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Théorie des distributions et applications

finalproject - Inconnu(e)

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Licence Sciences et Techniques (LST)

MATHEMATIQUES ET APPLICATIONS

MEMOIRE DE FIN D’ETUDES


Pour l’obtention du Diplôme de Licence Sciences et Techniques

Titre

Solutions élémentaires des opérateurs différentiels

Présenté par :

 Tifaddent Ahlam

Encadré par :

 Pr . El Baraka Azzeddine

Soutenu le 10 juillet 2021 devant le jury composé de :

- Pr. El Baraka Azzeddine


- Pr. El Khaoulani El Idrissi Rachid
- Pr. EL Ayadi Rachid
- Pr. Hilali Abdelmajid

Stage effectué à Faculté des sciences et technique de Fès

Année Universitaire 2020/2021

FACULTE DES SCIENCES ET TECHNIQUES FES – SAISS


 B.P. 2202 – Route d’Imouzzer – FES
 212 (0)5 35 61 16 86 – Fax : 212 (0)5 35 60 82 14
Site web : [Link]
Remerciement
Au terme de la rédaction de ce mémoire, c'est un devoir agréable
d'exprimer en quelques lignes la reconnaissance que je dois à tous
ceux qui ont contribué de loin ou de près à l'élaboration de ce
travail, qu'ils trouvent ici mes vifs respects et ma profonde
gratitude.

Je présente mes profonds respects et mes reconnaissances à Mr.


El Baraka Azzeddine, professeur de la faculté des Sciences et
Techniques de Fès, pour son encadrement fructueux, sa
générosité, son suivi au cours de mon stage.

Je tiens à le remercier profondément pour l'aide efficace qu'il m'a


toujours apportée, ses critiques et ses remarques ont largement
contribué à l'aboutissement de mon travail. J'adresse mes plus
sincères remerciements aux membres de Jury, Mr. El Khaoulani
Rachid, Mr. El Ayadi Rachid, Mr. Hilali Abdelmajid professeurs de la
faculté des Sciences et Techniques de Fès, d'avoir accepté de juger
mon travail.

Enfin, merci à mes parents, pour m'avoir donné le gout et


l'ambition de faire des études, ainsi qu'a tous les professeurs qui,
au cours de ma scolarité du primaire à la licence, m'ont fait aimer
les mathématiques.
Table des matières

1 Quelques rappels 5
1.1 Topologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.1 Voisinage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.2 Adhérence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.3 Compacité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.2 L’intégrale de Lebesgue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.2.1 Théorème de convergence dominée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2.2 Intégrales à paramètre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.2.3 Les espaces Lp . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2.4 Théorème de Fubini . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.3 Théorème du changement de variable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4 Forme linéaire continue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

2 Fonctions tests 13
2.1 Les espaces C k (Ω) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.2 Notations multi-indicielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.3 Formule de Taylor avec reste intégral . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.4 Fonctions de classe C ∞ à support compact . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.4.1 Support d’une fonction continue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.4.2 Espace des fonctions test . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
2.5 Topologie de D(Ω) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.6 Construction de fonctions plateaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.7 Partition de l’unité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.8 Densité par troncature . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.9 Produit de convolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
2.10 Densité par régularisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28

3 Les distributions sur un ouvert de Rn 31


3.1 Définition fonctionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.2 Ordre d’une distribution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
3.3 Exemples de distributions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.3.1 Fonctions localement intégrables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.3.2 Distribution de Dirac . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3.3.3 La valeur principale de x1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36

2
3.3.4 Distribution positive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
3.3.5 Distribution de Dirac dérivée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.3.6 Une distribution d’ordre infini . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
3.3.7 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40

4 Opérations sur les distributions 43


4.1 Dérivation d’une distribution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
4.2 Multiplication par une fonction de classe C ∞ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46

5 Support d’une distribution 50


5.1 Restriction à un ouvert . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
5.2 Support d’une distribution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
5.3 Distributions à support compact . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57

6 Solutions élémentaires d’EDP 62


6.1 Formule des sauts en dimension n=1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
6.2 Formule des sauts pour un demi-espace . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
6.3 Ouverts réguliers dans Rn . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
6.3.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
6.3.2 Vecteur normal unitaire sortant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
6.3.3 Formule d’intégration par parties, exemples . . . . . . . . . . . . . . . . 67
6.4 Formule de Green pour le Laplacien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
6.5 Solutions élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
6.6 Applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
6.6.1 Solution élémentaire du Laplacien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
6.6.2 Solution élémentaire de l’équation de la chaleur . . . . . . . . . . . . . . 76
6.6.3 Solution élémentaire de l’opérateur ∂ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80

7 Produit tensoriel 82
7.1 Produit tensoriel de deux fonctions localement intégrables . . . . . . . . . . . . 82
7.2 Produit tensoriel de deux distributions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87

8 Convolution des distributions 89


8.1 Produit de convolution de deux distributions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
8.2 Propriétés de bases . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
8.3 Applications du produit tensoriel et de la convolution . . . . . . . . . . . . . . . 93
8.3.1 Théorèmes de densité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
8.4 Support singulier d’une distribution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
8.5 Utilisation des solutions élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
8.5.1 Opérateurs hypoelliptiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
8.5.2 Existence de solutions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
8.5.3 Structure locale des distributions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99

FST Fès 3 Tifaddent Ahlam


Introduction

L’objectif de ce rapport est d’étudier la théorie des distributions et ses applications aux
solutions élémentaires des opérateurs différentiels.
La théorie des distributions étend la notion de dérivée à toutes les fonctions localement inté-
grables et au-delà, et est utilisée pour formuler des solutions à certaines équations aux dérivées
partielles. Elles sont importantes en physique et en ingénierie où beaucoup de problèmes dis-
continus conduisent naturellement à des équations différentielles dont les solutions sont des
distributions plutôt que des fonctions ordinaires.
De plus, il s’agit de "fonctions généralisées" auxquelles on peut étendre un certain nombre de
concepts de l’analyse, de la topologie ....
Une des manières de se convaincre de l’utilité et même de la nécessité d’une telle extension est
d’avoir une réflexion critique sur l’utilisation des fonctions en physique.
Les distributions sont utilisées depuis longtemps par les physiciens (distributions de Dirac ,....),
mais une théorie mathématique rigoureuse n’est apparue que récemment dans les travaux de
Sobolev (1936) et surtout L. Schwartz (1950) (en parallèle : Gelfand (1964). C’est la théorie
la plus adaptée à l’étude de nombreux systèmes physiques et notamment à celle des systèmes
linéaires continus. Avec la notion de distribution, la convolution et la transformée de Fourier
deviennent des outils mathématiques d’une grande puissance.

4
Chapitre 1
Quelques rappels

1.1 Topologie
1.1.1 Voisinage
Définition 1.1.1
On appelle voisinage d’un point x ∈ Rn , n désignant toujours un entier supérieur ou égale
à 1, tout ensemble V qui contient un ouvert Ox contenant x, autrement dit

x ∈ Ox ⊂ V.

On note ϑ(x) l’ensemble des voisinages de x. Donc,

x ∈ ϑ(x) ⇔ ∃ Ox ouvert ⊂ Rn /x ∈ Ox ⊂ V

Définition 1.1.2: Ensemble ouvert


Une partie A de Rn est un ouvert si et seulement si elle est voisinage de chacun de ses
points.

1.1.2 Adhérence
Définition 1.1.3
Soit A une partie de Rn et x ∈ Rn . On dit que x est un point adhérent à A si tout
voisinage ouvert de x contient un point de A. L’ensemble des points adhérents à A
s’appelle l’adhérence de A, il est noté A. On a A ⊂ A.

5
Définition 1.1.4
Soit A une partie de Rn . L’adhérence A est le plus petit fermé contenant A, et donc A
est égale à l’intersection de tous les fermés contenants A, autrement dit
\
A F
F fermé , F ⊃A

Définition 1.1.5: Ensemble fermé


Une partie A ⊆ Rn est un fermé de Rn si elle contient tous ses points frontières.

Proposition 1.1.1
Pour toute partie A de Rn , on a

A ⊆ A ⊆ A.

Proposition 1.1.2
Pour toute partie A de Rn , on a

A est ouverte ⇔ Ac est fermé.

Proposition 1.1.3

Une partie A est un fermé de Rn si et seulement si pour toute suite convergente (xn )n∈N
d’éléments de A, sa limite x = lim xn appartient à A.
n→+∞

Proposition 1.1.4

A ⊆ Rn est un fermé de Rn si et seulement si A = A.

Proposition 1.1.5
Soit x ∈ Rn et A une partie de Rn .

x ∈ A ⇔ ∀ V ∈ ϑ(x) , V ∩ A 6= ∅.

Proposition 1.1.6
Soit x ∈ Rn et A une partie de Rn .

x ∈ A ⇔ il existe une suite (xn )n d’éléments de A/xn −−−−→ x.


n→+∞

FST Fès 6 Tifaddent Ahlam


1.1.3 Compacité
Définition 1.1.6
Soit K un sous-ensemble de Rn . On dit que K est compact si toute suite de K possède
une sous-suite convergente vers un élément de K.

Proposition 1.1.7: Heine-Borel


Les compacts de R sont les fermés bornés.

Théorème 1.1.1: Heine-Borel généralisé


Les compacts de Rn sont les fermés bornés.

Proposition 1.1.8

Soit f : Rn −→ R une application continue. Si K est un compact dans Rn , alors f (K)


est un compact dans Rm .

Théorème 1.1.2: Weierstrass


Soit K un compact dans Rn et soit f : K −→ R une application continue. Alors, f admet
un maximum et un minimum dans K, autrement dit il existe c, d ∈ K tels que

f (d) ≤ f (x) ≤ f (c) pour tout x ∈ K.

Définition 1.1.7: Recouvrement ouvert


Soit A ⊂ Rn . On dit que la famille O ⊆ P(Rn ) est un recouvrement ouvert de A si et
seulement si :
1. Pour tout U ∈ O, U est un ouvert de X.
[
2. A ⊆ U.
U ∈O

Proposition 1.1.9: Borel-Lebesgue


Un sous-ensemble A de Rn est compact si et seulement si de tout recouvrement ouvert
O de A, il existe un nombre fini d’ouverts
n
[
{U1 , . . . , Un } ⊆ O tel que A ⊆ Uk .
k=1

FST Fès 7 Tifaddent Ahlam


1.2 L’intégrale de Lebesgue
Définitions et propriétés 1.2.1

 Dans R, la mesure d’un intervalle [a, b] ou ]a, b[ est égale à b − a.


 La mesure d’un pavé [a1 , b1 ] × [a2 , b2 ] × . . . × [an , bn ] de Rn est égale au produit des
(bi − ai ) (que les intervalles soient fermés ou non).
 La mesure d’un nombre fini ou dénombrable de points est nulle. Mais il existe des
ensembles non dénombrables de mesure nulle.
 Un sous-ensemble d’un ensemble de mesure nulle est de mesure nulle.
 L’ensemble ∅ est de mesure nulle, celle d’une partie bornée de Rn est finie et celle
de Rn est infinie.
 La mesure d’une réunion finie ou dénombrable de parties mesurables de Rn , deux-
à-deux disjointes est la somme des mesures de ces parties. Elle est nulle si ces
parties sont toutes de mesure nulle. Nous obtenons ainsi un ensemble M de parties
mesurables.
 Une fonction f : Rn −→ R, n ≥ 1, est dite mesurable si l’image réciproque de toute
partie mesurable est mesurable (ou si elle est presque partout limite simple d’une
suite de fonctions continues).
 Une fonction f est intégrable si l’intégrale de |f | est finie.
 Une fonction f est dite intégrable au sens de Lebesgue si et seulement si son module
est intégrable également. Autrement dit :
Z Z
f (t) dt existe ⇔ |f (t)| dt existe

 Une fonction quelconque f est la différence de deux fonctions positives. Si ces


fonctions sont mesurables, on a :

f = f+ − f− , f+ (x) = sup(f (x), 0) , f− (x) = sup(−f (x), 0)

et on définit : Z Z Z
f (x) dx = f+ (x) dx − f− (x) dx

FST Fès 8 Tifaddent Ahlam


1.2.1 Théorème de convergence dominée
Théorème 1.2.1
Soit (fk : Rn −→ R)k∈N une suite de fonctions intégrables. On suppose que
1. il existe une fonction f : Rn −→ R telle que la suite (fk )k∈N converge simplement
vers f presque partout sur Rn .
2. il existe une fonction g : Rn −→ [0, +∞[ intégrable telle que, pour tout k ∈ N,
|fk | ≤ g presque partout sur Rn .
Alors la fonction f est intégrable sur Rn et on a
Z Z Z Z
lim |f − fk | = 0 et lim fk = lim fk = f.
k→+∞ Rn k→+∞ Rn Rn k→+∞ Rn

1.2.2 Intégrales à paramètre


Théorème 1.2.2: Continuité sous le signe intégral
Soit a ∈ Rn . On considère une fonction f de Rn × Rm dans R qui vérifie les conditions
suivantes :
1. Pour tout x ∈ Rn , l’application partielle fx : y 7−→ f (x, y) est mesurable.
2. Pour presque tout y ∈ Rm , l’application partielle x 7−→ f (x, y) est continue au
point a.
3. Il existe une fonction g ∈ L1 (Rm ) telle que |f (x, y)| ≤ g(y), pour tout x ∈ Rn et
pour presque tout y ∈ Rm .
Z
Alors, il est possible de définir une application F : Rn −→ R par F (x) = f (x, y) dy,
Rm
et F est continue au point a.

FST Fès 9 Tifaddent Ahlam


Théorème 1.2.3: Dérivabilité sous le signe intégral
Soit O un ouvert de Rn . On considère une fonction f de O × Rn dans R qui vérifie les
conditions suivantes :
1. Pour tout x ∈ O, l’application partielle fx : y 7−→ f (x, y) est intégrable.
2. Pour presque tout y ∈ Rn , l’application partielle fy : x 7−→ f (x, y) est de classe C 1
dans O.
3. Il existe une fonction g ∈ L1 (Rn ) telle que

∂f
∀ i ∈ {1, . . . , p}, (x, y) ≤ g(y)
∂xi

pour tout x ∈ O et pour presque tout y ∈ Rn .


Z
Alors, il est possible de définir une fonction F : O −→ R par F (x) = f (x, y) dy. Cette
Rn
fonction est de classe C 1 dans O, et ses dérivées partielles sont données par
∂F Z
∂f
(x) = (x, y) dy
∂xi R ∂xi
n

1.2.3 Les espaces Lp


Soit p ∈ R∗+ . On note Lp (Rn ) l’ensemble des fonctions f , mesurables de Rn dans R, qui
vérifient Z
|f (x)|p dx < +∞
Rn
p n
On appelle espace L (R ) l’espace des classes de fonctions égales presque partout qui sont dans
Lp (Rn ). Plus précisément, on définit la relation d’équivalence ∼ sur Lp (Rn ) par

f ∼ g ⇔ f = g p.p

et on définit Lp (Rn ) = Lp (Rn )/ ∼. On identifie ensuite la classe d’équivalence de f ∈ Lp (Rn )


qui est un élément de Lp (Rn ) avec son représentant f .
Pour f ∈ Lp (Rn ), on pose
Z 1
p
p
kf kp = |f (x)| dx .
Rn

Alors, k · kp est une norme sur Lp (Rn ) pour lequel cet espace est complet.

Proposition 1.2.1: Inégalité de Hölder

Soient f et g deux fonctions mesurables de Rn dans [0, +∞[. Alors, pour tout p ≥ 1, si
q est l’exposant conjugué de p, i.e. le réel tel que p1 + 1q = 1,
Z Z  1 Z 1
p q
p q
f (x)g(x) dx ≤ f (x) dx g (x) dx
Rn Rn Rn

FST Fès 10 Tifaddent Ahlam


Corollaire 1.2.1
Soient p et q deux exposants conjugués. Si f ∈ Lp (Rn ) et g ∈ Lq (Rn ), le produit f g est
dans L1 (Rn ), et
kf gk1 ≤ kf kp kgkq .

1.2.4 Théorème de Fubini


Théorème 1.2.4
Soit f ∈ L1 (Rn+m ). Alors, les fonctions suivantes sont définies presque partout
Z Z
x 7−→ f (x, y) dy et y 7−→ f (x, y) dx
Rm Rn

et sont respectivement dans L1 (Rn ) et L1 (Rm ). De plus, on a la relation suivante


Z Z Z  Z Z 
f (x, y) dxdy = f (x, y) dy dx = f (x, y) dx dy.
Rn+m Rn Rm Rm Rn

1.3 Théorème du changement de variable


Théorème 1.3.1
Soit ϕ : U −→ V = ϕ(U) un C 1 -difféomorphisme entre deux ouverts de Rn . Alors,
1. Pour toute fonction g mesurable et positive,

g : ϕ(U) −→ [0, ∞]

on a Z Z
g(x) dx = g(ϕ(x))| det (Jϕ (x)) | dx.
ϕ(U ) U

2. De plus, une fonction mesurable f : ϕ(U) −→ R est intégrable sur ϕ(U) si et


seulement si
(f ◦ ϕ)| det (Jϕ (·)) | est intégrable sur U
et on a Z Z
f (x) dx = f (ϕ(x))| det (Jϕ (x)) | dx.
ϕ(U ) U

FST Fès 11 Tifaddent Ahlam


Notations 1.3.1
? On note L1 (A) l’espace vectoriel
Z des fonctions intégrables au sens de Lebesgue,
L1 (A) = {f : A ⊂ Rn −→ R/ |f (x)| dx < +∞}. Cet espace est muni de la norme
A
k · k1 : Z
kf k1 = |f (x)| dx
A

? On note L2 (A) l’espace vectoriel des fonctions de carré sommable au sens de Lebesgue,
Z 1/2
L2 (A) = {f : A ⊂ Rn −→ R/ |f (x)|2 dx < +∞}. Cet espace est muni de la
A
norme k · k2 :
Z 1/2
kf k2 = |f (x)|2 dx
A

? On note L∞ (A) l’espace vectoriel des fonctions bornés presque partout,


L∞ (A) = {f : A ⊂ Rn −→ R/sup|f (x)| < +∞}. Cet espace est muni de la norme k · k∞ :
x∈A

kf k∞ = sup|f (x)|
x∈A

1.4 Forme linéaire continue


Définitions et propriétés 1.4.1
Une forme linéaire sur un espace vectoriel E est une application linéaire de E dans le
corps K = (R ou C). Elle est continue si, E étant muni d’une topologie, elle transforme
une suite de E convergente pour sa topologie en une suite convergente dans K.
L’ensemble des formes linéaires sur un espace vectoriel de dimension finie E est le dual
(algébrique) E ∗ , isomorphe à E. Dans ce cas, toutes les formes linéaires sont continues.
Si E est de dimension infinie, la situation est différente. Une forme linéaire n’est pas
forcément continue.

FST Fès 12 Tifaddent Ahlam


Chapitre 2
Fonctions tests

Dans tout ce chapitre, Ω désigne un ouvert de Rn .

2.1 Les espaces C k (Ω)


On désignera par C 0 (Ω) = E 0 (Ω) (resp. C 1 (Ω) = E 1 (Ω)) l’espace des fonctions continues
(resp. continûment différentiables) sur Ω à valeurs réelles puis, pour k ∈ N, k ≥ 2, on pose

∂u
C k (Ω) = {u ∈ C k−1 (Ω)/ ∈ C k−1 (Ω), i = 1, . . . , n}
∂xi
C’est l’espace des fonctions k-fois continûment différentiables sur Ω à valeurs dans R. On notera
enfin
C ∞ (Ω) = C k (Ω)
\

k∈N

L’espace des fonctions indéfiniment différentiables sur Ω. Pour désigner les dérivées partielles
d’ordre supérieur à 1, il sera commode d’introduire les notations suivantes.

2.2 Notations multi-indicielles


Un multi-indice α est un n-uplet d’entiers, α = (α1 , . . . , αn ) ∈ Nn . On appelle longueur de
α l’entier
|α| = α1 + . . . + αn
On définit la factorielle de α par
α! = α1 ! . . . αn !
Si x ∈ Rn on pose aussi
xα = xα1 1 . . . xαnn
Si α et β sont deux multi-indices, on dit que α ≤ β lorsque αi ≤ βi pour tout i ∈ {1, . . . , n}.
On pose aussi !
α α!
=
β β!(α − β)!

13
Enfin, on pose !α1 ! αn
∂ ∂
∂xα =∂ =α
...
∂x1 ∂xn
c’est-à-dire pour une fonction f de C ∞ sur Ω, on définit ses dérivées partielles d’ordre α comme
suit
∂xα f (x) = ∂ α f (x) = ∂xα11 . . . ∂xαnn f (x)
Alors, une fonction ϕ ∈ C k (Ω) si pour tout α ∈ Nn tel que |α| ≤ k, la fonction ∂ α ϕ est dans
C 0 (Ω).
Une formule importante est celle de Leibniz. Soient k ≥ 1, ϕ,ψ ∈ C k (Ω). Alors, pour tout
multi-indice α de longueur inférieure ou égale à k,
!
α α β
∂ ϕ.∂ α−β ψ
X
∂ (ϕ.ψ) =
β≤α β

2.3 Formule de Taylor avec reste intégral


Voici une formule qui nous sera souvent utile dans la suite.

Proposition 2.3.1

Soit Ω un ouvert de Rn , k ≥ 1 un entier et ϕ une fonction de classe C k sur Ω. Soient x et


y deux points de Ω tels que le segment [x, y] soit contenu dans Ω. Alors

1 α α
X k
α
Z 1
(1 − t)k−1 ∂ α ϕ(tx + (1 − t)y) dt
X
ϕ(x) = ∂ ϕ(y)(x − y) + (x − y)
|α|≤k−1
α! |α|=k
α! 0

Dans le cas de la dimension 1 on obtient la formule suivante


k−1
1 Z 1
(1 − t)k−1 (k)
(x − y)i ϕ(i) (y) + (x − y)k
X
ϕ(x) = ϕ (tx + (1 − t)y) dt
i=0 k! 0 (k − 1)!

2.4 Fonctions de classe C ∞ à support compact


2.4.1 Support d’une fonction continue
Définition 2.4.1
Le support d’une fonction ϕ ∈ C 0 (Ω) est le plus petit sous-ensemble fermé de Rn noté
supp ϕ et défini par l’une des assertions équivalentes suivantes :
1. supp ϕ = {x ∈ Ω / ϕ(x) 6= 0}.
2. (supp ϕ)c est le plus grand ouvert où la fonction ϕ est nulle.
3. x0 6∈ supp ϕ si et seulement s’il existe un voisinage Vx0 de x0 tel que : ∀x ∈ Vx0 ,
ϕ(x) = 0.

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Remarque 2.4.1

Soit ϕ ∈ C 0 (Ω), on a :

x ∈ supp ϕ ⇔ ∀ V ∈ ϑ(x) , V ∩ {y ∈ Ω / ϕ(y) 6= 0} =


6 ∅
⇔ ∀ V ∈ ϑ(x) , ∃ y ∈ V /ϕ(y) 6= 0
x 6∈ supp ϕ ⇔ ∃ V ∈ ϑ(x) / ∀ y ∈ V , ϕ(y) = 0

Exemple 2.4.1 Soit x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn , t = |x| = la norme de x. On pose :


 −1
e 1−t2 si t < 1
ϕ(x) =
0 si t ≥ 1
On a
supp ϕ = {x ∈ Rn / ϕ(x) 6= 0}
= {x ∈ Rn / |x| < 1}
= {x ∈ Rn / |x| ≤ 1}
= B(0, 1) où B désigne la boule fermé .

Proposition 2.4.1
Soient ϕ et ψ deux fonctions continues telles que ϕ, ψ : Ω −→ R, on a alors :
1. supp (ϕ + δψ) ⊂ supp ϕ ∪ supp ψ , pour tout δ ∈ R.
2. Si ϕ ∈ C k (Ω), alors pour tout α ∈ Nn tel que |α| ≤ k, supp ∂ α ϕ ⊂ supp ϕ .
3. supp (ϕ.ψ) ⊂ supp ϕ ∩ supp ψ .

Démonstration.

1.
x ∈ supp (ϕ + δψ)(x) ⇔ ∀ V ∈ ϑ(x) , V ∩ {y ∈ Ω / (ϕ + δψ)(y) 6= 0} =6 ∅
⇔ ∀ V ∈ ϑ(x) , ∃ y ∈ V /ϕ(y) + δψ(y) 6= 0
⇒ ∀ V ∈ ϑ(x) , ∃ y ∈ V /ϕ(y) 6= 0 ou δψ(y) 6= 0
⇒ ∀ V ∈ ϑ(x) , ∃ y ∈ V /ϕ(y) 6= 0 ou ψ(y) 6= 0
⇒ x ∈ supp ϕ ou x ∈ supp ψ
D’où, supp (ϕ + δψ) ⊂ supp ϕ ∪ supp ψ , pour tout δ ∈ R.
2.
x ∈ (supp ϕ)c ⇔ x 6∈ supp ϕ
⇔ ∃ V ∈ ϑ(x) / ∀ y ∈ V , ϕ(y) = 0
⇒ ∃ V ∈ ϑ(x) / ∀ α ∈ Nn , ∀y ∈ V , ∂ α ϕ(y) = 0
⇒ x 6∈ supp ∂ α ϕ
⇒ x ∈ (supp ∂ α ϕ)c

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Donc, (supp ϕ)c ⊂ (supp ∂ α ϕ)c .
Finalement, supp ∂ α ϕ ⊂ supp ϕ , pour tout α ∈ Nn .
3. On considère les ensembles suivants :

A = {x ∈ Ω/ϕ(x) 6= 0} , B = {x ∈ Ω/ψ(x) 6= 0} , A ∩ B = {x ∈ Ω/(ϕ.ψ)(x) 6= 0}

Comme A ∩ B ⊂ A et A ∩ B ⊂ B, alors on a A ∩ B ⊂ A et A ∩ B ⊂ B. Par conséquent,


A ∩ B ⊂ A∩B, et le résultat s’en déduit. 

2.4.2 Espace des fonctions test


Définition 2.4.2
L’espace des fonctions test, noté D(Ω) ou bien C0∞ (Ω), est l’ensemble des fonctions ϕ de
classe C ∞ telles qu’il existe un compact K ⊂ Ω, K = supp ϕ.
On notera DK (Ω) = {ϕ ∈ D(Ω), supp ϕ ⊂ K} pour K un compact inclus dans Ω.

Notons que D(Ω) est un espace vectoriel ( si α, β ∈ R, et ϕ1 , ϕ2 ∈ D(Ω) alors


αϕ1 + βϕ2 ∈ D(Ω)).
En effet, ϕ1 , ϕ2 ∈ D(Ω) entraine ϕ1 , ϕ2 ∈ C ∞ (Ω) et par suite αϕ1 + βϕ2 ∈ C ∞ (Ω).
Il reste à montrer que supp (αϕ1 + βϕ2 ) est un compact de Ω.
Il en résulte de la proposition 2.4.1, page 15 que supp (αϕ1 + βϕ2 ) ⊂ supp ϕ1 ∪ supp ϕ2 . Ceci
prouve que supp (αϕ1 + βϕ2 ) est borné. De plus, supp (αϕ1 + βϕ2 ) est fermé par définition,
donc supp (αϕ1 + βϕ2 ) est un compact de Ω. D’où le résultat.

