Confrontation et défi au gymnase
Confrontation et défi au gymnase
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habillés pour le combat, mais je suis tellement tendu
avec toute cette rage et cette frustration refoulées
que je m'en fous de qui voit les cicatrices aujourd'hui.
Mais il a toujours du mal à ne pas sourire alors qu'il marche
sur le tapis. Je jette mon bras pour le faire tomber, mais il
le bloque, anticipant le mouvement et attrape mon poignet à
deux mains pour le tordre.
Ce type ne s’est jamais battu équitablement, même quand
nous étions plus jeunes. C'est la seule façon pour lui de
gagner. Nos yeux se croisent et il remue les sourcils,
plissant les yeux alors qu'il sourit.
Je me retourne brusquement, déséquilibrant son poids et le
repousse loin de moi. Nous sommes à quelques pas l'un de
l'autre et le monde se rétrécit aux coins de ce tapis. C'est
le moment le plus libre que j'ai ressenti depuis des semaines.
- Ça va, mon frère ? dit Garrick en me regardant avec
des yeux attentifs.
J'acquiesce, suivant ses mouvements alors qu'il secoue les
bras, changeant légèrement sa position.
- Allons-y, dis-je.
Il vient alors vers moi, coup après coup. Il faut un maximum
de concentration pour bloquer chaque coup, en plongeant ou
en se penchant brusquement en arrière lorsque je ne peux
pas l’éviter autrement.
Tout ce sur quoi je peux me concentrer, c'est anticiper son
prochain mouvement, trier les feintes pour repérer les coups
qu'il a l'intention de porter. C'est brutal et implacable, et
c'est exactement ce dont j'ai besoin. Il n'y a pas de temps
pour avoir peur ici.
Nous retrouvons notre rythme, des schémas de mouvements
familiers mélangés pour créer de nouvelles combinaisons. Ma
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respiration est chaude et rapide, une autre couche de sueur
recouvre ma peau et coule dans mon dos.
Nous nous tournons l'un contre l'autre, respirant tous les
deux fortement et je vois l'effort et l'adrénaline que je
ressens se refléter sur son visage.
Ses yeux se tournent vers moi et il sourit.
- On dirait que nous avons un petit public.
Mais j'ai déjà vu cette astuce et je n'ose pas me retourner.
Ce sont donc mes ombres qui regardent derrière moi, pour
découvrir que presque tous les cavaliers du gymnase nous
regardent. Violet nous suit avec des yeux ardents, la bouche
légèrement entrouverte, sa langue malmenant sa lèvre
inférieure. Dieux, les choses que je veux faire avec…
- Concentre-toi, chef d’aile, la voix de Sgaeyl traverse mes
pensées. Tu sais que je n'aime pas perdre.
Garrick me sourit à travers le tapis, clairement conscient de
la destination exacte de mes pensées.
- Donnons-leur quelque chose qui vaut la peine d'être
regardé alors, dis-je avec un sourire.
Je lui fais signe à nouveau d'avancer, et il donne un coup de
pied bas en essayant de taper mes genoux. Je saute par-
dessus et pivote pour lui faire face, chaque coup me
frappant plus furieusement qu'auparavant.
Ce n'est que lorsque j'entends le dos de Violet heurter son
propre tapis, que Garrick parvient à me donner un coup de
poing, me frappant si fort à la mâchoire que je sens que cela
se répercute jusqu'au sommet de mon crâne.
- Idiot imbécile, bouillonne Sgaeyl.
Mais je ne peux pas m'en empêcher, je m'arrête et jette un
coup d'œil vers elle pour vérifier si elle va bien. Elle est sur
le sol, elle a le souffle coupé. Garrick le voit aussi, venant se
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mettre près de moi et s'essuyant comme s'il avait besoin
d'une pause.
Rhiannon est au sol à côté d'elle, mais ma mâchoire se serre
alors que Barlowe s'approche pour lui lancer quelques
insultes maintenant qu'elle n'a plus l'air de riposter. Putain
de lâche.
Liam est debout et se tient entre eux avant que Barlowe ne
puisse faire un seul pas sur le tapis. Mais le sourire sadique
qui se dessine sur sa bouche me fait me diriger vers elle
avant que je puisse y réfléchir davantage.
- Éloigne-toi, Barlowe, prévient Liam.
Je me tiens de l'autre côté de Violet et penche la tête.
Barlowe me regarde et crache :
- Elle n'est en vie que grâce à toi.
Je suis sûr que c'est le mensonge qu'il se raconte pour
pouvoir dormir la nuit, alors que Violet aurait pu le tuer trois
fois.
- Oui, parce que c'est moi qui t’ai enfoncé un poignard
dans l’épaule au battage peut-être, dis-je, savourant la
peur dans ses yeux alors que j'imagine toutes les façons
dont je pourrais le tuer.
Violet se remet debout, saisissant le bâton pour être armée.
Où sont ses putains de poignards ? Et pourquoi diable ne
porte-t-elle pas son corset ? Je le repère posé sur le banc
où Liam était assis. A quoi ça va servir là-bas ? Elle a de la
chance que le coup qui l'a mise au tapis ne lui ait pas cassé
les côtes.
- On pourrait régler ça maintenant, lui dit Barlowe en se
plaçant à côté de Liam. Si tu as fini de te cacher
derrière les hommes grands et forts.
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L’espace d’une seconde, je me demande si elle va être assez
stupide pour mordre à l’hameçon. Mais ensuite je me
souviens que c'est Violet à qui il parle. Et elle est assez
intelligente pour s'assurer que la prochaine fois qu'elle
l'affrontera, ce sera selon ses conditions.
Mais mon Dieu, j'adorerais voir à quoi il est confronté. Je
pourrais le tuer avant qu'il fasse un pas. Liam pouvait le
battre même lors d'une mauvaise journée. Cela me réchauffe
un peu le cœur lorsque je vois Garrick et Imogen se
rapprocher un peu, comme s'ils étaient également prêts à se
tenir entre eux. Je ne sais pas s'ils le font pour Violet ou
pour moi, mais c'est un doux petit rappel que nous sommes
tous du même côté.
Barlowe considère son silence comme un aveu de faiblesse et
non comme une preuve de son intelligence.
- C'est ce que je pensais, dit-il en lui envoyant un baiser.
