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Modèles nosographiques en psychologie

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UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL

DESCRIPTION ET COMPARAISON CRITIQUE DES MODÈLES NOSOGRAPHIQUES DE


JEAN BERGERET ET DU PSYCHODYNAMIC DIAGNOSTIC MANUAL (2E ÉDITION)

ESSAI

PRÉSENTÉ

COMME EXIGENCE PARTIELLE

AU DOCTORAT EN PSYCHOLOGIE

PAR

ANNE-MARIE GAGNON

OCTOBRE 2022
UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL
Service des bibliothèques

Avertissement

La diffusion de cet essai doctoral se fait dans le respect des droits de son auteur, qui a
signé le formulaire Autorisation de reproduire et de diffuser un travail de recherche de
cycles supérieurs (SDU-522 – Rév.04-2020). Cette autorisation stipule que
«conformément à l’article 11 du Règlement no 8 des études de cycles
supérieurs, [l’auteur] concède à l’Université du Québec à Montréal une licence non
exclusive d’utilisation et de publication de la totalité ou d’une partie importante de [son]
travail de recherche pour des fins pédagogiques et non commerciales. Plus
précisément, [l’auteur] autorise l’Université du Québec à Montréal à reproduire, diffuser,
prêter, distribuer ou vendre des copies de [son] travail de recherche à des fins non
commerciales sur quelque support que ce soit, y compris l’Internet. Cette licence et
cette autorisation n’entraînent pas une renonciation de [la] part [de l’auteur] à [ses] droits
moraux ni à [ses] droits de propriété intellectuelle. Sauf entente contraire, [l’auteur]
conserve la liberté de diffuser et de commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un
exemplaire.»
L’important n’est pas de convaincre,
mais de donner à réfléchir.

– Bernard Werber
REMERCIEMENTS

La rédaction d’un essai doctoral est souvent perçue comme un travail fort solitaire. Je considère plutôt
qu’il s’agit d’un incroyable travail d’équipe. Cette équipe qu’est la mienne est composée de personnes
formidables, qui m’ont soutenue à travers les années et que je souhaite remercier profondément.

Mes premiers remerciements vont à mon directeur de thèse, Louis Brunet. J’ai toujours admiré vos
innombrables connaissances et la grande variété de votre expérience clinique. Je suis chanceuse d’avoir
pu en bénéficier. Merci pour votre patience et pour tout ce que vous m’avez enseigné, parfois à votre insu,
tant sur les plans théorique et professionnel, que personnel.

Je tiens ensuite à remercier ma famille, que j’aime infiniment. Merci mes parents, Michèle et Luc, pour
votre support indéfectible et votre confiance absolue, mais également pour m’avoir toujours appuyée avec
bienveillance et pour avoir été mes plus grands supporteurs. Un merci particulier pour les soins infirmiers
et pour les morceaux de cerveau et de rein que vous m’avez donnés! Merci Vincent, mon – encore petit –
frère, et Christina de m’avoir permis d’apprendre, d’accepter et d’évoluer. Merci Diane, ma sœur, pour ta
générosité et ton écoute, ainsi que pour toutes les absurdités dont tu m’as fait profiter au fil du temps (!).
Depuis toujours, tu joues un rôle des plus importants dans ma vie et tu as grandement illuminé mon
parcours doctoral.

Je veux aussi témoigner ma reconnaissance à mes précieux amis, car l’amitié vraie est une denrée rare et
j’ai la chance d’en faire l’expérience quotidiennement. Merci Jeanne, pour ta présence, ta douceur et ta
générosité. Merci pour les fous rires, les conversations profondes, les folles soirées et les popcorns
partagés au cinéma. Je ne serais assurément pas celle que je suis aujourd’hui sans toi. Merci AnnieLe et
Gaëlle, pour votre authenticité, votre présence et votre humour, sans oublier les réflexions fécondes et
les délicieux brunchs! Merci Lili, pour ce lien spécial que nous avons développé si rapidement et qui
subsiste à travers le temps, les discussions et les silences. La psychologue que tu es m’offre un bel exemple
de compétence, de rigueur et de sollicitude. Fanny, Marie-Josée, David et Viviane, un grand merci pour
l’amour et l’acceptation inconditionnelle témoignés à mon égard, pour les découvertes et les réflexions;
vous faites de moi une personne meilleure. Des remerciements particuliers à mes collègues de travail,
devenus des amis : Annie, Pierre, Josée, Pauline, Jessica, Natacha, Dora et Karina. Les moments passés
ensemble, les rires et les repas partagés ont égayé mes journées. Vous m’avez toutes et tous aidée à

iii
persévérer et à avancer. Les traces positives que vous laissez dans ma vie et dans mon cœur influencent
la psychologue que je suis en train de devenir.

Je ne peux passer sous silence l’apport d’Odile Husain, d’Éric Dubé et d’André Monast, superviseurs
marquants que j’ai eu la chance de côtoyer à divers moments de mon parcours doctoral. Votre savoir-être,
votre sensibilité, votre savoir-faire et le généreux partage de vos connaissances ont ineffablement
contribué à alimenter ma passion pour la psychologie, en plus de soutenir le développement de mon
identité professionnelle. Vous avez, à votre manière, influencé le choix de mon sujet de recherche. Vous
êtes des sources d’inspirations; je suis choyée d’avoir pu apprendre et évoluer à vos côtés.

Enfin, un merci spécial à Maxime, mon amoureux, mon meilleur ami et mon humoriste préféré. Merci pour
ton amour et ta présence, pour ton soutien et tes encouragements, pour ta compréhension et ta patience
devant mes nombreuses heures de rédaction. Merci également pour toute la charge mentale quotidienne
dont tu as pris la responsabilité. Tu as fait toute la différence. Je t’Aime. 

iv
TABLE DES MATIÈRES

REMERCIEMENTS .......................................................................................................................................... iii

LISTE DES FIGURES......................................................................................................................................... ix

LISTE DES TABLEAUX ...................................................................................................................................... x

LISTE DES ABRÉVIATIONS, DES SIGLES ET DES ACRONYMES......................................................................... xi

RÉSUMÉ ........................................................................................................................................................ xii

ABSTRACT .................................................................................................................................................... xiii

INTRODUCTION ..............................................................................................................................................1

CHAPITRE I PROBLÉMATIQUE........................................................................................................................5
1.1 Évaluation de la personnalité et psychanalyse ......................................................................................5
1.2 Diagnostic psychologique et psychanalyse ............................................................................................7
1.3 Symptôme et psychanalyse..................................................................................................................10
1.4 Nosographies psychanalytiques ...........................................................................................................11
1.5 Approche structurelle et psychanalyse ................................................................................................11

CHAPITRE II MÉTHODOLOGIE ET OBJECTIFS DE RECHERCHE ......................................................................14


2.1 Objectif et questions de recherche ......................................................................................................14
2.2 Choix des modèles à l’étude ................................................................................................................15
2.3 Paradigme de recherche et posture scientifique .................................................................................16
2.4 Constitution du corpus théorique ........................................................................................................18
2.5 Méthode d’analyse du matériel ...........................................................................................................19

CHAPITRE III CONTEXTUALISATION TERMINOLOGIQUE .............................................................................21


3.1 Personnalité .........................................................................................................................................21
3.2 Santé mentale ......................................................................................................................................24
3.3 Maladie mentale et psychopathologie ................................................................................................25
3.3.1 Maladie mentale ..........................................................................................................................25
3.3.2 Psychopathologie .........................................................................................................................26
3.4 Normalité et anormalité ......................................................................................................................28
3.4.1 Normalité .....................................................................................................................................28
3.4.2 Anormalité ...................................................................................................................................33
3.5 Métapsychologie psychanalytique .......................................................................................................34
3.5.1 Relation d’objet............................................................................................................................35

v
[Link] Objet .........................................................................................................................................35
[Link] Relation d’objet ........................................................................................................................37
3.5.2 Fonctionnement du Moi ..............................................................................................................39
[Link] Fonctions du Moi ......................................................................................................................40
[Link] Moi et identité ..........................................................................................................................40
3.5.3 Angoisse .......................................................................................................................................41
[Link] Angoisse et développement psychique ....................................................................................44
[Link] Angoisse et anxiété ...................................................................................................................45
[Link] Types d’angoisses .....................................................................................................................46
3.5.4 Mécanismes de défense ..............................................................................................................47
[Link] Défense et mécanisme de défense...........................................................................................48
[Link] Fonctions des mécanismes de défense ....................................................................................50
[Link] Mécanisme de défense et mécanisme d’adaptation ...............................................................51
[Link] Mécanismes de défense et santé psychologique .....................................................................51
3.5.5 Symptôme ....................................................................................................................................52
[Link] Fonctions du symptôme ...........................................................................................................53

CHAPITRE IV MODÈLES À L’ÉTUDE ..............................................................................................................55


4.1 Modèle structural de Jean Bergeret ....................................................................................................55
4.1.1 Élaboration du modèle ................................................................................................................55
4.1.2 Organisation interne du modèle ..................................................................................................56
4.1.3 Utilisation du modèle...................................................................................................................58
4.2 Psychodynamic Diagnostic Manual, 2e édition (PDM-2)......................................................................61
4.2.1 Élaboration des deux éditions du manuel ...................................................................................61
4.2.2 Organisation interne et utilisation du manuel.............................................................................64
[Link] Axe P – Syndromes de personnalité .........................................................................................64
[Link] Axe M – Profils de fonctionnement mental..............................................................................68
[Link] Axe S – Schémas symptomatiques : l’expérience subjective....................................................71
4.2.3 Syndromes de personnalité de l’Axe P ........................................................................................73
[Link] Syndrome dépressif ..................................................................................................................74
[Link] Syndrome dépendant ...............................................................................................................74
[Link] Syndrome anxio-évitant et phobique .......................................................................................74
[Link] Syndrome obsessif-compulsif ...................................................................................................75
[Link] Syndrome schizoïde ..................................................................................................................75
[Link] Syndrome somatique ................................................................................................................76
[Link] Syndrome hystérique-histrionique ...........................................................................................76
[Link] Syndrome narcissique ...............................................................................................................76
[Link] Syndrome paranoïde ................................................................................................................77
[Link] Syndrome psychopathique .......................................................................................................77
[Link] Syndrome sadique ....................................................................................................................78
[Link] Syndrome borderline ................................................................................................................78
4.2.4 Lien avec le Diagnostic and statistical manual of mental disorders, 5e édition (DSM-5) ............79

CHAPITRE V FONCTIONNEMENT DE LA PERSONNALITÉ .............................................................................81


5.1 Fonctionnement névrotique ................................................................................................................81
5.1.1 Perspective proposée par le modèle structural de Jean Bergeret ..............................................82
[Link] Caractère obsessionnel .............................................................................................................84

vi
[Link] Caractère hystérophobique ......................................................................................................84
[Link] Caractère hystérique de conversion .........................................................................................85
5.1.2 Perspective proposée par le Psychodynamic Diagnostic Manual, 2e édition ..............................85
5.2 Fonctionnement psychotique ..............................................................................................................87
5.2.1 Perspective proposée par le modèle structural de Jean Bergeret ..............................................87
[Link] Caractère schizophrénique .......................................................................................................89
[Link] Caractère paranoïaque .............................................................................................................89
[Link] Caractère mélancolique ............................................................................................................90
5.2.2 Perspective proposée par le Psychodynamic Diagnostic Manual, 2e édition ..............................90
5.3 Fonctionnement limite ou borderline ..................................................................................................92
5.3.1 Perspective proposée par le modèle structural de Jean Bergeret ..............................................93
[Link] Aménagement narcissique .......................................................................................................99
[Link] Aménagement pervers ...........................................................................................................100
[Link] Aménagement caractériel ......................................................................................................101
5.3.2 Perspective proposée par le Psychodynamic Diagnostic Manual, 2e édition ............................101

CHAPITRE VI ANALYSE CRITIQUE ET DISCUSSION .....................................................................................104


6.1 Points de convergence des modèles ..................................................................................................104
6.1.1 Terminologie ..............................................................................................................................104
[Link] Personnalité ............................................................................................................................105
[Link] Santé mentale .........................................................................................................................105
[Link] Psychopathologie ....................................................................................................................106
[Link] Relation d’objet ......................................................................................................................106
[Link] Mécanismes de défense .........................................................................................................107
6.1.2 Émergence et manifestations de la psychopathologie ..............................................................108
6.1.3 Approche structurelle de la personnalité ..................................................................................109
6.1.4 Évaluation de la personnalité ....................................................................................................109
6.2 Points de divergence des modèles.....................................................................................................110
6.2.1 Terminologie ..............................................................................................................................110
[Link] Moi et identité ........................................................................................................................110
[Link] Angoisse et anxiété .................................................................................................................111
[Link] Fonctionnement structurel .....................................................................................................111
6.2.2 Paradigme normalité/anormalité ..............................................................................................112
6.2.3 Constitution interne ...................................................................................................................114
6.2.4 Méthode d’utilisation ................................................................................................................116
6.2.5 Hiérarchisation des fonctionnements de la personnalité..........................................................117
6.3 Conceptualisation du fonctionnement de la personnalité ................................................................120
6.3.1 Description des structures/organisations ..................................................................................122
6.3.2 Conceptualisation du fonctionnement limite/borderline ..........................................................124
[Link] Statut et stabilité ....................................................................................................................124
[Link] Rapport à la réalité .................................................................................................................124
6.3.3 Spécificité des caractères et des syndromes de personnalité ...................................................126
6.4 Synthèse critique des apports et des limites des modèles à l’étude .................................................127
6.4.1 Modèle structural de Jean Bergeret ..........................................................................................127
[Link] Coefficient de difficulté ..........................................................................................................128

vii
[Link] Portée clinique ........................................................................................................................129
[Link] Rigidité des limites entre structures. ......................................................................................131
[Link] Confusion dans l’aménagement narcissique de l’astructuration limite .................................132
[Link] Expérience subjective du sujet ...............................................................................................133
6.4.2 Psychodynamic Diagnostic Manual (2e édition) ........................................................................133
[Link] Différences entre la première et la deuxième édition ...........................................................134
[Link] Démonstration théorique .......................................................................................................135
[Link] Dimension intériorisation/extériorisation de l’Axe P .............................................................136
[Link] Échelles de cotation ................................................................................................................139
[Link] Expérience subjective du sujet ...............................................................................................141
6.5 Opinion critique quant au paradigme normalité/anormalité ............................................................141
6.5.1 Changement de visée évaluative ...............................................................................................141
6.5.2 Changement dans l’approche de la symptomatologie ..............................................................143
6.5.3 Diminution de la pathologisation ..............................................................................................144

CONCLUSION ..............................................................................................................................................146

ANNEXE A Glossaire ...................................................................................................................................155

ANNEXE B Tableau 4.1 : Associations possibles des organisations et des syndromes de personnalité dans
le Psychodynamic Diagnostic Manual (2e édition) .....................................................................................162

ANNEXE C Tableau 5.1 : Association des structures/aménagements et des caractères dans le modèle
structural de Jean Bergeret ........................................................................................................................163

RÉFÉRENCES ...............................................................................................................................................164

viii
LISTE DES FIGURES

Figure 6.1 Hiérarchisation des fonctionnements psychiques selon le modèle structural de Jean Bergeret
.......................................................................................................................................................... 118

Figure 6.2 Hiérarchisation des fonctionnements psychiques selon le Psychodynamic Diagnostic Manual (2e
édition) ............................................................................................................................................. 119

ix
LISTE DES TABLEAUX

Tableau 4.1 Associations possibles des organisations et des syndromes de personnalité dans le
Psychodynamic Diagnostic Manual (2e édition) .............................................................................. 162

Tableau 5.1 Association des structures, aménagements et caractères dans le modèle structural de Jean
Bergeret …….………………………………………………………………………………………………………………………………..163

Tableau 6.1 Comparaison de la constitution interne de chaque modèle ................................................ 115

Tableau 6.2 Similitudes et différences entre les deux modèles à l’étude................................................ 121

Tableau 6.3 Conceptualisation du fonctionnement de la personnalité de chaque modèle .................... 128

x
LISTE DES ABRÉVIATIONS, DES SIGLES ET DES ACRONYMES

CIM : Classification statistique international des maladies et des problèmes de santé connexes

CIM-10 : Classification statistique international des maladies et des problèmes de santé connexes, 10e
édition

DSM : Diagnostic and statistical manual of mental disorders

DSM-5 : Diagnostic and statistical manual of mental disorders, 5th edition

OMS : Organisation mondiale de la santé

PDC-2 : Psychodiagnostic Chart-2

PDM : Psychodynamic Diagnostic Manual

PDM-2 : Psychodynamic Diagnostic Manual, 2nd edition

xi
RÉSUMÉ

Cet essai doctoral est théorique et s’inscrit dans le courant psychanalytique. Il vise la description et la
comparaison du modèle structural de Jean Bergeret et de la deuxième édition du Psychodynamic
Diagnostic Manual (PDM-2). Plus spécifiquement, cet essai cherche à répondre à deux questions
principales : 1) Quels sont les points de convergence et de divergence entre les deux modèles à l’étude?
et 2) Comment ces modèles conçoivent-ils l’organisation et le fonctionnement de la personnalité?

Pour atteindre cet objectif, une méthodologie de recherche qualitative de type réflexive, telle que décrite
par Paillé et Mucchielli (2012), a été utilisée. Le matériel recueilli provient de sources bibliographiques
diverses, telles que des livres, des articles scientifiques, des ouvrages collectifs, des actes de colloques et
des sites internet. Tout cela permettant une exploration et une compréhension des modèles, prenant
appui sur la réflexion, l’intuition et l’expérience de l’étudiante chercheure.

Un souci particulier a été porté à la définition des concepts généraux sur lesquels s’appuie cet essai, ainsi
qu’à la définition de notions psychanalytiques essentielles à la compréhension des modèles. Un glossaire
est d’ailleurs fourni au lecteur à l’Annexe A. La perspective normalité/anormalité psychique a été discutée.
Les modèles nosographiques de Jean Bergeret et du PDM-2 ont été précisément décrits, de même que
leur conception du fonctionnement structurel de la personnalité.

Cette recherche a mis en évidence quatre ressemblances principales entre les deux nosographies,
concernant la terminologie utilisée, les facteurs d’émergence de la psychopathologie, la conception
structurelle de la personnalité et les critères d’évaluation de la personnalité. Cinq divergences majeures
ont également été identifiées en ce qui a trait à d’autres éléments terminologiques, au paradigme
normalité/anormalité, à la constitution interne des modèles, à leur méthode d’utilisation et à la
hiérarchisation des fonctionnements de la personnalité. Diverses figures et tableaux ont permis de bien
illustrer les résultats. En outre, ces éléments ont soulevé plusieurs réflexions quant à la manière dont les
structures/organisations de la personnalité sont décrites dans les modèles, quant à la conception du
fonctionnement limite/borderline et quant à la spécificité des caractères et syndromes de personnalité.
Enfin, puisque cet essai est réflexif, une synthèse critique des apports et des limites de chaque modèle a
été présentée par l’étudiante chercheure et une critique du paradigme normalité/anormalité a été
proposée.

Mots clés : nosographie, diagnostic, personnalité, approche structurelle, Jean Bergeret, PDM-2.
ABSTRACT

This doctoral essay is theoretical and is part of the psychoanalytical current. It aims at describing and
comparing Jean Bergeret's structural model and the second edition of the Psychodynamic Diagnostic
Manual (PDM-2). More specifically, this essay seeks to answer two main questions: 1) What are the points
of convergence and divergence between the two models under study? and 2) How do these models
conceive of the organization and functioning of the personality?

To achieve this objective, a reflective qualitative research methodology, as described by Paillé and
Mucchielli (2012), was used. The material collected came from various bibliographic sources, such as books,
scientific articles, collective works, symposium proceedings, and websites. All of this allowed for an
exploration and understanding of the models, drawing on the reflection, intuition and experience of the
student researcher.

Particular attention has been paid to the definition of the general concepts on which this essay is based,
as well as to the definition of psychoanalytical notions essential to the understanding of the models. A
glossary of terms is provided in Appendix A. The psychic normality/abnormality perspective was discussed.
The nosographic models of Jean Bergeret and the PDM-2 were accurately described, as was their
conception of structural personality functioning.

This research revealed four main similarities between the two nosographies, concerning the terminology
used, the factors of emergence of psychopathology, the structural conception of personality and the
criteria for assessing personality. Five major discrepancies were also identified with respect to other
terminological elements, the normality/abnormality paradigm, the internal constitution of the models,
their method of use, and the hierarchy of personality functioning. Various figures and tables were used to
illustrate the results. In addition, these elements raised several reflections on the way personality
structures/organizations are described in the models, on the conception of borderline functioning, and on
the specificity of personality traits and syndromes. Finally, since this essay is reflexive, a critical synthesis
of the contributions and limitations of each model was presented by the student researcher and a critique
of the normality/abnormality paradigm was offered.

Keywords: nosography, diagnosis, personality, structural approach, Jean Bergeret, PDM-2.


INTRODUCTION

L’Homme est un être curieux, qui cherche à évoluer, à apprendre et à se comprendre. De nombreuses
traces de cet intérêt pour le psychisme humain ont été retrouvées en Égypte ancienne, en Grèce antique
et dans diverses civilisations arabes, chinoises et indiennes, à travers divers écrits philosophiques et
psychologiques. L’origine étymologique du mot psychologie provient du grec psico – qui signifie âme, esprit
– et logos – qui signifie étude. Il s’agit donc de l’étude « des phénomènes de l’esprit, de la pensée »
(Dictionnaires Le Robert, 2003, p. 2111). Grâce aux travaux de Sigmund Freud au début des années 1900,
la psychologie a pris un essor considérable et n’a, depuis, cessé d’évoluer. L’intérêt s’est porté tant sur le
fonctionnement mental sain que sur la maladie mentale. Nombre de spécialistes ont cherché à mieux
comprendre les troubles mentaux, notamment depuis la Deuxième Guerre mondiale, où beaucoup de
troubles psychiatriques ont été diagnostiqués chez les soldats et les survivants. Cet intérêt grandissant a
entraîné de multiples tentatives de classification. D’abord, à travers l’observation des symptômes
manifestes et des manifestations de processus psychiques inconscients inhérents à la symptomatologie
puis, graduellement, par le biais du vécu subjectif de l’individu présentant des symptômes. À travers tout
cela, les cliniciens ont créé diverses méthodes d’investigation, leur permettant de mieux évaluer et mieux
de saisir la psyché humaine : tests standardisés, méthodes projectives, questionnaires auto-administrés
ou semi-structurés. Plusieurs modèles d’interprétation et de classification ont ainsi été générés, qu’ils
soient organiques, physiologiques ou psychologiques (Bergeret, 1996b).

Compte tenu de la pluralité d’approches théoriques retrouvées en psychologie, il existe actuellement une
panoplie de méthodes d’évaluation et d’interprétation du psychisme. À plus petite échelle, ce phénomène
est également présent à l’intérieur même de la perspective psychanalytique. De prime abord, cela pourrait
sembler stimulant, mais nous estimons que cette pluralité de méthodes engendre plutôt de multiples
complications : une fois qu’un clinicien possède les informations nécessaires, il se retrouve devant
plusieurs méthodes d’analyse possibles. En fonction de celle utilisée, la lecture des difficultés du sujet et
le diagnostic psychologique posé peuvent être différents. En effet, certains modèles sont concordants,
alors que d’autres sont divergents. Les critères diagnostiques ne sont pas toujours pareils d’un modèle à
l’autre et plusieurs de ces critères manquent de précision (Müller, 2009; St-Onge, 2014). De plus, le
vocabulaire utilisé et les catégories diagnostiques identifiées diffèrent également selon les modèles
théoriques et évaluatifs employés. Or, s’il y a autant de divergences, comment les professionnels peuvent-
ils se comprendre et s’entendre? Est-ce que toutes les évaluations psychologiques sont comparables?
Comment savoir si le diagnostic posé est juste ou s’il traduit adéquatement le fonctionnement psychique
du sujet évalué? Il est difficile de répondre à ces questions, mais il demeure fort à propos de le tenter.

Par ailleurs, il est entendu par la communauté scientifique que les impacts d’un trouble psychologique et
d’un diagnostic en santé mentale sont grands. Ils pourraient engendrer beaucoup de souffrance, tant chez
l’individu touché que chez son entourage. La maladie mentale affecterait plusieurs sphères de la vie, à
différents degrés : le fonctionnement quotidien, la qualité des relations interpersonnelles, les capacités
d’adaptation, les capacités de régulation émotionnelle, la qualité du fonctionnement cognitif, le niveau de
fonctionnement au travail et la santé physique (Fleury et Grenier, 2012). De là, il apparaît que le processus
d’évaluation et l’établissement d’un diagnostic psychologique sont des procédures qui pourraient avoir
des implications majeures dans la vie d’un sujet. Il est donc essentiel que l’évaluation soit judicieusement
menée et que les conclusions soient valides; ces deux éléments permettant au professionnel de proposer
un traitement adéquat et efficace (Richard 1996; St-Onge, 2014). Cette réflexion – relative aux multiples
modèles d’évaluation et d’interprétation, ainsi qu’aux importants enjeux liés à l’évaluation et aux
conclusions associées – nous a poussée à vouloir approfondir notre connaissance et notre compréhension
de certains modèles nosographiques existants. Nous avons choisi d’explorer deux modèles d’évaluation
diagnostique parmi ceux qui sont les plus utilisés dans la sphère psychanalytique actuelle : le modèle
structural de Jean Bergeret et la nosographie proposée dans la deuxième édition du Psychodynamic
Diagnostic Manual (PDM-2). Les quelques questionnements énoncés plus haut ont orienté notre essai
doctoral vers l’objectif suivant : décrire et comparer les deux modèles à l’étude, en mettant en lumière
leurs points de convergence et de divergence, mais également la manière dont ils conçoivent et expliquent
le fonctionnement de la personnalité.

Le premier chapitre de cet essai pose la problématique de recherche. Les enjeux de l’évaluation et du
diagnostic en psychanalyse y seront décrits. Il sera ensuite question de la place du symptôme et des
nosographies en psychanalyse, pour finalement discuter de l’approche structurelle de la personnalité.

Le deuxième chapitre fait état de la méthodologie de recherche utilisée. L’objectif de recherche sera
présenté, ainsi que les deux questions de recherche principales. Puis, le choix des deux modèles
nosographiques étudiés sera expliqué, de même que le paradigme de recherche et la posture scientifique
adoptée. Il y aura ensuite description de la constitution du corpus théorique et, enfin, de la méthode
d’analyse du matériel.

2
Le troisième chapitre présente le contexte terminologique sur lequel s’appuie l’essai. Par conséquent, il y
aura définition des concepts suivants : personnalité, santé mentale, maladie mentale et psychopathologie.
Cet exposé sera suivi par la présentation du paradigme normalité/anormalité psychique –
conceptualisation originale de Jean Bergeret. Puis, il y aura présentation des notions psychanalytiques
essentielles à la compréhension du lecteur, parce qu’elles constituent les assises théoriques des deux
nosographies étudiées. Il sera ainsi question des relations d’objet, du fonctionnement du Moi, de
l’angoisse, des mécanismes de défense et du symptôme.

Le quatrième chapitre touche l’essence même de cet essai, en dressant un portrait exhaustif des modèles
à l’étude. Le modèle structural de Jean Bergeret sera d’abord présenté, suivi du Psychodynamic Diagnostic
Manual (2e édition).

Le cinquième chapitre fait état des conceptions théorico-cliniques du fonctionnement de la personnalité


basées sur une approche structurelle et en fonction des deux nosographies étudiées. Les fonctionnements
névrotique, psychotique et limite/borderline seront présentés, tels que décrits dans le modèle de Bergeret
et dans la deuxième édition du Psychodynamic Diagnostic Manual.

Le sixième et dernier chapitre constitue l’analyse et la discussion de cette recherche. Il y aura présentation
des points de convergences et des points de divergence entre les deux modèles à l’étude, notamment
quant à la terminologie utilisée, leurs positions théoriques, leur constitution interne et leur méthode
d’utilisation. Il y aura également comparaison de leur conceptualisation des trois modes de
fonctionnement de la personnalité. Puis, chaque modèle sera subjectivement évalué, afin de mettre en
exergue leurs apports et leurs limites. Pour terminer, un retour critique sur la perspective
normalité/anormalité sera présenté.

Un récapitulatif global du travail réalisé dans cet essai sera fait dans le chapitre de conclusion. Les éléments
fondamentaux qui se dégagent de cette étude seront repris. Les limites et les apports particuliers seront
également abordés. Enfin, des pistes de réflexion quant à d’éventuelles recherches subséquentes seront
proposées.

Par ailleurs, bien qu’il y ait définition de plusieurs notions à travers les chapitres, de nombreux termes et
concepts psychanalytiques seront employés dans cet essai sans être préalablement définis. Un glossaire
est donc proposé au lecteur en Annexe A, afin de préciser certaines notions psychanalytiques avec

3
lesquelles ce dernier pourrait être moins familier. Les éléments qui s’y retrouvent sont identifiés dans le
texte par un astérisque *.

4
CHAPITRE I
PROBLÉMATIQUE

Ce premier chapitre aborde la problématique de l’évaluation et du diagnostic en psychologie clinique, plus


particulièrement dans le domaine de la psychanalyse. Il sera ainsi question de l’évaluation de la
personnalité, du diagnostic psychologique, de la prise en compte des symptômes et du recours aux
nosographies* psychanalytiques.

1.1 Évaluation de la personnalité et psychanalyse

L’évaluation psychologique est une « démarche d’exploration et de communication qui soutient


l’élaboration du plan d’intervention dans un cadre de soin » (Houdry, 2017, p. 12). Elle aurait pour objectif
d’assurer une meilleure compréhension de la nature, de l’ampleur et de l’intensité de la souffrance et des
difficultés vécues par un individu (Andronikof, 2017). Le processus évaluatif devrait permettre d’identifier
les problèmes ou les dysfonctionnements rencontrés par le sujet, mais également de mettre en lumière
« les secteurs de bon ou de meilleur fonctionnement de son appareil psychique » (Andronikof, 2017, p.
15). Il devrait également permettre de proposer des réponses et des pistes de réflexion, de proposer un
traitement adéquat, qui serait efficace et significatif (Andronikof, 2017; Richard, 1996; St-Onge, 2014).

Particulièrement dans le domaine de la santé mentale, plusieurs s’entendent pour dire qu’une évaluation
de la personnalité est nécessaire à l’établissement d’un bon diagnostic psychologique (Andronikof, 2017).
En psychanalyse toutefois, deux écoles de pensées s’affrontent quant à la pertinence d’une telle
évaluation. D’aucuns sont d’avis qu’un tel processus est informatif et fort révélateur, que la personnalité
soit problématique ou non et qu’elle soit la cible du traitement ou pas (McWilliams et al., 2018). Une étude
approfondie de la personnalité favoriserait une meilleure compréhension du fonctionnement général d’un
sujet et de ses traits distinctifs, en plus de permettre une exploration de son monde interne et de sa vie
psychique. Freud croyait que l’exploration des contenus inconscients, subjectifs et idiographiques de
l’esprit humain était fondamentale pour la mise en œuvre d’un traitement efficace (Huprich, 2011).
Plusieurs sont également de cet avis, croyant que l’évaluation psychologique permettrait de mieux
orienter les différentes interventions, individuelles ou familiales, et que les changements qui suivraient
seraient davantage bénéfiques et significatifs pour l’individu (Huprich et Meyer, 2011; Selvini, 2010). Par
ailleurs, lorsqu’il y aurait bel et bien des problèmes sur le plan de la personnalité, ceux-ci devraient être
pris en considération et devraient, surtout, être bien identifiés, car l’organisation de personnalité
exercerait une grande influence sur la symptomatologie d’un sujet, sur le déploiement du diagnostic et sur
la conduite du traitement thérapeutique (Comité de rédaction sur les maladies mentales au Canada, 2002;
Huprich, 2011).

Cette vision n’est toutefois pas partagée par tous. Certains psychanalystes estiment, au contraire, qu’un
traitement psychanalytique devrait faire abstraction de l’aspect diagnostique. Ils percevraient les
nosographies diagnostiques comme étant un regroupement de symptômes donnés, auquel devrait
correspondre le fonctionnement psychique du sujet évalué, y voyant là des effets potentiellement
dévastateurs, notamment le risque « de figer un tableau, d’enfermer une personne dans son rôle de
malade, de cristalliser des troubles encore mouvants, tout en satisfaisant à bon compte à la fois
l’entourage et les équipes soignantes. » (Andronikov, 2017, p. 16). Le danger que le patient s’identifie à
son trouble ou à son diagnostic est également évoqué, ce qui aurait pour conséquence d’entraver le travail
thérapeutique. Pour appuyer cette position, d’aucuns affirment qu’un clinicien devrait se présenter sans
hypothèse et sans a priori susceptibles de l’enfermer dans une vision donnée (Hochmann, 2011). Il devrait
faire la rencontre de son client avec une attitude neutre d’ouverture à l’inconnu, ce que W. Bion nomme
la capacité négative (Hochmann, 2011). Ce concept renvoie à la « disposition qui permet au clinicien d’être
et de ‘’rester en relation avec ce qui est incompréhensible, contradictoire et mystérieux‘’ » dans le discours
du client; une disposition à accepter de demeurer dans le doute et dans une possible confusion, afin de
« ne pas donner prématurément une forme à ce qui est en train d’évoluer et qui pourra prendre forme
dans le champ analytique » éventuellement (Blanchard-Laville, 2013, p. 71). Or, il convient de prêter
attention à la manière dont cette posture bionnienne est interprétée! En effet, Bion ne se positionne pas
contre l’évaluation psychodiagnostique en soi; il recommande plutôt de laisser en suspens les
considérations diagnostiques et les objectifs thérapeutiques pendant les séances, afin de permettre au
thérapeute de se concentrer sur le matériel qui surgit et sur les enjeux qui s’y jouent. Conséquemment, à
chaque rencontre, « le psychanalyste devrait tenter de se mettre dans l’état d’esprit qui serait le sien s’il
n’avait jamais vu son patient auparavant. » (Bion, 1989, p. 1450). Le thérapeute devrait se présenter « sans
mémoire et sans désir », de manière à être « le plus réceptif possible à l’inconnu du patient » (Blanchard-
Laville, 2013, p. 69). Il s’agirait, d’une part, d’oublier ce qui a été discuté lors des séances précédentes pour
se concentrer uniquement sur ce qui se déroule pendant la séance en cours et, d’autre part, d’éviter tout
désir et idée relatifs aux résultats de la séance (Bion, 1989). Cet état de non-connaissance devrait

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permettre d’éviter les idées préconçues et de soutenir la mise en place d’une expérience émotionnelle
particulière, expérience qui favoriserait le déploiement de la thérapie et du transfert, de même que
l’utilisation du ressenti interne de chaque personne impliquée (Bion, 1989; Hochmann, 2011). Chaque
séance ne porterait donc pas « sur ce qui s'est passé ni sur ce qui va se passer », mais bien « sur ce qui est
en train de se passer » (Bion, 1989, p. 1449). Malgré cela, et entre les rencontres, Bion affirme que le
clinicien devrait en arriver à élaborer compréhension théorique et interprétations pour son propre
compte. Celles-ci gagneraient en justesse et en conviction au fil du temps, puisqu’elles émergeraient à
partir de l’expérience vécue avec le patient « et non de généralisations théoriques imparfaitement
retenues » (Bion, 1989, p. 1451). Ce sont là deux positions divergentes, qui comportent chacune des points
qui nous apparaissent intéressants.

1.2 Diagnostic psychologique et psychanalyse

La notion de diagnostic est généralement comprise comme étant le temps « de l’acte médical permettant
d’identifier la nature et la cause de l’affection dont un patient est atteint » (« Diagnostic », s. d.) et comme
le fait d’identifier « la nature d’une situation, d’un mal, d’une difficulté, etc., par l’interprétation des signes
extérieurs » (« Diagnostic », s. d.). Le diagnostic est fréquemment associé au domaine psychiatrique, où
« il s’agit de repérer des caractéristiques communes aux individus, qui transcendent en quelque sorte leurs
singularités, afin de les regrouper en classes, sous-classes, etc., ce qui permet en retour de les identifier. »
(Andronikof et Réveillère, 2004, p. 97). Dans certains modèles d’évaluation, notamment le DSM, le
diagnostic obtenu a une valeur dichotomique – sain ou malade –, pouvant ainsi être implicitement porteur
d’une forme de jugement de valeur du type bon ou mauvais. Or, en psychanalyse, lorsque l’évaluation
mène effectivement à un diagnostic psychologique, celui-ci n’a pas de valeur en soi : il se veut neutre, ni
sain ni pathologique, même si cela peut sembler une aporie. Il qualifie plutôt un sujet selon diverses
normes de développement et de fonctionnement de la psyché (Andronikof et Réveillère, 2004). Le niveau
de fonctionnement alors identifié pourrait, lui, être pathologique ou non.

Au moment de poser un diagnostic psychologique, diverses méthodes s’offrent au clinicien. En vertu de


ce qui est proposé dans la littérature, il semble que deux angles évaluatifs principaux seraient à relever :
une approche descriptive ou symptomatique, essentiellement axée sur les symptômes, et une approche
multidimensionnelle, qui prendrait en compte l’interrelation de plusieurs facteurs (Baekeland, 2014;

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Huprich, 2011; McWilliams, 2011). Une démarche descriptive s’intéresserait à la symptomatologie
présentée par le sujet. L’accent serait mis sur les comportements et les symptômes de surface. L’objectif
serait d’offrir une définition « précise et univoque […], communicable » de chaque entité clinique, une
définition qui pourrait rejoindre des cliniciens d’orientations théoriques diverses (Ionescu, 2019, p. 33). La
description et la classification se baseraient sur les manifestations et les symptômes caractéristiques de
chaque trouble (Ionescu, 2019). Il s’agirait donc de « regrouper un certain nombre de symptômes […] en
fonction de leur fréquence, durée et étiologie de leur apparition, et leur donner un nom qui soit facilement
reconnaissable » (Baekeland, 2014). Il y aurait prise en compte des symptômes rapportés par le patient et
par son entourage, auxquels s’ajouteraient ceux observés par le professionnel. De plus, il s’agirait souvent
d’une approche dite polythétique, signifiant que pour établir un diagnostic donné, le sujet doit présenter
« un nombre précis de symptômes parmi ceux qui figurent sur la liste dressée pour le trouble en question »,
pendant une certaine période (Ionescu, 2019, p. 34). Cette méthode devrait permettre aux cliniciens de
rapidement déterminer à quelle catégorie diagnostique appartiennent les symptômes du patient et
d’ensuite appliquer le plan de traitement le plus approprié. Il s’agirait de l’approche préconisée, entre
autres, dans les différentes éditions du DSM – le Diagnostic and statistical manual of mental disorders
(publiées par l’American Psychiatric Association [APA]) – et de la CIM – la Classification internationale des
maladies (publiées par l’Organisation mondiale de la santé [OMS]). Cette façon de faire ne porterait très
peu d’intérêt, parfois aucun, au sens des symptômes ou aux enjeux psychiques du sujet (Huprich, 2011).

Inversement, une approche multidimensionnelle examinerait une multitude de facteurs et prendrait en


considération plusieurs niveaux de fonctionnement. Les symptômes présentés par le sujet seraient pris en
compte, certes, mais de nombreux autres éléments touchant la vie interne du sujet seraient également
évalués : la manière d’entrer en relation avec autrui; la gestion des émotions; les peurs et les angoisses; le
type de conflit intrapsychique; les mécanismes de défense; les pensées; les désirs et les fantaisies, les
perceptions de soi et des autres; les ressources personnelles; l’organisation de personnalité (Andronikof
et Réveillère, 2004; Bergeret, 1996b, 2008; McWilliams, 2011). L’environnement immédiat et le contexte
socioculturel feraient également partie du processus évaluatif. La démarche globale consisterait à mettre
en relation les traits uniques, distinctifs et spécifiques du patient avec les symptômes qu’il présente, tout
en tenant compte de l’environnement dans lequel il évolue (Selvini, 2010).

Par ailleurs, il est entendu dans la communauté psychanalytique que de s’appuyer sur les symptômes
manifestes pour poser un diagnostic serait une méthode peu fiable (McWilliams, 2011; Möller, 2009; St-

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Onge, 2014). Il va sans dire que les symptômes comportent « l’avantage d’être aisément repérables, donc
visibles et objectifs pour tous », mais il ne serait pas possible ni souhaitable d’assurer une « équivalence
entre visibilité symptomatique ou comportementale et organisation psychique » (Husain et al., 2009, p.
182). Effectivement, des sujets ayant un diagnostic identique pourraient présenter des symptômes
manifestes différents, alors que des symptômes identiques pourraient être retrouvés chez des sujets avec
un diagnostic différent (Husain et al., 2009). De plus, dans les manuels diagnostiques d’approche
descriptive, le chevauchement des symptômes à travers les différents troubles serait extrêmement
fréquent, les critères diagnostiques manquant de précision et étant souvent ambigus (St-Onge, 2014).
Cette confusion influencerait à la hausse le nombre de comorbidités et pourrait ainsi augmenter le nombre
de diagnostics chez un individu (McWilliams, 2011; St-Onge, 2014). Cette situation soulève un enjeu de
validité délicat, car un diagnostic ne serait bon et valide que « s’il peut tracer une frontière claire entre
maladie mentale et ce qui ne l’est pas, entre différents troubles mentaux conçus comme autant d’entités
distinctes les unes des autres » (St-Onge, 2014, p. 211). Dès lors, s’il y a chevauchement, cela signifie que
la frontière diagnostique n’est pas suffisamment claire!

Tout porte à croire que ce problème pourrait disparaître avec une méthode d’évaluation
multidimensionnelle de la personnalité, puisqu’il y aurait là une prise en compte de nombreux facteurs
autres que la seule symptomatologie. En effet, une telle évaluation ciblerait aussi l’inconscient, les
motivations implicites, les conflits internes, les mécanismes de défense et les fantasmes*. Ces dimensions
supplémentaires contribueraient à assurer une meilleure identification et compréhension des traits
individuels et des caractéristiques psychologiques d’un sujet (Huprich et al., 2015). De là, il deviendrait
possible de mieux comprendre la symptomatologie apparente, notamment en fonction de son sens propre
et des enjeux psychiques auxquels elle est associée. Cette manière de faire permettrait d’éviter la
multiplication diagnostique, en plus de favoriser l’établissement d’un diagnostic clair et adéquat, qui sied
au sujet. Une telle conception multidimensionnelle des symptômes et de la psyché est absente des
modèles diagnostiques descriptifs, alors qu’elle est considérée comme essentielle et incontournable en
psychanalyse.

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1.3 Symptôme et psychanalyse

À la lumière de ce qui précède, il est clair que le modèle psychanalytique ne peut se satisfaire d’une
nosologie axée strictement sur les symptômes : purement descriptive, une telle méthode ne reflète pas
suffisamment la complexité de la psyché. Dans un modèle descriptif, les symptômes sont considérés
comme des signes ou des indices généralement perçus de l’extérieur et leur prise en compte constitue le
point central de l’évaluation, qui mène ensuite au diagnostic psychologique (Ferrant et Ciccone, 2007).
Cette manière de faire ne considère pas les modes pensées du sujet, ses mécanismes d’adaptation et de
défense, ses capacités de régulation émotionnelle ou ses modes de relations aux autres. Elle ne considère
pas non plus ses conflits internes, son histoire de vie ou les contextes sociaux et culturels dans lesquels cet
individu évolue (St-Onge, 2014). Or, ce sont précisément ces éléments qui intéressent le clinicien
psychodynamique. D’ailleurs, certains affirment qu’une évaluation de la personnalité centrée uniquement
sur les symptômes manifestes transformerait « des personnes vivantes en abstractions en les réduisant à
des porteurs de symptômes » (St-Onge, 2014, p. 224). La psychanalyse chercherait plutôt à comprendre
la souffrance psychique du sujet et la conflictualité inconsciente qui motivent le symptôme (Ferrant et
Ciccone, 2007). La symptomatologie serait étroitement liée au fonctionnement psychique et au vécu
personnel du sujet (Ferrant et Ciccone, 2007). Plusieurs soutiennent que la psychanalyse aurait maintes
fois démontré que le symptôme est porteur de sens et qu’il sert une intention (Florence, 2005; Freud,
1926/1999; Sempré, 2006). Ce sens échapperait à la conscience et cette particularité est précisément ce
qui permettrait au symptôme d’exister.

Conséquemment, le symptôme devrait être interprété dans une perspective globale et dynamique, ce qui
explique qu’une démarche centrée sur les symptômes ne serait définitivement pas suffisante pour
comprendre les difficultés d’un individu ni pour établir un psychodiagnostic (Ferrant et Ciccone, 2007;
Lingiardi et McWilliams, 2017). Il devrait « être considéré au sein d’un ensemble » et pas de manière isolée
(Ferrant et Ciccone, 2007, p. 237).

Une description davantage détaillée du symptôme, de la place accordée à sa signification et de ses


possibles rôles sera proposée dans le quatrième chapitre (section 4.2.5). Puisque ce chapitre présente
certains des concepts théoriques sur lesquels les modèles à l’étude s’appuient, il nous paraissait cohérent
d’y aborder la notion de symptôme d’une manière plus spécifique.

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1.4 Nosographies psychanalytiques

Compte tenu de ce qui a été précédemment présenté en termes d’évaluation et de diagnostic


psychologique, il semble que le modèle évaluatif utilisé devrait être multidimensionnel et devrait
s’appuyer sur des théories psychanalytiques. Au fil du temps, de nombreux systèmes d’évaluation et outils
diagnostiques ont été proposés par des psychanalystes, prenant appui sur des référents théoriques et des
expériences cliniques variées. Nous pouvons d’emblée penser aux propositions de Freud, mais également
au modèle d’évaluation de la personnalité d’Otto Kernberg, à l’approche de James E. Masterson pour les
troubles de personnalité limite, au modèle structural de Jean Bergeret ou à la théorie de l’attachement de
Bernard Golse, pour ne nommer que ceux-là. Ces multiples possibilités nous amènent à interroger leur
pertinence et leur mode d’utilisation. Il semble que la majorité d’entre eux portent attention à des
éléments similaires : le mode relationnel, la nature de l’angoisse, les types de mécanismes de défense, le
déploiement du narcissisme*, la relation d’attachement. Cependant, ils les décrivent et les organisent
différemment. De plus, selon que les cliniciens soient européens ou américains, les appellations et les
définitions ne sont pas toutes équivalentes.

Au fil de nos études universitaires, ainsi qu’à travers des discussions avec de nombreux psychologues, nous
avons compris qu’un clinicien devrait, idéalement, arriver à s’identifier à une certaine ligne de pensée et
d’analyse. Il devrait, en quelque sorte, choisir un modèle sur lequel il baserait sa compréhension de la
psyché humaine et qu’il utiliserait pour poser ses diagnostics psychologiques et cliniques. Dès lors, la
multitude d’options offertes complique le travail du clinicien et complique également le partage entre
professionnels qui ne sont pas de même allégeance théorique. Un nouveau problème apparaît alors :
comment s’y retrouver à travers des visions, des critères diagnostiques et des limites hétérogènes? Quels
éléments doivent être pris en compte pour faire une évaluation diagnostique qui soit juste et appropriée?
Si les divers modèles n’utilisent pas la même terminologie, comment savoir si nous parlons d’une même
entité clinique? Comment s’entendre, si nous n’utilisons pas le même langage clinique? Des questions
importantes, qui interpellent certainement plusieurs cliniciens.

1.5 Approche structurelle et psychanalyse

Tout système d’évaluation et de classification de la personnalité s’avère être, à la fois, une généralisation
et une simplification excessives d’une réalité nettement plus complexe (McWilliams et al., 2018). La

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psychologie propose différents systèmes de classement des troubles de santé mentale, généralement
tributaires de l’orientation théorique sous-jacente. Il est notamment question d’approches génétiques,
biologiques, athéoriques, descriptives, phénoménologiques ou structurelles (Andronikof et Réveillère,
2004; Ionescu, 2019; Kernberg, 2004).

En psychanalyse, l’usage d’un système de classification peut sembler contre-intuitif, considérant le souhait
de ne pas apposer d’étiquettes aux patients et d’éviter de les réduire à leur simple symptomatologie
(Delbrouck, 2013). Or, nous estimons qu’une forme de repérage diagnostique reste nécessaire, tant dans
une visée clinique que dans une visée de communication entre professionnels. Le recours à une approche
structurelle offre, à notre avis, une réponse satisfaisante à ces préoccupations. En effet, cette méthode
permettrait à la fois d’évaluer et de catégoriser le fonctionnement psychique d’un sujet, tout en assurant
une compréhension dynamique des différents aspects de la personnalité. L’approche structurelle
« procède de l’exploration du champ de l’inconscient » et illustre le fonctionnement psychique des
individus « selon le niveau de développement de leur appareil psychique et le type de conflit
(intrapsychique et inconscient) qui les anime » (Andronikof et Réveillère, 2004, p. 97). Elle propose une
compréhension globale de la psyché, qui associe instances psychiques, fonctions et mécanismes
psychiques en un ensemble cohérent et organisé, selon un modèle ordonné par structures, d’où le nom
de l’approche (Ferrant et Ciccone, 2007). Il y a généralement distinction entre trois structures psychiques :
névrotique, limite et psychotique. Chacune d’elle assurerait une fonction « de stabilisateur de l’appareil
psychique et de médiateur entre les facteurs étiologiques du trouble » et les manifestations visibles de
celui-ci (Kernberg, 2004, p. 18). Ainsi, quels que soient « les facteurs génétiques, constitutionnels,
biochimiques, familiaux, psychodynamiques ou psychosociaux qui interviennent dans l’étiologie de la
maladie, les effets de tous ses facteurs » se refléteraient dans « la structure psychique du sujet »
(Kernberg, 2004, p. 18). Différents thèmes psychiques seraient à investiguer par le clinicien. Ceux-ci
différeraient selon le modèle utilisé et l’auteur, mais plusieurs éléments seraient récurrents, à savoir : les
relations d’objet, l’angoisse, les mécanismes de défense et les symptômes manifestes (Ferrant et Ciccone,
2007; Kernberg, 2004).

L’évaluation structurelle aurait donc pour visée l’identification de la structure psychique d’un individu, en
plus de l’enrichissement et de l’augmentation de la précision de l’évaluation clinique. Elle renseignerait,
par exemple, sur « les motivations du patient, ses capacités d’introspection et sur la coopération qu’on
peut attendre de lui dans le traitement psychothérapeutique, et aussi sur les potentialités d’acting out*

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et de décompensation psychotique » (Kernberg, 2004, p. 48). Elle permettrait « d’accroître
considérablement l’acuité, la précision et l’exactitude des diagnostics différentiels », en plus d’apporter
« des éléments pronostiques et thérapeutiques importants pour chaque cas particulier » (Kernberg, 2004,
p. 46).

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CHAPITRE II
MÉTHODOLOGIE ET OBJECTIFS DE RECHERCHE

En psychologie, un essai est une forme de recherche scientifique qui permet au chercheur de « laisser libre
cours à ses impressions, sa subjectivité, à son intuition » (Teluq, n.d.). Il s’agit d’un « exposé écrit […],
faisant état des résultats d’un travail de recherche, de création ou d’intervention et constituant un
élément essentiel d’un programme de doctorat » (Université du Québec à Montréal, 2022, p. 4). Il offre
donc la possibilité de contribuer à l’avancement des connaissances scientifiques, tout en offrant un point
de vue personnel, singulier et critique (Brunet, 2002). Ce faisant, il cherche également à susciter la
réflexion du lecteur, à ouvrir de nouvelles perspectives de compréhension et à favoriser la discussion.

Ce chapitre présente l’objectif et les questions de recherche, le choix des modèles nosographiques à
l’étude, la démarche de recherche utilisée, la posture scientifique adoptée par la chercheure, la
constitution du corpus théorique et la méthode d’analyse.

2.1 Objectif et questions de recherche

Le présent essai doctoral est théorique et s’inscrit dans le courant psychanalytique. Il vise la
compréhension et la comparaison de deux modèles nosographiques largement utilisés en psychanalyse :
le modèle structural de Jean Bergeret et la deuxième édition du Psychodynamic Diagnostics Manual
(Lingiardi et McWilliams, 2017). L’objectif de recherche est le suivant :

Décrire et comparer le modèle structural de Jean Bergeret et le Psychodynamic Diagnostic


Manual (2e édition).

De cet objectif, deux questions ont émergé :

1) Quels sont les points de convergence et de divergence des deux modèles à l’étude?
2) Comment ces modèles conceptualisent-ils le fonctionnement de la personnalité?

Ces questions de recherche principales nous permettront de bien comprendre chaque modèle. Elles
permettront de faire ressortir les ressemblances et les divergences, les points de contradiction et de
complémentarité, tant en ce qui concerne leur construction et leur méthode d’utilisation, qu’en ce qui
touche leur conceptualisation du fonctionnement de la personnalité. À travers une étude « progressive et
sensible » de la littérature à notre disposition (Paillé et Mucchielli, 2012, p. 209), diverses autres questions
risquent d’émerger et d’ainsi nécessiter des relectures et des réanalyses du matériel. Tout porte à croire
que cela permettra de préciser ou d’approfondir l’étude des deux modèles diagnostiques et de mieux
répondre à l’objectif et aux questions de recherche. Nous n’avons aucune attente ou hypothèse quant aux
résultats qui seront obtenus. Cette méthodologie laisse place à la découverte de nouvelles avenues de
comparaison, qui n’auraient pas été pensées au préalable. De là, il apparaît évident que de nouvelles idées
ou pistes de réflexion seront générées.

2.2 Choix des modèles à l’étude

Comme premier sujet d’étude, notre choix s’est arrêté sur le modèle structural de Jean Bergeret, pour sa
grande valeur clinique. Minutieusement présenté dans son ouvrage « La personnalité normale et
pathologique » (1996b), Bergeret offre une vision particulièrement innovante de la psychopathologie en
introduisant la notion de normalité. De ce fait, il tempère la vision qu’a la psychologie des troubles de
personnalité et normalise la différence, il dédramatise le diagnostic psychologique. Nous croyons que cela
mérite une étude approfondie. De plus, sa nosographie s’inscrit dans une approche structurelle de la
personnalité. En plus de permettre l’établissement de diagnostics psychologiques et de diagnostics
différentiels, cette approche les enrichit. Elle permet de mettre en lumière les liens entre le
fonctionnement de personnalité d’un sujet et ses symptômes manifestes (Kernberg, 2004). En outre, elle
améliorerait la prise en charge thérapeutique, par la prise en compte du transfert et du compte-transfert,
et « contribue à préciser le pronostic et le traitement » (Kernberg, 2004, p. 17). Qui plus est, il apparaît
que la nosographie de Bergeret est beaucoup utilisée au Québec, alors il devient d’autant plus pertinent
de s’y intéresser et de l’explorer.

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Le second modèle choisi est le Psychodynamic Diagnostic Manual, 2e édition (Lingiardi et McWilliams,
2017). La première version de l’ouvrage (PDM Task Force, 2006) sera également utilisée à certains
moments, à titre de référence. Nous estimons que, dès sa création en 2006, le PDM a transformé le monde
du diagnostic. Tout d’abord, car il s’agit d’un système de classification d’origine psychanalytique, au
contraire des systèmes disponibles à l’époque qui se voulaient principalement athéoriques. Le manuel est
d’ailleurs réputé pour prendre appui sur une grande variété d’études et de recherches empiriques en
psychanalyse, ce qui a contribué à ce qu’il gagne en notoriété et crédibilité à travers le monde de la
psychologie (Huprich et al., 2015). Puis, parce que cette orientation psychanalytique est peu apparente
dans le manuel; il peut être utilisé par des cliniciens de toutes approches théoriques, ce qui le rend très
accessible. Enfin, parce que dans les deux éditions du manuel, les catégories diagnostiques, les critères et
les descriptions incluent des concepts tels que les motivations implicites, les conflits psychiques, les
mécanismes de défense, les désirs et les fantasmes, de même que divers autres construits
psychanalytiques (Huprich et al., 2015).

