CONCOURS DES GRANDES ÉCOLES SCIENTIFIQUES
2024-2025
20 dissertations
avec analyses et commentaires
sur le thème
Individu et Communauté
Les œuvres suivantes sont au programme
Eschyle – Les Suppliantes et
Les Sept contre Thèbes
Spinoza – Traité théologico-politique
(sections 16 à 20)
Edith Wharton – Le Temps de l’innocence
Sous la coordination de
Christine Baycroft, Géraldine Deries et Morgan S. Trouillet
Par
Rémy Arcemisbéhère Antonia Hernot
professeur agrégé de lettres modernes professeur agrégé de lettres modernes
docteur en lettres interrogatrice en CPGE
jury aux concours des CPGE scientifiques
Lydie Niger
Christine Baycroft professeur agrégé de lettres classiques
professeur agrégé de philosophie interrogateur en CPGE
docteur en philosophie
Jacques Bianco Pauline Pacaud
professeur agrégé de lettres modernes professeur certifié de philosophie
interrogateur en CPGE ancienne élève de l’ENS Lyon
jury aux concours des CPGE scientifiques
Etienne Raduly
Justine Brisson professeur agrégé de philosophie
doctorante en théorie politique docteur en philosophie
master de lettres modernes ancien élève de l’ENS Lyon
enseignante à Sciences Po
François-Xavier Soutet
Quentin Delayen professeur agrégé de philosophie
professeur agrégé de lettres modernes jury aux concours des CPGE scientifiques
Géraldine Deries François Tenaud
professeur agrégé de lettres modernes
professeur agrégé de philosophie
ancienne élève d’HEC
docteur en lettres
Morgan S. Trouillet
Catherine Fournier-Bidoz professeur agrégé de lettres modernes
professeur agrégé de lettres modernes interrogateur en CPGE
interrogatrice en CPGE jury aux concours des CPGE scientifiques
Dans cet ouvrage, seules les citations faisant référence au Temps de l’inno-
cence sont repérées par un numéro de page. Ces numéros correspondent
à l’édition suivante.
Wharton
GF-Flammarion
L’ ÉPREUVE DE FRANÇAIS AUX CONCOURS
Concours Exercices (3 h ou 4 h) Français Maths(*)
Centrale dissertation + résumé 19 17
Mines dissertation 5 5
CCINP dissertation + résumé 9 12
e3a dissertation 5 9
X-ENS dissertation 6 8
PT dissertation + résumé 17 8 (Centrale)
SCAV dissertation 4 4
G2E dissertation 5 5
(*) Coefficient le plus élevé d’une épreuve de mathématiques, toutes filières confondues
Cet ouvrage est dédié à la mémoire de notre amie et collègue G. D.
© H&K, Paris, 2024
ISBN : 978-2-35141-413-2
ISSN : 1952-2282
Mode d’emploi
Un bon ingénieur, comme son titre l’indique, est ingénieux, il pos-
sède un génie certain pour mettre en place des projets au sein de son
entreprise. Mais outre la conception de ces projets, il doit savoir les ex-
poser, convaincre, et pour cela s’exprimer avec précision et élégance,
argumenter et illustrer son point de vue. L’exercice de la dissertation met
en œuvre ces facultés, et c’est la raison de sa présence parmi les épreuves
de recrutement des grandes écoles.
Objectif de cet ouvrage
L’ouvrage que vous tenez entre les mains entend vous former pour
cet exercice, qui paraît n’être qu’académique et qui est pourtant la ma-
nifestation d’une capacité à réfléchir et à exposer son argumentation,
si toutefois on en connaît les règles. « Vous former », c’est-à-dire vous
conduire à savoir faire cet exercice par vous-même le jour du concours.
Pour cela, il ne s’agit pas d’apprendre par cœur les plans et encore moins
les dissertations proposées – même si cela est tentant ! Il s’agit de vous
préparer de manière raisonnée et rigoureuse.
Aucun livre ne peut se substituer à une étude personnelle des œuvres
ni aux cours de votre professeur. Mais il peut les compléter et vous mon-
trer comment en tirer le meilleur parti. Voici ce qui vous permettra d’abor-
der les concours en toute confiance :
– une méthode claire et efficace ;
– l’exposé des principales thèses sur le thème ;
– des exercices de problématisation ;
– des exercices d’exploitation des œuvres ;
– des exercices de recherche d’exemples ;
– vingt dissertations étudiées et corrigées en détail ;
– des citations prêtes à l’emploi.
Quand et comment utiliser cet ouvrage
Le secret, c’est qu’il n’y a pas de secret : il faut travailler régulièrement
et intelligemment, comme en sciences. Reste à savoir ce que cela veut
dire à propos du français... La démarche que nous vous proposons ci-
dessous n’est pas la seule possible, mais elle vous garantit une progression
continue, un bon niveau final et un excellent rapport note au concours /
temps investi.
4 MODE D’ EMPLOI
Pendant l’été
Commencez bien sûr par lire les œuvres au programme. Cette pre-
mière étape doit déjà être rentabilisée : au fil de la lecture, réfléchissez aux
liens que chaque œuvre entretient avec le thème de l’année, aux diverses
façons dont elle l’illustre. Soulignez les passages qui vous semblent im-
portants et les citations que vous souhaitez retenir. Aidez-vous pour cela
de ceux que nous avons sélectionnés, ce sont de bons repères, mais ne
négligez pas les extraits qui vous plaisent ou vous frappent. Une lecture
personnelle est tout à fait valorisée.
Étudiez ensuite les parties de ce manuel qui présentent les thèses et
les œuvres. Vous aurez ainsi une bonne vue d’ensemble du programme
qui vous permettra de recevoir dans de bonnes conditions les cours de
votre professeur.
Pendant l’automne
Travaillez les exercices d’exploitation des œuvres. Pour chacun, reli-
sez le passage et demandez-vous comment il illustre le thème de l’année.
Retenez les thèses qu’il peut illustrer. Ceci vous aidera à constituer un
bagage de références et d’exemples précis. Apprenez les citations au fur
et à mesure, en sachant les situer aussi précisément que possible dans
les œuvres.
En parallèle, lisez une fois la méthode, puis lisez une dissertation
chaque semaine en panachant les parties du manuel, soit dix disserta-
tions avant Noël – ne travaillez pas pendant les vacances. Vous devez
chercher à comprendre (pendant une demi-heure, lecture comprise)
comment la réflexion préparatoire est menée, comment la méthode est
appliquée et enfin comment la dissertation est constituée, puis rédi-
gée. La structure est pour l’instant plus importante que le détail de la
rédaction. Inutile à ce stade de disserter vous-même : commencez par
apprendre en observant. Les exercices demandés par votre professeur
suffisent – n’hésitez d’ailleurs pas à le solliciter en cas de problème avec
la méthode.
Pendant l’hiver
Il est temps de passer à la pratique. Relisez la méthode puis étudiez
les exercices de problématisation et d’argumentation. Chaque semaine,
choisissez un libellé parmi les dix restants et consacrez-lui une heure.
Prenez vingt minutes pour analyser le sujet, le confronter aux œuvres
et construire une problématique. Lisez ensuite l’annexe Éviter le hors-
sujet, qui vous aidera à saisir le sujet dans sa singularité en le comparant
à un autre, proche mais distinct. Corrigez au besoin votre approche puis
consultez l’analyse que nous proposons.
MODE D’ EMPLOI 5
Passez dix minutes à élaborer un plan détaillé, sans oublier les transi-
tions, puis confrontez-le au nôtre.
Une demi-heure sera nécessaire pour un essai de rédaction : faites
systématiquement une introduction et, en alternance, une conclusion
ou une sous-partie.
Enfin, lisez la dissertation corrigée. Elle n’est pas la seule manière de
traiter le sujet, mais elle constitue un exemple de bonne copie. Portez une
attention particulière à la manière dont les exemples sont exploités dans
l’argumentation, et retenez-les si vous ne les avez pas encore rencontrés.
Soyez également attentif à la langue, à la syntaxe, à l’orthographe de
certains termes clés.