- Tu as détalé, elle le lui lance comme si c'était l'un de
ses poignards, sa voix résonnant dans le couloir.
- Ce jour-là dans le champ, tu as détalé alors qu vous
étiez contre un, et on sait tous les deux que, si
l’occasion se représente, tu recommenceras. C'est ce
que font les lâches.
Je ne pense pas qu'elle aurait pu l'éviscérer davantage si
elle lui avait donné un coup de pied dans les couilles. Barlowe
rougit tandis que des ricanements éclatent dans le gymnase.
Je ressens un éclat de fierté dans ma poitrine.
- Elle n'a pas tort, dis-je et Garrick rit.
Barlowe se déplace sur le tapis et mes ombres se tendent,
mais Liam le repousse vers la porte ouverte. Je donne un
coup sec de la main et ferme la porte avec mon pouvoir
depuis l'autre côté de la pièce.
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- Qu’est-ce qui t’a pris de le narguer comme ça ? Crie
Aetos, marchant vers Violet.
Non, ça n’arrive pas. Si quelqu’un fait preuve de discipline sur
ce tapis aujourd’hui, c’est bien moi.
- Tiens, maintenant tu as envie de me parler ? Violet
bouillonne, se tournant vers lui mais je m'interpose
entre eux. Elle est prête à frapper, déterminée à se
déchaîner. Eh bien, nous sommes deux.
- Accorde-nous une seconde. Dis-je à Aetos et Rhiannon,
sans jamais regarder dans leur direction.
Mes yeux sont fixés sur Violet, des mèches de cheveux
s'échappant de sa tresse, sa peau rougie par l'effort. Je ne
pourrais pas la quitter des yeux si je le voulais.
- Tu veux m’expliquer pourquoi tu ne portes pas ça, putin
?
Je demande doucement, mais nous savons tous les deux que
c'est chargé de tension lorsque je montre son gilet en cuir
abandonné, la seule chose qui la sépare de la mort à plus
d'une occasion.
- Il faut bien que je le lave à un moment ou à un autre,
répond-elle, le sarcasme dégoulinant de sa voix.
- Et tu as pensé que ce serait une bonne idée de le faire
pendant l’entraînement ?
Je ne sais même pas quoi faire d'elle, c'est comme si elle
essayait de me faire exploser. Je brûle d’émotions ; une
moitié de moi furieuse et désespérée de lui faire faire un
peu d'auto-préservation, bon sang, l'autre moitié se
demandant si elle fait tout cela juste pour attirer mon
attention. Quoi qu’il en soit, elle l’a complètement.
- Je l'ai lavé avant les combats, sachant qu'elle pourrait
sécher pendant que ton chien de garde veille au grain,
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plutôt que de dormir sans, parce que nous savons tous
les deux ce qui se passe ici derrière les portes
verrouillées.
Ses yeux transpercent les miens.
- Plus derrière la tienne.
Je sais, elle le sait, mais je m'en assure quand même.
- J’y ai veillé.
- Parce que je suis censé te faire confiance ?
Son ton est vicieux et il me transperce encore plus que si
elle m'avait coupé avec l'une de ses lames. J'ai
désespérément besoin qu'elle me fasse confiance. Mais il y a
encore tellement de choses qu'elle ne sait pas, qu'elle ne
peut pas encore savoir.
J'avale me salive et cela me fait physiquement mal de
simplement dire :
- Oui.
- Sûr que tu me rends la tâche super facile.
- Tu sais que je ne peux pas te tuer.
Qu'est-ce qu'elle ne comprend pas à tout cela ?
- Putain, Sorrengail, tout le quadrant est au courant.
Je me rapproche d'elle, m'attendant à ce qu'elle recule mais
elle ne le fait pas. Elle n'a jamais reculé, refuse de céder à
qui que ce soit ; au lieu de cela, je suis maintenant à un pas
de trop que ce que dicterait un ma conscience.
- Cela ne t’empêcherait pas de me faire du mal, murmure-
t-elle.
Je ne pourrais jamais. Après tout ce qui s’est passé,
comment peut-elle encore… ? Je cligne des yeux et me
penche un peu en arrière, les sourcils froncés. Pourquoi ne
sait-elle pas que je ferais n'importe quoi pour la garder en
vie ?
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- Arrête de t’entraîner avec un bâton.
J'essaie de donner l'impression que cela ressemble à un
ordre, un chef d'aile enseignant à un étudiant de première
année les bases du combat. Mais je suis si proche d'elle, ça
me fait frissonner.
- C'est trop facile de te le faire tomber les mains. Tiens
t’en aux dagues.
Je prends note mentalement d'envoyer un message à Aretia
et de lui faire fabriquer de vraies armes, mon pouls
s'accélérant rien qu'en l'imaginant tenant deux poignards
Tyrrish dans ses mains.
- Je me débrouillais très bien jusqu'à ce que Tairn me
distraie en faisant irruption dans ma tête avec toute sa
colère, rétorque-t-elle, déterminée à transformer cela
en dispute.
- Alors apprends à le bloquer.
- Quoi, avec tout le pouvoir que j’ai ? Elle est tellement
furieuse de ne toujours pas canaliser.
- Ah tu n’étais pas au courant que je ne canalisais
toujours pas ?
Dieux, je l'aime comme ça. Enflammée, passionnée et
déterminée à ne pas bouger d’un pouce. La tension entre
nous est électrique. Je me penche, si près que je peux
presque sentir son souffle chaud et colérique contre mes
lèvres.
- Si agaçant que ce soit, je suis au courant de tout ce que
tu fais.
- Chef d’aile Riorson, nous interrompt Aetos. Elle n'est
pas encore habituée au lien. Elle apprendra à le bloquer.
- Rappelle-moi encore pourquoi tu as mis cet idiot dans ton aile, dit
Sgaeyl.
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- Je suis presque sûr que c'était ton idée. Garde tes
ennemis proches et tout le tintouin, je réponds à
Sgaeyl.
Je la sens souffler de la vapeur chaude dans un reniflement.
- Cela ne me ressemble pas du tout.
Je recule, mais les yeux de Violet dégagent une chaleur que
je n'ai jamais vue auparavant, et je ne peux pas aller loin.
