0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
8 vues82 pages

Histoire et pédagogie de π en mathématiques

Transféré par

sumsaken
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
8 vues82 pages

Histoire et pédagogie de π en mathématiques

Transféré par

sumsaken
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Mathématique

et
Pédagogie

Sommaire
• J. Navez, Éditorial 2
• J. Mawhin, Si π m’était conté... 3
• H. Capoen, G. Delcroix, S. Glotz, B. Palmieri, 27
S. Soquette, Sur l’équation du second degré
chez Simon Stevin et sur son utilisation des
méthodes géométriques
• P. Paquay et M. Rigo, Quelques cryptosystèmes 33
usuels
• J. Bair, Échos de congrès – CIEAEM 50 50
• C. Villers, Revue des revues 53
• C. Festraets, Olympiades 58
• C. Festraets, Des problèmes et des jeux 66
• C. Rédaction, 13e Championnat International 75
des Jeux Mathématiques et Logiques

No 119 Novembre – Décembre 1998


2 Mathématique et Pédagogie n˚119, 2–2, 1998

Éditorial
J. Navez,

Plusieurs membres du conseil d’administration de notre société ont reçu


une lettre d’un membre qui exprime ses réserves quant au contenu de Mathé-
matique et Pédagogie et au programme scientifique du Congrès de Floreffe.
Ce lecteur nous livre aussi quelques considérations personnelles sur l’ensei-
gnement des mathématiques.
Les deux Vice-Présidents, Guy Noël et Claude Villers, ainsi que le direc-
teur de la revue, Jacques Bair, ont répondu par lettre aux critiques soulevées
par ce membre.
J’aimerais dégager cependant quelques points constructifs. Il est évident
que le contenu de la revue ne peut pas plaire à tout le monde. Le directeur
de la revue ne peut par ailleurs faire paraı̂tre que ce que les “rédacteurs” lui
proposent. Si un sujet ou une expérience pédagogique vous touche particu-
lièrement, envoyez-nous un article ou demandez à vos collègues de le faire.
Nous sommes également tout à fait disposés à ouvrir les colonnes de la revue
à un “Courrier du Lecteur” dans lequel les membres pourraient signaler des
faits qui méritent des commentaires.
En ce qui concerne le Congrès, le problème est le même, nous sommes
évidemment tributaires des propositions qui nous sont faites. Là aussi, nous
sommes ouverts pour créer un espace éventuel où des professeurs pourraient
parler de leur expérience en classe, des difficultés qu’ils ont eues et des
solutions qu’ils proposent.
Enfin, le souci exprimé par ce membre d’enseigner une “mathématique
du citoyen” est un sujet qui rejoint nos préoccupations actuelles et sur lequel
nous reviendrons certainement dans le futur.
Jacques NAVEZ
Mathématique et Pédagogie n˚119, 3–27, 1998 3

Si π m’était conté...
J. Mawhin, UCL (1 )

1. Introduction

Il était une fois... C’est ainsi que commencent les contes. Celui qui
nous occupe devrait plutôt commencer par “Il était un rapport”, puisque
l’histoire du nombre qui sera appelé π au XVIIIe siècle seulement, commence
par l’étude du rapport qui existe entre la longueur L de la courbe la plus
simple qui soit, le cercle, et son diamètre D.

1. Conférence faite à Namur le 9 mai 1998, à la remise des prix des Olympiades
mathématiques
Faire-part de naissance

3, sa partie entière,
4, son supérieur immédiat,
22/7, sa bonne approximation,
355/113, sa meilleure approximation,
10, son carré (ou presque),
e, son complice réel,
i, son complice imaginaire,

ont l’incommensurable joie de vous annoncer l’arrivée de

π
né du rapport entre une (quelconque) circonférence et son diamètre.

Le petit irrationnel sera baptisé par sa Transcendance le Pape Pie 3,14,


en la basilique Saint Circulaire le Rond.

2. Civilisation préhellénistiques
L’étude de ce rapport préoccupait déjà les Babyloniens il y a environ
4000 ans, et une tablette cunéiforme de l’époque propose, sans explication
et, bien entendu, sans notation algébrique, la formule
 
1
L= 3+ D,
8
c’est-à-dire
L
= 3, 125.
D
C’est le premier calcul de π avec une décimale exacte.
Un peu plus tard, aux environs de l’an 1800 avant notre ère, le célèbre
papyrus Rhind fournit, pour l’aire du disque de diamètre D, la règle
 2
D
A= D− ,
9
4
c’est-à-dire  2
A 1 3, 160 . . .
= 1− = 0, 790 . . . = .
D2 9 4
On ne sait pas comment les Egyptiens sont arrivés à cette formule. Une
explication plausible est la suivante : si l’on inscrit le disque dans un carré
de côté D, que l’on divise en 9 carrés égaux par trisection des côtés, et que
l’on considère l’octogone (irrégulier) obtenu en laissant tomber la moitié des
petits carrés situés aux quatre coins, on obtient une figure peu différente du
disque, d’aire égale à
 2  2
D 1 D 7 2
5 +4 = D .
3 2 3 9

D’autre part, 79 = 63 2
92 , et le carré le plus proche de 63 est 8 . En conséquence,
l’aire de l’octogone, et donc du disque, est approximativement égale à
8 2
2
D = D− D
 2
9 9 .
L’Ancien Testament (Premier Livre des Rois 2.4) donne une formule plus
simple mais moins exacte puisque qu’on y trouve, au sujet de la construction
d’un bassin, l’information suivante :
“Il fit la Mer en métal fondu, de dix coudées de bord à bord, à
pourtour circulaire (...) ; un fil de trente coudées en mesurait le
tour”,
ce qui équivaut à la formule
L = 3D.

Ces civilisations sont donc bien conscientes du fait que, pour un cercle
de diamètre D, les rapports A/D2 et L/D sont constants.

3. Archimède
Il faut attendre la civilisation grecque pour que ces recettes plus ou
moins empiriques se transforment en assertions démontrées. Les Eléments
d’Euclide, qui datent du 3e siècle avant J.C., nous apprennent déjà, comme
simple conséquence des propriétés des triangles semblables, que
Les périmètres de deux polygones réguliers d’un même nombre
de côtés, inscrits ou circonscrits à deux cercles, sont entre eux
comme le rapport des diamètres de ces cercles, tandis que les

5
aires correspondantes sont entre elles comme le carré de ce rap-
port.
En outre, pour tout polygone régulier circonscrit à un cercle de diamètre
L
D, on a D = 4 DA2 , et l’un des deux rapports détermine l’autre. Pour obtenir,
par exemple, le rapport entre la longueur du cercle et son diamètre, les
savants grecs ont alors l’idée de coincer le cercle entre des polygones réguliers
inscrits et circonscrits (ils savent en mesurer le périmètre), dont le nombre
de côtés est de plus en plus grand. Archimède, au 2e siècle avant J.C., est
le premier à faire de cette idée une méthode effective d’approximation du
rapport souhaité. Pour mesurer la valeur de sa découverte, n’oublions pas
qu’Archimède ne disposait ni de nos chiffres, ni de notre algèbre, ni de notre
trigonométrie.
Si l’on part d’un triangle isocèle inscrit au cercle de diamètre D, et si
l’on désigne par θn l’angle sous-tendu par le polygone régulier de 3 · 2n côtés
obtenu en doublant successivement n fois le nombre de côtés, par ln son
périmètre et par Ln celui du polygone circonscrit correspondant, un calcul
trigonométrique élémentaire montre que
θn θn
ln = 3 · 2n D sin , Ln = 3 · 2n D tan .
2 2
En prenant n = 5 (soit un polygone à 96 côtés), Archimède arrive à l’esti-
mation
223 10 L 1 22
=3 < <3 = ,
71 71 D 7 7
c’est-à-dire, en notations décimales,
L
3, 14084 . . . < < 3, 142857 . . . .
D
C’est le premier calcul de π avec estimation de l’erreur. Il donne
deux décimales exactes. Notons encore que, puisque θn+1 = θ2n , un peu
de trigonométrie montre que
2Ln ln p
Ln+1 = , ln+1 = Ln+1 ln , (1)
Ln + ln
ce qui permet le calcul itératif de Ln et ln pour chaque n à partir des valeurs
de départ (pour le triangle)

3 3D √
l0 = , L0 = 3 3D.
2

6
4. Les successeurs d’Archimède
Les Romains, comme on le sait, préfèrent la guerre et les tech-
niques aux sciences et, puisque rien ne se passe à cette époque dans le
développement de π, contentons-nous d’une petite respiration que, pour les
courageux, j’accompagnerai toujours d’un projet.

π-romanes romains

Rétablir l’égalité (ou presque) en déplaçant une seule allumette :

XXII
II = V III

Projet : Arrêter de fumer.

On sait le rôle joué par les Arabes dans le développement et la trans-


mission du savoir grec, et l’un d’eux, Al Kashi, en 1429, est le premier à
donner plus de dix décimales exactes de π. Il en obtient 16, que voici :
L
= 3, 1415926535898732 . . . .
D
Pour ce faire, il utilise la méthode d’Archimède avec n = 28 (c’est-à-dire
des 3 · 228 -gones !). Ces décimales commencent à être difficiles à retenir, et
l’on n’aura de cesse d’inventer, dans toutes les langues, des moyens mnémo-
techniques, comme ceux donnés dans la respiration suivante.

7
Co-π-ons

29 décimales exactes de π en comptant les lettres de chaque mot


du poème :

Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages.


Glorieux Archimède, artiste, ingénieur,
Toi de qui Syracuse aime encore la gloire,
Soit ton nom conservé par de savants grimoires.

Existe aussi en anglais (31 décimales), pour les physiciens :

How I want a drink, alcoholic of course,


after the tough lectures involving quantum mechanics,
but we did estimate some digits by making very bad,
not accurate, but so greatly efficient tools.

Version néerlandaise plus romantique mais nettement moins pré-


cise (11 décimales) :

Eva o lief, o zoete hartedief, uw blauwe oogen zyn wreed bedrogen.

Projet : Ecrire un poème en wallon liégeois donnant


42.001 décimales de π.

Signalons pour les chauvins, s’il en reste, que le record du calcul des
décimales de π fut détenu pendant quelques années par un savant belge,
Adrianus Romanus (Adrien Romain pour les francophones et Adriaan van
Roomen pour les néerlandophones), professeur à l’Université de Louvain.
En 1593, il obtint 17 décimales à partir d’un polygone de 230 côtés. Il sera
battu par l’Allemand Ludolph van Ceulen, avec 32 décimales, qu’il fera
graver sur sa tombe, dans l’église Saint-Pierre à Leyden (les Allemands
appellent encore π le nombre de Ludolph). Un tel souhait serait difficilement
réalisable pour l’actuel recordman !

8
5. Des formules aussi belles qu’inutiles
Les temps modernes voient le développement des notations et du
calcul algébrique, et il n’est pas étonnant que le Français François Viète,
le fondateur de l’algèbre, traduise, en 1593, la méthode d’Archimède en une
formule “algébrique” pour π :
2
π= s .
q r q r q
1 1 1 1 1 1 1 1 1
2 2 + 2 2 2 + 2 2 + 2 2 ...

L’Anglais John Wallis donne, en 1655, la formule


2·2 4·4 6·6
π=2 · · ...,
1·3 3·5 5·7
immédiatement suivie en 1657 par celle de son compatriote Lord
Brouncker
1
π=4 1 .
1+ 32
2+ 52
2+
2+ 72
2+...

Ces formules n’accélèrent pas le calcul des décimales de π, par rapport à la


méthode d’Archimède, et tous ces auteurs ignorent qu’ils ont été précédés,
dans cet art, par des mathématiciens indiens du XIV e ou XV e siècle
(Madhava (1340 ?-1425 ?), Nilakantha) qui ont obtenu la formule
π 1 1 1
= 1 − + − + .... (2)
4 3 5 7
Retrouvée indépendamment par James Gregory en 1671 et Gottfried W.
Leibniz en 1673, cette jolie expression s’obtient comme suit. Par une iden-
tité algébrique bien connue, on a, pour y 6= 1,
1 − y n+1
= 1 + y + y2 + . . . + yn ,
1−y
et dès lors
1 y n+1
= 1 + y + y2 + . . . + yn + .
1−y 1−y
En y remplaçant y par −x2 , cela donne
1 2 4 6 n 2n (−1)n+1 x2n+2
= 1 − x + x − x + . . . + (−1) x + .
1 + x2 1 + x2
9
1
Comme la dérivée de arctg x vaut 1+x 2 , on en déduit

Z u
dx u3 u5 u7
arctg u = 2
= u − + −
0 1+x 3 5 7
n 2n+1 Z u
(−1) u (−1)n+1 x2n+2
+... + + dx.
2n + 1 0 1 + x2
Maintenant, si 0 < u 6 1,
Z u Z u
(−1)n+1 x2n+2 u2n+3 1
2
dx 6 x2n+2 dx = 6 ,
0 1 + x 0 2n + 3 2n +3
et dès lors
u3 u5 u7 (−1)n u2n+1
 
1
arctg u − u − + − + ... + 6 .
3 5 7 2n + 1 2n + 3
Ainsi, l’expression entre parenthèses peut être rendue aussi proche que l’on
veut de arctg u en prenant n suffisamment grand, c’est-à-dire suffisamment
de termes. Cela s’écrit, dans le langage des séries,

u3 u5 u7 (−1)n u2n+1 X u2n+1
arctg u = u− + − +. . .+ +. . . = (−1)n . (3)
3 5 7 2n + 1 n=0
2n + 1

En particulier, pour u = 1, on retrouve (2).


Malheureusement, cette belle formule (2) converge très lentement et
n’apporte pas de progrès dans le calcul numérique de π. Une astuce aussi
simple qu’ingénieuse va pourtant faire de (3) une redoutable calculatrice de
décimales de π.

6. La formule de Machin et autres trucs


En 1706, l’astronome anglais John Machin découvre la formule
π 1 1
= 4 arctg − arctg . (4)
4 5 239
Il suffit d’un peu de trigonométrie pour la démontrer. Posons θ = Arctg 15 ,
de telle sorte que tg θ = 15 . Dès lors
2 tg θ 5
tg 2θ = = ,
1 − tg2 θ 12
10
2 tg 2θ 120 1
tg 4θ = = =1+ ,
1 − tg2 2θ 119 119
π  tg π4 − tg 4θ 1 − tg 4θ 1
tg − 4θ = = =− .
4 1 + tg π4 tg 4θ 1 + tg 4θ 239
En conséquence,
π 1 1 1
= 4θ − Arctg = 4 Arctg − Arctg .
4 239 5 239
En calculant chaque terme du second membre de (4) à partir de la formule
(3) (la convergence est beaucoup plus rapide puisque 1 est remplacé par 51
1
et par 239 ), Machin a été le premier à calculer plus de cent décimales de
π.
1706 est une année faste pour π puisque c’est aussi celle de son baptême.
En effet, dans son ouvrage Synopsis Palmariorum Matheseos ou A new
introduction to the mathematics, William Jones écrit :

In the circle, the diameter is to the circumference as 1 to


3, 141159&c = π .

Leonard Euler en répand l’usage dans son Introductio in analysis infinito-


rum (1748), après avoir utilisé, dans d’autres travaux, la lettre p, et même,
suivant Jean Bernoulli, la lettre c. Si ce dernier usage avait triomphé, on
peut se demander comment se présenterait la célèbre formule d’Einstein
liant la masse et l’énergie.
La même approche, où l’on remplace éventuellement la formule de
Machin par une autre formule du même genre donnée dans le tableau ci-
dessous,

11
QUELQUES FORMULES EN ARCTANGENTE
année auteur formule pour π/4

1 1
1706 Machin 4 Arctg 5 − Arctg 239

1 1 1
1730 Klingenstierna 8 Arctg 10 − Arctg 239 − 4 Arctg 515

1 3
1755 Euler 5 Arctg 7 + 2 Arctg 79

1 1 1
1764 Euler 4 Arctg 5 − Arctg 70 + Arctg 99

1 1
1776 Hutton Arctg 2 + Arctg 3

1 1
1776 Hutton 2 Arctg 3 + Arctg 7

1 1 1
1844 Strassnitzky Arctg 2 + Arctg 5 + Arctg 8

1 1 1
1863 Gauss 12 Arctg 18 + 8 Arctg 57 − 5 Arctg 239

1 1 1
1893 Loney 3 Arctg 4 + Arctg 20 + Arctg 1985

1 1 1
1896 Störmer 6 Arctg 8 + 2 Arctg 57 + Arctg 239

est restée la meilleure méthode de calcul des décimales de π jusqu’en 1973 !


Même avec une excellente méthode, on peut se tromper, comme le montre
la respiration suivante.

