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Malaise identitaire et religieux chez Achebe

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Université Mohamed Khider de Biskra

Faculté des lettres et des langues

Département des lettres et des langues Etrangères

Filière de français

MÉSAISE IDENTITAIRE & RELIGIEUX

DANS

LE MALAISE DE CHINUA ACHEBE


ETUDE POSTCOLONIALE

Mémoire élaboré en vue d’obtenir le diplôme de Master

Option : Langues, Littérature et cultures d’expression française

Présenté par : BENSMAIL Samira

Sous la direction de M. : HAMOUDA Mounir

Année Académique : 2016 / 2017


Remerciements
Je tiens d’abord à remercier ALLAH le tout puissant de m’avoir
donné la force pour l’élaboration de ce modeste travail.

De même, je remercie mon directeur de recherche


[Link] Mounir pour son aide, son encouragement, sa
patience et sa disponibilité, ainsi que tous mes enseignants (es) qui ont
assuré ma formation pendant mon parcours d’étude.

Aussi, je porte mes remerciements à M. Le directeur MOUAFAK


Achour, à M. L’inspecteur AMARA Mohamed Chiheb ainsi qu’aux
Docteurs : BENSMAIL Rahima et ALLOUI Zoubida pour leur
aide.
Sans oublier mes amies Samira, Houda et Beskri Chada et sa
famille.

Samira

3
Dédicace
Le malaise est une parie de nous, il se nourrit de nos âme. Même
lorsqu’on est heureux, on a un mal à l’aise parce qu’on savait déjà,
que cette joie ne va pas durer longtemps.

La vie commence par une joie et se termine par un malaise.

À l’âme de Chinua Achebe, j’espère qu’elle repose en paix.

À mon adorable Mounib.

À ma famille.

À ceux que je les porte dans mon cœur.

À tous les malheureux et les malheureuses sur terre.

Je dédie le fruit de mes années d’étude.

Samira

4
TABLE DES MATIÈRES

TABLE DES MATIÈRES

Remerciements…………………………………………………………………………….. 3
Dédicace…………………………………………………………………………………… 4
INTRODUCTION………………………………………………………………………. 7
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE…………………… 12
I.1. POSTCOLONIALISME ET THÉORIE POSTCOLONIALE, DÉFINITION(S) ET
HISTORIQUE :…………………………………………………………………………… 12
I.1.1. Définition(s)…………………………………………………………………… 12
I.1.2. Historique…………………………………………………………………….... 17
I.2. LITTERATURE AFRICAINE POSTCOLONIALE D'EXPRESSION ANGLAISE… 20
I-2.1 Rapport(s) Entre Culture(s) et Littérature Africaine …………………………….. 20
I-2.2 Traduction du Roman Postcolonial Africain ……………………………………. 24
I-3. ÉCRIVAIN, CORPUS ET THEMATIQUE(S) ……………………………………….. 28
I- 3.1. L’Écrivain …………………………………………………………………….. 28
I.3.2 Corpus et Thématique(s) ……………………………………………………….. 29
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE……….. 36
II.1. L’ECRITURE POSTCOLONIALE DANS L’ŒUVRE ……………………………... 37
II.1.1. À Traves L’écriture Identitaire ………………………………………………... 37
II.1.2. À Travers La Religiosité ………………………………………………………. 44
II.2. SITUATIONS INDISIRABLES ET MALAISE ……………………………………... 50
II-2.1. Malaise et Crise Identitaire …………………………………………………… 50
II.2.2. Malaise Religieux ……………………………………………………………... 55
II.3. RESISTANCE(S) ET VERITE(S) INCARNÉE(S) DERRIÈRE LE MALAISE…….. 61
[Link] et Résistance(s)…………………………………………………………... 62
II.3.2 Vérités Incarnées Derrière le Malaise ………………………………………… 66
CONCLUSION……………………………………………………………………. 74
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES………………………………………... 77
INTRODUCTION

Dès l’aube de l’humanité, l’homme n’a cessé de chercher la paix dans tout ce
qui l’entoure, dans son âme et même dans ce monde bizarre qui nous semble
équilibré, mais en réalité il est toujours en mouvance, cachant derrière lui un
déséquilibre effrayant. Un monde où règnent les opposants : le courage et la peur,
l’amour et la haine, la jeunesse et la vieillesse, la force et la faiblesse, la vie et la mort, le
blanc et le noir, le connu et l’inconnu, la vérité et le mensonge, le bien et le mal, la paix
et la guerre. D’ailleurs, cette dernière a laissé ses traces dans la plupart des continents
de la carte géographique. Même après leur indépendance, et dont l’espoir de trouver
la paix, la situation reste celle d’une perte et d’un malaise.

Cependant, ces pays ex-colonisés essayent toujours de trouver la stabilité, de


rendre les choses à leurs places et de transformer le sable en or ou la faiblesse en
force, autrement dit, de rendre l’équilibre à un monde qui ne sera jamais équilibré.

De cela vient notre choix de parler d’une situation de malaise dans le monde
ex-colonisé comme sujet d’une étude postcoloniale et qui s’explique par le fait que la
paix est l’objectif principal d’une quête humanitaire et d’une aventure sans issu.

En effet, pour la réalisation de ce travail de recherche, nous exploitons comme


corpus, le roman No Longer at Ease, titre original de l’œuvre et Le Malaise, titre traduit,
de l’écrivain Africain et plus précisément Nigérian Chinua Achebe. Par ailleurs, le
corpus choisi est un roman qui mérite évidemment de lui consacrer des travaux de
recherche et d’analyse. Il raconte une histoire bouleversante d’un personnage
protagoniste qui reflète tout un monde opprimé et déchiré qui se sombre dans le noir.

En effet, en réalisant ce travail, nous nous trouvons éblouies par le style


d’écriture postcoloniale de ce roman. Cette écriture critique qui est basée sur des
éléments de canevas d’une étude postcoloniale : La réécriture de l’Histoire, la
religiosité, le métissage, l’identité et la mémoire, ainsi que l’altérité.

7
INTRODUCTION

Par ailleurs, le thème choisi d’une part, est très fréquent, familiarisé et, au même
temps il est très complexe et ambigu. Ce travail de recherche est basé notamment sur
une analyse qui cible une situation de malaise d’un monde opprimé, colonisé ou
ex-colonisé, à travers une étude postcoloniale.

D’autre part, ce choix du thème, nous pousse à s’interroger sur beaucoup de


choses. De cela vient les questions suivantes : Comment le malaise identitaire et
religieux dans l’écriture postcoloniale se manifeste-t-il dans : Le Malaise de Chinua
Achebe ? Et quel est son impact sur un monde déchiré (colonisé ou ex-colonisé) à
travers l’être du personnage protagoniste Obi Okonkwo dans l’œuvre?

Afin de répondre à notre problématique, nous émettons les deux hypothèses


suivantes : le malaise identitaire pourrait contribuer à la découverte du soi et, la
religion pourrait être une source de malaise d’un monde déchiré.

Pour mener à bien ce travail de recherche, nous allons nous appuyer sur une
étude postcoloniale basée sur les éléments suivants: l’écriture identitaire et la
religiosité. Et nous allons essayer de relier ces deux éléments avec le thème majeur de
notre corpus qui est le malaise.

D’ailleurs, la théorie postcoloniale est une théorie littéraire critique qui permet
de donner des outils critiques pour l’analyse des écrits et des produits littéraires issus
des pays ex-colonisés.

De même, le terme postcolonialisme vient d’une théorie critique élaborée à


partir des années 80 dans des universités américaines, plus précisément dans les
départements de Cultural Stadies. Cette théorie qui donne une vue détaillée sur la
position marginale des pays ex-colonisés et de leurs cultures. Bref, la théorie
postcoloniale est une théorie qui porte un regard critique sur le colonialisme. Parmi

8
INTRODUCTION

ses fondateurs : Edward Saïd, Manoni, Albert Memmi, Homi Bhabha, Gayatri
Spivak, Frantz Fanon et d’autres.

Dans cette perspective, ce travail de recherche va constituer un champ d’une


étude postcoloniale et un procédé d’analyse d’une application de cette théorie sur
l’œuvre : Le Malaise (No Longer at Ease) de Chinua Achebe, cité précédemment.

En effet, pour bien réaliser cette étude, nous allons suivre la méthode
analytique qui consiste à décomposer un ensemble en ses éléments constitutifs, et
essentiels, afin d’en saisir les rapports et de donner un schéma général de l’ensemble.

De même, nous allons appliquer les approches : Postcolonialiste,


Psychocritique, Thématique, Culturelle, et dans des cas de nécessité de faire appel à
d’autres moyens/concepts théoriques selon les exigences de l’étude.

Donc, notre plan de travail s’établira sur deux chapitres comme suit :

Dans le premier chapitre nous allons évoquer la notion du postcolonialisme, et


son historique, ainsi que de la rattachée à l’espace et à la littérature africaine
d’expression anglaise, aussi de montrer quelques rapports entre cette littérature et la
culture. En donnant à la fin du chapitre une présentation de l’auteur, du corpus et du
thème.

Ensuite, dans le deuxième chapitre nous allons relier de même, le


postcolonialisme comme théorie au malaise comme thème en appliquant bien sûr
deux éléments d’une étude postcoloniale cité précédemment qui sont l’écriture
identitaire et la religiosité. Ainsi que de montrer les mécanismes de résistance du
malaise qui se manifestent dans l’œuvre et de déceler quelques vérités cachées derrière
ce malaise.

9
INTRODUCTION

Enfin, nous allons conclure par donner un résumé de cette analyse et une
interprétation du thème, ainsi que de confirmer ou de nier nos hypothèses proposées.

10
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

I.1. POSTCOLONIALISME ET THÉORIE POSTCOLONIALE,


DÉFINITION(S) ET HISTORIQUE :

I.1.1. Définition(s) :

La notion de postcolonialisme peut prendre plusieurs définitions. D'une part,


elle désigne la période historique qui vient juste après l'indépendance des pays
colonisés par : la France, la Grande Bretagne, l’Espagne… D'autre part, cette notion
inclue la période toute entière du colonialisme. Dans ce sens, Bill Ashcroft le définit
comme : « toute culture affectée par le processus impérial depuis le moment de la colonisation jusqu’à
nos jours1 ».

De cela, le colonialisme représente un pouvoir qui s’élargit même après la


période de sa domination. De même Pierre Boizette dans son article publié sur le net
voit que :

« La colonisation est ici définie comme une pratique impériale, c’est-a-dire comme l'action d’un
centre sur des périphéries, des périphéries géographiques, mais aussi mentales.2 »

En effet, pour la première période post-coloniale celle-ci consiste à mettre


l'accent sur les différents problèmes issus du colonialisme (identité, culture,
économie, politique, religiosité).Tandis que la deuxième période dite coloniale
consiste à mettre l'accent sur le colonialisme en tant que pouvoir de domination.

Le dictionnaire du littéraire a donné une explication au postcolonialisme :


La critique du discours colonial et l’analyse des littératures produites
à l’intérieur d’anciennes colonies ou de territoires se trouvant toujours

1
ASCHCROFT, Bill, GRIFFITH, Gareth, TIFFIN, Helen, L’Empire vous répond : Théorie et pratique
des littératures post-coloniales, traduction de JEAN-YVE Serra, MARTINE MATHIEU-Job, Pessac,
Presses Universitaires de Bordeaux, 2012, p.14.
2
BOIZETTE, Pierre, Introduction à la théorie postcoloniale, Université de Paris Ouest-Nanterre- La
Défence. Disponible sur : http//[Link].
12
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

sous le pouvoir ou l’influence des métropoles (particulièrement


française et britannique) ont fait l’objet des productions littéraires
anticoloniales, et sont l’objet des recherches dites « postcoloniales ».
Elles se sont développées dans la seconde moitié du XXe s. surtout
dans les pays anglo-saxons. […] Le postcolonialisme cherche à
provoquer un décentrement de l’eurocentrisme en reprenant la
marginalisation du « colonisé » et en lui rendant la part de pouvoir
oppositionnel qui lui revient. [...]
Selon Jean-Marc Moura (post-colonial studies and comparatism) dans postcolonialisme et
comparatisme, le terme postcolonialisme est flou et ambigu, cette ambiguïté a été relevée
par Stephen Slemon dès1994:
It has been used as a way of ordering a critique of totalizing forms of
Western historicism ; as a portmanteau term for a retooled notion of
‘class’, as a subset of both postmodernism and post-structuralism
(and conversely, as the condition from which those two structures of
cultural logic and cultural critique themselves are seen to emerge) ; as
the name for a condition of nativist longin in post-independence
national groupings ; as a cultural marker of non-residency for a
Third World intellectual cadre ; as the inevitable underside of a
fractured and ambivalent discourse of colonialist power ; as an
oppositional form of ‘reading practice’ ; and _and this was my first
encounter with the term_ as the name for a category of ‘literary’
activity which sprang from a new and welcome polical energy going on
within what used to be called ‘Commonwealth’ literary studies.3
[On l'a utilisé comme un moyen d'ordonner une critique des formes
totalisantes de l'historicisme occidental; comme un mot-valise servant
une conception rénovée de la «classe», comme un sous-ensemble à la
fois du postmodernisme et du post-structuralisme (et ,de manière
inverse, comme la condition de possibilité de ces deux structures de
logique et de critique culturelles), comme un nom pour la condition de
conservatisme autochtone dans les groupements nationaux d'après les
indépendances; comme un marqueur culturel de non-résidence pour les
cadres intellectuels du tiers monde; comme l'inévitable soubassement
d'un discours du pouvoir colonialiste fracturé et ambivalent, comme
une forme oppositionnelle de ‘pratique de lecture’ et_ ce fut ma
première rencontre avec le mot_ comme le nom d'une catégorie
d'activité ‘littéraire’ née d'un nouveau et bienvenu dynamisme

3
MOURA, Jean-Marc, Postcolonialisme et Comparatisme. Disponible sur :
http//[Link]/sflgc/biblio/[Link]

13
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

politique dans ce qu'on appelait naguère "Commonwealth literary


studies".4]
Par ailleurs, ce concept postcoloniale vise l'ensemble des produits littéraires créés
par des écrivains ayant en commun, la langue du colonisateur. Et qui regroupe des
œuvres écrites dans la période qui précède ou qui suit les indépendances, traitant
différentes thématiques: dénonciation des anciens et de nouveaux modes de
domination, la négritude, l'esclavagisme, l'immigration, l’exil, la résistance
(anticoloniale, antiraciste féministe, l'identité, le métissage et hybridité).

Dans postcolonialism theory, practice or process ? Ato Quayson explique que :

« Le postcolonialisme implique la discussion des expériences de différentes sortes telles que


l'esclavage, l'immigration, l'oppression et la résistance, les différences et les races, le genre ... et les
réponses aux discours de l'Europe impériale contenue dans l'histoire, la philosophie, l'anthropologie et
la linguistique [...]. 5 ». De ce fait, le postcolonialisme peut donner une image des
cultures abimées par le pouvoir dominant, si on peut dire le centre, pendant et après la
période de domination touchant les différents domaines de la vie culturelle. Ainsi, les
littératures issues, lorsqu'elles visent et dénoncent le colonialisme, sont des littératures
postcoloniales considérées comme des laboratoires d'observation, de critique et
d'analyse.
Le terme de postcoloniale renvoie a toutes les cultures que le processus
impérial a affectées depuis la colonisation jusqu'a aujourd'hui :
Afrique, Australie, Bangladesh, Canada, Caraïbes, Inde,
Malaisie, Malte, Nouvelle-Zélande, Pakistan, Singapour, Iles du
Sud Pacifique, Srilanka. Ces suites de la colonisation, bien
évidemment, sont politiques et économiques, mais elles concernent

4
Explication donnée par Jean-Marc MOURA, in Postcolonialisme et Comparatisme. Disponible sur :
http//[Link]/sflgc/biblio/[Link]
5
QUAYSON, Ato, Postcolonialism: Theory, Pratice or Process?, Cambridge: Polity Press, 2000,
Malden:Blackwell Publishers Inc., 2000, p.2, citation traduite par :
MICHEL, Man, « La folie, le mal de l’Afrique postcoloniale dans le BAOBAB FOU et la folie et la mort de KEN
BUGUL », Thèse de Doctorat, University of Missouri-Colombia, 2007, p.19. Disponible sur :
[Link]
14
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

toutes les formes de vie culturelle que la domination du centre, quand


elle ne les pas éradiquées, a durablement perturbées, infléchies,
modifiées: Les littératures, nées de ces transformations [...]
constituent un idéal laboratoire d'observation de ce devenir
postcolonial dans la mesure où elles mettent généralement en cause
l'impérialisme même qui les a suscitées.6

En tant que théorie littéraire, il fournit des outils critiques permettant d'analyser
non seulement les productions littéraires des auteurs issus d'anciennes colonies, mais
aussi les écrits des auteurs qui appartiennent à la métropole. D’une manière générale
donne une vue critique sur le colonialisme dans tous les domaines de la vie, c'est une
théorie critique interdisciplinaire, pluridisciplinaire et comparatistes.
"postcolonial" renvoi également à une théorie (ensemble d'une
production critique pluridisciplinaire, interdisciplinaire,
comparatiste) qui étudie non seulement les œuvres d'auteurs issus des
empires coloniaux [...] mais relit aussi des œuvres d'auteurs
(canoniques) métropolitains à l'un de nouveaux concepts et en
s'intéressant aux discours et contre-discours de domination, de
réfutation et de résistance [...] et aux stratégies[...]: de
réappropriation de racines, d'une histoire (nationale,
communautaire) passée ou d'une situation contemporaine, de
recouvrement identitaire[...]ou linguistique [...] de thématisation des
migrations [...] des nationalismes, des situations de minorités, de la
globalisation (déplacement des frontières), de dénonciation des
nouveaux modes de domination et de nouvelles hégémonies [...] des
diffusions culturelles, de mise en valeur de résistances et de combats
contre les oppressions, etc. 7

En effet, cette théorie a comme but, la prise de conscience des peuples pour
arriver aux changements des situations sociales vécues pendant et après la période
coloniale.