- Tu choisis toujours les moments les plus étranges pour
la défendre, Aetos. Je détache mes yeux de ceux de
Violet pour le regarder. Et les moments les plus
inopportuns pour ne pas le faire.
Je regarde l’effet de mes mots atterrir comme un poing
dans son ventre. Aetos a l’air de vouloir me frapper. J'ai
envie de le laisser faire, juste pour trouver une excuse pour
le mettre au sol devant elle.
Au lieu de cela, je me retourne vers Violet et dis :
- Fais-nous une faveur à tous les deux et remets cette
putain d'armure.
Je sors du tapis avant qu'elle puisse m'arrêter, prenant ma
chemise des mains tendues de Garrick.
Son souffle me dit qu'elle a vu l'horrible désordre de
cicatrices sur mon dos. Je passe rapidement la chemise par-
dessus ma tête et continue de marcher.
Je ne veux pas de sa pitié. C'est la dernière chose que je
veux venant d'elle.
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Je suis allongé tout habillé sur mon lit, regardant mon
plafond depuis plus d'une heure, me rejouant ce regard de
Violet sur le tapis, le feu brulant dans ses yeux qui
ressemblait plus à du désir qu'à de la colère. Ce n'est que
lorsque je me dirige vers sa chambre sans me rappeler
comment j'y suis arrivé que je fais le rapprochement.
Ce n'est pas moi. Ce sont eux, Sgaeyl et Tairn.
À la seconde où j’en suis pleinement conscient, cela devient
plus intense. Même les bloquer ne fait pas grand-chose pour
atténuer leur envie ; leur désir allume un feu qui couve déjà
en moi. J'ai besoin d'air. Je dois sortir d'ici.
Je ne porte même pas de veste, juste une chemise et un
pantalon qui ne vont pas suffire contre le froid, mais je suis
réchauffé par le feu qui fait rage dans mes veines. Je
descends l'escalier en colimaçon jusqu'aux murs bordant la
citadelle, tapotant la poche de ma veste pour chercher le
bâton de churam roulé que je garde pour des moments
comme celui-ci. Une bouffée de chaleur provenant de Sgaeyl
me brûle et je tends un bras pour me maintenir contre les
murs en ruine. Habituellement, je vais plus loin dans la forêt,
je respire l'odeur du paillis, de la terre et de l'obscurité.
Cela devrait suffire.
J'allume le churam et prends une profonde inspiration,
savourant la libération de tension qui accompagne ce goût
sucré familier. Je me sens immédiatement plus maître de
moi-même.
Il fait beau ici ce soir, la neige tombe en doux flocons autour
de moi et se fond dans le gravier à mes pieds. Je prends une
autre longue bouffée, sentant le churam me donner une
certaine distance bien méritée par rapport aux dragons
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accouplés. Mais avec cette clarté mentale, mes propres
pensées suivent rapidement : Violet.
Je me demande si elle ressent cela aussi, en espérant qu'elle
ignore toujours parfaitement ce que Tairn canalisera vers
elle. Je pense à elle quelques heures plus tôt, furieuse
contre moi sur le tapis, les yeux brillants de rage et au bord
de quelque chose de bien plus intéressant. Pour la première
fois, je me demande si la tension crépitante entre nous n'est
que dans ma tête. Je prends une autre profonde inspiration,
appuyant ma tête contre le mur froid derrière moi,
savourant la brûlure glacée contre ma peau.
Je sens les ombres se déplacer sur le même escalier qui m'a
amené ici et je réalise que je ne serai plus seule très
longtemps : c'est Violet, qui suit mes traces quelques
minutes plus tard.
- Est-ce que vous faites ça exprès tous les deux ? Je
m’empresse de le demander dans le lien avec Sgaeyl,
mais il n'y a pas de réponse.
Je pense à amener plus d'ombres autour de moi, à me
protéger pour qu'elle ne sache pas que je suis là. Mais une
autre partie de moi veut la revoir, cherche désespérément
des réponses.
Et avec le désir qui couve encore en moi, je fais la chose à ne
pas faire pour une fois : je ne me cache pas.
Elle trébuche dans la neige, inclinant la tête en arrière
comme un enfant qui la voit pour la première fois. Je
regarde de minuscules flocons de neige tomber autour d'elle
de manière floue. Elle ressemble à un ange, sa cape flottant
au vent derrière elle, sa tresse lâche dans le dos. Je la
regarde avec avidité, ses joues rouges et ses yeux
écarquillés alors qu'elle regarde le ciel. Soudain, comme si
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elle réalisait qu'elle n'était pas seule, elle se retourne pour
me regarder droit dans les yeux. Nos regards se croisent.
- Est-ce que c'est… du churam ? dit-elle d'un ton
accusateur.
J'inspire et souffle dramatiquement une longue bouffée de
fumée, savourant l'air chaud, la douce odeur et l'air de choc
croissant sur son visage.
- T’en veux ? Je montre le churam, sans me décoller du
mur. Si elle le veut, qu’elle vienne le chercher.
À moins que tu sois là pour poursuivre notre conversation de
tantôt, auquel cas, pas touche.
Elle a l'air si adorable avec son indignation.
- Non, dit-elle, bouche bée. On a pas le droit de fumer ce
truc !
Je garde les yeux sur elle pendant que je prends une autre
longue bouffée.
- Ouais bien, les gens qui ont établi cette règle n'étaient
manifestement pas liés à Sgaeyl et Tairn, pas vrai ?
Je souris, sachant qu'elle ressent exactement ce que je
ressens si elle est ici aussi. Pour une fois, nous sommes
entièrement dans la même situation.
- Ça aide à.… prendre de la distance.
Je lui propose de nouveau le churam.
- Mieux que le bouclier, je veux dire.
Elle secoue la tête mais vient quand même vers moi,
s'appuyant contre le mur juste à côté de moi avec un soupir.
Si j’étendais une main de quelques centimètres de plus, elle
frôlerait la sienne.
- Comme tu veux, dis-je en prenant une dernière longue
bouffée avant de l'éteindre contre les briques derrière
moi.
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Il y a un long silence, où tout ce que j'entends c'est sa
respiration courte et rapide. Puis elle dit comme si elle
admettait un secret aux ténèbres :
- J'ai l'impression d'être en feu, putin.
C'est une description si parfaite de ce que je ressens quand
je suis près d'elle que je ris.