Néanmoins, bien que ces deux modèles s’inscrivent dans le courant psychanalytique, il apparaît que leur
construction interne et leur mode d’utilisation sont fort différents, ce qui constitue un intérêt
supplémentaire à leur comparaison. Enfin, le fait que le PDM a été créé après le modèle structural de
Bergeret est aussi un élément intéressant. Peut-être que certains cliniciens ne trouvaient pas leur compte
dans le modèle proposé par Bergeret ou alors qu’un modèle français n’a pas réussi à pénétrer la
psychanalyse anglophone? Peut-être serait-ce plutôt que les cliniciens américains ont souhaité créer
quelque chose qui répondait davantage à leurs besoins cliniques? Cet élément temporel soulève nombre
de questions quant aux similarités et différences entre les modèles. Toutes ces raisons justifient fort bien
l’étude et la comparaison des nosographies sélectionnées.

2.3 Paradigme de recherche et posture scientifique

Cette recherche s’inscrit dans une approche qualitative, de type réflexive. Elle se veut une « démarche
discursive de reformulation, d’explicitation ou de théorisation », qui mène à la découverte et à la
« production de sens » (Paillé et Mucchielli, 2012, p. 11). Ce paradigme vise l’exploration et la
compréhension des modèles à l’étude, par le biais de la réflexion, l’intuition et l’expérience (Dorais, 1993).

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Nous avons décidé de nous positionner dans une approche épistémologique, à la fois herméneutique et
constructiviste, où la théorie est au service de la pratique clinique.

L’herméneutique ne doit pas être considérée comme une méthode de recherche, mais plutôt comme
« une modalité du comprendre », où le chercheur est partie prenante du processus (Paillé et Mucchielli,
2012, p. 104). Elle touche l’explication, l’exploration, l’intelligible. Elle a pour objet « la compréhension des
logiques humaines et sociales que des textes […] tentent de rendre et que l’analyste s’efforce d’interpréter
rigoureusement en prenant compte à la fois qui il est en tant que chercheur et porteur d’une sensibilité
théorique, et ce que les textes […] offrent comme univers à connaître » (Paillé et Mucchielli, 2012, p. 21).
Cette conception est intéressante et particulière, car en tant que chercheure, « au moment d’entrer dans
l’univers des corpus à analyser, nous y sommes déjà, c’est nous que nous allons retrouver d’abord. » (Paillé
et Mucchielli, 2012, p. 105). Un nous influencé par notre histoire personnelle, notre personnalité et nos
expériences, mais également par notre culture et la communauté scientifique à laquelle nous appartenons.

La perspective constructiviste serait étroitement liée à l’herméneutique. Il y est considéré que la réalité
est multiple et subjective. Le sens qui lui est attribué émerge de la relation entretenue entre cette réalité
et un individu (Nguyên-Duy et Luckerhoff, 2007). En recherche, cela signifierait que les connaissances
générées sont le fruit de l’interaction entre l’objet d’étude et le chercheur. Par conséquent, le « réel
connaissable est un réel phénoménologique, celui que le sujet expérimente et nous ne pouvons en aucun
cas concevoir un monde indépendant de notre expérience » (Mucchielli, 2005, p. 14). Les connaissances
générées dans un contexte constructiviste résulteraient de l’interaction « du sujet connaissant et de l’objet
de connaissance » (Mucchielli, 2005, p. 15). Il n’y aurait donc pas de réelle neutralité scientifique. En outre,
la construction de nouvelles connaissances serait aussi en lien avec les objectifs de recherche sous-jacents.
Mucchielli explique que cognitions et réflexions ont un « caractère intentionnel et donc finalisé », faisant
en sorte que les résultats d’une recherche dépendent des objectifs qui ont été préalablement fixés (2005,
p. 15). Le constructivisme se voudrait ainsi un processus récursif, où « la connaissance établie et le
processus de connaissance qui l’établit se structurent réciproquement », au regard des éléments
précédemment énoncés (Mucchielli, 2005, p. 15).

Cette posture scientifique souligne et soutient l’importance de la subjectivité dans le développement des
connaissances et permet de rendre ces connaissances davantage accessibles (Mucchielli, 2005).

17
2.4 Constitution du corpus théorique

Considérant que le présent essai doctoral est théorique, il ne requiert l’implication d’aucun participant. De
ce fait, il n’y a pas d’enjeux éthiques ni de considérations liées à la confidentialité. Il n’y a pas non plus
d’analyses préliminaires, de cueillette de données sur le terrain, de transcriptions ou de logiciels spécialisés.

Le matériel nécessaire s’est plutôt constitué d’une multitude d’écrits. La collecte des données s’est faite
par recherche documentaire. Nous avons utilisé plusieurs bases de données, accessibles par l’intermédiaire
de notre université, pour dénicher des livres, des articles scientifiques et des rapports de colloques.
Certains sites internet et blogues ont aussi été considérés. Tous ces éléments ont ensuite permis de décrire
et de « restituer la teneur et la dynamique » interne des nosographies étudiées (Dorais, 1993, p. 13).

Les documents retenus s’avèrent être des sources bibliographiques de niveaux primaire et secondaire. Les
sources primaires permettent de rendre compte de la pensée des auteurs avec précision. Elles incluent
des livres, des participations à des ouvrages communs, des articles de périodiques, des actes de colloques
et des comptes rendus de présentations, écrits par Jean Bergeret ou relevant directement des deux
éditions du Psychodynamic Diagnostic Manual (Lingiardi et McWilliams, 2017; PDM Task Force, 2006).
Certains documents sont très récents, alors que d’autres datent de plusieurs années. Malgré cela, ils sont
tous pertinents et représentent la vision actuelle des modèles nosographiques.

Les sources secondaires sont multiples et de provenances variées. D’abord, nous avons consulté des textes
d’auteurs liés à Bergeret, tels que Claude de Tychey et Marcel Houser. Nous avons également lu de
nombreux textes provenant des auteurs qui ont participé à l’élaboration des PDM, dont Nancy McWilliams,
Otto Kernberg, Daniel Widlöcher et Vittorio Lingiardi, pour ne nommer que ceux-là. Puis, l’étude de
plusieurs écrits de Sigmund Freud s’est avérée d’une aide capitale, tout comme la lecture d’auteurs tels
que Jean-Michel Quinodoz ou Jean-Pierre Chartier, qui ont eux-mêmes analysé et commenté l’œuvre de
Freud. S’ajoute à cela la lecture de psychanalystes tels que Melanie Klein, Hanna Segal, Anna Freud, Joyce
McDougall et René Roussillon. Enfin, différents ouvrages de référence ont été consultés, afin de définir et
clarifier les notions entourant le développement de la personnalité, le diagnostic, les processus mentaux
et les instances psychiques. Il s’agit de dictionnaires généraux, de dictionnaires de psychanalyse et de
divers textes pertinents.

18
Le corpus théorique constitué par ces multiples références permet de bien illustrer les fondements
théoriques des deux modèles diagnostiques.

2.5 Méthode d’analyse du matériel

Pour répondre à l’objectif de recherche, il importe de faire dialoguer les deux modèles à l’étude, afin
d’articuler les positions de chacun en un tout interprétatif cohérent, dans le but d’établir des comparaisons
pertinentes et étayées. Une double méthode d’analyse a été préconisée : l’analyse en mode écriture et
l’analyse par questionnement analytique.

L’analyse en mode écriture est une stratégie rigoureuse qui utilise le médium de l’écriture. Il s’agit de noter
toutes idées, hypothèses, réflexions, constatations et opinions qui apparaissent lors de la lecture des
textes à analyser (Paillé et Mucchielli, 2012; Vigour, 2005). Ces notes permettront de formuler une
première compréhension des écrits, menant ensuite la chercheure à une relecture de ceux-ci. Ce processus
implique donc de multiples allées et venues entre la lecture et la prise de notes, dans un objectif « de
reformulation, d’explicitation, d’interprétation ou de théorisation » (Paillé et Mucchielli, 2012, p. 184).
L’écriture devient une « praxis d’analyse », elle devient « écriture analytique » (Paillé et Mucchielli, 2012,
p. 191). Nous avons choisi cette méthode, car, à l’instar de nombreux chercheurs, l’écriture est une
méthode nous permettant de mieux déployer et articuler notre pensée. L’écriture nous aide
considérablement à faire des liens, à analyser et à comprendre. Comme décrit par Paillé et Mucchielli
(2012), l’écriture analytique est une manière de faire progresser l’analyse des données, en ce que les
séquences de lecture et relecture, écriture et réécriture, ainsi que l’accumulation de tout ceci, permettent
de générer des constats, qui mèneront à des interprétations. Ces dernières seront ensuite revues, révisées
et enrichies, jusqu’à ce qu’elles mènent à l’articulation et la mise en évidence de résultats qui répondent
aux questions de recherche.

Bien que l’analyse en mode écriture aurait pu être l’unique outil utilisé, nous l’avons jumelée au mode
d’analyse par questionnement analytique. L’ajout de cette deuxième méthode était pour nous évident,
puisque nos différentes recherches et lectures ont suscité une multitude de nouvelles questions. Il nous
semblait donc logique d’utiliser ces questionnements pour bonifier notre analyse. Après avoir utilisé ces
deux méthodes d’analyse, nous sommes d’avis qu’elles se combinent très bien. L’analyse par

19
questionnement analytique « incarne une herméneutique en tant qu’elle repose sur des allers-retours
constants entre observations et questionnements, alors que l’évolution du canevas investigatif est
fonction de la saisie plus nuancée de l’objet, et vice versa » (Paillé et Mucchielli, 2012, p. 211). Cette
méthode consiste à consigner les questions auxquelles nous souhaitons répondre, pour ensuite écrire les
réponses, ou les pistes de réponses, qui apparaissent éventuellement lors des lectures. Au fil des lectures
et des analyses subséquentes, les questions se multiplient. Par conséquent, en plus des questions de
recherche initialement posées dans cet essai, nous avons cherché à répondre aux questionnements induits
par nos lectures. Comme dans l’analyse en mode écriture, plusieurs relectures des sources
bibliographiques ont été faites, afin de consolider et de valider les réponses obtenues.

Ces deux méthodes de travail et d’analyse ont mené à l’élaboration des paramètres comparatifs d’une
manière presque imperceptible par l’étudiante chercheure. En fait, les facteurs de comparaison se sont
naturellement imposés à travers les lectures et les notes prises pendant le processus de recherche. En
retraçant les multiples questionnements qui ont émergé en cours de route, il est apparu que la
terminologie utilisée par les auteurs, ainsi que la signification accordée à quelques termes généraux et à
certaines notions psychanalytiques – comme santé mentale, relation d’objet ou angoisse – étaient des
facteurs à comparer. Puis, il s’est avéré que les conceptions véhiculées par les auteurs quant à
l’organisation et le fonctionnement de la personnalité étaient également des éléments importants à
analyser. Les critères utilisés dans les nosographies pour faire l’évaluation de la personnalité se sont aussi
révélés être des aspects significatifs à prendre en considération. En outre, la constitution interne de
chaque modèle et leur méthode d’utilisation sont apparues comme des éléments non négligeables.
Conséquemment, les deux nosographies à l’étude dans cet essai seront comparées en fonction des aspects
suivants : terminologie et vocabulaire; conception de la santé mentale et de la psychopathologie;
adhérence au paradigme normalité/anormalité; constitution interne et méthode d’utilisation des modèles;
conceptualisation de la personnalité. Le choix a été fait d’aborder cette comparaison sous l’angle des
similitudes et des différences, par souci de clarté. Les paramètres susmentionnés seront présentés de
manière distincte, selon qu’il s’agit de points de convergence ou de divergence. Cette formule était la plus
cohérente selon l’étudiante chercheure.

20
CHAPITRE III
CONTEXTUALISATION TERMINOLOGIQUE

Préalablement à toute exploration des modèles nosographiques à l’étude dans cet essai, il est nécessaire
de s’entendre sur la terminologie utilisée, pour bien comprendre de quoi il retourne et pour éviter toutes
confusions de sens ou erreurs de nomenclatures. Ce chapitre propose une définition des concepts
principaux qui soutiennent l’ensemble de cette recherche. Nous présenterons d’abord ce qui est entendu
par les termes de personnalité, santé mentale, maladie mentale et psychopathologie. Puis, nous
présenterons les concepts de normalité/anormalité, une position théorico-clinique élaborée par Jean
Bergeret. Enfin, nous définirons certains concepts psychanalytiques essentiels à la compréhension des
deux nosographies étudiées, à savoir : objet et relation d’objet; fonctionnement du Moi; angoisse;
mécanismes de défense; symptôme.

3.1 Personnalité

Pour aborder le fonctionnement de la personnalité d’un individu d’un point de vue psychanalytique, il est
nécessaire de s’entendre sur ce que désigne, justement, la personnalité. Nous pouvons d’abord nous
référer aux nombreux travaux de Sigmund Freud concernant les première et deuxième topiques, pour
comprendre le concept. Au départ, Freud voyait le Moi comme désignant la personnalité dans son
ensemble, donc comme la représentation extérieure et consciente du Moi; il parlait du moi-total
(Quinodoz, 2015). Puis, cette vision aurait évolué et la personnalité aurait été décrite à partir de
l’articulation de l’Inconscient, du Préconscient et du Conscient, de même que par l’influence mutuelle des
instances Ça*, Moi et Surmoi*. Dès lors, la personnalité pourrait être comprise comme le produit des
conflits internes entre les instances et le jeu de forces entre le Moi et les exigences du monde extérieur.
Elle serait « la résultante des forces respectives en présence et de leur équilibre dynamique » (Quinodoz,
2015, p. 94). Cette conception se serait également enrichie par la prise en compte des stades de
développement psychosexuels, où « l’épanouissement plus ou moins complet de chaque stade quant au
but visé, tout en tenant compte de la réalité » (Morin et Bouchard, 1997, p. 18) viendrait influencer
l’expression de la personnalité et du caractère.
Par la suite, nombre d’auteurs ont repris et redéfini la notion de personnalité, non seulement en
psychologie, mais dans maintes disciplines connexes. Le Grand dictionnaire de la psychologie (Bloch et al.,
1999) définit la personnalité comme des « caractéristiques affectives, émotionnelles, dynamiques
relativement stables et générales de la manière d’être d’une personne dans sa façon de réagir aux
situations dans lesquelles elle se trouve », ce qui n’inclut pas l’intelligence, les connaissances ou les
aptitudes cognitives diverses. La personnalité serait un ensemble organisé de caractéristiques psychiques,
elles-mêmes « considérées dans leur évolution à travers les étapes de la vie » et qui présentent une
constance suffisante pour assurer « la continuité de la perception de soi, et donc de l’impression qu’a la
personne de sa propre identité » (Morin et Bouchard, 1997, p. 3). Le développement de l’identité
contribuerait à assurer la cohérence et la constance des comportements, des pensées et des émotions
d’une personne (Cloutier et al., 2005, p. 256). Plusieurs cliniciens sont d’avis qu’il est important de
considérer les perceptions et les processus inconscients comme constituants de la personnalité, car ils
influenceraient l’expression des pensées, des émotions, des comportements et des motivations du sujet
(Huprich, 2011).

Pour Jean Bergeret, la personnalité représenterait les « mécanismes psychiques » et les « éléments
métapsychologiques profonds et fondamentaux » à l’œuvre chez un sujet (Bergeret, 1996b, p. 47). Elle
serait constituée de deux paliers. Le premier serait « un niveau latent et profond évoluant vers une
structuration du fonctionnement mental de plus en plus précise et inchangeable » (Bergeret, 1996b, p.
115-116). Il constituerait la base intrapsychique invisible sur laquelle repose la personnalité et serait, de
ce fait, un facteur d’influence pour le deuxième niveau. Celui-ci correspondrait à « toute une série de
phénomènes manifestes et superficiels beaucoup moins spécifiques, et, en cela, beaucoup plus
modifiables », donc des caractéristiques extérieures et visibles (Bergeret, 1996b, p. 116). Par conséquent,
la personnalité d’un sujet refléterait l’interrelation des aspects psychiques invisibles et des manifestations
visibles. Elle se manifesterait à travers les caractéristiques individuelles du sujet et son originalité, ses
relations interpersonnelles et ses choix amoureux, ses besoins, ses angoisses, ses mécanismes de défense,
son degré d’adaptation à la réalité, ses rêves et ses fantaisies (Bergeret 1996b, 2011). Les caractéristiques
fondamentales du premier palier seraient donc stables et inchangeables, alors que les caractéristiques du
second seraient modifiables et transformables, notamment par l’intermédiaire de la psychothérapie
(Bergeret, 1996b).

22
Dans les deux éditions du Psychodynamic Diagnostic Manual (PDM), la personnalité est conceptualisée
comme une carte psychique : une carte qui permet de naviguer, de s’orienter par rapport aux différents
points de repère reconnaissables et de trouver une position précise (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 15).
Elle est décrite comme un assemblage relativement stable « du tempérament, des éléments
développementaux, du style d’attachement, des schémas affectifs, des mécanismes de défense, des
tendances motivationnelles, des influences culturelles et sexuelles » (McWilliams et al., 2018, p. 4). La
personnalité serait ce qui caractérise un sujet, qui caractérise qui il est, ses forces et ses faiblesses (Lingiardi
et McWilliams, 2017, p. 16; PDM Task Force, 2006, p. 17). Elle représenterait l’ensemble des façons d’être,
de ressentir, d’agir, de s’adapter et d’entrer en relation avec autrui, ainsi que les façons de penser, ce qui
inclus le système de croyances, les valeurs morales, les idéaux et les représentations de soi et des autres
(Lingiardi et McWilliams, 2017; PDM Task Force, 2006). Pour les auteurs du PDM, la personnalité d’un sujet
se constituerait à partir des données génétiques, de la trajectoire développementale du sujet et de ses
comportements. Le fonctionnement interne et les processus psychologiques – tels que les schèmes de
pensées et d’affects, l’expérience de soi et des autres, les mécanismes de défense et d’adaptation, les
motivations et les fantasmes – auraient aussi une influence importante sur le développement de la
personnalité (Cloutier et al., 2005; Lingiardi et McWilliams, 2017). Certains de ces processus seraient
conscients, alors que d’autres seraient inconscients ou automatiques (PDM Task Force, 2006). La
personnalité se manifesterait à travers les perceptions et les hypothèses de celui-ci pour comprendre ses
expériences personnelles; les manières caractéristiques de poursuivre ses objectifs; son répertoire de
réponses émotionnelles et de gestion des affects; ses schèmes comportementaux typiques, notamment
dans ses relations interpersonnelles; sa façon de s’accommoder aux exigences de l’environnement externe,
de réduire son anxiété et de gérer les possibles attaques à son intégrité ou à son estime personnelle (PDM
Task Force, 2006, p. 17). L’organisation de la personnalité influencerait la capacité du sujet à fonctionner
au quotidien. Par ailleurs, la personnalité devrait être comprise à partir de la dynamique interne du sujet,
plutôt qu’en fonction des comportements ou traits observables (McWilliams, 2011); ceux-ci seraient plutôt
les représentants des préoccupations inconscientes (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 29). Tout cela fait
en sorte que pour les auteurs du PDM, la personnalité ne serait pas immuable, mais elle évoluerait et
changerait tout au long de la vie du sujet; conception qui diffère légèrement de celle de Bergeret.

23
3.2 Santé mentale

Nombreux sont ceux qui ont tenté de définir ce qui peut être considéré comme relevant d’une bonne
santé mentale et ce qui est plutôt du domaine de la maladie. Dans les sections suivantes, nous proposerons
des définitions et établirons des distinctions entre la santé mentale, la maladie mentale et la
psychopathologie.

Dans un premier temps, le recours à des dictionnaires généraux permet de comprendre la notion de santé.
Le dictionnaire Le nouveau Petit Robert désigne la santé comme un « fonctionnement régulier et
harmonieux de l’organisme pendant une période appréciable (indépendamment des anomalies ou des
traumatismes qui n’affectent pas les fonctions vitales […]) » et comme un état d’équilibre et d’harmonie
psychique (Dictionnaires Le Robert, 2003, p. 2361). En ligne, le dictionnaire Larousse décrit la santé comme
suit : « État de bon fonctionnement de l’organisme », « Équilibre psychique, harmonie de la vie mentale »
(« Santé », s. d.). L’Office québécois de la langue française (2018) en donne la définition suivante : « État
de bien-être psychologique caractérisé par une aptitude du psychisme à fonctionner de manière
structurée et efficace, permettant à une personne de faire face aux situations difficiles, de réaliser son
plein potentiel dans les sphères personnelle, sociale et professionnelle, ainsi qu’à se comporter de façon
acceptable socialement ».

Dans un deuxième temps, la consultation de différentes instances œuvrant dans le domaine de la


psychologie permet de faire le saut vers la notion de santé mentale. Pour l’OMS, la santé mentale
représenterait un état complet de bien-être « physique, mental et social », qui permet « à chacun de
reconnaître ses propres capacités, de se réaliser, de surmonter les tensions normales de la vie, d’accomplir
un travail productif et fructueux et de contribuer à la vie de sa communauté » (Portail santé mieux-être,
2019). Un regroupement québécois d’organismes communautaires, appelé Mouvement Santé mentale
Québec (2014-2022), décrit la santé mentale comme un état d’équilibre « dynamique entre les différentes
sphères de la vie : sociale, physique, spirituelle, économique, émotionnelle et mentale ». La santé mentale
serait alors un état où un individu se retrouve adapté à son milieu, épanoui et fonctionnel dans sa vie
quotidienne. Dans le Grand dictionnaire de la psychologie, la santé mentale renvoie à la santé du
psychisme, l’aptitude de la psyché « à fonctionner de façon harmonieuse, agréable, efficace et à faire face
avec souplesse aux situations difficiles en étant capable de retrouver son équilibre » (Bloch et al., 1999, p.
813). Selon la même source, la capacité à s’adapter à l’environnement serait un élément fondamental
d’une bonne santé mentale, parce qu’elle traduirait la faculté d’un individu à vivre « en harmonie avec son

24
entourage », à jouir « d’un équilibre satisfaisant, étant donc capable de résoudre ses conflits à la fois à
l’extérieur et à l’intérieur de lui-même et de résister aux diverses frustrations inévitables dans une vie avec
les autres » (Bloch et al., 1999, p. 814).

La définition du Grand dictionnaire de la psychologie (Bloch et al., 1999) concorde avec les idées amenées
par Jean Bergeret, puisque ce dernier parle d’équilibre, d’adaptation et d’harmonie. Essentiellement, il
conçoit la santé mentale comme un état « d’adéquation fonctionnelle heureuse », un équilibre
harmonieux entre les pressions internes et les réalités externes (Bergeret, 1996b, p. 20). Il y voit une bonne
adaptation générale entre besoins, relations, réalité et imprévus. Pour lui, la santé mentale est liée à la
normalité – concept qui sera décrit ultérieurement (section 3.4).

Ces conceptions de la santé mentale correspondent bien avec celle présentée dans le Psychodynamic
Diagnostic Manual, 2e édition (Lingiardi et McWilliams, 2017). En effet, la santé mentale y est décrite
comme un fonctionnement optimal ou très bon, pour la plupart des capacités mentales et dans la majorité
des sphères de la vie. Un individu qui jouirait d’une bonne santé mentale serait capable d’entretenir des
relations interpersonnelles satisfaisantes, de vivre et comprendre une vaste gamme d’émotions et de
pensées – en conformité avec son âge – et de gérer ses impulsions de façon appropriée. Son sentiment
d’identité serait cohérent, stable et continu, puis ses réactions aux enjeux internes et aux stresseurs
environnementaux seraient flexibles (Lingiardi et McWilliams, 2017). Il présenterait des variations
modestes et prévisibles de ses capacités d’adaptation – bien que certains mécanismes de défense soient
plus fréquemment utilisés – et ferait preuve d’une souplesse suffisante pour s’adapter adéquatement aux
défis et réalités de la vie quotidienne. Ses comportements seraient adaptés aux situations et en accord
avec ses valeurs personnelles. Enfin, le manuel indique qu’un sujet en bonne santé psychique ne souffrirait
pas de détresse excessive et n’en ferait pas vivre à autrui, mais pourrait devenir symptomatique lorsque
confronté à un événement anxiogène (Lingiardi et McWilliams, 2017).

3.3 Maladie mentale et psychopathologie

3.3.1 Maladie mentale

Le terme général de maladie est défini par les Dictionnaires Le Robert comme une « [a]ltération organique
ou fonctionnelle considérée dans son évolution, et comme une entité définissable » (2003, p. 1548).

25
L’entrée renvoie également au mot pathologie, qui est traité comme un comparable. Appliquée au champ
de la psychologie, la maladie mentale pourrait se décrire par des changements significatifs « du mode de
pensée, de l’humeur (affects) ou du comportement associé[s] à une détresse psychique et/ou à une
altération des fonctions mentales » (Fleury et Grenier, 2012). Elle entraînerait une perturbation des
activités quotidiennes, professionnelles ou sociales et elle se manifesterait par des symptômes plus ou
moins intenses ressentis par le sujet, ainsi que par les changements observés par son entourage
(Gouvernement du Québec, 2021).

3.3.2 Psychopathologie

Depuis plusieurs années toutefois, le terme pathologie est davantage utilisé que l’expression maladie
mentale. Il réfère à « l’ensemble des manifestations d’une maladie et des effets morbides qu’elle
entraîne » (« Pathologie », s. d.). Si cette pathologie concerne le fonctionnement mental et la psyché, il
est donc question de psychopathologie.

La psychopathologie traduirait un dysfonctionnement des processus psychologiques, biologiques ou


développementaux relatifs au fonctionnement mental et lié à la présence de symptômes (American
Psychiatric Association, 2013). Cette formulation apparaît à de nombreuses reprises dans les textes de
Freud pour parler des problématiques névrotiques. Il décrivait ces dernières comme étant le résultat de
désirs, de peurs et de souvenirs inconscients, qui tentaient de remonter à la conscience, mais qui étaient
bloqués par des résistances, elles aussi inconscientes. Il était avancé que ce blocage faisait surgir une
formation de compromis, qui permettait une expression partielle et implicite du conflit interne, d’où
l’apparition de symptômes (Orcutt, 1997). Depuis l’époque freudienne, la psychanalyse a reconnu d’autres
organisations de personnalité, avec des caractéristiques différentes, pour lesquelles le terme de
psychopathologie peut s’appliquer.

À travers ses écrits, Jean Bergeret utilise le terme psychopathologie pour désigner un déséquilibre entre
la vie psychique interne et les exigences du monde externe, « un état de désadaptation visible par rapport
à la structure propre et profonde » du sujet (Bergeret, 1996b, p. 45). Il s’agirait d’une « forme plus ou
moins durable de comportement à la suite de l’impossibilité de faire face à des circonstances nouvelles
[…] devenues plus puissantes que les défenses mobilisables habituellement » (Bergeret, 1996b, p. 45). La
psychopathologie est en lien direct avec ce que Bergeret identifie comme un état d’anormalité, élément
qui sera abordé plus tard. Cet état apparaîtrait donc des suites d’un manque de flexibilité psychique et

26
d’une adaptation insuffisante aux divers changements situationnels, personnels ou environnementaux
(Bergeret, 1996b). De ce fait, pour conclure à la présence d’une psychopathologie, l’équilibre psychique
du sujet devrait être suffisamment mis à mal pour que celui-ci n’arrive plus à s’adapter aux défis et
événements qu’il rencontre sur son chemin, qu’il ne soit plus en mesure de fonctionner convenablement
au quotidien et qu’il présente des symptômes perturbateurs (Bergeret, 1975, 2008). Par ailleurs, le
psychanalyste affirme que les mécanismes psychiques qui sous-tendent une décompensation et
l’apparition d’une pathologie « préexistaient bien avant les difficultés adaptatives devenues manifestes »
dans la maladie (Bergeret, 1975, p. 137).

Les deux éditions du Psychodynamic Diagnostic Manual (Lingiardi et McWilliams, 2017; PDM Task Force,
2006) utilisent le terme « disorder », qui peut généralement être traduit par maladie, désordre ou trouble.
Dans le domaine de la psychologie, cela renvoie donc à l’appellation psychopathologie. Les auteurs du
manuel décrivent la psychopathologie comme une condition psychologique marquée par des déficits tels,
que le fonctionnement mental en est altéré, que des problèmes apparaissent dans les activités
quotidiennes et qu’un traitement est nécessaire (PDM Task Force, 2006, p. 19). Il s’agirait d’un
fonctionnement mental qui manquerait de flexibilité, qui présenterait un éventail de défenses restreintes
et maladaptées, de même que des déficits majeurs dans certains domaines de la vie. Il y aurait un degré
de rigidité et d’exagération important, qui causerait des dysfonctionnements considérables, une altération
manifeste du fonctionnement mental et des déficits dans les domaines relationnel, identitaire, affectif ou
cognitif (Lingiardi et McWilliams, 2017). À cela s’ajouterait la présence d’une détresse notoire, causée à
soi ou à autrui, et l’impossibilité de s’imaginer être différent ou se souvenir de l’avoir déjà été, tout ceci
depuis une très longue période (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 17; PDM Task Force, 2006, p. 19).

En outre, les auteurs du manuel considéreraient la psychopathologie comme étant bien davantage qu’un
regroupement de symptômes. Elle traduirait plutôt l’interaction entre les facteurs génétiques, le
tempérament, les expériences de la petite enfance, le style d’attachement, l’organisation de personnalité
et les divers stresseurs environnementaux auxquels se heurterait un individu (Lingiardi et McWilliams,
2017). Il semble qu’il serait très important que l’évaluation d’une psychopathologie prenne en
considération le fonctionnement de la personnalité, car le sens des symptômes serait différent en fonction
de l’organisation psychique de l’individu qui les présente (McWilliams et al., 2018). De plus, cette
évaluation devrait prendre en compte le contexte où évolue le sujet, ainsi que son niveau d’adéquation
avec les normes et les valeurs culturelles, sociales et familiales (Lingiardi et McWilliams, 2017). Ce serait

27
l’ensemble de ces variables qui permettrait de bien comprendre la symptomatologie apparente et la
souffrance du sujet, puis de ben évaluer la présence ou non d’une psychopathologie (McWilliams et al.,
2018).

3.4 Normalité et anormalité

Déjà dans l’œuvre de Freud, la notion de normalité était présente, en raison de son désir de déterminer
ce qui relève du normal et du pathologique, de même que ce qui provoque le passage de l’un à l’autre. Il
semble que cet intérêt provenait d’abord de son étude des névroses, mais qu’il serait néanmoins demeuré
constant à travers l’ensemble de ses travaux. Maints auteurs ont également étudié la question à travers
le siècle dernier. Plus récemment, Jean Bergeret serait l’un des premiers psychanalystes à avoir clairement
défini et séparé le normal de l’anormal, puis à avoir intégré ces notions à la clinique des troubles de
personnalité et au travail diagnostique (de Tychey, 2012). Certains psychanalystes adhèrent à ce
paradigme, d’autres pas. Voyons comment tout cela s’articule.

3.4.1 Normalité

De façon générale, la normalité est souvent envisagée en fonction de deux points de vue : statistique et
normatif (McDougall, 1972). Le point de vue statistique renvoie à un pourcentage majoritaire, à la plus
grande quantité, à ce qui « est conforme à une moyenne considérée comme une norme » (« Normal,
normale, normaux », s. d.). Le point de vue normatif réfère à « quelque chose ‘’vers quoi on tend‘’, où se
trouve donc incluse l’idée d’un idéal » (McDougall, 1972). Il est fréquent que soient confondus statistique
et idéal, dans le désir d’un individu de se comporter et d’être comme « tout le monde » (de Mijolla, 2005).
Il est généralement entendu que le normal est quelque chose « qui ne surprend ni dans un sens ni dans
un autre » et qui « n’a rien d’exceptionnel » (« Normal, normale, normaux », s. d.). En somme, la normalité
serait couramment « envisagée par rapport aux autres, à l’idéal ou à la règle » (Bergeret, 1972, p. 382).

Chez Freud, différentes conceptions de la normalité ont été élaborées au fil du temps, mais elle aurait
toujours été considérée comme étant opposée à la pathologie. Il aurait d’abord affirmé que, pour qu’un
sujet soit normal, beaucoup d’enjeux psychiques devaient demeurer inconscients. Dans Psychopathologie
de la vie quotidienne publié en 1901, il écrit : « Tant de choses se pressent dans la conscience du
paranoïaque qui, chez l’homme normal et chez le névrosé, n’existent que dans l’inconscient » (Freud,

28
1901/1967, p. 293). Plus tard, il aurait établi des liens avec le complexe d’Œdipe* et le refoulement*, où
une normalité souhaitable correspondrait à « une destruction et une suppression du complexe d’Œdipe »,
de même qu’à un « état où le refoulement serait résolu et les lacunes du souvenir comblées », cela comme
résultat d’une psychanalyse terminée (Tran The, 2018, p. 158). La résolution de l’Œdipe serait alors
devenue la référence psychanalytique du normal (McDougall, 1972). À travers tout ceci, Freud aurait
cependant reconnu que la frontière entre normalité et pathologie n’est pas clairement tracée ni rigide
(1901/1967). Dans ses écrits de 1923 et les suivants, il aurait développé un point de vue nouveau sur la
normalité que Tran The (2018) décrit comme une vision qualitative, qui emprunte autant à la névrose qu’à
la psychose. Elle réfère alors à l’extrait suivant :

Nous appelons normal ou ‘’sain‘’ un comportement qui réunit certains traits des deux
réactions, qui, comme la névrose, ne dénie pas la réalité, mais s’efforce ensuite, comme la
psychose, de la modifier. Ce comportement conforme au but, normal, conduit évidemment à
effectuer un travail extérieur sur le monde extérieur, et ne se contente pas comme la
psychose de produire des modifications intérieures ; il n’est plus autoplastique, mais
alloplastique. (Freud, 1884-1924/1973, p. 301).

Le normal freudien serait donc à comprendre comme, d’une part, la reconnaissance d’un événement réel
avec sa valeur déstabilisante ou anxiogène et, d’autre part, l’adaptation à celui-ci. Chez le sujet normal,
cette adaptation pourrait prendre deux formes : a) un changement intérieur, où des actions tournées vers
soi – corps ou psyché – viendraient modifier la vie interne du sujet, en fonction des contraintes de la
situation; b) une transformation de l’environnement externe, où des agissements tenteraient de moduler
la situation pénible. En opposition à cette normalité, Freud n’a pas utilisé le terme d’anormalité, mais a
plutôt parlé de pathologie. Pour lui, la pathologie était synonyme de maladie et renvoyait à la présence de
symptômes, qui pouvaient, entre autres, être associés au refoulement et à la présence d’angoisse (Freud,
1926/1999). Il résumait le normal et le pathologique comme le résultat d’un « équilibre des forces entre
deux attitudes opposées et indépendantes l’une de l’autre, l’une acceptant la réalité, l’autre la rejetant »
(Quinodoz, 2015, p. 110).

De plus, la normalité pourrait également être abordée à partir du développement de l’enfant et du désir
de celui-ci de se conformer au fonctionnement familial. Pour un enfant, le normal représente ce qu’il
connaît, ce qui lui est familier, ce qu’il comprend et perçoit du fonctionnement de sa famille (Bergeret,

29
2008; McDougall, 1972). Ainsi, cette tendance à la normalité constituerait en fait « une tentative visant à
gagner l’amour des parents en respectant leurs interdictions et en épousant leurs idéaux »,
une identification à leurs désirs (McDougall, 1972, p. 347-348). Il ne s’agirait pas nécessairement d’une
norme en adéquation avec l’environnement extérieur à la famille ou avec la société. Ce serait toutefois la
norme nécessaire à l’enfant dans le développement de son narcissisme. Il n’est donc pas étonnant qu’une
fois adultes, certaines personnes tendraient naturellement à se comparer à leur famille ou à se conformer
aux valeurs familiales.

Malgré cette conception développementale couramment admise en psychanalyse, il semble que


l’existence même de la normalité soit remise en question par certains psychanalystes, tels que Joyce
McDougall. D’aucuns considèrent que la normalité n’est pas un concept psychanalytique et qu’un état
normal n’existe pas (David, 1972; McDougall, 1972). Ils présupposent l’existence de symptômes non
apparents et d’une organisation psychique en déséquilibre, ce qui ne correspondrait pas à la supposée
normalité que certains individus affichent; le normal serait alors « secrètement pathologique, voire
pathogène » (David, 1972, p. 360). D’autres perçoivent la normalité comme une notion oppressante et
répressive, refusant de la considérer (Bergeret, 1975). Pour McDougall, chercher à parler ou à définir la
normalité serait une démarche contre-productive. D’abord, parce que la norme aurait une valeur
sociotemporelle donnée, ce qui empêcherait quiconque d’en élaborer une définition (McDougall, 1972).
Aussi, parce que le « sentiment d’être ‘’normal‘’, d’être conforme, dans l’ordre, ordinaire […] empêche la
mise en question de soi et risque de rendre l’individu qui en est frappé, inaccessible à l’analyse »
(McDougall, 1972, p. 354-355). Enfin, car elle estime que l’idée d’être normal agit comme une défense
psychique à l’égard de la vie fantasmatique, des possibilités créatrices individuelles et des pensées
novatrices. Elle écrit :

La normalité […], se rapproche de plus en plus de ce qui est ‘’anormal‘’ dans la mesure où
cette qualité du Moi […] s’écarte du monde de l’imaginaire pour s’orienter uniquement vers
la réalité extérieure, factuelle et désaffectée, jusqu’à créer une entorse à la fonction
symbolique » (McDougall, 1972, p. 357).

Elle précise en outre qu’une « trop grande emprise du Moi social, raisonnable et adapté, n’est guère plus
souhaitable qu’une dominance des forces pulsionnelles déchaînées » (McDougall, 1972, p. 357). De là,

30
elle introduit l’idée de la normopathie, une tendance du sujet à se conformer exagérément à la norme
sociale, de telle sorte qu’il se croit normal. Il y aurait là un grand désir d’être comme les autres, une
recherche de l’approbation sociale, une tendance à la conformité – voire à l’imitation – au prix de la
négation d’une individualité. Elle utilise le terme de normopathe pour décrire un individu hyperadapté,
qui s’estime normal et qui ne s’attribue aucun symptôme ni maladie psychique, mais qui serait en fait
d’une « normalité pathologique » (McDougall, 1972, p. 346). Il ne serait « pas normal de rencontrer un
sujet parfaitement normal » (Chemama et Vandermersch, 2009, p. 394). En dépit de ces objections, le
sujet suscite encore de vives discussions. Freud, et nombre de ses successeurs n’auraient « cessé de se
référer, sous un nouvel éclairage évidemment, à l’opposition du pathologique et du normal » (David, 1972,
p. 360-361). Voilà pourquoi il nous paraît inévitable de considérer cette dualité dans la clinique
psychopathologique et qu’il est à propos d’arriver à des définitions opérationnelles et acceptables.

Dans ce contexte, la conception de Jean Bergeret devient fort pertinente. Certes, il reconnaît le danger
possible de la normopathie identifiée par McDougall, car il aurait écrit qu’un individu en bonne santé
psychique ne serait pas « simplement quelqu’un qui se déclare comme tel, ni surtout un malade qui
s’ignore » (Bergeret, 1972, p. 384). Or, plutôt que de s’y arrêter et de considérer la normalité comme une
simple défense projective, une pseudo-normalité défensive ou une référence à une norme statistique, le
psychanalyste a traité la normalité selon un tout nouveau paradigme : en fonction d’une norme interne,
propre à chaque personne et en étroite relation avec le fonctionnement psychique profond (Bergeret,
1996b; McDougall, 1972). Bergeret rapporte qu’étymologiquement, le terme normal provient du latin
« norma », qui réfère à l’équerre utilisée par les architectes et pouvant être décrit comme un outil « utilisé
pour construire des maisons qui tiennent debout sur n’importe quelle inclinaison du sol » (Bergeret, 1975,
p. 62). Cette comparaison illustre très bien sa conception de la normalité : peu importe l’inclinaison du sol
– la pression des événements externes ou des conflits internes – la maison tient debout et ne se brise pas
– le sujet s’adapte et maintien un équilibre fonctionnel général.

L’état normal se définirait comme un état psychologique compensé* et adapté à la réalité, qui
bénéficierait d’une stabilité relative et qui s’étayerait sur les « données particulières à chaque individu »
(Bergeret, 1996b, p. 10). Il s’agirait d’une « adaptation au moins assez notable à des données structurelles
internes stables et extérieures mobiles » (Bergeret, 1996b, p. 32). La normalité traduirait un « état
satisfaisant d’adéquation fonctionnelle » au sein d’une organisation de personnalité donnée, un « bon
fonctionnement intérieur […] en dehors des jugements sociaux et des considérations éthiques qui peuvent

31
être posés » (Husain et al., 2009, p. 181). Un individu normal serait capable de s’adapter tant au monde
extérieur, qu’à son économie psychique interne et ses « différents facteurs d’originalité » (Bergeret, 1996b,
p. 22). La normalité représenterait donc une bonne coordination entre les besoins, les modes d’adaptation
et les mécanismes de défense; les conditions internes et héréditaires; les vicissitudes de la réalité externe;
les relations interpersonnelles et le mode de structuration et de caractère (Bergeret, 1996b). En 1972, à la
suite d’un long travail réflexif, Bergeret en est venu à cette longue – peut-être trop longue, selon lui –
définition de la normalité :

Le véritable ‘’bien portant‘’ n’est pas simplement quelqu’un qui se déclare comme tel, ni
surtout un malade qui s’ignore, mais un sujet conservant en lui autant de fixations
conflictuelles que bien des gens, et qui n’aurait pas rencontré sur sa route des difficultés
internes ou externes supérieures à son équipement affectif héréditaire ou acquis, à ses
facultés personnelles défensives ou adaptatives, et qui se permettrait un jeu assez souple de
ses besoins pulsionnels, de ses processus primaires et secondaires sur des plans tout aussi
personnels que sociaux en tenant un juste compte de la réalité, et en se réservant le droit de
se comporter de façon apparemment aberrante dans des circonstances exceptionnellement
‘’anormales‘’. (Bergeret, 1996b, p. 11-12)

L’auteur précise que la dernière phrase est importante, car bien que la normalité serait fréquemment
« idéalisée comme [un] état sans symptôme », ce ne serait pas tout à fait le cas (Chemama et Vandermersh,
2009, p. 393). L’état normal serait indépendant de toutes structures. Bergeret explique qu’il y aurait
« différents modèles possibles de ‘’normalité névrotique‘’ et différents modèles de ‘’normalité
psychotique‘’ » (1975, p. 65). Pour cette raison, la normalité d’un sujet ne peut être comparée à la
normalité d’un autre, au même titre que l’état d’anormalité d’une personne ne se compare pas avec l’état
d’anormalité d’une autre. Par ailleurs, la normalité serait un état qui se situe dans le temps, pouvant être
momentané ou prolongé, en alternance avec des périodes d’anormalité. Lorsqu’un individu fait face à des
bouleversements importants, il serait possible et acceptable que des symptômes apparaissent, sans que
ce soit considéré comme pathologique ou anormal. Cet individu pourrait être dans un état considéré
comme normal pendant un temps, pour ensuite se retrouver en déséquilibre et présenter une
psychopathologie pendant un temps également, sans que son état de normalité précédent ne doive être
remis en question (Bergeret, 1975, 2008).

32
À la lumière de ce qui précède, il semblerait que toute personne pourrait se retrouver en situation de
normalité au cours de sa vie. Cela dit, Bergeret spécifie clairement que cette normalité ne peut prendre
place que dans les structures authentiques, donc chez les sujets structurés selon la lignée névrotique ou
psychotique. Il explique que le fonctionnement psychique de base doit pouvoir atteindre la stabilité, la
constance et l’équilibre dont il est question dans l’état normal (Bergeret, 1996b, 2008)1. La psyché doit
disposer de l’énergie psychique nécessaire pour se montrer souple et pour s’adapter aux variations
internes et externes (Bergeret, 1975). Conséquemment, il ne saurait être question de normalité pour
l’astructuration limite, car son fonctionnement psychique serait trop instable : celui-ci demanderait
d’énormes « dépenses en contre-investissement » et présenterait une « fragilité du fonctionnement
pulsionnel » (Bergeret, 1975, p. 65). Dès lors, il y aurait plutôt présence d’une pseudo-normalité : une
attitude qui consiste à imiter la normalité perçue chez les autres, sans vraiment toutefois y accéder, une
tentative pour paraître hypernormal (Freud, 1926/1999). Bergeret parle d’une « normalité pathologique »
(1996b, p. 22), qui relève du domaine de l’anormal.

3.4.2 Anormalité

Bergeret traite le concept d’anormalité comme un synonyme de psychopathologie ou de maladie, ce qui


en fait un opposé de la normalité. Il définit cette anormalité comme une « rupture d’équilibre au sein
d’une même lignée structurelle », une inadéquation à la structure de base et à l’économie interne
(Bergeret, 1996b, p. 20). Elle représenterait un « état de décompensation visible auquel est arrivé une
structure par la suite d’une inadaptation de l’organisation profonde et fixe du sujet à des circonstances
nouvelles, intérieures ou extérieures, devenues plus puissantes que les moyens de défense dont il
dispose » (Bergeret, 2008, p. 154). Ce déséquilibre apparaîtrait chez un sujet qui aurait rencontré des
« difficultés internes et externes supérieures à son équipement affectif héréditaire » et supérieures à « ses
facultés personnelles défensives et adaptatives » (Bergeret, 2008, p. 150). En situation d’anormalité, il y
aurait une « perte du sentiment de l’unité, de la cohérence existentielle et de la valeur personnelle […],
une disparition des sources d’étayage habituellement disponibles et nécessaires pour confirmer l’individu
dans le sentiment de sa valeur personnelle » (de Tychey, 2012, p. 99). Il y aurait également un déséquilibre
« entre investissements narcissiques et objectaux » (Bergeret, 1996b, p. 36), où la grande difficulté à
supporter un désinvestissement quelconque mènerait à une décompensation. L’anormal représenterait

1
Les notions de structure psychotique, structure névrotique et astructuration limite serons abordées dans les Chapitres IV et V.

33
donc un état pathologique, où il y aurait rupture d’équilibre dans la lignée structurelle et où le sujet ne
serait pas en mesure de présenter un état d’adaptation suffisant (Bergeret, 1996b, p. 20).

Tout comme pour la normalité, l’état anormal ne serait pas constant ni immuable. Un sujet normal pourrait,
à tout moment, se décompenser et entrer en situation d’anormalité, pour ensuite retrouver son état
normal précédent. Bergeret explique que « tout ‘’anormal‘’ conserve la possibilité de redevenir
‘’normal‘’ » éventuellement (Bergeret, 1996b, p. 37). Cet équilibre pourrait être retrouvé « soit
spontanément, soit à la suite d’un traitement » (Bergeret, 1975, p. 63).

La position de Bergeret quant aux concepts de structures et d’astructuration sera abordée en détail lors
de la présentation de son modèle nosographique, dans le prochain chapitre.

3.5 Métapsychologie psychanalytique

Les lectures et relectures des nosographies à l’étude ont soulevé plusieurs questions concernant la
terminologie. Bien que nombre des termes utilisés soient admis et présumés compris en psychanalyse, il
apparaît que certains peuvent être porteurs de sens multiples, selon l’école théorique à laquelle le lecteur
appartient. De ce fait, nous avons souhaité définir ici quelques-uns des concepts psychanalytiques
centraux utilisés dans l’évaluation structurelle. Cette décision a été prise pour, d’abord, permettre au
lecteur de suivre et de comprendre notre processus réflexif et élaboratif, mais aussi pour clarifier le sens
accordé à ces concepts théoriques. Ceux-ci seront utilisés dans la présentation des modèles
nosographiques étudiés, ainsi que dans la description des trois fonctionnements structurels de la
personnalité faite au cinquième chapitre. Nous sommes d’avis que de définir la signification que ces
termes prennent dans le présent essai permettra d’assurer une meilleure compréhension de celui-ci. Enfin,
nous croyons que ces définitions peuvent être utiles au lecteur selon son degré de familiarité avec la
psychanalyse, notamment s’il s’agit d’étudiants en psychologie. La section qui suit traitera donc de la
relation d’objet, du fonctionnement du Moi, de l’angoisse, des mécanismes de défense et des symptômes
manifestes.

34
3.5.1 Relation d’objet

En psychanalyse, la relation d’objet est une notion centrale. Nous nous devons inévitablement de la définir,
en commençant par une définition de l’objet comme tel.

[Link] Objet

Dans la métapsychologie freudienne, la définition et la place de l’objet ont été décrites de deux façons. En
premier lieu, en tant que corrélatif de la pulsion*, ce qui lui a valu le nom d’objet pulsionnel. Il s’agirait de
« ce en quoi ou par quoi la pulsion peut atteindre son but » (Freud, 1915/1968, p. 18-19). L’apparition
d’une pulsion susciterait une source d’excitation, qui demanderait satisfaction sous l’égide du principe de
plaisir*. Dans ce contexte, il y aurait liaison à un objet, puisque c’est ce qui rend possible la satisfaction de
cette pulsion. Cet objet pulsionnel ne serait pas initialement lié à la pulsion et pourrait prendre des formes
très variables. La pulsion « se déplace d’un objet à l’autre au cours de son destin » et un même objet
pourrait ainsi être utilisé par plusieurs pulsions différentes (Chemama et Vandermersch, 2009, p. 399). En
deuxième lieu, l’objet a été décrit comme un objet d’amour, c’est-à-dire le réceptacle de l’attirance, de
l’amour et de la haine. Cette forme de relation serait plus évoluée que la relation pulsion-objet qui vise
seulement la satisfaction pulsionnelle (Chemama et Vandermersch, 2009). Dans Pulsions et destins des
pulsions (1915), Freud explique que ce serait seulement lorsque l’objet devient perçu par le sujet comme
une source de plaisir qu’il peut ensuite être aimé : au moment où l’objet devient source de plaisir, le sujet
souhaite s’en approcher le plus possible et l’incorporer en lui, ce qui ferait naître le sentiment d’amour
envers l’objet (Freud, 1915/1968). Inversement, lorsque l’objet est source de déplaisir, le sujet souhaiterait
s’en éloigner et pourrait ressentir de la répulsion envers l’objet, d’où l’apparition de la haine (Freud,
1915/1968; Quinodoz, 2015). Freud précise que les termes d’amour et de haine ne peuvent pas être
utilisés pour parler du lien de la pulsion avec ses objets de satisfaction, mais qu’il s’agirait plutôt de la
relation entre le sujet et ses objets (Freud, 1915/1968).

Par ailleurs, l’objet a été dépeint par la psychanalyse comme pouvant présenter différentes
caractéristiques. Ce fut notamment le travail de Melanie Klein et de ses disciples, qui l’ont décrit comme
pouvant être clivé ou non. Un objet clivé serait un objet « scindé en deux », dont la perception est soit
idéalement bonne, soit horriblement mauvaise (Parmentier, 2009). Il s’agirait d’une tendance du sujet à
ne percevoir que le bon ou le mauvais, en alternance ou en concomitance. Il n’y aurait pas d’intégration
entre les deux aspects; ils coexisteraient sans toutefois s’influencer. Ce clivage s’appliquerait tant aux
objets internes et externes, qu’à la représentation de soi. Il s’agirait de la caractéristique principale de la

35
première phase d’organisation psychique de l’enfant que Klein a appelée position schizo-paranoïde
(Melanie Klein Trust, 2022b). Cette période serait marquée par les expériences de la naissance, de la faim,
de l’absence de l’objet et de l’attente de son retour, ce qui entraînerait des frustrations et des angoisses
archaïques. Pour y remédier, « la tendance première de la psyché » serait de « prendre en soi ce qui est
bon et de rejeter hors de soi ce qui est mauvais » (Parmentier, 2009, p. 16). Cette attitude permettrait au
bébé de conserver en lui les représentations aimantes, bonnes et positives, pour de rejeter à l’extérieur
ce qui est mauvais, dangereux et frustrant. Normal dans les premiers mois de la vie, ce processus
permettrait de constituer un noyau interne positif, fondamental et indispensable au développement du
Moi et des relations futures (Melanie Klein Trust, 2022b). À l’inverse, un objet qui n’est pas clivé est un
objet intégré, où les différents aspects sont reconnus et unifiés dans une même perception. Il y aurait
reconnaissance simultanée des bons et des mauvais côtés, des qualités et des défauts, tant chez autrui
qu’en soi-même. Cette capacité apparaîtrait au fil du développement du nourrisson, par une
harmonisation des objets internes : les objets totalement bons se rapprocheraient graduellement des
objets totalement mauvais, pour éventuellement s’unir en une perception inclusive (Parmentier, 2009).
D’un point de vue kleinien, cette conception est liée à la position dépressive. En plus du changement de
perception de l’objet, cet état générerait des angoisses différentes qui, plutôt que centrées sur soi,
seraient ressenties à l’égard de l’objet, quant à son bien-être et sa survie (Melanie Klein Trust, 2022a). Bien
que la position dépressive puisse être surmontée, il semblerait que le mode de relation schizo-paranoïde
ne serait jamais totalement abandonné (Melanie Klein Trust, 2022b). Cette idée nous semble judicieuse,
parce qu’elle apporte un éclairage sur le fonctionnement psychique du sujet état limite ou borderline. En
effet, le fonctionnement psychique limite serait marqué par un échec de l’intégration des représentations
bonnes et mauvaises de l’objet (Ricard, 2010), ce qui mènerait à une idéalisation des bons objets et une
dévalorisation des mauvais objets. De là, un sentiment d’omnipotence à l’égard des objets positifs se
développerait, donnant l’impression au sujet qu’il peut les contrôler et les utiliser contre les objets négatifs
(Ricard, 2010). Nous comprenons que ce défaut d’intégration pourrait être expliqué par une position
schizo-paranoïde qui n’a pas été complètement abandonnée – tel que proposé par l’idéologie kleinienne.

De plus, l’objet pourrait être indifférencié ou différencié. Dans le premier cas, il n’y aurait pas de distinction
établie entre soi et l’objet : les caractéristiques et les fonctions attribuées à l’objet seraient confondues
avec les caractéristiques et les fonctions attribuées à soi-même, elles seraient substituables. Cet état de
symbiose proviendrait des premiers mois de vie du nourrisson, où il aurait confondu son environnement
externe avec lui-même, sa vie psychique et ses désirs. Dans le deuxième cas, l’objet serait considéré

36
différencié lorsqu’il serait reconnu comme étant différent et distinct de soi. L’objet serait alors perçu
comme une entité à part entière, présentant ses propres caractéristiques (Segal, 1964/2011). Cet état
serait le fruit de l’évolution de l’enfant et ferait suite à la symbiose précédente.

Une autre caractéristique importante des objets, elle aussi décrite abondamment par les auteurs kleiniens,
est l’état partiel ou total. L’objet partiel prendrait principalement la forme de « parties du corps, réelles
ou fantasmées » et de « leurs équivalents symboliques » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 294). La
perception de l’objet serait parcellaire : un objet qui n’est en fait qu’un fragment d’objet, où chaque
fragment est confondu avec le tout (Quinodoz, 2015). Il n’y aurait que certaines parties de l’objet qui
seraient reconnues et elles ne seraient pas identifiées comme étant reliées entre elles. Un exemple
classique est celui du nourrisson, pour qui sa mère n’est représentée que par le sein qui nourrit ou par les
bras qui consolent, sans comprendre que ces éléments – ces objets partiels – sont en fait les représentants
d’un même objet global et complet – sa mère (Segal, 1964/2011). La perception d’un objet partiel serait
liée à la position schizo-paranoïde et, de ce fait, à un objet qui est clivé et indifférencié (Segal, 1964/2011).
Quant à l’objet total, il s’agirait d’un objet unifié, apprécié dans sa globalité et son entièreté. Les différentes
représentations fragmentaires précédentes – les objets partiels – seraient rapprochées et intégrées en
une seule image. L’objet serait perçu comme pouvant être parfois bon et parfois méchant, parfois présent
et parfois absent. Il serait source, à la fois « de ce qui est bon et de ce qui est mauvais » (Segal, 1964/2011,
p. 82). Il serait perçu comme ayant des caractéristiques différentes ou opposées, conjointement. Tout cela
serait également lié au clivage et à la différenciation, en ce sens que la perception d’un objet total implique
une absence de clivage et une conscience de la différence soi/autre. Dans la théorie kleinienne, cette
capacité de percevoir un objet total apparaîtrait à la période dépressive.