Pendant le printemps
Si vous êtes en spé, il ne reste que quatre semaines avant les écrits :
contentez-vous de réviser les citations et les exercices. Si vous avez tra-
vaillé régulièrement, cela suffit. Mais lorsque vous « bouquinez », choisis-
sez un livre « utile » : les œuvres au programme si vous ressentez le besoin
de vous les remettre en mémoire, ou un livre de réflexion sur le thème de
l’année en général. Évitez les autres œuvres des mêmes auteurs : d’une
part vous risquez de confondre les intrigues, d’autre part vous ne devez
utiliser que les œuvres au programme dans vos copies.
Si vous êtes en sup, il faut entretenir votre niveau pour éviter de
revenir à la case départ l’année suivante. Pour cela, travaillez selon le
programme d’hiver cinq des dix libellés dont vous aviez lu le corrigé
pendant l’automne.
Et n’oubliez pas...
Votre emploi du temps réserve deux heures chaque semaine pour
l’étude du français : essayez d’en tirer le meilleur parti. En premier lieu,
écoutez attentivement le cours. C’est toujours la base. Mais ne vous
contentez pas de noter docilement tout ce qui est dit : gardez un esprit
critique et, au besoin, entamez un dialogue avec votre professeur pendant
le cours ou après. Pratiquées dans les limites du bon sens, ces questions
contribuent à rendre le cours vivant et stimulant pour tout le monde.
Un bon élève n’est plus, comme au lycée, celui qui sait le mieux répondre
aux questions, mais celui qui pose les meilleures questions.
L’ensemble de l’équipe vous souhaite
une belle réussite aux concours.
6
Sommaire
La méthode pour réussir ses dissertations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
Pourquoi une épreuve de français ? (12) — Qu’est-ce qu’une disserta-
tion ? (12) — Comment une copie est-elle évaluée ? (15) — Le thème
et les œuvres (17) — Les rapports du jury (17) — La découverte du su-
jet (18) — Les mots du sujet (19) — La convocation des œuvres (20) —
Construire votre problématique (20) — Construire votre plan (21) —
Rédiger un plan détaillé (22) — L’expression (24) — L’introduction (25)
— Les parties (26) — Les sous-parties (27) — Les transitions (28) — La
conclusion (29) — Disserter en nombre limité de mots (30)
Les mots pour le dire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
Les principales thèses sur le thème « Individu et Communauté » . . . . . 33
Exercices de problématisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
Exercices d’exploitation des œuvres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
Exercices d’argumentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
INDIVIDU ET COMMUNAUTÉ : COMPLÉMENTARITÉS
Sujet 1
« La justice, affirmons-nous, est un attribut de l’individu, mais
aussi de la cité entière. » (Platon) 74
Sujet 2
« FAIS CE QUE VOUDRAS, parce que les gens libres, bien nés,
bien éduqués, vivant en bonne société, ont naturellement un
instinct, un aiguillon qu’ils appellent honneur et qui les pousse
toujours à agir vertueusement et les éloigne du vice. » (Rabelais) 83
Sujet 3
« Il faut avant tout éviter de fixer la « société » elle-même comme
une abstraction face à l’individu. L’individu est l’être social.
Sa vie – même si elle n’apparaît pas sous la forme directe d’une
manifestation commune de l’existence, accomplie simultané-
ment avec d’autres – est une manifestation et une affirmation
de la vie sociale. » (Marx) 91
Sujet 4
« L’homme seul n’est qu’un fragment d’être ; l’être véritable est
l’être collectif. » (Lamennais) 100
8 SOMMAIRE
Sujet 5
« Nous comprenons l’entente comme le sentiment d’un Bien
réciproque en quoi réside la volonté propre d’une communauté.
Elle est la force et la sympathie sociales particulières qui asso-
cient les hommes en tant que membres d’un tout. » (Tönnies) 109
INDIVIDU ET COMMUNAUTÉ : OPPOSITIONS
Sujet 6
La communauté se résume-t-elle au commun ? 118
Sujet 7
« La communauté est un être fictif, composé de l’ensemble des
individus, considérés comme constituant en quelque sorte ses
membres. L’intérêt de la communauté est alors [...] la somme
des intérêts de chacun de ses membres. » (Bentham) 127
Sujet 8
« Mais, reprend-on – il faut que la société se venge, que la société
punisse. – Ni l’un ni l’autre. Se venger est de l’individu, punir est
de Dieu. La société est entre deux. Le châtiment est au-dessus
d’elle, la vengeance au-dessous. Rien de si grand et de si petit
ne lui sied. Elle ne doit pas « punir pour se venger » ; elle doit
corriger pour améliorer. » (Hugo) 136
Sujet 9
« On pardonne les crimes individuels, mais non la participation
à un crime collectif. » (Proust) 145
Sujet 10
« Si tel individu appartient à un sous-ensemble, cela suppose
qu’il existe au moins un individu qui ne lui appartient pas ; celui-
là, extérieur, en est expulsé de fait ou de force. Hors la limite que
l’appartenance dessine, cet autre ne peut bénéficier des mêmes
bienfaits : l’inclusion implique et explique l’exclusion. » (Serres) 154
INDIVIDU ET COMMUNAUTÉ : ÉVOLUTIONS DANS LE TEMPS
Sujet 11
« La mort n’est qu’un déplacement d’individualités. L’hérédité
fait circuler les mêmes âmes à travers la suite des générations
d’une même race. » (Le Bon) 163
10 SOMMAIRE
Sujet 12
« Je vais dans la solitude – pour ne pas boire aux citernes com-
munes. Dans la foule, je vis comme la foule et ne pense pas selon
mon être ; au bout d’un certain temps, j’ai toujours l’impression
que l’on veut m’exiler de moi et me ravir mon âme [...]. Le désert
m’est alors nécessaire pour redevenir bon. » (Nietzsche) 172
Sujet 13 – corrigé type Centrale en 1800 mots
« Dès lors, naturellement, seuls prospéreront la société et ce qu’il
y a de collectif dans l’individu. Tout ce qu’il y a d’individuel en
lui est condamné à sombrer, c’est-à-dire à être refoulé. » (Jung) 181
Sujet 14
« [Les vacances] rendent l’individu à soi-même, le débarrassent
de ses soucis et de son labeur, l’exemptent de ses devoirs d’état,
le reposent et l’isolent au lieu que la fête l’arrachait à son inti-
mité, à son monde personnel et familial pour le jeter dans le
tourbillon où une multitude frénétique s’affirmait bruyamment
une et indivisible [...] où une société retrempe son être. »
(Caillois) 190
Sujet 15
« Ainsi la petite bourgeoisie planétaire est vraisemblablement
la forme dans laquelle l’humanité est en train d’avancer vers sa
propre destruction. [...] [Or] si les hommes, au lieu de chercher
encore une identité propre dans la forme désormais impropre et
insensée de l’individualité, parvenaient à adhérer à cette impro-
priété comme telle [...] si, autrement dit, les hommes pouvaient
ne pas être ainsi, dans telle identité biographique particulière,
mais être seulement ainsi, leur extériorité singulière et leur vi-
sage, alors l’humanité accéderait pour la première fois à une
communauté sans présupposé et sans objet, à une communica-
tion qui ne connaîtrait plus l’incommunicable. » (Agamben) 198
INDIVIDU ET COMMUNAUTÉ : FONDEMENTS
Sujet 16
« Si [le théâtre] est ce lieu où les hommes ne sont plus des masses
individuées mais des communautés d’esprit toujours en tra-
vail, s’il est au-delà des modes, avec ou sans mots, non pas ce
commentaire mais cette présence réelle d’un sens dans nos
vies, alors nous pouvons augurer qu’il ne s’éteindra qu’avec
l’homme. » (Olivier Py) 206
SOMMAIRE 11
Sujet 17
« [La contrainte sociale] ne dérive pas d’un arrangement con-
ventionnel que la volonté humaine a surajouté de toutes pièces
au réel ; elle sort des entrailles mêmes de la réalité, elle est le
produit nécessaire de causes données. Ainsi, pour amener l’in-
dividu à s’y soumettre de son plein gré, n’est-il pas nécessaire de
recourir à aucun artifice ; il suffit de lui faire prendre conscience
de son état de dépendance et d’infériorité naturelle – qu’il s’en
fasse par la religion une représentation sensible et symbolique,
ou qu’il arrive à s’en former par la science une représentation
adéquate et définie. » (Durkheim) 215
Sujet 18
« Nous croyons d’une foi profonde à l’originalité, à la vie indivi-
duelle du lieu où nous nous trouvons – la passante qu’appelait
mon désir me semblait être non un exemplaire quelconque de
ce type général : la femme, mais un produit nécessaire et naturel
de ce sol. » (Proust) 224
Sujet 19
« La communauté, qu’elle soit ou non nombreuse (mais, théori-
quement et historiquement, il n’y a de communauté qu’un petit
nombre – communauté de moines, communauté hassidique
[...], communauté de savants, communauté en vue de la "com-
munauté", ou bien communauté des amants), semble s’offrir
comme tendance à une communion, voire à une fusion, c’est-à-
dire à une effervescence qui ne rassemblerait les éléments que
pour donner lieu à une unité (une surindividualité) qui s’expo-
serait aux mêmes objections que la simple considération d’un
seul individu, clos dans son immanence. » (Blanchot) 232
Sujet 20
« Dans la forme que l’individu assume au cours de sa vie ter-
restre, il n’est, par nécessité, qu’une fraction, qu’une déforma-
tion, de l’image de l’homme dans sa totalité. Il est limité [...]
