Assertivité
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Assertivité
L'affirmation de soi dans le respect d'autrui
20/09/2001 - © copyright Thierry TOURNEBISE
autres articles à lire avec celui-ci : Le danger de convaincre - La Reformulation - Ecoute thérapeutique - Stress et mieux-être - Éclairer sans produire
d'ombre - Apaiser violence et conflits
Que ce soit dans le monde professionnel ou dans la vie personnelle, mieux comprendre
ce qui fonde affirmation de soi, mieux être, confort et efficacité,
plutôt que stress, pertes de temps ou conflits
Définition
Assertivité:
Le mot vient du mot anglais ASSERTIVENESS. Initié par Andrew SALTER
psychologue New-yorkais dans la première moitié du siècle dernier. Développé plus
récemment par Joseph Wolpe, psychiatre et professeur de médecine américain
comme "Expression libre de toutes émotions vis à vis d'un tiers, à l'exception
de l'anxiété"
L'assertivité est définie comme une attitude dans laquelle on est capable de
s'affirmer tout en respectant autrui. Il y s'agit de se respecter soi-même en
s'exprimant directement, sans détour, mais avec considération. Cela conduit à
diminuer le stress personnel, à ne pas en induire chez autrui et à augmenter
l'efficacité dans la plupart des situations d'entretien. Cette attitude est
particulièrement importante dans toutes les situations de la vie, mais elle l'est
particulièrement dans toutes les situations d'entretiens professionnels et notamment
dans le management (domaine où elle est trop souvent ignorée)
Mais l’idée de "maîtrise de soi" part sur de mauvaises bases. Nous avons appris à
ne pas nous fier à ceux qui prônent des idées de pouvoir sur l’autre. Nous
avons hélas moins de discernement vis à vis de ceux qui prônent des idées de
pouvoir sur soi.
Rechercher le pouvoir sur autrui est suspect, rechercher le pouvoir sur soi (maîtrise
de soi) l’est tout autant. Même sur soi, le pouvoir est une démarche maladroite, voir
néfaste. Le pouvoir sur soi conduit à une négation de soi. Ce soi qu’on
n’aime pas, le remplacer par autre chose revient à une amputation de soi… qui ne
peut conduire à une authentique assurance.
L’assertivité est fondée sur l’affirmation de soi et non sur la maîtrise de soi.
L’affirmation de soi n’est en aucun cas un pouvoir sur soi. L’affirmation de soi,
c’est l’accueil de soi... l’accueil de soi, c’est l’accueil de celui que l’on est, de
tous ceux qu’on a été depuis qu’on existe et de tous ceux dont on est issus.
L’affirmation de soi c’est donc aussi un respect de soi où il y a aussi respect d’autrui.
Une démarche un peu inhabituelle qui mérite quelques explications afin d’en cerner
les nuances et les avantages.
Le non-verbal : certificat
d’authenticité
Lorsque nous échangeons des propos, l’information qui passe de nous à l’autre et
de l’autre à nous est constituée de verbal (mots - sémantique) et de non-verbal
(attitudes, gestuelles, intonations de la voix). Ce qui est étonnant c’est que la plus
grande partie de l’information échangée est surtout non-verbale. Il paraît même que
ce non-verbal représente au moins 90% de l’information.
soi, car le non verbal est plus généré par ce que l'on pense vraiment que par la
volonté.
Ce non verbal signe donc l’authenticité de nos propos. Quand verbal et non
verbal sont en harmonie, on dira qu’il y a congruence.
Le non verbal signe donc la qualité de nos échanges. Il est directement lié à ce
qu’on pense et à ce qu’on ressent et ne peut totalement être feint. Il est lié à la
qualité de la communication qu’on a avec autrui et avec soi-même.
S’il est habituel aujourd’hui de parler de communication, il est plus rare de savoir
préciser de quoi il s’agit vraiment. Quant à parler de communication avec soi-même,
cela peut même sembler saugrenu !
Heureusement, nous commençons à nous rendre compte que nous avons trop
souvent confondu "communication" avec "pouvoir" et "manipulation".
L’assertivité, mot beaucoup moins galvaudé, définit parfaitement un état dans lequel
on est communicant.
Sensibilité Émotivité
Respect Copinage
Constructif Conflictuel
Responsabilité Culpabilisation
On notera que quand on dit "J'ai des relations", on parle plus des gens dont on peut
se servir, que de ceux vis à vis desquels on a une ouverture d'esprit.
