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Pôle Judiciaire Financier au Sénégal

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Almamy COLY
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Le pool judiciaire financière, Chef d’orchestre de la lutte contre la criminalité financière et

économique

Le Sénégal, bien que moins atteint que d’autres Etats, n’a pas échappé au fléau que constitue la
prolifération d’actes préjudiciables à l’économie du pays, commis par certains agents publics peu
scrupuleux sur les moyens de s’enrichir rapidement. La machine étatique va ainsi mettre en place
des dispositifs pour disloquer le couple corrupteur-corrompu, de décourager ceux qui pourrait
tentées par l’appât d’un gain illicite et facile, de faciliter la détection des infractions, de renforcer
l’efficacité des poursuites et de recouvrement des avoirs criminels qui en sont le produit.

L’Etat, sur le terrain institutionnel se dote les moyens d’endiguer la criminalité financière et
économique par l’instauration de la Cour des comptes, L’Inspection Générale, L’office nationale
de lutte contre la fraude et la corruption et la Cellule nationale de Traitement des informations
financières et le pool Judiciaire financière, le « dernier-né » de l’arsenal répressif qui remplace la
défunte Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite qui a été accouché sous le régime du
Président ABDOU DIOUF par la loi n°81 ou il était en sommeil selon le journal JEUNE
AFRIQUE . Mais dès son arrivée au pouvoir en 2012, celle-ci fut ressuscitée par le Président de
la république MACKY SALL. « Cette juridiction morte » a été battue en brèche. Ainsi en est-il
notamment de sa faiblesse légale (non-respect des principes sacro-saint de la défense :
renversement du charge de la preuve, impossibilité de faire appel) de son inefficacité (deux procès
se concluent par un verdict entre 2012 et 2023 sur les 25 dossiers enrôlés) et sa politisation (décriée
par les opposants comme une juridiction créée pour les mater, une chasse aux sorcières orchestrée
par le régime en place,)

Considéré comme un « progrès juridictionnel » par le professeur ISMAILA MADIOR FALL,


le POOL judiciaire financière est né sur les cendres de la défunte CREI, « chef d’orchestrée » de
la lutte contre la criminalité financière, il a été infanté par la loi n° 2023-10 du 2 aout 2023 dont le
dessein est d’asseoir une gouvernance éthique et exemplaire et à lutter contre les actes de
prévarication et comme étant une réponse selon le ministre de l’intérieur jean baptiste tine aux
« défis posés par l’exigence citoyenne de recevabilité, la mondialisation de l’économie, les flux
rapides de capitaux ,le développement des technologies de l’information et de la communication,
ainsi que les réseaux criminels qui ne connaissent pas de frontière et ne sauraient donc être
démantelés que par des mécanismes judiciaires adaptés » le pool judicaire présente quelques vertus
en alliant les besoins d’efficacité dans la répression et d’ efficience dans la gestion des ressources
humaines avec une extension de son champ de compétence .
Le pool judiciaire financier a une compétence nationale eu égard à l’article 677-97
comporte :
 Un parquet financier ;
 Un collège des juges d’instruction financiers ;
 Une chambre d’accusation financière ;
 une chambre de jugement financière
 une chambre des appels financière ; et
 des assistants de justice spécialisés

S’agissant du parquet financier, il est dirigé par le procureur de la république qui est placé sous
l’autorité du procureur général près la cour d’appel de Dakar. IL est nommé par décret
conformément aux règles statutaires, parmi les magistrats des cours et tribunaux ayant atteint la
hors hiérarchie.

Il a, dans les affaires de sa compétence, les mêmes attributions que le procureur de la république.

Dans l’exercice de ses fonctions, le procureur de la république est assisté d’un procureur de la
république financier adjoint et de trois substituts au moins. Son adjoint et ses substituts sont
nommés par décret conformément aux règles statutaires parmi les magistrats des cours et tribunaux
ayant atteint au moins, respectivement le 1er groupe du 1er grade et le 2ème groupe du 1er grade.

Le procureur de la république financier peut être saisi au moyen d’une plainte, d’une dénonciation
ou par toute autre voie prévue par la législation en vigueur.

Il peut aussi agir d’office, sur sa propre initiative

Lorsqu’il décide de déclencher des poursuites, le procureur de la république financier fait procéder
à une enquête préliminaire en adressant des instructions écrites à des fonctionnaires de la hiérarchie
A ou des officiers de police judiciaire, procédant soit à titre individuel, soit dans le cadre de
brigades spécialisées dans les conditions précisées par décret.

La nouvelle loi lui reconnait le privilège d’être informée de toute poursuite engagée auprès des
juridictions de droit commun contre les deniers publics, la corruption et les pratiques assimilées.

