Progrès en urologie (2009) 19, 254—259
Transplantation rénale
Kidney transplantion
P. Pillot , F. Kleinclauss ∗
Service d’urologie et transplantation rénale, CHU de Besançon, 2,
place Saint-Jacques, 25000 Besançon, France
Reçu le 10 octobre 2008 ; accepté le 10 octobre 2008
Disponible sur Internet le 12 février 2009
Introduction
La transplantation rénale est le précurseur des transplantations d’organes. Elle a été per-
mise grâce à l’amélioration des techniques de chirurgie vasculaire, notamment la mise
au point des anastomoses entre vaisseaux sanguins qui ont ainsi permis de redonner vie à
l’organe transplanté. Cependant, ce n’est qu’avec une meilleure connaissance des méca-
nismes de rejet et la découverte des molécules d’immunosuppression dans les années 1960
qu’on a pu permettre à l’organisme du receveur de tolérer l’organe transplanté.
La transplantation rénale est la première transplantation d’organe. En 2007, plus
2900 transplantations rénales ont été effectuées en France (dont environ 10 % à partir de
greffons prélevés sur donneurs vivants). Le nombre de patients en attente de transplan-
tation rénale est en augmentation constante et malheureusement, il existe actuellement
une pénurie de greffon. En 2007, en France, environ 6500 patients étaient en attente de
transplantation rénale et 128 patients sont décédés dans l’attente d’une transplantation
rénale.
La France fait partie des pays comptant le plus grand nombre d’insuffisants rénaux
chroniques, avec une incidence de 61 par million d’habitants, qui augmente d’environ
10 % par an. Il est habituellement nécessaire de débuter l’épuration extrarénale lorsque la
clairance de la créatinine devient inférieure à 10 mL/min. Il s’agit alors d’une insuffisance
rénale chronique terminale (IRCT).
Actuellement, on compte parmi les patients en IRCT environ 60 % d’hémodialysés, 30 %
de transplanté rénaux et 10 % de patients en dialyse péritonéale.
∗ Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [Link]@[Link] (F. Kleinclauss).
1166-7087/$ — see front matter © 2009 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
doi:10.1016/[Link].2008.10.026
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La France accuse un sérieux retard par rapport aux autres posttransplantation pouvant entraîner une réactivation des
pays européens dans lesquels quasiment un malade sur deux pathologies virales du receveur mais aussi des infections
bénéficie d’une transplantation. C’est d’autant plus domma- opportunistes, un bilan infectieux bactériologique et
geable que cette la transplantation rénale offre aux patients virologique complet sera effectué.
une qualité et une espérance de vie supérieures à celles L’état d’immunisation vis-à-vis du cytomégalovirus
offertes par les autres techniques de suppléance que ce soit (CMV), de l’Epstein-Barr (EBV), du virus de l’hépatite B et C,
l’hémodialyse ou la dialyse péritonéale. du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), de la syphi-
lis, de la toxoplasmose, de la tuberculose, de l’HTLV et du
virus HHV-8 seront recherchés. L’infection par le virus de
Bilan prégreffe chez le receveur l’hépatite B, de l’hépatite C ou le VIH ne constitue plus des
contre-indications absolues à la greffe rénale sous réserve
Avant de décider de l’inscription d’un patient insuffisant d’un contrôle de la maladie par les traitements.
rénal sur la liste d’attente d’une transplantation rénale, il Des foyers infectieux méconnus de la sphère ORL, pulmo-
convient de rechercher les facteurs pouvant contre-indiquer naire ou dentaire seront recherchés et éradiqués si besoin.