6
SULTAN, Patrick, « Théorie littéraire postcoloniale ». Disponible sur :
[Link] Braire_Postcoloniale
7
MAAZOUZI, Djemaa, « Postcolonial(isme) », Université de Lille3. Disponible sur :
[Link]
nent&format=pdf.
15
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

Dans ce sens, Jacqueline Bardolph affirme que:

« le post-colonial cherche finalement une représentation plus adaptée à la prise de conscience qui
permettrait le changement social8 ».

D'une façon plus générale, le postcolonialisme offre la possibilité des échanges


multidisciplinaires entre l'ancien pouvoir colonial et le nouveau monde. Autrement
dit, un dialogue « entre une critique occidentale longtemps hégémonique, les œuvres et les réflexions
provenant des autres lieux du monde9 ».

De plus, les approches de la théorie postcoloniale sont multiples. Elles sont


représentées par Jean-Mark Moura:

Graham Huggan a pu présenter ce champ de recherche comme une


provisoire et fragile alliance entre la pensée marxiste anticoloniale et
le poststructuralisme. D. Murphy observe justement que les
"analyses matérialistes" de Neil Lazarus ou Benira Parry sont en
effet à l'opposé des analyses lacaniennes de Homi Bhabha ou de la
déconstruction de Gayatri Spivak. [...] Zhang Yinde a montré
comment l'appropriation du postcolonialisme par des intellectuels
chinois a pu donner lieu à une forme inédite de nationalisme
culturel10.
Enfin, on peut dire que le postcolonialisme est le refus d'une situation
indésirable obligée par une puissance métropolitaine. Ce refus est manifesté par des
pratiques oppositionnelles et une multiplicité de résistances :

« Le postcolonialisme, "ensemble de pratiques oppositionnelles lâchement connectées", soutenu


par une rhétorique de résistance.11»

8
BARDOLPH, Jacqueline, Etudes postcoloniales et littérature, Champion, «Unichamp-Essentiel», Paris,
2002, p.47.
9
BARDOLPH, Jacqueline, Ibid, p.12.
10
MOURA, Jean-Marc, Littératures francophones et théorie postcoloniale, Presses Universitaires de France,
« Quadrige », Paris, 2007, p.3.
11
DUCOURNAU, Claire, Présentation. L’exotisme postcolonial , dans Postcolonial Stadies : modes
d’emploi, sous la direction du collectif Write Back, Presses Universitaires de Lyon, France, 2013.
16
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

I.1.2. Historique:

C'est à la fin du XXe siècle que s'est apparu le courant intellectuel critique dit:
post-colonialisme prenant comme objet d'étude, les textes littéraires qui dénoncent le
colonialisme (l'impérialisme).

D’ailleurs, c'est à partir des années soixante, que cette théorie critique a connu
son départ officiel est s’est développée en premier lieu dans des universités
Britanniques, Australiennes et Américaines, plus précisément dans les départements
de Cultural Stadies.

« Le questionnement postcoloniale, né du phénomène colonial et des conséquences de sa


disparition, trouve son origine dans les années soixante, lorsque beaucoup d’immigrants venant de pays
naguère colonisés sont entrés dans les universités et les collèges américains et britanniques et ont
commencé à formuler des interrogations liées à leur histoire.[...]12 ».

De même, cette théorie a obtenu son statut après un long voyage des pensées de
ses fondateurs à travers des textes luttant le phénomène colonial
et qui sont apparus dans le XVIIIe et le XIXe siècle, tels que: Portrait du colonisateur
publié en 1957 et Portrait du colonisé d'Albert Memmi, Cahier d'un retour ou pays natal en
1971, et Discours sur le colonialisme en 1972, d'Aimé Césaire, Peau noir, masques blancs en
1952 et Les Damnés de la terre en 1968 de Frantz Fanon.

En effet, les idées de ces auteurs ont été exploitées par des théoriciens comme :
Gayatri Spivak, Gareth Griffiths et Helen Tiffin , Bill Ashcroft, Homi Bhabha, Jacque
Derrida, Mamadou Diouf, Edward W. Saïd et d'autres dans la construction de
l'édifice de la théorie littéraire critique postcoloniale. Cette dernière qui était marquée
par trois voies distinctives: La première est avec L'Orientalisme publié en 1978
d'Edward W. Saïd, considérée comme le moment clé de ces études postcoloniales.

12
MOURA, Jean-Marc, [Link]., p.6.
17
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

Dans lequel, il parle de la construction rationnelle de l'Orient par les orientalistes


occidentaux. Selon lui, « l'Orientalisme peut se définir comme une manière de penser, qui repose
sur une distinction ontologique et épistémologique entre les Orientalistes Occidentaux qui se sont donné
pour mission la construction discursive de l'Orient pouvaient être des historiens, des anthropologues ou
des sociologues œuvrant à leur propre compte ou au service d'une institution13. »

La deuxième voie de la théorie postcoloniale est le subaltern studies qui


regroupe un ensemble d'historiens indiens créé en 1980 et dirigé par Ranajit Guha.

En premier lieu, il apporte une vision critique de l'histoire nationaliste de la


communauté indienne. En second lieu, des « analyses du discours et des exercices textuels et
iconographiques [accordant] une attention plus soutenue aux oppositions et aux différences entre l’Inde
et l’Occident14 ». Autrement dit, la distinction entre deux mondes différents, l'un est le
colonisé, l'autre est le colonisateur.

De cela, se trace la troisième voie de la théorie postcoloniale avec Homi K.


Bhabha autour des années 1990.

« Les travaux de H.K. Bhabha considèrent la nature des sociétés postcoloniales et les types
« d' hybridization » [«métissage», «créolisation» (E. Glissant) sont des traductions approchantes]
que ces cultures ont produites et qui déterminent de grands éléments formels des œuvres15. »

Le regard de Bhabha oppose celui d’Edward Saïd et de la critique postcoloniale


dans la mesure d'introduire la notion d'hybridité, ou d’espace hybride créé par le
contact colonisé/colonisateur. Cette notion selon l'idée de Bhabha constitue un rond
point culturel, où s'effectue une communication entre cultures.

De cette manière, la notion d'hybridité a élargi l'horizon de la critique


13
SAID, Edward.W, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident (1978), Seuil, Paris, 1980, pp.2-3.
14
DIOUF, Mamadou, « Les études postcoloniales à l’épreuve des traditions intellectuelles et des banlieues
françaises », Contretemps, n°16, 2006, pp.24-25.
15
MOURA, Jean-Marc, op,cit., p.37.
18
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

postcoloniale dans la mesure où elle se manifeste à travers l’utilisation des langues du


colonialisme dans les écrits des pays ex-colonisés.
Le terme hybridité provient du latin ibrida, « sangs mêlés », altéré en
hybrida en raison de sa similitude avec le grec hybris, « excès, violence,
orgueil, démesure ». Issu du domaine de la biologie et de la botanique
ce terme désigne un « croisement de variétés, de races, d’espèces
différentes ». En linguistique, le vocable est également employé pour
désigner un terme « formé d’éléments empruntés à des langues
différentes16.

Il désigne de nos jours : « toute phénomène qui allie plusieurs techniques ou procédés de
création.17 »

A travers son emploi par Homi.K. Bhabha, il vise à rapprocher les cultures et
de montrer à quel degré une culture est influencée par une autre. De façon plus
globale, porter un regard détaillé sur le rapport de liaison et d’imitation :
Colonisé/Colonisateur.

D’ailleurs, à travers ce concept d’hybridité, Homi.K. Bhabha

« souligne la part d’imitation chez le colonisé, mais aussi la façon dont le colonisateur est
modifié par son séjour dans le pays autre. Il trouve des exemples de ce va-et-vient dans la longue histoire
des rapports entre les Anglais et l’Inde. Pour lui, c’est par cette influence réciproque des partenaires que
passe le désir de changement et de modernité 18».

Ce travail montre que soit le colonisé ou bien le colonisateur, chacun de son


côté influence l’autre et par la suite peut être modifié par lui et comme exemple, il
présente les rapports entre les Anglais et l’Inde et par le billet de cette influence que le
changement et la modernité trouvent lieu aux peuples.

16
Disponible sur : [Link]
17
Ibid.,
18
BARDOLPH, Jacqueline, op. cit., p.33.
19
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

I. 2. LITTÉRATURE AFRICAINE POSTCOLONIALE D'EXPRESSION


ANGLAISE :

Lorsqu'on aborde le sujet de la littérature en Afrique, on peut dire qu'elle varie


d'un pays africain à un autre selon ses coutumes, ses traditions, sa langue, sa religion,
sa situation économique, politique ...bref, selon la culture. Et avant de parler de cette
littérature qui a pris sa place parmi les autres littératures du monde et qui a marqué ses
traces dans l’histoire littéraire universelle grâce à sa richesse de cultures et leur
générosité, il faut mettre l’accent sur la notion de culture ainsi que la relation qu’elle
entretient avec la littérature.

I.2.1. Rapport(s) Entre Culture(s) et Littérature Africaine :

La culture comme notion, englobe un ensemble d’activités pratiquées par les


membres d’une société, ces activités sont organisées selon les facteurs : temps, espace
et individu.

Selon le dictionnaire du littéraire, les définitions de la culture sont diverses et


problématiques. D’abord, elle est une acception élitiste du terme (mais qui en est
l’usage courant), où « culture » désigne l’ensemble des connaissances qui distinguent
l’homme cultivé de l’être inculte, à savoir un patrimoine philosophique, artistique et
littéraire. De plus, elle est une conception non-hiérarchique héritée de l’ethnologie où
le terme de culture désigne l’ensemble des systèmes symboliques transmissibles dans
et par une collectivité quelle qu’elle soit, les sociétés primitives y compris.

Selon les disciplines, « culture » peut aussi s’entendre selon une conception
restreinte, pour ne désigner que les productions symboliques (langue, idées,
coutumes, mythes, etc) ou selon une conception élargie, qui inclut aussi les aspects
matériels (outils, habitat, habitudes vestimentaires ou culinaires, etc).
De même, Even-Zohar définit la culture comme un « répertoire » de possibilités

20
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

qui organisent notre existence. […] Le répertoire culturel offre une cohésion qui
permet à différents groupes sociaux de fonder leur identité, voire d’émerger ou de
survivre comme entité collective. Ce répertoire où ses éléments sont élaborés par des
individus ou des groupes de façon tantôt spontanée, tantôt délibérée. Le littéraire est
vu là comme produisant des modèles d’interprétation du réel.
A partir de cette définition, on peut dire que la littérature, d’un côté se nourrit de
la culture quelle que soit son origine. Et dans notre étude, il s’agit d’une pluri-culture
africaine qui inclut également l’occidentale.
D’ailleurs, cette culture africaine était la chose la plus ciblée par le colonialisme
parce qu’elle constitue pour le peuple africain son identité et son existence. D’une
part, elle utilise la littérature, notamment celle postcoloniale comme moyen
d’expression et de dénonciation de l’impérialisme. D’autre part, elle constitue une
source d’inspiration pour cette littérature. Donc, la relation entre les deux pôles est
réciproque et intégrale.
En effet, à travers les œuvres africaines et leurs thématiques qu’on est arrivé à
connaitre des certaines réalités de l’Afrique postcoloniale, et que la rencontre de
l’Europe avec l’Afrique est un métisse qui a donné naissance à une nouvelle culture
afro-occidentale et des nouvelles littératures.
L’écriture africaine reflète les enjeux de la rencontre et du rapport
entre l’Occident et l’Afrique et montre, au-delà des espaces
linguistiques et des Etats-Nations comment la civilisation
négro-africaine et les cultures autochtones se comportent dans le jeu des
influences et/ou de la réception des influences étrangères et comment
celles-ci agissent sur les mentalités collectives au niveau d’ensemble et
au niveau régional ou local19.

Et lorsque le sujet est la littérature postcoloniale en Afrique, le point commun

19
LOMBALE-BARE, Gilbert, « Etude comparative et interculturelle de la littérature africaine de la langue
française au sud du Sahara ; unité littéraire et identités régionales », Thèse de Doctorat, Université
Paris-Sorbonne, Paris, 2006. Disponible sur :
[Link]
21
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

sera le colonialisme. Mais la différence linguistique reste toujours à la surface et la


production littéraire de ces pays peut être en langues étrangères. On peut trouver un
multi-langue dans la littérature de ces pays de l'Afrique noire: La littérature en langues
africaines, la littérature francophone (le colonialisme français), la littérature
anglophone (le colonialisme anglais), la littérature hispanophone (le colonialisme
Espagnol) et la littérature lusophone(le colonialisme portugais).

D'ailleurs, si on fait appel à l’histoire, on va trouver que les Africains


se sont montrés particulièrement prolifiques depuis la seconde Guerre
mondiale; utilisant le français, l'anglais, le portugais et plus de
quarante langues africaines, ils ont composé de la poésie, de la fiction,
du théâtre, et inventé des formes d'écriture pour lesquelles il n'existe
pas de descriptif dans le monde littéraire européen. Leurs œuvres
dressent le portrait de la réalité politique et sociale moderne, et
s'attachent aux systèmes de valeurs, qu'ils soient ou non africains.
Dans le même temps, leurs écrits sont fondés sur les traditions
indigènes et des visions du monde typiquement africaines20.

En effet, les textes postcoloniaux constituent un savoir qui s’échange et se


déplace rapidement entre les individus, que se soient lecteurs, auteurs ou autres.

Par ailleurs, les écrivains ne sont pas seulement le porte parole de leurs sociétés
mais plus que parler de leur condition humaine, leur vécu social constitue un thème
d'inspiration qui porte un regard sur le culturel de leurs nations. En utilisant comme
outil de communication et de transfert du savoir, des langues maternelles,
véhiculaires, ou étrangères pénétrées plus précisément par l'impérialisme.

En Afrique noire postcoloniale, l'anglais et le français est un issu permettant


l'ouverture au monde, et parmi les écrivains qui illustrent cette littérature nègre: Amos
Tutola (Nigéria), Wole Soyinka (Nigéria), Chinua Achebe (Nigéria), Ayi Kwei Armah

20
Disponible sur : [Link]
noire/180421
22
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

(Ghana), Kofi Awoonor (Ghana), et d’autres.

Pour Gabriel Okara, les langues sont des étires vivants:

Living languages grow like living things, and English is far from
a dead language. There are American, West Indian,
Australian, Canadian and New Zealand versions of English.
All of them add life and vigour to the language while reflecting
their own respective cultures. Why shouldn't there be a Nigerian
or West African English which we can use to express our own
ideas, thinking and philosophy in our own way?21
Par la traduction de ces paroles en langue française on peut dire que :
Les langues vivantes grandissent comme tous les êtres vivants et
l'anglais est loin d'être une langue morte. Il existe des versions
américaines, indiennes, australiennes, canadiennes et néo-zélandaises
de l'anglais. Chacune d'entre elles ajoute à la vie et à la vigueur de la
langue, tout en reflétant leurs cultures respectives. Pourquoi
n'existerait-il pas un anglais du Nigéria ou de l'Afrique de l'Ouest
que nous pourrions utiliser pour exprimer nos idées, nos pensées et
notre philosophie à notre manière ? 22

Tant que l'anglais est considéré comme une langue vivante et qu'il a plusieurs
versions reflétant leurs cultures, il doit y avoir un anglais du Nigéria et de l'Afrique de
l'Ouest pour permettre aux africains d'exprimer leurs idées, et de s'ouvrir au monde.