Pour accroitre l’efficacité de l’action du procureur de la république financier contre les infraction
pour lesquelles , il est doté d’une compétence exclusive, le procureur de la république est tenu,
lorsqu’il est saisi d’une infraction réservée de lui transmette dans les soixante-douze heures de
sa saisine (72) heures, l’entier dossier. Ce principe est quelque peu tempéré par le fait que lorsque
les circonstances l’exigent, le procureur de la république déjà saisi d’une affaire, est habilité à
poser les actes urgents, à charge bien entendu d’en rendre compte au procureur de la république
financier.

Dans le cas de poursuites dirigées contre les personnes bénéficiant d’une immunité ou d’un
privilège de juridiction, le procureur de la république financier a l’obligation de transmettre le
dossier à l’autorité compétente aux fins de l’exercice des poursuites par les voies de droit prévues.

Dans l’éventualité d’une information le procureur de la république financier est tenu de


requérir l’avis du président de la chambre de jugement financière ; c’est seulement suite à
cet avis qu’il sera désigné le ou les juge (s) chargé(s) de l’enquête, compte tenu de la
complexité de l’infraction et des chefs d’inculpation.
En outre lorsqu’il existe un conflit de compétence entre un procureur de la république et
un procureur de la république financier, celui-ci est tranché par le procureur général près
la cour d’appel de DAKAR sur saisine de l’un ou de l’autre de ces deux magistrats.
Quel sort sera réservé aux procédures engagées par le procureur spécial près la CREI
devant la commission d’instruction de ladite juridiction ? Seront-elles enterrées dans la
tombe de la CREI ? La loi du 2 Aout 2023 en son article 3 répond par la négative. Ils sont
au regard de l’article précité poursuivies d’office, à compter de la date en vigueur, sans
formalité de saisine, respectivement par le procureur de la république financier et par le
collège des juges d’instruction du tribunal de grande instance hors classe de Dakar.
Par contre, à s’en tenir à l’article subséquent, des procédures engagées avant l’entrée en
vigueur de cette loi par les procureurs de la république, elles sont poursuivies jusqu’à leur
terme conformément aux règles procédurales de droit commun.

lorsque que l’enquête préliminaire est clôturée et qu’il existe des indices d’enrichissement illicite,
le procureur de la république financier convoque le mis en cause , en lui précisant que dans
l’éventualité d’une poursuite, les pièces du dossier seront tenues à sa disposition quarante- huit à
l’avance à son secrétariat . Il est également tenu de l’avertir de son droit de se faire assister du
conseil de son choix.

Au jour fixé, le procureur de la république financier entend la personne concernée en lui faisant
connaitre les résultats de l’enquête en ce qui concerne le montant de ses ressources connues,
comparé au détail de ses éléments de son patrimoine ou de son train de vie.

A partir de ce moment, il met en demeure le mis en cause dans le délai d’un (1) mois, de

Justifier l’origine licite desdits éléments. Il est dressé procès-verbal de cette audition.
Deux cas de figure peuvent alors se présenter :

 Un classement sans suite du dossier, lorsque le mis en cause présente des justifications
suffisantes.
 L’ouverture d’une information judiciaire confiée au collège des juges d’instruction
financière, lorsque le mis en cause ne se présente pas ou ne fournit, dans le délai imparti,
aucune justification ou lorsque les justifications fournies sont jugées insuffisantes.
Le procureur de la république financier saisit le président du juge des collèges d’instruction
financiers.
L’instruction est obligatoire en cas de poursuite liée aux infractions visés à l’article 677-
94, à l’exception de l’escroquerie et l’abus de confiance visés au 9° dudit article, pour
lesquels elle est facultative.
Lorsqu’il décide d’ouvrir une information judiciaire, le procureur de la république
financier, après avis du président de la chambre de jugement financier, désigne pour chaque
information le juge, qui en sera chargé.
Toutefois, il peut désigner deux ou plusieurs juges financiers pour instrumenter dans les
affaires présentant une grande complexité et plusieurs chefs d’inculpation.
En ce qui concerne sa composition, il comporte cinq (05) magistrats au moins, nommés
par décret après avis du conseil supérieur de la magistrature, parmi les magistrats des cours
et tribunaux ayant atteint au moins le deuxième groupe du premier grade. Il est présidé par
le magistrat le plus ancien.
En vue de la manifestation de la vérité, le collège procède soit par l’ensemble de ses
membres, soit par certains, ou l’un d’entre eux, à des interrogatoires et auditions, délivre
des commissions rogatoires ou des délégations judiciaires, et décerne tout mandat
nécessaire à l’accomplissement de sa mission. Les magistrats instructeurs peuvent même
se déplacer en tout lieu du territoire national et le cas échéant à l’étranger en accord avec
les autorités de l’Etat concerné, dans le cadre de l’exécution de leurs missions.

