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Introduction au Droit du Travail

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Université de Droit et des sciences politiques

Université Centrale

Droit Social

LN 2 Droit

Enseignante : Me Zemni Sonia


INTRODUCTION

I- La définition du droit de travail :


« Le droit du travail est l’ensemble des règles juridiques applicables aux relations individuelles
et collectives qui naissent entre les employeurs du secteur privé ou assimilé et ceux qui
travaillent, sous leur autorité, moyennant rémunération appelée salaire ».

A partir de cette définition on peut déduire que :

Le droit de travail est le droit du travail subordonné :

Le droit du travail ne régit pas tout le travail humain, mais seulement le travail qui est
né au sein d’une relation de subordination entre les employeurs privés et leurs salariés à
l’exclusion du travail indépendant effectué sur un pied d’égalité entre des professionnels, des
commerçants ou encore des agricoles. Ce type de travail est régi par d’autre législation non
prévue par le droit de travail objet de ce cours.

Le salarié est un travailleur subordonné à son employeur, il s’engage en vertu d’un


contrat de travail pour fournir une prestation en contrepartie d’une rémunération fixée à
l’avance.

Le droit de travail est le droit du travail privé :

Tout travail subordonné n’entre pas forcément dans le domaine du droit du travail.
Traditionnellement le droit du travail régit le travail dans le secteur privé. En conséquence le
travail dans le secteur public qui est régi par le droit de la fonction publique échappe au droit
du travail objet de ce cours.

Le droit de travail organise les rapports individuels et collectifs de travail :

Avant que ne se développe l’action collective des travailleurs à travers la naissance et le progrès
du mouvement syndical, la source essentielle de la relation de travail était le contrat de travail.
Ce qui caractérise le droit moderne du travail et qui a accéléré la promotion des droits des
travailleurs, c’est « la collectivisation du droit du travail ». Les syndicats des travailleurs,

1
acteurs de la négociation sociale, fournissent tous leurs efforts pour réduire le déséquilibre des
forces économiques en présence.
On comprendra que, dans ces conditions, les conventions collectives, fruits de la
négociation collective, constituent à l’heure actuelle l’une des sources les plus importantes du
droit du travail.

II - Les caractéristiques du droit de travail :


Essentiellement quatre éléments permettent de relever les caractéristiques du droit du travail :

1/ Le droit de travail est un droit protecteur :

La protection des salariés est la finalité première du droit du travail. Il est communément connu
que ce droit a été élaboré pour répondre principalement à un impératif de protection de la partie
faible au contrat du travail, qui est le salarié soumis aux conditions d’engagement fixées par
l’employeur1.

2/ Le droit de travail est un droit d’ordre public

Afin de préserver les droits des salariés pouvant être exposés à un traitement abusif de la part
de leurs employeurs, le législateur s’est intervenu par des règles impératives protectrices ayant
le caractère d’ordre public. Ainsi, le droit de travail fixe l’âge minimum d’admission à l’emploi
de 16 ans. Il détermine aussi les horaires du travail avec une maximale de 48 heures et une
minimale de 40 heures par semaine.

Tenant compte de la nature d’ordre public du droit du travail, les parties au contrat de travail
ne peuvent y déroger exception le cas des clauses favorables à l’employé.

Par ailleurs, pour garantir le respect scrupuleux des règles du droit de travail, le législateur a
créé un organe administratif qui est celui de l’inspection du travail doté d’un large pouvoir de
contrôle portant sur toutes les conditions du travail au sein de l’entreprise : les horaires, les

1
Quoique parfois, le droit du travail apparaisse avec un caractère ambivalent, il est à la fois un droit de protection
des salariés, mais aussi un droit fondateur des pouvoirs du chef d’entreprise. Il règlemente ainsi le statut juridique
des employeurs en fixant leurs droits et leurs obligations vis à vis de leurs salariés. En outre, le législateur reconnait
aux employeurs la légitimité de l’exercice d’un pouvoir disciplinaire à l’égard de leurs subordonnés.

2
honoraires, les conditions sanitaires, la sécurité du lieu du travail, la couverture sociale, les
conditions de licenciement des employés… etc.

3/ Le droit de travail est un droit progressiste

Il se caractérise par une amélioration constante et continue des conditions des travailleurs. On
imagine mal en droit du travail une évolution législative se traduisant par une régression des
droits des travailleurs. D'ailleurs, le droit du travail est souvent présenté comme le droit des
avantages acquis. Le développement des protections et l'amélioration de la situation des
travailleurs allaient de pair avec un progrès économique durable.

