sains environnants, avec la mise en œuvre d’essais
quent la définition précise des volumes–cibles et des doses thérapeutiques nécessitant des descriptions précises des
qui doivent y être délivrées. La nécessité d’utiliser à cet effet traitements, supposés identiques pour des groupes de
un vocabulaire cohérent, reconnu du niveau local au niveau patients homogènes. Ces techniques ont mis en évidence
international, a conduit l’International Commission on le besoin de définitions précises des descripteurs des trai-
Radiation Units and Measurements (ICRU) à publier, pour la tements, reposant sur des critères objectifs et concernant
radiothérapie externe, des recommandations dans deux rap- en particulier les volumes–cibles et les doses qui doivent
ports, le rapport ICRU 50 en 1993 et le rapport 62 en 1999. être rapportés pour chaque patient.
Cet article présente les principales propositions de l’ICRU Déjà, l’International Commission on Radiation Units
relatives aux volumes–cibles, ainsi que des commentaires et and Measurements (ICRU) avait formulé des recomman-
recommandations pour leur utilisation. © 2001 Éditions dations à ce propos dès 1978 dans son rapport 29 [1], des-
scientifiques et médicales Elsevier SAS tiné au compte rendu de la radiothérapie externe par fais-
ICRU / radiothérapie externe / volumes–cibles
ceaux de photons et d’électrons. Devant l’évolution des
équipements de préparation et de réalisation de la radio-
thérapie, permettant, avec des moyens dosimétriques évo-
lués, de mettre en œuvre des techniques de traitement plus
ABSTRACT complexes, l’ICRU a publié deux nouveaux rapports, le
Definition of volumes in external radiotherapy: ICRU rapport 50 (1993) et le rapport 62 (1999), ce dernier cons-
reports 50 and 62. tituant en fait un supplément du rapport 50, consacrés à la
Prescribing and achieving radiotherapy require accurate prescription, l’enregistrement et le compte rendu de la
definitions of the target volumes and of the dose to be deliv-
radiothérapie externe par faisceaux de photons [2, 3]. Un
ered in them. The need for the availability of a coherent
nouveau rapport sera publié prochainement, avec les
vocabulary, recognized from local to international levels, has
mêmes objectifs, à propos de la radiothérapie externe par
justified the publication, by the ICRU, of two reports related
faisceaux d’électrons.
to external radiotherapy, the Report 50 (1993) and the Report
62 (1999). This paper presents the main propositions of the
ICRU for the definition of the volumes, as well as comments CONTEXTE DES RECOMMANDATIONS
and recommendations for their use. © 2001 Éditions scien- DE L’ICRU
tifiques et médicales Elsevier SAS

external radiotherapy / ICRU / target–volumes La mise en œuvre d’une radiothérapie nécessite a priori
deux informations fondamentales [4, 5] :
– la prescription du traitement, qui consiste à définir les
L’évolution des techniques de radiothérapie est associée à volumes–cibles, la dose qui doit y être délivrée, et la dose
la délivrance de doses de plus en plus élevées à des volu- à ne pas dépasser au niveau des organes à risques ;
mes dont on cherche à réduire les dimensions autour du – la prescription de la technique d’irradiation, qui conduit
à préciser le type et le nombre des faisceaux, la géométrie
de l’irradiation, et les paramètres de réglage de l’appareil.
La réalisation de cette prescription entraîne en particu-
*Correspondance et tirés à part. lier la constitution de documents de deux types :
ICRU 473