- Ouais, ça arrive.
C'est mal d'apprécier ça, quand je sais que ces émotions ne
sont pas vraiment les siennes, mais je suis tellement
reconnaissant qu'elle ressente ce que je ressens pour une
fois. Je ne peux pas retenir le sourire sur mon visage.
Je la sens me regarder et je la regarde à mon tour, nos
regards se verrouillent l’un à l’autre. Elle me regarde avec
les mêmes yeux passionnés et en colère que plus tôt sur le
tapis, mais cette fois, ils sont flamboyants. Je connais ce
regard.
- Oh, violence, je taquine. Tu vas devoir apprendre à te
protéger de Tairn sinon ses escapades avec Sgaeyl te
rendront folle.
Je ne peux pas la voir me regarder comme ça, alors j'appuie
ma tête contre le mur et je ferme les yeux en ajoutant : Ou
bien te jetteront dans le lit de quelqu'un.
- Oh, je sais, dit-elle, la voix essoufflée. Rien que l’idée
de revoir Liam m’horrifie.
Mes yeux s’ouvrent.
- Liam ? Pourquoi ?
Que s'est-il passé entre eux ? Je peux sentir mon cœur
battre dans ma gorge, alors que j'ajoute avec une
désinvolture que je ne ressens pas :
- Il est où d’ailleurs, ton garde du corps ?
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- Je suis mon propre garde du corps, répond-t-elle en
jetant sa tête arrière, se tournant pour poser sa joue
sur la pierre afin qu'elle soit face à moi, les yeux
fermés sous le martèlement insistant de la chaleur.
Je sais qu'elle doit ressentir exactement ce que je ressens.
- Et il est au lit.
- Dans ton lit ? Je demande furieusement, des ombres
s'échappant inutilement de moi dans la nuit.
Liam ne le ferait jamais, proteste ma partie rationnelle. Mais
je suis paranoïaque, jaloux et brûlant d'émotions qui ne sont
pas les miennes. Je me fiche de comment ça sonne.
- Non, dit-elle, et j'ai l'impression de pouvoir à nouveau
respirer.
- Non que ça doive t’importer, à toi.
Elle me regarde avec une expression perplexe.
- Ça ne me dérange en rien, dis-je, forçant l'ennui dans
mon ton.
Comme si elle ne pouvait pas voir clair en moi de toute façon.
- Tant que vous êtes tous les deux consentants.
Seulement crois-moi, tu n’es pas en état de consentir.
- Tu n'as aucune idée de ce à quoi je suis capable de
consentir.
Je ressens une montée de chaleur derrière mes boucliers qui
alimente de toute façon mon imagination ; Je vois ses
jambes enroulées autour de moi, ses doigts dans mes
cheveux, et… Non, ça n'arrivera pas. Je déverse mes ombres
dans mon bouclier mental contre Sgaeyl, renforçant ainsi la
distance que je peux entre elle et moi.
Sans avertissement, Violet se penche en avant, ses genoux
s'écartant sous elle et je la saisis instinctivement, les mains
et les ombres sortant pour l'attraper par la taille. À la
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seconde où je la touche… oh mes Dieux. Elle ne ressent pas
seulement ce que je ressens, c'est à un tout autre niveau. Sa
peau me brûle pratiquement à travers ses cuirs, et je peux
presque sentir une puissance chaude et brute s'échapper
d'elle en vagues urgentes et pulsées.
- Pourquoi tu n’es pas en train de te protéger, bon sang ?
C'est difficile de garder mes mains sur elle comme ça, et il
me faut beaucoup trop de force pour m'armer de courage et
la maintenir debout.
- On n’a pas tous reçu de leçons, siffle-t-elle à quelques
centimètres de mon visage.
- Il a commencé à canaliser juste avant… tout ça. Et au
cas où tu l'aurais oublié, on n’a pas le droit d’assister au
cours du professeur Carr que si on sait manier son
sceau.
- J'ai toujours estimé que c'était une règle ridicule.
Je soupire, essayant de ne pas sentir ses mains s'enrouler
autour de mes épaules.
- D’accord, cours accéléré. Seulement parce que je suis
passé par là et que je me suis réveillé avec plus d’un
regret.
- Tu vas vraiment m'aider ?
Ça me fait chier. Ne voie-t-elle pas que j'interviens
fréquemment : pendant le battage, en mettant un sort sur sa
chambre, accuser les chefs d'escadre de trahison ?
- Ça fait des mois que je t’aide. Dis-je en serrant les
dents, mes mains fléchissant autour de sa taille.
- Non, elle semble vraiment confuse.
- Tu as envoyé Liam pour m’aider. C’est lui qui m’aide
depuis des mois. Enfin des semaines, presque des mois.
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La façon dont elle prononce son nom provoque un pincement
de jalousie en moi, et je mets un masque de sur mes traits
pour qu'elle ne puisse pas le voir.
- C'est moi qui ai défoncé ta porte et tué tous ceux qui
t’avaient attaquée, puis éliminé l'autre menace qui
pesait sur ta vie par le biais d’une vengeance très
publique et très clivante. Ce n’est pas Liam qui a fait ça,
c’est moi.
- Le public n’était pas clivé. Ils étaient tous pour. J’étais
là.
- Toi, tu étais déchirée. Tu as même supplié Tairn de ne
pas la tuer, même si tu savais très bien qu’elle s’en
prendrait de nouveau à toi.
- Soit, elle hausse les épaules. Mais ne vient pas me faire
croire que tu n’as pas fait ça en grande partie pour toi-
même. Ça la ficherait mal pour toi si je mourais.
Je ne peux pas croire qu'elle pense encore que c'est de ça
qu'il s'agit. Je suppose que tout ce qu'il faut, c'est quelques
semaines à faire semblant d'être un connard égoïste, à
veiller sur sa propre peau. Mais je pensais qu'il était évident
que je n'arrivais pas à rester loin d'elle, que je ne pouvais
pas m'empêcher d'intervenir dans chaque petite chose
qu'elle fait.
Je la regarde avec incrédulité en secouant la tête. J’en ai
tellement fini de ressasser ce même argument.
- Tu sais quoi ? On ne va pas se disputer ce soir. Pas si tu
veux apprendre à créer ton bouclier.