parce qu’il lui faut jouer un rôle dans la société [...]. Et il s’en-
suit que la totalité [...] n’est pas dans l’individu pris séparément,
mais dans le corps social envisagé comme un tout ; l’individu ne
peut être autre chose qu’un organe. Du groupe auquel il appar-
tient lui viennent ses techniques de vie, la langue dans laquelle il
pense, les idées selon lesquelles il se développe [...]. » (Campbell) 241
Citations à retenir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 250
Index (œuvres, noms propres et notions) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 255
12
La méthode
pour réussir ses dissertations
La dissertation possède une réputation redoutable, qui n’est pas sans
fondement. Elle n’est pas pour autant hors de votre portée ; cette méthode
vous montrera comment faire. Il nous faut cependant préciser d’emblée
un point : nous pouvons vous expliquer ce qui est attendu, vous montrer
des exemples réussis, vous mettre en garde contre les erreurs fréquentes,
mais pas disserter à votre place. Votre apprentissage doit donc passer par
la théorie (ce chapitre) mais aussi par la pratique (à votre bureau), en
utilisant les corrigés de ce livre comme guides.
I But du jeu
1 Pourquoi une épreuve de français ?
Un bon ingénieur est polyvalent. Il doit comprendres les sciences,
maîtriser des techniques, imaginer des solutions, exposer ses projets,
souder une équipe... Les écoles recherchent donc en priorité des candi-
dats capables de montrer plusieurs facettes. À votre niveau d’étude, cela
se traduit par des épreuves de français et de langue en plus des épreuves
scientifiques1 .
Les épreuves de français aux concours sont conçues pour évaluer des
capacités proches de celles exigées en science : rigueur, compréhension
en profondeur, créativité, qualité de la communication. La dissertation
est un exercice bien adapté pour évaluer ces compétences2 , nous vous
montrerons pourquoi.
2 Qu’est-ce qu’une dissertation ?
Le français peut, en droit, donner lieu à des exercices très divers :
la récitation d’une épopée3 , la mise en scène d’une pièce de théâtre, la
dictée, le commentaire de texte, l’écriture de poèmes... Les concours ont
sélectionné celui des exercices qui est le mieux adapté à vos qualités :
la dissertation. Elle est la mise en scène d’un raisonnement, c’est-à-dire
d’une forme de discours.
1 Tout au long de ce chapitre, les notes de bas de page sont des passages extraits des rap-
ports des jurys des principaux concours : Polytechnique, Mines-Ponts, Centrale-Supélec,
CCP, E3A, Banque PT. 2 « Les qualités qui assurent la réussite dans cette épreuve sont
celles que l’on attend d’un futur ingénieur, discernement, approche méthodique, bon
usage du doute et juste appréciation des risques avant de prendre une décision, mais
aussi rapidité et fermeté. » 3 « Avec la récitation d’un cours, on est aux antipodes de la
dissertation. »
31
Les mots pour le dire
Communauté ou société ? m’individualise, prouve une part
irréductible en moi qui est « moi »,
C’est au philosophe allemand Fer- d’autant que mon expérience in-
dinand Tönnies1 que l’on doit dividuelle peut me singulariser
une distinction claire entre ces par rapport aux autres. D’autre
deux notions. La communauté est part, je nais au sein d’une com-
un regroupement presque natu- munauté qui va m’élever avec ses
rel des individus, reposant sur des valeurs, véhiculées par sa langue
proximités très fortes (spatiales, et sa culture et même ma manière
biologiques) au point que l’indi- de me soustraire au groupe va né-
vidu est indissociable de sa com- cessairement adopter les formes
munauté. La société au contraire qui m’ont été inculquées. Peut-
est un regroupement plus lent à se être est-ce le véritable propre de
dessiner et qui repose sur une né- l’homme que d’avoir, à la fois, une
cessité de vivre avec d’autres pour vie intérieure et une vie sociale.
maximiser ses chances. On peut
résumer cette idée par le fait que
Échelle
la communauté est affective et
la société est instrumentale. Ce-
Je ne vis pas seul, mais même
pendant, au cours de l’histoire,
cette évidence ne suffit pas à
la société s’est imposée comme
m’éclairer sur ce qui fait les limites
la bonne échelle pour organiser
de ma communauté. À quelle
la vie collective et est alors ap-
échelle est-ce que je devrais me
parue une critique de la commu-
situer ? Pourquoi ? Selon quels cri-
nauté comme un entre-soi, favori-
tères ? Si le terme de « commu-
sant les siens au sein de la société,
nauté internationale » semble à
et non plus le groupe tout entier.
première vue un oxymore, il de-
meure pertinent de considérer
Condition humaine parfois l’humanité tout entière,
tant, paradoxalement, la solitude
Est-il dans la nature humaine peut être un sentiment universel.
d’être seul ou de vivre au sein Du cercle restreint et intime du
d’une communauté ? Il y a des couple ou de la famille, on passe à
courants philosophiques opposés la classe sociale, à la ville (Amster-
sur cette question. D’une part, ma dam, New York, Thèbes, Argos) ou
conscience, qui m’essentialise et au peuple.
1 dissertation n° 5
33
Les principales thèses
sur le thème « Individu et Communauté »
Dans vos dissertations, chaque sous-partie devra exposer une « thèse »,
ou « argument ». Les thèses qui suivent sont les principales idées sur le
thème de cette année. Étudiez-les, retenez-les ! Vous pourrez vous en
servir pour analyser un libellé, construire un plan et rédiger vos disserta-
tions.
I Une relation complémentaire...
Convergence
L’individu est celui que l’on ne peut diviser. Mais l’unité de notre être
est toujours une convergence : nous avons un patrimoine génétique
unique, hérité des patrimoines génétiques de nos parents ; nous pouvons
nous exprimer, dire « je pense, je crois, je veux », en utilisant une langue
commune, une langue du « nous ». Notre naissance suppose un monde
commun dans lequel nous pourrons affirmer notre individualité.
Fraternité
Si l’on devait distinguer, parmi tous les êtres humains, ceux dignes de
nous représenter le plus distinctement, nous choisirions certainement
les plus capables d’aimer fraternellement toute l’humanité : ils incarnent
l’idée de communion. Les grandes individualités sentent que le genre
humain est encore plus qu’une communauté politique, une famille. La
fraternité appelle le dépassement des individualismes vers une com-
munion universelle.
Société
Une société peut s’entendre comme un ensemble organique où les
individus sont animés par des projets communs. L’idée de société tra-
duit une certaine uniformité des mœurs sous les mêmes lois. La société
pousse à l’uniformisation, à la ressemblance. Pour autant, l’étymologie
nous renvoie à l’idée plus intimiste de compagnonnage où deux indivi-
dus, parfois davantage, prennent plaisir à la présence vivante de l’autre.