Différencier le "quelqu’un", du
"quelque chose"
Plus le quelque chose est important ( information, projet), et plus on souhaite
atteindre son objectif, plus il est nécessaire, pour y parvenir, de considérer le
quelqu’un plus que le quelque chose : c’est à dire avoir plus de considération
pour l’individu (l’autre et soi-même) que pour le propos (ce que l’on échange). Cela
peut sembler paradoxal de lâcher un peu quelque chose pour mieux l’obtenir… mais
il en est ainsi.
Respect d’autrui
Le respect d’autrui ne peut être que naturel. S’il est forcé, il n’y a pas respect de
l’autre mais manipulation (même avec de bonnes intentions). Rappelons nous que,
dans le meilleur des cas, le non-verbal ne se contrôle que partiellement. De plus,
dans un tel contrôle, on ne se respecterait pas soi-même non plus car alors, on y
refoulerait son ressenti.
Pour mieux respecter l’autre, plutôt que de tenter de se forcer, mieux vaut
augmenter sa sensibilité à la réalité. Le non-verbal s’ajustera
automatiquement. Nous sommes d’autant plus touchés par les circonstances que
nous ne percevons pas la réalité de ce qui se passe.
Le mot respect d’ailleurs vient du latin re-spectus qui veut dire "regarder en
arrière, porter attention, regarder avec égards".
Alors qu’au premier passage, l’intérêt que nous portons au "quelque chose" (le
discours) nous égare et nous porte à réagir, au deuxième passage l’attention que
nous portons au "quelqu’un" (l’interlocuteur) nous sensibilise à sa raison. Avec un
peu de sensibilité, nous découvrons alors que sa raison (la raison, le fondement,
l’origine de son propos) est tout autre que ce que nous croyions.
Respect de soi-même
Autant il est important de respecter autrui, autant il est important de se respecter soi-
même. L’assertivité décrit une attitude où les deux sont présents sans que l’un le soit
au détriment de l’autre.
Par exemple, quand quelqu’un nous demande quelque chose que nous ne
souhaitons pas lui donner: par exemple de lui prêter un de nos livres… alors que
nous ne le souhaitons pas, car nous en avons besoin. Le respecter peut sembler
être de le satisfaire à notre détriment. Mais dans ce cas on ne se respecte pas soi-
même. Si au contraire on lui oppose un refus sans l’écouter, c’est lui qu’on ne
respecte pas.
Le problème, dans un premier temps, n’est pas de savoir ce qu’on va décider, mais
de l’écouter lui et de s’écouter soi, dans un esprit réellement communicant.
Par exemple nous pouvons l’aider à exprimer ce qui motive sa demande et le valider
(voir les cinq points de validation de la communication). Il nous explique alors qu'il
voudrait que nous lui prêtions notre livre car ça lui ferait plaisir de pouvoir le
commencer rapidement, et aussi qu'il n’a pas trop le courage d’aller l’acheter. Il
nous expliquera d'autant mieux cela sans détour que nous serons capable de
l'entendre sans réagir négativement. Nous devons pouvoir valider ses raisons et
lui manifester que, compte tenu de cela, nous comprenons que ce serait mieux pour
lui que nous le lui prêtions. Mais aussitôt, si cela reste pertinent compte tenu de ses
raisons, nous lui affirmons que de notre côté, cela nous pose un problème car nous
avons besoin de cet ouvrage. Nous sommes désolés de ne pouvoir lui donner la
commodité qu’il sollicite.
Autant il est important d’être généreux, autant il faut savoir se respecter soi-
même. Sinon, on court le risque de se retrouver rapidement exsangue. C'est
l'aptitude à dire non tout en restant ouvert à l'autre, c'est à dire tout en restant
communicant. Trop souvent, comme nous n'osons pas dire non, nous préférons
intuitivement reprocher à l'autre de nous avoir fait une telle demande. Pour la
délicatesse, c'est loupé car alors, même si nous ne sommes plus le méchant qui dit
non, c'est seulement l'autre qui est stupide d'avoir posé sa demande! Naturellement,
c'est pire.
D’un autre côté, ce respect de soi-même ne doit pas motiver de ne rien accorder
à autrui. on deviendrait alors un monstre d’égoïsme sous le couvert d’un faux
respect de soi qui n’est qu’un protectionnisme nous faisant manquer la vie.