- Très bien. On ne se dispute pas. Apprends-moi. Elle
relève le menton vers moi en signe de défi.
Mes mains toujours enroulées autour d'elle, je me penche
plus près pour relever le défi dans ses yeux :
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- Demande-le-moi gentiment. dis-je d'une voix soyeuse.
- Tu as toujours été aussi grand ? demande-t-elle d'un
ton désarmant.
- Non. J’ai été un enfant à un moment donné. Elle ne
gagnera pas non plus ce défi avec moi.
- Demande-moi gentiment, Violence, je murmure. Ou je
m’en vais.
Je suis tellement absorbé par elle que je ne partirais pas si
le monde était en feu.
- C’est souvent comme ça entre eux ? Elle dévie à
nouveau.
- Assez souvent pour que tu aies besoin des boucliers
adéquats, je réplique. Tu ne pourras jamais les bloquer
complètement et parfois, c’est eux qui oublieront de
nous bloquer comme ce soir. C’est là que le churam est
utile, au moins, tu as l’impression de passer devant un
bordel, pas d’y participer activement.
Ses yeux brillent de compréhension.
- OK, d’accord. Tu veux bien m’apprendre le truc du
bouclier ?
Je lui souris, sachant qu'elle a autant besoin de moi que j'ai
besoin d'elle pour une fois.
- Dit : s’il te plaît.
Mon regard se pose sur ses lèvres avant de pouvoir m'en
empêcher, déterminé à entendre ces mots sortir de sa
bouche.
- Tu es toujours aussi pénible ?
- Seulement quand je sais que j'ai quelque chose dont tu
as besoin. Que veux-tu que je te dise, j’aime bien te
titiller.
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Dieux, j'apprécie beaucoup trop ça. Après chaque regard
qu'elle m'a lancé, chaque défi qui jaillit dans ses yeux et que
je sens parcourir ma colonne vertébrale…
- C'est ma vengeance pour ce que tu m’as fait endurer
ces deux derniers mois.
Des flocons de neige se sont déposés sur ses cheveux, de
petits éclats glacés parsemant la tresse qui encadre son
visage. Je tends la main et les repousse, comme si elle était
à moi.
- Ce que moi je t’ai fait endurer ?
Merde. J'essaie de reprendre mes esprits.
- Tu m’as presque fait mourir de peur une ou deux fois,
alors je pense que te demander un « s’il te plaît », ce
n’est que justice.
Elle me regarde et prend une profonde inspiration.
- Comme tu préfères. Xaden ?
Je devine déjà à son ton et à son doux petit sourire qu'elle
va me faire souffrir tout autant. Elle se rapproche de moi,
- Veux-tu bien, s’il te plaît, m’apprendre à me créer un
bouclier avant que je ne grimpe accidentellement à toi
comme à un arbre et qu’on ne se réveille tous les deux
avec des regrets ?
Oh, elle est douée. Mais je suis meilleur. Je lui rends son
sourire d'un air entendu :
- Oh, je suis en parfait contrôle de mes facultés.
Une ombre caresse son bras, légère comme une plume, la
touchant à peine.
Je sais que je suis en équilibre sur un bord, une ligne très
fine entre le contrôle et la chute libre, mais c'est bien
d'être ici avec elle.
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- Mais puisque tu l'as demandé si gentiment…, je lui
réponds en chantonnant, mes mains se soulevant pour
glisser le long de ses joues, enroulant sa tête dans mes
mains, et levant ses yeux vers moi. Elle me regarde, les
yeux brûlants.
- Ferme les yeux, je murmure.
- Ça requiert que tu me touches ? Sa voix est tremblante.
- Pas du tout. C’est juste l’un des avantages qu’il y a à
n’avoir pas les idées trop claires. Tu as une peau
incroyablement agréable au toucher.
Cela me fait battre le cœur rien que de le dire. Pas de
double sens. Aucune arrière-pensée. Juste la vérité.
- Tu dois visualiser un endroit. N'importe lequel. Pour moi
c’est le sommet de ma colline préférée près de ce qui
reste à Aretia. Où que ce soit il faut que tu t’y sentes
comme chez toi.
Je la guide, mes yeux se fermant comme les siens et mon
propre esprit déjà centré sur Aretia, travaillant à travers
les étapes qui sont devenues aussi naturelles que la
respiration. Je l'imagine debout avec moi, regardant les
douces courbes de la verdure dans toutes les directions
- Sent tes pieds toucher le sol et enfonce-toi un peu, lui
dis-je.
- OK. Sa voix est calme mais déterminée, et mes yeux
s'ouvrent pour la regarder.
- C’est ce qu’on appelle l’ancrage, l’enracinement de son
moi mental, quelque part pour ne pas être emporté par
le pouvoir.
Ses paupières battent en signe de concentration, son front
se plisse.
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C'est si intensément intime d'être si près d'elle, mes mains
sur elle et ses yeux fermés, me faisant confiance.
- Maintenant, fais appel à ton pouvoir. Ouvre tes sens.
Son corps réagit à l'image qu'elle se forme dans son esprit,
ses doigts se contractent et ses muscles se tendent.
- C’est trop, dit-elle, la chaleur de son souffle caressant
mon visage.
- Concentre-toi sur tes pieds. Reste ancrée. Est-ce que
tu vois d’où émane le pouvoir ? Si ce n’est pas le cas,
choisi un endroit.
Je suis tellement concentré sur elle, les ombres évincent
tout ce qui nous entoure, rétrécissant mon champ de vision
pour qu'elle soit tout ce que je peux voir. Je regarde ses
yeux se serrer, sa respiration devenir profonde et lourde, sa
poitrine se soulever. Tu peux le faire, Violet.
- Je le vois, dit-elle, surprise d'elle-même.
- Parfait. Ça te vient naturellement. Mon ton est égal,
malgré la fierté qui éclate dans ma poitrine.
- Il faut une semaine à la plupart des gens pour
apprendre à se mettre à s’ancrer. Maintenant, fait tout
ce que tu dois faire mentalement pour t’isoler de ce
courant. Tairn est la source. Si tu bloques ce pouvoir, tu
retrouveras un peu de contrôle.