Le droit du travail s’adapte souvent aux circonstances économiques, politiques et sociales du


pays dans lequel il s’applique. Il est en perpétuelle mutation, ce qui entraine une modification
assez fréquente des textes qui le composent.

4/ Le droit de travail est un droit autonome

L’autonomie du droit de travail est le fruit d’une grande évolution historique. Au début, le droit
de travail siégeait principalement en matière civile. Le cadre juridique principal de la relation
de travail était le contrat de travail appelé à l'époque contrat de louage de service qui été
réglementé par le code des obligations et des contrats de 1906. Il s'agissait certes d'un contrat
spécial régi par la théorie générale des obligations du droit civil, d'où son appellation de contrat
de louage de service. C’est un contrat synallagmatique dans lequel le travailleur recevait une
somme d'argent en contrepartie de la location de sa force de travail. Dans ce contexte, la force
de travail était conçue comme une simple marchandise négociable sans considération
particulière pour la personne ni pour la personnalité du travailleur. On comprend que dans de
telles conditions, les relations de travail ont largement contribué à l’essor du capitalisme.

Avec la montée des idées socialistes et des multiples revendications des travailleurs, le droit de
travail commence à fonder son identité comme une discipline juridique autonomie par rapport
au droit civil. Cette autonomie se justifie par la philosophie différente des deux rapports sociaux
existant dans les deux droits. Alors que le droit civil envisage des rapports sociaux
essentiellement individuels ; le droit de travail se caractérise par l’importance grandissante de
la prise en charge des rapports collectifs de travail. Ainsi, l’individualisme du droit civil
s’oppose en quelque sorte, à la collectivisation du droit de travail.

3
Cependant, l’autonomie du droit de travail ne signifie pas la rupture totale avec le droit
civil, la relation de travail nait d’un contrat soumis à la théorie générale des obligations du droit
civil qui s’applique faute de dérogation particulière.

L’autonomie du droit de travail ce manifeste à travers la particularité de la nature juridique de


la règle de droit qui le compose. Il comporte des dispositions généralement impératives ayant
un caractère d’ordre public. En revanche, le droit civil est une matière contractuelle dont les
dispositions ont généralement une nature supplétive. La priorité est donnée souvent à la volonté
des parties contractantes par rapport à celle du législateur.

L’autonomie se manifeste également à travers la particularité du règlement des litiges


individuels du travail nés à l’occasion d’un contrat de travail ou d’apprentissage qui a été
soustrait de la compétence des juridictions de droit commun pour être confié à des juridictions
propres au droit de travail appelées les conseils de prud’homme. D’ailleurs, aussi bien leur
composition que leur fonctionnement ont été conçus pour répondre aux impératifs du monde
du travail.

III/ Les sources du droit de travail


Les sources du droit de travail tunisien se subdivisent en deux catégories : des sources
internes et des sources internationales.

A/ Les sources internes


Au titre des sources internes, le droit du travail connait les sources étatiques (a) et les sources
professionnelles (b).

a/ Les sources étatiques :

1/ La constitution :

La constitution tunisienne de 2022 comporte un certain nombre de droits et libertés


relatifs au domaine du travail. Prévoit dans la constitution que le droit syndical, y
compris le droit de grève est garanti. On prévoit dans l’art 46 que tout citoyen et toute
citoyenne a droit au travail. L’Etat prend les mesures nécessaires afin de le garantir sur
la base du mérite et de l’équité. On ajoute dans le même article que tout citoyen et toute

4
citoyenne a droit au travail dans des conditions favorables et avec un salaire équitable
».
2/ La loi :

La loi constitue une source fondamentale du droit de travail tunisien. L’ensemble des
textes ont été regroupés à partie de 1966 dans un code spécifique qui est « le code de
travail ». Ce code est composé de dispositions traitant les différents aspects de la relation
du travail à l’échelle individuelle ainsi qu’à l’échelle collective.

3/ Les actes du pouvoir exécutif :

Le pouvoir exécutif constitue aussi une source interne du droit de travail en Tunisie. Il
intervient soit par des décrets soit par des arrêtés. Ce sont des textes réglementaires pris
en application des dispositions législatives et constituent un prolongement normal des
sources du droit du travail tunisien. Les circulaires2 constituent aussi une source du droit
de travail, elles jouent un rôle explicatif des textes réglementaires et législatifs.