– l’enregistrement de ces données dans le dossier techni-


que du patient (recording) qui est destiné aux personnes
intéressées du département de radiothérapie, pour la réa-
lisation au jour le jour des irradiations, pour une reprise
éventuelle du traitement, pour l’interprétation des résul-
tats et pour aider à l’évolution des techniques. Il doit être
clair, précis, et compréhensible par tous les acteurs du
département, et permettre aisément le contrôle de qualité.
– Le résumé compte rendu (reporting) rédigé après une
séquence de traitement, doit répondre à plus de contrain-
tes de clarté que le précédent, car il peut être consulté et
utilisé par d’autres spécialistes que les acteurs du dépar-
tement de radiothérapie, éventuellement hors de l’établis-
sement (y compris par le « correspondant » extérieur). Le
cas d’études multicentriques ou la mise en œuvre d’un
protocole publié, associé à la rédaction ou l’utilisation
d’un compte rendu exploité par des utilisateurs dont la
langue maternelle peut être différente, justifie encore plus
la démarche de l’ICRU visant à l’établissement d’un
vocabulaire et de définitions admises à l’échelle interna-
tionale. Figure 1. Illustration des divers systèmes de coordonnées dont il faut
Le but et le rôle de l’ICRU ne sont pas de recommander assurer la cohérence pour un repérage correct des volumes–cibles
d’après l’ICRU [3]. CP : système de coordonnées lié au patient par
des techniques de traitement et des niveaux de doses. La l’intermédiaire d’un point de référence interne. CI : système de coordon-
prescription d’un traitement est la responsabilité des nées lié à l’appareil d’imagerie, à relier au patient par un point de réfé-
radiothérapeutes qui ont pris le patient en charge, et ils rence interne visible sur l’image. CR : système de coordonnées lié à
l’appareil de simulation et à l’appareil de radiothérapie, à relier au
peuvent la formuler comme ils le souhaitent. patient par un point de référence externe.
Pour le compte rendu, il en est différemment puisqu’il
est toujours possible de traduire les données d’un traite-
ment respectant les habitudes locales en une information
tion, et d’offrir un résumé de fin de traitement rendant
compréhensible sans ambiguïté par ceux qui en ont
compte, sans ambiguïté, du traitement correspondant à un
besoin. Par ailleurs, l’ICRU a toujours eu le souci de pro-
patient donné.
poser des outils utilisables par le plus grand nombre et
non réservés à quelques centres internationaux de réfé-
rence. Points de référence, systèmes de coordonnées
Il est cependant clair que le maximum de transparence
et de sécurité est obtenu lorsque toutes les étapes de la La définition des volumes ne peut être dissociée de la
préparation et de la réalisation des traitements sont consi- localisation de ces volumes par rapport à des repères liés
gnées dans un système cohérent d’information. au patient, à l’appareil de radiothérapie, ou à l’appareil
utilisé pour la quantification et l’enregistrement des don-
nées anatomiques. En effet, avec la précision de quelques
RECOMMANDATIONS POUR LA DÉFINITION millimètres nécessaire pour certaines localisations, il est
DES VOLUMES–CIBLES indispensable d’être en mesure de faire coïncider des
informations émanant de différentes sources de données
anatomiques et de pouvoir placer correctement les fais-
Lors de la préparation des rapports 50 et 62 de l’ICRU, un ceaux par rapport aux organes à risques et au volume–ci-
effort particulier a été apporté à la définition des ble. On a pour cela recours aux systèmes classiques de
volumes–cibles, le rapport 62 complétant les définitions coordonnées orthogonales, telles que ceux décrits dans la
du rapport 50 par des recommandations sur les utilisa- figure 1.
tions, et des précisions sur certains concepts. Ces systèmes de coordonnées ayant des directions bien
L’objectif est évidemment de permettre de réaliser une définies, il reste à les mettre en coïncidence grâce à des
meilleure prescription en offrant des outils objectifs de points de référence anatomiques repérables sur le patient,
description des volumes–cibles et des volumes des orga- sur les données des systèmes d’imagerie et lors de la mise
nes à risques, d’améliorer l’assurance de qualité de la réa- en place des faisceaux sur le simulateur ou l’appareil de
lisation par une meilleure compréhension de la prescrip- traitement.
474 J. Chavaudra, A. Bridier

