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Coton

Quelques notes essentielles sur le coton
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Juin 2019

Volume XXXVII, No 2

The
ISSN 1022-6303

ICAC
Recorder
Comité Consultatif International du Coton

Table des matières


• Éditorial...........................................................................................................................................................3
• Stimuler les rendements en Afrique : Quelles technologies fonctionnent ?................................................4
• La tâche difficile de l’évaluation de l’impact : Cadre d’évaluation et résumé des résultats
de la COMPACI...............................................................................................................................................18
• Promotion des produits dérivés du coton en Afrique orientale et méridionale : Leçons tirées d’un
projet d’assistance technique des Nations Unies.......................................................................................22
• Progrès des producteurs de coton éthiopiens vers la durabilité................................................................27
The ICAC Recorder (ISSN 1022-6303) est publié quatre fois par an par le Secrétariat du Comité consultatif international du coton, 1629 K Street, N.W., Suite 702,
Washington, DC 20006, Etats-Unis. Rédacteur en chef : Dr Kashav Kranthi <keshav@[Link]>. Prix d’abonnement : 220 USD (par courrier). Copyright © CCIC 2019.
Aucune reproduction n’est autorisée en totalité ou en partie sans le consentement exprès du Secrétariat.
The ICAC Recorder, Juin 2019 3
Mars 2018
Volume XXXVI, No 1

The
ICAC Éditorial
Recorder
Comité Consultatif International du Coton
Le volume de juin 2019 du ICAC RECORDER est le dernier numéro de la série d’articles en quatre volumes consacrée exclusive-
ment à « Cette fois pour l’Afrique ». J’ai apprécié tout le temps passé à travailler sur ces articles, car ils reflètent l’espoir.
Cette édition comporte quatre articles. Le professeur Serunjogi et ses collègues font une analyse incisive de presque tous les
effets interactifs dans le système de production du coton afin d’établir une feuille de route pour augmenter les rendements en
Afrique. Leur article est une synthèse complète des réflexions sur la sélection végétale, les pratiques de production, la lutte an-
tiparasitaire, les principes de l›agronomie et les facteurs politiques qui peuvent ouvrir la voie à des rendements élevés en fibres
de qualité supérieure avec des pratiques durables. La conclusion de l’article réitère la nécessité de créer un institut international
de recherche sur le coton dans le cadre du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR, pour son sigle
en anglais).
M. Kris Terauds décrit les initiatives du projet de la CNUCED sur la « Promotion des sous-produits du coton en Afrique orien-
tale et méridionale ». Le projet renforce les capacités des ressources en Afrique et cherche de nouvelles possibilités d’ajouter
de la valeur aux sous-produits du coton, tels que les semences et les tiges de coton, afin d’accroître les possibilités de revenus
des agriculteurs et des entrepreneurs, en particulier dans les zones rurales, pour un secteur cotonnier globalement florissant.
[Link]
Terauds
des matières conclut « [qu]’il est possible d’établir des entreprises de transformation rentables en Afrique pour certains sous-pro-
• Éditorial ..........................................................................................................................................................3
duits• du coton,
Pratiques de production tels que– Extraits
cotonnière le coton des données absorbant ainsi que les briquettes et granulés de biomasse... Générer des revenus supplémentaires
globales, 2017 ..............................................4

dans• la chaîne de valeur du coton


Compte rendu et recommandations de la 13 réunion du réseau de l’ICAC sur le coton pour
peut aider à augmenter les prix du coton-graine payés aux producteurs et inciter ces derniers à
e

les régionsde la Méditerranée et du Moyen-Orient .................................................................................15

produire plus de coton ». Mme Daniela Jann et M. Tobias Bidlingmaier présentent les résultats d’un mégaprojet dans le cadre
• Annonces......................................................................................................................................................27

de l’Initiative pour la compétitivité du coton africain (COMPACI), qui a été opérationnel dans 12 pays de 2009 à 2016, en deux
phases avec l’objectif global de promouvoir la culture durable du coton et l’amélioration des conditions de vie des petits ex-
ploitants agricoles en Afrique. Les entreprises partenaires collaboratrices de COMPACI ont formé près d’un million de petits
exploitants agricoles aux techniques agricoles durables en Afrique subsaharienne, atteignant 25 à 30 % des cotonculteurs. Le
projet a réussi à convaincre 80 % des agriculteurs de la COMPACI d’appliquer les bonnes pratiques agricoles. Zerihun Desalegn
décrit les interventions pilotes pour une production durable du coton, réalisées dans le cadre d’un projet intitulé « Initiative
pour un coton durable en Éthiopie (SCIE, pour son sigle en anglais) » qui a établi une analyse de rentabilité pour la production
de coton de bonne qualité par des moyens durables dans le but d’accroître la rentabilité.
Les quatre articles de ce volume et tous les articles des trois volumes précédents sont analytiques et expriment des idées
prometteuses pour le coton en Afrique. Dans ces articles, les chercheurs ont examiné les défis et les problèmes, et ont expri-
mé leurs points de vue sur les stratégies possibles pour un changement positif. La majorité des articles présupposent que les
faibles rendements et la sous-utilisation du coton et de ses sous-produits sont les plus grands défis en Afrique.
Environ 88,0 % du coton brut est exporté d’Afrique. Au lieu d’être exportées, si les fibres sont transformées localement, le
coton africain a le potentiel de fournir des emplois supplémentaires à 5,5 millions de personnes et de générer des revenus
d’exportation pour une valeur de 30 à 90 milliards de dollars américains. Les produits dérivés du coton sont sous-utilisés et
pourraient générer des revenus d’une valeur d’environ 400 millions de dollars US et créer des emplois supplémentaires.
Malheureusement, l’Afrique n’a pas exploité la fibre de coton ni les produits dérivés du coton pour en tirer une valeur ajoutée,
des emplois ou des revenus commerciaux. Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas eu de tentatives. Il y a eu de nombreux projets et
plusieurs grandes initiatives pour améliorer les moyens d’existence des producteurs de coton et du secteur cotonnier africain.
Il n’en reste pas moins qu’en dépit de tous ces efforts, les rendements en Afrique restent les plus bas du monde et ont stagné
au cours des 40 dernières années.
Les rendements sont-ils destinés à être faibles pour toujours ? La réponse dépend de la volonté de l’Afrique d’expérimenter et
d’essayer. Un chercheur africain m’a fait remarquer un jour que « les rendements du coton ne peuvent être augmentés qu’avec
les technologies haute-fidélité (hi-fi) et que l’Afrique ne peut pas se les permettre ». Il est intéressant de noter que les rendements
dans le monde entier ont augmenté simplement en améliorant « l’indice de récolte », qui dépend de la relation « source-
puits » de l’eau et des nutriments.
L’amélioration de l’indice de récolte implique de simples changements dans la sélection variétale et une agronomie adaptée
pour assurer un bon ensoleillement et une utilisation efficace de l’eau et des nutriments par les parties fruitières de la plante
et moins de déchets dans la biomasse improductive. Ces concepts ont été renforcés dans les arguments avancés dans plusieurs
des articles des quatre volumes.
Ces idées devraient servir de base aux chercheurs africains pour expérimenter et essayer d’apporter un changement – un
changement pour le mieux. En effet, là où il y a une volonté, il y a un moyen. L’Afrique a besoin de la volonté scientifique et d’un
environnement politique favorable pour qu’une percée soit possible.
4 The ICAC Recorder, Juin 2019

Mars 2018
Volume XXXVI, No 1

The Stimuler les rendements en Afrique : Quelles


ICAC technologies fonctionnent ?
Recorder
Comité Consultatif International du Coton
Serunjogi Lastus Katende, Jolly K. Sabune (Mme) et Ben Anyama, Organisation de développement du coton
(CDO), BP 7018, Kampala, E-mail : cdo@[Link]

Michael A. Ugen, Institut national de recherche sur les ressources semi-arides (NaSARRI),
PO Box 56 Soroti, E-mail : director@[Link].

