Malaise identitaire et religieux chez Achebe
Malaise identitaire et religieux chez Achebe
Filière de français
DANS
Samira
3
Dédicace
Le malaise est une parie de nous, il se nourrit de nos âme. Même
lorsqu’on est heureux, on a un mal à l’aise parce qu’on savait déjà,
que cette joie ne va pas durer longtemps.
À ma famille.
Samira
4
TABLE DES MATIÈRES
Remerciements…………………………………………………………………………….. 3
Dédicace…………………………………………………………………………………… 4
INTRODUCTION………………………………………………………………………. 7
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE…………………… 12
I.1. POSTCOLONIALISME ET THÉORIE POSTCOLONIALE, DÉFINITION(S) ET
HISTORIQUE :…………………………………………………………………………… 12
I.1.1. Définition(s)…………………………………………………………………… 12
I.1.2. Historique…………………………………………………………………….... 17
I.2. LITTERATURE AFRICAINE POSTCOLONIALE D'EXPRESSION ANGLAISE… 20
I-2.1 Rapport(s) Entre Culture(s) et Littérature Africaine …………………………….. 20
I-2.2 Traduction du Roman Postcolonial Africain ……………………………………. 24
I-3. ÉCRIVAIN, CORPUS ET THEMATIQUE(S) ……………………………………….. 28
I- 3.1. L’Écrivain …………………………………………………………………….. 28
I.3.2 Corpus et Thématique(s) ……………………………………………………….. 29
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE……….. 36
II.1. L’ECRITURE POSTCOLONIALE DANS L’ŒUVRE ……………………………... 37
II.1.1. À Traves L’écriture Identitaire ………………………………………………... 37
II.1.2. À Travers La Religiosité ………………………………………………………. 44
II.2. SITUATIONS INDISIRABLES ET MALAISE ……………………………………... 50
II-2.1. Malaise et Crise Identitaire …………………………………………………… 50
II.2.2. Malaise Religieux ……………………………………………………………... 55
II.3. RESISTANCE(S) ET VERITE(S) INCARNÉE(S) DERRIÈRE LE MALAISE…….. 61
[Link] et Résistance(s)…………………………………………………………... 62
II.3.2 Vérités Incarnées Derrière le Malaise ………………………………………… 66
CONCLUSION……………………………………………………………………. 74
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES………………………………………... 77
INTRODUCTION
Dès l’aube de l’humanité, l’homme n’a cessé de chercher la paix dans tout ce
qui l’entoure, dans son âme et même dans ce monde bizarre qui nous semble
équilibré, mais en réalité il est toujours en mouvance, cachant derrière lui un
déséquilibre effrayant. Un monde où règnent les opposants : le courage et la peur,
l’amour et la haine, la jeunesse et la vieillesse, la force et la faiblesse, la vie et la mort, le
blanc et le noir, le connu et l’inconnu, la vérité et le mensonge, le bien et le mal, la paix
et la guerre. D’ailleurs, cette dernière a laissé ses traces dans la plupart des continents
de la carte géographique. Même après leur indépendance, et dont l’espoir de trouver
la paix, la situation reste celle d’une perte et d’un malaise.
De cela vient notre choix de parler d’une situation de malaise dans le monde
ex-colonisé comme sujet d’une étude postcoloniale et qui s’explique par le fait que la
paix est l’objectif principal d’une quête humanitaire et d’une aventure sans issu.
7
INTRODUCTION
Par ailleurs, le thème choisi d’une part, est très fréquent, familiarisé et, au même
temps il est très complexe et ambigu. Ce travail de recherche est basé notamment sur
une analyse qui cible une situation de malaise d’un monde opprimé, colonisé ou
ex-colonisé, à travers une étude postcoloniale.
Pour mener à bien ce travail de recherche, nous allons nous appuyer sur une
étude postcoloniale basée sur les éléments suivants: l’écriture identitaire et la
religiosité. Et nous allons essayer de relier ces deux éléments avec le thème majeur de
notre corpus qui est le malaise.
D’ailleurs, la théorie postcoloniale est une théorie littéraire critique qui permet
de donner des outils critiques pour l’analyse des écrits et des produits littéraires issus
des pays ex-colonisés.
8
INTRODUCTION
ses fondateurs : Edward Saïd, Manoni, Albert Memmi, Homi Bhabha, Gayatri
Spivak, Frantz Fanon et d’autres.
En effet, pour bien réaliser cette étude, nous allons suivre la méthode
analytique qui consiste à décomposer un ensemble en ses éléments constitutifs, et
essentiels, afin d’en saisir les rapports et de donner un schéma général de l’ensemble.
Donc, notre plan de travail s’établira sur deux chapitres comme suit :
9
INTRODUCTION
Enfin, nous allons conclure par donner un résumé de cette analyse et une
interprétation du thème, ainsi que de confirmer ou de nier nos hypothèses proposées.
10
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
I.1.1. Définition(s) :
« La colonisation est ici définie comme une pratique impériale, c’est-a-dire comme l'action d’un
centre sur des périphéries, des périphéries géographiques, mais aussi mentales.2 »
1
ASCHCROFT, Bill, GRIFFITH, Gareth, TIFFIN, Helen, L’Empire vous répond : Théorie et pratique
des littératures post-coloniales, traduction de JEAN-YVE Serra, MARTINE MATHIEU-Job, Pessac,
Presses Universitaires de Bordeaux, 2012, p.14.
2
BOIZETTE, Pierre, Introduction à la théorie postcoloniale, Université de Paris Ouest-Nanterre- La
Défence. Disponible sur : http//[Link].
12
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
3
MOURA, Jean-Marc, Postcolonialisme et Comparatisme. Disponible sur :
http//[Link]/sflgc/biblio/[Link]
13
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
4
Explication donnée par Jean-Marc MOURA, in Postcolonialisme et Comparatisme. Disponible sur :
http//[Link]/sflgc/biblio/[Link]
5
QUAYSON, Ato, Postcolonialism: Theory, Pratice or Process?, Cambridge: Polity Press, 2000,
Malden:Blackwell Publishers Inc., 2000, p.2, citation traduite par :
MICHEL, Man, « La folie, le mal de l’Afrique postcoloniale dans le BAOBAB FOU et la folie et la mort de KEN
BUGUL », Thèse de Doctorat, University of Missouri-Colombia, 2007, p.19. Disponible sur :
[Link]
14
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
En tant que théorie littéraire, il fournit des outils critiques permettant d'analyser
non seulement les productions littéraires des auteurs issus d'anciennes colonies, mais
aussi les écrits des auteurs qui appartiennent à la métropole. D’une manière générale
donne une vue critique sur le colonialisme dans tous les domaines de la vie, c'est une
théorie critique interdisciplinaire, pluridisciplinaire et comparatistes.
"postcolonial" renvoi également à une théorie (ensemble d'une
production critique pluridisciplinaire, interdisciplinaire,
comparatiste) qui étudie non seulement les œuvres d'auteurs issus des
empires coloniaux [...] mais relit aussi des œuvres d'auteurs
(canoniques) métropolitains à l'un de nouveaux concepts et en
s'intéressant aux discours et contre-discours de domination, de
réfutation et de résistance [...] et aux stratégies[...]: de
réappropriation de racines, d'une histoire (nationale,
communautaire) passée ou d'une situation contemporaine, de
recouvrement identitaire[...]ou linguistique [...] de thématisation des
migrations [...] des nationalismes, des situations de minorités, de la
globalisation (déplacement des frontières), de dénonciation des
nouveaux modes de domination et de nouvelles hégémonies [...] des
diffusions culturelles, de mise en valeur de résistances et de combats
contre les oppressions, etc. 7
En effet, cette théorie a comme but, la prise de conscience des peuples pour
arriver aux changements des situations sociales vécues pendant et après la période
coloniale.
6
SULTAN, Patrick, « Théorie littéraire postcoloniale ». Disponible sur :
[Link] Braire_Postcoloniale
7
MAAZOUZI, Djemaa, « Postcolonial(isme) », Université de Lille3. Disponible sur :
[Link]
nent&format=pdf.
15
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
« le post-colonial cherche finalement une représentation plus adaptée à la prise de conscience qui
permettrait le changement social8 ».
8
BARDOLPH, Jacqueline, Etudes postcoloniales et littérature, Champion, «Unichamp-Essentiel», Paris,
2002, p.47.
9
BARDOLPH, Jacqueline, Ibid, p.12.
10
MOURA, Jean-Marc, Littératures francophones et théorie postcoloniale, Presses Universitaires de France,
« Quadrige », Paris, 2007, p.3.
11
DUCOURNAU, Claire, Présentation. L’exotisme postcolonial , dans Postcolonial Stadies : modes
d’emploi, sous la direction du collectif Write Back, Presses Universitaires de Lyon, France, 2013.
16
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
I.1.2. Historique:
C'est à la fin du XXe siècle que s'est apparu le courant intellectuel critique dit:
post-colonialisme prenant comme objet d'étude, les textes littéraires qui dénoncent le
colonialisme (l'impérialisme).
D’ailleurs, c'est à partir des années soixante, que cette théorie critique a connu
son départ officiel est s’est développée en premier lieu dans des universités
Britanniques, Australiennes et Américaines, plus précisément dans les départements
de Cultural Stadies.