On distingue les points de référence internes, qui sont Par analogie avec la mise en œuvre d’autres moyens
généralement déterminés à partir de structures osseuses thérapeutiques, on peut prévoir que le volume–cible ana-
ou des activités remplies d’air, et les points de référence tomoclinique doit recevoir une dose adéquate, permettant
externes, point visibles ou palpables à la surface ou près la disparition des cellules tumorales pour obtenir le
de la surface du corps, ou des points appartenant à des contrôle local.
systèmes de contention ou des éléments des appareils liés Différents volumes–cibles anatomocliniques peuvent
au patient. être définis pour une même région anatomique, en diffé-
La définition de ces points de référence est délicate car renciant par exemple la tumeur principale des extensions
elle doit concerner des parties du corps non soumises à ganglionnaires ou en définissant des volumes recevant des
des mouvements physiologiques notables, et aisément niveaux de dose différents (ce qui correspond à des objec-
repérables sur des systèmes d’imagerie (références inter- tifs thérapeutiques différents ou des niveaux de tolérance
nes) ou en vision directe (références externes), la réfé- différents).
rence finale étant liée à l’appareil de traitement et à ses On pourra par exemple considérer comme un volu-
faisceaux. La première réflexion doit concerner la relation me–cible différent le volume réduit faisant l’objet d’un
entre les points de référence internes et externes, et leur complément d’irradiation. Ce volume réduit pourra dans
fiabilité. certains cas correspondre à la « tumeur macroscopique ».
La reconnaissance de ces différents volumes s’effectue
Recommandations pour la définition des généralement sur la base de la concentration en cellules
volumes liés seulement au patient et qui ne tumorales dans les tissus, qui justifie les différents
dépendent que des observations cliniques niveaux de dose nécessaires pour le contrôle local.

Avant tout choix des modalités thérapeutiques, l’évalua- Organes à risque (organs at risk, OR)
tion du « volume tumoral » et du stade doivent s’effectuer Il s’agit des tissus normaux dont la sensibilité à l’irradia-
avec un maximum de précision, cette évaluation pouvant tion peut conduire à modifier la prescription du plan de
être le fait de différents spécialistes, oncologue, chirur- traitement. Le terme organe à risque est préférable à
gien, radiothérapeute, aboutissant en principe aux mêmes organe critique car des organes à risque ne sont pas for-
conclusions (à partir des mêmes données iconographi- cément des organes critiques en raison de l’importance
ques, cliniques et biologiques). L’objectivité et l’univer- des risques qu’ils sont susceptibles de faire encourir au
salité des descriptions peuvent en outre être améliorées en patient, d’autant plus lorsqu’ils ne sont irradiés que par-
utilisant un code tel que celui suggéré dans le rapport 50 tiellement.
[2], et inspiré des classifications de l’OMS.
Notion de « criticité » des organes à risque
Volume tumoral macroscopique (gross tumour Trois classes d’organes à risques ont été suggérées :
volume, GTV) – la classe 1, correspond aux organes « critiques » car
Il comprend l’ensemble des lésions tumorales, mesura- susceptibles, en cas de lésions graves, d’entraîner la mort
bles, palpables ou visibles avec les moyens actuels d’ima- ou une morbidité sévère ;
gerie. Il correspond à ce que l’on appelait « la tumeur » – la classe 2, correspond aux organes à risque dont la
en première approche, révélant une concentration élevée lésion est susceptible d’entraîner une morbidité modérée
de cellules tumorales dans les tissus. à faible ;
– la classe 3, correspond aux organes à risque dont la
Volume–cible anatomoclinique (clinical target volume, lésion conduit à une morbidité transitoire ou pas de mor-
CTV) bidité.
Il comprend l’ensemble du volume anatomique dans D’autre part, pour la prise en compte de la dose accep-
lequel on veut éradiquer la maladie cancéreuse macrosco- table au niveau de ces organes à risque, la notion de sous-
pique et/ou microscopique. Il implique l’évaluation des unité fonctionnelle permet une modélisation qui, selon
risques d’envahissement en fonction des connaissances que ces organes présentent des structures série ou paral-
cliniques, et la prise en compte de risques encourus éven- lèle, ou série parallèle, peut mettre en évidence les diffé-
tuellement par les tissus sains inclus dans ce volume. Il rences de conséquences d’une lésion d’une sous-unité
est défini selon les mêmes principes que le volume tumo- fonctionnelle.
ral macroscopique, avec une marge de sécurité définie Il apparaît donc que l’on utilise souvent de manière abu-
autour du volume tumoral macroscopique, lorsqu’il sive le terme d’organe critique, au lieu d’organe à risque.
existe, qui ne dépend que des incertitudes anatomoclini- NB : un patient donné devrait donc théoriquement faire
ques. En cas de tumorectomie, il ne peut s’agir que du l’objet d’une même évaluation et d’une même description
« lit tumoral ». des volumes tumoraux macroscopiques et des volumes
ICRU 475

cibles anatomocliniques (ainsi que des organes à risque),


quelle que soit l’équipe médicale consultée.

