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Analyses littéraires pour 2de St-Michel

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Oraux 2de St-Michel des Batignolles / 2de 6

Textes étudiés (analyses linéaires)

Poésie
1) « Le Loup et l’agneau », Fables de La Fontaine – texte intégral
2) « Les Obsèques de la lionne », Fables de La Fontaine – texte intégral

Roman

3) Les Liaisons dangereuses, Laclos (lettre 81) – depuis « Entrée dans le monde… »
jusqu’à « …science que je voulais acquérir. »

Théâtre

4) Le Misanthrope, Molière (scène d’exposition) – du début à « … qui ne parte du


cœur. »

Argumentation

5) Candide, Voltaire (incipit) – du début à « … et par conséquent de toute la terre. »

Texte 1
LE LOUP ET L'AGNEAU
(1) à l'instant même
La raison du plus fort est toujours la meilleure : (2) assez hardi pour
Nous l'allons montrer tout à l'heure (1). (3) "Tous ceux qui savent écrire et qui ont
Un Agneau se désaltérait étudié, disent "je vais" [...] mais toute la cour dit "je
Dans le courant d'une onde pure. va", et ne peut souffrir "je vais", qui passe pour un
Un Loup survient à jeun, qui cherchait aventure, mot provincial ou du peuple de Paris" (Vaugelas).
Et que la faim en ces lieux attirait. Je me vas : forme dite progressive
Qui te rend si hardi (2) de troubler mon breuvage ? marquant la continuité de l'action : je suis
Dit cet animal plein de rage : en train de me désaltérer.
Tu seras châtié de ta témérité. (4) puisque
Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas (3) désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
Comment l'aurais-je fait si (4) je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau ; je tette encor ma mère
Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
Je n'en ai point. C'est donc quelqu'un des tiens:
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos Bergers et vos Chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l'emporte et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

Illustration : Henry Morin


Texte 2

LES OBSÈQUES DE LA LIONNE


(1) son Etat
La femme du Lion mourut : (2) Grand officier dans les ordres
Aussitôt chacun accourut militaires, qui a le soin de cérémonies
Pour s'acquitter envers le Prince (3) le caméléon prend la couleur des
De certains compliments de consolation, objets auprès desquels il se trouve
Qui sont surcroît d'affliction. (4) comme les "animaux-machines"
Il fit avertir sa Province (1) (théorie de Descartes)
Que les obsèques se feraient (5) n'avait pas l'habitude de lire
Un tel jour, en tel lieu ; ses Prévôts (2) y seraient (6) tu n'imites pas
Pour régler la cérémonie, (7) la période des pleurs
Et pour placer la compagnie. (8) vivant familièrement avec
Jugez si chacun s'y trouva.
Le Prince aux cris s'abandonna,
Et tout son antre en résonna.
Les Lions n'ont point d'autre temple.
On entendit à son exemple
Rugir en leurs patois Messieurs les Courtisans.
Je définis la cour un pays où les gens
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,
Sont ce qu'il plaît au Prince, ou s'ils ne peuvent l'être,
Tâchent au moins de le paraître,
Peuple caméléon, peuple singe du maître ;
On dirait qu'un esprit anime mille corps ;
C'est bien là que les gens sont de simples ressorts (4).
Pour revenir à notre affaire
Le Cerf ne pleura point, comment eût-il pu faire ?
Cette mort le vengeait ; la Reine avait jadis
Étranglé sa femme et son fils.
Bref il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire,
Et soutint qu'il l'avait vu rire.
La colère du Roi, comme dit Salomon,
Est terrible, et surtout celle du Roi Lion :
Mais ce Cerf n'avait pas accoutumé de lire (5).
Le Monarque lui dit : Chétif hôte des bois
Tu ris, tu ne suis pas (6)ces gémissantes voix.
Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes
Nos sacrés ongles ; venez Loups,
Vengez la Reine, immolez tous
Ce traître à ses augustes mânes.
Le Cerf reprit alors : Sire, le temps de pleurs (7)
Est passé ; la douleur est ici superflue.
Votre digne moitié couchée entre des fleurs,
Tout près d'ici m'est apparue ;
Et je l'ai d'abord reconnue.
Ami, m'a-t-elle dit, garde que ce convoi,
Quand je vais chez les Dieux, ne t'oblige à des larmes.
Aux Champs Elysiens j'ai goûté mille charmes,
Conversant (8) avec ceux qui sont saints comme moi.
Laisse agir quelque temps le désespoir du Roi.
J'y prends plaisir. A peine on eut ouï la chose,
Qu'on se mit à crier Miracle, apothéose !
Le Cerf eut un présent, bien loin d'être puni.
Amusez les Rois par des songes,
Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges,
Quelque indignation dont leur cœur soit rempli,
Ils goberont l'appât, vous serez leur ami.

Texte 3

Entrée dans le monde dans le temps où, fille encore, j’étais vouée par état au silence & à l’inaction, j’ai su en profiter
pour observer & réfléchir. Tandis qu’on me croyait étourdie ou distraite, écoutant peu à la vérité les discours qu’on
s’empressait de me tenir, je recueillais avec soin ceux qu’on cherchait à me cacher.

Cette utile curiosité, en servant à m’instruire, m’apprit encore à dissimuler ; forcée souvent de cacher les objets de mon
attention aux yeux qui m’entouraient, j’essayai de guider les miens à mon gré : j’obtins dès lors de prendre à volonté ce
regard distrait que vous avez loué si souvent. Encouragée par ce premier succès, je tâchai de régler de même les divers
mouvements de ma figure. Ressentais-je quelque chagrin, je m’étudiais à prendre l’air de la sérénité, même celui de la
joie ; j’ai porté le zèle jusqu’à me causer des douleurs volontaires, pour chercher pendant ce temps l’expression du
plaisir. Je me suis travaillée avec le même soin & plus de peine, pour réprimer les symptômes d’une joie inattendue.
C’est ainsi que j’ai su prendre sur ma physionomie, cette puissance dont je vous ai vu quelquefois si étonné.

