Érosion ravinante à Kinshasa : facteurs humains
Érosion ravinante à Kinshasa : facteurs humains
Contribution of the geographic approach to the study of human factors involved in the intra-
urban gully erosion in Kinshasa (D.R. Congo)
Abstract: With a geographic holistic and multi-scales approach of physical and human factors combining
Very High Resolution satellite imagery interpretation, a survey on the ground (observation, interview, DGPS
measurement) and a Geographic informatic system (GIS), this study helped to explain by a set of physical and
especially human factors that intra-urban gully erosion is a complex phenomenon with multiple causalities.
Those are the orthogonality of roads on the slopes, the tracks traced in the direction of (the highest point of)
the slope, housing construction techniques on weeded and loosened terraces offering no resistance to
concentrated water runoff, soil sealing residential towns upstream of spontaneous settlements, sewerage that
fail at the outlet and erosion control devices poorly maintained or not, the non-appropriation of public spaces
and the late intervention in the management. This intervention in the erosion control is asymmetrical from a
temporal point of view. This delay not only worsens the living conditions in poor neighborhoods, but also it
allows the gully erosion to accelerate, to branch out and take dramatic dimensions.
Résumé : Grâce à l’approche géographique holistique et multi-scalaire des facteurs physiques et humains
combinant l’interprétation d’images satellitaires à très haute résolution, un travail de terrain (observations,
interviews, relevés DGPS) et l’utilisation d’un système d’information géographique (GIS), cette étude a
permis d’expliquer par un ensemble de facteurs physiques mais surtout humains que l’érosion ravinante intra-
urbaine est un phénomène complexe aux causalités multiples. Il s’agit de l’orthogonalité de la voirie sur le
versant des collines, des pistes tracées dans le sens de la grande pente, des techniques de construction de
l’habitat sur des terrasses ameublies et désherbées n’offrant aucune résistance aux eaux de ruissellement, de
l’imperméabilisation des sols des cités résidentielles en amont des quartiers spontanés, du réseau
d’assainissement qui n’arrivent pas à l’exutoire et des dispositifs anti-érosifs mal ou non entretenus, de la non
appropriation des espaces publics et l’intervention tardive dans la prise en charge. Cette intervention dans la
lutte anti-érosive est asymétrique du point de vue temporel. Ce retard aggrave non seulement les conditions de
vie dans les quartiers pauvres, mais aussi il permet à l’érosion ravinante de s’accélérer, de se ramifier et de
prendre des dimensions spectaculaires.
_____________________
*Département de Géographie, Université de Lubumbashi,
kayembematthieu@[Link]; [Link]@[Link]
**IGEAT, Université Libre de Bruxelles,
ewolff@[Link]
119
INTRODUCTION
En milieu urbain, les recherches sur l’érosion ravinante intra-urbaine sont récentes, alors que
les problèmes posés par ce phénomène sont connus dans le bassin méditerranéen, par exemple,
depuis plusieurs siècles (ROOSE et al., 2000). En Afrique, ces recherches datent de la période post-
coloniale. Il suffit de voir les dates de publication des quelques articles scientifiques pour s’en
rendre compte (VAN CAILLIE, 1983, 1997, 1990 ; TCHOTSOUA, 1991, 1992 ; TCHOTSOUA &
BONVALLOT, 1995, 1997 ; TCHOTSOUA et al., 1999 ; ROOSE et al., 2000, ...). Ces auteurs, qui
se sont particulièrement consacrés à l’étude de l’érosion ravinante intra-urbaine, se limitent à
expliquer les causes physiques de ce phénomène en milieu urbain. Selon eux, comme dans le milieu
naturel, c’est un phénomène qui dépend du climat (précipitations), du relief (pente), du sol et de la
nature et de la densité du couvert végétal.
Cependant, les ravins ne se développent pas partout dans l’espace urbain, et ce y compris si
on ne considère que les quartiers construits sur les flancs de collines. L’analyse de la répartition
spatiale des ravins en milieu urbain montre que l’hétérogénéité des facteurs physiques de l’érosion
ravinante ne serait pas seule en cause. Il y aurait des dimensions humaines qui accentuent ou qui
freinent ce phénomène. BUSNELLI et al. (2006) le reconnaissent indirectement lorsqu’ils disent
que l’urbanisation spontanée empire la situation lorsqu’elle est combinée à la fragilité
environnementale. L’érosion ravinante intra-urbaine peut être qualifiée de fait naturel anthropisé
(METZGER et al., 2011), c’est-à-dire qu’il résulterait de la rencontre entre l’événement naturel et
l’organisation sociale de l’espace (LEONE et al., 2010). Les facteurs de l’érosion ravinante à
Kinshasa n’échappent pas à cette règle.
A Kinshasa (R.D. Congo), peu d’études scientifiques ont été consacrées à l’érosion ravinante
intra-urbaine. Les études disponibles se répartissent en six groupes. Le premier définit les catégories
des pentes susceptibles (à partir de 12%) de déclencher l’érosion ravinante (VAN CAILLIE, 1997).