Je ressens une bouffée de chaleur à travers mon propre lien
avec Sgaeyl, en même temps qu'elle me revient à travers le
contact avec Violet et à travers elle, Tairn. L'intensité de
cela me coupe le souffle et je serre les dents pour rester
immobile et stable, lui demandant de rester concentrée. Ses
mains s'accrochent à mes bras comme si j'étais la seule
chose qui la maintenait debout.
- C’est ça, continue, dis-je autant pour moi que pour elle.
243
- Tout ce que tu crées dans ton esprit est réel pour toi.
Ferme la vanne. Construis un mur. Ce qui a un sens pour
toi.
Je renforce mentalement mes propres boucliers pendant que
je lui parle.
- C’est une porte, dit-elle, ses doigts s'enfonçant dans
ma chemise.
Un aperçu d’une lourde porte antique, semblable à un
bouclier, me traverse l’esprit et je la repousse vers elle.
C'est à elle. Je suis déterminé à ce qu'elle ait un endroit qui
lui est propre.
- Voilà. Continue, je l'exhorte, forçant ma voix à résister
à l'incrédulité totale qu'elle ait fait ça dès le premier
jour.
Ses mains tremblent contre moi, ses muscles sont tendus.
- C’est bon. J'ai fermé la porte.
Incroyable.
- Très bien. Verrouille-la.
Elle s'affaisse physiquement contre moi, laissant échapper
un long soupir.
- Ça a changé. Je vois à travers la porte.
Sa voix est pleine d'émerveillement et de plaisir, sa tête
bouge comme si elle pouvait la voir devant elle avec ses yeux
toujours fermés.
Eh bien, putain.
- Oui tu ne pourras jamais la bloquer complètement. Tu as
verrouillé ?
Elle acquiesce.
- Ouvre les yeux mais efforce toi de garder cette porte
fermée. Ça signifie qu’il faut garder un pied ancré.
244
Je repense à mes premiers mois d'apprentissage, lorsque
l'intensité du pouvoir de Sgaeyl rugissait à travers toutes
les ombres que je pouvais rassembler et ajoute :
- Ne sois pas surprise si ça t’échappe. On recommencera.
Je veux qu’elle sache à quel point elle est forte, à quel point
elle est capable, peu importe la suite.
Elle cligne des yeux et me regarde droit dans les yeux.
J'attends que le pouvoir de Tairn la reprenne, mais il n'y a
rien d'autre que le vent qui fouette la neige tout autour de
nous. Elle me sourit et commence à dire quelque chose.
Je ne peux pas croire qu'elle vient de faire ça ; elle a rendu
les choses si faciles. Comment se fait-il qu'elle arrive
constamment à me surprendre ? Je ne peux pas la quitter
des yeux, étudiant la façon dont son sourire s'étend sur ses
traits, comment ses yeux pétillent de joie.
- Tu es… Je réalise que je n'ai pas les mots, sidérante, je
termine inutilement.
Son sourire s'élargit et c'est comme une secousse dans ma
poitrine. Je secoue la tête.
- Je n'ai pas réussi ça avant des semaines, j'admets,
m'attendant pleinement à ce qu'elle l'utilise contre moi.
Mais elle ne le fait pas. Il n'y a aucune moquerie dans sa
voix, elle est douce et haletante lorsqu'elle dit :
- Faut croire que j’avais un meilleur professeur.
Je ne réalise même pas que je la touche ; cela ressemble à
une habitude de couple qui dure depuis des années. Mes
pouces font des cercles près de ses oreilles, caressant sa
peau douce et belle. Je risque de jeter un coup d'œil à ses
lèvres, et c'est si naturel de me pencher et de l'embrasser,
mes mains déplacent sa tête vers la mienne comme un
souvenir musculaire.
245
Une chaleur tortueuse m'envahit et je la laisse partir comme
si elle m'avait brûlé, reculant de quelques pas.
- Bon sang. Te toucher, c’était une mauvaise idée.
Mais mes yeux sont rivés sur elle.
- La pire, acquiesce-t-elle, alors que sa langue effleure sa
lèvre inférieure et je ne peux m'empêcher de gémir à
cette vue, voulant désespérément réduire l'espace
entre nous.
- T'embrasser serait une erreur cataclysmique.
L’un de nous doit arrêter cela, cela ne se terminera que dans
un sens.
- Calamiteuse, acquiesce-t-elle, mais son ton ne
correspond pas à ses paroles.
- On le regretterait tous les deux.
Je ne suis pas assez fort pour arrêter ça. Dis non, Violet.
- Naturellement, murmure-t-elle, ses yeux se croisant
dans les miens en signe de défi.
Ce dernier regard à raison de moi.
- Et puis merde.
J'avance de deux pas et la pousse vers moi, ma
bouche enfin sur la sienne. Au début, tout n'est que chaleur
et feu, la seule idée que je suis enfin en train de l'embrasser
me brûle, incinérant toutes les raisons de lutter contre cela.
En moins d'un battement de cœur, je la plaque contre le mur
de pierre et elle me rend son baiser fébrilement comme si
elle ne voulait jamais que ça s'arrête.
Je veux la toucher partout. Je passe mes mains dans ses
cheveux, inclinant sa tête pour l'embrasser plus
profondément, glissant ma langue dans sa bouche. Ses mains
sont partout sur moi, parcourant ma poitrine et mon dos,
agrippant ma chemise pour rapprocher mon corps d'elle,
246
pour la plaquer plus fort contre le mur. Elle semble se
fondre en moi, s'adoucir pour me laisser toucher chaque
partie d'elle. Mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine à
la sensation de son toucher, ainsi, le désir bat dans mes
veines en pulsations lourdes.
Je ne peux pas en avoir assez d'elle. Je l'embrasse
profondément, savourant son goût, la façon dont sa langue
repousse la mienne, la pression de ses lèvres. J'ai
l'impression qu'elle me brise, brisant les derniers lambeaux
de maîtrise de soi qu'il me reste.
- Violence, je ne peux m'empêcher de gémir contre ses
lèvres.
De plus en plus près.