la transplantation ou devant être préalablement corrigé. Le risque de cancer est majoré chez les patients trans-
Il faut déterminer la compatibilité entre les possibles plantés dont le traitement immunosuppresseur est connu
donneurs et le receveur par recherche de la compatibilité pour favoriser la progression néoplasique. Un antécédent
sanguine selon les groupes sanguins A, B, O et la compa- de tumeur maligne quelle qu’en soit la nature doit être
tibilité tissulaire par typage du système human leukocytes recherché et impose un délai de rémission complète avant
antigens (HLA). Lors du choix du greffon rénal, on accordera la transplantation. Ce délai est variable selon le type de
dans la mesure du possible les compatibilités du donneur et tumeur mais aussi selon l’agressivité et le stade de la
du receveur. pathologie. Généralement ce délai varie de deux à cinq
Le receveur bénéficiera avant l’inscription d’un bilan ans. Une pathologie néoplasique active est une contre-
morphologique qui précisera la faisabilité du geste chirurgi- indication formelle à la transplantation rénale compte tenu
cal de transplantation rénale. On s’attachera ainsi à évaluer du risque majeur de progression sous traitement immuno-
l’état vasculaire du receveur par l’examen clinique et la suppresseurs.
réalisation d’un échodoppler artériel des membres infé- Avant l’inscription sur liste d’attente, il est indispensable
rieurs qui peut diagnostiquer la présence d’athérome diffus de rechercher une possible néoplasie cutanée (examen
qui peut rendre techniquement difficile la réalisation de cutané à la recherche d’un mélanome ou carcinome
l’anastomose artérielle. Une tomodensitométrie abdomino- spinocellulaire, basocellulaire), urologique (échographie
pelvienne non injectée peut aussi être utile à la recherche à la recherche d’une tumeur rénale, toucher rectal et
de plaques d’athérome concentriques qui peuvent rendre le PSA permettant de dépister un carcinome prostatique,
clampage difficile, voire risquée pour le patient. Une écho- recherche d‘hématurie macroscopique en faveur d’une
graphie ou une tomodensitométrie abdominale est réalisé tumeur urothéliale), gynécologique (examen gynécologique
chez les patients dont la néphropathie est une polykystose complet à la recherche d’un cancer du col, du sein. . .,
rénale. Ce bilan radiologique a pour objectif d’évaluer la frottis de dépistage) ou d’autres cancers en cas de point
taille des reins polykystiques et d’estimer la place restante d’appel ou d’antécédents familiaux.
pour un éventuel greffon rénal. En cas de rein polykystique Il est essentiel de s’assurer de la bonne compréhen-
trop volumineux, une néphrectomie unilatérale peut être sion par le patient des implications et des contraintes de
proposée avant la transplantation pour faire de la place au la transplantation rénale. En effet, une mauvaise obser-
futur greffon. Enfin l’interrogatoire et l’examen clinique de vance thérapeutique retentit inéluctablement sur la survie
l’appareil urinaire recherche des anomalies de la miction et du greffon. Une évaluation psychologique par des entretiens
du fonctionnement vésical qui peuvent à long terme détruire multiples, au besoin avec un psychologue ou un psychiatre,
le greffon. En cas d’anomalies un bilan complémentaire permet de s’assurer de la coopération du patient.
comportant une cystographie rétrograde, une débimétrie,
voire un bilan urodynamique complet est réalisé.
Un bilan cardiovasculaire sera effectué de manière Le prélèvement de rein
systématique pour rechercher une possible hypertension
artérielle, qui même si elle concerne près de 80 % des Il existe deux types de prélèvement de rein en vue de trans-
patients IRC, doit être contrôlée avant toute greffe. plantation. Le plus fréquent, en France, est le prélèvement
On recherche également une possible maladie coronaire sur personne en état de mort encéphalique. Le prélève-
(électrocardiogramme, épreuve d’effort, scintigraphie au ment est alors réalisé sur des personnes décédées en état
thallium, coronarographie) qui peut décompenser avec la de mort encéphalique et peut comporter le prélèvement
transplantation et qui nécessite un traitement adapté avant des reins mais aussi d’autres organes en vue de transplanta-
la greffe. Les pathologies valvulaires et l’insuffisance car- tion (cœur, poumon, foie, pancréas, intestin grêle, artères).