Le deuxième groupe identifie quelques causes humaines de l’érosion ravinante intra-urbaine en se
basant sur l’observation sur le terrain (MITI TSETA & ALONI., 2005 ; LELO NZUZI, 2008) ou
sur une série diachronique d'images Google Earth (OZER, 2014). La construction inachevée, le
mauvais dimensionnement et le manque d’entretien des collecteurs, le manque d’entretien de
bassins de rétention, le manque de gestion des eaux de toitures et les pistes tracées dans le sens de la
plus grande pente (WOUTERS & WOLFF., 2010) et l'imperméabilisation des versants au détriment
de la végétation ligneuse due à l'urbanisation non planifiée sur un sol sablonneux vulnérable
(OZER, 2014) sont évoqués comme causes humaines de l’érosion ravinante intra-urbaine . Le
troisième groupe définit une clef d’interprétation visuelle pour identifier sur une image satellitaire à
très haute résolution spatiale non seulement les ravins actifs et inactifs mais aussi leur origine
(WOUTERS & WOLFF., 2010). Le quatrième groupe illustre la célérité du phénomène de
ravinement dans les zones collinaires du sud de Kinshasa à partir d'une série diachronique d'images
Google Earth (OZER, 2014). C'est un phénomène aux conséquences socio-économiques
importantes : enclavement de certains quartiers, perturbations de la vie du quartier, destructions des
habitations et des routes. Le cinquième groupe étudie la relation entre la distribution des méga
ravins et l'urbanisation dans la ville de Kinshasa et fait l'inventaire des techniques de lutte anti-
érosive mises en œuvre dans le sud de la ville Kinshasa ou les décrit (MAKANZU IMWAGANA et
al., 2015 ; KAYEMBE WA KAYEMBE, 2012 ; VAN CAILLIE, 1983, 1990). Le dernier groupe
met l'accent sur l'argent dépensé par les bailleurs de fonds dans le cadre de la coopération
internationale pour lutter contre l'érosion ravinante intra-urbaine à Kinshasa (STEVENS, 2006 ;
LELO NZUZI, 2008 ; KAYEMBE WA KAYEMBE, 2012).
Alors que la seule prise en compte des facteurs physiques dans la lutte anti-érosive n’a pas
permis de stopper les ravins, ces derniers engloutissent, chaque année, plusieurs millions de dollars
américains de travaux anti-érosifs à Kinshasa. Cependant, rares sont les études scientifiques sur
l’érosion ravinante intra-urbaine combinant à la fois les facteurs physiques et anthropiques selon
une approche géographique, holistique et multi-scalaire.L’objectif de cet article est de montrer que
l’érosion ravinante intra-urbaine n’est pas une calamité naturelle en utilisant une approche
géographique holistique et multi-scalaire des facteurs physiques et humains combinant
l’interprétation d’images satellitaires à très haute résolution, un travail de terrain (observations,
interviews, relevés DGPS) et l’utilisation d’un système d’information géographique.
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ZONE D’ETUDE
La ville de Kinshasa peut être subdivisée en deux parties : ville basse dans la plaine bordant le
fleuve Congo et ville haute sur les collines au sud (LELO NZUZI, 2008).
La zone couverte par cette étude est située au sud de la ville de Kinshasa (ville haute) et
entièrement à l’ouest de la rivière Ndjili (Figure 1.). Elle comprend les communes de Kisenso,
Lemba, Makala, Ngaba, Selembao, Ngaliema et Mont Ngafula. A l’exception de la commune de
Ngaba, elles sont entièrement ou en partie situées sur les collines du sud. Le ravinement s’y est
beaucoup développé ; KAYEMBE WA KAYEMBE (2012) y a dénombré plus de 300 ravins
identifiés sur une image satellitaire à très haute résolution spatiale (GeoEye-1 du 30 juin 2010).
La zone d’étude est caractérisée par une urbanisation spontanée, à l’exception des cités
planifiées construites à Ngaliema, à Mont Ngafula et à Lemba pour les classes aisée et moyenne.
Ces cités sont bien équipées en routes et réseau d’assainissement. La classe modeste a dû recourir à
l’auto-construction sur des terrains non viabilisés, et par conséquent non équipés.