4/ La jurisprudence :

Comme la loi, la jurisprudence est une source du droit de travail. En effet, la loi est
parfois incomplète, imprécise, muette et les juges doivent trancher et décider au moyen
d'une règle de droit qui parfois ne résulte d'aucun texte juridique.

Parmi les facteurs qui ont donné de l’importance à la jurisprudence, en tant que source
du droit du travail, on peut citer l’existence en Tunisie des juridictions spécialisées
appelée « les conseils de prud’homme » qui sont habilitées à connaître les litiges relatifs
aux conflits individuels du travail. Aussi l’accès aux tribunaux est non seulement
réservé aux personnes physiques, employeurs et employés, mais aussi aux syndicats (art
244 C T).

b/ Les sources professionnelles :

1/ Les conventions collectives :

2
La circulaire est un texte transmis par une autorité administrative aux services placés sous son autorité
hiérarchique, voire aux administrés, pour les informer d'une nouveauté législative ou réglementaire.

5
Une convention collective est un accord entre un ou plusieurs employeurs d’une part et les
représentants de la collectivité des salariés d’autre part. La convention collective a pour effet de
régler les problèmes généraux des relations de travail dans le cadre professionnel auquel s’étend
la convention.

Exemple:

• La convention collective cadre (C.C.C) , signée le 20/03/73 3 entre l'UGTT ( Union


Générale Tunisienne du Travail) et l'UTICA (Union Tunisienne de l'Industrie, du
Commerce et de l'Artisanat)

• La convention collective cadre dans le secteur agricole, signée le 13 octobre 2015 entre
l'UGTT et l'UTAP (Union Tunisienne de l'Agriculture et de Pêche)

• La Convention Collective Cadre des Journalistes Tunisiens qui a été signée, le 9 janvier
2019, entre le Syndicat National des journalistes Tunisiens SNJT et le ministre des
Affaires sociales, en présence des représentants des structures professionnelles (
plusieurs organismes journalistiques).

Les conventions collectives sont le fruit d’une négociation collective. Leurs multiplications
résultent de ce qu’elles présentent de nombreux avantages. Si les représentants des travailleurs
négocient avec les employeurs, c’est pour obtenir des droits et des conditions plus favorables
que ceux prévus dans les dispositions légales4.

2 / L’usage :

L'usage est une règle non écrite 5 qui s’impose à l’employeur. C’est une pratique habituellement
suivie dans la région, la profession (usage professionnel) ou l'entreprise (usage d'entreprise)5. Il

3
Et agrée par arrêté du ministre des affaires sociales du 29/05/73. Cette convention a été modifiée par les avenants
numéros 1 et 2 signés le 17/11/84 et 15/10/92.
4
ex: art. 11 de la CCCJT, le SMIG est déterminé à 1d400 brut; Art 14 le nombre d'heures est fixé à 40 heures par
semaine auxquelles s’ajoutent les heures d’aller et de retour pour les journalistes chargés de missions à l’extérieur.
Les heures travaillées en dessus de ces horaires, sont considérées comme étant des heures supplémentaires payées
en fonction de la législation en vigueur. Le paiement des heures supplémentaires est déterminé, d’une manière
forfaitaire, ou en accord avec l’entreprise en question. 5 Non incorporée dans le contrat de travail.
5
ex: prime de fin d'année; tickets de restaurant; jour de congés supplémentaires....

6
est constitutif d'un avantage supplémentaire accordé aux salariés ou à une catégorie d'entre eux,
et ce par rapport à la loi, à la convention collective, ou au contrat de travail,

Pour être qualifié comme tel (usage), et pour être invoqué à l’encontre de l’employeur, l’usage
doit remplir trois conditions : constance, généralité et fixité. L’usage tire sa force obligatoire du
fait qu’il résulte d’une pratique d’application :

• Générale‫ عامة‬: l’usage s’applique à l’ensemble du personnel ou à une catégorie bien


déterminé de personnel

• Constante‫ دائمة‬: l’usage s’applique de manière systématique et répétée


• Fixe ‫ثابتة‬: l’usage correspond à l’application d’une même règle identique d’une période
à l’autre.

Exemple : on a une prime de fin d’année versée en décembre depuis 3 ans (c’est la constance)
elle est versée à tous le personnel (généralité) elle représente 1% du CA (la fixité) .