En somme, il appert que l’objet pourrait revêtir des identités multiples : objet d’amour, de désir ou de
haine; clivé ou intégré; indifférencié ou différencié; partiel ou total. Il serait « fait des fluctuations des
mouvements d’investissement inconscients, préconscients et conscients dans un échange réciproque; il
n’est ni une chose, ni une personne, ni le contenu fantasmatique ou une zone du corps de cette personne,
bien qu’il s’y réfère » constamment (de Mijolla, 2005, p. 1192).

[Link] Relation d’objet

À la lumière de ce qui précède, l’expression relation d’objet est utilisée pour désigner la relation qu’un
sujet entretient avec les objets vers lesquels se tournent ses pulsions et, éventuellement, son amour ou

37
sa haine. Elle désigne l’interaction constante et complexe qui s’établirait entre le sujet et une chose, une
personne ou son représentant. Pour Freud, chaque stade du développement psychosexuel de l’enfant, de
la naissance jusqu’à l’âge adulte, est marqué par une relation d’objet spécifique. Les stades oral, anal et
phallique, ainsi que la période de latence et le stade génital permettraient le déploiement de relations
différentes et particulières. Celles-ci ne se succéderaient pas nécessairement, mais pourraient plutôt se
chevaucher. De plus, elles laisseraient des traces permanentes dans la psyché, qui perdureraient tout au
long de la vie du sujet et qui influenceraient toutes ses relations.

La relation d’objet renvoie donc aux liens, à la connexion d’un sujet avec son monde interne et avec le
monde externe qui l’entoure. La relation pourrait alors prendre place avec un objet externe ou interne, un
objet réel ou fantasmatique. L’objet dit réel serait concret, matériel, tangible. Il s’agirait de la vraie
personne : la mère, le père, l’ami, le professeur. De ce fait, la relation d’objet réelle représenterait la
relation entretenue avec autrui qui est réelle et concrète. Elle se manifesterait par des éléments tels que
la complicité, les conflits, la proximité ou le type de relation entretenue. Quant à l’objet interne, il s’agirait
d’une image, d’une représentation mentale et émotionnelle d’un objet externe, qui a été intériorisée par
le sujet (Melanie Klein Trust, 2022c). Ces représentations toucheraient à la fois le sujet lui-même, l’autre
et la relation entre les deux. De ce fait, la relation d’objet internalisée traduirait l’organisation dynamique
et complexe de ces différentes représentations internes qu’entretient un sujet (Kernberg, 2004). Elle
désignerait l’interaction entre « le monde des figures et objets internalisés et ceux du monde réel »
(Melanie Klein Trust, 2022c). La qualité des relations internalisées serait d’une importance capitale dans
le développement du psychisme, de l’identité, des relations interpersonnelles et du bien-être, car elles
influenceraient toutes les relations entretenues par le sujet adulte, tant sur le plan des relations
internalisées que des relations objectives (Klein 1957/1968; Segal, 1964/2011).

La forme que prendra la relation d’objet serait « le résultat complexe et total d’une certaine organisation
de la personnalité, d’une appréhension plus ou moins fantasmatique des objets et de tels types privilégiés
de défense » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 404). Conséquemment, lors d’un processus d’évaluation de
la personnalité ou dans un cadre thérapeutique, la psychanalyse mettrait davantage l’accent sur les
relations d’objet internalisées et beaucoup moins sur les relations concrètes avec l’objet réel.

38
3.5.2 Fonctionnement du Moi

Le Moi est une instance psychique abondamment décrite dans la littérature psychanalytique et dont les
définitions se sont souvent trouvées remises en question ou sujettes à interprétation. Présenter une
définition du Moi est complexe. À travers le temps, certains y ont vu une mauvaise traduction du Ich de
Freud, ce qui a mené à de nouvelles interprétations et à la création de concepts autres, tel que le Self
(Kernberg, 2004). La situation peut être résumée au fait que certains conçoivent le Moi comme l’un des
systèmes psychiques de la deuxième topique de Freud ou comme le siège de la conscience, tandis que le
Self serait vu comme une « entité psychosociale, comportementale et relationnelle » (Kernberg, 2004, p.
327). Le Self désignerait alors la personne propre, « la personne en tant que sujet distinctif du monde des
objets qui l’entoure » (Kernberg, 2004, p. 325). Il s’agirait d’une entité qui reflète « les différentes
configurations de la structure normale ou anormale du moi, exprimées par des schémas répétitifs de
comportement » (Kernberg, 2004, p. 327). Cette question du Moi et du Self est délicate; elle aurait
d’ailleurs mené à l’apparition de courants théoriques spécifiques. Nous ne souhaitons pas détailler
davantage cette confusion terminologique ni la polémique qui l’entoure. Nous nous centrerons ici sur la
manière dont le Moi est conceptualisé dans cet essai.

Dans les premiers écrits de Freud, le Moi représentait la personnalité dans son ensemble, la façon
consciente dont le sujet se percevait; Freud avait recours à l’expression moi-total (Freud, 1915/1968),
renvoyant ainsi à la représentation de soi dans une perspective identitaire (de Mijolla, 2005, p. 1069). À
travers les années subséquentes, ses élaborations théoriques concernant le Moi ont beaucoup évoluées
et subies d’innombrables modifications. Ce sont toutefois les articles Pour introduire le narcissisme (1920)
et Le Moi et le Ça (1923) qui vont marquer un point tournant et définitif. Freud y définit le Moi comme une
instance psychique à la fois consciente et inconsciente, dans des proportions inconnues. Le Moi
proviendrait d’une différenciation superficielle du Ça et représenterait « la partie du Ça qui a été modifiée
sous l’influence directe du monde extérieur » (Freud, 1927/1981, p. 237). Il prendrait naissance grâce au
système perceptif, à travers le contact avec la réalité, et deviendrait ainsi le « représentant du monde
extérieur réel dans le psychisme », le représentant de la raison et du sens commun (Freud, 1927/1981, p.
240). Le Moi se construirait à la suite d’une « série d’identifications* successives, à tel point qu’on pourrait
dire qu’il est structuré comme un oignon! » (Chartier, 2001, p. 143). Compte tenu des premiers objets
accessibles au nourrisson, « l’objet maternel sera le prototype et l’organisateur du futur Moi de l’enfant »
et il aurait un impact général et durable (Chartier, 2001, p. 143). Par la suite, le Moi continuerait de
s’enrichir à travers les diverses expériences de la vie du sujet et les relations objectales subséquentes

39
(Freud, 1927/1981, p. 271). Ces identifications entraîneraient une altération du Moi, que ce soit sous
forme positive « d’un enrichissement ou d’un gonflement » ou sous forme négative d’une « déplétion de
l’énergie et des capacités » (Parmentier, 2009, p. 17). En 1927, Freud ajoute à tout ceci que le Moi serait
« avant tout un Moi corporel », qu’il serait « dérivé de sensations corporelles, principalement de celles qui
ont leur source dans la surface du corps. Il peut ainsi être considéré comme une projection mentale de la
surface du corps, et […] il représente la surface de l’appareil mental » (Freud, 1926/1999, p. 238).

[Link] Fonctions du Moi

Les fonctions du Moi viseraient la liaison et l’unification (Quinodoz, 2015). Il jouerait d’abord un rôle de
médiateur et de régulateur : maintenir l’équilibre entre les poussées du Ça et les exigences du Surmoi;
gérer la relation entre le monde intérieur et les impératifs du monde extérieur (Quinodoz, 2015, p. 94). De
plus, il aurait pour tâche d’encadrer la motilité de l’énergie psychique et déloger le principe de plaisir, pour
plutôt soumettre les processus psychiques au principe de réalité* et à la temporalité (Freud, 1927/1981).
Puis, le Moi exercerait un rôle défensif, en étant responsable de la protection de la psyché. Il agirait à titre
de pare-excitations face aux effractions du monde extérieur, il participerait au processus de censure*, il
serait le siège des résistances et il œuvrerait à la mise en place des mécanismes de défense, notamment
le refoulement et la sublimation*.

[Link] Moi et identité

Cette présentation du Moi a généré en nous des questionnements concernant la notion d’identité.
Concept peu présent dans l’œuvre de Jean Bergeret, il s’agit d’un terme très utilisé dans le Psychodynamic
Diagnostic Manual. Nous nous y sommes alors intéressé, afin de pouvoir mieux comprendre et comparer
les deux modèles.

Les élaborations d’Erik Erikson au sujet de l’identité sont particulièrement éclairantes. Pour lui, l’identité
représente l’ensemble des identifications passées et présentes, incluant les « croyances primordiales
relatives à soi, […] voire inconscientes, représentant parfois des conflits intrapsychiques intériorisés depuis
l’enfance » (Cohen-Scali et Guichard, 2008, p. 3). Le sentiment d’identité d’un individu se traduirait par
l’impression de « similitude-avec-soi-même » et de « sa propre continuité existentielle dans le temps et
dans l’espace », ainsi que par la perception que cette similitude et cette continuité sont également
reconnues par autrui (Cohen-Scali et Guichard, 2008, p. 3). Elle serait étroitement liée à la période de
l’adolescente et impliquerait une « quête inconsciente de continuité personnelle», de « synthèse du Moi »

40
et de « solidarité à un groupe » (de Mijolla, 2005, p. 822). Il s’agirait aussi de la constance dans le temps
de l’idée que le sujet se fait des autres qui l’entourent (Kernberg, 2004). L’identité n’est pas une notion
freudienne, mais elle a tout de même été traitée par la psychanalyse, de différentes manières à travers le
temps. Elle aurait notamment été décrite comme suit :

[S]tructure rendant compte du narcissisme et faisant partie du Moi, capacité de demeurer le


même au travers des changements, sentiment de continuité, somme des représentations de
soi. Elle implique toujours une relation à l’autre. (de Mijolla, 2005, p. 822)

L’identité serait donc liée aux processus d’identification et d’individuation, ainsi qu’aux relations du Moi
avec l’environnement extérieur (de Mijolla, 2005). L’identité pourrait être objectivée selon la manière dont
son contenu est structuré – à savoir le niveau d’intégration du Moi – et selon le mode d’organisation et de
traitement des informations relatives à soi et aux autres (Jørgensen, 2009).

Dans l’ensemble, l’identité telle qu’elle vient d’être définie rappelle les concepts de moi-total de Freud ou
de Self. En effet, Kernberg désigne le Self comme « la personne totale d’un individu, y compris le corps et
les diverses parties du corps, aussi bien que l’organisation psychique et les diverses parties de cette
structuration » (Kernberg, 2004, p. 325). Klein parle également d’un Soi, d’un amalgame « de tout ce que
nous avons reçu du monde extérieur, tout ce que nous avons ressenti dans notre monde intérieur,
expériences heureuses et malheureuses, relations avec les autres, activités, intérêts et pensées de toute
nature, […] tout ce que nous avons vécu » (Klein, 1957/1968, p. 154). Bien que ni Kernberg ni Klein ne
considèrent identité et Self comme étant équivalents, il nous apparaît que les définitions deux sont fort
semblables. De plus, le fait que le Self / Soi soient considérés par plusieurs comme étant une sous-structure
du Moi (Bouchard, 1995; Kernberg, 2004), tout comme semble l’être l’identité (de Mijolla, 2005), la prise
en compte de l’identité en tant que composante du Moi demeure, à notre avis, cohérente et acceptable.

3.5.3 Angoisse

L’angoisse est un élément clef de l’évaluation clinique et se situe souvent au cœur du processus
thérapeutique. Au fil du temps, elle s’est vue définie de différentes manières. De même, diverses formes
d’angoisse ont été identifiées et expliquées. Voici les conceptions préconisées dans cet essai.

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L’angoisse est un constituant psychique qui a intéressé Freud dès le début de ses travaux. À travers son
œuvre, deux conceptions majeures de l’angoisse ont été formulées et ensuite identifiées par la
communauté psychanalytique comme étant les première et deuxième théories de l’angoisse de Freud. La
première théorie de l’angoisse a vu le jour au début des années 1900. Freud expliquait l’apparition de
l’angoisse par le fait que la pulsion ne réussit pas à atteindre satisfaction (Bergeret, 2008, p. 78). L’angoisse
était alors le fruit d’une excitation libidinale non satisfaite et inemployée, détournée de son but pour se
décharger sous forme somatique (Freud, 1926/1999). Freud a mis en lumière la nécessité de différencier
l’angoisse de la peur et de l’effroi, en tenant compte de leur rapport avec la notion de danger.

Le terme d’angoisse désigne un état caractérisé par l’attente du danger et la préparation à


celui-ci, même s’il est inconnu; le terme de peur suppose un objet défini dont on a peur; quant
au terme d’effroi, il désigne l’état qui survient quand on tombe dans une situation dangereuse
sans y être préparé; il met l’accent sur le facteur surprise. […] il y a dans l’angoisse quelque
chose qui protège contre l’effroi. (Freud, 1927/1981, p. 50)

Partant, nous comprenons que l’effroi serait traumatisant et choquant. Freud (19927/1981) en parle
comme d’un état émotionnel passif, qui fait irruption dans le psychisme sans que le sujet soit prêt à
l’affronter et qui est tributaire d’une expérience passée effectivement traumatique. L’effroi serait donc
associé au fait d’un danger subit. L’angoisse proviendrait de l’anticipation face à ce vécu d’effroi et de
frayeur, elle serait provoquée par celui-ci. Cette position d’attente permettait de préparer le sujet et
d’alors le protéger contre des états potentiellement traumatisants. De là, Freud en est venu à parler
d’angoisse traumatique, parce qu’elle serait liée à « une situation vécue de désaide », à un trauma passé
(Freud, 1926/1999, p. 78).

Il faudra attendre Inhibition, symptôme et angoisse en 1926 et les suppléments associés, pour voir un
remaniement de la conception freudienne de l’angoisse, qui sera davantage définitif : la deuxième théorie
de l’angoisse. Cette nouvelle théorisation n’annule pas la précédente, mais représente plutôt une
« maturation de [la] réflexion » de Freud, qui va « compléter, éclairer des aspects nouveaux […] ou encore
déployer quelque pensée qui était déjà là à l’origine, à l’état d’ébauche » (Roussillon, 2012, p. 66). Plutôt
que de seulement établir des liens avec la libido et la sphère économique, Freud aurait ainsi relié l’angoisse
aux différentes instances psychiques, mais également aux processus de remémoration et de répétition.

42
De ce fait, une distinction s’est établie entre angoisse automatique et angoisse-signal. L’angoisse
automatique serait inconsciente, incontrôlable et d’origine économique. Elle apparaîtrait face à un danger
pulsionnel inconnu, auquel l’individu se serait trouvé assujetti à une époque antérieure (Freud,
1926/1999). Elle constituerait une réponse à un état d’effroi qui a jadis submergé le Moi (Quinodoz, 2004).
Dans leur Vocabulaire de la psychanalyse, Laplanche et Pontalis en donnent la définition suivante :
« Réaction du sujet chaque fois qu’il se trouve dans une situation traumatique, c’est-à-dire soumis à un
afflux d’excitations, d’origine externe ou interne, qu’il est incapable de maîtriser. L’angoisse automatique
s’oppose pour Freud au signal d’angoisse » (1981, p. 28). Quant à l’angoisse signal, ils la décrivent de la
manière suivante :

[U]n dispositif mis en action par le moi, devant une situation de danger, de façon à éviter
d’être débordé par l’afflux des excitations. Le signal d’angoisse reproduit sous une forme
atténuée la réaction d’angoisse vécue primitivement dans une situation traumatique, ce qui
permet de déclencher des opérations de défense (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 447).

Il s’agirait donc d’une angoisse volontaire, à visée défensive, qui jouerait un rôle de signal d’alarme,
indiquant un vécu de détresse imminent face à la perception d’un danger, réel ou non (Freud, 1926/1999;
Quinodoz, 2004). Dans ce cas, « le moi de l’individu est devenu capable de prévoir l’imminence du danger »
(Quinodoz, 2004, p. 245). L’apparition d’un conflit psychique serait interprétée comme une menace qui,
bien que d’origine interne, serait considérée comme provenant de l’extérieur (Widlöcher, 2010). Cette
projection dans le réel réveillerait « l’ancienne angoisse traumatique d’abandon » et « si des mécanismes
de défense intrapsychiques ne viennent pas refouler les représentants de la pulsion que le moi s’était
autorisé à rendre conscients », l’angoisse signal apparaîtrait (Widlöcher, 2010, p. 23). Il s’agirait donc
« d’un signal d’angoisse » créé par le Moi, « avant que la situation économique redoutée ne s’instaure »
(Chambrier, 1997, p. 31).

Compte tenu de ce qui précède, l’angoisse pourrait globalement être définie comme un « état d’affect »,
une sensation qui a « le caractère de déplaisir le plus manifeste » et qui ne peut être ressentie que par le
Moi (Freud, 1926/1999, p. 45). Elle représenterait un affect* « de déplaisir plus ou moins intense qui se
manifeste à la place d’un sentiment inconscient chez un sujet dans l’attente de quelque chose qu’il ne
peut nommer » (Chemama et Vandermersch, 2009, p. 58). L’angoisse reproduirait, « sous forme d’un état

43
émotionnel, une trace mnésique préexistante » (Bergeret, 2008, p. 80). Il y aurait donc perception, par le
Moi, d’une menace, réelle ou imaginée, difficile à identifier. La forme particulière que prend ce déplaisir
donnerait à l’angoisse son caractère spécifique et influencerait le type de décharge qu’elle produira. De là,
elle pourrait être ressentie par le sujet comme une « grande inquiétude » et une « anxiété profonde née
du sentiment d’une menace imminente mais vague » (« Angoisse », s. d.). Elle pourrait aussi être vécue en
tant que « sensation d’oppression et de resserrement », tributaire d’une « crainte réelle ou imaginaire
d’un malheur grave ou d’une grande souffrance devant lesquels on se sent à la fois démuni et totalement
impuissant à se défendre » (Bloch et al., 1999, p. 57). En somme, l’angoisse serait soit automatique, soit
créée par le Moi; elle résulterait d’un traumatisme et d’une grande détresse, d’un conflit interne ou encore
d’une défense du Moi contre les dangers pulsionnels et contre les dangers de la réalité externe; elle
pourrait être un résultat ou une cause (Freud, 1926/1999; Widlöcher, 2010).

[Link] Angoisse et développement psychique

La psychanalyse aurait établi à maintes reprises que les différentes angoisses prennent origine dans le
développement de l’enfant et les fixations précoces qui y sont survenues (Freud, 1926/ 1999; Quinodoz,
2015). Chaque stade de développement serait empreint d’un type d’angoisse qui lui est propre et qui
s’expliquerait par le niveau d’évolution de l’appareil psychique (Quinodoz, 2015). Ce dernier aurait une
capacité variable à tolérer le danger et à y faire face, selon l’âge du sujet. Pour Melanie Klein, ce sont les
angoisses paranoïde et dépressive qui occupent une place centrale dans sa théorie du développement de
l’enfant. Klein postule que l’angoisse paranoïde serait présente pendant environ les six premiers mois de
la vie du nourrisson et qu’elle serait caractéristique de la position schizo-paranoïde que nous avons
résumée précédemment. Cette forme d’angoisse serait en rapport étroit avec le clivage* des
représentations de l’objet, où l’objet est perçu comme étant totalement bon et satisfaisant ou alors
totalement mauvais et insatisfaisant (Klein, 1957/1968). Elle représenterait une peur intense de voir les
bons objets détruits par les mauvais objets (Barthélemy, 2013b, p. 12). Or, puisque le sentiment de
sécurité du nourrisson dépendrait de la protection de ces bons objets, cela générerait, par extension, une
crainte de mourir ou d’être détruit par l’objet indéniablement dangereux (Klein, 1957/1968). De ce fait,
l’angoisse paranoïde toucherait l’essence même de la vie, de la survie et du bien-être personnel, le sujet
étant constamment menacé par le mauvais objet (Melanie Klein Trust, 2022b). Par la suite, lorsque l’enfant
gagne en maturité, ses perceptions se transformeraient et l’angoisse paranoïde ferait place à l’angoisse
dépressive, tributaire de la position dépressive. À ce stade, les représentations de l’objet et de soi seraient
unifiées à l’intérieur de la psyché de l’enfant, alors celui-ci devrait être en mesure de reconnaître que les

44
attaques contre l’objet proviennent en fait de lui-même et de sa propre agressivité. Il reconnaîtrait aussi
une dépendance à l’objet, ce qui générerait tristesse et inquiétudes envers les objets aimés (Barthélemy,
2013a). L’angoisse dépressive porterait donc sur « le danger fantasmatique de détruire et de perdre l’objet
aimé du fait de sa propre haine » (Barthélemy, 2013a, p. 8), ce qui entraînerait un grand sentiment de
culpabilité et le désir de réparer les dommages faits à l’objet (Widlöcher, 2010). En outre, d’autres
angoisses ont été reconnues et discutées à travers le temps, notamment l’angoisse de mort, l’angoisse de
persécution, l’angoisse de morcellement ou l’angoisse de perte d’objet (Freud 1927/1981; Klein et Riviere,
1937/2001; Widlöcher, 2010).

Conformément à ce qui précède, il apparaît que le Moi aurait une influence sur le type d’angoisse et sur
son destin. Au fur et à mesure que le Moi du sujet se développe, il contribuerait à « dévaloriser la situation
de danger précédente et à la mettre à l’écart », modifiant ainsi les formes d’angoisses prédominantes
(Freud, 1926/1999, p. 55). Cette opération ne se produirait toutefois pas toujours et il arriverait que ces
situations de danger persistent dans la psyché (Freud, 1926/1999). Par conséquent, même si le Moi se
serait développé et qu’il aurait gagné en force, cela n’empêcherait pas le possible retour d’une angoisse
qui était présente à un âge ou un stade de développement psychique antérieurs. De ce fait, et vu le rôle
joué par le Moi, chaque organisation de personnalité ferait face à des angoisses caractéristiques, qui
influenceraient le mode de relation d’objet et les mécanismes de défense privilégiés d’un sujet (Kernberg,
2004).

[Link] Angoisse et anxiété

Ayant maintenant une définition claire de l’angoisse, il convient de faire un aparté et de relever les
différences pouvant être établies entre angoisse et anxiété. L’intérêt de cette distinction réside, d’abord,
dans le fait que le vocable anxiety est utilisé dans tout le PDM-2. A priori, cela semble curieux, considérant
que le manuel s’appuie sur les théories psychanalytiques, mais il semblerait que anxiety soit le terme
généralement utilisé dans la littérature psychanalytique anglophone pour désigner l’angoisse. De plus, il
apparaît que les deux termes sont souvent associés et parfois confondus, alors qu’ils sont légèrement
différents.

L’anxiété pourrait être définie comme une sensation d’« inquiétude pénible, tension nerveuse, causée par
l’incertitude, l’attente » (« Anxiété », s. d.). D’aucuns établissent deux catégories d’anxiété : une anxiété-
état, qui correspondrait à un état émotionnel passager qui « peut survenir chez tout individu » (Bloch et

45
al., 1999, p. 70); et une anxiété-trait, considérée comme pathologique et qui représenterait une
« prédisposition à éprouver des états de peur en présence de stimulus qui, pour d’autres individus, sont
moins fortement anxiogènes, voire pas anxiogène du tout », ainsi qu’une « prédisposition à développer
des peurs conditionnelles à l’égard de stimulus qui ne sont pas eux-mêmes directement anxiogènes »
(Bloch et al., 1999, p. 70). Bien que la distinction soit complexe à établir, il est généralement entendu que
l’angoisse représente une forme plus sévère ou plus intense d’anxiété. De plus, il semblerait que
« l’anxiété reste ressentie le plus souvent à un niveau essentiellement psychique » et conscient, alors que
l’angoisse « s’accompagne de manifestations somatiques et neurovégétatives multiples » (Bloch et al.,
1999, p. 57). L’aspect somatique de cette distinction rejoint les idées de Freud voulant que l’angoisse serait
un affect négatif et inconscient, qui ne pourrait pas être observé directement, mais bien par le biais de ses
manifestations et ressentis corporels (Jeanclaude, 2008). À la différence du déplaisir lié au deuil ou à la
douleur, le déplaisir de l’angoisse serait associé à des vécus corporels spécifiques et à des organes
déterminés. Il s’agirait notamment du cœur et des poumons, où des changements pourraient être
observés dans le rythme cardiaque ou la respiration. Freud y verrait la preuve que des actions
d’éconduction entrent en jeu dans l’angoisse (Freud, 1926/1999). À la lumière de ce qui précède, nous
pouvons croire que l’angoisse et les symptômes somatiques associés renverraient à l’angoisse
automatique telle que définie par Freud; alors que l’angoisse-signal de Freud serait consciente et éprouvée
par le Moi, correspondant alors à ce qui est, de nos jours, désigné comme de l’anxiété (Bergeret, 1975;
Jeanclaude, 2008).

[Link] Types d’angoisses

Différentes formes d’angoisses ont été identifiées au fil du temps. Voici une brève description de sept
angoisses les plus couramment admises en psychanalyse (Freud, 1927/1981; Klein et Riviere, 1937/2001;
Widlöcher, 2010).

• Angoisse de mort : Apparaîtrait au stade de développement psychosexuel oral. Très archaïque,


elle se présenterait comme une intense angoisse anobjectale, une peur d’auto-anéantissement,
une peur de faire face à une « véritable destruction des composantes vitales, d’un retour à
l’inorganique, à un éternel repos », une peur de disparaître ou d’être détruit (Bergeret, 1975, p.
110). Elle résulterait de la perte imaginée de « la protection des puissances du destin » ou d’une
force supérieure non identifiée (Chambrier, 1997, p. 31).
• Angoisse de morcellement : Apparaîtrait au stade oral. Angoisse « sinistre de désespoir et de
repli » (Bergeret, 1975, p. 109). Elle serait associée à un défaut d’unité avec impossibilité pour le

46
sujet de « constituer un véritable Moi, assez autonome et unifié »; à une peur de pénétration ou
d’éclatement via une intrusion de l’objet; à la réalisation de la perte de l’objet anaclitique
générant une sensation que l’objet est disparu et qu’il ne peut donc plus être soutenant ou
réconfortant (Bergeret, 1996b, p. 88).
• Angoisse de persécution : Apparaîtrait au stade oral. Angoisse reliée à l’objet partiel, qui
refléterait une peur irrationnelle de type persécuteur/persécuté. Il s’agirait d’une peur de blesser
ou d’être blessé, d’attaquer ou d’être attaqué, d’une crainte d’être l’instigateur ou la victime de
cruauté, de malveillance, de haine, d’agressivité (de Mijolla, 2005; Lingiardi et McWilliams, 2017).
Cette angoisse proviendrait « de la projection des pulsions destructrices haineuses sur un objet
externe » qui feraient ensuite retour de l’extérieur vers le sujet (Azoulay, 2007, p. 49).
• Angoisse dépressive : Apparaîtrait au stade anal. Il s’agirait d’une angoisse qui concerne « à la
fois le passé et le futur », qui rappellerait « un passé malheureux mais elle témoigne cependant,
en même temps, d’une espérance de sauvetage investie dans la relation de dépendance féconde
à l’autre » (Bergeret, 1996b, p. 147). Elle surviendrait si le sujet craint de perdre son objet
d’amour anaclitique ou s’il craint que cet objet lui fasse défaut, ce qui constituerait alors un deuil
impossible qui mènerait à la dépression (Bergeret, 1996b).
• Angoisse de perte d’objet ou Angoisse de séparation : Apparaîtrait au stade de développement
psychosexuel anal. Son émergence serait « brutale, immédiate et peu symbolisée » (Bergeret,
1975, p. 109). Il s’agirait d’une angoisse latente, « permanente, diffuse, flottante […] infiltrante »
et difficile à gérer (Bergeret, 1975, p. 108). Elle serait associée à la « peur de la perte de l’objet
narcissique extérieur, et bien mal introjecté », tout en sachant qu’il existe encore (Bergeret, 1975,
p. 110). Elle se manifesterait notamment par une peur d’être abandonné, la peur de perdre
l’amour ou la protection de l’objet, la peur de l’agressivité dirigée envers l’objet ou la peur de
décevoir celui-ci (Bergeret, 1996b). Elle entraînerait un sentiment d’abandon qui générerait des
émotions de colère, d’anxiété, de tristesse et/ou de culpabilité (Lingiardi et McWilliams, 2017).
• Angoisse de castration : Apparaîtrait aux stades de développement psychosexuel phallique et
génital. Elle résulterait de la prise de conscience de la différence des sexes, de façon symbolique,
mais également réelle. Il s’agirait d’une angoisse qui marque « l’accès au désir génital et à la loi,
et à la relation triangulaire de personnes totales et sexuées » (Bergeret, 2008, p. 284). Ce serait
« une angoisse de faute, dirigée vers un objet ancien et érotisé » (Bergeret, 1975, p. 109). Elle
serait associée au narcissisme et au sentiment de puissance ou de contrôle, ainsi qu’à la libido
objectale et au plaisir sexuel pouvant être procuré par les organes (Bergeret, 2008). Elle porterait
une menace de castration fantasmatique (Bergeret, 1996b). Elle posséderait une valeur morale,
puisqu’une crainte du Surmoi et des instances parentales serait présente.

3.5.4 Mécanismes de défense

Les mécanismes de défense sont des processus psychiques fort importants dans le fonctionnement
individuel. Ils sont pris en considération dans la majorité des nosographies psychanalytiques, notamment
dans les deux modèles à l’étude.

47
[Link] Défense et mécanisme de défense

En psychanalyse, le terme de défense renvoie à toutes les techniques psychiques utilisées par la psyché
pour répondre et surmonter les conflits intrapsychiques (de Mijolla, 2005, p. 425). Il s’agirait de l’ensemble
« d’opérations dont la finalité est de réduire, de supprimer toute modification susceptible de mettre en
danger l’intégrité et la constance de l’individu biopsychologique » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 108).
Elles auraient pour fonction de protéger, préserver et défendre le psychisme contre les conflits internes
et les revendications pulsionnelles (Freud, 1926/1999). Les défenses interviendraient dans le cours
pulsionnel, afin de réprimer les pulsions menaçantes et les faire dévier de leur but, pour ainsi les rendre
inoffensives (Freud, 1926/1999). Elles opéreraient par voie de contre-investissement. Les défenses
porteraient « non seulement sur des revendications pulsionnelles, mais sur tout ce qui peut susciter un
développement d’angoisse : émotions, situations, exigences du surmoi » (Laplanche et Pontalis, 1981, p.
235). Les représentations, les souvenirs ou les fantaisies auxquelles les pulsions sont liées seraient
également visés par les défenses, de même que la relation au monde extérieur. Les défenses pourraient
être de formes et de natures diverses, telles que : censure, résistance, compulsion de répétition, formation
de compromis et de symptôme, mécanismes de défense.

Les mécanismes de défense représenteraient l’un des dispositifs particuliers qui peuvent être adoptés par
la défense; ce seraient des procédés dont se sert la défense (Freud, 1926/1999). Il s’agit des processus, le
plus souvent inconscients, derrière la mise en place et le fonctionnement des défenses (de Mijolla, 2005,
p. 427). Ce serait, par exemple, le cas de la censure, qui utilise des mécanismes tels que le déplacement*
et la condensation* pour atteindre son but. Les mécanismes de défense prendraient place dans le Moi et
seraient employés vis-à-vis une menace interne, que ce soit l’apparition de désirs inconscients
incompatibles avec le maintien de l’équilibre intrapsychique ou devant des « représentations susceptibles
d’éveiller des sensations désagréables » (Freud, 101/1967, p. 168). Les mécanismes de défense
rejetteraient et maintiendraient hors conscience les éléments déplaisants et inconciliables auxquels serait
confronté le Moi. Ils auraient pour rôle « l’organisation et le maintien des conditions psychiques optimales,
pouvant aider le Moi du sujet à affronter et à éviter l’angoisse et le malaise psychique » (de Mijolla, 2005,
p. 427). Anna Freud aurait d’ailleurs démontré que « la visée défensive peut utiliser les activités les plus
diverses (fantasme, activité intellectuelle) » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 235). Les mécanismes de
défense permettraient donc de masquer, minimiser, déformer, oublier ou rejeter des parts dérangeantes
de la réalité (Phaneuf, 2012). Leur présence permettrait de faire face aux difficultés de la vie quotidienne,
aux événements pénibles ou anxiogènes, de même qu’aux traumatismes (Chabrol, 2005). Ils

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contribueraient à l’élaboration des conflits psychiques et, de là, à la croissance du psychisme (de Mijolla,
2005, p. 427). En outre, l’utilisation et la sélection de mécanismes de défense particuliers seraient en
étroite relation avec le type d’affections en jeu et le niveau de développement du Moi (Freud, 1926/1999).

Sigmund Freud est le premier à avoir parlé de défenses et de mécanismes de défense; il n’a toutefois
jamais établi clairement la distinction entre les deux. Au fil du temps, Anna Freud, Melanie Klein et
plusieurs autres auteurs ont défini et travaillé sur divers mécanismes de défense. Il n’existe actuellement
aucune liste complète des mécanismes de défense ni de consensus sur leur nombre (Chabrol, 2005). Les
psychanalystes reconnaissent cependant que les mécanismes de défense peuvent être catégorisés selon
leur niveau d’évolution psychique. Par conséquent, il y aurait des mécanismes de défense primitifs ou
archaïques et des mécanismes de défense matures. Les mécanismes de défense primitifs seraient des
mécanismes qui étaient originairement utilisés au début de la vie de l’enfant, alors que celui-ci se trouvait
encore dans des phases de développement préœdipiennes (Ricard, 2010). Ils sont donc moins évolués et
moins raffinés que les mécanismes développés ultérieurement. Pour Melanie Klein, ces mécanismes
archaïques sont ceux qui étaient utilisés dans la position schizo-paranoïde et qui se sont ensuite cristallisés
(de Mijolla, 2005, p. 131). Les défenses de cette catégorie auraient pour but d’éviter la prise de conscience
de conflits internes ou de réalités pénibles, de même que de désirs, « d’impulsions, d’idées, d’affects
désagréables ou inacceptables » (Chabrol, 2005, p. 33). Ils joueraient aussi un rôle dans la régulation de
l’estime de soi. Cette catégorie inclurait des mécanismes tels que : acting out*, clivage de l’objet*, clivage
du Moi*, contrôle omnipotent de l’objet*, défense maniaque*, déni de la réalité*, dissociation*,
identification projective*, passage à l’acte*, projection*, régression* et somatisation*. Quant aux
mécanismes de défense matures, ils auraient été développés et utilisés par le sujet plus tardivement dans
son développement psychique, soit à partir de la période œdipienne (Ricard, 2010). Partant, ils seraient
davantage évolués et sophistiqués que les précédents. Du point de vue kleinien, ce sont des mécanismes
employés dans la position dépressive. Les mécanismes de défense matures devraient permettre l’accès et
la gestion des conflits intrapsychiques, ainsi que la régulation de l’estime de soi et des relations
interpersonnelles (Gabbard, 2010). Ils permettraient également d’atténuer le vécu d’émotions fortes et,
parfois, de plutôt mettre l’accent sur la pensée et les cognitions (Gabbard, 2010). Cette catégorie
regrouperait des mécanismes tels que : altruisme*, annulation rétroactive*, conversion*, dénégation*,
déplacement*, formation réactionnelle*, humour*, identification*, inhibition*, intellectualisation*,
isolation*, perlaboration*, rationalisation*, refoulement*, renversement en son contraire*, répression*,
retournement contre soi*, sublimation et suppression*.

49
[Link] Fonctions des mécanismes de défense

Les mécanismes de défense seraient, par définition, neutres : leur présence ne pourrait être considérée ni
saine ni pathologique. Tout dépendrait de l’effet produit, de la nature des mécanismes utilisés, de même
que de la souplesse, l’intensité, la fréquence et la durée de leur utilisation (Chabrol, 2005; Chabrol et
Callahan, 2018). Ces facteurs influenceraient la fonction adaptative des mécanismes. Ceux-ci auraient un
rôle adaptatif et fonctionnel, lorsqu’ils protègent le Moi et permettent de maintenir l’harmonie psychique;
lorsqu’ils aident à la régulation et la tolérance des affects « en réduisant ou écartant les affects négatifs »;
lorsqu’ils maintiennent « l’homéostasie, en restaurant un niveau confortable de fonctionnement »;
lorsqu’ils facilitent l’adaptation à des conditions de vie difficiles (Chabrol et Callahan, 2018). Les
mécanismes de défense matures sont généralement considérés comme étant plus adéquats et plus
complexes, ce qui assurerait une meilleure adaptation aux circonstances internes et environnementales.
En fonction des processus impliqués, ils autoriseraient ou empêcheraient la perception consciente des
« idées, sentiments, souvenirs, désirs ou craintes potentiellement menaçants », ainsi que leurs
conséquences (Chabrol, 2005, p. 34). L’aspect adaptatif des mécanismes de défense relèverait également
de leur variété et de la flexibilité de l’utilisation qui en est faite : si les mécanismes sont peu diversifiés et
qu’ils sont utilisés de manière excessive, répétitive ou compulsive, cela signerait un emploi inconvenable
et inadapté, voire pathologique (Chabrol, 2005). Un usage rigide et très fréquente de certains mécanismes
serait un signe supplémentaire d’un fonctionnement défensif inadéquat (Chabrol et Callahan, 2018). Une
utilisation inadaptée ou dysfonctionnelle des défenses se produirait lorsqu’elles ne parviennent pas à
empêcher l’émergence des conflits internes ni à maintenir un bon équilibre psychique. Ils pourraient alors
obstruer le champ de la conscience, couper le sujet de la réalité, nuire à son fonctionnement quotidien et
à ses relations interpersonnelles (Phaneuf, 2012). Il est souvent entendu que le recours à des mécanismes
de défense archaïques serait moins adéquat et moins approprié. À plus ou moins grande échelle, ils
pourraient provoquer une confusion ou une distorsion de l’image de soi, de l’image des autres, des
représentations, des cognitions ou de la réalité extérieure. Ils maintiennent hors de la conscience les
affects, les idées, les causes des impulsions et des stresseurs (Chabrol, 2005). De plus, ils offriraient une
régulation pauvre, insuffisante ou inexistante des aspects suivants : estime personnelle, émotions, pensée
et impulsions (Chabrol, 2005). Néanmoins, leur présence serait tout de même acceptable, tant qu’ils font
partie d’un ensemble plus vaste de défenses et que leur utilisation est ponctuelle.

50
[Link] Mécanisme de défense et mécanisme d’adaptation

Dans le PDM-2 les expressions defenses et coping stratégies apparaissent toutes deux pour désigner les
processus utilisés par la psyché pour se défendre ou se protéger (Lingiardi et McWilliams, 2017). Nous
avons donc voulu explorer la différence entre les deux terminologies.

En français, l’expression coping stratégies se traduit par mécanismes d’adaptation. Il semble effectivement
qu’une distinction serait parfois établie entre mécanismes de défense et mécanismes d’adaptation :
certains prétendent que les premiers sont inconscients, involontaires et automatiques, alors que les
deuxièmes seraient conscients et intentionnels (Chabrol et Callahan, 2018; Lingiardi et McWilliams, 2017).
Pour d’autres, les mécanismes de défense seraient vus comme des traits de personnalité d’un sujet, alors
que les processus d’adaptation renverraient plutôt au « comportement, et plus précisément la cognition,
derrière les moyens utilisés pour faire face à une situation » (Chabrol et Callahan, 2018, p. 16). Cette
distinction nous apparaît globalement peu souhaitable, car elle « dichotomise assez artificiellement les
opérations mentales et ne rend pas compte de leur complexité » (Chabrol, 2005, p. 32). En effet, il y aurait
des « processus mentaux intermédiaires, dont les degrés de conscience et d’intentionnalité sont
variables » (Chabrol, 2005, p. 32). De plus, l’évolution de la recherche à ce sujet aurait « conduit à une
convergence notable » et aurait démontré un chevauchement tel, que la distinction entre les deux ne
serait guère utile (Chabrol et Callahan, 2018, p. 17). Il apparaît plutôt que les mécanismes de défense et
d’adaptation « s’activent habituellement conjointement ou successivement et contribuent ensemble » à
l’adaptation du sujet, constituant ainsi deux composantes entremêlées (Chabrol, 2005, p. 32). Pour ces
raisons, dans le présent essai, les mécanismes de défense et les mécanismes d’adaptations sont tous deux
pris en considération et nous avons choisi de les regrouper sous l’appellation générale des mécanismes de
défense.

[Link] Mécanismes de défense et santé psychologique

D’aucuns affirment que le degré de maturité des défenses utilisées serait en lien avec la santé psychique
d’un sujet. Il semblerait qu’une plus grande prévalence de mécanismes de défense matures prédirait une
meilleure santé mentale et physique, notamment quant à « l’adaptation psychosociale, le soutien social,
le plaisir à vivre, et le fonctionnement physique subjectif » (Chabrol, 2005, p. 41). Dans le même ordre
d’idées, il apparaît que l’utilisation majoritaire de certains mécanismes de défense serait liée à « des types
particuliers de personnalité, ou dans certains cas, à des troubles de la personnalité » (Gabbard, 2010, p.
28). À titre d’exemple, il serait fréquent de retrouver la formation réactionnelle chez une personnalité

51
obsessive-compulsive, l’omnipotence chez une personnalité narcissique, le clivage chez une personnalité
limite ou la projection chez une personnalité paranoïaque (Chabrol, 2005; Gabbard, 2010).

3.5.5 Symptôme

Dans le premier chapitre de cet essai, nous avons rapidement discuté de l’importance de considérer le
symptôme comme l’un des multiples facteurs qui influencent la psychopathologie d’un sujet. Il nous
apparaît clair qu’une « constellation de symptômes est largement insuffisant[e] » pour arriver à
comprendre le fonctionnement psychique d’un sujet ou pour établir un diagnostic psychologique (St-Onge,
2014, p. 212).

La découverte du sens du symptôme aurait été faite par Freud aux environs de 1884, alors qu’il étudiait
l’hystérie et les signes de conversion hystérique. Il aurait alors déduit que le symptôme parle, qu’il a une
signification, même si celle-ci est ignorée par le sujet (Freud, 1926/1999; Stryckman, 2001). Cette parole
serait « le discours indirect qui permet à l'inconscient de s'exprimer, de se dévoiler, tout en s'oblitérant,
et de se donner comme langage parce qu'il n'a pas la possibilité de se donner comme parole et d'être
effectivement dit » (Misrahi, s.d.). Le symptôme était alors considéré par Freud comme une formation de
l’inconscient, une manifestation visible de phénomènes intrapsychiques invisibles. De ce fait, le symptôme
ignorerait son origine. Freud allègue cependant que l’étiologie de tous symptômes « demeure toujours la
frustration, le non-accomplissement d’un de ces désirs infantiles » (1884-1924/1973, p. 285). Le
symptôme serait également vu comme un compromis, « où le jeu se fait, dans une première topique, au
niveau des censures entre Inconscient, Préconscient et Conscient; ou entre les instances de la deuxième
topique, où le Surmoi devient le grand ordonnateur » (de Mijolla, 2005, p. 1770). De là, Freud aurait
affirmé que le symptôme névrotique est le résultat d’un conflit entre le Moi et le Ça, où le Moi « reste
fidèle à son allégeance vis-à-vis le monde extérieur et cherche à bâillonner le ça » (Freud, 1884-1924/1973,
p. 285). Le symptôme psychotique serait plutôt tributaire d’un conflit entre le Moi et la réalité, où le Moi
« se laisse dominer par le ça et arracher du même coup à la réalité » (Freud, 1884-1924/1973, p. 285).
Dans tous les cas, la mise en œuvre du symptôme passerait par le Moi et traduirait incontestablement
l’échec de celui-ci à « réconcilier ensemble les différentes revendications » internes et externes (Freud,
1884-1924/1973, p. 286). Le symptôme se substituerait à la pulsion*; une solution coûteuse qui
nécessiterait beaucoup d’énergie psychique, afin de maintenir le contre-investissement. Par conséquent,
la symptomatologie serait à la fois « l’expression d’un accomplissement de désir et la réalisation d’un

52
fantasme inconscient servant à accomplir ce désir » et « une formation de compromis dans la mesure où
le refoulement s’exprime aussi en lui » (Chemama et Vandermersch, 2009, p. 563).

Bien que le symptôme pourrait être indice « d’un processus morbide » (Freud, 1926/1999, p. 3), Freud
affirme que son apparition ne signe pas nécessairement la présence d’une psychopathologie, d’où
l’importance d’évaluer l’intention derrière ce symptôme. Il semble que la réalisation du symptôme serait
étroitement liée à la vie psychique : la manière dont les pulsions sont combinées aux différentes instances
psychiques déterminerait le type de symptôme et/ou la pathologie qui prendront place chez un sujet
(Chartier, 2001). La symptomatologie d’un individu pourrait donc être tributaire de mille et une causes :
« vulnérabilité biologique, accumulation de stresseurs environnementaux, expériences traumatiques,
environnement malsain […], intimidation par les pairs ou isolement social » (Lemay, 2015). Cette multitude
de possibilités explique qu’un même symptôme puisse renvoyer à des motivations dynamiques différentes
et, pareillement, qu’une souffrance psychique similaire puisse donner lieu à des manifestations
symptomatiques différentes. Dans tous les cas, la mise en œuvre du symptôme passerait par le Moi et
traduirait incontestablement l’échec de celui-ci à « réconcilier ensemble les différentes revendications »
internes et externes (Freud, 1884-1924/1973, p. 286).

[Link] Fonctions du symptôme

Dans la mesure où chaque symptôme serait spécifique à l’individu qui le présente et ne pourrait être
compris qu’en fonction de son histoire personnelle, il apparaît que le symptôme peut présenter différents
rôles et fonctions (Ferrant et Ciccone, 2007; Stryckman, 2001). D’abord, il pourrait avoir une fonction
préventive et protectrice, en association avec la formation de compromis, qui viserait à prémunir le Moi
du développement d’angoisse et à éviter la situation de danger qui est mise à jour par cette angoisse signal;
ou encore qui permettrait d’éviter l’émergence de toutes sensations de déplaisir, de détresse et de
douleur (Freud, 1926/1999; Stryckman, 2001). La création du symptôme supprimerait alors la menace
ressentie par le Moi. En outre, l’apparition de symptômes pourrait être adaptative, en permettant au sujet
de maintenir un fonctionnement quotidien adéquat et en lui permettant d’éviter la décompensation* et
la maladie. Le symptôme s’inscrirait alors en tant que tentative de traitement – une solution alternative
fonctionnelle – face à une angoisse ou à des affects difficiles (Stryckman, 2001). Par ailleurs, le symptôme
pourrait permettre au Moi « une satisfaction narcissique dont autrement il serait privé », touchant ainsi
l’amour propre ou l’estime de soi (Freud, 1926/1999, p. 15). Enfin, la présence de symptômes pourrait
être le « reflet relationnel visible d’une structure sous-jacente fixe et cachée à partir du moment où cette

53
structure de base ne se verrait plus fonctionner dans un état d’adaptation suffisant par rapport aux
réalités « internes et externes, donc être pathologique » (Bergeret, 1975, p. 60).

À travers son fonctionnement inconscient, ses significations énigmatiques, ses différentes fonctions et les
multiples formes qu’il peut prendre, le symptôme occupe une place importante dans l’évaluation du
fonctionnement psychique. Il est donc pertinent d’analyser la place qui lui est accordée et la manière dont
il est traité dans chacun des modèles étudiés.

54
CHAPITRE IV
MODÈLES À L’ÉTUDE

Les assises théoriques de cette recherche étant posées, il convient de présenter les modèles à l’étude. Le
modèle structural de Bergeret sera d’abord présenté, suivi du Psychodynamic Diagnostic Manual (2e
édition). Dans les deux cas, nous présenterons la manière dont ils ont été élaborés, leur mode
d’organisation interne et leur méthode d’utilisation.

Le modèle de Bergeret s’inscrit clairement dans une approche structurelle, telle que décrite dans le
premier chapitre. Le PDM-2 propose toutefois une organisation double : globalement construit sous une
approche multiaxiale, une partie du modèle est d’orientation structurelle – un axe sur trois – soit la partie
qui traite de l’évaluation de la personnalité. Les deux nosographies s’appuient néanmoins sur le postulat
que la personnalité est organisée en structures et reconnaissent ainsi des fonctionnements de
personnalité névrotique, limite/borderline et psychotique. Pourtant, les descriptions qu’ils en donnent et
l’emploi qu’ils en font diffèrent. Le vocabulaire utilisé pour parler et décrire les fonctionnements de
personnalité n’est également pas le même, ce qui peut porter à confusion. Conséquemment, dans un souci
de compréhension et de simplification, nous emploierons des termes différents, en fonction du modèle
qui est discuté. Nous avons choisi de rester le plus fidèle possible aux terminologies utilisées par les auteurs.
De ce fait, les vocables structure, aménagement/astructuration et caractère seront utilisés lorsqu’il est
question du modèle de Bergeret; les termes organisation et style/syndrome 2 de personnalité pour la
nosographie du PDM-2.

4.1 Modèle structural de Jean Bergeret

4.1.1 Élaboration du modèle

Jean Bergeret a développé son modèle structural en prenant appui sur les travaux de différents auteurs et
il ne manque pas, d’ailleurs, de nommer ses sources d’inspirations à travers ses écrits. Il y aurait d’abord
Sigmund Freud, fréquemment cité par Bergeret et dont les théories signent la base métapsychologique

2
Communément, le terme syndrome a une connotation pathologique et renvoi à une « [a]ssociation de plusieurs symptômes signes ou anomalies constituant une entité clinique reconnaissable »
et à l’ensemble « des signes révélateurs d’une situation jugée mauvaise » (Dictionnaires Le Robert, 2003, p. 2543-2544). Cependant, puisqu’il s’agit du terme spécifiquement utilisé dans le manuel,
nous avons adopté la terminologie.
des travaux de ce dernier. Un deuxième auteur très important, car souvent mentionné, semble être Robert
Fliess. Bergeret rapporte s’être beaucoup intéressé à la conception nosographique développée par celui-
ci, qui « mettait en évidence les différences structurelles entre les pathologies inventoriées » (Bergeret,
2011, p. 186). Il semble que Fliess « insistait sur l’évolution psychogénétique propre à chaque lignée » et
faisait référence à une divided line, une ligne de division établie au milieu du stade anal, entre la phase
d’expulsion et la phase de rétention, qui différencierait les pathologies psychotiques et névrotiques
(Bergeret, 2011). Puis, il y aurait Paul-Claude Racamier qui, de manière similaire à Fliess, admettait
l’existence d’un aménagement de personnalité intermédiaire, qui n’était conçu ni comme une forme de
psychose légère ni comme une névrose grave (Bergeret, 2011). Ses positions sur la psychogenèse et le
fonctionnement psychotique s’apparenteraient d’ailleurs fortement aux hypothèses de Bergeret (1975).
Tout ceci aurait donc alimenté les réflexions de Bergeret quant au nécessaire établissement d’un tierce
état, un état limite, situé entre psychose et névrose. Il semble que les travaux de Racamier auraient aussi
stimulé l’intérêt de Bergeret pour la reconnaissance de différentes structures de personnalité (Bergeret,
2011). Par ailleurs, ce dernier fait également référence à Karl Abraham, évoquant à diverses occasions ses
apports théoriques quant aux caractéristiques de l’objet, au fonctionnement pathologique et à la
dépression (Bergeret, 1975). Enfin, Bergeret parle de Bela Grunberger comme ayant influencé son étude
du narcissisme et le développement de ses théories sur la violence fondamentale (Bergeret, 1975;
Vermorel et al., 1999).

Dans son modèle nosographique, Bergeret s’est majoritairement attaché à décrire la personnalité adulte,
considérant que la personnalité de l’enfant ou de l’adolescent n’est pas encore déterminée ni fixée avant
la fin de l’adolescence. Bien qu’il se soit tout de même attardé au volet pédopsychiatrique et qu’il ait posé
diverses hypothèses cliniques, celui-ci ne sera pas abordé dans le cadre de l’essai actuel. Nous nous en
tiendrons à sa perspective de la personnalité adulte seulement.

4.1.2 Organisation interne du modèle

L’élément central du modèle structural de Bergeret est le concept de structure de base. De manière
générale, il définit la structure comme une « disposition complexe mais stable et précise des parties qui la
composent, c’est la manière même dont un tout est composé et dont les parties de ce tout sont arrangées
entre elles» (Bergeret, 1996b, p. 3). Chaque élément prendrait alors sa valeur par rapport à l’ensemble
auquel il est lié. En ce qui concerne la personnalité, la notion de structure de base renverrait aux assises
sur lesquelles repose le fonctionnement mental d’un sujet, un ensemble indécomposable de

56
caractéristiques individuelles, perçues dans leur globalité (Bergeret, 1996b). Elle refléterait l’agencement
des fonctions mentales essentielles, l’arrangement d’un système complexe et durable de fonctions
psychiques (Vermorel el al., 1999). Une structure vraie représenterait « la base idéale d’aménagement
stable des éléments métapsychologiques constants et essentiels chez un sujet » (Husain et al., 2009, p.
181). Elle se constituerait « selon une variété d’organisation interne avec des lignes de clivage et de
cohésion qui ne pourront plus varier par la suite » (Bergeret, 1996b, p. 54). Elle désignerait le « mode
d’organisation permanent le plus profond de l’individu, celui à partir duquel se jouent les aménagements
fonctionnels » normaux ou morbides (Bergeret, 1996b, p. 3). Elle se démarquerait par sa solidité, sa
stabilité, son authenticité et sa constance. La structure organiserait la personnalité de manière irréversible,
« avec des mécanismes de défense peu variables, avec un mode de relation d’objet sélectif, avec un degré
d’évolution libidinale et moïque défini, avec une attitude arrêtée de façon répétitive devant la réalité, avec
un jeu réciproque assez invarié des processus primaire et secondaire » (Bergeret, 1996b, p. 46). La
structure est à distinguer de la personnalité décrite précédemment, en ce que la structure serait « un mode
d’organisation de la personnalité », l’élément de base sur lequel s’appuie la personnalité d’un sujet
(Bergeret, 2011, p. 188).

Deux structures de personnalité pourraient être identifiées dans le modèle structural, soit la structure
névrotique et la structure psychotique. Bergeret en parle comme de structures vraies, solides et définitives,
qui seraient mutuellement exclusives : un sujet structuré de façon névrotique ne pourrait pas, pour quelle
que raison que ce soit, devenir psychotique et vice versa. Une fois qu’un individu serait organisé en
fonction d’une structure donnée, il y resterait pour la vie (Bergeret, 1996b, 2008). Ces deux structures
seraient séparées par un aménagement non structurel, appelé astructuration limite. Cet aménagement ne
répondrait pas aux critères de solidité et d’invariabilité d’une structure vraie, car il serait instable et
fluctuant. L’aménagement limite présenterait un mouvement intérieur constant et un combat incessant
pour maintenir une forme d’équilibre précaire et peu sécurisant pour le sujet. Il s’agirait d’un état trop
fragile et pas suffisamment organisé narcissiquement pour se voir désigné le statut de structure (Bergeret,
2008). Ceci dit, les deux structures et l’astructuration limite auraient un mode de fonctionnement qui leur
est propre et qui se distinguerait selon quatre axes organisateurs fondamentaux : la nature de l’angoisse
latente, le mode de relation d’objet, les mécanismes de défense principaux et le mode habituel
d’expression du symptôme (Bergeret, 1996b, p. 68). Leurs différences seraient donc essentiellement
qualitatives et non pas quantitatives (Husain et al., 2009).