Figure 1. Localisation de la zone d’étude (Source : Les courbes de niveau dérivent du MNT réalisé par
TREFOIS au Service de Géomorphologie et Télédétection du Musée Royal d’Afrique centrale en 2010)
121
Mais après 1960, les vallées n’ont pas été épargnées de l’urbanisation, et ce sans un minimum
d’aménagement. En effet, dans le but de constituer l’électorat dans la perspective des premières
élections démocratiques devant avoir lieu en RDC dans les années 1960, les leaders politiques à
l’échelon national ont favorisé la venue des ruraux dans la ville de Kinshasa (DE SAINT MOULIN,
2010). Ces leaders signifièrent à leurs militants que l’Indépendance était synonyme de la fin de la
vie de locataire. Ils lancèrent le mot d’ordre « sa ngolo zako » (littéralement, « selon tes capacités »)
qui invitait les militants à s’octroyer chacun un terrain à bâtir (KAYEMBE et al., 2010; LELO
NZUZI, 2011). Ainsi, les nouveaux et anciens citadins locataires dans les communes centrales se
sont lancés à la recherche d’une propriété aussi proche que possible du centre-ville tant en distance
qu’en temps de parcours. C’est ainsi que les vallées proches des anciennes cités ont été investies
spontanément par ces militants, et ce malgré leur grande sensibilité à l’érosion ravinante dans le
contexte des sols sablonneux kinois et l’interdiction d’urbanisation de ces zones par les plans
d’aménagement. De cette façon, les populations à faibles revenus ont occupé des terrains marginaux
(KAYEMBE WA KAYEMBE, 2012).
METHODOLOGIE
Pour mettre en évidence la relation entre les rôles des facteurs humains et l’érosion ravinante,
l’approche la plus utilisée est la comparaison d’une série des photos aériennes prises à des dates
différentes afin de cartographier l’évolution de la ville et celle des ravines. Elle a été utilisée par
TCHOTSOUA & BONVALLOT (1997) pour la ville de Yaoundé (Cameroun) et par VAN
CAILLIE (1983) pour la ville de Kinshasa. Cette approche permet seulement de dater plus ou moins
cette relation.
Dans les études de risque, l’approche cartographique (ou géographique), l’observation et le
reportage photographique des empreintes laissées par l’aléa ou ses dégâts sont préconisés.
L’approche cartographique a été utilisé par D’ERCOLE & SIERRA (2009) pour identifier,
caractériser et hiérarchiser les espaces à risque à Quito. JIMENEZ-DIAZ (1992) et SIERRA (2009)
ont recouru au reportage photographique des impacts provoqués par l’aléa (glissement de terrain)
parce qu’il permet d’objectiver une réalité qui évolue.
Ces deux approches sont complémentaires et ont été combinées dans cette recherche. Notre
méthodologie repose sur une approche géographique, holistique et multi-scalaire ; elle analyse à la
fois les facteurs physiques et anthropiques sur base d’interprétation d’images satellitaires à très
haute résolution, d’un travail de terrain (observations, interviews, relevés DGPS) et de l’utilisation
d’un système d’information géographique.
1. Les ravins ont été interprétés visuellement à partir de la bande panchromatique de l’image
GeoEye (résolution spatiale : 50 cm) datant du 30 juin 2010, sur base de la clef d’interprétation
définie par WOUTERS & WOLFF (2010) et de nos connaissances du terrain. L’image a été
orthorectifiée dans PCI-GEOMATICA 10.2 à l’aide des 20 points de calage localisés sur le
terrain précisément avec un DGPS et d’un modèle numérique de terrain d’une précision de 5 m
calculé en 2010 par le service de Géomorphologie et Télédétection du Musée Royal d’Afrique
Centrale (MRAC). L’interprétation a été validée par un travail de terrain, notamment pour
identifier avec certitude si le ravin était encore actif ou non. Cette carte constitue en quelque
sorte une actualisation de celle de VAN CAILLIE de 1970 ; leur comparaison permet de
retracer l’évolution de l’érosion ravinante en 40 ans à Kinshasa.
2. La distribution spatiale des ravins a été comparée dans un système d’information géographique
aux principaux facteurs physiques et anthropiques permettant d’expliquer l’érosion ravinante.
Les données permettant de cartographier ces derniers proviennent de la numérisation et de la
mise à jour de cartes existantes (réseau d’assainissement, pistes et routes macadamisées,
imperméabilisation des sols), d’une interprétation de l’image satellitaire et de levés de terrain
(travaux anti-érosifs). La constitution de chaque couche d’information est expliquée ci-dessous.
a. Le réseau hydrographique a été numérisé à partir de la bande panchromatique de
l’image SPOT du 10 avril 2000.
b. Les pentes ont été calculées à partir du Modèle Numérique de Terrain réalisé par
TREFOIS au Service de Géomorphologie et Télédétection du Musée Royal d’Afrique
centrale en 2010.
122
c. L’occupation et l’imperméabilisation des sols sont obtenues respectivement grâce à la
classification supervisée des images SPOT KJ 3 096-358 du 31 mars 1995 (résolution
spatiale : 20m) et KJ 4 096-358 du 01 juillet 2005 (résolution spatiale : 20m) et à
l’interprétation visuelle (à l’échelle de 1/5 000) de l’image satellitaire GeoEye-1 du 30
juin 2010 (résolution spatiale : 2 m) en composition colorée fausses couleurs.
d. La carte du réseau d’assainissement de la ville de Kinshasa date de 1975. Cette dernière
ne couvre pas les quartiers construits sur les zones collinaires du sud de la ville. Elle a
été mise à jour à l’aide d’une campagne de terrain. Le tracé de tous les collecteurs de
cette partie de la ville a été mesuré par DGPS avec une précision de l’ordre de 0,50 m.
