Revue française de sociologie
La diffusion des articles scientifiques de chimie. Approche
mathématique et sociologique
Yves Le Coadic
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Le Coadic Yves. La diffusion des articles scientifiques de chimie. Approche mathématique et sociologique. In: Revue française
de sociologie, 1980, 21-1. pp. 37-48;
doi : 10.2307/3320899
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Abstract
Yves F. Le Coadic : The diffusion of scientific papers of chemistry. Mathematical and sociological
approach.
Subsequent to interpersonal diffusion without interaction, i.e. production of scientific paper and mediate
diffusion without interaction, there is a third step in the flow of scientific informations : diffusion with
interaction. It is the most important step because it causes continuous growth of scientific knowledge.
In order to find the dynamics of this third step, diffusion of papers in physical organic chemistry has
been studied. The growth curves (cumulative number of scientists against time) may be logistic or
decreasing exponential curves. Predominant interpersonal and intergroup communications explain the
first curves, a predominant media communication the second curves. Using mathematical models of
social diffusion, it is possible to show the effects of the three communication modes which exist during
the diffusion with interaction.
Zusammenfassung
Yves F. Le Coadic : Die Verbreitung von wissenschaftlichen Veröffentlichungen der Chemie.
Mathematischer und soziologischer Ansatz.
Im Anschluss an die interpersonelle und mediatische Verbreitung von wissenschaftlichen
Informationen, die ohne Interaktion, ohne Produktion eines neuen Artikels stattfinden, entsteht eine
dritte Verbreitungsart mit Interaktion, die unter Berücksichtigung der Zweckmässigkeit des Prozesses,
die bedeutendste erscheint, da sie die Vorraussetzung zum Weiterwachsen der Wissenschaft bringt.
Zur Bestimmung ihrer Dynamik, wurde die Verbreitung von Artikeln der organisch-physischen Chemie
untersucht. Die kumulierte Zahl der Forscher schwankt in Abhängigkeit von der Zeit und folgt dabei,
entweder einem logistischen oder einem abfallenden exponentiellen Gesetz. Die Verbreitungen der
ersten Art erklären sich aus den vorherrschenden interpersonellen Kommunikationen, die der zweiten
Art, aus den vorherrschenden Media-Kommunikationen. Verwendet man die mathematischen Modelle
der sozialen Verbreitung, so zeigt man die Auswirkungen der drei möglichen Kommunikationsarten, die
im verlauf dieser Verbreitung mit Interaktion bestehen.
Résumé
Yves F. Le Coadic : La diffusion des articles scientifiques de chimie. Approche mathématique et
sociologique.
A la suite des diffusions interpersonnelle et médiate des informations scientifiques qui se font sans
interaction, sans production de nouvel article, il apparaît une diffusion avec interaction qui se révèle, eu
égard à la finalité du processus, la plus importante puisqu'elle conditionne la poursuite de la croissance
du savoir scientifique. Afin de déterminer sa dynamique, la diffusion d'articles de chimie organique
physique a été étudiée. Le nombre cumulé de chercheurs varie, en fonction du temps, en suivant soit
une loi logistique, soit une loi exponentielle décroissante. Les diffusions du premier type peuvent
s'expliquer par une prédominance de communications par média. En utilisant des modèles
mathématiques de diffusion sociale, on montre les effets des trois modes possibles de communication
qui existent pendant cette diffusion avec interaction.
R. franc socioi, XXI, 1980, 37-48
Yves F. LE COADIC
La diffusion des articles scientifiques
de chimie
Approche mathématique
et sociologique
I. - Introduction
La fonction du système de la communication des informations scientifiques
s'apparente fort à celui d'un système économique. En effet, le système de la
communication est construit à partir du schéma économique classique :
production-distribution-consommation où interviennent une dialectique de production-
consommation sur la base d'un marché culturel de type particulier et une
coopération compétitive entre médiateurs (Etat, corporations privées) et
créateurs-chercheurs (Morin, 1970(1). Les travaux passés et présents sur la
croissance de la science, de la littérature, sur la « qualité » de l'information produite
(citation), sur les modes de récompense et la productivité scientifique, etc.
attestent tous, à des degrés divers, du primat accordé à cette approche.