Je ne peux pas dire si c'est ma pensée ou la sienne, je la tire
juste plus fort contre moi, cherchant imprudemment chaque
partie d'elle. Je la veux enroulée autour de moi, sous moi,
sur moi, partout. Mes mains parcourent la courbe de son dos,
effleurant les nœuds et les lacets, retraçant le souvenir de
la révélation de son dos de son corset centimètre par
centimètre, il y a à peine quelques semaines dans sa
chambre. Mais cette fois, je ne m'arrête pas. Je continue de
bouger, mes mains saisissant ses fesses et la soulevant,
l'invitant sans un mot à enrouler ses jambes autour de ma
taille, la pressant plus haut contre le mur tandis que ses
cuisses serrent mes hanches.
Nous sommes face à face maintenant et ses mains se
glissent dans mes cheveux et me caressent les joues, nos
bouches glissant l'une contre l'autre. J’en veux plus.
Dieux, comme elle me veut… c'est comme si elle tenait mon
cœur dans son poing, le serrant fort. Je la veux tout aussi
fort, mes hanches basculent contre les siennes de leur
247
propre gré, me pressant encore plus fort contre elle. Elle
halète et le son résonne en moi. Je romps le baiser pour la
regarder, les yeux et les cheveux en bataille, perdus en moi.
J'embrasse sa mâchoire, son cou, cherchant avidement
toutes les parties d'elle que je n'ai pas goûtées. Elle gémit
contre moi, ses mains, ses ongles et sa bouche partout sur
moi, ses cuisses serrées autour de ma taille.
Un éclair aveuglant de lumière blanche éclate autour de nous
comme un avertissement, et je sens mes ombres trembler et
manquer un battement au grondement du tonnerre qui
répond. Que diable. Qu’est-ce c’était… ?
C'est comme une secousse dans mon système, réinitialisant
ma conscience et je la repousse, paniqué. Qu'est-ce
qu'on fout ? J'ai complètement perdu le contrôle et ses
yeux sont fixés sur les miens, haletant dans de longues
respirations alors que je m'éloigne d'elle, la posant sur le
sol.
Qu'est-ce que j'ai fait ? Comment ai-je pu laisser cela
devenir si incontrôlable ? C'est son premier jour de
canalisation, la première fois qu'elle est bombardée par les
émotions de Tairn et de Sgaeyl et je…
La nausée menace de me submerger. Il m'a fallu des mois
pour me contrôler face à cette attaque de pouvoir et de
sentiment. Ce n'est pas réel. Ce n'est pas elle. Elle ne veut
pas de ça.
Je recule de quelques pas, sans la quitter des yeux,
m'étouffant presque devant l'intensité de ma trahison. Mais
mon pouls résonne toujours en moi, alors que je dis :
- Tu dois partir.
- Pourquoi ? Sa voix est essoufflée, la luxure et le désir
sont si clairs sur son visage.
248
La neige tombe en légères touffes autour d'elle, le vent lui
ébouriffant les cheveux. Ce n'est pas réel, ce n'est pas elle,
me répète-je.
- Parce que je ne peux pas, dis-je.
Concentre-toi sur ce qui est réel. Sent le sol sous tes pieds.
Creuse. Mets tes mains derrière ta tête. Visualise. J'essaie
de me recentrer, de m'ancrer comme un première année.
- Et je refuse de profiter d’un désir qui n’est pas le tien.
Donc remonte ces marches. Maintenant
Elle me regarde, les yeux écarquillés et brûlants de désir.
- Mais je veux…
- C’est n’est pas toi qui le veux. Je suis si furieux contre
Tairn et Sgaeyl que j'ai envie de le crier au ciel.
Mais c'est moi qui l'ai fait, pas eux.
- C'est ça le putain de problème. Et je ne peux pas te
laisser seule ici, alors aie un semblant de pitié pour moi
et va-t’en.
J'ai l'impression que mon cœur se brise. Ce n'est pas réel.
Je regarde ce que j'ai presque laissé se produire dans ses
yeux, et elle hoche simplement la tête et court. Mes ombres
courent après elle, comme si elles ne voulaient pas la laisser
partir.
M'enveloppant dans l'obscurité, je m'agenouille et mets mes
mains dans le gravier glacé, les serrant, sentant les éclats de
pierre acérés me mordre la peau. Ce n'est pas réel, je me le
répète encore et encore.
Sauf que cela m’a semblé très réel.
249
Chapitre 21 : Distance
De retour sur le terrain de vol le lendemain matin, je rejoue
encore et encore la même scène, notre baiser de la veille,
juste pour me punir. Chaque fois semble plus brutale que la
précédente. J'entends ses halètements et ses
gémissements, puis le grondement du tonnerre dans les airs.
Je goûte ses lèvres, puis j’ai envie de vomir en réalisant ce
que j'ai fait sans son consentement. Je vois ses yeux
luisants et brûlants, comme si rien d'autre au monde ne
comptait à part moi, puis un éclair brûlant de douleur et de
trahison.
Il joue en boucle, me torturant. Sgaeyl nous fait voler haut
dans les nuages, un œil vigilant se tournant vers moi entre
ses ailes. Elle ne m'a rien dit de la matinée.
J’ai au moins arrêté le baiser. Si nous faisons attention
entre le bien et le mal dans ce scénario, cela doit compter
pour quelque chose, n'est-ce pas ? Et ce n'est pas comme si
j'étais totalement insensible à la proximité de Sgaeyl et
Tairn ; mes poings se serrent au souvenir de cette chaleur
ardente qui me déchirait pendant que j'essayais de la
250
maintenir droite et de la protéger. Peut-être pas de la même
manière que Violet, mais quand même…
Est-ce que ça compte ? À peine.
Je fais le tri dans mes souvenirs de la nuit dernière, à la
recherche d'indices. Où est-ce que je suis allé trop loin ?
Quand aurais-je dû l'arrêter ? Mais dans la lumière crue du
matin, tout semble tellement flou. Je n'arrive pas à démêler
nos émotions de celles de nos dragons, mes sentiments des
siens, ce qui est réel et ce qui ne l'est pas.
Elle comptait sur moi pour la protéger, pour lui apprendre à
se protéger et à assurer sa sécurité. Et au lieu de cela, je
laisse nos émotions – non, mes émotions – prendre le pas sur
tout le reste.
Je pense au moment où j'ai pris son visage dans mes mains,
ses yeux fermés et me faisant confiance alors qu'elle
construisait ces premiers boucliers dans son esprit. Elle m'a
fait confiance et je l'ai trahie.