Exemple 2.4.2 La fonction f : R −→ R définie par :


 −1
e x2 si x > 0
f (x) =
0 si x ≤ 0

est de classe C ∞ . Si x < 0, toutes les dérivées de f sont nulles. Si x = 0, les dérivées à gauche
de f sont nulles. Si x > 0, on a

2 −12 4 − 6x2 −12 P (x) −1


f 0 (x) = 3
e 00
x , f (x) =
6
e x , . . . , f (k) (x) = 3k e x2 ,
x x x
où P (x) est un polynôme. Dès lors,
−1 3k
(k) e x2 u2
lim f (x) = P (0) lim+ 3k = P (0) lim u = 0,
x→0+ x→0 x u→∞ e

il suffit d’appliquer plusieurs fois la règle de l’Hospital. Enfin, si x = 0, les dérivées à droite de
f sont nulles : f (k) (0) = 0, ∀k ∈ N. En effet, procédons par récurrence sur k. Pour k = 0, c’est
évident. Supposons que f (k) (0) = 0 et montrons que : f (k+1) (0) = [Link] a
−1 −1

(k+1) f (k) (x) − f (k) (0) e x2 e x2


f (0) = lim = lim P (x) 3k+1 = P (0) lim 3k+1 = 0
x→0 x−0 x→0 x x→0 x

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Ainsi f est indéfiniment dérivable sur R. Or suppf = [0, +∞[ n’est pas compact.
En effet, on a [0, +∞[ ⊂
S
[0, n[. Par absurde, supposons que l’intervalle [0, +∞[ est compact,
n∈N∗
alors
N
[  
[0, +∞[ ⊂ [0, ni [ ⊂ [0, n1 [ ∪ . . . ∪ [0, nN [ = 0, max ni
1≤i≤N
i=1

ce qui est absurde. Donc, suppf = [0, +∞[ n’est pas compact et par conséquent f 6∈ D(R).

Exemple 2.4.3 La fonction ϕ : R −→ R définie par


 −1
e 1−x2 si |x| < 1
ϕ(x) =
0 si |x| ≥ 1

appartient à D(R). En effet, si |x| > 1, alors ϕ(x) = 0 et ϕ ∈ C ∞ . De même, si |x| < 1,
1 ∞
−1
1−x2 ∈ C ∞ . Si |x| = 1, on utilise le même raisonnement que dans l’exemple
∈ C et e
1 − x2
précédent pour montrer que l’on a ϕ(k) (x) = 0, donc ϕ ∈ C ∞ . En outre,
suppϕ = [−1, 1] et par conséquent ϕ ∈ D(R).

Lemme 2.4.1
Z
Soit f une fonction continue sur Ω telle que f (x)ϕ(x) dx = 0, pour toute fonction ϕ

réelle appartenant à D(Ω). Alors, f est identiquement nulle.

Démonstration.
On procède par l’absurde. Soit f une fonction continue satisfaisant
Z
f (x)ϕ(x) dx = 0, ∀ ϕ ∈ D(Ω).

Si il y avait un point x0 ∈ Ω où f (x0 ) 6= 0, alors il existerait une boule ouverte


B(x0 , ε) ⊂ Ω dans laquelle on aurait par exemple f (x) > 0. On considère ϕ la fonction test
définie par  !
 −1
exp si |x − x0 | < ε

ϕ(x) =

ε2 − |x − x0 |2
0 si |x − x0 | ≥ ε, x ∈ Ω

On aurait Z Z
f (x)ϕ(x) dx = f (x)ϕ(x) dx > 0
Ω B(x0 ,ε)

ce qui contredit l’hypothèse de départ. 

2.5 Topologie de D(Ω)


Pour définir la topologie de l’espace D(Ω) nous allons définir la notion de convergence des
suites d’éléments de cet espace.

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Définition 2.5.1
Une suite (ϕj )j∈N d’éléments de D(Ω) tend vers ϕ dans D(Ω) lorsque :
1. il existe un compact fixe K ⊂ Ω tel que : supp ϕ ⊂ K et ∀ j ∈ N, supp ϕj ⊂ K.
2. La suite (ϕj )j∈N et toutes les suites (∂ α ϕj )j∈N convergent uniformément respective-
ment vers ϕ et ∂ α ϕ sur K.

Exemple 2.5.1 Soit ψ : R −→ R définie par


1
  
exp −

si |x| < 1
ψ(x) = 1 − x2
0 si |x| ≥ 1

avec supp ψ = [−1, 1] et ψ ∈ C ∞ (R).


1
Posons ϕj (x) = ψ(x). Montrons que ϕj −−−−→ 0 dans D(R).
j j→+∞
On a supp ϕj = [−1, 1] pour tout j ∈ N. En effet,
supp ϕj = {x ∈ R / ϕj (x) 6= 0}
1
= {x ∈ R / ψ(x) 6= 0}
j
= {x ∈ R / ψ(x) 6= 0}
= {x ∈ R / |x| < 1}
= {x ∈ R / |x| ≤ 1}
= [−1, 1].
De plus pour tout k ∈ N on ait
(k) 1 (k) 1 1
sup |ϕj (x)| = sup ψ (x) = sup |ψ (k) (x)| = |ψ (k) (x0 )| −−−−→ 0.
x∈[−1,1] x∈[−1,1] j j x∈[−1,1] j j→+∞

(k)
Ceci prouve que (ϕj )j∈N converge uniformément sur [−1, 1] vers 0. Par conséquent, la suite
(ϕj )j∈N converge vers 0 au sens de D(R).

2.6 Construction de fonctions plateaux


Définition 2.6.1: Suites régularisantes

On appelle suite régularisante (ou approximation de l’identité), une famille (ρε )ε>0 de
fonctions définies sur Rn vérifiant les propriétés suivantes :
Z
∀ ε > 0, ρε ∈ C ∞ (Rn ), supp (ρε ) ⊂ {x ∈ Rn /|x| ≤ ε}, ρε ≥ 0, et ρε (x)dx = 1.
Rn

Existence d’une suite régularisante :


Pour n = 1, montrons que pour tout ε > 0, il existe ρε ∈ C ∞ (R) telle que
Z
i) ρε ≥ 0, ii) supp ρε ⊂ [−ε, ε], iii) ρε (x) dx = 1.
R

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On pose
1
  
exp si |x| < 1

ρ0 (x) =  x2 − 1
0 si |x| ≥ 1
On a ρ0 ∈ C ∞ (R). En effet, pour tout k ∈ N, ρ0 est k-fois dérivable sur R \ {−1, 1} et pour
tout x ∈ ]−1, 1[,
Pk (x) 1
 
(k)
ρ0 = 2 exp 2
(x − 1)2k x −1
où Pk est un polynôme. Donc, ayant
1 1
 
(k) (k)
lim− 2 exp = 0, on a ρ0 (x) −−−→ 0 et ρ0 est continue.
X→0 X X x→±1

Par ailleurs Z
supp ρ0 = [−1, 1], et ρ0 (x) dx = 1.
R
On pose alors
ρ0 (x) 1 x
 
ρ(t) = R et ρε (x) = ρ .
R ρ0 (x) ε ε
Alors
1Z x
Z   Z

ρε ∈ C (R), supp ρε = [−ε, ε] et ρε (x) dx = ρ dx = ρ(u) du = 1.
R ε R ε R

Théorème 2.6.1
Soit K un compact de Ω, et O un ouvert tel que K ⊂ O et O ⊂ Ω. Il existe alors
ϕ ∈ D(Ω) telle que ϕ = 1 sur K, ϕ = 0 dans Oc et 0 ≤ ϕ ≤ 1.

Démonstration.
On se restreint ici à la dimension n = 1.
 Point 1 : Montrons que pour tout ε > 0, et pour tout compact K de R, il existe θε ∈ C ∞ (R)
telle que 0 ≤ θε ≤ 1, θε |K ≡ 1 et θε |K2ε
c ≡ 0 avec Kδ = {x ∈ R/d(x, K) ≤ δ} et d est la

distance induite par | · |.


On pose Z
θε (x) = ρε (x − y)1Kε (y) dy.
R
θε est bien définie car ρε et 1Kε sont intégrables et on a
0 ≤ θε (x) ≤ 1
puisque Z
ρε (x − y) dy = 1.
R
Par le théorème de dérivation de Lebesgue , on a θε ∈ C ∞ (R). En effet, pour tout k ∈ N,
si on note ψ : (x, y) 7−→ ρε (x − y)1Kε (y), on a
∂kψ
(x, y) = ρ(k)
ε (x − y)1Kε (y)
∂xk
≤ sup ρ(k)
ε (z) 1Kε (y)
z∈R

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qui est intégrable et indépendante de z car ρε ∈ D(R) et Kε est compact car fermé et
borné.
En utilisant ensuite l’inégalité :

|d(x, K) − d(y, K)| ≤ d(x, y), ∀ x, y ∈ Rn .


c
Soit x ∈ K2ε , autrement dit d(x, K) > 2ε. Alors, pour tout y ∈ Kε

|x − y| = d(x, y) ≥ |d(x, K) − d(y, K)| ≥ ||d(x, K)| − |d(y, K)|| = d(x, K) − d(y, K) > ε.
c
donc ρε (x − y) = 0 pour
Z
tout x ∈ K2ε , y ∈ Kε et θε |K2ε
c ≡ 0.

Soit x ∈ K, comme ρε (x − y) dy = 1, on a
R
Z Z
1= ρε (x − y)1Kε (y) dy + ρε (x − y)1Kεc (y) dy
R R

donc Z
θε (x) = 1 − ρε (x − y)1Kεc (y) dy.
R
Or, pour tout y ∈ Kεc , comme x ∈ K

|x − y| ≥ d(y, K) > ε

donc Z
ρε (x − y)1Kεc (y) dy = 0 et θε |K ≡ 1.
R

 Point 2 : Conclusion.
Soit K un compact de Ω et O un ouvert tel que K ⊂ O avec O ⊂ Ω. Il existe alors
0 < ε0 < 1 tel que K ⊂ K2ε0 ⊂ O. En effet, supposons que pour tout 0 < ε < 1, il existe
xε ∈ K2ε ∩ Oc . On a K2ε ⊂ K2 qui est compact car fermé et borné. Il existe donc une
sous-suite (xεj )j∈N de la suite (xε )0<ε<1 qui converge vers x0 ∈ K2 . Comme d(xε , K) ≤ 2ε
on a par continuité d(x0 , K) = 0. Or, Oc étant fermé, on a x0 ∈ Oc donc Oc ∩ K 6= ∅ ce
qui est absurde.
On pose alors ϕ = θε0 . Par construction, ϕ ∈ C ∞ (R), 0 ≤ ϕ ≤ 1, ϕ|K ≡ 1 et ϕ|K c2ε ≡ 0.
0
Or, Oc ⊂ K c2ε0 donc ϕ convient.


2.7 Partition de l’unité


Lemme 2.7.1
p
[
Soit K un compact, K ⊂ Ω et K ⊂ Ωj avec (Ωj )1≤j≤p une famille finie d’ouverts inclus
j=1
dans Ω. Alors, il existe des fonctions (χj )1≤j≤p dans D(Ω) telles que
p
X
∀ j ∈ {1, . . . , p}, 0 ≤ χj ≤ 1, supp χj ⊂ Ωj , et ∀ x ∈ K, χj (x) = 1.
j=1

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Démonstration.
Tout d’abord, si S est un compact inclus dans un ouvert U de Rn , alors il existe un ouvert V ,
S ⊂ V tel que V ⊂ U avec V compact. En effet, il suffit de construire
V = {x ∈ U/d(x, S) < δ/2} où δ = min d(x, U c ).
x∈S

Soit S1 = K \ (Ω2 ∪ . . . ∪ Ωp ). Alors, S1 est fermé et borné donc compact. De plus S1 ⊂ Ω1 .


Donc il existe un ouvert V1 d’adhérence compacte tel que S1 ⊂ V1 et V1 ⊂ Ω1 . Alors,
K ⊂ S1 ∪Ω2 ∪. . . ∪Ωp d’où K ⊂ V1 ∪Ω2 ∪. . . ∪Ωp . Puis, on pose S2 = K\(Ω1 ∪Ω3 ∪. . . ∪Ωp ) ⊂ Ω2
et on construit de même V2 un voisinage ouvert d’adhérence compacte de S2 tel que V 2 ⊂ Ω2 .
Alors, K ⊂ Ω1 ∪V2 ∪Ω3 ∪. . . ∪Ωp , d’où par intersection, K ⊂ V1 ∪V2 ∪Ω3 . . . ∪Ωp . On construit
donc par récurrence une suite d’ouverts V1 , . . . , Vp d’adhérences compactes tels que pour tout j,
K ⊂ V1 ∪ V2 ∪ . . . ∪ Vp .

La théorème 2.6.1 donne : Pour tout j ∈ {1, . . . , p}, soit ϕej ∈ D(Ω) telle que supp ϕej ⊂ Ωj ,
ϕej = 1 sur V j et 0 ≤ ϕej ≤ 1. On pose enfin

χ1 = χe1 , χ2 = χe2 (1 − χe1 ), et χj = χej (1 − χe1 ) . . . (1 − χej−1 ).

Les χj conviennent car on a de plus,


p
X p
Y
1− χj = (1 − χej ) = 0 sur K.
j=1 j=1

2.8 Densité par troncature


Théorème 2.8.1
On dit que la famille (Ki )i≥1 de compacts contenus dans Ω est une suite exhaustive de
◦ +∞
[
compacts, si on a pour tout i ≥ 1, Ki ⊂ K i+1 , et Ω = Ki .
i=1
Dans tout ouvert Ω de Rn , il existe des suites exhaustives de compacts.
Si (Ki )i≥1 est une suite exhaustive de compacts, pour tout compact K de Ω, il existe
i0 ∈ N∗ tel que K ⊂ Ki0 .

Démonstration.
Pour montrer l’existence, il suffit de définir Ki comme suit
\ 1

n c
Ki = {x ∈ R /|x| ≤ i} x ∈ Ω/d(x, Ω ) ≥ ∀i ≥ 1
i

Ki est évidemment compact. En effet, Ki ⊂ B(0, i), donc Ki est borné. L’application
x 7−→ d(x, Ωc ) étant continue, Ki est l’intersection de deux fermés. On a ensuite
\ 1 ◦

Ki ⊂ {x ∈ Rn /|x| < i + 1} x ∈ Ω/d(x, Ωc ) > ⊂ K i+1 .
i+1

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Il est clair que la réunion des Ki est Ω.

Si K est un compact de Ω, les K i constituent un recouvrement ouvert de K dont on peut ex-
traire un sous-recouvrement fini. Si i0 est le plus grand des indices de ce recouvrement, on a
K ⊂ K i0 . 

Proposition 2.8.1

1. Pour 1 ≤ p < +∞, l’espace Lpc (Ω) = {u ∈ Lp (Ω) : u = 0 hors d’un compact} est
dense dans Lp (Ω).
2. Pour 0 ≤ k ≤ +∞, l’espace Dk (Ω) est dense dans C k (Ω).

+∞
[
Démonstration. Par le théorème 2.8.1 on décompose Ω en Ω = Ki avec Ki compact de
i=1
◦ ◦
Ω, et Ki ⊂ K i+1 . On considère la fonction plateau ϕi qui vaut 1 sur Ki et 0 dans (K i+1 )c . On
a
\ 1

Ki = {x ∈ Rn /|x| ≤ i} x ∈ Ω/d(x, Ωc ) ≥ ∀i ≥ 1
i
1. Soit u ∈ Lp (Ω). On pose pour tout i ≥ 1, ui = ϕi u (troncature). Alors ui ∈ Lpc (Ω) car
◦ ◦
c
|ui | ≤ |u| et ui est nulle en dehors de Ki+1 (car Ki+1 ⊂ (K i+1 )c , et ϕi = 0 dans (K i+1 )c ).
A l’aide du théorème de convergence dominée, nous allons montrer que la suite (ui )i≥1
converge vers u dans Lp (Ω).
Soit x ∈ Ω. On a
|ui (x) − u(x)| = |u(x)| |1 − ϕi (x)|.
Il existe i0 tel que x ∈ Ki0 et, si i ≥ i0 , alors Ki0 ⊂ Ki et ϕi (x) = 1. Donc, pour
presque tout x ∈ Ω, |ui (x) − u(x)| → 0 lorsque i tend vers l’infini. Comme de plus
|ui (x) − u(x)| ≤ |u(x)| et que u ∈ Lp (Ω), on déduit que ui −−−−→ u dans Lp (Ω).
i→+∞
k
2. On reprend la même idée de troncature et, si u ∈ C (Ω), on pose ui = ϕi u. Alors
ui ∈ Dk (Ω). En effet, on a u ∈ C k (Ω) et ϕi ∈ D(Ω), autrement dit ϕi ∈ C ∞ (Ω), donc le
produit ϕi u est dans C k (Ω). De plus, supp (ϕi u) ⊂ supp ϕi , donc supp (ϕi u) est compact,
et par conséquent ϕi u appartient bien à Dk (Ω). Soit ` ∈ N, on montre que

pk,Kl (ui − u) → 0 lorsque i tend vers l0 inf ini.

Par la formule de Leibniz


!
α α α α β
∂ ϕi .∂ α−β u
X
∂ (ui − u) = ∂ ((ϕi − 1)u) = (ϕi − 1)∂ u +
β≤α , β6=0 β

D’où,

pk,Kl (ui − u) = sup sup |∂ α (ui − u)(x)|


|α|≤kx∈K`
!
α
≤ sup sup |ϕi (x) − 1| sup |∂ α u(x)| + sup sup |∂ β ϕi (x)| sup |∂ α−β u(x)|
X
|α|≤kx∈K` x∈K` |α|≤kβ≤α , β6=0 β x∈K` x∈K`

FST Fès 22 Tifaddent Ahlam



Or, pour i ≥ ` + 1, K` ⊂ K `+1 ⊂ Ki et ϕi = 1 sur K` . Donc, dans le membre de droite
qui figure dans l’inégalité ci-dessus on a le premier terme de la somme est nulle sur K` .
On a aussi ∂ β ϕi est nulle sur K` , pour β 6= 0. Ainsi le second terme est également nulle.
Donc pour i ≥ ` + 1, pk,Kl (ui − u) = 0 et l’on obtient le résultat voulu.
Le cas k = +∞ est analogue. 

Remarque 2.8.1

La proposition 2.8.1 est fausse pour p = +∞. En effet, la fonction u(x) = 1 ∈ L∞ (R)
et ne peut pas être approchée par des fonctions à supports compacts dans R. En effet,
supposons qu’il existe une suite (un )n d’éléments de L∞ (R) telle que un −−−−→ u dans
n→+∞
L∞ (R), donc uniformément sur R. D’où

∀ ε > 0, ∃ Nε ∈ N, ∀ n ≥ Nε , ∀ x ∈ R, |un (x) − u(x)| ≤ ε.


| {z }
=1

1 1
Pour ε = , et x 6∈ supp uN1/2 , |0 − 1| ≤ absurde.
2 2

2.9 Produit de convolution


Définition 2.9.1: Convolution des fonctions
Deux fonctions f et g définies presque partout et mesurables sur Rn sont dites convolables
si, pour presque tout x ∈ Rn , la fonction

y 7−→ f (x − y)g(y) est intégrable sur Rn .

On définit alors le produit de convolution de f et de g par la formule


Z
f ? g(x) = f (x − y)g(y) dy presque partout en x ∈ Rn .

Proposition 2.9.1: Commutativité de la convolution


Soient f et g deux fonctions mesurables sur Rn et convolables. Alors,

f ? g(x) = g ? f (x) presque partout en x ∈ Rn .

Démonstration.
Par hypothèse, les fonctions f et g sont convolables, c’est-à-dire qu’il existe un sous-ensemble
négligeable N ⊂ Rn tel que pour tout x ∈ N \ Rn , la fonction
Hx : y 7−→ f (x − y)g(y) est intégrable sur Rn .
Pour x ∈ N \Rn , le changement de variables z = x−y, qui transforme la fonction Hx intégrable
sur Rn en la fonction
Kx : z 7−→ Kx (z) = Hx (x − z) = g(x − z)f (z)

FST Fès 23 Tifaddent Ahlam


qui est intégrable sur Rn et qui vérifie pour tout x ∈ N \ Rn
Z Z
f ? g(x) = Hx (y) dy = Kx (z) dz = g ? f (x).
Rn Rn


Définition 2.9.2
Soit f ∈ L1loc (Rn ) à valeurs dans R. Le support de la fonction f est

(Rn \ Ω),
\
supp f =
Ω∈O(f )

où,
O(f ) = {Ω ouvert de Rn /f = 0 p.p sur Ω}

Proposition 2.9.2
Soient f et g deux fonctions mesurables définies p.p sur Rn et convolables. Alors,

supp (f ? g) ⊂ supp f + supp g ,

avec la notation
A + B = {a + b/a ∈ A et b ∈ B}.

Démonstration.
Soit N un sous-ensemble de Rn de mesure nulle tel que, pour tout x ∈ Rn \ N , la fonction
définie p.p sur Rn
Hx : y 7−→ f (x − y)g(y)
soit intégrable sur Rn .
Nous allons montrer que
x ∈ Rn \ (N ∪ supp f + supp g) ⇒ Hx (y) = 0 p.p en y ∈ Rn .
Notons
Nf = {z ∈ Rn \ supp f /f (z) 6= 0}
Ng = {z ∈ Rn \ supp g/g(z) 6= 0}
qui sont de mesure nulle dans Rn .
Soit x ∈ Rn \ (N ∪ supp f + supp g), alors pour tout y ∈ Rn , on a
(a) ou bien y ∈ supp g ⇒ x − y 6∈ supp f . En effet,

y ∈ supp g ⇔ ∀ Ω ∈ O(g), y 6∈ Ω ⇔ (∀ Ω ouvert de Rn , g = 0 p.p dans Ω ⇒ y 6∈ Ω).

x ∈ Rn \ (N ∪ supp f + supp g) ⇒ x 6∈ N et x 6∈ supp f + supp g
⇒ ∀ Vx ∈ ϑ(x), Vx ∩ (supp f + suppg) = ∅
⇒ x 6∈ supp f + supp g
⇒ ∀ y ∈ supp g, x − y 6∈ supp f.

FST Fès 24 Tifaddent Ahlam


(b) ou bien y 6∈ supp g.
Donc, si Hx (y) 6= 0, alors
 ou bien on est dans le cas (a) et alors x − y ∈ Nf .
 ou bien on est dans le cas (b) et alors y ∈ Ng .
Autrement dit
{y ∈ Rn /Hx (y) 6= 0} ⊂ ({x} − Nf ) ∪ Ng
qui est de mesure nulle dans Rn comme réunion de deux ensembles de mesure nulle. On
vient donc de montrer que

pour tout x ∈ Rn \ (N ∪ supp f + supp g), Hx (y) = 0 p.p en y ∈ Rn .

Donc pour tout x ∈ Rn \ (N ∪ supp f + supp g) on a


Z
f ? g(x) = Hx (y) dy = 0
Rn

Par conséquent, la fonction f ? g définie p.p sur Rn est nulle p.p sur l’ouvert

Rn \ supp f + supp g

ce qui implique l’inclusion


supp(f ? g) ⊂ supp f + supp g .


Remarque 2.9.1
Soient f et g, deux fonctions mesurables définies p.p sur Rn et convolables. Si l’une de
ces deux fonctions est à support compact, alors

supp (f ? g) ⊂ supp f + supp g .

En effet, dans ce cas,


supp f + supp g = supp f + supp g ,
comme le montre le lemme suivant

Lemme 2.9.1
Soient A ⊂ Rn compact et B ⊂ Rn fermé. Alors A + B est fermé dans Rn .

Démonstration.
En effet, soit une suite (zk )k≥1 de points de A + B convergeant vers z dans Rn . Il s’agit de
montrer que z ∈ A + B.
Comme zk ∈ A + B, il existe pour tout k ≥ 1, des points xk ∈ A et yk ∈ B tels que zk = xk + yk .
Comme A est compact dans Rn , il existe une sous-suite (xkj )j≥1 de la suite (xk )k≥1 qui converge
vers une limite que l’on notera x ∈ A. Alors,

ykj = zkj − xkj −−−−→ z − x = y.


kj →+∞

FST Fès 25 Tifaddent Ahlam


Comme B est fermé, y ∈ B. Par conséquent

z = x + y avec x ∈ A et y ∈ B

d’où z ∈ A + B.


Proposition 2.9.3

Soit 1 ≤ p < +∞, si ϕ ∈ D(Rn ) et f ∈ Lpc (Rn ), alors la fonction ϕ ? f appartient à


D(Rn ).

Démonstration.
On va appliquer le théorème 1.2.3 de dérivation de Lebesgue pour montrer que ϕ ? f ∈ C ∞ (Rn ).
. Pour tout x ∈ Rn , la fonction y 7−→ ϕ(x − y)f (y) appartient à L1 (Rn ). En effet,on sait
que Lpc (Rn ) ⊂ L1 (Rn ) et |ϕ(x − y)f (y)| ≤ kϕk∞ |f (y)|.

. Pour presque tout y ∈ Rn , la fonction x 7−→ ϕ(x − y)f (y) est dans C ∞ (Rn ) puisque
ϕ ∈ D(Rn ).
. Pour tout x ∈ Rn , on a

|∂xα [ϕ(x − y)f (y)] | = |(∂ α ϕ)(x − y)f (y)| ≤ k∂ α ϕk∞ |f (y)| ∈ L1 (Rn ).

Il en résulte que la fonction ϕ ? f appartient à C ∞ (Rn ).

Il reste à montrer que supp (ϕ ? f ) est compact.

Soient A et B deux réels tels que supp ϕ ⊂ B(0, A) et que f (y) = 0 pour |y| ≥ B.
Soit x ∈ Rn tel que |x| > A + B. Comme x − y ∈ supp ϕ, on a |x − y| ≤ A. Alors,
|y| ≥ |x| − |x − y| > A + B − A = B. Donc, f (y) = 0. D’où, ϕ ? f (x) = 0 pour tout
x ∈ Rn tel que |x| > A + B. Ceci prouve que
c
B(0, A + B) ⊂ (supp (ϕ ? f ))c

et par conséquent

supp (ϕ ? f ) ⊂ B(0, A + B) ⇒ supp (ϕ ? f ) est compact.

Proposition 2.9.4

Soient ϕ ∈ D(Rn ) et f ∈ Dk (Rn ). Alors,

ϕ ? f ∈ D(Rn )

et
∂ α (ϕ ? f ) = ϕ ? ∂ α f, pour |α| ≤ k.

FST Fès 26 Tifaddent Ahlam


Démonstration.
Puisque f ∈ Dk (Rn ) ⊂ Lpc (Rn ) et ϕ ∈ D(Rn ), le fait que ϕ?f ∈ D(Rn ) découle de la proposition
précédente 2.9.3. Pour montrer que

∂ α (ϕ ? f ) = ϕ ? ∂ α f, pour |α| ≤ k

on procède de la manière suivante. Par la commutativité de la convolution on a


Z
ϕ ? f (x) = ϕ(y)f (x − y) dy.
Rn

De plus,
. Pour tout x ∈ Rn , la fonction y 7−→ ϕ(y)f (x − y) appartient bien à L1 (Rn ) puisque

f ∈ Dk (Rn ) ⊂ Lpc (Rn ) ⊂ L1 (Rn )

et
|ϕ(y)f (x − y)| ≤ kϕk∞ |f (x − y)|
. Pour presque tout y ∈ Rn , la fonction x 7−→ ϕ(y)f (x − y) est de classe C k sur Rn , ça
provient du fait que f ∈ Dk (Rn ).
. Pour tous x ∈ Rn et α ∈ Nn tels que |α| ≤ k, on a

|∂xα [ϕ(y)f (x − y)] | = |ϕ(y)(∂ α f )(x − y)| ≤ k∂ α f k∞ |ϕ(y)| ∈ L1 (Rn )

car

ϕ ∈ D(Rn ) ⊂ Dk (Rn ) ⊂ Lpc (Rn ) ⊂ L1 (Rn ).


↑ ↑
Voir corollaire 2.10.1, page 29 Voir proposition 2.8.1, page 22

On peut appliquer le théorème de dérivation sous le signe intégral, pour obtenir le résultat
voulu.
Il s’en suit que, la fonction ϕ ? f est dans C k (Rn ), et que pour tous x ∈ Rn , α ∈ Nn on
ait
Z
∂xα (ϕ ? f )(x) = ∂xα [ϕ(y)f (x − y)] dy
n
ZR
= ϕ(y)∂xα f (x − y) dy
Rn
= ϕ ? ∂ α f (x) , |α| ≤ k.

c’est-à-dire
∂ α (ϕ ? f ) = ϕ ? ∂ α f , |α| ≤ k.


FST Fès 27 Tifaddent Ahlam


2.10 Densité par régularisation
Soit (ρε )ε une suite régularisante (cf. définition 2.6.1).

Théorème 2.10.1

1. Si u ∈ Dk (Rn ), k ∈ N, pour tout α ∈ Nn tel que |α| ≤ k, on a (∂ α (ρε ? u)) converge


vers ∂ α u uniformément sur Rn , lorsque ε → 0.
2. Si u ∈ Lpc (Rn ), on a (ρε ? u) converge vers u dans Lp (Rn ), lorsque ε → 0, pour tout
p ∈ [1, +∞[.