Attachons-nous pour le moment à l'étude de la dynamique des processus de la
communication scientifique et des lois de propagation des informations
scientifiques à travers le réseau des médias scientifiques.
Le flux d'une information scientifique, représenté sur la figure 1, est un flux
à trois étapes. La propagation d'une information émise au temps t = 0 par un
émetteur E se fait en utilisant séparément et simultanément ou non trois modes
de diffusion :
- une diffusion interpersonnelle sans interaction, c'est-à-dire ne donnant pas
lieu à la production d'un autre article. Elle a une durée d'environ 1 an, avec une
(1) Voir les références bibliographiques en fin d'article.
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audience N, d'environ 10 à 100 chercheurs, les média étant oraux
principalement avec un peu d'écrits. Cette diffusion a une fonction de production-
validation qui s'effectue par le biais des mécanismes des collèges visible et
invisible (Crane, 1972). Sa dynamique est principalement celle d'une contagion
sans interaction (due à l'oral) à laquelle s'ajoute une propagation sans interaction
(due à l'écrit). Exprimée sous forme déterministe, elle s'écrit :
—- = /?, . n (N, - n) + a, . (N, - n) (I)
où : n est le nombre de personnes qui ont l'information au temps t,
N, la population totale,
I Ai , le coefficient de diffusion interpersonnelle,
a, , le coefficient de diffusion à source constante.
- une diffusion médiate sans interaction d'une durée d'environ 2 ans, avec
une audience N2 de 1 000 à 10 000 chercheurs, les média étant les revues
scientifiques (primaires, secondaires et tertiaires). Cette diffusion a une fonction
de distribution. Sa dynamique est celle d'une propagation pure sans interaction
dont l'expression déterministe est la suivante :
—dn =GE2.(N2-n)
, , (II)
Ces deux modes de diffusion ont déjà fait l'objet d'une étude parue en 1974 (Le
Coadic, 1974).
Enfin, le troisième mode de diffusion d'une information scientifique est la
diffusion avec interaction, d'une durée d'environ 1 0 à 1 5 ans, avec une audience
moyenne de 1 00 à 1 000 chercheurs, les média étant principalement les revues.
Cette dernière diffusion a une fonction de consommation en vue de la
production. Et elle se révèle être, eu égard à la finalité du processus, la plus importante
puisqu'elle conditionne la poursuite de la croissance du savoir scientifique. Afin
de déterminer sa dynamique, nous avons été amenés à effectuer, dans un
domaine particulier de la chimie, la recherche empirique suivante.
.diffusion interpersonnelle sans interaction
/diffusion médiate sans interaction
.diffusion avec interaction
espace
émetteur E
FIG. 1. - Flux d'une information scientifique.
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II. - Description de la recherche
Dans le volume 66 du 27 mars 1967 des Chemical Abstracts, nous avons
relevé les coordonnées des articles et des auteurs de la rubrique « chimie
organique physique»: au total 60 qui sont apparus dans les 10 principales
revues de chimie auxquels nous avions accès (2). Pour chacun nous notions le
nombre d'auteurs, les dates d'arrivée du manuscrit (signalées dans les sources
utilisées), les dates de parution de la revue et d'arrivée de cette dernière à la
bibliothèque de l'Université. Ensuite, pour chaque article, nous avons recherché
à l'aide du Science Citation Index (3) les articles parus ultérieurement (jusqu'en
1977) qui faisaient usage de ce premier article, qui le citaient, mettant ainsi en
évidence l'existence d'une interaction. Et nous avons noté à chaque fois le
nombre d'auteurs, ainsi que les dates d'arrivée du manuscrit et d'arrivée du
journal à la bibliothèque.