Par ailleurs, il ne faut pas négliger l'emploi d'une langue étrangère comme
l'Anglais ou le Français, tout simplement parce qu’elles sont un héritage colonial.

Dans ce sens, Ahmadou Kouroma affirme qu’«Il n'est pas étonnant que nous ayons
parfois le sentiment de nous « enliser » quand nous utilisons le français pour décrire notre vie et notre
univers psychologique. La langue française est issue d'une civilisation catholique et rationaliste: ça se
voit dans sa structure, dans sa façon de découper et d'exprimer la réalité. Influencée par une spiritualité

21
OKARA, Gabriel, African Speech…English Words,in transition10, 1963, pp.15-16. Réédité dans
[Link] (éd.), African Writers on African Writing, Heinemann Educational Books, Londres, 1973,
pp.137-138.
22
Traduction donnée par : MICHEL, Man, op.,cit, p.43.
23
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

fétichiste, notre langue est proche de la nature23».

D'ailleurs, la littérature africaine postcoloniale d'expression anglaise a occupé


une place très importante, et a laissé ses traces dans le monde. Ainsi qu'elle a obtenu
un statut tout comme les autres littératures, et sa production littéraire est un
témoignage de sa qualité avec les prix Nobel en littérature accordés à Wole Soyinka en
1986, Nadine Gordimer en 1991 et John Maxwel Coetzee en 2003.

En effet, écrire en anglais, en français ou en une langue autre de l'Afrique noire


ne s'agit pas de transmettre une nostalgie d'un passé historique, mais plus précisément
de s'interroger sur la situation économique, politique et culturelle de l'Afrique et de
trouver un écho mondial. En fait, il n'y a pas d'intérêt d'écrire dans une langue qui ne
se lise pas.

En fin, les littératures africaines postcoloniales d'expression française ou


anglaise, ont les mêmes traits, le fait d'avoir le même contexte.

Dans cette perspective, et en ce qui concerne la production de cette littérature,


Jean Marc Moura affirme qu’ «Ecrites dans une langue héritée de la colonisation, les œuvres
partagent nombre de traits liés à ce fait. On parlera, par exemple, en ce sens de littératures anglophones
ou francophones postcoloniales24.»

De ce fait, le produit littéraire africain reflète une culture ambiguë et diverse de


l’Afrique qui devait être connu par le monde.

I.2.2. Traduction du Roman Postcolonial Africain :

Le roman postcolonial africain est quelque chose de plus précieux. Si on le voit

23
KOUROUMA, Ahmadou, « La dénonciation de l’intérieur, propos recueillis par LEFORT René et
MAURO Rosi ». Disponible sur : [Link]
24
MOURA, Jean-Marc, « Postcolonialisme et Comparatisme ». Disponible sur :
http//[Link]/sflgc/biblio/[Link]
24
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

d’un angle historique, il constitue un document très important pour les pays africains
ex-colonisés parce qu’il met en problématique des éléments culturelles et politiques :
des thématiques, des tabous d’une société, des pouvoirs de domination…etc. de
même, il permet une prise de conscience des peuples pour vouloir résister et réagir
afin de s’ouvrir sur le monde.

En tant que genre littéraire, le roman « intègre les autres genres, toutes les manières de dire
et de faire, mais aussi les critiques qu’on lui adresse jusqu’aux théories qu’on tente de lui imposer,
même si elles paraissent ne pas lui convenir25!».

De cette façon, il s’impose en dérangeant les autres genres « Le roman « parodie »


les autres genres, il les dérange, il les « romanise » dénonçant leurs formes et leur langage convenus.26 »,
il n’est plus satisfait et il ne se suffit pas de ce qui existe mais il cherche toujours le
changement, autrement dit le renouvèlement et la création.

En s’attachant à l’écriture postcoloniale, le roman africain a connu une


destination autre que celle suivie des modèles occidentaux, en donnant la vraie image
d’une culture africaine combattue par le pouvoir impérialiste, en faisant tomber son
masque et en montrant sa grande falsification du monde au monde.

Pour se faire, plusieurs stratégies sont adaptées dans le but d’atteindre le succès
de ce projet. Parmi lesquelles : la traduction de l’œuvre d’une langue à une autre
constitue un processus un peu complexe et surtout lorsqu’il s’agit d’un écrit
postcolonial comme c’est le cas de notre étude.

En outre, cette opération peut être considérée comme un acte qui dépasse la

25
DIDEROT, Denis, in : CHARTIER, Pierre, Introduction aux grandes théories du roman, Paris :
Nathan, Dunod, 2000, p.6.
26
CHARTIER, Pierre, Ibid., p.4.

25
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

fonction d’un exercice langagier, il va au delà de ça vers des fonctions contextuelles et


cognitives, prenant en charge son champ d’application et son praticien. D’ailleurs,
l’opération de traduction ne peut être retirée de son terrain, ni séparée de son
opérateur.

En ce qui concerne le terrain ou bien le contexte, le dictionnaire de critique


littéraire le définit comme l’entourage linguistique d’un élément, et il est différent de la
situation. Celle-ci est de nature extralinguistique et comprend des éléments
hétérogènes (circonstances de l’énonciation, gestes, etc.). Et que certains auteurs
appellent contexte la situation et contexte le contexte.

En effet, et en relation avec le concept, la traduction s’opère dans un milieu


social enrichi par des cultures différentes. Il s’agit alors d’un dialogue entre cultures,
ce dernier qui est une interprétation des informations culturelles rassemblées dans un
contexte de transcription et de traduction où s’effectuent des opérations de
communications entre individus. De cela, la traduction ajoute :

« une instance au schéma de la communication : le discours rapporté. Le rapporteur est tout à


la fois le destinataire d’une énonciation première et le destinateur d’une énonciation seconde 27
».

En effet, elle joue un rôle très important dans la prise de contact entre nations.
Et le traducteur ou l’interprète devient le pilier principal de cet édifice, il ne participe
à aucun acte autre que d’être le porte-parole de l’énoncé. Et par le billet de la
traduction que l’information peut arriver à de nombreuses destinations, ainsi que de
transmettre les messages désirés.

De même, Emberto Eco montre que:

27
SUCHET, Myriam, « Textes hétérolingues et textes traduits : de « la langue », aux figures de l’énonciation. Pour
une littérature comparée différentielle », Thèse de Doctorat, Université Concordia, Montréal, Québec,
Canada, 2010, p.304.
26
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

l’interprétation comme repérage et analyse des stratégies discursives et


stylistiques inscrites par l’auteur dans le texte (source). Le traducteur
devient ainsi ce lector [in fabula] privilégié qui est appelé, en
traduisant, à transformer nécessairement le texte. La question de la
fidélité à l’intention du texte, notamment dans le cas d’œuvres à
finalité esthétique, joue un rôle déterminant dans cette réflexion sur le
transfert d’un texte écrit dans une autre langue_culture28.

De ce fait, par l’acte de traduire, on accède à un processus de repérage des


méthodes rationnelles adaptées par l’auteur du texte original. Et le traducteur en
exerçant son travail, devient un lecteur favorisé à cause de sa lecture détaillée et son
analyse profonde, et avec son interprétation du texte source, va nécessairement
apporter des changements et des modifications à ce dernier, en demeurant bien sûr
très fidèle à son désir et surtout, lorsqu’il s’agit des textes à caractère esthétique, où il
devait être très prudent dans le transfert du texte d’une langue à une autre, ou d’une
culture à une autre.

De plus, l’interprète peut éviter les erreurs de la traduction à l’aide de ses


compétences langagières culturelles et cognitives. Ainsi, de nier l’idée qu’il remplace
les mots et les phrases du texte source par d’autres équivalents ou proches du sens
dans la langue de transformation, ni de s’approprier du texte. C’est-à-dire de le
transférer dans sa culture en tant qu’interprète. Donc, il doit garder une position
neutre par rapport au texte original.
Le traducteur au moment où il traduit peut permettre d’éviter les
erreurs de traductions. Contrairement aux idées reçues, le traducteur
ne remplace pas les mots et les phrases du texte de départ par des mots
et des phrases de la langue d’arrivée_en préservant le sens_ il
n’effectue pas non plus un transfert du texte de départ dans la culture
d’arrivée. Son mode opératoire est le rapport. Ce rapport n’est pas
spécifique à la traduction : c’est celui de n’importe quelle citation29.

28
AGOSTINI, Viviana, OUAFI, HERMETET, Anne-Rachel, La traduction littéraire-Des aspects
théoriques aux analyses textuelles-, Presses universitaires de Caen, France, 2006, p.37.
29
SUCHET, Myriam, op., cit., p.304.
27
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

En fait, le rôle principal du traducteur sera plus précisément l’élaboration d’un


rapport qui n’a aucune relation avec la traduction mais avec le texte à traduire, en
utilisant comme outil la langue, qui a une liaison étroite avec la culture des peuples.
Cette dernière occupe une place primordiale dans la traduction de la littérature
postcoloniale africaine le fait qu’elle était guerroyée et luttée par le pouvoir colonial,
et ce n’est que par la langue sous forme de discours littéraire postcolonial qu’elle a
retrouvé sa valeur. D’ailleurs, à certaines périodes, la traduction était adaptée comme
une stratégie impérialiste contre les peuples. Mais juste avec la révolution littéraire
postcoloniale par les auteurs africains, elle est devenue une arme dangereuse dirigée
vers les pouvoirs dominants, en utilisant leurs langues pour leur faire comprendre
que l’Afrique n’a jamais connu la peur, et avec cette arme que la voix africaine est
arrivée au monde.

I.3. ÉCRIVAIN, CORPUS ET THEMATIQUE(S) :

I. 3.1. L’Écrivain :

Chinua Achebe est un écrivain africain, né à Ogidi (Nigéria) le 16 Novembre


1930, où il était scolarisé à l’âge de 6 ans. Il a obtenu deux bourses : la première était
pour le Government College à Umuohia (Nigéria). La deuxième était pour
l’University College d’Ibadan (Nigéria). Il a suivi des études de religion, d’histoire et
de langue anglaise.

Achebe a commencé ses publications en 1950 dans le journal des étudiants.


Ensuite, il est devenu enseignant après l’obtention d’une licence en lettres en 1953. Il
a longtemps travaillé à la Radio-diffusion nigériane et à la BBC de Londres. Il a
même occupé le poste d’un diplomate. Aussi, est un romancier, poète et critique qui
a pris un statut parmi es géants de tous les temps. Son premier roman Things Fall
Appart publié en 1958 constitue un best-seller africain, suivi d’autres de la même

28
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

série : No Longer at Ease en 1960, Arrow of God en 1964, et The Man of The People en 1966.
Son prochain roman est publié en 1972, Girls at War. En 1975, un recueil d’articles ;
Morning yet on creation Day et d’un recueil de poèmes : Beware soul Brother. De même, The
Trouble with Nigeria en 1984.

En 1987, il a publié son dernier roman : Antills of the Savannah. En 1990, Hpes
and Impediments : selected Essays. En 1992, The Heineman Book of Contemporary short
stories. Et en 2004, un recueil de poèmes : Collected poems.

I.3.2 Corpus et Thématique(s) :

Il s’agit d’un roman africain traduit de l’anglais au français, intitulé : No Longer


at Ease, titre original de l’œuvre, de l’écrivain Chinua Achebe, Le Malaise, titre traduit
en français par Jocelyn Robert Duclos.

L’édition originale de cet ouvrage a paru aux éditions présence africaine, 1974.
Pour la couverture, est une peinture rupestre néolithique de Tin Teferiest, reproduite
d’après [Link], Merveilles du Tassili n’Ajjer, au éditions du Chêne, Paris.

Quant au contenu du roman, il raconte l’histoire d’un personnage protagoniste


qui est un jeune Nigérian nommé Obi Okonkwo. Ce dernier a obtenu une bourse à
l’étranger en Angleterre pour faire des études de droit, mais finalement, il a fait
d’autres études de la langue anglaise. Il a vécu quatre ans là-bas, puis revient à Lagos
pour décrocher un poste de travail important dans l’administration. Ce poste lui a
donné un statut social élevé et un prestige devant les gens de sa communauté et dans
sa ville natal Umuofia.

Déchiré entre les obligations, les coutumes, les traditions et la religion de sa


société d’une part, et d’un amour impossible, des exigences morales et intellectuelles
issu de l’étranger d’autre part, Obi se trouve dans un conflit interne et externe. Il doit
combattre son âme et/ou sa société. Bref, il se trouve dans une situation de malaise.
29
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

A la fin de l’histoire, l’échec est total et Obi se trouve dépourvu de tout, il a


perdu sa mère par la mort, Clara, la femme de sa vie par la séparation, son enfant par
la peur, son poste de travail et son statut social élevé par l’accusation et enfin de
bonheur de vivre par la malédiction. Il était contre tout le monde, ses parents, ses
amis, sa société et même les traditions pour épouser Clara. Mais la malédiction les a
séparés et les a sanctionnés par une perte totale.

Ce malaise qui a enveloppé l’histoire ainsi que ses personnages, constitue le


thème majeur de l’œuvre d’où il représente un état psychologique indésirable qui
s’évolue avec le temps et la pression, elle peut aller même au suicide.

D’ailleurs, on peut le considérer comme une maladie psychique qui n’a pas de
traitement et de guérison qu’avec la disparition de ses symptômes. Il représente un
des grands problèmes de santé qui s’élargit même à toute la société.

En effet l’être humaine est composé de deux parties : la première est externe,
elle constitue l’ensemble de ses interactions avec ce qui l’entoure, autrement dit avec
le monde extérieur. Cette partie est étroitement liée à la deuxième qui est interne. Elle
représente une structure minutieusement construite, et les actes de l’individu sont des
réactions externes ou des réponses de l’interne de l’être.

Il faut mettre en évidence cette relation Interne/Externe de l’être humaine parce


qu’elle donne comme résultat une entité globale, et l’apparition d’une défaillance dans
une partie, se manifeste également dans l’autre.

Par ailleurs, le malaise qui touche à priori la partie interne de l’homme, a comme
réaction externe, plusieurs comportements qui se réalisent par une violence contre
soi-même ou contre l’autre.

30
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

Dans notre corpus, cette violence est illustrée aussi comme l’un des principaux
thèmes qui joue un rôle principal dans la représentation du malaise, dans sa forme la
plus visible.

Elle [ La mère d’Obi ] s’arrêta pour prendre une profonde


respiration.
« Je n’ai rien à te dire en cette affaire, excepté une chose. Si tu veux
épouser cette fille, tu dois attendre que je ne sois plus. Si Dieu entend
mes prières, tu n’attendras pas longtemps. »
Elle s’arrêta de nouveau. Obi était terrifié par le changement qui
s’était opéré en elle. Elle paraissait étrange comme si elle avait tout à
coup perdu la tête.
_ Maman! Appela-t-il, comme si elle s’en allait.
Elle leva la main pour obtenir le silence
_ Mais si tu fais cette chose pendant que je suis encore vivante, mon
sang retombera sur ta tête, car je me tuerai. (p.162)

En effet, le comportement de la mère d’Obi envers son fils était plein de colère
et de non satisfaction, elle refuse complètement son mariage avec Clara. De sorte que
cet état psychique déséquilibré ou de ce malaise lui a poussé à se réagir d’une violence
acharnée contre soi-même et contre son fils. Elle est arrivée à un risque de
déclencheur d’une maladie psychique par une dépression nerveuse qui peut conduire
même au suicide qui est une action menante en cas de succès, à la mort. Par ailleurs, la
mère en pratiquant cet acte voudra s’en fuir d’une réalité insupportable et refusée
d’une part, et d’autre par, elle exerce une pression sur son fils Obi pour le faire
changer d’avis concernant son affaire de mariage avec une Osu.