Dans son essai sur « L’Amitié », Montaigne justifie ainsi cette si singulière
39
Exercices de problématisation
Une « problématique », c’est la formulation d’une crise entre deux
thèses. Prenez deux thèses au hasard dans le chapitre précédent ; voyez-
vous par quelles facettes on peut les opposer ? Certains tirages donnent
des problématiques intéressantes (comme ci-dessous), d’autres pas.
Avant de lire les corrigés, prenez 60 s pour écrire les idées qui vous
viennent.
« Le génie d’une communauté c’est d’imiter ce que seuls des individus
peuvent créer » ①
« La sagesse politique se donne dans l’épaisseur historique d’une com-
munauté davantage que dans la vitalité individuelle » ②
① Dans l’acte de création artistique, l’individu se donne à lui-même sa
propre loi. Le génie est une individualité originale qui n’imite personne.
D’ailleurs on peut comparer le génie créateur à la spontanéité infantile
capable de voir le monde dans une sorte de vision originelle. Le poète
Charles Baudelaire, dans « Moesta et Errabunda », invoque « le vert pa-
radis des amours enfantines » comme lieu d’une intensité esthétique à
jamais perdue. Le pouvoir créateur appartient aux individus.
② L’Ecclésiaste fait de l’enfant l’expression du caprice, du désir incoer-
cible. Freud distinguera l’enfant, gouverné par le principe de plaisir,
et l’homme apte à gouverner, le chef de famille, caractérisé par l’esprit de
responsabilité. C’est pourquoi l’individu le plus doué pour inventer des
formes nouvelles n’est pas le meilleur pour gouverner. Gouverner est un
art mais le don individuel de gouverner n’est pas un don artistique, davan-
tage une sagesse politique qui est déposée dans la conscience historique
des peuples.
▶ L’art de gouverner est-il un don individuel ou bien l’expression d’une
sagesse collective ?
« Dans une société où la norme est la maximisation du plaisir, l’augmen-
tation du bien-être moyen d’une communauté entraîne la possibilité
de sacrifier le bonheur des individus les plus fragiles » ①
« L’individu progresse en s’appuyant sur une communauté d’individus
dont il se distingue par le fait même de s’y adosser ’ » ②
① Dans Plan 75, un film sorti en 2022, la réalisatrice Chie Hayakawa
questionne en la modernisant une mythique tradition japonaise, l’uba-
sute, qui consiste à abandonner les vieillards devenus inutiles et embar-
rassants pour les familles. L’ubasute est une façon d’augmenter le taux
44
Exercices d’exploitation des œuvres
Pour chaque passage clef ci-dessous, relisez les pages de l’œuvre
indiquées puis répondez de tête à chaque question (5 s pour savoir quoi
dire, 30 s pour le formuler correctement). Cherchez ensuite quelles thèses
cet exemple permettrait de défendre (par écrit, 60 s). Retenez les thèses
et, pour chacune, l’exemple associé. (Niveau boss : cherchez, dans les
trois œuvres, d’autres exemples illustrant la thèse.)
Le tragique ou la division des intérêts de la communauté
Eschyle, Les Suppliantes : de « Pour quoi viens-tu, dis-moi, supplier les
dieux de cette ville [...] ? » à « On est toujours porté à prendre le parti des
plus faibles ».
Compréhension
▷ En quoi le dialogue entre les Suppliantes et le roi d’Argos montre-t-
il que l’indécision de ce dernier est inébranlable, et que tout nouvel
argumentaire est vain ?
Juste avant le début de l’extrait, le Coryphée vient de prouver la pa-
renté des Danaïdes avec les Argiens ; le roi accepte donc de l’écouter et
lui demande les raisons de sa venue. Pendant un long dialogue, d’autant
plus important que la pièce est brève, le roi d’Argos se heurte à un di-
lemme : d’un côté, son devoir d’hospitalité pour des femmes victimes,
liées à la race argienne et suppliant pour une cause juste ; de l’autre,
la nécessité de maintenir la paix dans sa cité qui, à coup sûr, subirait
les représailles des fils d’Égyptos. Les intérêts de la justice (il est à la fois
juste de protéger les Suppliantes et la cité) et ceux de la communauté
(les Suppliantes étant de race argienne, ce sont les siens que le roi est
sommé de protéger), sont divisés. L’individu, subordonné aux intérêts
supérieurs de la communauté, ne sait alors quelle position adopter : il ne
peut que manifester son impuissance et son indécision.
Malgré cela, les Danaïdes n’en démordent pas, et ont recours à plu-
sieurs arguments : la gravité de l’offense et la nécessité de la justice ;
l’importance de la symbolique des rameaux ; leur vulnérabilité ; la flatte-
rie du pouvoir du roi ; la menace divine. Toujours le souverain résiste et
contre-argumente : il faut que le Coryphée fasse du chantage au suicide,
66
Exercices d’argumentation
Dans vos dissertations, chaque thèse doit être appuyée par deux
exemples tirés de deux œuvres différentes. Vous trouverez ici des illus-
trations des principales thèses. D’autres exemples sont possibles pour
chaque thèse et chaque exemple peut a priori illustrer plusieurs thèses.
I Une relation complémentaire...
L’individu n’a pas d’existence hors d’une communauté
C’est ce qu’affirment les tragédies d’Eschyle. Dans Les Suppliantes,
tant qu’elles ne sont pas reconnues par le roi d’Argos et son peuple
comme étant « de race argienne », les Danaïdes ne sont rien que des
exilées, « étrangères et fugitives » en attente d’une mort certaine dans un
monde où nul individu n’a de salut hors d’une communauté. Néanmoins,
le coût de cette appartenance communautaire peut être la vie, si notre
communauté nous le demande, comme ce sera le cas des héros des Sept
contre Thèbes.
Le propos du Temps de l’innocence est beaucoup plus ambivalent.
Initialement, les personnages du roman aspirent de tout cœur à une exis-
tence intégrée dans la bonne société de New York. Pour Ellen Olenska qui
s’y est réfugiée et qui espère « devenir comme tout le monde ici »1 , elle est
revenue au « Paradis »2 . Quant à Archer, il ne peut que « remercie[r] le ciel
d’être un citoyen de New York »3 . Rapidement, ils découvrent combien
cette communauté est suffocante. Chez Wharton, l’individu peut vivre
hors de sa communauté comme Ellen le fera. Il peut aussi, comme Archer,
bénéficier des avantages qu’elle procure. Mais dans les deux cas, cela im-
plique un renoncement. Pourtant, le passage du temps et le mariage du
fils d’Archer et de Fanny Beaufort, dont le nom est entaché de bien plus
de scandales que celui d’Olenska, relativisent sa valeur : le renoncement
à soi d’un individu au nom d’une communauté n’est pas célébré par le
roman, il n’est pas totalement condamné non plus.
Chez Spinoza enfin, l’individu ne peut survivre longtemps sans com-
munauté, ni avoir une existence réglée exclusivement par le droit naturel
qui « se définit par le désir et la puissance ». C’est « pour vivre en sécurité »
que les individus s’unissent et font que « le droit que chacun avait de
Nature sur toute chose appartient à la collectivité »4 . C’est pourquoi chez
1 ch. 12, p. 120 2 ch. 2, p. 35 3 ch. 4, p. 49 4 ch. 16
74
Notions abordées : justice, violence, pouvoir, ordre, liberté, harmonie
Sujet 1
« La justice, affirmons-nous, est un attribut de l’individu,
mais aussi de la cité entière. »
Dans quelle mesure ce propos de Platon (La République)
vous semble-t-il rendre compte du rapport entre individu
et communauté dans les œuvres au programme ?
Corrigé proposé par Christine Baycroft
I Analyse du sujet
1 Analyse des termes du sujet
Dans ce passage de La République, Platon traite de la vertu la plus
haute dans la pensée éthique grecque : « la justice », un concept tradition-
nellement représenté par une femme portant une balance. Notre passage
évoque cette figure allégorique, avec dans chaque plateau « l’individu » et
« la cité entière ». Ce faisant, il signale le lien qui unit la justice à l’individu
et à la communauté dans laquelle il vit et qui chez les Grecs s’étend à
la cité tout entière. Cette phrase évoque donc tout particulièrement le
rapport entre l’individu et sa communauté politique.