Nous n'avons retenu dans un premier temps que les articles qui étaient
utilisés au moins 20 fois (2 interactions par an) (4): soit 18 sur les 60. Sur ces
18, 4 ne pouvaient pas être étudiés sur place, la bibliothèque fréquentée ne
possédant pas certaines des revues utilisées. Sur les 14 restants, 3 articles ont
plus de 30 interactions : nous en avons retenu 2. Les 11 autres ont entre 19 et
30 interactions. Nous en avons retenu 4. Pour l'instant, ce sont donc 6
diffusions qui ont fait l'objet de cette étude. Nous les désignerons, dans la suite,
par une lettre (ou deux lettres) empruntée au nom du premier auteur (5). On
TABLEAU A. - L'échantillon des diffusions étudiées
Interactions
Article Total Etudiées
G 47 43
С 19 18
S 22 20
Ba 27 21
Bu 76 63
T 26 25
(2) Bulletin de la Société Chimique de (4) II faut ajouter à cet échantillon un article
France, Chemische Berichte, Comptes-rendus utilisé 19 fois.
hebdomadaires de l'Académie des Sciences (série En 1972, le nombre moyen de citations par
C), Journal of the American Chemical Society, an pour un article de chimie était de 1 ,76 (Small,
Journal of the Chemical Society (Chemical 1974). L'étude présente porte donc sur des
Communications), Journal of the Chemical articles de diffusion moyenne. Nous la complétons
Society (Perkin transactions 1), The journal of actuellement par l'étude des articles à forte
organic chemistry, Tetrahedron, Tetrahedron diffusion (10 et plus de 10 citations par an).
Letters et Zhurnal Organicheskoi Khimii. (5) Nous faisons pour l'instant l'hypothèse
(3) Le Science Citation Index est un index d'une indépendance diffusion-contenu. Aussi
bibliographique édité par l'Institute for Scientific n'avons-nous pas jugé utile de donner les titres et
Information. d'analyser le contenu de ces articles de chimie
organique physique.
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trouvera dans le tableau A pour chacune, le nombre total des interactions et le
nombre de celles qui ont été étudiées, les autres ne l'ayant pas été à cause de
l'absence des documents sur place. Nous les avons toutefois incluses dans notre
analyse en supposant un nombre d'auteurs égal à 2 (le nombre moyen d'auteurs
par article se trouve être en fait légèrement supérieur).
Nous avons tracé les courbes de diffusion représentant les variations du
nombre des chercheurs utilisant l'article de départ en fonction du temps, et plus
précisément, à des fins de comparaison, les pourcentages cumulés du nombre
des chercheurs - producteurs en fonction du temps.
On trouvera sur la figure 2 les représentations de ces variations. Si au lieu
de considérer les chercheurs-producteurs (date de soumission du manuscrit), on
considère les chercheurs-consommateurs (date d'arrivée du journal à la
bibliothèque), on constate que la forme des courbes n'est pas modifiée. Il y a
seulement un décalage dans le temps. Il est intéressant de noter ce qui peut être
comme l'amorce d'une deuxième vie pour l'article Bu, celui-ci retrouvant un
nouvel intérêt vers le début de l'année 1975 (au centième mois).
III. - Discussion
De prime abord, la diffusion des idées scientifiques s'apparente à une
diffusion culturelle : adoption de nouvelles idées, de nouvelles pratiques,
diffusion d'innovation, de rumeurs, etc. C'est-à-dire que l'on peut s'attendre à ce que
les interactions (adoptions) se fassent très lentement au début ; puis augmentent
rapidement jusqu'à ce que la moitié des récepteurs potentiels ait adopté l'idée.
Ensuite, la diffusion continue mais avec une vitesse plus faible. Graphiquement
{figure 3), cela se traduit par une courbe en S ou courbe de croissance logistique.