D’une façon similaire à la représentation du malaise vécu dans notre corpus, la


violence a pris une autre forme plus dangereuse.
Il devait y avoir quelque chose chez Obi qui mettait le vieux médecin
mal à l’aise. Au début, il avait semblé assez bien disposé et avait en
fait posé une ou deux questions sympathiques. Puis il était allé dans
une pièce du fond et quand il sortit, un changement s’était opéré en lui.
_ Je suis désolé, mon cher jeune homme, fit-il, mais je ne puis vous
aider. Ce que vous me demandez de faire constitue une offense

31
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

criminelle qui pourrait me conduire en prison, et me faire le droit


d’exercer. […] Pourquoi est-ce que vous n’épouser pas cette jeune
fille? Elle paraît très bien.
_ Je ne veux pas l’épouser, répondit Clara, d’un air renfrogné.
Ils [ Obi et Clara ] n’échangèrent pas la moindre parole pendant tout
le trajet jusqu’au domicile du prochain médecin qu’on avait
recommandé à Obi. […]
_ C’est une opération très mineure, mais c’est un crime. Nous
sommes tous des criminels vous savez. [ dit le
médecin]. (p.p.172-173)

Ici, la violence se manifeste dans l’acte d’avortement indésirable. Elle a pris la


plus affreuse figure de violence exercée sur l’humanité qui est la tuerie, et de cette
manière, le malaise était la cause d’un crime impardonnable et la violence a bien joué
son rôle de le représenté. Cependant, dans le corpus elle est l’accompagnante d’une
révolte contre une situation malaisée.
Au Nigéria, le gouvernement, c’était « Ils ». Ça n’avait rien à faire
avec vous ou moi. C’était une institution étrangère, et le souci des gens
était d’en soutirer tout ce qu’ils pouvaient, sans s’attirer d’ennuis.
_ Pas encore. J’ai été convoqué à une entrevue pour lundi.
_ Evidemment, ceux qui parmi vous connaissent les livres n’auront
aucune difficulté, dit le vice-président, qui était à la gauche d’Obi.
Simon, j’aurais. Suggéré que tu voies d’abord quelques-uns des
responsables.
_ Ce ne sera pas nécessaire, répliqua le président, puisque la plupart
d’entre eux seront des Blancs.
_ Tu crois que les Blancs n’acceptent pas de pots-de vin? Viens à
notre ministère.
Ils en consomment de nos jours plus que les noirs. (p.p.46-47)

En effet, le malaise vécu par le peuple, et issu du gouvernement Nigérienne a


poussé une catégorie cultivé et instruite à se révolter de sa façon, et de ne pas accepter
la situation dont souffre le pays.

32
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

D’ailleurs, elle voit que le gouvernement cherche son intérêt et ne pense pas au
peuple nigérian parce qu’elle est une institution étrangère et ses responsables sont des
Blancs.

Egalement, la révolte contre ce malaise s’élargit même aux établissements de la


Fonction Public du Nigéria.

« Lors d’une conférence devant les membres de l’Union des Etudiants Nigérians de Londres,
Obi avait formulé pour la première fois sa théorie selon laquelle la corruption continuerait à régner au
sein de la Fonction Publique du Nigéria tant qu’on n’aurait pas remplacé les vieux Africains au
pouvoir par des jeunes hommes possédant une formation universitaire. » (p.52)

En tant qu’un homme instruit, Obi trouve une solution pour le malaise issu du
gouvernement. En se révoltant contre cette situation, il propose d’éliminer les vieux
responsables africains au pouvoir et de les remplacer par des jeunes universitaires, des
hommes cultivés et possédant des capacités de réfléchir pour mener le Nigéria vers le
bien.

La grande révolte manifestée dans le corpus est celle d’Obi en ce qui concerne
son mariage.
De toute façon, tu es chanceux de le savoir dès le début. Il n’y a encore
aucun mal. L’œil n’est pas endommagé par le sommeil », dit assez
platement Joseph.
Il remarqua qu’Obi ne faisait aucunement attention à ses paroles.
_ Je vais l’épouser, lança Obi.
_ Quoi!
Joseph s’assit sur son lit.
_ Je vais l’épouser. […]
_ J’en connais là-dessus plus que toi, dit-il, et je vais épouser cette fille.
En fait, je ne te demandais pas ton approbation. […]
_ Ma mère elle-même ne saurait m’arrêter, dit-il, en prenant place
aux côtés de Joseph. (p.p.89-90)

33
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE

La réaction d’Obi envers l’avis de son ami était claire, il était contre, et il se
révolte d’un refus total et d’une insistance sur sa décision concernant son mariage
avec Clara, en fait, il était capable d’affronter les obstacles, et de s’exposer au feu pour
l’amour de Clara, il ne cherche que la paix qui est présenté dans l’œuvre par l’amour.

34
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

II.1. L’ECRITURE POSTCOLONIALE DANS L’ŒUVRE :

En 1989, les théoriciens de la critique postcoloniale ont proposé un ouvrage


dans lequel se manifestent quatre modèles d’analyse pour la réalisation d’une étude
dite postcoloniale.

Dans leur ouvrage programmatique, [Link], [Link] et


[Link] ont présenté quatre modèles d’analyse ( procédures d’étude
caractérisant les travaux postcoloniaux): les modèles nationaux ou
régionaux (l’œuvre comme l’expression d’une nation ou d’une région
avec la thématique de l’identité placée au centre de la recherche) ; ceux
fondés sur la race (du type Black Writing Studies aux Etats-Unis
ou dans le domaine francophone, la notion de « littérature nègre »);
les modèles comparatifs (s’intéressent à la Commonwealth
Littérature (ou New Littératures in English); où l’analyse courante
dans le domaine francophone consiste à étudier conjointement
littérature africain subsaharienne et littérature antillaise, avec les
thèmes de la célébration du combat pour l’indépendance, thème de
l’influence dominante d’une culture étrangère sur la vie
traditionnelle….)L’étude peut aussi dégager des éléments formels qui
semblent caractériser certaines des littératures postcoloniales : un
usage spécifique de l’allégorie, de l’ironie, du « réalisme magique », ou
de la discontinuité narrative qui permettent des études comparatives
fondées sur des figures littéraires plus ou moins amples; les modèles
larges sont fondés sur des éléments que l’on considère comme partagés
par toutes ou la plupart des littératures postcoloniales. Les travaux
de H. Bhabha sont ici l’exemple le plus connu, ils considèrent la
nature des sociétés postcoloniales et les types d’« hybridization » que
ces cultures ont produites et qui déterminent de grands éléments
formels des œuvres30.

Ces modèles d’analyse constituent la plateforme pour l’édifice d’une étude


postcoloniale qui se dépond plus que des règles d’écriture, des supports matériels et
de tout élément relevant d’une analyse classique d’une production littéraire, de même
d’un contexte socio-historico-culturel.

30
MOURA, Jean, Marc, op.,cit., p.p. 36-37.
36
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

J.M. Moura affirme cette idée :


La perspective postcoloniale me semble fondamentalement concernée
par l’analyse de l’énonciation: non seulement elle s’attache aux rites
d’écriture, aux supports matériels, à la scène énonciative, mais elle le
fait selon une direction particulière puisqu’elle réfère ceux–ci aux
pratiques coloniales, à l’enracinement culturel et l’hybridation
caractéristique d’un contexte social31.

Autrement dit avec Dominique Maingueneau : « Le texte, c’est la gestion même de son
contexte 32 . » Dans cette perspective, nous allons tenter d’appliquer certaines
procédures d’une étude postcoloniale sur notre corpus en question qui est : Le
Malaise cité précédemment.

En effet, pour notre analyse on a choisi de parler sur l’écriture identitaire et la


religiosité vu leur dominance remarquable dans le texte d’Achebe.

II.1.1. À Travers L’écriture Identitaire :

Cet élément constitue le noyau central de toute étude postcoloniale, de ce fait,


nous essayons de cerner sa définition ainsi que montrer sa manifestation dans notre
corpus.

D’ailleurs, ce terme n’a pas une définition bien précise selon son caractère
pluriforme et sa nature polysémique variée d’une discipline à une autre et qui donne
certaine difficulté pour lui attribuer une définition. Mais d’une façon globale, on peut
le définir comme suit :

Selon le dictionnaire Larousse 2013, l’identité est un nom féminin (du latin « idem »
qui signifie « le même ») est :
- l’ensemble des éléments qui déterminent l’état civil et le
signalement d’une personne sans confusion possible avec une
autre. [...]
31
MOURA, Jean, Marc, Ibid., p. 38.
32
MAINGUENEAU, Dominique, Le contexte de l’œuvre littéraire, Dunod, Paris, 1993, p.24.
37
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

- Ce par quoi des êtres ou des choses sont semblables. [...]


- Caractère permanent et fondamental de quelqu’un, d’un
groupe. [...] 33.

De même, le dictionnaire de politique « Toupictionnaire », a donné un sens


premier à l’identité qui est le caractère de ce qui est identique ou confondu. Et un
deuxième sens qu’elle est ce qui fait qu’une chose ou un être vivant est le même qu’un
autre. C’est aussi la possibilité de regrouper plusieurs de ces choses ou êtres vivants
sous un même concept, une même idée. Comme exemple: L’identité nationale.

En ajoutant un troisième sens qu’elle est ce qui permet de différencier, sans


confusion possible, une personne, un animal ou une chose des autres.

Exemples : Carte d’identité, photo d’identité.

Ces informations permettent d’individualiser quelqu’un : nom, prénom,


filiation, date et lieu de naissance, empreinte digitale, empreinte génétique, etc.

A partir de ces définitions, et vu que « l’identité préoccupe l’humanité depuis des siècles et
reste un thème omniprésent34.» Et surtout dans l’ensemble des littératures africaines à
travers la construction et la manipulation de leurs personnages, comme c’est le cas
dans notre corpus, où l’auteur présente son personnage principale Obi
Okonkwo comme témoin d’une identité africaine postcoloniale.

D’ailleurs, quelques marqueurs d’identité d’un individu ou d’un groupe


d’individu dans une œuvre littéraire peuvent être classés sous forme de référents

33
Larousse Maxipoche 2013 (collectif), dictionnaire, Broché, Paris, 2013.
34
BRUMO, Ollivier, « les identités collectives. Comment comprendre une question politique brulante ? », in
Ollivier B(éd), Les Identité Collectives à l’heure de la Mondialisation, CNRS Editions, Paris, 2009, p.7.
38
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

physiques: « parmi lesquels on rangera aussi bien des éléments de la propriété que ceux ayant trait
à l’organisation matérielle de l’espace ou à l’apparence extérieure des individus35. »

On premier lieu, l’espace occupe une place primordiale dans le corpus à travers
le Nigéria. Un plateau sur lequel se déroule l’histoire et se construit l’identité d’Obi,
notre héro et ses compatriotes. Parmi les passages qui montrent cet élément :

Umuofia est un village ibo de l’est du Nigéria, et le lieu natal


d’Obi Okonkwo. Ce n’est pas un village particulièrement
grand, mais ses habitants le prennent pour une ville. Ils sont très
fiers de son glorieux passé [...]. Ces Umuofiais (c’est le nom
qu’ils se donnent) qui quittent leur ville natale pour chercher du
travail [...]. Quand ils on épargné assez d’argent, ils demandent
à leurs parents restés au pays de leur trouver une femme, ou ils
se construisent une maison de « zinc » sur la terre
familiale (p.13)

Malgré qu’Umuofia est un petit village, mais aux yeux de ses habitant, il est
grand, ils le considèrent comme une ville, ils possèdent le sentiment d’attachement à
la terre, le fait de retourner, de se marier avec une femme de la même race, et de
construire une maison de basse qualité sur la terre des ancêtres, ça reflète
l’appartenance solide à leur patrimoine.

D’ailleurs, c’est le cas de M. Isaac Okonkwo, le père d’obi.

M. Isaac Okonkwo [...] avait été le tout premier habitant


d’Umuofia à se construire une maison de « zinc » [...] pourtant
renommé pour sa libéralité qui frisait parfois l’imprévoyance. Quand
sa femme lui faisait des remontrances sur sa prodigalité, il répliquait
qu’un homme vivant sur les rives du Niger ne devait pas se laver les
mains avec du crachat. C’était l’un des dictons favoris de son père. Il
était curieux qu’il eût rejeté tout ce qui venait de lui, à l’exception de
ce seul proverbe. Peut être avait-il oublié depuis longtemps que son
père le citait souvent. (p.19)

35
CHALENDAR, Gérard, CHALENDAR, Pierrette, « Identité et littératures africaines ». Disponible
sur : [Link]
39
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Par l’attachement à la terre, le père d’Obi était le premier à construire une


maison pour montrer sa fidélité à son pays et ouvrir ses portes à son peuple par amour
et générosité, même lorsqu’il reçoit des remontrances d’un proche qui ne pouvait
jamais lui refuser une demande, il répond par un dicton hérité de son père. Celui-là est
devenu son principe :

Tant qu’il vit sur la terre du Niger il ne faut jamais la salir. Il prouve que son
amour à son pays et plus grand que toute autre chose.

Toujours avec l’espace et sa relation directe avec l’identité, figurent autres


images dans le récit :
Obi était demeuré en Angleterre un peu moins de quatre ans. Il avait
parfois de la difficulté à croire que son séjour avait été aussi court. Il
lui avait paru durer dix ans et non quatre, à cause surtout des
tourments de l’hiver, quand son envie de rentrer au pays prenait par
moments l’acuité d’une douleur physique. C’est en Angleterre que le
Nigéria devint pour lui plus qu’un simple mot.
Ce fut là, d’ailleurs, la première grande chose que l’Angleterre fit
pour lui. (p.22)

Le séjour d’Obi en Angleterre lui parait très long et le froid de l’exil lui trace au
fond le besoin de sentir la chaleur du soleil de son pays. D’ailleurs, c’est l’immigration
qui lui a augmenté le degré du chagrin au retour à sa terre et de connaitre sa vraie
valeur.

D’ailleurs, l’immigration et la solitude jouent un rôle primordial dans la


reconstruction d’une identité.

De même, « l’identité utilise le territoire comme l’un des ciments les plus efficaces des groupes
sociaux, dans la mesure notamment, où il leur confère une véritable consistance matérielle faite de signes

40
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

et de symboles enchâssés dans des objets, des choses, des paysages et des lieux36. », ce qui est illustré
dans le passage romanesque suivant :
Au cours de son premier hiver en Angleterre, il avait écrit un poème
mièvre et plein de nostalgie sur le Nigeria. Il ne portrait pas sur
Lagos en particulier, mais Lagos faisait partie du Nigéria qu’il avait
à l’esprit.
Qu’il est doux de s’étendre sous un arbre
Au crépuscule et de partager l’extase
Des oiseaux enjoués et des frivoles papillons ;
Qu’il est doux d’abandonner notre cops d’argile à sa fange
Et de nous élever vers la musique des hautes sphères.
En descendant gentiment avec le vent
Et le tendre éclat du soleil qui s’éteint. (p.p.26-27)

Régné par la nostalgie au Nigéria, Obi écrit un poème, dans lequel il chante la
beauté de son pays à travers la description de sa nature et il montre un état d’âme
tranquille et stable qui donne le sentiment de la paix sur cette terre et qui reflète la
gentillesse de son peuple.

On second lieu, l’apparence extérieure des individus constitue de même, un


référent physique pour l’identité. En ce sens, et dans l’écrit : Trésor des sentences publié
en 1568, Gabriel Meurier a dit : «par l’apparence extérieure, se manifeste l’intérieur ».

Cette citation est appuyée par celle de Claire Martin dans : Avec ou sans amour
publié en 1958 : « Les apparences extérieures n’ont jamais trompé personne. »

Dans ce cas, l’extérieur peut être le miroir de l’intérieur d’un individu. En effet,
on constate qu’il y a une relation étroite entre l’extérieur et l’intérieur du sujet,
autrement dit entre apparence et identité.

D’ailleurs, « l’apparence se trouve munie des fonctions médiatrices entre, d’une part les
perceptions du monde extérieur, et d’autre part nos sentiments les plus intimes et les plus intérieurs37. »
36
DI MÉO, Guy, « L’identité : une médiation essentielle du rapport espace », société.In : Géocarrefour,
vol.77, n°2, 2002, pp.175-184. Disponible sur :
[Link]
41
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Comme disait William James «la rationalité n’est qu’autre qu’un sentiment de cohérence (a
feeling of what fits), notre jugement sur notre identité doit passer par nos sentiments et nos
perceptions38». Citons quelques passages qui montrent cette relation dans le corpus :

« Obi Okonkwo se cuirassait contre ce moment. Aussi quand il monta, ce matin-là, au banc
des accusés, se croyait-il tout à fait prêt. Il portait un élégant costume tropical et paraissait calme et
indifférent. » (p.9)

La façon d’être élégant et de se comporter d’un caractère élevé, montre une


partie de l’intérieur d’Obi, il est un homme cultivé et éduqué, et malgré son accusation
il est sûr de lui et plein de confiance en soi même.

Dans un autre passage, « Le monsieur était en costume et gilet et portait un parapluie


enroulé. De toute évidence il s’agissait de quelqu’un fraichement revenu d’Angleterre. » (p.105)

Dans ce passage, l’invité d’Obi, d’après son habillement, il paraissait un étranger.