12
π-toyable

Au Palais de la Découverte, construit à Paris en 1937, une galerie


circulaire affiche, en lettres de bois, les 707 décimales de π calculées
par Shanks en 1874.
En 1945, Ferguson découvre que les 180 dernières décimales de
Shanks sont fausses.
Funeste erreur qui force le Palais de la Découverte à une (coûteuse)
correction.

Projet : Faire un voyage d’étude à Paris : Palais de la Découverte


l’après-midi (cercle) et Crazy Horse Saloon le soir (sphères).

1947 est l’année du premier calcul de π utilisant une calcula-


trice mécanique, toujours à partir de la méthode de Machin. L’Américain
D. Ferguson obtient ainsi 710 décimales. C’est par la même technique que
les Américains Smith et Wrench sont les premiers, en 1949, à calculer plus
de mille décimales de π.
1949 voit une autre première d’importance, à savoir le premier calcul
de π utilisant un ordinateur. Le célèbre mathématicien américain John
von Neumann propose d’utiliser l’ENIAC (Electronic Numerical Integrator
and Computer), pour calculer, toujours par la méthode de l’arc tangente,
autant de décimales de π que l’on peut, afin d’étudier le caractère aléatoire
de leur distribution. Le calcul de 2037 décimales de π est complété, à partir
de la formule de Machin, durant le week-end du Labor Day (pour ne pas
retarder les calculs de bombes nucléaires !), grâce aux efforts combinés de
Clyde V. Hauff (qui vérifie les programmes), Miss Homé S. McAllister,
W. Barkley Fritz et George W. Reitwiesner, qui se relaient par tours de
huit heures durant ce week-end bien nommé.
Le développement des ordinateurs permet alors une accélération fou-
droyante du calcul des décimales sans que l’on modifie le principe de la
méthode : les dix mille décimales sont dépassées en 1958 par Genuys
et son IBM 704 et les cent mille décimales sont dépassées en 1961 par
Shanks et Wrench sur leur IBM 7090, mais ces Américains doivent laisser
la palme aux Français Guilloud et Bouyer pour atteindre, en 1973, le
million de décimales sur leur CDC 7600.

13
7. La revanche d’Archimède
La méthode de Machin s’est peu à peu essoufflée et s’est vue sup-
plantée, dans les années 80, par des approches parentes de la méthode d’Ar-
chimède, mais à convergence beaucoup plus rapide, résumées dans le tableau
suivant.

QUELQUES METHODES AGM


année auteur formule convergence

1976 Salamin, π = limn→∞ pn , quadratique


Brent a0 = 1, b0 = √12 , s0 = 21 ,

an+1 = an +b
2
n, b
n+1 = an bn , cn = a2n − b2n
2a2
sn+1 = sn − 2n+1 cn , pn = n
sn .

1981 J. et P. π = limn→∞√pn , cubique


Borwein a0 = 13 , s0 = 3−1
2 ,
3 rn+1 −1
rn+1 = 3 1/3
, sn+1 = 2 ,
1+2(1−sn )
2
an+1 = rn+1 an − 3n (rn+1
2
− 1), 1
p n = an .

1985 J. et P. π = lim
√ n→∞ an√ quartique
Borwein a0 = 6 − 4 2, y0 = 2 − 1
4 )1/4
1−(1−yn
yn+1 = 4 )1/4
1+(1−yn
an+1 = an (1 + yn+1 )4
−22n+3 yn+1 (1 + yn+1 + yn+1
2
)

C’est évidemment la vitesse de convergence supérieure de ces méthodes


qui permet le progrès. La convergence est d’ordre m (linéaire si m = 1,
quadratique si m = 2, ...) si l’on a, entre les approximations successives pn ,
une estimation du type
|pn+1 − pn | 6 L|pn − pn−1 |m
pour tout n et une certaine constante L. Ainsi, pour la convergence qua-
dratique, le nombre de décimales, grosso modo, double en passant de pn à
pn+1 .
Le nom de ces méthodes (AGM) vient de leur relation ou de leur analogie
avec la célèbre moyenne arithmético-géométrique de deux nombres a et b que
le mathématicien allemand Gauss a définie au XIX e siècle par les relations
a n + bn p
a0 = a, b0 = b, an+1 = , bn+1 = an bn .
2
14
Les méthodes AGM ont permis aux Japonais Kanada, Tamura et
Yoshino de dépasser les dix millions de décimales de π en 1982 sur
leur HITAC M-280H, les cent millions étant dépassés en 1987 par Ka-
nada, Tamura et Kobo sur une NEC SX2.
Le dépassement du milliard de décimales échappe à cette équipe et
aux méthodes AGM puisqu’il est l’oeuvre, en 1989, des frères ukrainiens
Chudnovsky, à partir d’une autre formule obtenue en 1910 par le mathé-
maticien indien Ramanujan (un étrange génie autodidacte découvert par
l’anglais Hardy au début du siècle)

!−1
9801 X (4n)!(1103 + 26390 n)
π= √ .
8 n=0 (n!)4 3964n

Une variante de cette formule est due aux frères Chudnowsky (1994)

!−1
X (−1)n (6n)!(13591409 + 545140134 n)
π = 12 .
n=0
(3n!)(n!)3 6403203n+3/2
L’année passée, les dix milliards de décimales ont été dépassés par Ka-
nada, sur un HITAC S820/80, en utilisant une méthode de type AGM. Ce
record (environ 50 milliards de décimales) tient toujours, de même qu’un
autre, à couper le souffle, mais qu’une respiration nous fait quand même
découvrir.

Jeux olym-π-ques

Depuis 1995, Hiroyuki Goto détient le record mondial de


mémorisation de décimales de π : 42.000.
Le précédent record (15.151) appartenait à Hideaki Tomoyori.

Projet : Faire mieux pour qu’ils rient jaune (de dé-π).

8. π en binaire
On peut évidemment écrire π en une base autre que 10. Ainsi, les
29 premières “décimales” de l’expression binaire de π sont
11, 00100100001111110110101010001 . . . .

15
Cette occupation peut paraı̂tre bien futile, mais, tout récemment, l’at-
tention a été attirée sur ce développement, grâce à une formule découverte
le 19 septembre 1995, à 0 h. 29 par le Canadien Simon Plouffe
∞  
X 1 4 2 1 1
π= − − − . (5)
n=0
16n 8n + 1 8n + 4 8n + 5 8n + 6
La précision de l’instant de la découverte vient de ce que la formule a été
trouvée de manière empirique à l’aide de l’ordinateur. La démonstration
élémentaire que nous donnons ici est postérieure.
Posons 1 √ √ !

4 2 − 8x3 − 4 2x4 − 8x5
Z
2
I= dx,
0 1 − x8
√1
xk−1
Z
2
Jk = dx, k = 1, 2, . . . .
0 1 − x8
Comme, pour tout entier n > 1 et tout x 6= 1, on a
1 − x8(n+1)
= 1 + x8 + x16 + . . . + x8n ,
1 − x8
et donc
1 8 16 8n x8(n+1)
= 1 + x + x + . . . + x + ,
1 − x8 1 − x8
on a
n
xk−1 X
8j+k−1 x8(n+1)+k−1
= x + ,
1 − x8 j=0
1 − x8
et dès lors
n Z √1 8(n+1)+k−1
1 X 1 2 x
Jk = √ k j
+ dx.
2 j=0 16 (8j + k) 0 1 − x8

Mais, pour 0 6 x 6 √1 , on a
2

x8(n+1)+k−1 16 8(n+1)+k−1
x8(n+1)+k−1 6 8
6 x ,
1−x 15
et dès lors,
√1
x8(n+1)+k−1
Z
1 1 2
√ k 24(n+1) [8(n + 1) + k] 6 dx
2 0 1 − x8
16 1 1
6 √ k 4(n+1)
.
15 2 2 [8(n + 1) + k]

16
Donc,

1 X 1
Jk = √ k j (8j + k)
,
2 j=0 16

et,
√ √
I = 4 2J1 − 8J4 − 4 2J5 − 8J6
∞  
X 1 4 2 1 1
= − − − .
j=0
16j 8j + 1 8j + 4 8j + 5 8j + 6

Calculons maintenant l’intégrale I. En posant y = 2x, on trouve
Z 1
16(y 5 + y 4 + 2y 3 − 4)
I= dy.
0 y 8 − 16

Les zéros de y 8 − 16 sont


√ √ √ √
2, − 2, 1 + i, 1 − i, i 2, −i 2, −1 + i, −1 − i,

et dès lors

y 8 − 16 = (y 2 − 2)[(y − 1)2 + 1](y 2 + 2)[(y + 1)2 + 1].

D’ailleurs, y 5 + y 4 + 2y 3 − 4 admet évidemment la racine 1, et

y 5 + y 4 + 2y 3 − 4 = (y − 1)(y 4 + 2y 3 + 4y 2 + 4y + 4),

tandis que

y 4 + 2y 3 + 4y 2 + 4y + 4 = (y 2 + 2)[(y + 1)2 + 1].

En conséquence,

16(y 5 + y 4 + 2y 3 − 4) 16(y − 1) 4y 4(y − 2)


= 2 = 2 − .
y 8 − 16 (y − 2)(y 2 − 2y + 2) y − 2 y 2 − 2y + 2

On en déduit facilement que


Z 1 Z 1 Z 1
d(y 2 − 2) d(y 2 − 2y + 2) dy
I = 2 2−2
− 2 2 − 2y + 2
+ 4
0 y 0 y 0 (y − 1)2 + 1
Z 1
du
= 4 2+1
= π.
0 u
17
L’intérêt de (5) est d’avoir permis pour la première fois, en 1996, le calcul
d’une “décimale” de rang donné dans le développement en base 2 de π, sans
devoir calculer toutes celles qui précèdent. Plouffe et les frères Borwein
ont ainsi calculé la 40 milliardième “décimale” du développement de π en
base 2, et Fabrice Bellard a obtenu la 400 milliardième !
Malheureusement, il n’existe toujours pas de méthode semblable efficace
en base 10.

9. π ailleurs
Le nombre π n’apparaı̂t pas seulement en géométrie et en analyse.
Il hante également le calcul des probabilités et la statistique. Par exemple,
2
sous la fameuse courbe en cloche de Gauss, d’équation y = e−x ,
l’aire située√
est égale à π.
Le calcul des probabilités fournit même des moyens expérimentaux – peu
efficaces à vrai dire – pour calculer π. Par exemple, si on lance au hasard
une aiguille de longueur 2b sur un parquet formé de lames de largeur 2a
(b 6 a), le naturaliste français Buffon a calculé en 1777 que la probabilité
pour que l’aiguille coupe l’une des raies du parquet est égale à

2b
.
πa

Par ailleurs, si l’on jette en l’air une pièce de monnaie 2n fois, et si P (n)
désigne la probabilité d’obtenir autant de piles que de faces, alors

lim πnP (n) = 1.
n→∞

Ce résultat est une conséquence d’une autre intéressante expression de π


obtenue par Euler en 1736 :

π2 1 1 1 1
=1+ + + + + ....
6 4 9 16 25

π apparaı̂t aussi dans de nombreuses formules de physique. Sa présence


dans la formule donnant la période d’oscillation d’un pendule a été récem-
ment chantée avec lyrisme par Umberto Eco dans les premières lignes du
roman Le pendule de Foucault, rappelées dans la respiration qui suit.

18
π-sticisme

C’est alors que je vis le pendule.


La sphère, mobile à l’extrémité d’un long fil fixé à la voûte du choeur,
décrivait ses amples oscillations avec une isochrone majesté.
Je savais – mais quiconque aurait dû s’en rendre compte
sous le charme de cette paisible respiration – que la période
était réglée par la relation entre la racine carrée de la longueur du fil
et ce nombre π qui, irrationnel aux esprits sublunaires, par divine raison
lie nécessairement la circonférence au diamètre de tous les cercles possibles
– si bien que le temps de l’errance de cette sphère d’un pôle à l’autre
était l’effet d’une mystérieuse conspiration
entre les plus intemporelles des mesures, l’unité du point de suspension,
la dualité d’une dimension abstraite, la nature ternaire de π,
le tétragone secret de la racine, la perfection du cercle.

Projet : Analyser les allusions à π dans la série télévisée Dallas


(exemple : son univers im-π-toyable).

D’ailleurs π n’inspire pas seulement les écrivains mais aussi, on s’en


étonnera moins, les nombreux adeptes de la numérologie.

π-zarre, j’ai dit π-zarre ? Comme c’est π-zarre



Soit Φ = 1+2 5 (nombre d’or). Alors,
√4
Φ
= 3, 14460551 . . . , 56 Φ2 = 3, 14164078...

Soit e = 2, 71828182 . . . . Alors


(2 e3 + e8 )1/7 = 3, 141716 . . . , (π 4 + π 5 )1/6 = 2, 718281809 . . .

L’astronome Piazzi-Smith attribue à la pyramide de Chéops (à base carrée)


les dimensions originelles H = 148, 208 m., B = 232, 805 m.
Cela donne 2B H
= 3, 1415982.

A-π-calypse now

La somme des 144 (= 122 ) premières décimales de π égale 666.

Projet : Retrouver π dans la Tour de l’Yser.

19
10. Faut-il interdire la chasse aux décimales ?
La chasse aux décimales de π ne répond pas à un souhait des utilisa-
teurs, puisque 39 décimales de π suffisent pour calculer, avec une précision
de l’ordre du rayon de l’atome d’hydrogène, la longueur de la circonférence
d’un cercle entourant l’univers connu.
Elle ne répond pas non plus au souhait des hommes politiques ou des
législateurs, qui furent même tentés de fixer la valeur de π par une loi, ainsi
que le montre la respiration suivante.

π-litiquement correct

En 1897, l’état de l’Indiana (USA) faillit voter une


loi fixant des formules de calcul de surface et de longueur
qui revenaient à décider simultanément que
π = 4, π = 3, 1604, π = 3, 2 et π = 3, 232.
Elle ne fut refusée que sous le prétexte qu’une loi
ne peut intervenir dans le domaine scientifique.

Projet : Fédéraliser π en Belgique.

Le calcul des décimales de π fut d’abord motivé par la recherche d’une


éventuelle périodicité suggérant que π est rationnel (quotient de deux en-
tiers). Mais, en 1761, le mathématicien alsacien Johann Heinrich Lambert
a donné la première démonstration de l’irrationalité de π. π ne peut donc
être racine d’une équation du premier degré ax = b à coefficients entiers.
En voici une preuve très simple, due à Ivan Niven (1947). Supposons
que π = ab , où a et b sont des entiers positifs. Soit
xn (a − bx)n
p(x) = , P (x) = p(x) − p00 (x) + p(4) (x) − . . . + (−1)n p(2n) (x).
n!
Comme n!p(x) a ses coefficients entiers et que ses termes en x commencent
au degré n, p(x) et ses dérivées ont des valeurs entières en x = 0 (nulles
jusqu’à l’ordre n − 1). D’ailleurs, p(x) = p ab − x et on a donc la même


conclusion en x = ab − π. D’autre part,


d
[P 0 (x) sin x − P (x) cos x] = P 00 (x) sin x + P (x) sin x = p(x) sin x.
dx
20
D’où Z π
p(x) sin x dx = P (π) + P (0),
0

et le deuxième membre est entier puisque les p(j) (π) et les p(j) (0) le sont.
Or, pour 0 < x < π, on a
π n an
0 < p(x) sin x < ,
n!
et donc π
π n+1 an
Z
0< p(x) sin x dx < ,
0 n!
d’où  n
a2
a b
0 < P (π) + P (0) <
b n!
quel que soit n, ce qui est contradictoire puisque le second membre tend
vers zéro lorsque n → ∞.
Ceux que cette démonstration rebute lui préféreront peut-être les argu-
ments buccoliques contenus dans la respiration suivante.

Bourba-π-sme

Posons VACHE = βπ, OISEAU = βL


CHE VA L = VA CHE L (commutativité)
CHEVAL/OISEAU = βπL/βL = π
CHEVAL et OISEAU n’ayant aucun rapport entre eux, π est irrationnel.

Projet : Donner une version végétarienne de cette preuve.