e. Le réseau des pistes en terre et des routes macadamisées a été numérisé à partir de
l’image SPOT (KJ 096-358 du 10 avril 2000 d’une résolution spatiale de 20 m, car
celle-ci est la seule à couvrir le sud de la ville sans comporter de nuages) en
composition colorée fausses couleurs.
f. Les travaux anti-érosifs ont été documentés grâce aux différentes visites de terrain, ce
qui a permis de distinguer les ravins pris en charge par les pouvoirs publics, les ONG
et/ou la population locale, et de préciser la nature des travaux anti-érosifs (biologique,
génie civil etc.) entrepris.
g. Le standing des quartiers : l'interprétation visuelle (à l'échelle de 1/5 000) de l'image
satellitaire GeoEye en composition colorée fausses couleurs a permis de différencier
trois types de quartiers à Kinshasa selon leur morphologie et leur localisation, puis
d’établir la correspondance avec leur niveau de standing sur le terrain grâce à la
typologie de FLOURIOT en 1975 qui n’a que très peu évolué depuis (DE SAINT
MOULIN, 2010) et des travaux de LELO & TSHIMANGA (2004). Les caractéristiques
morphologiques identifiées sur l’image et les niveaux de standing correspondant sont
identifiés dans le tableau 1. Une telle carte comble en partie le manque de données
socio-économiques récentes et exhaustif ; le dernier recensement date de 1984.
Tableau 1 : Caractéristiques morphologiques sur l’image satellitaire, leur localisation et niveau de standing
correspondant
Morphologie Localisation par Standing
rapport au réseau
routier
Structure Densité de Bâtiments Routes
la
végétation
Ilots mal Petits (< à la couronne des Etroites et Loin des routes Pauvre
définis arbres) sinueuses principales
Limites des Peu dense (< de 2
parcelles peu bâtiments/parcelle)
visibles
Ilots bien Faible Bâtiments de taille En terre, Traversé par une Modeste
définis moyenne (2-3 fois plus réseau route principale
grands que type « pauvre») orthogonal
Bâti dense (jusqu’à 5
bâtiments/parcelle)
Ilots bien Faible Grands bâtiments (2 fois Bitumées, Riche
définis plus grands que type réseau
« modeste ») orthogonal
Bâti peu dense (grande
parcelle avec 1 à 2
bâtiments)
Présence de bâtiments à
étage (visible par leur
ombre)
(Présence de piscines)
123
3. Pour affiner notre compréhension des facteurs physiques et humains de l’érosion ravinante
intra-urbaine, des observations de terrain ont été réalisées, notamment en saison des pluies,
lorsque le risque est élevé. Tant que possible, des photographies de terrain ont été prises ; les
tensions sociales étant vives dans les quartiers pauvres, il n’est pas toujours aisé de prendre des
photos. Des enquêtes par questionnaire ont été réalisées auprès de 151 ménages dans les
quartiers modestes des sites collinaires pour évaluer leur connaissance du risque avant
l’occupation de ces sites et comprendre les raisons du choix de ces derniers. Des personnes-
ressources, telles que des personnes âgées, des instituteurs, des chefs de quartier, … ont été
interviewées, principalement dans les quartiers pauvres, notamment pour reconstituer l’histoire
locale du ravinement.
RESULTATS
Le ravinement observé à Kinshasa est illustré sur la photo 1. Il s’agit en effet des dépressions
allongées et profondes dont les dimensions varient en fonction des torrents d’eau de ruissellement,
de la nature sableuse du sol, de la pente et de l’état protection du sol par le couvert végétal. Son
évolution spatio-temporelle est spectaculaire (Figure 2.).
Figure 2. Distribution spatiale des ravins en 2010 à Kinshasa (Source : Carte géomorphologique
et géotechnique (Planche II Hydrologie) de VAN CAILLIE de 1970 et Image satellitaire
GeoEye)
124
Photo 1. Un ravin derrière le bâtiment d’Agronomie à l’Unikin (Photo de Schmit, novembre 2003)
En effet, 140 marques de ravins ont été dénombrées sur toute la carte géomorphologique et
géotechnique élaborée par VAN CAILLIE en 1970. 40 ans plus tard, 301 ravins identifiables sur
l'image satellitaire GeoEye (en mode panchromatique) ont été repérés pour la partie de la ville de
Kinshasa se situant à l’Ouest de la rivière Ndiji. Leur nombre est logiquement plus élevé si l’on
considère l’ensemble de l’agglomération comme le font MAKANZU IMWANGANA et al. (2014)
qui dénombrent 334 ravins (dont la largeur est supérieure à 5m) sur toute la ville de Kinshasa sur
l’image WorldView 1 de 2010.