Démonstration.
Z
1. Soit |α| ≤ k. Comme ρ(x) dx = 1, on peut écrire
Rn

∀ x ∈ Rn , ∂ α (ρε ? u)(x) − ∂ α u(x) = (ρε ? ∂ α u)(x) − ∂ α u(x)


x−y α
Z  
−n
=ε ρ ∂ u(y) dy − ∂ α u(x)
Z Rn ε
= ρ(z)∂ α u(x − εz) dz − ∂ α u(x)
Z Rn

= ρ(z)(∂ α u(x − εz) − ∂ α u(x)) dz.


Rn

Or, ∂ α u est continue à support compact, donc elle est uniformément continue sur Rn .

∀ δ > 0, ∃ η(α, δ) > 0, ∀ x, x0 ∈ Rn , |x − x0 | ≤ η(α, δ) >⇒ |∂ α u(x) − ∂ α u(x0 )| ≤ δ.

Fixons δ > 0. Soit ε > 0 tel que ε < inf η(α, δ) = ηδ . Alors, |x − εz − x| ≤ ε|z| < ηδ sur
|α|≤k
le support de ρ. Alors on a
Z
∀ x ∈ Rn , |∂ α (ρε ? u)(x) − ∂ α u(x)| ≤ ρ(z)|(∂ α u(x − εz) − ∂ α u(x))| dz ≤ δ
Rn

D’où la convergence uniforme voulu.


1 1
2. Soit q l’exposant conjugué de p : + = 1. On a par l’inégalité de Hölder
p q
Z
∀ x ∈ Rn , |(ρε ? u)(x) − u(x)| ≤ ρ(z)|u(x − εz) − u(x))| dz
n
ZR
= ρ(z)1/q ρ(z)1/p |u(x − εz) − u(x)| dz
Rn
Z 1/q Z 1/p
≤ ρ(z) dz ρ(z)|u(x − εz) − u(x)|p dz
Rn Rn
Z 1/p
p
= ρ(z)|u(x − εz) − u(x)| dz
Rn

Donc
Z Z Z 
p p
|(ρε ? u)(x) − u(x)| dx ≤ ρ(z)|u(x − εz) − u(x)| dz dx
Rn Rn Rn

FST Fès 28 Tifaddent Ahlam


Alors par Fubini
Z Z Z 
|(ρε ? u)(x) − u(x)|p dx ≤ ρ(z) |(ρε ? u)(x) − u(x)|p dx dz
Rn Rn Rn

autrement dit
Z
kρε ? u − ukpLp (Rn ) ≤ ρ(z)ku(· − εz) − ukpLp (Rn ) dz.
Rn

En utilisant ainsi le résultat du lemme suivant :

Lemme 2.10.1
Soit z0 ∈ Rn , tel que |z0 | ≤ 1 et f ∈ Lp (Rn ) pour tout p ∈ [1, +∞[. Soit f (· − εz0 )
la fonction définie presque partout sur Rn par x 7−→ f (x − εz0 ).Alors

lim kf (· − εz0 ) − f kLp (Rn ) = 0.


ε→0

Comme |z| ≤ 1 et u ∈ Lp (Rn ), on a

ku(· − εz) − ukpLp (Rn ) → 0 lorsque ε → 0

Comme de plus,
ρ(z)ku(· − εz) − ukpLp (Rn ) ≤ 2p kukpLp (Rn ) ρ(z)
et que ρ est intégrable, on peut appliquer le théorème de convergence dominée pour obtenir
que Z
lim ρ(z)ku(· − εz) − ukpLp (Rn ) dz = 0
ε→0 Rn

et ainsi
kρε ? u − ukpLp (Rn ) −−→ 0.
ε→0

D’où le résultat.


Corollaire 2.10.1
D(Ω) est dense dans C k (Ω) pour tout k ∈ N et dans Lp (Ω) pour tout p ∈ [1, +∞[.

Démonstration.
Par la proposition 2.8.1, page 22, il suffit de prouver que D(Ω) est dense dans Dk (Ω) et dans
Lpc (Ω), puisque la densité est transitive.
 Montrons que D(Ω) est dense dans Dk (Ω).
Soit u ∈ Dk (Ω). Il existe un compact K de Ω tel que u = 0 dans K c . Soit ue le prolongement
de u par 0 sur Rn \ Ω. Alors, ue ∈ Dk (Rn ).
Pour ε > 0, on pose ueε = ρε ?ue. Posons enfin uε = ueε |Ω . On a supp ueε ⊂ K+B(0, ε) = Kε .
Pour ε assez petit, on a Kε est un compact de Ω. Il en résulte de la proposition 2.9.3,
page 26, que uε ∈ D(Ω). Or, par le théorème 2.10.1, page 28, on déduit que (ueε ) converge

FST Fès 29 Tifaddent Ahlam


vers ue pour la topologie de l’espace C k (Rn ) : Si (Ki )i une suite exhaustive de compacts de
Ω, alors pour tout i on a

pk,Ki (ueε − ue) → 0 lorsque ε → 0.

Or, pour tout i on a


pk,Ki (ueε − ue) = pk,Ki (uε − u).
Donc, (uε ) tend vers u dans Dk (Ω). D’où le résultat voulu.
 Montrons que D(Ω) est dense dans Lpc (Ω).
Soit u ∈ Lpc (Ω). Il existe un compact K de Ω tel que u = 0 dans K c . Soit ue le prolongement
de u par 0 sur Rn \ Ω. Alors, ue ∈ Lpc (Rn ).
Pour ε > 0, on pose ueε = ρε ?ue. Posons enfin uε = ueε |Ω . On a supp ueε ⊂ K+B(0, ε) = Kε .
Pour ε assez petit, on a Kε est un compact de Ω. Il en résulte de la proposition 2.9.3,
page 26, que uε ∈ D(Ω). Or, par le théorème 2.10.1, page 28, on déduit que (ueε ) converge
vers ue dans Lp (Rn ), autrement dit

kueε − uekLp (Rn ) → 0 lorsque ε → 0.

Il suffit de remarquer que

kueε − uekLp (Rn ) = kuε − ukLp (Ω) .

Donc, (uε ) tend vers u dans Lpc (Ω).




FST Fès 30 Tifaddent Ahlam


Chapitre 3
Les distributions sur un ouvert de Rn

3.1 Définition fonctionnelle


Définition 3.1.1: Continuité séquentielle des distributions

Une distribution sur l’ouvert Ω est une forme linéaire T : D(Ω) −→ R continue, i.e. telle
que, pour toute suite (ϕn )n∈N d’éléments de D(Ω) qui converge vers 0, hT, ϕn i −−−−→ 0.
n→+∞
On notera D0 (Ω) l’espace des distributions sur Ω.

Proposition 3.1.1

Une forme linéaire T sur D(Ω) est une distribution sur Ω si et seulement si, pour tout
compact K de Ω, il existe k ∈ N et CK > 0 tels que, pour toute fonction test ϕ ∈ D(Ω)
telle que supp ϕ ⊂ K,
|hT, ϕi| ≤ CK sup sup |∂ α ϕ(x)|. (3.1.1)
|α|≤k x∈K

Notation : On pourra noter pk,K (ϕ) = sup sup |∂ α ϕ(x)|.


|α|≤k x∈K

Démonstration.

Supposons que T ∈ D0 (Ω). Fixons un compact K ⊂ Ω sur lequel

∀ k ∈ N, ∀ C > 0, ∃ ϕ ∈ D(Ω), supp ϕ ⊂ K, |hT, ϕi| > Cpk,K (ϕ).

Prenons, pour tout k ∈ N, C = k = j. Il existe alors ϕj ∈ D(Ω), supp ϕj ⊂ K tel que

|hT, ϕj i| > jpj,K (ϕj ).


ϕj
Posons ϕej = . Alors, hT, ϕej i = 1 et supp ϕej ⊂ K. De plus,
hT, ϕj i

pj,K (ϕj ) 1
pj,K (ϕej ) = < −−−−→ 0.
hT, ϕj i j j→+∞

31
et
lim pj,K (ϕej ) = 0 ∀ |α| ≤ j.
j→+∞

c’est-à-dire que la suite (ϕej ) converge uniformément vers 0. Or, hT, ϕej i = 1 ne tend pas vers 0
ce qui contredit T ∈ D0 (Ω).

Montrons la réciproque. Soit (ϕn )n∈N une suite qui converge vers 0 dans D(Ω). Soit K un
compact qui contient tous les supp ϕn . Par définition de la convergence dans D(Ω) on a, pour
tout k ∈ N, pk,K (ϕn ) −−−−→ 0. Alors,
n→+∞

|hT, ϕn i| ≤ CK sup sup |∂ α ϕn (x)| −−−−→ 0.


|α|≤k x∈K n→+∞

Donc, T ∈ D0 (Ω).


3.2 Ordre d’une distribution


L’entier k intervenant dans (3.1.1) peut dépendre du compact K. Si cet entier ne dépend
pas du choix du compact K, on dit que T est d’ordre inférieur ou égale à k.

Définition 3.2.1
Une forme linéaire T sur D(Ω) est une distribution d’ordre fini au plus k sur Ω lorsqu’il
existe k ∈ N tel que, pour tout compact K de Ω, il existe CK > 0 telle que, pour toute
fonction test ϕ ∈ D(Ω), supp ϕ ⊂ K,

|hT, ϕi| ≤ CK sup sup |∂ α ϕ(x)|.


|α|≤k x∈K

L’ensemble de ces distributions est noté D0(k) (Ω). On pose

D0F (Ω) = D0(k) (Ω).


[

k∈N

C’est l’espace des distributions d’ordre fini.

Exemple 3.2.1 Soit T ∈ D0 (Ω). Soit ω un ouvert tel que ω soit un compact contenu dans
Ω. Alors T ∈ D0F (ω). En effet, au compact ω correspond, d’après (3.1.1), un entier k tel que
(3.1.1) soit vraie pour ϕ ∈ D(ω). Comme D(K) ⊂ D(ω) lorsque K est un compact contenu
dans ω, (3.1.1) est vraie avec ce même k pour ϕ ∈ D(K), autrement dit T ∈ D0(k) (ω).

FST Fès 32 Tifaddent Ahlam


3.3 Exemples de distributions
3.3.1 Fonctions localement intégrables
Définition 3.3.1
Une fonction f : Ω −→ R est dite localement intégrable si elle est intégrable sur tout
ensemble borné B de Ω, c’est-à-dire si
Z
|f (x)| dx < +∞.
B

On écrit f ∈ L1loc (Ω).

Lemme 3.3.1
Toute fonction continue sur Ω est localement intégrable sur Ω.

Démonstration.
On considère ϕ : Ω −→ R une fonction continue et soit B une partie bornée quelconque de Ω.
On a Z Z Z
|f (x)| dx ≤ |f (x)| dx ≤ sup |f (x)| dx = mes(B) sup |f (x)| < +∞
B B x∈B B x∈B

Donc, ϕ ∈ L1loc (Ω). 

Proposition 3.3.1

Soit f ∈ L1loc (Ω). On peut lui associer une distribution sur D(Ω), notée Tf , telle que
Z
∀ ϕ ∈ D(Ω), hTf , ϕi = f (x)ϕ(x) dx

Cette distribution est d’ordre au plus 0. De plus, la forme linéaire

Tf : L1loc (Ω) −→ D0 (Ω)


f 7−→ Tf

est injective.

Démonstration.

(i) L’application Tf : D(Ω) −→ R est bien définie. En effet, soit ϕ ∈ D(Ω), et soit K un
compact contenu dans Ω tel que la fonction ϕ est supportée dans le compact K. Par
définition du support d’une fonction continue on a ϕ(x) = 0 pour tout x ∈ Ω \ K.
Z Z Z
|f (x)ϕ(x)| dx = |f (x)ϕ(x)| dx + |f (x)ϕ(x)| dx
Ω K Z Kc

≤ sup |ϕ(x)| |f (x)| dx


x∈K K

< +∞

FST Fès 33 Tifaddent Ahlam


(ii) Tf est bien linéaire. En effet, soient ϕ1 , ϕ2 ∈ D(Ω) et α, β ∈ R,
Z
hTf , αϕ1 + βϕ2 i = f (x)(αϕ1 (x) + βϕ2 (x)) dx
ΩZ Z
=α f (x)ϕ1 (x) dx + β f (x)ϕ2 (x) dx
Ω Ω
= αhTf , ϕ1 i + βhTf , ϕ2 i.

(iii) Tf est bien continue. En effet, soit (ϕj )j une suite qui converge vers ϕ dans D(Ω), donc
il existe un compact K ⊂ Ω tel que supp ϕ ⊂ K et supp ϕj ⊂ K ∀ j ∈ N, ainsi la suite
(ϕj )j et toute les suites (∂ α ϕj )j convergent uniformément, respectivement, vers ϕ et ∂ α ϕ
sur le compact K. On a
Z
|hT, ϕj i − hT, ϕi| = f (x)(ϕj (x) − ϕ(x)) dx
ZΩ
≤ |f (x)||ϕj (x) − ϕ(x)| dx
ZΩ
= |f (x)||ϕj (x) − ϕ(x)| dx
K Z
≤ sup |ϕj (x) − ϕ(x)| |f (x)| dx = cK p0,K (ϕj − ϕ) −−−−→ 0 (∗)
x∈K K j→+∞

car Z
cK = |f (x)| dx < +∞.
K

Donc, |hT, ϕj i−hT, ϕi| −−−−→ 0, et par conséquent Tf ∈ D0 (Ω). Cette inégalité (∗) montre
j→+∞
aussi que Tf est d’ordre au plus 0.

Tf : L1loc (Ω) −→ D0 (Ω)


(iv) Montrons que l’application est injective.
f 7−→ Tf
Cela revient à montrer que
Z
f (x)ϕ(x) dx = 0, ∀ ϕ ∈ D(Ω) ⇒ f = 0 presque partout sur Ω.

Soient K un compact de Ω, θ ∈ D(Ω) tel que θ = 1 sur K, et (ρε )ε une suite régularisante,
en d’autres termes
Z
∀ ε > 0, ρε ∈ C ∞ (Rn ), supp (ρε ) ⊂ {x ∈ Rn /kxk ≤ ε}, ρε ≥ 0, et ρε (x)dx = 1.
Rn

Soit fe le prolongement de f par 0 dans Rn \ K, autrement dit

fe = θf dans K et fe = 0 dans Rn \ K

FST Fès 34 Tifaddent Ahlam


Donc, fe ∈ L1 (Rn ). Or, pour x fixé, la fonction y 7−→ ρε (x − y)θ(y) appartient à D(Ω).
Par hypothèse, il s’en suit que
Z
ρε ? fe(x) = ρε (x − y)θ(y)f (y) dy = 0 , ∀ x ∈ Rn .

Par le théorème 2.10.1, page 28, on déduit que (ρε ? fe) converge vers fe dans L1 (Rn ) lorsque
ε → 0, donc fe = 0 dans L1 (Rn ) et par conséquent f = 0 presque partout sur K. Puisque
Ω est réunion dénombrable de compacts, on a f = 0 presque partout dans Ω.


3.3.2 Distribution de Dirac


Proposition 3.3.2

Soit a ∈ Ω La forme linéaire δa : D(Ω) −→ R définie par

∀ ϕ ∈ D(Ω), hδa , ϕi = ϕ(a)

est une distribution sur Ω, d’ordre au plus 0.

Démonstration.

(i) Soit ϕ, ψ ∈ D(Ω) et soit α, β ∈ R on a

hδa , αϕ + βψi = (αϕ + βψ)(a)


= αϕ(a) + βψ(a)
= αhδa , ϕi + βhδa , ψi

Donc, l’application δa : D(Ω) −→ R est linéaire.


 ∃ Kcompact

 ⊂ Ω/∀ j ∈ N, supp ϕj ⊂ K et supp ϕ ⊂ K.

(ii) Soit ϕj −−−−→ ϕ dans D(Ω) ⇔
j→+∞
∈ Nn , sup |∂ α ϕj (x) − ∂ α ϕ(x)| −−−−→ 0

 ∀α


x∈K j→+∞

On a

|hδa , ϕj i − hδa , ϕi| = |ϕj (a) − ϕ(a)|


≤ sup |ϕj (x) − ϕ(x)| = p0,K (ϕj − ϕ) −−−−→ 0 (∗∗)
x∈K j→+∞

Ceci entraine que


hδa , ϕj i −−−−→ hδa , ϕi dans R.
j→+∞

Il en résulte de plus de l’inégalité (∗∗) que δa est d’ordre au plus 0.

FST Fès 35 Tifaddent Ahlam


Théorème 3.3.1
Il n’existe aucune fonction f ∈ L1loc (Rn ) telle que δ0 = Tf .

Démonstration.
Par l’absurde, et on se restreint ici à la dimension n=1, supposons qu’il existe f ∈ L1loc (R) telle
que Z
ϕ(0) = f (x)ϕ(x) dx.
R
On considère la fonction ϕ : R −→ R définie par
1
  
exp si |x| < 1

ϕ(x) = x −1
2 avec ϕ ∈ C ∞ (R) et supp ϕ = [−1, 1].
0 si |x| ≥ 1

1 1
 
∗ ∞
Soit ϕn (x) = ϕ(nx) ∀ n ∈ N , donc ϕn ∈ C (R) et supp ϕn = − , . On a
n n
Z 1 Z
−1 n
ϕn (0) = ϕ(0) = e = −1
f (x)ϕn (x) dx = f (x)ϕn (x) dx
n
R

On a Z 1
!
n
lim f (x)ϕn (x) dx = lim e−1 = e−1 . (∗)
n→+∞ 1
−n n→+∞

Remarquons que
Z 1 Z
n

1
f (x)ϕn (x) dx = χ[− 1 , 1 ] (x)f (x)ϕn (x) dx
−n R n n

et
|χ[− 1 , 1 ] (x)f (x)ϕn (x)| ≤ χ[−1,1] (x)|f (x)|, χ[− 1 , 1 ] (x)f (x)ϕn (x) −−−−→ 0 p.p
n n n n n→+∞

Donc, d’après le théorème de convergence dominée on en déduit que


1
Z ! Z
n
lim f (x)ϕn (x) dx = χ[− 1 , 1 ] (x)f (x)ϕn (x) = 0
n→+∞ 1
−n R n n

Contradiction avec (∗).

1
3.3.3 La valeur principale de x
1
Proposition 3.3.3: La valeur principale de x

Soit ϕ ∈ D(Ω). On pose

1 ϕ(x)
   Z
vp = lim dx.
x ε→0 |x|>ε x
1
 
Alors, vp est une distribution sur R d’ordre au plus 1.
x

FST Fès 36 Tifaddent Ahlam


Démonstration.
Soit ϕ ∈ D(R) telle que supp ϕ ⊂ [−a, a], a > 0. Alors,

1 ϕ(x)
    Z
vp , ϕ = lim dx.
x ε→0 ε≤|x|≤a x
Par la formule de Taylor avec reste intégral, on peut écrire

∀ x ∈ R, ϕ(x) = ϕ(0) + xψ(x),

avec Z 1
ψ(x) = ϕ0 (tx) dt, ψ ∈ C ∞ (R) et |ψ(x)| ≤ sup |ϕ0 (x)|.
0 x∈[−a,a]

Donc, pour tout ε > 0 on ait


Z
ϕ(x) Z
dx Z
dx = ϕ(0) + ψ(x) dx
ε≤|x|≤a x ε≤|x|≤a x ε≤|x|≤a
| {z } | {z }
I1 I2

1
La fonction x 7−→ est intégrable sur [ε, a] et impaire on obtient I1 = 0.
x
D’autre part, on a
Z
ϕ(x)
lim I2 = dx.
ε→0 |x|≤a x
Donc,
1 ϕ(x)
    Z
vp ,ϕ = dx.
x |x|≤a x
Ainsi,
1 Z a
   
vp ,ϕ ≤ ψ(x) dx
x −a
≤ 2a × sup |ϕ0 (x)|.
x∈[−a,a]

1
 
Il en résulte que vp est d’ordre au plus 1. 
x

3.3.4 Distribution positive


Soit T ∈ D0 (Ω). On dit que T est positive si, pour toute ϕ ∈ D(Ω) telle que ϕ ≥ 0, on a
hT, ϕi ≥ 0. Alors toute distribution positive est d’ordre zéro.

En effet, nous avons à montrer que,

∀ K ⊂ Ω, ∃ CK > 0 : |hT, ϕi| ≤ CK sup |ϕ|, ∀ ϕ ∈ D(K). (3.3.4)


K

Il suffit de prouver (3.3.4) pour ϕ réelle. Soit K un compact de Ω. Soit χ ∈ D(Ω), χ = 1 sur
K, 0 ≤ χ ≤ 1.

FST Fès 37 Tifaddent Ahlam


Si ϕ ∈ D(K) est réelle, les fonctions ψ± (x) = χ(x) sup |ϕ| ± ϕ(x) sont dans D(Ω) et posi-
K
tives en tout point de Ω. Alors, hT, ψ± i ≥ 0. D’où,

|hT, ϕi| ≤ |hT, χi| · sup|ϕ(x)| = CK sup|ϕ(x)|,


x∈K x∈K

ce qui signifie que T est d’ordre au plus 0, donc d’ordre 0.

3.3.5 Distribution de Dirac dérivée


Nous pouvons aussi définir sur le modèle de la distribution de Dirac une distribution d’ordre
fini de n’importe quel ordre.

Soient a ∈ Ω et α ∈ Nn . Posons, pour toute ϕ ∈ D(Ω),

hT, ϕi = ∂ α ϕ(a).

Montrons que T ainsi définie est une distribution d’ordre exactement |α|. Tout d’abord, il est
clair que c’est bien une distribution d’ordre au plus |α|.

En effet, si K est un compact de Ω, on a

|hT, ϕi| = |∂ α ϕ(a)| ≤ k∂ α ϕk∞ = sup |∂ α ϕ(x)|.


x∈K

Soit k < |α|. Montrons que T n’est pas d’ordre k. On raisonne par l’absurde.

Supposons que, pour tout compact K de Ω, il existe CK > 0 telle que :

∀ ϕ ∈ D(Ω), supp ϕ ⊂ K, |∂ α ϕ(a)| ≤ CK sup sup |∂ β ϕ(x)|.


|β|≤k x∈K

Soit ε > 0 et prenons comme compact K = B(a, ε).


ε xα
Fixons ψ0 ∈ D(B(0, ε)) telle que ψ0 (x) = 1 pour |x| ≤ . Posons alors ψ(x) = ψ0 (x).
2 α!
Par la formule de Leibniz, on a ∂ α ψ(0) = ψ0 (0) = 1. Posons enfin

ϕ(x) = ψ(λ(x − a)) où λ ≥ 1.

Comme
ε
 
supp ϕ ⊂ B a, ⊂ B(a, ε) ⊂ K,
λ
on a bien supp ϕ ⊂ K.

De plus,
∂ α ϕ(a) = λ|α| ∂ α ψ(0) = λ|α| .
Pour |β| ≤ k,
|∂ β ϕ(x)| = λ|β| |∂ β ψ(λ(x − a))| ≤ λk k∂ β ψk∞ .

FST Fès 38 Tifaddent Ahlam


Alors, pour tout λ ≥ 1, on devrait avoir,
λ|α|−k ≤ CK sup k∂ β ψk∞ < +∞.
|β|≤k

On aboutit à une contradiction en faisant tendre λ vers +∞ puisque |α| − k ≥ 1. Donc, T ne


peut pas être d’ordre k < |α|, donc T est d’ordre exactement |α|.

3.3.6 Une distribution d’ordre infini


Soit T la forme linéaire sur D(R) définie par
+∞
ϕ(j) (j).
X
∀ ϕ ∈ D(R), hT, ϕi =
j=0

Alors, T est une distribution sur R d’ordre infini. On peut reprendre en l’adaptant légèrement
la preuve donnée pour la distribution de Dirac dérivée.

Soit [−a, a] ⊂ R et soit ϕ ∈ D(R), supp ϕ ⊂ [−a, a]. Posons p0 = E(a) + 1, où E(a) est
la partie entière de a. On a :
+∞ p0 p0
ϕ(j) (j) = ϕ(j) (j) ≤ kϕ(j) k∞ .
X X X
|hT, ϕi| =
j=0 j=0 j=0

Donc T ∈ D0 (R).
1 1 1 1
   
Supposons par l’absurde que T est d’ordre fini k. Soit ψ0 ∈ D − , , égale à 1 sur − ,
2 2 4 4
xk+1
et positive. Soit λ > 1. Posons ψ(x) = ψ0 (x) pour x ∈ R et ϕ(x) = ψ(λ(x − (k + 1))).
(k + 1)!
1 3
 
On considère le compact K = k + , k + ⊂ R. Comme λ > 1, ϕ est à support dans K et
2 2
elle est C ∞ .

D’autre part, par la formule de Leibniz, on a : ψ (k+1) (0) = ψ0 (0) = 1. Puis, comme supp ϕ ⊂ K,
on a
hT, ϕi = ϕ(k+1) (k + 1) = λk+1 ψ (k+1) (0) = λk+1 .
D’autre part, pour j ≤ k,
∀ x ∈ R, |ϕ(j) (x)| ≤ λj sup |ψ (j) (x)| ≤ λj kψ (j) k∞ .
x∈R

1 3
 
Or, T est supposée d’ordre k, donc pour K = k + , k + , il existe CK > 0 telle que
2 2
k
kϕ(j) k∞ ,
X
|hT, ϕi| ≤ CK
j=0

soit ici  
k k
λk+1 ≤ CK λj kψ (j) k∞ ≤ CK  λj kψ (j) k∞  λk .
X X

j=0 j=0

FST Fès 39 Tifaddent Ahlam


Or cela conduit à une contradiction lorsque λ tend vers l’infini car on a
k
λj kψ (j) k∞ < +∞
X
λ ≤ CK
j=0

Donc T ne peut pas être d’ordre fini.

3.3.7 Exemples
Exemple 3.3.8

T : D(R) −→ R
Soit
ϕ 7−→ T (ϕ) = hT, ϕi = ϕ00 (2)
1. Montrer que T est une distribution sur R d’ordre 2.

T : D(R2 ) −→ R
Soit ∂ 2ϕ
ϕ 7−→ T (ϕ) = hT, ϕi = (1, 2)
∂x∂y
2. Montrer que T est une distribution sur R2 d’ordre fini que l’on précisera.

En effet,
1. Montrons que T ∈ D0 (R) en utilisant la définition 3.1.1 :
? Soit ϕ, ψ ∈ D(R), soit λ ∈ R, on a

hT, ϕ + λψi = (ϕ + λψ)00 (2)


= ϕ00 (2) + λψ 00 (2)
= hT, ϕi + λhT, ψi

Ceci prouve que T est linéaire.





 ∃ Kcompact ⊂ R/∀ j ∈ N, supp ϕj ⊂ K.

? Soit ϕj −−−−→ 0 dans D(R) ⇔ .
j→+∞  (p)
 ∀p ∈ N, sup |ϕj (x)| −−−−→ 0


x∈K j→+∞

En particulier pour p = 2, on a sup |ϕ00 (x)| −−−−→ 0.


x∈K j→+∞
Donc
hT, ϕj i = |ϕ0j 0 (2)| ≤ sup |ϕ0j 0 (x)| −−−−→ 0.
x∈K j→+∞

D’où hT, ϕj i −−−−→ 0 et par conséquent T ∈ D0 (R).


j→+∞

Montrons que T ∈ D0 (R) en utilisant la proposition 3.2.1 :


(i) T : D(R) −→ R est linéaire.

FST Fès 40 Tifaddent Ahlam


(ii) Soit Kcompact ⊂ R et soit ϕ ∈ DK (R) on a

hT, ϕi = |ϕ00 (2)| ≤ sup |ϕ00 (x)| ≤ sup sup |ϕ(p) (x)|
x∈K |p|≤2 x∈K

Donc T ∈ D0 (R) et ord(T ) = 2.