Peu de temps après le travail de Lambert (1794), le mathématicien


français Adrien-Marie Legendre prouva que π 2 est également irration-
nel. Il ne peut donc être racine d’une équation du second degré à coefficients
entiers. Il faudra attendre près de cent ans pour que le mathématicien alle-
mand Ferdinand von Lindemann prouve en 1882 que π ne peut être racine
d’une équation algébrique d’un degré quelconque à coefficients entiers. On
dit qu’il est transcendant, par opposition aux nombres algébriques qui
sont racines d’une telle équation. Bien sûr, tout nombre transcendant est
irrationnel, mais la réciproque est fausse. Le résultat de Lindemann ruina

21
définitivement les espoirs des “quadrateurs de cercles” qui tentaient, depuis
l’antiquité grecque, la construction, à la règle et au compas, d’un carré ayant
la même aire qu’un cercle donné.
Mais il reste bien des questions sans réponse liées à la transcendance
et à l’irrationalité pour les plus célèbres constantes des mathématiques.
Quelques années avant Lindemann, le mathématicien français Hermite
avait démontré la transcendance de e, base des logarithmes népériens. Même
si A. Gelfond et Th. Schneider ont prouvé indépendamment, en 1935,
que eπ est transcendant, on ne sait pas, à ce jour, si e + π, e − π, e · π, π/e
et π e sont irrationnels !
Le calcul de milliards de décimales de π a peu de chances d’aider à
résoudre ces questions, mais constitue un excellent test de qualité pour la
construction d’un ordinateur ou l’élaboration d’un logiciel. Car, même si
une seule erreur survient dans le calcul, il est quasi certain que le résultat
final en sera affecté. En 1986, un programme pour calculer π a permis de
détecter des problèmes bien cachés dans le hardware des super-ordinateurs
Cray 2.
Les mathématiciens, qui savent que π est transcendant, voudraient savoir
s’il est normal, une notion introduite en 1909 par le mathématicien français
Emile Borel pour formaliser la notion de nombre réel pris au hasard. Un
nombre est normal en base b si, dans sa représentation dans cette base, tous
les chiffres pris un à un, tous les couples de deux chiffres, tous les triplets
de trois chiffres, etc. apparaissent avec la même fréquence. Un nombre est
normal s’il est normal en chaque base. Donc, si π est normal en base 10,
on doit constater que, dans son développement décimal, chacun des dix
1
chiffres 0, 1, 2, . . . , 9 est présent dans la proportion de 10 , chacun des cent
1
couples 00, 01, . . . , 99 est présent dans la proportion 100 , et ainsi de suite.
L’examen des décimales connues de π en base 10 semble montrer qu’il est
proche de la normalité, mais ce n’est pas démontré. Kanada et Takahashi
ont découvert que la première apparition de la suite finie 0123456789 dans
les décimales de π n’arrive qu’à la [Link] décimale.
S’il était normal, π serait un nombre univers, c’est-à-dire que la suite
de ses décimales contiendrait toutes les suites finies possibles. S’il est fa-
cile de construire un exemple de nombre-univers en base 10 (le nombre de
Champernowne 0, 123456789101112 . . . en est un), il est autrement plus
difficile de décider si un nombre donné est ou non un nombre univers.

22
11. E-π-logue
J’espère vous avoir convaincu, à travers cette esquisse de l’épopée du
nombre π, de la vitalité et de l’unité des mathématiques, et de ses incessants
progrès. Comme dans les autres sciences, toute question résolue en soulève
d’autres et il en sera toujours ainsi. J’espère aussi vous avoir convaincu,
mais vous le saviez déjà, que faire des mathématiques n’est jamais triste et
toujours passionnant.
Si le malheur voulait que π soit un jour définitivement enterré (six π-eds
sous terre diront les aigre-fins), avec, peut-être, comme é-π-taphe :

Ci-gı̂t π, roulé en boule,

on peut être sûr que toute la mathématique, et probablement toute la civi-


lisation, l’auront accompagné.

π-es irae, π-es illa.

12. π-bliographie sommaire

— P. Beckmann, A history of π, St. Martin Press, New York, 1971


— L. Berggren, J. Borwein and P. Borwein, Pi : A source book,
Springer, New York, 1997
— J. and P. Borwein, Pi and the AGM, Wiley Interscience, New York,
1987
— J.P. Delahaye, Le fascinant nombre π, Pour la Science, Belin, Paris,
1997
— E. Hobson, Squaring the circle : a History of the Problem,
Cambridge, 1913. Chelsea, New York, 1953
— F. Klein, Leçons sur certaines questions de géométrie élémentaire,
Vuibert, Paris, 1931
— J. Montucla, Histoire des recherches sur la quadrature du cercle,
Paris, 1754
— H. Petit, A propos du nombre π, Mémoire de licence en mathéma-
tique, UCL, Louvain-la-Neuve, 1981
— Numéro Special π, Supplément au Petit Archimède No. 64-65,
Mai 1980
23
APPROXIMATIONS ALGEBRIQUES DE π
année auteur approximation erreur

4 4
< 2 · 10−2

-2000 Ahmès 3

-250 Archimède 22
7 < 2 · 10−3


125 Chang Hing 10 < 3 · 10−2

460 Tsu Chung Chih 355


113 < 3 · 10−7

333
106 < 9 · 10−5

√ √
2+ 3 < 5 · 10−3

√ √
1440 Nicolas de Cues 3
4( 3+ 6) < 6 · 10−3

r  2
1685 Kochansky 4+ 3− √1
3
< 6 · 10−5

1750 Euler 103993


33102 < 10−9


1828 Specht 13
50 146 < 7 · 10−7

q
27 2
< 8 · 10−6

1879 Chase 9+ 1− 4000

q
1913 Hobson 9
5 + 9
5 < 5 · 10−5

24
QUELQUES FORMULES POUR π
année auteur formule

1593 Viète π = r s2 r
q q q
1 1+1 1 1+1 1+1 1 ...
2 2 2 2 2 2 2 2 2

1655 Wallis π = 2 2·2 · 4·4 · 6·6 . . .


1·3 3·5 5·7

1657 Brouncker π = 4 1
1+ 1
2+ 9
2+ 25
2+ 49
2+...

 
1671 Gregory π = 4 1 − 1 + 1 − 1 + ...
3 5 7

√  
1666 Newton π = 3 3 + 24 1 − 1 − 1 − 1 − ...
4 12 5·25 28·27 72·29

 
1700 Sharp π = √6 1− 1 + 1 − 31 + ...
3 3·3 32 ·5 3 ·7

√ n! exp n
1730 Stirling 2π = limn→∞
n− 1
n 2

1736 Euler π2 = 1 + 1 + 1 + 1 + 1 + . . .
6 4 9 16 25

 −1
P∞ (4n)!(1103+26390 n)
1910 Ramanujan π = 9801

n=0
8 (n!)4 3964n
1987 J. et P. Borwein

!−1
P∞ (−1)n (6n)!(13591409+545140134 n)
1994 G. et D. Chudnowsky π = 12 n=0 (3n!)(n!)3 6403203n+3/2

P∞ 1

4 2 1 1

1995 Plouffe π = n=0 16n − − −
8n+1 8n+4 8n+5 8n+6

25
RECORDS DE DECIMALES DE π
déc. année auteur calcul méthode

1 -2000 Tablette de Suse main hexagone

1 -2000 Papyrus Rhind main octogone

10 1429 Al Kashi main 3.228 -gone

102 1706 Machin main Machin-Gregory

103 1949 Smith-Wrench calculatrice Machin-Gregory

104 1958 Genuys IBM 704 Machin-Gregory

105 1961 Shanks-Wrench IBM 7090 Störmer-Gregory

106 1973 Guilloud-Bouyer CDC 7600 Gauss-Gregory

107 1982 Kanada-Tamura- HITAC AGM


Yoshino M-280H

108 1987 Kanada-Tamura- NEC SX2 AGM


Kobo et al.

109 1989 Chudnovsky- Ramanujan


Chudnovsky

1010 1997 Kanada HITAC AGM


26 S820/80
Mathématique et Pédagogie n˚119, 27–32, 1998 27

Sur l’équation du second degré chez Simon


Stevin et sur son utilisation des méthodes
géométriques
H. Capoen, G. Delcroix, S. Glotz, B. Palmieri, S. Soquette,
Université de Mons-Hainaut

Mots-clé : équation du second degré ; méthode géométrique ; Simon Stevin.

Résumé :

Nous montrons que dans l’oeuvre de Simon Stevin sur l’équation du


second degré, en même temps que celui-ci donne aux nombres négatifs un
statut analogue à celui des nombres positifs [3], il justifie qu’une équation
admette plusieurs solutions.
Nous commentons son utilisation des méthodes géométriques du livre II
d’Euclide.

1.1. Introduction

Dans son article [3], Monsieur M. Lartillier indique que dans son étude
des équations du second degré, Simon Stevin remarque que soustraire un
nombre positif a revient à ajouter le nombre négatif (−a). Cette remarque
lui permet de diminuer le nombre de cas d’équations à résoudre. Nous no-
tons ici que dans le même contexte, Stevin argumente l’acceptation du fait
qu’une équation du second degré puisse admettre deux racines. Nous com-
mentons l’usage auquel souscrit Stevin de justifier les procédés de résolutions
d’équations par les méthodes géométriques du Livre II d’Euclide.

1.2. Dans ce texte, nous utilisons une terminologie et des notations contem-
poraines : nous parlerons donc de “résoudre l’équation” là où dans son ou-
vrage “L’arithmétique de Simon Stevin de Bruges”, paru en 1585, [4], Stevin
dit “trouver le quatrief me terme proportionnel” ; nous écrirons “x2 = ax−b”
là où Stevin écrit “troisief me difference de second terme 1− 0 ”. Pour cette
même équation, nous écrirons des formules en a et b là où Stevin indique
une méthode, que l’on comprend générale, sur un cas particulier.
2. Un endroit où Stevin justifie l’existence de deux solutions est la résolu-
tion de l’équation x2 = ax − b, où a et b sont (des nombres rationnels)
positifs ([4] Iib, pp 603-611). Selon son habitude, Stevin présente la théorie
comme ceci :
1. Explication du donné : il énonce l’équation à résoudre, ici x2 = 6x−5 ;
2. Explication du requis : il dit qu’il faut résoudre l’équation ;
3. Construction : il décrit sur cet exemple numérique son procédé de
résolution ;
4. Démonstration arithmétique : il justifie son procédé par des argu-
ments arithmétiques ;
5. Autre démonstration géométrique : le procédé est justifié par des mé-
thodes géométriques du Livre II d’Euclide.
6. Il donne des commentaires dans des Nota ;
7. De l’origine de la construction du précédent problème.

2.1. Détaillons cela : dans la construction, Stevin donne tout d’abord la


solution : r 
a a 2
+ −b
2 2
puis, il ajoute : “ou autrement” :
r 
a a 2
− −b
2 2
q  q 
a 2 a 2
et conclut par l’affirmation : a2 + 2 − b et a
2 − 2 − b est la solution
2
(pour l’équation x = 6x − 5, la conclusion de Stevin est “Je di que et 5 et
1 est la quatrief me terme proportionnel requis”).

Remarque : Dans cet exemple, il pratique l’astuce citée par Monsieur


Lartillier ([3], p 57) où soustraire 5 revient à ajouter −5.

Dans la Démonstration arithmétique, il vérifie que ces nombres sont des


solutions. L’autre Démonstration géométrique se base sur la méthode des
gnomons ([3], pp 47 et 48). Il cherche un rectangle de base x et de hauteur
a tel qu’après lui avoir ôté le carré construit sur x, le rectangle qui reste ait
pour aire b :

28
Il considère les
qsegments GD et DN comme ci-dessous, de longueurs res-
2
pectives a2 et a

2 − b, puis la figure complétée

où ABCD et GHID sont des carrés. Il constate que le gnomon GM KLIDG
égale le rectangle EF BA. Il en déduit que le rectangle EF CD égale la
somme du carré ABCD et q du rectangle EF BA. On a donc d’une part
a a 2

x = AD = GD + AG = 2 + 2 − b et d’autre part ax = x2 + b.
Puis, il ajoute qu’il y a une autre solution : DN = y est une solution.
En effet, le rectangle EF BA égale le rectangle EXKN , donc la somme du
carré DZKN et de ce dernier rectangle est le rectangle EXZD, et donc
y 2 + b = ay.

Remarque : Dans cette construction, il considère des grandeurs géomé-


triques négatives : pour soustraire un morceau du plan b, il ajoute −b.
Dans la Nota 2, Stevin montre qu’il n’y a rien de surprenant à ce qu’un
problème possède deux solutions. L’exemple qu’il choisit est le système
d’équations 6 = x + y, 8 = xy. On peut prendre x = 2 et y = 4, ou
bien x = 4 et y = 2.

3. Appendice
29
En l’absence d’un calcul algébrique solidement fondé, la justification
systématique par les méthodes géométriques se comprend. Mais il nous
semble que parfois l’utilisation de ces méthodes, ou simplement du lan-
gage géométrique, s’apparente à une sort de rite. C’est frappant dans le
cas de l’équation du troisième degré dont Stevin commence l’étude par le
théorème ([4], p 612) qu’il attribue à Tartaglia et qu’il a repris de l’Ars
Magna de Cardan :

Théorème : Si on coupe une ligne droite en un lieu quelconque, le cube de


toute la ligne sera égal aux deux cubes des parties et trois fois le solide
rectangle, contenu sous les deux parties et toute la ligne.

On reconnaı̂t l’énoncé (a + b)3 = a3 + b3 + 3ab(a + b). La preuve se base


sur une décomposition du cube :

Puis, il vérifie numériquement l’énoncé sur le cas où AB = 10, AC = 8 et


BC = 2. Puis, il énonce cinq corollaires. Les deux premiers sont des énoncés
portant sur des décompositions d’une face du cube (donnés sans preuve et
dont nous nous demandons pourquoi ils sont présentés comme conséquence
du Théorème de Tartaglia). Voici ([4], IIb, p 614) le Corollaire IIII : Il est
évident que le nombre du cube de la ligne AB est égal au nombre du cube
de AC et de 6 quarrez de AC et de 12 lignes et du cube de CB.

Traduction : (a + b)3 = a3 + 6a2 + 12a + b3 .

Recopions la preuve de Stevin :

30
“ Car le nombre du cube AB (posant pour AB 10 et pour
CB 2, comme dessus) est 1000
Qui sera égal au nombre du cube de AC 512
et de 6 quarrez de AC 384
et de 12 lignes AC 96
et du cube de CB 8
Desquels la somme est aussi 1000”
Il a donc vérifié l’énoncé sur le cas particuler énoncé dans le corollaire
III (que nous n’avons pas repris parce qu’il aurait alourdi inutilement ce
texte en ajoutant beaucoup de données). Dans cet énoncé, Stevin dit “veu
que nous posons AC 8”.
Donc une interprétation de la présence de ce corollaire IIII qui permette
de ne pas écrire que Stevin pouvait écrire n’importe quoi, est qu’ayant besoin
de l’égalité numérique

83 + 6.82 + 12.8 + 23 = 103 ,

il trouve nécessaire de l’écrire sous la forme d’un énoncé géométrique dont


il omet de préciser qu’il n’est pas général (nous avons retrouvé des endroits
du texte de Stevin où l’énoncé numérique correspondant au corollaire III est
utilisé, en se référant au corollaire III, mais pas de référence au corollaire
IIII).
Nous n’avons trouvé aucune remarque sur ces deux corollaires dans les
études sur l’oeuvre de Stevin mentionnées dans la bibliographie (probable-
ment parce qu’il ne semble pas que Stevin puisse être crédité d’apports
majeurs à la théorie de l’équation du troisième degré et donc que l’on ne
voit pas l’intérêt de commentaires détaillés de cette partie de son traité).

4. Ce texte provient d’un travail rédigé durant l’année académique 1996-


1997 dans le cadre du cours “Etudes d’objets de la mathématique élémen-
taire” de la licence en sciences mathématiques à l’UMH, lorsque les auteurs
y étaient étudiant(e)s. Le point 2 est dû au premier et au troisième auteur,
le point 3 aux deuxième, quatrième et cinquième auteurs.

Bibliographie
[1] Bosmans H., Notes sur L’Arithmétique de Simon Stevin, Ann. Soc.
Sci. Bruxelles, 1910-1911, 35, 293-313.

31
[2] Depauw R., Simon Stevin, Bruxelles, Collection Nationale, office de
Publicité, 1942, 127 pages.
[3] Lartillier M., Les tribulations de l’équation du second degré,
Mathématique et Pédagogie, 1997, 115, 43-58.
[4] The Principal works of Simon Stevin, Mathematics, II (deux tomes), ed.
By D.J. Struik, Amsterdam, C.V. Swets Zeitlinger, 1958, 976 p.

Adresse de l’auteur :
Université de Mons-Hainaut
Institut de Mathématique et d’Informatique
Le Pentagone
Avenue du Champ de Mars
7000 MONS

32
Mathématique et Pédagogie n˚119, 33–49, 1998 33

Quelques cryptosystèmes usuels


P. Paquay et M. Rigo, Université de Liège

Mots-clé : cryptosystème, clé publique, one-time pad, RSA.