Et à ce propos, notre sujet affirme que si la justice peut sembler être
un attribut individuel, elle est aussi un attribut communautaire, et en
particulier politique. Le terme « attribut » désigne une propriété d’une
chose ou d’une personne ; en philosophie, il désigne spécifiquement
une propriété essentielle de cette chose ou personne. En ce sens, Platon
affirme que vouloir comprendre ce qu’est un individu humain exige de
comprendre un de ses attributs : la justice. Mais il ajoute que tout individu
partage cet attribut avec la communauté dans laquelle il vit : sa cité.
Lorsqu’il rapproche ainsi justice, individu et cité, Platon a probable-
ment en tête l’événement fondateur de son existence de philosophe :
la condamnation à mort du juste Socrate par un tribunal qui représentait
la cité athénienne. Il n’y a donc pas de justice pour les individus si justes
soient-ils hors de communautés justes. Mais si Socrate a été condamné,
c’est aussi parce que des individus injustes l’ont accusé de mettre en
péril la cohésion sociale d’Athènes. Les lois athéniennes qui devaient
dire la justice se sont ainsi retournées contre le plus juste des Athéniens.
En ce sens, on doit reconnaître que seule la justice individuelle de chacun
SUJET 1 75
de ses membres permettra à une communauté de rester juste. Et c’est
précisément pour se consacrer à l’éducation des individus que Platon a
abandonné la politique et a fondé une école après la mort de son maître.
Comprendre ce qu’est la justice exige donc de la définir comme étant
un attribut à la fois individuel et collectif qui construit et structure d’une
manière analogue les individus et les communautés.
2 Confrontation aux œuvres
Le problème de la justice est central dans Les Suppliantes et Les Sept
contre Thèbes. Eschyle y présente des individus qui veulent agir justement
et se trouvent confrontés à des représentations collectives contradictoires
de la justice. Pélasgos est le roi d’Argos. À ce titre, il doit protéger son
peuple des Égyptiens mais les Danaïdes qui ont fui un mariage forcé en
Égypte sont revenues au berceau de leur race et lui demandent l’hos-
pitalité. De même, Étéocle est le roi de Thèbes : son devoir est donc de
protéger la cité contre ses ennemis. Mais un des assaillants est son propre
frère Polynice. S’armer contre lui serait un fratricide, crime que les lois
divines interdisent. Paradoxalement, les deux pièces semblent indiquer
deux réponses contradictoires : Pélasgos choisit les lois de l’hospitalité
contre l’intérêt de sa cité, alors qu’Étéocle choisit son devoir de roi contre
les lois du sang. En ce sens la tragédie ne nous aide guère à choisir, elle se
contente d’affirmer que la justice demande parfois à l’individu comme à
la communauté des sacrifices extraordinaires.
Dans le contexte des violents débats du XVIIe siècle européen où
s’affrontèrent lois politiques, lois religieuses et consciences individuelles,
le Traité théologico-politique de Spinoza propose une défense de la li-
berté d’opinion et d’expression des individus. Toutefois, cette défense ne
se fonde pas sur des principes de justice, mais sur l’utilité. Pour Spinoza,
il n’y a pas d’autre justice que les lois de l’État. Il n’y a donc pas de prin-
cipes de justice absolus supérieurs à la justice collective de l’État. Chaque
individu possède certes un droit naturel, mais ce dernier ne relève pas de
la justice. En revanche, puisque nous vivons dans un contexte de droit
civil, la puissance naturelle de tout individu est encadrée par la justice
(les lois politiques établies au nom du « Bien Commun »). Il est pourtant
nécessaire que certaines libertés individuelles soient conservées par cette
justice, et il serait dangereux pour l’État de les supprimer.
La question de la justice est aussi au cœur du Temps de l’innocence
d’Edith Wharton. Son héros Newland Archer est avocat, et un des enjeux
centraux du roman est de savoir si Mme Olenska devrait demander à la
justice de son pays de prononcer son divorce. C’est en partie pour cette
raison qu’elle s’est réfugiée auprès des siens à New York où la « législation
76 PARTIE I – COMPLÉMENTARITÉS
favorise le divorce »1 . Or, si son désir de liberté ne heurte pas les lois
américaines, il offense les mœurs de la bonne société new-yorkaise dont
les « habitudes sociales ne le tolèrent pas »2 . Dans Le Temps de l’innocence,
la justice communautaire est ultimement rendue non pas par l’État mais
par la société elle-même à laquelle se soumettent ses membres avec une
étonnante bonne grâce. Pourtant le message du roman est sans appel :
une telle justice est un mirage et un mensonge, une illusion d’harmonie
et de sérénité qui broie les individus et qui sera abandonnée par les
générations futures. Elle est une figure de la mort.
3 Problématisation
Notre analyse des termes du sujet a montré que le problème auquel
s’intéresse Platon est celui de l’articulation de la justice comme attribut
des individus et comme attribut des communautés (tout particulière-
ment des États). À ce propos deux thèses s’opposent.
– En un sens, « S’interroger sur ce qu’est un individu juste conduit néces-
sairement à s’interroger sur la justice de la communauté dans laquelle
vit cet individu », c’est-à-dire sur la justice des mœurs et des lois qui
encadrent son existence individuelle.
– Toutefois, l’inverse est vrai aussi : « La survie d’une communauté,
si juste soit-elle, repose ultimement sur la justice des individus qui
la constituent, c’est-à-dire sur leurs qualités éthiques personnelles. »
On ne peut donc pas dissocier les aspects individuels et les aspects
communautaires de la justice. Mais on ne doit pas s’arrêter à cette simple
affirmation. Il est aussi important de comprendre l’analogie qui existe
entre les individus et les communautés dans leur rapport à la justice
comme attribut qui doit les définir. En réalité, la justice est la même
chose chez l’individu et dans la communauté : un sens de l’équilibre
interne, de la mesure et de l’ordre. La question qui se pose est donc la
suivante : « Quels attributs essentiels un individu et une communauté
doivent-ils avoir en partage pour leur permettre à tous les deux d’être
justes ? »
II Plan détaillé
I L’individu qui aspire à la justice doit se tourner vers sa communauté
1. L’impuissance des individus isolés
2. La violence individuelle et la justice communautaire
3. Les règles communes (mœurs, normes et lois) garantissent la jus-
tice
1 p. 122 2 p. 122
SUJET 1 77
Il n’y a donc pas de justice individuelle possible si elle n’est portée par une
communauté qui la garantisse. Pourtant, notre perception individuelle de la
justice nous pousse parfois à remettre en cause ce que notre communauté
définit comme juste.
II Si ses membres sont injustes, nulle communauté n’est vraiment juste
1. Des individus injustes en viennent à manipuler les lois communes
2. L’inertie de la justice collective menace alors les individus justes
3. Un individu juste doit pouvoir se reconnaître dans les lois com-
munes
Il n’y a pas de vraie justice collective si les individus qui y sont soumis ne
sont pas eux-mêmes justes. La justice est inséparablement individuelle
et collective. Quelles sont donc les caractéristiques qu’ont en partage les
individus et les communautés quand ils sont justes ?
III La justice, individuelle ou collective, est affaire d’équilibre, de sens de
la mesure et de sens de ses limites propres
1. La justice évolue avec les individus et les communautés
2. La justice est plurielle : nul individu n’appartient qu’à une com-
munauté
3. La justice harmonise sans les détruire des exigences divergentes
III Dissertation rédigée
−399, au sortir d’années terribles de guerre et de guerre civile, la jus-
E N
tice athénienne a condamné Socrate à mort. Le plus sage des Athé-
niens a été jugé coupable de mettre en péril la cohésion sociale de sa cité.