diaque seront recherchées par réalisation d’une échographie La mort encéphalique est caractérisée par une destruction
cardiaque dans le cadre du bilan préopératoire. Les fac- des structures neurologiques nécessaires au maintien des
teurs de risque cardiovasculaires (notamment le tabagisme fonctions vitales (respiration, circulation sanguine) en dépit
et l’obésité) devront être recherchés et si possible, contrô- d’une persistance de l’activité cardiaque due à l’activité
lés. persistante du tissu nodal. Cet état aboutit à un arrêt
Compte tenu du risque de transmission virale par le cardiocirculatoire en 24 à 72 h malgré les manœuvres de
greffon mais aussi du traitement immunosuppresseur réanimation. Les morts encéphaliques ne représentent que
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1 à 3 % des causes décès ; les principales causes étant les « malade non fonctionnel » n’est généralement pas retiré.
accidents de la voie publiques (AVP) (40 à 50 %), les acci- Habituellement, le greffon rénal est placé en fosse iliaque
dents vasculaires cérébraux (AVC) (40 à 50 %), les anoxies droite ou gauche. Cette zone permet des anastomoses vas-
et les suicides. Trois conditions sont nécessaires avant de culaires aisées sur les vaisseaux iliaques externes, facile
proposer le prélèvement. Il est indispensable de rechercher d’accès, avec un débit sanguin suffisant et une proximité du
l’absence de refus au prélèvement d’organe de la part du bas appareil urinaire permettant un drainage urinaire simple
défunt par la consultation du registre national informatisé de l’uretère du greffon. La durée moyenne d’intervention
des refus (registre géré par l’Agence de la biomédecine), est d’environ 3 à 4 h.
par le témoignage de ses proches et par la recherche de Le premier temps opératoire est la préparation du
tous documents attestant son refus du prélèvement. greffon rénal et il est fondamental pour la suite de la trans-
Une fois l’absence de refus vérifié, d’éventuelles contre- plantation. Durant ce temps, les éléments vasculaires du
indications médicales au prélèvement sont recherchées pour hile rénal et l’uretère sont repérés. On évalue immédiate-
éliminer le risque de transmission de maladies infectieuses ment le nombre d’artère, de veine et d’uretère. On s’assure
ou néoplasiques aux receveurs. Enfin, la qualité des organes de la bonne perméabilité vasculaire, puis on dégraisse le
est analysée à l’aide d’examens biologiques ou radiolo- greffon en prenant garde de respecter la vascularisation uré-
giques. De même un bilan immunologique est effectué pour térale. Le dernier temps consiste à préparer les vaisseaux
pouvoir apparier au mieux sur le plan immunologique les en vue de l’anastomose vasculaire. On dissèque alors la ou
organes du donneur aux différents receveurs. Cette compa- les artères rénales en prenant soin de conserver toutes les
tibilité entre donneur et receveur est un facteur important artères polaires sous peine d’apparition de nécrose corti-
de succès à long terme de la transplantation rénale. cale du greffon. Dans le cas d’un greffon provenant d’un
Dans tous les cas, on s’attachera à respecter l’anonymat donneur en état de mort encéphalique, l’artère rénale est
du donneur et aucune information susceptible d’identifier toujours accompagnée d’un patch d’aorte qui est retaillé
le donneur n’est communiqué au receveur. en vue de l’anastomose artérielle. La veine rénale est dis-
L’autre possibilité est de réaliser le prélèvement sur un séquée et les veines collatérales sont liées. Dans le cas d’un
donneur vivant. Il s’agit généralement d’un membre de la greffon rénal droit, on pratique un allongement de la veine
famille proche du receveur qui accepte de « donner » l’un rénale (anatomiquement courte) par une plastie de la veine
de ses reins. Le prélèvement des donneurs vivants ne peut cave inférieure. On réalise une lymphostase soigneuse en
s’effectuer que dans des établissements de soins autorisés particulier au niveau du hile rénal pour éviter la survenue
et la procédure est réglementée par la loi de bioéthique d’un écoulement de lymphe (lymphorée) ou une collection
de 2004. Ce prélèvement ne peut être réalisé que sur lymphatique postopératoire (lymphocèle).