1. Introduction
La cryptographie, science qui étudie les différentes manières de com-
muniquer secrètement, n’est pas une science nouvelle. Ainsi, Jules César y
avait déjà recours pour coder certains de ses messages. Cependant, il y a
peu de temps encore, les techniques de codage n’intéressaient principale-
ment que les militaires ou les entreprises soucieuses de se prémunir contre
l’espionnage industriel.
Depuis quelques années, l’avènement d’Internet nous fournit un nouveau
champ d’applications à la cryptographie. Imaginez que vous désiriez envoyer
des données critiques sur Internet, par exemple, votre numéro de carte VISA.
Il paraı̂t naturel de coder votre message, c’est-à-dire rendre celui-ci secret,
et que seul votre destinataire soit en mesure de le décoder.
On peut distinguer deux catégories de codage : les codages à clé secrète
et les codages à clé publique. Pour le codage à clé secrète, l’expéditeur et
le destinataire choisissent tous deux une même clé qui servira au codage et
au décodage des messages. Dans cet article, nous décrirons le cryptosystème
linéaire et le cryptosystème “one-time pad” qui entrent tous deux dans cette
catégorie. Les systèmes de codage à clé publique se présentent comme suit.
Le destinataire du message possède une paire de clés (c, d). La clé c est
connue de tous et sert à coder les messages que l’on veut envoyer au des-
tinataire. La clé d, quant à elle, n’est connue que du destinataire et sert
au décodage des messages codés avec c. La connaissance de c n’implique
pas, dans ce cas, la connaissance de d. Le codage à clé publique présente un
avantage certain : expéditeur et destinataire ne doivent pas avoir d’accord
préalable sur une clé de codage commune. Dans cet article, nous décrirons
en détail le système RSA.
Traditionnellement, nous appelerons l’expéditeur du message Alice (A),
le destinataire Bob (B) et l’espion éventuel tentant d’intercepter le message,
Oscar (O).
2. Quelques rappels
Il nous paraı̂t utile, et ce afin d’uniformiser notre propos, de rappeler
quelques définitions de base d’algèbre générale.

Définition 2.1 On définit l’anneau (Zn , +, 0, ·, 1) des entiers modulo n, où


n ∈ N\{0, 1}, comme l’ensemble des restes possibles de la division eucli-
dienne par n, c’est-à-dire
{0, · · · , n − 1},
muni de l’addition et la multiplication modulo n. A titre d’exemple,
considérons les tables d’addition et de multiplication dans Z4 .
+ 0 1 2 3 . 0 1 2 3
0 0 1 2 3 0 0 0 0 0
1 1 2 3 0 1 0 1 2 3
2 2 3 0 1 2 0 2 0 2
3 3 0 1 2 3 0 3 2 1

Définition 2.2 Soit (A, +, 0, ·, 1) un anneau ; on définit l’ensemble des in-


vertibles U (A) de (A, +, 0, ·, 1) par l’ensemble des x ∈ A pour lesquels il
existe y ∈ A tel que
x · y = y · x = 1;
en général, on remplace y par x−1 qu’on appelle l’inverse de x. Ainsi 1 est
toujours invertible et 0 ne l’est que si 0 = 1.
Bien sûr, si x, y ∈ U (A), alors x−1 ∈ U (A), puisque (x−1 )−1 = x ; et de
plus, x · y ∈ U (A) puisque (x · y)−1 = y −1 · x−1 . De la sorte, la structure
(U (A), ·, 1) est un groupe.

Définition 2.3 La fonction d’Euler ϕ est définie de la façon suivante, pour


n ≥ 2,
ϕ(n) = |U (Zn )|.
où |X| est le cardinal de l’ensemble X.

3. Principes de base
Pour qu’Oscar ne puisse comprendre le message M , appelé message
clair, envoyé par Alice, il faut le rendre illisible pour lui mais pas pour Bob.
Dans ce cas, comment procéder ?

34
Nous voulons transformer le message M en un message M 0 , appelé mes-
sage secret, qui soit incompréhensible pour O. Le réflexe naturel est d’utiliser
une fonction
c : M → M0 ,
c’est-à-dire, une fonction définie sur l’espace M des textes clairs à valeurs
dans l’espace M0 des textes secrets ; que nous appelerons par la suite fonc-
tion de codage, et de définir M 0 par

M 0 = c(M ).

Pour que B puisse décoder le message M 0 , il est nécessaire que la fonction


c soit bijective. Il reste alors à B à calculer la fonction d = c−1 que nous
appelerons fonction de décodage, pour obtenir le texte clair M .
Une question vient cependant de suite à l’esprit : “Si B, pour obtenir
M , n’a qu’à inverser la fonction c, pourquoi O ne ferait-il pas de même pour
lire le message clair ?”.
Introduisons le contexte mathématique dans lequel nous allons évoluer à
l’avenir. Les messages à envoyer étant écrits dans un langage naturel, c’est-
à-dire dans notre cas le français, nous n’allons utiliser qu’un nombre fini de
caractères (lettres et signes de ponctuation). Notons Σ l’alphabet utilisé, qui
représente l’ensemble de tous les signes employés pour écrire un message, et
Σ∗ l’ensemble des suites finies d’éléments de Σ. Un message M n’est alors
rien d’autre qu’un élément de Σ∗ . L’alphabet Σ étant fini, il paraı̂t naturel
de l’identifier à l’anneau Zn où n = |Σ|, cette identification étant souvent
appelée codage standard. Le codage standard de l’alphabet {A, · · · , Z} est
donné par la bijection suivante,

[.] : Σ → Z26

[A] =0 [H] =7 [O] =14 [V] = 21


[B] =1 [I] =8 [P] =15 [W] = 22
[C] =2 [J] =9 [Q] =16 [X] = 23
[D] =3 [K] =10 [R] =17 [Y] = 24
[E] =4 [L] =11 [S] =18 [Z] =25.
[F] =5 [M] =12 [T] =19
[G] =6 [N] =13 [U] =20

Ainsi, une étape préliminaire au codage proprement dit est la transformation


du message M de longueur p en un p-uple d’éléments de Z26 .

35
Une fonction de codage lettre par lettre, est une fonction

c0 : Σ∗ → Σ∗

obtenue à partir d’une fonction de codage de caractères

c:Σ→Σ

de la façon suivante : si M = m1 m2 · · · mp où les mi ∈ Σ (i ≤ p) représentent


les caractères utilisés dans le message, alors

c0 (M ) = c(m1 ) c(m2 ) · · · c(mp ).

Etant donné qu’une fonction de codage est une bijection, la fonction de


décodage
d0 = (c0 )−1 : Σ∗ → Σ∗
est elle aussi obtenue à partir d’ une fonction

d = c−1 : Σ → Σ

de décodage lettre par lettre.

4. Cryptosystème linéaire
Un cryptosystème linéaire est un cryptosystème, c’est-à-dire une fa-
mille F de codages c : M → M0 , dont la fonction de codage est du type

c : Zn → Zn : x 7→ ax + b.

Remarquons de suite que la fonction de codage est bijective si et seulement


si a ∈ U (Zn ) ; rappelons (voir annexe) que

U (Zn ) = {a ∈ Zn : pgcd(a, n) = 1}.

Pour que ce codage soit utilisable en pratique, A doit fournir à B les pa-
ramètres (a, b) qui sont appelés la clé secrète du cryptosystème. Il apparaı̂t
ainsi qu’à chaque clé (a, b) correspond une fonction de codage différente
c(x) = ax + b.
Pour éclaircir notre propos, considérons un exemple.

36
Exemple 4.1 Alice et Bob ont choisi d’un commun accord la clé (3, 4).
Alice désire envoyer le message “BYE”. Nous allons donc coder linéairement
ce message lettre par lettre à l’aide de la fonction de codage,

c : Z26 → Z26 : x 7→ 3x + 4.

Nous obtenons ainsi, avec le codage standard sur Z26 ,


c
BY E → (1, 24, 4) → (7, 24, 16) → HY C,

car

c(1) = (3 + 4) |2| 6 = 7
c(24) = (72 + 4) |2| 6 = 24
c(4) = (12 + 4) |2| 6 = 16.

Alice envoie donc le message secret “HYQ”.


Bob reçoit alors ce message ; et étant donné qu’il connaı̂t la clé (3, 4), il
lui est dès lors facile de trouver la fonction de décodage,

d : Z26 → Z26 : x 7→ 3−1 (x − 4).

On voit ainsi clairement que 3−1 = 9 |2| 6 puisque 3 × 9 = 27 |2| 6 = 1. Nous


obtenons alors,
d
HY C → (7, 24, 16) → (1, 24, 4) → BY E.

Remarquons pour terminer que si la clé de codage avait été (2, 4), il
aurait été impossible de décoder le message puisque 2 ∈
/ U (Z26 ).

Nous comprenons maintenant que O ne peut inverser facilement la fonc-


tion c, car, en principe, il ne connaı̂t pas la clé de codage. Cependant, les
codages linéaires lettre par lettre sont facilement “cassés” par l’analyse sta-
tistique du message. De plus, nous pouvons remarquer que le nombre de clés
possibles pour le décodage est 26|U (Z26 )|. Ainsi en procédant exhaustive-
ment, il serait possible de décoder le message. C’est pourquoi, en pratique,
on a souvent recours au codage bloc par bloc.

Exemple 4.2 Le message est cette fois décomposé en blocs de k lettres,

M = (m1 · · · mk ) (mk+1 · · · m2k ) · · · ,

37
la fonction de codage c0 est cette fois obtenue à partir d’une fonction de
codage de blocs de k lettres

c : Σk → Σk ,

ainsi
c0 (M ) = c(m1 · · · mk ) c(mk+1 · · · m2k ) · · ·
Le codage linéaire devient alors

c : (Zn )k → (Zn )k : x 7→ Ax + b,

où A est ici une matrice de dimension k × k et b un vecteur de Zkn . Précisons


toutefois que cette fonction ne définit un codage que si A est invertible ; il
est possible de montrer que cela revient à dire que det A doit être invertible
dans Zn [2].

5. Cryptosystème “one-time pad”


Le cryptosystème “one-time pad” n’est rien d’autre qu’un crypto-
système linéaire bloc par bloc dont la fonction de codage est

c : (Zn )k → (Zn )k : x 7→ x + b,

il présente toutefois la particularité suivante : la clé secrète du message, ici


représentée par b, est aussi longue que le message et ne peut être utilisée
qu’une seule fois.

Exemple 5.1 Codons le mot “YOU” avec le codage standard sur Z26 ; on
obtient
Y OU → (24, 14, 20).
Si nous prenons comme clé b = (11, 8, 4) ; le message codé est alors

c(24, 14, 20) = (24, 14, 20) + (11, 8, 4)


= (9, 22, 24);

le message qu’Alice va envoyer à Bob est donc “JWY”.

Toutefois, par convention, nous n’utilisons pas le codage standard sur


Z|Σ| pour le cryptosystème “one-time pad”, mais plutôt un codage sur Z2 .

38
L’utilisation de Z2 à la place de Z|Σ| se justifie notamment par le fait que
les ordinateurs codent les caractères en binaire (codage ASCII).
Considérons l’exemple suivant comportant un extrait du codage ASCII.

Exemple 5.2 Le codage ASCII permet de coder jusqu’à 256 symboles.


L’alphabet utilisé comporte donc d’autres lettres que A, · · · , Z. Nous ne
reprenons ici que le codage des lettres utiles à notre exemple.
Lettre code en base 2
* 42 01001010
D 68 01000100
G 71 01000111
K 75 01001011
O 79 01001111
v 118 01110110
z 122 01111010

codage de “GOOD” 01000111 01001111 01001111 01000100


clé de codage 00001101 00111001 00000100 00111110
addition dans Z2 01001010 01110110 01001011 01111010

Par conséquent, le codage de “GOOD” est “*vKz”.

Ce cryptosystème est totalement sûr. La clé étant aussi longue que le


message, la connaissance de la traduction d’une partie du message n’aug-
mente en rien la probabilité de décryptage d’une autre partie. Il convient
de remarquer que la clé ne peut être utilisée qu’une seule fois, puisque si
message clair et message secret sont connus, il en est de même pour la
clé. On évite ce problème en générant une nouvelle clé à chaque nouveau
message.
Il existe cependant deux inconvénients. Il faut produire une nouvelle
clé à chaque message, ce qui peut être une tâche considérable si le texte
clair compte dix millions de caractères ! Il faut de plus transmettre la clé
au destinataire, ce qui procède des mêmes risques que la transmission du
message lui-même. Cependant, il est possible de pallier à ces inconvénients.
Il est vital pour la sécurité du système que la clé ne puisse être devinée, une
bonne façon de procéder serait de générer une suite de nombres aléatoires.
Par exemple, on pourrait jeter une pièce de monnaie et prendre 1 si pile
apparaı̂t et 0 si c’est face.

39
Bien sûr, les deux inconvénients majeurs du cryptosystème demeurent,
c’est pourquoi, en pratique, au lieu d’utiliser des suites de nombres aléatoi-
res, on utilise des suites appelées pseudo-aléatoires. Cette façon de procéder
présente le double avantage que ces suites sont “presque” aléatoires (en fait,
les éléments d’une telle suite sont bien distribués, non-corrélés et imprévisi-
bles) et donc conviennent bien pour être la clé de ce cryptosystème. De plus,
ces suites sont facilement transmissibles car le destinataire ne doit connaı̂tre
qu’un nombre restreint de paramètres pour reproduire la suite.
Nous allons maintenant donner une méthode pour générer des nombres
pseudo-aléatoires. Ce générateur pseudo-aléatoire est basé sur le principe
du système RSA dont nous discuterons dans la section suivante.

Définition 5.3 Soient p et q deux nombres premiers distincts et suffisam-


ment éloignés l’un de l’autre, et soit n = pq. Considérons b tel que

pgcd(b, ϕ(n)) = 1

où ϕ est la fonction d’Euler et vaut dans ce cas (voir annexe)

ϕ(n) = (p − 1)(q − 1).

Une semence s0 est un élément de U (Zn ) ; pour i ≥ 1, on définit

si+1 = sbi |n| ,

puis
f (s0 ) = (z1 , z2 , · · · , zl )

où
zi = si |2|

et 1 ≤ i ≤ l. La fonction f est appelée un (k, l)-générateur RSA.

Exemple 5.4 Soient p = 263, q = 347 et b = 1547. On a n = 91261 et si


s0 = 75364, on obtient

40
i si zi mod 11413
0 75634
1 31483 1
2 31238 0
3 51968 0
4 39796 0
5 28716 0
6 14089 1
7 5923 1
8 44891 1
9 62284 0
10 11889 1
11 43467 1
12 71215 1
13 10401 1
14 77444 0
15 56794 0
16 78147 1
17 72137 1
18 89592 0
19 29022 0
20 13356 0
.. .. ..
. . .

La chaı̂ne pseudo-aléatoire engendrée est donc


10000111011110011000 . . .
Pour générer une telle suite, il suffit de transmettre les paramètres p, q, b
et s0 .

6. Le cryptosystème RSA
Le défaut des cryptosystèmes étudiés jusqu’à présent est qu’ils néces-
sitent la communication préalable de la clé entre Alice et Bob. L’objectif
des systèmes à clé publique est de rendre la connaissance de la fonction d
“impossible” même si on connaı̂t la fonction c. Le système RSA, du nom
de ses auteurs Rivest, Shamir et Adleman, date de 1977 et est le premier
cryptosystème à clé publique. Pour construire un tel système, nous devons

41
choisir une fonction de codage c à sens unique, c’est-à-dire une fonction
nécessairement injective mais qui possède la propriété d’être “difficile” à
inverser. Rappelons que c est connu de tous même d’Oscar. Ce dernier ne
doit donc pas pouvoir inverser facilement c. Le destinataire, Bob, doit quant
à lui pouvoir calculer aisément d. Cela est rendu possible car seul Bob
connaı̂t des informations supplémentaires sur la fonction de codage c.
Une des caractéristiques du cryptosystème RSA est qu’il permet à plu-
sieurs utilisateurs de communiquer secrètement. Pour comprendre le fonc-
tionnement du RSA, développons son protocole. Chaque utilisateur choisit
secrètement deux grands nombres premiers distincts p et q (de l’ordre de
10100 ). Posons n = p.q ; nous savons (voir annexe) que la valeur de la fonc-
tion d’Euler en n est ϕ(n) = (p − 1) (q − 1). L’utilisateur choisit ensuite b
invertible dans Zϕ(n) . Posons a = b−1 mod ϕ(n). Les fonctions de codage
et de décodage sont données par
c : Zn → Zn : x 7→ xb mod n
d : Zn → Zn : x 7→ xa mod n.
On démontre en annexe que d = c−1 . Les nombres n et b sont suffisants
au codage et constituent la clé rendue publique. De cette manière, tout uti-
lisateur A peut envoyer secrètement un message M à un autre utilisateur
B, tout simplement en envoyant le message codé cB (M ) (on utilise l’in-
dice B pour spécifier que le codage est réalisé avec la paire (n, b) propre à
l’utilisateur B). Les nombres p, q et a sont eux conservés secrètement par
l’utilisateur concerné. Pour pouvoir effectuer le décodage, il est nécessaire
de connaı̂tre a. Le nombre b étant public, le calcul de a peut être réalisé si
on a sa disposition ϕ(n) ou le couple (p, q). On peut montrer qu’il est aussi
“difficile” d’obtenir ϕ(n) que de factoriser n en p.q.
Le nombre n étant public, essayons de nous convaincre que n est difficile-
ment factorisable, la sécurité du RSA reposant uniquement sur ce fait. Pour
rechercher un des facteurs de n, une méthode rudimentaire appelée crible
d’Eratosthène consiste
√ à tester la divisibilité√de n par tous les nombres im-
pairs de 3 jusqu’à [ n] (la partie entière de n). De cette manière on trou-
vera inévitablement le plus petit des deux facteurs composant√n. Le nombre
n comportant pas moins de deux cents chiffres en base 10, n ∼ 10100 et
si on admet de manière optimiste qu’un ordinateur est capable de réaliser
1010 divisions par seconde, il faudra à cet ordinateur pas moins de cinq fois
l’âge de l’univers avant de factoriser n ! Il existe bien évidemment d’autres
algorithmes plus “performants” mais aucun ne peut factoriser un nombre n
suffisamment grand en des temps raisonnables.