57
Bergeret soutient que la psychogenèse des structures et de l’astructuration est influencée par plusieurs
facteurs, tels que les relations aux parents durant l’enfance, le milieu de vie et le développement
psychosexuel de l’enfant, ainsi que par les fixations et les traumatismes désorganisateurs précoces
(Bergeret, 1996b, 2008, 2011). Les événements survenant pendant les stades de développement oral, anal
et phallique auraient donc beaucoup d’importance; l’atteinte ou le dépassement de ces stades
influencerait le développement de la future organisation de personnalité. Bergeret explique que
l’évolution psychique serait interrompue pendant le stade de latence, car, bien que plusieurs vécus latents
soient en jeu, cette période développementale contribuerait peu au développement structurel (Bergeret,
1975). Le processus évolutif serait réactivé au moment de l’adolescence, où « tout sera à nouveau remis
en question » (Bergeret, 1975, p. 70). La structure de personnalité ne serait véritablement fixée qu’une
fois l’adolescence terminée. Bergeret suggère qu’un individu s’organiserait selon la structure psychotique
si des fixations et des traumas sont survenus alors qu’il se trouvait au stade oral ou au premier sous-stade
anal; qu’une structuration névrotique surviendrait après résolution du stade phallique et après résolution
variable de l’Œdipe, avec des fixations sans grande importance (Bergeret, 1996b; Vermorel et al., 1999).
Enfin, s’il y a eu traumatisme désorganisateur au deuxième sous-stade anal ou au début du stade phallique,
l’auteur postule que le sujet serait voué à un fonctionnement limite, aucune structure fixe ne se mettant
en place (Bergeret, 1996b; de Tychey, 2012). Cela dit, en présence d’un deuxième traumatisme tardif ou
d’une accumulation de microtraumatismes, rappelant le trauma précoce, l’aménagement limite pourrait
prendre la voie de la décompensation somatique. Il pourrait également y avoir une régression vers la voie
de la structuration psychotique ou une évolution vers la structuration névrotique (Bergeret, 2008; Ricard,
2010). Ce changement de lignée structurelle serait toutefois rare et l’individu se trouvant dans
l’astructuration limite aurait de fortes chances d’y rester sa vie entière. Ceci explique que chaque structure
a « sa cohérence et son homéostasie propre », bien qu’elles présentent des différences « par rapport à
leur degré d’accomplissement œdipien » (Vermorel et al., 1999, p. 28).

4.1.3 Utilisation du modèle

L’identification du type de structure ou d’astructuration du sujet constitue la première étape de


l’évaluation de la personnalité, selon le modèle de Bergeret. La deuxième étape suggérée est la précision
du mode de fonctionnement psychique, caractérisé par trois paliers : le caractère, les traits de caractère
et la pathologie du caractère.

58
Le caractère est défini par Bergeret comme « le témoignage visible de la structure de base de la
personnalité, le véritable ‘’signe extérieur de richesse ou de pauvreté structurelle‘’ » (1996b, p. 184). Il
représenterait les manifestations concrètes et non morbides du mode de fonctionnement de la structure.
Il serait stable et constant. Il refléterait les modes de fonctionnement du Moi, les besoins pulsionnels, le
choix objectal, les particularités de l’angoisse, les conflictualités internes et les représentations
fantasmatiques et oniriques diverses (Bergeret, 1996b). Il incarnerait les caractéristiques manifestes de la
personnalité du sujet, en concordance avec la structure profonde. Pour en faire l’évaluation, Bergeret
prendrait appui sur les quatre facteurs de base précédemment mentionnés – angoisses latentes, mode de
relations d’objet, mécanismes de défense principaux, mode habituel d’expression des symptômes. Il
prendrait aussi en compte le niveau de fonctionnement de la libido et du Moi, la nature des conflits
intrapsychiques, les fixations, les représentations fantasmatiques et la genèse de la relation parentale
(Bergeret, 1996b). Tous ces éléments aideraient à bien définir le caractère présenté par un sujet et
permettraient d’établir un diagnostic différentiel, si nécessaire (Bergeret, 1996b). Le caractère particulier
d’un sujet partagerait les caractéristiques générales que la structure/aménagement profonde sur laquelle
il repose. Cependant, certaines angoisses seraient plus dominantes ou certains mécanismes de défense
seraient davantage utilisés que dans les autres caractères de la même structure. De plus, l’étiologie
pourrait être légèrement différente d’un caractère à l’autre, bien qu’ils soient dans la même lignée
structurelle. Qui plus est, chaque caractère serait spécifiquement associé à l’un des trois modes
d’organisation de la personnalité. Suivant cette logique, un individu de structuration névrotique pourrait
présenter un caractère obsessionnel, un caractère hystérophobique ou un caractère hystérique de
conversion. Il y aurait possibilité de retrouver un caractère schizophrénique, paranoïaque ou mélancolique
chez un sujet de structure psychotique. Enfin, dans l’aménagement limite, une personne pourrait
présenter un caractère narcissique, pervers, caractériel ou psychosomatique. Puisque le type de caractère
est considéré comme intimement relié à la structure/astructuration dans laquelle il apparaît, la description
de chaque caractère sera faite dans le prochain chapitre, lorsque les trois fonctionnements de personnalité
seront définis. Les définitions alors formulées permettront de mieux comprendre les caractères qui seront
par la suite présentés. Nous estimons que ce choix favorisera une meilleure compréhension et une
meilleure cohérence.

Par ailleurs, il serait possible que certaines manifestations caractérielles ne concordent pas avec les
caractéristiques de la structure profonde, qu’elles ne correspondent pas à l’expression habituelle et
attendue. Ce phénomène traduirait la présence de ce que Bergeret appelle des traits de caractère. Ceux-

59
ci sont décrits comme des mécanismes auxiliaires, qui agiraient à titre de roue de secours au
fonctionnement caractériel habituel, que ce soit pour maintenir le fonctionnement normal de la structure
ou pour aider au système défensif lorsqu’il y « défaillance pathologique » (Bergeret, 1996b, p. 239). Deux
types de traits de caractère sont identifiés par Bergeret : les traits de caractère défensifs – traits
névrotiques, psychotiques et narcissiques – et les traits de caractère pulsionnels – traits libidinaux et
agressifs. Les premiers seraient le résultat d’une intervention défensive du Moi, pour suppléer aux
possibles défaillances du caractère du sujet, par des traits appartenant à d’autres modes caractériels; les
seconds seraient des éléments n’appartenant à aucune structure spécifique, mais qui « traduisent
simplement une fixation ou une régression développée à un niveau quelconque de l’évolution
pulsionnelle » (Bergeret, 1996b, p. 240). L’auteur affirme qu’il y a toujours des traits de caractère ajoutés
au caractère propre (Bergeret, 1996b).

Finalement, l’appellation pathologie du caractère renverrait à la psychopathologie, à une présence


importante de symptômes. Bergeret affirme qu’une décompensation surviendrait chez un sujet lorsque
celui-ci ne réussit pas à s’adapter aux diverses problématiques internes ou externes qu’il rencontre sur sa
route. Il s’agirait de situations où « les conflits intrapsychiques œdipiens et/ou préœdipiens sont majeurs
et ne peuvent espérer se résoudre que par l’apparition de symptômes coûteux pour la vie psychique et la
vie tout court » d’un sujet (Bergeret, 2008, p. 174). Bergeret en parle comme d’une « maladie, non
seulement de la relation objectale, mais aussi du statut même de l’objet, lié à un vice plus ou moins grave
selon les variétés cliniques de maladies du caractère dans la constitution de la représentation objective »
(Bergeret, 1996b, p. 266). Ces états pathologiques pourraient survenir à différents moments, plaçant le
sujet successivement en état « d’adaptation, de désadaptation, de réadaptation, etc. » (Bergeret, 1996b,
p. 23). Dans les faits, cette conception de la pathologie du caractère renvoie à la définition de l’anormal
présentée précédemment : la pathologie du caractère serait donc une autre manière de se représenter
l’état d’anormalité dans lequel un sujet pourrait momentanément se retrouver.

En outre, il est important de comprendre que, pour Bergeret, les structures et l’astructuration sont
présentées selon un fonctionnement linéaire, tributaire du parcours développemental de l’enfant. Elles
ne seraient pas hiérarchisées en fonction d’un état de santé ou de pathologie ni selon un degré de
normalité ou de supériorité quelconque. L’ordre serait plutôt établi en tenant compte de la qualité du
fonctionnement interne, « dans le sens maturatif, élaboratif et relationnel des différentes fonctions du
Moi » (Bergeret, 1996b, p. 38). Cette classification serait donc tributaire « des maturations sexuelles, des

60
niveaux d’élaboration des processus mentaux, des degrés atteints par la force du Moi, des niveaux de
constitution du Surmoi, des possibilités de relation ou d’indépendance objectale » (Bergeret, 1972, p. 399).
De ce fait, la structure psychotique présenterait un fonctionnement psychique global moins mature et
moins élaboré que la structure névrotique, alors que le fonctionnement de l’aménagement limite se
situerait entre les deux. Qui plus est, il convient de rappeler que les états de normalité et d’anormalité
précédemment expliqués pourraient se trouver tout autant dans la structure névrotique que dans la
structure psychotique. Ces structures pourraient toutes deux évoluer de façon normale lorsqu’elles sont
compensées et fonctionnelles, car si un individu est « adapté à sa structure de fond, il est dans un état de
normalité. Le bon fonctionnement de sa structure originale personnelle le rend normal » (Bergeret, 2011,
p. 189). La normalité de la structure psychotique serait, évidemment, différente de la normalité d’une
structuration névrotique (Bergeret, 1975, 2011), puisque leurs degrés de maturité et de fonctionnement
psychique ne seraient pas les mêmes. Pareillement, les structures pourraient se retrouver en état
d’anormalité s’il y a décompensation et déséquilibre psychique. Ce ne serait toutefois pas le cas de
l’aménagement limite, qui est plutôt qualifié par Bergeret de pseudo-normal : il jouerait à la normalité, au
prix d’artifices aliénants et coûteux. Il y aurait imitation de la stabilité et la normalité des structures
voisines, n’y accédant jamais. Bien que cet aménagement serait généralement durable dans le temps, il
resterait toujours fragile, ce qui ne lui permettrait pas d’entrer dans la normalité bergeretienne.

4.2 Psychodynamic Diagnostic Manual, 2e édition (PDM-2)

4.2.1 Élaboration des deux éditions du manuel

La création du PDM est due aux efforts de Stanley I. Greenspan, pédopsychiatre et psychanalyste
américain. Animé par le désir de concevoir un système de classification utile sur le plan clinique, il a réussi
à enrôler plusieurs organismes et une quarantaine de psychanalystes à travers le monde, afin de créer un
outil qui allait changer la manière de travailler dans le domaine de la santé mentale (McWilliams, 2011, p.
118). La première édition du Psychodynamic Diagnostic Manual a été publiée en 2006 et la seconde en
2017. Ces ouvrages traduisent l’effort collaboratif de plusieurs associations et organismes qui œuvrent en
psychologie psychodynamique ou qui sont reliés à la santé mentale. Il y a, entre autres, l’American
Academy of Psychoanalysis and Dynamic Psychiatry, l’American Association for Psychoanalysis in Clinical
Social Work, l’American Psychoanalytic Association, l’International Psychoanalytical Association,
l’Association européenne de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent et l’International Society of

61
Adolescent Psychiatry and Psychology. S’ajoutent à cela plusieurs figures importantes de la psychanalyse,
dont Robert Wallerstein, Nancy McWilliams, Otto Kernberg, Jonathan Shedler et Vittorio Lingiardi . Les
deux éditions du manuel ont été élaborées à partir des connaissances et postulats psychanalytiques, mais
aussi à la suite de nombreuses recherches empiriques de la neuroscience et de la clinique
psychothérapeutique (Lingiardi et McWilliams, 2017; McWilliams el al., 2018). La deuxième édition aurait
cherché à allier psychanalyse et symptomatologie en une proposition polyvalente et complète, afin d’offrir
une classification des individus, une « taxonomie des personnes » plutôt qu’une « taxonomie des
maladies » (Lingiardi et al., 2015, p. 96). L’objectif principal était d’améliorer l’évaluation diagnostique et
le traitement des troubles psychologiques, en s’appuyant sur une description en profondeur aussi bien
qu’en surface, du fonctionnement psychique d’un sujet (Porcerelli et al., 2011, p. 177). Les auteurs
souhaitaient offrir une description multidimensionnelle du fonctionnement émotionnel, cognitif et social
d’un sujet, ainsi que des processus psychologiques sous-jacents à la présentation symptomatique
(McWilliams et al., 2018). Ils souhaitaient également fournir aux cliniciens des moyens et des outils
thérapeutiques adaptés aux particularités individuelles (PDM Task Force, 2006). Un grand effort aurait été
mis pour redonner une place au sujet et faire du sens avec l’observable (Lingiardi et McWilliams, 2017). Le
PDM intégrerait une perspective idiosyncratique et holistique, plutôt que la traditionnelle – et incomplète
– perspective nomothétique (McWilliams, 2011).

La caractéristique fondamentale des PDM et PDM-2 repose sur le postulat que les difficultés et les
problèmes psychologiques ne pourraient être évalués correctement sans d’abord comprendre
profondément l’individu qui les présente (Lingiardi et McWilliams, 2017). Il serait primordial pour les
auteurs qu’une évaluation prenne en compte la réalité et l’expérience individuelle globale du sujet, de
même que le contexte socioculturel dans lequel il évolue (Lingiardi et McWilliams, 2017). Il y aurait un
grand intérêt pour les prédispositions biologiques, cognitives, affectives, somatiques des troubles, ainsi
qu’une grande attention portée à l’expérience subjective du sujet vis-à-vis ses symptômes (Huprich et al.,
2015). Il est entendu que les sphères émotionnelle, sociale et comportementale seraient interreliées et
qu’elles fonctionneraient conjointement, plutôt que de façon isolée (PDM Task Force, 2006, p. 1). De plus,
des liens sont constamment établis entre les symptômes et les capacités sociales et émotionnelles; la
symptomatologie y étant conçue comme « le reflet d’une expression franche des méthodes d’adaptation
et de défense d’un sujet, face aux événements » (Huprich et al., 2015, p. 63).

62
Une autre spécificité des deux ouvrages est l’accent porté au volet thérapeutique. Une grande place est
accordée aux particularités de la psychothérapie et la relation avec le thérapeute est envisagée comme un
outil diagnostique essentiel (Selvini, 2010). Le travail thérapeutique est présenté comme s’appuyant, en
partie, sur les verbalisations du sujet quant à ses pensées, ses émotions et ses comportements (PDM Task
Force, 2006, p. 5). Les deux éditions du PDM s’appliquent à présenter le déploiement de la relation
thérapeutique et de divers enjeux présents, en tenant compte des différentes caractéristiques de la
personnalité du sujet. Dès lors, il y a description de l’alliance thérapeutique, de la dynamique relationnelle
qui s’établit entre le sujet et le clinicien, de la façon dont le client se présente en thérapie ou qu’il parle de
son vécu personnel, de même que des possibles réactions contre-transférentielles du thérapeute (Lingiardi
et McWilliams, 2017). Enfin, des exemples cliniques sont présentés à plusieurs endroits.

Par ailleurs, il semble que les auteurs auraient cherché à rendre le PDM pratique et utilisable par le plus
grand nombre de professionnels. Une attention aurait donc été portée à minimiser l’utilisation du jargon
psychanalytique pour utiliser un vocabulaire accessible, où les cliniciens de toutes allégeances théoriques
peuvent s’y retrouver (McWilliams, 2011; McWilliams et al., 2018). De plus, il apparaît que la
compréhension du fonctionnement sain et de ce que représente une bonne santé psychique serait
essentielle : cela devrait inévitablement précéder toute description de troubles psychiques ou de
pathologies (PDM Task Force, 2006, p. 2). Comprendre le fonctionnement mental en santé permettrait
ensuite d’en identifier les déviations, de les comprendre, de les expliquer et de les classifier (PDM Task
Force, 2006, p. 431). Tant la santé mentale que la psychopathologie impliqueraient une multitude de
caractéristiques fonctionnelles subtiles (Lingiardi et McWilliams, 2017). Le PDM prônerait ainsi une étude
en profondeur de la personnalité, ce qui ferait partie du courant identifié comme la deep psychology (PDM
Task Force, 2006). Il s’agirait, en fait, de prendre en considération les parts de la psyché qui ne se
manifestent pas directement dans les comportements ou les symptômes de surface et pas nécessairement
dans un contexte de vie quotidienne, mais qui influenceraient tout de même le fonctionnement mental
(PDM Task Force, 2006, p. 433). Cette orientation clinique s’intéresserait particulièrement aux aspects
psychologiques associés au développement de l’identité, aux capacités d’individuation et de
différenciation, à la symbolisation, aux émotions, aux mécanismes de défense, à la capacité d’intimité et
au développement de la personnalité (PDM Task Force, 2006, p. 433).

63
4.2.2 Organisation interne et utilisation du manuel

Le PDM-2 est divisé en cinq volets : vie adulte, adolescence, enfance, petite enfance et vie du nourrisson,
vie de la personne âgée. Nous nous intéresserons ici au volet adulte seulement. Celui-ci est séparé en trois
axes principaux, qui permettraient de faire l’évaluation complète du fonctionnement psychique.

[Link] Axe P – Syndromes de personnalité

Les auteurs du manuel postulent que les troubles mentaux et les symptômes ne peuvent pas être compris,
évalués ou traités sans qu’il y ait d’abord une compréhension globale de la vie psychique de la personne
évaluée (Huprich et al., 2015; PDM Task Force, 2006). La personnalité est considérée comme la base sur
laquelle repose l’ensemble du fonctionnement psychique d’un sujet (Lingiardi et McWilliams, 2017). Les
auteurs expliquent que les troubles mentaux et les symptômes ne peuvent pas être compris, évalués ou
traités sans qu’il y ait d’abord une compréhension globale de la vie psychique du sujet (Huprich et al., 2015;
PDM Task Force, 2006). Par conséquent, l’Axe P – Syndromes de personnalité est placé en premier et
devrait être la première dimension évaluée chez l’adulte.

L’utilisation de cet axe se ferait en deux temps. En premier lieu, il conviendrait de déterminer le niveau
d’organisation de personnalité du sujet et d’en comprendre le fonctionnement. Cette notion
d’organisation désignerait l’agencement général de la personnalité et du psychisme, l’ensemble des
caractéristiques intrapsychiques fondamentales, organisées entre elles et qui rendent compte du
fonctionnement psychologique d’un individu. Il serait notamment question des conflits et des enjeux
internes, des forces et faiblesses du sujet, des motivations personnelles, des schèmes de pensées, des
mécanismes de défense et des fantasmes (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 16). Le manuel présente
quatre niveaux d’organisation, situés sur un continuum allant de la santé mentale à la psychopathologie :
l’organisation saine, qui serait la plus adaptée et la plus fonctionnelle; l’organisation névrotique, qui
présenterait des difficultés modérées dans des domaines précis; l’organisation borderline, qui souffrirait
de problèmes notables, perturbant le fonctionnement quotidien; l’organisation psychotique, qui serait
l’organisation la plus altérée et la moins fonctionnelle – ces organisations seront décrites en détail dans le
chapitre suivant. La description de chaque organisation est faite selon plusieurs paramètres : le niveau de
fonctionnement du sujet quant à la qualité des relations interpersonnelles; l’expérience, la compréhension
et la variété des émotions; l’expérience, la compréhension et la variété des pensées; le niveau de flexibilité
mentale lorsque confronté à des stresseurs externes ou des conflits internes; le degré de cohérence

64
identitaire; l’expression des impulsions, en concordance avec les valeurs personnelles et la situation; la
souffrance personnelle ou imposée aux autres (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 18).

Pour situer un sujet sur ce continuum, la première édition du PDM proposait d’évaluer le fonctionnement
de personnalité du sujet quant à sept facteurs clefs : l’identité, les relations d’objet, la tolérance aux affects,
la régulation des affects, l’intégration du Moi et des idéaux, l’épreuve de réalité*, la force du Moi et la
résilience (PDM Task Force, 2006, p. 22). Cette section a toutefois été retirée du PDM-2. Pour trouver des
normes d’évaluation claires, il est nécessaire de se référer à la Psychodiagnostic Chart-2 à la fin du manuel
(Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 1019). Quatre fonctions mentales essentielles y sont présentées :

1. Identité : perception de soi selon le niveau de complexité, de stabilité et de justesse.


2. Relations d’objet : capacité à maintenir des relations intimes, stables et satisfaisantes.
3. Niveau de défense : types de mécanismes de défense privilégiés.
4. Épreuve de réalité : capacité à adhérer aux normes conventionnelles de la réalité.

De là, il s’agirait d’attribuer une cote de 1 (déficit sévère) à 10 (fonctionnement sain) à chacune des quatre
fonctions précédentes, ce qui permettrait ensuite d’établir une moyenne globale. Celle-ci permettrait
d’identifier le niveau d’organisation de personnalité auquel appartient le sujet : une majorité de scores
entre 1 et 2 signerait la présence d’une organisation psychotique; plusieurs cotes entre 3 et 5
suggéreraient une organisation borderline; une prépondérance de cotes entre 6 et 8 renverrait à une
organisation névrotique; une présence majoritaire de scores de 9 ou 10 traduirait la présence d’une
organisation saine (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 951). Les auteurs précisent qu’il n’y a évidemment
pas de séparation nette et que le jugement du clinicien est primordial.

En deuxième lieu, il s’agirait d’évaluer les styles ou syndromes de personnalité, ce qui permettrait de
dépeindre plus précisément le fonctionnement psychique du sujet évalué. Un syndrome de personnalité
représenterait une configuration complexe, mais reconnaissable, de caractéristiques comportementales
et psychologiques interreliées, qui colorent la personnalité. Il ne serait pas pathologique en soi et serait
relativement stable dans le temps (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 72). L’identification du syndrome
devrait permettre de mettre en évidence les schémas de pensées caractéristiques, le profil sentimental,
les tendances comportementales récurrentes, de même que le mode privilégié d’entrée en relation avec

65
autrui et le monde extérieur (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 1020). Les syndromes recensés devraient
être interprétés comme des prototypes ou des idéaux sans limites rigides, comme des entités descriptives
qui s’appliquent à un sujet dans une mesure plus ou moins grande (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 27).
De ce fait, un individu pourrait présenter des traits de personnalité appartenant à plus d’un style : il
pourrait y avoir une correspondance très forte avec un ou deux syndromes donnés et une correspondance
moindre avec quelques autres. Le PDM-2 identifie les douze syndromes de personnalité suivants :
syndrome dépressif, syndrome dépendant, syndrome anxio-évitant et phobique, syndrome obsessif-
compulsif, syndrome somatique, syndrome schizoïde, syndrome hystérique-histrionique, syndrome
narcissique, syndrome paranoïde, syndrome psychopathique, syndrome sadique, syndrome borderline
(Lingiardi et McWilliams, 2017). Il y a, pour chacun d’eux, une description du fonctionnement global et des
précisions sont ajoutées quant à divers enjeux qui pourraient influencer le processus psychothérapeutique.
Finalement, chaque description est suivie d’un résumé, étayé par six paramètres :

1. Facteurs constitutionnels et maturatifs contribuants.


2. Tensions et préoccupations centrales.
3. Affects centraux.
4. Croyances pathogènes distinctives à propos de soi.
5. Croyances pathogènes distinctives à propos des autres.
6. Mécanismes de défense principaux.

Le manuel présente ces syndromes dans un certain ordre, basé sur la dimension intériorisation ou
extériorisation dudit syndrome : celui qui tendrait le plus vers l’intériorisation est présenté en premier –
le syndrome dépressif – et celui qui tiendrait davantage de l’extériorisation est présenté en dernier – le
syndrome sadique (Lingiardi et McWilliams, 2017; Lingiardi et al., 2015; McWilliams et al., 2018; PDM Task
Force, 2006). Des liens sont d’ailleurs rapidement établis entre cette polarité et d’autres qui sont similaires :
introversion/extraversion de C. G. Jung ou introjection/anaclitisme de Sidney Blatt (Lingiardi et McWilliams,
2017). Conséquemment, le pôle internalisation-introversion-introjection présenterait des enjeux liés à
l’identité et au sentiment de soi. Ce seraient des personnalités plutôt discrètes et réservées, avec une
tendance à l’isolement ou au retrait social*. Il y aurait aussi une propension à l’autocritique et au blâme
de soi-même. Les six syndromes de personnalité de ce registre, classés du plus introverti au moins
introverti, seraient les syndromes dépressif, dépendant, anxio-évitant et phobique, obsessif-compulsif,
schizoïde et somatique. Le pôle externalisation-extraversion-anaclitisme, traduirait plutôt des enjeux

66
relationnels, avec une problématique touchant la stabilité et la réciprocité des relations. Il y aurait une
tendance à blâmer autrui et à diriger contre eux colère, agressivité et critiques (Lingiardi et al., 2015;
McWilliams et al., 2018). S’ajouteraient à cela une grande labilité affective et une attitude de dépendance
à l’égard des autres (PDM Task Force, 2006). Ce seraient des personnalités davantage extraverties et
éclatantes, parfois bruyantes. Dans ce registre, le manuel présente les six syndromes suivants, du moins
extraverti au plus extraverti : hystérique-histrionique, narcissique, paranoïde, psychopathique et sadique.
Le syndrome borderline serait considéré comme trop instable et fluctuant pour être placé sur ce
continuum (Lingiardi et McWilliams, 2017).

Les douze syndromes recensés pourraient, pour la majorité, se retrouver dans l’une ou l’autre des trois
organisations de la personnalité. Un sujet pourrait être, par exemple, d’organisation névrotique et
présenter un syndrome dépendant; de même qu’il pourrait être d’organisation psychotique et présenter
un syndrome de personnalité dépendant. Le Tableau 4.1 (voir Annexe B) illustre quel syndrome de
personnalité pourrait être retrouvé dans quelle organisation. Bien que chaque syndrome possède les
caractéristiques de l’organisation de personnalité dans laquelle il se retrouve, il aurait également un
fonctionnement qui lui est propre et qui influencerait la personnalité d’une façon particulière. Une brève
description des douze syndromes est présentée à la fin de ce chapitre (section 4.4.3).

Pour déterminer quels sont les syndromes qui permettent le mieux de décrire la personnalité d’un sujet,
il serait nécessaire de d’abord identifier tous les syndromes présents, d’ensuite leur attribuer une note
entre 1 (atteinte sévère) et 5 (haut fonctionnement), pour finalement retenir les deux syndromes
dominants. Le manuel précise que les syndromes de personnalité sont neutres, ni sains ni pathologiques :
un individu pourrait donc présenter un syndrome de personnalité dépressif, sans souffrir de dépression
pour autant. La différence résiderait dans l’amplitude que prend le syndrome et dans sa nature invalidante.
Un trouble de la personnalité désignerait une constellation de signes, de symptômes ou de traits de
personnalités qui, ensemble, constituent une unité de sens et traduiraient un fonctionnement altéré ou
anormal (Lingiardi et al., 2015). Kernberg le décrit comme un ensemble de « traits anormaux et
pathologiques du caractère présentant une intensité suffisante pour entraîner une perturbation
importante du fonctionnement intrapsychique et/ou interpersonnel » (Kernberg, 2004, p. 116-117). Lors
de l’évaluation de l’Axe P, la cote accordée aux syndromes dominants permettrait de déterminer s’il y a
présence d’un trouble de personnalité ou pas : une cote de 5 traduirait la présence de traits qui colorent
légèrement la personnalité; une cote de 3 signifierait que la personnalité est modérément marquée par le

67
syndrome; une cote de 1 indiquerait la présence d’un trouble de personnalité. Enfin, il est précisé que plus
le fonctionnement psychique est sain et souple, plus le sujet aurait des traits de personnalité appartenant
à différents syndromes (Lingiardi et McWilliams, 2017). Au contraire, lorsque le fonctionnement serait
davantage rigide et déficitaire, la présence des syndromes serait davantage évidente et ceux-ci
apparaîtraient sous une forme plus pure et plus explicite (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 27).

[Link] Axe M – Profils de fonctionnement mental

Le deuxième axe d’évaluation est l’Axe M – Profils de fonctionnement mental. L’objectif serait de traduire
et de systématiser, le mieux possible, l’unicité et la richesse du fonctionnement psychique du sujet évalué
(Lingiardi et McWilliams, 2017). Pour ce faire, un regard spécifique serait porté à la qualité du
fonctionnement mental. Les différentes capacités psychiques contribueraient à l’articulation de la
personnalité d’un individu et influenceraient le niveau de santé mentale ou de psychopathologie (PDM
Task Force, 2006, p. 8). L’Axe M permettrait de conceptualiser et d’appréhender le degré de fonctionnalité
psychique et les capacités d’adaptation psychologiques. Il permettrait également de saisir la complexité
et la singularité du fonctionnement mental d’un sujet, avec ses forces et ses limitations (Lingiardi et
McWilliams, 2017). En outre, les auteurs du PDM-2 considèrent que le développement et l’exécution de
ces capacités mentales seraient le résultat de l’interaction des composantes génétiques – tempérament,
prédispositions héréditaires, traits de personnalité sous-jacents – avec l’éducation et le vécu d’un sujet –
expériences personnelles, apprentissages, relations d’attachement, contexte socioculturel (Lingiardi et
McWilliams, 2017, p. 76).

Pour évaluer la qualité du fonctionnement psychique, le manuel a mis en exergue des capacités mentales
spécifiques qui joueraient un rôle déterminant dans l’organisation de la personnalité d’un sujet, tant en
présence d’une organisation saine que d’une organisation morbide. La première édition du PDM
présentait neuf dimensions, alors que la deuxième propose maintenant douze facultés mentales de base,
qui sont objectivées et regroupées en quatre catégories plus générales, afin de traduire diverses activités
psychologiques et capacités fonctionnelles. Voici comment elles sont organisées et décrites dans le
PDM-2 (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 77-79) :

A. Processus cognitifs et affectifs.


1. Capacité de régulation, d’attention et d’apprentissage : processus fondamentaux
qui permettent de traiter l’information d’origine interne ou externe; de réguler
l’attention; de diviser l’attention pour effectuer plusieurs tâches simultanément;

68
de filtrer les informations étrangères à la conscience et d’apprendre des
expériences vécues.
2. Capacité de communication, de compréhension et d’expérimenter des émotions :
habilité à vivre, exprimer et comprendre une vaste gamme de schémas affectifs,
de manière appropriée à la situation et consistante avec les normes et attentes
environnementales ou culturelles; capacité à symboliser les expériences affectives
significatives et à verbaliser les états affectifs de manière appropriée.
3. Capacité de mentalisation et de fonction réflexive : capacités de déduction et de
réflexion quant à ses propres états mentaux et ceux des autres, pour ensuite les
utiliser dans les interactions personnelles et sociales; interprétation des
comportements de soi et d’autrui visant la compréhension des états mentaux
associés (besoins, désirs, sentiments, croyances, objectifs, intentions,
motivations); capacité d’utilisation de la pensée pour expérimenter, décrire et
exprimer la vie psychique interne, ainsi que pour réguler les affects et développer
un sens d’identité cohérent; possibilité d’établir des inférences précises sur l’état
mental d’autrui.
B. Identité et les relations interpersonnelles.
4. Capacité de différenciation et d’intégration : aptitude à distinguer soi et autre,
fantasmes et réalité, représentations internes et représentations externes,
présent et futur, ainsi qu’à établir des liens entre tous ces éléments sans les
confondre; construction et maintien de représentations différenciées, réalistes,
cohérentes et complexes de soi (identité) et des autres, puis d’établir des liens
entres elles.
5. Capacité d’entretenir des relations et capacité d’intimité : profondeur, variété,
cohérence et satisfaction mutuelle des relations interpersonnelles; capacité
d’ajuster la proximité relationnelle selon le type de relation, en lien avec les
attentes culturelles; conscience des désirs sexuels et des émotions associées;
capacité à entretenir des activités et des fantaisies sexuelles agréables; aptitude à
intégrer sexualité et intimité.
6. Capacité de régulation de l’estime de soi et qualité des expériences internes :
niveau de confiance en soi et regard porté sur soi qui caractérise la relation d’un
sujet avec lui-même, les autres et le monde; capacité à éprouver un sentiment de
contrôle interne, d’auto-efficacité et d’adéquation.
C. Mécanismes de défense et d’adaptation.
7. Capacité de régulation et de contrôle des impulsions : capacité de moduler les
impulsions et de les exprimer de manière culturellement adaptée.
8. Capacité de fonctionnement défensif : capacité à gérer et exprimer les besoins, les
désirs, les affects et les expériences internes; aptitude à réguler l’anxiété résultant
de conflits internes, de défis externes ou de menaces autres, sans distorsion
excessive de la réalité ou de la perception de soi et sans passage à l’acte exagéré.
9. Capacité d’adaptation, de résilience et de résistance : habileté à s’ajuster aux
événements imprévus et aux circonstances changeantes; capacité à faire face à
l’incertitude, la perte, le stress et les défis divers de manière efficace, créative et
réfléchie; capacité à transcender les obstacles et à transformer les revers de la vie
en opportunités de croissance et de changement positif.
D. Conscience de soi et intentionnalité.
10. Capacité d’auto-observation : capacité d’introspection; capacité à porter un
regard sur sa vie intrapsychique de façon réaliste et réfléchie, puis d’utiliser ces

69
informations de manière adaptée; niveau d’intérêt porté à une meilleure
compréhension de soi-même.
11. Capacité de construction et d’utilisation de standards et d’idéaux internes :
aptitude à ériger des valeurs et des idéaux internes qui reflètent la conscience de
soi et l’évolution dans un contexte culturel donné; capacité à prendre des
décisions réfléchies, basées sur des principes moraux intrapsychiques qui sont
conséquents, flexibles et cohérents; aptitude à évaluer l’impact moral de ses
décisions sur autrui; expression du sens moral.
12. Capacité de signifiance et d’intentionnalité : aptitude à construire un récit interne
qui est cohérent avec les choix personnels et qui leur donne un sens; capacité à
établir des buts et objectifs de vie; capacité à se soucier des générations futures;
niveau de spiritualité qui permet de donner un sens à la vie.

Bien que ces douze capacités soient présentées séparément, elles opéreraient en étroite connexion. Elles
seraient complémentaires et devraient être conceptualisées « comme un tout, un ensemble de processus
psychiques unifiés, intégrés et interreliés » (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 76). Les auteurs
reconnaissent que certaines d’entre elles se chevauchent parfois, mais que ce chevauchement serait
inévitable, en raison du large éventail de processus psychologiques couverts par l’Axe M (Lingiardi et
McWilliams, 2017, p. 76). Néanmoins, chaque dimension mettrait en évidence un élément unique et
essentiel du fonctionnement psychologique, élément qui ne serait pas abordé dans les autres capacités
mentales (Lingiardi et McWilliams, 2017).

Pour chacune de ces capacités, il est recommandé de déterminer le niveau d’adéquation ou de


compromission, sur une échelle de cotation s’échelonnant de 1 (déficit sévère) à 5 (fonctionnement
optimal). La somme de toutes les cotes obtenues mènerait à un score global d’un maximum de 60 points,
qui pourrait être compris ainsi : entre 54 et 60 – fonctionnement sain et optimal; entre 47 et 53 –
fonctionnement mental approprié, avec quelques zones de difficultés; entre 40 et 46 – altérations et
troubles légers; entre 33 et 39 – atteintes et difficultés modérées; entre 26 et 32 – problèmes majeurs;
entre 19 et 25 – déficits significatifs; entre 12 et 18 – déficits sévères et considérables dans les fonctions
mentales de base (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 953). De cette cotation, des liens seraient également
établis avec l’Axe P, ce qui permettrait d’associer quelle organisation psychique correspondrait au profil
de fonctionnement mental d’un sujet. Conséquemment, un score entre 54 et 60 correspondrait à une
organisation saine; un score entre 40 et 53 à une organisation névrotique; un score entre 19 et 39 à une
organisation borderline et un score entre 12 et 18 à une organisation psychotique.

70
L’établissement d’un profil de fonctionnement mental exigerait de considérer à la fois les domaines
adaptés et ceux qui sont inadaptés, car ce serait ce qui assurerait une compréhension fine et complexe du
psychisme. L’utilisation de l’axe M aurait de nombreux avantages : contribuer à la mise en place d’objectifs
de traitement plus ciblés; favoriser la planification d’interventions thérapeutiques plus efficaces et plus
complètes; permettre l’anticipation des défis pouvant survenir pendant le traitement; assurer une
évaluation plus juste des progrès observés chez le sujet (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 75).

[Link] Axe S – Schémas symptomatiques : l’expérience subjective

Le troisième et dernier axe est l’Axe S, nommé Schémas symptomatiques : l’expérience subjective. Il
exposerait l’expérience personnelle, particulière et unique du sujet face aux symptômes qu’il présente.
Cette prise en compte de la perspective subjective serait fondamentale, selon les auteurs du manuel, car
ce serait ce qui permettrait de traduire le plus fidèlement possible la complexité du fonctionnement
psychique d’un individu et qui aiderait à la planification du suivi thérapeutique (PDM Task Force, 2006).
Dans la pratique clinique, l’évaluation de la symptomatologie repose inévitablement sur la perspective du
sujet quant aux changements qu’il observe en lui-même. Le matériel principal du clinicien est les
verbalisations du sujet à l’égard de ses ressentis internes, ses émotions, ses pensées et ses comportements.
Puisque les professionnels sont inévitablement confrontés au monde insaisissable de la subjectivité, il
serait nécessaire de fournir une description de la vie interne du patient la plus complète possible, afin
d’espérer rendre justice à son expérience personnelle distinctive (PDM Task Force, 2006, p. 5). Cette
description détaillée et cette compréhension symptomatique globale seraient donc essentielles, car elles
influenceraient la forme et le déroulement de la psychothérapie (PDM Task Force, 2006). Par ailleurs, les
auteurs du manuel affirment que cette évaluation symptomatique devrait être faite en dernier, les
symptômes ne pouvant être adéquatement compris et traités qu’après une bonne évaluation de la
personnalité et du niveau de fonctionnement mental (PDM Task Force, 2006).

Pour la création de cet axe, les auteurs expliquent clairement s’être appuyés sur la manière dont les
troubles sont répertoriés et classés dans les diverses versions du DSM et de la CIM (Lingiardi et McWilliams,
2017). En référence aux classifications de ces deux ouvrages, le PDM-2 propose huit catégories
diagnostiques, qui regroupent au total 37 entités cliniques (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 140) :

S1. Troubles à prédominance psychotique.


S2. Troubles de l’humeur.

71
S3. Troubles principalement liés à l’anxiété.
S31. Troubles anxieux.
S32. Troubles obsessifs-compulsifs.
S4. Troubles principalement liés à des événements et des stresseurs.
S41. Troubles traumatiques.
S42. Troubles dissociatifs.
S43. Troubles de conversion.
S5. Troubles somatiques et autres troubles reliés.
S6. Troubles à symptômes spécifiques.
S7. Troubles liés à la dépendance ou à une autre condition médicale.
S71. Dépendance.
S72. Autre condition médicale.
SApp. Appendice : Expériences psychologiques qui méritent une attention clinique.

Les groupes de symptômes ainsi créés seraient vus comme des descripteurs utiles, qui permettraient
ensuite de dépeindre la symptomatologie en fonction de l’expérience personnelle du sujet vis-à-vis ses
difficultés principales (PDM Task Force, 2006, p. 8). Pour chaque entrée diagnostique, une description des
symptômes est donnée et des associations sont faites avec les classifications du DSM-5 et de la CIM-10.
De plus, les enjeux thérapeutiques et contre-transférentiels typiquement liés sont abordés. La grande
particularité du manuel résiderait dans l’ajout de descriptions qui traduisent l’expérience subjective du
sujet présentant des difficultés : celles-ci permettraient d’illustrer comment le trouble est vécu par
l’individu et comment celui-ci s’accommode de sa symptomatologie (McWilliams, 2011). Cette description
s’appuie sur quatre aspects psychiques (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 134) :

1. États affectifs.
2. Modèles cognitifs.
3. États somatiques.
4. Modèles relationnels.

Ce portrait clinique serait complété par une présentation de l’expérience subjective du thérapeute et par
une brève vignette clinique (Lingiardi et McWilliams, 2017). Pour procéder à l’évaluation de l’Axe S, il est
proposé d’établir une liste des principaux symptômes présentés par l’individu, dans le même ordre qu’ils
apparaissent dans l’axe – symptômes à prédominance psychotique, symptômes liés à l’humeur,
symptômes anxieux et ainsi de suite. Dès lors, il s’agirait d’identifier les principaux symptômes selon leur
degré de sévérité, avec une cote se situant entre 1 (symptôme sévère) et 5 (symptôme léger).

72
Dans le but de supporter ce processus d’évaluation multiaxial, une grille est proposée à la fin du manuel
(aux pages 1019 à 1023) : la Psychodiagnostic Chart-2 (PDC-2). L’outil est constitué de cinq sections, qui
reprennent les paramètres essentiels des trois axes d’évaluation. Conformément à l’organisation interne
du PDM-2 – cinq volets correspondant à cinq groupes d’âge différents – une grille est associée à chaque
volet et l’ordre des sections diffère légèrement. Dans la grille adulte, les deux premières sections touchent
l’Axe P et contribuent respectivement à l’identification de l’organisation de personnalité et des
styles/syndromes associés; la troisième aide à l’évaluation des capacités mentales de l’Axe M; la quatrième
permet l’identification des schémas symptomatiques de l’Axe S. La cinquième section recommande la prise
en compte des facteurs culturels, contextuels et environnementaux : il y est suggéré de relever et de noter
tous les éléments qui pourraient influencer le fonctionnement psychique ou le déploiement de la
personnalité.

4.2.3 Syndromes de personnalité de l’Axe P

Il a été précédemment mentionné que les syndromes de personnalités ne sont pas spécifiques à une
organisation donnée et que certains d’entre eux peuvent être retrouvés dans plus d’une organisation
(Lingiardi et McWilliams, 2017). Voilà pourquoi nous avons fait le choix de présenter ici les douze styles de
personnalité identifiés dans le manuel.

En plus de posséder les caractéristiques générales de l’organisation de personnalité sur laquelle ils
s’appuient, les syndromes auraient des traits et des attributs propres, qui coloreraient la personnalité de
différentes manières. Par conséquent, un syndrome ne se manifesterait pas de la même manière selon
qu’il prend place dans une organisation névrotique, borderline ou psychotique (Lingiardi et McWilliams,
2017). Le manuel offre parfois des spécifications quant aux caractéristiques particulières du syndrome
selon le niveau d’organisation où il est retrouvé, mais ces spécifications ne sont pas exhaustives. Les
définitions données sont davantage axées sur les caractéristiques spécifiques de chaque syndrome. Il
appert que les organisations de personnalités plus flexibles et plus saines seraient généralement
caractérisées par un mélange de traits appartenant à plusieurs syndromes différents. Au contraire, les
organisations de personnalité dont le fonctionnement serait davantage déficitaire présenteraient des
traits appartenant à moins de syndromes différents et ceux-ci apparaîtraient de manière plus franche
(Lingiardi et McWilliams, 2017).

73
[Link] Syndrome dépressif

Il semblerait que le syndrome dépressif soit le plus communément retrouvé dans la population (Lingiardi
et McWilliams, 2017). Globalement, les enjeux psychiques toucheraient l’autocritique et l’autopunition,
avec une préoccupation importante pour les relations interpersonnelles et la perte. L’individu
entretiendrait la croyance qu’il y a quelque chose d’essentiellement mauvais, inadéquat ou incomplet en
lui-même (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 33). Il aurait donc une grande peur d’être rejeté par les autres
s’il se montrait authentique. D’importants sentiments de tristesse, de culpabilité et de honte seraient
fréquemment ressentis. Les principaux mécanismes de défense utilisés seraient l’idéalisation* d’autrui et
la dévalorisation de soi, l’introjection* et le renversement. Le syndrome dépressif pourrait être de deux
ordres : une forme mélancolique, caractérisée par un grand sentiment de culpabilité, une tendance à
l’introjection, à l’autocritique et au perfectionnisme; une forme anaclitique, où il y aurait honte, sentiment
de vide, peur intense du rejet et de la perte. Le syndrome dépressif pourrait être retrouvé dans les
organisations névrotique, borderline et psychotique.

[Link] Syndrome dépendant

Le syndrome dépendant serait caractérisé par une recherche de sécurité personnelle à travers la relation
avec l’autre. L’enjeu principal toucherait le maintien ou la perte des relations. Les affects principalement
ressentis par l’individu dépendant seraient le plaisir et la sécurité lorsqu’il est en relation ou la tristesse et
la peur lorsqu’il est seul (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 36). Il y aurait une propension à se croire
inadéquat, demandant ou impuissant, alors que les autres seraient perçus comme puissants et sécurisants,
capables de prendre soin. Le sujet pourrait adopter une attitude passive-agressive, où il y aurait une colère
insidieuse face au besoin de dépendance et une tendance à la vengeance. Il pourrait aussi se montrer
contre-dépendant, alors que la honte face à la dépendance serait camouflée par une attitude de grande
indépendance. Dans tous les cas, les mécanismes de défense fréquemment utilisés seraient l’évitement*,
la régression, le renversement et la somatisation. Ce syndrome pourrait prendre place dans les
organisations névrotique, borderline et psychotique.

[Link] Syndrome anxio-évitant et phobique

Le style de personnalité anxio-évitant et phobique s’organiserait autour de la dualité sécurité/danger


(Lingiardi et McWilliams, 2017). Il y aurait une peur fréquente et très forte associée à des situations ou des
objets spécifiques. L’individu serait convaincu d’être constamment en danger, danger qui l’inciterait à fuir

74
ou auquel il devrait se soustraire. Les relations interpersonnelles seraient vécues comme étant la source
de ce danger ou, inversement, comme pouvant offrir une protection magique contre celui-ci (Lingiardi et
McWilliams, 2017, p. 38). Le sujet serait timide, réservé et indécis, en plus de présenter une tendance à se
sentir inférieur ou inadéquat. Il rencontrerait des difficultés à reconnaître, décrire et exprimer ses
émotions. De plus, il ressentirait une anxiété quasi permanente, dont il serait conscient puisqu’il essayerait
constamment de s’en défendre. Les mécanismes de défense usuels seraient le déplacement, l’évitement,
la pensée magique*, la rationalisation et la symbolisation*. Le syndrome anxio-évitant et phobique ne se
rencontrerait que dans les organisations névrotique et borderline. Lorsqu’une tendance similaire serait
présente chez un individu psychotique, il s’agirait plutôt du syndrome paranoïde.

[Link] Syndrome obsessif-compulsif

Le style obsessif-compulsif serait caractérisé par une préoccupation massive entourant le contrôle et la
discipline. L’enjeu majeur toucherait la soumission et la rébellion face à l’autorité (Lingiardi et McWilliams,
2017). Les émotions principales seraient la colère, la culpabilité, l’anxiété, la honte et la peur. Elles seraient
toutefois perçues comme étant dangereuses et comme devant être contrôlées ou restreintes. De plus, le
sujet entretiendrait la croyance que les autres sont moins en contrôle ou moins compétents que lui, ce qui
ferait naître le besoin de les contrôler ou d’éviter d’être contrôlé par eux. Les mécanismes de défense qui
en résultent seraient l’annulation rétroactive, la formation réactionnelle, l’intellectualisation et l’isolation
de l’affect. Le style obsessif-compulsif pourrait être retrouvé dans les organisations de personnalité
névrotique, borderline ou psychotique.

[Link] Syndrome schizoïde

Le syndrome schizoïde se caractériserait par un retrait défensif, une hypersensibilité et une grande
réactivité en contexte relationnel. L’enjeu psychique principal concernerait les relations interpersonnelles,
qui seraient marquées par une oscillation entre peur et désir de proximité. Pour le sujet, les relations
seraient vues comme potentiellement menaçantes et comme source de danger, un danger d’être englouti,
envahi, contrôlé, surstimulé ou traumatisé (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 41). Considérant
l’hypersensibilité susmentionnée, les affects seraient souvent intenses et deviendraient source de douleur.
De ce fait, le sujet chercherait à les supprimer et les éliminer. Il y aurait présence de croyances pathogènes
voulant que l’amour et la dépendance à l’égard d’autrui seraient dangereuses. Le monde extérieur serait
lui aussi perçu comme dangereux, menaçant, envahissant, engloutissant. Les défenses utilisées dans ce
style de personnalité seraient le retrait social et le retrait dans les fantasmes (Lingiardi et McWilliams,

75
2017). Le style schizoïde pourrait prendre place dans les organisations borderline ou psychotique
seulement.

[Link] Syndrome somatique

Le style de personnalité somatique pourrait être décrit par une tendance à la somatisation et une difficulté
d’accès aux émotions. Le conflit psychique central toucherait l’intégrité ou la fragmentation de soi et du
corps (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 44). Il y aurait présence d’une grande détresse globale, sous-
tendue par un sentiment de rage et une possible alexithymie*. La représentation et la verbalisation des
émotions seraient très difficiles, ce qui conduirait à une transposition et une inscription du vécu
émotionnel dans le corps (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 43). Le sentiment de soi serait fragile; le sujet
se considérerait vulnérable et souvent en danger de mort, alors qu’il percevrait les autres comme des
personnes puissantes, en santé et indifférentes à ses problèmes. Les préoccupations seraient plutôt
concrètes et répétitives. Les mécanismes de défense caractéristiques seraient la somatisation et la
régression. Le syndrome somatique se retrouverait dans les organisations névrotique, borderline ou
psychotique.

[Link] Syndrome hystérique-histrionique

Chez le sujet présentant un syndrome hystérique-histrionique, les préoccupations centrales toucheraient


la sexualité, le pouvoir et la séduction. Il y aurait, chez le sujet, une dévalorisation de son propre sexe et
une valorisation du sexe opposé, ces processus étant associés à des affects de peur, de honte et de
culpabilité. Le sujet aurait tendance à croire que son sexe et les stéréotypes associés sont négatifs ou le
rendraient faible. De là, le sexe opposé serait vu comme ayant davantage de valeur et de puissance,
comme étant plus excitant. La présentation symptomatique semble, par ailleurs, être de deux ordres :
démonstrative, flamboyante, sexualisée, séductrice, à la recherche d’attention et de validation; ou inhibée,
réservée, réprimée. Les mécanismes de défense privilégiés seraient l’acting out, la conversion, la
régression, la répression et la sexualisation*. Ce syndrome pourrait prendre place dans une organisation
névrotique ou borderline, mais il conviendrait d’utiliser l’appellation personnalité hystérique pour
l’organisation névrotique et personnalité histrionique pour l’organisation borderline.

[Link] Syndrome narcissique

Le niveau de fonctionnement et de sévérité du syndrome narcissique varierait beaucoup selon


l’organisation de personnalité dans lequel il apparaît. Les principales variations toucheraient les capacités

76
d’adaptation, la qualité des relations interpersonnelles et l’image de soi projetée à autrui. La présentation
du syndrome narcissique serait différente en fonction de la place occupée sur le spectre
introversion/extraversion. Il semble que l’attitude extravertie serait la plus fréquemment rencontrée : le
sujet afficherait une estime de soi hypertrophiée, se comporterait de façon grandiose et arrogante, se
croirait tout permis et traiterait les autres avec mépris (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 46). Dans une
position davantage introvertie, l’individu afficherait plutôt une attitude déprimée, honteuse et
envieuse du succès d’autrui (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 46). Dans les deux cas, les enjeux principaux
toucheraient l’estime de soi et un sentiment de vide intérieur ou d’insignifiance. Le sujet aurait
l’impression de devoir être parfait pour être aimé d’autrui. Il serait porté à croire que le bonheur – le sien
et celui des autres – dépend du succès, de la richesse, du pouvoir ou de la beauté. Les mécanismes de
défense principaux seraient la dévalorisation et l’idéalisation, à l’égard d’affects tels que la honte, le mépris,
l’humiliation et l’envie. Le style narcissique pourrait se retrouver dans l’une ou l’autre des trois
organisations de personnalité.

[Link] Syndrome paranoïde

Le syndrome de personnalité paranoïde serait caractérisé par la présence d’affects, d’impulsions et d’idées
vécues comme insupportables par le sujet. Elles seraient ainsi désavouées et attribuées à autrui, pour
ensuite être perçues avec crainte ou indignation (Lingiardi et McWilliams, 2017). L’enjeu psychique majeur
concernerait donc la dualité attaquer/être attaqué et se traduirait par des affects tels que la peur, la rage,
la honte, le mépris et l’hostilité. L’individu aurait l’impression que l’environnement externe est rempli
d’attaquants potentiels et de manipulateurs (Lingiardi et McWilliams, 2017). Les principales défenses
présentes seraient le déni*, la formation réactionnelle, l’identification projective et la projection. Le
syndrome paranoïde pourrait être retrouvé dans une organisation borderline – représentant l’état le plus
sévère de cette organisation – ou psychotique (Lingiardi et McWilliams, 2017).

[Link] Syndrome psychopathique

Il serait rare de rencontrer un style de personnalité psychopathique. Dans la population générale, cela
toucherait 4% des hommes et 1% des femmes (Glover-Bondeau, 2019). Les principales particularités de ce
syndrome seraient la recherche de pouvoir et de stimulations, l’égocentrisme, le manque d’empathie et
le plaisir à manipuler autrui (Lingiardi et McWilliams, 2017). La vie affective serait généralement pauvre,
mais le sujet pourrait tout de même ressentir de la rage ou de l’envie. L’expression émotionnelle serait
rarement authentique et aurait une visée manipulatoire. L’angoisse serait peu présente, alors l’emploi de

77
mécanismes de défense serait faible; il y aurait plutôt une recherche de contrôle omnipotent. Le sujet
aurait tendance à se croire tout permis et tout-puissant. Les autres seraient considérés comme étant
malhonnêtes, manipulateurs, égoïstes ou faibles. Il s’agirait d’un style de personnalité pouvant être
retrouvé dans les organisations borderline ou psychotique.

[Link] Syndrome sadique

Le syndrome sadique s’organiserait autour du thème domination/soumission. La vie affective serait très
pauvre – voire quasi stérile – et serait empreinte de mépris, de haine et de froideur. Les capacités
d’attachement seraient déficitaires. Le sujet sadique ressentirait du plaisir à humilier, contrôler et faire
souffrir l’autre, en pensées ou dans la réalité. Les motivations comportementales dominantes seraient le
contrôle, l’assujettissement et la contrainte de l’autre (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 51). L’individu se
considérerait en droit de blesser et d’humilier les autres, ces derniers étant vus comme objets
déshumanisés de sa domination (Lingiardi et McWilliams, 2017). Cette personnalité pourrait se retrouver
dans les organisations borderline ou psychotique.

[Link] Syndrome borderline

Le syndrome de personnalité borderline a été ajouté à la deuxième édition du manuel suivant les travaux
d’Otto Kernberg. La distinction entre l’organisation de personnalité borderline et le syndrome borderline
serait tributaire de la grande représentation du trouble de personnalité borderline dans la population
clinique.

La préoccupation centrale de l’individu présentant ce syndrome toucherait la cohésion ou la


fragmentation identitaire. Le sujet borderline ne saurait pas qui il est vraiment et n’aurait pas de sentiment
de continuité interne. Il porterait un important enjeu relationnel : le sentiment d’être envahi et contrôlé
par l’autre, associé à une grande peur du rejet et de l’abandon, dualité qui engendrerait une forte agitation
intérieure (Lingiardi et McWilliams, 2017). Les émotions seraient vécues intensément et leur gestion serait
très ardue pour le sujet, ce qui pourrait facilement entraîner une perte de contrôle émotionnel. Un défaut
du processus de mentalisation* serait présent et il y aurait de fréquentes erreurs d’interprétation des
comportements, des intentions, des désirs et des émotions d’autrui (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 54).
Le sujet borderline aurait une perception des autres qui dépend de l’effet que ces derniers ont sur lui. Les
mécanismes de défense majoritairement utilisés dans ce syndrome seraient primitifs et incluraient l’acting

78
out, le clivage, le déni, la dissociation et l’identification projective. Ce syndrome ne pourrait se retrouver
que dans l’organisation de personnalité borderline.