Texte complet d’une présentation faite lors de la 6 e session optionnelle, durant la 77 e Réunion Plénière du Comité consul-
tatif international du coton (ICAC), Abidjan, Côte d’Ivoire, du 2 au 7 décembre 2018

Introduction été produites par vingt pays d’Afrique subsaharienne sur


une superficie de 4,43 millions d’hectares, avec un rende-
Les estimations de l’ICAC pour la campagne 2018/19
ment moyen de 324 kg/ha. Toutefois, 68 % de la produc-
montrent que les rendements en fibres des 75 pays pro-
tion provenait de 60 % de la superficie africaine concen-
ducteurs de coton varient entre 118 kg/ha au Tchad et
trée dans cinq pays d’Afrique de l’Ouest : Bénin, Mali,
1 848 kg/ha en Australie. L’Australie, Israël, la Turquie, la
Table des matières Burkina Faso, Côte d’Ivoire et Cameroun. En Afrique sub-
Chine, la Russie, le Mexique, le Brésil et la Grèce ont enre-
• Éditorial ..........................................................................................................................................................3
saharienne, l’Afrique du Sud arrive en tête avec 955 kg/
gistré les
• Pratiques rendements
de production cotonnière – les Extraitsplus des données élevés
globales, 2017 du monde en 2018,
..............................................4
• Compte rendu et recommandations de la 13 réunion du réseau de l’ICAC sur le coton pour
e
ha, suivie par l’Éthiopie avec 657 kg/ha, le Cameroun avec
et ont été les huit pays les plus performants au monde
les régionsde la Méditerranée et du Moyen-Orient .................................................................................15
• Annonces......................................................................................................................................................27 473 kg/ha, la Côte d’Ivoire avec 452 kg/ha et le Bénin
(Figure 1). Le rendement moyen de ces pays était de
avec 418 kg/ha. Tous les autres pays d’Afrique ont récolté
1 562 kg/ha. En 2018, 1,44 million de tonnes de fibres ont
apter-1 moins de 350 kg/ha.
Figure 1. Yield (Kg/ha) in main cotton growing countries 2018
CHAD
KENYA
TANZA NIA
NIGERIA
MOZAMBIQUE
MALAW I
CENT. AFR. REP.
TOGO
ZIMBABWE
BURKINA FA SO
SENEGAL
UGANDA
GHANA
MALI
AFGHANISTAN
LAOS*
VENEZ UELA
ZAMBIA
PA RA GUAY
INDIA
BENIN
COTE D'IVOIRE
CA MEROON
TAJ IKISTAN
TURKM ENISTA N
SUDAN
PA KISTAN
MYA NMA R
ARGENTINA
KA ZAKHS TAN
AZERBAIJAN
IRA N
UZ BEKISTAN
ETHIOPIA
BANGLADESH
EGYPT
PERU
KYRGYZS TAN
COLOMBIA
SPAIN
SYRIA
US A
SOUTH AF RICA
EU-27
GREECE
BRA ZIL
MEXICO
CHINA
TURKEY
IS RAEL
AUS TRALIA
0 200 400 600 800 1000 1200 1400 1600 1800 2000

Figure 1. Rendement (kg/ha) dans les principaux pays producteurs de coton en 2018
Chapter-1
The ICAC Recorder, Juin 2019 5
Figure 2. Cotton Growing Countries in Africa
Toutefois, en novembre 2018, les estimations des rende-
ments en fibre de l’Ouganda étaient de 363 kg/ha, alors
que le rendement réel pour la campagne 2017 était de
340 kg/ha (Rapports annuels du CDO et [Link]).
En 2018, les rendements du coton les plus faibles au
monde (fourchette de 118 kg/ha à 274 kg/ha ; moyenne
de 222 kg/ha) ont été obtenus dans onze pays d’Afrique
– Burkina Faso, Tanzanie, Nigéria, Zimbabwe, Togo, Mo-
zambique, Malawi, Tchad, Kenya, Sénégal et République
centrafricaine – qui ont cultivé du coton sur une superfi-
cie totale de 2,1 millions d’hectares pour ne produire que
465 310 tonnes de fibres. Ainsi, il est clair que les rende-
ments du coton en Afrique sont extrêmement bas compa-
rés à ceux d’autres régions du monde.
L’ICAC (2018 c) déclare : « Les rendements moyens en fibre
ont été d’environ 350 kg/ha en Afrique pendant plus de
trois décennies, et cela doit changer ». Tout en attribuant
la faible production africaine de coton à de faibles rende-
ments, le CIRAD (2018) a déclaré que « les rendements du
coton africain sont parmi les plus bas au monde, mais le
continent dispose d’un potentiel de production énorme ».
Figure 2. Pays producteurs de coton en Afrique
Le coton, qui est de loin la matière première renouvelable
la plus importante dans l’industrie textile mondiale, est rendements cotonniers en Afrique devrait invariablement
principalement cultivé par plus de 3,5 millions de petits aller de pair avec l’augmentation de la qualité des fibres.
exploitants agricoles en Afrique. Le secteur cotonnier est
également cité comme l’une des sources les plus impor- Déterminants du rendement
tantes d’emploi rural et de revenu monétaire en Afrique
(CHA, 2018).
cotonnier
Les composants génétiques, agronomiques et environne-
Le CIRAD (2018) a élaboré encore plus sur l’importance
mentaux et leurs interactions jouent un rôle important
du coton dans les économies des pays africains : « plus de
dans le rendement. Il est nécessaire de diagnostiquer les
deux millions de ménages ruraux d’Afrique subsaharienne
facteurs critiques responsables des faibles rendements en
dépendent de la production de coton pour gagner leur
Afrique afin d’identifier des solutions pragmatiques pou-
vie. Au total, 37 pays africains sur 55 produisent du co-
vant conduire à une amélioration des rendements.
ton (Figure 2). Dans de nombreux pays, le coton est une
culture essentielle qui représente une part importante du Les principaux facteurs qui déterminent les rendements
PIB ou des exportations totales. Pourtant, pris dans son cotonniers sont :
ensemble, l’Afrique est relativement un petit producteur • Le potentiel génétique d’une variété utilisée dans la
mondial ; elle ne contribue qu’à 6 % de la production mon- production du coton,
diale de coton en utilisant 13,5 % de la superficie mon- • L’interaction entre la génétique et l’environnement
diale cotonnière. De toute évidence, la principale raison de (GXE), et
la faible production de coton en Afrique est la faiblesse des
rendements ». • Les technologies de production ou pratiques agrono-
miques permettant de concrétiser le potentiel géné-
Il est donc important d’identifier les facteurs respon- tique de la variété.
sables des faibles rendements cotonniers et d’identifier
les moyens et stratégies permettant d’accroître les rende- Le potentiel génétique d’une variété pour un rendement
ments en Afrique. Des rendements élevés résultant d’une plus élevé et pour tout autre trait important du point de
utilisation optimisée des intrants peuvent améliorer la vue économique, tel que la protection des plantes, la résis-
durabilité des chaînes d’approvisionnement du coton, tance à la sécheresse, la tolérance aux herbicides ou l’effi-
contribuer au bien-être des populations africaines dans le cacité d’utilisation des intrants, peut être amélioré soit par
secteur cotonnier et avoir le potentiel d’améliorer les éco- la sélection conventionnelle, soit par le biais de technolo-
nomies africaines en général. Ce document examine les gies reposant sur la biotechnologie. Il existe toutefois un
options technologiques pratiques pour augmenter les ren- groupe de technologies relativement contemporaines ou
dements en Afrique. Il va sans dire que l’augmentation des nouvelles et/ou de types innovants, appelé dans ce docu-
ment « néo-technologies ».
6 The ICAC Recorder, Juin 2019