100 -
temps
F1G. 3. - Diffusion S.
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Les diffusions des articles G, С et S sont de ce type. Mais il n'en est plus de
même pour les diffusions des articles Bu et Ba. Nous obtenons dans ce cas des
courbes qui sont des exponentielles décroissantes : c'est-à-dire que la vitesse de
diffusion décroît continuellement avec le temps {figure 4).
Les diffusions du premier type peuvent s'expliquer par une prédominance
de communications interpersonnelles; celles du deuxième type, par une
prédominance de communications par média.
Si l'on admet que dans l'espace de 2 à 4 semaines, le journal en question
est disponible, également, pour tous les chercheurs en chimie organique
physique et qu'ils y ont également accès, on peut s'attendre à une diffusion de ce
type.
100
temps
FIG. 4. - Diffusion J inversée.
Pour éclaircir ce point, nous avons été amenés à regarder de plus près les
différentes interactions et à distinguer deux types d'interactions : une interaction
primaire Ip [source-auteur(s)] et une interaction secondaire Is [auteur-auteur]
correspondant à une réutilisation de l'idée de départ par un même auteur Is, ou
à son utilisation par un nouveau chercheur travaillant avec ce même auteur Is2.
On constate (voir tableau B) que le rapport Is/Ip pour les diffusions G, С et S
est plus élevé que pour les diffusions Ba, Bu et T.
On explique ainsi l'allure en S des premières courbes qui traduit l'existence
d'une auto-interaction et d'une interaction entre les membres ou les groupes de
membres. Mais cette interaction est redondante car elle n'introduit pas de
nouveaux membres mais concerne des membres déjà touchés. Elle affaiblit la
vitesse de diffusion. Il en résulte que les diffusions Ba, Bu, et T sont plus
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rapides. La période de l'article Ba (temps au bout duquel la moitié des individus
a été touchée) est d'environ 33 mois, celle de l'idée G, d'environ 58 mois. Pour
le premier groupe de diffusions, G, С et S, 10 % de la population est touchée au
bout de 2 ans; alors que pour le deuxième groupe le même pourcentage est
atteint 6 mois après le départ de la diffusion ; ce qui représente une diffusion 4
fois plus rapide.
Si l'on s'intéresse maintenant aux canaux de diffusion, aux revues et à leur
utilisation, on note que dans le cas des diffusions G, C, S, il est fait usage d'un
média en particulier (voir tableau C).
Alors que dans le cas des diffusions Ba, Bu et T, il y a utilisation à part égale
d'un nombre varié de revues. Le fait de privilégier un canal de diffusion a pour
effet de ralentir la diffusion : la redondance du canal, si elle se traduit phénomé-
nologiquement par une communication plus serrée, affaiblit grandement le
vitesse de diffusion.
TABLEAU B. - Les interactions primaire et secondaire
Interactions
Article
ip Is(Isj + Is2) Is/Ip
G 60 50(26 + 24) 0,833
с 27 18(10+ 8) 0,666
s 38 22(12+10) 0,578
Ba 41 19(14+ 5) 0,463
Bu 126 49(30+19) 0,396
T 51 20(11+ 9) 0,392
TABLEAU C. - Importance relative des canaux de diffusion
Canaux
Diffusion 1er canal 2e canal 3e canal
G 47 % 11 % 9 %
с 32 21 11
s 35 13 13
Ba 22 22 7
Bu 13 13 13
T 23 23 12
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IV. - Dynamique de la diffusion avec interaction
Tous les modèles de diffusion sociale font l'hypothèse d'un mélange parfait
de la population dans laquelle diffuse l'idée, l'innovation. Les dynamiques de la
diffusion sont gouvernées par des équations désormais classiques exprimées soit
sous forme déterministe, soit sous forme stochastique.
L'expression déterministe est la suivante :
—-=a(N-n) + /?.n(N-n) (III)
*~ diffusion diffusion
a source
constante personnelle
où n est le nombre des personnes qui ont adopté la nouvelle idée,
N est la population considérée,
a et /? sont les coefficients de diffusion relatifs aux deux types de diffusion.