L'usage constitue donc une source de droit de travail qui relève du statut collectif des salariés
et non de leurs contrats de travail.

3/ Le règlement intérieur :

C’est la manifestation du pouvoir normatif de l’employeur, précisément de son pouvoir


d’adopter des normes applicables au sein de l’entreprise. Il porte essentiellement sur
l’organisation pratique du travail dans l’entreprise (répartition du travail, horaires, prescriptions
d’hygiène et de sécurité, discipline…).

B/ Les Sources internationales

Parmi les sources internationales dans le domaine du travail, il y a lieu de citer les
conventions internationales du travail qui sont élaborées par l'Organisation Internationale du
Travail ( O.I.T.). Ces conventions appelées encore traités internationaux sont assez générales.

* / Elles proclament les droits fondamentaux des travailleurs. Exemple: la liberté syndicale, la
lutte contre le travail forcé, la non-discrimination.

*/ Elles s’intéressent encore à l’emploi. Exemple: protection de la femme enceinte sur le lieu de
travail ….

7
Vu leur importance dans l'élaboration et la révision de la législation interne du travail, la
Tunisie a ratifié un bon nombre de conventions internationales du travail. Celles-ci ont toujours
constitué des sources d'inspiration de la législation de travail applicable dans tous les pays.

La Tunisie a adhéré à l’Organisation Internationale au Travail (OIT) depuis 1956. Elle a


ratifié plusieurs conventions internationales du travail dont les 8 conventions se rapportant aux
droits fondamentaux au travail à savoir:

• La convention n° 29 sur le travail forcé.

• La convention n° 105 sur l’abolition du travail forcé

• La convention n° 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndicale;

• La convention n° 98 sur le droit d’association et de négociation collective;

• La convention n° 100 sur l’égalité de rémunération ;

• La convention n° 111 sur la discrimination (professions et métiers) ;

• La convention n° 138 sur l’âge minimum d’admission à l’emploi ; La


convention n° 182 sur les pires formes de travail des enfants.

À coté des traités internationaux, il y a les traités bilatéraux qui sont des traités de
travail conclus entre la Tunisie et un pays étranger. Ces traités déterminent le statut des
travailleurs étrangers. Soit par unification des droits des pays signataires, soit le plus souvent
par assimilation des étrangers aux nationaux. La Tunisie a ratifié plusieurs traités bilatéraux
concernant surtout la main d’œuvre. Exemple : le traité de 1963 avec la France et le traité de

1956 avec l’Allemagne et la convention générale de sécurité sociale avec le Maroc 1987.

8
IV : La hiérarchie des normes en droit de travail
Les différentes sources du droit de travail sont appliquées d’une manière souple selon
un principe fondamental en vertu duquel la disposition la plus favorable aux salariés est celle
qui s’applique abstraction faite de la forme et de la place qu’occupe la source de droit dans la
hiérarchie des normes juridiques6.

Ce principe s’exprime selon la notion d’ordre public social: le principe de faveur. Les
règles du droit de travail sont des règles protectrices. Elles assurent aux travailleurs une
protection minimale. De ce fait, toute disposition différente ayant un contenu moins favorable
aux salariés ne peut être appliquée. La cour de cassation a souvent évoqué le principe de faveur
en le considérant comme un principe général, voire une règle substantielle et fondamentale de
la branche du droit du travail7.

Les sources du droit de travail s’applique d’une manière différente que celle des autres
branches de droit qui sont soumises à une hiérarchie rigide et intangible. ( le droit du travail est
un droit du progrès social). En effet, le principe de faveur permet à une norme inférieure de
déroger à une norme hiérarchiquement supérieure si son application est plus favorable au
salarié. La notion permet donc de régler les conflits de normes au profit de la disposition la plus
avantageuse pour les travailleurs.

Pour prendre un exemple, la convention collective est une source hiérarchiquement inférieure
à la loi. En vertu de la notion d’ordre public social les partenaires sociaux peuvent convenir
d’une disposition qui déroge à la loi dans la mesure où elle est plus favorable aux travailleurs
que la disposition légale.

6
La hiérarchie des normes est un classement hiérarchisé de l’ensemble des normes constituant le système juridique
d’un Etat de droit. Elle permet de régler les problèmes de conflits de lois car en principe, la norme d’un niveau
inférieur doit être conforme à celle du niveau supérieur.
7
Cass. civ. no 20812 du 2 mars 1992.

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