Et c’est ce que, Obi a remarqué rapidement dès qu’il a vu l’allure de l’homme. Donc,
il a connu son identité à travers son apparence, ce qui illustre la relation
Apparence/Identité, dans l’œuvre.

En troisième lieu, le nom propre et le surnom sont aussi des référents très
importants en Afrique. Ils reflètent d’une grande part l’identité africaine.

Comme exemple, « Daniel Delas a pu montrer que le nom de Léopold Sédar Senghor était
porteur d’une symbolique à la fois africaine et occidentale qui innerve en profondeur la thématique de
son œuvre , tant poétique que philosophique39 ». De même, « G. Calame Griaule a montré que le

37
KILBORNE, Benjamine, « l’apparence et L’identité », Revue électronique internationale, 2004.
Disponible sur : [Link] [Link]
38
KILBORNE, Benjamine, Ibid.,
39
CHALENDAR, Gérard, CHALENDAR, Pierrette, [Link].,
42
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

nom concentrait l’essence et la puissance de la chose ou de l’être désigné. « Qui s’empare du nom en le
prononçant s’assure virtuellement une emprise dont on ne sait les limites sur celui qui le porte40 ».

De cette façon, le nom, le surnom ou le prénom peuvent désigner l’être et son


soi. « Un prénom personnellement attribué à un individu, contribue à cette singularité. Le prénom lui
donne une identité individuelle. Il s’agit de l’individualisation41. », qui est une caractérisation de
l’identité. Et pour montrer cet élément dans le corpus, on a choisi les passages
suivants :
Obi Okonkwo était en effet un fruit de palme unique. Son nom
complet était Obiajulu - « l’esprit est enfin en repos » ; l’esprit,
évidemment, était celui de son père. Comme sa femme avait donné
naissance à quatre filles avant l’arrivée d’Obi, il commençait
naturellement à s’inquiéter un peu. S’étant converti au christianisme
_ en fait, il était catéchiste _ il ne pouvait épouser une deuxième
femme. (p.15)

D’après ce passage, le prénom d’Obiajulu, notre personnage protagoniste était


choisi par son père. Il signifie « L’esprit est enfin en repos ». D’ailleurs, c’est l’esprit du
père qui a finalement reposé après la naissance d’un garçon précédé de Quatre filles
dans une société africaine qui a une culture qui favorise le sexe masculin.

De cela, le prénom du fils (L’esprit est enfin en repos) reflète d’une part l’identité
du père qui était attaché à la culture, les coutumes, les traductions et la religion de sa
société. D’autre part, reflète l’identité d’Obi lui même à travers les situations vécues
dans sa vie et qui laissent son esprit toujours à la recherche d’un repos.

40
CHALENDER, Gérard, CHALENDER, Pierrette, Ibid.,
41
DIJOUX, Alexandrine, Natacha, « Education et Transmission Familiale de l’Identité Culturelle à la
réunion: entre refus et appropriation », Thèse de Doctorat, université de la Réunion, 2012.
43
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

II.1.2. À Travers La Religiosité :

Partons de la citation d’Homère « La religion est la chaîne qui lie le ciel à la terre.42 », on
peut dire que celle-ci joue un rôle très important dans l’établissement des rapports
divins. Autrement dit, elle constitue une passerelle de communication entre divinité et
être humain. De ce fait, elle représente le sacré dans toute culture.

À priori, dans la culture et la littérature africaine et surtout dans l’Afrique


postcoloniale, qui est notre domaine d’étude, la religion occupe une place primordiale
et sous-jacente dans les écrits de cette période, vu qu’elle était le point principal ciblé
par le colonialisme parce qu’elle constitue la base de la culture des africains et leur
existence.

D’ailleurs, plusieurs définitions sont données à la religion à cause de la difficulté


de lui attribuer une seule bien précise.

Selon le dictionnaire français le Robert, on peut donner à la religion plusieurs


acceptions: la religion est une croyance en un principe supérieur dont dépend la
destinée humaine. Elle est aussi une Croyance, conviction religieuse de quelqu’un et le
système de croyances et de pratiques propres à un groupe social à limage de : religion
animiste, polythéistes et religions monothéistes.

Ainsi que d’après le dictionnaire du littéraire: « Si la religion désigne la croyance de


l’homme en une transcendance, donc la foi, et des pratiques associées, elle établit également, entre les
hommes, des liens sociaux, une identité, un esprit communautaire, des règles de conduite et une
symbolique qui tentent de donner sens à leur vie et à représenter le sacré. »

De cela, on peut avancer que la religion enlève l’âme humaine à un niveau de


supériorité et de purification plus distingué et qu’elle participe dans l’établissement

42
Homère, Fragment – IXeSAV. T.C. Disponible sur :
http//[Link]/citations-religion-1/
44
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

des rapports sociaux, la construction d’une identité et d’un esprit communautaire, et


même de fonder des lois et des principes pour régir un peuple, tout en donnant sens à
leur vie.

En effet, cette image de la religiosité est bien claire dans les écrits africains
postcoloniaux et plus précisément dans notre corpus, dans lequel s’applique notre
étude à travers les passages suivants :
_ Oh ! Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac et Dieu de Jacob,
s’écria-t-elle, le Commencement et la Fin. Sans Vous, nous ne
pouvons rien faire. Le grand fleuve n’est pas assez large pour que
Vous Vous y laviez les mains, Vous avez l’igname et Vous tenez le
couteau; nous ne pouvons pas manger à moins que Vous ne nous en
coupiez un morceau. Nous sommes comme des petits enfants qui se
lavent seulement le ventre quand ils prennent leur bain, et qui laissent
leur dos sec… (p.18)

À travers ses paroles, Mary qui faisait partie des chrétiens les plus zélés
d’Umuofia et qu’elle était une bonne amie d’Hannah Okonkwo, la mère d’Obi notre
personnage principal, se manifeste comme un individu sain qui représente sa société
d’où, elle montre leur attachement solide à Dieu, et qu’ils ne peuvent rien faire sans
lui, elle déclare leur faiblesse devant sa puissance et son autorité. C’est lui la source de
toute force, ils sont des ignorants devant sa connaissance.
Le vieillard attendit patiemment qu’il eut fini de parler, puis il dit :
_ Tu n’es pas un étranger à Umuofia.
Tu as entendu nos aînés dire que le tonnerre ne peut pas tuer de fils
ou de filles d’Umuofia. Connais-tu quelqu’un qui, de nos jours ou
dans le passé, aurait été tué de cette façon ?
Okonkwo dut admettre qu’il n’en connaissait pas.
_ Mais c’est l’œuvre de Dieu, dit-il.
_ C’est l’œuvre de nos ancêtres, rétorqua le vieux. Ils ont inventé une
médecine puissante pour se protéger de la foudre, et pas seulement
eux-mêmes, mais aussi leurs descendants. A tout jamais.
_ Très juste, dit un autre. Quiconque le nierait, le nierait en vain.
Qu’il aille demander à Nwokeke comment il fut frappé par le
tonnerre, l’année passée. Toute sa peau a pelé comme un serpent qui
mue, mais il n’en est pas mort.

45
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

_ Tout d’abord, pourquoi a-t-il fallu qu’il soit frappé ? demanda


mésaiseOkonkwo. Il n’aurait pas dû être touché du tout.
_ Ça, c’est une affaire entre lui et son chi. Mais tu dois savoir que
c’est arrivé à Mbaino, et non pas chez nous. Peut-être que la foudre,
en le voyant là-bas, l’a d’abord pris pour un habitant de
Mbaino. (p.64)

D’après cette conversation, on voit que le peuple d’Umuofia se croit d’une


manière plus forte à Dieu qui est le plus puissant et que leur terre est tellement propre
que le tonnerre qui représente la fureur divine ne la touchera jamais avec du mal, de
même ses habitants Umuofiais. Et que le châtiment de Nwokeke, s’était passé sur une
terre autre qu’Umuofia.

De ce fait, ce comportement des Umuofiais, illustre à quel point ils sont attachés
à leur religion qui est pour eux, quelque chose de sacré.

Larson DB, swyers JP et MC Cullaugh ME (1997) pensent, que la religion à «une


origine sacrée qui consiste à des croyances, des expériences, un comportement visant la recherche du
sacré. Le terme « sacré » fait référence à un « être divin » ou à « la vérité ultime »43.»

Il convient alors que le sacré est relié à l’image du divin et qu’il est à la base de
toute croyance. Par cela, la religion est le chemin qui mène à lui aboutir. Elle constitue
un comportement bien déterminé des individus dans la quête du sacré. Ce dernier est
également représenté par Julien Ries comme :
Le sacré comporte trois faces : Il est d’abord le principe vivant et
intime de toutes les religions: le divin. Mais il est aussi une valeur en
lui-même et une valeur pour l’homme: on l’appelle sanctum, saint.
Enfin en tant que catégorie à priori et donnée première, le sacré
constitue une faculté spéciale qui permet de saisir le divin: il est à
l’origine de la religion intérieure et de la révélation de Dieu dans
l’histoire, c’est à-dire des diverses religions de l’humanité44.

43
MANDHOUJ, Olfa, « La place de la spiritualité dans la prise en charge des maladies mentales et des
addictions », Thèse de Doctorat, Université Pierre et Marie Curie-ParisVI, 2015.
44
RIES, Julien, Les Origines des religions, Cerf, Paris, 2012, p.17.
46
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Donc, le sacré est un principe de toute religion, il est une valeur pour lui-même
et pour l’être humain. Il est présent dans notre corpus d’une façon remarquable :
Une fois, avant son départ pour l’Angleterre, Obi entendit son père
parler avec un parent au sujet du mystère du mot écrit :
_ Nos femmes se faisaient des dessins noirs sur le corps avec la sève de
l’arbre uli. C’était beau, mais ça disparaissait vite. […] Mais
quelque fois, nos aînés parlaient d’un uli qui ne s’effaçait jamais
[…] si tu vas à la cour indigène regarder les livres écrits par des
greffiers, il y a vingt ans ou plus, tu les trouvas pareils à ce qu’ils
étaient. Ils ne disent pas une chose aujourd’hui et une autre demain,
ou une chose cette année et une autre l’année suivante. Dans le livre,
Okoye aujourd’hui ne peut pas devenir Okonkwo demain.
Dans la Bible, Pilate a dit : « Ce qui est écrit demeure. ». (p.152)

Ici, le sacré donne de la valeur au mot écrit selon le père d’Obi qui est un homme
de religion, il confirme la durabilité de l’écrit et lui donne de l’importance dans la vie
de l’être humain. Et par la suite, ce qui est écrit, valorisé et durable devient quelque
chose de sacré. Celui-ci est illustré aussi dans le corpus par une autre histoire
celle du bouc sacré. La deuxième année de son mariage, son père était
catéchiste dans un endroit appelé Aninta. Un des grands dieux
d’Aninta était Udo, auquel un bouc était dédié. Ce bouc devint une
menace pour la mission. En plus de se reposer dans l’église et d’y
laisser des crottes, il détruisait les récoltes d’ignames et de maïs du
catéchiste. M. Okonkwo, qui se plaignit un certain nombre de fois au
prêtre d’Udo; mais celui-ci (sans nul doute un vieillard qui avait le
sens de l’humour) rétorqua que le bouc d’Udo était libre d’aller où il
lui plaisait et de faire ce que bon lui semblait. S’il choisissait de se
reposer dans le temple d’Okonkwo, cela voulait dire probablement
que leurs deux dieux étaient copains. Et l’affaire en serait restée là si
le bouc n’était pas un jour entré dans la cuisine de Mme Okonkwo
et n’y avait mangé tout l’igname qu’elle se préparait à faire cuire; et
ce durant une saison où l’igname était aussi précieux que des défenses
d’éléphant. Elle s’empara d’une machette bien effilée et abattit
l’animal en lui tranchant la tête. Cela suscita la colère et les menaces
des plus vieux du village. Les femmes, au marché, pendant un certain
temps refusaient de lui acheter ou de lui vendre quoi que ce soit. Mais
l’émasculation du clan par la religion des Blancs et le gouvernement
avait été si accomplie que l’affaire n’avait pas tardé à
s’éteindre. (p.197)

47
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Réellement, le comportement du bouc est très logique, il est de nature un animal


qui ne possède pas de la raison, mais les gens d’Aninta ont lui attribué le statut de
sacré par le fait de le dédier à leur dieu Udo. Et de cela, il devient libre, il fait ce qu’il
veut.

La religion ici valorise l’animal et le met dans une place supérieure à l’homme
même lorsqu’il était abattu par Madame Okonkwo, celle-ci a rencontré des ennuis de
la part des habitants d’Aninta parce que cette bête représente pour eux un sacré de
leur foi, et ils considèrent cette réaction de la femme, comme une violence et une
menace contre leur religion. Ce concept est omniprésent dans le corpus de notre
étude, il figure dans plusieurs passages :
Obi s’était déjà levé, car il était le plus jeune dans la pièce. Après que
chacun eut vu les noix, il déposa la soucoupe devant Ogbuefi Odogwu
qui était le plus âgé. Il n’était pas chrétien, mais il était au fait d’une
ou deux choses sur le christianisme. Comme plusieurs autres à
Umuofia, il se rendait à l’église une fois l’an, au temps des récoltes.
La seule critique qu’il fît au sujet de l’office chrétien, c’était qu’on
refusait à la congrégation le droit de répondre au sermon. Une des
choses qui lui plaisaient particulièrement et qu’il comprenait, c’est :
« comme il était au commencement, comme il est maintenant et comme
il sera jusqu’à la fin des siècles. »
_ Tel on est quand on vient au monde, disait-il souvent, tel on en
repartira. A la mort d’un homme titré, les bracelets autour de ses
chevilles qui vont de pair avec son titre sont coupés pour qu’il s’en
retourne comme il est venu. Les chrétiens ont raison de dire qu’il en
sera à la fin comme il en était au commencement. (p.p.67-68)

En effet, ces propos sont une preuve puissante qui illustre une forte croyance
religieuse et un rapprochement entre les religions. Dans cette histoire,
Ogbuefi Odogwu, un vieillard qui n’est pas chrétien représente la sagesse et la
diversité des religions, il montre que par le raisonnement, les religions peuvent
accepter l’une l’autre, et aussi se rencontrent sur le même itinéraire par des principes
communs, tels que le destin de l’être humain : l’homme quoi qu’il soit et où il arrive

48
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

par son succès dans la vie, il retrouvera après sa mort, comme il est venu au monde,
ne sait rien et ne possède rien.

D’autre part, pour démontrer leur appartenance à une religion et leur religiosité
qui « est comprise comme étant l’ensemble des pratiques vécues par une personne à l’intérieur d’une
religion donnée.45 ». Obi et ses compatriotes pratiquent des activités religieuses comme la
prière.
Le moment venu, le président regarda sa montre de poche et annonça
qu’il était temps de déclarer la séance ouverte. Tout le monde se leva,
puis il récita une courte prière. Il présenta ensuite trois noix de cola à
l’assemblée. Le plus âgé en brisa une, tout en récitant pendant ce
temps une prière d’un autre genre.
_ Celui qui apporte des noix de cola, dit-il, apporte la vie. Nous ne
cherchons à blesser personne, mais si quelqu’un essaie de nous nuire,
qu’il se casse le cou.
La congrégation répondit :
_ Amen.
_ Nous sommes des étrangers dans cette contrée. S’il y survient de
bonnes choses, puissions-nous en avoir notre part.
_ Amen.
_ Mais si le malheur frappe, qu’il aille à ceux d’ici qui sauront quels
dieux doivent être apaisés.
_ Amen. […] (p.15)

Le fait de commencer par la prière, montre à quel point ces gens sont attachés à
leur religion, ainsi qu’à leur tradition par la présentation des noix de cola. Et de cela, ils
relient les traditions et la religion en prenant bien sûr, la prière comme l’outil principal
de représentation d’une religion et comme le plus court chemin qui amène à atteindre
les objectifs.

Par ailleurs, la religiosité occupe une place très importante dans la vie des gens,
et dans notre étude dans la vie des africains. Elle est omniprésente surtout dans leurs

45
MANDHOUJ, Olfa, [Link].,
49
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

écrits postcoloniaux parce que, comme on a dit précédemment elle est le premier but
ciblé par le colonialisme.

II.2. SITUATIONS INDÉSIRABLES ET MALAISE :

On a vu que la théorie postcoloniale vise la dénonciation du colonialisme et sa


domination sur la majorité des pays du Tiers Monde. Ce pouvoir destructif a eu
comme but : la découverte de marchés supplémentaires, et la recherche de nouveaux
territoires.