De même, cette théorie a obtenu son statut après un long voyage des pensées de
ses fondateurs à travers des textes luttant le phénomène colonial
et qui sont apparus dans le XVIIIe et le XIXe siècle, tels que: Portrait du colonisateur
publié en 1957 et Portrait du colonisé d'Albert Memmi, Cahier d'un retour ou pays natal en
1971, et Discours sur le colonialisme en 1972, d'Aimé Césaire, Peau noir, masques blancs en
1952 et Les Damnés de la terre en 1968 de Frantz Fanon.
En effet, les idées de ces auteurs ont été exploitées par des théoriciens comme :
Gayatri Spivak, Gareth Griffiths et Helen Tiffin , Bill Ashcroft, Homi Bhabha, Jacque
Derrida, Mamadou Diouf, Edward W. Saïd et d'autres dans la construction de
l'édifice de la théorie littéraire critique postcoloniale. Cette dernière qui était marquée
par trois voies distinctives: La première est avec L'Orientalisme publié en 1978
d'Edward W. Saïd, considérée comme le moment clé de ces études postcoloniales.
12
MOURA, Jean-Marc, [Link]., p.6.
17
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
« Les travaux de H.K. Bhabha considèrent la nature des sociétés postcoloniales et les types
« d' hybridization » [«métissage», «créolisation» (E. Glissant) sont des traductions approchantes]
que ces cultures ont produites et qui déterminent de grands éléments formels des œuvres15. »
Il désigne de nos jours : « toute phénomène qui allie plusieurs techniques ou procédés de
création.17 »
A travers son emploi par Homi.K. Bhabha, il vise à rapprocher les cultures et
de montrer à quel degré une culture est influencée par une autre. De façon plus
globale, porter un regard détaillé sur le rapport de liaison et d’imitation :
Colonisé/Colonisateur.
« souligne la part d’imitation chez le colonisé, mais aussi la façon dont le colonisateur est
modifié par son séjour dans le pays autre. Il trouve des exemples de ce va-et-vient dans la longue histoire
des rapports entre les Anglais et l’Inde. Pour lui, c’est par cette influence réciproque des partenaires que
passe le désir de changement et de modernité 18».
16
Disponible sur : [Link]
17
Ibid.,
18
BARDOLPH, Jacqueline, op. cit., p.33.
19
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
Selon les disciplines, « culture » peut aussi s’entendre selon une conception
restreinte, pour ne désigner que les productions symboliques (langue, idées,
coutumes, mythes, etc) ou selon une conception élargie, qui inclut aussi les aspects
matériels (outils, habitat, habitudes vestimentaires ou culinaires, etc).
De même, Even-Zohar définit la culture comme un « répertoire » de possibilités
20
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
qui organisent notre existence. […] Le répertoire culturel offre une cohésion qui
permet à différents groupes sociaux de fonder leur identité, voire d’émerger ou de
survivre comme entité collective. Ce répertoire où ses éléments sont élaborés par des
individus ou des groupes de façon tantôt spontanée, tantôt délibérée. Le littéraire est
vu là comme produisant des modèles d’interprétation du réel.
A partir de cette définition, on peut dire que la littérature, d’un côté se nourrit de
la culture quelle que soit son origine. Et dans notre étude, il s’agit d’une pluri-culture
africaine qui inclut également l’occidentale.
D’ailleurs, cette culture africaine était la chose la plus ciblée par le colonialisme
parce qu’elle constitue pour le peuple africain son identité et son existence. D’une
part, elle utilise la littérature, notamment celle postcoloniale comme moyen
d’expression et de dénonciation de l’impérialisme. D’autre part, elle constitue une
source d’inspiration pour cette littérature. Donc, la relation entre les deux pôles est
réciproque et intégrale.
En effet, à travers les œuvres africaines et leurs thématiques qu’on est arrivé à
connaitre des certaines réalités de l’Afrique postcoloniale, et que la rencontre de
l’Europe avec l’Afrique est un métisse qui a donné naissance à une nouvelle culture
afro-occidentale et des nouvelles littératures.
L’écriture africaine reflète les enjeux de la rencontre et du rapport
entre l’Occident et l’Afrique et montre, au-delà des espaces
linguistiques et des Etats-Nations comment la civilisation
négro-africaine et les cultures autochtones se comportent dans le jeu des
influences et/ou de la réception des influences étrangères et comment
celles-ci agissent sur les mentalités collectives au niveau d’ensemble et
au niveau régional ou local19.
19
LOMBALE-BARE, Gilbert, « Etude comparative et interculturelle de la littérature africaine de la langue
française au sud du Sahara ; unité littéraire et identités régionales », Thèse de Doctorat, Université
Paris-Sorbonne, Paris, 2006. Disponible sur :
[Link]
21
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
Par ailleurs, les écrivains ne sont pas seulement le porte parole de leurs sociétés
mais plus que parler de leur condition humaine, leur vécu social constitue un thème
d'inspiration qui porte un regard sur le culturel de leurs nations. En utilisant comme
outil de communication et de transfert du savoir, des langues maternelles,
véhiculaires, ou étrangères pénétrées plus précisément par l'impérialisme.
20
Disponible sur : [Link]
noire/180421
22
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
Living languages grow like living things, and English is far from
a dead language. There are American, West Indian,
Australian, Canadian and New Zealand versions of English.
All of them add life and vigour to the language while reflecting
their own respective cultures. Why shouldn't there be a Nigerian
or West African English which we can use to express our own
ideas, thinking and philosophy in our own way?21
Par la traduction de ces paroles en langue française on peut dire que :
Les langues vivantes grandissent comme tous les êtres vivants et
l'anglais est loin d'être une langue morte. Il existe des versions
américaines, indiennes, australiennes, canadiennes et néo-zélandaises
de l'anglais. Chacune d'entre elles ajoute à la vie et à la vigueur de la
langue, tout en reflétant leurs cultures respectives. Pourquoi
n'existerait-il pas un anglais du Nigéria ou de l'Afrique de l'Ouest
que nous pourrions utiliser pour exprimer nos idées, nos pensées et
notre philosophie à notre manière ? 22
Tant que l'anglais est considéré comme une langue vivante et qu'il a plusieurs
versions reflétant leurs cultures, il doit y avoir un anglais du Nigéria et de l'Afrique de
l'Ouest pour permettre aux africains d'exprimer leurs idées, et de s'ouvrir au monde.
Par ailleurs, il ne faut pas négliger l'emploi d'une langue étrangère comme
l'Anglais ou le Français, tout simplement parce qu’elles sont un héritage colonial.
Dans ce sens, Ahmadou Kouroma affirme qu’«Il n'est pas étonnant que nous ayons
parfois le sentiment de nous « enliser » quand nous utilisons le français pour décrire notre vie et notre
univers psychologique. La langue française est issue d'une civilisation catholique et rationaliste: ça se
voit dans sa structure, dans sa façon de découper et d'exprimer la réalité. Influencée par une spiritualité
21
OKARA, Gabriel, African Speech…English Words,in transition10, 1963, pp.15-16. Réédité dans
[Link] (éd.), African Writers on African Writing, Heinemann Educational Books, Londres, 1973,
pp.137-138.
22
Traduction donnée par : MICHEL, Man, op.,cit, p.43.
23
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
23
KOUROUMA, Ahmadou, « La dénonciation de l’intérieur, propos recueillis par LEFORT René et
MAURO Rosi ». Disponible sur : [Link]
24
MOURA, Jean-Marc, « Postcolonialisme et Comparatisme ». Disponible sur :
http//[Link]/sflgc/biblio/[Link]
24
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
d’un angle historique, il constitue un document très important pour les pays africains
ex-colonisés parce qu’il met en problématique des éléments culturelles et politiques :
des thématiques, des tabous d’une société, des pouvoirs de domination…etc. de
même, il permet une prise de conscience des peuples pour vouloir résister et réagir
afin de s’ouvrir sur le monde.
En tant que genre littéraire, le roman « intègre les autres genres, toutes les manières de dire
et de faire, mais aussi les critiques qu’on lui adresse jusqu’aux théories qu’on tente de lui imposer,
même si elles paraissent ne pas lui convenir25!».
Pour se faire, plusieurs stratégies sont adaptées dans le but d’atteindre le succès
de ce projet. Parmi lesquelles : la traduction de l’œuvre d’une langue à une autre
constitue un processus un peu complexe et surtout lorsqu’il s’agit d’un écrit
postcolonial comme c’est le cas de notre étude.
En outre, cette opération peut être considérée comme un acte qui dépasse la
25
DIDEROT, Denis, in : CHARTIER, Pierre, Introduction aux grandes théories du roman, Paris :
Nathan, Dunod, 2000, p.6.
26
CHARTIER, Pierre, Ibid., p.4.
25
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
En effet, elle joue un rôle très important dans la prise de contact entre nations.
Et le traducteur ou l’interprète devient le pilier principal de cet édifice, il ne participe
à aucun acte autre que d’être le porte-parole de l’énoncé. Et par le billet de la
traduction que l’information peut arriver à de nombreuses destinations, ainsi que de
transmettre les messages désirés.
27
SUCHET, Myriam, « Textes hétérolingues et textes traduits : de « la langue », aux figures de l’énonciation. Pour
une littérature comparée différentielle », Thèse de Doctorat, Université Concordia, Montréal, Québec,
Canada, 2010, p.304.
26
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
28
AGOSTINI, Viviana, OUAFI, HERMETET, Anne-Rachel, La traduction littéraire-Des aspects
théoriques aux analyses textuelles-, Presses universitaires de Caen, France, 2006, p.37.