4.2.4 Lien avec le Diagnostic and statistical manual of mental disorders, 5e édition (DSM-5)

La création du Psychodynamic Diagnostic Manual n’aurait pour visée ni la comparaison avec d’autres
modèles diagnostiques ni la compensation des lacunes de ceux-ci (Lingiardi et McWilliams, 2017). Or,
considérant l’organisation multiaxiale des deux éditions du PDM, la constitution de l’Axe S, ainsi que le
mode d’utilisation proposé, il serait facile de glisser vers une comparaison avec le Diagnostic and statistical
manual of mental disorders – DSM-5 (American Psychiatric Association, 2013).

Majoritairement utilisé en Amérique, le DSM répertorie les troubles psychopathologiques actuellement


reconnus chez l’enfant, l’adolescent et l’adulte. Le premier DSM a été publié en 1952 et la cinquième
version, la plus récente, en 2013. L’organisation interne des deux manuels est similaire : tous les troubles
sont séparés en catégories générales – identifiées par un nom et un code chiffré – selon leurs similarités
symptomatologiques; et des informations cliniques sont mises de l’avant, afin d’aider le clinicien à mener
à bien le processus thérapeutique. Nonobstant cette ressemblance, le fonctionnement du DSM s’inscrit
dans une approche descriptive de la maladie mentale, où l’accent est mis sur les symptômes visibles. Il y a
prise en compte de leur nombre, leur fréquence et leur durée : l’individu doit présenter un nombre
minimal de symptômes, pendant un temps donné, afin de répondre aux critères diagnostiques. Puis,
chaque trouble est présenté en fonction de ses caractéristiques, de sa prévalence, de son développement,
de son pronostic, du diagnostic différentiel avec d’autres troubles et des comorbidités fréquemment
associées. Parfois aussi, selon le trouble, d’autres informations sont données quant aux conséquences
fonctionnelles, aux particularités diagnostiques liées au genre, aux marqueurs diagnostiques biologiques
ou à la présence de risque suicidaire. En revanche, le PDM s’inscrit plutôt dans une approche
multidimensionnelle : les symptômes sont pris en considération, certes, mais un grand intérêt est porté
aux ressources personnelles du sujet, à son expérience subjective et au contexte psycho-socio-culturel
dans lequel il évolue. L’Axe S du PDM-2 est certainement celui qui présente le plus de similitudes avec le
DSM, puisque sa création est partiellement basée sur cette nosographie et que les troubles répertoriés
sont classifiés de la même manière (Lingiardi et McWilliams, 2017). Toutefois, le contenu proposé est
différent, davantage axé sur l’expérience personnelle et individuelle du sujet face à ses symptômes.

79
De plus, le paradigme conceptuel dans lequel s’inscrivent les deux manuels est différent. Le DSM se veut
une référence athéorique depuis la parution de sa troisième édition, où les références à la psychanalyse
ont été abolies (St-Onge, 2014). Au contraire, le PDM s’enracine clairement dans la théorie
psychanalytique, bien que le vocabulaire utilisé se veuille parfois athéorique, afin de rejoindre davantage
de cliniciens (Lingiardi et McWilliams, 2017).

En outre, dans le DSM-5, les troubles ne sont plus répertoriés en fonction de l’âge, comme ce fut le cas
jadis; les diagnostics sont plutôt présentés de façon globale, en fonction de leurs ressemblances
symptomatologiques. À l’inverse, l’organisation du PDM-2 tient compte de l’âge et se base précisément
sur ce paramètre pour séparer les cinq volets d’évaluation – vie adulte, adolescence, enfance, petite
enfance et vie du nourrisson, vie de la personne âgée (Lingiardi et McWilliams, 2017).

Enfin, à travers les différentes éditions du DSM, la description d’un diagnostic particulier fait rarement
mention de la vie intrapsychique ou des divers conflits internes vécus par un individu (Huprich, 2011). Le
DSM-5 tente, certes, de mettre de l’avant les fondements neurobiologiques derrière les troubles, les traits
et le tempérament des individus, tout en conservant l’intérêt pour les symptômes et leur expression
(Huprich, 2011). Les « avancées de la génétique, des neurosciences et de la pathophysiologie » devaient
agir comme nouveaux critères à l’établissement des diagnostics dans cette cinquième version du manuel
(St-Onge, 2014, p. 207). Cependant, il semble que cela ait été fait sobrement : une cinquantaine de pages
seulement y sont dédiées. Il est spécifié que l’ajout d’une approche dimensionnelle des troubles devrait
faciliter le diagnostic, mais que ces éléments devront faire l’objet de recherches futures (American
Psychiatric Association, 2013). Cette tentative du DSM-5 d’intégrer l’approche dimensionnelle démontre
bien l’importance de considérer plus que les simples symptômes dans l’énoncé d’un diagnostic en santé
mentale.

En somme, il y a plusieurs différences conceptuelles et fonctionnelles entre ces deux ouvrages. Le DSM-5
n’approche en rien la profondeur descriptive du PDM-2 ni son niveau d’intégration des processus
intrapsychiques et de l’expérience émotionnelle. Définitivement, le Psychodiagnostic Diagnostic Manual
est plus complet et permet une évaluation davantage approfondie et exhaustive.

80
CHAPITRE V
FONCTIONNEMENT DE LA PERSONNALITÉ

Les deux nosographies à l’étude, ainsi que leur mode de fonctionnement, ont été présentées dans le
chapitre précédent. Il est désormais possible d’étudier de quelle manière chacune d’elle conçoit et
explique le fonctionnement de la personnalité. Ce chapitre traite des trois formes d’organisation psychique,
telles que conçues dans une approche structurelle : névrotique, psychotique et limite/borderline. Nous
présenterons de quelle manière ces structures sont conceptualisées et décrites dans le modèle de Jean
Bergeret, puis dans le Psychodynamic Diagnostic Manual (2e édition).

À noter que dans les sous-chapitres consacrés à Bergeret, nous présenterons et définirons également les
caractères de personnalité que l’auteur a identifiés dans son modèle. La manière dont il décrit les
caractères est intrinsèquement liée aux niveaux de maturation du Moi et d’évolution libidinale, donc à la
manière dont il décrit les structures/astructuration. Le choix de placer ces informations dans ce chapitre a
été fait afin de faciliter la compréhension du lecteur.

5.1 Fonctionnement névrotique

Il semble que ce soit le médecin écossais William Cullen qui ait introduit dans la littérature le terme de
« névrose » pour la première fois en 1769 (Godfryd, 2020). À l’époque, cela désignait « des troubles du
sentiment et du mouvement, sans lésion décelable des organes, mais en rapport avec une affection
générale du système nerveux » (Godfryd, 2020, p. 5). Ce ne serait qu’avec les travaux de Freud et de Pierre
Janet que des précisions quant aux entités psychopathologiques de la névrose auraient été apportées, en
termes de névrose hystérique, névrose d’angoisse, névrose phobique ou névrose obsessionnelle (Godfryd,
2020). Par la suite, la conception du système névrotique a beaucoup évolué, grâce à l’apport de multiples
cliniciens.
5.1.1 Perspective proposée par le modèle structural de Jean Bergeret

Pour Bergeret, la structure névrotique se construirait « sous le primat de l’économie génitale » (1996b,
p. 104). Il postule que l’enfant n’aurait pas vécu de frustrations précoces ou de fixations prégénitales trop
sévères. Les stades de développement psychosexuel oral et anal auraient été dépassés sans trop de
problèmes, de même que le stade phallique. Ce dernier stade, lié au complexe d’Œdipe, prendrait place
et se résoudrait différemment selon le sexe de l’enfant. Y serait associé un fantasme de castration,
permettant à l’enfant de répondre à l’énigmatique question de la présence ou de l’absence du phallus
(Laplanche et Pontalis, 1981), qui mènerait ensuite à l’angoisse de castration. Chez le garçon, ces enjeux
œdipiens apparaîtraient légèrement plus tôt que chez la fille. Pour lui, l’angoisse de castration tirerait son
origine de la peur de perdre son pénis, « comme réalisation d’une menace paternelle en réponse à ses
activités sexuelles » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 74). Elle signerait la dissolution du complexe d’Œdipe
et l’entrée dans la période de latence (Bergeret, 1975). Chez la fille, cela surviendrait plus tard dans le
stade phallique. L’angoisse de castration prendrait plutôt la forme de sentiments de manque, d’injustice
et de jalousie, du fait de ne pas avoir de pénis comme son père. Ce vécu entraînerait chez elle un désir de
compensation ou de réparation, qui ouvrirait alors la porte à la période œdipienne et, éventuellement,
mènera à la période de latence (Bergeret, 1975). La résolution du complexe d’Œdipe chez la fille se ferait
donc plus tardivement. Néanmoins, peu importe le sexe de l’enfant, la période œdipienne résoudrait à
des degrés divers, ce qui influencerait les formes d’identifications faites par l’enfant, ainsi que le
développement futur de l’identité et de la qualité des relations interpersonnelles (Bergeret, 2008). Cette
période développementale marquerait un tournant important quant à l’organisation du Moi. À ce stade,
la différentiation Moi/non-Moi devrait avoir déjà eu lieu et le Moi devrait avoir atteint un certain degré de
maturation, ce qui permettrait alors à l’enfant d’accéder au narcissisme secondaire*. La relation d’objet
ainsi développée en serait une triangulaire : l’enfant serait capable de se reconnaître comme sujet et de
reconnaître l’autre comme objet total et différencié. La relation ne dépendrait plus d’une fusion avec
l’autre (comme dans la structure psychotique) ou de perceptions ambivalentes et dichotomiques (comme
dans l’aménagement limite). Tout ceci ferait en sorte de pré-organiser le Moi de façon névrotique, avant
que le développement psychosexuel ne soit mis sur pause pendant les périodes de latence et de
l’adolescence. Si aucun conflit majeur ou trauma ne survient, une structure névrotique stable devrait se
mettre en place à l’âge adulte. Par contre, s’il y a des conflits internes ou externes trop intenses, le Moi
pourrait « être amené à se détériorer davantage, à s’adresser à des systèmes relationnels ou défensifs plus
archaïques », le sujet pouvant alors glisser vers un fonctionnement psychotique, de type mélancolique ou
paranoïaque (Bergeret, 1996b, p. 104). Un retour dans la lignée névrotique serait alors impossible. Ce

82
phénomène serait rare, mais serait légèrement plus fréquent que le passage d’une pré-organisation
psychotique vers une structuration névrotique (Bergeret, 1996b).

Ce fonctionnement infantile ferait en sorte qu’une fois adulte, l’individu en serait venu à développer une
identité cohésive. Le Moi serait unifié et complet, jamais clivé. Il y aurait un sentiment d’identité présent
et constant, bien qu’il pourrait y avoir de légères distorsions liées aux identifications œdipiennes faites
dans l’enfance (Bergeret, 2008). De plus, la structure névrotique serait la seule qui présente un véritable
Surmoi organisé, puisqu’elle serait l’unique structure à avoir accédé au stade phallique et à l’Œdipe. De
fait, les interdits socioculturels seraient instaurés, la différence des sexes et des générations serait établie
et le conflit psychique majeur se situerait à l’intérieur du Moi, entre le Surmoi et les pulsions. De plus,
l’individu névrotique évoluerait selon un mode de relation objectale totale et génitale. L’autre
constituerait un objet externe entier, différencié et sexué (Bergeret, 2008). Il serait reconnu dans son
unicité et son individualité. Cette relation triangulaire serait mentalisée et porteuse de sens. Elle serait
associée à l’intégration de l’amour et de la haine chez le même objet, ainsi qu’au développement de
bonnes relations avec un tiers. Elle mènerait cependant à une angoisse de castration, angoisse
d’incomplétude et de manque. Elle serait aussi reliée à la peur de perdre l’amour de l’objet, de perdre sa
place et son unicité aux yeux de l’autre ou alors de perdre une partie de soi à travers la relation avec l’autre
(Bergeret, 2008). Lorsque l’angoisse est trop forte ou que le conflit psychique devient trop sérieux, le
refoulement apparaîtrait comme mode de défense principal. En fonction du type de caractère présenté
par l’individu, d’autres défenses pourraient émerger en appui, telles que l’isolation, le déplacement, la
rationalisation, l’évitement, l’annulation* et la formation de compromis. À travers tout ceci, le rapport à
la réalité serait toujours conservé. Il pourrait parfois subir une transformation, par une tentative défensive,
mais le réel ne serait jamais dénié; il n’y aurait pas de perte de contact avec la réalité chez le névrotique.
Le principe de plaisir serait soumis au principe de réalité, la distinction contenant-contenu serait
maintenue en permanence. La satisfaction pulsionnelle, interdite par le Surmoi, serait réalisée à travers
les fantaisies et le rêve, ce qui devient une formation de compromis saine (Bergeret, 1996b). Lorsque le
sujet névrotique décompense et entre en situation d’anormalité, il y aurait régression de la libido à des
points de fixation du deuxième sous-stade anal ou du stade phallique. Cette régression ne serait toutefois
pas majeure et le Moi demeurerait intacte, à l’inverse de la décompensation psychotique, où il y aurait
atteinte à l’intégrité et au fonctionnement du Moi. En fonction du caractère présent, le type de
décompensations pourrait prendre la forme de névrose obsessionnelle, de phobie ou d’hystérie (Bergeret,
2008).

83
Le modèle bergeretien présente la structure névrotique comme pouvant mener à trois types de caractères,
classés comme suit : le caractère obsessionnel – plus près du fonctionnement limite – le caractère
hystérophobique et le , caractère hystérique de conversion – celui où le fonctionnement global témoigne
d’une plus grande évolution générale. Ces trois caractères partageraient les caractéristiques de la
structure névrotique énoncées ci-haut. Malgré cela, certaines différences sont présentes et renvoient
principalement à la nature de la relation d’objet, aux processus de pensée et à la qualité de la vie
fantasmatique.

[Link] Caractère obsessionnel

Le caractère obsessionnel serait le moins évolué des caractères névrotiques. Il présenterait une
« régression du Moi de l’acte vers la pensée », où l’agir défend le sujet face à des pensées et des fantasmes
agressifs ou sexuels insupportables (Bergeret, 1996b, p. 122). La symptomatologie principale se
constituerait de superstitions, de rituels ou de comportements répétitifs, provenant d’une « surestimation
constante et défensive de la pensée » (Bergeret, 1996b, p. 110). S’y ajouterait une vie affective pauvre, où
les affects gênants sont détachés de leurs représentations pour être rattachés à d’autres représentations
considérées protectrices (Bergeret, 1996b, 2008). Dans la relation d’objet, l’autre serait maintenu à
distance, ni trop près ni trop loin, ce qui offrirait au sujet une illusion de contrôle et de sécurité. La pensée
pourrait servir d’écran entre le sujet et les autres (Bergeret, 2008). Il y aurait présence d’angoisse de
castration reliée à la peur que les pensées et désirs érotiques ou agressifs soient découverts par autrui
(Bergeret, 1996b). Les principaux mécanismes de défense seraient l’annulation, le déplacement, la
formation réactionnelle, l’isolation, la pensée magique, la rationalisation et le refoulement (Bergeret,
1996b, 2008).

[Link] Caractère hystérophobique

Bergeret identifie ensuite un caractère hystérophobique, également appelé hystérie d’angoisse. Il s’agirait
d’une « régression topique et partielle de la libido », où une représentation fantasmatique interdite est
déplacée sur une représentation substitutive (Bergeret, 1996b, p. 123). L’angoisse de castration porterait
sur la peur que les fantasmes ou les pensées se réalisent (Bergeret, 1996b). La pensée serait alors déplacée
sur un objet autre, qui deviendrait l’élément phobique, craint. Celui-ci aurait un double rôle : « éviter le
contact avec l’objet anxiogène » initial et « le laisser présent ‘’à portée de main‘’ ou […] à la portée du
regard » (Bergeret, 1996b, p. 123). Les relations d’objet seraient mobiles, multiples et érotisées. Elles
seraient teintées d’ambivalence, où il y aurait « agressivité à l’égard des objets d’amour et affection pour

84
les objets agressés » (Bergeret, 1996b, p. 115). Le refoulement serait la principale défense, mais il y aurait
également recours au déplacement et à l’évitement (Bergeret, 1996b).

[Link] Caractère hystérique de conversion

Bergeret décrit le caractère hystérique de conversion comme étant le plus évolué de la structure
névrotique. Il se caractériserait par une très forte composante érotique, qui dominerait la vie et les
relations d’objet (Bergeret, 1996b). L’autre serait maintenu à proximité, dans une tentative de contrôle,
mais un « double mouvement séduction/retrait » serait aussi présent (Bergeret, 2008, p.177). Il y aurait
angoisse de castration, concernant un « danger de voir se réaliser un passage à l’acte interdit » et redouté
(Bergeret, 1996b, p. 123). De là, il y aurait une « mise ‘’hors d’état de nuire‘’ d’une partie du corps » qui
aurait pu contribuer à la réalisation de ce passage à l’acte, symptôme somatique face auquel le sujet serait
souvent indifférent (Bergeret, 1996b, p. 119). Les autres signes perceptibles seraient notamment une
grande mentalisation, un langage expressif et séducteur, de la mythomanie, des fabulations et de
nombreuses hésitations (Bergeret, 2008). Le refoulement serait le principal mécanisme de défense, mais
le sujet pourrait aussi recourir à la conversion somatique, au déplacement et à la répression des affects.

5.1.2 Perspective proposée par le Psychodynamic Diagnostic Manual, 2e édition

Avant de parler d’organisation névrotique, le PDM-2 décrit brièvement une organisation de personnalité
saine, située à l’extrémité supérieure du continuum. Il s’agirait d’une organisation de personnalité où le
fonctionnement psychique est souple et flexible, permettant une adaptation appropriée aux divers défis
de la réalité externe et aux variations internes (Lingiardi et McWilliams, 2017). L’identité serait bien définie,
cohérente et stable dans le temps. La gestion des émotions et des impulsions serait bonne et adéquate.
Le développement et le maintien des relations interpersonnelles seraient satisfaisants (Lingiardi et
McWilliams, 2017; PDM Task Force, 2006). L’organisation saine ne présenterait aucun trouble de la
personnalité (Huprich et al., 2015). Elle se caractériserait plutôt par la présence de divers traits de
personnalité appartenant à plusieurs styles, parmi ceux présentés à l’Axe P. De plus, il y aurait un excellent
niveau de fonctionnement dans les douze capacités mentales de l’Axe M. Cette organisation serait donc
la plus fonctionnelle, la plus adéquate et la plus adaptée. Il s’agirait de l’organisation de personnalité qui
illustre le mieux la santé mentale telle que précédemment définie.

Viendrait ensuite l’organisation de personnalité névrotique. Elle est décrite par un bon fonctionnement
quotidien et un haut niveau de fonctionnalité des douze capacités mentales évaluées à l’Axe M (Lingiardi

85
et McWilliams, 2017). L’individu névrotique serait capable de créer, d’entretenir et de maintenir des
relations interpersonnelles positives. Les angoisses ne seraient pas trop envahissantes, car les mécanismes
de défense seraient globalement adaptés et matures, ce qui signifie qu’ils contribueraient efficacement
au fonctionnement et à la défense du psychisme (Lingiardi et McWilliams, 2017). Malgré tout, il y aurait
chez le névrotique une forme de souffrance psychique particulière, un conflit interne toujours présent, qui
s’articulerait autour d’un thème spécifique. Ce conflit apparaîtrait lorsqu’une situation serait vécue
comme discordante avec la moralité interne ou lorsqu’elle entraînerait une dissension intérieure entre
deux types d’émotions ou de valeurs (Lingiardi et McWilliams, 2017). Ce conflit varierait selon le style de
personnalité dominant : dans le syndrome de personnalité dépressif, ce conflit toucherait la perte, le rejet
et l’autopunition; dans le syndrome hystérique, il s’agirait de la sexualité, le genre et le pouvoir; dans le
syndrome obsessif-compulsif, ce serait le contrôle; le schéma conflictuel du syndrome phobique n’est pas
précisé dans le manuel (Lingiardi et McWilliams, 2017). De plus, l’organisation névrotique présenterait
parfois une certaine rigidité, dans certaines sphères de la vie du sujet, ce qui ferait en sorte de restreindre
l’éventail des mécanismes de défenses ou de mécanismes d’adaptation qui pourraient être utilisés (PDM
Task Force, 2006). Les mécanismes de défense utilisés seraient généralement des mécanismes matures
comme l’altruisme, l’humour, la sublimation ou la suppression (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 73). Il y
aurait apparition de défenses immatures ou inadéquates seulement dans les situations qui touchent le
pattern de souffrance caractéristique. À titre d’exemple, le PDM-2 explique qu’un individu pourrait
présenter des difficultés avec l’autorité, plutôt qu’un problème général dans toutes ses relations
interpersonnelles. En outre, dans un contexte psychothérapeutique, le sujet névrotique est décrit comme
étant capable d’introspection et de perspective face à ses difficultés, en mesure d’identifier de quelle façon
il souhaite changer et capable de former une relation de travail adéquate avec son thérapeute (Lingiardi
et McWilliams, 2017, p. 21). Il est rapporté que devant un tel patient, le clinicien se sentirait confortable,
qu’il présenterait une attitude respectueuse et sympathique et qu’il aurait espoir d’établir une alliance
thérapeutique collaborative.

Parmi les styles de personnalité présentés dans le PDM-2, les sept suivants pourraient être retrouvés dans
l’organisation névrotique : personnalité dépressive, personnalité dépendante, personnalité anxio-évitante
et phobique, personnalité obsessive-compulsive, personnalité somatique, personnalité hystérique et
personnalité narcissique (Lingiardi et McWilliams, 2017). Tous ces styles partageraient les caractéristiques
du fonctionnement névrotique susmentionnées, mais présenteraient également des attributs spécifiques,
qui modifieraient et préciseraient le fonctionnement psychique du sujet.

86
5.2 Fonctionnement psychotique

Certains rapportent que la notion de psychose aurait été introduite en 1885, par le médecin viennois Ernst
von Feuchtersleben pour désigner l’aliénation mentale, la folie, une « maladie de l’âme ou de l’esprit »
(Chottin et Zaoui, 2013, p. 200). Cette conception a, évidemment, beaucoup évolué depuis.

5.2.1 Perspective proposée par le modèle structural de Jean Bergeret

La genèse d’une telle structure serait liée à la vie intra-utérine ou à la petite enfance (Bergeret et Houser,
2007). Bergeret explique que des stimulations, des excitations ou des frustrations sévères, précoces et
toxiques seraient survenues alors que l’enfant n’avait pas les capacités de pare-excitations nécessaires à
la protection de sa psyché. Ces événements auraient créé des fixations pendant le stade de
développement oral ou, au plus tard, pendant le premier sous-stade anal d’incorporation/expulsion
(Bergeret, 1996b). De plus, pour diverses raisons, il semble que le jeune enfant n’aurait pas été considéré
comme sujet à part entière par sa figure d’attachement principale, qu’il n’aurait pas été traité comme
séparé et « distinct de la mère sujet » (Bergeret, 1996b, p. 73). Conséquemment, la différenciation du Moi
de l’enfant avec le non-Moi et le monde extérieur ne se serait donc pas faite correctement. L’enfant serait
resté au stade du narcissisme primaire*, dans un état de toute-puissance (Laplanche et Pontalis, 1981).
Une relation fusionnelle se serait créée – à différents degrés – avec l’environnement et celle-ci serait sans
cesse répétée dans les relations futures. Ces frustrations précoces et cette défaillance du narcissisme
primaire feraient en sorte de pré-organiser le Moi de l’enfant de façon psychotique. Cette forme
d’organisation psychique perdurerait pendant les stades de développement ultérieurs, de même que
pendant la période de latence et l’adolescence. Selon Bergeret, il serait possible, mais rare, que l’évolution
psychoaffective du sujet puisse reprendre et que celui-ci évolue vers une structuration névrotique.
Toutefois, il y aurait de fortes chances que la pré-structuration psychotique persiste après la période de
latence et qu’elle se cristallise en une structure psychotique vraie.

Cette trajectoire développementale aurait nécessairement plusieurs incidences sur l’identité du sujet
adulte, car les fixations primitives et le narcissisme primaire déficient auraient mené au développement
d’un Moi morcelé, non unifié, incomplet. Le Moi du psychotique serait alors constitué de façon partielle,
comme un ensemble de parties qui tiennent au moyen de l’intervention du monde externe, ce dernier
étant aussi perçu comme un assemblage de différents morceaux, imbriqués au Moi. Tout serait interrelié.

87
L’adulte se retrouverait enfermé dans des relations préobjectales et fusionnelles, qui mèneraient à de
fortes angoisses de morcellement, de destruction et de mort par éclatement. Le sujet tenterait de s’y
défendre par certains mécanismes privilégiés, tels que la projection, le clivage du Moi, le déni de la réalité.
Ces mécanismes pouvant ensuite mener à des phénomènes de dépersonnalisation*, de dédoublement de
la personnalité et de déréalisation (Bergeret, 1996b). Les enjeux psychiques principaux proviendraient du
conflit entre la réalité extérieure et « les besoins pulsionnels élémentaires », conflit pour lequel le Moi se
trouverait même exclu (Bergeret, 1996b, p. 73). Si ce conflit interne devient trop important et la réalité
trop gênante, le sujet tendrait à dénier une grande partie de cette réalité, pour se construire une
néoréalité qui lui semblerait bénéfique, bien que réalistement absurde; apparaîtrait alors le délire. Il
s’avère également que le fonctionnement psychique du psychotique serait basé sur les processus
primaires et le principe de plaisir. L’objet ne serait pas nécessaire à la satisfaction pulsionnelle, ce qui
pourrait mener à une hallucination de la matérialisation des désirs (Bergeret, 1996b). Le langage du sujet
psychotique comporterait aussi certaines particularités. En effet, l’affect serait souvent dissocié de la
représentation, ce qui fait que « les mots sont considérés à un certain niveau comme étranges, étrangers
et creux » (Bergeret, 1996b, p. 73). Le contenu serait plus important que le contenant et, souvent, les
codes et les signes non verbaux seraient confondus. Néanmoins, l’individu psychotique pourrait avoir de
très bonnes capacités mathématiques, intellectuelles et de spéculation, car celles-ci ne sont pas sous le
contrôle et la régulation du Moi – ce dernier ayant été préalablement décrit comme incapable de tenir son
rôle de pôle médiateur et organisateur.

Le modèle structural propose trois types de caractères dans la structure psychotique : le caractère
schizophrénique, le caractère paranoïaque et le caractère mélancolique ou maniaco-dépressif. Il est clair
pour Bergeret que le caractère schizophrénique est le plus archaïque quant à l’évolution libidinale et au
fonctionnement du Moi. Cependant, cette hiérarchisation serait moins certaine pour les deux autres
caractères. En effet, Bergeret estime que l’état paranoïaque jouit d’une meilleure évolution libidinale
(premier sous-stade anal) que le caractère mélancolique, mais d’un niveau de développement du Moi
inférieur. À l’inverse, la mélancolie serait tributaire d’un développement psychosexuel plus régressif
(phase orale), mais d’un Moi mieux construit et plus adapté que le caractère paranoïaque. Considérant
ceci, de même que la psychogenèse du caractère mélancolique – décrite ci-après dans la section sur le
fonctionnement limite –, celui-ci est placé au-dessus du caractère paranoïaque, plus près de
l’astructuration limite (Bergeret, 1975). Puisque ces trois caractères prennent place dans la structure

88
psychotique, ils en partagent les caractéristiques principales. Leur fonctionnement diffère légèrement
quant au fonctionnement du Moi, au mode de relation à l’autre et à la prise en compte de la réalité.

[Link] Caractère schizophrénique

Le caractère schizophrénique serait le plus régressé du point de vue évolutif, avec d’importantes fixations
orales. L’enjeu principal se situerait autour de la dynamique Moi/non-Moi, un conflit prenant place entre
les objets internes, les objets externes et l’ensemble de leurs représentants psychiques (Bergeret, 1996b,
2008). Le sujet étant peu différencié de l’objet, les relations interpersonnelles seraient immatures, avec
une forte tendance à la fusion et au clivage. De là, apparaîtraient des angoisses de mort et de
morcellement tributaires d’un défaut d’unité, reliées à l’impossibilité pour le sujet d’exister sans l’objet,
de se constituer un Moi unifié et autonome (Bergeret, 1996b). Le sujet schizophrénique présenterait un
détachement et un sentiment d’étrangeté à l’égard des affects. La distinction entre le fantasme et la réalité
serait parfois difficile et la pensée serait marquée par un fonctionnement archaïque, avec un « univers
fantasmatique aussi luxuriant que profondément régressif » (Bergeret, 1996b, p. 77). Bergeret ajoute
d’ailleurs que « certaines parties de cette réalité » pourraient n’avoir « jamais été objectivement
reconnues » (1996b, p. 88). Par ailleurs, il apparaît que le sujet de structure psychotique schizophrénique
« ne pense pas et ne parle pas réellement avec des mots, mais qu’il agit avec ces mots, comme il le ferait
avec des objets » (Bergeret, 1996b, p. 78). Le langage se verrait ainsi placé au service de la pulsion
agressive, constituant alors un mode de communication sadique (Bergeret, 1996b). Les mécanismes de
défense seraient immatures, les principaux étant le clivage, la condensation, le déni de la réalité, le
déplacement, l’introjection et la projection (Bergeret, 2008). Le sujet pourrait présenter des
manifestations symptomatiques telles que la catatonie*, le délire, la dépersonnalisation, la déréalisation*
ou l’hallucination.

[Link] Caractère paranoïaque

Le caractère paranoïaque présenterait un conflit psychique relatif à des désirs passifs et agressifs. Le Moi
serait différencié du non-Moi, mais il y aurait tout de même un grand sentiment de dépendance à l’égard
de l’objet, teinté d’agressivité et de contrôle. La relation d’objet serait marquée par la dualité
persécution/maîtrise. Elle serait également utilitaire, l’autre étant utilisé comme un « instrument à la
disposition du sujet » et perçu comme un « complément vital » (Bergeret, 1996b, p. 81). Le sujet se
montrerait méfiant, suspicieux et hypervigilant à l’égard d’autrui et de son environnement. Les affects
seraient difficiles à vivre et à tolérer, se retrouvant souvent niés. La pensée serait concrète, plutôt rigide,

89
régressée et peu mentalisée, ce à quoi s’ajouterait de fortes fantaisies d’être piégé ou dupé. Il y aurait
angoisse de persécution et angoisse de morcellement, en lien avec une « menace d’éclatement par
pénétration » (Bergeret, 1996b, p. 88). Les principaux mécanismes de défense utilisés seraient l’annulation
rétroactive, la dénégation, le déni du réel, l’identification projective, la projection et le retournement
contre soi (Bergeret, 1996b, 2008).

[Link] Caractère mélancolique

Le caractère mélancolique, autrefois appelé psychose maniaco-dépressive, serait marqué par des
tendances dépressives et maniaques. Il y aurait d’importants enjeux relatifs aux stades oral et anal, avec
des éléments phalliques régressés (Bergeret, 1996b). Le Moi serait différencié du non-Moi, mais
présenterait une faille importante quant à l’intégration et la cohésion identitaire. Les affects seraient forts,
intenses et variables, fréquemment de l’ordre de la tristesse, de la honte et du dégoût. Le sujet vivrait avec
des sentiments d’impuissance, de pessimisme et d’autodépréciation, pouvant aussi être habité d’un
sentiment de vide et avoir peu d’élan vital (Bergeret, 2008). La relation d’objet serait anaclitique et
ambivalente, avec une dominante agressive et hostile (Bergeret, 1996b). Le sujet présenterait des
angoisses dépressives et de morcellement, relatives à la réalisation que l’objet anaclitique est différent et
séparé de soi, voire perdu (Bergeret, 1996b). La qualité du langage serait variable, selon l’état psychique
du sujet : débit de parole rapide; syntaxe relâchée; vocabulaire riche, varié et imprécis en « phase
d’excitation » ou alors expression « pauvre, monocorde, indécise » en « phase dépressive » (Bergeret,
1996b, p. 87). Les mécanismes de défense majoritairement utilisés seraient le clivage de l’objet, le déni
partiel de la réalité, la défense maniaque, l’introjection, le passage à l’acte, la pensée magique et le
retournement contre soi (Bergeret, 1996b, 2008).

5.2.2 Perspective proposée par le Psychodynamic Diagnostic Manual, 2e édition

L’un des changements majeurs du PDM-2 est l’ajout d’une organisation de personnalité psychotique. En
effet, ce niveau d’organisation était absent de la première édition. À l’époque, certains auteurs craignaient
que le terme psychotique soit trop étroitement associé aux manifestations pathologiques telles que délire,
confusion de la pensée ou hallucination et que cela puisse générer une confusion chez les cliniciens qui ne
sont pas d’orientation psychodynamique (McWilliams, 2011). Il avait alors été décidé de réserver
l’utilisation du mot psychotique pour parler des psychopathologies associées, comme la schizophrénie, le
trouble schizophréniforme, le trouble schizo-affectif ou le trouble délirant, notamment identifiés dans le
Mini DSM-IV-TR (American Psychiatric Association, 2004; PDM Task Force, 2006). Les manifestations d’une

90
personnalité psychotique s’inscrivaient alors dans l’organisation borderline et elles étaient traitées comme
des signes d’un fonctionnement de bas niveau et perturbé, un fonctionnement borderline à la limite de la
psychose (McWilliams, 2011, p. 119). Depuis, l’existence d’une organisation de personnalité psychotique
a été démocratisée et normalisée, à la suite de diverses recherches et grâce à l’apport de psychanalystes
tels que Wilfred Bion, Otto Kernberg, Nancy McWilliams et Herbert Rosenfeld, pour ne nommer que ceux-
là (Lingiardi et McWilliams, 2017; McWilliams et al., 2018). Lors de la révision de la première édition du
manuel, cette organisation de personnalité a donc été ajoutée au continuum (Lingiardi et al., 2015).

Le PDM-2 situe le fonctionnement psychotique à l’extrémité inférieure du continuum de sévérité des


organisations de personnalité, se retrouvant ainsi après l’organisation borderline. Cette organisation est
considérée comme étant la plus malade et la moins fonctionnelle, car les réponses offertes par le sujet en
situation de détresse seraient rigides et inflexibles; les mécanismes de défense utilisés seraient restreints,
coûteux et maladaptés; il y aurait des déficits majeurs et sévères dans plusieurs des capacités mentales de
l’Axe M (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 18). La différence majeure avec l’organisation borderline
résiderait dans le déficit de l’épreuve de réalité : l’organisation psychotique présenterait une défaillance
dans la prise en compte de la réalité et dans la distinction des fantaisies avec le réel (Lingiardi et
McWilliams, 2017). Le manuel décrit un mode de pensée bizarre et concret, avec présence de
généralisations abusives ou erronées. Le sujet psychotique porterait une croyance inébranlable dans ses
convictions et dans les inférences et attributions faites envers autrui, indépendamment des paroles ou des
comportements réels de l’autre. En outre, les capacités langagières et le sens de la narration seraient
appauvries. Il y aurait parfois des hallucinations, des délires ou des réactions paranoïdes sévères et
récurrentes. De plus, l’organisation psychotique serait marquée par une diffusion de l’identité et une
confusion – ou une pauvre différenciation – entre les représentations Moi/autre (Lingiardi et McWilliams,
2017, p. 23). La relation d’objet serait ambivalente : à la recherche de soutien et de fusion, s’adjoindrait la
perception que l’autre est dangereux. Il y aurait également un double mouvement constant avec l’objet,
une alternance entre rapprochement et éloignement, entre collaboration et opposition. L’anxiété serait
intense et persistante, résultant d’une angoisse d’annihilation extrême. Les mécanismes de défense
retrouvés dans l’organisation psychotique seraient peu variés, primitifs et immatures. Ils contribueraient
très peu à l’adaptation du sujet, seraient psychologiquement coûteux et pourraient même perturber le
bon fonctionnement psychique ou le quotidien de l’individu (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 73). Les
principales seraient le déni psychotique, le retrait autistique*, la distorsion de la réalité, la projection
délirante*, la fragmentation*, la concrétisation*, la somatisation et le recours à d’importantes

91
compulsions (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 23). Les auteurs rapportent l’apparition possible de
troubles factices*, d’anorexie, de comportements socialement inappropriés et d’hostilité envers autrui, à
différents degrés (Lingiardi et McWilliams, 2017). Sur le plan thérapeutique, le PDM-2 recommande une
approche davantage soutenante qu’exploratrice, qui supporte les mécanismes de défense et le
fonctionnement du Moi. Il est rapporté que les cliniciens pourraient tendre à répondre aux questions du
patient, prodiguer des conseils, normaliser et contextualiser la souffrance, divulguer des éléments de leur
vie personnelle et faire de la psychoéducation relativement aux émotions, aux comportements ou aux
processus de pensée du patient (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 27). Il serait de convenance que le
clinicien soit respectueux, patient, égalitaire, terre-à-terre et relativement autoritaire. Ceci, pour
permettre au patient de se sentir en sécurité et soutenu, mais aussi pour diminuer les possibles sentiments
d’humiliation ou de honte ressentis devant ses symptômes ou son besoin d’aide.

Il y a neuf syndromes de personnalité qui pourraient être retrouvés dans l’organisation de personnalité
psychotique, soit les syndromes dépressif, dépendant, obsessif-compulsif, somatique, schizoïde,
narcissique, paranoïde, psychopathique et sadique. Ils partageraient tous les caractéristiques du
fonctionnement psychotique, bien qu’ils présenteraient des traits distinctifs quant aux mécanismes de
défense privilégiés, la qualité de la relation objectale, les émotions principalement ressenties, les
préoccupations et les croyances centrales.

5.3 Fonctionnement limite ou borderline

Il semble que les psychanalystes aient longtemps eu des opinions divergentes quant au fonctionnement
limite. D’aucuns concevaient qu’il s’agissait de « formes mineures de psychose » ou alors d’une forme
majeure de névrose; certains y voyaient plutôt une entité assurant le passage entre « névroses et
psychoses »; d’autres, enfin, considéraient qu’il s’agissait plutôt d’une « entité nosologique
indépendante » et à part entière (Bergeret, 1996b, p. 136-138). Diverses terminologies auraient été
utilisées pour parler du fonctionnement de personnalité limite. Toutefois, il apparaît que depuis les travaux
de Eisenstein en 1949, la majorité s’entend quant à l’appellation; il y a usage des termes borderline en
anglais et état limite en français (Bergeret, 1996b).

92
5.3.1 Perspective proposée par le modèle structural de Jean Bergeret

Le fonctionnement limite de la personnalité est un sujet qui a été longuement traité par Bergeret – les
nombreux écrits qu’il a publiés en témoignent sans conteste. Bien que la complexité de son point de vue
ne puisse être résumée en quelques lignes seulement, il est possible d’en présenter l’essentiel et de
suggérer une reformulation permettant d’en comprendre les particularités, sans en atténuer la portée.

D’un point de vue étiologique, la petite enfance du sujet limite aurait suivi une évolution relativement
banale. Le stade oral et le premier sous-stade anal auraient été dépassés, sans qu’il y ait de trop grandes
frustrations ou de fixations importantes. Le Moi de l’enfant aurait réussi à évoluer au-delà des points de
limitations qui auraient pu entraîner une pré-organisation psychotique. Cependant, entre le deuxième
sous-stade anal et le début de la période œdipienne, une vive frustration affective aurait eu lieu, générant
un traumatisme psychique précoce qui fait office de « ‘’premier désorganisateur‘’ de l’évolution
psychique » (Bergeret, 2008, p. 223). Bergeret en parle comme d’un « émoi pulsionnel intense survenu
dans un état encore trop mal organisé et trop peu mûr » quant à l’équipement, aux capacités d’adaptation
et aux mécanismes de défense alors en place chez l’enfant (Bergeret, 1996b, p. 140). Il précise qu’une série
de microtraumatismes répétés et rapprochés pourrait avoir un effet similaire. L’enfant aurait alors été
catapulté « trop brutalement et trop précocement, de même que trop massivement, dans une situation
œdipienne à laquelle il n’était pas du tout préparé » (Bergeret, 1996b, p. 140). Ce trauma désorganisateur
aurait une valeur identitaire, sexuelle ou de séduction (Estellon, 2019). Il y aurait donc eu sollicitation de
la libido « avec anticipation, par une provocation à la génitalisation précoce », qui se « trouverait en
quelque sorte en avance sur l’état de maturation du Moi » (Bergeret, 1975, p. 76). Cette expérience aurait
été vécue comme une menace narcissique, face à laquelle l’enfant n’aurait pas été en mesure de se
défendre, son équipement affectif et défensif n’étant pas suffisamment mature et le travail du
refoulement étant déficient. Quoiqu’il n’y ait pas de régression vers un fonctionnement psychotique, il y
aurait alors, faute de mieux, appui sur des mécanismes de défense régressés, plus archaïques et plus
coûteux psychiquement. Bergeret identifie, entre autres, le déni de représentations sexuelles, le clivage
de l’objet, l’identification projective et le maniement omnipotent de l’objet (Bergeret, 1996b). En
conséquence de ce traumatisme, il y aurait un désinvestissement pulsionnel, qui provoquerait un arrêt du
développement libidinal de l’enfant (Bergeret, 1975). Cette infraction psychique propulserait
prématurément l’enfant dans une position de latence, une pseudo-latence précoce, qui est plus durable
que la latence normale : elle recouvre la classique période de latence, mais se prolonge au-delà de celle-
ci en englobant aussi la période de l’adolescence (Bergeret, 1996b). Parfois même, elle perdure à l’âge

93
adulte et il est possible que le sujet y reste sa vie entière (Bergeret, 1975, 1996b). La survenue de ce trauma
précoce et l’entrée dans la phase de pseudo-latence font donc en sorte d’occulter le stade phallique;
l’enfant n’accède pas au génital ni à l’organisation œdipienne, tous deux propres à une pré-organisation
névrotique. En parallèle à tout ceci, survient également un blocage du processus de maturation du Moi,
alors que celui-ci ne serait pas encore constitué de façon complète et consistante (Bergeret, 2008). Dès
lors, bien que l’enfant ait dépassé la relation fusionnelle et qu’une relation à deux existe, son Moi reste
suspendu dans une relation d’objet ambivalente et anaclitique (Bergeret, 2008). Malgré que l’autre serait
perçu comme une personne distincte et séparée, le Moi y serait tout de même dépendant et aurait besoin
de s’appuyer sur cet autre pour exister. Cette posture générerait une angoisse de perte d’objet et, de là,
une angoisse dépressive. De plus, le problème d’accès à l’Œdipe fait en sorte que le Moi n’est pas
adéquatement différencié sexuellement et que le Surmoi ne parvient pas à se développer totalement,
demeurant très incomplet et imparfait (Bergeret, 1975, 1996b).

Cette voie développementale mènerait, chez l’adulte, à la constitution de ce que Bergeret appelle une a-
structuration limite (Bergeret, 1975, 1996b, 2008). Il s’agirait d’une configuration de la personnalité
instable et précaire, qui ne répondrait pas aux critères nécessaires à la constitution d’une structure vraie,
comme le sont les structures névrotique et psychotique. L’astructuration limite se présenterait comme un
aménagement, un état d’adaptation approximative, où la lignée psychotique s’est vue dépassée, mais où
la lignée névrotique « n’a pas pu être atteinte quant à l’évolution, tant pulsionnelle que maturative, du
Moi » (Bergeret, 2008, p. 223). Le sujet aurait donc « évité de constituer une structure psychotique, mais
il n’a pas le bénéfice d’une structuration névrotique. Il flocule. » (Bergeret, 2011, p. 189). Cette instabilité
et cette fragilité de l’état limite placeraient le Moi dans une position ambiguë : « d’un côté angoisse de
tomber dans le morcellement psychotique, mais envie des défenses plus solides qui s’y rencontrent; et de
l’autre côté envie et angoisse de la génitalité névrotique et des plaisirs qu’elle pourrait procurer »
(Bergeret, 1996b, p. 141). Faute d’une structuration solide, le Moi aurait donc mis en place un
arrangement interne au meilleur de ses capacités. Il aurait cherché à constituer un fonctionnement
psychique le plus adapté et le plus fonctionnel possible, en dépit du traumatisme désorganisateur précoce
et de l’entrée en pseudo-latence qui a suivi.

Un tel aménagement de la personnalité se manifesterait par un fonctionnement du Moi qui n’est pas
génitalisé, à savoir un Moi qui n’a pas réussi à accéder au mode relationnel génital et qui a refoulé « les
questions relatives à la sexualité », ne permettant pas au conflit œdipien de s’organiser (Estellon, 2019, p.

94
44). Le Moi ne se serait pas établi comme sujet à part entière, mais se serait plutôt organisé selon un
fonctionnement à deux niveaux. D’une part, selon un registre adaptatif, où il demeurerait adapté à la
réalité extérieure et où il ressentirait peu de menaces relationnelles; d’autre part, selon un registre
anaclitique, dès qu’une menace de perte d’objet apparaît. Le point central toucherait donc les besoins
narcissiques du sujet et la défense contre ces menaces de perte d’objet (Bergeret, 1996b). Il ne s’agirait
cependant pas d’un éclatement ou d’un clivage du Moi, car le noyau du Moi ne serait pas touché. Ce serait
plutôt une déformation, une « simple réaction défensive dans les activités du Moi, destinée à éviter
justement la menace d’éclatement » (Bergeret, 1996b, p. 142). Le Moi serait donc en état de lutte
perpétuelle contre son immaturité fonctionnelle et contre la possible menace dépressive (Bergeret, 1996b,
2011). Il devrait fournir un effort constant d’adaptation à la réalité extérieure changeante. Bien que très
coûteux, cela permettrait au Moi de maintenir une sécurité et une mobilité relatives, sans toutefois être
jamais totalement stable ou solide. Il demeurerait trop dépendant des « variations de la réalité extérieure
et des positions des objets comme de leur distance à son égard » (Bergeret, 1996b, p. 141). De plus,
puisque le Surmoi serait incomplet, son rôle interdicteur et moralisateur serait focalisé et circonscrit à
quelques domaines seulement, laissant alors place à une instance idéale « puéril[e] et gigantesque », qui
occuperait une partie de l’espace laissé vacant par le manque surmoïque (Bergeret, 1996b, p. 149), que
Bergeret appelle Idéal du Moi. Or, la définition qu’il en donne n’est pas forcément celle généralement
considérée en psychanalyse. Il y voit l’héritier du narcissisme primaire, qui se déploie par « un inépuisable
et infructueux effort […] pour tenter de restaurer des parties non atteintes ou perdues de la bonne
relation » à l’objet tout-puissant (Bergeret, 1975, p. 95). Il s’agirait d’une instance idéale qui a des
« ambitions héroïques démesurées de bien faire, pour conserver l’amour et la présence de l’objet » et qui
a ainsi peur de ne pas faire assez bien les choses (Bergeret, 1996b, p. 149). Cet idéal prendrait place dans
l’astructuration limite à un stade développemental où le Moi n’est pas encore totalement organisé. Ce
faisant, il ressemblerait davantage à un Idéal du Soi, ce que l’auteur reconnaît : « il serait plus logique de
parler ‘’d’Idéal de Soi‘’ […] considérant le niveau narcissique commun au Soi et à l’Idéal de Soi du point de
vue psychogénétique » (Bergeret, 1996b, p. 53). Bergeret continue néanmoins d’utiliser la formulation
Idéal du Moi et affirme que cet idéal devient le pôle organisateur de la personnalité limite. De ce fait, la
relation d’objet se caractériserait « par une étroite dépendance comprise entre le besoin de se sentir
séparé de l’autre et l’inclinaison à devoir s’appuyer contre lui » (Estellon, 2019, p. 44). Les relations
interpersonnelles seraient marquées par une grande dépendance et répondraient à un besoin vital de
proximité, malgré le rôle ambivalent de l’objet. Les lacunes du Moi et du Surmoi seraient comblées grâce
à l’établissement d’une relation anaclitique, où l’autre se verrait attribuer un rôle de Moi et de Surmoi

95
auxiliaires. Ce mode relationnel maintiendrait cet autre dans une situation d’ambivalence, marquée par
un double mouvement de protection et persécution (Bergeret, 1996b). L’identité du sujet limite
demeurerait donc fluctuante et fragile, tributaire des identifications primaires et des relations
interpersonnelles (Bergeret, 2008). Il y aurait un manque d’intégration envers le bon et le mauvais, les
qualités et les défauts, tant chez le sujet lui-même que dans sa perception de l’autre. Il y aurait également
une recherche excessive de « compréhension, de respect, d’affection et de soutien » (Bergeret, 1996b, p.
143). Cette place importante accordée à l’autre entraînerait d’intenses angoisses de perte d’objet et
dépressive. L’individu craindrait constamment que l’autre lui fasse défaut, qu’il disparaisse et qu’il lui
échappe, ce qui mettrait en péril son identité et l’ensemble de sa personnalité. La perte de cet objet
d’étayage constituerait un deuil impossible et mènerait à une décompensation dépressive. Il en va de
même pour les idéaux démesurés de l’Idéal du Moi bergeretien, qui pèseraient lourd sur le sujet et qui le
mettraient à risque d’échec provoquant, le cas échéant, des sentiments de honte et de dégoût (Bergeret,
1996b). L’idée que cet échec pourrait provoquer la fuite et la perte de l’objet générerait une angoisse de
perte d’objet et, de ce fait, une angoisse dépressive. Cette menace dépressive, par le biais de la perte de
l’objet, serait donc constante. De ce fait, cela exigerait une perpétuelle utilisation de mécanismes de
défense. Les mécanismes utilisés par l’aménagement limite seraient moins élaborés et moins efficaces que
ceux de la structure névrotique, mais seraient tout de même plus matures que ceux utilisés dans la
structure psychotique. Bergeret (1996b) identifie quatre défenses principales utilisées par l’adulte limite :
l’évitement, la forclusion*, les réactions projectives et le clivage de l’objet. Il serait également possible
d’observer des comportements hypomaniaques ou euphoriques. À travers tout ceci, il semble que le lien
avec la réalité soit préservé et qu’il n’y aurait pas de perte de contact avec le réel. Cependant, il semble
que la prédominance de l’Idéal du Moi et la faiblesse du Surmoi influenceraient les processus mentaux,
« ce qui ne peut aller sans un certain anachronisme et une notable inadaptation » (Bergeret, 1996b, p.
150). De plus, l’agir remplacerait souvent les processus de représentation, de mentalisation et de
verbalisation, car la mise en actes serait plus facile que l’élaboration, la reconnaissance et l’intégration des
idées ou des fantaisies. Les affects seraient donc perçus et vécus avec une intensité absolue, tributaire du
degré d’immaturité du Moi et des moyens limités dont celui-ci dispose pour leur faire face (Bergeret,
1996b, p. 148). Tout ceci correspond à ce que Bergeret appelle le tronc commun des états limites ou le
tronc commun aménagé, une expression qui désigne le fonctionnement psychique général de
l’astructuration limite (Bergeret, 1996b). De ce tronc commun, deux mouvements psychiques pourraient
être observés et identifiés comme menants à des évolutions stables ou des évolutions aiguës. L’évolution
stable renverrait à un aménagement spontané de la personnalité, qui serait légèrement plus solide et plus

96
durable que le fonctionnement habituel de l’état limite; au contraire, une évolution aiguë correspondrait
plutôt à une réorganisation de la personnalité du sujet, à la suite à une décompensation tributaire d’une
situation de crise et d’un excès d’angoisse (Bergeret, 1996b). Il importe ici d’approfondir le sujet.

L’évolution stable adviendrait dans la majorité des cas, lorsqu’aucun incident particulier ou situation
intense ne seraient survenus pendant l’adolescence. Il n’y aurait donc pas eu d’événement
désorganisateur majeur ni d’accumulation de microtraumatismes qui auraient pu mener à une
décompensation importante. Le sujet développerait un état de stabilité relative, où il pourrait, « pendant
plus ou moins longtemps et avec plus ou moins d’efficience […] évoluer dans une absence à peu près totale
de manifestations symptomatiques » (Bergeret, 1975, p. 77). Le maintien de ce fonctionnement psychique
à l’intérieur du tronc commun serait fait au prix d’efforts importants, « de bien des renoncements, de
compromis, de déguisements, d’évitement, de défenses énergétiques considérables et de ruses diverses »
(Bergeret, 1996b, p. 152). Bien que certainement inconfortable, cet état resterait tolérable, car il serait
subtilement et habilement agencé (Bergeret, 1996b). Ce mode d’évolution pourrait mener à deux formes
d’aménagements de la personnalité : l’aménagement pervers et l’aménagement caractériel. Tous deux se
présenteraient comme ayant des mécanismes de défense légèrement plus stables et plus originaux que le
tronc commun (Bergeret, 1996b, 2008). Bergeret parle ici d’aménagement de la personnalité – plutôt que
de structure – vu la nature chancelante et peu solide de ces arrangements psychiques.