Recommandations pour la définition des


volumes à considérer pour l’établissement
du plan de traitement

Lorsque l’on a choisi les modalités thérapeutiques, en


l’occurrence la radiothérapie, les techniques utilisées
comportent en elles-mêmes des sources d’incertitudes
résultant par exemple des mouvements des organes ou du
patient par rapport à l’appareil de traitement et de ses fais- Figure 2. Illustration schématique du principe des volumes définis par
ceaux, les limites de reproductibilité de la mise en place l’ICRU [2]. Le volume tumoral macroscopique se rapporte à la tumeur
« visible ». Le volume–cible anatomoclinique comporte la tumeur
du patient lors des différentes séances, ou des imperfec- (quand elle est présente) et des tissus envahis ou suspectés d’être enva-
tions de l’appareillage. his microscopiquement. Ses limites ne dépendent que des incertitudes
Il en résulte la nécessité de prévoir des marges de sécu- anatomocliniques. Le volume–cible prévisionnel comporte une marge
établie autour du volume–cible anatomoclinique pour prendre en compte
rité autour des volumes « cliniques », de telle sorte que ses variations de position, de forme et de dimensions, liées aux mouve-
l’irradiation des volumes–cibles anatomocliniques reste ments du patient ou de ses organes, et aux incertitudes de mise en place
correcte malgré les incertitudes ci-dessus, de nature des faisceaux. Fixe par rapport aux faisceaux, il contient toujours le
volume–cible anatomoclinique. Les marges n’ont pas nécessairement la
essentiellement géométrique. même largeur dans toutes les directions. C’est ce volume que l’on
s’efforce d’irradier au mieux avec l’optimisation du plan de traitement,
pour être sûr de bien irradier le volume–cible anatomoclinique. Le
Volume–cible prévisionnel (planning target volume, volume traité apparaît comme le volume total de tissus recevant au
moins la dose minimale délivrée au volume–cible prévisionnel, dose
PTV) nécessaire pour obtenir le résultat attendu du traitement. Dans le cadre
Il s’agit du volume le plus large, tenant compte de toutes d’une radiothérapie conformationnelle, ce volume est très proche de
celui du volume–cible prévisionnel. Le volume irradié est le volume qui
les incertitudes, et sur lequel s’effectue l’étude dosimétri- reçoit une dose considérée comme importante pour la tolérance des tis-
que permettant de définir le plan de traitement (figure 2). sus sains (hors organes à risques).
Concept géométrique, il est défini à partir du volu-
me–cible anatomoclinique, et d’une marge de sécurité
prenant en compte toutes les incertitudes liées au patient, On peut schématiquement considérer que les incertitu-
à la mise en place, et à l’équipement. Pour des raisons des conduisant à la définition de la marge globale peuvent
évidentes, les marges peuvent ne pas avoir la même être estimées en observant d’une part celles liées au
importance dans toutes les directions. En outre, ce volume patient proprement dit, et celles liées à la mise en place
peut être limité dans certaines directions à cause de la sur l’appareil de traitement et aux imperfections de cet
tolérance des organes à risque. appareil. Cela correspond d’ailleurs, dans une certaine
Le volume–cible prévisionnel est, par essence, un mesure, à des études mettant en œuvre des approches et
volume fixe par rapport au système de coordonnées de des moyens différents, et l’utilisation de nouveaux
l’appareil d’irradiation et tel que, s’il est irradié confor- concepts, entraînant de entraînant de nouvelles défini-
mément aux prévisions, le volume–cible anatomoclini- tions.
que, qui reste à l’intérieur de lui, est correctement irradié. L’ICRU a donc défini deux marges élémentaires répon-
L’évaluation de la marge de sécurité est encore souvent dant à ce besoin, et dont la combinaison doit permettre de
empirique, et peut varier selon la localisation anatomique mieux évaluer la marge globale permettant de passer du
et les moyens techniques dont on dispose. Un patient volume–cible anatomoclinique au volume–cible prévi-
donné peut donc faire l’objet d’une prescription de volu- sionnel.
me–cible prévisionnel différente d’une équipe médicale à
une autre, à cause du facteur subjectif inévitable, mais
aussi des moyens disponibles. La marge interne (internal margin, IM)
Au cours de la dernière décennie, cependant, un certain et le volume–cible interne (internal target
nombre d’études ont été entreprises pour essayer d’amé- volume, ITV)
liorer l’évaluation de la marge globale conduisant au
volume–cible prévisionnel, rapporté notamment dans le La marge interne est ajoutée au volume–cible anatomo-
rapport ICRU 62 [3], et dans un nombre croissant de clinique (CTV) pour prendre en compte les mouvements
publications (voir par exemple [6-13]). physiologiques des organes dans le patient, relevés par
476 J. Chavaudra, A. Bridier

