SÉMINAIRE « PALÉOLACS-PA&OCLIMATS », ORSTOM, BONDY, JANVIER 1987
douma) coexistent. La microflore planctonique sup- -à I’Holocène supérieur, un marécage aux eaux de
porte bien les eaux turbides et de faible transparence, fond acides et réductrices s’installent à N’Guigmi
et les sédiments sont riches en matériel détritique fin. (3 800-l 800 B.P.), alors que la dépression de Boug-
Cet épisode pourrait donc être lié à l’intensification douma évolue vers une saline hyperalcaline.
des écoulements de surface ; Les variations recensées dans les différentes dépres-
- de <6 400 B.P. ca4 000 B.P., les sites de N’Guigmi sions sont interprétées en termes de fluctuations de
et d’Ari Koukouri paraissent connectés, en surface, au bilans hydrologiques et salins régis par les perméabi-
lac Tchad. Les biomarqueurs y témoignent d’une lités et les gradients propres à chaque bassin. II en
bonne régulation saline. Les conditions fluctuent, de
oligosalines à mésosalines-alcalines, à Bougdouma ;
BIBLIOGRAPHIE
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Biomarqueurs et paléoenvironnements
en régions désertiques
Exemples des lacs holocènes du Nord Sahara
F. GA.§SE ill, J.C. PLAZIAT “; Y. CALLOT 17),P. CARBONEL 13’
P. DE DECKKER 14’,1. SOULIE-MARSCHE 15’,P.A. DUPEUBLE “’
PROGRAMME PALHYDAF, DEUXIÈME MÉRIDIEN éventail écologique, allant depuis des marécages
permanents aux eaux très diluées, jusqu’à des sebk-
Site 1’ has mimant le milieu marin. L’un des faits les plus
Des sédiments lacustres ou palustres, carbonatés, remarquables est la coexistence, dans un échantillon
affleurent dans plusieurs dépressions fermées en donné, d’organismes ayant des exigences écologi-
bordure nord du Grand Erg Occidental (Algérie). Un ques très différentes. L’ampleur des fluctuations à
dossier analytique détaillé (biorestes, géochimie et court terme et la diversité des microhabitats dans les
isotopes stables sur carbonates) a été établi (FONTES écosystèmes sont ainsi décelées et estimées.
et a/., 1985 ; GASSE et a/., 1987). II conduit à une Reconstitution des conditions écologiques
interprétation paléohydrologique des fluctuations re-
censées dans les différentes dépressions entre 9 800
moy@nnes
Une attention particulière est accordée au facteur
et 2 800 B.P., liées aux variations de la nappe de I’Erg
salinité. Les organismes et les assemblages fossiles
et à la topographie locale.
sont classés en fonction de leurs exigences et de
Les biorestes y sont abondants et diversifiés leurs tolérances vis-à-vis de la salinité totale (TDS).
(158 taxons incluant diatomées, chrysophytes, charo- Une calibration du TDS est tentée à partir des diato-
phytes, ostracodes, mollusques et foraminifères). mées, sur la base d’échantillons actuels d’Afrique du
Les associations d’organismes reflètent un large Nord, prélevés dans des eaux douces à hypersalines.
(1) École Normale Supérieure, BP81, Fg.2261 Fontenay-aux-Roses Cedex, UA 723, CNRS
(2) Université Paris-Sud, Bâtiment 504, F 91405 Orsay Cedex, UA 723, CNRS.
(3) I G 8 A., Université Bordeaux 1, F 33404 Talence Cedex.
(4) Monash Universiiy, 3168 Clayton !Iictona, Australia.
(5) llniverslté du Languedoc. F 34060 Montpellier Cedex.
(6) Université de Rouen-Haute Normandie, F 76130 Mont-Saint-Aignan
(7) Département de Géographie. Université d’Oran Es Sénia, Algérie.
142 Géodynam/que 2 (2). 1987 : 127-160
Résumés des communications
Cette calibration permet de proposer une estimation sion partielle de 02 et Con. pH.,.), en raison d’une
des paléosalinités pour chaque échantillon fossile. production primaire intense dans les couches très
Les faciès chimiques des eaux, généralement chloru- superficielles et d’une active dégradation bactérienne
rés sodiques, sont déduits de l’autoécologie des de la matière organique sur le fond. Plusieurs com-
diatomées et des ostracodes. munautés biologiques coexistent donc dans la co-
lonne d’eau. Les communautés d’ostracodes, et la
Le type de milieu (macrohabitat) est reconstitué à diversité morphologique des tests appartenant à la
partir de l’abondance relative des macrorestes de même espèce permet d’estimer les fluctuations de
végétaux aquatiques (charophytes), et des organis- pCO2, pH et alcalinité à l’interface eau-sédiment.
mes benthiques, épiphytes et planctoniques.
L.a colonisation des milieux continentaux par des
Mise en évidence des fluctuations à cours terme organismes « marins »
(saisonnières ?) du milieu au cours d’un cycle
hydrologique Nous montrons, à partir des paléolacs- ici étudiés,
d’exemples actuels et d’une revue bibliographique,
Ces fluctuations sont une des caractéristiques essen- que la présence d’organismes réputés marins (tels
tielles des milieux aquatiques sans régulation saline que les diatomées Actinocyclus subtilis, Cyclotela
(fonds imperméables) des régions arides ou. semi- stylorum..., I’ostracode Aurila woodwardi, le gastéro-
arides. pode Pirenella conica, le foraminifère Trichohyalus
L’instabilité des conditions écologiques enregistrée aquayoi..), trop souvent interprétée comme témoin
dans un échantillon donné est déduite des arguments d’une transgression marine ou d’une mer résiduelle,
suivants : 1. dominante des organismes extrêmement est possible en milieu continental lorsque les condi-
eurytopiques (favorisés dans les milieux fluctuants), tions de salinité sont adéquates.
2. mélange de formes sténotopiques à exigences La présence de ces milieux aquatiques en bordure du
différentes, 3. fréquence des spores de résistance Sahara témoignent d’une phase climatique dans I’en-
(chrysophytes, diatomées), 4. présence exclusive de semble plus humide que I’Actuel entre 9 300 et 2 800
formes juvéniles chez les gastéropodes d’eau douce, B.P. Toutefois, chacun des bassins subit une évolu-
5. très larges fluctuations des rapports Mg/Ca et tion indépendante. A un temps t, les bassins de la
!%/Ca mesurés sur des valves isolées de I’ostracode bordure nord du Sahara, de la Tunisie au Maroc,
Cyprideis torosa (extrêmement euryhalin). présentent des conditions écologiques très différen-
A partir d’exemples, nous tentons de reconstituer la tes. Aucun synchronisme clair napparaît entre les
succession des communautés biologiques et des événements et tendances majeurs recensés dans
conditions écologiques, induites par les fluctuations chaque dépression. Ceux-ci ne peuvent donc pas être
hydrologiques (apport sporadique d’eau douce suivi directement interprétés en terme de pakoclimats.
d’une concentration des eaux sous l’effet de I’évapo-
ration).
Site 2’ : Erg Chech
Reconnaissance prévue mars 87.
Stratification du milieu ; juxtaposition des micro-
habitats
Les marais et lacs peu profonds tropicaux sont sou-
Site 3’ : Mali
vent fortement stratifiés (intensité lumineuse, pres- Reconnaissance prévue automne 87.
BIBLIOGRAPHIE
FONTES ([Link].) et a/., 1985. - Nature. 317 : 608-610. GASSE (F.) et ai., 1987. - Palaeo 3, sous presse.
Géodynamique 2 (2). 1987 : 127-160 143