À l’opposé, une évolution aigüe serait le résultat d’une « décompensation morbide de l’organisation
limite » (Bergeret, 1996b, p. 152). Elle pourrait survenir à tout moment de la vie d’un sujet, de
l’adolescence jusqu’à la période de sénescence. Comme cela vient d’être expliqué, l’effervescence de
l’adolescence mène habituellement à une stabilisation du fonctionnement du tronc commun, où un
aménagement pervers ou caractériel se mettrait en place. Cependant, il arriverait parfois que cela ne se
produise pas, le sujet n’accédant à aucune organisation interne particulière. Bergeret explique qu’il y
aurait alors prolongation de la période de latence, dans une pseudo-latence tardive et prolongée (Bergeret,
1996b). Le sujet continuerait ainsi d’évoluer dans le tronc commun, mais présenterait un fonctionnement
psychique qui demeure très fragile, coûteux et instable. Dans certains de ses écrits, Bergeret identifie ce
fonctionnement du tronc commun comme étant l’aménagement narcissique de la personnalité (1996b).
Ce serait un état d’hésitation identificatoire et d’indécision du Moi, où le sujet évoluerait toute sa vie, sans
qu’aucun aménagement stable ne s’instaure (Bergeret, 1970, 2008). Dès lors, si ce sujet rencontre sur sa
route un deuxième traumatisme désorganisateur tardif, cet aménagement provisoire du tronc commun

97
ne suffirait plus à le maintenir en équilibre – un équilibre qui était déjà précaire – et provoquerait
l’éclatement du tronc commun (Estellon, 2019). Cet effondrement engendrerait une réorganisation de la
personnalité; il y aurait évolution aigüe. Les causes de ce second traumatisme pourraient être multiples :
mariage ou séparation, naissance d’un enfant ou situation post-partum, deuil ou perte importante,
bouleversement social, retraite, ennuis financiers, perturbation affective, accident corporel ou
accumulation de microtraumatismes (Bergeret, 1996b, 2008; Fourcade, 2010). Il s’agirait donc toutes de
situations qui menacent de « rompre, sans préavis […] une relation aux autres, de mode essentiellement
anaclitique » (Bergeret, 1996b, p. 153), provoquant une surcharge pulsionnelle, sexuelle et/ou affective.
Ce trauma réveillerait alors les angoisses archaïques de perte d’objet, ainsi que les blessures et les
frustrations narcissiques infantiles vécues lors du premier traumatisme désorganisateur (Bergeret, 1975,
2008; Estellon, 2019). De là apparaîtrait un épisode d’angoisse aigüe, une « crise morbide de
développement psychique » (Bergeret, 1975, p. 86). Bergeret l’explique comme « une caricature de crise
d’adolescence, une crise d’adolescence à la fois brutale, intense, tardive, raccourcie, remettant en cause
toute l’organisation profonde du Moi et ses aménagements provisoires antérieurs » (Bergeret, 1996b, p.
153). L’aménagement interne précaire qui était en place serait alors totalement bouleversé et le Moi du
sujet se retrouverait submergé. Les mécanismes de défense habituellement utilisés par le Moi se
révéleraient inefficaces et impuissants face à cet excès d’angoisse et ne permettraient plus de maintenir
« l’aménagement provisoire et imparfait » qui prévalait jusque-là (Bergeret, 2008, p. 227). Il y aurait un
éclatement du tronc commun, entraînant une grande menace de décompensation dépressive. Pour
l’éviter, le Moi se verrait dans l’obligation de chercher un nouveau système défensif, davantage efficace,
car à ce moment, « il n’existe plus aucun aménagement médian possible » (Bergeret, 1996b, p. 155). Il y
aurait nécessairement un abandon du tronc commun de l’état limite et un changement de lignée
structurelle (Bergeret, 1975). Trois voies d’évolutions aigües seraient alors possibles selon Bergeret. La
première est une régression vers la lignée psychotique, ce qui entraînerait une structuration psychotique
et donnerait naissance au caractère maniaco-dépressif. Ce mouvement se produirait si le Surmoi est trop
faiblement élaboré et que le Ça parvient à dominer le Moi, si « les mouvements pulsionnels font éclater la
partie du Moi qui était restée adaptée à la réalité » jusque-là, grâce aux défenses précédemment utilisées
(Estellon, 2019, p. 45). Bien qu’il soit question de régression, cette solution permettrait tout de même au
Moi d’accéder à un fonctionnement plus solide et plus stable, avec des mécanismes de défense davantage
efficaces. La deuxième voie serait une évolution vers la lignée névrotique, qui mènerait à une structuration
névrotique de la personnalité. Ce mouvement serait possible seulement si le Surmoi du sujet est assez
fortement constitué et « consistant, pour autoriser une alliance avec la partie saine du Moi contre les

98
pulsions intempestives du Ça », favorisant l’accès au génital (Bergeret, 1996b, p. 156). Bergeret postule
que cette nouvelle structuration prendrait la forme d’un caractère hystérophobique. Enfin, la troisième
voie serait celle d’une régression vers un fonctionnement psychosomatique, qui se produirait lorsque « les
manifestations mentales se trouvent désexualisées, désinvesties, autonomisées au profit d’un retour à un
mode somatopsychique archaïque et unifié d’excitations et d’expression » (Bergeret, 1975, p. 86). Cet
aménagement se caractériserait donc par une incessante instabilité. Une fois l’épisode d’angoisse dépassé,
le sujet reviendrait à son fonctionnement précaire antérieur. Il passerait alors sa vie à naviguer à l’intérieur
du tronc commun aménagé, constamment sujet à des décompensations psychosomatiques soudaines,
sans jamais accéder à l’une ou l’autre des deux évolutions stables.

En résumé, et de manière très concise, la trajectoire constitutionnelle de l’astructuration limite peut donc
suivre les six voies suivantes : 1) une stabilisation relative menant à un aménagement pervers; 2) une
stabilisation relative menant à un aménagement caractériel; 3) une instabilité perpétuelle, menant à un
aménagement narcissique; 4) une transformation régressive conduisant à une structuration psychotique;
5) une transformation régressive entraînant le retour à un état psychosomatique archaïque; 6) une
transformation évolutive conduisant à une structuration névrotique.

Enfin, tout comme pour les structures névrotiques et psychotiques, les caractéristiques psychiques du
tronc commun de l’état limite seraient partagées par tous les caractères provenant des évolutions stables
– aménagements pervers ou caractériels. Chacun de ces aménagements présenterait également des traits
distinctifs, qui résident principalement dans la configuration des relations interpersonnelles, dans les
formes d’angoisses prédominantes et dans les principales manifestations défensives. Le Tableau 5.1 placé
en Annexe C, illustre les diverses combinaisons d’aménagements et de caractères possibles, tels qu’ils ont
été décrits par Bergeret.

[Link] Aménagement narcissique

Les caractéristiques fonctionnelles de l’aménagement narcissique correspondent à la description faite


précédemment du tronc commun organisé de l’état limite. L’auteur affirme cependant que l’identification
d’un authentique aménagement narcissique et du caractère associé serait complexe, car « ce type de
caractère peut prendre des allures variées » et présenterait des « facilités d’imitation d’autres modes
d’évolutions structurales que revêtent […] les différentes entités tirant leur origine, immédiate ou lointaine,
du tronc commun aménagé des états limites » (Bergeret, 1996b, p. 217). Malgré cette apparente

99
complexité, il identifie neuf caractères qui pourraient être retrouvés dans l’aménagement narcissique : le
caractère abandonnique, où il y aurait présence massive d’angoisse d’abandon, d’agressivité réactionnelle
et où le sujet douterait de « ses capacités à être aimé et à affronter les autres » (Bergeret, 1996b, p. 218);
le caractère de destinée, lorsqu’il y aurait certitude du sujet d’être poursuivi par un destin malheureux et
d’être emprisonné dans un cycle inéluctable de répétitions; le caractère narcissique-phobique, où il y aurait
déficit de la capacité d’inhibition du registre dépendance/agression, qui se retrouverait « au contraire
manifestée de façon très positive (bien que camouflée habituellement) dans la relation à l’objet contra-
phobique (Bergeret, 1996b, p. 220); le caractère phallique, où le sujet chercherait à se rassurer à travers
les objets partiels ou totaux auxquels ils s’identifient; le caractère dépressif, lorsque l’enjeu principal
concernerait une lutte irrésolvable entre les tendances affectueuses et hostiles du sujet envers l’objet; le
caractère hypocondriaque, qui se caractériserait par des soucis constants au sujet de l’état de santé; le
caractère psychasthénique, qui présenterait des traits dépressifs et obsessionnels reliés à la satisfaction
de l’Idéal du Moi; le caractère psychopathique, qui se présenterait sous forme de tendances narcissique,
antisociale et agressive; le caractère hypomaniaque, où une « fuite en avant » qui permettrait de contrer
les tendances dépressives (Bergeret, 1996b, p. 224).

[Link] Aménagement pervers

L’aménagement pervers s’organiserait autour d’enjeux relationnels, où certains objets partiels seraient
déniés ou surinvestis. L’objet de ce déni serait généralement le sexe de la femme, alors que l’objet
surinvesti serait le sexe masculin; leurs représentations symboliques seraient également incluses (Bergeret,
1975, 1996b). Le caractère pervers présenterait un narcissisme primaire mal intégré « et figé au niveau de
l’attrait pour un objet partiel plein de mystère » (Bergeret, 1996b, p. 162). Le sujet pourrait ainsi présenter
des tendances voyeuriste, exhibitionniste ou fétichiste, de même que des compulsions sexuelles (Bergeret,
1996b, 2008). Le sujet présenterait une carence de mentalisation et il y aurait souvent équivalence
perceptive entre la partie et le tout. Les relations d’objet seraient teintées par l’ambivalence, la recherche
de contrôle, la dualité idéalisation/dévalorisation, de même que par une recherche de complicité.
L’angoisse vécue serait de type dépressive, reliée à la reconnaissance des sexes et à la crainte de perdre
l’objet partiel sexuel (Bergeret, 1996b). Les principaux mécanismes de défense utilisés seraient le clivage
de l’objet, le déni partiel de la réalité, la forclusion et la répression.

100
[Link] Aménagement caractériel

L’aménagement caractériel se situerait légèrement plus près de la structure névrotique et s’organiserait


autour d’enjeux narcissiques, de valeur personnelle, d’amour et de haine. La pensée est plutôt concrète
et la vie fantasmatique faible (Bergeret, 2008). Les relations d’objet sont ambivalentes, teintées par des
attitudes de domination/soumission, de rapprochement/rejet. Le sujet peut se montrer provocateur,
opposant, pessimiste, avide ou jaloux (Bergeret, 2008). À cela s’ajoutent des jugements moraux plutôt
rigides et une tendance à la grandiosité et à la toute-puissance. L’angoisse dépressive serait en lien avec
la peur de perdre l’objet d’amour ou la crainte que cet objet lui fasse défaut; il s’agirait donc d’une angoisse
de perte d’objet (Bergeret, 1975). Les mécanismes de défense principalement utilisés seraient le déni du
narcissisme de l’autre, la formation réactionnelle, la projection et la sublimation (Bergeret, 1975, 1996b).
Cet aménagement opérerait dans l’une de ses trois formes particulières : la névrose de caractère, s’il y a
problématique touchant davantage la relation à l’objet; la psychose de caractère, si le lien affectif avec la
réalité est affecté; la perversion de caractère, s’il y a trouble quant au narcissisme du sujet (Bergeret, 2008).

5.3.2 Perspective proposée par le Psychodynamic Diagnostic Manual, 2e édition

Dans le PDM-2, l’organisation de personnalité borderline est décrite comme étant marquée par une grande
difficulté de régulation des émotions et des impulsions, de même que par des débordements émotionnels.
McWilliams et al. (2018) parlent de tempêtes affectives intenses, où le sujet serait vulnérable à ses propres
émotions, qui seraient brutes, intenses et envahissantes, ainsi qu’aux émotions d’autrui. Les relations
interpersonnelles seraient essentielles dans l’organisation borderline, mais seraient souvent source de
difficultés récurrentes (PDM Task Force, 2006). Les auteurs expliquent que la relation à l’autre prendrait
place dans un rapport idéalisation/dévalorisation. Il y aurait un grand besoin d’attachement et de
proximité, bien que celui-ci serait associé à une peur profonde d’intimité. Cette ambivalence générerait
des difficultés dans la vie personnelle, en ce qui concerne les amitiés ou les relations de couple, mais
également dans la sphère professionnelle. Tout ceci serait associé à une grande angoisse d’abandon, qui
entraînerait une souffrance particulière si les relations significatives sont menacées ou si le sujet imagine
qu’elles le sont. Lorsque cela se produirait, il y aurait apparition fréquente de comportements à risque,
d’autodestruction ou de dépendance, notamment : automutilation, comportements téméraires,
compulsions alimentaires, comportements sexuels compulsifs et/ou risqués, accumulation excessive de
dettes, vol à l’étalage, abus de substances et dépendance aux jeux vidéo ou aux jeux d’argent (Lingiardi et
McWilliams, 2017, p. 21; PDM Task Force, 2006, p. 24). Dans les cas où le syndrome associé à l’organisation
borderline se situerait dans le pôle anaclitique, le sujet serait davantage à risque de présenter des épisodes

101
marqués de dépression, de rage ou d’anxiété, en plus de certains des comportements autodestructeurs
susmentionnés (Lingiardi et McWilliams, 2017). Lorsque le syndrome associé serait plutôt dans le pôle de
l’introjection, le sujet présenterait des affects tels que le désespoir chronique et un faible niveau de plaisir,
avec un recours à l’autodestruction moins fréquent (PDM Task Force, 2006). Dans les deux cas, l’identité
de l’organisation borderline serait diffuse. Il y aurait un manque de constance face à l’image de soi et à
l’image de l’autre, ce à quoi s’ajouteraient des représentations de soi et de l’objet clivées, non unifiées. Il
y aurait échec d’intégration des éléments disparates de l’identité en un tout cohérent. Le sujet
présenterait un faible sentiment d’identité, ainsi qu’une incapacité à reconnaître ses propres failles et sa
souffrance. Certains rapportent une remise en question identitaire, touchant des préoccupations telles
que je ne sais pas qui je suis (McWilliams et al., 2018). Il y aurait chez le sujet « une expérience subjective
de vide chronique, des perceptions contradictoires du self, […] une perception superficielle, plate,
appauvrie des autres » (Kernberg, 2004, p. 28). De la dissociation pourrait aussi apparaître, que ce soit
concernant le vécu expérientiel ou le sentiment de soi (Lingiardi et McWilliams, 2017). De plus, cette
organisation ne bénéficierait pas de mécanismes de défense matures, au contraire de l’organisation
névrotique ou d’une organisation saine. Ceux-ci seraient plutôt immatures, primitifs et coûteux, pouvant
laisser place à de la désorganisation, de la dissociation sévère ou de la régression (Lingiardi et McWilliams,
2017). Les mécanismes de défense les plus fréquemment utilisés seraient le clivage et l’identification
projective. Par conséquent, le sujet aurait tendance à compartimenter ses perceptions et ses émotions de
façon irréalistement positives ou négatives, pour ensuite les considérer séparément ou en alternance, en
lui-même ou chez les autres (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 22; PDM Task Force, 2006, p. 25). Cette
attitude traduirait une non-intégration du bon et du mauvais dans le même objet. L’identification
projective engendrait une incapacité à reconnaître les perturbations ou problèmes présents en soi, pour
plutôt les attribuer à l’autre avec conviction, mais à tort, à la suite duquel cet autre serait traité en fonction
de cette attribution projetée sur lui (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 22; PDM Task Force, 2006, p. 25). En
plus de ces deux mécanismes, les autres défenses caractérisant l’organisation borderline seraient les
suivantes : acting out, contrôle omnipotent, déni, dévalorisation primitive, idéalisation, introjection,
retrait dans le fantasme, somatisation (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 22). Sur le plan cognitif, le PDM-
2 décrit une polarisation des perceptions générales et des émotions, avec présence de biais
d’interprétation négatifs. Le contact avec la réalité serait toutefois préservé (McWilliams, 2011). Dans un
cadre thérapeutique, il semble qu’un patient d’organisation borderline provoquerait d’intenses émotions
chez le clinicien, telles que la peur, la confusion, l’impuissance ou l’hostilité, ainsi que des fantaisies de
sauvetage ou des fantaisies sexuelles (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 23). Il semble qu’un désir de

102
déroger du cadre pour aider davantage le patient ou pour répondre aux besoins de celui-ci pourrait
apparaître chez le thérapeute. Au sujet de ces réactions, le manuel recommande l’établissement et le
maintien d’un cadre thérapeutique clair et structuré (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 25). Il serait
souhaitable que le clinicien adopte une attitude active et qu’il puisse présenter une bonne capacité à
tolérer le transfert, parfois massif et intense.

Une distinction est faite entre deux niveaux d’organisation borderline : le haut niveau – se situant près de
la présentation globale de l’organisation névrotique – et le bas niveau – qui présente davantage de déficits
et qui ressemble davantage au fonctionnement de l’organisation psychotique (PDM Task Force, 2006). Ce
serait l’arrangement global de la personnalité et le mode de fonctionnement général du sujet qui
^permettait d’évaluer qualitativement où celui-ci se situe dans l’organisation borderline. Cette distinction
devrait permettre l’adoption d’une approche thérapeutique différente. Chez les patients de haut niveau,
la thérapie pourrait être davantage exploratoire, interprétative et orientée vers les prises de conscience;
chez les patients de bas niveau, la thérapie devrait être plutôt axée sur le support et le développement de
capacités et outils personnels (Lingiardi et McWilliams, 2017). Dans les deux cas, il est suggéré de travailler
la conciliation et l’intégration de l’identité (McWilliams et al., 2018).

Les syndromes de personnalité pouvant être retrouvés dans l’organisation borderline seraient les douze
suivants : dépressif, dépendant, anxio-évitant et phobique, obsessif-compulsif, somatique, schizoïde,
histrionique, narcissique, paranoïde, psychopathique, sadique et borderline. Ces syndromes partageraient
les caractéristiques générales de l’organisation dans laquelle ils s’inscrivent, mais chacun d’eux
présenterait aussi des aspects particuliers qui influenceraient le déploiement des mécanismes de défense,
des relations interpersonnelles et des processus de pensée, de même que la place prise par l’angoisse et
les émotions.

103
CHAPITRE VI
ANALYSE CRITIQUE ET DISCUSSION

L’objectif de cet essai théorique est de décrire et de comparer le modèle structural de Jean Bergeret et le
Psychodynamic Diagnostic Manual (2e édition). Plus spécifiquement, nous souhaitions arriver à
comprendre quelles sont les similitudes et les différences entre les deux nosographies, mais également de
quelle manière elles conceptualisent l’organisation et le fonctionnement de la personnalité.

Ce chapitre présentera d’abord les points de convergence et les points de divergence entre les modèles,
afin de répondre à la première question de recherche. Ceux-ci seront comparés en fonction de leurs choix
terminologiques; leurs conceptions de la santé mentale et la psychopathologie; leur constitution interne
et leur méthode d’utilisation. Puis, il sera question de la manière donc chaque modèle conceptualise le
fonctionnement de la personnalité, dans le but de répondre à la deuxième question de recherche. Par la
suite, une synthèse critique des apports et des limites des modèles sera présentée. Enfin, nous discuterons
du paradigme normalité/anormalité.

6.1 Points de convergence des modèles

À la lumière des notions précédemment définies et de la présentation faite de chaque nosographie, il


apparaît que quatre points de convergence principaux sont à relever entre le modèle structural de Jean
Bergeret et la deuxième édition du Psychodynamic Diagnostic Manual. Ceux-ci concernent la terminologie
utilisée, les facteurs d’émergence de la psychopathologie, la conception structurelle de la personnalité,
ainsi que les critères recommandés pour l’évaluation de la personnalité.

6.1.1 Terminologie

Un premier point commun des modèles concerne la terminologie. Le lecteur aura constaté que le premier,
les troisième et quatrième chapitres de cet essai ont exposé plusieurs concepts liés au sujet de recherche.
Ce besoin de définition provenait originalement des questionnements qui avaient émergé pendant les
lectures et l’étude des modèles. Toutefois, il apparaît qu’en plus d’avoir apporté précisions et clarifications,
ces définitions permettent maintenant d’établir des comparaisons terminologiques entre les modèles.
Ceux-ci accordent donc des sens similaires aux concepts de personnalité, santé mentale, psychopathologie,
relations d’objet et mécanismes de défense.

[Link] Personnalité

Ce qui est entendu par personnalité est comparable d’une nosographie à l’autre. Effectivement, dans les
définitions proposées dans le Chapitre III, il apparaît que la personnalité est conçue comme un assemblage
de mécanismes intrapsychiques et de comportements manifestes, qui rendraient un sujet unique et
différent, lui permettant de se distinguer des autres individus. Elle serait constituée des relations
interpersonnelles, des enjeux et conflits intrapsychiques, des angoisses, des mécanismes de défense, des
fantasmes, des rêves, des capacités d’adaptation à la réalité externe, des besoins, des processus de pensée
et des particularités du fonctionnement cognitif (Bergeret, 1996b, 2011; Lingiardi et McWilliams, 2017).
Les comportements observables, les manières d’être, d’agir et d’entrer en relation avec l’environnement
seraient d’autres composantes de la personnalité.

[Link] Santé mentale

Une autre similitude des modèles concerne leur conception des capacités psychiques soutenant un
fonctionnement mental sain. Ils indiquent tous deux qu’un fonctionnement normal – dans le cas de
Bergeret – ou qu’une bonne santé mentale – dans le cas du PDM-2 – sont tributaires de flexibilité, de
souplesse, d’adaptation et d’équilibre.

La flexibilité représenterait la « qualité de ce qui est flexible […] de quelque chose qui peut s’adapter aux
circonstances particulières » (« Flexibilité », s. d.), alors que la souplesse renverrait à la capacité
d’appréhender la réalité de différentes façons, à la facilité et l’habileté « à se plier aux circonstances, à
s’adapter » (« Souplesse », s. d.); nous pouvons affirmer qu’il s’agit là de synonymes. Ces aptitudes
permettraient notamment d’examiner un problème sous différents angles et de choisir une réponse parmi
plusieurs possibilités, réponse adaptée sur les plans du réel et du fantasmatique (Bergeret, 1996b; PDM
Task Force, 2006). Ces facultés impliqueraient l’emploi de mécanismes de défense et de réponses
comportementales variés, la possibilité d’adopter différents points de vue ou différentes réactions à l’aide
de moyens divers. Un sujet en bonne santé mentale ou en situation de normalité ne serait pas confiné à
un seul type de réponse face à une problématique donnée et il pourrait utiliser des mécanismes internes
diversifiés (Bergeret, 1996b; PDM Task Force, 2006). De plus, il apparaît que les deux modèles envisagent
la capacité d’adaptation comme une caractéristique majeure dans le fonctionnement mental sain. En effet,

105
l’aptitude d’un individu à modifier ses pensées ou ses comportements en réponse à une situation nouvelle
et son habileté à ajuster ses besoins et sa réalité interne avec les circonstances extérieures pour préserver
son harmonie intérieure (« Adapter », s. d.) seraient des capacités centrales. Il semble que cela permettrait
au sujet de s’adapter, de ne pas décompenser et de ne pas ressentir de la détresse dès qu’il rencontre un
obstacle ou un problème.

La flexibilité, la souplesse et la capacité d’adaptation contribueraient à la préservation de l’équilibre


psychique. Malgré les possibles bouleversements intérieurs ou extérieurs, l’harmonie interne serait
maintenue et l’individu pourrait fonctionner adéquatement. À la fois la psyché et le sujet lui-même
resteraient fonctionnels et éviteraient de tomber dans l’extrême ou dans la rigidité. Le modèle structural
de Bergeret et le PDM-2 présentent ces facteurs comme les indicateurs d’un fonctionnement psychique
normal et sain.

[Link] Psychopathologie

Le sens accordé au terme psychopathologie est fort semblable dans les deux modèles. Bergeret parle d’un
déséquilibre psychique, d’un manque de flexibilité et d’une adaptation insuffisante – voire une
inadaptation – aux circonstances personnelles, situationnelles ou environnementales changeantes (1975,
1996b, 2008). Il décrit aussi une incapacité du sujet à affronter les changements ou les circonstances
nouvelles et un échec du travail des défenses, ce qui entraînerait des difficultés fonctionnelles et
l’apparition de symptômes perturbateurs; tout cela, de manière plus ou moins durable. Les auteurs du
PDM-2 décrivent la pathologie comme une condition psychique marquée par un manque de flexibilité, par
des mécanismes de défense restreints et mal adaptés, ainsi que par des difficultés d’adaptation aux
réalités environnementales et culturelles (Lingiardi et McWilliams, 2017). Y seraient associés une
altération du fonctionnement quotidien et des déficits majeurs dans les sphères identitaires, affectives,
cognitives ou relationnelles. Des explications différemment formulées, qui renvoient néanmoins au même
concept.

[Link] Relation d’objet

Les expressions objet et relation d’objet sont utilisées dans les deux nosographies. De plus, le PDM-2
emploi des formulations telles que interpersonal relatedness et relationship (Lingiardi et McWilliams,
2017). Dans tous les cas, le sens est similaire et renvoie aux relations entretenues par le sujet avec son

106
monde interne, l’environnement externe et sa perception de l’interaction entre les deux. Leurs
conceptions concordent avec les explications données au quatrième chapitre (section 4.1.1).

Bergeret décrit la relation d’objet comme étant une « interrelation dialectique : [mettant en] cause non
seulement la façon dont le sujet constitue ses objets (externes et internes) mais aussi la façon dont ceux-
ci modèlent l’activité du sujet » (Bergeret, 2008, p. 10). À travers les descriptions qu’il fait des
structures/astructuration de la personnalité, il est question de la qualité de ces relations, de la proximité
ou de la distance maintenue par le sujet avec l’objet. De même, la description des relations d’objet faite
dans le PDM-2 touche la qualité des relations qu’un individu entretient avec les autres, sa capacité à
développer un sentiment d’intimité avec certaines personnes, la qualité des objets internalisés, ainsi que
les représentations mentales de soi, des autres et de l’interaction entre les deux (Lingiardi et McWilliams,
2017, p. 95).

[Link] Mécanismes de défense

Les deux modèles utilisent l’expression mécanismes de défense pour parler des processus psychiques
permettant à la psyché de se protéger ou de se défendre. Cependant, le PDM-2 parle également de
mécanismes d’adaptation et établit une distinction avec les mécanismes de défense : les premiers seraient
consciemment et délibérément utilisés par le sujet, alors que les deuxièmes apparaîtraient de manière
automatique et partiellement ou totalement inconsciente (Lingiardi et McWilliams, 2017). Malgré cela,
tout comme nous l’avons fait précédemment, les auteurs reconnaissent que les deux formes de
mécanismes se recoupent et se chevauchent (Lingiardi et McWilliams, 2017). Chez Bergeret, bien que
l’appellation mécanisme d’adaptation ne soit pas utilisée, il y a tout de même reconnaissance que les
mécanismes de défense ont une fonction et un rôle adaptatifs (Bergeret, 2008). Nous constatons que les
deux modèles décrivent les processus défensifs comme la réponse de la psyché face aux stresseurs
internes ou externes, aux conflits intrapsychiques, aux affects, aux besoins et désirs conflictuels et aux
demandes du monde externe (Bergeret, 2008; Lingiardi et McWilliams, 2017). Voilà pourquoi nous
considérons ici que le sens accordé aux défenses est similaire dans les deux nosographies.

De plus, tant Bergeret que les auteurs du PDM-2 envisagent les mécanismes de défense comme pouvant
être plus ou moins matures et élaborés. En examinant quels mécanismes ont été associés à quels
caractères ou syndromes de personnalité, nous pouvons constater que les défenses identifiées comme
étant plus sophistiquées sont la conversion somatique, le déplacement, l’évitement, la formation

107
réactionnelle, l’intellectualisation, l’isolation de l’affect, la rationalisation, le refoulement et la répression
des affects (Bergeret, 1996b, 2008; Lingiardi et McWilliams, 2017; PDM Task Force, 2006). Ceux considérés
davantage archaïques sont l’acting out, le clivage du Moi, la concrétisation, le contrôle omnipotent, le déni
de la réalité, l’identification projective, l’introjection et la projection (Bergeret, 1006b, 2008 : Lingiardi et
McWilliams, 2017; PDM Task Force, 2006). Les deux modèles y associent également des phénomènes de
dépersonnalisation, de déréalisation et d’hallucinations.

6.1.2 Émergence et manifestations de la psychopathologie

Un deuxième point de convergence des modèles se rapporte à l’émergence et les manifestations de la


psychopathologie. Pour conclure à une pathologie donnée et pour bien en comprendre les manifestations,
les deux nosographies proposent une conception pluridimensionnelle. Elles accordent une grande
importance à l’évaluation de l’environnement global d’un sujet, ainsi qu’à son mode de fonctionnement
interne. Les symptômes manifestes seraient considérés, sans toutefois être l’unique élément permettant
de conclure à une pathologie. Celle-ci serait plutôt tributaire d’un amalgame de plusieurs facteurs
biologiques, environnementaux, sociaux, psychologiques et personnels.

Plus précisément, il semble que pour Bergeret, les aspects influençant l’apparition et la forme prise par la
pathologie seraient les expériences prénatales et néonatales, le type de relation avec les figures
d’attachement primaires, les frustrations précoces, les conflits intrapsychiques divers, les poussées
pulsionnelles et l’influence de la réalité extérieure, avec ses circonstances changeantes ou nouvelles
(1996b, 2008). Le type de structure/astructuration et le caractère associé joueraient aussi un rôle dans la
pathologie du caractère. En ce qui concerne le Psychodynamic Diagnostic Manual, les auteurs identifient
les aspects suivants : les facteurs génétiques, le tempérament, les expériences de la petite enfance – tels
que les traumatismes et la négligence – et les relations d’attachement précoces (Lingiardi et McWilliams,
2017, p. 19). En outre, il serait important de considérer les divers stresseurs situationnels et
environnementaux auxquels le sujet devrait faire face. S’ajouterait à cela l’organisation de personnalité
immédiate du sujet, qui influencerait les manifestations symptomatiques de la pathologie.

Bien que ce ne soient pas exactement les mêmes facteurs qui soient identifiés, ceux-ci se chevauchent
suffisamment pour considérer qu’il s’agisse d’un point de convergence des modèles.

108
6.1.3 Approche structurelle de la personnalité

Une troisième ressemblance entre les modèles touche leur vision commune d’un fonctionnement
structurel de la personnalité. En effet, ils postulent que la personnalité peut être appréhendée selon trois
modes d’organisation psychique différents, généralement appelés structure et disposant chacun de
caractéristiques particulières. Il s’agit des fonctionnements psychotique, borderline/limite et névrotique.

Dans le modèle de Bergeret, leur description est faite à partir de facteurs tels que les instances psychiques,
l’économie pulsionnelle, les relations objectales, la nature de l’angoisse, les mécanismes de défense, les
représentations fantasmatiques et la genèse de la relation parentale (1996b). Dans le PDM-2, les
organisations sont décrites par les schémas développementaux et maturatifs, les tensions et
préoccupations centrales, les affects centraux, les croyances pathogènes distinctives relatives à soi, celles
relatives à autrui et les mécanismes de défense principaux. Bien que la manière de nommer ces facteurs
soit différente, il semble tout de même qu’ils soient analogues. Nous pouvons effectivement associer les
instances psychiques, l’économie pulsionnelle et la genèse des relations parentales aux affects centraux
et aux schémas développementaux et maturatifs; l’angoisse aux tension et préoccupation centrales; les
relations d’objet et les représentations fantasmatiques aux croyances pathogènes de soi et des autres.

Enfin, les deux nosographies proposent une hiérarchisation des fonctionnements de personnalité, selon
des paramètres particuliers. Ceux-ci constituent toutefois un point de divergence qui sera abordé un peu
plus loin.

6.1.4 Évaluation de la personnalité

Enfin, la quatrième similarité relevée concerne l’évaluation de la personnalité. Les deux modèles
s’entendent sur le fait que la psyché humaine est fort complexe. Pour cette raison, ils prônent la tenue
d’une évaluation multidimensionnelle du fonctionnement psychique, évaluation qui tient compte de
l’interaction de multiples facteurs, tels que : la qualité des relations d’objet; la nature et l’intensité de
l’angoisse; le type et la variété des mécanismes de défense; le développement et l’intégration de l’identité
ou du Moi; le niveau de différenciation soi/autre; les processus de pensée; le rapport à la réalité; le mode
habituel d’expression des symptômes; l’expérience et le sens, inhérents et subjectifs, des symptômes
manifestes (Bergeret, 1996b, 2008; Lingiardi et McWilliams, 2017; PDM Task Force, 2006). Ce serait
l’articulation de tous ces processus qui permettrait de décrire, le plus adéquatement possible, le
fonctionnement idiosyncratique d’un individu.

109
6.2 Points de divergence des modèles

Bien qu’il y ait de nombreuses concordances entre les modèles à l’étude, il y a également des différences.
Nous en avons relevé cinq, au sujet de la terminologie, du paradigme normalité/anormalité, de la
constitution interne des modèles, de leur méthode d’utilisation et de la hiérarchisation des
fonctionnements de personnalité.

6.2.1 Terminologie

Une première différence entre les modèles est reliée au vocabulaire. Bien que plusieurs éléments
terminologiques aient précédemment été présentés comme un point de similitude entre les deux modèles,
restent que l’emploi de certains termes est divergent. Il s’agit du Moi et de l’identité, de l’angoisse et
l’anxiété, ainsi que du vocabulaire relatif au fonctionnement structurel.

[Link] Moi et identité

Dans ses écrits, Bergeret parle de fonctionnement du Moi, tandis que le PDM-2 réfère plutôt à l’identité
ou au Soi. Le sentiment d’identité est défini dans le manuel par divers aspects, tels que la différenciation
soi/autre, la différenciation fantasme/réalité, les représentations internes de soi et des autres, la qualité
de l’expérience interne, entre autres. À la lecture de ces éléments, nous constatons qu’ils sont fort
similaires aux constituants psychiques associés au fonctionnement du Moi. En vertu des définitions
proposées au troisième chapitre, il semble que cette similarité tiendrait du fait que l’identité serait une
sous-partie du Moi; ce serait d’ailleurs la position de Bergeret (2008). Ce dernier estime que le Moi est
intrinsèquement lié aux stades de développement psychosexuel, tels que décrits par Freud, et il y attribue
les mêmes fonctions que celles que nous avons antérieurement décrites, à savoir : promouvoir l’équilibre
interne, assurer la médiation et la régulation des exigences internes et externes, encadrer les pulsions et
l’énergie psychique ou protéger et défendre la psyché.

Le PDM-2 présente également l’identité comme étant tributaire du Moi et la décrit comme l’ensemble des
caractéristiques relatives à soi, incluant l’image de soi, la confiance en soi, l’individualité, les capacités
d’autocritique, la conscience de soi, la perception de soi, le vécu émotionnel, les valeurs, les croyances et
les buts personnels, les groupes d’appartenance auxquels s’identifie le sujet et les rôles adoptés en société
(Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 279). Cependant, les fonctions du Moi que nous venons d’énoncer ne

110
semblent pas pouvoir être attribuées à l’identité. Comment le sentiment d’identité pourrait-il permettre
de maintenir l’équilibre entre les diverses exigences internes et externes? Comment pourrait-il jouer un
rôle de pare-excitations?

Ces questions laissent peut-être croire que le PDM-2 met de côté ou néglige certains éléments qui jouent
un rôle dans l’articulation et le déploiement de la personnalité. Ce n’est toutefois pas le cas, car les
fonctions que Bergeret attribue au Moi sont également prise en compte par le PDM-2; elles sont traitées
comme des capacités psychiques et sont évaluées à l’Axe M, plutôt qu’à l’axe d’évaluation de la
personnalité. Il est ainsi question de la Capacité de régulation, d’attention et d’apprentissage, de la
Capacité de mentalisation et de fonction réflexive ou de la Capacité de fonctionnement défensif, pour ne
nommer que celles-là. Cette différence de signification est donc intrinsèquement reliée au mode
d’organisation des modèles, qui sera bientôt discuté.

[Link] Angoisse et anxiété

Il semble que, dans le PDM-2, la signification du mot anxiety désigne parfois l’angoisse et parfois l’anxiété.
Bien que ce problème ne soit pas présent dans le modèle de Bergeret, qui parle invariablement d’angoisse,
cela soulève le questionnement suivant : comment savoir si le PDM-2 traite vraiment d’angoisse psychique
et inconsciente ou s’il n’est pas plutôt question de la peur ou de l’anticipation typiques de l’anxiété? La
seule manière de faire la distinction semble être la prise en compte du contexte où le mot est employé.
Certes, le PDM-2 ne peut être tenu responsable de cette possible confusion, car elle est plutôt tributaire
du passage d’une langue à une autre. Or, pour un professionnel moins familier avec le vocabulaire
psychanalytique anglais, nous croyons que cela pourrait peut-être poser un problème.

[Link] Fonctionnement structurel

Le vocabulaire utilisé pour décrire le fonctionnement de la personnalité diffère d’un modèle à l’autre. En
effet, Bergeret utilise les termes de structures de personnalité, aménagement, organisation ou
astructuration limite – comme autant de synonymes – qui sont ensuite qualifiés par un caractère et des
traits de caractère. Le PDM-2 réfère plutôt à des organisations de personnalité, qui sont ensuite précisées
par un style, un type ou un syndrome (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 28). La notion d’organisation fait
référence à deux entités cliniques différentes. Dans le PDM-2, elle renvoie aux fonctionnements
névrotique, borderline et psychotique, ce qui serait comparable aux structures névrotique et psychotique
chez Bergeret. Nous pourrions donc tenter le parallèle entre organisation et structure. Cependant, puisque

111
l’aménagement limite dispose d’un statut singulier et qu’il ne peut être considéré comme une structure,
le rapprochement ne fonctionne pas complètement. De même, chez Bergeret, l’aménagement limite est
parfois appelé organisation, ce qui signifie donc que structure et organisation ne sont pas synonymes. Il
apparaît alors que le sens du terme organisation dans le PDM-2 est différent de celui de l’organisation
dans le modèle de Bergeret. En faire l’équivalence constituerait une erreur de compréhension du modèle
structural et de la psychogenèse exposée par l’auteur.

Évidemment, il est attendu que le vocabulaire psychanalytique change et évolue à travers le temps. Il fut
d’ailleurs une époque où le caractère désignait ce qui est aujourd’hui compris comme la personnalité (Villa,
2009). Néanmoins, le problème ici soulevé tient du fait que le modèle de Bergeret et le PDM-2 coexistent
à la même époque et que nous aimerions pouvoir les utiliser en complémentarité. De là, nous estimons
que ces vocables différents, pour désigner des éléments souvent similaires, compliquent largement le
dialogue entre les deux modèles.

6.2.2 Paradigme normalité/anormalité

La deuxième divergence significative concerne le paradigme normalité/anormalité : élément central du


modèle de Jean Bergeret, cela semble absent du PDM-2. Rappelons que dans le modèle structural, la
structure névrotique et la structure psychotique pourraient toutes deux être en situation de normalité,
tant qu’elles sont compensées. Bien sûr, leur fonctionnement général serait différent, puisqu’il est
influencé par le développement du Moi et l’évolution libidinale. Bergeret parle ainsi d’une normalité
névrotique et d’une normalité psychotique, permettant toutes deux une activité quotidienne normale et
fonctionnelle (Bergeret, 1996b, 2008). Bien que l’aménagement limite soit considéré comme pseudo-
normal par Bergeret, il pourrait réussir à maintenir une forme d’équilibre précaire, faisant ainsi en sorte
d’éviter la décompensation. Bergeret estimerait qu’il y a psychopathologie – un état d’anormalité –
lorsqu’un déséquilibre important apparaît dans le fonctionnement habituel du sujet. Or, dans le PDM-2, la
notion de normalité ne semble pas abordée ou, du moins, elle l’est de manière fort différente, voire subtile.
Conséquemment, il n’a pas été possible pour nous d’arriver à une compréhension claire de ce que serait
cette normalité dans le manuel.

Nous savons que le Psychodynamic Diagnostic Manual situe la santé mentale sur un continuum, allant
d’un fonctionnement sain et optimal à un fonctionnement altéré et minimal. Les structures névrotique,
borderline et psychotique ne seraient donc pas considérées comme bénéficiant d’une bonne santé

112
mentale. Certes, le sujet d’organisation névrotique est vu comme ayant un bon fonctionnement global,
mais celui-ci ne serait pas optimal, car il y aurait tout de même quelques rigidités et certains enjeux
psychiques conflictuels et particuliers. L’idée d’un fonctionnement sain ne s’appliquerait pas non plus à
l’organisation borderline, qui aurait à composer avec plusieurs défis notables qui altèreraient le
fonctionnement quotidien. Enfin, cela toucherait encore moins à l’organisation psychotique, d’emblée
envisagée comme ayant une activité perturbée et pathologique, faisant d’elle l’organisation la plus malade
du continuum. Par conséquent, mis à part l’organisation saine, aucune autre organisation du PDM-2 ne
présenterait une santé mentale optimale. Cette position nous apparaît plutôt extrême et mérite d’être
nuancée par l’idée de régression ou d’évolution structurelle.

Bergeret a clairement affirmé, dans de nombreux écrits, que le mode de structuration psychique d’un sujet
se cristalliserait après la période de l’adolescence et qu’il n’y aurait ensuite plus possibilité de changement
(Bergeret, 1975, 1996b, 2008). Un passage d’une lignée structurelle à une autre ne serait pas envisageable.
L’astructuration limite ne constituerait pas une voie de transition d’une structure à une autre, même s’il
s’agit d’un aménagement instable. De là, nous comprenons plus facilement pourquoi une
structure/astructuration donnée pourrait tendre vers la normalité et l’anormalité à différents moments
de la vie du sujet. En revanche, le PDM-2 postule plutôt que l’organisation de personnalité d’un sujet
pourrait varier dans le temps, notamment en fonction des circonstances environnementales et culturelles
(Lingiardi et McWilliams, 2017). Dès lors, un sujet pourrait, par exemple, évoluer dans une organisation
névrotique pendant un temps puis, pour une raison particulière, voir son état régresser et ainsi se
retrouver dans un fonctionnement de mode psychotique. Cette position est d’autant plus claire lorsque la
méthode d’évaluation proposée par le manuel – la cotation de diverses fonctions et capacités – est prise
en compte. En effet, la somme des cotes attribuées à l’Axe P suggère une organisation de personnalité
donnée. Pareillement, l’addition des douze cotes de l’Axe M permet de qualifier le fonctionnement mental
selon l’organisation de personnalité à laquelle elle pourrait correspondre.

En somme, il apparaît que le fonctionnement normal de Bergeret pourrait correspondre à une structure
compensée, adjointe d’un caractère donné et de quelques traits de caractère; un fonctionnement normal
selon le PDM-2 correspondrait à une organisation saine qui présente des traits, à bas bruit, appartenant à
plusieurs syndromes. De la même façon, un fonctionnement anormal selon Bergeret signifierait un
déséquilibre interne et une décompensation, sans changement de structure, avec davantage de
symptômes manifestes; l’anormal du PDM-2 renverrait à une régression vers une organisation où le

113
fonctionnement est plus altéré – tant sur l’Axe P que sur l’Axe M – et qui présenterait davantage de
symptômes sur l’Axe S.

6.2.3 Constitution interne

Le troisième élément différenciateur est fondamental, en ce qu’il concerne la constitution interne des
nosographies : le modèle de Bergeret est entièrement structurel, alors que le PDM-2 est majoritairement
multiaxial, sauf pour l’Axe P.

L’approche structurelle a précédemment été décrite comme concevant la personnalité selon différents
niveaux d’organisation psychique, généralement au nombre de trois, appelés structure. Celles-ci
présenteraient toutes des caractéristiques particulières, tributaires de déterminants multiples et
dynamiques. Il s’agit bel et bien de l’approche adoptée par Bergeret dans son modèle structural : la
personnalité y est représentée comme un ensemble complexe qui s’étaye sur des couches ou des paliers
de fonctionnement successifs. Le premier niveau, le fonctionnement profond, serait représenté par les
structures névrotique et psychotique, ainsi que par l’aménagement limite; le deuxième niveau en serait
un intermédiaire, représenté par le caractère; le troisième et dernier niveau serait celui de surface,
constitué des traits de caractère et, s’il y a lieu, des symptômes manifestes. L’évaluation de ces trois paliers
de fonctionnement permettrait de comprendre et de dépeindre la personnalité d’un sujet. Le modèle de
Bergeret serait donc entièrement basé sur une approche structurelle.

Le Psychodynamic Diagnostic Manual serait différent. Certes, il s’appuie partiellement sur une approche
structurelle, mais uniquement dans l’Axe P, où l’identification et la catégorisation de la personnalité sont
faites en termes d’organisations névrotique, borderline et psychotique. Ce n’est toutefois pas le mode
d’organisation interne qui domine dans le manuel, celui-ci reposant principalement sur une approche
multiaxiale. En effet, il est proposé de faire l’évaluation du fonctionnement psychique d’un sujet en
s’appuyant sur trois axes différents et organisés séparément : l’Axe P – Syndromes de personnalité, l’Axe
M – Profils de fonctionnement mental et l’Axe S – Schémas symptomatiques : l’expérience subjective. Il
conviendrait ensuite de regrouper les informations recueillies à ces trois axes et de les traiter comme un
tout cohérent, afin d’arriver à une compréhension multidimensionnelle du fonctionnement psychique du
sujet évalué. Cette différence constitutionnelle entre les deux modèles est bien représentée dans le
Tableau 6.1.

114
Tableau 6.1 Comparaison de la constitution interne de chaque modèle

MODÈLE STRUCTURAL DE PSYCHODYNAMIC DIAGNOSTIC MANUAL,


JEAN BERGERET 2E ÉDITION

Structures et astructuration Axe P – Organisations de personnalité

Axe M – Profils de fonctionnement mental

Caractères Axe P – Syndromes de personnalité

Axe M – Profils de fonctionnement mental

Traits de caractère Axe P – Syndromes de personnalité

Axe M – Profils de fonctionnement mental

Pathologie du caractère ou Axe S – Expérience subjective


symptômes manifestes des symptômes

Tel qu’illustré ci-haut, les informations retrouvées dans les descriptions de Bergeret, relativement aux
structures/astructuration et aux caractères, peuvent être comparées aux informations que le PDM-2
présente à travers l’Axe P, mais également dans l’Axe M, plus particulièrement ce qui touche les processus
cognitifs, et affectifs, les relations interpersonnelles, l’identité et les mécanismes de défense. Les
descriptions que fait Bergeret du fonctionnement et du déploiement des processus psychiques sont
analogues à ce que le PDM-2 présente à l’Axe M. Dès lors, nous pouvons affirmer que l’entièreté du
modèle de Bergeret se compare majoritairement avec les deux premiers axes du PDM-2. Quant à l’Axe S,
il n’est que partiellement couvert par le modèle structural, à travers les traits de caractère et les
pathologies du caractère. Bergeret parle bel et bien de symptômes manifestes, mais il le fait de façon
sommaire et descriptive. Il n’aborde que brièvement l’expérience subjective de l’individu qui présente ces

115
symptômes, de même que l’expérience du thérapeute qui travaille avec celui-ci. Ces éléments sont
explorés beaucoup plus en profondeur dans les deux éditions du PDM.

6.2.4 Méthode d’utilisation

Une quatrième différence notable touche la méthode d’utilisation de chaque nosographie. Aucune
manière spécifique n’est proposée dans le modèle structural de Bergeret, alors qu’une grille d’évaluation
est offerte par le Psychodynamic Diagnostic Manual pour synthétiser l’ensemble des informations
obtenues aux trois axes.

Le modèle bergeretien se présente davantage comme un traité de psychopathologie, où une abondance


d’explications et de détails entoure la présentation des structures/astructuration. Il n’y a proposition
d’aucune méthode d’utilisation précise. Dans ses écrits, Bergeret identifie divers paramètres qui devraient
être utilisés pour évaluer et décrire la personnalité d’un sujet : le point de vue topique, l’économie
pulsionnelle, la nature de l’angoisse, le mode de relation d’objet, les mécanismes de défense, les
représentations fantasmatiques, le mode d’expression habituel du symptôme et la genèse de la relation
parentale (Bergeret, 1996b). De là, le clinicien est libre de procéder de la manière qui lui convient le mieux
pour obtenir les informations relatives à ces paramètres, pour les consigner et pour les interpréter.
Conséquemment, l’identification du fonctionnement de personnalité et l’établissement d’un possible
diagnostic dépendent entièrement du jugement clinique et des connaissances du psychologue qui fait
l’évaluation. Il est sous-entendu que ledit clinicien doit être capable de lier la théorie avec les observations
cliniques et les résultats des tests administrés, si tel est le cas.

Au contraire, le PDM-2 propose un outil permettant de faciliter le repérage et l’évaluation du


fonctionnement psychique. Il s’agit de la Psychodiagnostic Chart-2 (PDC-2), qui permet d’évaluer
concrètement le fonctionnement d’un sujet sur chacun des trois axes du manuel. La première section de
la grille permet de déterminer le niveau d’organisation de personnalité; la deuxième section vise
l’identification des principaux syndromes; la troisième section évalue chacune des douze capacités
mentales, afin d’obtenir un score de fonctionnement global; la quatrième section permet d’établir la liste
des symptômes manifestes et de déterminer leur degré de sévérité; enfin, la cinquième section propose
de relever les éléments culturels, les facteurs situationnels et tous autres éléments importants qui
pourraient influencer le fonctionnement psychologique d’un individu. La présence d’un trouble de
personnalité ou d’un diagnostic psychologique dépendrait partiellement des cotes et des scores obtenus

116
à chaque section de la grille PDC-2, mais également du jugement clinique du professionnel. D’ailleurs, le
manuel insiste sur l’importance de ce jugement clinique, puisque ce serait ce qui permet d’assurer une
intégration juste et cohérente des informations recueillies à travers les trois axes.

Le mode d’emploi du PDM-2 nous semble être beaucoup plus clair, concret et opérationnel que celui,
quasi absent et davantage ambigu, du modèle de Bergeret. La grille proposée dans le PDM-2 le rend
certainement plus facile à utiliser, notamment pour des professionnels qui ne sont pas d’approche
psychodynamique. Malgré tout, les deux méthodes d’utilisation restent tout de même subjectives, car
tributaires de l’évaluation faite par le professionnel.

6.2.5 Hiérarchisation des fonctionnements de la personnalité

Le cinquième et dernier point de divergence est la hiérarchisation des fonctionnements de personnalité.


Bien que les deux nosographies établissent un ordre hiérarchique, celui-ci s’appuie sur des bases
différentes.

Dans le modèle de Bergeret, la hiérarchisation structurelle repose sur « la complétude des bases
narcissiques de la constitution du Moi, sur l’étendue des possibilités créatrices et relationnelles, sur le
mode […] de relation objectale » et sur le degré d’intégration des pulsions (Bergeret, 1996b, p. 38). De ce
fait, une structure psychotique est considérée comme ayant un degré de maturation générale moindre
que celui de la structure névrotique. Malgré cela, les deux structures pourraient être fonctionnelles et
adaptées, normales ou anormales. De même, l’astructuration limite présenterait un niveau de
développement supérieur à celui de la structure psychotique, mais inférieur à celui de la structure
névrotique, ce qui explique sa position intermédiaire. Par conséquent, et tel qu’illustré par l’axe vertical
de la Figure 6.1, les trois types de fonctionnements se situent à égale distance des états de normalité et
d’anormalité – donc de santé mentale et de psychopathologie. La hiérarchisation est plutôt visible par
l’axe horizontal, qui représente la qualité du développement psychosexuel et de la maturation psychique
du sujet. Le sujet psychotique, présentant un stade de développement et de maturité moindres, est donc
classé à un rang inférieur à ceux de l’aménagement limite et de la structure psychotique. Chacune de ses
structures/astructuration pourrait basculer dans l’anormalité et la pathologie, à différents moments et
pour différentes raisons. Ce qui provoque l’entrée dans la pathologie ne serait donc pas lié au type de
fonctionnement de la personnalité ni au degré de maturité développementale. Bien que l’aménagement
limite soit considéré comme pseudo-normal, nous avons tout de même choisi de le positionner au même

117
niveau que les structures, afin d’illustrer sa position sur l’axe de maturité développementale. Par ailleurs,
puisque son fragile équilibre lui permet généralement d’éviter la décompensation, son emplacement sur
l’axe vertical reste approprié.

Figure 6.1 Hiérarchisation des fonctionnements psychiques selon le modèle structural de Jean Bergeret

La conception proposée dans le PDM-2 est différente : d’entrée de jeu, les organisations de la personnalité
sont hiérarchisées selon la gravité des déficits fonctionnels qu’elles présentent. À l’extrémité supérieure
du continuum se trouve l’état sain et adapté; puis l’organisation névrotique est située juste en dessous et
est considérée comme légèrement limitée; l’organisation borderline suit avec davantage de déficits; tandis
que l’organisation psychotique se situe à la fin du continuum et elle est considérée comme étant la plus
hypothéquée, malade. Cette classification fait en sorte qu’un sujet présentant une organisation borderline,
par exemple, est de facto considéré comme ayant un fonctionnement davantage pathologique qu’un
individu avec une organisation névrotique (voir Figure 6.2).

118
Figure 6.2 Hiérarchisation des fonctionnements psychiques selon le Psychodynamic Diagnostic Manual
(2e édition)

Une comparaison des deux figures précédentes – où la santé mentale est représentée en haut et la
pathologie en bas – permet de constater que la conceptualisation de Bergeret place les structures et
l’astructuration sur un continuum horizontal, alors que celle du PDM-2 les présente sur un continuum
vertical. La hiérarchisation de Bergeret repose sur la résolution des stades de développement
psychosexuel et sur la maturité du fonctionnement psychique; la hiérarchisation du PDM-2 s’appuie sur
l’évaluation du niveau de santé ou de pathologie des organisations. À titre d’exemple, selon le modèle de
Bergeret, un sujet de structure psychotique pourrait être normal, équilibré et avoir un fonctionnement de
tous les jours satisfaisant; selon le PDM-2, le sujet psychotique aurait un fonctionnement d'emblée
pathologique et présenterait de grandes difficultés quotidiennes.

Bien sûr, puisque le PDM-2 s’inscrit dans la perspective psychanalytique, nous pouvons penser que sa
classification est basée sur des aspects développementaux et maturatifs, comme dans le modèle
bergeretien. Ce n’est toutefois pas ce qui est formulé dans le manuel. Il semble donc que nous devions ici
revenir à cette différence fondamentale, discutée au point 6.2.2, touchant le possible ou impossible
mouvement de régression et d’évolution structurel. Puisque les deux modèles ont une conception

119
opposée à ce sujet, il n’est pas surprenant que leur hiérarchisation des fonctionnements psychiques soit
différente. Néanmoins, même si nous pouvons en comprendre l’origine, elle pose un problème de taille et
le dialogue que nous souhaiterions établir entre les deux modèles s’en trouve significativement compliqué.
En effet, un sujet caractérisé comme présentant une structure/organisation psychotique se verrait
considéré, voire jugé, très différemment selon que le clinicien travaille avec le modèle structural de
Bergeret ou avec le PDM-2. Dans le premier cas, l’individu pourrait être vu comme normal ou anormal,
compensé ou décompensé, avec plus ou moins de problèmes quotidiens, en fonction des résultats de
l’évaluation. Dans le second cas, l’individu serait perçu comme en état de déséquilibre et de
compromission, avec une altération significative de la qualité de son fonctionnement général. Nous osons
cependant croire que le traitement offert serait comparable, celui-ci tenant compte des caractéristiques
associées au fonctionnement psychotique – caractéristiques similaires dans les deux nosographies.

En vertu de ce qui précède, nous sommes tout de même d’avis que le PDM offre une image davantage
polarisée du fonctionnement de la personnalité, alors que le modèle structural propose une vision plus
bienveillante et neutre au regard du fonctionnement de la personnalité et de la pathologie.

Tous les points de convergence et de divergence qui viennent d’être présentés sont résumés dans le
Tableau 6.2 de la page suivante.

6.3 Conceptualisation du fonctionnement de la personnalité

Plusieurs similitudes et différences ont été relevées entre les modèles à l’égard de la terminologie utilisée,
de leur constitution interne, de leur mode d’utilisation et de leurs conceptions de l’organisation de la
personnalité. Ce travail a permis de répondre à la première question de recherche qui était : quels sont les
points de convergence et de divergence des deux modèles à l’étude? Il convient maintenant de s’attarder
à la deuxième question, à savoir : comment ces modèles conceptualisent-ils le fonctionnement de la
personnalité?

120
Tableau 6.2 Similitudes et différences entre les deux modèles à l’étude

MODÈLE STRUCTURAL PSYCHODYNAMIC DIAGNOSTIC MANUAL,


DE JEAN BERGERET 2E ÉDITION
SIMILITUDES
Terminologie utilisée Personnalité. Santé mentale. Psychopathologie.
Relation d’objet. Mécanismes de défense.

Émergence et Vision pluridimensionnelle.


manifestations de la
psychopathologie Influence de plusieurs éléments : expériences Influence de plusieurs éléments : génétique;
prénatales et néonatales; figures tempérament; expériences de la petite
d’attachement primaires; frustrations enfance; relations d’attachement précoces;
précoces; conflits intrapsychiques; poussées stresseurs environnementaux; organisation
pulsionnelles; réalité extérieure; de personnalité.
structure/astructuration et caractère.

Approche structurelle Fonctionnements névrotique, limite/borderline et psychotique.


de la personnalité

Critères d’évaluation Évaluation multidimensionnelle.


de la personnalité Angoisse. Mécanismes de défense. Identité et Moi.
Différenciation soi/autre. Processus de pensée.
Rapport à la réalité. Symptômes manifestes.

DIFFÉRENCES
Terminologie utilisée Moi. Identité.
Angoisse. Anxiété.
Structures et aménagement. Organisations.
Caractère et Traits de caractère. Styles ou syndromes.
Pathologie du caractère ou symptômes. Symptômes.

Normalité et anormalité Possibilités de présenter une Normalité attribuée au


psychique structure normale ou anormale. fonctionnement sain et optimal.
Aménagement limite présente Anormalité associée à un
une pseudo-normalité. fonctionnement altéré.

Constitution interne Approche structurelle. Approche multiaxiale, avec un volet


structurel rattaché à l’Axe P.

Méthode d’utilisation Jugement clinique. Jugement clinique.


Méthodes de classification et Système de cotation et grille d’utilisation
d’interprétation laissées au choix proposés au clinicien.
du clinicien.