rapport au système de coordonnées internes liés au


patient.
Il s’agit par exemple des variations du volume–cible
anatomoclinique (position, forme, taille) résultant des
mouvements respiratoires, du remplissage de la vessie ou
du rectum, des battements cardiaques, ou de la dégluti-
tion. Cela conduit à la définition d’un volume intermé-
diaire entre le volume–cible prévisionnel (PTV) et le
volume–cible anatomoclinique (CTV), le volume–cible
interne (internal target volume, ITV), qui représente le
volume entourant le volume–cible anatomoclinique et sa
marge interne. Il est lié au système de coordonnées inter-
nes du patient et, dans ce patient, concept géométrique,
représente la région de l’espace où se trouve toujours le
volume–cible anatomoclinique, le patient dans son
ensemble, représenté par le point de référence interne, res-
tant immobile. On peut l’observer par exemple, dans une
tumeur thoracique, à partir de radioscopies quantitatives,
le point de référence interne étant choisi au niveau du
rachis.

Figure 3. Représentation schématique des relations entre les différents


La marge correspondant aux incertitudes volumes et de la combinaison des marges d’après l’ICRU [3]. GTV :
de réalisation du traitement (set-up margin, SM) volume tumoral macroscopique ; CTV : volume–cible anatomoclini-
que ; SI : marge correspondant à un envahissement microscopique
prouvé ou suspecté (subclinical invasion) ; IM : marge interne ; SM :
marge liée aux incertitudes de mise en place et à l’appareillage. La limite
Cette marge correspond au décalage potentiel entre la externe correspond au volume–cible prévisionnel (PTV). Scénario A :
zone irradiée (coordonnées de l’installation) et le volume on retrouve le volume–cible anatomoclinique constitué par le volume
interne (coordonnées du patient), lié à des inexactitudes tumoral macroscopique et la marge correspondant à un envahissement
subclinique. Avec la marge interne et la marge liée aux incertitudes de
ou à un manque de reproductibilité. Les paramètres mise en place et de l’appareillage, on détermine un volume–cible pré-
concernés peuvent être des variations de mise en place du visionnel qui, dans ce cas, est maximal puisque les deux marges sont
patient, des défauts de la géométrie de l’installation, des ajoutées simplement. Scénario B : pour éviter d’irradier un volume–ci-
ble prévisionnel trop grand (tolérance des tissus sains), on peut consi-
incertitudes sur les données dosimétriques (par exemple dérer une combinaison quadratique des marges, supposant des relations
énergie des électrons et la profondeur du parcours théra- statistiques entre les incertitudes sur lesquelles reposent les marges, à
peutique, prise en compte des hétérogénéités, etc.), des mettre en évidence et à évaluer dans la mesure du possible. Scénario C :
ce cas correspond à des situations où la présence d’organes à risques
erreurs de conversion de données géométriques entre la conduit à admettre un niveau de probabilités plus élevé pour les risques
simulation et l’appareil de traitement, ou des facteurs liés aux incertitudes portant à la fois sur les aspects anatomocliniques et
humains. les aspects techniques. NB : afin de faciliter l’interprétation des docu-
ments utilisés pour les plans de traitement, l’ICRU propose un code des
Le volume–cible prévisionnel (PTV) s’obtient donc en couleurs relatif aux principaux types de volumes : volume tumoral
« ajoutant » au volume–cible interne la marge correspon- macroscopique : rouge. Volume–cible anatomoclinique : rose. Volu-
me–cible prévisionnel : bleu clair. Organe à risque : vert foncé. Volume
dant aux incertitudes de réalisation du traitement, de telle prévisionnel des organes à risque : noir.
sorte qu’il représente effectivement, dans des coordon-
nées fixes par rapport à l’installation, le lieu où se trouve
toujours le volume–cible interne et, à fortiori, le volu-
me–cible anatomoclinique. Si la zone de l’espace rece- prévisionnel de « sécurité » (un peu trop grand) et les ris-
vant la dose prescrite correspond au volume-cible prévi- ques associés à l’irradiation d’organes à risques (figure
sionnel, la dose reçue par le volume–cible 3).
anatomoclinique doit être correcte. NB2 : en simulant le traitement, il ne faut pas perdre de
NB1 : la détermination réelle du volume–cible prévi- vue le fait que le volume–cible prévisionnel doit être irra-
sionnel n’est pas si simple qu’il peut paraître. On ne peut dié correctement (en respectant les critères d’homogé-
concevoir une simple addition des marges, pour des rai- néité de la dose), et que la définition des dimensions des
sons qui tiennent au caractère aléatoire de certaines de faisceaux doit tenir compte de la pénombre de ces fais-
ces marges, et à cause du compromis qui doit être accepté ceaux (le volume–cible prévisionnel ne prend pas en
par le radiothérapeute entre le choix d’un volume–cible compte les données dosimétriques des faisceaux).
ICRU 477