Mais en réalité, il n'y a pas mélange parfait, il n'y a pas proportionnalité
entre « ceux qui ont » et « ceux qui n'ont pas ». Les structures sociales sont
incomplètes : « les amis de mes amis sont aussi mes amis ». La diffusion va donc
s'effectuer, du fait de ces interactions privilégiées, dans une population plus
réduite. C'est ce qui se passe dans le cas de la diffusion avec interaction.
Pendant un temps dt, chaque chercheur, soumis à l'influence d'une source
d'information constante (médium ou médiateur) acquiert la référence d'un
article avec une vitesse de transition a . dt. De plus, les chercheurs travaillant en
équipe, petits groupes séparés de 2 à 6 personnes (et plus) (6), la communication
entre eux est totale (supposons-le) ; si bien que lorsqu'un membre du groupe est
un « a », c'est-à-dire qu'il « a » adopté la référence de cet article, le ou les autres
membres de l'équipe vont acquérir cette référence avec une vitesse de transition
P . dt pendant l'intervalle de temps dt. Finalement, il ne faut pas éliminer la
possibilité de communications entre les personnes des différentes équipes, dues à
leur proximité géographique ou à des relations scientifiques nouées par ailleurs.
Chaque chercheur a donc une troisième possibilité d'adoption, mesurée par une
vitesse de transition (y . n) où n est le nombre de personnes de la population
dans son ensemble qui ont déjà adopté l'article. Donc, la vitesse totale de
transition pour le chercheur considéré est :
a + P + y . n si son partenaire est un « a »
a+ y. n si son partenaire est un « n'a pas ».
Nous allons utiliser ces hypothèses pour écrire l'expression stochastique d'un
processus de communication mettant en jeu des groupes de 3 chercheurs
(Coleman, 1964). On considérera que la population des N chercheurs est faite de
N/3 groupes de chercheurs communiquant parfaitement l'un avec l'autre.
(6) Dans notre échantillon, la taille moyenne des groupes d'auteurs est de 2,6.
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Chaque groupe peut donc être dans l'un ou l'autre des 4 états suivants :
- Etat 0 : les trois membres du groupe sont des « n'a pas » ;
- Etat 1 : un des membres est un « a », les deux autres des « n'a pas »;
- Etat 2 : deux des membres sont des « a », le troisième un « n'a pas », et
- Etat 3 : les trois membres du groupe sont des « a » (7).
L'ensemble des équations différentielles non-linéaires qui en résulte peut être
résolu par l'analyse paramétrique. Dans les figures 5 et 6 on trouvera deux
exemples des résultats obtenus en faisant varier :
- soit y . N/3 (par exemple en augmentant y ou en augmentant N/3) dans
une structure de communication comprenant des groupes de 3 chercheurs;
- soit a, c'est-à-dire en augmentant la stimulation due à la source constante,
tout en conservant constant le rapport : contacts à l'intérieur du g roupe /contacts
à l'extérieur du groupe.
(7) Le processus global est décrit par 4 équations différentielles traduisant les probabilités
respectives des 4 états :
lu ="3(ct+r-n)Po
= 3(a+y n)po-2(a + 0+y n)p,
= 2 (a + y ■ n) pj - (a + /? + y n) p2
avec au départ : p0 = 1
Pl=p2 = p3 = 0.
