Der Bundesrat
Le Conseil fédéral
Il Consiglio federale
Il Cussegl federal
Résumé: rapport sur le droit de la famille
Date: 25 mars 2015
1. Mandat et objectif (chapitre 1)
Le 14 décembre 2012, le Conseil national a transmis le postulat Fehr 12.3607 « Code civil.
Pour un droit de la famille moderne et cohérent ». Dans son rapport, le Conseil fédéral fait un
état des lieux des objectifs et des avancées actuelles de la modernisation du droit de la
famille. Conformément au mandat du Parlement, il ne présente pas de projets de
modification de loi dans la foulée du rapport. Il n’esquisse pas non plus dans ce dernier de
modèle global d’un droit de la famille moderne ; il se limite à faire le tour des grandes
questions auxquelles la société et les milieux politiques doivent répondre aujourd’hui, ou
devront répondre dans un proche avenir, et à lancer un débat qu’il estime nécessaire.
2. Tour d’horizon de la situation (chapitre 2)
Depuis la création du code civil en 1907, le rôle de la femme au sein de la société a
profondément changé. La famille, telle que la représente le code, correspond à une réalité
encore largement répandue, mais une grande partie de la population vit aujourd’hui selon
d’autres modèles de vie commune. Parallèlement, la jurisprudence de la Cour européenne
des droits de l’homme a évolué sur plusieurs aspects du droit de la famille. La protection de
la vie privée et de la famille ne concerne plus uniquement les couples mariés et leurs
enfants.
Vu les mutations de la société et du droit, il est important de mener un débat sur les
modifications nécessaires du droit de la famille. Le Conseil fédéral a lancé ce débat lors d’un
symposium public qui s’est tenu à l’Université de Fribourg le 24 juin 2014. Plus de 400
personnes y ont participé à un débat d’idées très ouvert sur les possibilités de
modernisation. Cette discussion s’est fondée sur trois expertises externes, sur les derniers
développements du droit fédéral et sur les travaux législatifs en cours dans les domaines du
droit de la famille et du droit successoral. Le rapport repose sur les mêmes documents de
référence.
3. Relations entre adultes (chapitre 4)
Le droit au mariage est garanti par la Constitution fédérale. D’éventuelles dispositions de
droit civil sur les communautés de vie hors mariage ne mineraient pas les bases de cette
institution. Depuis 2007, les couples de même sexe peuvent faire enregistrer leur partenariat.
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Les effets de cette union ne sont toutefois pas tout à fait identiques à ceux du mariage. Il faut
donc se demander s’il ne conviendrait pas, dans un droit de la famille moderne, de mettre le
partenariat enregistré à égalité avec le mariage, voire d’ouvrir le mariage aux couples
homosexuels.
La communauté de vie de fait soulève aussi certaines questions. S’il ne s’agit pas vraiment
de soumettre la vie commune elle-même à des règles, il existe un consensus pour dire que
le législateur devrait s’intéresser à sa dissolution. Inscrire une règle à ce sujet dans la loi est
toutefois une question à examiner soigneusement, à la lumière du principe de l’autonomie
privée : il est délicat d’imposer indirectement des droits et obligations juridiques à des
personnes qui ont décidé de ne pas s’unir par le mariage ou un partenariat enregistré. On
peut par contre envisager une clause de rigueur, qui protègerait ceux qui se trouvent dans le
besoin suite à une séparation.
Autre élément intéressant pour le débat en Suisse : le pacs français (pacte civil de
solidarité), choisi par de nombreux couples en France comme alternative au mariage. Il s’agit
d’un contrat de droit civil qui permet à deux personnes adultes, de même sexe ou de sexe
différent, d’organiser juridiquement leur vie commune. Ce contrat concerne la relation entre
ces deux personnes et ne fonde pas de nouvelle famille.
Le débat doit aussi porter sur les dénominations de l’état civil, qui pourraient être simplifiées.
Si le partenariat enregistré est assimilé au mariage, il n’y aura plus lieu d’avoir des
désignations différentes. Il serait possible d’opérer une simplification drastique et de ne plus
avoir que trois états civils : « marié(e) », « non marié(e) », « veuf/veuve ». La Suisse serait
cependant le seul pays au monde à renoncer à l’état civil « divorcé(e) ».