29
SUCHET, Myriam, op., cit., p.304.
27
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
I. 3.1. L’Écrivain :
28
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
série : No Longer at Ease en 1960, Arrow of God en 1964, et The Man of The People en 1966.
Son prochain roman est publié en 1972, Girls at War. En 1975, un recueil d’articles ;
Morning yet on creation Day et d’un recueil de poèmes : Beware soul Brother. De même, The
Trouble with Nigeria en 1984.
En 1987, il a publié son dernier roman : Antills of the Savannah. En 1990, Hpes
and Impediments : selected Essays. En 1992, The Heineman Book of Contemporary short
stories. Et en 2004, un recueil de poèmes : Collected poems.
L’édition originale de cet ouvrage a paru aux éditions présence africaine, 1974.
Pour la couverture, est une peinture rupestre néolithique de Tin Teferiest, reproduite
d’après [Link], Merveilles du Tassili n’Ajjer, au éditions du Chêne, Paris.
D’ailleurs, on peut le considérer comme une maladie psychique qui n’a pas de
traitement et de guérison qu’avec la disparition de ses symptômes. Il représente un
des grands problèmes de santé qui s’élargit même à toute la société.
En effet l’être humaine est composé de deux parties : la première est externe,
elle constitue l’ensemble de ses interactions avec ce qui l’entoure, autrement dit avec
le monde extérieur. Cette partie est étroitement liée à la deuxième qui est interne. Elle
représente une structure minutieusement construite, et les actes de l’individu sont des
réactions externes ou des réponses de l’interne de l’être.
Par ailleurs, le malaise qui touche à priori la partie interne de l’homme, a comme
réaction externe, plusieurs comportements qui se réalisent par une violence contre
soi-même ou contre l’autre.
30
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
Dans notre corpus, cette violence est illustrée aussi comme l’un des principaux
thèmes qui joue un rôle principal dans la représentation du malaise, dans sa forme la
plus visible.
En effet, le comportement de la mère d’Obi envers son fils était plein de colère
et de non satisfaction, elle refuse complètement son mariage avec Clara. De sorte que
cet état psychique déséquilibré ou de ce malaise lui a poussé à se réagir d’une violence
acharnée contre soi-même et contre son fils. Elle est arrivée à un risque de
déclencheur d’une maladie psychique par une dépression nerveuse qui peut conduire
même au suicide qui est une action menante en cas de succès, à la mort. Par ailleurs, la
mère en pratiquant cet acte voudra s’en fuir d’une réalité insupportable et refusée
d’une part, et d’autre par, elle exerce une pression sur son fils Obi pour le faire
changer d’avis concernant son affaire de mariage avec une Osu.
31
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
32
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
D’ailleurs, elle voit que le gouvernement cherche son intérêt et ne pense pas au
peuple nigérian parce qu’elle est une institution étrangère et ses responsables sont des
Blancs.
« Lors d’une conférence devant les membres de l’Union des Etudiants Nigérians de Londres,
Obi avait formulé pour la première fois sa théorie selon laquelle la corruption continuerait à régner au
sein de la Fonction Publique du Nigéria tant qu’on n’aurait pas remplacé les vieux Africains au
pouvoir par des jeunes hommes possédant une formation universitaire. » (p.52)
En tant qu’un homme instruit, Obi trouve une solution pour le malaise issu du
gouvernement. En se révoltant contre cette situation, il propose d’éliminer les vieux
responsables africains au pouvoir et de les remplacer par des jeunes universitaires, des
hommes cultivés et possédant des capacités de réfléchir pour mener le Nigéria vers le
bien.
La grande révolte manifestée dans le corpus est celle d’Obi en ce qui concerne
son mariage.
De toute façon, tu es chanceux de le savoir dès le début. Il n’y a encore
aucun mal. L’œil n’est pas endommagé par le sommeil », dit assez
platement Joseph.
Il remarqua qu’Obi ne faisait aucunement attention à ses paroles.
_ Je vais l’épouser, lança Obi.
_ Quoi!
Joseph s’assit sur son lit.
_ Je vais l’épouser. […]
_ J’en connais là-dessus plus que toi, dit-il, et je vais épouser cette fille.
En fait, je ne te demandais pas ton approbation. […]
_ Ma mère elle-même ne saurait m’arrêter, dit-il, en prenant place
aux côtés de Joseph. (p.p.89-90)
33
CHAPITRE I : POSTCOLONIALISME EN AFRIQUE NOIRE
La réaction d’Obi envers l’avis de son ami était claire, il était contre, et il se
révolte d’un refus total et d’une insistance sur sa décision concernant son mariage
avec Clara, en fait, il était capable d’affronter les obstacles, et de s’exposer au feu pour
l’amour de Clara, il ne cherche que la paix qui est présenté dans l’œuvre par l’amour.
34
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
30
MOURA, Jean, Marc, op.,cit., p.p. 36-37.
36
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
Autrement dit avec Dominique Maingueneau : « Le texte, c’est la gestion même de son
contexte 32 . » Dans cette perspective, nous allons tenter d’appliquer certaines
procédures d’une étude postcoloniale sur notre corpus en question qui est : Le
Malaise cité précédemment.
D’ailleurs, ce terme n’a pas une définition bien précise selon son caractère
pluriforme et sa nature polysémique variée d’une discipline à une autre et qui donne
certaine difficulté pour lui attribuer une définition. Mais d’une façon globale, on peut
le définir comme suit :
Selon le dictionnaire Larousse 2013, l’identité est un nom féminin (du latin « idem »
qui signifie « le même ») est :
- l’ensemble des éléments qui déterminent l’état civil et le
signalement d’une personne sans confusion possible avec une
autre. [...]
31
MOURA, Jean, Marc, Ibid., p. 38.
32
MAINGUENEAU, Dominique, Le contexte de l’œuvre littéraire, Dunod, Paris, 1993, p.24.
37
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
A partir de ces définitions, et vu que « l’identité préoccupe l’humanité depuis des siècles et
reste un thème omniprésent34.» Et surtout dans l’ensemble des littératures africaines à
travers la construction et la manipulation de leurs personnages, comme c’est le cas
dans notre corpus, où l’auteur présente son personnage principale Obi
Okonkwo comme témoin d’une identité africaine postcoloniale.
33
Larousse Maxipoche 2013 (collectif), dictionnaire, Broché, Paris, 2013.
34
BRUMO, Ollivier, « les identités collectives. Comment comprendre une question politique brulante ? », in
Ollivier B(éd), Les Identité Collectives à l’heure de la Mondialisation, CNRS Editions, Paris, 2009, p.7.
38
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
physiques: « parmi lesquels on rangera aussi bien des éléments de la propriété que ceux ayant trait
à l’organisation matérielle de l’espace ou à l’apparence extérieure des individus35. »
On premier lieu, l’espace occupe une place primordiale dans le corpus à travers
le Nigéria. Un plateau sur lequel se déroule l’histoire et se construit l’identité d’Obi,
notre héro et ses compatriotes. Parmi les passages qui montrent cet élément :
Malgré qu’Umuofia est un petit village, mais aux yeux de ses habitant, il est
grand, ils le considèrent comme une ville, ils possèdent le sentiment d’attachement à
la terre, le fait de retourner, de se marier avec une femme de la même race, et de
construire une maison de basse qualité sur la terre des ancêtres, ça reflète
l’appartenance solide à leur patrimoine.
35
CHALENDAR, Gérard, CHALENDAR, Pierrette, « Identité et littératures africaines ». Disponible
sur : [Link]
39
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
Tant qu’il vit sur la terre du Niger il ne faut jamais la salir. Il prouve que son
amour à son pays et plus grand que toute autre chose.
Le séjour d’Obi en Angleterre lui parait très long et le froid de l’exil lui trace au
fond le besoin de sentir la chaleur du soleil de son pays. D’ailleurs, c’est l’immigration
qui lui a augmenté le degré du chagrin au retour à sa terre et de connaitre sa vraie
valeur.
De même, « l’identité utilise le territoire comme l’un des ciments les plus efficaces des groupes
sociaux, dans la mesure notamment, où il leur confère une véritable consistance matérielle faite de signes
40
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
et de symboles enchâssés dans des objets, des choses, des paysages et des lieux36. », ce qui est illustré
dans le passage romanesque suivant :
Au cours de son premier hiver en Angleterre, il avait écrit un poème
mièvre et plein de nostalgie sur le Nigeria. Il ne portrait pas sur
Lagos en particulier, mais Lagos faisait partie du Nigéria qu’il avait
à l’esprit.
Qu’il est doux de s’étendre sous un arbre
Au crépuscule et de partager l’extase
Des oiseaux enjoués et des frivoles papillons ;
Qu’il est doux d’abandonner notre cops d’argile à sa fange
Et de nous élever vers la musique des hautes sphères.
En descendant gentiment avec le vent
Et le tendre éclat du soleil qui s’éteint. (p.p.26-27)
Régné par la nostalgie au Nigéria, Obi écrit un poème, dans lequel il chante la
beauté de son pays à travers la description de sa nature et il montre un état d’âme
tranquille et stable qui donne le sentiment de la paix sur cette terre et qui reflète la
gentillesse de son peuple.