La figure 2 renseigne particulièrement sur la dynamique spatiale des ravins entre 1970 et 2010 en
relation avec la dynamique urbaine des périodes d’avant 1975 et de 1975-2005. Sur les 301 ravins
identifiés sur l’image satellitaire GeoEye :
• 45 sont des anciens ravins de 1970 et dont les dimensions sont restées inchangées en 2010,
• 49 se sont étendus de 2010, notamment par érosion régressive en donnant des ravins à
plusieurs « bras » (ou ramification, c'est-à-dire un seul ravin peut se développer sur deux ou
plusieurs avenues perpendiculaires à l'avenue principale ravinée. Cfr. Partie centrale de la
figure 2)
• 207 ravins sont apparus depuis 1970; ils sont situés sur la partie convexe des versants, dans
les quartiers spontanés. Deux-tiers d’entre-eux se sont creusés sur les zones d’extension
urbaine de la période 1975-2005.
Cette situation catastrophique s’explique par un ensemble de facteurs physiques mais surtout
humains. Si les facteurs physiques sont bien connus (ROOSE et al., 2000; DUCHAUFOUR, 1988),
les facteurs humains identifiés par cette recherche sont présentés dans les chapitres qui suivent. Si
ceux-ci sont présentés de façon séparée, ils sont étroitement reliés, l’érosion ravinante intra-urbaine
apparaissant bien comme un phénomène complexe aux causalités multiples.
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Orthogonalité de la voirie sur le versant, absence de voirie et ravinement
Dès l’indépendance, en 1960, la ville s’est étendue vers sur les pentes des collines du Sud.
Les chefs coutumiers ont joué un rôle important dans cette urbanisation spontanée. En effet, ayant
repris possession des terres après l’indépendance, ils les ont revendues sous la forme de petits lopins
de terre en prolongeant le tracé orthogonal des voiries de la plaine, et ce quelle que soit leur
localisation (DELIS & GIRARD., 1985). Les collines, considérées à l’époque coloniale comme
impropres à la construction, ont été divisées selon une trame orthogonale (DELIS & GIRARD.,
1985). De nombreuses rues ont été tracées dans le sens de la pente (Figure 3). Dépourvues de
caniveaux pour drainer les eaux pluviales et usées, elles se transforment en véritables torrents dès
qu’il pleut et occasionnent des grands ravins là où les pentes excèdent 12.5% (VAN CAILLIE,
1997).
La relation entre piste et ravinement dans les quartiers spontanés des zones de collines est
illustrée par la figure 3. Sur cette figure, on perçoit que les pistes des zones de collines sont
tracées selon le plan en damier. Dans les communes de Selembao, Makala et Kisenso, les
ravins sont apparus dans les rues tracées dans le sens de la plus forte pente (MITI TSETA,
2005 ; MITI TSETA & ALONI., 2005). Leur rapide évolution est entretenue par les eaux
de ruissellement provenant des terrains voisins et des rues perpendiculaires qui constituent
le prolongement amont du ravin (TRIKAT, 1997).
De plus, des sentiers piétons se sont développés le long des collecteurs ou dans le
sens de la plus grande pente (Photo 2) permettant aux habitants de se déplacer d’un quartier
à l’autre. Ce piétinement élimine la végétation herbacée ; le sol est mis à nu. Le piétinement
répété de ces sentiers a contribué au tassement du sol et son imperméabilisation contribuant
ainsi à la concentration des eaux de ruissellement, à l’augmentation du débit de
ruissellement, à l’accélération de l’érosion ou à la création d’un nouveau ravin (WOUTERS
& WOLFF., 2010). Ils engendrent ou aggravent le ravinement.
Figure 3. Trame orthogonale sur les sites collinaires du sud de Kinshasa et ravinement (source : Carte
historique collectée par LAGAE - Département d’Architecture et d’Urbanisme, Université de Gand et Image
GeoEye-1 du 30 juin 2010)
126
Photo 2. Sentier piéton créé le long du collecteur situé derrière l’école Mont Amba et en contrebas
du centre nucléaire de l’Unikin emprunté par la population locale et ravinement subséquent
(Photo Kayembe, 26 novembre 2008)
La photo 2 montre un sentier piéton emprunté par la population locale le long du collecteur
que l’Unikin a construit en 2008 derrière l’école Mont Amba pour protéger à la fois cette école et le
centre nucléaire contre la menace de l’érosion ravinante. Ce sentier constitue un raccourci pour
arriver rapidement sur le campus ou sur les lieux de prière situés derrière le campus. Un ravinement
se produit au départ de ce sentier.
MVUANDA (2009) et BANAKAYI (2010) ont analysé la relation entre sentiers et
ravinement sur le versant-Est de la Funa conduisant à l’Unikin. Ils ont dénombré respectivement 47
ravins en 2009 et 62 en 2010 sur le même versant qui ont été aggravés par les sentiers piétons. En
effet, les passants empruntent ces sentiers pour atteindre le campus soit pour étudier, soit pour
exercer une activité telle que le commerce.