Volume prévisionnel des organes à risque (planning recevant une dose supérieure à une valeur donnée, de
organ at risk volume, PRV) manière à faire reposer l’optimisation du traitement sur
Les notions précédentes ont été étendues aux organes à des critères objectifs, et d’être mieux en mesure, le cas
risque, avec la définition du volume prévisionnel des échéant, de juger si une complication est due à un choix
organes à risque. Ce volume correspond à la définition, de dose inadéquat dans la prescription, et/ou à la mau-
autour des organes à risque, de marges tenant compte de vaise définition du volume prévisionnel.
leurs mouvements ou déformations à l’intérieur du corps, Le volume traité est le volume entouré d’une surface
et des conséquences des incertitudes de mise en place isodose spécifiée par le radiothérapeute, correspondant à
durant le traitement. Ces marges peuvent être réduites un niveau de dose minimal permettant d’atteindre le but
pour certaines localisations (crâniennes avec cadre stéréo- du traitement.
taxique par exemple), ou assez importantes pour d’autres Dans l’idéal, ce volume traité devrait correspondre au
telles que les localisations intrathoraciques. volume prévisionnel. Il dépend bien sûr de la technique
d’irradiation, mais aussi des moyens dont on dispose pour
Recommandations pour la définition des déterminer la distribution des doses en volume. Le niveau
volumes à considérer dans l’étude des de dose minimal ci-dessus correspond en l’esprit à la dose
conséquences du choix du plan de traitement minimale acceptable dans le volume–cible prévisionnel.

Les volumes précédents constituent les données de base Notion d’indice de conformité (conformity index, CI)
sur lesquelles s’effectuent les études dosimétriques visant Un indice de conformité peut être utilisé quand le volu-
à optimiser l’irradiation du volume–cible et des organes à me–cible prévisionnel (PTV) est entièrement enveloppé
risque. par le volume traité. Un tel indice a été défini comme le
Cette optimisation, pour les techniques avancées, rapport du volume traité au volume–cible prévisionnel et
s’effectue avec des outils de plus en plus élaborés comme peut être utilisé comme l’un des éléments du processus
les histogrammes volume–dose ou les probabilités de d’optimisation. La radiothérapie conformationnelle
contrôle–complications. devrait conduire à une valeur de cet indice proche de
Ces outils ne sont pas disponibles pour une proportion l’unité.
notable de centres, ou pour un certain niveau de modalités
thérapeutiques. D’une manière générale, l’ICRU, dans les Volume irradié (irradiated volume, IV)
rapports 50 et 62, a donc introduit la notion de niveau de Le volume irradié est le volume de tissus recevant une
complexité des techniques pour faciliter l’établissement dose considérée comme significative vis-à-vis de la tolé-
de protocoles ; par exemple, le niveau I correspond à une rance des tissus sains. Il intervient aussi naturellement
technique simple à visée plutôt palliative, avec une étude dans l’optimisation du plan de traitement. Il pose évidem-
dosimétrique dans un plan sur l’axe du faisceau, tandis ment le problème de l’irradiation partielle de certains
que, le niveau III correspond, à l’opposé, à des techniques organes sensibles, pour lesquels « la dose significative »
de haute spécificité pour lesquelles tous les outils les plus est susceptible d’évaluations avec les histogrammes ou les
élaborés sont mis en œuvre. À ces niveaux sont égale- paramètres biologiques, comme cela a été évoqué précé-
ment associés des degrés de raffinement de la définition demment.
des volumes, le problème étant celui de la précision de la
détermination de ces volumes en trois dimensions. DISCUSSION–CONCLUSION
D’autre part, afin de disposer d’outils assez commodes
pour caractériser un plan de traitement donné, et de mieux Les concepts et définitions proposés par l’ICRU présen-
cerner l’adaptation du volume–cible prévisionnel à son tent certains caractères volontairement simplistes, puis-
environnement en organes à risque, les volumes suivants que destinés à une utilisation par le plus grand nombre,
ont également été définis, avec cette fois non seulement mais qui peuvent dissimuler des difficultés potentielles
une dépendance de leur détermination vis-à-vis des don- d’application.
nées anatomiques disponibles, mais aussi des possibilités Outre les difficultés classiques d’appréciation clinique
d’évaluation dosimétrique. de l’extension tumorale, il est important de garder en
mémoire un certain nombre de paramètres susceptibles
Volume traité (treated volume, TV) d’affecter l’application des recommandations ci-dessus :
L’intérêt de la définition de ce volume vient du fait que – les données anatomiques issues des appareils classiques
l’irradiation effectivement réalisable avec les moyens (scanneur, IRM, TEP, etc.) présentent des limites de réso-
techniques disponibles ne permet pas toujours de délivrer lution spatiale, et qui ne sont pas nécessairement les
en tout point du volume prévisionnel, et à lui seul, la dose mêmes dans toutes les directions. En particulier, avec les
prescrite. Il est important de pouvoir délimiter le volume scanneurs, à cause de l’épaisseur des coupes, la résolution
478 J. Chavaudra, A. Bridier