un individu majeur, consentant et apparenté au receveur L’installation du patient pour une transplantation est
(parents, enfants, frère et sœur). Depuis la révision de la une installation classique en décubitus dorsal, bras à 90◦ .
loi de bioéthique, le conjoint peut également devenir don- L’intervention est réalisée sous anesthésie générale avec
neur. Avant réalisation du prélèvement, le futur donneur mise en place d’une voie veineuse centrale qui permet-
bénéficie d’un bilan médical complet à la recherche d’une tra de monitorer la pression veineuse centrale et donc
pathologie contre-indiquant le don. Sa fonction rénale est l’état de remplissage du patient qui a généralement
évaluée par scintigraphie isotopique de façon à rechercher bénéficié d’une dialyse immédiatement avant la chirur-
une éventuelle pathologie néphrologique. À l’issue de cette gie.
évaluation médicale, le donneur est convoqué devant un Un cathétérisme vésical est mise en place pour permettre
comité d’éthique inter-régional qui contrôle que le patient un remplissage de la vessie au moment de la réimplanta-
a bien été informé des risques encourus. Le consentement tion urétérovésicale. Pour une première greffe, l’incision
du donneur est alors enregistré par le tribunal de grande s’effectue en général en fosse iliaque droite, la veine iliaque
instance de la ville où a lieu le prélèvement. externe étant plus longue et plus superficielle qu’à gauche
Le prélèvement de rein à partir de donneur vivant est rendant les anastomoses plus aisées. Après ouverture cuta-
encore peu fréquent en France où il représente moins de née, les muscles abdominaux sont sectionnés permettant
10 % des transplantations rénales alors qu’il représente qua- l’abord de l’espace rétropéritonéal. Les vaisseaux iliaques
siment la moitié des transplantations rénales dans les pays externes sont alors disséqués et les sites d’implantation sont
nordiques et en Amérique du Nord. Ce mode de prélèvement préparés. Il est nécessaire durant cette dissection vascu-
est pourtant associé à une meilleure survie des greffons laire de clipper les vaisseaux lymphatiques afin de limiter
compte tenu des moindres complications immunologiques, la lymphorée postopératoire. La longueur de dissection doit
de la qualité du greffon prélevé et de la diminution du délai permettre la mise en place les clamps vasculaires.
d’attente de greffe, qu’il apporte. Une fois les vaisseaux du receveur préparés, le gref-
fon est amené sur le site opératoire, il sera régulièrement
humidifié par du sérum physiologique glacé afin de limi-
La transplantation ter son réchauffement et d’assurer sa bonne conservation
jusqu’à sa revascularisation. La veine iliaque externe du
La transplantation rénale ne peut s’envisager qu’au sein de receveur est alors clampée et une veinotomie est réalisée
centres transplanteurs soumis à une autorisation ministé- pour permettre la réalisation d’une anastomose terminola-
rielle. térale entre la veine rénale du greffon et la veine iliaque
La transplantation rénale est une greffe hétérotopique, externe du receveur. L’anastomose veineuse est réalisée par
c’est-à-dire que l’organe greffé est positionné en dehors deux hémisurjets de fil monobrin non résorbable. À la fin de
du site anatomique habituel de l’organe et que l’organe la suture, l’anastomose est héparinée et un clamp vasculaire
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court (type bulldog) est placé sur le tronc de la veine rénale Les néphrologues ont un rôle primordial dès que le
et le clampage veineux iliaque est levé. geste opératoire est effectué. Ces derniers gèrent toute
L’anastomose terminolatérale de l’artère rénale sur la prise en charge médicale de la greffe et notamment,
l’artère iliaque externe est réalisée de la même façon la reprise de diurèse (qui peut être de plusieurs dizaines
par deux hémisurjets de fil monobrin non résorbable ou de litres par jour en postopératoire immédiat) qui néces-
éventuellement par points séparés en cas d’absence de site un suivi biologique (ionogramme) et clinique (diurèse)
patch aortique. En cas d’athérome artériel, il est possible horaire. Enfin après la transplantation rénale, un traite-
d’implanter l’anastomose en terminolatéral sur l’artère ment immunosuppresseur est instauré. Ce traitement a
iliaque primitive ou en terminoterminal sur l’artère iliaque pour objectif de prévenir un rejet du greffon par le sys-
interne après ligature et section de celle-ci. tème immunitaire du receveur reconnaissant le greffon
L’artère iliaque du receveur, puis la veine rénale du comme étranger.