2. Montrons que T est une distribution sur R2 en utilisant la définition 3.1.1 :
? Soit ϕ, ψ ∈ D(R2 ), soit λ ∈ R on a
∂2
hT, ϕ + λψi = (ϕ + λψ)(1, 2)
∂x∂y
∂2 ∂2
= ϕ(1, 2) + λ ψ(1, 2)
∂x∂y ∂x∂y
= hT, ϕi + λhT, ψi.

Donc, T est linéaire.





  ∃ Kcompact ⊂ R2 /∀ j ∈ N, supp ϕj ⊂ K.

? Soit ϕj −−−−→ 0 dans D(R2 ) ⇔ .
j→+∞  2 p
 ∀p ∈ N , sup |∂ ϕj (x)| −−−−→ 0


x∈K j→+∞

En particulier pour p = (1, 1), on a

∂2
sup |∂ (1,1) ϕj (x, y)| = sup ϕj (x, y) −−−−→ 0.
(x,y)∈K (x,y)∈K ∂x∂y j→+∞

Donc
∂2 ∂2
hT, ϕj i = ϕj (1, 2) ≤ sup ϕj (x, y) −−−−→ 0.
∂x∂y (x,y)∈K ∂x∂y j→+∞

D’où hT, ϕj i −−−−→ 0 et par conséquent T ∈ D0 (R2 ).


j→+∞

Montrons que T ∈ D0 (R2 ) en utilisant la proposition 3.2.1 :


(i) T : D(R2 ) −→ R est linéaire.
(ii) Soit Kcompact ⊂ R2 et soit ϕ ∈ DK (R2 ) on a

∂2 ∂2
|hT, ϕi| = ϕ(1, 2) ≤ sup ϕ(x, y) ≤ sup sup |∂ p ϕ(x, y)|.
∂x∂y (x,y)∈K ∂x∂y |p|≤2 (x,y)∈K

Donc T ∈ D0 (R2 ) et ord(T ) = 2.


Exemple 3.3.9

1

 si x ≥ 0
Soit H la fonction d’Heaviside définie par : H(x) = .



0 si x < 0
Soit f : R −→ R, définie par f (x) = H(x) log |x|.
a. Montrer que f est localement intégrable sur R.

FST Fès 41 Tifaddent Ahlam


b. En déduire que Tf est une distribution d’ordre 0 sur R.
En effet,
a. Soit B un borné de R, donc il existe a > 1 tel que B ⊂ [−a, a], on a
Z Z a Z a Z 1 Z a
|f (x)| dx ≤ |f (x)| dx = log x dx = log x dx + log x dx
B −a 0 0 1
Z a
∗ x 7−→ log x est continue sur [1, a], donc log x dx est bien définie.
1
Z 1 Z 1
∗ log x dx = lim+ log x dx = −1.
0 ε→0 ε
Donc, Z Z a
|f (x)| dx ≤ 1 + log x dx < +∞.
B 1
Ceci prouve que f est localement intégrable sur R.
b. Par la proposition 3.3.1 et comme on a f ∈ L1loc (R), on déduit que Tf ∈ D0 (R)
et ord(Tf ) = 0.

FST Fès 42 Tifaddent Ahlam


Chapitre 4
Opérations sur les distributions

4.1 Dérivation d’une distribution


Définition 4.1.1
Soit T ∈ D0 (Ω) et soit j ∈ {1, . . . , n}. La forme linéaire ∂xj T définie sur D(Ω) par

h∂xj T, ϕi = −hT, ∂xj ϕi pour tout ϕ ∈ D(Ω).

est une distribution sur Ω appelée la i − ème dérivée partielle de T .

Proposition 4.1.1

Soit T ∈ D0 (Ω). Alors l’expression de ∂xj T dans la définition précédente 4.1.1 définit bien
une distribution.

Démonstration.

∂ xj T : D(Ω) −→ R
(i) L’application est bien définie.
ϕ 7−→ −hT, ∂xj ϕi
En effet, on a ∂xj ϕ est de classe C ∞ puisque ϕ ∈ D(Ω). De plus, il résulte de la proposi-
tion 2.4.1, page 15 que supp ∂xj ϕ ⊂ supp ϕ. Donc, ∂xj ϕ ∈ D(Ω).

(ii) Elle est linéaire. En effet, soient ϕ, ψ ∈ D(Ω) et α, β ∈ R, on a

h∂xj T, αϕ + βψi = −hT, ∂xj (αϕ + βψ)i


= −hT, α∂xj ϕ + β∂xj ψi
 
= − αhT, ∂xj ϕi + βhT, ∂xj ψi

(iii) Elle est continue. En effet, on considère (ϕk )k∈N une suite convergeant vers 0 dans D(Ω),
alors il existe un compact K ⊂ Ω tel que pour tout k ∈ N, on ait supp ϕk ⊂ K et
supp ∂xj ϕk ⊂ K puisque supp ∂xj ϕk ⊂ supp ϕk . De plus, la suite (ϕk )k∈N et toutes les

43
suites (∂ α ϕk )k∈N convergent uniformément vers 0 sur K. Ceci nous permet de dire que la
suite (∂xj ϕk )k∈N converge vers 0 dans D(Ω). Finalement,

h∂xj T, ϕk i = −hT, ∂xj ϕk i converge vers 0 dans R.

∂xj T : D(Ω) −→ R
Par conséquent, L’application définit bien une distribution.
ϕ 7−→ −hT, ∂xj ϕi


Proposition 4.1.2: Dérivation classique et dans D0 (Ω)

Soit f ∈ C 1 (Ω), on a

∂xj Tf = T∂xj f pour tout j ∈ {1, . . . , n}.

Démonstartion.
On se restreint ici à la dimension 1 (cas où n = 1 et où Ω = ]a, b[). Pour toute fonction test
ϕ ∈ D(]a, b[), en intégrant par parties
déf
hTf0 , ϕi = −hTf , ϕ0 i
Z b
=− f (x)ϕ0 (x) dx
a
Z b
= [f (x)ϕ(x)]ab + f 0 (x)ϕ(x) dx
a
= hTf 0 , ϕi

puisque ϕ(a) = ϕ(b) = 0. D’où le résultat.

Exemple 4.1.1 Dérivée de la distribution de Dirac

Soit δ0 la distribution de Dirac à l’origine définie comme suit

δ0 : D(R) −→ R
.
ϕ 7−→ hδ0 , ϕi = ϕ(0)

Comme δ0 ∈ D0 (R), alors par la proposition 4.1.1 on a δ00 est également une distribution sur
R. Ainsi pour ϕ ∈ D(R), on obtient
déf
hδ00 , ϕi = −hδ0 , ϕ0 i = −ϕ(0).

Exemple 4.1.2 Dérivée de la fonction d’Heaviside

Soit H la fonction d’Heaviside définie par



0 si x < 0
H(x) =  .
1 si x ≥ 0

FST Fès 44 Tifaddent Ahlam


Montrons que H définit bien une distribution.
Soit B un ensemble borné quelconque de R, alors il existe un réel positif a tel que B ⊂ [−a, a].
On a Z Z a Z a
|H(x)| dx ≤ |H(x)| dx = dx = a < +∞
B −a 0
Donc, la fonction H est localement intégrable et par conséquent elle détermine une distribution
que l’on note TH .
On a pour ϕ ∈ D(R),
déf
hTH0 , ϕi = −hTH , ϕ0 i
Z
=− H(x)ϕ(x) dx
R
Z +∞
=− ϕ0 (x) dx
0
= −[ϕ(x)]+∞0
= ϕ(0) avec ”ϕ(+∞) = 0”
= hδ0 , ϕi
D’où, TH0 = δ0 .
Exemple 4.1.3 Dérivée d’une fonction discontinue

On se donne une fonction f , de classe C 1 sur ]−∞, 0[ et sur ]0, +∞[, non continue en 0 et
admettant en 0, une limite à gauche et une limite à droite. On note f (0+ ) et f (0− ) les limites
respectives à droite et à gauche au point 0, avec σ0 = f (0+ ) − f (0− ).
La fonction f définit une distribution, dont on calcule la dérivée, que nous notons Tf0 . Par
définition, pour ϕ ∈ D(R) on a
déf
hTf0 , ϕi = −hTf , ϕ0 i
Z
=− f (x)ϕ0 (x) dx
R
Z 0 Z +∞
0
=− f (x)ϕ (x) dx − f (x)ϕ0 (x) dx
−∞ 0
Z 0 Z +∞
= −[f (x)ϕ(x)]0−∞ + f 0 (x)ϕ(x) dx − [f (x)ϕ(x)]+∞
0 + f 0 (x)ϕ(x) dx
−∞ 0
Z
= f 0 (x)ϕ(x) dx + (f (0+ ) − f (0− ))ϕ(0) car ϕ(±∞) = 0
R
= hTf 0 , ϕi + σ0 δ0
Par conséquent, on a
Tf0 = Tf 0 + σ0 δ0 .
Supposons que f soit une fonction indéfiniment dérivable, alors on aura en dérivant à nouveau
T 00f = Tf 00 + σ0 δ00 + σ1 δ0 où σ1 = f 0 (0+ ) − f 0 (0− )
.. .. .. .. ..
. . . . .
.. .. .. .. ..
. . . . .
(m) (m−1) (m−2)
Tf = Tf (m) + σ0 δ0 + σ 1 δ0 + . . . + σm−1 δ0 où σm−1 = f (m−1) (0+ ) − f (m−1) (0− )

FST Fès 45 Tifaddent Ahlam


Lemme 4.1.1: Symétrie des dérivées multiples

Pour toute distribution T ∈ D0 (Ω) et tout j 6= k ∈ {1, . . . , n}, on a

∂xj (∂xk T ) = ∂xk (∂xj T ) dans D0 (Ω).

Démonstration.
En effet, pour tout ϕ ∈ D(Ω), le lemme de Schwarz assure que

∂xj (∂xk ϕ) = ∂xk (∂xj ϕ) sur Ω.

Par conséquent

h∂xj (∂xk T ), ϕi = hT, ∂xk (∂xj ϕ)i = hT, ∂xj (∂xk ϕ)i = h∂xk (∂xj T ), ϕi.

D’où le résultat. 

Définition 4.1.2: Dérivées d’ordre supérieur dans D0 (Ω)

Soit T ∈ D0 (Ω). Pour tout multi-indice α ∈ Nn , on pose

h∂xα T, ϕi = (−1)|α| hT, ∂xα ϕi pour tout ϕ ∈ D(Ω).

Exemple 4.1.4 Dérivées de la masse de Dirac


Dans D0 (R), on a
∂xm δa = δa(m) où a ∈ R
avec δa(m) est la distribution d’ordre m définie ci-dessus par la formule

hδa(m) , ϕi = (−1)m hδa , ∂xm ϕi = (−1)m ϕ(m) (a)

pour toute fonction test ϕ ∈ D(Ω).

4.2 Multiplication par une fonction de classe C ∞


Définition 4.2.1
Soit T ∈ D0 (Ω) et soit a ∈ C ∞ (Ω). La forme linéaire aT définie sur D(Ω) par

haT, ϕi = hT, aϕi pour tout ϕ ∈ D(Ω),

est une distribution appelée produit de a par T .

FST Fès 46 Tifaddent Ahlam


Remarque 4.2.1
∗ La formule ci-dessus définit bien une distribution sur Ω.
En effet, on a bien aϕ ∈ D(Ω) donc le membre de droite est bien défini.
Puis, soit K ⊂ Ω un compact, il existe un entier k ∈ N et une constante C > 0 tels
que,
|hT, ϕi| ≤ Cpk,K (ϕ) = C sup sup |∂ α ϕ(x)| ∀ ϕ ∈ D(Ω)
|α|≤k x∈K

Alors,
|haT, ϕi| = |hT, aϕi| ≤ Cpk,K (aϕ) = C sup sup |∂ α (aϕ)(x)|
|α|≤k x∈K

Or, par la formule de Leibniz


!
α
X α α−β β
∂ (aϕ) = ∂ a.∂ ϕ
β≤α β

Ainsi,

pk,K (aϕ) = sup sup |∂ α (aϕ)(x)|


|α|≤k x∈K
!
α
sup |∂ α−β a(x)| sup sup |∂ β ϕ(x)|
X
≤ sup
|α|−|β|≤k β≤α β x∈K |β|≤k x∈K
| {z }
Ce
= Cp
e
k,K (ϕ)

Donc,

|haT, ϕi| ≤ Cpk,K (aϕ)


≤ C Cp
e
k,K (ϕ)

ce qui montre que aT est une distribution sur Ω.


∗ Nous avons facilement les propriétés suivantes. Pour a, b ∈ C ∞ (Ω) et T, S ∈ D0 (Ω),

(a + b)T = aT + bT, (ab)T = a(bT ), a(S + T ) = aS + aT.

Exemple 4.2.1 Si δ0 la distribution de Dirac à l’origine et a ∈ C 1 (R) alors

aδ0 = a(0)δ0 , et aδ00 = a(0)δ00 − a0 (0)δ0 .

En effet, soit ϕ ∈ D(R) on a

haδ0 , ϕi = hδ0 , aϕi = (aϕ)(0) = a(0)ϕ(0) = a(0)hδ0 , ϕi.

FST Fès 47 Tifaddent Ahlam


De même on a

haδ00 , ϕi = hδ00 , aϕi


= −hδ0 , a0 ϕ + aϕ0 i
= −a0 (0)ϕ(0) − a(0)ϕ0 (0)
= −a0 (0)hδ0 , ϕi − a(0)hδ0 , ϕ0 i
= −a0 (0)hδ0 , ϕi + a(0)hδ00 , ϕi

Proposition 4.2.1

Soit T ∈ D0 (Ω) et soit a ∈ C ∞ (Ω). Alors, pour tout j = 1, . . . , n on a

∂xj (aT ) = (∂xj a)T + a∂xj T dans D0 (Ω).

Démonstration.
En effet, pour toute fonction test ϕ ∈ D(Ω), on a
déf
h∂xj (aT ), ϕi = −hT, a∂xj ϕi
= −hT, ∂xj (aϕ) − (∂xj a)ϕi
= h∂xj T, aϕi + h(∂xj a)T, ϕi
= ha∂xj T, ϕi + h(∂xj a)T, ϕi

D’où le résultat. 

Proposition 4.2.2: L’équation xT = 0

Soit T ∈ D0 (R). On a alors l’équivalence entre


1. xT = 0.
2. T = cδ0 où c ∈ R.

Démonstration.
Soit T ∈ D0 (R). Supposons que xT = 0.
Soit ϕ ∈ D(R) et soit χ ∈ D(R) avec χ(0) = 1.
Posons
ψ(x) = ϕ(x) − χ(x)ϕ(0).
On a ψ ∈ D(R) et ψ(0) = 0.
La formule de Taylor avec reste intégral donne
Z 1 Z 1
ψ(x) = ψ(0) + x ψ 0 (tx) dt = x ψ 0 (tx) dt.
0 0

donc, Z 1
ϕ(x) = χ(x)ϕ(0) + x ψ 0 (tx) dt
0

FST Fès 48 Tifaddent Ahlam


d’où,
Z 1
hT, ϕi = hT, χϕ(0) − x ψ 0 (tx) dti
0
Z 1
= hT, χϕ(0)i + hT, x ψ 0 (tx) dti
0
Z 1
= ϕ(0)hT, χi + hxT, ψ 0 (tx) dti
0
= cϕ(0) avec c = hT, χi
= chδ0 , ϕi

Ainsi,
T = cδ0 où c = hT, χi ∈ R
Inversement, supposons que T = cδ0 .
Soit ϕ ∈ D(R), on a

hxT, ϕi = hT, xϕi


= hcδ0 , xϕi
= chδ0 , xϕi
= c(xϕ(x))(0)
= 0.

Donc, xT = 0. 

FST Fès 49 Tifaddent Ahlam


Chapitre 5
Support d’une distribution

Dans tout le chapitre Ω désigne un ouvert de Rn .

5.1 Restriction à un ouvert


Définition 5.1.1
Soit ω ⊂ Ω un ouvert et soit T ∈ D0 (Ω). Pour ϕ ∈ D(ω) on définit ϕe ∈ D(Ω) qui est
égale à ϕ sur ω et à 0 sur Ω \ ω. Alors, la forme linéaire T |ω définie sur D(ω) par

∀ ϕ ∈ D(ω), hT |ω , ϕiD0 (ω)×D(ω) = hT, ϕi


e D0 (Ω)×D(Ω)

est une distribution sur ω appelée la restriction de T à ω.

Définition 5.1.2
Soit T ∈ D0 (Ω) et soit ω ⊂ Ω un ouvert. On dit que T est nulle dans ω si T |ω = 0.

Lemme 5.1.1: Principe de localisation

Soit (ωi )i∈I une famille d’ouverts de Ω et soit ω leur réunion. Soit T ∈ D0 (Ω) telle que
pour tout i ∈ I, T |ωi = 0. Alors, T |ω = 0.

Démonstration.
On doit montrer que, pour toute ϕ ∈ D(ω), hT, ϕiD0 (ω)×D(ω) = 0. Soit ϕ ∈ D(ω) et soit
[
K = supp ϕ. Comme K ⊂ ωi , on peut extraire de ce recouvrement ouvert de K un sous-
i∈I
recouvrement fini indicé par J ⊂ I fini (propriété de Borel-Lebesgue).
Soit alors (χi )i∈J une partition
X de l’unité relative au recouvrement (ωi )i∈J de K. Alors pour
tout i ∈ J, χi ∈ D(ωi ) et χi (x) = 1 pour x ∈ K. Comme ϕ est à support compact dans
[ X i∈J
K⊂ ωi , on a ϕ = χi ϕ et ainsi
i∈J i∈J
X X
hT, ϕiD0 (ω)×D(ω) = hT, χi ϕiD0 (ω)×D(ω) = hT |ωi , χi ϕiD0 (ωi )×D(ωi ) .
i∈J i∈J

50
Or, pour tout i ∈ J, χi ϕ ∈ D(ωi ) et T |ωi = 0, donc

hT |ωi , χi ϕiD0 (ωi )×D(ωi ) = 0 et hT, ϕiD0 (ω)×D(ω) = 0.

Proposition 5.1.1: Principe de recollement

Soit (ωi )i∈I une famille d’ouverts de Ω telle que


[
ωi = Ω.
i∈I

Soit (Ti )i∈I une famille de distributions telle que Ti ∈ D0 (ωi ) pour tout i ∈ I.
Supposons que

Ti |ωi ∩ωj = Tj |ωi ∩ωj pour tous i, j ∈ I tels que ωi ∩ ωj 6= ∅.

Alors il existe une unique distribution S ∈ D0 (Ω) telle que

S |ωi = Ti , i ∈ I.

Démonstration.
. Unicité : Supposons qu’il existe deux distributions sur Ω, S et S, e vérifiant cette propriété,
i.e. S |ωi = Ti et Se |ωi = Ti . Alors la distribution V = S − Se est telle que

V |ωi = 0 pour tout i ∈ I.

Le lemme 5.1.1 entraine que V = 0 sur ∪ ωi = Ω.


i∈I

. Existence : Soit K compact dans Ω, comme (ωi )i∈I est un recouvrement ouvert de K, il
en existe un sous-recouvrement fini (ωi1 , . . . , ωin ) et une partition de l’unité sur K notée
(χ1 , . . . , χn ) subordonnée au sous-recouvrement fini (ωi1 , . . . , ωin ).
Soit maintenant ϕ ∈ D(Ω) à support dans K ; on pose
n
X
hS, ϕi = hTik , χk ϕi
k=1

Montrons que la forme linéaire T est bien définie. Pour cela, on va supposer qu’il existe
un autre sous-recouvrement fini (ωi0 1 , . . . , ωi0 m ) et une autre partition de l’unité sur K
notée (χ01 , . . . , χ0m ) subordonnée à ce sous-recouvrement. Montrons que
n m
hTi0` , χ0` ϕi.
X X
hTik , χk ϕi =
k=1 `=1

On a n n X
m  
Tik |ωik ∩ ωi0 , χk χ0` ϕ
X X
hTik , χk ϕi =
`
k=1 k=1`=1

FST Fès 51 Tifaddent Ahlam


Sachant que
Tik |ωik ∩ ωi0 = Ti0` |ωik ∩ ωi0
` `

On conclut que
n n X
m  
Tik |ωik ∩ ωi0 , χk χ0` ϕ
X X
hTik , χk ϕi =
`
k=1 k=1`=1
n Xm  
Ti0` |ωik ∩ ωi0 , χk χ0` ϕ
X
=
`
k=1`=1
m
hTi0` , χ0` ϕi
X
=
`=1

Ainsi la forme linéaire T est bien définie. Vérifions enfin que T est bien une distribution.
Pour k = 1, . . . , n, écrivons la propriété de continuité de Tik sur le compact supp χk ⊂ ωik

|hTik , χk ϕi| ≤ Ck sup sup |∂ α (χk ϕ)(x)|


|α|≤pk x∈supp χk

≤ Ck Ck0 sup sup |∂ β ϕ(x)|


|β|≤pk x∈supp χk

d’après la formule de Leibniz, en posant


!
α
Ck0 |∂ α−β χk (x)|
X
= sup sup
|α|≤pk x∈supp χk β≤α β

Et par conséquent
|hS, ϕi| ≤ C sup sup |∂ β ϕ(x)|
|β|≤p x∈K

pour tout ϕ ∈ C ∞ (Ω) à support dans K, avec


n
Ck Ck0 .
X
p = max pk , et C =
1≤k≤n
k=1

Ceci montre que la forme linéaire S est une distribution sur Ω.




5.2 Support d’une distribution


Définition 5.2.1
Pour T ∈ D0 (Ω), on appelle support de T , noté supp T , le complémentaire du plus grand
ouvert où T est nulle.

FST Fès 52 Tifaddent Ahlam


Remarque 5.2.1
Comme complémentaire d’un ouvert, supp T est toujours un fermé.

En traduisant la définition, on peut écrire les assertions suivantes :


1. x0 6∈ supp T ⇔ ∃ Vx0 , un voisinage ouvert de x0 tel que ∀ ϕ ∈ D(Vx0 ), hT, ϕi = 0.
2. x0 ∈ supp T ⇔ ∀ Vx0 , ∃ ϕ ∈ D(Vx0 ), tel que hT, ϕi =
6 0.
3. supp T ⊂ F ⇔ T = 0 dans F c .

Exemple 5.2.1 1. ∀ f ∈ L1loc (Ω), on a supp f = supp Tf .


En effet, si x0 6∈ supp f , il existe Vx0 un voisinage ouvert de x0 tel
Z que f (x) = 0 pour
x ∈ Vx0 . Alors, si ϕ ∈ D(Vx0 ) on a f (x)ϕ(x) = 0 dans Vx0 . Donc, f (x)ϕ(x) dx = 0, et

par conséquent x0 6∈ supp Tf . D’où supp Tf ⊂ supp f .
Réciproquement,Z si x0 6∈ supp Tf , il existe Vx0 un voisinage ouvert de x0 tel que
∀ ϕ ∈ D(Vx0 ), f (x)ϕ(x) dx = 0. Par le lemme 2.4.1, page 17 on déduit que f est nulle

presque partout dans Vx0 . Donc, x0 6∈ supp f . D’où supp f ⊂ supp Tf .
2. Soit δa la distribution de Dirac au point a ∈ Ω, alors on a supp δa = {a}.
En effet, si ϕ ∈ D(Ω \ {a}) on a hδa , ϕi = ϕ(a) = 0, et donc supp δa ⊂ {a}.
Inversement, soit Va un voisinage ouvert de a. On a {a} ⊂ Va , alors il existe une
compact ouvert
fonction plateau ϕ ∈ D(Va ) telle que ϕ ≡ 1 sur {a}, c’est-à-dire ϕ(a) = 1. Donc,
hδa , ϕi = ϕ(a) = 1 6= 0 ceci prouve que a ∈ supp δa . D’où {a} ⊂ supp δa .

Proposition 5.2.1

Pour toute distribution T ∈ D0 (Ω), on a supp T = ∅ ⇔ T = 0.

Démonstration.
Si T = 0 il est clair par définition que supp T = ∅. Réciproquement, si supp T = ∅, alors pour
tout x ∈ Ω, il existe un ouvert ωx ⊂ Ω contenant x tel que T |ωx = 0. Par le Lemme 5.1.1, page
50, on déduit que T = 0 car Ω = ∪ ωx .
x∈Ω

Proposition 5.2.2

Soit T ∈ D0 (Ω) et soit ϕ ∈ D(Ω) telles que supp T ∩ supp ϕ = ∅. Alors, hT, ϕi = 0.

Démonstration.
On a supp ϕ ⊂ (supp T )c , donc pour tout x ∈ supp [
ϕ il existe un voisinage ouvert Vx tel que
hT, ψi = 0 pour tout ψ ∈ D(Vx ). Alors, supp ϕ ⊂ Vx ; comme supp ϕ est compact, alors
x∈supp ϕ
n
[
il existe un sous recouvrement fini (Vx1 , . . . , Vxn ) tel que supp ϕ ⊂ Vxi . Soit (χi )1≤i≤n une
i=1
n
X
partition de l’unité associée au recouvrement (Vxi )1≤i≤n i.e. χi ∈ D(Vxi ) et χi (x) = 1 pour
i=1

FST Fès 53 Tifaddent Ahlam


n
X n
X
x ∈ supp ϕ. Alors, ϕ = χi ϕ et donc hT, ϕi = hT, χi ϕi = 0, car
i=1 i=1
χi ϕ ∈ D(Vxi ). 

Proposition 5.2.3

Soient k ∈ N, T ∈ D0(k) (Ω) et ϕ ∈ Dk (Ω). On suppose que pour tous x ∈ supp T et


α ∈ Nn tels que |α| ≤ k on ait ∂ α ϕ(x) = 0. Alors, hT, ϕi = 0.

Démonstration.
On note K = supp T ∩ supp ϕ.
∗ Si K = ∅, il résulte de la proposition précédente 5.2.2 que hT, ϕi = 0.
∗ Si K 6= ∅, pour ε > 0, on pose Kε = {x ∈ Rn /d(x, K) ≤ ε}. Il existe ε0 ∈ ]0, 1] tel que
pour tout ε ∈ ]0, ε0 ], on a Kε ⊂ Ω. Soit (ρε )ε une suite régularisante.
Soit ψε = ρε ? 1Kε . On a ψε ≡ 1 sur Kε/2 , supp ψε ⊂ supp ρε + Kε ⊂ K3ε , ψε est à valeurs
dans l’intervalle [0, 1], et telle que pour |α| ≤ k on a :

|∂ α ψε (x)| = |∂ α ψε ? 1Kε (x)|


Z
= ∂ α ρε (x − y)1Kε (y) dy

Z
≤ |∂ α ρε (x − y)1Kε (y)| dy

Z
α
≤ sup |∂ ρε (z)| dy
z∈B(0,ε) Kε

= ε−k sup |∂ α ρ(z/ε)| mes(Kε ) en posant h = z/ε


z∈B(0,ε)

≤ ε−|α| sup |∂ α ρ(h)| mes(Kε )


h∈B(0,1)
−|α|
= Cα ε

On écrit
hT, ϕi = hT, ψε ϕi + hT, (1 − ψε )ϕi.
On a
hT, (1 − ψε )ϕi = 0
car
c c
supp T ∩ supp (1 − ψε )ϕ ⊂ (supp T ∩ supp ϕ) ∩ Kε/2 = K ∩ Kε/2 = ∅.
Donc,
hT, ϕi = hT, ψε ϕi
Comme T ∈ D0(k) et

supp ψε ϕ ⊂ supp ψε ∩ supp ϕ ⊂ K3ε ∩ supp ϕ ⊂ K3ε

alors il existe une constante C ∈ R∗+ indépendante de ε tels que

|hT, ϕi| ≤ C sup sup |∂ α (ψε ϕ)(x)|


|α|≤k x∈Kε

FST Fès 54 Tifaddent Ahlam


Or par la formule de Leibniz on a
!
α α α−β
ψε ∂ β ϕ
X
∂ (ψε ϕ) = ∂
β≤α β
D’où
!
α α−β
ψε (x)∂ β ϕ(x)
X
|hT, ϕi| ≤ C sup sup ∂
|α|≤k x∈K3ε β≤α β
 ! 
X α 
≤ C sup  sup |∂ α−β ψε (x)| sup |∂ β ϕ(x)|
|α|≤k β≤α β x∈K3ε x∈K3ε
 ! 
X α 
≤ C sup  Cα−β ε|β|−|α| sup |∂ β ϕ(x)|
|α|≤k β≤α β x∈K3ε 
 ! ( )
 α 
sup ε|β|−|α| sup |∂ β ϕ(x)|
X
≤ C sup Cα−β
 |β|≤k
β≤α β  |β|≤k x∈K3ε
| {z }
Ce
Comme |β| − |α| ≥ |β| − k et ε ≤ 1, on obtient
|hT, ϕi| ≤ Ce sup ε|β|−k sup |∂ β ϕ(x)|
|β|≤k x∈K3ε

On va montrer pour |β| ≤ k que limε|β|−k sup |∂ β ϕ(x)| = 0.