42
Nous ne développerons pas ici comment trouver deux grands nombres
premiers p et q (en pratique, on génère deux nombres aléatoires et on leur ap-
plique un test efficace de primalité). Considérons à présent une application
numérique du RSA avec deux petits nombres premiers. Dans cet exemple,
nous montrons comment obtenir l’inverse modulo ϕ(n) et un exposant mo-
dulo n.

Exemple 6.1 Soient p = 101 et q = 113. On a ϕ(n) = 100 × 112 = 11200


et n = 101 × 113 = 11413. Nous devons choisir comme exposant de codage
un élément b appartenant à U (Zϕ(n) ). Or 11200 = 26 × 52 × 7 ; on peut donc
prendre pour b tout nombre n’étant pas divisible par 2, 5 et 7 ; b = 3533
convient. On peut vérifier que pgcd(b, ϕ(n)) = 1 au moyen de l’algorithme
d’Euclide :

11200 = 3533 × 3 + 601


3533 = 601 × 5 + 528
601 = 528 × 1 + 73
528 = 73 × 7 + 17
73 = 17 × 4 + 5
17 = 5 × 3 + 2
5 = 2×2+1
2 = 1×2+0

Le pgcd de 11200 et 3533 est bien 1 et grâce à ce développement, nous


pouvons calculer a = b−1 mod ϕ(n)

1 = 5 − 2 × 2 = 5 − 2 × (17 − 5 × 3)
= −2 × 17 + 7 × 5 = −2 × 17 + 7 × (73 − 4 × 17)
= 7 × 73 − 30 × 17 = 7 × 73 − 30 × (528 − 7 × 73)
= −30 × 528 + 217 × 73 = −30 × 528 + 217 × (601 − 528)
= 217 × 601 − 247 × 528 = 217 × 601 − 247 × (3533 − 5 × 601)
= −247 × 3533 + 1452 × 601 = −247 × 3533 + 1452 × (11200 − 3 × 3533)
= −4603 × 3533 + 1452 × 11200.

Donc modulo 11200, on a 1 = −4603 × 3533 ; par conséquent, a = −4603 =


6597 mod 11200. Bob rend public n = 11413 et b = 3533. Il garde secret
ϕ(n), a = 6597 ainsi que p et q. Sans entrer pour l’instant dans le détail du

43
codage standard, imaginons qu’Alice souhaite envoyer le nombre 9726 à Bob.
Elle doit calculer 97263533 mod 11413 ; pour ce faire, donnons la méthode
d’exponentiation modulaire square-and-multiply qui présente l’avantage de
pouvoir être réalisée rapidement. Voici l’algorithme général du calcul de xc
mod n : Pl−1
1. décomposer c en base 2, c = i=0 ci 2i .
2. z ← 1
3. pour i allant de l − 1 jusqu’à 0 faire

z ← z2
si ci = 1 alors z ← z.x mod n

Reprenons le calcul de 97263533 mod 11413.

3533 = 1 × 2048 + 1 × 1024 + 0 × 512 + 1 × 256 + 1 × 128 + 1 × 64


+0 × 32 + 0 × 16 + 1 × 8 + 1 × 4 + 0 × 2 + 1 × 1.

Appliquons l’algorithme,

i ci z mod 11413
11 1 12 = 1
1 × 9726 = 9726
10 1 97262 = 4132
4132 × 9726 = 2659
9 0 26592 = 5634
8 1 56342 = 2403
2403 × 9726 = 9167
7 1 91672 = 11383
11383 × 9726 = 4958
6 1 49582 = 9575
9575 × 9726 = 7783
5 0 77832 = 6298
4 0 62982 = 4629
3 1 46292 = 5440
5440 × 9726 = 10185
2 1 101852 = 1468
1468 × 9726 = 105
1 0 1052 = 11025
0 1 110252 = 2175
2175 × 9726 = 5761

44
donc c(9726) = 97263533 mod 11413 = 5761. Alice envoie donc à Bob le
nombre 5761. Pour le décodage, Bob calcule 57616597 mod 11413 et retrouve
9726.

Nous espérons que le lecteur est à présent convaincu que la mise en


oeuvre du RSA s’effectue en un temps raisonnable (générer deux nombres
premiers, calcul d’inverse et exponentiation) alors que l’attaque du RSA
(équivalente à la factorisation de n) nécessite un temps prohibitif.
Il nous reste à éclaircir un dernier point. Les fonctions c et d sont définies
dans Zn avec n suffisamment grand. Pour garantir la sécurité du RSA,
puisque n est largement supérieur à la taille de l’alphabet utilisé, on va dès
lors pouvoir réaliser le codage d’un bloc de lettres par un nombre inférieur
à n en complétant le codage standard. La taille des blocs est déterminée par
n.
Pour fixer les idées, supposons que l’on travaille sur l’alphabet
{A, · · · , Z} de 26 lettres. Il existe k ∈ N tel que

26k ≤ n < 26k+1 . (∗)

On peut se convaincre que les nombres exprimés en base 26 et comportant


k chiffres sont inférieurs à 26k , donc à n (par exemple, en base 10, les
nombres de trois chiffres sont inférieurs à 103 ). Rappelons que les “chiffres”
de la base 26 vont de 0 à 25. Nous allons donc considérer des blocs de k
lettres (k vérifiant (∗)). On applique le codage standard à chacune des k
lettres du bloc pour obtenir les k chiffres de la représentation en base 26
d’un nombre inférieur à n. C’est à ce nombre que l’on applique la fonction
de codage c. On procède en sens inverse pour le décodage. Par exemple, si
n = 707, alors 262 ≤ 707 < 263 et on code par des blocs de deux lettres.
Ainsi,
(L, A) → (11, 0) → 11 × 26 + 0 × 1 = 286,
(Z, Z) → (25, 25) → 25 × 26 + 25 × 1 = 675 < 700.
Inversement,

56 → 56 = 2 × 26 + 4 → (2, 4) → (C, E),

413 → 413 = 15 × 26 + 23 → (15, 23) → (P, X).

Pour conclure avec les cryptosystèmes à clés publiques, nous voudrions


signaler le protocole du message signé. Imaginons qu’Alice désire converser

45
avec Bob par courrier électronique. Comment Bob peut-il être certain que le
message qu’il reçoit provient bien d’Alice et pas d’Oscar ayant simplement
signé son message Alice ? Une procédure simple basée sur le principe même
des cryptosystèmes à clé publique peut être employée. Soient cA et cB les
clés publiques de codage d’Alice et de Bob respectivement. Soient dA et
dB les clés de décodage connues uniquement d’Alice pour dA et de Bob
pour dB . Alice procède de la manière suivante, voulant envoyer le message
M , elle code celui-ci avec dA et ensuite avec cB . Elle envoie donc à Bob
le message cB (dA (M )). Bob utilise sa fonction de décodage pour obtenir le
texte dA (M ). La fonction cA étant publique il peut l’appliquer au message
pour retrouver M ; car rappelons que cA et dA sont inverses l’une de l’autre.
Remarquons que seule Alice est capable de générer le texte dA (M ) puisque
la fonction dA n’est connue que d’elle seule. Ceci garantit donc l’authenticité
du message. Alice ne doit pas envoyer à Bob le message dA (M ) car celui-ci
pourraı̂t être décodé par n’importe qui. C’est pour cette raison qu’elle utilise
ensuite cB .

7. Annexe
Les propriétés suivantes constituent un complément théorique destiné
au lecteur intéressé.

Proposition 7.1 Si n ≥ 2, alors

U (Zn ) = {m ∈ Zn : pgcd(m, n) = 1}.

Démonstration. Nous savons, par le théorème de Bezout, que


pgcd(m, n) = 1 pour m ∈ Zn , équivaut au fait qu’il existe α, β ∈ Z tels
que
α · m + β · n = 1,
c’est-à-dire, qu’il existe α ∈ Z tel que

α · m = 1 |n| .

Ainsi, d’une part, si 0 < α < n, α = m−1 |n| convient. D’autre part, si
α > n, on peut écrire
α = α0 + kn

46
avec α0 < n et k ∈ N0 . On obtient alors,

α · m = α0 · m + (k · m)n
= α0 · m |n| ,

et α0 = m−1 |n| convient. Pour le cas où α < 0, il suffit de considérer k ∈ N0


tel que 0 < α + kn < n, la conclusion s’ensuit aussitôt.

Proposition 7.2 Si p et q sont deux nombres premiers distincts, alors

ϕ(pq) = (p − 1)(q − 1).

Démonstration. On a

ϕ(n) = |U (Zn )| = |{x ∈ Zn : pgcd(x, n) = 1}|.

Montrons d’abord que ϕ(pq) = ϕ(p)ϕ(q). Nous savons que Zpq est isomorphe
à Zp × Zq ; ainsi, U (Zpq ) est aussi isomorphe à U (Zp ) × U (Zq ). Ces deux
ensembles possèdent dès lors le même cardinal ; ce qui revient à dire

ϕ(pq) = ϕ(p)ϕ(q).

Puisque p est premier, il est premier avec 1, · · · , p − 1, et ainsi

ϕ(p) = p − 1,

un raisonnement analogue sur q permet de conclure aisément.

Pour prouver la justesse du protocole RSA, il faut montrer que la fonction


de codage est bijective. Les deux propositions suivantes prouvent ce fait.

Théorème 7.3 Soient r = p1 · · · pk où les pi , 1 ≤ i ≤ k, sont premiers et


distincts ; et
s = ppcm(p1 − 1, · · · , pk − 1).
Dans ce cas,
α = 1 |s| ⇒ mα = m |r| .
En particulier, si n = pq, où p et q sont deux nombres premiers, alors

α = 1 |ϕ| (n) ⇒ mα = m |n| .

47
Démonstration. Nous savons que Zr est isomorphe à Zp1 × · · · × Zpk ;
donc, à un m ∈ Zr , on associe univoquement un k-uple (m1 , · · · , mk ) avec
mi ∈ Zpi , 1 ≤ i ≤ k. Si α = 1 |s|, alors

α = 1 + k 0 ppcm(p1 − 1, · · · , pk − 1)

où k ∈ N. Donc,
α = 1 |(| pi − 1)
pour tout i = 1, · · · , k. Il suffit alors de montrer que


i = mi |p|i .

Soit i ∈ {1, · · · , k}, deux cas se présentent.


i) On a mi = 0 |p|i , la conclusion s’ensuit trivialement.
ii) On a mi 6= 0 |p|i , dans ce cas,
1+β(pi −1)

i = mi
(pi −1) β
= mi (mi ) ,
(pi −1)
or, par le petit théorème de Fermat, mi = 1 |p|i . Cela étant,


i = mi |p|i .

Corollaire 7.4 L’application c : Zn → Zn : m 7→ mb est une bijection.

Démonstration. Puisque ab = 1 |ϕ| (n), la fonction d : Zn → Zn : m 7→


ma est bien l’inverse de la fonction c.

8. Quelques adresses Internet


Les personnes disposant d’un accès Internet trouveront ci-dessous
quelques adresses intéressantes traitant de cryptographie.

http ://[Link]/˜monark/crypto/[Link]
introduction élémentaire à la cryptographie

48
http ://[Link] :8080/[Link]
fichiers sources et information à propos du logiciel PGP
http ://[Link]/
cryptosystème à clé publique RPK
http ://[Link]/
société commercialisant le RSA
http ://[Link]/CryptoWeb/
liste de liens sur la cryptographie
http ://[Link]/˜fermigie/[Link]
informations sur les courbes elliptiques
http ://[Link]/
cryptosystème basé sur le one-time pad

Bibliographie
[1] For all practical purposes, introduction to contempory mathematics,
Freeman, New-York, 1997.
[2] G. Hansoul, Structures discrètes, cours de licence en sciences
mathématiques, Université de Liège, 1993.
[3] B. Schneier, Cryptographie appliquée, International Thomson Publi-
shing France, Paris, 1997.
[4] D. Stinson, Cryptographie - Théorie et pratique, International Thomson
Publishing France, Paris, 1996.

Pierre Paquay et Michel Rigo


Faculté d’Economie, de Gestion, de Sciences sociales
Bld. du Rectorat 7, Bat. B31
4000 Liège

49
50 Mathématique et Pédagogie n˚119, 50–52, 1998

Échos de congrès – CIEAEM 50


J. Bair,

Fondée en 1950, la Commission Internationale pour l’Etude et l’Amélio-


ration de l’Enseignement des Mathématiques (CIEAEM) a pour objectifs
d’étudier les conditions actuelles dans lesquelles se déroule l’enseignement
des mathématiques et ses possibilités de développement afin de favoriser son
amélioration. Pour cela, elle organise chaque année des conférences regrou-
pant des enseignants et des chercheurs venus du monde entier.
Cette année 1998 avait lieu, du 1er au 8 août à Neuchâtel (en Suisse),
la cinquantième rencontre, baptisée CIEAEM 50, sur le thème général sui-
vant : Les liens entre la pratique de la classe et la recherche en didactique
des mathématiques, avec cinq sous-thèmes, à savoir : Finalités de l’enseigne-
ment des mathématiques, Communication et collaboration entre praticiens
et chercheurs, Recherche en didactique des mathématiques et formations
des maı̂tres, Spécificités de la recherche en didactique des mathématiques,
La prise en compte de résultats de la recherche dans les moyens et les ou-
tils pour l’enseignement. Plus de 300 participants, issus d’une trentaine de
pays, ont travaillé à Neuchâtel selon un rythme de travail assez soutenu
(chaque jour, plus de 6 heures de conférences, ateliers ou travaux de groupe),
le tout selon un horaire très strict (qui confirmait bien la ponctualité des
Suisses). Une douzaine de compatriotes participaient à la rencontre, dont
notre président J. Navez, notre ancien trésorier R. Scrève . . .et six psycho-
pédagogues universitaires.
Le niveau des exposés m’a paru fort inégal : le meilleur côtoyait . . .le
moins bon. Plutôt que de relater en détail ce qui a été dit à Neuchâtel
(les personnes intéressées pourront lire les actes de la rencontre), je vou-
drais relever deux points qui m’ont profondément marqué . . .et qui, de
façon générale, m’inquiètent fortement en ce qui concerne l’enseignement
des mathématiques.
Il y avait en Suisse de très nombreux psycho-pédagogues pour présenter
leurs “recherches”. Malheureusement, j’ai constaté qu’ils ne connaissent pas
toujours très bien les mathématiques et n’ont aucune expérience de l’en-
seignement de notre discipline. Toutefois, il se considèrent comme étant
des “spécialistes” de la didactique des mathématiques et se permettent de
juger, et même de critiquer, les professeurs de mathématiques. J’ai notam-
ment entendu un “chercheur-pédagogue” relater une expérience sur l’ap-
prentissage de l’algèbre (l’algèbre étant, pour lui . . .et beaucoup d’autres
psycho-pédagogues, les “calculs avec des lettres”, car, quand il n’y a pas de
lettres, c’est de l’arithmétique) auprès de jeunes de 12-13 ans au sein de la
Communauté française de Belgique. Il a prétendu, notamment, qu’une des
caractéristiques de notre enseignement est la “Culture de l’échec”, que les
professeurs de mathématiques cotaient, quelle que soit la valeur des élèves,
de manière à “avoir une courbe de Gauss”, qu’il n’y avait en Communauté
aucun manuel à la disposition des professeurs, que les professeurs insistent
le plus sur ce que leur enquête a révélé être le moins bien assimilé et, qu’en
conséquence, les professeurs devaient “changer leurs pratiques”. Bien sûr,
nous sommes conscients que notre enseignement est loin d’être parfait et
qu’il doit être sans cesse amélioré ; nous serons d’ailleurs toujours contents de
recevoir des conseils : encore faut-il que ceux-ci soient pertinents et construc-
tifs. Il va sans dire que les membres du Comité de la Société qui ont entendu
pareilles affirmations fausses et malveillantes sont intervenus, énergiquement
et à de nombreuses reprises, pour infirmer ce qui avait été dit pendant cette
conférence : nous ne pouvions tolérer que des psycho-pédagogues donnent,
aux étrangers présents dans la salle, une image aussi négative et pas du tout
réaliste de notre enseignement.
Si j’ai relaté cet épisode, c’est parce que cela dépasse, me semble-t-il,
et de loin, la simple anecdote : de nombreux non-mathématiciens se disent
spécialistes de l’enseignement des mathématiques et ont des avis sur la ques-
tion alors qu’ils sont parfois très mal informés et incompétents. Il me paraı̂t
dangereux, pour nous professeurs de mathématiques, mais aussi et surtout
pour la formation intellectuelle de nos jeunes, que de tels “chercheurs” s’oc-
cupent de l’enseignement des mathématiques en “prenant même le pouvoir”
(car ils sont nombreux et “parlent” beaucoup, avec facilité et “sans com-
plexe”), allant jusqu’à influencer (par exemple, au niveau de la confection
des programmes) de façon néfaste les mondes éducatif et politique. Il me
semble que nous, les mathématiciens, devons rester vigilants, critiquer et
combattre de telles pratiques !
Un autre danger pour l’enseignement des mathématiques est causé par
des mathématiciens-didacticiens et réside dans la nature de certaines de
leurs recherches. Je pense, par exemple, à cette expérience réalisée par cinq
italiennes d’une université. Elles ont réalisé une vaste enquête (en interro-
geant plus de 600 personnes, de tous âges) sur le concept de limite. Partant
de l’hypothèse (peu plausible, selon moi) que des concepts mathématiques,
tels que la notion de limite, étaient mal compris pour des raisons essentiel-
lement linguistiques, parce que le sens du mot en question est mal connu,
elles ont demandé à leurs sujets de leur décrire, en général, le sens du mot