Cette citation est appuyée par celle de Claire Martin dans : Avec ou sans amour
publié en 1958 : « Les apparences extérieures n’ont jamais trompé personne. »
Dans ce cas, l’extérieur peut être le miroir de l’intérieur d’un individu. En effet,
on constate qu’il y a une relation étroite entre l’extérieur et l’intérieur du sujet,
autrement dit entre apparence et identité.
D’ailleurs, « l’apparence se trouve munie des fonctions médiatrices entre, d’une part les
perceptions du monde extérieur, et d’autre part nos sentiments les plus intimes et les plus intérieurs37. »
36
DI MÉO, Guy, « L’identité : une médiation essentielle du rapport espace », société.In : Géocarrefour,
vol.77, n°2, 2002, pp.175-184. Disponible sur :
[Link]
41
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
Comme disait William James «la rationalité n’est qu’autre qu’un sentiment de cohérence (a
feeling of what fits), notre jugement sur notre identité doit passer par nos sentiments et nos
perceptions38». Citons quelques passages qui montrent cette relation dans le corpus :
« Obi Okonkwo se cuirassait contre ce moment. Aussi quand il monta, ce matin-là, au banc
des accusés, se croyait-il tout à fait prêt. Il portait un élégant costume tropical et paraissait calme et
indifférent. » (p.9)
En troisième lieu, le nom propre et le surnom sont aussi des référents très
importants en Afrique. Ils reflètent d’une grande part l’identité africaine.
Comme exemple, « Daniel Delas a pu montrer que le nom de Léopold Sédar Senghor était
porteur d’une symbolique à la fois africaine et occidentale qui innerve en profondeur la thématique de
son œuvre , tant poétique que philosophique39 ». De même, « G. Calame Griaule a montré que le
37
KILBORNE, Benjamine, « l’apparence et L’identité », Revue électronique internationale, 2004.
Disponible sur : [Link] [Link]
38
KILBORNE, Benjamine, Ibid.,
39
CHALENDAR, Gérard, CHALENDAR, Pierrette, [Link].,
42
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
nom concentrait l’essence et la puissance de la chose ou de l’être désigné. « Qui s’empare du nom en le
prononçant s’assure virtuellement une emprise dont on ne sait les limites sur celui qui le porte40 ».
De cela, le prénom du fils (L’esprit est enfin en repos) reflète d’une part l’identité
du père qui était attaché à la culture, les coutumes, les traductions et la religion de sa
société. D’autre part, reflète l’identité d’Obi lui même à travers les situations vécues
dans sa vie et qui laissent son esprit toujours à la recherche d’un repos.
40
CHALENDER, Gérard, CHALENDER, Pierrette, Ibid.,
41
DIJOUX, Alexandrine, Natacha, « Education et Transmission Familiale de l’Identité Culturelle à la
réunion: entre refus et appropriation », Thèse de Doctorat, université de la Réunion, 2012.
43
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
Partons de la citation d’Homère « La religion est la chaîne qui lie le ciel à la terre.42 », on
peut dire que celle-ci joue un rôle très important dans l’établissement des rapports
divins. Autrement dit, elle constitue une passerelle de communication entre divinité et
être humain. De ce fait, elle représente le sacré dans toute culture.
42
Homère, Fragment – IXeSAV. T.C. Disponible sur :
http//[Link]/citations-religion-1/
44
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
En effet, cette image de la religiosité est bien claire dans les écrits africains
postcoloniaux et plus précisément dans notre corpus, dans lequel s’applique notre
étude à travers les passages suivants :
_ Oh ! Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac et Dieu de Jacob,
s’écria-t-elle, le Commencement et la Fin. Sans Vous, nous ne
pouvons rien faire. Le grand fleuve n’est pas assez large pour que
Vous Vous y laviez les mains, Vous avez l’igname et Vous tenez le
couteau; nous ne pouvons pas manger à moins que Vous ne nous en
coupiez un morceau. Nous sommes comme des petits enfants qui se
lavent seulement le ventre quand ils prennent leur bain, et qui laissent
leur dos sec… (p.18)
À travers ses paroles, Mary qui faisait partie des chrétiens les plus zélés
d’Umuofia et qu’elle était une bonne amie d’Hannah Okonkwo, la mère d’Obi notre
personnage principal, se manifeste comme un individu sain qui représente sa société
d’où, elle montre leur attachement solide à Dieu, et qu’ils ne peuvent rien faire sans
lui, elle déclare leur faiblesse devant sa puissance et son autorité. C’est lui la source de
toute force, ils sont des ignorants devant sa connaissance.
Le vieillard attendit patiemment qu’il eut fini de parler, puis il dit :
_ Tu n’es pas un étranger à Umuofia.
Tu as entendu nos aînés dire que le tonnerre ne peut pas tuer de fils
ou de filles d’Umuofia. Connais-tu quelqu’un qui, de nos jours ou
dans le passé, aurait été tué de cette façon ?
Okonkwo dut admettre qu’il n’en connaissait pas.
_ Mais c’est l’œuvre de Dieu, dit-il.
_ C’est l’œuvre de nos ancêtres, rétorqua le vieux. Ils ont inventé une
médecine puissante pour se protéger de la foudre, et pas seulement
eux-mêmes, mais aussi leurs descendants. A tout jamais.
_ Très juste, dit un autre. Quiconque le nierait, le nierait en vain.
Qu’il aille demander à Nwokeke comment il fut frappé par le
tonnerre, l’année passée. Toute sa peau a pelé comme un serpent qui
mue, mais il n’en est pas mort.
45
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
De ce fait, ce comportement des Umuofiais, illustre à quel point ils sont attachés
à leur religion qui est pour eux, quelque chose de sacré.
Il convient alors que le sacré est relié à l’image du divin et qu’il est à la base de
toute croyance. Par cela, la religion est le chemin qui mène à lui aboutir. Elle constitue
un comportement bien déterminé des individus dans la quête du sacré. Ce dernier est
également représenté par Julien Ries comme :
Le sacré comporte trois faces : Il est d’abord le principe vivant et
intime de toutes les religions: le divin. Mais il est aussi une valeur en
lui-même et une valeur pour l’homme: on l’appelle sanctum, saint.
Enfin en tant que catégorie à priori et donnée première, le sacré
constitue une faculté spéciale qui permet de saisir le divin: il est à
l’origine de la religion intérieure et de la révélation de Dieu dans
l’histoire, c’est à-dire des diverses religions de l’humanité44.
43
MANDHOUJ, Olfa, « La place de la spiritualité dans la prise en charge des maladies mentales et des
addictions », Thèse de Doctorat, Université Pierre et Marie Curie-ParisVI, 2015.
44
RIES, Julien, Les Origines des religions, Cerf, Paris, 2012, p.17.
46
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
Donc, le sacré est un principe de toute religion, il est une valeur pour lui-même
et pour l’être humain. Il est présent dans notre corpus d’une façon remarquable :
Une fois, avant son départ pour l’Angleterre, Obi entendit son père
parler avec un parent au sujet du mystère du mot écrit :
_ Nos femmes se faisaient des dessins noirs sur le corps avec la sève de
l’arbre uli. C’était beau, mais ça disparaissait vite. […] Mais
quelque fois, nos aînés parlaient d’un uli qui ne s’effaçait jamais
[…] si tu vas à la cour indigène regarder les livres écrits par des
greffiers, il y a vingt ans ou plus, tu les trouvas pareils à ce qu’ils
étaient. Ils ne disent pas une chose aujourd’hui et une autre demain,
ou une chose cette année et une autre l’année suivante. Dans le livre,
Okoye aujourd’hui ne peut pas devenir Okonkwo demain.
Dans la Bible, Pilate a dit : « Ce qui est écrit demeure. ». (p.152)
Ici, le sacré donne de la valeur au mot écrit selon le père d’Obi qui est un homme
de religion, il confirme la durabilité de l’écrit et lui donne de l’importance dans la vie
de l’être humain. Et par la suite, ce qui est écrit, valorisé et durable devient quelque
chose de sacré. Celui-ci est illustré aussi dans le corpus par une autre histoire
celle du bouc sacré. La deuxième année de son mariage, son père était
catéchiste dans un endroit appelé Aninta. Un des grands dieux
d’Aninta était Udo, auquel un bouc était dédié. Ce bouc devint une
menace pour la mission. En plus de se reposer dans l’église et d’y
laisser des crottes, il détruisait les récoltes d’ignames et de maïs du
catéchiste. M. Okonkwo, qui se plaignit un certain nombre de fois au
prêtre d’Udo; mais celui-ci (sans nul doute un vieillard qui avait le
sens de l’humour) rétorqua que le bouc d’Udo était libre d’aller où il
lui plaisait et de faire ce que bon lui semblait. S’il choisissait de se
reposer dans le temple d’Okonkwo, cela voulait dire probablement
que leurs deux dieux étaient copains. Et l’affaire en serait restée là si
le bouc n’était pas un jour entré dans la cuisine de Mme Okonkwo
et n’y avait mangé tout l’igname qu’elle se préparait à faire cuire; et
ce durant une saison où l’igname était aussi précieux que des défenses
d’éléphant. Elle s’empara d’une machette bien effilée et abattit
l’animal en lui tranchant la tête. Cela suscita la colère et les menaces
des plus vieux du village. Les femmes, au marché, pendant un certain
temps refusaient de lui acheter ou de lui vendre quoi que ce soit. Mais
l’émasculation du clan par la religion des Blancs et le gouvernement
avait été si accomplie que l’affaire n’avait pas tardé à
s’éteindre. (p.197)
47
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
La religion ici valorise l’animal et le met dans une place supérieure à l’homme
même lorsqu’il était abattu par Madame Okonkwo, celle-ci a rencontré des ennuis de
la part des habitants d’Aninta parce que cette bête représente pour eux un sacré de
leur foi, et ils considèrent cette réaction de la femme, comme une violence et une
menace contre leur religion. Ce concept est omniprésent dans le corpus de notre
étude, il figure dans plusieurs passages :
Obi s’était déjà levé, car il était le plus jeune dans la pièce. Après que
chacun eut vu les noix, il déposa la soucoupe devant Ogbuefi Odogwu
qui était le plus âgé. Il n’était pas chrétien, mais il était au fait d’une
ou deux choses sur le christianisme. Comme plusieurs autres à
Umuofia, il se rendait à l’église une fois l’an, au temps des récoltes.