« Dans le Tiers Monde (17,2%) des frontières actuelles ont été tracées par les français. Ils
viennent en seconde position derrière les britannique (21,5%) […]. Entre 1885 et 1910, soit en 25
ans, sont tracés [en Afrique] plus de 70 % des frontières.46 »

Ainsi que la déconstruction des cultures des peuples, leur religion, leur identité,
leur langue … En laissant vivre ces peuples dans des situations indésirables et dans un
malaise.

II-2.1. Malaise et Crise Identitaire :

En ce qui concerne l’identité, elle résulte des rapports entretenus avec le milieu
social. Donc l’individu en tant que membre de la communauté, il vit dans un groupe
et il partage des échanges culturels au sein de ce groupe et par cela, il construit son
identité. Celle-ci comme une part psychologique de l’individu est très sensible aux
changements surtout spatial et au contact avec autrui, elle peut subir un déséquilibre
en confrontant des obstacles. À vrai dire, On parle ici de ce qu’on appelle une crise
identitaire.

46
FOUCHER, Michel, Fronts et frontière. Un tour du monde géographique, Paris, Fayard, 1991, cité par
BENIAMINO, Michel, « La francophonie littéraire », in Les Études Littéraires Francophones : état des lieux,
(sous la direction d’HULST, Lieven, et Moura, Jean, Marc), Presses de l’Université Charles
Degaulle, Lille, 2003, p.17. Disponible sur :
[Link]
50
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

« La crise identitaire renvoie à un manque, à l’état d’une personne mal à l’aise par rapport à une
situation ou un environnement donné. Autrement dit, […] la crise identitaire revient à s’interroger sur
l’essence de son être, les valeurs qui doivent nous caractériser et la place dans la société ?47 ».

En ce sens, elle interprète un malaise qui peut détruire l’individu et la société.

Dans Cette partie de notre analyse, on va essayer de monter que la découverte de


soi peut être réalisée par une crise ou un malaise identitaire, et avec de nombreux
exemples extraits du corpus, on va illustrer cette hypothèse.

Dans notre récit, le personnage principal Obi Okonkwo souffre d’une crise
identitaire et d’un malaise apparu dans plusieurs événements. Lorsqu’il était accusé au
tribunal.

L’indifférence d’Obi ne semblait pas vouloir diminuer, même


quand le juge commença à récapituler. Un changement subi et
prononcé se lut en lui, seulement quand le magistrat dit :
_ Je n’arrive pas à comprendre comment un jeune homme de
votre éducation, promis à un brillant avenir, a pu faire ça.
Des larmes perfides vinrent aux yeux d’Obi. Il sortit un
mouchoir blanc et se frotta le visage. Mais il le fit comme on
essuie de la sueur. Il essaya même de sourire pour désavouer ses
larmes. Sourire aurait été entièrement logique. Tout ce fatras sur
l’éducation, l’avenir prometteur et la trahison ne l’avait pas pris
à l’improviste. Il s’y attendait; et cette scène elle-même, il l’avait
répétée une centaine de fois jusqu’à ce qu’elle lui fût devenue aussi
familière qu’une amie. (p.10)

Quand le juge annonce devant tout le monde qu’il ne saisit pas qu’un homme
éduqué, cultivé et instruit comme Obi peut faire une chose assez mauvaise et
malhonnête, ce dernier touché profondément par ces mots réagit discrètement par
des larmes en frottant le visage par un mouchoir on dirait qu’il essuie de la sueur pour

47
MOUSSAVOU, Emric, « La quête de l’identité dans le roman francophone postcolonial: approche comparée des
Littératures africaines », Thèse de Doctorat, Université de Limoges, France, 2015.
51
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

cacher son état psychologique détruit, qui montre sa faiblesse et son regret pour sa
trahison à la confiance qu’ils l’ont mise en lui.

La réaction d’Obi reflète un malaise interne relié à des principes gravés dans son
être: son éducation, son identité et son honneur. À cet égard, ce malaise lui laisse
sentir tout ça et connaître la valeur de l’homme avec et sans la puissance de ce
pouvoir. Et que l’individu quoi que se soit son statut social, il est rien sans lui et qu’il
devait le garder comme une arme pour protéger son être et son existence.
En fait, quelques semaines plus tôt, au tout début du procès, M.
Green, son patron, qui était l’un des témoins de la couronne, avait lui
aussi fait quelque allusion à un jeune homme très prometteur. Mais
Obi était demeuré complètement impassible. Par bonheur, il avait
perdu sa mère récemment et Clara était sortie de sa vie. Les deux
événements se suivant de près avaient engourdi sa sensibilité et avaient
fait de lui un homme différent, capable de regarder des mots comme
« éducation » et « prometteur » carrément en face. Mais maintenant
qu’arrivait le moment suprême, il était trahi de façon déloyale par des
pleurs. (p.p.10-11)

Obi malgré qu’il était un jeune homme d’une éducation élevée et promis à un
brillant avenir, il a rencontré des obstacles et des douleurs dans sa vie qui lui fait
perdre sa sensibilité. La mort de sa mère ainsi que sa séparation avec l’amour de sa vie
Clara lui fait perdre aussi la raison, il est devenu une autre personne avec une autre
identité. Ce malaise lui rend aveugle et ce n’est qu’au dernier moment, au tribunal qu’il
a ouvert les yeux avec des larmes sur une réalité affreuse, que le mal lui a troublé et a
déséquilibré sa vie d’une part et d’autre part, il lui fait comprendre que ce n’est pas lui
avec son éducation, l’homme qui fait de mauvaises choses et trahi ses amoureux.

D’un autre côté, le malaise identitaire dans ce texte d’Achebe a connu d’autres
sources : L’immigration qui fait naître une rigidité à l’intérieur de l’individu.
« S’éloignant ainsi de la rigidité qui les caractérisait autrefois, le migrant est face à une nouvelle forme
de flexibilité, où il va et vient presque à sa guise. Cette mobilité remet sans cesse en question les

52
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

composantes de notre identité. […] Car l’immigration apporte également des changement culturels.
Ces interrogations se traduisent souvent par une peur grandissante de l’autre48. »

En effet, loin de cette rigidité provoquée par le phénomène de l’immigration,


l’individu migrant peut avoir une certaine flexibilité. On peut dire une adaptation et
une acceptation de l’autre mais pas une similitude ou une fusion. D’ailleurs, cette
mobilité peut engendrer plusieurs problématiques en ce qui concerne l’identité en tant
qu’une entité mouvante capable d’être influencée par les changements apportés de
l’immigration. Ces problématiques, le plus souvent sont interprétées par une crainte
de l’autre et un malaise qui pousse à chercher et à protéger l’identité originale des deux
côtés.

Dans cette optique, Achebe montre ce point à travers des passages


romanesques.
Ses quatre années en Angleterre avaient rempli Obi du désir de
retourner à Umuofia. Ce sentiment était parfois si fort qu’il se
surprenait à éprouver de la honte à étudier l’anglais pour son diplôme.
Il parlait ibo chaque fois qu’il en avait la moindre occasion. Rien ne
lui procurait plus de plaisir que de rencontrer un autre étudiant ibo
dans un autobus de Londres. En revanche, quand il devait parler
anglais avec un étudiant nigérian d’une autre tribu, il baissait la
voix. C’était humiliant d’avoir à parler à un compatriote dans une
langue étrangère, surtout en présence des fiers dépositaires de la langue
en question. Ceux-ci devaient naturellement reconnaître qu’ils ne
possédaient aucune langue à eux. ». (p.p.64-65)

L’immigration pendant quatre ans a participé dans l’apparition d’un état


psychique perturbé et non stabilisé chez Obi et enfin, de lui donner l’envie de
retourner à son pays natal Umuofia.

48
SALLABERRY, Claire, « Migration, Culture et Identité », 5, Les Cahiers du MIMMOC, 2009. Mis en
ligne le 20 juin 2010. Disponible sur : [Link]
53
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Et encore même de sentir l’humilité et la honte en étudiant l’anglais, une langue


autre que sa langue mère. Aussi de la pratiquée dans son milieu et avec ses
compatriotes. D’ailleurs, il voit que s’ils communiquent en anglais, ça veut dire qu’ils
ne possèdent aucune langue propre à eux et donc, aucune identité.

Or, ce malaise nait de l’immigration en Angleterre chez Obi lui fait bouger le
sentiment d’appartenance à la terre des ancêtres et l’aider à découvrir sa personne et à
connaître soi-même. Cependant, le malaise que souffre Obi était observable et n’avait
qu’une seule et unique interprétation par tout le monde.
_ Je vais l’épouser, lança Obi.
_ Quoi !
Joseph s’assit sur son lit
_ Je vais l’épouser.
_ Regarde-moi, dit Joseph qui se levait en nouant son couvre-lit à la
façon d’un pagne.
Il parlait maintenant en anglais : « Tu connais les livres, mais ceci
n’est pas dans les livres. Sais-tu bien ce que c’est qu’une Osu ? Mais
comment pourrais-tu le savoir! ».
Dans cette courte question, il insinuait en fait que l’éducation qu’Obi
avait reçue dans une maison de la Mission, et l’enseignement européen
qu’il avait suivi plus tard avaient fait de lui un étranger dans son
pays. C’était là la plus pénible des choses qu’on pût lui
dire. (p.p.89-90)

L’insistance d’Obi sur son mariage avec Clara incarne un malaise causé par le
refus total de son entourage face à ce sujet. Ce mal qui lui rend aux yeux des autres et
même ses amis, un étranger. Selon eux, son éducation qu’il avait prie dans une maison
de religion et la pression qu’elle exerce sur lui, ainsi que ses études à l’étranger ont
apporté des changements sur son identité, il est devenu un individu inconnu par sa
communauté.

En fait, ce point de vue était la plus lourde des choses qu’Obi peut supporter, il
le pousse à réfléchir sur ce qui est, et ce qu’il veut.

54
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

De même, le passage romanesque suivant illustre un malaise identitaire chez lui:


Il avait besoin de se plonger dans un livre; aussi se dirigea-t-il vers son
étagère. Le pessimisme de A.E. Housman se montra, encore une fois,
irrésistible. Il s’en empara avant d’aller dans sa chambre. Le livre
s’ouvrit à l’endroit où il avait mis le papier sur lequel il avait écrit le
poème « Nigéria », il y avait environ deux ans, à Londres.
Dieu, bénis notre noble partie,
Grande terre ensoleillée et claire
Où des hommes graves ont choisi la voie de la paix
Pour gagner leur combat de la liberté, […]
Il prit le papier dans sa main gauche pour le chiffonner doucement et
calmement jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’une petite boule qu’il jeta
sur le plancher et feuilleta les pages du livre, dans un sens puis dans
l’autre. En fin de compte, il ne lut aucun poème. Il déposa le livre sur
la petite table à côté de son lit. (p.p.179-180)

Par besoin de lire, Obi se dirigea vers son étagère. Son choix reflète son état
psychologique, Le Pessimisme, est le titre de l’ouvrage qu’il a choisi, il s’ouvrit sur la
feuille où il avait écrit environ deux ans lorsqu’il était à l’étranger, un poème intitulé
« Nigéria », dans lequel, il montre son amour et son chagrin à la terre de ses ancêtres.
Et l’action qu’il a fait de prendre la feuille et de la chiffonner puis la jeter exprime sa
colère et son mal de vivre cette expérience, il sait maintenant à quel point l’étrangeté
est malaisé.

Enfin, ce mal lui aider à repenser son être et son identité.

II.2.2. Malaise Religieux :

Nous avons déjà évoqué la notion du malaise, mais en ce qui concerne le malaise
religieux on doit rapprocher les deux notions l’une de l’autre ainsi que s’interroger sur
cette relation et sur l’effet qu’apporte l’une à l’autre.

À priori, le malaise renvoie à une situation indésirable vécue par un individu ou


un groupe d’individus au sein de la société voire au monde.

55
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

L’homme par sa nature est un être sociable, il ne peut vivre isolé de sa société ou
hors de sa communauté. D’ailleurs, c’est le groupe qui donne sens à son existence, et
son état individuel est étroitement lié à l’état social, dans la mesure où cette société est
régie par des lois et des règles inspirées des traditions et de la religion.

En ce sens Roland de Pury affirme qu’« il ne peut exister entre deux êtres humains
d’autres rapports que de foi, et c’est pourquoi l’homme de mauvaise foi, le menteur, en trompant son
prochain et en rendant sa foi impossible, anéantit tout rapport entre les hommes et sape les bases mêmes
de toute communauté.49 »

En effet, toute relation humaine et tout état individuel est basé sur la nature du
lien qu’entretient l’individu avec son groupe social qui est un lien sacré et ce qui es du
sacré appartient à la foi et par conséquent appartient à la religion. C’est pourquoi
d’une part, l’homme qui possède une mauvaise foi, en abusant les autres, détruit son
âme et sa communauté, il devient créateur d’un malaise individuel et collectif. Par
ailleurs, il participe au dispersement des peuples pour qui, la solidarité est la base de
leur union éternelle, et une preuve d’amour entre les individus.

D’autre part, la société par l’intermédiaire de la religion peut causer un malaise


pour ses individus dans les cas, où elle ne l’applique pas convenablement, ou bien
l’appliquer sévèrement. Pour Pierre Roverdy, dans son écrit : Le livre de mon bord publié
en 1948 « L’intolérance est dans la nature de l’homme et non pas dans les religions. Quand une
religion naît elle rencontre l’intolérance, comme toute innovation dans le domaine des sciences et des arts.
Quand elle s’est imposée, elle devient intolérante à son tour. Et, quand elle décline, elle subit
l’intolérance à nouveau.50 ».

49
DE PURY, Roland, Qu'est-ce que le protestantisme? « Les Bergers et les Mages », 1961, [Link]é par M.
DIOP Cheikh, « L’Inscription de la religion dans La Symphonie pastorale
(Gide), Journal d’un curé de campagne (Bernanos), L’Aventure ambiguë (Kane) et La Flèche de Dieu (Achebe) »,
Thèse de Doctorat, Bordeaux Montaigne et Université Gaston Berger de Saint-Louis, Sénégal,
2015, p.107.
50
Disponible sur : [Link] Fr/citations-religion-1/
56
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

En outre, l’intolérance ici est l’équivaut du malaise qui réside dans la nature de
l’être humain et non pas la religion. Mais, ils se rencontrent dans la vie et lorsque
celle-ci s’est imposée, elle devient mal à l’aise, et quand elle s’écarte de son chemin,
elle lui porte.

Par ailleurs, dans notre corpus, de nombreux exemples révèlent le malaise


religieux dont souffre le personnage protagoniste, ainsi que d’autres dans l’histoire.
Obi Okonkwo était en effet un fruit de palme unique. Son nom
complet était Obiajulu _ « l’esprit est enfin en repos »; l’esprit,
évidemment, était celui de père. Comme sa femme avait donné
naissance à quatre filles avant l’arrivée d’Obi, il commençait
naturellement à s’inquiéter un peu. S’étant converti au christianisme
_ en fait, il était catéchiste _ il ne pouvait épouser une deuxième
femme. Mais il n’était pas homme à laisser paraître son chagrin sur
son visage. Surtout, il n’entendait pas laisser voir aux païens qu’il
était malheureux. Il avait appelé sa quatrième fille Nwanyidinma_
« une fille c’est aussi bon ». Mais sa voix manquait de
conviction.(p.15)

Le père de notre personnage principal qui était un homme d’église, a appelé son
fils unique Obiajulu qui signifie « l’esprit est enfin en repos », il veut dire que son
esprit a maintenant reposé avec la naissance d’un garçon après quatre filles. En effet,
dans sa société nigériane, le garçon occupe une place très élevée dans la famille par
rapport à la fille, et comme sa femme avait donné naissance successive à quatre filles,
il commençait à avoir peur et surtout, en tant que catéchiste il ne peut refaire le
mariage et épouser une deuxième femme pour obtenir un garçon. Ce qui à laisser
monsieur Okonkwo vivre un malaise incarné parce qu’il est un homme qui ne fait pas
paraître sa douleur et son malheur surtout aux païens, et pour cela, il a appelé sa
quatrième fille Nwanyidinma, qui veut dire : une fille c’est aussi bon. Mais en réalité il
n’est pas satisfait d’avoir que des filles car le garçon lui donne de la valeur et de
l’importance au sein de sa communauté.