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Photo 3. Disposition de l’habitat en gradin sur le versant ouest de la Kwambila, au sud
de Kisenso, et ravinement subséquent (Photo Kayembe, juin 2008)
La photo 3 illustre ce processus ; elle a été prise sur le versant Est de la Kwambila, au sud de
la commune de Kisenso. Les terrains préparés pour recevoir le logement sont totalement dénudés.
Des ravins (indiqués par une ligne de couleur café sur la photo) ont entaillé le versant en phase
d’urbanisation. Il a commencé en aval d’une terrasse préparée pour recevoir un logement (cfr. la
plus grande ellipse rouge). Le même phénomène de ravinement se reproduit ailleurs. Les ravins se
rejoignent dans cette zone d’urbanisation spontanée.
Ces observations contredisent ce que VAN CAILLIE affirmait (1983) ; dans son analyse des
techniques de lutte pratiquées à Kinshasa, il soulignait l’efficacité des constructions en terrasse
censée ralentir la vitesse de l’écoulement des eaux des pluies. En effet, une approche de lutte anti-
érosive pour protéger et conserver les sols en milieu rural montagnard aux Etats-Unis (BENNET,
1939) consiste à imposer la construction de terrasses et de chemins d’évacuation des eaux
excédentaires pour réduire la vitesse du ruissellement. Cependant, à Kinshasa, les chemins
d’évacuation des eaux n’ont jamais été construits.
Imperméabilisation des sols des cités résidentielles construites en amont des quartiers
spontanés
L’urbanisation du sud de la ville de Kinshasa s’est faite dans un contexte qui a favorisé la
ségrégation urbaine. Celle-ci s’est traduite dans l’espace par la construction des cités de haut
standing en premier sur les hauteurs des collines (Figure 4.). Ces cités sont constituées de maisons
de grandes dimensions (Photo 4) équipées en réseaux d’évacuation des eaux pluviales qui jettent
directement les eaux dans la rue. Cette évacuation est réalisée grâce à des trous dans les murs de
clôture dans lesquels on fait passer des tuyaux avec une certaine déclivité permettant aux eaux
accumulées dans la parcelle de se déverser dans la rue et d’éviter la stagnation des eaux à l’intérieur
de la parcelle dont les sols sont imperméabilisés. Toutes ces eaux se concentrent dans les rues et
suivent les pentes, traversent les quartiers spontanés localisés sur les versants en aval des cités
résidentielles quelques années plus tard. L’abondance des eaux combinées aux fortes pentes et aux
parcelles habitées soigneusement défrichées et désherbées provoquent ou accélèrent la formation de
ravins.
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Figure 4. Standing d’habitat et érosion ravinante intra-urbaine en 2010
(Source : Image GeoEye-1 du 30 juin 2010 )
La figure 4 révèle que 48 ravins se sont creusés dans les quartiers d’habitat « pauvre »
construit en aval des quartiers d’habitat « riche » et/ou « moyen ». Cela s’observe dans la commune
de Ngaliema, plus précisément à Delvaux sur le versant-Est de la Binza (10 ravins), puis dans le
camp LUKA en aval de la cité Golf sur le versant-Ouest de la Lubudi (22 ravins) ; dans la commune
de Selembao, plus particulièrement dans les quartiers Kingu (5 ravins), Herady (3 ravins) et Ngafani
(4 ravins) sur le versant occidental de la Bumbu (4 ravins) dans la commune de Mont Ngafula (10
ravins).
La construction des quartiers spontanés non équipés en aval des cités des classes aisée et
moyenne accélère l’érosion ravinante intra-urbaine dans la mesure où ces dernières comprennent de
grandes surfaces imperméabilisées par les toits et des sols bétonnés. Ces superficies
imperméabilisés soustraites à l’infiltration occasionnent une concentration rapide des eaux pluviales
lesquelles sont déversées dans les quartiers spontanés pauvres non équipés sur de fortes pentes
(>12%). Les conditions d’écoulement des eaux de ruissellement sont modifiées ; il en résulte une
accélération du ravinement (MATONDI, 2001). Du fait de la pente, les ravins qui commencent dans
les quartiers pauvres remontent vers les quartiers riches ou moyens. C’est ce qu’on observe dans les
quartiers administratifs de Kingu et de Herady dans la commune de Selembao, dans la cité Maman
Mobutu dans la commune de Mont Ngafula et dans la cité de Delvaux dans la commune de
Ngaliema.
Toutefois, l’organisation socio-spatiale des quartiers selon le relief comme facteur
anthropique d’érosion à Kinshasa ne peut pas se généraliser sans être nuancée sur le plan local.
Kisenso, par exemple, est une commune habitée par une population relativement homogène sur le
plan socio-économique : une population pauvre (DE HERDT & MARYSSE., 2006) et également
affectée par l’érosion ravinante. Contrairement aux autres communes où l’érosion ravinante
s’explique par l’organisation socio-spatiale des quartiers, la présence de l’érosion ravinante à
Kisenso s’explique par la densité différentielle du bâti entre le sommet de la colline et les vallées.