greffon sont alors décampées. Le greffon est donc revascu-
larisé et doit se recolorer immédiatement. Il n’est pas rare
d’observer une reprise de la diurèse « sur table ». Principales complications médicales de la
La réimplantation urétérovésicale est le dernier temps
de la transplantation rénale. Il existe plusieurs techniques transplantation rénales
de réimplantation et chaque équipe a ses propres habitudes.
Les complications immunologiques sont fréquentes. Le rejet
Le principe commun à toutes les techniques est de réimplan-
aigu concerne 30 à 50 % des patients au cours de la pre-
ter l’uretère du greffon dans la vessie de manière à éviter
mière année, mais il peut en général être contrôlé par le
le reflux d’urine dans le rein au moment des mictions et
renforcement du traitement immunosuppresseur. La phy-
donc de créer un trajet antireflux par réalisation d’un tra-
siopathologie du rejet chronique est encore mal connue. Il
jet de l’uretère entre la muqueuse et le muscle vésical.
provoque une destruction progressive du greffon par fibrose
Selon l’habitude de l’équipe de transplantation, la réim-
et vasculopathie limitant la durée de vie des greffons.
plantation urétérovésicale peut être intubée par une sonde
Les infections sont favorisées par l’immunosuppression.
endo-urétérale type double J qui diminue le risque de fistule
Les infections virales peuvent toucher le patient immu-
et de sténose de la réimplantation.
nosupprimé par primo-infection ou par réactivation d’une
Après contrôle de l’hémostase, le rein est positionné en
infection virale ancienne. L’une des infections virales
fosse iliaque en s’assurant que les axes vasculaires sont
principales est celle à cytomégalovirus (CMV) qui peut
libres de toute contrainte et qu’il n’y a pas de courbures
favoriser une véritable crise de rejet. Au moindre doute,
exagérées pouvant favoriser les thromboses et sténoses. Le
on recherchera aussi une infection à papillomavirus (lésion
greffon est protégé par le sac péritonéal qui vient le recou-
cutanéomuqueuse), herpes ou encore BK virus, VHB, VHC
vrir et les plans musculaires et cutanés sont fermés plan par
ou VIH.
plan.
Les infections bactériennes ou fongiques sont la plu-
part du temps nosocomiales dans les suites immédiates
de l’intervention (pneumopathies, infections urinaires. . .).
Suivi postoperatoire immédiat Par la suite, elles sont souvent de nature « opportunistes »,
secondaires à l’immunosuppression (tuberculose, pneumo-
Le patient est pris en charge en unité de soins inten-
cystoses, aspergillose. . .).
sifs. La durée moyenne d’hospitalisation est de sept jours
Le risque de survenue de nouveaux cancers est supé-
en l’absence de complication. L’ablation des tendons peut
rieur chez le patient transplanté rénal. Les principaux à
s’effectuer assez rapidement entre le deuxième et le qua-
rechercher sont les cancers cutanés souvent viro-induits
trième jour. Le patient peut bénéficier d’une réalimentation
(carcinomes baso- et spinocellulaires) sans oublier les
légère à partir du deuxième jour postopératoire et la reprise
syndromes lymphoprolifératifs posttransplantation, et les
du transit guidera par la suite la quantité et la nature des
cancers urologiques ou gynécologiques.
apports.