51
“limite”. Elles ont reçu des réponses de ce type : c’est une borne, ça n’a
pas de fin, ou encore c’est un obstacle, selon une handicapée, . . .Dans une
deuxième phase de leur recherche, elles ont demandé à de nombreuses per-
sonnes, dont des élèves des beaux-arts sans connaissance mathématique, de
réaliser un dessin illustrant le concept de limite ; elles se sont alors efforcées
d’interpréter les dessins en fonction des “définitions” reçues, de manière à
classer ces dernières ; elles en concluent que le mot “limite” évoque le plus
souvent une borne soit physique, soit morale. Ensuite, elles ont considéré
le concept mathématique en proposant trois fonctions, définies analytique-
ment et représentées par un graphe, pour lesquelles les personnes interrogées
devaient dire laquelle des assertions suivantes est vraie lorsque la variable
x tend vers l’infini : a) la fonction possède une limite finie, b) la fonction
possède une limite infinie, c) la fonction ne possède pas de limite ; ces trois
fonctions étaient, dans l’ordre, cos x, une fonction homographique (du type
ax+b 2
cx+d ) et une fonction du type ax + b (les deux derniers cas étant donnés
pour des valeurs numériques des paramètres) ; elles ont constaté (fallait-
il une enquête pour cela ?) que le premier cas avait été, de loin, le moins
bien réussi (ce qui avait l’air de les surprendre fortement !) et elles expli-
quaient cela par un seul motif (pas faux, du reste, mais, à mon avis, ce n’est
sûrement pas la seule explication pertinente à donner), à savoir que dans les
deux derniers cas, les élèves pouvaient effectivement calculer numériquement
la limite, ce qui était (et pour cause !) impossible dans le premier cas.
Bien que ces chercheurs aient annoncé qu’elles espèrent prolonger et ap-
profondir leur étude, je me demande si de tels travaux font réellement pro-
gresser l’enseignement des mathématiques ; ces enquêtes auraient d’ailleurs
pu être réalisées au dix-huitième siècle et ne tiennent aucunement compte
des progrès réalisés depuis cette époque ! Il me semble que, pour rester
crédibles et ne pas être critiqués, les mathématiciens-didacticiens doivent
soigneusement sélectionner les sujets de leurs recherches en tenant compte
des dernières découvertes scientifiques et en exploitant les technologies les
plus récentes, en restant rigoureux dans leur approche et ne transformant
pas leurs travaux en de vagues enquêtes sociologiques ou psychologiques.
Ces réflexions (un peu “provocatrices”, je le concède) ont été rédigées “à
chaud” et n’engagent évidemment que moi. Je serais toutefois heureux et
intéressé d’obtenir les réactions des lecteurs de la revue. D’avance Merci.

J. BAIR

52
Mathématique et Pédagogie n˚119, 53–57, 1998 53

Revue des revues


C. Villers,

Bulletin de l’APMEP, n◦ 414, février-mars 1998.


Cette livraison de bulletin de l’Association des Professeurs de Mathé-
matique de l’Enseignement Public (France) est “accompagnée” d’un livret
intitulé “BAC Mathématique - Horizon 2000” qui est une contribution du
groupe de travail de l’APMEP, “Prospective Bac”.
Ce livret contient des éléments de réflexion sur la problématique du Bac
et propose une analyse de trois sujets après une interrogation sur les apports
spécifiques de l’enseignement mathématique.
Le bulletin proprement dit comporte, outre les rubriques habituelles ...
– l’éditorial : Que fait l’APMEP pour les lycées professionnels ?
– Un dossier baccalauréat composé de 2 articles :
• l’un : quelques réactions à propos des sujets du baccalauréat 1997
par Jean Capron qui réalise une synthèse de réponses reçues à
une “enquête” sur les sujets proposés. Ceux-ci n’étant pas rap-
pelés, il est très malaisé de bien percevoir la signification des avis
émis !
• l’autre : Brouillons pour des sujets de bac du troisième millénaire
par Daniel Reisz.
L’auteur y propose 4 énoncés d’exercices plus ouverts, en souhai-
tant que ses propositions alimentent un débat nécessaire sur la
vision des mathématiques, sur la conception de son apprentissage
et sur le rôle de l’école dans ce domaine.
– Karine Saada traite du travail en groupe utilisé dans le but de
remédier à l’hétérogénéité de la classe : A partir de quoi ? Quand ?
Comment ? sont les questions auxquelles l’auteur apporte ses répon-
ses !
– Georges Lion, auteur du texte “Régionnement du plan par les bis-
sectrices” établit, par l’utilisation de la géométrie élémentaire, les
relations caractérisant l’appartenance d’un point à chacune des par-
ties du plan déterminées par les bissectrices de 2 droites sécantes.
– Daniel Mansion traite de la “Résolution graphique des équations
algébriques du 3e et 4e degré et montre que ce problème peut être
l’occasion d’un bon travail “sans calculatrice”.
– Dans “Démocratie et Mathématique”, Yves Husset montre com-
ment des difficultés surgissent lors de l’adoption de la règle majo-
ritaire pour l’adoption d’une décision collective. Il y rappelle l’effet
Condorcet, bien connu, dans ce domaine.
– Dans la rubrique “Mathématiques et Société”, Patrick Trabal traite
du sujet “De la violence envers les mathématiques”. Il souhaite
conduire les enseignants à réfléchir sur la discipline et sur leurs pra-
tiques.
Suivent alors une copieuse partie consacrée aux rubriques olympiades,
bibliographie et vie de l’association.

Bulletin de l’APMEP, n◦ 415, avril-mai 1998.


– Dans l’éditorial de ce numéro, des représentants du bureau de l’as-
sociation réagissent au fait que les enseignants soient “montrés du
doigt” par leur Ministre, par les médias et par certaines associations
de parents. Cette réaction a pris la forme d’une “lettre ouverte d’un
prof à son Ministre”. Il s’agit bien légitimement de remettre certaines
vérités à leur juste place et à répondre à ce que les auteurs considèrent
comme des propos injustifiés pour ne pas dire insultants ! De nom-
breux arguments en faveur des mathématiques sont ici développés et
des revendications avancées. Citons, en particulier, celle de disposer
du temps suffisant pour enseigner avec profit.
– Un dossier “calculatrices” comporte deux articles fort intéressants.
Le premier est intitulé : A propos de : “La dernière partie de l’iceberg
est la plus grosse”. Son auteur, Agnès Barthes, y défend l’idée que
si l’objectif principal des élèves est d’obtenir de bonnes notes, il leur
faudra comprendre que l’objectif de l’enseignement est de rendre ces
élèves capables de se servir de leur savoir.
Le deuxième article a pour titre : “Erreurs d’arrondis et calcula-
trices”. Christian Vassard et Didier Trotoux montrent que dans
certains calculs, les erreurs d’arrondis peuvent devenir si importantes
qu’elles enlèvent tout sens aux résultats obtenus.
– La géométrie au Collège au travers des niveaux de P. M. Van Hiele
par Annette Michoux-Braconne présente les résultats d’une re-
cherche en didactique sur le problème de l’enseignement de la dé-
monstration en géométrie en 4e année (2e année en Belgique).
– La règle, un instrument de géométrie projective (par Rudolph
Bkouche) traite des rapports entre l’usage des instruments géomé-
triques et les propriétés géométriques mises en jeu.

54
– Dany-Jack Mercier est l’auteur de “L’algèbre dans la correction
des erreurs”. Il y traite des problèmes des codes correcteurs d’erreurs.
De nombreux codes sont ainsi passés en revue.
– Dans la rubrique “Mathématiques et Société”, Gérard Kuntz pré-
sente un article intitulé : “Point de vue sur l’enseignement des ma-
thématiques”. L’auteur traite de divers thèmes qui ont retenu son
attention lors d’un congrès sur la didactique des mathématiques tenus
en 1997 au Canada.
Ces thèmes sont :
• La crise des programmes et des contenus des mathématiques
• L’enseignement des mathématiques en résolvant des problèmes
(très) consistants
• L’enseignement des mathématiques : une réalité complexe, de na-
ture systémique.
Cette livraison du bulletin de l’APMEP comporte enfin les rubriques
traditionnelles et certainement très instructives
• Les problèmes de l’APMEP
• Les avis de recherche
• Les nouvelles brèves
• Les matériaux pour une documentation
• la vie de l’association

55
Bulletin de l’APMEP, n◦ 416.
Ce bulletin est entièrement consacré aux journées nationales 1997 de
l’Association, à Marseille.
On y trouve le compte-rendu de la séance d’ouverture, les résumés de
4 conférences et des synthèses de certains ateliers.
Les conférences sont :
– La formule de Black et Scholes par Etienne Pardoux
– Quelques modèles peu connus par Pierre Julien
– Mathématiques et informatique graphique par Jean-Louis Mahtret
– Approche mathématique de la notion de complexité par Gerard
Ranzi
16 compte-rendus d’activités en ateliers terminent ce numéro particulier.

Bulletin de l’APMEP, n◦ 417, juin-juillet 1998.


Au sommaire de ce numéro, nous avons noté
– Au ras des pâquerettes par Guy Chaty
L’auteur y rédige un plaidoyer en faveur de l’initiation à l’algorithmi-
que et montre que l’établissement des liens entre les formulations des
algorithmes et leur preuve mathématique aide à la compréhension
simultanée du processus algorithmique et du support mathématique.
De nombreux exemples sont donnés.
– Le calcul de π en cinquième, avec une bassine, une caisse carrée et
des boulettes de papier par Michel Rousselet.
C’est la relation d’une activité de type probabiliste.
– Claude Matz présente dans “Fiche d’évaluation” une fiche d’éva-
luation permettant de mieux maı̂triser la formation des élèves et de
bien cerner leur évolution.
– Roger Cuppeur a écrit “Faire de la géométrie en jouant avec Cabri-
géomètre : la cas de l’orthocentre”.
Il y illustre l’intérêt et l’utilité des nouveaux outils fournis par
Cabri II.
– J. P. Brevan présente une synthèse des solutions reçues en réponse à
un avis de recherche paru dans le bulletin n◦ 403 au sujet du problème
que voici : le carré de tout nombre premier différent de 2 et de 5 est
somme de 3 carrés non nuls.
– Dans “Pourquoi faire simple ...”, André Cauty traite des problèmes
de la dénomination des grands nombres.

56
– Stefan Turnan (Pologne) présente “Puzzles géométriques” où il trai-
te de la décomposition et du réarrangement d’un polygone.
– Deux articles illustrent la rubrique “Mathématique au fil de la plume”
qui souhaite rapprocher deux enseignements (Français et Mathéma-
tiques.
– Les rubriques habituelles complètent ce numéro de la revue de
l’APMEP.
Claude Villers

La brochure “Olympiade Mathématique Belge,


n◦ 4”

Le quatrième recueil des questions posées aux Olympiades Mathématiques Belges est
disponible.
Les trois premières brochures (1976-1981, 1982-1987 et 1988-1993) couvraient toutes des
périodes de 6 années. Le détriplement de l’Olympiade depuis 1996 a eu pour conséquences
une augmentation substantielle du nombre des questions proposées. Ce quatrième tome
de la série ne couvre donc que 5 années d’Olympiades Mathématiques Belges.
Dans ce recueil n◦ 4, toutes les questions des Olympiades des années 1994 à 1998 ont été
regroupées par sujet et présentées, autant que faire se pouvait, selon un ordre croissant
de difficultés.
Toutes ont été réparties selon les trois catégories Mini, Midi et Maxi. Les questions des
deux seules catégories existant en 1994, 1995 ont été distribuées au mieux dans les trois
catégories actuelles. Des notations évidentes indiquent à l’utilisateur à quel stade de
l’épreuve les questions furent proposées. Des tableaux fournissent les réponses attendues.
Tout cela doit donc permettre d’exploiter cette brochure aussi bien dans le cadre d’une
préparation à l’Olympiade que dans celui du cours de mathématique dispensé dans les
classes. Les Professeurs et leurs élèves tireront le plus grand profit de cette brochure
utilisable pendant toutes les années de l’enseignement secondaire.
Les énoncés des problèmes proposés aux finales terminent cet ouvrage.

57
58 Mathématique et Pédagogie n˚119, 58–65, 1998

Olympiades
C. Festraets,

Voici les solutions de quatre problèmes MIDI de la finale de l’Olympiade


Mathématique Belge de 1998.
1. Dans une école, un tournoi d’échecs a été organisé pour les élèves de 3ème
et de 4ème ; deux élèves de 3ème année y ont pris part. Chaque participant a
joué exactement une fois contre chaque autre. Le gagnant de chaque partie
marquait 1 point et le perdant n’en marquait pas ; en cas de partie nulle,
chacun des deux adversaires marquait 1/2 point. A la fin du tournoi, les
élèves de 3ème ont, ensemble, marqué 8 points. Les élèves de 4ème ont tous
obtenu le même nombre entier de points.
Quel est ce nombre et combien y avait-il de participants de 4ème ? (Si
plusieurs solutions existent, les mentionner toutes.)

Solution de François FOUCART, Athénée Emile Bockstael, Bruxelles.

Soient x le nombre d’élèves de 4ème participant au tournoi et n le nombre


total de participants.
On a n = x + 2.
Soit m le nombre de matches. Si chaque participant rencontre une fois
chaque adversaire, on a

n(n − 1) x2 + 3x + 2
m= = .
2 2

Dans tous les cas, on donne un point par match.


Soit y le nombre de points de chaque élève de 4ème, on a donc

m−8 x2 + 3x − 14
y= = .
x 2x

Comme x et y appartiennent à N,

x+3 7
− ∈ N.
2 x
1. Soit x est impair (pour obtenir un nombre pair de demis) et diviseur
de 7 ;
pour x = 1, on a y = −5, à rejeter car y ∈ N,
pour x = 7, on a y = 4.
2. Soit x est pair et alors x+3
2 est un nombre impair de demis et la
fraction x7 doit se simplifier en un nombre impair de demis. Ceci
n’est possible que si x vaut 2 ou 14 ;
pour x = 2, on a y = −1, à rejeter car y ∈ N,
pour x = 14, on a y = 8.

On a donc deux possibilités :


– 7 joueurs de 4ème ont chacun obtenu 4 points (on peut vérifier que
dans ce cas, 36 matches ont été joués et à chaque partie, chaque
joueur a obtenu 21 point) ;
– 14 joueurs de 4ème ont chacun obtenu 8 points (on peut vérifier que
dans ce cas, 120 matches ont été joués, 7 joueurs de 4ème ont gagné
8 parties dont deux contre les joueurs de 3ème, les 7 autres joueurs
de 4ème ont gagné 7 parties et fait match nul contre les 2 joueurs
de 3ème et les 2 joueurs de 3ème jouant l’un contre l’autre ont fait
match nul).
2. Dans la figure représentée ci-dessous (de manière peu précise), AELH,
BF IE, CGJF et DHKG sont quatre rectangles de même aire et IJKL
est un carré.
Quelle est la nature du quadrilatère ABCD ?