Oser entendre
Nous trouvons cela fréquemment dans les services d'accueil où, quand on ne peut
satisfaire la demande d'un client, on lui explique directement cette impossibilité, sans
entendre le problème que ça lui pose. Pareillement, dans les services de soin
quand un patient refuse un traitement, une toilette, sa nourriture... etc... on lui
explique ce qu'il doit faire sans entendre sa raison. Voir à ce sujet le chapitre
"Douceurs et violences ordinaires" dans l'article de mai 2001 "Personnes âgées"
Le moins qu'on puisse dire est que nous ne sommes pas entourés par un
environnement communicant. Raison de plus pour adopter un comportement plus
performant qui apaisera les situations et désamorcera les mines posées ça et là
dans les conversations.
Cependant, cela ne doit jamais nous empêcher d'exprimer ce que nous avons à dire
L'assertivité n'est surtout pas une attitude dans laquelle on accepte tout sans rien
dire. Celui qui fait tout pour les autres mais ne veut rien pour lui, celui qui
accepte tout sans jamais rien dire, n'est pas dans l'assertivité mais dans la
négation de soi. Dans la négation de soi, même si on est généreux, on reste
absent et inefficace. L'autre se plaindra de notre inexistence et les situations seront
tendues et embrouillées. Donc s'affirmer et oser dire est très important pour la
qualité des échanges.
Oser dire
Oser dire est aussi important que de savoir entendre, même si "savoir entendre"
doit toujours précéder "oser dire". Même quand il est nécessaire de s'exprimer, sans
auparavant permettre à notre interlocuteur de donner le fondement de son attitude
ou de son propos, il y aura néanmoins toujours un état d'esprit ouvert, dans lequel
on accorde à l'autre qu'il a une raison. Cela modifiera favorablement notre non-
verbal et évitera les réactions intempestives de celui à qui on s'adresse.
Oser dire est trop rare. Alors, sous prétexte de ménager l'autre, nous n'avons en fait
que trop peur de sa réaction, ou trop honte de nous affirmer. C'est plus cette peur
qu'un souci de délicatesse qui nous anime quand nous n'osons pas dire.
Alors, par cette pseudo délicatesse, nous taisons ce que nous aurions souhaité
exprimer... puis nous adoptons involontairement une attitude frustrée ou un peu
coléreuse. Ce reproche non-verbal conduira l'autre à réagir. Lui même n'osant pas
dire, les échanges vont devenir complexes, tendus et stressants. Dans le meilleur
des cas ils seront stériles, dans le pire des cas ils seront destructeurs.
Oser dire peut paraître simple, mais en fait il nous arrive souvent lors d'un
mécontentement, de nous taire avec une personne, puis de ruminer... pour
ensuite nous plaindre à une autre de ce qui vient de se passer. Les ragots, les
cancans et le "radio couloir" sont généreusement alimentés par ce genre de
verbiage qui n'est plus une expression de soi mais seulement une situation dans
laquelle on tente de se soulager... j'oserai même dire "se soulager comme si on
allait aux toilettes" pour y déverser ce qu'on n'a pas digéré. Prenant ainsi notre
interlocuteur pour un déversoir (et je choisis là un terme pudique) nous ne faisons
que l'encombrer, pour ne pas dire le souiller, et générons ainsi toute une succession
de tensions... car suite à l'échange avec nous, ce dernier fera pareil avec un autre.
Dire directement c'est bien, mais encore faut-il le faire avec humanité et ne pas
s'esquiver au moment où il faut gérer le retour de ce qu'on vient de dire. En
aucun cas, être dans l'assertivité ne doit signifier "lancer dans la figure de l'autre ce
qu'on a à lui dire" et ensuite "qu'il se débrouille!".
Là encore, nous n'avons pas peur de ce retour car nous savons que l'autre a sa
raison et nous n'avons pas peur de l'entendre. L'affirmation de soi dans laquelle
nous sommes ne nous fait pas craindre de nous y ouvrir. Nous le ferons d'autant
mieux que nous ne nous mettrons pas à sa place (sur ce site, voir à ce sujet
l'article de novembre 2000 "Les pièges de l'empathie"). Par contre, nous serons
prêts à entendre ce qu'il vit, pense ou ressent à la place où il se trouve. Cette
ouverture est beaucoup plus efficace et tranquille que tout l'imaginaire que nous
pouvons mettre en jeu. Quand nous nous mettons à la place de l'autre, nous
cessons aussitôt de le comprendre pour n'avoir plus accès qu'à notre imaginaire.
Donc, ce qui est important, c'est d'oser dire, mais tout en étant capable
d'accueillir le retour que l'autre nous adresse et de l'accompagner si
nécessaire.