Les complications cardiovasculaires sont très fréquentes
Il est habituel de procéder à l’ablation de la sonde vési-
et sont les plus grandes pourvoyeuses de mortalité. Cin-
cale entre le cinquième et septième jour postopératoire
quante à 60 % des patients sont hypertendus, les traitements
selon les habitudes de l’équipe de manière à limiter le
immunosuppresseurs favorisant à eux seuls l’HTA ainsi que
risque infectieux tout en permettant la cicatrisation vési-
les troubles glucidolipidiques. Ainsi, parmi les transplantés,
cale. Lorsqu’une sonde double J a été mise en place durant
plus de 7 % présenteront des troubles coronariens.
l’intervention, celle-ci peut être retirée sous anesthésie
D’autres complications du traitement immunologiques
locale en consultation à partir de la troisième semaine post-
sont à rechercher régulièrement au cours du suivi
transplantation. Les mesures de thromboprophylaxie sont
des patients transplantés (hématologiques, hépatiques,
semblables aux interventions chirurgicales. Cependant les
ostéoarticulaires, endocriniennes. . .).
héparines de bas poids moléculaires (HBPM) sont à éviter
jusqu’à ce que le patient retrouve une fonction rénale nor-
male et on leur préfèrera les héparines non fractionnées. Le
lever est permis au deuxième jour. Principales complications chirurgicales de
La diurèse et le suivi de la fonction rénale sont les la transplantation rénale
principaux éléments à contrôler. Ces paramètres étant les
premiers à faire suspecter une complication aiguë (rejet Les principales complications chirurgicales pouvant sur-
aigu, thrombose de l’artère rénale ou de la veine rénale). venir durant la période postopératoire précoce sont les
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thromboses artérielles ou veineuses, la fistule urinaire et Les sténoses urétérales peuvent être secondaires à une
la lymphorée. La thrombose de l’artère rénale est rare compression extrinsèque par un hématome ou une lympho-
moins de 1 % des greffes. Elle est à redouter dans les suites cèle, à une atteinte de la vascularisation urétérale, et à une
immédiates lorsque la diurèse du patient s’effondre. La fibrose péri-urétérale par mécanismes immunologiques (plus
plupart du temps, elle est due à un problème technique tardive). Le traitement est dans un premier temps endosco-
lors de l’anastomose artérielle. Une thrombose de l’artère pique (dilatation urétérale, endoprothèse double J, incision
rénale implique une reprise chirurgicale la plus précoce pos- de la sténose) ou chirurgical par réimplantation urétérale.