ε→0 x∈K3ε
On sait qu’il existe xε ∈ K3ε tel que sup |∂ β ϕ(x)| = |∂ β ϕ(xε )| et il existe x0 ∈ K tel que
x∈K3ε
d(xε , K) = |xε − x0 | ≤ 3ε.
Or, ∂ β ϕ étant continue à support compact, elle est donc uniformément continue sur Ω.
Donc,
∀ δ > 0, ∃ η > 0, ∀ x, x0 ∈ Ω, |x − x0 | ≤ η ⇒ |∂ β ϕ(x) − ∂ β ϕ(x0 )| ≤ δ
Prenons 3ε ≤ η, on obtient |∂ β ϕ(xε ) − ∂ β ϕ(x0 )| ≤ δ. Comme x0 ∈ K ⊂ supp T , il résulte
par hypothèse que ∂ β ϕ(x0 ) = 0. Donc, on en déduit pour |β| = k que
lim ε|β|−k sup |∂ β ϕ(x)| = 0.
ε→0 x∈K3ε

Pour |α| ≤ k. Par la formule de Taylor avec reste intégral, on obtient


(xε − x0 )γ γ+β
∂ β ϕ(xε ) =
X
∂ ϕ(x0 )
|γ|≤k−1−|β|
γ!
(xε − x0 )γ Z 1
(1 − t)k−1−|β| ∂ γ+β ϕ(x0 + t(xε − x0 )) dt
X
+ (k − |β|)
|γ|=k−|β|
γ! 0

Donc,

β
X |(xε − x0 )γ | γ+β
|∂ ϕ(xε )| ≤ |∂ ϕ(x0 )|
|γ|≤k−1−|β|
γ!
|(xε − x0 )γ | Z 1
(1 − t)k−1−|β| |∂ γ+β ϕ((1 − t)x0 + txε | dt
X
+ (k − |β|)
|γ|=k−|β|
γ! 0

FST Fès 55 Tifaddent Ahlam


Ainsi,

|xε − x0 ||γ| γ+β


|∂ β ϕ(xε )| ≤
X
|∂ ϕ(x0 )|
|γ|≤k−1−|β|
γ!
|xε − x0 ||γ| Z 1
(1 − t)k−1−|β| |∂ γ+β ϕ((1 − t)x0 + txε | dt
X
+ (k − |β|)
|γ|=k−|β|
γ! 0

Pour tout t ∈ [0, 1], on a |(1 − t)x0 + txε − x0 | = t|xε − x0 | ≤ 3ε, donc
{(1 − t)x0 + txε } ∈ K3ε .
D’autre part, comme x0 ∈ K ⊂ supp T , on a pour |γ| + |β| ≤ k − 1, ∂ γ+β ϕ(x0 ) = 0. D’où

3|γ| ε|γ| Z 1
|∂ β ϕ(xε )| ≤ (k − |β|) 1. sup |∂ γ+β ϕ(z)| dt
X

|γ|=k−|β|
γ! 0 z∈K3ε

3|γ|
= (k − |β|)εk−|β| sup |∂ γ+β ϕ(z)|
X

|γ|+|β|=k
γ! z∈K3ε

Donc,  
X 3|α−β| 
ε|β|−k |∂ β ϕ(xε )| ≤ (k − |β|) sup |∂ α ϕ(z)|

|α|=k
(α − β)! z∈K3ε 
| {z }
−−→0
ε→0

Et finalement,
lim ε|β|−k |∂ β ϕ(xε )| = 0.
ε→0

Théorème 5.2.1
Soit T ∈ D0 (Ω) et x0 ∈ Ω. Supposons que supp T = {x0 }. Il existe alors un entier k et
des nombres réelles aα , pour |α| ≤ k, tels que

aα ∂ α ϕ(x0 ), pour ϕ ∈ D(Ω).


X
hT, ϕi =
|α|≤k

Démonstration.
Soit ω un ouvert contenant x0 tel que ω soit un compact contenu dans Ω. On sait
(exemple 3.2.1) qu’il existe k ∈ N tel que T ∈ D0(k) (ω).
Soit χ ∈ D(ω), tel que χ = 1 sur un voisinage de x0 , soit ϕ ∈ D(Ω). On a

hT, (1 − χ)ϕi = 0,

car
supp T ∩ supp (1 − χ) = ∅,
donc
hT, ϕi = hT, χϕi.

FST Fès 56 Tifaddent Ahlam


On pose  
(x − x0 )α α
X
ψ : x 7−→ ψ(x) = χ(x) ϕ(x) − ∂ ϕ(x0 ) ,
|α|≤k
α!
alors ψ ∈ D(ω), et pour |β| ≤ k
 
X (x − x0 )α
!
β γ
∂ β ψ(x0 ) = ∂ χ(x0 )∂ β−γ ϕ(x) − ∂ α ϕ(x0 )
X

γ≤β γ |α|≤k
α!
x=x0
! !
β β!
= · 1 · ∂ β ϕ(x0 ) − 0 − ∂ β ϕ(x0 )
0 β!
= 0.

Et comme supp T = {x0 }, par la proposition 5.2.3, on a

hT, ϕi = 0.

Par conséquent,

∂ α ϕ(x0 ) X hT, χα i
∂ α ϕ(x0 ),
X
hT, ϕi = hT, χϕi = hT, χα i =
|α|≤k
α! |α|≤k
α!


χα : x 7−→ χα (x) = χ(x)(x − x0 )α .


5.3 Distributions à support compact


Définition 5.3.1
On note E 0 (Ω) l’espace vectoriel sur R des distributions à support compact.

Proposition 5.3.1
Toute distribution à support compact est d’ordre fini.

Démonstration.
Soit K le support compact de T ∈ E 0 (Ω). Soit K 0 un compact contenant K et K 00 un compact
contenant K 0 . Il existe une fonction plateau χ ∈ D(Ω) telle que χ vaut 1 sur K 0 et supp χ ⊂ K 00 .
On écrit
hT, ϕi = hT, χϕi + hT, (1 − χ)ϕi pour ϕ ∈ D(Ω).
On a
hT, (1 − χ)ϕi = 0
car

supp (1 − χ)ϕ ∩ supp T ⊂ (K 0 )c ∩ supp ϕ ∩ supp T ⊂ K c ∩ supp ϕ ∩ supp T = ∅

FST Fès 57 Tifaddent Ahlam


sachant que
K c = (supp T )c .
D’où
hT, ϕi = hT, χϕi où supp (χϕ) ⊂ K 00
Puisque T est une distribution, alors il existe un entier k et une constante C > 0 tels que

|hT, ϕi| ≤ C sup sup |∂ α (χϕ)(x)|


|α|≤k x∈K 00

Par la formule de Leibniz, on a


!
α α−β β
∂ α (χϕ) =
X
∂ χ∂ ϕ
β≤α β

Par conséquent
!
α α−β
χ(x)∂ β ϕ(x)
X
|hT, ϕi| ≤ C sup sup ∂
|α|≤k x∈K 00 β≤α β
 ! 
X α 
≤ C sup sup |∂ α−β χ(x)| sup |∂ β ϕ(x)|
|α|≤k β≤α β x∈K 00 x∈supp ϕ 
 ! 
X α 
≤ C sup sup |∂ α−β χ(x)| sup sup |∂ β ϕ(x)|
|α|−|β|≤k β≤α β x∈K 00 |β|≤k x∈supp ϕ
| {z }
Ce
= Ce sup sup |∂ β ϕ(x)|
|β|≤k x∈supp ϕ

f un compact inclus dans Ω tel que supp ϕ ⊂ K,


De plus, si K f on obtiendrait

sup |∂ β ϕ(x)| ≤ sup |∂ β ϕ(x)|


x∈supp ϕ x∈K
e

Ceci entraine
|hT, ϕi| ≤ Ce sup sup |∂ β ϕ(x)|
|β|≤k x∈K
e
Cela prouve que T est d’ordre au plus K, donc d’ordre fini. 

Théorème 5.3.1
Il existe une application linéaire bijective Φ de E 0 (Ω) dans le dual de C ∞ (Ω) qui permet
d’identifier E 0 (Ω) à (C ∞ (Ω))0 .

Démonstration.
Nous allons d’abord définir Φ puis montrer qu’elle est bijective.

FST Fès 58 Tifaddent Ahlam


Proposition 5.3.2

Soit T ∈ E 0 (Ω) et K0 = supp T . Il existe une unique application linéaire Te de C ∞ (Ω) dans
R telle que
(i) hTe , ϕi = hT, ϕi si ϕ ∈ D(Ω).
(ii) hTe , ϕi = 0 si ϕ ∈ C ∞ (Ω), supp ϕ ∩ K0 = ∅.
(iii) Il existe k ∈ N, un compact K ⊂ Ω (voisinage arbitraire de K0 ) et C > 0 tels que

|hTe , ϕi| ≤ C sup sup |∂ α ϕ|, ∀ ϕ ∈ C ∞ (Ω). (6.3.2)


|α|≤k K

On note Φ l’application T 7−→ Te .

Démonstration.

a) Unicité.
Soit Te1 et Te2 vérifiant (i) 99K (iii). Soit χ ∈ D(Ω), telle que χ = 1 sur un voisinage de
K0 . Pour j = 1, 2 et ϕ ∈ C ∞ (Ω), on écrit
hTej , ϕi = hTej , χϕi + hTej , (1 − χ)ϕi.
Comme
supp T ∩ supp [(1 − χ)ϕ] = K0 ∩ supp [(1 − χ)ϕ] = ∅,
il résulte de (ii) que
hTej , (1 − χ)ϕi = 0,
et puisque χϕ ∈ D(Ω) on a, d’après (i),
hTej , χϕi = hT, χϕi.
Par conséquent
hTe1 , ϕi = hTe2 , ϕi = hT, χϕi,
autrement dit
Te1 = Te2 .
b) Existence.
Posons pour ϕ ∈ C ∞ (Ω),
hTe , ϕi = hT, χϕi,
où χ ∈ D(Ω), telle que χ vaut 1 sur un voisinage de K0 . Montrons que Te vérifie
(i) 99K (iii).
(i) Si ϕ ∈ C ∞ (Ω) on a
supp [(1 − χ)ϕ] ∩ supp T = supp [(1 − χ)ϕ] ∩ K0 = ∅.
Il résulte de la proposition 5.2.2 que
hT, (1 − χ)ϕi = 0,
par conséquent
hTe , ϕi = hT, χϕi + hT, (1 − χ)ϕi = hT, ϕi.

FST Fès 59 Tifaddent Ahlam


(ii) Soit ϕ ∈ C ∞ (Ω) telle que
supp ϕ ∩ K0 = ∅.
On a
K0 ⊂ (supp ϕ)c .
Il existe donc un ouvert O tel que O soit compact, K0 ⊂ O et O ⊂ (supp ϕ)c . Soit
χ1 ∈ D((supp ϕ)c ), telle que χ1 = 1 sur O. Comme
supp χ1 ⊂ (supp ϕ)c ,
on a χ1 ϕ = 0 d’où hT, χ1 ϕi = 0. Puisque
supp (χ − χ1 ) ∩ K0 = ∅,
on a
hT, (χ − χ1 )ϕi = 0,
d’après la proposition 5.2.2. Alors
hTe , ϕi = hT, χϕi = hT, χ1 ϕi + hT, (χ − χ1 )ϕi = 0.

(iii) Comme pour tout ϕ ∈ C ∞ (Ω) on a,


supp χϕ ⊂ supp χ = K
et puisque T est une distribution, il existe k ∈ N et C > 0 tels que,
|hTe , ϕi| = |hT, χϕi| ≤ C sup sup |∂ α (χϕ)(x)| .
|α|≤k x∈K

Or, par la formule de Leibniz


!
α α α−β
χ(x)∂ β ϕ(x).
X
∂ (χϕ)(x) = ∂
β≤α β

Par conséquent
!
α α−β
χ(x)∂ β ϕ(x)
X
|hTe , ϕi| ≤ C sup sup ∂
|α|≤k x∈K β≤α β
 ! 
X α 
≤ C sup sup |∂ α−β χ(x)|sup |∂ β ϕ(x)|
|α|≤k β≤α β x∈K x∈K 
 ! 
X α 
≤ C sup sup |∂ α−β χ(x)| sup sup |∂ β ϕ(x)|
|α|−|β|≤k β≤α β x∈K |β|≤k x∈K
| {z }
Ce
= Ce sup sup |∂ β ϕ(x)|.
|β|≤k x∈K

Donc
|hTe , ϕi| ≤ Ce sup sup |∂ β ϕ(x)| ∀ ϕ ∈ C ∞ (Ω).
|β|≤k x∈K

Il en résulte que (6.3.2) est satisfaite.

FST Fès 60 Tifaddent Ahlam



Φ: E 0 (Ω) −→ (C ∞ (Ω))0
Soit l’application . Cette application est linéaire, elle est de plus
T 7−→ Te
injective car si Te = 0 on a T = 0 d’après (i). Il reste à montrer qu’elle est surjective, il suffit
ainsi de construire un inverse à droite.

Proposition 5.3.3

Soit Te ∈ (C ∞ (Ω))0 . La restriction de Te à D(Ω) est une distribution à support compact.


L’application R : Te 7−→ Te |D(Ω) de (C ∞ (Ω))0 dans E 0 (Ω) est un inverse à droite de
l’application Φ définie ci-dessus.

Démonstration.
Pour la démonstration de cette proposition, on renvoie à [ 7, Proposition 5.4, p 29 ].



FST Fès 61 Tifaddent Ahlam


Chapitre 6
Solutions élémentaires d’EDP

6.1 Formule des sauts en dimension n=1


On cherche à calculer la dérivée au sens de distributions d’une fonction de classe C 1 par
morceaux, n’ayant que des discontinuités de première espèce 1 .

Théorème 6.1.1
Soit f : R −→ R de classe C 1 par morceaux, n’ayant que des discontinuités de première
espèce, et dont on note
a1 < a2 < . . . < an
les points de discontinuité.
La dérivée au sens des distributions de la fonction f est donnée par la formule
n n
(Tf )0 = Tf 0 + (f (a+ −
X X
(f (ai + 0) − f (ai − 0))δai = Tf 0 + i ) − f (ai ))δai ,
i=1 i=1

où la notation Tf 0 désigne a
 0
Tf 0 = f |R\{a1 ,...,an } .

a. On remarquera que Tf 0 n’est pas définie sur R, mais seulement sur R \ {a1 , . . . , an }, où elle est
continue. En particulier, Tf 0 est une fonction mesurable définies presque partout sur R. Par hypothèse,
f 0 est bornée au voisinage de ses points de discontinuité, de sorte que Tf 0 est localement intégrable et
définit donc bien une distribution sur R.

Démonstration.
Soit ϕ ∈ D(R), calculons
Z Z a1 n−1
X Z ai+1 Z +∞
0 0 0
− f (x)ϕ (x) dx = − f (x)ϕ (x) dx − f (x)ϕ (x) dx − f (x)ϕ0 (x) dx.
R −∞ i=1 ai an

Par hypothèse, f est de classe C 1 sur ]ai , ai+1 [ et se prolonge par continuité à [ai , ai+1 ] pour
1. Soit I −→ R, où I est un intervalle ouvert de R. On dit que f présente une discontinuité de première
espèce en un point a ∈ I s’il existe ε > 0 tel que f soit continue sur ]a − ε, a[ ∪ ]a, a + ε[, que f admette des
limites finies à gauche et à droite de a, notées respectivement f (a − 0) et f (a + 0), enfin que f (a − 0) 6= f (a + 0).

62
tout i = 1, . . . , n − 1. En intégrant par parties, on trouve que
Z ai+1 Z ai+1
− f (x)ϕ0 (x) dx = − [f (x)ϕ(x)]aai+1
i
+ f 0 (x)ϕ(x) dx
ai ai
Z ai+1
= −(f (ai+1 − 0)ϕ(ai+1 ) − f (ai + 0)ϕ(ai )) + f 0 (x)ϕ(x) dx,
ai

tandis que Z a1 Z a1
− f (x)ϕ0 (x) dx = −f (a1 − 0)ϕ(a1 ) + f 0 (x)ϕ(x) dx
−∞ −∞
et Z +∞ Z +∞
0
− f (x)ϕ (x) dx = f (an + 0)ϕ(an ) + f 0 (x)ϕ(x) dx.
an an

Par conséquent
Z n−1
f (x)ϕ0 (x) dx = −f (a1 −0)ϕ(a1 )+f (an +0)ϕ(an )+
X
− (f (ai +0)ϕ(ai )−f (ai+1 −0)ϕ(ai+1 ))
R i=1
Z a1 n−1
X Z ai+1 Z +∞
+ f 0 (x)ϕ(x) dx + f 0 (x)ϕ(x) dx + f 0 (x)ϕ(x) dx.
−∞ i=1 ai an

Ainsi Z Z n
f (x)ϕ0 (x) dx = f 0 (x)ϕ(x) dx +
X
− ((f (ai + 0) − f (ai − 0))ϕ(ai ),
R R i=1

ce qui signifie précisément que


n
0
(f (ai + 0) − f (ai − 0))δai dans D0 (R).
X
(Tf ) = Tf 0 +
i=1

On en déduit la proposition suivante :

Proposition 6.1.1

Soit u une fonction C 1 définie sur un intervalle [a, b]. On la prolonge par 0 à l’extérieur de
[a, b] et on note le prolongement u. De même, on note u0 le prolongement de la fonction
u0 , défini par u0 sur ]a, b[ et par 0 à l’extérieur. Alors
 0
Tu = Tu0 + u(a)δa − u(b)δb .

6.2 Formule des sauts pour un demi-espace


On se donne une fonction u(x0 , xn ) de classe C 1 sur Rn−1 × R+ , et on souhaite calculer la
dérivée de la distribution définie par u qui vaut u sur Rn−1 × R+ et 0 sur Rn−1 × R− . On trouve

FST Fès 63 Tifaddent Ahlam


ainsi
D E D E
∂xj u, ϕ = − u, ∂xj ϕ
Z Z +∞
=− u(x0 , xn )∂xj ϕ(x0 , xn ) dxn dx0
Rn−1 0

pour 1 ≤ j ≤ n. Lorsque j 6= n, on a
Z +∞ Z +∞
0 0 0 0 +∞
u(x , xn )∂xj ϕ(x , xn ) dxn = [u(x , xn )ϕ(x , xn ) dxn ]0 − ∂xj u(x0 , xn )ϕ(x0 , xn ) dxn .
0 0

L’intégration du premier terme sur R dans la variable xj donne 0 puisque ϕ est à support
6 n
compact, ainsi on trouve, pour j =
D E Z Z +∞ D E
∂xj u, ϕ = ∂xj u(x0 , xn )ϕ(x0 , xn ) dxn = 1xn ≥0 ∂xj u, ϕ
Rn−1 0

où on a noté par commodité 1xn ≥0 ∂xj u la distribution associée au prolongement par 0 sur
Rn−1 × R− de la fonction ∂xj u définie sur Rn−1 × R∗+ . Cette distribution est définie par l’action
de la fonction L1loc (Rn ), égale à ∂xj u sur Rn−1 × R∗+ et à 0 sur Rn−1 × R∗− , sur la fonction de
L∞ (Rn ) égale à 1xn ≥0 ϕ(x0 , xn ), ϕ ∈ D(Rn ). Lorsque j = n, on trouve
Z Z +∞
h∂xn u, ϕi = − u(x0 , xn )∂xn ϕ(x0 , xn ) dxn dx0
Rn−1 0
Z  Z +∞ 
+∞
=− [u(x0 , xn )ϕ(x0 , xn )]0 − ∂xn u(x0 , xn )ϕ(x0 , xn ) dxn dx0
Rn−1 0
Z Z Z +∞
= u(x0 , 0)ϕ(x0 , 0) dx0 + ∂xn u(x0 , xn )ϕ(x0 , xn ) dxn dx0
Rn−1 Rn−1 0
D E
= u(x0 , 0) ⊗ δ(x0 ,0) , ϕ + h1xn ≥0 ∂xn u, ϕi .

Ainsi on obtient le résultat :

Proposition 6.2.1
Soit u définie comme ci-dessus. Ses dérivées sont données par

∀ j ∈ {1, . . . , n}, j 6= n, ∂xj u = 1xn ≥0 ∂xj u

et
∂xn u = 1xn ≥0 ∂xn u + u(x0 , 0) ⊗ δ(x0 ,0) .
La distribution u(x0 , 0) ⊗ δ(x0 ,0) s’appelle la distribution de simple couche. C’est une dis-
tribution de D0 (Rn ), donnée par
D E Z
0
u(x , 0) ⊗ δ(x0 ,0) , ϕ = u(x0 , 0)ϕ(x0 , 0) dx0 .
Rn−1

FST Fès 64 Tifaddent Ahlam


6.3 Ouverts réguliers dans Rn
6.3.1 Définitions
Définition 6.3.1
Soient Ω un ouvert de Rn et k ∈ N∗ ∪ {+∞}. On dira que Ω est de classe C k , s’il existe
une fonction ρ ∈ C k (Rn , R) telle que,

Ω

 = {x ∈ Rn /ρ(x) < 0}

∂Ω = {x ∈ Rn /ρ(x) = 0}, grad ρ(x) 6= 0 pour tout x ∈ ∂Ω.

∂ρ
 
(x) 
 ∂x1


 
 

.. 
.
 
 
où ∂Ω désigne la frontière de Ω et grad ρ(x) = ∇ρ(x) est le vecteur 
 ..
.


 . 

 
 
∂ρ
 
 
(x)
∂xn

Définition 6.3.2
On appelle ouvert régulier de Rn tout ouvert Ω ⊂ Rn de classe C ∞ .

Exemple 6.3.1 (i) Ω = {x ∈ Rn /|x| < R} est un ouvert de classe C ∞ . Il suffit de prendre
ρ(x) = |x|2 − R2 .

(ii) Soit ψ : Rn−1 −→ R une fonction de classe C k , où k ∈ N∗ . Posons


Ω = {x ∈ Rn /xn > ψ(x1 , . . . , xn−1 )}. Alors, Ω est un ouvert de classe C k avec
ρ(x) = ψ(x1 , . . . , xn−1 ) − xn .

Définition 6.3.3
Si F = (f1 , . . . , fn ) est une application de Ω dans Rn on note,
n
X ∂fi
divF =
i=1 ∂xi

que l’on appelle la divergence de F .

FST Fès 65 Tifaddent Ahlam


6.3.2 Vecteur normal unitaire sortant
Définition 6.3.4
Pour x ∈ ∂Ω, le vecteur ∇ρ(x) s’appelle le vecteur normal extérieur (ou bien sortant) à
Ω au point x.
Le vecteur
∇ρ(x)
n(x) =
k∇ρ(x)k
s’appelle le vecteur normal unitaire sortant à Ω au point x ∈ ∂Ω. De plus,
 ∂ 
n ∂x1
∂ X ∂  . 
= hn(x), ∇i = ni (x)  .. 
où ∇ =  
∂n i=1 ∂xi ∂
∂xn

s’appelle la dérivée normale extérieure à Ω.

Exemple 6.3.2 Supposons que Ω = ]0, 1[ ⊂ R. Alors Ω est un ouvert régulier de R en prenant
ρ(x) = x(x − 1). On a, ∂Ω = {0, 1}, n(0) = −1 et n(1) = 1.
Exemple 6.3.3 Pour r > 0, soit Ω = {x ∈ Rn /|x| < r}. L’ouvert Ω est un ouvert régulier et
∂Ω = {x ∈ R2 /|x| = r}. Dans ce cas, on peut prendre ρ(x) = |x|2 − r2 de sorte qu’on a pour
x ∈ ∂Ω,
n
x1 xn ∂ 1X ∂
 
n(x) = ,..., et = xi .
r r ∂n r i=1 ∂xi
Exemple 6.3.4 Soit ψ : Rn−1 −→ R une fonction de classe C ∞ . Posons
Ω = {x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn , xn > ψ(x1 , . . . , xn−1 )}.
Alors Ω est un ouvert régulier de Rn avec ρ(x) = ρ((x1 , . . . , xn )) = ψ(x1 , . . . , xn−1 ) − xn . De
plus,
∂Ω = {x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn /xn = ψ(x1 , . . . , xn−1 )}.
Or, pour x ∈ ∂Ω on a
∇ρ(x)
n(x) =
k∇ρ(x)k
∂x1 ψ(x0 )
 

1
 .. 
= 

 . 

∂x1 ψ(x0 ) ∂xn−1 ψ(x0 ) 
  

 .. 
−1

 . 

∂xn−1 ψ(x0 )
 
 
−1
∂x1 ψ(x0 )
 

1
 .. 
=r
 . 
,
 
∂xn−1 ψ(x0 ) 
 2 
(−1)2 + (∂x1 ψ(x0 ))2 + . . . + ∂xn−1 ψ(x0 ) 
−1

FST Fès 66 Tifaddent Ahlam


et par conséquent
∂x1 ψ(x0 ) ∂x1 ψ(x0 )
   

1
 .. 
1
 .. 
∀ x ∈ ∂Ω, n(x) = s

 . 
 =q

 . 

0 0
n−1 ∂xn−1 ψ(x ) 1 + |∇ψ(x0 )|2  ∂xn−1 ψ(x ) 
   
ψ(x0 ))2
P
1+ (∂xi
 
i=1 −1 −1

où x0 = (x1 , . . . , xn−1 ) et ∇ψ désigne le gradient n − 1 dimensionnel associé aux n − 1 premières


coordonnées de x, (∂x1 ψ, . . . , ∂xn−1 ) ∈ Rn−1 . Par ailleurs, on a
n−1
!
∂ 1 X
0
=q (∂xi ψ) (x )∂xi − ∂xn .
∂n 1 + |∇ψ(x0 )|2 i=1

6.3.3 Formule d’intégration par parties, exemples


Théorème 6.3.1
Soit Ω un ouvert de Rn de classe C 1 . Il existe alors une mesure positive dσ sur le bord
∂Ω telle que, pour toute fonction ϕ ∈ D1 (Rn ) et toutes f1 , . . . , fn ∈ C 1 (Rn ) on ait,
Z Z Z
div F (x)ϕ(x) dx = − F (x) · grad ϕ(x) dx + ϕ(x)F (x) · n(x) dσ. (6.3.1)
Ω Ω ∂Ω

où n
X
F (x) = (f1 (x), . . . , fn (x)), X ·Y = X i Yi
i=1

et n(x) est la normale extérieure unitaire à Ω en x ∈ ∂Ω. Le même résultat est vrai pour
ϕ ∈ C 1 (Rn ) et fj ∈ D1 (Rn ), j = 1, . . . , n.

Démonstration.
Nous allons donner la preuve lorsque Ω est donnée par une fonction ρ de classe C 2 . Notons 1Ω
la fonction caractéristique de Ω. Nous allons montrer que,

dσ = − 1Ω (6.3.2)
∂n
(où la dérivée est prise dans D0(1) (Rn )) est une mesure positive portée par ∂Ω qui convient.

. Point 1 n
X ∂ρ ∂
Soit T =− 1Ω (6.3.3)
j=1 ∂xj ∂xj

Montrons que T est une distribution à support dans ∂Ω.