Nous sommes liés pour toujours grâce à nos dragons, mais il
devient très clair que je ne peux pas me faire confiance en
sa présence. Je suis tellement attiré par elle qu'il m'a fallu
moins de vingt minutes pour la presser contre le mur et que
toutes les raisons rationnelles de ne pas l'embrasser ont
disparu de ma tête. C'est la sœur de Brennan. Elle est liée
à Tairn. J'ai besoin d'elle à nos côtés à la fin de ça. J'ai
besoin qu'elle nous fasse confiance. Et je m’y prends de
toutes les mauvaises manières possibles.
Dieux, j'adorerais tout lui dire. Je meurs d'envie de faire
tomber les murs entre nous et de lui montrer qui je suis
vraiment. Mais si je fais cela, je trahis tous ceux qui m’ont
fait confiance. Elle ne le dirait jamais, j'en suis certain, mais
il suffit d'un moment d'inattention avec Aetos et nous
251
sommes tous morts. Même si je veux qu'elle le sache, je ne
peux pas prendre de risques. Je dois rester loin d'elle.
- Tu dois le lui dire bientôt, Xaden. Sgaeyl ne s'adresse à moi par
mon nom que lorsqu'elle est furieuse contre moi.
- Ouais, eh bien…. Désolé, j'ai du mal à évoquer « ton
frère décédé qui finalement est vivant » dans les
conversations de tous les jours.
Je lui réponds, toujours irrité par le fait que ses pitreries
de la nuit dernière et son manque de blocage suspect m'ont
mis dans cette situation. Je suis sûr qu’ils ont fait exprès
d’oublier de mettre leurs boucliers en place.
- Ce n'est pas de cette information dont je parle et tu le sais. Son œil
doré me cloue à mon siège.
Elle a raison. Cela est – et sera toujours – le secret de
Brennan.
- Elle doit être au courant pour les venins et de la menace au-delà de nos
frontières. Je ne demanderai pas à Tairn de le lui cacher plus longtemps.
Cela le brise.
- Je ne lui cache pas ça pour m'amuser. Ses pouvoirs sont
trop récents, elle a besoin de temps pour construire
des boucliers solides.
- Le garçon Aetos pose effectivement un problème, murmure Sgaeyl.
Je pourrais toujours l’incinérer si tu veux.
Je lève les yeux au ciel, un petit sourire s'étalant sur mon
visage, malgré moi.
- D’accord, je ne le ferais pas, pas pour l’instant en tout cas, acquiesce
Sgaeyl, toutes blagues mises à part. Mais tu dois le lui dire
bientôt, Xaden. Elle doit le savoir.
De sombres nuages orageux commencent à se rassembler
autour de nous et je repense à la nuit dernière, au seul éclair
crépitant qui a éclairé le ciel. Je me suis repassé de manière
252
si obsessionnelle chaque moment intime entre Violet et moi
que, d'une manière ou d'une autre, le grand éclair
dramatique semblait insignifiant. À ce moment-là, cela
ressemblait à un avertissement, mais ici dans le ciel, mon
propre pouvoir me traversant alors que nous volons parmi les
nuages, j'ai l'impression d'être tombé sur une pièce d'un
puzzle qui me manquait.
- Sgaeyl, penses-tu que Violet pourrait être…
Je n'ai pas les mots pour terminer ma pensée, cela fait des
décennies que quelqu'un n'a pas contrôlé la foudre de cette
façon.
- Il est trop tôt pour le savoir.
- C’est ce que Tairn a dit…
- Ce n'est pas ainsi que fonctionnent les sceaux. Elle s'empresse de
mettre fin à toute discussion sur ce son sujet.
- Tu le sais, chef d’aile, ajoute-t-elle plus doucement.
Je sais que les chances sont minimes. Mais mon esprit tourne
avec les possibilités d'une telle énergie brute, enfin entre
les mains de quelqu'un qui pourrait l'utiliser correctement et
ramener un certain équilibre dans notre monde.
253
longues distances. La section Griffe a raté des manœuvres
aériennes lors de la tempête de la semaine dernière, elle a
besoin de relever le défi.
Plus il pense que je lui ai cédé, mieux c'est. Lorsque les
ordres reviendront pour Sumerton dans quelques jours,
j'aurai le précédent qu'il a créé pour amener mon équipe
près du point de rendez-vous à Athebyne sans soupçon.
Le nouveau chef d'aile, Lamani, essaie de servir de
médiateur et je le regarde, les bras croisés avant de
finalement hocher la tête en signe d'accord, comme s'ils
m'avaient épuisé.
Je me suis préparé à ce moment toute la journée, mais le
regard de Violet de l'autre côté du couloir me donne
toujours l'impression qu’elle caresse ma peau. Mes yeux se
fixent sur les siens comme un aimant, m'attendant à voir le
même regard de trahison qu'elle m'a octroyé la nuit
dernière. Au lieu de cela, elle me regarde comme si elle
rejouait le baiser dans son esprit, les lèvres entrouvertes et
les yeux pleins de désir. Cela me donne envie de réduire la
distance entre nous et de tout recommencer.
Je vois Aetos se frayer un chemin à travers la foule
derrière elle et ça me tend, mon regard cherchant Liam pour
intervenir, mais il est en conversation avec Ridoc.
J'entends Aetos dire :
- Vi, on peut se parler ? et c'est tout ce qu'il faut pour
détacher le regard de Violet du mien.
La jalousie me brûle alors que je les regarde parler et que
Violet se retourne pour partir avec lui, disant à Rhiannon
qu'elle revient tout de suite. Mon regard se pose sur Liam
qui me fait une grimace d'excuse.
254
J'ai désespérément envie d'envoyer mes ombres les suivre,
d'écouter cette conversation « nécessaire » pour avoir juste
un aperçu sans de ce qu'elle ressent en pensant ne pas être
surveillée, à propos de la nuit dernière. Mais ça me rendrait
aussi mauvais que lui. Si je la suis, même si c'est pour être
sûr qu'il ne mette pas la main sur elle et ne s'aide pas de ses
pouvoir, pour lire ses pensées, je serais aussi mauvais que lui.
Après hier soir, je lui dois bien plus que ça. Je rapproche les
ombres de moi, déterminé à lui donner la distance dont nous
avons désespérément besoin.
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