La seule critique qu’il fît au sujet de l’office chrétien, c’était qu’on
refusait à la congrégation le droit de répondre au sermon. Une des
choses qui lui plaisaient particulièrement et qu’il comprenait, c’est :
« comme il était au commencement, comme il est maintenant et comme
il sera jusqu’à la fin des siècles. »
_ Tel on est quand on vient au monde, disait-il souvent, tel on en
repartira. A la mort d’un homme titré, les bracelets autour de ses
chevilles qui vont de pair avec son titre sont coupés pour qu’il s’en
retourne comme il est venu. Les chrétiens ont raison de dire qu’il en
sera à la fin comme il en était au commencement. (p.p.67-68)
En effet, ces propos sont une preuve puissante qui illustre une forte croyance
religieuse et un rapprochement entre les religions. Dans cette histoire,
Ogbuefi Odogwu, un vieillard qui n’est pas chrétien représente la sagesse et la
diversité des religions, il montre que par le raisonnement, les religions peuvent
accepter l’une l’autre, et aussi se rencontrent sur le même itinéraire par des principes
communs, tels que le destin de l’être humain : l’homme quoi qu’il soit et où il arrive
48
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
par son succès dans la vie, il retrouvera après sa mort, comme il est venu au monde,
ne sait rien et ne possède rien.
D’autre part, pour démontrer leur appartenance à une religion et leur religiosité
qui « est comprise comme étant l’ensemble des pratiques vécues par une personne à l’intérieur d’une
religion donnée.45 ». Obi et ses compatriotes pratiquent des activités religieuses comme la
prière.
Le moment venu, le président regarda sa montre de poche et annonça
qu’il était temps de déclarer la séance ouverte. Tout le monde se leva,
puis il récita une courte prière. Il présenta ensuite trois noix de cola à
l’assemblée. Le plus âgé en brisa une, tout en récitant pendant ce
temps une prière d’un autre genre.
_ Celui qui apporte des noix de cola, dit-il, apporte la vie. Nous ne
cherchons à blesser personne, mais si quelqu’un essaie de nous nuire,
qu’il se casse le cou.
La congrégation répondit :
_ Amen.
_ Nous sommes des étrangers dans cette contrée. S’il y survient de
bonnes choses, puissions-nous en avoir notre part.
_ Amen.
_ Mais si le malheur frappe, qu’il aille à ceux d’ici qui sauront quels
dieux doivent être apaisés.
_ Amen. […] (p.15)
Le fait de commencer par la prière, montre à quel point ces gens sont attachés à
leur religion, ainsi qu’à leur tradition par la présentation des noix de cola. Et de cela, ils
relient les traditions et la religion en prenant bien sûr, la prière comme l’outil principal
de représentation d’une religion et comme le plus court chemin qui amène à atteindre
les objectifs.
Par ailleurs, la religiosité occupe une place très importante dans la vie des gens,
et dans notre étude dans la vie des africains. Elle est omniprésente surtout dans leurs
45
MANDHOUJ, Olfa, [Link].,
49
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
écrits postcoloniaux parce que, comme on a dit précédemment elle est le premier but
ciblé par le colonialisme.
« Dans le Tiers Monde (17,2%) des frontières actuelles ont été tracées par les français. Ils
viennent en seconde position derrière les britannique (21,5%) […]. Entre 1885 et 1910, soit en 25
ans, sont tracés [en Afrique] plus de 70 % des frontières.46 »
Ainsi que la déconstruction des cultures des peuples, leur religion, leur identité,
leur langue … En laissant vivre ces peuples dans des situations indésirables et dans un
malaise.
En ce qui concerne l’identité, elle résulte des rapports entretenus avec le milieu
social. Donc l’individu en tant que membre de la communauté, il vit dans un groupe
et il partage des échanges culturels au sein de ce groupe et par cela, il construit son
identité. Celle-ci comme une part psychologique de l’individu est très sensible aux
changements surtout spatial et au contact avec autrui, elle peut subir un déséquilibre
en confrontant des obstacles. À vrai dire, On parle ici de ce qu’on appelle une crise
identitaire.
46
FOUCHER, Michel, Fronts et frontière. Un tour du monde géographique, Paris, Fayard, 1991, cité par
BENIAMINO, Michel, « La francophonie littéraire », in Les Études Littéraires Francophones : état des lieux,
(sous la direction d’HULST, Lieven, et Moura, Jean, Marc), Presses de l’Université Charles
Degaulle, Lille, 2003, p.17. Disponible sur :
[Link]
50
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
« La crise identitaire renvoie à un manque, à l’état d’une personne mal à l’aise par rapport à une
situation ou un environnement donné. Autrement dit, […] la crise identitaire revient à s’interroger sur
l’essence de son être, les valeurs qui doivent nous caractériser et la place dans la société ?47 ».
Dans notre récit, le personnage principal Obi Okonkwo souffre d’une crise
identitaire et d’un malaise apparu dans plusieurs événements. Lorsqu’il était accusé au
tribunal.
Quand le juge annonce devant tout le monde qu’il ne saisit pas qu’un homme
éduqué, cultivé et instruit comme Obi peut faire une chose assez mauvaise et
malhonnête, ce dernier touché profondément par ces mots réagit discrètement par
des larmes en frottant le visage par un mouchoir on dirait qu’il essuie de la sueur pour
47
MOUSSAVOU, Emric, « La quête de l’identité dans le roman francophone postcolonial: approche comparée des
Littératures africaines », Thèse de Doctorat, Université de Limoges, France, 2015.
51
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
cacher son état psychologique détruit, qui montre sa faiblesse et son regret pour sa
trahison à la confiance qu’ils l’ont mise en lui.
La réaction d’Obi reflète un malaise interne relié à des principes gravés dans son
être: son éducation, son identité et son honneur. À cet égard, ce malaise lui laisse
sentir tout ça et connaître la valeur de l’homme avec et sans la puissance de ce
pouvoir. Et que l’individu quoi que se soit son statut social, il est rien sans lui et qu’il
devait le garder comme une arme pour protéger son être et son existence.
En fait, quelques semaines plus tôt, au tout début du procès, M.
Green, son patron, qui était l’un des témoins de la couronne, avait lui
aussi fait quelque allusion à un jeune homme très prometteur. Mais
Obi était demeuré complètement impassible. Par bonheur, il avait
perdu sa mère récemment et Clara était sortie de sa vie. Les deux
événements se suivant de près avaient engourdi sa sensibilité et avaient
fait de lui un homme différent, capable de regarder des mots comme
« éducation » et « prometteur » carrément en face. Mais maintenant
qu’arrivait le moment suprême, il était trahi de façon déloyale par des
pleurs. (p.p.10-11)
Obi malgré qu’il était un jeune homme d’une éducation élevée et promis à un
brillant avenir, il a rencontré des obstacles et des douleurs dans sa vie qui lui fait
perdre sa sensibilité. La mort de sa mère ainsi que sa séparation avec l’amour de sa vie
Clara lui fait perdre aussi la raison, il est devenu une autre personne avec une autre
identité. Ce malaise lui rend aveugle et ce n’est qu’au dernier moment, au tribunal qu’il
a ouvert les yeux avec des larmes sur une réalité affreuse, que le mal lui a troublé et a
déséquilibré sa vie d’une part et d’autre part, il lui fait comprendre que ce n’est pas lui
avec son éducation, l’homme qui fait de mauvaises choses et trahi ses amoureux.
D’un autre côté, le malaise identitaire dans ce texte d’Achebe a connu d’autres
sources : L’immigration qui fait naître une rigidité à l’intérieur de l’individu.
« S’éloignant ainsi de la rigidité qui les caractérisait autrefois, le migrant est face à une nouvelle forme
de flexibilité, où il va et vient presque à sa guise. Cette mobilité remet sans cesse en question les
52
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
composantes de notre identité. […] Car l’immigration apporte également des changement culturels.
Ces interrogations se traduisent souvent par une peur grandissante de l’autre48. »
48
SALLABERRY, Claire, « Migration, Culture et Identité », 5, Les Cahiers du MIMMOC, 2009. Mis en
ligne le 20 juin 2010. Disponible sur : [Link]
53
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
Or, ce malaise nait de l’immigration en Angleterre chez Obi lui fait bouger le
sentiment d’appartenance à la terre des ancêtres et l’aider à découvrir sa personne et à
connaître soi-même. Cependant, le malaise que souffre Obi était observable et n’avait
qu’une seule et unique interprétation par tout le monde.