∂ ∂ρ
En effet, T a bien un sens car 1Ω ∈ D0(1) (Rn ) et est dans C 1 (Rn ). Ensuite, soit
∂xj ∂xj
ϕ ∈ D1 (Rn ) telle que supp ϕ ∩ ∂Ω = ∅. Alors,
n n n
* + * !+ !
∂ρ ∂
X X ∂ ∂ρ Z X
∂ ∂ρ
hT, ϕi = − 1Ω , ϕ = 1Ω , ϕ = (x)ϕ(x) dx.
j=1 ∂xj ∂xj j=1 ∂xj ∂xj Ω j=1 ∂xj ∂xj

FST Fès 67 Tifaddent Ahlam


Ω −→ R
∂ρ
La fonction ∂ρ est de classe C 1 et supp ϕ = K ⊂ Ω. Donc,
x 7−→ (x)ϕ(x) ∂xj
∂xj
!
Z
∂ ∂ρ
(x)ϕ(x) dx = 0,
Ω ∂xj ∂xj

d’où hT, ϕi = 0.

. Point 2 


 θ(t) = 1 pour t ∈ ]−∞, −1]






Soit θ ∈ C ∞ (R) telle que θ(t) = 0 pour t ≥ 0









θ est décroissante

Pour k ∈ N∗ posons θk (x) = θ(kρ(x)).


Z
Pour tout ψ ∈ D0 (Rn ), lim hθk , ψi = ψ(x) dx. (6.3.4)
k→+∞ Ω

En effet, soit ψ ∈ D0 (Rn ), on a


Z
hθk , ψi = θ(kρ(x))ψ(x) dx.

Comme
θ(kρ(x)) 6= 0 ⇔ ρ(x) < 0 ⇔ x ∈ Ω,
on a Z
hθk , ψi = θ(kρ(x))ψ(x) dx.

Pour x fixé dans Ω, kρ(x) −−−−→ −∞, donc θ(kρ(x)) −−−−→ 1. De plus
k→+∞ k→+∞

|θ(kρ(x))ψ(x)| ≤ |ψ(x)| ∈ L1 (Ω).

Le théorème de convergence dominée implique que


Z
hθk , ψi −−−−→ ψ(x) dx.
k→+∞ Ω

Posons n
X ∂ρ ∂θk
Tk = − .
j=1 ∂xj ∂xj

Alors, pour tout ϕ ∈ D(Rn ) on a

lim hTk , ϕi = hT, ϕi. (6.3.5)


k→+∞

FST Fès 68 Tifaddent Ahlam


En effet,
n n Z
* !+ !
X ∂ ∂ρ X ∂ ∂ρ
hTk , ϕi = θk , ϕ −−−−→ ρ dx = hT, ϕi,
j=1 ∂xj ∂xj k→+∞
j=1 Ω ∂xj ∂xj

d’après (6.3.4) puisque !


∂ ∂ρ
ψ= ϕ ∈ D0 (Rn ).
∂xj ∂xj

. Point 3
T est une mesure positive portée par ∂Ω. (6.3.6)
En effet, on remarque que,
n
∂ρ ∂ρ 0
θ (kρ) = −k |∇ρ|2 θ0 (kρ).
X
Tk = −k
j=1 ∂x j ∂x j

Comme θ est décroissante, Tk est une fonction de classe C 1 positive. D’après (6.3.5), T
est une distribution positive, donc une mesure positive.

. Point 4
Posons
1 ∂
dσ = T = − 1Ω (6.3.7)
|∇ρ| ∂n
qui est une mesure positive portée par ∂Ω. Nous allons montrer que,

nj dσ = − 1Ω (6.3.8)
∂xj


1 ∂ρ
nj = .
|∇ρ| ∂xj
En effet, en utilisant (6.3.5) puis (6.3.4), on obtient pour ϕ ∈ D1 (Rn ),
* + * +
1 ∂ρ 1 ∂ρ
hnj dσ, ϕi = 2 T, ϕ = T, ϕ
|∇ρ| ∂xj |∇ρ|2 ∂xj
* + * +
1 ∂ρ 2 0 1 ∂ρ
= lim Tk , ϕ = − lim k |∇ρ| θ (kρ), ϕ
k→+∞ |∇ρ|2 ∂xj k→+∞ |∇ρ|2 ∂xj
* + * + * +
∂ρ 0 ∂θk ∂ϕ
= − lim k θ (kρ), ϕ = − lim , ϕ = lim θk ,
k→+∞ ∂xj k→+∞ ∂xj k→+∞ ∂xj
* + * +
Z
∂ϕ ∂ϕ ∂
= (x) dx = 1Ω , =− 1Ω , ϕ .
Ω ∂xj ∂xj ∂xj

FST Fès 69 Tifaddent Ahlam


. Point 5 Preuve du théorème 6.3.1
Soit ϕ, f1 , . . . , fn comme dans l’énoncé. On peut écrire,
n n n
* + * + * +
X ∂ X ∂ϕ X ∂fj
1Ω , (ϕfj ) = 1Ω , fj + 1Ω , ϕ
j=1 ∂xj j=1 ∂xj j=1 ∂xj

et
n n n
* + * +
X ∂ X ∂ X
1Ω , (ϕfj ) = − 1Ω , ϕfj = hnj dσ, ϕfj i .
j=1 ∂xj j=1 ∂xj j=1

Or on a
n n n
* + * +
∂ϕ
X X ∂fj Z X
∂ϕ Z
1Ω , fj + 1Ω , ϕ = fj dx + ϕdiv F dx
j=1 ∂xj j=1 ∂xj Ω j=1 ∂xj Ω

et n Z
X
hnj dσ, ϕfj i = (n · F )ϕ dσ
j=1 ∂Ω

il en résulte que
n
Z X
∂ϕ Z Z
fj dx + ϕdiv F dx = (n · F )ϕ dσ
Ω j=1 ∂xj Ω ∂Ω

ce qui est (6.3.1).




Exemple 6.3.5 On reprend Ω = ]0, 1[. Alors, comme n(0) = −1 et n(1) = 1, on a


* +

∀ ϕ ∈ D(Ω), hdσ, ϕi = − 1]0,1[ , ϕ
∂n
* +

= −n(x) 1]0,1[ , ϕ
∂x
* +

=− 1]0,1[ , nϕ
∂x
= h1]0,1[ , (nϕ)0 i
Z 1
= (nϕ)0 (x) dx
0
= n(1)ϕ(1) − n(0)ϕ(0)
= ϕ(1) + ϕ(0)
= hδ1 + δ0 , ϕi.

Ainsi, dσ = δ0 + δ1 .

Exemple 6.3.6 Soit Ω = B(0, r). On a pour x = (x1 , . . . , xn ) ∈ ∂Ω,


x1 xn
 
n(x) = ,..., .
r r

FST Fès 70 Tifaddent Ahlam


D’où,
n
∂ 1X
= x i ∂ xi .
∂n r i=1
Or, si ϕ ∈ D(Rn ), en passant en coordonnées polaires, x = tθ avec t ∈ [0, r[ et θ ∈ S n−1 la
sphère unité de Rn , alors,
n
X n
X
t∂t (ϕ(tθ)) = tθi ∂xi ϕ(tθ) = xi ∂xi ϕ(x).
i=1 i=1

Utilisons cette expression pour calculer dσ. On a, pour toute ϕ ∈ D(Rn ),


* +

hdσ, ϕi = − 1Ω , ϕ
∂n
n
* +
1X
= − xi ∂xi 1Ω , ϕ
r i=1
n
* +
1 X
= 1Ω , ∂xi (xi ϕ)
r i=1
n
* +
1 X
= 1Ω , (ϕ + xi ∂xi ϕ)
r i=1
nZ 1Z rZ
= ϕ(x) dx + t∂t (ϕ(tθ))tn−1 dtdθ
r |x|<r r 0 S n−1
1Z
Z r
nZ

n
= ϕ(x) dx + ∂t (ϕ(tθ))t dt dθ
r |x|<r r S n−1 0
nZ 1Z Z r
 
= ϕ(x) dx + [ϕ(tθ)tn ]r0 − ϕ(tθ) · ntn−1 dt dθ
r |x|<r r S n−1 0
n Z
n−1
Z
nZ rZ
= ϕ(x) dx + r ϕ(rθ) dθ − ϕ(tθ) · tn−1 dtdθ
r |x|<r S n−1 r 0 S n−1

nZ n−1
Z
n Z
= ϕ(x) dx + r ϕ(rθ) dθ − ϕ(x) dx
r |x|<r S n−1 r |x|<r
Z
= ϕ(rθ)rn−1 dθ.
S n−1

Cette dernière égalité définit la mesure de surface dσ sur ∂Ω :


Z
∀ ϕ ∈ D(Ω), hdσ, ϕi = ϕ(rθ)rn−1 dθ.
S n−1

Exemple 6.3.7 Si Ω = {x = (x0 , xn ) ∈ Rn−1 × R/xn > ψ(x0 ) = ψ(x1 , . . . , xn−1 )}, où
ψ : Rn−1 −→ R est une fonction de classe C 2 (Rn ). On peut prendre ρ(x) = ψ(x0 ) − xn de sorte
que  q




D = 1 + |∇ψ(x0 )|2

.
∂ 1
 n−1 

(∂xi ψ) ∂xi − ∂xn
P
=



∂n D i=1

FST Fès 71 Tifaddent Ahlam


Soit ϕ ∈ D1 (Rn ). Alors
* +

hdσ, ϕi = − 1Ω , ϕ
∂n
n−1
* ! +
1 X
= − (∂xi ψ) ∂xi − ∂xn 1Ω , ϕ
D i=1
n−1
X 1 1
  
= −∂xi 1Ω , (∂xi ψ) ϕ + ∂xn 1Ω , ϕ
i=1 D D
n−1
X 1 1
    
= 1Ω , ∂xi (∂x ψ)ϕ − 1Ω , ∂xn ϕ
i=1 D i D
n−1
1 1
XZ  Z   
= ∂ xi (∂xi ψ)ϕ dx − ∂xn ϕ dx = I1 − I2 .
i=1 Ω D Ω D
On a
n−1 Z +∞
1
XZ  
I1 = ∂ xi (∂x ψ)ϕ dxn dx0 ,
i=1 Rn−1 ψ(x0 ) D i
et !
1
Z +∞
1
Z Z 
I2 = ∂xn ϕ dxn dx0 = − ϕ(x0 , ψ(x0 )) dx0 .
Rn−1 ψ(x0 ) D Rn−1 D(x0 )

Or, pour i ∈ {1, . . . , n − 1} et θ ∈ D1 (Rn ),


Z +∞ Z +∞
∂xi θ(x0 , xn ) dxn = ∂xi θ(x0 , xn ) dxn − (∂xi ψ)(x0 )θ(x0 , ψ(x0 )). (6.3.7)
ψ(x0 ) ψ(x0 )


Justification : On adopte cette notation ∂xi = .
∂xi
Z +∞ ! Z a Z +∞ !
0 0 0
∂xi θ(x , xn ) dxn = ∂xi θ(x , xn ) dxn + θ(x , xn ) dxn
ψ(x0 ) ψ(x0 ) a
Z ψ(x0 ) ! Z +∞
0
= −∂xi θ(x , xn ) dxn + ∂xi (θ(x0 , xn )) dxn
a a
Z +∞
(∗) = −∂xi (F (x0 , ψ(x0 ))) + ∂xi (θ(x0 , xn )) dxn
a
Z t
où F (x0 , t) = θ(x0 , xn ) dxn en fonction de t et des xi , i = {1, . . . , n − 1}.
a
Calculons par le théorème de la composée ∂xi (F (x0 , ψ(x0 ))) en utilisant ∂t F (x0 , t) = θ(x0 , t) et
le schéma suivant :
ψ
x0 = (x1 , . . . , xn−1 ) 7−→ (x1 , . . . , xn−1 , ψ(x0 ))
Rn−1 −→ Rn −→ R
F
x = (x1 , . . . , xn−1 , t) 7−→ F (x0 , t)
n−1
∂xj ∂t
−∂xi (F (x0 , ψ(x0 ))) = −
X
∂xj F − ∂t F
j=1 ∂xi ∂xi
= −∂xi F (x0 , ψ(x0 )) − θ(x0 , ψ(x0 ))∂xi ψ(x0 )
Z ψ(x0 )
=− ∂xi θ(x0 , xn ) dxn − θ(x0 , ψ(x0 ))∂xi ψ(x0 )
a

FST Fès 72 Tifaddent Ahlam


en remplaçant dans (∗) on obtient (6.3.7).
1
On en déduit, en prenant θ = (∂xi ψ)ϕ,
D
n−1 n−1
!
XZ 1 0 0 0
XZ Z +∞
1
I1 = 2
(∂x ψ) ϕ(x , ψ(x )) dx + ∂ xi (∂xi ψ)ϕ(x , ψ(x )) dxn dx0 .
0 0

i=1 Rn−1 D(x0 ) i i=1 Rn−1 ψ(x 0 ) D(x0 )

Comme ϕ est à support compact, elle est nulle pour xi = ±∞, de sorte que le deuxième terme
du membre de droite est nul. On en déduit :
n−1
XZ 1 0 0 0
Z
1
hdσ, ϕi = I1 − I2 = 0
2
(∂xi ψ) ϕ(x , ψ(x )) dx + 0
ϕ(x0 , ψ(x0 )) dx0
i=1 Rn−1 D(x ) Rn−1 D(x )
n−1
!
Z
1
(∂xi ψ)2 ϕ(x0 , ψ(x0 )) dx0
X
= 0
1 +
Rn−1 D(x ) i=1
Z
1  0 2

= 1 + |∇ψ(x )| ϕ(x0 , ψ(x0 )) dx0 .
Rn−1 D(x0 )
Finalement, on obtient la formule qui donne la mesure de surface sur ∂Ω,
Z q
hdσ, ϕi = 1 + |∇ψ(x0 )|2 ϕ(x0 , ψ(x0 )) dx0 .
Rn−1

6.4 Formule de Green pour le Laplacien


Théorème 6.4.1
n
X ∂2
Soit u ∈ C 2 (Rn ), ϕ ∈ D2 (Rn ). Soit 4 = 2
. On a alors
j=1 ∂xj
!
Z Z Z
∂u ∂ϕ
4u(x)ϕ(x) dx = u(x)4ϕ(x) dx + ϕ− u (x) dσ. (6.4.1)
Ω Ω ∂Ω ∂n ∂n

Démonstration. !
∂u ∂u
On applique (6.3.1) à F = ,..., , on obtient
∂x1 ∂xn
n n n
!

X ∂u X ∂ 2u X ∂ 2u
div F = = 2
et 4u = 2
,
j=1 ∂xj ∂xj j=1 ∂xj j=1 ∂xj

c’est-à-dire
4u = div F,
d’où Z Z Z
div F (x)ϕ(x) dx = − F (x) · grad ϕ(x) dx + ϕ(x)F (x) · n(x) dσ,
Ω Ω ∂Ω
est équivalente à
n Z n
Z X ∂u ∂ϕ Z X
∂u
ϕ(x)4u(x) dx = − (x) (x) dx + nj (x) (x)ϕ(x) dσ.
Ω j=1 Ω ∂xj ∂xj ∂Ω j=1 ∂xj

FST Fès 73 Tifaddent Ahlam


De même, en inversant les rôles de u et ϕ,
n Z n
Z X ∂ϕ ∂u Z X
∂ϕ
u(x)4ϕ(x) dx = − (x) (x) dx + nj (x) (x)u(x) dσ.
Ω j=1 Ω ∂xj ∂xj ∂Ω j=1 ∂xj

Il en résulte que
n Z n
Z Z X ∂u ∂ϕ Z X
∂u
ϕ(x)4u(x) dx − u(x)4ϕ(x) dx = − (x) (x) dx + nj (x)ϕ(x) dσ
Ω Ω j=1 Ω ∂xj ∂xj ∂Ω j=1 ∂xj
n Z n n
X ∂ϕ ∂u Z X ∂ϕ Z X
∂u
+ (x) (x) dx − nj (x) (x)u(x) dσ = nj (x) (x)ϕ(x) dσ
j=1 Ω ∂xj ∂xj ∂Ω j=1 ∂xj ∂Ω j=1 ∂xj
n
!
Z X ∂ϕ Z
∂u ∂ϕ
− nj (x) (x)u(x) dσ = ϕ −u (x) dσ.
∂Ω j=1 ∂xj ∂Ω ∂n ∂n

Par conséquent
!
Z Z Z
∂u ∂ϕ
ϕ(x)4u(x) dx − u(x)4ϕ(x) dx = ϕ −u (x) dσ.
Ω Ω ∂Ω ∂n ∂n

6.5 Solutions élémentaires


Définition 6.5.1
Soit P un opérateur différentiel à coefficients constants sur Rn . Une solution élémen-
taire de P est une distribution E sur Rn telle que P E = δ0 .

6.6 Applications
6.6.1 Solution élémentaire du Laplacien
1
Soit n ≥ 3, la fonction f (x) = appartient à L1loc (Rn ). Nous allons montrer que dans
|x|n−2
D0 (Rn ), on a
4f = (2 − n)µ(S n−1 )δ0 (6.6.1)
où µ(S n−1 ) désigne la mesure de la sphère unité de Rn .
Tout d’abord la fonction f est de classe C ∞ dans Rn \ {0}, on peut ici calculer 4f au sens
usuel. Notons que
1
f (x) = F (|x|) où F (t) = n−2 , t > 0.
t
Alors,
n−1 0
4(F (|x|)) = F 00 (|x|) + F (|x|), x ∈ Rn \ {0}. (6.6.2)
|x|

FST Fès 74 Tifaddent Ahlam


Si on admet un instant cette formule, on voit que,
1
4 = 0 dans Rn \ {0}. (6.6.3)
rn−2
Montrons (6.6.2).
 1/2
n
x2j 
X
On pose r = |x| =  , on a
j=1
∂r xi
= .
∂xi r
Alors
∂ ∂r xi
(F (r)) = F 0 (r) = F 0 (r),
∂xi ∂xi r
puis
∂2 1 0 x2i 0 x2i 00
(F (r)) = F (r) − F (r) + F (r),
∂x2i r r3 r2
d’où
n−1 0
4(F (r)) = F 00 (r) +
F (r).
r
Il résulte de (6.6.3) que supp 4f ⊂ {0}. Le théorème 5.2.1, chapitre 5, montre que
X (α)
4f = c α δ0 .
|α|≤k

Pour obtenir (6.6.1) il faut un argument supplémentaire. Soit ϕ ∈ D(Rn ), on a


Z
1
h4f, ϕi = hf, 4ϕi = 4ϕ(x) dx
|x|n−2
Z
1
= lim 4ϕ(x) dx, (6.6.4)
ε→0 |x|>ε |x|n−2

la dernière égalité étant justifiée par le théorème de convergence dominée, puisque


1
4ϕ · n−2 ∈ L1 (Rn ). Posons
|x|
Z
1
Iε = 4ϕ(x) dx.
|x|>ε |x|n−2
Nous allons utiliser le théorème 6.4.1 avec Ω = {x ∈ Rn /|x| > ε}. Ici

ρ(x) = ε2 − |x|2

de sorte que la normale unitaire extérieure en un point x ∈ ∂Ω est


!
x1 x2 xn
n(x) = − , − , . . . , − .
|x| |x| |x|
On a alors n
∂ 1 X ∂
=− xi .
∂n |x| i=1 ∂xi

FST Fès 75 Tifaddent Ahlam


Les formules (6.4.1) et (6.6.3) montrent que
Z
1
Iε = 4ϕ(x) dx
|x|>ε |x|n−2
!
Z
1 Z
∂ ∂ϕ
= ϕ(x)4 n−2 dx − ϕ(x) |x|2−n − |x|2−n (x) dσε
|x|>ε |x| |x|=ε ∂n ∂n
| {z }
=0
Z
∂ϕ Z

= |x|2−n (x) dσε − ϕ(x) |x|2−n dσε = Jε − Kε .
|x|=ε ∂n |x|=ε ∂n

Comme dσε = εn−1 dω, ou dω est la mesure de Lebesgue sur S n−1 on a, en posant x = εω avec
|ω| = 1,
n n
2−n
Z
1X ∂ϕ n−1
Z X ∂ϕ
Jε = −ε εωi (εω)ε dω = −ε ωi (εω) dω.
S n−1 ε i=1 ∂xi S n−1
i=1 ∂xi
Il résulte du théorème de convergence dominée que limJε = 0. Ensuite on voit facilement que
ε→0


|x|2−n = (n − 2)|x|1−n ,
∂n
de sorte que
Z Z
1−n n−1
−Kε = (2 − n) ε ϕ(εω)ε dω = (2 − n) ϕ(εω) dω.
S n−1 S n−1

On a, lim(−Kε ) = (2 − n)µ(S n−1 )ϕ(0), d’après le théorème de convergence dominée. On déduit


ε→0
de (6.6.4) que
h4f, ϕi = (2 − n)µ(S n−1 ) hδ0 , ϕi ,
ce qui prouve (6.6.1), c’est-à-dire
!
n−1 1
4f = (2 − n)µ(S )δ0 ⇒ 4 = δ0
(2 − n)µ(S n−1 )|x|n−2

ceci entraine que


1
E=
(2 − n)µ(S n−1 )|x|n−2
est une solution élémentaire du Laplacien 4.

6.6.2 Solution élémentaire de l’équation de la chaleur


L’opérateur de la chaleur P = ∂t − 4x sur R × Rn admet pour solution élémentaire
!
H(t) |x|2
E(x, t) = exp − .
(4πt)n/2 4t

On traite ici le cas où n = 1. Tout d’abord,

H(t) H(t)
∀ (x, t) ∈ R2 , 0 ≤ E(x, t) ≤ √ et t 7−→ √ ∈ L1loc (R2 ).
4πt 4πt

FST Fès 76 Tifaddent Ahlam


Donc, E ∈ L1loc (R2 ) et E définit une distribution sur R2 d’ordre 0. De plus, on a
! !
H(t) x2 x2 H(t) x2
∂t E(x, t) = − √ exp − + 2√ exp − ,
2t 4πt 4t 4t 4πt 4t
et ! !
2 H(t) x2 x2 H(t) x2
∂xx E(x, t) =− √ exp − + 2√ exp − ,
2t 4πt 4t 4t 4πt 4t
d’où,
∀ (t, x) ∈ R2 , ∂t E(x, t) = ∂xx
2
E(x, t).
Soit ε > 0 et soit ϕ ∈ D(R2 ). Posons
Z Z +∞ Z Z +∞
2
Iε = − E(x, t)∂t ϕ(x, t) dtdx et Jε = − E(x, t)∂xx ϕ(x, t) dtdx.
R ε R ε

Alors, on obtient
Z Z Z +∞
Iε = − −E(x, ε)ϕ(x, ε) dx + ∂t (E(x, t))ϕ(x, t) dtdx
R R ε
Z Z Z +∞
2
= E(x, ε)ϕ(x, ε) dx + ∂xx (E(x, t))ϕ(x, t) dtdx
R R ε
Z Z Z +∞
2
= E(x, ε)ϕ(x, ε) dx + E(x, t)∂xx (ϕ(x, t)) dtdx
ZR R ε

= E(x, ε)ϕ(x, ε) dx − Jε .
R

D’où, Z
Iε + Jε = E(x, ε)ϕ(x, ε) dx.
R
x √
En posant y = √ on a dx = ε dy et
ε

!
1 Z y2
Iε + Jε = √ exp − ϕ( εy, ε) dy.
4π R 4
Or, par convergence dominée, applicable puisque

! !
y2 y2
exp − ϕ( εy, ε) −−→ exp − ϕ(0, 0)
4 ε→0 4
et

! !
y2 y2
exp − ϕ( εy, ε) ≤ kϕk∞ exp −
4 4
avec !
y2
y−
7 → kϕk∞ exp − ∈ L1 (R), .
4
D’où !
ϕ(0, 0) Z y2
Iε + Jε −−→ √ exp − dy = ϕ(0, 0).
ε→0 4π R 4
En effet, montrons que

!
Z
y2
exp − dy = 4π.
R 4

FST Fès 77 Tifaddent Ahlam


!
Z
1
. Point 1 exp − 2 dy est convergente.
R
!
y ! !
2
y 1 y2
Puisque exp − = o 2 en +∞ et en −∞, et puisque la fonction y 7−→ exp −
4 y !
4
2
Z
y
est continue sur R, l’intégrale exp − dy est bien convergente.
R 4
. Point 2 Soit a > 0. On note Ka le carré de centre O de côté 2a, et Ca le disque de centre
O et de rayon a. On définit une fonction f sur R2 par
!
−x2 − y 2
f (x, y) = exp .
4
Alors, Z Z Z
f (x, y) dxdy ≤ f (x, y) dxdy ≤ f (x, y) dxdy. (6.6.2)
Ca Ka Ca√2

En effet, puisqu’on a les inclusions Ca ⊂ Ka ⊂ Ca√2 et la fonction f est positive, il est


clair qu’on a la formule (6.6.2).

. Point 3 Calculons Z
f (x, y) dxdy.
Ca
En effectuant un changement de variables en coordonnées polaires, on a
!
Z Z
−x2 − y 2
f (x, y) dxdy = exp dxdy
Ca Ca 4
!
Z a Z 2π
r2
= exp − rdrdθ
r=0 θ=0 4
!!
a2
= 4π 1 − exp − .
4

. Point 4 Il reste à déduire la valeur de


!
Z
y2
exp − dy.
R 4
On a,
!
Z Z a
−x2 − y 2
Z a
f (x, y) dxdy = exp dxdy
Ka x=−a y=−a 4
! !
Z a Z a
x2 y2
= exp − exp − dxdy
−a −a 4 4
! !2
Z a
y2
= exp − dy .
−a 4
On en déduit que
!! ! !2 !!
a2 Z a
y2 a2
4π 1 − exp − ≤ exp − dy ≤ 4π 1 − exp − .
4 −a 4 2

FST Fès 78 Tifaddent Ahlam


Il suffit de faire tendre a vers +∞ pour prouver que

!
Z
y2
exp − dy = 4π .
R 4

Par ailleurs, puisque


!
H(t) x2
(x, t) 7−→ √ exp − ∂t ϕ(x, t) ∈ L1 (R × R+ )
4πt 4t
on a
!
Z Z +∞
H(t) x2
lim Iε = − √ exp − ∂t ϕ(x, t) dtdx
ε→0 R 0 4πt 4t
!
x2
exp −
Z Z +∞
4t
=− √ ∂t ϕ(x, t) dtdx.
R 0 4πt
De même,
!
Z Z +∞
H(t) x2 2
lim Jε = − √ exp − ∂xx ϕ(x, t) dtdx
ε→0 R 0 4πt 4t
!
x2
exp −
Z Z +∞
4t 2
=− √ ∂xx ϕ(x, t) dtdx.
R 0 4πt
Ainsi
D E D E
2 2
(∂t − ∂xx )E, ϕ = − E, (∂t + ∂xx )ϕ

!
Z Z
H(t) x2 2
=− √ exp − (∂t + ∂xx )ϕ(x, t) dtdx
R R 4πt 4t
!
x2
Z Z +∞ exp −
4t 2
=− √ (∂t + ∂xx )ϕ(x, t) dtdx
R 0 4πt
! !
x2 x2
 
Z Z +∞ exp − Z Z +∞ exp −
4t 4t 2

√ √
 
= −
 ∂t ϕ(x, t) dtdx + ∂xx ϕ(x, t) dtdx
4πt 4πt

 R 0 R 0 

= lim (Iε + Jε )
ε→0
= ϕ(0, 0)
D E
= δ(0,0) , ϕ .

Donc, dans D0 (R2 ), (∂t − ∂x22 )E = δ(0,0) .

FST Fès 79 Tifaddent Ahlam


6.6.3 Solution élémentaire de l’opérateur ∂
1
L’opérateur ∂ = (∂x + i∂y ) définit sur R2 admet pour solution élémentaire
2
1
z 7−→ .
πz
En particulier, les distributions holomorphes (autrement dit les T ∈ D0 (Rn ) telles que ∂T = 0)
sont les fonctions holomorphes usuelles.