Accroche
C’est probablement à ce déni de justice que pense Platon, lorsqu’il Citation
et analyse
affirme dans La République que « La justice est un attribut de l’individu,
mais aussi de la cité entière. » La justice est un concept traditionnelle-
ment représenté par une femme portant une balance qui selon notre
passage aurait dans un plateau « l’individu » et dans l’autre sa commu-
nauté, « la cité entière ». En effet, nous dit Platon, la justice comme attribut
individuel ne peut être comprise (ni même exister) si on ignore son rap-
port avec la justice comme attribut communautaire. Le terme « attribut »
désigne une propriété d’une chose ou d’une personne ; en philosophie,
il désigne spécifiquement une propriété essentielle de cette chose ou
personne. Platon affirme qu’ultimement un individu juste ne peut se ren-
contrer que là où la même justice qui guide ses choix individuels guide
aussi ceux de la communauté dans laquelle il vit : sa cité. S’interroger sur
ce qu’est un individu juste conduit nécessairement à s’interroger sur la
justice de la communauté dans laquelle vit cet individu, c’est-à-dire sur
78 PARTIE I – COMPLÉMENTARITÉS
la justice des mœurs et des lois qui encadrent son existence individuelle.
Mais l’inverse est vrai aussi. La survie d’une communauté, si juste soit-
elle, repose ultimement sur la justice des individus qui la constituent,
c’est-à-dire sur leurs qualités éthiques personnelles.
Pbmatique Quels attributs essentiels un individu et une communauté doivent-ils
avoir en partage pour leur permettre à tous les deux d’être justes ?
Plan Il est vrai que tout individu qui aspire à la justice doit se tourner vers
sa communauté pour tenter de l’atteindre. Il n’en demeure pas moins que
tant que ses membres sont injustes, nulle communauté ne peut vraiment
prétendre être juste. Cette interdépendance de l’individu juste et de sa
communauté nous conduit donc à affirmer que la justice, qu’elle soit
individuelle ou collective, est surtout affaire d’équilibre, de sens de la
mesure et de ses limites propres.
qui cherche la justice ne la trouvera pas tout seul, mais il
U N INDIVIDU
doit se tourner vers sa communauté pour tenter de la connaître et
de l’atteindre.
Les individus en tant que tels sont isolés et impuissants. Dans les
termes de Spinoza, « s’ils ne s’entraident pas, les hommes vivent très mi-
sérablement »3 . Dans l’état de nature, les individus ne connaissent certes
pas la justice, mais ils en ont déjà un immense besoin. Les suppliantes
éponymes d’Eschyle ont rompu avec leur communauté en Égypte parce
qu’elles fuyaient un mariage forcé. Elles en appellent à Thémis, déesse
de la justice, mais il est clair que leur seule chance de justice passe par la
réintégration dans leur communauté d’origine : « la race argienne ». Ellen
Olenska décrit ainsi ce sentiment auquel elle aspirait en revenant « dans
son pays, à New York »4 : sentir « affection » et « sécurité » autour d’elle.
C’est même « son désir d’être guidé »5 qui émeut initialement Newland.
C’est d’autant plus vrai que l’impuissance et l’isolement risquent
toujours de conduire les individus avides de justice à la violence. Spinoza
souligne combien « les inimitiés, la haine, la colère et les ruses »6 sont ca-
ractéristiques de l’état de nature. Les suppliantes menacent de se pendre
aux statues des dieux si elles n’obtiennent pas l’asile qu’elles demandent
et Olenska, malgré tous ses efforts pour s’intégrer à New York, est trop so-
litaire et autonome pour ne pas posséder ce qu’Archer lui-même perçoit
comme un dangereux « esprit subversif »7 .
En fin de compte, seules des règles communes, des mœurs et des
lois partagées, permettent aux individus de connaître la justice. D’après
Spinoza, une fois le droit civil établi, elle peut exister en tant que « dispo-
sition constante de l’âme à attribuer à chacun ce qui d’après le droit civil
3 début du ch. XVI 4 ch. IX, p. 88 5 ch. IX, p. 89 6 début du ch. XVI 7 ch. IX, p. 88
SUJET 1 79
lui revient »8 . C’est aussi ce qu’affirme Étéocle : chacun dans la cité doit
faire « son devoir comme il convient ». S’il se heurte par là à son destin
alors il « supportera l’arrêt du destin » qui l’écrase en tant qu’individu.
Wharton reprend d’ailleurs cette métaphore du destin antique qu’il faut
accepter et même aimer quand elle décrit les lois (non pas politiques
mais sociales) qui gouvernent la grande bourgeoisie new-yorkaise et
devant lesquelles Archer et Olenska finiront par s’incliner.
Il n’y a donc pas de justice individuelle possible si elle n’est portée
par une communauté qui la garantisse. Pourtant, notre perception indivi-
duelle de la justice nous pousse parfois à remettre en cause ce que notre
communauté définit comme juste.
que ses membres sont injustes, nulle communauté ne peut vrai-
T ANT
ment prétendre être juste.
Trop souvent en effet, des individus injustes en viennent à ignorer ou
manipuler les lois communes. C’est ainsi qu’Étéocle juge son frère quand
il évoque l’étymologie du nom Polynice (« le querelleur ») et en appelle à la
justice contre lui. C’est en tout cas ce qui s’est passé selon Spinoza chez les
Hébreux quand « les pontifes usurpèrent le droit du chef et s’emparèrent
du pouvoir absolu »9 . De même dans Le Temps de l’innocence on voit
des personnages indifférents à toute idée de justice, tels Larry Lefferts
ou Julius Beaufort (dont le fils d’Archer et de May épousera la fille qu’il
aura eu avec son ancienne maîtresse), édifier tranquillement leurs succès
sur l’hypocrisie, l’arrogance et le secret mépris des idéaux de la bonne
société de New York. Archer est lui-même irrité de constater que Beaufort
ne trouve à May « aucune séduction »10 .
Et ce sont aussi souvent de telles machinations injustes qui l’em-
portent contre la justice collective et contre les individus qui y aspirent.
À la fin du Temps de l’innocence, on comprend que ce n’était pas à Archer
et Olenska qu’appartenait l’avenir mais à Beaufort11 . Chez les Hébreux,
affirme Spinoza dans le chapitre XVII, l’État théocratique établi par Moïse
ne put survivre aux manœuvres des lévites et des prophètes et succomba
à ses dissensions. Dans Les Sept contre Thèbes, la violence semble avoir
atteint son point culminant avec la mort des fils d’Œdipe. « Le dieu,
les ayant vaincus tous les deux, s’est arrêté », suggère même Eschyle.
Pourtant pour qui connaît la suite de l’histoire, l’injustice ancestrale d’un
individu, Laïos, va continuer de poursuivre sa descendance.
Il n’y a donc pas de vraie justice, là où tous les individus ne la pra-
tiquent pas et ne la reconnaissent pas. Pélasgos le roi des Argiens n’en-
visage d’ailleurs pas une seconde de porter un jugement sur le cas des
8 ch. XVI 9 fin du ch. XVII 10 ch. XXI, p. 205 11 ch. XXXIV, p. 297
80 PARTIE I – COMPLÉMENTARITÉS
suppliantes « sans le peuple »12 . C’est pourquoi aussi il n’y a pas de justice
pour la comtesse Olenska. Elle accepte certes le verdict de New York et
repart à Paris mais le lecteur sait qu’elle n’y adhère pas. « On ne désire
pas savoir la vérité ici » a-t-elle déjà soupiré en comprenant que la bonne
société new-yorkaise ne lui demandait qu’une chose « dissimuler ses pen-
sées »13 . Sur cette question de la liberté de pensée, Spinoza est du côté
d’Olenska : « c’est seulement au droit d’agir contre son propre décret »
qu’un individu peut renoncer pour sa communauté, et non « au droit
de raisonner et de juger »14 , explique-t-il à la fin du Traité théologico-
politique. La justice d’une communauté n’est réelle que là où elle est
pratiquée, pensée et reconnue par les individus auxquels elle s’applique.
Il n’y a pas de vraie justice collective si les individus qui y sont soumis
ne sont pas eux-mêmes justes. La justice est inséparablement individuelle
et collective. Quelles sont donc les caractéristiques qu’ont en partage les
individus et les communautés quand ils sont justes ?