_ Je vais l’épouser, lança Obi.
_ Quoi !
Joseph s’assit sur son lit
_ Je vais l’épouser.
_ Regarde-moi, dit Joseph qui se levait en nouant son couvre-lit à la
façon d’un pagne.
Il parlait maintenant en anglais : « Tu connais les livres, mais ceci
n’est pas dans les livres. Sais-tu bien ce que c’est qu’une Osu ? Mais
comment pourrais-tu le savoir! ».
Dans cette courte question, il insinuait en fait que l’éducation qu’Obi
avait reçue dans une maison de la Mission, et l’enseignement européen
qu’il avait suivi plus tard avaient fait de lui un étranger dans son
pays. C’était là la plus pénible des choses qu’on pût lui
dire. (p.p.89-90)
L’insistance d’Obi sur son mariage avec Clara incarne un malaise causé par le
refus total de son entourage face à ce sujet. Ce mal qui lui rend aux yeux des autres et
même ses amis, un étranger. Selon eux, son éducation qu’il avait prie dans une maison
de religion et la pression qu’elle exerce sur lui, ainsi que ses études à l’étranger ont
apporté des changements sur son identité, il est devenu un individu inconnu par sa
communauté.
En fait, ce point de vue était la plus lourde des choses qu’Obi peut supporter, il
le pousse à réfléchir sur ce qui est, et ce qu’il veut.
54
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
Par besoin de lire, Obi se dirigea vers son étagère. Son choix reflète son état
psychologique, Le Pessimisme, est le titre de l’ouvrage qu’il a choisi, il s’ouvrit sur la
feuille où il avait écrit environ deux ans lorsqu’il était à l’étranger, un poème intitulé
« Nigéria », dans lequel, il montre son amour et son chagrin à la terre de ses ancêtres.
Et l’action qu’il a fait de prendre la feuille et de la chiffonner puis la jeter exprime sa
colère et son mal de vivre cette expérience, il sait maintenant à quel point l’étrangeté
est malaisé.
Nous avons déjà évoqué la notion du malaise, mais en ce qui concerne le malaise
religieux on doit rapprocher les deux notions l’une de l’autre ainsi que s’interroger sur
cette relation et sur l’effet qu’apporte l’une à l’autre.
55
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
L’homme par sa nature est un être sociable, il ne peut vivre isolé de sa société ou
hors de sa communauté. D’ailleurs, c’est le groupe qui donne sens à son existence, et
son état individuel est étroitement lié à l’état social, dans la mesure où cette société est
régie par des lois et des règles inspirées des traditions et de la religion.
En ce sens Roland de Pury affirme qu’« il ne peut exister entre deux êtres humains
d’autres rapports que de foi, et c’est pourquoi l’homme de mauvaise foi, le menteur, en trompant son
prochain et en rendant sa foi impossible, anéantit tout rapport entre les hommes et sape les bases mêmes
de toute communauté.49 »
En effet, toute relation humaine et tout état individuel est basé sur la nature du
lien qu’entretient l’individu avec son groupe social qui est un lien sacré et ce qui es du
sacré appartient à la foi et par conséquent appartient à la religion. C’est pourquoi
d’une part, l’homme qui possède une mauvaise foi, en abusant les autres, détruit son
âme et sa communauté, il devient créateur d’un malaise individuel et collectif. Par
ailleurs, il participe au dispersement des peuples pour qui, la solidarité est la base de
leur union éternelle, et une preuve d’amour entre les individus.
49
DE PURY, Roland, Qu'est-ce que le protestantisme? « Les Bergers et les Mages », 1961, [Link]é par M.
DIOP Cheikh, « L’Inscription de la religion dans La Symphonie pastorale
(Gide), Journal d’un curé de campagne (Bernanos), L’Aventure ambiguë (Kane) et La Flèche de Dieu (Achebe) »,
Thèse de Doctorat, Bordeaux Montaigne et Université Gaston Berger de Saint-Louis, Sénégal,
2015, p.107.
50
Disponible sur : [Link] Fr/citations-religion-1/
56
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
En outre, l’intolérance ici est l’équivaut du malaise qui réside dans la nature de
l’être humain et non pas la religion. Mais, ils se rencontrent dans la vie et lorsque
celle-ci s’est imposée, elle devient mal à l’aise, et quand elle s’écarte de son chemin,
elle lui porte.
Le père de notre personnage principal qui était un homme d’église, a appelé son
fils unique Obiajulu qui signifie « l’esprit est enfin en repos », il veut dire que son
esprit a maintenant reposé avec la naissance d’un garçon après quatre filles. En effet,
dans sa société nigériane, le garçon occupe une place très élevée dans la famille par
rapport à la fille, et comme sa femme avait donné naissance successive à quatre filles,
il commençait à avoir peur et surtout, en tant que catéchiste il ne peut refaire le
mariage et épouser une deuxième femme pour obtenir un garçon. Ce qui à laisser
monsieur Okonkwo vivre un malaise incarné parce qu’il est un homme qui ne fait pas
paraître sa douleur et son malheur surtout aux païens, et pour cela, il a appelé sa
quatrième fille Nwanyidinma, qui veut dire : une fille c’est aussi bon. Mais en réalité il
n’est pas satisfait d’avoir que des filles car le garçon lui donne de la valeur et de
l’importance au sein de sa communauté.
Les gens d’Umuofia sont heureux par l’arrivée d’Obi, mais ils voient que son
père monsieur Isaac Okonkwo aveuglé par son christianisme, ne veut pas fêter cette
occasion en apportant du vin de palme, un coq et un peu d’argent au faiseur de pluie
en chef d’Umuofia. D’ailleurs, il n’est pas le seul chrétien qui se manifeste de cette
façon.
Selon eux, le christianisme aveugle l’esprit pour certains, tout comme le vin fait
perdre la raison et dans ce cas là, l’individu se trouve mal à l’aise devant les
interdictions de la religion.
Selon Paul Valéry le malaise actuel lui paraît une crise de l’esprit, une crise des
esprits et des choses de l’esprit, cette crise peut être évoquée par plusieurs facteurs tels
que la religion.
_ C’est vrai ! mon enfant, dit un autre vieillard. AZIK, appela-t-il,
voulant dire Isaac, apporte-nous une noix de cola pour que nous la
brisions en l’honneur du retour de cet enfant.
_ Nous sommes dans une maison chrétienne, rétorqua le père d’Obi.
_ Une maison chrétienne où l’on ne croque pas de noix de cola ?
ricana l’homme.
_ On y mange de la cola, répondit M. Okonkwo, mais pas celle
qu’on sacrifie aux idoles.
_ Qui a parlé de sacrifice ? Voici un petit enfant qui nous revient
après avoir lutté dans le monde des esprits et tu t’assois ici en
discourant de maison chrétienne et d’idoles.
58
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
Parmi les événements qui ont touché nos personnages au fond et qui les ont
laissé vivre un malaise énorme, le mariage d’Obi et Clara, une jeune femme qui a
presque vingt-trois ans, belle, Nigériane, infirmière diplômée d’Angleterre, sûre
d’elle-même, compétente dans son travail, franche, sympathique et fidèle à Obi. Le
seul problème qui a déclenché le malaise est qu’elle appartient à la classe Osu,
« c’est-à-dire à la caste des descendants des hommes mis à part dans le passé lointain des Ibos pour
servir les dieux du clan. Alors, les « nés-libres » n’ont pas le droit d’avoir de rapports avec eux.51 »
Clara de son côté sait très bien que leur mariage est impossible, mais avec
l’insistance d’Obi et son amour à lui, elle a accepté, et enfin elle a perdu malgré la
51
MOJOLA, Ibiyemi, « La femme dans l’œuvre de CHINNA Achebe », University of Ife-IPe-Ife, Oyo
State, Nigeria. Disponible sur : [Link]
Html.
59
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
position d’Obi qui était contre son entourage et sa famille et qu’il voulait l’épouser
malgré tout. « _ Ma mère elle-même ne saurait m’arrêter, dit-il. » (p.90)
Tout le monde était contre Obi et son mariage avec Clara. Malgré qu’il était un
homme cultivé et instruit mais, il ne pouvait rien faire devant l’injustice de la tradition
et les interdictions de la religion qui ont été la cause de la mort d’un enfant innocent et
d’un malaise collectif.
Il devait y avoir quelque chose chez Obi qui mettait le vieux médecin
mal à l’aise. […]
_ Je suis désolé, mon cher jeune homme, fit-il, mais je ne puis vous
aider.
Ce que vous me demandez de faire constitue une offense criminelle qui
pourrait me conduire en prison, et me faire perdre le droit d’exercer.
Mais à part cela, j’ai une réputation à sauvegarder: Vingt ans de
pratique sans la moindre tache. […]
Pourquoi est-ce que vous n’épousez pas cette jeune fille ? Elle paraît
très bien.
_ Je ne veux pas l’épouser, répondit Clara, d’un air renfrogné.
C’était les premiers mots qu’elle prononçait depuis qu’ils étaient
entrés.
_ Qu’est-ce que vous lui reprochez ? Il m’a l’air d’un jeune homme
aimable.
_ J’ai dit que je ne l’épouserai pas. N’est-ce pas suffisant ? cria-t-elle
presque en se précipitant hors de la pièce.