On pose,
1
∀ (x, y) ∈ R2 \ {(0, 0)}, f (x, y) = .
x + iy
On commence par remarquer que f ∈ L1loc (R2 ) car dans Rn , x 7−→ kxk−α est intégrable en 0 si
et seulement si α < n. Ainsi, on peut légitimement associer à f une distribution d’ordre 0.
Soit ϕ ∈ D(R2 ). On a
1
D E  
∂f, ϕ = (∂x + i∂y ) f, ϕ
2
1 1
= h∂x f, ϕi + i h∂y f, ϕi
2 2
1 1
= − hf, ∂x ϕi − i hf, ∂y ϕi
2 2
1
= − hf, ∂x ϕ + i∂y ϕi
2
1Z 1
=− (∂x ϕ + i∂y ϕ) (x, y) dxdy
2 R2 x + iy
! !
1Z x∂x ϕ + y∂y ϕ iZ x∂y ϕ − y∂x ϕ
=− (x, y) dxdy − (x, y) dxdy.
2 R2 x2 + y 2 2 R2 x2 + y 2

On pose alors
e θ) = ϕ(r cos(θ), r sin(θ)), x = r cos(θ) et y = r sin(θ).
ϕ(r,
On a :
1 1
e θ) = ∂r (ϕ(r cos(θ), r sin(θ))) = cos(θ)∂x ϕ(x, y)+sin(θ)∂y ϕ(x, y) = x∂x ϕ(x, y)+ y∂y ϕ(x, y)
∂r ϕ(r,
r r
et

e θ) = ∂θ (ϕ(r cos(θ), r sin(θ))) = −r sin(θ)∂x ϕ(x, y)+r cos(θ)∂y ϕ(x, y) = x∂y ϕ(x, y)−y∂x ϕ(x, y).
∂θ ϕ(r,

D’où, par changement de variables en polaires,


D E 1 Z 2π Z +∞ 1 i Z 2π Z +∞ 1
∂f, ϕ = − r∂r ϕ(r, θ)r drdθ −
e ∂θ ϕ(r,
e θ)r drdθ.
2 0 0 r2 2 0 0 r2
Soit ε > 0. Alors
1 Z 2π Z +∞ 1 1 Z 2π
− r∂ r ϕ(r,
e θ)r drdθ = ϕ(ε,
e θ) dθ
2 0 ε r2 2 0

FST Fès 80 Tifaddent Ahlam


et
i Z 2π Z +∞ 1 i Z +∞ 1
− e θ)r drdθ = −
∂θ ϕ(r, e 2π) − ϕ(r,
(ϕ(r, e 0) dr = 0.
2 0 0 r2 2 ε r
Or, comme f est intégrable au voisinage de (0, 0),
D E 1 Z 2π Z +∞ 1 i Z 2π Z +∞ 1
∂f, ϕ = lim − r∂ r ϕ(r,
e θ)r drdθ − ∂θ ϕ(r,
e θ)r drdθ
ε→0 2 0 ε r2 2 0 ε r2
et ainsi D E 1 Z 2π 1 Z 2π
∂f, ϕ = lim ϕ(ε,
e θ) dθ = ϕ(0, 0) dθ = πϕ(0, 0),
ε→0 2 0 2 0
car on peut appliquer ici le théorème de convergence dominée puisque θ 7−→ |ϕ(ε, e θ)| est bornée,
donc intégrable sur [0, 2π], et ϕ(ε, θ) −−→ ϕ(0, 0). Finalement,
e
ε→0
D E
∂f, ϕ = πϕ(0, 0) = hπδ(0,0) , ϕi,

soit encore : ∂f = πδ(0,0) .

FST Fès 81 Tifaddent Ahlam


Chapitre 7
Produit tensoriel

7.1 Produit tensoriel de deux fonctions localement inté-


grables
Définition 7.1.1
Soient Ω1 et Ω2 deux ouverts respectivement de Rn1 et Rn2 . Soient u1 et u2 deux fonctions
localement intégrables respectivement sur Ω1 et Ω2 . Alors, le produit tensoriel de u1 et
u2 est une application notée u1 ⊗ u2 définie par

u1 ⊗ u2 : Ω1 × Ω2 −→ R , (x1 , x2 ) 7−→ (u1 ⊗ u2 )(x1 , x2 ) = u1 (x1 )u2 (x2 ).

On vérifie aisément que u1 ⊗u2 ∈ L1loc (Ω1 ×Ω2 ). En effet, Soit B un borné quelconque de Ω1 ×Ω2 .
Soient B1 la projection de B sur Ω1 et B2 la projection de B sur Ω2 tels que B ⊂ B1 × B2 .
Donc,
Z Z
|(u1 ⊗ u2 )(x1 , x2 )| dx1 dx2 ≤ |(u1 ⊗ u2 )(x1 , x2 )| dx1 dx2
B B1 ×B2
Z
= |u1 (x1 )u2 (x2 )| dx1 dx2
B ×B2
Z1  Z 
= |u1 (x1 )| dx1 |u2 (x2 )| dx2
B1 B2
< +∞

∈ L1loc (Ω1 )
u
1
Ceci prouve que u1 ⊗ u2 ∈ L1loc (Ω1
× Ω2 ) puisqu’on a .
u2 ∈ L1 (Ω2 )
loc
Ceci prouve que u1 ⊗ u2 définit bien une distribution de D0 (Ω1 × Ω2 ).
De plus, pour toute fonction ϕ ∈ D(Ω1 × Ω2 ), on ait
hu1 ⊗ u2 , ϕi = hu1 , hu2 , ϕ(x1 , ·)ii = hu2 , hu1 , ϕ(·, x2 )ii .
En effet, Soient ϕ ∈ D(Ω1 × Ω2 ) et K un compact de Ω1 × Ω2 tels que supp ϕ = K.
On considère K1 la projection de K sur Ω1 et K2 la projection de K sur Ω2 tels que K ⊂ K1 ×K2 .
On a Z Z
hu1 ⊗ u2 , ϕi = (u1 ⊗ u2 )(x1 , x2 )ϕ(x1 , x2 ) dx1 dx2 = u1 (x1 )u2 (x2 )ϕ(x1 , x2 ) dx1 dx2 .
Ω1 ×Ω2 Ω1 ×Ω2

82
Donc,
Z Z
|u1 (x1 )u2 (x2 )ϕ(x1 , x2 )| dx1 dx2 = |u1 (x1 )| |u2 (x2 )| |ϕ(x1 , x2 )| dx1 dx2
Ω1 ×Ω2 K
Z
≤ |u1 (x1 )| |u2 (x2 )| |ϕ(x1 , x2 )| dx1 dx2
K1 ×K2
Z 
≤ sup |ϕ(y, z)| |u1 (x1 )| |u2 (x2 )| dx1 dx2
(y,z)∈K K1 ×K2
Z 
≤ sup |ϕ(y, z)| |u1 (x1 )| |u2 (x2 )| dx1 dx2
(y,z)∈K K1 ×K2
Z  Z 
≤ sup |ϕ(y, z)| |u1 (x1 )| dx1 |u2 (x2 )| dx2
(y,z)∈K K1 K2

< +∞
Il en résulte que la fonction
(x1 , x2 ) 7−→ u1 (x1 )u2 (x2 )ϕ(x1 , x2 ) ∈ L1 (Ω1 × Ω2 )
et par application du théorème de Fubini, on obtient
Z
hu1 ⊗ u2 , ϕi = u1 (x1 )u2 (x2 )ϕ(x1 , x2 ) dx1 dx2
Ω1 ×Ω2
Z Z
= u1 (x1 )u2 (x2 )ϕ(x1 , x2 ) dx1 dx2
Ω1 Ω2
Z Z 
= u1 (x1 ) u2 (x2 )ϕ(x1 , x2 ) dx2 dx1 (7.1.1)
Ω1 Ω2
Z Z 
= u2 (x2 ) u1 (x1 )ϕ(x1 , x2 ) dx1 dx2 (7.1.2)
Ω2 Ω1

Les relations (7.1.1) et (7.1.2) s’écrivent encore sous la forme


hu1 ⊗ u2 , ϕi = hu1 , hu2 , ϕ(x1 , ·)ii et hu1 ⊗ u2 , ϕi = hu2 , hu1 , ϕ(·, x2 )ii .
En particulier si ϕ(x1 , x2 ) = ϕ1 (x1 )ϕ2 (x2 ) où ϕj ∈ D(Ωj ), pour j = 1, 2 on a
Z
hu1 ⊗ u2 , ϕ1 ⊗ ϕ2 i = (u1 ⊗ u2 )(x1 , x2 )(ϕ1 ⊗ ϕ2 )(x1 , x2 ) dx1 dx2
Ω1 ×Ω2
Z Z
= u1 (x1 )u2 (x2 )ϕ1 (x1 )ϕ2 (x2 ) dx1 dx2
Ω Ω2
Z1  Z 
= u1 (x1 )ϕ1 (x1 ) dx1 u2 (x2 )ϕ2 (x2 ) dx2
Ω1 Ω2
= hu1 , ϕ1 i.hu2 , ϕ2 i.
Définition 7.1.2
On note
 
 X 
D(Ω1 ) ⊗ D(Ω2 ) = (ui ⊗ vi )(x1 , x2 ); ui ∈ D(Ω1 ) et vi ∈ D(Ω2 )
 
i∈I , I fini
 
 X 
= ui (x1 )vi (x2 ); ui ∈ D(Ω1 ) et vi ∈ D(Ω2 )
 
i∈I , I fini

FST Fès 83 Tifaddent Ahlam


Proposition 7.1.1

D(Ω1 ) ⊗ D(Ω2 ) est dense dans D(Ω1 × Ω2 ).

Démonstration.
Soit ϕ ∈ D(Ω1 × Ω2 ) telle que supp ϕ ⊂ K = K1 × K2 avec Ki compact de Ωi pour i = 1, 2.
Par le théorème d’approximation de Weierstrass, il existe une suite (Pj )j∈N de polynômes en
(x1 , x2 ) telle que pour tout multi-indice α ∈ Nn1 +n2 on ait (∂ α Pj )j∈N converge uniformément
sur K vers ∂ α ϕ. Soit θi ∈ D(Ωi ) telle que θi = 1 sur Ki pour i = 1, 2. On pose

aj,α1 ,α2 θ1 (x1 )xα1 1 θ2 (x2 )xα2 2


X
ϕj (x1 , x2 ) = θ1 (x1 )θ2 (x2 )Pj (x1 , x2 ) =
|α1 +α2 |≤kj

où aj,α1 ,α2 ∈ R. Donc, ϕj ∈ D(Ω1 )⊗D(Ω2 ). De plus, par la formule de Leibniz la suite (∂ α ϕj )j∈N
converge uniformément sur
K1 ×K2 vers ∂ α ϕ pour tout α ∈ Nn1 +n2 . Comme supp ϕj ⊂ supp θ1 ×supp θ2 qui est un compact
fixe, il en résulte que la suite (ϕj )j∈N converge vers ϕ dans D(Ω1 ×Ω2 ). 

Lemme 7.1.1
Soit I un intervalle ouvert de R, k ∈ N. On se donne pour tout λ ∈ I, une fonction
x 7−→ ϕ(x, λ) appartenant à D(Ω) où Ω un ouvert de Rn . On suppose que
(i) ∀ α ∈ Nn , ∀ ` = 0, 1, . . . , k, la fonction (x, λ) 7−→ ∂xα ∂λ` ϕ(x, λ) existe et est continue
sur Ω × I.
(ii) ∀ λ0 ∈ I, ∃ δ > 0, ∃ K ⊂ Ω compact tels que supp ∂λ` ϕ(·, λ) ⊂ K pour tout λ ∈
[λ0 − δ, λ0 + δ] et tout ` = 0, 1, . . . , k.
Soit T ∈ D0 (Ω). On pose G(λ) = hT, ϕ(·, λ)i alors G est de classe C k sur I et
!`
d
G(λ) = hT, ∂λ` ϕ(·, λ)i, ∀ ` = 0, 1, · · · , k, λ ∈ I.

Démonstration.
On procède par principe de récurrence.
a) Pour k = 0 :
On se donne (λj )j∈N une suite d’éléments de I convergeant vers un point λ0 de I.
On pose
ψj (x) = ϕ(x, λj ) − ϕ(x, λ0 )
et on montre que
G(λj ) −−−−→ G(λ0 ) dans R
j→+∞

revient à montrer que


G(λj ) − G(λ0 ) −−−−→ 0 dans R
j→+∞

c’est équivalent à dire que


hT, ψj i −−−−→ 0.
j→+∞

Puisque ψj ∈ D(Ω) pour tout j ∈ N et T ∈ D0 (Ω), il suffit de prouver que ψj −−−−→ 0


j→+∞
dans D(Ω), autrement dit

FST Fès 84 Tifaddent Ahlam





 1) il existe un compact K de Ω tel que supp ψj ⊂ K, pour tout j ≥ j0 .

2) sup |∂ α ψj | −−−−→ 0, pour tout α ∈ Nn .





K j→+∞
Le fait que λj −−−−→ λ0 dans R affirme l’existence d’un tel entier j0 tel que |λj − λ0 | ≤ δ
j→+∞
pour j ≥ j0 où δ est donné par hypothèse (ii). Alors, d’après (ii) il existe un compact K
de Ω tel que supp ψj ⊂ K pour j ≥ j0 . D’où 1).
Ensuite, pour tout multi-indice α ∈ Nn , La fonction (x, λ) 7−→ ∂xα ϕ(x, λ) est continue
d’après (i), donc uniformément continue sur le compact F = K × [λ0 − δ, λ0 + δ]. Donc,

∀ ε > 0, ∃ η > 0, (x, λ), (x0 , λ0 ) ∈ F, k(x, λ) − (x0 , λ0 )k ≤ η ⇒ |∂xα ϕ(x, λ) − ∂xα (x0 , λ0 )| ≤ ε.

Soit ε > 0. Choisissons j ≥ j1 de sorte que |λj − λ0 | ≤ min(η, δ). Donc, (x, λj ) et (x, λ0 )
appartiennent à F pour tout x ∈ K. Il en résulte que

|∂xα ψj (x)| = |∂xα ϕ(x, λj ) − ∂xα ϕ(x, λ0 )| ≤ ε

autrement dit, sup |∂ α ψj | ≤ ε. Ainsi sup |∂ α ψj | −−−−→ 0.


K K j→+∞

b) Supposons que le lemme est vrai au rang k et prouvons le au rang k + 1. Montrer que G
est de classe C k+1 sur I revient à montrer que G(k) est de classe C 1 sur I. On montre que
G(k) est dérivable en tout point λ0 de I et que G(k+1) est continue sur I.

La fonction G(k) est dérivable en λ0 ⇔


G(k) (λ0 + hj ) − G(k) (λ0 )
∀ (hj )j∈N ⊂ R/hj → 0, lim − hT, ∂λk+1 ϕ(·, λ0 )i = 0
j→+∞ hj
Posons pour j assez grand

∂λk ϕ(x, λ0 + hj ) − ∂λk ϕ(x, λ0 )


ψj (x) = − ∂λk+1 ϕ(x, λ0 ).
hj
Il vient
G(k) (λ0 + hj ) − G(k) (λ0 )
lim − hT, ∂λk+1 ϕ(·, λ0 )i = 0 ⇔ lim hT, ψj i = 0.
j→+∞ hj j→+∞

On procède comme dans l’étape précédente, il suffit de prouver que ψj −−−−→ 0 dans D(Ω).
j→+∞
Or,
1 h α k i
∂xα ψj (x) = ∂x ∂λ ϕ(x, λ0 + hj ) − ∂xα ∂λk ϕ(x, λ0 ) − hj ∂xα ∂λk+1 ϕ(x, λ0 )
hj
1 Z hj +λ0 h α k+1 i
= ∂x ∂λ ϕ(x, λ) − ∂xα ∂λk+1 ϕ(x, λ0 ) dλ.
hj λ0
Il existe j0 ∈ N tel que pour j ≥ j0 on ait λ0 + hj et λ0 appartiennent à l’intervalle
[λ0 − δ, λ0 + δ]. Donc, (ii) entraine l’existence d’un compact K de Ω tel que le support
de ψj est contenu dans K. De plus, pour tout multi-indice α ∈ Nn la fonction
(x, λ) 7−→ ∂xα ∂λk+1 ϕ(x, λ) est continue sur Ω × I. En particulier, elle est continue sur

FST Fès 85 Tifaddent Ahlam


F = K ×[λ0 −δ, λ0 +δ] ⊂ Ω×I, donc uniformément continue sur F = K ×[λ0 −δ, λ0 +δ].
Ce qui implique que,

∀ ε > 0, ∃ η > 0, ∀ (x, λ), (x0 , λ0 ) ∈ F, k(x, λ)−(x0 , λ0 )k ≤ η ⇒ ∂xα ∂λk+1 ϕ(x, λ) − ∂xα ∂λk+1 ϕ(x0 , λ0 ) ≤ ε.

Par conséquent,
1 Z hj +λ0 h α k+1 i
∂xα ∂λk+1 ϕ(x, hj + λ0 ) − ∂xα ∂λk+1 ϕ(x, λ0 ) ≤ ε ⇒ ∂x ∂λ ϕ(x, λ) − ∂xα ∂λk+1 ϕ(x, λ0 ) dλ ≤ ε
hj λ0
⇒ |∂xα ψj (x)| ≤ ε.

Ceci prouve que sup |∂ α ψj | −−−−→ 0. Il s’en suit que G(k) est dérivable en λ0 et que
K j→+∞

G(k+1) (λ0 ) = hT, ∂λk+1 ϕ(·, λ0 )i. (7.1.3)

Pour prouver la continuité de G(k+1) , il suffit d’adopter la même démarche que celle de
l’étape a) en tenant compte les hypothèses faites sur ϕ au rang k + 1, on remarque que
le deuxième membre de la formule (7.1.3) est une fonction continue en λ0 . Donc on en
déduit que G ∈ C k+1 (I).


Corollaire 7.1.1
Soient O un ouvert de Rm , Ω un ouvert de Rn et f un élément de D(O × Ω). Soit
T ∈ D0 (Ω), alors Z Z
hT, f (t, ·)i dt = hT, f (t, ·) dti.

Démonstration.
Pour simplifier la tâche, on se restreint ici à la dimension m = 1 et O = ]a, b[ sans perdre de
généralité. Soit f ∈ D(]a, b[ × Ω) telle que supp f ⊂ [c, d] × K, et on se donne pour λ ∈ O et
x ∈ Ω, la fonction ϕ définie par
Z λ
(x, λ) 7−→ ϕ(x, λ) = f (t, x) dt.
c

Remarquons que
 ∀ α ∈ Nn , ∀ ` = 0, 1, la fonction (x, λ) 7−→ ∂xα ∂λ` ϕ(x, λ) existe et est continue sur O × Ω.
 Si x 6∈ K, on a f (t, x) = 0 pour tout t ∈ (c, λ) pour que supp (∂λ` ϕ) soit contenu dans le
x
compact K de Ω, ` = 0, 1.
Posons
G(λ) = hT, ϕ(·, λ)i.
Alors, d’après le lemme précédent on a G ∈ C 1 (O) et que G0 (λ) = hT, f (λ, ·)i. Ainsi,
Z λ Z λ
G0 (t) dt = G(λ) − G(c) = hT, f (t, ·)i dt.
c c

FST Fès 86 Tifaddent Ahlam


Comme ϕ(·, c) = 0, on a G(c) = 0. D’où pour tout λ ∈ O on ait
Z λ Z λ
G(λ) = hT, f (t, ·) dti = hT, f (t, ·)i dt.
c c

Il suffit de prendre λ = d et de remarquer que f est nulle hors de l’intervalle [c, d].


7.2 Produit tensoriel de deux distributions


Théorème 7.2.1
Soient T1 ∈ D0 (Ω1 ) et T2 ∈ D0 (Ω2 ). Alors il existe une unique distribution T ∈ D0 (Ω1 ×Ω2 )
telle que, pour toutes fonctions ϕj ∈ D(Ωj ), j = 1, 2, on ait

hT, ϕ1 ⊗ ϕ2 i = hT1 , ϕ1 i.hT2 , ϕ2 i.

De plus, pour ϕ ∈ D(Ω1 × Ω2 ),

hT, ϕi = hT1 , hT2 , ϕ(x1 , ·)ii = hT2 , hT1 , ϕ(·, x2 )ii.

Si les Tj sont à support compact on a les mêmes formules pour ϕ ∈ D(Ω1 × Ω2 ). On écrit
alors T = T1 ⊗ T2 = T2 ⊗ T1 et T s’appelle le produit tensoriel des distributions T1 et T2 .

Démonstration.
. Existence :
On note ψ : x1 7−→ hT2 , ϕ(x1 , ·)i et on considère l’application linéaire T sur D(Ω1 × Ω2 )
définie par

hT, ϕi = hT1 , hT2 , ϕ(x1 , ·)ii = hT1 , ψ(x1 i, ∀ ϕ ∈ D(Ω1 × Ω2 ).

Soit Kj les compacts de Ωj pour j = 1, 2. Il existe kj ∈ N et Cj > 0 tels que

|hTj , ϕj i| ≤ Cj sup sup |∂ α ϕj |, ∀ ϕj ∈ D(Kj ). (7.2.1)


|α|≤kj Kj

Montrons que l’application T définie ci-dessus est une distribution.


Tout d’abord, T est bien définie puisque la fonction ψ appartenant à D(K1 ).
En effet, cette fonction est nulle pour x1 6∈ K1 . Donc, supp ψ ⊂ K1 . Ainsi, le fait qu’elle
soit de classe C ∞ sur K1 va résulter du fait que lemme 7.1.1. On a
? pour tout αj ∈ Nnj , la fonction (x1 , x2 ) 7−→ ∂xα11 ∂xα22 ϕ(x1 , x2 ) est continue sur Ω1 ×Ω2 .
? supp ∂xα11 ϕ(x1 , ·) ⊂ K2 pour tout x1 ∈ K1 .
Il en résulte que ψ ∈ D(K1 ) et par conséquent T est bien définie. De plus,

∂xα11 hT2 , ϕ(x1 , ·)i = hT, ∂xα11 ϕ(x1 , ·)i.

FST Fès 87 Tifaddent Ahlam


Enfin d’après (7.2.1),

|hT, ϕi| = |hT1 , hT2 , ϕ(x1 , ·)ii| ≤ C1 sup sup ∂xα11 hT2 , ϕ(x1 , ·)i
|α1 |≤k1 K1

≤ C1 C2 sup sup ∂xα22 ∂xα11 ϕ


|α1 |≤k1 , |α2 |≤k2 K1 ×K2

avec
∂xα11 hT2 , ϕ(x1 , ·)i ≤ C2 sup sup ∂xα22 ∂xα11 ϕ
|α2 |≤k2 K2

D’où T ∈ D0 (Ω1 × Ω2 ). On obtient le même résultat en choisissant la distribution définie


par
hT, ϕi = hT2 , hT1 , ϕ(·, x2 )ii.
. Unicité :
On utilise le théorème de densité de D(Ω1 )⊗D(Ω2 ) dans D(Ω1 ×Ω2 ) pour prouver l’unicité.
Soit ϕ ∈ D(Ω1 × Ω2 ). Alors,
X
ϕ = lim ψk ⊗ θk où ψk ∈ D(Ω1 ) et θk ∈ D(Ω2 )
k→+∞
k∈I , I fini

Soient T et S deux distributions vérifiant

hT, ψk ⊗ θk i = hT1 , ψk i.hT2 , θk i et hS, ψk ⊗ θk i = hT1 , ψk i.hT2 , θk i .

Donc,
X
hT −S, ϕi = lim hT −S, ψk ⊗θk i = lim (hT1 , ψk i.hT2 , θk i − hT1 , ψk i.hT2 , θk i) = 0.
k→+∞ k→+∞
k∈I , I fini

D’où l’unicité.


FST Fès 88 Tifaddent Ahlam


Chapitre 8
Convolution des distributions

Nous avons déjà défini le produit de convolution de deux fonctions dans L1 (Rn ). Soit u et v
deux fonctions dans L1 (Rn ), on a
Z
u ? v(x) = u(y)v(x − y) dy , x ∈ Rn .
Rn

Soit ϕ ∈ D(Rn ). Alors la fonction (x, y) 7−→ u(y)v(x − y)ϕ(x) est dans L1 (R2n ) et on a
Z Z Z Z
hu ? v, ϕi = u(y)v(x − y)ϕ(x) dydx = u(y)v(z)ϕ(y + z) dydz
Rn Rn Rn Rn

d’où,
hu ? v, ϕi = huy ⊗ vz , ϕ(y + z)i,
le crochet de droite étant pris dans D0 (Rn × Rn ).

8.1 Produit de convolution de deux distributions


Définition 8.1.1
Soit T ∈ D0 (Rn ) et soit S ∈ E 0 (Rn ). La forme linéaire notée T ? S définie sur D(Rn ) par

∀ ϕ ∈ D(Rn ), hT ? S, ϕi = hT ⊗ S, ϕ(y + z)i (8.1.1)

est une distribution appelée convolution des distributions T et S.

Démonstration.
Remarquons que le membre de droite de (8.1.1) a un sens. En effet, si ϕ ∈ D(Rn ) et si
χ ∈ D(Rn ) une fonction plateau qui vaut 1 sur un voisinage du support de S, alors la fonction
(y, z) 7−→ χ(y)ϕ(y + z) appartenant à D(Rn × Rn ).
Soit A = hT ⊗ S, ϕ(y + z)i. Comme S appartient à E 0 (Rn ), il existe une constante C0 > 0,
k ∈ N et K ⊂ Rn un compact tels que, pour toute ψ ∈ C ∞ (Rn ) et tout y ∈ Rn ,

|hS, ψ(y + ·)i| ≤ C0 sup sup |∂ α ψ(y + z)|.


|α|≤k z∈K

89
D’autre part, T ∈ D0 (Rn ) et la fonction y 7−→ hS, ϕ(y + ·)i est dans D(Rn ) lorsque ϕ ∈ D(Rn ).
Il existe donc C1 > 0, et m ∈ N tels que

|hT ⊗ S, ϕ(y + z)i| ≤ C1 sup sup |∂yβ hS, ϕ(y + ·)i| ≤ C1 sup sup |hS, ∂yβ ϕ(y + ·)i|,
|β|≤m y∈Rn |β|≤m y∈Rn

par le lemme 7.1.1. De là, en utilisant la première estimation avec ψ = ∂ β ϕ, on trouve

|hT ⊗ S, ϕ(y + z)i| ≤ C1 C0 sup sup |∂ α+β ϕ(y + z)| ≤ C1 C2 sup sup |∂ γ ϕ(x)|
|α|≤k , |β|≤m z∈K , y∈Rn |γ|≤k+m x∈Rn

Cette dernière inégalité montre bien que T ? S est une distribution sur Rn .


8.2 Propriétés de bases


Proposition 8.2.1

Pour T ∈ D0 (Rn ), S ∈ E 0 (Rn ) on a


(i) T ? S = S ? T .
(ii) T ? δ0 = δ0 ? T = T .
(iii) ∂ α (T ? S) = (∂ α T ) ? S = T ? (∂ α S), ∀ α ∈ Nn .

Démonstration.

(i) hT ? S, ϕi = hTy , hSz , ϕ(y + z)ii = hSz , hTy , ϕ(z + y)ii = hS ? T, ϕi, ∀ ϕ ∈ D(Rn ).
(ii) hT ? δ0 , ϕi = hTy , hδz , ϕ(y + z)ii = hTy , ϕ(y)i = hT, ϕi, ∀ ϕ ∈ D(Rn ).
(iii) h∂ α (T ? S), ϕi = (−1)|α| hT ? S, ∂ α ϕi = (−1)|α| hTy , hSz , (∂ α ϕ)(y + z)ii ; or
(∂ α ϕ)(y + z) = ∂zα [ϕ(y + z)] et hSz , ∂zα [ϕ(y + z)]i = (−1)|α| h∂ α S, ϕ(y + ·)i d’où
h∂ α (T ? S), ϕi = hTy , h(∂ α S)z , ϕ(y + z)ii = hT ? (∂ α S), ϕi, l’autre inégalité découle de (i).


Proposition 8.2.2

Soit T ∈ D0 (Rn ), ϕ ∈ D(Rn ) (ou bien T ∈ E 0 (Rn ) et ϕ ∈ C ∞ (Rn )). Alors,


(i) T ? ϕ est donnée par la fonction de classe C ∞ , x 7−→ hT, ϕ(x − ·)i.
(ii) Si T ∈ D0(k) (Rn ) (resp. E 0(k) (Rn )) et ϕ ∈ Dk (Rn ) (resp. C k (Rn )) alors T ? ϕ est
donnée par la fonction continue x 7−→ hT, ϕ(x − ·)i.
(iii) On a, supp (T ? ϕ) ⊂ supp T + supp ϕ.
(iv) Si S ∈ E 0 (Rn ) on a (T ? S) ? ϕ = T ? (S ? ϕ).