En effet, la densité du bâti dans la parcelle est plus importante sur le sommet de la colline que sur le
versant : 3 ou 4 bâtiments par parcelle contre 1 bâtiment par parcelle sur le versant à forte pente (DE
HERDT & MARYSSE., 2006). La densité du bâti dans la parcelle située sur le sommet de la colline
129
permet d’imperméabiliser une grande surface parcellaire ; ce qui favorise l’évacuation de grandes
quantités d’eaux de ruissellement sur les parcelles situées en aval (les versants) et par conséquent le
ravinement sur les versants. Ceci s’observe également au sud de la commune de Kimbanseke.
Les collecteurs et les bassins de rétention sont parmi les dispositifs anti-érosifs utilisés à
Kinshasa. Ils sont parfois devenus des facteurs érosifs (FADUME NGEBE, 2004). En effet, les
bassins de rétention ont été construits dans les années ‘70 par les pouvoirs publics pour retenir les
eaux des pluies et les collecteurs pour les faire descendre en bas du versant (WOUTERS &
WOLFF., 2010).
Actuellement les collecteurs sont souvent sous dimensionnés et/ou n'arrivent pas ou plus à l'exutoire
(Figure 5.). Ainsi, les eaux à évacuer ne sont pas amenées jusqu’à la rivière mais tombent au pied
des collecteurs, les affouillent puis les sapent au fil des jours et les mettent en porte-à-faux. Ceux-ci
finissent par s'écrouler sous l’effet de leur propre poids. C’est la première étape de formation d’un
ravin le long du tracé du collecteur (TCHOTSOUA & BONVALLOT., 1997).
Les bassins de rétention (Photo 4) sont de grandes fosses de dimensions variables jouant le rôle
d’accumulateur des eaux usées en vue d’une infiltration a posteriori dans le sol de nature sableuse et
la nappe phréatique (WOUTERS & WOLFF., 2010). L’absence d’entretien et de curage du fond de
ces dispositifs provoque notamment l’accumulation d’argiles transportées par les eaux de pluies et
de déchets en tout genre qui rendent rapidement le fond imperméable (WOUTERS, 2008). Ainsi,
une succession de fortes pluies provoque le débordement du bassin de rétention et engendre en
contrebas la formation d’un ravin.
Figure 5. Des collecteurs au sud de Kinshasa qui n’arrivent pas à l’exutoire (Source : Relevé DGPS, 2010)
130
Photo 4. Rupture d’un bassin de rétention ayant engendré en contrebas la formation d’un ravin
(Source : WOUTERS & WOLFF., 2010)
Les collecteurs et les bassins de rétention sont la cause de la formation de 23 ravins au sud de
Kinshasa (Tableau 2).
131
fréquemment dans les quartiers « pauvres » traversés par ce dispositif. L’absence de ravins
provoqués par l’effondrement du collecteur (par exemple, dans les communes de Makala et de
Kisenso) ne signifie pas que les collecteurs y sont bien entretenus, bien dimensionnés ou qu’ils
arrivent à l’exutoire, mais plutôt par l’absence de cet équipement. Aucun ravin provoqué par la
cassure de bassin de rétention n’a été repéré pour Lemba et Kisenso. Il convient de signaler que
cette technique anti-érosive a été plus pratiquée dans la commune de Makala par la Fédération des
Organisations non Gouvernementales Laïques Vocation Economique du Congo (FOLECO) que
dans les autres.
A Kinshasa, il est rare de trouver un ravin partant de l'intérieur de la parcelle habitée. On les
trouve surtout dans les espaces publics (piste ou route). Pour comprendre et expliquer cette
situation, partons d’un cas représentatif de la création d’un ravin à l’intérieur d’une parcelle habitée
et observons la réaction de la population (Photo 5 a et b).
Les photos 5 a et b ont été prises le lendemain d’une pluie de 22mm tombée entre 20 et 22h le
25 octobre 2009 qui avait provoqué des dégâts importants dans le quartier Kemi (Lemba). Sur la
photo 5a, on aperçoit un ravin de dimension modeste qui est apparu à cheval sur une rue (avenue
Kitoyi) et une parcelle habitée. La population a immédiatement réagit en comblant celui-ci à l’aide
de sacs de sable, de branches de palmier, etc (photo 5b). Des sacs de sable en surplomb forment une
mini digue. Une cicatrice laissée dans le sol indique l'endroit où le sable a été prélevé pour remplir
les sacs.
Photos 5. Prise en charge d’un ravin et le résultat de la lutte dans un espace privé sur l’avenue Kitoyi dans
le quartier de Livulu de Lemba. (Photo de Kayembe, 26 octobre 2008)
Comme on le voit, les riverains n'ont pas attendu que le ravin prenne des dimensions
importantes pour intervenir. Ils n’ont pas non plus attendu que le Gouvernement agisse à leur place.
Lorsqu’un ravin apparaît dans un espace public, la population attend l'action des pouvoirs publics
ou si elle s’en occupe, c’est souvent de manière non coordonnée et donc sans efficacité.
