Université d’Alger 2 2 جامعة الجزائر
Institut de traduction معهد الترجمة
Module : Perfectionnement de la langue française
Niveau : L1
Enseignante : DAHOUM Yasmine
Compétences visées : Compréhension de l’écrit- Compréhension de l’oral- Expression écrite-
Expression orale
Langue orale / Langue écrite
Ce sont, pour une même langue comme le français, deux systèmes différents, d'où la
nécessité de les étudier séparément. Ainsi, Voltaire déjà faisait remarquer que les signes
constitutifs du mot oiseau sous forme écrite sont tous différents de ceux qui notent sa
prononciation (waso).
Ce sont principalement les contraintes de présence physique, de distance et de temps qui
expliquent la différence linguistique entre l'oral et l'écrit. L'interaction orale se caractérise par
une présence physique des interlocuteurs, que cette présence soit entière (face-à-face) ou
partielle (oreille-à-oreille). Plus qu'une présence, il s'agit donc d'une co-présence spatio-
temporelle ou du moins temporelle. Alors que l'essence même de l'écrit consiste en l'absence
physique du récepteur. C'est de cette principale contrainte que découle la différence entre
l'écrit et l'oral.
1- Les spécificités de l’oral :
1-1. La spontanéité :
La co-présence implique de la part des interlocuteurs, en particulier dans la "parole
spontanée" (fresh talk), une concomitance entre la planification et l'émission du discours. On
est dans la production immédiate. L'écrit ne connait pas cette concomitance, ce qui permet
au locuteur d'avoir le temps de préparer son discours.
Page | 1
Université d’Alger 2 2 جامعة الجزائر
Institut de traduction معهد الترجمة
1-2. Les éléments prosodiques :
C'est sans aucun doute par la prosodie (pauses, accents d'insistance, intonation, débit, ton..)
que l'oral se distingue particulièrement de l'écrit. Ces traits prosodiques ne sont pas gratuits,
ils sont dotés de fonctions précises.
L'intonation qui correspond à la variation de la hauteur de la voix au cours de l’énonciation
possède principalement une triple fonction :
une fonction expressive, elle exprime une émotion, un sentiment, une opinion...bref
un "contenu expressif";
une fonction syntaxique voire démarcative qui permet essentiellement de différencier
les types de phrase : déclarative, impérative, interrogative et exclamative ;
une fonction organisationnelle, puisqu’elle marque l’unité globale de la phrase et
contribue (avec l’accent) à la segmentation de l’énoncé en groupes délimités.
Les accents d’insistance, également appelées accents expressifs, sont employés pour
exprimer une émotion ou pour mettre un élément en évidence.
Le débit, vitesse d’élocution a également une fonction liée à l’intention de l’auteur (lent pour
s’assurer de la compréhension du message ou pour réconforter ; moyen pour informer,
compléter, préciser ses propos ; rapide pour stimuler le destinataire, pour se montrer
dynamique, entraînant, etc.). Ainsi, le débit peut très bien varier lors d’un exposé selon les
intentions de l’émetteur.
Le ton se manifeste généralement par une variation de la hauteur de la voix au cours de
l’articulation des mots. En français, il ne sert pas à distinguer des mots différents, mais bien
pour marquer l’expressivité et est étroitement lié à l’intention, à l’état d’esprit ou aux
sentiments de l’auteur. On peut parler alors de tons : neutre (informer), humoristique
(divertir), didactique (instruire), favorable (convaincre), défavorable (combattre), élogieux,
alarmiste, ironique, hautain, moqueur, sarcastique, distant, sec, familier, solennel, froid, etc.
1-3. Les liaisons :
La langue française impose de prononcer les mots dans une certaine continuité. Les mots ne
sont pas prononcés isolément. Au contraire, il est souvent nécessaire de lier ou d'enchaîner
les mots les uns aux autres. Ainsi, on parle de liaison lorsque deux mots sont liés en ajoutant
un son correspondant à la fin du premier mot pour former une syllabe avec la voyelle initiale
du mot qui suit (il n'y a pas de liaison si le mot suivant commence par une consonne
prononcée).
Page | 2
Université d’Alger 2 2 جامعة الجزائر
Institut de traduction معهد الترجمة
1-4. Les phénomènes de « dis fluence » :
On relève à l’oral certains phénomènes liés à sa production (hésitations, amorces, répétitions,
constructions interrompues, anacoluthes, etc.), et ce même chez les « professionnels de la
parole » (journalistes, hommes politiques, etc.). Ces phénomènes sont souvent appelés
«disfluences », par opposition à la normale « fluence » de l’écrit.