A JUSTICE ,qu’elle soit individuelle ou collective, est surtout affaire
L d’équilibre, de sens de la mesure et de ses limites propres.
Les lois ne sont pas les mêmes en tout lieu et en tout temps. Pélasgos
le sait lorsqu’il rappelle aux suppliantes qu’elles sont soumises aux « lois
de l’Égypte » et non à celles d’Argos. Et le chœur le sait aussi qui lui répond
en invoquant « le respect dû aux dieux » et à leurs lois. La bonne société
de New York en a aussi parfaitement conscience. Dès les premières lignes
de Wharton on comprend que, comme l’inconfortable académie de mu-
sique où Archer rencontre Olenska, ses vieilles traditions « quelque peu
défraîchies » lui servent surtout à tenir « éloigné les nouveaux riches »15
et à diviser, séparer et regrouper les individus et les communautés. Ainsi
fonctionne tout État affirme Spinoza puisque « l’individu [a] transféré à la
société toute la puissance qui lui appartient » au point qu’« elle soit seule
à avoir sur toute chose un droit souverain »16 .
Et même au sein d’une communauté donnée, ce droit souverain,
ces lois et ces mœurs évoluent au fil du temps – pour le meilleur ou pour
le pire. C’est ce qui se passa avec la modification graduelle, et funeste
selon Spinoza, des règles de la théocratie des Hébreux après la mort de
Moïse. Face à de telles évolutions des règles de la justice communautaire,
les individus peuvent finir par se retrouver pris en tenaille entre deux
temps, deux communautés ou deux droits. Les Danaïdes sont à Argos des
« concitoyennes-étrangères » ; Étéocle est roi de Thèbes et frère de Poly-
nice ; Olenska est américaine et européenne ; et à la toute fin du Temps de
l’innocence, Archer est certes encore vivant mais il est « vieux jeu »17 : il est
12 p. 25 13 ch. IX, p. 92 14 ch. XX 15 ch. I, p. 21 16 ch. XVI 17 ch. XXXIV, p. 304
SUJET 1 81
d’une autre époque déjà. C’est d’ailleurs cette contradiction potentielle
des lois communautaires, qui rend nécessaire chez Spinoza le primat
absolu d’une communauté sur toutes les autres. Pour lui, la justice (c’est-
à-dire les lois politiques) doit s’imposer face aux lois communautaires.
Mais si les lois de l’État sont prioritaires chez Spinoza, c’est unique-
ment parce que « la fin de l’État c’est la liberté »18 . L’État est la seule
communauté qui porte en elle ses propres limites. Certes, en vertu du
pacte social, l’État a toute autorité, mais en pratique son autorité est limi-
tée, non de l’extérieur mais de l’intérieur. Car tout État qui ne resterait
pas au service des individus qui le composent disparaîtrait. D’une ma-
nière générale et sans nécessairement réduire la justice aux lois de l’État
comme le fait Spinoza, ne faut-il pas penser la justice sur le modèle de
cette capacité à s’auto-limiter et à fonctionner en harmonie avec ce qui
est autre que soi ? Dans l’exodos des Suppliantes, celles qui viennent d’ob-
tenir la justice qu’elles réclamaient semblent hésiter sur le sens de leur
ultime prière. Zeus doit-il simplement « accorder la victoire aux femmes »
contre les hommes ? Ou devraient-elles formuler des vœux plus « mesu-
rés » ? Les Danaïdes choisissent la victoire. Mais l’existence du reste de
la trilogie perdue suggère que cette soif de victoire sans mesure et sans
limite se révélera une défaite. La vie juste et bonne qu’Archer cherche
sans la trouver tout au long du Temps de l’innocence est aussi une vie
de mesure et d’harmonie entre liberté individuelle et passion incarnée
par Olenska, et tranquille sécurité des traditions de sa communauté re-
présentées par May Welland19 . Pourtant, lorsqu’il observait Olenska de
loin sur la jetée de Newport, celle-ci était déjà à ses yeux plus « un rêve »,
« une vision », « une hallucination » que la réalité20 . En esthète, amateur
de théâtre et d’art, Archer a rêvé sa vie plutôt que la vivre. Au terme du
roman, il choisit de continuer ainsi. Pour lui, la belle harmonie entre les
aspirations de l’individu et les rituels de sa communauté, en laquelle
consiste selon nous la justice, n’est sans doute pas de ce monde, c’est un
idéal de l’imagination.
ce qu’est la justice exige donc de la définir comme un at-
C OMPRENDRE
tribut de l’existence individuelle et de la vie collective : elle ne peut
exister dans l’une que si elle existe dans l’autre. Ainsi, c’est à l’individu
Réponse
de renoncer à ses excès pour le Bien Commun, comme c’est à la commu-
nauté de se restreindre pour permettre l’épanouissement des individus
qu’elle sert. La justice (qu’elle soit individuelle ou communautaire) peut
donc être décrite comme l’attribut de ceux qui savent se limiter, vivre en
harmonie avec eux-mêmes et avec les autres et ne pas succomber aux
excès du « toujours plus ».
18 ch. XX 19 ch. XVI, p. 149 20 ch. XXI, p. 208
82 PARTIE I – COMPLÉMENTARITÉS
Ouverture Ce sens de la mesure et de la limite n’est peut-être, comme le sug-
gèrent les deux œuvres littéraires au programme, qu’un vœu pieux ou un
rêve. À moins qu’il ne permette, lorsqu’il apparaît parfois chez des indivi-
dus ou dans des communautés, sinon le triomphe de la justice, du moins
le choix de ce qui est le moins injuste. C’est celui que fit Socrate lorsque
ses proches lui proposèrent la fuite et l’exil plutôt que la mort. Il refusa,
affirmant que subir une injustice est certes injuste mais en commettre
une serait plus injuste encore.
IV Éviter le hors-sujet
Platon a eu de nombreux lecteurs et commentateurs, et bien des
textes ont depuis poursuivi sa réflexion. Cela explique que de nombreux
justes pourront ressembler à la pensée antique. Mais il faut se méfier et
ne pas calquer une analyse : la pensée moderne ou contemporaine ne
saurait être analysée et discutée de la même manière. Ainsi, dans son
célèbre Contrat social, Rousseau tente de construire un État où « cha-
cun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même »21 , c’est-à-dire
où chaque individu trouve dans sa communauté politique « son moi
commun, sa vie et sa volonté »22 . Il est exact que Rousseau traite dans
Du Contrat social des mêmes problèmes de justice, d’individu et d’État
que Platon. Mais la thèse de Rousseau est qu’il existe des conditions très
précises de justice (celles décrites dans son essai) qui permettent à la
liberté de l’individu et la loi de la communauté de coexister. Or ce n’est
pas là ce qui intéresse le philosophe grec. La thèse qu’il défend est que
la justice de l’individu et celle de sa communauté sont intrinsèquement
liées parce qu’elles doivent être pensées sur le même modèle : un modèle
d’équilibre, de mesure, de limite et d’harmonie.
21 I, 6 22 I, 6
250
Citations à retenir
1 Une relation complémentaire...
Eschyle
« Que le conseil qui gouverne la cité, pouvoir prévoyant qui veille au bien
commun, garde constamment ses honneurs. » (le chœur des Suppliantes)
« L’État y possède de nombreuses maisons. Moi-même je suis pourvu d’un
palais d’une ampleur suffisante. Vous pouvez disposer ici de demeures
confortables à partager avec beaucoup d’autres. »
(le roi d’Argos dans Les Suppliantes)
« D’un accord unanime, ils viennent de nous sauver. »
(Danaos dans Les Suppliantes)
« Mais il nous punissait tous de la faute d’un seul. »
(le Héraut dans Les Sept contre Thèbes)
Spinoza
« S’ils ne s’entraident pas, les hommes vivent très misérablement »
(début du ch. XVI)
L’individu devenu membre de la communauté n’est pas un esclave, mais
un sujet, « qui fait par le commandement du souverain ce qui est utile au
bien commun et par conséquent aussi à lui-même » (ch. XVI)
Manlius Torquatus est célébré parce qu’il mit « le salut du peuple au-
dessus de la piété envers son propre fils. » (ch. XIX)
« Que la ville d’Amsterdam nous soit en exemple, cette ville qui, avec un
si grand profit pour elle-même et à l’admiration de toutes les nations,
a goûté les fruits de cette liberté ; dans cette république très florissante,
dans cette ville très éminente, des hommes de toutes nations et de toutes
sectes vivent dans la plus parfaite concorde » (ch. XX)
Edith Wharton
« Ne me parlez pas, disait Mrs Archer à ses enfants, de ce que disent les
journalistes sur l’aristocratie de New York. [...] Ce sont là des distinctions
dont on peut être fier, mais qui n’ont rien à voir avec le rang et la classe.