Hiérarchisation des Fonctionnements hiérarchisés selon le stade Organisations hiérarchisées en fonction du


fonctionnements d’évolution libidinale atteint et le niveau de niveau de santé mentale : sain, légèrement
psychiques développement du Moi. altéré, altéré, malade.

121
Il a été établi que le modèle de Bergeret et le Psychodynamic Diagnostic Manual envisagent la personnalité
selon une approche structurelle, reconnaissant ainsi trois modes d’organisation psychique : névrotique,
limite/borderline et psychotique. Cette complémentarité ne fait cependant pas en sorte qu’ils décrivent
et conceptualisent ces fonctionnements de la même manière. Nous avons identifié trois aspects majeurs
qui méritent d’être approfondis.

6.3.1 Description des structures/organisations

La manière dont les structures et les organisations de personnalité sont décrites dans les deux
nosographies est bien différente. Bergeret le fait à la manière d’un traité de psychopathologie, alors que
cela prend plutôt la forme d’un précis nosologique dans le Psychodynamic Diagnostic Manual.

Bergeret décrit et expose son modèle dans trois ouvrages majeurs : La dépression et les états limites (1975),
La personnalité normale et pathologique (1996b), Psychologie pathologique (2008). Dans chacun d’eux, le
modèle structural est présenté de la manière la plus précise et explicite qui soit. Pour chaque
structure/astructuration, il y a description de l’étiologie – essentiellement basée sur les hypothèses
psychogénétiques freudiennes –, des relations objectales précoces et adultes, des angoisses, des
mécanismes de défense et des formes d’expression symptomatique habituelles (Bergeret, 1996b). Il
présente, en outre, des informations touchant l’économie pulsionnelle, le point de vue topique, les
représentations fantasmatiques, le fonctionnement de la pensée et les particularités du langage (Bergeret,
1996b). Divers exemples cliniques viennent appuyer ou clarifier ces présentations théoriques.

Au contraire, le PDM-2 offre une description très succincte des organisations psychiques. Il n’y a que
quelques lignes sur l’organisation saine; pas tout à fait une page sur l’organisation névrotique; deux pages
sur l’organisation borderline; une page sur l’organisation psychotique (Lingiardi et McWilliams, 2017). Les
descriptifs sont brefs et précis. Des références de recherches et de publications scientifiques sont
proposées au lecteur qui souhaiterait en apprendre davantage à propos des théories sous-jacentes aux
explications fournies. Parfois, les descriptifs ressemblent à une liste de caractéristiques qui aurait été
reprise et réécrite sous forme de texte. Nous retrouvons, par exemple, la phrase suivante, que nous
n’avons exceptionnellement pas traduite pour en préserver l’exactitude :

122
Some patients who have never had a diagnosed psychotic illness, or who have had episodes
of psychosis from which they seem to recover quickly and completely, may nonetheless have
psychotic features such as overgeneralized, concrete, or bizarre thinking; socially
inappropriate behaviors; pervasive and severe annihilation anxiety; and the unshakable
conviction that their own attributions about someone are correct, regardless of anything the
other person may say or do. (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 23)

Cet extrait synthétise plusieurs caractéristiques psychiques associées à l’organisation psychotique.


Cependant, rien n’explique pourquoi la pensée est jugée concrète et bizarre, pourquoi il y a angoisse
d’annihilation ou pourquoi les attributions à l’égard d’autrui sont si fortes. Le clinicien se retrouve donc
avec des informations certainement pertinentes sur le plan clinique, sans nécessairement en comprendre
l’origine ou la signification. À titre comparatif, Bergeret décrit l’angoisse de morcellement du caractère
psychotique schizophrénique de la manière suivante :

[Il y a] une fixation topique portant sur les hésitations de la dialectique Moi/non-Moi, et à
une organisation pulsionnelle fixée à la phase orale, la primauté de cette économie n’ayant
jamais été dépassée au milieu de de divers apports postérieurs demeurés hétéroclites et non
intégrés. L’angoisse de morcellement, commune à toutes les structures psychotiques, tire ici
sa spécificité dans une crainte particulière de morcellement liée à l’impossibilité ressentie
pour constituer un véritable Moi, assez autonome et unifié. (Bergeret, 1996b, p. 87-88)

Bergeret présente l’angoisse comme étant appuyée sur les stades de développement psychosexuels et sur
le fonctionnement du Moi. Certaines personnes seraient probablement satisfaites de pouvoir accéder
aussi rapidement et clairement aux informations utiles telles que présentées dans le PDM-2 et
trouveraient que Bergeret donne peut-être trop d’explications. D’autres – c’est notre cas – pourraient
avoir l’impression que le PDM-2 fait fi d’éléments explicatifs pertinents qui pourraient faciliter la
compréhension et jugeraient que les descriptions de Bergeret sont davantage intéressantes et éclairantes.
Il serait alors opportun d’aller consulter les références bibliographiques suggérées dans le manuel,
quoique cette entreprise pourrait s’avérer fastidieuse.

Cet écart pourrait fort bien être justifié par le fait que les ouvrages de Bergeret et le Psychodynamic
Diagnostic Manual ont des visées cliniques différentes : les premiers se voudraient des ouvrages

123
didactiques qui traitent du développement psychique et de l’organisation de la personnalité d’une
manière systématique; le deuxième serait plutôt un abrégé, qui résume et condense les théories et
informations existantes, pour n’en présenter que les aspects essentiels.

6.3.2 Conceptualisation du fonctionnement limite/borderline

Dans les deux modèles, le fonctionnement limite/borderline occupe une place intermédiaire, entre la
structure névrotique et la structure psychotique, mais la conceptualisation qui en est faite n’est pas tout
à fait la même.

[Link] Statut et stabilité

Pour Bergeret, l’aménagement limite s’insère dans une catégorie à part, vu son état d’instabilité et de
précarité fonctionnelle, mais également parce qu’il lui est impossible d’acquérir le statut de normalité
psychique; il s’agirait plutôt d’une pseudo-normalité (Bergeret, 1996b, 2008). Cette distinction serait aussi
tributaire du niveau de développement et de maturation psychique associé à l’état limite, qui serait moins
évolué que celui de la structure névrotique, mais plus que celui de la structure psychotique. Voilà pourquoi
Bergeret n’utilise pas le terme structure, mais parle plutôt d’astructuration ou d’aménagement. Cette
différence terminologique met en évidence la fragilité et les particularités de l’état limite, ainsi que la
distinction établie avec les structures vraies, les structures névrotique et psychotique. Inversement, le
fonctionnement borderline du PDM-2 est considéré comme une structure à part entière et se voit accorder
le statut d’organisation, au même titre que les deux autres. Cette uniformité structurelle du PDM-2, en ce
qui concerne le vocabulaire utilisé et le statut de l’organisation borderline, rend sans doute sa
conceptualisation plus facile à comprendre.

[Link] Rapport à la réalité

Les deux modèles semblent concevoir différemment le rapport à la réalité entretenu par un sujet de
fonctionnement limite/borderline. Ce rapport à la réalité, notion pouvant être comparée à l’épreuve de
réalité, renvoie au lien que le sujet entretient avec le réel. Il s’agirait de la capacité à « distinguer les stimuli
provenant du monde extérieur des stimuli internes, et de prévenir la confusion possible entre ce que le
sujet perçoit et ce qu’il ne fait que se représenter » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 138). Cette aptitude
permettrait de distinguer perceptions et représentations, afin d’éviter l’hallucination (Arlow, 2018). Il est
entendu qu’un déficit dans l’épreuve de réalité mènerait généralement à des symptômes psychotiques,

124
tels que l’hallucination et le délire, des difficultés dans la maîtrise des pulsions et une perte globale du
sens de la réalité (Segal, 1964/2011).

Jean Bergeret considère la perte de contact avec le réel comme un – rare – symptôme spécifique à la
structure psychotique (Bergeret, 2011; Vermorel et al., 1999). En effet, il postule que la structure
psychotique aurait cette particularité de perdre contact avec la réalité, de plusieurs manières : au
quotidien, de façon souvent subtile; par la construction d’une « néoréalité subjective »; lors d’une
décompensation (Bergeret, 2008, p. 218). Cependant, sa conception de l’astructuration limite n’admet pas
de rupture du lien avec le réel. Certes, la réalité peut être tenue « à distance respectable » et être
légèrement modifiée – notamment à l’aide de divers mécanismes de défense –, mais le contact avec le
réel ne serait pas abandonné pour autant (Bergeret, 1996b, p. 203). Inversement, le PDM-2 reconnaît
qu’une perte de contact avec le réel pourrait apparaître tant chez le borderline que chez le psychotique. Il
y est expliqué qu’une personne avec une organisation borderline pourrait présenter des pertes de contact
avec la réalité ou des épisodes de dissociation et que les mécanismes de défense utilisés pourraient induire
une distorsion globale de la réalité (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 21).

Cette absence de consensus soulève un questionnement quant à la manière dont cette perte de réalité
est conceptualisée dans les deux modèles. Peut-être, en fait, qu’il ne s’agit pas simplement de questionner
le maintien ou non du contact avec le réel, mais qu’il est également nécessaire de questionner comment
ce contact serait préservé ou perdu? Il semble que pour Bergeret, l’astructuration limite pourrait présenter
une perte de contact partielle avec la réalité, qui prendrait la forme d’un déni partiel et d’un clivage de
l’objet, mais où le contact avec le monde extérieur serait maintenu (Bergeret, 2008). La structure
psychotique perdrait le contact avec la réalité à travers un déni de la réalité objective et un clivage du Moi,
des suites desquelles apparaîtrait une construction fantasmatique d’une néoréalité, subjective et délirante
(Bergeret, 1996b, 2008). Dans le PDM-2, la perte de contact avec la réalité de l’organisation borderline est
présentée comme résultant de mécanismes tels que le clivage de l’objet, le déni et l’identification
projective (Lingiardi et McWilliams, 2017).Dans l’organisation psychotique, cette rupture de contact avec
le réel serait associée à du clivage ou de la fragmentation du Moi, de la dissociation et des troubles
significatifs de différenciation Moi/autre et fantasme/réalité, pouvant finalement mener à l’apparition de
délires (Lingiardi et McWilliams, 2017). Cette clarification fournit donc une réponse à notre interrogation
précédente et permet d’affirmer que, malgré une formulation différente, la perte de contact dont il est
question dans l’organisation borderline correspond bel et bien avec la perte de contact partielle décrite

125
par Bergeret. Par conséquent, ce qui semblait être un point de divergence important entre les modèles
s’avère finalement être une similarité.

6.3.3 Spécificité des caractères et des syndromes de personnalité

Une distinction majeure entre les modèles concerne la spécificité des caractères et des syndromes de
personnalité. Le modèle de Bergeret décrit des caractères spécifiques à chaque structure ou à
l’aménagement limite, alors que les syndromes de personnalité répertoriés dans le PDM-2 ne sont
spécifiques à aucune organisation.

Dans le modèle structural, chaque structure et astructuration serait caractérisée et précisée par des
caractères spécifiques, qui ne seraient retrouvés dans aucune autre. Cette particularité s’explique par le
fait que le caractère prendrait appui sur la structure ou l’astructuration sous-jacente, en partageant ainsi
ses caractéristiques de base – angoisses, relations d’objet, mécanismes de défense et symptomatologie
usuelle. À titre d’exemple, un caractère paranoïaque serait retrouvé seulement dans la structure
psychotique, alors que le caractère hystérophobique ne pourrait être présent que dans la structure
névrotique. Il est vrai que des traits de caractère ne correspondant pas à la structure profonde pourraient
parfois apparaître chez un sujet. Cependant, ce serait l’examen de leurs fonctions, assurément différentes,
qui permettrait de faire le diagnostic différentiel : des traits obsessifs observés chez un sujet névrotique
n’auraient pas la même fonction ni la même signification que les traits obsessifs retrouvés chez le
psychotique.

Inversement, la majorité des syndromes qui sont décrits dans le PDM-2 ne seraient pas distinctifs d’une
organisation de personnalité particulière. Les syndromes de personnalité dépressif, dépendant, anxio-
évitant et phobique, obsessif-compulsif, schizoïde, somatique, narcissique et sadique pourraient tous
caractériser deux ou trois organisations à la fois. Malgré tout, il apparaît que quelques syndromes ne
pourraient qualifier qu’une seule organisation ou, sinon, qu’ils seraient nommés différemment.
Mentionnons, par exemple, la personnalité anxio-évitante et phobique, qui pourrait être retrouvée dans
les organisations névrotique et borderline, mais pas dans l’organisation psychotique, où elle
correspondrait plutôt au syndrome paranoïde. Le syndrome hystérique ne serait retrouvé que dans
l’organisation névrotique et deviendrait plutôt le syndrome histrionique dans l’organisation borderline.
Enfin, le syndrome borderline ne serait présent que dans l’organisation de personnalité borderline.

126
Les auteurs du PDM-2 ont maintes fois affirmé que le manuel vise une description souple et fluide du
fonctionnement psychique et des troubles associés, en fournissant des repères cliniques. Cette manière
de faire tenterait de répondre au déséquilibre entre les nomenclatures nomothétiques et idiosyncratiques
existantes (McWilliams, 2011). Cependant, nous sommes d’avis que cette classification non spécifique des
styles de personnalité vient plutôt créer de la confusion et compliquer l’évaluation diagnostique.
L’identification des styles de personnalité pouvant s’appliquer à un sujet sera beaucoup plus longue dans
le PDM, considérant qu’il y a sept syndromes possibles pour l’organisation névrotique, douze syndromes
pour l’organisation borderline et dix syndromes pour l’organisation psychotique. De plus, les particularités
d’un syndrome, en fonction de l’organisation dans laquelle il prend place, ne nous apparaissent pas
toujours claires. Le modèle de Bergeret est certainement plus rigide, puisque des caractères spécifiques
sont associés à une structure ou astructuration particulière, mais nous estimons que cela permet de
diminuer les risques d’ambiguïté et d’erreurs diagnostiques. Le langage clinique s’en trouve de ce fait
clarifié, car la seule référence au caractère permet de déduire la structure/astructuration sous-jacente. Le
Tableau 6.3 reprend les caractéristiques différentielles que nous venons d’exposer.

6.4 Synthèse critique des apports et des limites des modèles à l’étude

Nous sommes d’avis que les deux modèles à l’étude offrent des visions cliniques à la fois différentes et
complémentaires, rendant leur comparaison fort pertinente. Nos multiples lectures, de même que la mise
en exergue des similarités et des différences ont suscité de nombreuses réflexions et, de là, diverses
questions ont émergé : est-ce que les modèles sont faciles à utiliser? Est-ce qu’ils permettent de vraiment
comprendre la personnalité d’un individu? Est-ce que le recours à l’un ou l’autre des modèles serait
préférable dans un établissement public? Dans un bureau privé? Quelles sont les forces et les limites de
chaque modèle? Nous partagerons ici des pistes de réponses à ces questions qui, espérons-le, stimuleront
également la réflexion du lecteur.

6.4.1 Modèle structural de Jean Bergeret

L’étude exhaustive du modèle de Bergeret et l’utilisation que nous en faisons dans notre travail clinique
nous permettent d’émettre une opinion critique et de soulever quelques forces et limitations.

127
Tableau 6.3 Conceptualisation du fonctionnement de la personnalité de chaque modèle

PARAMÈTRE MODÈLE STRUCTURAL PSYCHODYNAMIC DIAGNOSTIC


COMPARATIF DE JEAN BERGERET MANUAL, 2E ÉDITION

Description des Descriptions détaillées. Descriptions abrégées.


structures et
organisations Informations sur : origines Peu d’explications concernant
développementales; fonctionnement l’étiologie ou l’origine
libidinal; développement des instances développementale.
psychiques; angoisses; relations
d’objet; mécanismes de défense; Informations sur : identité; relations
symptômes manifestes. interpersonnelles; régulation des
affects; mécanismes de défense;
Peu d’informations quant au processus processus de pensée et cognitions;
thérapeutique. symptômes manifestes; alliance
thérapeutique, transfert et contre-
transfert.

Conceptualisation Astructuration, instable, différente des Organisation psychique stable, au


du structures névrotique et psychotique. même titre que les organisations
fonctionnement névrotique et psychotique.
limite/borderline
Constance du rapport à la réalité. Fluctuation possible du rapport à la
réalité.

Spécificité des Caractères spécifiques pour chaque Syndromes non spécifiques, qui
caractères et des structure et pour l’astructuration. peuvent être retrouvés dans plus d’une
syndromes de organisation psychique.
personnalité

[Link] Coefficient de difficulté

L’utilisation du modèle de Bergeret nous semble complexe, pour deux raisons principales. D’une part, car
il s’appuie sur les théories psychanalytiques, dont plusieurs élaborées par Freud, et il en utilise le langage.
Pour bien comprendre la conception et l’articulation du modèle structural, il importe donc de bien
connaître les multiples dimensions des théories psychanalytiques. Il est notamment nécessaire de
connaître les stades de développement psychosexuel de l’enfant, ce qu’ils impliquent et quels en sont les
impacts sur la vie adolescente et adulte. Il est également de mise que le clinicien possède un certain niveau
de connaissance et de maîtrise de nombreux concepts psychanalytiques tels que les structures
intrapsychiques, les relations d’objet, l’angoisse et les pulsions, pour ne nommer que ceux-là. L’usage de
ce modèle demande donc une habileté à manipuler ces notions et à établir des liens entre théorie et

128
clinique. Il nous semble évident qu’un tel modèle pourrait difficilement être utilisé par des cliniciens qui
ne sont pas d’approche psychanalytique.

D’autre part, car le modèle structural ne propose aucun mode d’utilisation précis. Les
structures/astructuration y sont décrites avec exhaustivité et Bergeret identifie nombre d’éléments qui
devraient être évalués et que nous avons précédemment relevés, soit les relations d’objet, l’angoisse, les
défenses et la symptomatologie. Nous sommes d’avis que ces nombreuses informations facilitent
l’intégration et la compréhension du modèle. En revanche, cela fait en sorte d’alourdir la lecture et de
complexifier son utilisation. Les manières d’obtenir ces informations, de les organiser et de les traiter par
la suite ne sont pas précisées par l’auteur. Il n’y a pas non plus d’outils concrets permettant de faciliter
l’évaluation ni de grille de cotation. À nos yeux, cette liberté, sûrement intéressante pour plusieurs
professionnels, augmente le coefficient de difficulté dans le maniement d’un tel modèle et soulève de
nombreux questionnements. Comment repérer les divers facteurs évaluatifs dans le discours du sujet?
Comment savoir si les caractéristiques apparentes de la personnalité traduisent le caractère réel ou s’ils
sont simplement des traits de caractère de surface? De quelle manière peut-on résumer ou consigner ces
informations, afin de mettre en évidence un tableau clinique juste? Il n’y a malheureusement pas de
réponses claires à ces questions. De là, il apparaît que pour utiliser le modèle structural, le clinicien doit
avoir une bonne connaissance des paramètres susmentionnés : des connaissances théoriques, mais
également des connaissances quant aux manifestations cliniques de ces notions. Le modèle structural
semble s’adresser davantage à des professionnels qui possèdent un savoir et une expérience clinique
manifestes (Kernberg, 2004). Nous estimons qu’il serait bien laborieux pour un clinicien débutant d’utiliser
le modèle de Bergeret sans matériel autre que les livres de l’auteur.

Toutefois, considérant que Bergeret fournit une foule d’informations et nombre de tableaux à travers ses
écrits, il serait possible, pour le clinicien qui le désire, de reprendre ces éléments pour créer des tableaux
résumés. Nous croyons même que cela serait fort utile et pertinent, offrant ainsi un aide-mémoire et un
support concret au professionnel qui utiliserait le modèle structural.

[Link] Portée clinique

Malgré le quotient de difficulté que nous venons de présenter, nous estimons que la nosographie de
Bergeret est d’une grande richesse clinique. Premièrement, car elle offre une compréhension profonde
des caractéristiques psychologiques d’un sujet, ce qui permet ensuite de brosser un portrait clinique

129
unique, complet et comportant plusieurs niveaux. Elle met en lumière le fonctionnement en profondeur
et en surface; l’intrapsychique et le manifeste; le personnel et l’interpersonnel. Elle permet au
professionnel de voir le sujet, d’appréhender son degré de maturation psychosexuelle, le fonctionnement
de ses instances psychiques, son mode relationnel, son rapport au réel, ses habiletés et ses défis
personnels.

Deuxièmement, parce que le fait de comprendre la structuration psychique profonde permettra d’ensuite
mieux intégrer la symptomatologie dans le tableau clinique. Il a été précédemment expliqué que le
symptôme ne fait du sens que s’il est étudié et considéré en fonction de l’ensemble du fonctionnement
psychique et du vécu personnel d’un sujet (Ferrant et Ciccone, 2007). Puisqu’un symptôme n’est pas
pathognomonique, l’identification de la structure/astructuration est fort importante pour en saisir la
signification et l’utilité (Bergeret, 1996b, 2008). Le modèle structural permet d’appréhender « le
fondement métapsychologique spécifique à chaque structure pour considérer ensuite [l’]évolution logique
[…] des symptômes éventuels qui y correspondent en cas de décompensation. » (Bergeret, 1996, p. 267).
Le mode d’organisation interne – structure/astructuration, caractère, traits de caractère – assure cette
compréhension de la place, de l’importance et du rôle joué par le symptôme. Un symptôme phobique, par
exemple, n’aurait pas la même fonction dans une structure psychotique que dans une structure névrotique,
la différence résidant notamment dans la place accordée aux affects, le niveau de fonctionnement du Moi
et l’organisation narcissique du sujet (Bergeret, 1996a). Il est donc évident pour nous que le modèle
structural assure une intégration optimale du symptôme dans l’évaluation diagnostique.

Troisièmement, nous estimons qu’une telle évaluation structurale permet de faciliter le diagnostic
différentiel. Dans les nosographies descriptives, il y a de fréquents chevauchements de symptômes entre
les diverses entités cliniques répertoriées, ce qui complique la formulation d’un diagnostic psychologique
(Möller, 2009; St-Onge, 2014). Ce problème semble évité dans le modèle structural : bien qu’il soit
assurément possible de relever des symptômes pouvant apparaître dans plus d’un caractère, le fait
d’identifier le mode de structuration profond d’un sujet apporte la clarification nécessaire à
l’établissement d’un diagnostic juste. L’évaluation structurale de Bergeret pourrait mettre à jour un noyau
psychotique, même si celui-ci est camouflé derrière des traits de caractère ou des symptômes d’allure
limite ou névrotique. Prenons l’exemple d’un sujet qui présenterait des symptômes confabulatoires : ceux-
ci pourraient être de nature psychotique et signer une méconnaissance ou une perte de contact avec la
réalité; ils pourraient également être de nature limite et plutôt traduire un arrangement tout-puissant de

130
la réalité (Husain et al., 2009). Ce serait l’évaluation des angoisses latentes, des mécanismes de défense
prédominants, du mode de relation d’objet, de l’organisation du langage, des représentations
fantasmatiques ou des instances psychiques qui rendrait cette distinction possible. Conséquemment, une
connaissance de la structure profonde de l’individu permettrait de véritablement faire la distinction entre
ces deux possibilités et de procéder au diagnostic différentiel. Nous considérons que la prise en charge
thérapeutique sera ainsi améliorée, car le clinicien pourra adapter sa posture et ses interventions au mode
de fonctionnement particulier de son patient. En outre, bien que ce ne soit pas notre domaine d’expertise,
nous pensons que l’amélioration du diagnostic différentiel entraînerait aussi une optimisation de la prise
en charge pharmaceutique, car celle-ci serait entièrement adaptée et compatible avec le véritable
fonctionnement de personnalité du sujet.

[Link] Rigidité des limites entre structures.

Les structures de Bergeret sont conçues comme étant permanentes et définitives. Une fois la période de
latence terminée, l’organisation psychique du sujet serait fixée dans une voie structurale donnée et serait
ensuite immuable (Bergeret, 1996b, 2008). Nous estimons que ces frontières entre structures et
aménagement présentent, à la fois, des points positifs et des points discutables.

Le modèle structural postule que les frontières entre la structure psychotique, l’aménagement limite et la
structure névrotique sont hermétiques. La période de l’adolescence permettrait de revisiter le
fonctionnement psychique interne qui se serait préétabli dans l’enfance, mais elle mènerait généralement
à une cristallisation, à un « renforcement de l’organisation préalable » plutôt qu’à un aménagement
différent (Ferrant et Ciccone, 2007, p. 255). Cette rigidité structurelle a été fortement critiquée par
plusieurs psychanalystes, dont René Roussillon et Alain Ferrant. Le postulat à l’effet qu’aucun mouvement
n’est possible entre structures et astructuration fait en sorte de limiter théoriquement la possibilité de
changement et de développement individuel. Sans vouloir transmettre de vains espoirs, nous considérons
néanmoins qu’il y a des potentialités psychiques qui sommeillent en chaque individu. Ce qui « est resté en
suspens au sein de la psyché peut potentiellement se réorganiser » grâce au contact avec un objet bon,
sensible et supportant, qui soutiendrait les mécanismes de mentalisation et de symbolisation (Ferrant et
Ciccone, 2007, p. 256). Nous croyons vivement à la force du processus thérapeutique et au pouvoir de
l’objet comme outil de réparation et de réaménagement psychique. Nous savons cependant que ce n’est
pas toujours possible.

131
Ce principe selon lequel la structure ou l’aménagement établi chez le sujet ne se modifierait pas avec le
temps signifie, chez Bergeret, que le travail thérapeutique n’aurait pas pour objectif, et ne permettrait pas,
un changement de lignée structurelle. Il viserait probablement davantage le réaménagement des
capacités internes, l’augmentation de la flexibilité psychique ou une meilleure adaptation à la réalité. Or,
cela n’est pas une mauvaise chose en soi, car ces objectifs sont tout à fait louables. De plus, cette vision
permet de proposer un traitement psychothérapeutique qui est étroitement associé aux besoins ou aux
angoisses du sujet et qui est en lien direct avec la qualité de son fonctionnement psychique. De même,
cette perspective assure l’élaboration d’objectifs qui seraient davantage réalistes et adaptés aux capacités
psychiques, ce qui « contribue à préciser le pronostic » (Kernberg, 2004, p. 17).

[Link] Confusion dans l’aménagement narcissique de l’astructuration limite

Nous avons déjà évoqué le fait que dans le modèle structural, chaque caractère est associé à une
structure/astructuration donnée. Il s’agit, selon nous, d’une proposition fort avantageuse qui permet de
relier instantanément un caractère à son fonctionnement de base. Ainsi, un caractère paranoïaque, par
exemple, serait automatiquement associé à une base structurelle psychotique et aux aspects particuliers
qui la caractérisent. Il n’y aurait aucune confusion possible avec, par exemple, un caractère obsessionnel,
puisque celui-ci ne prendrait place que dans une structure névrotique. De plus, les descriptions présentées
pour les six caractères névrotiques et psychotiques nous apparaissent claires et distinctives.

Ce n’est toutefois pas le cas pour les caractères de l’aménagement limite narcissique. Bergeret décrit
sommairement neuf caractères, qui se veulent différents les uns des autres. Pourtant, la lecture de ceux-
ci suscite en nous beaucoup de perplexité : nous avons l’impression qu’il s’agit d’un méli-mélo de
caractéristiques, qui ont subi une tentative de classification peu heureuse. Nous imaginons Bergeret qui
aurait noté, chez divers sujets, des particularités caractérielles aux allures variées et qui aurait ensuite
tenté de les rassembler en neuf sous-groupes caractériels distincts! Or, les explications qui sont fournies
pour ces neuf entités manquent de clarté et, souvent, de précision. Nommons, par exemple, le « penchant
dépressif, rencontré chez tous les narcissiques » dont parle l’auteur dans sa description du caractère
dépressif et de l’évocation d’une forme pure de ce caractère, qui n’est toutefois pas explicitée et que nous
n’arrivons pas à discerner (Bergeret, 1996, p. 221). De même, plusieurs des traits évoqués ne favorisent
pas la discrimination et apparaissent comme pouvant appartenir à plus d’un caractère. En effet, Bergeret
(1996) affirme que tous les caractères narcissiques sont sous-tendus par une importante angoisse de perte
d’objet, tant l’amour que la protection de cet objet. Toutefois, il présente un caractère abandonnique,

132
dont la caractéristique centrale serait cette angoisse d’abandon et de perte d’objet. Considérant ces traits
communs, comment arriver à bien différencier ce caractère du groupe général des économies narcissiques?
L’auteur écrit aussi que plusieurs sujets au caractère psychasthénique présentent davantage de
comportements dépressifs que de comportements compulsionnels, ce qui soulève la question du
diagnostic différentiel entre ce caractère et le caractère dépressif (Bergeret, 1996). En outre, il écrit que le
caractère hypomaniaque est « une réaction contre la tendance dépressive […] une fuite en avant dans le
domaine de l’activité » (Bergeret, 1996, p. 224). Cette explication est également confondante et soulève
le questionnement suivant : pourquoi en faire un caractère différent, plutôt que d’y voir un mécanisme de
défense du caractère dépressif? Toute cette ambiguïté fait en sorte que nous avons du mal à réellement
distinguer et retenir les particularités de chaque entité clinique. Au contraire de ce qui est présenté dans
le reste du modèle, nous estimons que ces neuf caractères ne facilitent pas la compréhension de
l’aménagement narcissique et n’en clarifient pas non plus son fonctionnement; une épuration serait de
mise.

[Link] Expérience subjective du sujet

Alors que l’expérience subjective constitue le point central sur lequel s’appuie l’élaboration des deux
éditions du Psychodynamic Diagnostic Manual, Jean Bergeret parle peu de l’expérience subjective du sujet.
Que ce soit en ce qui concerne les ressentis face à l’émergence de l’angoisse, le vécu des symptômes
manifestes et le sens que l’individu leur donne ou l’attitude générale adoptée en thérapie, ces éléments
ne sont pratiquement pas abordés par Bergeret, autrement que de manière indirecte dans quelques
vignettes cliniques. Nous considérons que cette prise en compte de la subjectivité est fort intéressante,
car il s’agit d’un contenu auquel, généralement, le clinicien a facilement accès : l’expérience subjective
représente une grande partie des informations fournies par le patient lors des séances. De plus, cette
perspective est rarement décrite sur le plan théorique, bien qu’elle soit très utile, à la fois dans la conduite
du processus thérapeutique et dans la dynamique transférentielle/contre-transférentielle. Dès lors, il est
vraiment dommage que cet aspect subjectif soit peu abordé dans le modèle structural. Nous sommes
d’avis que cela aurait permis de rendre le modèle moins théorique et plus riche cliniquement.

6.4.2 Psychodynamic Diagnostic Manual (2e édition)

Comme ce fut le cas pour le modèle de Bergeret, notre exploration approfondie du Psychodynamic
Diagnostic Manual nous mène à critiquer le manuel et à présenter certains apports et limites de celui-ci.

133
[Link] Différences entre la première et la deuxième édition

Nous considérons qu’entre la première et la deuxième édition du manuel, trois changements significatifs
ont été apportés. Il y a, premièrement, l’ajout de l’organisation psychotique à l’extrémité inférieure du
continuum de santé mentale. Le premier PDM reconnaissait une organisation saine, une organisation
névrotique et une organisation borderline. Les caractéristiques maintenant associées à l’organisation
psychotique étaient alors présentées comme une organisation borderline de bas niveau (PDM Task Force,
2006). Selon nous, cette addition était nécessaire, car le fonctionnement intrapsychique de l’organisation
psychotique et celui de l’organisation borderline sont bien différents. Les descriptions respectives faites
dans le PDM-2 appuient d’ailleurs cette affirmation. Le fonctionnement psychotique ne peut être
considéré comme un fonctionnement borderline, même de bas niveau; leurs origines, leurs manifestations
et leurs résultantes, notamment, sont trop divergentes. D’aucuns mentionnent également que cette
distinction était nécessaire pour mettre en exergue le difficile rapport à la réalité et le grand besoin de
sécurité du sujet psychotique, ce qui influencerait la manière de conduire le processus thérapeutique
(McWilliams et al., 2018).

Deuxièmement, le PDM-2 recense désormais un style de personnalité borderline, pouvant être retrouvé
dans l’organisation du même nom. Cet ajout nous semble cohérent, considérant que de nombreux écrits
cliniques témoignent de l’existence d’un tel style de personnalité. La différence entre l’organisation et le
syndrome résiderait dans le niveau de complexité. Comme tous les styles de l’Axe P, le syndrome
borderline partagerait les caractéristiques de l’organisation borderline dans laquelle il prend place, mais
celles-ci seraient plus intenses et plus sévères. Il serait ainsi question de difficultés identitaires plus
importantes, sur le plan de l’intégration et la diffusion de l’identité; d’une plus grande présence d’affects
contradictoires, engendrant des réactions émotives intenses et un manque de régulation affective; d’un
sentiment de vide interne et d’une méconnaissance de soi plus importante, causant des états dissociatifs
ou des perceptions de soi et des autres non intégrées (McWilliams et al., 2018).

Troisièmement, il apparaît que la deuxième édition du manuel a, hélas, perdu en richesse théorique. La
première version contenait une grande section théorique présentée à la fin du manuel, qui est absente du
PDM-2. Il y avait, entre autres, des textes qui traitaient des origines derrière la création de nosologies
psychanalytique, d’autres qui expliquaient le développement de l’enfant et les processus d’attachement
ou encore des écrits qui décrivaient les relations d’objet, les mécanismes de défense et les différentes
instances psychiques. Cette section offrait la possibilité au lecteur intéressé de mieux comprendre les

134
fondements du manuel, mais également d’aller chercher du contenu théorique d’ordre psychanalytique
et d’approfondir ses connaissances. Ce retrait est dommage, car un professionnel qui n’a en sa possession
que la deuxième édition ne peut pas avoir accès à ces renseignements; il est quasi nécessaire de posséder
les deux éditions du PDM pour pouvoir en faire une utilisation adéquate et pour en arriver à une
compréhension optimale.

[Link] Démonstration théorique

Nous estimons que le PDM-2 ne fournit pas suffisamment d’explications théoriques, particulièrement au
sujet des organisations de personnalité et des capacités mentales. À l’Axe P, il apparaît que les définitions
des termes utilisés – tels que personnalité, trouble de personnalité, caractère, traits/types/styles de
personnalité, mécanismes de défense – sont très peu élaborées. Il s’agit pourtant de notions centrales à
l’utilisation du manuel, qui devraient être claires et formulées de manière à être bien comprises par le
lecteur. Nous sommes d’avis que certains concepts auraient dû être définis avec davantage de détails. De
plus, nous considérons que les quatre niveaux d’organisation de personnalité – organisation saine,
névrotique, borderline et psychotique – sont décrits très sommairement et de manières inégales; certains
font quelques lignes alors que d’autres font deux pages. Ce manque d’exhaustivité nuit à la compréhension
des particularités et des spécificités de chaque organisation. Dans le but d’obtenir davantage de précision,
le lecteur doit se référer à la Psychodiagnostic Chart-2 (PDC-2), à la fin du manuel, pour accéder aux
critères d’évaluation permettant de déterminer le type d’organisation de personnalité; ce n’est pas
convivial ni pratique. À l’Axe M, il apparaît qu’une grande attention a été portée à la présentation des
études empiriques et des divers outils psychométriques à partir desquels sont constituées les douze
capacités mentales. Bien que nous reconnaissions l’importance d’avoir de solides appuis scientifiques,
nous sommes d’avis que ces informations sont superflues. Elles ne permettent ni de préciser les
informations présentées, ni d’améliorer la compréhension du lecteur, ni de faciliter l’utilisation de l’axe.
Elles sont présentées au détriment d’informations cliniques nécessaires et utiles au bon usage du manuel.
De ce manque d’explication généralisé, il résulte une impression de consulter une liste de caractéristiques
ou de symptômes, sans trop comprendre l’articulation psychique de ceux-ci ou leur provenance. La lecture
de ces descriptions génère des questions qui restent en suspens, quant aux éléments sous-jacents aux
caractéristiques présentées. Nous estimons que le processus évaluatif devient ainsi plus difficile à réaliser :
le manque de précision rend la compréhension et l’intégration plus complexes. Cependant, nous
imaginons que cela pourrait s’expliquer par le désir des auteurs de rendre le manuel pratique et accessible
aux professionnels de toutes approches théoriques.

135
De là, nous avons constaté qu’il est parfois nécessaire de consulter des sections des volets enfant ou
adolescent, afin d’accéder à certaines définitions ou pour obtenir des clarifications conceptuelles. À titre
d’exemple, mentionnons la Capacité de différentiation et d’intégration (identité), où la notion d’identité
n’est pas décrite dans le volet adulte. Il convient de se référer à la même capacité mentale, dans le volet
adolescent, pour obtenir une définition de ce qu’est l’identité et de comment elle se construit (Lingiardi
et McWilliams, 2017). Ce phénomène regrettable est courant dans le manuel. Nous reconnaissons tout de
même que de nombreux cliniciens sont certainement satisfaits de cette ligne de conduite et que plusieurs
souhaiteront consulter les nombreuses références à des publications scientifiques mentionnées dans
l’ouvrage.

[Link] Dimension intériorisation/extériorisation de l’Axe P

La dimension intériorisation/extériorisation incorporée à l’Axe P est utilisée pour qualifier et ordonner les
différents syndromes de personnalité. Les auteurs du manuel postulent que certains styles de personnalité
se ressemblent davantage, alors que d’autres sont plus différents. Cette position semble expliquer leur
choix de répertorier les syndromes en fonction de leur tendance à l’intériorisation ou à l’extériorisation.
Le manuel décrit l’intériorisation comme une tendance à souffrir intérieurement, à se blâmer soi-même et
à se montrer vulnérable aux affects dépressifs et anxieux; l’extériorisation est décrite comme une
propension à faire subir sa souffrance aux autres, à blâmer ceux-ci pour les difficultés vécues et à exprimer
colère et agressivité (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 28). Partant de la personnalité la plus intériorisée
jusqu’à la plus externalisée, le manuel ordonne les syndromes de la manière suivante : dépressif,
dépendant, anxieux-phobique, obsessif-compulsif, somatique, schizoïde, hystérique-histrionique,
narcissique, paranoïde, psychopathique et sadique (voir Tableau 4.1). Il semble que le syndrome borderline
ne pourrait être placé sur ce spectre, se montrant trop instable : il y aurait un manque de régulation
interne et de fréquentes fluctuations entre l’intériorisation et l’extériorisation, ce syndrome empruntant
ainsi des caractéristiques aux deux polarités (Lingiardi et McWilliams, 2017). À notre avis, cette description
de la dimension intériorisation/extériorisation est très sommaire et ajoute peu de valeur clinique, même
si elle participe à la classification des styles de personnalité.

Notre intérêt augmente cependant lorsque nous explorons davantage chaque pôle et arrivons à en
dégager davantage de caractéristiques. Le manuel fait référence aux idées de Westen et ses collaborateurs
pour décrire le paradigme intériorisation/extériorisation. Par conséquent, nous avons choisi d’explorer
davantage cette perspective, bien que d’autres auteurs aient également formulé des propositions plus ou

136
moins semblables à ce modèle – nous pensons notamment à certaines propositions de Winnicott et de
Green. Selon Westen et al. (2012), un individu évoluant dans le spectre de l’intériorisation présenterait
des difficultés de reconnaissance et d’expression des émotions, particulièrement en ce qui concerne la
colère. Il aurait une propension à l’autopunition, retournant ses émotions contre lui-même. Il vivrait
presque continuellement avec des affects dépressifs et anxieux, de culpabilité et de honte. L’autocritique
serait constante et entraînerait un sentiment d’inadéquation. Il y aurait un penchant pour la rumination
et l’autocritique, le sujet se percevant responsable des difficultés qu’il vit. Les relations interpersonnelles
seraient marquées par la timidité, l’inhibition et la passivité, de même que par une grande peur du rejet
ou de l’abandon, ce qui engendrerait parfois un évitement des situations sociales. Le sujet aurait du mal à
s’affirmer et à exprimer ses besoins ou ses envies. Il aurait une prédisposition à se sentir facilement rejeté
ou exclu, de même qu’impuissant ou à la merci des autres et l’environnement externe. Peu de relations
amicales ou intimes seraient entretenues. À l’autre extrémité du continuum, toujours selon Westen et al.
(2012), le sujet se retrouvant dans le spectre de l’extériorisation présenterait une propension à la colère
et à l’hostilité, qui se manifesterait par de l’agressivité verbale, du contrôle, de la critique, de l’opposition
ou des épisodes de rage. Il pourrait présenter un manque d’empathie pour les sentiments ou les besoins
des autres et l’impact de ses comportements sur eux serait souvent dénié ou, du moins, peu considéré. Il
aurait une tendance à se croire supérieur, privilégié. Les relations sociales évolueraient sous le signe de la
méfiance, de la rancune et de la lutte de pouvoir. L’individu aurait de fréquents conflits avec l’autorité. Il
présenterait un manque d’autocritique et un manque de recul envers diverses situations de sa vie, ce qui
entraînerait des pensées et des cognitions erronées ou biaisées, envers lui-même, les autres ou les
événements. Il aurait une propension à la victimisation ou à la déresponsabilisation, attribuant ainsi ses
échecs et ses difficultés à autrui ou aux circonstances externes. Il pourrait se montrer rancunier et avoir
beaucoup de mal à tolérer les affronts, perçus comme de l’humiliation. À nos yeux, ces nombreuses
précisions apportent un éclairage pertinent et, surtout, nécessaire à l’appréciation du paradigme
intériorisation/extériorisation de l’Axe P.

Par ailleurs, il est mentionné dans le PDM-2 que la dimension intériorisation/extériorisation partage
certaines similarités avec le modèle introversion/extraversion de Carl Gustav Jung et celui de Sidney Blatt,
introjection/anaclitisme (Lingiardi et McWilliams, 2017). Au sujet de Jung, il décrivait à l’époque
l’introversion comme une tendance au repli sur soi; un intérêt globalement dirigé vers les pensées, les
réflexions et le monde interne; un penchant pour le refoulement des émotions et le besoin de solitude
(Thorne, 2010). En contraste, l’extraversion était vue comme une orientation vers le monde extérieur; une

137
disposition à exprimer ses émotions ou à se montrer bavard et amical; une propension à mettre les
relations interpersonnelles à l’avant-plan (Thorne, 2010). En ce qui concerne Blatt, il semble que ses
travaux auraient mis en lumière le fait qu’un même diagnostic pourrait présenter des symptomatologies
différentes. L’auteur aurait constaté que le trouble dépressif pouvait se manifester par une grande
culpabilité, une forte autocritique et des idées suicidaires, ou encore par un besoin de dépendance et une
recherche de soin et de contact relationnel (Auerbach, 2017). Il en serait alors venu à élaborer un modèle
à double configuration, pour expliquer que la personnalité se constituerait selon deux pôles différents,
mais complémentaires : une tendance introjective et une tendance anaclitique. Dans le cadre du
développement psychoaffectif d’un individu, ces deux pôles seraient respectivement impliqués dans
l’élaboration et le maintien d’un sentiment de soi différencié, cohérent, positif et réaliste, ainsi que dans
le développement et l’entretien de relations interpersonnelles réciproques, significatives et satisfaisantes
(Lingiardi et McWilliams, 2017). En termes d’évaluation psychopathologique, cette perspective
permettrait d’appréhender certaines problématiques psychiques d’un œil différent et d’adapter le
traitement psychothérapeutique. L’inclinaison introjective se traduirait par des préoccupations
concernant l’image de soi, la valeur personnelle, le contrôle, l’indépendance et la séparation (Kemmerer,
2006). L’accent serait porté sur l’identité, sur la définition de soi en tant qu’entité distincte et différente
des autres, sur l’intégrité (Kemmerer, 2006). Il y aurait un besoin d’accomplissement, un haut niveau de
perfectionnisme et de compétitivité, ce qui répondrait à un besoin de répondre aux attentes d’autrui et à
un besoin de reconnaissance. Il y aurait d’importants enjeux touchant la culpabilité, l’autocritique, le
sentiment d’infériorité et la dévalorisation (Lingiardi et al., 2015; Kemmerer, 2006). Les relations
interpersonnelles seraient de moindre importance, car la préoccupation centrale toucherait le
développement de soi, l’autonomie et la validation (Kemmerer, 2006). Le désir fondamental chez le sujet
introjectif serait d’être reconnu, respecté et admiré (Kemmerer, 2006, p. 7). En revanche, le profil
anaclitique serait davantage centré sur les relations interpersonnelles et sur des thèmes tels que l’amour,
la confiance, le support émotionnel, l’intimité et la sexualité. Il y aurait des tentatives exagérées de
réparation ou de compensation des lacunes perçues dans ces relations, tentatives se manifestant par des
conflits dans l’établissement de relations intimes et par une insatisfaction générale (Auerbach, 2017;
Kemmerer, 2006). Une grande préoccupation quant au fait d’être capable d’aimer et de se sentir aimé
serait présente (Kemmerer, 2006). Le sentiment de soi et le développement de l’identité seraient donc
relayés au second plan, au profit du déploiement et du maintien de relations interpersonnelles
satisfaisantes (Kemmerer, 2006). La mise en relation de ces trois modèles nous apparaît fort avantageuse,
augmentant significativement notre compréhension des syndromes de personnalité de l’Axe P et du

138
fonctionnement identitaire, relationnel et émotionnel d’un sujet. Nous arrivons à mieux nous représenter
la souffrance et les difficultés adjointes à un syndrome donné, ainsi que leurs différents modes
d’expression.

En outre, d’aucuns affirment que la méthode de travail du clinicien et les objectifs thérapeutiques
devraient être adaptés au type de fonctionnement de la personnalité du sujet (Auerbach, 2017; Lingiardi
et McWilliams, 2017; Lingiardi et al., 2015). Ils soutiennent que le modèle de Blatt permettrait de mieux
cerner les besoins thérapeutiques et d’assurer une meilleure prise en charge du sujet (Auerbach, 2017).
En toute logique, nous estimons que la prise en compte conjointe de ces trois perspectives devrait avoir
un résultat similaire, voire meilleur, puisqu’elle fournirait davantage d’informations, complémentaires, au
clinicien. Il est alors postulé que, plus l’individu tendrait vers le pôle intériorisation/
introversion/introjection, mieux il répondrait à une thérapie d’orientation psychanalytique, car le sujet
aurait une propension à se montrer coopérant, motivé et curieux, tout en étant capable de tolérer un
certain niveau d’anxiété et d’affects difficiles (PDM Task Force, 2006). Le maintien d’une certaine distance
entre thérapeute et patient favoriserait le sentiment d’indépendance (Kemmerer, 2006). Des
interventions interprétatives et un travail favorisant l’introspection et les associations psychiques seraient
à privilégier (Auerbach, 2017; Lingiardi et McWilliams, 2017). À l’inverse, un sujet qui serait plus près des
polarités extériorisation/extraversion/anaclitisme, présenterait une meilleure réponse thérapeutique s’il
reçoit un soutien accru, si l’expression verbale est favorisée, s’il y a beaucoup d’interactions avec le
thérapeute et si certaines interventions sont explicatives ou psychoéducatives (Auerbach, 2017;
Kemmerer, 2006; PDM Task Force, 2006). Il serait important que la position du clinicien traduise un grand
respect et une attitude égalitaire, mais également une force suffisante qui permettrait au sujet de se sentir
en confiance et en sécurité (PDM Task Force, 2006).

[Link] Échelles de cotation

L’usage d’échelles quantitatives dans l’Axe P et l’Axe M du manuel nous apparaît surprenant, car dans les
faits, il est excessivement rare d’en utiliser en psychanalyse. Certes, il y a parfois recours à l’angle
quantitatif dans la cotation et la correction de certains tests – pensons notamment au système de cotation
intégré d’Exner pour le Rorschach ou au système de cotation de Vica Shentoub pour le Thematic
Apperception Test (TAT) – mais cela n’est pas monnaie courante. Nous sommes d’avis que le
fonctionnement psychologique peut difficilement être évalué de manière si franche ou objective. Qui plus
est, l’attribution de cotes précises, pour arriver à une conclusion évaluative, nous apparaît comme une

139
illusion de scientificité. Nous avons l’impression qu’il s’agit d’une tentative de rendre l’évaluation de
personnalité davantage conforme au rationnel scientifique des sciences dures. Nous ne saisissons pas
entièrement l’utilité ni la portée du chiffre en soi : sur les échelles de sévérité, en quoi un score de 5/10
ou de 6/10 est-il différent? À l’Axe P, quelle est la différence entre un score de 7 ou de 8 dans une
organisation névrotique? En quoi les scores globaux de l’Axe M, qualifiés comme « mild impairments » ou
« moderate impairments » se distinguent-ils (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 1022)? Nous ne voyons pas
l’influence directe de ces diverses cotations sur le traitement offert au sujet et nous remettons en question
leur utilité dans la prise en charge thérapeutique. Nous pensons que cette décision, de recourir à de telles
échelles quantitatives, était peut-être une manière d’essayer de rejoindre la communauté médicale et les
professionnels travaillant en établissements publics. De même, nous pouvons imaginer que l’un des
objectifs – implicite? – de ce système de cotation était peut-être de faciliter l’intégration du PDM-2 dans
les milieux ayant normalement recours au DSM-5; l’aspect quantitatif et concret de ces cotations
rapprochant le PDM du modèle descriptif classique du DSM.

En dépit de cette virulente critique, nous apprécions néanmoins la proposition de la Psychodiagnostic


Chart-2 (PDC-2). Celle-ci est présentée comme un outil permettant de faciliter l’évaluation, certainement
complexe, du fonctionnement psychique d’un sujet. La manière dont elle est organisée et les informations
qui y sont présentées permettent une mise en relation des différents scores qui, pris individuellement,
nous semblaient auparavant peu pertinents. À travers la PDC-2, la cotation prend davantage de sens, en
ce qu’elle permet une articulation fluide et cohérente des diverses cotes. De plus, le manuel indique
clairement que la nuance est de mise et que le professionnel doit inévitablement se fier à son jugement
clinique (Lingiardi et McWilliams, 2017). Ce faisant, l’aspect tranché ou objectif de l’analyse quantitative
prend beaucoup moins de place.

Par ailleurs, compte tenu de la densité des informations pouvant être recueillies à travers les trois axes du
PDM, un instrument qui permet de résumer et de synthétiser les données cliniques nous semble le
bienvenu. La PDC-2 pourra être utilisée, peu importe l’orientation théorique ou le niveau d’expérience
clinique du professionnel.

140
[Link] Expérience subjective du sujet

Nous sommes d’avis que le PDM-2 traduit un bel effort d’intégration des données actuelles provenant de
la biologie, des neurosciences et de la psychanalyse (McWilliams et al., 2018). Il représente aussi une
synthétisation de certains modèles descriptifs et structuraux existants.

Toutefois, la plus grande force du manuel nous apparaît comme étant l’angle subjectif, présent à travers
tous les axes. Il y a un rappel constant des possibles vécus et ressentis propres au sujet, de même que des
expériences émotionnelles et contre-transférentielles du thérapeute en fonction du type de patient
rencontré. Il y a de nombreuses descriptions touchant le développement de l’alliance thérapeutique et le
déroulement des séances de thérapie. Bien que ces informations ne puissent pas être considérées comme
des vérités absolues, elles restent très utiles et pratiques. Il s’agit d’une perspective rarement abordée,
que nous trouvons enrichissante. En effet, elle permet fort probablement de sensibiliser et de
conscientiser davantage le professionnel à l’expérience personnelle de son patient. Nous considérons
qu’elle peut également permettre de valider ou de légitimer les émotions et le vécu ressentis par le
professionnel dans le cadre du travail thérapeutique.

6.5 Opinion critique quant au paradigme normalité/anormalité

Ce dernier sous-chapitre s’attarde au paradigme normalité/anormalité, tel que développé par Jean
Bergeret. Nous souhaitons approfondir notre réflexion et la partager avec le lecteur. Ce besoin provient
essentiellement des nombreuses questions soulevées par nos premières lectures sur le sujet. Sommes-
nous en accord ou en désaccord avec cette terminologie? Est-ce que cette conceptualisation concorde
avec notre conception personnelle de la santé mentale et de la psychopathologie? Quel impact cela
pourrait avoir sur notre la manière de procéder à une évaluation diagnostique?

6.5.1 Changement de visée évaluative

Nous considérons que la conception d’une normalité psychique transforme le processus évaluatif, en
modifiant le regard porté sur l’évaluation et sur le diagnostic psychologique. L’évaluation n’est plus faite
dans le but d’identifier un trouble mental ou une pathologie ni d’arriver à un psychodiagnostic; elle vise
désormais l’exploration du fonctionnement psychologique normal d’un individu, son fonctionnement
singulier.

141
Certains cliniciens semblent penser que qualifier le psychisme selon un état de normalité ou d’anormalité
est réducteur ou que cela témoigne d’une dichotomie contraire au modèle psychanalytique; d’autres
considèrent que ces termes sont porteurs d’un jugement moral, qu’ils ont une connotation négative ou
une valeur normative (David, 1972; McDougall, 1972). Or, nous estimons qu’il convient de s’extraire du
sens conféré aux mots par la population générale, pour se replacer dans le rôle d’un professionnel en
psychologie : la normalité psychique ne s’appuie pas sur la conformité sociale, les standards de société ou
la majorité; elle concerne plutôt la normativité individuelle d’un sujet, son état régulier, son mode de
fonctionnement habituel. Cette normalité traduit le mode de fonctionnement psychique singulier et usuel
d’un sujet. Elle représente l’ensemble des processus psychiques auxquels il a habituellement recours pour
s’adapter aux réalités internes et externes, pour répondre à ses besoins, pour entretenir des relations
interpersonnelles, pour interpréter son environnement et pour jongler avec les imprévus de la vie
quotidienne (Bergeret, 1975, 1996a, 1996b). Tout cela permettant au sujet de maintenir un équilibre
général relatif, d’être fonctionnel et d’être en adéquation avec son environnement. Rappelons également
que pour Bergeret, la normalité psychique n’est pas un concept binaire qui s’évalue en termes de présence
ou d’absence; son évaluation tient plutôt compte du degré d’adaptation et de flexibilité du sujet (Bergeret,
1996a, 1996b). Il s’agit d’un état variable, qui s’étend sur un continuum : la normalité peut tout autant
correspondre à un état de fonctionnement optimal sans symptôme, qu’à un état de légères difficultés avec
présence de symptômes adaptatifs (Bergeret, 1996a). La reconnaissance d’une telle normalité psychique
signifie l’admission qu’un individu puisse présenter un mode de fonctionnement psychologique particulier,
différent de celui d’un autre sujet, tout en étant acceptable et sain.

De ce fait, contrairement aux modèles d’évaluation symptomatiques ou descriptifs, il ne s’agit pas de


chercher des indices ou des preuves signant la présence d’une pathologie quelconque. Il ne s’agit pas non
plus de simplement décrire les symptômes manifestes. La visée évaluative ainsi transformée permet plutôt
de comprendre comment s’organise le monde interne d’un sujet et comment cela se manifeste dans le
réel. Ces manifestations sont notamment perceptibles à travers les relations interpersonnelles, certains
mécanismes de défense, la gestion des affects ou le langage.

Selon nous, l’intégration de la perspective normalité/anormalité dans l’évaluation psychologique ouvre à


la subjectivité du sujet et à l’appréhension de son fonctionnement idiosyncratique, sans a priori. Elle
permet de brosser un portrait plus raffiné de l’activité psychique, un portrait davantage intégratif, neutre
et complet (Huprich et Meyer, 2011). Partant, une évaluation qui visait l’établissement d’un diagnostic ou

142
l’identification d’un trouble de santé mentale se transforme en une démarche de compréhension globale.
L’objectif devient la compréhension et l’exploration en profondeur du fonctionnement du sujet. L’intérêt
est porté vers la découverte des traits de personnalité distinctifs; la manière dont les multiples
caractéristiques psychologiques sont assemblées entre elles; les signes d’équilibre interne; les conflits
psychiques et la manière dont ceux-ci demeurent « élaborables selon les modèles imaginaires
particuliers » du sujet; le niveau d’adaptation à l’environnement externe; les forces et les défis personnels
(Bergeret, 1996a, p. 302). Nécessairement, les conclusions d’une telle évaluation feront état du
fonctionnement mental spécifique de l’individu, sans apposer de jugement positif ou négatif, car le sujet
n’est comparé qu’à lui-même et à son fonctionnement habituel.