longitudinale est moins bonne que la résolution transver- 5 Aaltonen P, Brahme A, Lax I, Levernes S, Naslund I, Reitan JB, et
al. NACP. Specification of dose delivery in radiation therapy. recom-
sale, et il est prudent d’en tenir compte pour la détermi- mendations by the Nordic Association of Clinical Physicists. Acta
nation des volumes et des marges ; Radiol 1996 ; volume (Suppl 10) : 32.
– les données anatomiques acquises pour l’étude du plan 6 McKensie AL, Van Herk M, Mijnheer B. The width of margins in
de traitement correspondent, avec certains appareils radiotherapy treatment plans. Phys Med Biol 2000 ; 45 : 3331-42.
7 McKensie AL. How should breathing motion be combined with
(scanneur rapide), à un patient « figé » et il y a lieu de se other errors when drawing margins around clinical target volumes ?
préoccuper de la variabilité liés aux mouvements des Br J Radiol 2000 ; 73 : 973-7.
organes ou du patient pour l’établissement des marges 8 Bey P, Gérard JP. Détermination pratique des volumes et des doses
internes. De même, ces données anatomiques peuvent en radiothérapie conformationnelle. Cancer/Radiother 1998 ; 2 :
615-8.
évoluer significativement pendant la durée globale du trai- 9 Seddon B, Bidmead M, Wilson J, Khoo V, Dearnaley D. Target
tement et compromettre à la fois la précision du centrage volume definition in conformal radiotherapy for prostate cancer :
des faisceaux et de la délivrance de la dose [14] ; Quality assurance in the MRCRT 01 Trial. Radiother Oncol 2000 ;
56 : 73-83.
– dans les irradiations de volumes étendus et complexes,
10 Malone S, Crook JM, Kendal WS, Szants J. Respiratory-induced
on peut être amené à subdiviser certains d’entre eux si la prostate motion : quantification and characterisation. Int J Radiat
spécification de la dose pour ces volumes avec un seul Oncol Biol Phys 2000 ; 48 : 105-9.
point ICRU de référence est insuffisante. 11 Cardinale RM, Wu Q, Benedict S, Kanvanagh BD, Bump E,
Mohan R. Determining the optimal block margin on the planning
target volume for external stereotatic radiotherapy. Int J Radiat
u FE
RE u RENCES Oncol Biol Phys 1999 ; 45 : 515-20.
12 Giraud P. La radiothérapie conformationnelle du cancer du poumon :
1 ICRU. Dose specification for reporting external beam therapy with du volume tumoral macroscopique au volume traité [thèse]. Tou-
photons and electrons. Report 29. ICRU 1978. Bethesda. USA. louse : Université Paul Sabatier ; 2000.
2 ICRU. Prescribing, recording and reporting photon beam therapy 13 Stroom JC, De Boer HCJ, Huizenga H, Visser AG. Inclusion of geo-
Report 50, 1993. Bethesda. USA. metrical uncertainties in radiotherapy treatment planning by means
3 ICRU. Prescribing, recording and reporting photon beam therapy of coverage probability. Int J Radiat Oncol Biol Phys 1999 ; 43 :
(supplement to ICRU report 50), report 62, 1999. Bethesda. USA. 905-19.
4 Chavaudra J. Préparation simulation et réalisation d’un traitement. 14 Antolak JA, Rosen II, Childress CH, Zagars GK. A. POLLACK,
In : Le Bourgeois JP, Chavaudra J, Eschwege F, Eds. Radiothérapie Prostate target volume variation during a course of radiotherapy. Int
oncologique. Paris : Hermann ; 1992. p. 125-42. J Radiat Oncol Biol Phys 1998 ; 42 : 661-72.