59
Solution de Ming-Koon HSU, Lycée Michel Rodange, Luxembourg.

Ce quadrilatère doit au moins être un rectangle puisqu’il possède quatre


angles droits.
Donc a1 + b2 = b4 + a3 et b1 + a4 = a2 + b3 .
Démontrons d’abord que le carré de côté c doit se trouver “au milieu”.
Si, par exemple, il se trouve “au coin inférieur gauche” de sorte que
b4 < b2 , alors
– si a4 < a2 , on a a4 b4 < a2 b2 , ce qui contredit l’hypothèse (aire
AELH = aire CGJF ) ;
– si a4 > a2 , on a b1 < b3 car b1 + a4 = a2 + b3 , b4 < b2 donne a3 > a1
car a1 + b2 = b4 + a3 ; d’où a1 b1 < a3 b3 , ce qui contredit l’hypothèse
(aire DHKG = aire BF IE)
et il faut donc a4 = a2 et b4 = b2 .
Dès lors, b1 = b3 et a1 = a3 .
Nous savons aussi que
b1 a1 = b2 a2
b1 (b4 + c) = b2 (b1 + c)
b1 (b2 + c) = b2 (b1 + c)
b1 b2 + b1 c = b1 b2 + b2 c
b1 c = b2 c
b1 = b2 .

60
Donc, b1 = b2 = b3 = b4 et a1 = a2 = a3 = a4 puisque a1 b1 = a2 b2 =
a3 b3 = a4 b4 .
Le quadrilatère est donc un carré.

3. Lorsque, dans un aquarium, deux poissons d’une même espèce mais de


couleurs différentes se rencontrent, ils changent de couleur, devenant tous
deux, au hasard, de l’une des autres couleurs que peut prendre cette espèce.
a) Les tétrocampes peuvent être oranges, rouges, verts ou bleus. Si un
aquarium contient initialement 1 tétrocampe orange, 9 tétrocampes
rouges, 9 tétrocampes verts et 8 tétrocampes bleus, les rencontres suc-
cessives peuvent-elles mener à ce que ces 27 tétrocampes deviennent
tous d’une même couleur ?
b) Les hippodons peuvent être oranges, rouges ou bleus. Si un aquarium
contient initialement 1 hippodon orange, 9 hippodons rouges et 8 hip-
podons bleus, les rencontres successives peuvent-elles mener à ce que
ces 18 hippodons deviennent tous d’une même couleur ?
Solution de Jean-Noël MONETTE, Collège du Sacré-Coeur, Charleroi.
a) Oui. Par exemple, 5 tétrocampes rouges croisent 5 verts et deviennent
tous oranges, les 4 tétrocampes rouges restants en croisent 4 bleus et
ils deviennent tous oranges, les 4 tétrocampes verts restants croisent
les 4 bleus restants et ils deviennent oranges, le tétrocampe orange
ne croise personne et les 26 autres sont devenus oranges.
b) Non. Pour que tous les poissons aient une même couleur, il faut par-
venir à un même nombre de poissons dans deux couleurs différentes.
Pour y arriver, il faut que les différences entre les nombres de poissons
de couleurs différentes pris deux à deux soient multiples de 3 (par
exemple, 10 rouges, 7 bleus, 1 orange : 10 − 7 = 3, 7 − 1 =
6, 10 − 1 = 9). En effet, quand un poisson sort de chacune de 2
couleurs différentes, il y en a deux qui entrent dans la 3ème couleur.
Les différences entre couleurs augmentent ou diminuent d’un multiple
de 3.
Or ici, les différences sont 9 − 1 = 8, 8 − 1 = 7 et 9 − 8 = 1. On ne
pourra donc jamais arriver à une différence qui soit multiple de 3 et
on ne pourra jamais avoir les 18 hippodons de la même couleur.
4. Démontrer que, si un quadrilatère est inscrit à un cercle, les perpendicu-
laires abaissées du milieu de chaque côté sur le côté opposé sont concouran-
tes.
Solution.

61
Aucun élève n’a réussi à faire une démonstration complète. Vous trou-
verez ci-dessous la démonstration “officielle”.
Ajoutons que 16 candidats (sur 38) n’ont pas lu attentivement l’énoncé,
ont tracé les médiatrices de quatre côtés du quadrilatère et démontré plus
ou moins laborieusement qu’elles se coupaient au centre du cercle circonscrit
au quadrilatère ! ! !
Comme on peut supposer que les 38 élèves participant à la finale de
l’OMB sont de bons, voire de très bons élèves (tout au moins en ce qui
concerne les mathématiques), il est vraiment regrettable de constater qu’ils
sont incapables de trouver une démonstration en géométrie.

Soient M, N, P, Q les milieux respectifs des côtés [AB] , [BC] , [CD] ,


[DA] du quadrilatère et soit O le centre du cercle circonscrit.
M N P Q est un parallélogramme (car M N//AC//QP et M Q//BD
//N P ). Ses diagonales se coupent en S milieu de [M P ] et de [N Q].
Menons de M la perpendiculaire sur CD et de Q la perpendiculaire sur
BC. Ces deux droites se coupent en X. La symétrie centrale de centre S
applique
– P sur M
– la droite OP sur sa parallèle XM
– N sur Q
– la droite ON sur sa parallèle à XQ
et donc applique X sur O.
Le point X est donc le symétrique de O par rapport à S.

62
Si on désigne par Y le point d’intersection des perpendiculaires menées
de N et P sur AD et AB respectivement, Y est aussi le symétrique de O
par rapport à S.
D’où X = Y et les quatre droites sont bien concourantes.

· · · · · · ·

Voici à présent les énoncés des problèmes proposés à l’Olympiade


Mathématique Internationale.
Les résultats de nos concurrents francophones ne sont pas fameux, pas
de médaille cette année. Cependant, la Belgique garde sa place au milieu
du classement par pays (39ème sur 78 pays présents) grâce, il faut le dire,
à l’apport de points des concurrents néerlandophones.
Ces problèmes m’ont paru vraiment très difficiles. D’ailleurs, un seul
étudiant (sur 419) a obtenu le maximum des points.

63
39ème Olympiade Internationale de Mathématique
Premier jour - Taı̈pei - 15 juillet 1998

Problème 1

Dans un quadrilatère convexe ABCD, les diagonales AC et BD sont


perpendiculaires et les côtés opposés AB et DC ne sont pas parallèles.
On suppose que le point P , intersection des médiatrices de AB et de DC,
se trouve à l’intérieur de ABCD. Prouver que le quadrilatère ABCD est
inscriptible si et seulement si les triangles ABP et CDP ont même aire.

Problème 2

Une compétition regroupe a participants et b examinateurs, où b > 3 est


un nombre entier impair. Chaque examinateur attribue à chaque participant
une des mentions “réussi” ou “échoué”. On suppose que le nombre k est tel
que : pour deux examinateurs quelconques, leurs décisions coı̈ncident pour
au plus k participants. Prouver que

k b−1
> .
a 2b

Problème 3

Pour tout entier n strictement positif, d(n) désigne le nombre de diviseurs


positifs de n (y compris 1 et n).
Trouver tous les entiers strictement positifs k pour lesquels il existe n
tel que
d(n2 )
= k.
d(n)

Temps accordé : quatre heures et demie.

Chaque problème vaut 7 points.

Deuxième jour - Taı̈pei - 16 juillet 1998

64
Problème 4

Trouver tous les couples (a, b) d’entiers strictement positifs tels que
ab2 + b + 7 divise a2 b + a + b.

Problème 5

Soit I le centre du cercle inscrit dans le triangle ABC. Ce cercle est


tangent aux côtés BC, CA et AB du triangle, en les points K, L et M
respectivement. La droite parallèle à M K passant par B coupe les droites
LM et LK respectivement en R et S. Prouver que l’angle RIS d est aigu.

Problème 6

On considère toutes les applications f de l’ensemble N ∗ de tous les entiers


strictement positifs dans lui-même vérifiant

f (t2 f (s)) = s(f (t))2 , quels que soient s et t dans N ∗ .

Déterminer la plus petite valeur possible de f (1998).

Temps accordé : quatre heures et demie.

Chaque problème vaut 7 points.

65
66 Mathématique et Pédagogie n˚119, 66–74, 1998

Des problèmes et des jeux


C. Festraets,

J’ai reçu récemment une solution intéressante du problème 199 ; cette


solution intéressera sans aucun doute certains de mes [Link] est à re-
marquer que cette solution et celle qui a été publiée dans le n◦ précédent
de Mathématique et Pédagogiesont toutes deux basées sur la méthode de
descente infinie.

Pythagore voit double problème n◦ 199 de M. et P. n◦ 115.


Trouver toutes les solutions du système
 2
a + b2 = c2
(S)
b2 + c2 = d2

avec a, b, c, d ∈ N.
Solution de J. FINOULST de Diepenbeek
Multipliant membre à membre les relations

c2 − b2 = a2
c2 + b2 = d2

on trouve
c4 − b4 = (ad)2 (1)

Nous allons montrer que cette équation n’a pas de solution non triviale
en nombres naturels.
Dans ce but, nous suivons le raisonnement de Oysteyn Ore dans son livre
“Number Theory and its History”, Mc Graw-Hill Book Company, inc., New
York, 1948, où il démontre que l’aire d’un triangle primitif de Pythagore
n’est jamais un carré (le terme “primitif” suppose que les nombres a, b et c
avec b2 + c2 = a2 sont premiers entre eux).
On sait que les côtés peuvent s’écrire

b = 2mn, c = m2 − n2 , a = m2 + n2 .
L’aire de ce triangle est
1
A= bc = mn(m2 − n2 ). (2)
2

Dans l’hypothèse où A est un carré t2 ,

mn(m − n)(m + n) = t2 .

Dans un triangle primitif, les nombres m et n sont premiers entre eux,


l’un pair, l’autre impair. Il s’ensuit que les quatre nombres

m, n, m − n, m+n

sont premier entre eux, deux à deux.


Comme leur produit est un carré, chacun de ces nombres est un carré,
d’où
m = u2 , n = v2 , u2 − v 2 = p2 , u2 + v 2 = q 2 .
Il est clair que les nombres u, v, p et q sont premiers entre eux, deux à deux.
En additionnant et soustrayant les deux dernières équations, on trouve

2u2 = p2 + q 2 , 2v 2 = (q − p)(q + p). (3)

Comme un des nombres m et n est pair et l’autre impair, u et v ont cette


même propriété et donc p et q sont impairs. Cela prouve aussi que q − p et
q + p sont pairs et la seconde égalité dans (3) nous permet d’écrire

v = 2w.

Et cette même égalité donne


q−p q+p
2w2 = . (4)
2 2
Les deux facteurs du second membre sont premiers entre eux ; un diviseur
commun diviserait leur somme q et leur différence p, mais p et q sont pre-
miers entre eux.
Selon (4), un des facteurs du second membre est pair. Cela mène aux
possibilités :
q−p q−p
= 2k 2 , = r2
2 2
67
d’où
p = r2 − 2k 2 , q = r2 + 2k 2
et
q−p q+p
= r2 , = 2k 2
2 2
d’où
p = 2k 2 − r2 , q = 2k 2 + r2 .

En substituant ces paires de valeur de p et q dans la première égalité (3),


on obtient dans les deux cas

u2 = (r2 )2 + (2k 2 )2 .

On trouve ainsi un triangle du même type de côtés

r2 , 2k 2 , u.

L’aire de ce triangle est


 2
1 1 1
A1 = .r2 .2k 2 = w2 = v = n.
2 2 4

Cette aire est un nombre entier plus petit que l’aire A.


A partir de ce second triangle, on peut déduire un troisième, un qua-
trième, etc. dont les aires vont en décroissant. Comme l’aire est un entier
> 1, cela mène à une contradiction.
L’hypothèse – l’aire d’un triangle (primitif ou non) de Pythagore est un
carré – est à rejeter.
Considérons finalement le triangle de Pythagore défini par m = x2 , n =
2
y ; ce triangle aurait selon (2) une aire

x2 y 2 (x4 − y 4 ) = x2 y 2 z 2 = (xyz)2 .

Cette aire serait donc un carré parfait, contrairement à ce qui précède.


Et il s’ensuit immédiatement que l’équation

x4 − y 4 = z 2

n’a pas de solutions en nombre entiers.

68
La relation (1) étant de cette forme, on conclut que le système proposé
n’a pas de solution non triviale.

Trapèze problème n◦ 202 de M. et P. n◦ 116.


On considère le trapèze isocèle abcd où ab//cd. Les points m et n sont
les pieds des perpendiculaires abaissées de d sur ab et sur ac respectivement.
Démontrer que si m, n et p milieu de [cd] sont colinéaires, alors l’angle acb
est droit.
Solution de L. COLOT de Bouge.

Le trapèze (abcd) étant isocèle, cela entraı̂ne que ses angles opposés (a
et c, d et b) sont supplémentaires. On peut donc en déduire que ce trapèze
est inscriptible.
Le cercle circonscrit à ce trapèze est aussi le cercle circonscrit au triangle
(abc). De plus, le point d appartient aussi à ce cercle.
Par d, considérons la perpendiculaire do à cb (avec o sur cb).
Les points m, n et o sont alignés (droite de Simpson ou de Wallace). Par
conséquent, les quatre points m, n, p et o sont alignés.
Dans les triangles rectangles (doc) et (cdn), p étant le milieu de l’hypo-
ténuse [dc], les médiales [po] et [pn] ont une longueur qui est la moitié de
celle de l’hypoténuse [dc] : donc |po| = |pn| = |dp| = |pc|.
Le point p est donc centre de symétrie du quadrilatère convexe (docn) :
celui-ci est donc un parallélogramme.

69
Comme dans ce parallélogramme l’angle n est droit, ce parallélogramme
est un rectangle et l’angle nco est droit, ce qui permet de conclure que
l’angle acb est droit également.
Il en résulte que la base [ab] du trapèze est un diamètre du cercle cir-
conscrit au trapèze.
La figure est donc la suivante :

Bonnes solutions de N. BERCKMANS de Waterloo, J. FINOULST de


Diepenbeek, J. JANSSEN de Lambermont, B. LOISEAU de Mouscron, A.
PATERNOTTRE de Boussu, H.-J. SEIFFERT de Berlin et M. VERHEY-
LEWEGHEN de Bruxelles.

Nous progressons problème n◦ 203 de M. et P. n◦ 116.


Déterminer toutes les valeurs positives du paramètre m pour que les so-
lutions non négatives de l’équation
cos((18m − 3)x) = cos((14m + 5)x)
forment une progression arithmétique.
Solution de N. BERCKMANS de Waterloo.
Pour m positif et m 6= 2, les solutions de cette équation sont
kπ kπ
x= et x=
2(m − 2) 16m + 1
70
où k ∈ Z.
Remarquons que si m = 2, alors S = R et donc m = 2 est à exclure de
la réponse.

1er cas : 2 < m.


On remarque que l’on a
1 1
0< < .
16m + 1 2(m − 2)

Pour que les solutions non négatives forment une progression arithméti-
que, il faut que
k 1
∃k ∈ N0 tel que = .
16m + 1 2(m − 2)

On en déduit
4k + 1
m= .
2(k − 8)

La condition 2 < m implique 8 < k .

2nd cas : 0 6 m < 2.


On aura
1 1 1
0< 6 si m> .
16m + 1 2(2 − m) 6
1
2.1 6 6 m < 2.
Pour que les solutions non négatives forment une progression arithméti-
que, on doit avoir :
k 1
∃k ∈ N0 tel que = .
16m + 1 2(2 − m)

On en déduit
4k − 1
m= .
2(k + 8)
1
La condition 6 6 m < 2 est vérifiée ∀k ∈ N0 .

71
2.2 0 6 m 6 16 .
Pour que les solutions non négatives forment une progression arithméti-
que, on doit avoir
k 1
∃k ∈ N0 tel que = .
2(2 − m) 16m + 1
On en déduit
4−k
m= .
2(2k + 1)
1
La condition 0 6 m 6 6 est vérifiée si k ∈ {1, 2, 3, 4} .
Réponse :
4k + 1
m = où k ∈ N0 et k > 8,
2(k − 8)
4k − 1
m = où k ∈ N0 ,
2(k + 8)
4−k
m = où k ∈ {1, 2, 3, 4}.
2(8k + 1)

Je n’ai eu qu’une seule autre solution complète, avec toutefois une petite
erreur, 16m + 1 a été remplacé par 16m + 2 dans l’une des solutions de
l’équation.