• Les composants environnementaux, d’autre part, in- africaines de coton comprennent les facteurs suivants :
cluent entre autres : les quantités et les types de pré- • Climat idéal pour le coton, avec un bon ensoleillement
cipitations, la fertilité du sol, les régimes de tempéra- et des précipitations ;
ture, les insectes nuisibles, les maladies, les némato-
des et leurs épidémies. • De bons sols et probablement meilleur que ceux de
nombreuses autres régions du monde où le coton est
• Le diagnostic des effets d’interaction précis entre les cultivé ;
technologies de production et l’environnement sur les
rendements et les causes probables des faibles rende- • Nouvelles technologies qui ont été développées en
ments pourrait servir de base à la conception de stra- Afrique et atteignent de nombreuses exploitations ; et
tégies efficaces pour l’amélioration des rendements. • Agriculteurs assidus appliquant leurs meilleures com-
Les faibles rendements en Afrique sont probablement dus pétences en gestion pour une production accrue.
aux deux facteurs suivants : Par conséquent, il serait pertinent de demander ; « Quelles
• L’incapacité de la filière coton à développer des tech- sont les contraintes prohibitives responsables des faibles
nologies appropriées pour faciliter les hautes perfor- rendements cotonniers en Afrique malgré les opportu-
mances des cultures de coton dans les environnements nités favorables existantes ? Comment peut-on résoudre
dominants, et ces contraintes ? et « pour augmenter les rendements en
Afrique, quelles technologies pourraient fonctionner ? »
• L’incapacité à assurer une forte adoption et une ap-
plication appropriée des technologies par les produc- British Cotton Growing Corporation (BCGC)
teurs de coton. Les conditions favorables à la production cotonnière énu-
Les augmentations souhaitables des rendements coton- mérées par l’ICAC (2018), qui devraient favoriser des ren-
niers et de la qualité des fibres résultant des effets de l’in- dements élevés en Afrique, remontent aux premières re-
teraction entre les génotypes du coton et les intrants de cherches sur le coton qui ont été appuyées dans certains
production ont été décrites par Serunjogi et al. (2014) en pays africains par les anciens dirigeants, par exemple les
insistant sur la nécessité d’une utilisation équilibrée des activités de la British Cotton Empire en Afrique (Figure 3).
intrants dans la production cotonnière. L’utilisation ap- Celles-ci ont été succédées plus tard par les activités de la
propriée des intrants au cours des étapes critiques de la British Cotton Growing Corporation (BCGC) (Anon. 2018,
production cotonnière, comme le recommande le secteur b) qui ont largement contribué à façonner les technologies
de la recherche et développement (R et D), jouerait un rôle de production actuelles dans la plupart des pays produc-
crucial pour atteindre l’ampleur souhaitée pour le rende- teurs de coton en Afrique. Quelques exemples sont énu-
ment en fibres et la qualité de la fibre. Sabune et Serunjogi mérés ci-dessous :
(2017) ont décrit les augmentations de rendement comme • La station de recherche sur le coton de Namulonge a
des avantages découlant des régimes qui ont facilité le été créée par le BCGC en 1949 en Ouganda. La station
transfert des technologies de production du coton en Ou- de recherche qui a été d’abord créée sous le nom de
ganda. Les technologies de production ne doivent pas res- Station de recherche de Kawanda a ensuite été trans-
ter enfermées dans les rayons de la R et D ; Il est urgent de férée à Bukalasa (aujourd’hui un Institut agricole),
mettre au point des mécanismes intégrales mais simples puis finalement à Namulonge. Les trois sites étaient
de transfert de technologie en Afrique. situés dans la région centrale de l’Ouganda. Namu-
longe est finalement devenu le siège des activités
Améliorer les rendements de la BCGC en Afrique, jusqu’en 1972, moment où le
cotonniers en Afrique : Quelles personnel de la société est parti précipitamment en
raison de l’anarchie qui prévalait alors en Ouganda.
technologies peuvent fonctionner ? D’autres programmes de recherche sur le coton ont
Conditions de production du coton en été lancés au début des années 1930 à Serere, dans
Afrique le nord-est de l’Ouganda (Serunjogi et al ; 2001), pour
répondre aux besoins technologiques en matière de
Alors que les rendements du coton ont été stagnants et
production cotonnières des régions semi-arides du
faibles pendant des décennies en Afrique, on a observé
nord et de l’est.
l’existence d’une technologie de production appropriée
et de conditions propices aux rendements élevés dans le • Les succès de la technologie de production qui ont
même domaine de production. permis de produire des rendements cotonniers élevés
sont attribuables aux échanges d’informations sur les
En 2018, l’ICAC a perçu cette coexistence de faibles rende-
technologies de production, de matériels de sélection
ments, malgré des conditions favorables, comme un « pa-
et des stocks de matériel génétique, entre les pays afri-
radoxe », dans la mesure où les conditions de production
cains sous l’auspice de la BCGC. Par exemple, on sait
Figure [Link] British’s Cotton Corporation’s Director of Research Station,
Dr. Hutchinson,
The ICAC with workers
Recorder, examining cotton plants for signs of
Juin 2019 7
diseases at Namulonge, Uganda in the 1950s ([Link]).

ganiser la recherche cotonnière en Afrique au niveau


technique (Seine et Bachelier, 2017, a & b) pour réa-
liser une percée. Il s’agit de permettre aux pays afri-
cains producteurs de coton de s’adapter aux nouvelles
exigences mondiales en matière de rendement et de
qualité des fibres dans les chaînes de valeur du coton
compétitives, un scénario différent de celui qui préva-
lait à l’époque de la BCGC.

Les technologies actuelles de


production cotonnière en Afrique
Les technologies de production cotonnière en vogue sont
similaires dans beaucoup des pays africains qui ont héri-
té d’une structure commune de recherche de la BCGC. Les
technologies sont classées selon les catégories suivantes :