Common questions

Alimenté par l’IA

Key challenges in defining target volumes include anatomical and technical uncertainties such as organ movement, patient setup errors, and equipment imperfections. To overcome these, the ICRU proposes using systematic margins like the internal margin (for organ movement) and the set-up margin (for patient positioning inaccuracies), which are integrated into the planning target volume. This comprehensive approach ensures robust and precise treatment planning .

The concept of an internal target volume (ITV) addresses challenges related to organ movement such as breathing and organ filling by incorporating the internal margin into the clinical target volume. This ensures that despite physiological movements, the clinical target volume remains adequately irradiated. The ITV serves as a buffer against these dynamic changes, thus improving treatment precision and effectiveness .

Not uniformly applying margins in all directions can lead to under- or over-irradiation of the target area depending on the degree of anatomical uncertainties and equipment setup errors. This tailored approach accommodates the direction-specific movement and risks associated with nearby organs, optimizing efficacy while minimizing harm, thus acknowledging the inherent asymmetries in anatomical structures and radiation application .

The ICRU reports address uncertainties in the definition of the planning target volume (PTV) by introducing margins that account for potential deviations. These include the internal margin (IM) for physiological movements and the set-up margin (SM) for inaccuracies in treatment delivery, ensuring the PTV encompasses the clinical target volume even when accounting for these uncertainties. This methodology allows for effective irradiation while minimizing exposure to surrounding healthy tissues .

Variability in resources and expertise impacts the planning target volume definition by resulting in differing assessments of volumes due to subjective interpretation of radiological images and available technologies. Teams with advanced imaging capabilities may define more precise margins, while others may rely more on empirical assessments, leading to variability in the size and shape of defined volumes .

The primary purpose of the ICRU Reports 50 and 62 is to provide accurate definitions and a coherent vocabulary related to target volumes and prescribed doses in external radiotherapy. This is to ensure consistent communication and understanding from local to international levels, facilitating precise treatment prescriptions, recordings, and reporting for enhanced treatment effectiveness and safety .

The planning organ at risk volume (PRV) concept helps safeguard healthy tissues by defining margins around at-risk organs, considering their movement and setup uncertainties. This proactive definition helps prevent unintended radiation exposure to critical areas, balancing effective treatment delivery and minimizing potential harm to these organs .

ICRU Reports 50 and 62 contribute to international radiotherapy practices by standardizing the definitions of target volumes and dosing protocols, ensuring consistent and precise communication across different countries and institutions. These reports serve as a reference for setting treatment criteria and reporting standards, promoting global uniformity in radiotherapy practices .

Clear and precise documentation in radiotherapy is crucial to ensure treatment consistency, facilitate quality control, and allow effective communication between radiotherapy department members and external specialists. Comprehensive records aid in treatment replication, result interpretation, and continuous technical improvement, supporting better patient outcomes and safety .

The ICRU's proposed color codes play a crucial role in radiotherapy treatment planning by enhancing the clarity and communication of complex treatment plans. Different colors assigned to various volumes (e.g., the clinical target volume, the planning target volume) help in quickly identifying and distinguishing between target areas and critical structures, reducing the potential for errors during planning and treatment execution .

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