J’étais bien jeune encore, & presque sans intérêt ; mais je n’avais à moi que ma pensée, & je m’indignais qu’on pût me la
ravir ou me la surprendre contre ma volonté. Munie de ces premières armes, j’en essayai l’usage : non contente de ne
plus me laisser pénétrer, je m’amusais à me montrer sous des formes différentes ; sûre de mes gestes, j’observais mes
discours ; je réglais les uns & les autres, suivant les circonstances, ou même seulement suivant mes fantaisies : dès ce
moment, ma façon de penser fut pour moi seule, & je ne montrai plus que celle qu’il m’était utile de laisser voir.

Ce travail sur moi-même avait fixé mon attention sur l’expression des figures & le caractère des physionomies ; & j’y
gagnai ce coup d’oeil pénétrant, auquel l’expérience m’a pourtant appris à ne pas me fier entièrement ; mais qui, en tout,
m’a rarement trompée.

Je n’avais pas quinze ans, je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie de nos politiques doivent leur
réputation, & je ne me trouvais encore qu’aux premiers éléments de la science que je voulais acquérir.

Les Liaisons dangereuses, Laclos (lettre 81)

Texte 4 / Le Misanthrope, Molière


Acte 1, scène I - Philinte, Alceste

Philinte

Qu'est−ce donc ? Qu'avez−vous ?

Alceste

Laissez−moi, je vous prie.

Philinte

Mais encore, dites−moi quelle bizarrerie...

Alceste

Laissez−moi là, vous dis−je, et courez vous cacher.

Philinte

Mais on entend les gens, au moins, sans se fâcher.

Alceste

Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre.

Philinte

Dans vos brusques chagrins je ne puis vous comprendre,

Et quoique amis enfin, je suis tout des premiers...

Alceste

Moi, votre ami ? Rayez cela de vos papiers.

J'ai fait jusques ici profession de l'être ;

Mais après ce qu'en vous je viens de voir paraître,

Je vous déclare net que je ne le suis plus,

Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus.

Philinte

Je suis donc bien coupable, Alceste, à votre compte ?

Alceste
Allez, vous devriez mourir de pure honte ;

Une telle action ne saurait s'excuser,

Et tout homme d'honneur s'en doit scandaliser.

Je vous vois accabler un homme de caresses,

Et témoigner pour lui les dernières tendresses ;

De protestations, d'offres et de serments,

Vous chargez la fureur de vos embrassements ;

Et quand je vous demande après quel est cet homme,

A peine pouvez−vous dire comme il se nomme ;

Morbleu ! c'est une chose indigne ; lâche, infâme,

De s'abaisser ainsi jusqu'à trahir son âme ;

Et si, par un malheur, j'en avais fait autant,

Je m'irais, de regret, pendre tout à l'instant.

Philinte

Je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable,

Et je vous supplierai d'avoir pour agréable

Que je me fasse un peu grâce sur votre arrêt,

Et ne me pende pas pour cela, s'il vous plaît.

Alceste

Que la plaisanterie est de mauvaise grâce !

Philinte

Mais, sérieusement, que voulez−vous qu'on fasse ?

Alceste

Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur,

On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.

Texte 5
CHAPITRE PREMIER
COMMENT CANDIDE FUT ÉLEVÉ DANS UN BEAU CHÂTEAU, ET COMMENT IL FUT CHASSÉ
D'ICELUI

Il y avait en Westphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui


la nature avait donné les moeurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le
jugement assez droit, avec l'esprit le plus simple ; c'est, je crois, pour cette raison qu'on le nommait
Candide. Les anciens domestiques de la maison soupçonnaient qu'il était fils de la soeur de monsieur
le baron et d'un bon et honnête gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais
épouser parce qu'il n'avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre
généalogique avait été perdu par l'injure du temps.

Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une
porte et des fenêtres. Sa grande salle même était ornée d'une tapisserie. Tous les chiens de ses
basses-cours composaient une meute dans le besoin ; ses palefreniers étaient ses piqueurs ; le vicaire
du village était son grand aumônier. Ils l'appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il faisait des
contes.

Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s'attirait par là une très grande
considération, et faisait les honneurs de la maison avec une dignité qui la rendait encore plus
respectable. Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse,
appétissante. Le fils du baron paraissait en tout digne de son père. Le précepteur Pangloss était
l'oracle de la maison, et le petit Candide écoutait ses leçons avec toute la bonne foi de son âge et de
son caractère.

Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu'il n'y a


point d'effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le
baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles.

« Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin,
tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter
des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être
chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées, et pour en faire
des châteaux, aussi monseigneur a un très beau château ; le plus grand baron de la province doit être
le mieux logé ; et, les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l'année :
par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise ; il fallait dire que tout est au
mieux. »

Candide écoutait attentivement, et croyait innocemment ; car il trouvait Mlle Cunégonde


extrêmement belle, quoiqu'il ne prît jamais la hardiesse de le lui dire. Il concluait qu'après le bonheur
d'être né baron de Thunder-ten-tronckh, le second degré de bonheur était d'être Mlle Cunégonde ; le
troisième, de la voir tous les jours ; et le quatrième, d'entendre maître Pangloss, le plus grand
philosophe de la province, et par conséquent de toute la terre.

Candide, Voltaire

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