D’autres passages romanesques montrent le malaise religieux :


57
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Des groupes de musiciens parcoururent trois Kilomètres sur la route


Umuofia_Onitsha pour attendre l’arrivée d’Obi. […] L’unique
problème, c’est qu’il risquait de pleuvoir. En fait, beaucoup de gens
souhaitaient presque qu’il se mît à pleuvoir beaucoup afin de montrer
à Isaac Okonkwo qu’il s’était laissé aveugler par son christianisme.
Il était le seul à ne pas se rendre compte qu’en une aussi belle occasion
il se devait d’apporter du vin de palme, un coq et un peu d’argent au
faiseur de pluie en chef d’Umuofia.
_ Il n’est pas le seul chrétien que nous ayons vu, dit l’un des hommes.
Mais c’est comme le vin de palme que nous buvons. À certains qui le
boivent, il conserve leur lucidité. À d’autres, il fait perdre tous leurs
esprits. (p.63)

Les gens d’Umuofia sont heureux par l’arrivée d’Obi, mais ils voient que son
père monsieur Isaac Okonkwo aveuglé par son christianisme, ne veut pas fêter cette
occasion en apportant du vin de palme, un coq et un peu d’argent au faiseur de pluie
en chef d’Umuofia. D’ailleurs, il n’est pas le seul chrétien qui se manifeste de cette
façon.

Selon eux, le christianisme aveugle l’esprit pour certains, tout comme le vin fait
perdre la raison et dans ce cas là, l’individu se trouve mal à l’aise devant les
interdictions de la religion.

Selon Paul Valéry le malaise actuel lui paraît une crise de l’esprit, une crise des
esprits et des choses de l’esprit, cette crise peut être évoquée par plusieurs facteurs tels
que la religion.
_ C’est vrai ! mon enfant, dit un autre vieillard. AZIK, appela-t-il,
voulant dire Isaac, apporte-nous une noix de cola pour que nous la
brisions en l’honneur du retour de cet enfant.
_ Nous sommes dans une maison chrétienne, rétorqua le père d’Obi.
_ Une maison chrétienne où l’on ne croque pas de noix de cola ?
ricana l’homme.
_ On y mange de la cola, répondit M. Okonkwo, mais pas celle
qu’on sacrifie aux idoles.
_ Qui a parlé de sacrifice ? Voici un petit enfant qui nous revient
après avoir lutté dans le monde des esprits et tu t’assois ici en
discourant de maison chrétienne et d’idoles.

58
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Tu parles comme un homme auquel le vin de palme serait monté à la


tête. (p.p.66-67)

Le vieillard, n’est pas satisfait du comportement du M. Okonkwo lorsqu’il a


demandé de lui ramener une noix de cola pour la briser en l’honneur de l’arrivée
d’Obi. Le père a refusé en disant qu’il ne faut pas faire ça dans une maison chrétienne,
et qu’ils mangent du cola, mais pas celles qu’ils sacrifient aux idoles. Cependant, le
vieillard affirme qu’Obi offre un sacrifice, il a lutté dans le monde des esprits, il mérite
qu’on lui prodigue des honneurs et des louanges, et que monsieur Isaac Okonkwo a
perdu la raison de ne pas prendre ça en considération. Il regrette sa négligence en tant
que représentant de la religion au sacrifice d’Obi.

Un autre malaise religieux dont souffre Obi se manifeste dans l’histoire :


Il trouvait scandaleux qu’au milieu du vingtième siècle l’on puisse
empêcher un homme d’épouser une fille sous l’unique prétexte que son
arrière, arrière, arrière, arrière grand-père avait été consacré au service
d’un dieu, ce qui, par conséquent, le mettait à part et faisait de ses
descendants une caste interdite jusqu’à la fin des temps. Tout à fait
incroyable. (p.90)

Parmi les événements qui ont touché nos personnages au fond et qui les ont
laissé vivre un malaise énorme, le mariage d’Obi et Clara, une jeune femme qui a
presque vingt-trois ans, belle, Nigériane, infirmière diplômée d’Angleterre, sûre
d’elle-même, compétente dans son travail, franche, sympathique et fidèle à Obi. Le
seul problème qui a déclenché le malaise est qu’elle appartient à la classe Osu,
« c’est-à-dire à la caste des descendants des hommes mis à part dans le passé lointain des Ibos pour
servir les dieux du clan. Alors, les « nés-libres » n’ont pas le droit d’avoir de rapports avec eux.51 »

Clara de son côté sait très bien que leur mariage est impossible, mais avec
l’insistance d’Obi et son amour à lui, elle a accepté, et enfin elle a perdu malgré la
51
MOJOLA, Ibiyemi, « La femme dans l’œuvre de CHINNA Achebe », University of Ife-IPe-Ife, Oyo
State, Nigeria. Disponible sur : [Link]
Html.
59
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

position d’Obi qui était contre son entourage et sa famille et qu’il voulait l’épouser
malgré tout. « _ Ma mère elle-même ne saurait m’arrêter, dit-il. » (p.90)

Tout le monde était contre Obi et son mariage avec Clara. Malgré qu’il était un
homme cultivé et instruit mais, il ne pouvait rien faire devant l’injustice de la tradition
et les interdictions de la religion qui ont été la cause de la mort d’un enfant innocent et
d’un malaise collectif.
Il devait y avoir quelque chose chez Obi qui mettait le vieux médecin
mal à l’aise. […]
_ Je suis désolé, mon cher jeune homme, fit-il, mais je ne puis vous
aider.
Ce que vous me demandez de faire constitue une offense criminelle qui
pourrait me conduire en prison, et me faire perdre le droit d’exercer.
Mais à part cela, j’ai une réputation à sauvegarder: Vingt ans de
pratique sans la moindre tache. […]
Pourquoi est-ce que vous n’épousez pas cette jeune fille ? Elle paraît
très bien.
_ Je ne veux pas l’épouser, répondit Clara, d’un air renfrogné.
C’était les premiers mots qu’elle prononçait depuis qu’ils étaient
entrés.
_ Qu’est-ce que vous lui reprochez ? Il m’a l’air d’un jeune homme
aimable.
_ J’ai dit que je ne l’épouserai pas. N’est-ce pas suffisant ? cria-t-elle
presque en se précipitant hors de la pièce.
Obi la suivit calmement et ils repartirent. Ils n’échangèrent pas la
moindre parole pendant tout le trajet jusqu’au domicile du prochain
médecin qu’on avait recommandé à Obi. […]
_ Ce n’est pas de la médecine, fit-il. […] Je le ferai cependant, pour
vous, si vous êtes prêts à payer mes honoraires. […]
_ Je suis désolé, mais mon prix est fixe. C’est une opération très
mineure, mais c’est un crime. Nous sommes tous des criminels, vous
savez. Je cours un grand risque. Allez, repensez-y et revenez demain
à quatorze heures, avec l’argent. […] (p.p.p.172-173-174)

Le fait que Clara appartient à la caste Osu était un point noir dans sa vie pour
tout le monde et un obstacle major dans l’accomplissement de son mariage avec Obi.
Il a laissé des traces psychiques et physiques douloureuses et un malaise commun
insupportable.
60
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Pour monsieur Okonkwo, il voulait monter à son fils que ce qu’il va faire
apporte la malédiction, et il lui raconte une histoire qui le laisse sentir étrangement
envahi de pitié pour lui.
Il s’arrêta un moment pour ressembler ses pensées, retourna sa chaise
et fit face au lit sur lequel était étendu Obi.
« Je te raconte tout ceci pour que tu saches ce que c’était en ce temps-là
de devenir chrétien. J’ai quitté la maison de mon père et il a lancé un
anathème contre moi. J’ai traversé le feu pour me convertir et parce
que j’ai souffert, je comprends le christianisme plus que tu ne le
comprendras jamais. »
Il s’arrêta plutôt brusquement. Obi pensa que c’était une pause, mais
il avait terminé.
Obi connaissait la triste histoire d’Ikemefuna qu’un village voisin
avait donné aux gens d’Umuofia pour faire amende honorable. Le
père d’Obi et Ikemefuna étaient devenus inséparables. Mais un jour
l’Oracle des collines et des cavernes avait décrété qu’on devait le tuer.
Le grand-père d’Obi aimait le garçon. Mais quand vint le moment,
ce fut sa machette qui l’abattit. Même en ce temps-là, quelques
anciens dirent que cela avait été une grande faute pour un homme que
de lever la main contre un enfant qui l’appelait
père. (p.p.165-166)

En effet, l’histoire d’Obi fait rappel à une autre équivalente de son père qui ne
veut pas que la malédiction lui atteint. Sa souffrance lui fait comprendre que veut dire
vraiment le christianisme, il voulait que son fils le comprenne aussi bien.
D’ailleurs, le grand père d’Obi aveuglé par ses croyances et sa religion a tué un
enfant innocent et commet une grande faute impardonnable. Ce qui a poussé le père
d’Obi à se convertir et à attraper la malédiction.
Enfin, la religion ici est utilisée comme une arme distractive contre l’innocence
et la pureté. Et de cela, elle peut être une source d’un malaise éternel.

II.3. RÉSISTANCE(S) ET VÉRITÉ(S) INCARNÉE(S) DERRIÈRE LE


MALAISE :

Dans les parties précédentes de ce travail de recherche et au cours de cette


analyse, on a parlé d’un malaise rencontré par notre personnage principal Obi
61
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Okonkwo, ainsi que d’autres personnages dans le récit. Ce malaise a exercé un


pouvoir sur les personnages, ce qui les pousses à réagir de plusieurs façons et à
rechercher des moyens de résistance qu’ils les trouvent convenables et efficaces.

De même, derrière ce malaise comme état psychologique et comme histoire, se


cachent plusieurs vérités qu’on essayera à les dévoilées.

Donc, dans cette partie d’étude on va chercher les différentes méthodes et


mécanismes adaptés par nos personnages pour résister contre ce malaise, ainsi que de
déceler les vérités incarnées derrière lui.

II.3.1. Refus et Résistance(s) :

Le malaise que souffrent nos personnages dans l’histoire les a laissé vivre un
déséquilibre effrayant et les a poussés à se révolter contre lui, et à chercher comment
faire pour le résister. D’ailleurs, la résistance est l’ensemble des méthodes adaptées par
un individu ou un groupe social qui souffre d’une oppression ou d’une violence
dominante. Elle est aussi un refus d’une situation indésirable, traduit par une révolte
contre l’inégalité et la ségrégation.

Dans le corpus en question, le refus et la résistance du malaise rencontré par nos


personnages ont pris plusieurs fourmes.

À priori, les larmes qui constituent le dernier moyen de résistance dans notre
histoire.
L’indifférence d’Obi ne semblait pas vouloir diminuer, même quand
le juge commença à récapituler. Un changement subit et prononcé se
lut en lui, seulement quand le magistrat dit :
_ Je n’arrive pas à comprendre comment un jeune homme de votre
éducation, promis à un brillant avenir, a pu faire ça.
Des larmes perfides vinrent aux yeux d’Obi. Il sortit un mouchoir
blanc et se frotta le visage. Mais il le fit comme on essuie de la sueur.
Il essaya même de sourire pour désavouer ses larmes. Sourire aurait
été entièrement logique. (p.10)

62
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

En effet, le mal d’Obi dans ce cas est très profond, il a couronné la fin de son
histoire par un échec total. Et devant les paroles du juge, il n’a rien trouvé à dire ni à
faire, il est maintenant accusé et mobilisé. Le seul moyen qu’il a trouvé pour résister ce
mal, est de réagir par des larmes, en les camouflant par un sourire monteuse utilisé
comme un système de défense par son moi, tout simplement, pour cacher sa faiblesse
et sa destruction manifestée par des pleurs.
Mais Obi était demeuré complètement impassible. Par bonheur, il
avait perdu sa mère récemment et Clara était sortie de sa vie. Les
deux événements se suivant de près avaient engourdi sa sensibilité et
avait fait de lui un homme différent, capable de regarder des mots
comme « éducation » et « prometteur » carrément en face. Mais
maintenant qu’arrivait le moment suprême, il était trahi de façon
déloyale par des pleurs. (p.p10-11)

Cette fois-ci, la mort, et la séparation sont les plus dangereux ennemis d’Obi. Sa
mère qui représente pour lui, sa vie, et Clara, son espoir dans la vie. Devant la perte de
ces deux chères, il se trouve paralysé et il ne possède aucune force pour lutter ce mal.
Rien que des larmes affligeantes afin de réduire ses douleurs.

Même avant la mort de sa mère, Obi s’est trouvé face à une situation pareille.

« Maintenant que tous les visiteurs étaient partis, elle vint l’embrasser en serrant ses bras autour
de son cou, et pour la deuxième fois, les yeux d’Obi s’emplirent de larmes. Il porta désormais la tristesse
d sa mère comme un collier de pierre autour du cou. » (p.71)

La souffrance de la mère est transférée au fils, et en réalité c’est lui la cause de


cette douleur en exceptant sa maladie physique. Le sujet de son mariage avec une Osu
a bouleversé leur vie, et devant la tristesse de sa mère, il n’a pas pu faire autre chose,
que de verser des larmes chaudes entre ses bras. Tandis qu’à elle, pour résister ce mal,
elle a réagi de plusieurs façons.
Elle s’arrêta pour prendre une profonde respiration.

63
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

« Je n’ai rien à te dire en cette affaire, excepté une chose. Si tu veux


épouser cette fille, tu dois attendre que je ne sois plus. Si Dieu entend
mes prières, tu n’attendras pas longtemps. »
Elle s’arrêta de nouveau. Obi était terrifié par le changement qui
s’était opéré en elle. Elle paraissait étrange comme si elle avait tout à
coup perdu la tête.
_ Maman ! Appela-t-il, comme si elle s’en allait.
Elle leva la main pour obtenir le silence.
_ Mais si tu fais cette chose pendant que je suis encore vivante, mon
sang retombera sur ta tête, car je me tuerai.
Elle s’affaissa, complètement épuisée. (p.162)

En effet, le mal qui est à l’intérieur de la mère d’Obi lui a laissé faire une réaction
inconsciente et de se manifester d’une manière agressive contre soi-même et son fils.
Elle a utilisé le pouvoir du mot ainsi que l’autorité maternelle pour interdire Obi à
faire ce qu’il veut en se croyant qu’elle va par cette méthode le convaincre et le faire
changer d’avis.

Elle a même essayé autre chose pour résister ce mal.


Plus tard, quand ils furent à nouveau seuls, elle écouta patiemment
Obi en silence jusqu’à la fin. Puis elle se souleva pour dire :
_ Une nuit, j’ai fait un mauvais rêve, un très mauvais rêve. J’étais
étendue sur un lit recouvert d’un tissu blanc, et je sentais quelque
chose qui rampait contre mon corps. J’ai regardé sur le lit pour
m’apercevoir qu’une nuée de termites blancs l’avaient mangé ainsi
que la natte et le tissu blanc. Oui ! Les termites avaient complètement
mangé le lit sous moi.
Une étrange sensation, comme une rosée froide, descendit sur la tête
d’Obi. « Je n’ai parlé à personne de ce rêve-là, le matin venu. Je l’ai
gardé dans mon cœur, en me demandant ce que c’était. Je me suis
rabattue sur ma Bible afin d’y lire le passage du jour. Ça m’a redonné
quelque force, mais mon cœur n’était toujours pas en repos. Dans
l’après-midi, ton père est entré avec une lettre de Joseph, nous
annonçant que tu allais épouser une Osu. J’ai vu la signification de
ma mort dans le rêve. Ensuite j’en ai parlé à ton père. (p.162)

En tant qu’une femme qui a vécue dans une maison de religion et qui a obtenu
une certaine éducation, Madame Okonkwo, face au malaise qui provient de l’histoire

64
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

d’Obi avec Clara qui l’a conduit au malheur et jusqu’à à voir des cauchemars, elle
trouve dans la religion la seule issue de secours, la lecture de la Bible, qui lui donne de
la force pour résister à ce mal. Mais malgré cela, elle n’a pas trouvé son repos, et elle
pense qu’il le sera qu’avec sa mort.

Réellement, De nombreuses études ont montré l’existence


d’une association positive entre la religiosité et la santé, aussi
bien physique que mental.52 » et que « Beaucoup [ de ] patients
utilisent la religion comme un mécanisme de coping [ façon de
faire face à une difficulté ] et [ qu’un certain pourcentage ] d’entre
eux rapportent que leurs croyances donnent de l’espoir, un sens
à leur vie, améliore leur intégration sociale […] et réduit le
risque suicidaire53.

De ce fait, il existe une relation entre la religiosité et la santé, et cette dernière a


un aspect positif chez les patients, on considère tout individu souffrant d’un malaise
comme un patient ou un malade qui a besoin d’un traitement pour guérir.