Le droit du nom a été modernisé récemment. Depuis 2013, l’égalité entre époux est
réalisée : le mariage n’entraîne plus d’office de changement de nom pour les femmes. Tant
les personnes mariées que les partenaires enregistrés peuvent toutefois opter pour un nom
commun.
4. Droit de l’enfant (chapitre 5)
Les enfants ont besoin d’une protection particulière. Au cours des années passées, le
législateur a rapproché le statut juridique des enfants nés de parents mariés et de ceux nés
hors mariage et éliminé autant que possible les différences. En faisant de l’autorité parentale
conjointe la règle et en instaurant une contribution de prise en charge, il a franchi deux
grandes étapes sur cette voie. Il reste à examiner si l’autorité parentale pourrait être
attribuée à d’autres personnes, notamment le nouveau ou la nouvelle partenaire du père ou
de la mère dans les familles recomposées.
Les règles régissant la filiation paternelle méritent aussi d’être repensées, notamment le droit
de reconnaître un enfant. En effet, le père biologique ne peut aujourd’hui pas contester la
paternité – décrétée par la loi – du mari de la mère de l’enfant.
Une révision partielle du droit de l’adoption est en cours. Il est prévu d’ouvrir l’adoption de
l’enfant du partenaire aux personnes vivant en partenariat enregistré ou en communauté de
vie de fait, si le couple fait ménage commun depuis trois ans. Pour éviter une inégalité de
traitement, le critère imposé aux couples mariés sera aussi non plus la durée du mariage
mais celle du ménage commun. L’adoption conjointe restera cependant réservée aux
couples mariés.
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Résumé: rapport sur le droit de la famille
Concernant la maternité de substitution, qui est interdite en Suisse, il n’apparaît pas
opportun de songer à une libéralisation, bien que certains couples sans enfants éludent cette
interdiction en recourant à des mères porteuses à l’étranger, ce qui conduit à des problèmes
de reconnaissance juridique en Suisse. Par contre, il est nécessaire d’ouvrir une discussion
sur la suppression de l’interdiction des dons d’ovule.
5. Questions financières (chapitre 6)
Sous l’angle de la responsabilité individuelle, chaque adulte est tenu de pourvoir à ses
propres besoins dans la limite de ses capacités. Toutefois, le législateur doit tenir compte du
partage des tâches au sein du couple marié ou lié par un partenariat enregistré. Il a prévu
par conséquent divers mécanismes destinés à compenser les inégalités de revenu en cas de
dissolution de l’union, notamment dans les domaines du régime matrimonial et de la
prévoyance professionnelle. La contribution d’entretien en cas de divorce est justifiée par les
dommages liés au divorce, la solidarité des ex-époux et la compensation des inconvénients
liés au mariage. Les avantages liés au mariage sont, eux, compensés de manière très
limitée.
Les Chambres fédérales délibèrent actuellement d’une révision du droit de l’entretien de
l’enfant, qui crée une contribution de prise en charge destinée à ce dernier. Le mécanisme
est le suivant : celui des parents qui n’a pas la charge de l’enfant doit apporter une
contribution financière afin de couvrir ses besoins. C’est l’enfant qui est directement l’ayant
droit de cette contribution.
Le problème le plus fréquent du droit de l’entretien de l’enfant est que les familles n’ont pas
assez de ressources pour satisfaire aux besoins financiers de tous leurs membres. La
modification en cours de la loi n’accroît pas ces ressources, mais elle les répartit autrement.
Pour réellement résoudre le problème, il faut que les familles disposent de plus de moyens. Il
est important, notamment, que les personnes concernées augmentent leur taux d’activité
lucrative, ce qui nécessite de mieux concilier la vie familiale et la vie professionnelle. Une
discussion est en cours sur l’utilité de créer une nouvelle allocation pour enfant.
6. Droit successoral (chapitre 7)
Vu la diversité des formes de vie commune, le droit successoral doit être repensé. Il faut
notamment mettre sur la table la question de la hauteur des parts réservataires. Le Conseil
fédéral enverra en consultation un avant-projet au cours du premier semestre 2015.
Conformément aux vœux du Parlement, il proposera un droit successoral laissant plus de
latitude au disposant. Il n’est cependant pas prévu de donner le statut d’héritier légal à son
ou sa partenaire de fait.