Obi la suivit calmement et ils repartirent. Ils n’échangèrent pas la
moindre parole pendant tout le trajet jusqu’au domicile du prochain
médecin qu’on avait recommandé à Obi. […]
_ Ce n’est pas de la médecine, fit-il. […] Je le ferai cependant, pour
vous, si vous êtes prêts à payer mes honoraires. […]
_ Je suis désolé, mais mon prix est fixe. C’est une opération très
mineure, mais c’est un crime. Nous sommes tous des criminels, vous
savez. Je cours un grand risque. Allez, repensez-y et revenez demain
à quatorze heures, avec l’argent. […] (p.p.p.172-173-174)
Le fait que Clara appartient à la caste Osu était un point noir dans sa vie pour
tout le monde et un obstacle major dans l’accomplissement de son mariage avec Obi.
Il a laissé des traces psychiques et physiques douloureuses et un malaise commun
insupportable.
60
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
Pour monsieur Okonkwo, il voulait monter à son fils que ce qu’il va faire
apporte la malédiction, et il lui raconte une histoire qui le laisse sentir étrangement
envahi de pitié pour lui.
Il s’arrêta un moment pour ressembler ses pensées, retourna sa chaise
et fit face au lit sur lequel était étendu Obi.
« Je te raconte tout ceci pour que tu saches ce que c’était en ce temps-là
de devenir chrétien. J’ai quitté la maison de mon père et il a lancé un
anathème contre moi. J’ai traversé le feu pour me convertir et parce
que j’ai souffert, je comprends le christianisme plus que tu ne le
comprendras jamais. »
Il s’arrêta plutôt brusquement. Obi pensa que c’était une pause, mais
il avait terminé.
Obi connaissait la triste histoire d’Ikemefuna qu’un village voisin
avait donné aux gens d’Umuofia pour faire amende honorable. Le
père d’Obi et Ikemefuna étaient devenus inséparables. Mais un jour
l’Oracle des collines et des cavernes avait décrété qu’on devait le tuer.
Le grand-père d’Obi aimait le garçon. Mais quand vint le moment,
ce fut sa machette qui l’abattit. Même en ce temps-là, quelques
anciens dirent que cela avait été une grande faute pour un homme que
de lever la main contre un enfant qui l’appelait
père. (p.p.165-166)
En effet, l’histoire d’Obi fait rappel à une autre équivalente de son père qui ne
veut pas que la malédiction lui atteint. Sa souffrance lui fait comprendre que veut dire
vraiment le christianisme, il voulait que son fils le comprenne aussi bien.
D’ailleurs, le grand père d’Obi aveuglé par ses croyances et sa religion a tué un
enfant innocent et commet une grande faute impardonnable. Ce qui a poussé le père
d’Obi à se convertir et à attraper la malédiction.
Enfin, la religion ici est utilisée comme une arme distractive contre l’innocence
et la pureté. Et de cela, elle peut être une source d’un malaise éternel.
Le malaise que souffrent nos personnages dans l’histoire les a laissé vivre un
déséquilibre effrayant et les a poussés à se révolter contre lui, et à chercher comment
faire pour le résister. D’ailleurs, la résistance est l’ensemble des méthodes adaptées par
un individu ou un groupe social qui souffre d’une oppression ou d’une violence
dominante. Elle est aussi un refus d’une situation indésirable, traduit par une révolte
contre l’inégalité et la ségrégation.
À priori, les larmes qui constituent le dernier moyen de résistance dans notre
histoire.
L’indifférence d’Obi ne semblait pas vouloir diminuer, même quand
le juge commença à récapituler. Un changement subit et prononcé se
lut en lui, seulement quand le magistrat dit :
_ Je n’arrive pas à comprendre comment un jeune homme de votre
éducation, promis à un brillant avenir, a pu faire ça.
Des larmes perfides vinrent aux yeux d’Obi. Il sortit un mouchoir
blanc et se frotta le visage. Mais il le fit comme on essuie de la sueur.
Il essaya même de sourire pour désavouer ses larmes. Sourire aurait
été entièrement logique. (p.10)
62
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
En effet, le mal d’Obi dans ce cas est très profond, il a couronné la fin de son
histoire par un échec total. Et devant les paroles du juge, il n’a rien trouvé à dire ni à
faire, il est maintenant accusé et mobilisé. Le seul moyen qu’il a trouvé pour résister ce
mal, est de réagir par des larmes, en les camouflant par un sourire monteuse utilisé
comme un système de défense par son moi, tout simplement, pour cacher sa faiblesse
et sa destruction manifestée par des pleurs.
Mais Obi était demeuré complètement impassible. Par bonheur, il
avait perdu sa mère récemment et Clara était sortie de sa vie. Les
deux événements se suivant de près avaient engourdi sa sensibilité et
avait fait de lui un homme différent, capable de regarder des mots
comme « éducation » et « prometteur » carrément en face. Mais
maintenant qu’arrivait le moment suprême, il était trahi de façon
déloyale par des pleurs. (p.p10-11)
Cette fois-ci, la mort, et la séparation sont les plus dangereux ennemis d’Obi. Sa
mère qui représente pour lui, sa vie, et Clara, son espoir dans la vie. Devant la perte de
ces deux chères, il se trouve paralysé et il ne possède aucune force pour lutter ce mal.
Rien que des larmes affligeantes afin de réduire ses douleurs.
Même avant la mort de sa mère, Obi s’est trouvé face à une situation pareille.
« Maintenant que tous les visiteurs étaient partis, elle vint l’embrasser en serrant ses bras autour
de son cou, et pour la deuxième fois, les yeux d’Obi s’emplirent de larmes. Il porta désormais la tristesse
d sa mère comme un collier de pierre autour du cou. » (p.71)
63
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
En effet, le mal qui est à l’intérieur de la mère d’Obi lui a laissé faire une réaction
inconsciente et de se manifester d’une manière agressive contre soi-même et son fils.
Elle a utilisé le pouvoir du mot ainsi que l’autorité maternelle pour interdire Obi à
faire ce qu’il veut en se croyant qu’elle va par cette méthode le convaincre et le faire
changer d’avis.
En tant qu’une femme qui a vécue dans une maison de religion et qui a obtenu
une certaine éducation, Madame Okonkwo, face au malaise qui provient de l’histoire
64
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
d’Obi avec Clara qui l’a conduit au malheur et jusqu’à à voir des cauchemars, elle
trouve dans la religion la seule issue de secours, la lecture de la Bible, qui lui donne de
la force pour résister à ce mal. Mais malgré cela, elle n’a pas trouvé son repos, et elle
pense qu’il le sera qu’avec sa mort.
52
MANDHOUJ, Olfa, Op. cit. , p.2.
53
MANDHOUJ, Olfa, Ibid, p.23.
65
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
_ Mais si le malheur frappe, qu’il aille à ceux d’ici qui sauront quels
dieux doivent être apaisés.
_ Amen.
_ Plusieurs villes ont jusqu’à quatre, cinq ou même dix de leurs fils
occupant des postes européens dans cette cité. Umuofia n’en a qu’un.
Et maintenant, nos ennemis prétendent que c’est encore trop pour
nous. Mais nos ancêtres ne seront pas d’accord là-dessus.
_ Amen.
_ Une noix de palme unique ne s’égare pas dans le feu.
_ Amen. (p.15)
Ici, l’Union fait appel à la prière comme outil de résistance contre le mal et parce
qu’elle est la voie la plus courte à Dieu le tout puissant et le seul qui peut nous aider
tous.
En fin, le malaise dans notre histoire peut trouver plusieurs formes de résistance,
mais on s’interroge toujours sur leur efficacité.
66
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
En effet, la grande vérité qui vient à la surface est que ce malaise comme histoire
et comme œuvre ne concerne pas seulement une seule personne, mais tout un groupe
social et d’une manière plus globale, tout un monde opprimé, colonisé ou ex-colonisé.
D’autre part, comme on a dit, l’histoire est celle d’un monde déchiré et opprimé
pas uniquement par la force étrangère, mais aussi par des forces internes et natales,
comme les coutumes, les traditions, la religion, etc.
Dans ce qui suit, on va essayer de décoder ce qui est caché derrière les mots
écrits par Achebe et ce qu’il veut nous transférer.
Tout l’espace disponible dans la salle était occupé. Il y avait presque
autant de gens debout qu’assis. Cette affaire avait été le sujet des
conversations à Lagos pendant plusieurs semaines et, en ce dernier
jour, quiconque avait eu la moindre possibilité de quitter son travail
était là pour entendre le verdict. Quelques fonctionnaires étaient
même allés jusqu’à débourser dix shillings et six pences pour obtenir
d’un médecin un certificat de maladie pour la journée. (p.10)
À priori, l’affaire d’Obi semble être très grande et très intéressante vu le grand
nombre de public assisté dans le tribunal. Il y a même des gens qui ont laissé leurs
travaux et d’autres qui ont fait des certificats de maladie pour prendre part dans cette
occasion et pour suivre l’affaire de près, parce qu’elle a déclenché un malaise qui les a
touché au fond.
67
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
Or, ce malaise d’Obi a été transféré à un large public et l’auteur ici veut montrer
que c’est un malaise d’un monde et pas d’une seule personne ou un seul pays.
En effet, la chose qui montre l’importance qu’a donnée Achebe à cette idée, est
qu’elle est mentionnée au début du récit, plus précisément dans la deuxième page du
premier chapitre du roman. Il veut dire que le malaise d’un monde opprimé est la plus
prioritaire des choses qu’on doit la prendre en considération. Dans d’autres passages
romanesques, il montre de même cette idée.