En effet, plusieurs d’entre eux, utilisent la religiosité comme un moyen de


résistance aux difficultés rencontrées dans la vie. Elle leur donne du pouvoir et de
l’espoir.
Le moment venu, le président regarda sa montre de poche et annonça
qu’il était temps de déclarer la séance ouverte. Tout le monde se leva,
puis il récita une courte prière. Il présenta ensuite trois noix de cola à
l’assemblée. Le plus âgé en brisa une, tout en récitant pendant ce
temps une prière d’un autre genre.
_ Celui qui apporte des noix de cela, dit-il, apporte la vie. Nous ne
cherchons à blesser personne, mais si quelqu’un essais de nous nuire,
qu’il se casse le cou.
La congrégation répondit :
_ Amen.
_ Nous sommes des étrangers dans cette contrée. S’il y survient de
bonnes choses, puissions-nous en avoir notre part.
_ Amen.

52
MANDHOUJ, Olfa, Op. cit. , p.2.
53
MANDHOUJ, Olfa, Ibid, p.23.
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CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

_ Mais si le malheur frappe, qu’il aille à ceux d’ici qui sauront quels
dieux doivent être apaisés.
_ Amen.
_ Plusieurs villes ont jusqu’à quatre, cinq ou même dix de leurs fils
occupant des postes européens dans cette cité. Umuofia n’en a qu’un.
Et maintenant, nos ennemis prétendent que c’est encore trop pour
nous. Mais nos ancêtres ne seront pas d’accord là-dessus.
_ Amen.
_ Une noix de palme unique ne s’égare pas dans le feu.
_ Amen. (p.15)

Ainsi, l’Union progressive d’Umuofia, qui regroupe les représentants des


habitants Umuofiais et qui est chargé de leurs affaires, touché par ce qui été passé à
Obi et son accusation, il se réuni dans le but de trouver un moyen pour l’aider.
Cependant, le président de l’union récita une prière, dans laquelle il demande à Dieu
de les protéger contre le mal et celui qui le provoque, ainsi que de protéger Obi, leurs
fils, qui va ramener la victoire à son pays Umuofia et son peuple.

Ici, l’Union fait appel à la prière comme outil de résistance contre le mal et parce
qu’elle est la voie la plus courte à Dieu le tout puissant et le seul qui peut nous aider
tous.

En fin, le malaise dans notre histoire peut trouver plusieurs formes de résistance,
mais on s’interroge toujours sur leur efficacité.

II.3.2. Vérités Incarnées Derrière le Malaise :

Le lecteur du texte romanesque en question, d’une part, et à travers une lecture


ordinaire, il se trouve devant une histoire triste et des évènements qui relatent la
souffrance d’Obi, notre personnage principal, ainsi que d’autres personnages
complémentaires. D’autre part, en suivant une lecture analytique, il peut déceler
plusieurs vérités encastrées et cachées derrière ce malaise valorisé par Achebe.

D’ailleurs, comme on a vu, l’écriture de ce roman est une écriture postcoloniale.

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CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Ainsi, on peut le classer dans la catégorie des œuvres postcoloniale par


excellence.

En effet, la grande vérité qui vient à la surface est que ce malaise comme histoire
et comme œuvre ne concerne pas seulement une seule personne, mais tout un groupe
social et d’une manière plus globale, tout un monde opprimé, colonisé ou ex-colonisé.

Achebe à travers son œuvre dénonce l’impérialisme d’une manière indirecte,


ainsi qu’il dévoile plusieurs vérités qui concernent l’autre qui est le pouvoir étranger et
l’Afrique représentée par le Nigéria dans le récit.

En réalité, il ne vise pas à raconter l’histoire d’Obi Okonkwo en tant qu’une


simple histoire, mais il veut transférer un message au monde d’une part.

D’autre part, comme on a dit, l’histoire est celle d’un monde déchiré et opprimé
pas uniquement par la force étrangère, mais aussi par des forces internes et natales,
comme les coutumes, les traditions, la religion, etc.

Dans ce qui suit, on va essayer de décoder ce qui est caché derrière les mots
écrits par Achebe et ce qu’il veut nous transférer.
Tout l’espace disponible dans la salle était occupé. Il y avait presque
autant de gens debout qu’assis. Cette affaire avait été le sujet des
conversations à Lagos pendant plusieurs semaines et, en ce dernier
jour, quiconque avait eu la moindre possibilité de quitter son travail
était là pour entendre le verdict. Quelques fonctionnaires étaient
même allés jusqu’à débourser dix shillings et six pences pour obtenir
d’un médecin un certificat de maladie pour la journée. (p.10)

À priori, l’affaire d’Obi semble être très grande et très intéressante vu le grand
nombre de public assisté dans le tribunal. Il y a même des gens qui ont laissé leurs
travaux et d’autres qui ont fait des certificats de maladie pour prendre part dans cette
occasion et pour suivre l’affaire de près, parce qu’elle a déclenché un malaise qui les a
touché au fond.

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CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Or, ce malaise d’Obi a été transféré à un large public et l’auteur ici veut montrer
que c’est un malaise d’un monde et pas d’une seule personne ou un seul pays.

En effet, la chose qui montre l’importance qu’a donnée Achebe à cette idée, est
qu’elle est mentionnée au début du récit, plus précisément dans la deuxième page du
premier chapitre du roman. Il veut dire que le malaise d’un monde opprimé est la plus
prioritaire des choses qu’on doit la prendre en considération. Dans d’autres passages
romanesques, il montre de même cette idée.
(personne ne mentionnait plus aujourd’hui qu’il avait une fois porté
atteinte à la renommée de l’école en écrivant une lettre à Adolf Hitler
pendant la guerre. Le principal, à l’époque, avait souligné, presque en
larmes, qu’il était la honte de l’Empire britannique et que, s’il avait
été plus âgé, on l’aurait certainement envoyé en prison pour le reste de
sa misérable vie. Mais il n’avait que onze ans à l’époque. Aussi s’en
était-il tiré avec six coups de bâton sur les fesses.) (p.17)

Par cette histoire l’auteur montre d’une façon indirecte, sa position face aux
pouvoirs dominants. Il est contre l’impérialisme et la guerre dans le monde. Et à
travers son choix des personnages, à priori Obi l’enfant et pas l’adulte, il veut montrer
que l’enfance représente l’ignorance et la faiblesse qui caractérisent les pays du monde
colonisé. Et que ce dernier malgré tout ça, il sait très bien que l’empire est la source du
mal et qu’il faut le sanctionner. Il le présente dans son deuxième choix, la personne
d’Adolf Hitler, l’un des plus grands pouvoirs dans le monde à l’époque.
_ Ensuite, continua Joseph, tu as écrit cette lettre à Hitler.
Obi se mit à rire bruyamment, ce qui était rare.
_ Je me demande ce qui m’a pris. Parfois, il m’arrive d’y repenser.
Qui était Hitler pour moi, et qu’est-ce que je pouvais bien être pour
lui ? Je suppose que j’éprouvais du chagrin pour lui. Et puis, tous les
jours aller dans la brousse, et ramasser des noix de palme en vue de
notre « effort pour la victoire », je n’aimais pas ça.
Il devient soudain sérieux.
« Et, quand on y pense, c’était tout à fait immoral d’entendre, chaque
matin, le directeur disant à des petits enfants qu’avec chacune des
noix de palme qu’ils trouvaient, ils achetaient un clou pour le cercueil
d’Hitler. (p.p.50-51)
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CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Pour la deuxième fois dans l’œuvre, l’auteur cite l’histoire de la lettre à Hitler,
mais cette fois-ci, sa position était différente de la première à travers le personnage
d’Obi, maintenant l’adulte et le cultivé qui a reçu des études à l’étranger. Par
conscience il s’interroge sur la relation entre lui et Hitler. Ici, l’auteur veut parler d’une
relation colonisé/colonisateur et d’une idée d’acceptation de l’autre, venue de
l’étranger, et illustrée par le fait de sentir du chagrin vers l’autre.

Même lorsqu’Obi ramasse les noix de palme qui symbolise la victoire dans leur
tradition, il ne sent pas à l’aise car, tant qu’il y a la victoire, il y a la guerre. Achebe
dénonce la guerre et réclame la paix.

Aussi, à travers le geste du directeur qui dit aux petits enfants qu’avec chaque
noix de palme ramassée, il va acheter un clou pour le cercueil d’Hitler, et la non
satisfaction d’Obi face à ce geste, l’auteur veut transférer le message qu’il faut regarder
la chose à travers tous les angles et pas un seul, ainsi que d’enseigner aux futures
générations la stratégie d’accepter l’autre à certaines limites.

« Lors des arrivées de paquebots, la belle et spacieuse salle d’attente se remplissait d’amis et de
parents gaiements vêtus qui, en attendant le bateau, buvaient de la bière ou du Coca-Cola glacés, ou
manageaient des brioches. Parfois il y avait un petit groupe qui attendait tristement et en silence. Dans
de tels cas, on pouvait parier que le fils attendu avait épousé une Blanche en Angleterre. » (p.43)

En effet, par le contact avec l’autre on peut estimer l’apparition des phénomènes
comme le métissage linguistique, identitaire, religieux, culturel… ainsi que l’altérité.

Dans la plus part du temps, elles constituent un malaise, car ce n’est pas facile
d’accepter l’étrangeté et de se métisser avec l’autre par peur de perdre son identité.

Par ailleurs, ces gens qui attendaient l’arrivée de leurs fils de l’étranger avec
tristesse et douleurs savaient déjà qu’ils vont rencontrer peut-être, d’autres personnes

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CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

reconstruites loin de leurs yeux. Donc, ils n’ont rien à faire devant ce mal que de
garder le silence et d’accepter ce qui est l’autre.

En réalité, l’auteur a caché le corps par un membre. Il vise ici le monde colonisé
ou ex-colonisé en le représentant par son peuple. Alors, ce monde ne peut rien faire
devant la brillance et le pouvoir de l’étranger. Il n’a que le fait de se taire et d’accepter
l’autre.

Une autre vérité vient à la surface et réside dans le passage romanesque suivant :
La principale conséquence de la crise que traversait Obi fut que, pour
la première fois de sa vie, il fut porté à examiner le mobile essentiel de
ses actions. Et il découvrit une grande quantité de choses qu’il pouvait
uniquement considérer comme de pures balivernes. Prenons cette
affaire des vingt livres par mois à verser à l’Union de sa ville, qui en
dernière analyse était à la source de tous ses problèmes. (p.185)

En effet, le malaise dont souffre notre personnage principal lui a poussé à


réfléchir et à analyser les événements passés dans sa vie. Finalement, il a découvert
que l’affaire de ses dettes envers l’Union Progressive d’Umuofia est la plus
importante. De même, elle est la cause de tous ses problèmes et la source de son
malaise.

Pour Achebe, l’affaire ne concerne pas la personne d’Obi. Ce dernier représente


tout un monde déchiré et opprimé d’une part, par ses dettes envers les grands
pouvoirs dominants au monde. D’ailleurs, ces forces utilisent cette stratégie comme
une technique d’une nouvelle colonisation.

D’autre part, ce monde colonisé ou ex-colonisé souffre d’autres choses qui lui
appartient et qui entrent dans son système interne.
Pendant tout le reste du voyage, le chauffeur ne lui adressa plus la
parole.
_ Quelles Ecuries d’Augias, se murmura-t-il à lui -même. Par où
faut-il commencer? Par la masse? Eduquer les masses?

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CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Il fit non de la tête. « Pas l’ombre d’une chance de ce côté-là. Ça


prendrait des siècles. Une poignée d’hommes à la tête. Ou même un
homme d’envergure, -un dictateur éclairé. Les gens ont tous peur des
mots, de nos jours. Quelle sorte de démocratie espérer dans un monde
gâté par autant de corruption et d’ignorance? Peut-être quelque chose
à mi-chemin,- une sorte de compromis. » Quand le raisonnement
d’Obi atteignit ce niveau, il se souvient que l’Angleterre avait été
aussi corrompue, il n’y avait pas si longtemps. (p.p.58-59)

Selon l’auteur, le malaise d’un monde peut provenir d’une corruption et d’une
ignorance touchante à sa structure économique, politique et culturelle.
Cependant, comme solution il propose l’éducation des peuples, mais il trouve
que ça va prendre beaucoup de temps pour arriver à la réalisation de ce projet.
Ainsi qu’il faut engager des gens sérieux et sévères pour l’accomplissement de
cet acte. Ou bien de donner le pouvoir à un homme cultivé et éduqué même s’il est un
dictateur parce que le pouvoir du mot est le plus puissant pour atteindre une
démocratie espérée. Aussi, il voit que les forces mondiales, tellement corrompues
depuis longtemps, elles représentent d’un certain côté, la corruption.
Dans la même perspective de dévoilement des vérités, se manifeste une autre
dans le roman.
_ Demain, nous assisterons tous au culte à l’église. Le pasteur a
accepté d’y célébrer un office spécial à ton intention.
_ Mais, est-ce nécessaire, papa? N’est-il pas suffisant de prier
ensemble-ici, comme nous l’avons fait ce soir?
_ C’est nécessaire, répondit son père. Il est bien de prier chez soi, mais
il est encore mieux de prier dans la maison de Dieu.
Une pensée vint à l’esprit d’Obi. « Qu’arriverait-il si je me levais et
lui disait : « Papa, je ne crois plus en votre Dieu. » ? Il savait qu’il
lui était impossible de le faire, mais il se demandait ce qui se passerait
s’il le faisait. Quelques semaines plus tôt, à Londres, il s’était
demandé ce qui se serait passé s’il s’était mis debout et s’il avait crié
au député doucereux qui entretenait les étudiants africains sur la
Fédération de l’Afrique Centrale:
_ Allez-vous-en! Vous êtes tous de fieffés hypocrites! […]
_ As-tu eu le temps de lire ta Bible pendant que tu étais là-bas ?
Il n’y avait rien d’autre à faire que de mentir. Un mensonge était
parfois meilleur que la vérité. (p.p72-73)

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CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE

Cependant, la religion, les coutumes et les traditions peuvent interdire, comme


elles peuvent obliger les gens de ne pas faire ou de faire une chose. D’ailleurs à travers
ce passage l’auteur voulait transférer le message qu’il faut se révolter contre la
l’oppression. Ce message est destiné d’une façon indirecte à l’Afrique et aux africains.
Il montre aussi pour se sauver d’un risque que parfois le mensonge est mieux que la
vérité. Enfin, c’est ce qui était fait par lui à travers son Malaise le roman et ses
personnages comme témoin d’un monde qui se meurt.

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CONCLUSION

La littérature africaine à travers le temps a pu arracher une place lumineuse


parmi les littératures mondiales, par ailleurs, elle constitue une passerelle de
communication entre d’une part, l’Afrique et le monde et d’autre part, entre l’Afrique
et l’Occident. Sa production nous invite à voyager dans un univers vaste et
polychrome.

De plus, elle offre un compte-rendu des réalités postcoloniales qui tracent


l’itinéraire de l’Afrique noire. Ces réalités qui réclament l’appropriation des
paramètres d’existence de l’homme africain tels que : la langue et la culture.

Au fil du notre travail de recherche qui est basé sur une étude postcoloniale de
l’œuvre africaine, et plus précisément Le Malaise de l’écrivain Chinua Achebe, nous
avons essayé de présenter une analyse concernant le thème majeur de l’œuvre qui est,
le malaise, en le reliant avec certaines écritures postcoloniales : l’écriture identitaire et
celle religieuse. En suivant cette démarche que nous espérons arriver à valider à
certain degré notre problématique et de monter la manifestation de ce malaise dans
l’œuvre ainsi que de donner son impact sur un monde déchiré à travers l’être d’Obi, le
personnage protagoniste, en dévoilant donc des vérités incarnées derrière ce malaise,
et en décodant des messages qu’Achebe a voulu transférer au monde.

D’une façon similaire, nos hypothèses ont été confirmées convenablement en


donnant des réponses favorables à notre problématique.

En ce qui concerne la première hypothèse, nous sommes arrivés à monter que


le malaise identitaire de telle sorte, il contribue à la découverte du soi. Obi, après un
malaise et une crise identitaire rencontrés a réussi à trouver son identité et son être.

Tandis que, pour la deuxième hypothèse, nous avons confirmé à tel point aussi
que la religion participe à certain degré à la création d’un malaise individuel et
collectif.

74
CONCLUSION

Et comme la religion est une arme positive pour certains, elle est de même
négative pou d’autres, et de cette façon, elle devient très dangereuse et détruisante.

Finalement, nous estimons que ce travail d’analyse sur l’œuvre Le Malaise, riche
en thématique et qui représente la littérature africaine postcoloniale donnera lieu à
d’autre perspectives et réflexions, ainsi que d’inspirer autres recherches plus
profondes et qui nous permet de voir le monde autrement.

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RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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