Figure 3. Le Dr Hutchinson, Directeur de la station de Amélioration variétale


recherche de la société cotonnière britannique, avec des Les variétés crées en Afrique ont été développées, testées
ouvriers examinant les plants de coton à la recherche et sélectionnées dans les zones de production prévues
de signes de maladie à Namulonge (Ouganda) pour les caractéristiques suivantes : une période de matu-
dans les années 1950 ([Link]) rité précoce, des rendements améliorés du coton-graine et
du filé (complétés par un rendement élevé en égrenage,
que les stocks de coton Albar qui étaient recherchés GOT), des fibres de haute qualité, une résistance aux pa-
pour leur résistance à la fameuse maladie de la tâche rasites, par exemple en sélectionnant une des plantes à
angulaire causée par Xanthomonas axonopodis malva- pilosité élevée qui confère une résistance aux insectes su-
cearum en Afrique de l’Est provenaient de sélections ceurs comme les jassides (Empoasca sp), la résistance aux
faites à partir d’une variété appelée « Allen » obtenue maladies et la tolérance à la sécheresse.
du Nigéria. L’Allen nigérian, a été à son tour importé
d’Ouganda en 1912. Toutefois, on pense que lorsqu’il Multiplication et traitement des semences
était au Nigeria, Allen s’est croisé naturellement avec Le développement variétal et la production de semences
une espèce cotonnière vivace, Gossypium hirsutum reposent sur des procédures organisées et normalisées
race punctatum, qui lui a conféré les gènes de résis- par l’ICAC. Lors de la 72 e réunion plénière de l’ICAC tenue
tance à la tâche angulaire. Les accessions résistantes à Carthagène (Colombie) en 2013, les pays membres de
qui en ont résulté ont été connues sous le nom d’« Al- l’ICAC ont approuvé la normalisation de la nomenclature
bar », où « Al » signifie « Allen » et « bar » signifie la « ré- des semences de coton pour leur adoption par les gouver-
sistance à la tâche angulaire /bras noir » (Serunjogi nements membres. La nomenclature comprend les niveaux
et al ; 2001 et Orawu et al ; 2017). Les stocks d’Albar suivants : semence d’obtenteur, semence de base, semence
ont jeté les bases des programmes de sélection ac- certifiée, semence enregistrée et semence commerciale
tuels pour le développement de variétés de coton en (ICAC 2013). Les semences sont transformées, délintées,
Afrique, en particulier en Ouganda, et continuent de traitées avec des produits chimiques contre les ravageurs
jouer un rôle crucial dans les programmes de sélec- et les maladies, puis emballées et étiquetées pour indiquer
tion, principalement en raison de leur résistance à la le nom de la variété, la période spécifique de plantation, les
maladie de la tâche angulaire, ainsi que de leur adap- paquets agronomiques sur l’espacement afin d’obtenir les
tabilité à une large gamme de variations environne- densités végétales souhaitées et sur la lutte antiparasitaire.
mentales dans les zones de production et de la bonne
qualité de leur fibre. Paquets agronomiques
Les pratiques de production culturale incluent des détails
• Essentiellement, les efforts déployés dans le cadre
sur la préparation du sol, la préparation du lit de semence,
des programmes actuels de recherche sur le coton
la date appropriée de semis, la gestion de l’humidité du
en Afrique continuent de s’appuyer sur les résultats
sol, la géométrie de la plantation, la gestion de la fertilité
obtenus à l’époque de la BCGC et de ses institutions
du sol, la gestion des plantes adventices, la régulation de
affiliées en matière de recherche cotonnière, qui ont
la croissance des plantes et de la cueillette. Le suivi de la
été appliqués ailleurs dans des pays africains alors
gestion des résidus de culture permet de s’assurer que les
bénéficiaires. Certaines « écoles de pensée » estiment
résidus sont incorporés dans le sol en temps voulu pour
toutefois qu’il est nécessaire de renouveler et de réor-
fournir des éléments nutritifs à la culture suivante. Les
8 The ICAC Recorder, Juin 2019

dates de semis sont déterminées sur la base des prévisions Le Nigéria a donc suivi les six pays africains — Afrique du
de la mousson afin de garantir une humidité adéquate du Sud, Soudan, Swaziland, Kenya, Malawi et Éthiopie — qui
sol pour les plantules et au moins 500 mm de pluie pour ont précédemment approuvé la production de coton bio-
la culture (Serunjogi et al., 2001). La préparation du sol, la tech en vertu de leur législation nationale (ISAAA, 2018).
préparation du lit de semence, les semis et les opérations Kranthi (2018a) a décrit l’état d’avancement des approba-
de désherbage sont effectués avec une mécanisation mini- tions gouvernementales sur l’utilisation du coton biotech
male à l’aide d’outils tirés par des bœufs (Figure 4). dans les pays africains. À ce jour, le coton Bt biotech résis-
Lutte intégrée contre les ravageurs (LIR) tant aux insectes a été approuvé dans six pays d’Afrique :
Afrique du Sud, Burkina Faso, Soudan, Nigéria, Swaziland
Figurenuisibles
Les insectes 4 Using Animal
et les Draft
maladies sont Power for Cotton
gérés à l’aide et Éthiopie. En outre, le caractère tolérant aux herbicides
Seed Bed
de stratégies Preparations
de lutte intégrée. Cesinapproches
Ugandaincluent, a également été approuvé en Afrique du Sud. Le Malawi,
entre autres, le recours à la lutte biologique, aux biopes- le Kenya et le Cameroun ont mené des essais de coton Bt
sur plusieurs sites, tandis que le Cameroun
envisageait d’approuver des caractères to-
lérants aux herbicides.
En Ouganda, le « projet de loi national sur la
biotechnologie et la biosécurité de 2012 » a
été déposé au Parlement en octobre 2017.
Il a été renvoyé à la Commission parlemen-
taire de la science, de la technologie et de
l’innovation pour être peaufiné. Le projet
de loi remanié a été déposé de nouveau
et adopté par le Parlement en novembre
2018. Il a été rebaptisé « Projet de loi sur la
réglementation du génie génétique, 2018 »
et a pour mandat de fournir un cadre régle-
mentaire pour le développement et l’appli-
cation en toute sécurité de la biotechnolo-
gie et la dissémination d’organismes géné-
tiquement modifiés (OGM), Anon (2018a).
La nouvelle loi devait être approuvée par le
Président de l’Ouganda avant la fin du mois
Figure 4. Utilisation de la force de traction animale pour
de février 2019 avant d’être pleinement
les préparations de lits de semences de coton en Ouganda
opérationnelle en vertu des lois ougan-
daises, Anon 2019.
ticides et aux insecticides chimiques sur la base de seuils
économiques afin de garantir que les actions de lutte anti- Perspectives de l’ICAC pour
parasitaire ont le moins d’effets perturbateurs sur les or-
ganismes de lutte biologique présents à l’état naturel (Se-
accroître les rendements en Afrique
kamatte et al. 2003). Les options de lutte intégrée exigent • En 2018 et 2019, l’ICAC a publié trois numéros spé-
également que les agriculteurs suivent les recommanda- ciaux de « The ICAC Recorder », qui contiennent les
tions de dilution appropriée des pesticides, respectent les points de vue et les idées de divers acteurs de la com-
précautions de sécurité, utilisent de manière appropriée munauté cotonnière mondiale sur la manière d’aug-
les technologies de pulvérisation avec des pulvérisateurs menter les rendements cotonniers en Afrique (ICAC
à dos, motorisés ou montés sur tracteur avec des types de 2018b, ICAC 2018c, ICAC 2019). Dans l’édition de
buses appropriés. septembre 2018 (ICAC 2018b), l’éditorial a fait un
excellent résumé sur les faibles rendements qui ont
Coton biotech entaché la production cotonnière africaine. Les rende-
Plusieurs pays africains ont rationalisé les procédures offi- ments ont stagné à 350 kg/ha au cours des trois der-
cielles en matière de biosécurité afin de réglementer l’éva- nières décennies, contre plus de 1 500 kg/ha de fibre
luation et l’approbation du coton biotech pour des carac- dans cinq pays à forte rendement cotonnier : Austra-
tères économiquement importants, tels que la résistance lie, Chine, Mexique, Brésil et Turquie.
aux insectes nuisibles, aux maladies et aux herbicides. En • L’éditorial a souligné la nécessité de modifier l’archi-
août 2018, le Nigéria est devenu le septième pays africain tecture des plantes et la géométrie des plantes pour
à approuver officiellement la production de coton biotech. une forte densité des plantes en Afrique et en Inde,
The ICAC Recorder, Juin 2019 9