sible pour tenter de désobstruer l’artère. Malheureusement,
elle se conclut le plus souvent par une transplantectomie
pour infarctus du greffon. La thrombose veineuse précoce
(environ 1 %) est aussi une complication redoutable. Elle Surveillance au long cours et résultats
se traduit le plus souvent par une baisse de la diurèse
et est confirmée par l’échodoppler qui doit être réalisé Le rythme de suivi est bien codifié et adapté à l’ancienneté
en urgence. La thrombose veineuse est le plus souvent de la transplantation. Les six premiers mois, le patient est
d’origine mécanique par compression extrinsèque ou pli- revu de façon hebdomadaire avant d’espacer les consulta-
cature veineuse. Le traitement consiste en une tentative tions toutes les deux à quatre semaines jusqu’à la fin des
de thrombectomie chirurgicale de la veine et réfection de deux premières années puis tous les trois mois environ en
l’anastomose. Malheureusement, compte tenu du diagnostic l’absence de complication. La surveillance se compose d’un
souvent trop tardif, la conservation du greffon est souvent examen clinique complet (mesure de la pression artérielle,
impossible. examen cardiovasculaire, recherche d’infections ou encore
La fistule urinaire est une complication rare (surtout si de toxicité du traitement), d’un bilan biologique (fonction
une endoprothèse urétérale a été mise en place durant la rénale, bilan urinaire, hématologique et hépatique, ECBU,
transplantation). Le diagnostic se fait sur la présence d’un concentration sanguine des immunosuppresseurs). Sur le
écoulement d’urine dans le Redon ou dans la cicatrice. plan radiologique, une échographie du transplant est réa-
À plus long terme, la tomodensitométrie ou l’urographie lisée systématiquement tous les ans à la recherche d’un
intraveineuse peuvent faire le diagnostic en montrant une obstacle sur les voies urinaires ou d’une tumeur.
fuite de produit de contraste en dehors de la voie urinaire. La durée de vie du greffon est variable d’un individu à
L’assèchement de la fistule par une néphrostomie ou une l’autre. La demi-vie d’un greffon est de 13 ans si le gref-
endoprothèse double J permet en général la cicatrisation. fon est issu de donneur cadavérique et d’environ 20 ans
En absence de succès, la réfection chirurgicale de la réim- en cas de donneur vivant. La survie du greffon est multi-
plantation urétérovésicale s’impose. factorielle et dépend notamment des compatibilités HLA,
Les principales complications chirurgicales tardives sont des épisodes de nécroses tubulaires aiguës, du nombre de
les sténoses de l’artère rénale, les sténoses de l’uretère. d’épisode de rejet, de l’âge du donneur et du receveur et du
La sténose de l’artère rénale est une complication tardive statut CMV de ces derniers. La mortalité est d’environ 2 à 4 %
fréquente touchant 3 à 25 % des transplantations. Elle la première année, principalement due aux complications
est rarement due à un problème technique, mais elle infectieuses.
est le plus souvent secondaire effet cardiovasculaire de La mortalité de la transplantation est très nettement
l’immunosuppression. Un traitement par angioplastie inférieure à la mortalité en dialyse, ce qui fait de la trans-
percutanée proposé en première instance suffit le plus plantation rénale le meilleur traitement de l’insuffisance
souvent. En cas d’échec de celui-ci, le traitement chirur- rénale chronique terminale. De plus, la transplantation est
gical est alors indiqué, mais présente des risques pour le associée à une très nette amélioration de la qualité de vie
greffon. comparée à la dialyse (Tableau 1).
Tableau 1 Balance bénéfice risque des techniques d’épuration extrarénale.
Dialyse Transplantation
Avantages Sécurité du traitement Amélioration de la survie
Réalisable à tout âge Rétablissement d’une fonction rénale normale
Possible malgré un état général médiocre Meilleur état clinique
Moins de restriction alimentaire
Autonomie conservée
Moindre coût financier pour la société
Meilleure qualité de vie
Inconvenients 15 % d’une fonction rénale normale Acte chirurgical majeur
Complications au long cours avec possible handicap Déconseillé après 70 ans
Moindre qualité de vie Complications aiguës avec risque vital
Régime alimentaire contraignant Traitement immunosuppresseur continu
Coût financier
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Conclusion de trouver une solution à cette pénurie, cela peut passer
par l’optimisation de la prise en charge des donneurs
La transplantation est le traitement de choix de afin d’améliorer la qualité des greffons cadavériques, le
l’insuffisance rénale chronique terminale. Le principal développement des prélèvements à cœur arrêté, mais
problème actuellement réside dans l’inadéquation entre surtout par la promotion des transplantations à donneur
la demande et les organes disponibles. Il est nécessaire vivant qui donnent à ce jour les meilleurs résultats.