Il s’est produit entre la commission d’instruction de la CREI et le collège des juges


d’instruction financière un profond changement opéré par la loi du 2 aout 2023.
Le législateur a voulu entreprendre un aménagement de la procédure d’instruction en vue
de mieux l’adapter aux principes directeurs garantissant l’équité du procès pénal.
En effet l’article 13 de la loi n°84-54 du 10 juillet 1984 avait fermé toute voie de recours
contre les décisions de la commission d’instruction tout en ouvrant un droit d’appel contre
les arrêts de non-lieu.
Le monopole du droit d’appel reconnu au parquet spécial contre les arrêts de non-lieu de
la commission d’instruction et la fermeture de toutes voie de recours contre les décisions
de ladite commission de la part de l’inculpé, heurtent manifestement le principe de l’égalité
des armes . Ce dernier suppose que chaque parie ait « la possibilité de défendre sa cause
dans des conditions qui ne la place pas dans une situation de net désavantage par rapport
à son adversaire » (CEDH du 27 juin 1968, Neumünster C/ Autriche). Les parties doit avoir
des droits équivalents et équilibrés, ce qui exclut des « disparités grossières révélant
d’équilibre dans le procès » ( F .Desportes et Lazergues- Cousquer, Traité de procédure
pénal, Paris Economica, 2° édition, 2013 ,n° p.293)
On a pu écrire, à juste titre, que « l’interdiction du droit d’appel et la discrimination
instituée au sujet des voies de recours en violation du principe de l’égalité des armes
constituent autant de limites que risquent de rejaillir sur l’image de la CREI et l’autorité de
ses décisions » ([Link] « le droit à un procès équitable », Discours d’usage de la rentrée
solennelle des cours et tribunaux, année 2012-2013 P.16)
Le législateur a ipso facto apporté une innovation à travers l’article 677-108 qui dispose en
ces termes : « l’appel contre les décisions rendues par l’un ou plusieurs membres du collège
des juges d’instruction financiers est porté devant une chambre d’accusation de la cour
d’appel de DAKAR spécialisée, dénommée chambre d’accusation financière »
La seule juridiction d’instruction du second degré compétente pour les infractions à
l’article 677-94 est la chambre d’accusation financière. Cette dernière est composée de cinq
magistrats, au moins, dont le président chambre, nommés par décret, après avis du conseil
supérieur de la magistrature.
Lorsqu’une chambre d’accusation autre que la chambre d’accusation financière constate
que les faits dont elle est saisie peuvent constituer l’une des infractions visées à l’alinéa
précédent, elle ordonne soit d’office, après avis du procureur général, soit sur réquisitions
de celui-ci, la transmission de l’affaire à la chambre d’accusation compétente.
La procédure d’instruction clôturée par une ordonnance de renvoi sera déférée aux fins de
jugement devant la chambre de jugement financière. Cette dernière est composée de sept
(7) magistrats au moins, nommés par décret après avis du conseil supérieur de la
magistrature, parmi les cours et tribunaux ayant atteint au moins le 1er groupe du 1er grade
Elle est présidée par le magistrat le plus ancien magistrat.
En audience ordinaire, Elle siège en formation collégiale composée d’un juge président et
de deux assesseurs.
La chambre de jugement financière est seule compétente pour juger les crimes et délits
rentrant dans l’une des catégories visées à l’article 677-94.
Lorsqu’une juridiction autre que la chambre de jugement financière constate que les faits
dont elle est saisie constitue l’une des infractions visées à l’article sus indiqué , elle se
déclare incompétente et renvoie le ministère public à se pourvoir ainsi qu’il avisera.
Dans ce cas, les titres de détentions continuent à produire leurs effets.
Si des titres de détention n’avaient pas été décernés, le ministère public entendu, ordonner
le placement en détention des personnes poursuivies.
La procédure va-t-elle s’arrêter là ? Apparemment non ! La personne insatisfaite de la
décision rendue se voit attribuer une dernière chance, celle de porter l’affaire devant la
chambre de jugement de la cour d’appel de Dakar, dénommée chambre des appels
financiers dans les conditions prévues par le présent code. La chambre des appels
financière est composée de cinq (5) magistrats au moins désignée
Par ordonnance du premier président de la cour d’appel de DAKAR, sur proposition de
l’assemblée générale de ladite juridiction. Elle siège en formation collégiale, comprenant
trois magistrats au moins.
Pour augmenter la productivité des magistrats financiers, accélérer le traitement des
dossiers, en gros, relever le défi de la qualité de la justice financière. Le législateur décida
de doter le pool judiciaire financier d’un personnel, voué à leurs services, les assistants de
justice. Ces collaborateurs, sont aux magistrats ce que les petites mains des ateliers sont
aux grands couturiers : accomplir les tâches les plus ingrates aux services des magistrats
financiers. Les assistants de justice spécialisés sont des soutiens pour les magistrats non
des substituts. Ils participent aux procédures sous la responsabilité des magistrats, sans
pouvoir toutefois recevoir délégation de signature.
Ils accomplissent toutes les taches qui leurs confiées par les magistrats et peuvent
notamment :
1. assister les officiers de police judiciaire ;
2. assister les magistrats du ministère public dans l’exercice de l’action publique ;
3. assister les juges d’instruction dans tous les actes d’informations ;
4. assister les officiers de police judiciaire agissant sur délégation des magistrats ;
5. remettre aux magistrats des documents de synthèse ou d’analyse qui peuvent être
versés au dossier de la procédure