une idée qui pourrait conduire à une percée des ren- - Promotion de l’agriculture de conservation pour
dements. La géométrie de plantation proposée pour- améliorer la santé des sols par rapport aux systèmes
rait permettre à la culture d’améliorer efficacement conventionnels de travail du sol en vigueur en Afrique
son utilisation de la lumière du soleil, de l’eau et des et responsables de la dégradation des sols.
intrants, et de produire des rendements élevés en - Programmes de formation au transfert de technolo-
peu de temps avec moins d’intrants et à faible coût. gie pour l’éducation et la sensibilisation des agricul-
Ces idées sont basées sur les preuves dérivées des teurs.
réussites australiennes, chinoises, mexicaines, brési-
liennes, turques et américaines. • Parmi les autres documents complets et « incontour-
nables » sur les idées pour augmenter les rendements
• L’éditorial a mis en évidence la nécessité d’identifier cotonniers en Afrique publiés dans le ICAC Recorder
les principes de base sur lesquels reposent les chan- en septembre 2018 (ICAC 2018b), figurent ceux rédi-
gements technologiques nécessaires pour augmenter gés par Farid Uddin et al, et Sabesh.
les rendements. Les principes seraient ensuite assi-
milés et utilisés dans le développement de concepts, • En outre, dans le même numéro du ICAC Recorder
stratégies et technologies qui devaient être testés et de septembre 2018 (ICAC 2018b), Kranthi (2018b)
validés dans les environnements locaux d’adoption en a donné un aperçu inestimable de la façon dont l’ar-
Afrique. chitecture compacte des plants de coton et la gestion
du couvert végétal permettraient d’augmenter les
• Certaines des observations ci-dessus ont également rendements cotonniers en Afrique. Il a expliqué les
été consignées dans un article intitulé « Perspectives mérites de scénarios en Australie, au Brésil et aux
sur la recherche cotonnière et idées pour l’Afrique : États-Unis dans lesquels les sélectionneurs cherchent
actes et recommandations de la XIVe réunion du Fo- à développer des cultivars d’architecture compacte
rum du coton en Afrique méridionale et orientale qui conservent un optimum de 15 à 20 capsules par
(SEACF, pour son sigle en anglais) » qui contenait les plante, mais avec une densité de plantation de 80 000
vues exprimées lors de la réunion du SEACF à Harare, à 110 000 plantes par hectare. Des rendements élevés
au Zimbabwe, du 4 au 6 juillet 2018, sur le thème des de 1 000 à 2 500 kg/ha de fibres sont obtenus dans de
« Meilleures pratiques mondiales pour améliorer la tels cas. Kranthi a plaidé en faveur de l’adoption d’une
production de coton en Afrique » (ICAC 2018b). architecture compacte du cotonnier et une gestion du
• Vous trouverez ci-dessous une liste abrégée des re- feuillage afin d’accroître les rendements cotonniers
commandations émanant de la réunion du SEACF : dans les pays d’Afrique orientale et méridionale (voir
le paragraphe sur les Points de vue des auteurs pour
- La sélection de variétés de coton « efficaces » en ma-
améliorer les rendements cotonniers en Afrique dans
tière d’utilisation de nutriments et d’eau et avec une
ce présent document). Il a décrit les différents scéna-
architecture compacte pour permettre la mécanisa-
rios en Afrique et en Inde où les obtenteurs ont déve-
tion des opérations de production.
loppé des types de plantes qui produisent un grand
- Soutien accru de la recherche cotonnière et renfor- nombre de capsules allant de 80 à 150 capsules par
cement des institutions de recherche sur le coton. plante. De telles plantes ont besoin d’un grand espa-
- Formulation de technologies de production axées cement pour leurs habitudes de croissance hautes et
sur la demande, avec la participation des agriculteurs larges. Bien qu’ils produisent de nombreuses capsules,
pour accroître leur utilisation. ces cultivars de coton mettent plus de temps à arriver
- Concevoir des stratégies participatives avec les agri- à maturité et, s’ils sont terminés prématurément, ils
culteurs pour protéger la culture cotonnière contre donnent de faibles rendements. Leurs « fenêtres cri-
les aléas climatiques et les changements climatiques. tiques » (de la floraison aux stades de formation des
capsules) varient de 80 à 120 jours par rapport aux
- Organismes gouvernementaux et privés facilitant cultures à haute densité de courte durée de 40 à 80
l’accès des agriculteurs aux technologies de protec- jours. Ainsi, la culture du coton en Afrique ou en Inde a
tion des cultures contre les parasites et les maladies. besoin de plus d’eau et de nutriments pendant les lon-
- Production organisée et disponibilité de semences gues périodes critiques pour obtenir des rendements
de plantation certifiées de bonne qualité. élevés.
- Programmes de soutien pour la disponibilité du- • Dans le numéro spécial de décembre 2018 de « The
rable d’intrants tels que les engrais, les pesticides et ICAC Recorder », Hezhong Dong et Michel Fok (2018),
les machines. ont décrit comment les techniques de culture légère et
- Des marques de coton durables dans les systèmes simplifiée (LSC, pour son sigle en anglais) pourraient
de production pluvial afin d’obtenir des prix plus éle- améliorer les rendements des systèmes de production
vés sur les marchés mondiaux. agricole à petite échelle en Afrique. Cette technique
10 The ICAC Recorder, Juin 2019

comprend l’utilisation de petites machines agricoles, l’efficacité des technologies actuellement utilisées et pro-
de matériaux et d’équipements conçus pour réduire poser de nouvelles stratégies pour la recherche sur le coton
ou remplacer les opérations manuelles, mais simpli- en Afrique, le cas échéant.
fiée par rapport aux machines lourdes utilisées dans
les technologies de culture intensive, telles que celles Utilisation de technologies « néo-
déployées en Chine. Les techniques comprennent innovantes » et abordables
des semoirs monograines de précision, le contrôle
des branches végétatives sans élagage, la fertilisation Biopesticides
unique, la fertirrigation et le groupement de maturité La formulation d’extraits de bio-pesticides abordables,
pour des récoltes uniques. sûrs et efficaces à partir de matières végétales disponibles
• Dans le numéro spécial de décembre 2018 de l’ICAC localement, comme les arbres et les herbes ; des feuilles,
Recorder (ICAC 2018c), Blaise Desouza a donné une des écorces, des fruits et des amandes ou des graines ont
explication détaillée de la façon dont l’adoption des été essayés en Ouganda. Un laboratoire de biopesticides a
« meilleures pratiques de gestion (MPG) » dans la été construit et inauguré en août 2017, [Link],
catégorie des petites exploitations et des ressources (Figure 5). Il est stratégiquement situé à l’Institut national
limitées de l’agriculture, pouvait augmenter les rende- de recherche sur les ressources semi-arides (NaSARRI). Le
ments cotonniers en Afrique. L’agriculture de conser- NaSARRI ([Link]) est chargé de la recherche
vation (AC) est l’une des composantes majeures des cotonnière dans le cadre des programmes de recherche
MPG, essentielle à l’amélioration de la productivité. élargis de l’Organisation nationale de recherche agricole
L’AC s’articule autour de trois principes de base, à sa- (NARO) ([Link]). Le laboratoire de biopesticides
voir : minimiser le travail du sol, y compris une cou- a été construit sous les auspices du « Programme d’assis-
verture permanente et une rotation des cultures. Il a tance technique » du coton Cotton-TAP-Africa-India), avec
été souligné que la réalisation des mérites de l’AC né- l’appui du Gouvernement indien pour renforcer les chaînes
cessitait de tester les technologies sur une base régio- d’approvisionnement du coton ([Link])
nale, c’est-à-dire que les technologies efficaces de l’AC dans les pays africains. La phase 1 du programme a été
dans un pays donné peuvent ne pas fonctionner direc- opérationnelle de mars 2012 à 2017 dans sept pays afri-
tement ou nécessairement dans un autre pays sans cains producteurs de coton, à savoir le Bénin, le Burkina
confirmer leur adéquation au nouvel environnement. Faso, le Mali, l’Ouganda, le Malawi et le Mali.
Il est nécessaire de comprendre la situation locale (y
Le laboratoire de bio-pesticides de NaSARRI est déjà en
Chapter-1
compris les sols et le climat) et d’adapter les pratiques
train de formuler des bio-pesticides à partir d’arbres et
de l’AC aux conditions locales. d’arbustes indigènes ougandais, tels que le Lantana ca-
Figure [Link] of scientists
mara, le Neem in the
(Azadirachata Bio-pesticide
indica), Lab
l’Acajou, le Khaya
Points de vue des auteurs pour
at NaSARRIsenegalensis
Serere, Uganda in August
et le Moringa olifera. Le2017
laboratoire dispose
améliorer les rendements
cotonniers en Afrique
Étant donné que les technologies conven-
tionnelles et les systèmes de production
existants n’ont pas réussi à obtenir des ren-
dements élevés en Afrique (ICAC, 2018b),
il est proposé que les efforts soient dirigés
vers la promotion des technologies néo ou
innovantes, qui ont été mises au point et
qui se sont révélées efficaces dans les sta-
tions de recherche africaines. Il est néces-
saire d’utiliser des mécanismes appropriés
de transfert de technologie pour transférer
les innovations des laboratoires sur le ter-
rain. Ces nouvelles approches devraient
être soutenues par des arrangements ju-
ridiques et institutionnels appropriés et
complétées par des collaborations entre les
programmes de recherche et les initiatives
en Afrique. Des efforts devraient également Figure 5. Formation de scientifiques au laboratoire de biopesticides
être faits périodiquement pour examiner à NaSARRI Serere, en Ouganda, en août 2017
The ICAC Recorder, Juin 2019 11