Démonstration.

FST Fès 90 Tifaddent Ahlam


(i) hT ? ϕ, ψi = hTy , hϕz , ψ(y + z)ii, pour ψ ∈ D(Rn ). Donc,
 Z   Z 
hT ? ϕ, ψi = Ty , ϕ(z)ψ(y + z) dz = Ty , ϕ(x − y)ψ(x) dx .

Comme la fonction (x, y) 7−→ ϕ(x − y)ψ(x) appartient à D(Rn × Rn ), on peut appliquer
le corollaire 7.1.1, chapitre 7. On en déduit,
Z
hT ? ϕ, ψi = hTy , ϕ(x − y)iψ(x) dx = hhT, ϕ(x − ·)i, ψi

et donc, T ? ϕ est donnée par la fonction hT, ϕ(x − ·)i qui est de classe C ∞ d’après le
lemme 7.1.1, chapitre 7.

(ii) Si T ∈ E 0(k) (Rn ), soit χ ∈ D(Rn ) telle que χ = 1 sur un voisinage du support de T
alors χT = T . Si xn −−−−→ x0 alors hT, χ(·)ϕ(xn − ·)i −−−−→ hT, χ(·)ϕ(x0 − ·)i, car
n→+∞ n→+∞
χ(·)ϕ(xn − ·) −−−−→ χ(·)ϕ(x0 − ·) dans C (R ), puisque (x, y) 7−→ ∂yα [χ(y)ϕ(x − y)] est,
k n
n→+∞
pour |α| ≤ k, uniformément continue sur B(x0 , δ) × supp χ. Le fait que T ? ϕ soit donnée
par cette fonction est analogue à (i).

(iii) Comme supp ϕ est compact, supp T + supp ϕ est fermé. Soit x0 appartenant à
(supp T + supp ϕ)c . Il existe Vx0 ⊂ (supp T + supp ϕ)c . On va montrer que, pour tout
x ∈ Vx0 , hT, ϕ(x − ·)i = 0 et donc x0 6∈ supp (T ? ϕ).
En effet, si x ∈ Vx0 , on a supp T ∩ supp ϕ(x − y) = ∅, car s’il existe
y ∈ supp T ∩ supp ϕ(x − y), on aura y ∈ supp T et x − y ∈ supp ϕ d’où
x = x − y + y ∈ supp ϕ + supp T , ce qui est absurde.

(iv) Les deux membres ont un sens car T ? S ∈ D0 (Rn ), ϕ ∈ D(Rn ) et S ? ϕ ∈ E 0 (Rn ), d’après
(iii). On a d’après (i),

[(T ? S) ? ϕ] (x) = hT ? S, ϕ(x − ·)i


= hTy , hSz , ϕ(x − (y + z))ii
= hTy , (S ? ϕ)(x − y)i
= [T ? (S ? ϕ)] (x).

On introduit tout d’abord la notion de suite convergente dans D0 (Rn ), qui nous sera utile
par la suite.

Définition 8.2.1: Convergence dans D0 (Rn )

Soit (Tj )j∈N une suite de D0 (Rn ) et T ∈ D0 (Rn ). On dit que (Tj )j∈N converge vers T dans
D0 (Rn ) (et on écrira Tj → T ) si lim hTj , ϕi = hT, ϕi pour tout ϕ ∈ D(Rn ).
j→+∞

On peut définir de manière tout à fait analogue la convergence d’une suite (Tj )j∈N de E 0 (Rn )
vers T ∈ E 0 (Rn ) en demandant que (hTj , ϕi)j∈N converge vers hT, ϕi pour tout ϕ ∈ C ∞ (Rn ).

FST Fès 91 Tifaddent Ahlam


Proposition 8.2.3

(i) Si (Sj ) ⊂ E 0 (Rn ), Sj → S dans E 0 (Rn ) et T ∈ D0 (Rn ) alors T ? Sj → T ? S dans


D0 (Rn ).
Si (Tj ) ⊂ D0 (Rn ), Tj → T dans D0 (Rn ) et S ∈ E 0 (Rn ) alors Tj ? S → T ? S dans
D0 (Rn ).
(ii) Pour T ∈ D0 (Rn ), S ∈ E 0 (Rn ) on a, supp (T ? S) ⊂ supp T + supp S.
(iii) Pour T ∈ D0 (Rn ), S, U ∈ E 0 (Rn ) on a T ? (S ? U ) = (T ? S) ? U .

Démonstration.

(i) Soit ϕ ∈ D(Rn ), on a hT ? Sj , ϕi = hSj ? T, ϕi = hSj , hT, ϕ(y + ·)ii. Comme la fonction
y 7−→ hT, ϕ(y + ·)i est de classe C ∞ (Rn ) et Sj → S dans E 0 (Rn ) on a
hT ? Sj , ϕi → hS, hT, ϕ(y + ·)ii = hS ? T, ϕi. De même pour le cas (Tj ) ⊂ D0 (Rn ).
Z
(ii) Soit χ ∈ D(Rn ) telle que supp χ ⊂ {x ∈ Rn /|x| ≤ 1} et χ(x) dx = 1. Posons
Rn
x
 
χε (x) = ε−n χ . On a χε → δ0 dans E 0 (Rn ). En effet, soit ϕ ∈ D(Rn ),on a
ε
x
Z Z   Z
−n
hχε , ϕi = χε (x)ϕ(x) dx = ε χ ϕ(x) dx = χ(y)ϕ (εy) dy.
Rn Rn ε Rn

D’autre part, on a
. χ(y)ϕ (εy) −−→ χ(y)ϕ(0) presque partout sur Rn .
ε→0
. |χ(y)ϕ (εy)| ≤ sup |ϕ| |χ(y)| presque partout sur Rn .
Rn
Puisque χ est intégrable sur Rn , on peut donc appliquer le théorème de convergence do-
minée pour obtenir
Z Z Z
limhχε , ϕi = lim χ(y)ϕ (εy) dy = lim χ(y)ϕ (εy) dy = χ(y)ϕ(0) dy = ϕ(0) = hδ0 , ϕi.
ε→0 ε→0 Rn Rn ε→0 Rn

D’après (i),
limh(T ? S) ? χε , ϕi = hT ? S, ϕi, ∀ ϕ ∈ D(Rn ). (8.2.3)
ε→0

Soit x0 6∈ (supp T + supp ϕ), nous allons montrer que

∃ Vx0 , ∃ ε0 > 0 : ∀ ε ≤ ε0 Vx0 ∩ (supp T + supp S + B(0, ε)) = ∅. (8.2.4)

On raisonne par l’absurde. Sinon

∀ Vx0 , ∀ ε0 > 0, ∃ ε ≤ ε0 , ∃ x ∈ Vx0 tel que x ∈ supp T + supp S + B(0, ε).


1 1 1
 
En prenant Vx0 = B x0 , , ε0 = , n ≥ 1, on construit des suites (εn )n , εn ≤ ,
n n n
1 1

telle que xn ∈ B x0 , , xn ∈ supp T + supp S + B(0, εn ). On a |xn − x0 | ≤ et
n n
d(xn , supp T + supp S) ≤ εn . Alors xn → x0 et d(x0 , supp T + supp S) = 0, donc
x0 ∈ supp T + supp S (qui est fermé) ce qui est absurde. Soit ϕ ∈ D(Vx0 ). Comme, d’après

FST Fès 92 Tifaddent Ahlam


la 4-ème propriété de la proposition 8.2.2 (iii), on a (T ? S) ? χε = T ? (S ? χε ), il résulte
de (ii) de cette proposition que

supp [(T ?S)?χε ] ⊂ supp T +supp (S?χε ) ⊂ supp T +supp S+supp χε ⊂ supp T +supp S+B(0, ε).

On déduit que de (8.2.4) que pour ε ≤ ε0 on a supp ϕ ∩ supp [(T ? S) ? χε ] = ∅, donc


h(T ?S)?χε , ϕi = 0 et d’après (8.2.3), hT ?S, ϕi = 0, ∀ ϕ ∈ D(Vx0 ). D’où x0 6∈ supp (T ?S).
(iii) hT ? (S ? U ), ϕi = hTx , hSy , hUz , ϕ(x + y + z)iii = h(T ? S) ? U, ϕi.


8.3 Applications du produit tensoriel et de la convolu-


tion
8.3.1 Théorèmes de densité
Théorème 8.3.1
Soit Ω un ouvert de Rn . Alors D(Ω) est dense dans D0 (Ω) et dans E 0 (Ω).

Démonstration.
Soit T ∈ D0 (Ω).
+∞
[
On sait que Ω est réunion d’une suite exhaustive de compact, Ω = Kj . On se donne une
j=1

fonction plateau χj ∈ D(K j+1 ) telle que χj = 1 sur Kj et nulle
Z hors de l’intérieur de Kj+1 .
Soit θ ∈ D(Rn ) telle que supp θ ⊂ {x ∈ Rn /|x| ≤ 1}, et θ(x) dx = 1. On pose alors
Rn
pour j ≥ 1, θj (x) = j n θ(jx). Pour j assez grand on a supp θj + supp χj ⊂ Ω. D’autre part,
χj T ∈ E 0 (Ω) ⊂ E 0 (Rn ). Posons,

Tj = (χj T ) ? θj , ∀ j ≥ 1.

Alors Tj ∈ D(Ω) pour j assez grand car supp Tj ⊂ supp χj + supp θj ⊂ Ω. Il nous reste à
montrer que (Tj )j≥1 converge vers T dans D0 (Ω).
Soit ϕ ∈ D(Ω), on a
hTj , ϕi = hχj T, hθj , ϕ(y + z)ii.
Or, Z
hθj , ϕ(y + z)i = θj (z)ϕ(y + z) dz = (θ̌j ? ϕ)(y) où θ̌j (z) = θj (−z).
Rn
De là,
hTj , ϕi = hT, χj (θ̌j ? ϕ)i.
Pour terminer la démonstration de ce théorème, il suffit donc de prouver le lemme suivant.

Lemme 8.3.1

La suite (χj (θ̌j ? ϕ))j converge vers ϕ dans D(Ω).

FST Fès 93 Tifaddent Ahlam


Démonstration.
Pour j0 assez grand, on a pour j ≥ j0
! !
1 1
supp (θ̌j ? ϕ) ⊂ supp ϕ + supp θ̌j ⊂ supp ϕ + B 0, ⊂ supp ϕ + B 0, = K ⊂ Ω.
j j0

Si j est assez grand, on a χj = 1 sur le compact K puisque (Kj )j≥1 est une suite exhaustive de
compacts. Ainsi on a
supp (χj (θ̌j ? ϕ)) = supp (θ̌j ? ϕ) ⊂ K.
Il nous reste à prouver que la suite (∂ α (θ̌j ? ϕ))j≥1 converge uniformément vers ∂ α ϕ sur K.
Soit j ≥ j0 . On a

∀ x ∈ K, ∂ α (θ̌j ? ϕ)(x) − ∂ α ϕ(x) = (θ̌j ? (∂ α ϕ))(x) − ∂ α ϕ(x)


Z
= θ̌j (z)ϕ(x − z) dz − ∂ α ϕ(x)
Rn
Z Z 
= θj (−z)ϕ(x − z) dz − θj (−z) dz ∂ α ϕ(x)
Rn Rn

On pose y = −jz dans les intégrales pour obtenir


! !
α α
Z
1
∀ x ∈ K, (θ̌j ? (∂ ϕ))(x) − ∂ ϕ(x) = θ(y) ∂ ϕ x + y − ∂ α ϕ(x) dy.
α
Rn j

D’où, par le théorème des accroissements finis,


n
α α 1X ∂ α Z C
∀ x ∈ K, |(θ̌j ? (∂ ϕ(x))) − ∂ ϕ(x)| ≤ sup ∂ ϕ |yk ||θ(y)| dy ≤
j k=1 R ∂xk
n Rn j

donc,
C
sup |(θ̌j ? (∂ α ϕ(x))) − ∂ α ϕ(x)| ≤ −−−−→ 0.
x∈K j j→+∞
La preuve dans le cas où T ∈ E 0 (Ω) est tout à fait semblable.



8.4 Support singulier d’une distribution


Définition 8.4.1
Soit T ∈ D0 (Ω). Le support singulier de T noté ss(T ) est défini par

ss(T )c = {x ∈ Ω : T est C ∞ au voisinage de x}. (8.4.1)

Comme l’ensemble du membre de droite de la formule (8.4.1) est un ouvert de Ω, le support


singulier de T est un ensemble fermé. C’est le plus petit fermé en dehors duquel T est de
classe C ∞ .

FST Fès 94 Tifaddent Ahlam


Proposition 8.4.1

Soit T ∈ D0 (Ω).
(1) ss(T ) = ∅ ⇔ T ∈ C ∞ (Ω).
(2) ss(T ) ⊂ supp T .
(3) Si f ∈ C ∞ (Ω) on a

ss(T + f ) = ss(T ) et ss(f T ) ⊂ ss(T ) ∩ supp f.


!
∂T
(4) ∀ j ∈ {1, . . . , n} ss ⊂ ss(T ).
∂xj
(5) ∀ α ∈ Nn , ss(∂ α T ) ⊂ ss(T ).
aα ∂ α avec aα ∈ R, on a ss(P T ) ⊂ ss(T ).
X
(6) Soit P =
|α|≤m

Démonstration.

(1) Ce point découle directement de la définition su support singulier de T .


(2) En effet, si x0 6∈ supp T , alors T est nulle au voisinage de x0 et donc de classe C ∞ près
de x0 .
(3)  Comme f ∈ C ∞ (Ω), il est clair que T + f est de classe C ∞ au voisinage d’un point
si et seulement si T l’est.
 Soit x0 ∈ ss(T )c ∪ (supp f )c . Si x0 6∈ supp f , alors f = 0 au voisinage de x0 et donc
f T = 0 près de x0 . D’où, x0 ∈ ss(f T )c . D’autre part, si x0 6∈ ss(T ) alors T est de
classe C ∞ au voisinage de x0 , et donc f T l’est aussi, et on a encore x0 6∈ ss(f T ).
∂T
(4) ∀ j ∈ {1, . . . , n}, si T est de C ∞ près de x0 , alors l’est aussi.
∂xj
(5) On en déduit le point (5) par récurrence.
(6) On en déduit de (3) et (4)
X que pour tout opérateur différentiel à coefficients constants de

classe C sur Ω, P = aα ∂ α , on a ss(P T ) ⊂ ss(T ).
|α|≤m

Remarque 8.4.1

L’inclusion inverse dans (6) de la proposition 8.4.1 est fausse en général. En effet, prenons

Ω = R2 , P = et T = 1x1 ⊗ H(x2 ) où H est la distribution d’Heaviside. Alors, on a
∂x1
T = 0 pour x2 < 0 et !T = 1 pour x2 > 0. Ainsi ss(T ) est exactement ! l’axe des abscisses
∂T ∂ ∂T
mais, = 1x1 ⊗ H(x2 ) = 0 ⊗ H(x2 ) = 0. Donc, ss = ∅, ceci prouve que
∂x1 ∂x!1 ∂x1
∂T
ss(T ) 6⊂ ss .
∂x1

FST Fès 95 Tifaddent Ahlam


Définition 8.4.2
Un opérateur différentiel P pour lequel, pour toute distribution T ∈ D0 (Ω), on a

ss(P T ) = ss(T ),

est appelée hypoelliptique.

Remarque 8.4.2

1. Si T est C ∞ au voisinage de x0 , alors P T est de C ∞ au voisinage de x0 , autrement


dit ss(P T ) ⊂ ss(T ).
2. T est hypoelliptique si et seulement si on a : P T ∈ C ∞ ⇒ T ∈ C ∞ .

Théorème 8.4.1
Soit T1 ∈ D0 (Rn ), T2 ∈ E 0 (Rn ). On a,

ss(T1 ? T2 ) ⊂ ss(T1 ) + ss(T2 ).

Démonstration.

. Cas 1. Si Tj ∈ E 0 (Rn ) pour j = 1, 2. On pose Kj = ss(Tj ) qui est alors un compact. En


effet, comme fermé inclus dans les supports respectivement de T1 et T2 qui sont compacts.
Posons pour ε > 0, Kj,ε = {x ∈ Rn : d(x, Kj ) ≤ ε}. Il existe donc des fonctions plateaux
χj ∈ D(Rn ) telle que χj = 1 sur Kj,ε/2 et supp χj ⊂ Kj,ε . On écrit Tj = χj Tj + (1 − χj )Tj .
Alors,

T1 ? T2 = ((1 − χ1 )T1 ) ? ((1 − χ2 )T2 ) + (χ1 T1 ) ? ((1 − χ2 )T2 )


+ ((1 − χ1 )T1 ) ? (χ2 T2 ) + (χ1 T1 ) ? (χ2 T2 ) = (1) + (2) + (3) + (4).

Comme
c
ss((1 − χj )Tj ) ⊂ supp (1 − χj ) ∩ ss(Tj ) ⊂ Kj,ε/2 ∩ Kj = ∅
et supp ((1 − χj )Tj ) ⊂ supp Tj , on a (1 − χj )Tj ∈ D(Rn ). Donc, de la proposition 8.2.2,
on en déduit que les termes sont C ∞ . Il en résulte de (iii) de la proposition 8.4.1 que

ss(T1 ? T2 ) = ss((χ1 T1 ) ? (χ2 T2 )) ⊂ supp ((χ1 T1 ) ? (χ2 T2 )).

La proposition 8.2.3 montre alors que

ss(T1 ? T2 ) ⊂ supp (χ1 T1 ) + supp (χ2 T2 ) ⊂ supp χ1 + supp χ2 ⊂ K1,ε + K2,ε .

En faisant tendre ε vers 0, on obtient

ss(T1 ? T2 ) ⊂ ss(T1 ) + ss(T2 ).

. Cas 2. Si T1 ∈ D0 et T2 ∈ E 0 . Nous allons montrer que pour toute boule B(0, R),

ss(T1 ? T2 ) ∩ B(0, R) ⊂ [ss(T1 ) + ss(T2 )] ∩ B(0, R).

FST Fès 96 Tifaddent Ahlam


Supposons que la distribution T2 est supportée dans la boule de centre 0 et de rayon M.
On considère θ ∈ D(Rn ) une fonction plateau qui vaut 1 sur un voisinage de
{x ∈ Rn /|x| ≤ M + R}. On va montrer que

T1 ? T2 = (θT1 ) ? T2 sur B(0, R). (8.4.2)

En effet, soit ϕ ∈ D(B(0, R)), on a

hT1 ? T2 , ϕi − hθT1 , ϕi = h[(1 − θ)T1 ] ? T2 , ϕi.

Nous allons montrer que

supp [(1 − θ)T1 ? T2 ] ∩ supp ϕ = ∅.

En effet, on a supp [(1 − θ)T1 ? T2 ] ⊂ (supp ϕ)c car si

x ∈ supp [(1 − θ)T1 ? T2 ] ⊂ supp [(1 − θ)T1 ] + supp T2 ⊂ supp (1 − θ) + supp T2

on a x = y + z avec |y| > R + M et |z| ≤ M d’où |x| ≥ |y| − |z| > R. On a donc (8.4.2).
De plus,

ss(T1 ? T2 ) ∩ B(0, R) = ss((θT1 ) ? T2 ) ∩ B(0, R)


⊂ [ss(θT1 ) + ss(T2 )] ∩ B(0, R)
⊂ [ss(T1 ) + ss(T2 )] ∩ B(0, R),

d’après le cas 1 puisque θT1 ∈ E 0 et T2 ∈ E 0 .




8.5 Utilisation des solutions élémentaires


8.5.1 Opérateurs hypoelliptiques
Théorème 8.5.1
aα ∂ α , aα ∈ R, un opérateur différentiel à coefficients constants. Si P
X
Soit P =
|α|≤m
possède une solution élémentaire E, qui est de classe C ∞ en dehors de l’origine, alors P
est hypoelliptique.

Démonstration.
Soit tout d’abord T ∈ E 0 . Comme P possède une solution élémentaire E alors

E ∈ D0 et P E = δ0 .

Il en résulte de (iii) de la proposition 8.2.1 que

E ? P T = P E ? T = δ0 ? T = T.

Donc,
ss(T ) = ss(E ? P T ) ⊂ ss(E) + ss(P T ) = {0} + ss(P T ) = ss(P T )

FST Fès 97 Tifaddent Ahlam


De (6) de la proposition 8.4.1, on obtient l’inclusion inverse voulue, et le théorème est démontré.
Soit maintenant T ∈ D0 . Nous allons montrer que pour toute boule B(0, R)

ss(T ) ∩ B(0, R) = ss(P T ) ∩ B(0, R) (8.5.1)

Soit χ ∈ D(Rn ) telle que χ = 1 sur B(0, R + 1). D’après ce qui précède, on a

ss(χT ) ⊂ ss(P (χT ))

puisque χT ∈ E 0 . De plus, on a par la formule de Leibniz


!
X X α β α−β
P (χT ) = aα ∂ χ∂ T + χP T.
|α|≤m β≤α , β6=0 β

C’est-à-dire P (χT ) = f + χP T où f = 0 sur B(0, R). Il s’en suit que,

ss(T )∩B(0, R) = ss(χT )∩B(0, R) ⊂ ss(P (χT ))∩B(0, R) = ss(χP T )∩B(0, R) = ss(P T )∩B(0, R).

Ce qui entraine l’égalité (8.5.1) puisque l’inclusion inverse est toujours satisfaite.

n
Exemple 8.5.1 L’opérateur de la chaleur ! P = ∂t −4x dans R×R , est hypoelliptique, puisque
H(t) |x|2
la distribution E = exp − , qui est une fonction de classe C ∞ hors de l’origine,
(4πt)n/2 4t
est une solution élémentaire de P .
1
Exemple 8.5.2 L’opérateur ∂ = (∂x + i∂y ) est un opérateur hypoelliptique, puisque la distri-
2
1
bution E = qui est une fonction de classe C ∞ hors de l’origine, est une solution élémentaire
πz
de ∂.

8.5.2 Existence de solutions


Théorème 8.5.2
Soit P un opérateur différentiel à coefficients constants, possédant une solution élémen-
taire E. Alors pour tout S ∈ E 0 (Rn ) il existe T ∈ D0 (Rn ) telle que P T = S.

Démonstration.
Il suffit de poser T = E ? S de sorte que l’on a la formule suivante

P T = P (E ? S) = (P E) ? S = δ0 ? S = S.

ce qui achève la preuve.



!k+2 !k+2
∂ ∂
Exemple 8.5.3 (i) Soit P = ... où k ∈ N. Alors,
∂x 1 ∂x n
xk+1 xk+1
! !
1 H(x1 ) n H(xn )
E= ⊗ ... ⊗ est une solution élémentaire de P . De plus,
(k + 1)! (k + 1)!

FST Fès 98 Tifaddent Ahlam


(ii) E ∈ C k (Rn ),
(iii) pour toute S ∈ E 0(k) (Rn ), il existe T ∈ C 0 (Rn ) telle que P T = S.
En effet, on a
!k+2 !k+2
∂ ∂
P E = P (E1 ⊗ . . . ⊗ En ) = E1 ⊗ . . . ⊗ En
∂x1 ∂xn

de sorte de prouver la formule suivante


!k+2
xk+1
!
∂ j H(xj )
Ej = δxj =0 , où Ej =
∂xj (k + 1)!

La fonction x 7−→ xk+1 H(x) est de classe C k sur R et donc E ∈ C k (Rn ). Or par la formule de
Leibniz, on a
!k+1 k+1
! !p !k+1−p
d k+1
X k+1 d k+1 d
(x H(x)) = x H(x)
dx p=0 p dx dx
k+1
! !k+1−p
k+1 d
(k + 1)k . . . (k + 1 − p)xk+1−p
X
= H(x)
p=0 p dx
k
! !k−p
k+1 d
(k + 1)k . . . (k + 1 − p)xk+1−p
X
= (k + 1)!H(x) + δ0
p=0 p dx
k
!
k+1 (k−p)
(k + 1)k . . . (k + 1 − p)xk+1−p δ0
X
= (k + 1)!H(x) +
p=0 p | {z }
=0
= (k + 1)!H(x).

Donc, on en déduit que


!k+2
d
(xk+1 H(x)) = (k + 1)!δ0 .
dx
D’autre part, par le théorème 8.5.2, on a T = S ? E, est une solution de l’équation P T = S où
S ∈ E 0(k) et E ∈ C k , il en résulte ainsi de (ii) de la proposition 8.2.2 que T ∈ C 0 .

8.5.3 Structure locale des distributions


Théorème 8.5.3
Soit Ω un ouvert de Rn . Toute distribution T sur Ω est une somme localement finie de
dérivées de fonctions continues, c’est-à-dire
X Z
∀ Kcompact ⊂ Ω, ∃ k ∈ N, ∃ fα ∈ C 0 (Ω), |α| ≤ k : hT, ϕi = fα (x)∂ α ϕ(x) dx,
|α|≤k
∀ ϕ ∈ D(K). Si T ∈ D0F (Ω), l’entier k ne dépend pas du compact K. Si T ∈ E 0 (Ω), T est
une somme finie de dérivées de fonctions continues à support compact dans Ω.

Démonstration.
Soit (χi )i∈I une partition de l’unité associée à un recouvrement localement fini de Ω, où supp χi

FST Fès 99 Tifaddent Ahlam


est compact. Soit ϕ ∈ D(Ω), le support de ϕXrencontrant au plus un nombre fini de supp χi ,
c’est-à-dire qu’il existe Jf ini ⊂ I tel que ϕ = χi ϕ. On a alors,
i∈J
X X X
hT, ϕi = hT, χi ϕi = hT, χi ϕi = hχi T, ϕi.
i∈J i∈J i∈J

Comme χi T ∈ E 0 (Ω), donc elle est d’ordre finie ki . Soit


xk+1 xk+1
! !
i 1 H(x1 ) n H(xn )
E = ⊗ ... ⊗
(k + 1)! (k + 1)!
et !k+2 !k+2
∂ ∂
Pi = ...
∂x1 ∂xn
i
avec k = ki . Posons fi = E i ? (χi T ), donc Pi fi = (Pi E i ) ? (χi T ) = χi T et ∂ α fi = χi T où
αi = (ki + 2, . . . , ki + 2). Or comme χi T ∈ E 0(ki ) et E i ∈ C ki on a fi ∈ C 0 . On peut ainsi écrire
i i i
h∂ α fi , ϕi = (−1)|α | hfi , ∂ α ϕi
X X X
hT, ϕi = hχi T, ϕi =
i∈J i∈J i∈J

ce qui démontre le résultat voulue.


Si T ∈ D0(`) alors χi T ∈ E 0(`) pour tout i et donc αi = (` + 2, . . . , ` + 2) pour tout i, ce qui
montre que l’entier k est égale à n(` + 2).
Enfin si T ∈ E 0(`) , on n’a pas besoin de la partition (χi ), on écrit directement
∂ α (E ? T ) = T où α = (` + 2, · · · , ` + 2).
De plus, si χ ∈ D(Ω) qui vaut 1 sur un voisinage de supp T , on a
χT = T,
de sorte que
hT, ϕi = hχT, ϕi
= hχ∂ α (E ? T ), ϕi
= h∂ α f, χϕi
= (−1)α hf, ∂ α (χϕ)i
!
α
Z
α α−β
χ(x) · ∂ β ϕ(x) dx
X
= (−1) f· ∂
β≤α β
!
α Z
(−1)α f · ∂ α−β χ(x) · ∂ β ϕ(x) dx.
X
=
β≤α β

!2
d
Exemple 8.5.4 On a (xH(x)) = δ0 . Soit alors χ ∈ D(R) telle que χ = 1 dans un
dx
voisinage de zéro, on a χδ0 = δ0 . Ainsi on montre par récurrence sur k en utilisant la formule
de Leibniz que l’on a
!k k
!`
d X d
χ T = (χ` T ), où χ` ∈ D(R).
dx `=0 dx

FST Fès 100 Tifaddent Ahlam


Alors !`
2
X d
δ0 = (χ` xH(x)).
`=0 dx

FST Fès 101 Tifaddent Ahlam


Bibliographie

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