Cela peut sembler prendre du temps... et on n'a pas que ça à faire! Certes, si on a
l'impression que ça prend du temps, je comprends une telle réticence! Mais en
réalité, ne pas faire ainsi prend beaucoup plus de temps. A force de ne pas dire
vraiment, de nier ce que l'autre exprime (même pour le rassurer), de ne pas
entendre... nous ne faisons que fonctionner tous sur notre imaginaire sans entendre
personne. Cela génère de multiples malentendus, du stress et d'innombrables fuites
d'énergie.
pour qu'une régulation s'opère. C'est justement parce que dans notre entourage
les gens ne sont pas ainsi qu'il est urgent que nous le soyons le plus possible. Peu
importe notre imperfection, car chaque fois que nous y parvenons, c'est un peu de
mieux être et d'efficacité gagnée.
Attention de ne jamais pour autant prétendre en savoir plus que les autres. Se
prétendre proche de la perfection ne fait que développer un mépris pour autrui
et produira à coup sûr l'inverse de l'effet attendu. Soyons simples, y compris avec
nos défauts, et assumons nous. C'est ce qui fait notre richesse, c'est ce qui fait que
nous existons vraiment. Je vous renvoie pour cela au début de cet article dans le
paragraphe "Le leurre de la maîtrise de soi"
Impact professionnel
Dans les services d'accueil, nous aurons un accueil de qualité. Cette qualité
donnera une image valorisée de la structure professionnelle où travaille l'agent.
Dans le management, nous trouverons des cadres et des directeurs efficaces qui
s'occupent plus de ressources humaines que de matériaux humains. Leurs équipes
seront plus motivées. Les informations échangées seront plus franches et plus
claires. Voir à ce sujet l'article de janvier 2001 La bonne distance dans le
management
Dans le sanitaire et social nous aurons des informations et une écoute de qualité
qui sera sécurisante pour les patients et beaucoup moins fatigante pour les
soignants ou les travailleurs sociaux. Voir les articles personnes âgées, déprime et
suicide, et les dossiers "applications professionnelles" profession de santé
Impact personnel
Notre vie extra professionnelle en recueille également de nombreux bénéfices. S'il
est important de mettre plus de vie dans son travail, cela l'est tout autant, sinon plus,
dans son quotidien personnel ou familial.
Les enfants comprendront mieux l'homme et la femme que sont leurs parents. Ils
développeront plus de responsabilité, d' affirmation de soi et de conscience d'autrui
et se positionneront mieux dans l'évolution de leur vie. Voir le dossier "chemin
applications familiales" avec les enfants
Nombreux sont aussi les bénéfices dans la vie sociale, que ce soit avec ses amis,
avec ses voisins, dans les commerces, dans les loisirs ...etc.
Pour conclure
Être dans l'assertivité, c'est être capable d'une véritable communication tant avec
les autres qu'avec soi-même. C'est avoir parfaitement différencié la relation de la
communication. Pour plus de détails sur ce sujet, lire sur ce site le dossier
communication ou les ouvrages L'art d'être communicant pour le respect d'autrui et
Chaleureuse rencontre avec soi-même pour le respect de soi.
Être dans l'assertivité, c'est enfin associer deux qualités qui semblaient
autrefois contradictoires: affirmation de soi et respect d'autrui. Après avoir
longtemps prôné l'une au détriment de l'autre, c'est enfin les réunir dans ce qui fonde
une réelle efficacité et un réel confort de vie pour nous-même comme pour autrui.
Même si l'assertivité semble délicate à réaliser, elle est tout à fait accessible. Le but
n'est pas la perfection, mais plus modestement une progression. Et de progrès
en progrès ce que nous vivons se trouve de plus en plus amélioré, que ce soit dans
la vie personnelle ou professionnelle. Vous trouverez sur ce site des formations
incluant ces notions d'assertivité.
Outre les lectures proposées sur ce site, je ne saurais trop vous recommander de
rester en recherche de tout ce qui vous proposera un cheminement où l'autre
et soi-même sont respectés. Que ce soit sur le net ou dans de multiples ouvrages,
ou dans des formations, rappelons nous que nul ne peut prétendre avoir l'exclusivité
du respect d'autrui dans l'affirmation de soi, pas plus qu'on ne peut avoir l'exclusivité
de l'humain. Pour cela il est important de rester libre de toute école de pensée et de
se rapprocher de la vie sans jamais ne s'enfermer en rien tout en restant ouvert à
tout.
Thierry TOURNEBISE