également d’un laboratoire d’analyse d’échantillons de sol les guêpes communes, les mantes religieuses, les punaises
pour déterminer les besoins en engrais pour la production assassines (Pristhesancus sp.), les guêpes (Trichogram-
de coton dans les différentes zones de production. Le la- ma et Telenomus sp.) et les araignées. Les agents biolo-
boratoire de bio-pesticides devrait passer à la production giques comprennent également les virus bénéfiques de la
commerciale de bio-pesticides afin de desservir les autres polyhédrose nucléaire, Metarhizium anisopliae, Beauveria
pays producteurs de coton de la région. bassiana, Isaria sp. et Verticillium lecanii, qui infectent les
Gayi et al. (2016) ont montré que des bio-pesticides tels insectes nuisibles pour le coton (Gayi, et al ; 2017). Des
que la « nimbicidine », qui sont des extraits de l’arbre modalités d’élevage en masse de ces agents biologiques
neem ; les feuilles, l’écorce, les fruits, les racines, les pé- devraient être mises au point pour améliorer la durabilité
pins et les graines, ainsi que les extraits des graines et de de la protection des cultures par des approches peu coû-
l’écorce de Khaya, permettaient de mieux lutter contre le teuses et respectueuses de l’environnement.
ver de la capsule du cotonnier et d’obtenir des rendements Engrais organiques
de coton-graine nettement supérieurs à ceux des pesti-
cides synthétiques équivalents en Ouganda. Ces bio-pesti- L’utilisation de biofertilisants améliore considérablement
cides ont été recommandés en Ouganda pour lutter contre la santé du sol de la manière la plus écologique possible.
le ver de la capsule du cotonnier, à savoir le ver américain De nombreuses espèces de micro-organismes tels que le
de la capsule (Helicoverpa armigera), le ver de la capsule Rhizobium, Azotobacter et les bactéries solubilisant les
épineux (Earias insulana et Earias biplaga) et le ver rose phosphates (PSB) telles que le Pantoea agglomerans ou le
Chapter-1 gossypiela), (Gayi et al ; 2017).
de la capsule (Pectinophora Pseudomonas putida ont été couramment utilisées dans les
écosystèmes du coton soit comme inoculants pour légumi-
Des isolats d’un champignon Metarhizium anisopliae ont neuses, soit comme applications sur des semences et des
Figure6. Plants of Tithonia sp, (left), and leaves applied in trenches
été obtenus dans le laboratoire de bio-pesticides de Na- sols pour améliorer la fertilité des sols. La culture étagée
between Cotton Rows, (right) to be incorporated into the soil
SARRI. Le champignon est connu pour son efficacité dans du coton avec des légumineuses fixatrices d’azote telles
la lutte contre les principaux organismes nuisibles, en que le soja (Glycine max L.) (Serunjogi et al ; 2002), ou les
particulier les insectes lépidoptères, qui comprennent : les haricots communs Phaseolus vulgaris (Elobu et al ; 1995)
légionnaires d’automne , les vers
de la capsule du cotonnier et les
pyrales de maïs. Des cultures pures
du champignon ont été obtenues
au laboratoire. Les cultures sont
actuellement testées en laboratoire
et sur le terrain afin d’identifier les
souches les plus puissantes pou-
vant être reproduites et libérées
pour être utilisées dans les cultures
de coton en Ouganda (Gayi, 2019.
Pers com).
Figure 6. Les plantes de Tithonia sp (à gauche) et les feuilles appliquées dans
Figure 7. Tithonia treated cotton crop at flowering, (left) and
Contrôle biologique les tranchées entre les rangées de coton (à droite) pour être plantées
L’utilisation du contrôle biologique at boll opening stages, (right)
fait référence à l’utilisation d’orga-
nismes vivants pour lutter contre
les insectes nuisibles et les agents
pathogènes nocifs dans le coton.
Certaines de ces techniques in-
cluent l’utilisation d’insectes utiles
ou d’ennemis naturels, qui sont
antérieurs aux parasites du coton,
par exemple les fourmis noires
Lepisiota spp. qui se sont révélées
efficaces dans la lutte contre les
principaux insectes nuisibles du
coton en Ouganda (Ogwal et al. ;
2003). Les autres insectes utiles
Figure 7. Culture de coton traitée au Tithonia à la floraison (à gauche) et
pour le coton sont : les coccinelles,
aux stades d’ouverture des capsules (à droite)
Figure8. Pest control with a Novel Mechanical Pesticide, “Deadzone”.
Chemical residues on the sprayed leaves (left) and the resultant healthy
crop (right)
12 The ICAC Recorder, Juin 2019