L'espérance mathématique de n, E(n), c'est-à-dire le nombre probable de personnes dans l'état 1 ,
est alors :
E(n) = E (groupes dans l'état 1) + E (groupes dans l'état 2) + E (groupes dans l'état 3)
- E(n) = yp,
N + 2yp2
N + 3yp3
N
De ce fait, on peut prendre E(n) à la place de n et écrire les équations des états du groupe :
-^-=з[а+уу(р,+2р2 + 3p3) J p0 - 2 [ a + /3 + y y (p, + 2p2 + 3p3) J p,
0+yy(p,+2p2+ 3p3) J p, - [ а + 0+ y y (p, + 2p2 + 3p3) J p2
dt
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1.0-
0.9
0.8
0.7
05-
(Л) 0.5
0.4-
(<* iOOOI)
03- (^=0.001)
0.2
0.1-
00-
0 100 200 »0 400 500 600 700 800 900 1000
#cycles(1 )
FIG. 5. - Effet d'une augmentation des contacts inter-groupe par un groupe de taille 3
(d'après Coleman).
1.0 T
200 400 600 800 1000 1200 U00 1600 1800 2000
FIG. 6. — Effet d'une augmentation de la diffusion à source constante les contacts à
l'intérieur du groupe et à l'extérieur restant par ailleurs constants (d'après Coleman).
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Conclusion
Pendant la troisième étape de la vie d'une idée scientifique, étape pendant
laquelle l'idée est utilisée pour produire d'autres idées, on met en évidence 3
modes de communication.
Tout d'abord, si l'on considère que l'idée portée par le journal est également
répartie, au bout d'un temps sensiblement identique dans l'ensemble des
chercheurs-récepteurs intéressés, on doit s'attendre à une diffusion dominante du
type à source constante. On constate aussi l'apparition d'une communication
interpersonnelle sous la forme d'autocommunications et de communications
dans le groupe qui ralentit la diffusion de l'idée. Enfin, il existe une
communication inter-groupe. Nous n'avons pas pu, pour l'instant, vérifier son effet.
Nous mesurons ainsi mieux, dans le domaine de la science « commune »,
l'importance de la communication écrite des idées et le fait que pour un grand
nombre de chercheurs les interactions sociales scientifiques sont peu
importantes. Quand elles existent, elles sont limitées à eux-mêmes (auto-interaction) et à
leurs proches voisins. L'échange oral à grande échelle n'existe pas : il demeure
l'apanage de quelques-uns. Une explication peut être trouvée dans l'actuel mode
de production-consommation scientifique qui fait de plus en plus du chercheur,
surtout dans les disciplines « industrialisées » à forte productivité comme la
chimie, un travailleur scientifique. Au contraire, la croissance des disciplines
(macrostructures de la science) qui suit des lois logistiques fait plus appel aux
communications interpersonnelles et intergroupes. L'enjeu est important. Elle
est le fait de chercheurs ayant entre eux de fortes relations sociales (collèges
invisibles). Il serait cependant intéressant de voir si elles ont toutes connues ce
type de développement et si au contraire un développement du premier type
n'est pas envisageable. Il est toutefois fort probable que le développement de la
macrostructure est d'abord un phénomène social ayant pour fonction la
croissance des savoirs alors que celui de la microstructure (la croissance des idées) est
d'abord un phénomène heuristique se déroulant dans un espace social. Les
échelles de temps de ces deux réalités sociales sont bien entendu différentes
(Gurvitch, 1958).
Dépendant donc d'abord des sources constantes, des journaux, la diffusion
avec interaction sera favorisée par une multiplication et une diversification de
ces sources. Le monopole d'une source, un seul journal, une seule langue est à
terme dommageable. L'information scientifique comme l'information en
général, ne peut exister que dans la pluralité.
A nouveau, les résultats qui précèdent mettent en question un usage abusif
de la méthode des citations telle qu'elle est utilisée de nos jours lors de
l'évaluation du travail des chercheurs, de la productivité des institutions
scientifiques ainsi que lors des études de planification et prospectivistes. Pas assez
précise, elle ne permet pas de faire apparaître la structure fine de la
communication scientifique. Trop quantitative, elle laisse de côté les dimensions sociales et
temporelles de l'activité scientifique.
Yves F. Le Coadic
Université de Bretagne occidentale,
I.U.T., Lorient
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