Selon la même logique, les populations ne se sentent pas responsables de la protection ou de
l’entretien des dispositifs anti-érosifs; c’est ce qui s’est observé dans la commune de Makala vers la
fin des années ’90. En effet, cette commune a bénéficié de l’intervention de l’ONG FOLECO dans
la lutte anti-érosive. Parmi les techniques utilisées, figurait le creusement des bassins de rétention en
amont de plusieurs ravins afin de stopper leur progression. Mais ces bassins, n’ayant pas été curés
régulièrement, n’ont pas joué leur rôle longtemps et le ravinement a repris détruisant les rues et
avenues Kimbondo, Yanda, Nsangu dans le quartier administratif de Mabulu II (MAYAMBUEDI
MUKANU DEMA, 2001). Le même phénomène a été observé par MITI TSETA & ALONI (2005)
dans d’autres quartiers (Kingu à Selembao et Delvaux à Ngaliema). La lutte anti-érosive doit donc
organiser l’entretien des ouvrages créés afin qu’ils restent opérationnels dans la durée.
132
Intervention tardive de la prise en charge
A l’exception de la prise en charge du ravin dans la cité Maman Mobutu, une cité des classes
aisées, où les pouvoirs publics ont réagi rapidement, l’intervention de ces derniers pour stopper de
ravins prend généralement du retard. Les cas des ravins de Lutele et de Mataba illustrent les
conséquences caractéristiques d’une intervention tardive dans des quartiers pauvres.
La figure 6 montre l’évolution spatio-temporelle du ravin de Lutele creusé sur le tracé du collecteur
(qui recueille les eaux usées et pluviales pour les déverser dans la rivière Bumbu) à la hauteur de
l’arrêt de bus « Quado » sur l’avenue By Pass entre le Rond point Ngaba et l’UPN.
Figure 6. Progression du ravin Lutele le long du tracé du collecteur dans un quartier pauvre (Herady) de la
commune de Selembao, faute d’intervention (Source : Relevé DGPS, 2010)
133
Kinshasa à la province du Bas-Congo. En effet, au début de la formation de ce ravin, en 1998, la
prise en charge ne demandait que 50 dollars américains pour arrêter l’incision mais les autorités de
la ville n’ont pas débloqué cette somme. Le tableau 3 illustre l’accroissement exponentiel des coûts
d’une intervention pour enrayer la progression du ravin (MITI TSETA & ALONI., 2005).
Figure 7. Evolution spatio-temporelle du ravin de Mataba (Commune de Ngaliema) entre 2007 et 2009
(Source : Images GoogleEarth de 2007 et de 2009 et GeoEye de 2010)
Tableau 3 : Coût d’intervention pour stopper la progression du ravin de Mataba entre 1998 et 2009
Pendant ce temps, le ravin s’est considérablement allongé et creusé menaçant très directement
les habitations des quartiers pauvres environnants et ainsi que la route de Matadi. La figure 7
montre l’extension du ravin de Mataba entre 2007 et 2010. Malgré les multiples interventions, sa
superficie est passée de 14,4 hectares en 2007 à 16,8 hectares en 2009 avec un budget de lutte de 15
millions de dollars américains (BELTRADE, 2009) et à 43,9 hectares en 2010. Ce retard a permis
au ravin de dépasser un seuil critique dans la lutte anti-érosive. Ainsi, tous les travaux de génie civil
entrepris et les dépenses associées depuis lors pour tenter de stabiliser le ravin se sont soldés par des
échecs répétés.
Le retard dans la prise en charge peut être qualifié d’ « injustice spatiale » dans la mesure où il
aggrave les conditions de vie dans les quartiers pauvres des collines et pas celles des quartiers riches
ou moyens.
CONCLUSION
134
l’absence de voirie sur certaines collines, les techniques de construction de l’habitat en terrasse sans
prévoir les chemins d’évacuation des eaux de ruissellement, l’imperméabilisation des sols des cités
riches construites en amont des quartiers spontanés pauvres non équipés et situés sur des fortes
pentes, le manque d’entretien des dispositifs de lutte anti-érosive, la non appropriation des espaces
publics par la population et l’intervention tardive dans la lutte anti-érosive. Tous ces facteurs
humains de l’érosion ravinante sont imbriqués sur le terrain et se combinent aux facteurs physiques.
L’intervention dans la lutte anti-érosive est asymétrique du point de vue temporel. Si elle est
plus rapide dans les cités riches construites sur les hauteurs, l’intervention est beaucoup plus tardive
dans les quartiers spontanés pauvres construits sur les versants de collines. Ce retard dans la prise en
charge de l’érosion ravinante a été qualifié « d’injustice spatiale ». Il aggrave non seulement les
conditions de vie dans les quartiers pauvres, mais aussi il permet à l’érosion ravinante de
s’accélérer, de se ramifier et de prendre des dimensions spectaculaires.
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