Malgré son « aspect fragmentaire » (pause, hésitation, reprise, répétition) le discours oral
reste toutefois cohérent grâce aux multiples procédés de contextualisations que mobilisent
les locuteurs.
1-5. Les signaux de régulation :
Le discours oral, pour se constituer, s’appuie sur des signaux de régulation qui constituent des
signaux de pilotage de l'interaction destinés à maintenir / orienter l'échange. Ils peuvent être
des éléments verbaux « phatiques » (tu sais, tu vois, hein, ...), émis par le locuteur et/ou «
régulateurs » (hm, oui, d'accord, je vois, ...) émis par l'allocutaire et assurant un rôle de feed-
back interactionnel.
D’autres signaux de régulation sont non verbaux : les gestes et les mimiques (regards,
postures, hochements de tête, sourires) qui jouent un rôle très important dans la
synchronisation de l'interaction. Le discours oral est inhérent à une expression corporelle
socialement et culturellement marquée.
1-6. Les accents :
Il existe de multiples variétés orales de français influencées par la sphère géographique et/ou
sociale des locuteurs mais aussi par les registres de langues (soutenu, familier, standard).
2- Les spécificités de l’écrit :
2-1. L’absence de contact direct :
La communication écrite se caractérise par l’absence de contact direct (voix, corps) entre le
scripteur et le destinataire. Au moment de la production, le scripteur qui ne partage pas le
même espace spatio-temporel que le destinataire, lequel peut d’ailleurs être complètement
virtuel.
« Ce décalage dans le temps et cette absence dans l’espace impliquent des contraintes
spécifiques à la production écrite :
L’organisation rigoureuse des signes graphiques (écriture lisible, orthographe,
ponctuation, typographie) pour la lisibilité et l’expressivité du texte ;
Page | 3
Université d’Alger 2 2 جامعة الجزائر
Institut de traduction معهد الترجمة
La clarté du message (précision du vocabulaire, correction de la syntaxe, concision).
Puisqu’il n’est pas possible de s’expliquer en direct, il est nécessaire de lever les ambigüités
possibles du message en fournissant au lecteur des repères de sens (récurrence de mots
ou de thèmes, redondances de constructions, connecteurs) ;
L’élaboration d’un discours en continu (phrases complexes, liens logiques, cohésion
textuelle) car il n’y aura pas d’interruption.
Le texte écrit est donc un tout, lisible, clair, construit et achevé pour une meilleure
réception possible. »
2-2. Une production plus réfléchie :
N’étant pas contraint par le temps et l’urgence de la situation de communication, mais aussi
par la pression que peut susciter la présence du récepteur, le scripteur jouit d’une certaine
stabilité qui lui permet « de prendre du recul par rapport à son projet texte, voire de modifier
son intention de communication […] ce recul possible vis-à-vis de son texte lui permet
d’organiser, de modifier, de réviser son discours avant qu’il ne parviennent au destinataire (ce
qui est impossible à l’oral) » (F. Desmons et alii, 2005). Le lexique et la syntaxe seront plus
recherchés.
2-3. Une réception plus aisée :
Contrairement à l’oral où la spontanéité du message exige de l’auditeur un effort constant et
un rythme de compréhension assez élevé, à l’écrit, le récepteur ne subit pas la même pression.
Il peut prendre connaissance du message à sa guise et selon sa bonne volonté. Il peut le lire
aussitôt après sa réception comme il peut le lire après un certain temps et parfois jamais. Il
peut le lire à son rythme (lentement, rapidement). Il peut le survoler, en sélectionner une
partie ou le lire intégralement et de manière minutieuse selon ses besoins et ses intentions.
En résumé, ci-après, les grands traits distinctifs de la langue orale et de l’écrit :
Langue orale Langue écrite
Ambiguïté Précision
Phrases coupées Phrases complètes
Saut d’une idée à l’autre Articulation logique des idées
Présence de tics Langue fluide
Communication en direct Communication différée
Attitude et gestuelle du locuteur Absence du locuteur
Page | 4
Université d’Alger 2 2 جامعة الجزائر
Institut de traduction معهد الترجمة
Références bibliographiques :
- F. Desmons et alii, 2005, Enseigner le FLE, Pratiques de classe, éd. Belin.
- K. Peter & W. ŒSTERREICHER, 2001, « Langage parlé et langage écrit », in Lexikon der
Romanistischen Linguistik, tome 1, 584-627, Tübingen, Max Niemeyer Verlag.
- [Link]
- [Link]
Page | 5