Ils ont accès au dossier de la procédure pour l’exécution des tâches qui leurs sont confiés
et sont soumis au secret professionnel sous les peines prévus à l’article 363 du code pénal.

L’une des innovations majeures apportées par la loi du 2aout 2023 est l’extension de la
compétence rationne materiae du pool judiciaire financière qui ne se cantonne pas
contrairement à la défunte CREI au seul délit d’enrichissement illicite. Le législateur a
voulu appréhender la criminalité financière dans toute sa profondeur.

Le pool judiciaire financière se voit attribuer une compétence concurrentielle et exclusive


sur un éventail d’infractions, énumérées aux articles 677-93 et 677-94 du code de
procédure pénal, modifié à cet effet.

S’agissant de la compétence concurrentielle, celle-ci permet au pool judiciaire financière


d’intervenir sur des infractions auparavant traitées par les juridictions de droit commun,
d’exercer une compétence concurrente à celle des « juridictions orthodoxes » pour la
poursuite, l’instruction, le jugement des infractions à caractère économique ou financier
ci-après, présentant une grande complexité en raison notamment du nombre important
d’auteurs, de complices ou de victimes, de l’importance du préjudice, ou du ressort
géographiques sur lequel elles s’étendent :

1. La corruption et les pratiques assimilées ;


2. Les détournements, escroquerie et soustraction liées aux derniers publics ;
3. Les infractions liées à la fausse monnaie ;
4. Le blanchiment de capitaux ;
5. Les infractions fiscales ;
6. les infractions douanières ;
7. Le trafic de stupéfiants, de substances psychotropes et de précurseurs ;
8. Les infractions liées aux technologies de l’information et de la communication ;
9. Les infractions en matière de chèque, de carte bancaire et des autres instruments et
procédés électroniques de paiement ;
10. Les infractions à caractère économique ou financier pour lesquelles une loi lui
donne compétence
En dehors des compétences concurrentielles, le pool judiciaire financier exerce une
compétence exclusive pour la poursuite, l’instruction et le jugement des infractions à
caractère économique et financier, dans les domaines suivants :

1. Les infractions liées à la corruption et aux pratiques assimilées, à la fraude et aux


blanchiments de capitaux résultant des enquêtes diligentées par les autorités
administratives indépendantes, notamment la Cellule nationale de Traitement des
Informations financières et l’Office nationale de lutte Contre la Fraude et la
Corruption ;
2. Les infractions liées à la réglementation des marchés publics ;
3. La piraterie maritime ;
4. Le trafic de migrants ;
5. Le financement du terrorisme ;
6. L’enrichissement illicite ;
7. Les infractions à la réglementation bancaire ;
8. les infractions boursières sur le marché financier ;
9. les infractions visées à l’article 677-93, lorsque le montant du préjudice est
supérieur ou égal à cinquante millions (50000000) de francs ;
10. L’escroquerie ou l’abus de confiance, dont le préjudice est supérieur ou égal à
cinquante millions (50000000) de francs, lorsque les faits impliquent plusieurs
auteurs, complices ou victimes ou s’étendent sur plus d’un ressort du tribunal de
grande instance ;
11. Les infractions visées aux articles 677-97, lorsqu’elle comporte au moins un
élément d’extranéité, à l’exception des infractions liées aux technologies de
l’information et de communication ;

Cette vaste compétence place le pool judiciaire financier au cœur du traitement des affaires
financières au Sénégal.

ALMAMY COLY
étudiant en ingénierie juridique à L’UADB
Email : colyalmamy11@[Link]

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