6.5.2 Changement dans l’approche de la symptomatologie

À nos yeux, ce changement de visée évaluative et la reconnaissance de la normalité et l’anormalité


psychiques entraînent inévitablement une transformation dans l’approche clinique du symptôme. Il a été
établi que la normalité de Bergeret ne signifie pas l’absence de symptôme. Un individu normal pourrait
effectivement présenter divers symptômes, tant que ceux-ci ne l’empêchent pas de fonctionner au
quotidien et tant que cet individu se montre capable de s’adapter aux diverses fluctuations
intrapsychiques et environnementales. Conséquemment, la valeur accordée à la symptomatologie change :
plutôt que de n’être qu’un indice de maladie, le symptôme devient l’un des différents outils d’évaluation
psychologique, au même titre que les relations d’objet, les angoisses prédominantes ou les autres
processus psychiques investigués. La symptomatologie ne constitue donc plus le point central de
l’évaluation; elle devient subsidiaire. De même, le symptôme n’a plus seulement une valeur quantitative
– accumulation de symptômes pour pouvoir conclure à une pathologie donnée – mais également une
valeur qualitative.

Reprenons l’analogie du cristal de Freud : lorsqu’un cristal se brise, les cassures s’opéreraient « selon des
lignes de clivage dont les limites et les directions, bien qu’invisibles extérieurement jusque-là, se
trouvaient déjà déterminées de façon originale et immuable par le mode de structure dudit cristal »
(Bergeret, 2008, p. 154). Dès lors, nous comprenons que les symptômes présentés par un sujet ont une
valeur particulière et qu’ils reflètent son mode d’organisation psychique profond, qu’il s’agisse d’une
structure ou d’un aménagement. Même s’il n’y a pas de décompensation et que la symptomatologie reste
dans le cadre de la normalité, elle sera représentative du fonctionnement psychique latent. Le symptôme
peut dorénavant être conçu comme l’un des nombreux aspects propres à un fonctionnement de

143
personnalité donné, plutôt que comme un signe de pathologie, et évalué en conséquence. L’analyse de la
signification et de la fonction des symptômes permettra de mieux saisir le mode d’organisation psychique
singulier du sujet évalué.

À notre sens, ce paradigme normalité/anormalité modifie la portée et l’utilité du symptôme. Est-ce que
cela poussera le clinicien à explorer plus en profondeur les symptômes de son patient? Nous pensons que
oui! Nous supposons également que cette perspective permettra aux professionnels de relativiser la valeur
des symptômes et de chercher à les comprendre davantage.

6.5.3 Diminution de la pathologisation

Nous sommes d’avis que le paradigme de normalité/anormalité mène à une acceptation et à une certaine
banalisation des symptômes et du diagnostic. D’abord, parce que tout comme l’affirme Bergeret, nous
estimons que la pathologie et l’état d’anormalité ne sont pas liés à la présence de symptômes, mais plutôt
à un déséquilibre interne suffisamment grand pour que le sujet n’arrive plus à s’adapter aux circonstances
de la vie et que son fonctionnement quotidien en soit altéré. Bien que le symptôme puisse être l’indice
« d’un processus morbide », il n’en définit pas la présence (Freud, 1926/1999, p. 3). En effet, il serait
naturel de constater des symptômes anxieux chez un enfant dont les parents se séparent; de même qu’il
serait sain de voir apparaître des symptômes dépressifs chez un adulte qui vit un deuil. Dans les deux cas,
il n’y aurait pas lieu de conclure à une psychopathologie! L’apparition du symptôme ne traduit donc pas
l’entrée dans la maladie, mais simplement la présence d’une conflictualité intrapsychique, pour laquelle il
n’est qu’un signe visible (Bergeret, 1996b).

Selon nous, le paradigme normalité/anormalité permet cette déconstruction du lien symptôme-maladie


et devrait ainsi entraîner un renversement de l’opinion populaire voulant que tous les symptômes soient
négatifs ou qu’ils soient l’expression d’un trouble de santé mentale. Les symptômes deviennent plutôt des
indices de la qualité et du niveau de fonctionnement psychique d’un sujet. De là, considérant que le
symptôme est acceptable et considérant qu’il peut apparaître dans une organisation normale, le clinicien
devrait éviter d’apposer une étiquette pathologique à toutes les manifestations symptomatiques –
qu’elles soient émotionnelles, relationnelles ou physiques. Celles-ci ne se verront adjoindre aucune valeur
négative ou pathologique, ce qui devrait donc mener à une diminution de la pathologisation clinique et du
nombre de diagnostics de troubles de santé mentale.

144
En outre, nous avons déjà mentionné que le paradigme normalité/anormalité admet que toutes les
structures psychiques et les caractères associés peuvent se situer dans un état de normalité. Cette
perception signifie qu’une organisation de personnalité donnée n’est plus considérée comme
pathologique en soit, comme ce fut parfois le cas avec la structure psychotique. Une personne pourrait se
trouver dans un état normal et sain, peu importe son mode de fonctionnement psychique et peu importe
son niveau de maturité affective ou développementale. Un fonctionnement psychotique paranoïaque, par
exemple, n’est plus d’emblée considéré comme malade ou pathologique; il est plutôt envisagé comme
une forme de fonctionnement psychologique, pouvant être normal tout autant qu’anormal, en fonction
des diverses circonstances de vie rencontrées par le sujet. Cette approche, basée sur la notion de normalité,
évite donc de pathologiser à l’extrême.

Enfin, et conséquemment à ce qui précède, nous sommes d’avis que ce changement de perception quant
à la psychopathologie devrait mener à une diminution des jugements, de la stigmatisation et des tabous
associés aux troubles de santé mentale. Par la même occasion, cela devrait permettre une dédramatisation
et une relativisation de l’apparition de symptômes; s’il est normal et acceptable d’avoir certains
symptômes, l’individu qui en présente ne devrait plus être jugé ou présumé malade, ce qui entraînerait
une diminution de la honte souvent associée à la symptomatologie et au diagnostic relié (Fleury et Grenier,
2012; Sempré, 2006).

Pour toutes ces raisons, nous croyons fermement qu’il s’agit d’une conception fort pertinente lorsqu’il est
question de santé mentale et de psychopathologie. Ce paradigme a une portée théorico-clinique, pouvant
s’appliquer à toutes les approches théoriques et à tous les modèles d’interprétation. Il est clair pour nous
que cette perspective de la normalité et de l’anormalité est d’un apport clinique considérable et qu’elle
mériterait d’être connue – ou reconnue – et utilisée à grande échelle.

145
CONCLUSION

Ce dernier chapitre propose un retour sur les différents thèmes abordés dans cet essai théorique, afin de
mettre en exergue les éléments saillants. L’objectif de recherche et les questions associées seront repris,
dans le but d’en évaluer l’atteinte. Puis, les contributions et les limites de notre étude seront mises à jour.
Enfin, nous proposerons des pistes de réflexion quant à d’éventuelles recherches du même ordre que la
nôtre.

Nous avons d’abord présenté au lecteur la problématique sous-jacente au sujet de recherche. Notre
intérêt envers le modèle de Jean Bergeret et le Psychodynamic Diagnostic Manual s’étaye sur nos
réflexions concernant l’évaluation de la personnalité et le diagnostic psychologique, éléments qui
soulèvent divers enjeux, particulièrement dans un cadre de travail psychanalytique. D’une part, il semble
que certains cliniciens préconisent la tenue d’un processus évaluatif, affirmant que cela permettrait de
mieux comprendre le patient et de lui offrir un meilleur traitement (Huprich, 2011; McWilliams et al.,
2018); certains prétendent, au contraire, qu’un thérapeute devrait se présenter à son client comme une
toile blanche, sans hypothèse et avec une attitude d’ouverture à l’inconnu (Bion, 1989; Blanchard-Laville,
2013; Hochmann, 2011). D’autre part, il existe une multitude de méthodes d’évaluation et de modèles
d’interprétation, auxquels s’ajoutent une terminologie, des catégories et des critères diagnostiques qui
sont souvent différents, parfois même contradictoires. Certaines de ces méthodes sont de type descriptif
ou syndromique : divers symptômes sont regroupés en catégories – en fonction de leur prévalence, leur
durée et leur étiologie – à partir desquelles les comportements et la symptomatologie manifeste du sujet
sont comparés, ce qui permettrait finalement de déterminer le diagnostic qui correspond le mieux.
D’autres modèles tendent plutôt vers une évaluation multifactorielle, où de nombreux facteurs
intrapsychiques sont pris en considération pour procéder à l’évaluation psychologique. Il pourrait s’agir
des relations d’objet, des angoisses latentes, des mécanismes de défense, du rapport à la réalité, de la
qualité du fonctionnement des instances psychiques ou de l’environnement socio-culturel dans lequel
évolue le sujet (Andronikof et Réveillère, 2004; McWilliams, 2011; Selvini, 2010). Ces deux aspects nous
ont donc menée à questionner la place du symptôme en psychanalyse. Que ce soit lors d’une évaluation
de la personnalité ou dans le but d’établir un diagnostic psychologique, la psychanalyse prône une
évaluation multidimensionnelle et une prise en compte de la signification et de la fonction du symptôme
(Ferrant et Ciccone, 2007; Florence, 2005; St-Onge, 2014). Celui-ci devrait donc être l’un des multiples
paramètres évaluatifs mis en relation, afin d’obtenir une perspective globalisante et unique du
fonctionnement psychique d’un sujet. Cependant, au moment d’analyser et de comprendre les résultats
d’une telle évaluation, le clinicien se retrouve face à plusieurs possibilités. Une perspective tout de même
commune en psychanalyse est l’approche structurelle, qui soutient que la personnalité d’un individu se
construirait en fonction du degré d’évolution libidinale et du niveau de maturation du Moi, menant ainsi
à trois modes d’organisation possibles : névrotique, limite ou borderline et psychotique (Bergeret, 1996b;
Ferrant et Ciccone, 2007). Cette vision structurelle favoriserait une compréhension dynamique et
cohérente de la personnalité (Andronikof et Réveillère, 2004; Kernberg, 2004). La psychanalyse a vu naître
plusieurs approches structurelles différentes, qui sont plus ou moins équivalentes : il y a de nombreuses
différences quant au vocabulaire utilisé ou quant aux critères et catégories diagnostiques. Tous ces enjeux
placent le clinicien dans une posture complexe et rappellent, de ce fait, l’importance d’étudier le processus
évaluatif et diagnostique.

La méthodologie de recherche a ensuite été présentée dans le deuxième chapitre. L’objectif de recherche
a d’abord été énoncé, à savoir : décrire et comparer le modèle structural de Jean Bergeret et le
Psychodynamic Diagnostic Manual (2e édition). Puis, nous avons présenté les deux questions de recherche
principales : 1) Quels sont les points de convergence et de divergence des deux modèles à l’étude?; 2)
Comment ces modèles conçoivent-ils le fonctionnement de la personnalité? Nous souhaitions ainsi arriver
à mieux comprendre l’organisation interne des modèles, la manière de les utiliser et la façon dont ils
conceptualisent le fonctionnement de la personnalité. De là, nous avons expliqué les motifs derrière le
choix des modèles à l’étude, qui se résument à la grande portée clinique des modèles, leur vision innovante,
leur niveau de crédibilité et d’utilisation à travers la communauté psychanalytique. Par la suite, nous avons
discuté du paradigme qualitatif dans lequel s’inscrit cette recherche, ainsi que de notre positionnement
dans une approche herméneutique et constructiviste. Nous avons également décrit le corpus théorique
de l’essai, qui se constitue de sources bibliographiques primaires et secondaires. Le chapitre s’est terminé
par une présentation de la méthode d’analyse du matériel, qui combine l’analyse en mode écriture et
l’analyse par questionnement analytique, qui illustre très bien la manière dont nous avons travaillé. Enfin,
nous avons expliqué que les paramètres comparatifs s’étaient naturellement imposés, à travers le
processus de lecture, de relectures et de prise de notes. Les paramètres ainsi identifiés sont les suivants :
la terminologie utilisée; les conceptions de la santé mentale et de la psychopathologie; l’adhérence au
paradigme normalité/anormalité; la constitution interne et la méthode d’utilisation des modèles; la
conceptualisation du fonctionnement de la personnalité.

147
Le troisième chapitre a pris la forme d’une contextualisation théorique, où les notions fondamentales sur
lesquelles s’appuie notre essai ont été définies. Il fut alors question des éléments suivants : personnalité,
santé mentale, maladie mentale et psychopathologie. Considérant que ces termes ont tous une
signification ou une connotation populaire, il était important pour nous de cerner et d’identifier le sens
qui leur était attribué dans le présent essai. La perspective normalité/anormalité psychique, longuement
élaborée par Jean Bergeret, a ensuite été abordée. Tous ne sont pas d’accord avec la vision de l’auteur,
refusant la connotation normative ou comparative qui pourrait être associée à une telle conception (David,
1972; McDougall, 1972). D’autres cliniciens adhèrent cependant à l’orientation proposée par Bergeret, en
y voyant l’établissement d’une normalité personnelle et idiosyncratique, qui témoigne de l’équilibre
interne et du niveau d’adaptation d’un sujet devant les variations de son environnement. Finalement, nous
avons défini plusieurs notions psychanalytiques essentielles à la compréhension des modèles étudiés et
pour lesquels elles semblaient n’avoir pas toujours la même signification. Par conséquent, ce qui est
entendu par objet et relation d’objet a été clarifié; le fonctionnement du Moi a été décrit, en précisant ses
fonctions et son lien avec le concept d’identité; l’angoisse a été définie et abordée sous l’angle de son
origine et de sa relation avec l’anxiété, puis sept formes communes d’angoisses ont été présentées; les
mécanismes de défense, leurs rôles et leur rapport avec les mécanismes d’adaptation et la santé mentale
ont été discutés; le symptôme et ses possibles significations ont été décrits.

Le chapitre suivant a introduit les deux nosographies à l’étude, en commençant par le modèle structural
de Jean Bergeret, suivi de la 2e édition du Psychodynamic Diagnostic Manual. Pour chacune d’elle, nous
avons décrit leur méthode d’élaboration, leur organisation interne et leur mode d’utilisation. Globalement,
le modèle de Bergeret s’inscrit dans une approche structurelle et s’appuie beaucoup sur les théories
freudiennes, notamment sur les stades de développement psychosexuels. La personnalité d’un sujet y est
vue comme tributaire de l’atteinte et de la résolution de ces stades de développement (oral, anal,
phallique, latence, génital). L’organisation interne du modèle suggère de d’abord évaluer le mode de
fonctionnement profond du sujet – structure psychotique, astructuration limite ou structure névrotique –,
puis d’identifier le caractère et les traits de caractère associés. Ces deux dimensions permettraient de
définir et de préciser le fonctionnement intrapsychique du sujet. Leur identification pourrait être faite à
partir de l’évaluation des relations d’objet, de l’angoisse latente, des mécanismes de défense principaux,
du mode habituel d’expression des symptômes, de l’économie pulsionnelle, de la nature des conflits
intrapsychiques et des représentations fantasmatiques (Bergeret, 1996b). Par la suite, il serait possible de
mettre à jour une pathologie du caractère, advenant le cas que le sujet n’arrive plus à maintenir un

148
équilibre interne suffisant qui lui permet de rester fonctionnel et adapté à son environnement. Malgré les
quelques paramètres d’évaluation susmentionnés, Bergeret ne propose aucune méthode d’évaluation ou
d’analyse précise. Quant au PDM-2, sa construction s’appuie essentiellement sur une approche multiaxiale
de trois niveaux. Le premier est l’Axe P – Syndromes de personnalité, qui permettrait d’identifier
l’organisation de personnalité d’un sujet (selon une approche structurelle), à laquelle s’ajouterait un ou
plusieurs syndromes de personnalité Le manuel présente douze syndromes différents, qui peuvent
prendre place dans une ou plusieurs des trois organisations psychiques et qui en précisent alors le
fonctionnement. Le deuxième est l’Axe M – Profils de fonctionnement mental, qui décrit douze capacités
mentales interreliées, regroupées en quatre catégories principales : les processus cognitifs et affectifs,
l’identité et les relations interpersonnelles, les mécanismes de défenses et d’adaptation, la conscience de
soi et l’intentionnalité. Le dernier est l’Axe S – Schémas symptomatiques : l’expérience subjective qui
présente huit catégories diagnostiques regroupant au total trente-sept entités cliniques (Lingiardi et
McWilliams, 2017). Celles-ci sont décrites en fonction des symptômes qui les composent, mais également
selon l’expérience personnelle du sujet qui les présente. En plus de l’évident jugement clinique, le manuel
recommande une méthode d’évaluation quantitative, basée sur des échelles de cotation propres à chaque
axe. Pour faciliter ce processus, une grille appelée Psychodiagnostic-Chart2 est proposée à la fin du volume.
Après cette présentation, nous nous sommes permis de relever quelques distinctions entre le PDM-2 et le
Diagnostic and statistical manual of mental disorders, 5e édition (DSM-5). Ce choix découle du fait que les
deux ouvrages semblent souvent comparés, bien qu’ils ne s’inscrivent pas dans le même paradigme
conceptuel et qu’ils offrent un contenu bien différent. Enfin, nous avons brièvement décrit chacun des
syndromes de personnalité recensés dans l’Axe P.

Il aura finalement été possible, dans le cinquième chapitre, d’explorer la conceptualisation de la


personnalité proposée dans chaque nosographie. Les fonctionnements névrotique, psychotique et
limite/borderline ont été successivement présentés, d’abord selon la perspective proposée par Jean
Bergeret, puis selon celle du Psychodynamic Diagnostic Manual (2e édition). Pour l’essentiel, Bergeret
postule que le fonctionnement de la personnalité se cristalliserait une fois la période de l’adolescence
terminée et formerait ainsi le mode d’organisation psychique profond et invariable du sujet. Il y aurait
ainsi trois avenues possibles : une structure psychotique, une structure névrotique ou un aménagement
limite. Selon l’auteur, les structures seraient toutes deux stables et mutuellement exclusives (Bergeret,
1975, 1996b, 2008). Le fonctionnement limite serait plutôt vu comme une astructuration, un
aménagement instable qui aurait dépassé le stade de fonctionnement psychotique, mais qui n’aurait

149
jamais atteint le stade névrotique. Il y aurait un niveau de fragilité et d’anormalité qui perdurerait. De plus,
Bergeret considère que chaque structure/astructuration présente des caractères spécifiques, qui ne
peuvent être retrouvés dans aucune autre structure ou astructuration. Ceux associés à la structure
névrotique sont les caractères obsessionnel, hystérophobique et hystérique de conversion; ceux de la
structure psychotique sont les caractères schizophrénique, paranoïaque et mélancolique; ceux de
l’astructuration limite sont les aménagements narcissiques, pervers et caractériels. De ce fait, ces
caractères partagent les caractéristiques du mode fonctionnement profond sur lequel ils s’appuient, mais
présentent également certaines différences, qui permettent de préciser l’activité psychique. Les
structures/astructuration et les caractères sont décrits par l’auteur selon plusieurs paramètres
métapsychologiques : développement libidinal, fixations précoces, niveau d’élaboration des instances
psychiques, nature des conflits internes, caractéristiques des relations d’objet, angoisses principales,
mécanismes de défense privilégiés, représentations fantasmatiques, rapport à la réalité et genèse de la
relation parentale (Bergeret, 1996b, 2011, 2008). Les trois formes d’organisation ayant été décrites, il est
alors devenu possible de définir sommairement les caractères associés à chacune d’elle. En ce qui
concerne le PDM-2, nous avons constaté que le manuel dépeint quatre organisations de personnalité
stables, hiérarchisées sur un continuum de santé/pathologie : une organisation saine, qui fonctionne de
manière optimale; une organisation névrotique, qui présente de légères limitations; une organisation
borderline, qui présente des difficultés notables; une organisation psychotique, qui fonctionne de façon
limitée et qui est vue comme la plus compromise. Chacune de ces organisations pourrait être caractérisée
par un ou plusieurs syndromes de personnalité, qui teinteraient d’une couleur particulière le
fonctionnement du sujet. La plupart de ceux-ci sont non spécifiques et peuvent être retrouvés dans l’une
ou l’autre des trois organisations. La description des organisations et des syndromes s’appuie sur les
éléments suivants : relations interpersonnelles; schèmes de pensées; tendances comportementales;
facteurs constitutionnels et maturatifs; tensions et préoccupations centrales; affects principaux; croyances
distinctives par rapport à soi ou à autrui; mécanismes de défense centraux (Lingiardi et McWilliams, 2017).

Tout ce travail aura mené à l’analyse critique et à la discussion de notre recherche, au sixième chapitre. La
première question de recherche visait l’identification des points de convergence et de divergence entre
les modèles à l’étude. Conséquemment, nous avons relevé quatre similitudes entre le modèle structural
de Bergeret et le PDM-2. Il apparaît d’abord que les deux nosographies offrent des définitions similaires
de la personnalité, la santé mentale, la psychopathologie, les relations d’objet et les mécanismes de
défense. Puis, les deux modèles partagent la conception voulant que les facteurs qui influencent

150
l’émergence et les manifestations de la pathologie sont multiples et interdépendants. Il s’agirait
notamment d’éléments comme : l’hérédité; les frustrations et fixations infantiles; la relation avec les
figures d’attachement primaires; les expériences et les possibles traumatismes de la petite enfance,
l’influence de la réalité extérieure (Bergeret, 2008; Lingiardi et McWilliams, 2017). De plus, les deux
modèles adhèrent à une conception structurelle de la personnalité, postulant ainsi que le la personnalité
d’un sujet pourrait être appréhendée selon les fonctionnements psychotique, limite/borderline ou
névrotique. Enfin, ils partageraient la conviction que l’évaluation de la personnalité devrait être
multidimensionnelle et tenir compte de facteurs tels que les relations d’objet, les angoisses, les
mécanismes de défense, l’intégration et la différenciation du Moi, les processus cognitifs, le contact avec
la réalité, la symptomatologie et l’expérience subjective associée (Bergeret, 1996b, 2008; Lingiardi et
McWilliams, 2017; PDM Task Force, 2006). Subséquemment, cinq différences notables ont été identifiées.
La première concerne le vocabulaire : Bergeret parle de fonctionnement du Moi et d’angoisse, de
structure/aménagement de la personnalité, de caractères et de traits de caractère; alors que le PDM-2
parle de relations interpersonnelles, d’angoisse et d’anxiété, d’organisations et de syndromes de
personnalité, de capacités mentales. La deuxième différence se rapporte au paradigme
normalité/anormalité sur lequel s’appuie tout le modèle de Bergeret, alors que le PDM-2 n’en fait aucune
mention claire. Il semble toutefois que la normalité de Bergeret correspondrait à l’organisation saine du
PDM-2 et que l’anormalité serait représentée par l’organisation psychotique. La troisième tient de la
différence constitutionnelle des nosographies, où celle de Bergeret est entièrement d’approche
structurelle, alors que le PDM-2 repose principalement sur une approche multiaxiale, n’ayant que l’Axe P
de structurel. Une quatrième disparité concerne le mode d’utilisation. Bergeret ne propose aucune
méthode spécifique pour utiliser son modèle, contrairement au PDM-2 qui suggère l’usage d’une grille de
cotation – la Psychodiagnostic Chart-2 – facilitant le processus évaluatif global. Chaque axe y est
représenté et possède une échelle de cotation qui permet de situer l’individu quant à son niveau
d’organisation psychique. Enfin, la dernière divergence touche la hiérarchisation des fonctionnements de
personnalité, qui repose sur deux conceptions différentes. Bergeret propose une hiérarchisation en
fonction du développement libidinal et moïque; tandis que le PDM-2 hiérarchise les organisations en
fonction du niveau de santé mentale ou d’atteinte psychopathologique.

La deuxième question de recherche de l’essai cherchait à déterminer de quelle manière les deux
nosographies conceptualisent le fonctionnement de la personnalité. Nous avons d’abord constaté que
l’ampleur et la nature des descriptions fournies pour chaque fonctionnement étaient fort inégales;

151
Bergeret donne des explications beaucoup plus complexes et complètes que le PDM-2. Cependant, cela
pourrait s’expliquer par la visée de chaque ouvrage : un traité de psychopathologie pour Bergeret et un
précis nosologique pour le PDM-2. En outre, il semble que la conceptualisation des deux modèles quant
au fonctionnement limite/borderline est différente, surtout en ce qui a trait à la stabilité de cet
aménagement psychique et au maintien du contact avec la réalité. Or, une étude minutieuse démontre
que les modèles partagent, en réalité, une perspective très similaire. Finalement, les deux modèles se
distinguent nettement dans leur conceptualisation des caractères et des syndromes de personnalité. Pour
Bergeret, les caractères sont associés à des structures/astructuration données, alors que dans le PDM-2,
les douze syndromes sont, pour la plupart, non spécifiques aux organisations. Deux figures et cinq tableaux
sont présentés à travers le chapitre pour illustrer et résumer les éléments.

Par ailleurs, la discussion s’est également avérée une opportunité de critiquer les deux nosographies
étudiées et d’en présenter les forces et les limites. Dès lors, nous avons souligné le coefficient de difficulté
élevé associé à la compréhension et l’utilisation du modèle bergeretien; sa grande portée clinique; la
rigidité – à notre sens peu souhaitable – des limites entre structures/astructuration, ainsi que les
conséquences associées; le peu d’intérêt accordé à l’expérience subjective du sujet. Quant à la deuxième
édition du Psychodynamic Diagnostic Manual, nous avons relevé une diminution du contenu théorique
entre les première et seconde éditions et un manque de démonstration théorique pour appuyer les
informations présentées. Nous avons également remis en question la pertinence de la dimension
intériorisation/extériorisation et le recours à des échelles de cotation quantitatives, mais avons souligné
la grande richesse de la prise en compte de l’expérience subjective du sujet et du thérapeute. Pour
terminer, nous avons choisi de partager notre opinion et nos réflexions quant au paradigme
normalité/anormalité psychique. Nous croyons qu’il s’agit d’une perspective importante, qui permet de
modifier les visées de l’évaluation diagnostique, de changer l’approche clinique de la symptomatologie et
de diminuer le niveau de pathologisation. Nous espérons que la présentation de notre point de vue aura
favorisé la réflexion du lecteur.

Au terme de ce processus de recherche, nous estimons avoir atteint notre objectif initial, qui était de
décrire et de comparer le modèle structural de Jean Bergeret et le Psychodynamic Diagnostic Manual (2e
édition). Effectivement, nous avons pu répondre aux deux questions de recherche principales : les points
de convergence et de divergence entre les modèles ont été mis en exergue, puis leur conceptualisation
respective du fonctionnement de la personnalité a été explicitée. Cependant, il y a fort à parier que notre

152
recherche présente certaines limites. En effet, il est possible que nos descriptions du modèle structural de
Bergeret et du Psychodynamic Diagnostic Manual (2e édition) présentent des lacunes ou qu’elles aient été
teintées de notre opinion. De plus, les paramètres comparatifs ont été sélectionnés d’une manière
subjective et correspondent aux éléments qui ont particulièrement attiré notre attention. Des facteurs
comparatifs différents auraient certainement pu être choisis par un chercheur autre. En ce sens, et pour
des recherches subséquentes, il pourrait être fort à propos de comparer les deux modèles en fonction
d’un certain nombre de notions psychanalytiques précises; nous pensons notamment à celles qui ont été
définies au troisième chapitre, à savoir les relations d’objet, les types d’angoisses présentes, les
mécanismes de défense ou la place accordée aux symptômes manifestes. De là, il serait intéressant de
déterminer si les modèles ont recours ou non à ces paramètres pour décrire le fonctionnement psychique,
de quelle manière ils les conçoivent ou les utilisent, par exemple. Cela permettrait une analyse théorico-
clinique qui explorerait en profondeur les particularités métapsychologiques des deux modèles. Par
ailleurs, nous considérons qu’il serait fort pertinent de comparer les caractères de Bergeret et les
syndromes de personnalité du PDM-2, afin de déterminer si certaines équivalences pourraient être établies
entre des caractères et des syndromes donnés. Enfin, nous estimons qu’il serait également pertinent
d’utiliser les deux modèles pour évaluer un même sujet. Cet examen parallèle pourrait permettre
d’analyser davantage la méthode d’utilisation des modèles ou d’explorer la profondeur de la
compréhension clinique rendue possible par chacun d’eux. Les diagnostics structurels et
psychopathologiques obtenus pourraient aussi être confrontés.

Néanmoins, il apparaît que le travail descriptif réalisé pour chaque nosographie est exhaustif et bien
documenté, ce qui fait en sorte que cet essai constitue une excellente source d’information pour
quiconque souhaiterait approfondir ses connaissances quant à l’un ou l’autre des modèles. Cet essai
permet aussi de bien comprendre le développement et le fonctionnement général de la personnalité. En
outre, nous espérons que l’angle d’analyse adopté dans cet essai, la mise en relief des similitudes et des
différences entre les modèles, ainsi que la présentation du paradigme normalité/anormalité auront permis
au lecteur d’acquérir de nouvelles connaissances et de modifier sa perspective clinique quant à
l’évaluation de la personnalité et l’évaluation psychodiagnostique. Nous espérons également que cette
recherche aura permis au lecteur d’adopter un regard plus critique à l’égard des multiples modèles
psychanalytiques d’évaluation de la personnalité.

153
À l’instar de toutes sciences, la psychanalyse est « amenée à s’interroger sans cesse sur la pertinence
même de son mode d’écoute du moment », et donc de ses méthodes d’investigation (Bergeret, 1996a,
p. 300). Ce sont ces remises en question des postulats fondamentaux, des pratiques et des modèles qui
permettront à l’Homme de faire progresser le savoir, d’améliorer sa compréhension de la psyché humaine
et, peut-être un jour, de satisfaire sa curiosité...

154
ANNEXE A
GLOSSAIRE

Acting out : Mécanisme de défense prenant la forme d’un agir. Consiste en une mise « en acte d’une
pensée inconsciente qui ne se dit pas avec des paroles. […] Il s’agit alors d’un appel sous forme de
provocations, d’outrances, de défis de toutes sortes. » (Jadin, 2017, p. 185). Désigne « les actions
présentant le plus souvent un caractère impulsif relativement en rupture avec les systèmes de
motivations habituels du sujet, relativement isolable dans le cours de ses activités, prenant
souvent une forme auto- ou hétéro-agressive » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 6).

Affect : Désigne « tout état affectif partiel agréable ou désagréable, à la différence du sentiment qui
implique une continuité et une durée plus importante » (Chartier, 2001, p. 170).

Alexithymie : « Incapacité de pouvoir exprimer ses émotions. » Traduis une « grande difficulté à verbaliser
[…] sentiments et émotions, une vie fantasmatique particulièrement pauvre et une activité de
pensée et de discours essentiellement orientée vers des préoccupations concrètes. » (Bloch et al.,
1999, p. 44)

Altruisme : « Se vouer à la satisfaction des besoins d’autrui bien plus qu’aux siens » (Gabbard, 2010, p. 27).

Annulation : Mécanisme de défense qui consiste en une tentative de « nier les implications sexuelles,
agressives ou honteuses d’un commentaire ou d’un comportement préalable en élaborant,
clarifiant, ou en faisant l’opposé » (Gabbard, 2010, p. 26).

Annulation rétroactive : Mécanisme de défense élaboré par Anna Freud. Corresponds à une tentative du
sujet « de faire comme si un acte ou une pensée n’avait pas eu lieu », « tout se passe comme si
rien n’était arrivé » (Chemama et Vandermersch, 2009, p. 63).

Ça : Instance de l’appareil psychique, élaborée par Freud dans sa seconde topique. Désigne les pulsions
inconscientes, qui sont d’une part « héréditaires et innées » et d’autre part « refoulées et acquises.
Du point de vue économique, le Ça est le réservoir énergétique » (Chartier, 2001, p. 171).

Catatonie : Forme de « contracture musculaire quasi-totale avec rigidité du tronc et des membres, […]
donnant au patient une apparence statufiée » (Bergeret, 2008, p. 204).

Censure : « Mécanisme psychique qui tend à interdire aux désirs inconscients l’accès au conscient »
(Chartier, 2001, p. 171).

Clivage de l’objet : Mécanisme de défense archaïque, introduit par Mélanie Klein, qui serait présent dans
la position schizo-paranoïde. Représente une division de l’objet en deux parties, une bonne et une
mauvaise, afin de se soustraire à l’angoisse (Chemama et Vandermersch, 2009, p. 105).

Clivage du Moi : Mécanisme de défense introduit par Freud en 1927. Action du sujet de se scinder en deux,
« par rapport à la réalité ou à la différence des sexes » (Chartier, 2001, p. 171). Maintien « en
même temps de deux attitudes contradictoires et qui s’ignorent à l’égard de la réalité » (Chemama
et Vandermersch, 2009, p. 105).
Compensation / Compensé : Renvoi à un état d’équilibre. « Se dit d’une maladie dont les effets sont
atténués ou supprimés par des modifications de l’organisme qui tendent à en rétablir l’équilibre. »
(Dictionnaires Le Robert, 2003, p. 489)

Complexe d’Œdipe : « Ensemble organisé de désirs amoureux et hostiles que l’enfant éprouve envers ses
parents », généralement constitué de désir amoureux envers le parent du sexe opposé et de
sentiment de haine envers le parent du même sexe (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 79).

Concrétisation : Mécanisme de défense primitif où une représentation mentale menaçante est


transformée en une action, une situation ou un objet concrets, le lien symbolique entre l’objet de
la concrétisation et la représentation mentale demeurant maintenu (Berney et al., 2014).

Condensation : Mécanisme de défense inconscient « par lequel une représentation, un mot, une idée en
viennent à en représenter plusieurs » autres, auxquels ils sont associés (Chartier, 2001, p. 172).

Confabulation : Processus de pensée d’origine psychiatrique ou neurologique, où réalité événementielle


et réalité psychique sont confondues (Korff-Sausse, 2009). Pourrait prendre la forme d’un discours
bizarre et/ou fantastique, de réponses fausses ou non adaptées à la réalité, de souvenirs erronés
ou inventés. Le sujet est généralement convaincu de l’objet de sa confabulation, malgré les
preuves contradictoires qui peuvent se présenter à lui.

Contrôle omnipotent de l’objet : Mécanisme de défense élaboré par Mélanie Klein, qui consiste en une
impression de contrôle total, absolu et sans limites sur l’autre ou sur un objet externe (Klein,
1957/1968).

Conversion : « Mécanisme de formation de symptômes qui […] consiste en une transposition d’un conflit
psychique et une tentative de résolution de celui-ci dans des symptômes somatiques, moteurs […]
ou sensitifs » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 104).

Décompensation : État « de rupture d’équilibre », qui résulte d’une faille ou d’un échec des mécanismes
régulateurs de la psyché et qui provoque « des perturbations très graves dans l’organisme » dans
le fonctionnement du sujet (Dictionnaires Le Robert, 2003, p. 644). « Rupture de l’équilibre
original » qui avait pu s’établir dans une organisation de personnalité donnée (Bergeret, 1996b,
p. 36).

Défense maniaque : Mécanisme de défense élaboré par Mélanie Klein, qui s’appuie sur une négation
toute-puissante de la réalité psychique, faisant en sorte que les relations interpersonnelles sont
caractérisées « par le triomphe, le contrôle et le mépris » (Segal, 1964/2011, p. 146).

Dénégation : Mécanisme de défense, où un sujet « évoque une idée, un sentiment, tout en niant qu’ils
puissent le concerner en quoi que ce soit » (Chartier, 2001, p. 173).

Déni : Mécanisme de défense qui consiste en la négation d’une perception, un besoin, un danger immédiat
ou un conflit. Se traduit par une absence complète d’intérêt, d’angoisse ou de réaction affective »
face à une situation donnée, alors que le contraire aurait été attendu (Kernberg, 2004, p. 35). Non-
reconnaissance de certains aspects de la réalité externe ou de l’expérience interne, même si cela
semble évident pour autrui (PDM Task Force, 2006, p. 642).

156
Déni de la réalité : Mécanisme de défense élaboré par Mélanie Klein. Forme particulière du mécanisme de
déni, où l’élément dénié est la réalité, que ce soit en partie ou en totalité. Il s’agit d’un refus de
reconnaître comme vrai ou comme sien, un « refus de reconnaître une réalité
traumatisante » (Dictionnaires Le Robert, 2003, p. 685).

Dépersonnalisation : Sentiment d’être déconnecté de soi, de son propre corps et/ou de la réalité
extérieure (Lingiardi et McWilliams, 2017, p. 166). État caractérisé par « des impressions
d’étrangeté, d’irréalité et d’extériorité de la pensée, du corps et du monde », qui peut
s’accompagner d’une « sensation d’absence de vie » (Jadin, 2017, p. 187).

Déplacement : Mécanisme de défense inconscient « par lequel une charge affective (émotion, pulsion) est
transférée de son objet véritable sur un autre » (Chartier, 2001, p. 173). La signification
émotionnelle est détachée de son idée originale et envoyée vers une idée moins intense, mais tout
de même reliée à la première du fait de son contenu (PDM Task Force, 2006, p. 641). La nouvelle
idée en est une plus facile à accepter pour le sujet.

Déréalisation : « [F]aille du fonctionnement mental » où « une partie de la réalité devient étrangère à sa


propre personne » (Bergeret, 2008, p. 210).

Dissociation : « Rupture du sentiment de continuité d’une personne dans les domaines de l’identité, des
souvenirs, de la conscience, ou de la perception afin de conserver l’illusion d’un contrôle
psychologique face à l’impuissance et la perte de contrôle » (Gabbard, 2010, p. 25).

Épreuve de réalité : Capacité qu’un sujet acquiert au cours de son développement et qui lui permet de
faire la différence entre « les images dont il est l’auteur » et « celles qui parviennent du monde
extérieur » (Chartier, 2001, p. 173). Capacité à distinguer « l’expérience vécue du monde interne
et du monde externe et la corrélation entre les deux » (Segal, 1964/2011, p. 148).

Évitement : Mécanisme de défense qui consiste à se soustraire ou à tenter d’échapper à une


représentation ou un événement donné (Bergeret, 1996b).

Fantasme : Représentation, « scénario imaginaire, conscient (rêverie), préconscient ou inconscient, qui


implique un ou plusieurs personnages et qui met en scène de façon plus ou moins déguisée un
désir » (Chemama et Vandermersch, 2009, p. 196). Constitue un essai « détourné et imaginaire
pour satisfaire la pulsion » (Chartier, 2001, p. 173).

Forclusion : Mécanisme de défense qui consiste à « rejeter le signifiant fondamental […] hors de l’univers
symbolique du sujet » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 164).

Formation réactionnelle : Mécanisme de défense élaboré par Anna Freud. Fait de remplacer des émotions,
des pensées, des désirs ou des impulsions, jugés inacceptables ou culpabilisants, par leur opposé
(PDM Task Force, 2006, p. 642).

Fragmentation : Mécanisme de défense primitif où les représentations de soi et des autres, ainsi que le
lien entre les deux, sont morcelés et parcellaires (Berney et al., 2014). Implique un clivage du Moi
et de l’objet.

Humour : Mécanisme de défense mature qui consiste à trouver des « éléments comiques et/ou ironiques
dans des situations difficiles pour réduire l’affect désagréable et l’inconfort personnel. Ce

157
mécanisme favorise également l’objectivité et la mise à distance par rapport aux événements »
(Gabbard, 2010, p. 27).

Idéalisation : Mécanisme de défense qui opère par un déni des caractéristiques négatives ou indésirables
d’un objet, pour ne considérer que les caractéristiques positives (Segal, 1964/2011). « Attribution
de qualités parfaites ou presque à autrui afin d’éviter l’anxiété ou des sentiments négatifs comme
le mépris, la jalousie ou la colère » (Gabbard, 2010, p. 25).

Identification : Processus développemental normal chez l’enfant, qui consiste à adopter des
comportements, des attitudes, des réactions et des modes de pensée similaires à ceux de l’objet
aimé, afin d’être semblable à lui. Représente également un mécanisme de défense inconscient où
l’individu « assimile un aspect, une propriété, un attribut de l’autre et se transforme, totalement
ou partiellement, sur le modèle de celui-ci » (Bergeret, 2008, p. 38).

Identification projective : Mécanisme de défense élaboré par Mélanie Klein, réunissant les mécanismes
d’identification et de projection. Action de projeter dans un objet externe des parties de soi,
souvent considérées comme menaçantes ou mauvaises, ou des expériences intolérables. L’objet
est ensuite identifié comme possédant ces caractéristiques et devient ainsi redouté (de Mijolla,
2005, p. 820). Mécanisme présent dans la position schizo-paranoïde.

Inhibition : Mécanisme de défense du Moi qui maintient hors de la conscience certains processus internes
perçus comme menaçants. « Limitation normale d’une fonction », afin d’éviter un conflit
psychique avec le Ça. (Chemama et Vandermersch, 2009, p. 278). Lorsque des « idées, sentiments,
souvenirs, désirs ou craintes potentiellement menaçantes » sont maintenus hors de la conscience
du sujet (Chabrol, 2005, p. 34).

Intellectualisation : Mécanisme de défense qui consiste en un recours à « une idéation excessive et


abstraite afin d’éviter des sentiments douloureux » (Gabbard, 2010, p. 26).

Isolation / Isolation de l’affect : Mécanisme de défense élaboré par Anna Freud. Il s’agit de la séparation
entre l’affect et « la représentation à laquelle il était originairement attaché » (Chartier, 2001, p.
175). Fait d’isoler une pensée ou un comportement « de telle sorte que l’expérience vécue se
trouve dépouillée de son affect ou de ses associations » (Chemama et Vandermersch, 2009, p.
287).

Introjection : Mécanisme de défense par lequel le Moi du sujet « fait passer au-dedans de lui, identifie
comme étant lui-même ce qui est bon (tandis que, par la projection, il rejette de soi le mauvais),
modifiant ainsi la frontière entre lui et le monde extérieur » (Chemama et Vandermersch, 2009, p.
283). Représente l’incorporation imaginaire d’une « personne ou un objet » au Moi (Chartier, 2001,
p. 174).

Mentalisation : Processus psychique, capacité à « se représenter mentalement des phénomènes, des


conflits intrapsychiques » (« Mentalisation, s. d.). Habileté à « interpréter et comprendre les
causes psychologiques du comportement […], en termes d’intentions sous-jacentes et d’états
mentaux », notamment les sentiments, les souhaits, les réactions et les intentions (MBT TBM
Canada, 2020).

Narcissisme : Investissement libidinal du Moi ou du Soi, selon les auteurs. « [A]mour porté à l’image de soi
grâce à l’intériorisation d’un ensemble de représentations. » (Delbrouck, 2013, p. 83)

158
« Représente à la fois une étape du développement subjectif et un résultat de celui-ci. » (Bloch et
al., 1999, p. 599)

Narcissisme primaire : État précoce où l’enfant « investit la totalité de sa libido, de son énergie sur lui-
même », où il « se prend lui-même comme objet d’amour avant de choisir des objets extérieurs. »
(Delbrouck, 2013, p. 83) Correspondrait à « la croyance de l’enfant à la toute-puissance de ses
pensées. » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 264-265) À noter que dans la première
métapsychologie freudienne, le narcissisme était expliqué comme un retrait sur soi de
l’investissement libidinal de l’objet – notamment par identification – ce qui porte à croire que les
narcissismes primaire et secondaire ne faisaient alors qu’un. Ce sera avec l’élaboration de sa
seconde théorie de l’appareil psychique que « Freud en vient à opposer de façon globale un état
narcissique premier (anobjectal) et des relations à l’objet. » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 262).

Narcissisme secondaire : Paraît après le narcissisme primaire et après que « les énergies (libido) ont
commencé à se répartir entre le Moi et les objets extérieurs » (Delbrouck, 2013, p. 84). Il s’agit
donc d’un « retournement sur le moi [ou le Soi] de la libido, retirée de ses investissements
objectaux. » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 263) À la suite de difficultés ou frustrations, l’amour
« se détache de ces objets externes pour refluer vers le Moi. Il y a donc retour sur soi de l’amour
porté aux objets » (Delbrouck, 2013, p. 84). En lien avec le processus d’identification.

Nosographie : « Description et classification méthodique des maladies » (Dictionnaires Le Robert, 2003, p.


1734).

Passage à l’acte : Mécanisme de défense prenant la forme d’un agir. Se traduit par la réalisation
« impulsive d’une envie ou d’un fantasme inconscient afin d’éviter un affect douloureux »
(Gabbard, 2010, p. 25). Souvent précédé d’un acting out, le passage à l’acte s’exprime par « un
‘’agir‘’ brutal » (Jadin, 2017, p. 190). Se traduit également par « des actions plutôt que par des
réflexions ou des sentiments », actions reliées à des conflits émotionnels, au besoin de « ne pas
ou ne plus ressentir » et au besoin de « ne pas savoir » (Chabrol, 2005, p. 39).

Pensée magique : Mécanisme de défense où la pensée est « caractérisée par une confusion entre univers
subjectif et univers physique » et où les individus « s’attribuent le pouvoir de provoquer
l’accomplissement de leurs désirs […] par la seule force de leur pensée » (« Magique », s. d.).

Perlaboration : Mécanisme de défense qui « rend compte des changements intrapsychiques chez le
patient au fur et à mesure qu’il intègre les interprétations. Elle permet la fin de l’analyse » (Chartier,
2001, p. 177).

Principe de plaisir : Principe qui régit le fonctionnement psychique et qui entraîne une tendance de l’être
humain à rechercher la sensation de plaisir et à éviter ou écarter la sensation de déplaisir. Ces
sensations de plaisir peuvent être d’ordre physiologiques, pulsionnels, corporels, intellectuels,
spirituels, sociaux ou moraux. Indissociable du principe de réalité (Chartier, 2001, p. 178).

Principe de réalité : Principe qui régit le fonctionnement psychique. Capacité à différer la réalisation du
plaisir et « à accepter la douleur d’un déplaisir momentané ». Indissociable du principe de plaisir
(Chartier, 2001, p. 178). Permet de corriger « les conséquences du principe de plaisir en fonction
des conditions imposées par le monde extérieur » (Chemama et Vandermersch, 2009, p. 490).

159
Projection : Mécanisme de défense qui consiste à « attribuer inconsciemment à autrui des sentiments de
désirs » qui appartiennent au sujet. « Il s’agit de rejeter au-dehors ce qu’on refuse de reconnaître
en soi-même ou d’être soi-même » (Chartier, 2001, p. 178). Permet de ne pas faire l’expérience
de ce qui est considéré comme inacceptable et de plutôt l’attribuer à autrui (PDM Task Force, 2006,
p. 643).

Projection délirante : Mécanisme de défense où, à l’instar de la projection, le sujet attribue ses besoins ou
ses attitudes à autrui. Cependant, l’épreuve de réalité n’est pas maintenue et il y a régression,
empêchant le sujet de distinguer ses impulsions internes terrifiantes et les intentions menaçantes
de l’objet externe (Berney et al., 2009).

Pulsion : « Processus dynamique consistant en une poussée (charge énergétique, facteur de motricité) qui
fait tendre l’organisme vers un but. » Elle puise « sa source dans une excitation corporelle; son but
est de supprimer l’état de tension qui règne à la source pulsionnelle; c’est dans l’objet ou grâce à
lui que la pulsion peut atteindre son but » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 359-360).

Rationalisation : Mécanisme de défense formé de justifications opportunistes, rassurantes, logiques et/ou


moralement acceptables, relatives à son propre comportement ou celui d’autrui (PDM Task Force,
2006, p. 641). Il s’agit d’une manière d’expliquer et de justifier, après coup, des comportements
ou des pensées inacceptables ou décevantes.

Refoulement : Premier mécanisme de défense décrit par Freud. Consiste à rendre inconscient, « à
maintenir en dehors de la conscience des représentations ou des affects qui sont incompatibles
avec les exigences du Moi et du Surmoi » (Chartier, 2001, p. 179). « Processus de mise à l’écart des
pulsions qui se voient refuser l’accès à la conscience » (Chemama et Vandermersch, 2009, p. 493).

Régression : Mécanisme de défense archaïque qui entraîne un retour à des stades archaïques de la vie
libidinale ou à « une phase de développement antérieure », permettant alors au sujet « d’éviter
les conflits et les tensions en rapport avec son niveau de développement actuel » (Gabbard, 2010,
p. 26).

Renversement en son contraire / Renversement dans le contraire : Mécanisme de défense élaboré par
Anna Freud. « Processus par lequel le but d’une pulsion se transforme en son contraire, dans le
passage de l’activité à la passivité » (Laplanche et Pontalis, 1981, p. 407).

Répression : Mécanisme de défense qui « porte sur les affects sexuels et violents supprimant le contenu
émotionnel conscient » (Vermorel et al., 1999, p. 84). Permet de faire disparaître, d’oublier ou de
rendre inaccessible à la conscience des contenus psychiques conflictuels, tels que des désirs, des
pensées et des expériences (PDM Task Force, 2006, p. 641). À la différence du refoulement, la
répression « s’impose de l’extérieur, en fonction d’une culture qui précède de loin la naissance du
sujet » (Landman et Pommier, 2013, p. 248).

Retournement sur la personne / Retournement contre soi : Mécanisme de défense élaboré par Anna Freud.
Action de diriger le contenu psychique, généralement de charge agressive, contre soi-même.
Résulte en des attaques contre soi, telles que des comportements d’autodestruction, de la
dévalorisation, une humeur dépressive et/ou une haine de soi (PDM Task Force, 2006, p. 642).

Retrait autistique : Mécanisme de défense primitif, qui consiste en une rupture du lien entre le sujet et
son environnement extérieur ou les perceptions qui proviennent de celui-ci, menant ainsi à une

160
rupture de contact avec la réalité (Berney et al., 2014). État similaire à une « néantisation »
intérieure, une « évacuation la plus totale possible de ce qui risquerait de constituer l’embryon
d’une existence psychique » (Bergeret, 2008, p. 214).

Retrait dans le fantasme : Mécanisme de défense primitif qui opère un « retrait hors de la réalité
psychique », où le sujet se retrouverait en état de dissociation par rapport à la réalité (de Masi,
2007). Autorise la « gratification mentale, tout en maintenant des activités imprégnées de sadisme
et de destructivité. À savoir, un état d’omnipotence maintenu de façon dissociée qui s’avère être
à la fois source de plaisir et d’enfermement dans la dépendance » (de Masi, 2007, p. 87-88). Le
sujet ne ressent aucun plaisir ou gratification dans les relations interpersonnelles ni dans les
expériences émotionnelles.

Retrait social : Mécanisme de défense qui correspond à un isolement social et un repli sur soi, plus ou
moins intenses. Peut prendre différentes formes : diminution ou restriction des relations sociales
et des activités extérieures; apathie; difficulté à assumer les tâches quotidiennes; diminution de
l’activité sexuelle; non-intégration dans certains milieux sociaux ou professionnels; repli dans un
monde fantasmatique idéalisé (Chabrol, 2005; de Masi, 2007; Pionnié-Dax, 2017).

Sexualisation : « Doter de valeurs sexuelles, imprégner de sexualité une chose généralement étrangère au
sexe » (Centre national de ressources textuelles et lexicales, 2012). Associer une connotation
sexuelle à du contenu qui, à l’origine, n’était pas lié à la sexualité.

Somatisation : Mécanisme de défense archaïque où il y a conversion « d’une souffrance émotionnelle ou


d’autres états d’affects en symptômes physiques » et focalisation de l’attention « sur des
préoccupations somatiques (plutôt qu’intrapsychiques) » (Gabbard, 2010, p. 25).

Sublimation : Mécanisme de défense inconscient qui consiste en une transformation « des buts
socialement répréhensibles ou intérieurement inacceptables en quelque chose de socialement
acceptable » (Gabbard, 2010, p. 27).

Suppression : Mécanisme de défense mature où il est consciemment décidé de « ne pas se soucier d’un
sentiment, d’un état ou d’une pulsion » (Gabbard, 2010, p. 27). Cette défense est différente du
déni ou du refoulement, en ce qu’elle est davantage consciente.

Surmoi : Instance de l’appareil psychique élaborée par Freud dans sa seconde topique. Considéré comme
l’héritier du complexe d’Œdipe. Représente « l’intériorisation de l’autorité parentale », la
dimension critique et interdictrice (de Mijolla, 2005, p. 1754). Traduit « la contrainte que la culture
exerce sur l’individu pour imposer les renoncements pulsionnels nécessaires » et se montre
également « vecteur d’un héritage culturel que le sujet doit s’approprier » (de Mijolla, 2005, p.
1755).

Symbolisation : Processus psychique qui consiste à remplacer un objet ou « quelque chose par un symbole
[…] par une image symbolique » (« Symboliser », s. d.). Relier « deux signes entre eux, deux
représentations entre elles » ou encore « deux types de signes entre eux ou un signe à une forme
de représentation » (Roussillon, 2012, p. 218).

Trouble factice : « Falsification de symptômes physiques ou psychologiques sans motivation externe


évidente », les symptômes pouvant être « aigus, dramatiques, et convaincants » (« Trouble
factice », 2021).

161
ANNEXE B
TABLEAU 4.1 : ASSOCIATIONS POSSIBLES DES ORGANISATIONS ET DES SYNDROMES DE
PERSONNALITÉ DANS LE PSYCHODYNAMIC DIAGNOSTIC MANUAL (2E ÉDITION)

Tableau 4.1

Associations possibles des organisations et des syndromes de personnalité dans le Psychodynamic


Diagnostic Manual (2e édition)

ORGANISATION ORGANISATION ORGANISATION


NÉVROTIQUE BORDERLINE PSYCHOTIQUE
SYNDROME DÉPRESSIF Oui Oui Oui
INTÉRIORISATION

SYNDROME DÉPENDANT Oui Oui Oui

SYNDROME ANXIEUX- Oui Oui Non :


PHOBIQUE syndrome
paranoïde
SYNDROME OBSESSIF- Oui Oui Oui
COMPULSIF

SYNDROME SOMATIQUE Oui Oui Oui

SYNDROME SCHIZOÏDE Non Oui Oui

SYNDROME HYSTÉRIQUE- Oui : Oui : Non


HISTRIONIQUE syndrome syndrome
hystérique histrionique
SYNDROME NARCISSIQUE Oui Oui Oui

SYNDROME PARANOÏDE Non Oui Oui


EXTÉRIORISATION

SYNDROME Non Oui Oui


PSYCHOPATHIQUE

SYNDROME SADIQUE Non Oui Oui

SYNDROME BORDERLINE Non Oui Non


ANNEXE C
TABLEAU 5.1 : ASSOCIATION DES STRUCTURES/AMÉNAGEMENTS ET DES CARACTÈRES DANS
LE MODÈLE STRUCTURAL DE JEAN BERGERET

Tableau 5.1

Association des structures, aménagement et caractères dans le modèle structural de Jean Bergeret

STRUCTURE/ AMÉNAGEMENT PARTICULIER DE CARACTÈRE


ASTRUCTURATION L’ASTRUCTURATION
STRUCTURE Caractère hystérique de conversion
NÉVROTIQUE
Caractère hystérophobique
Caractère obsessionnel
ASTRUCTURATION Aménagement caractériel Perversion de caractère
LIMITE

Aménagement pervers Caractère pervers


Aménagement narcissique Caractère abandonnique
Caractère de destinée
Caractère narcissique-phobique
Caractère phallique
Caractère dépressif
Caractère hypocondriaque
Caractère psychasthénique
Caractère psychopathique
Caractère hypomaniaque
STRUCTURE Caractère mélancolique
PSYCHOTIQUE
Caractère paranoïaque
Caractère schizophrénique
RÉFÉRENCES

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