inoculés avec Bradyrhizobium japo-


nicum fixant l’azote ou une espèce
appropriée de Rhizobium enrichit
considérablement le sol en azote.
Plusieurs stratégies ont été utilisées
pour concevoir des systèmes de
culture étagée comprenant les légu-
mineuses afin d’assurer une fixation
significative de l’azote sans aucune
concurrence entre la légumineuse
et le coton. Tout en améliorant la
santé des sols, de nombreuses lé- Figure 8. Lutte antiparasitaire avec un nouveau pesticide mécanique,
gumineuses assurent la sécurité « Deadzone ». Résidus chimiques sur les feuilles pulvérisées (à gauche)
alimentaire et des revenus supplé- et la culture saine qui en résulte (à droite)
mentaires. Outre la culture étagée,
le couvert végétal et les engrais vert induisant la vigueur des racines du cotonnier. Il contient
sont cultivées avant le semis ou entre les rangs de coton, des agents biostimulants hautement actifs provenant de
puis incorporées dans le sol pour améliorer la fertilité. sources végétales naturelles qui favorisent une croissance
Les cultures qui ont été testées et recommandées pour la luxuriante des plantes. Ses ingrédients actifs comprennent
culture du coton en Ouganda comprennent : creuser des les vitamines B, l’acide folique et d’autres régulateurs de
fèves de Macuna pruriens, de tournesol sauvage ou mexi- croissance non quantifiés (Syltie, 1985). Vitazyme a été
cain, Tithonia diversifolia (Figure 6), des herbes dans le sol testé en association avec le produit chimique de prépara-
avant le smis (application souterraine) ou pailler le lit des tion des semences déjà approuvé, le « Cruiser Extra Cot-
graines de coton avec les herbes des deux espèces, c.-à-d. ton », utilisé pour lutter contre les maladies transmises
application en surface (Elobu et al ; 2016). L’application par les graines, telles que la tâche angulaire, et connu pour
de feuilles de Tithonia dans des tranchées à 5-10 cm des améliorer la vigueur des racines. Vitazyme s’est avéré ef-
rangées de coton et à environ 10 cm de profondeur, là où ficace pour renforcer la vigueur des racines du cotonnier,
les feuilles de Tithonia ont été enfouies au taux de 1000 ce qui a permis une pénétration plus profonde et une cou-
kg/ha de feuilles, a permis d’augmenter le rendement en verture plus large des sols pour le captage de l’eau et des
coton-graine (Figure 6). Les feuilles de Tithonia sp sont nutriments par les cultures de coton. En plus d’améliorer
connues pour être riches en azote, phosphore, potassium, la vigueur des plantes dans l’étude, Vitazyme a permis
calcium et magnésium qui contribuent à la croissance des d’améliorer les rendements en coton-graine et les carac-
plants de coton. Les parcelles traitées avec Tithonia ont téristiques de la fibre par rapport aux témoins. Les meil-
donné jusqu’à 2 245 kg/ha de coton-graine contre 1 796 leurs résultats ont été obtenus avec la concentration de Vi-
kg/ha pour les parcelles témoins sans Tithonia. Cela re- tazyme de 5 % pour le traitement des semences, associée à
présentait une augmentation de 25 % du rendement par une pulvérisation foliaire sur les cotonniers utilisant 1 l/ha
rapport au témoin (Figure 7) avec une amélioration de la de Vitazyme à la pleine floraison (Elobu et al ; 2018). Des
qualité de la fibre (longueur et résistance des fibres), ce produits chimiques présentant de nouveaux modes d’ac-
qui permettrait d’obtenir de meilleurs prix pour la fibre, tion ont été testés dans les programmes de lutte intégrée.
notamment sur les marchés internationaux. De plus, il y En Ouganda, un produit appelé « Celite 610 » (nom com-
avait une augmentation des éléments nutritifs résiduels mercial : « Deadzone ») est en testé sur le coton (Figure 8).
dans le sol, tels que le phosphore et le potassium, qui Celite 610 est un « insecticide mécanique » qui adhère à la
pourraient profiter aux cultures suivantes : le mil (Eleu- cuticule des insectes et absorbe leurs couches lipidiques
sine coracana (L) Gaertn), le maïs (Zea mays) et l’arachide ou leur cire cuticulaire. Il crée ainsi des pores dans les cu-
(Arachis hypogaea L.) dans les rotations culturales (Elobu ticules qui conduisent à la dessiccation et à la mort de l’or-
et al ; 2017). ganisme nuisible. Il est fabriqué à partir de terre de diato-
mées constituée de diatomées, un type d’algue à carapace
Régulateurs de croissance dure déposée sur les lacs d’eau douce préhistoriques et les
Quelques produits chimiques régulateurs de croissance estuaires marins. Deadzone s’est avéré très efficace dans
ont été testés et certains se sont révélés utiles pour stimu- la lutte contre les organismes nuisibles tels que le Lygus,
ler la croissance des plantes et lutter contre les insectes la mineuse des feuilles, la cochenille, le vers rose de la cap-
nuisibles. En Ouganda, un produit chimique appelé « Vita- sule, et les thrips du tabac Frankliniela fusca (Jiwei Zhu et
zyme » a été testé sur du coton pendant trois campagnes. al ; 2016).
Le Vitazyme est connu pour être un produit chimique
The ICAC Recorder, Juin 2019 13

(a) gestion mécanique du feuillage de la


plante; Hauteur limitée à 60-90 cm en
coupant manuellement les nœuds apicaux et
une campagne courte de 140 jours, donnant
15 à 20 capsules par plante avec
suppression des branches végétatives en ne
laissant que 9 à 10 branches fructifères: (b)
Application du RCP; pour arrêter la
croissance apicale à 4-5 branches fructifères
au-dessus de la fleur blanche. L’application
RCP limite également la longueur de
l’internœud à 4-5 cm et permet la rétention
de 80 % des boutons floraux et de 60-70%
des capsules.

Image : Keshav Kranthi, ICAC

Figure 9. Gestion du feuillage

Gestion du feuillage tiques et/ou par élimination de branches non productives


L’utilisation de la croissance végétative du cotonnier par (végétatives) ou monopodiales (Figure 9). La gestion de
des techniques de gestion de la canopée en réduisant la la canopée est considérée comme une technique impor-
ramification végétative conduit à une canalisation efficace tante pour obtenir des rendements élevés dans les semis à
des nutriments et des photosynthats vers les branches haute densité de plus de 111 000 plantes/ha dans les prin-
fructifères, les points de fructification, les fleurs et les cap- cipaux pays producteurs de coton, contre moins de 16 000
sules de coton, améliorant ainsi l’indice de récolte (rap- plantes/ha avec des cotonniers hauts, larges et touffus
port du coton-graine à la biomasse végétale). Certaines de dans les exploitations cotonnières africaines. La sélection
ces techniques incluent l’application d’un régulateur de de variétés de coton à branches végétatives réduites a été
croissance des plantes (RCP), tel que le « Pix » (chlorure de couronnée de succès dans certains programmes de sélec-
mépiquat) sur la culture de coton, afin d’arrêter la crois- tion, par exemple en Ouzbékistan. Ces architectures varié-
sance végétative des points terminaux du cotonnier (Elo- tales compactes, généralement appelées « plantes mono-
bu et al ; 1997). DesChapter-1
effets similaires peuvent également podiales zéro », permettent d’obtenir une forte population
être obtenus en coupant mécaniquement les bourgeons végétale.
Figure10. Cotton Plant Varietal
Par exemple, avec « zéro plante monopodiale »,
Architecture: (Left) Vegetative Wide Branched
apicaux ou terminaux de la tige principale. Les traitements on a atteint un espacement serré de 76,5 x 8 cm entre les
and (Right) Zero or Compact Branchless Types.
ci-dessus sont appliqués
après la mise en place des
capsules afin de détourner
les photosynthats et les nu-
triments vers les points de
fructification et les capsules
de coton en développement.
Les techniques de gestion
de la canopée décrites par
Kranthi (2018 b, 2018 c)
comprennent la sélection de
variétés de courte saison de
150 jours ou moins environ
jusqu’à la maturité, limi-
tant la hauteur des plantes Photo: Gwizanenzara, Zimbabwe
Photo: Kranthi, ICAC