(personne ne mentionnait plus aujourd’hui qu’il avait une fois porté
atteinte à la renommée de l’école en écrivant une lettre à Adolf Hitler
pendant la guerre. Le principal, à l’époque, avait souligné, presque en
larmes, qu’il était la honte de l’Empire britannique et que, s’il avait
été plus âgé, on l’aurait certainement envoyé en prison pour le reste de
sa misérable vie. Mais il n’avait que onze ans à l’époque. Aussi s’en
était-il tiré avec six coups de bâton sur les fesses.) (p.17)
Par cette histoire l’auteur montre d’une façon indirecte, sa position face aux
pouvoirs dominants. Il est contre l’impérialisme et la guerre dans le monde. Et à
travers son choix des personnages, à priori Obi l’enfant et pas l’adulte, il veut montrer
que l’enfance représente l’ignorance et la faiblesse qui caractérisent les pays du monde
colonisé. Et que ce dernier malgré tout ça, il sait très bien que l’empire est la source du
mal et qu’il faut le sanctionner. Il le présente dans son deuxième choix, la personne
d’Adolf Hitler, l’un des plus grands pouvoirs dans le monde à l’époque.
_ Ensuite, continua Joseph, tu as écrit cette lettre à Hitler.
Obi se mit à rire bruyamment, ce qui était rare.
_ Je me demande ce qui m’a pris. Parfois, il m’arrive d’y repenser.
Qui était Hitler pour moi, et qu’est-ce que je pouvais bien être pour
lui ? Je suppose que j’éprouvais du chagrin pour lui. Et puis, tous les
jours aller dans la brousse, et ramasser des noix de palme en vue de
notre « effort pour la victoire », je n’aimais pas ça.
Il devient soudain sérieux.
« Et, quand on y pense, c’était tout à fait immoral d’entendre, chaque
matin, le directeur disant à des petits enfants qu’avec chacune des
noix de palme qu’ils trouvaient, ils achetaient un clou pour le cercueil
d’Hitler. (p.p.50-51)
68
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
Pour la deuxième fois dans l’œuvre, l’auteur cite l’histoire de la lettre à Hitler,
mais cette fois-ci, sa position était différente de la première à travers le personnage
d’Obi, maintenant l’adulte et le cultivé qui a reçu des études à l’étranger. Par
conscience il s’interroge sur la relation entre lui et Hitler. Ici, l’auteur veut parler d’une
relation colonisé/colonisateur et d’une idée d’acceptation de l’autre, venue de
l’étranger, et illustrée par le fait de sentir du chagrin vers l’autre.
Même lorsqu’Obi ramasse les noix de palme qui symbolise la victoire dans leur
tradition, il ne sent pas à l’aise car, tant qu’il y a la victoire, il y a la guerre. Achebe
dénonce la guerre et réclame la paix.
Aussi, à travers le geste du directeur qui dit aux petits enfants qu’avec chaque
noix de palme ramassée, il va acheter un clou pour le cercueil d’Hitler, et la non
satisfaction d’Obi face à ce geste, l’auteur veut transférer le message qu’il faut regarder
la chose à travers tous les angles et pas un seul, ainsi que d’enseigner aux futures
générations la stratégie d’accepter l’autre à certaines limites.
« Lors des arrivées de paquebots, la belle et spacieuse salle d’attente se remplissait d’amis et de
parents gaiements vêtus qui, en attendant le bateau, buvaient de la bière ou du Coca-Cola glacés, ou
manageaient des brioches. Parfois il y avait un petit groupe qui attendait tristement et en silence. Dans
de tels cas, on pouvait parier que le fils attendu avait épousé une Blanche en Angleterre. » (p.43)
En effet, par le contact avec l’autre on peut estimer l’apparition des phénomènes
comme le métissage linguistique, identitaire, religieux, culturel… ainsi que l’altérité.
Dans la plus part du temps, elles constituent un malaise, car ce n’est pas facile
d’accepter l’étrangeté et de se métisser avec l’autre par peur de perdre son identité.
Par ailleurs, ces gens qui attendaient l’arrivée de leurs fils de l’étranger avec
tristesse et douleurs savaient déjà qu’ils vont rencontrer peut-être, d’autres personnes
69
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
reconstruites loin de leurs yeux. Donc, ils n’ont rien à faire devant ce mal que de
garder le silence et d’accepter ce qui est l’autre.
En réalité, l’auteur a caché le corps par un membre. Il vise ici le monde colonisé
ou ex-colonisé en le représentant par son peuple. Alors, ce monde ne peut rien faire
devant la brillance et le pouvoir de l’étranger. Il n’a que le fait de se taire et d’accepter
l’autre.
Une autre vérité vient à la surface et réside dans le passage romanesque suivant :
La principale conséquence de la crise que traversait Obi fut que, pour
la première fois de sa vie, il fut porté à examiner le mobile essentiel de
ses actions. Et il découvrit une grande quantité de choses qu’il pouvait
uniquement considérer comme de pures balivernes. Prenons cette
affaire des vingt livres par mois à verser à l’Union de sa ville, qui en
dernière analyse était à la source de tous ses problèmes. (p.185)
D’autre part, ce monde colonisé ou ex-colonisé souffre d’autres choses qui lui
appartient et qui entrent dans son système interne.
Pendant tout le reste du voyage, le chauffeur ne lui adressa plus la
parole.
_ Quelles Ecuries d’Augias, se murmura-t-il à lui -même. Par où
faut-il commencer? Par la masse? Eduquer les masses?
70
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
Selon l’auteur, le malaise d’un monde peut provenir d’une corruption et d’une
ignorance touchante à sa structure économique, politique et culturelle.
Cependant, comme solution il propose l’éducation des peuples, mais il trouve
que ça va prendre beaucoup de temps pour arriver à la réalisation de ce projet.
Ainsi qu’il faut engager des gens sérieux et sévères pour l’accomplissement de
cet acte. Ou bien de donner le pouvoir à un homme cultivé et éduqué même s’il est un
dictateur parce que le pouvoir du mot est le plus puissant pour atteindre une
démocratie espérée. Aussi, il voit que les forces mondiales, tellement corrompues
depuis longtemps, elles représentent d’un certain côté, la corruption.
Dans la même perspective de dévoilement des vérités, se manifeste une autre
dans le roman.
_ Demain, nous assisterons tous au culte à l’église. Le pasteur a
accepté d’y célébrer un office spécial à ton intention.
_ Mais, est-ce nécessaire, papa? N’est-il pas suffisant de prier
ensemble-ici, comme nous l’avons fait ce soir?
_ C’est nécessaire, répondit son père. Il est bien de prier chez soi, mais
il est encore mieux de prier dans la maison de Dieu.
Une pensée vint à l’esprit d’Obi. « Qu’arriverait-il si je me levais et
lui disait : « Papa, je ne crois plus en votre Dieu. » ? Il savait qu’il
lui était impossible de le faire, mais il se demandait ce qui se passerait
s’il le faisait. Quelques semaines plus tôt, à Londres, il s’était
demandé ce qui se serait passé s’il s’était mis debout et s’il avait crié
au député doucereux qui entretenait les étudiants africains sur la
Fédération de l’Afrique Centrale:
_ Allez-vous-en! Vous êtes tous de fieffés hypocrites! […]
_ As-tu eu le temps de lire ta Bible pendant que tu étais là-bas ?
Il n’y avait rien d’autre à faire que de mentir. Un mensonge était
parfois meilleur que la vérité. (p.p72-73)
71
CHAPITRE II : POSTCOLONIALISME ET MALAISE DANS L’ŒUVRE
72
CONCLUSION
Au fil du notre travail de recherche qui est basé sur une étude postcoloniale de
l’œuvre africaine, et plus précisément Le Malaise de l’écrivain Chinua Achebe, nous
avons essayé de présenter une analyse concernant le thème majeur de l’œuvre qui est,
le malaise, en le reliant avec certaines écritures postcoloniales : l’écriture identitaire et
celle religieuse. En suivant cette démarche que nous espérons arriver à valider à
certain degré notre problématique et de monter la manifestation de ce malaise dans
l’œuvre ainsi que de donner son impact sur un monde déchiré à travers l’être d’Obi, le
personnage protagoniste, en dévoilant donc des vérités incarnées derrière ce malaise,
et en décodant des messages qu’Achebe a voulu transférer au monde.
Tandis que, pour la deuxième hypothèse, nous avons confirmé à tel point aussi
que la religion participe à certain degré à la création d’un malaise individuel et
collectif.
74
CONCLUSION
Et comme la religion est une arme positive pour certains, elle est de même
négative pou d’autres, et de cette façon, elle devient très dangereuse et détruisante.
Finalement, nous estimons que ce travail d’analyse sur l’œuvre Le Malaise, riche
en thématique et qui représente la littérature africaine postcoloniale donnera lieu à
d’autre perspectives et réflexions, ainsi que d’inspirer autres recherches plus
profondes et qui nous permet de voir le monde autrement.
75
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES :
Corpus
CHINUA, Achebe, Le Malaise, Présence Africaine, France, 1974.
Livres, dictionnaires ou ouvrages théoriques :
77
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
79
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
1) [Link]
2) http//[Link]/citations -religion-1/
3) [Link]
noire/180421
80