New York a toujours été une communauté commerciale, où trois familles
Index des œuvres et des noms propres
Agamben, Giorgio . . . . . . . . . . . 198 Homère . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
Alain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 240 Hugo, Victor . . . . . . . . . . . . 136, 138
Andromaque veuve noire . . . . 154 Idée d’une histoire au point de vue
Anouilh, Jean . . . . . . . . . . . . . . . . 121 cosmopolitique . . . . . . . . . . . . 135
Antigone . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121 Iliade . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
Arendt, Hannah . . . . . . . . . .38, 197 Individu et communauté dans les
Aristote . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103 philosophies occidentales . . . 99
Aurore . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172 Introduction aux principes de mo-
Azama, Michel . . . . . . . . . . . . . . 213 rale et de législation . . . . . . . 127
Bakhtine, Mikhaïl . . . . . . . . . . . 192 Jaurès, Jean . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
Baudelaire, Charles . . . . . . . . . . . 39 Jung, Carl . . . . . . . . . . . . . . . 181, 249
Beauvoir, Simone de . . . . . . . . 231 La Communauté inavouable 232
Bentham, Jeremy . . . . . . . 127, 223 La Communauté qui vient . . .198
Bergson, Henri . . . . . . . . . . . . . . . 43 Lamennais, Félicité de . . . . . . 100
Bible . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37 L’Amitié . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
Blanchot, Maurice . . . . . . . . . . .232 La Tradition cachée . . . . . . . . . . 197
Bourdieu, Pierre . . . . . . . . . . . . . 205 Le Bon, Gustave . . . . . . . . . . . . . 163
Caillois, Roger . . . . . . . . . . . . . . . 190 L’Ecclésiaste . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
Campbelle, Joseph . . . . . . . . . . 241 Le côté de Guermantes . . . . . . . 145
Commmunauté et Société . . . 109 Le Dernier Jour d’un
Comte, Auguste . . . . . . . . . . . . . 171 condamné . . . . . . . . . . . . . . . . 136
Contre-feux . . . . . . . . . . . . . . . . . 205 Le Deuxième Sexe . . . . . . . . . . . .231
Cours de philosophie positive 171 Le Héros aux mille et un
De la démocratie en Amérique 42 visages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 241
De la société première et de ses Le Quart Livre . . . . . . . . . . . . . . . 180
lois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100 Les Deux Sources de la morale
Dialectique du Moi et de et de la religion . . . . . . . . . . . . . 43
l’Inconscient . . . . . . . . . .181, 249 Les Lois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 218
Du contrat social . . . . . . . . . . 82, 90 Les Misérables . . . . . . . . . . . . . . . 138
Du côté du chez Swann . . . . . . 224 Les Règles de la méthode
Dumas, Alexandre . . . . . . . . . . . . 41 sociologique . . . . . . . . . . 144, 215
Durkheim, Émile . . . . . . . 144, 215 Lévinas, Emmanuel . . . . . . . . . 199
Ébauche d’une critique de L’Homme et le Sacré . . . . . . . . . 190
l’économie politique . . . . . . . . 91 L’Homme sociable . . . . . . . . . . . 108
Émile ou De l’éducation . . . . . 117 Lovecraft, H. P. . . . . . . . . . . . . . . 189
Essais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34, 226 Marx, Karl . . . . . . . . . . . . 34, 91, 198
Évangile selon Matthieu . . . . . 157 Molière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Gargantua . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83 Montaigne, Michel de . . . .33, 226
Gourdin, François-Philippe . 108 Nietzsche, Friedrich . . . . . . . . . 172
Halbwachs, Maurice . . . . . . . . .162 Pascal, Blaise . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
Hayakawa, Chie . . . . . . . . . . . . . . 39 Pensées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
Hier et Demain . . . . . . . . . . . . . . 163 Plan 75 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
256
Platon . . . . . . . . . . . . . . . . 74, 82, 218 Roosevelt, Eleanor . . . . . . . . . . 189
Propos . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 240 Rousseau . . . . . . . . . . . . . 82, 90, 117
Proust, Marcel . . . . . . . . . . 145, 224 Rue Descartes . . . . . . . . . . . . 99, 235
Py, Olivier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 206 Serres, Michel . . . . . . . . . . . . . . . 154
Qu’est-ce qu’une nation ? . . . . 166 Shakespeare . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
Quintili, Paolo . . . . . . . . . . . 99, 235 Socrate . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
Rabelais . . . . . . . . . . . . . . . . . 83, 180 Tocqueville, Alexis de . . . . . . . . . 42
Renan, Ernest . . . . . . . . . . . . . . . 166 Tönnies, Ferdinand . . . . . . 31, 109
République, La . . . . . . . . . . . . . . . 74 Valéry, Paul . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
Index des notions
Aliénation . . . . . . . . . . . . . . .sujet 12 Intérêt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .sujet 7
Altérité . . . . . . . . . . . . . sujets 18, 19 Justice . . . . . . . . . . . . . . . . sujets 1, 8
Âme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .sujet 11 Liberté . sujets 1, 2, 6, 7, 11, 12, 17
Appartenance . . . . . . . sujets 4, 10 Masse . . . . . . . . . . . . . . sujets 13, 16
Autrui . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 3 Morale . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 13
Bien commun . . . . . . . . sujets 5, 6 Nature . . . . . . . . . . . . . . . sujets 2, 17
Collectif . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 9 Normes sociales . . . . . . . . . . sujet 4
Communauté . . . . . sujets 2, 3, 18 Ordre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .sujet 1
Communautés multiples sujet 10 Paix sociale . . . . . . . . . . . . . . . sujet 8
Consensus . . . . . . . . . . . . . . . sujet 5 Pardon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 9
Contrainte . . . . . . . . . . . sujets 7, 17 Participation . . . . . . . . . . . . . sujet 9
Crime . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 9 Personnalité . . . . . . . . . . . . sujet 13
Culture . . . . . . . . . . . . . . . . . .sujet 20 Pouvoir . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 1
Démocratie . . . . . . . . . . . . . . sujet 6 Punition . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 8
Devoir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .sujet 7 Raison . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 17
Différenciation . . . . . . . . . . sujet 13 Religion . . . . . . . . . . . . . sujets 8, 17
Entente . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 5 Renouvellement . . . . . . . . sujet 14
Étranger . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 4 Représentation . . . . . . . . . .sujet 18
Exclusion . . . . . . . . sujets 4, 10, 19 Rôle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 20
Exil . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 10 Sens de l’existence . . . . . . sujet 16
Fête . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 14 Société . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 3
Filiation . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 11 Solitude . . . . . . . . . . . . . sujets 4, 12
Foule . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 12 Temps . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 14
Harmonie . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 1 Théâtre . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 16
Histoire . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 11 Unité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 19
Humanité . . . . . . . . . . sujets 15, 18 Utopie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sujet 2
Identité . . . . . . . . . . . . . sujets 15, 19 Vengeance . . . . . . . . . . . . . . . sujet 8
Imaginaire . . . . . . . . . . . . . . sujet 17 Vertu/Vice . . . . . . . . . . . . . . . sujet 2
Immanence . . . . . . . . . . . . . sujet 19 Violence . . . . . . . . . . . . . . . . . .sujet 1
Individu . . . . . . . . . . . . . sujets 3, 18 Volonté générale . . . . . . . . . sujet 5