Prenons le bus problème n◦ 204 de M. et P. n◦ 116.


La carte d’une ville a la forme d’un polygone convexe. Chaque diagonale
du polygone est une rue et les points d’intersection de ces diagonales sont
des carrefours (les côtés du polygone ne sont pas des rues et ses sommets ne
sont pas considérés comme des carrefours). Des lignes d’autobus parcourent
la ville. Chaque ligne va de l’extrémité d’une rue à l’autre extrémité et a
un arrêt à chaque carrefours et à chacune de ses deux extrémités. A chaque
carrefour, deux rues seulement se coupent et au moins l’une d’elles possède
une ligne d’autobus. Montrer que l’on peut aller de tout carrefour à tout
autre carrefour en effectuant au plus deux changements d’autobus.
Solution de B. LOISEAU de Mouscron.
Remarque : l’hypothèse que le polygone est convexe garantit que toutes
les diagonales sont entièrement intérieures au polygone : ce fait reste impli-
cite tout au long du problème.

72
Considérons deux carrefours x et y et, pour chacun de ces carrefours,
une rue passant par ce carrefour et desservie par une ligne d’autobus. Si
par hasard ces deux rues sont confondues, on peut passer d’un carrefour à
l’autre en prenant un seul bus ; si ces deux rues ont un point d’intersection,
que ce soit un point intérieur au polygone (carrefour) ou un sommet du
polygone, on peut passer d’un carrefour à l’autre en prenant deux bus : un
premier du premier carrefour à ce point d’intersection, un second du point
d’intersection au second carrefour. Enfin, si ces deux rues ne se coupent pas
à l’intérieur du polygone, on peut étiqueter leurs sommets A, B, C, D de
façon que la première rue soit AB et la seconde CD et que ABCD soient
rencontrés dans cet ordre sur le contour du polygone :

(le polygone est figuré par une ellipse : c’est une image. Mais en réalité,
le problème est essentiellement topologique, et on pourrait en donner un
énoncé en termes d’arcs qui ne supposerait ni que les rues sont droites, ni
que la ville est convexe).
Alors, les rues BD et AC se coupent nécessairement en un point intérieur
au polygone, donc en un carrefour, et l’une des rues AC et BD est néces-
sairement desservie par un bus. Par symétrie, on peut supposer que c’est
BD. On peut donc passer du premier carrefour x au second y en prenant le
bus de x à B, puis un second bus de B à D et un troisième enfin de B à y.
Il est donc possible de passer de tout carrefour à tout autre en changeant
au plus deux fois de bus.
Remarque : Si on retire l’hypothèse que par chaque carrefour passent
exactement deux rues, il faut supposer que de toutes les rues passant par
un carrefour donné, toutes sauf au plus une sont desservies par un bus. Le
raisonnement ci-dessus reste alors valable.

73
Bonne solution de J. JANSSEN de Lambermont.

∗ ∗ ∗∗

Les solutions des problèmes suivants doivent me parvenir avant le 1er


avril 1999.

211. Quelle puissance !

Soit n = (19981998 )1998 .


Désignons par s la somme des chiffres de n, par t celle de s et par u celle
de t. Que vaut u ?
(problème proposé par Marc LARDINOIS de Haine-St-Pierre).

212. Soyons constructifs


On donne dans le plan trois cercles concentriques et tels que le plus
grand des trois rayons est inférieur à la somme des deux autres. Construire
un triangle équilatéral dont chaque sommet appartient à un cercle différent.

213. Plus ou moins


La suite (an ) est définie par

a1 = a3 = 1
a2 = a4 = −1
an = an−1 .an−2 .an−4 , n ∈ {5, 6, 7, . . .}

Déterminer a1999 .

74
Mathématique et Pédagogie n˚119, 75–82, 1998 75

13e Championnat International des Jeux


Mathématiques et Logiques
C. Rédaction,

LES PARTICIPANTS
Tous les élèves de votre établissement peuvent disputer les quarts de
finale scolaires. Sept participants au minimum par catégorie sont requis
pour organiser un quart de finale. Si ce minimum n’est pas atteint, les
élèves concourent individuellement.
Même s’il a participé à des quarts de finale scolaires, un élève peut
néanmoins participer individuellement à l’aide des bulletins se trouvant
dans Math-Jeunes pour les catégories CM, C1, C2 et L1. Des bulletins sont
également disponibles auprès de la FFJM–B.P. 157 - 7700 MOUSCRON.
LES CATEGORIES SCOLAIRES
CL : écoliers de 5ème et 6ème primaire
C1 : élèves de 1ère secondaire
C2 : élèves de 2ème et 3ème secondaire
L1 : élèves de 4ème, 5ème et 6ème secondaire
LE CALENDRIER
Phase 1 : quarts de finale jusqu’au 31 janvier 1999
Phase 2 : demi-finales régionales le 13 mars 1999
Phase 3 : finales régionales le 15 mai 1999
Phase 4 : finale internationale fin août ou début septembre 1999
LES MODALITES
Il vous suffit de demander un dossier de participation à :

FFJM - B.P. 157 - 7700 MOUSCRON

Vous trouverez ci-dessous, classés par ordre de difficulté croissante, 12


énoncés de quarts de finale fermés (confidentiels), pour les collègues du fon-
damental une autre série de 9 énoncés, qui servent à l’épreuve de qualifica-
tion, fixée au même moment pour tout votre établissement, épreuve à l’issue
de laquelle vous corrigez les réponses (fournies également).
Vous choisissez à votre guise : date, nombre de sujets, coefficients, durée,
mode de qualification, etc.
Une seule contrainte : les résultats doivent parvenir à la FFJM le 31
janvier 1999 au plus tard. Vous ne renvoyez aucune réponse à la FFJM. Seul
le bordereau de retour qui donne la liste des qualitifés de l’établissement est
à retourner.
LE CENTRE DE DEMI-FINALE
Voici la liste provisoire des centres belges : Ath, Bruxelles, Liège,
Mouscron, Namur, Thuin et Virton.
Les personnes inscrites sur le bordereau doivent pouvoir se déplacer le
samedi 13 mars 1998 dans le centre de demi-finale choisi. A ce stade de
l’épreuve, la cotisation FFJM doit être acquitée : catégorie CM : 175F,
catégorie C1 et C2 : 350F et catégorie L1 : 450F.
La finale belge est déjà dotée de nombreux prix.
QUESTIONNAIRE
Le concours ne vous intéresse pas ?
Utilisez ces jeux-problèmes pour une activité collective dans vos classes,
vos cours d’éducation mathématique, clubs mathématiques . . .
Veuillez attendre la date limite du 31 janvier 1999 pour les utiliser à
votre guise.
Le concours vous intéresse ?
Demandez le dossier gratuit de participation à :

FFJM - B.P. 157 - 7700 MOUSCRON


ou par télécopie au 056 33 14 53
ou par courrier électronique : [Link]@[Link]

Vous y trouverez une information plus détaillée, les questions (celles ci-
dessous), les réponses, le bordereau de retour . . .
Dans la revue Math-Jeunes, vous trouverez le questionnaire individuel
de participation. N’oubliez pas d’abonner ou de réabonner vos élèves.

76
13ème Championnat International des Jeux
Mathématiques et Logiques 1/4 de finale
Collèges et Lycées (sujets confidentiels)

1. LES TROIS DÉS


Sur un dé “normal”, la somme des points portés
par deux faces opposées est toujours égale à 7.
Sur une table, Dédé a construit un tour avec trois
dés normaux. La face du dessus du dé du dessus
porte un 4.
Combien vaut la somme des points portés
par les 5 faces cachées (entre elles et par la
table) ?

2. LA JOURNEE DE MONSIEUR TÊTENLAIR


Monsieur Têtenlair, qui est représentant, habite sur la Nationale 7. Aujour-
d’hui, en partant de chez lui, il a fait un premier parcours, d’une traite, de
53 km pour voir un client. Il a ensuite effectué un second trajet de 79 km,
puis un troisième de 27 km, et, enfin, un quatrième de 9 km. M. Têtenlair
sait qu’il fait ces quatre trajets, les seuls de sa journée, sur la Nationale 7,
mais, très étourdi,il ne sait plus dans quel sens il a effectué chacun d’eux.
“De toutes façons, pense-t-il en calculant, je suis au maximum à 168 km
de chez moi !”. A combien de kilomètres est-il de chez lui, au mini-
mum ?

3. LE GRAND TRIANGLE
A l’aide de petits triangles noirs, on veut recouvrir
un triangle blanc de dimensions deux fois plus
grandes. Les triangles noirs étant disposés comme
sur le dessin, on doit les déplacer en les faisant
glisser sans les retourner, mais ils peuvent se
chevaucher.
Combien de triangles noirs faudra-t-il uti-
liser, au minimum, pour que toute la surface du
triangle blanc soit recouverte ?

4. CONCOURS

77
Huit concurrents, élèves d’une classe de 6ème et d’une classe de 5ème, parti-
cipent au concours “Je sais tout” organisé dans leur collège. Les huit concur-
rents obtiennent des nombres de points tous différents, le vainqueur ayant
obtenu 8 points et le dernier 1 point. Les élèves de 6ème ont totalisé 18
points. Dans le classement, entre deux élèves de 6ème, il y avait toujours
au moins un élève de 5ème. Par contre, Jean et Dominique étaient les seuls
élèves de 5ème à ne pas être séparés par un élève de 6ème.
Combien de points Jean et Dominique ont-ils obtenu, à eux deux ?

5. LES TRIANGLES
Combien de vrais triangles non superposables,
même avec retournement, peut-on tracer en utilisant
trois points quelconques du réseau ci- contre ?
Note : un “vrai” triangle est un triangle non aplati.
6. LES TROIS NOMBRES
Trois nombres à deux chiffres sont écrits avec les six chiffres 2, 3, 4, 5, 6
et 7. La somme des trois nombres est égale à 171, et la différence entre les
deux plus petits est égale à 11.
Trouvez les trois nombres. Donnez-les dans l’ordre croissant.

7. SAULE QUI PEUT !


Un magnifique saule est planté à l’intérieur d’un terrain carré. La somme
des distances du saule à deux des côtés du terrain est égale à 100 mètres,
tandis que la somme des distances du saule aux deux autres côtés du terrain
est égale à 120 mètres.
Quelle est l’aire du terrain ? On donnera la réponse en m2 .

8. LE JEU DES CHIFFRES


Julien et Bernard jouent à un jeu qui consiste à écrire un nombre à plu-
sieurs chiffres. Le joueur qui commence écrit le premier chiffre à gauche,
obligatoirement différent de 0, et les joueurs jouent ensuite alternativement
en écrivant les chiffres suivants à droite du chiffre ou des chiffres déjà écrits.
Ils doivent respecter les règles suivantes :
• après un 9, on peut écrire n’importe quel chiffre
• après un chiffre inférieur à 9, on doit écrire un chiffre plus grand
• chacun des chiffres doit apparaı̂tre au plus 3 fois dans le nombre.
Le premier joueur ne pouvant écrire aucun chiffre a perdu. Julien commence.

78
Quel chiffre doit-il écrire pour être sûr de gagner, quel que soit
le jeu de Bernard ? Répondez 0 si vous pensez qu’une stratégie gagnante
n’existe pas pour le premier joueur.

9. LES CUBES
Mathias dispose de 120 petits
cubes : 80 cubes entièrement
bleus et 40 cubes entièrement
blancs. Il veut utiliser ces
120 cubes et de la colle
pour construire un grand
parallélépipède rectangle. La
surface du parallélépipède sera
entièrement formée de faces des
petits cubes.
Combien de faces visibles de petits cubes, au minimum, seront
bleues ?

10. PARTAGE DU CERCLE


Sur un cercle de longeur 24 cm, on place des points de façon que les arcs de
cercle compris entre deux points consécutifs mesurent tous 2 cm ou 3 cm. De
plus, en joignant deux points quelconques, on n’obtient jamais un diamètre
du cercle.
Les points placés sur le cercle déterminent combien d’arcs de
cercle de longueur 3 cm ?

11. PARTAGE DU TRIANGLE


On a partagé un rectangle en 5 triangles rectangles semblables. Si deux de
ces 5 triangles ne sont pas disjoints, leur partie commune est soit un sommet,
soit un côté entier qui est alors l’hypoténuse d’un des deux triangles et un
côté de l’angle droit dans l’autre. L’aire du plus petit triangle est égale à
2 cm2 . Quelle est l’aire du rectangle ?

12. DIVISEURS
Le produit de tous les diviseurs d’un certain nombre entier naturel supérieur
à 1 est égal à la puissance 5ème de ce nombre.
Combien de diviseurs ce nombre possède-t-il ?

79
13ème Championnat International des Jeux
Mathématiques et Logiques 1/4 de finale
Scolaires
1. LA CASQUETTE A JOJO
Jojo est sympa, il m’a prêté sa cas-
quette ! Mais comme il a la grosse
tête, il a fallu que je décale les pi-
cots d’un cran pour la régler à ma
taille. Une fois ce décalage effectué,
le nombre de trous libres était de-
venu plus petit que le nombre de
trous occupés par les picots.
Avant que Jojo ne prête sa casquette, combien y avait-il de picots
dans les trous ?

2. LES NOMBRES DE MATHIAS


Mathias s’amuse à écrire tous les nombres décimaux possibles utilisant un
chiffre 1, un chiffre 2, un chiffre 3 et une virgule, à l’exception de tout autre
signe. Combien Mathias peut-il écrire de nombres différents ?

3. LE RECTANGLE À SECRETS
Mathilde et Mathias ont inventé un moyen de com-
munication secret. L’expéditeur écrit le texte dans
le rectangle, ligne par ligne, puis le recopie colonne
par colonne, en séparant les lettres en trois “mots”
de six lettres. Celui qui reçoit le message a vite
fait de décoder. Mathilde, pendant le contrôle de
mathématiques, a oublié sa calculette. Angoissée, elle
adresse à Mathias le message suivant :
“S T I U O E E F S A R ? P O Q T Z”.
Quelle doit être la réponse de Mathias (en clair) ?

80
4. DECOUPAGE
Les trois figures ci-contre sont
formées de treize petits carrés.
Partagez la première de ces
trois figures en deux morceaux,
de telle sorte qu’en réarrangeant
différemment ces deux morceaux, on
puisse reconstituer les deux autres
figures.

5. LES TROIS DÉS


Sur un dé “normal”, la somme des points portés
par deux faces opposées est toujours égale à 7.
Sur une table, Dédé a construit un tour avec trois
dés normaux. La face du dessus du dé du dessus
porte un 4.
Combien vaut la somme des points portés
par les 5 faces cachées (entre elles et par la
table) ?

6. LA JOURNEE DE MONSIEUR TÊTENLAIR


Monsieur Têtenlair, qui est représentant, habite sur la Nationale 7. Aujour-
d’hui, en partant de chez lui, il a fait un premier parcours, d’une traite, de
53 km pour voir un client. Il a ensuite effectué un second trajet de 79 km,
puis un troisième de 27 km, et, enfin, un quatrième de 9 km. M. Têtenlair
sait qu’il fait ces quatre trajets, les seuls de sa journée, sur la Nationale 7,
mais, très étourdi,il ne sait plus dans quel sens il a effectué chacun d’eux.
“De toutes façons, pense-t-il en calculant, je suis au maximum à 168 km
de chez moi !”. A combien de kilomètres est-il de chez lui, au mini-
mum ?

7. LE GRAND TRIANGLE

81
A l’aide de petits triangles noirs, on veut recouvrir
un triangle blanc de dimensions deux fois plus
grandes. Les triangles noirs étant disposés comme
sur le dessin, on doit les déplacer en les faisant
glisser sans les retourner, mais ils peuvent se
chevaucher.
Combien de triangles noirs faudra-t-il uti-
liser, au minimum, pour que toute la surface du
triangle blanc soit recouverte ?

8. EMBALLEZ LE CUBE !
On veut emballer le cube représenté à
droite à l’aide de la bande de papier
dessinée en-dessous. Pour cela, on ap-
plique le carré 1 de la bande sur la face
A du cube, puis le carré 2 sur la face B,
le carré 3 sur la face C, et on continue
ainsi, sans jamais froisser ni déchirer
la bande de papier, un carré de papier
s’appliquant toujours exactement sur
une face du cube.
Quelle est la somme des carrés appliqués sur la face E ?

9. LES PETITS CUBES


Mathilde dispose de 27 petits
cubes : 13 cubes entièrement
rouges et 14 cubes entièrement
blancs. Elle veut utiliser ces 27
petits cubes et de la colle pour
construire un grand cube. La sur-
face du grand cube sera formée
de 54 faces de petits cubes.

Sur ces 54 faces, combien, au minimum, seront


rouges ?

82

Vous aimerez peut-être aussi