à 60 - 90 cm par étêtage Figure 10. Architecture variétale du cotonnier: (Gauche) Type végétatif à branches
manuel ou par utilisation étendues et (droite) sans branches ou compact.
de ressources phytogéné-
14 The ICAC Recorder, Juin 2019

plants de cotonniers en Australie. C’est en comparaison technologie. Les procès-verbaux de la conférence sont dis-
avec les espacements de 90 x 60 cm qui sont utilisés en ponibles sur : « ([Link]) ».
Inde et en Afrique. De plus, les plants de coton compacts Une étude a été parrainée par l’Union européenne sous les
facilitent la mécanisation des opérations de désherba- auspices du coton Afrique-Caraïbes Pacifique (ACP) sur le
ge, d’applications chimiques et de cueillette (Figure 10) thème « Diagnostic et recommandations pour l’élabora-
(Kranthi, 2018b). tion d’une proposition de stratégie de réorganisation de la
Soutien institutionnel recherche cotonnière en Afrique ». Deux rapports ont été
produits :
Quelques institutions ont été actives en Afrique en pro-
posant des approches technologiques alternatives et des • Seiny B.L et Bachelier B. (2017a). Rapport final « Dia-
stratégies de diffusion pour améliorer la durabilité des gnostic et recommandations pour l’élaboration d’une
chaînes de valeur du coton. Certaines institutions et cer- proposition de stratégie de réaménagement de la re-
tains programmes d’initiatives se sont fixés l’objectif de cherche cotonnière africaine ». ACP COTON, janvier
développer de nouvelles approches et perspectives sur la 2017.
production de coton et sur l’ensemble des chaînes de va- • Seiny BL et Bachelier B. (2017 b). Rapport final « Pro-
leur du coton en Afrique. Leur principale priorité est d’ob- position d’une stratégie détaillée pour la relance de
tenir des rendements cotonniers élevés de manière du- la recherche cotonnière en Afrique au niveau tech-
rable. La Cotton Expert House Africa (CHA) est une organi- nique », COTON ACP, juin 2017.
sation à but non lucratif dirigée par le secteur privé (www.
• Les rapports se sont concentrés sur quatre objectifs
[Link]) qui vise à soutenir la durabilité
stratégiques qui prévoient :
dans les secteurs africains du coton et du textile dans un
environnement de marché en mutation. La CHA soutient • Le renforcement des capacités de recherche sur les
la production de coton conforme aux « normes » de certi- capacités humaines/scientifiques, le financement et
fication telles que Coton produit en Afrique (Cotton made les outils.
in Africa – CmiA), Initiative pour un meilleur coton (Bet- • L’adoption de thèmes et d’outils de recherche pour
ter Cotton Initiative – BCI) et le Coton équitable (Fairtrade une production durable.
cotton). Ces normes sont reconnues par les principaux
• La nécessité de rationaliser l’efficacité de la recherche
fabricants de textiles, marques et détaillants de produits
dans la chaîne de valeur du coton, c’est-à-dire d’insis-
dérivés du coton. Le coton africain certifié est acheté à des
ter sur la pertinence de la recherche pour les besoins
prix élevés, dont une partie est réinvestie dans les prix
de l’Afrique et de mettre en place des mécanismes per-
versés aux producteurs pour le coton-graine, menant ainsi
mettant d’atteindre les objectifs de la recherche.
à une production durable et à une augmentation des ren-
dements au niveau des exploitations. Parmi les autres ini- • L’intégration de la recherche africaine sur le coton
tiatives du programme de la CHA, il y a le plan d’exécution dans la communauté scientifique mondiale afin que
du « programme d’amélioration des semences de coton » les scientifiques africains ne travaillent pas de ma-
qui vise à améliorer la qualité des semences de coton afri- nière isolée ou dans des « cocons scientifiques ».
cain. La qualité des semences de coton en Afrique est per-
çue comme étant médiocre et identifiée comme l’une des Des politiques favorables à
principales causes des faibles rendements cotonniers. La l’accroissement des rendements
première phase du programme comprendra une étude sur
Outre les propositions, suggestions et recommandations
l’état des semences de coton dans quatre pays africains
ci-dessus, il est nécessaire de mettre en place des méca-
producteurs de coton : Zambie, Tanzanie, Côte d’Ivoire et
nismes efficaces pour soutenir l’utilisation durable des
Burkina Faso (Anon. 2018 c). La CHA en collaboration avec
technologies suggérées, des compétences humaines et
l’Organisation pour le développement du coton (CDO, pour
des capacités scientifiques pour augmenter et maintenir
son sigle en anglais) de l’Ouganda a organisé la 2 e confé-
les rendements cotonniers en Afrique. Les mécanismes
rence panafricaine sur le coton les 1er et 2 novembre 2018
requis incluent la formulation de politiques, de cadres
à Kampala en Ouganda. La conférence a attiré un total de
juridiques et de réglementations pour soutenir diverses
168 délégués venus de 20 pays différents. L’objectif de la
activités telles que l’accroissement des financements pu-
conférence était de « fournir une plate-forme aux acteurs
blics et privés de la recherche pour le développement des
du secteur cotonnier africain afin qu’ils puissent travailler
technologies de production, y compris la multiplication
en réseau et partager les informations et les expériences
par étapes de semences de qualité, permettant l’échange
du secteur en matière de production de coton durable ».
de matériel génétique entre différents programmes de
Le thème de la conférence était « Norme et certification en
recherche, tout en respectant les exigences requises des
relation avec la production durable du coton en Afrique ».
Droits de propriété intellectuelle (DPI).
La conférence a servi de plate-forme pour le transfert de
Chapter-1

Figure [Link] Transfer: Farmers’ Training in


The ICAC Recorder, Juin 2019 a Cotton Demonstration Plot in Uganda. 15

Au cours de la 77 e réunion plénière de


l’ICAC à Abidjan en Côte d’Ivoire en dé-
cembre 2018, le Comité a souligné la né-
cessité imminente de « politiques inter-
gouvernementales sur l’échange de se-
mences » (ICAC 2018a). Il a été souligné
que l’échange de semences (matériel gé-
nétique) entre pays faciliterait les progrès
de la production cotonnière. La base géné-
tique étroite disponible pour l’améliora-
tion du coton dans les pays producteurs de
coton (y compris l’Afrique) et les demandes
du marché en constante évolution pour des
fibres de qualité spécifique, ainsi que la
nécessité d’améliorer les rendements ont
rendu les échanges de semences impor-
tants entre pays.
Figure 11. Transfert de technologie: Formation des agriculteurs sur
Il est clair que l’accès au nouveau ger-
une parcelle de démonstration de coton en Ouganda.
moplasme est la clé de l’amélioration gé-
nétique, de la diversité génétique et de
l’accroissement de la variabilité génétique avec les exigences ou les préférences de tous les opé-
de caractères utiles. Les intervenants ont recommandé rateurs dans les chaînes de valeur du coton ainsi que
aux gouvernements d’élaborer une feuille de route afin de les systèmes complet de transfert de la technologie
créer une plate-forme mondiale fonctionnant comme un depuis les instituts de recherche jusqu’aux cotoncul-
canal fluide et digne de confiance pour les échanges de teurs, y compris des exigences en matière de services
semences entre les pays à travers les frontières. Les gou- de vulgarisation et de formation des producteurs tels
vernements membres de l’ICAC ont également été instam- qu’elles ont été décrites et recommandées par Sabune
ment priés de créer un institut international de recherche et Serunjogi (2017) (Figure 11).
sur le coton dans le cadre du système GCRAI, qui pourrait • Il est nécessaire de rationaliser la commercialisa-
servir d’institut de recherche et d’enseignement ainsi que tion, à des prix proportionnés et stables pour le co-
de « dépôt mondial » de sources de matériel génétique ton-graine, et la transformation de volumes croissants
pouvant être librement partagées. de coton produits par les agriculteurs.
Le système GCRAI est actuellement composé de 15 centres • Le secteur cotonnier doit réaliser des examens pério-
mondiaux de recherche agricole à but non lucratif, indé- diques des catalyseurs nécessaires au maintien des
pendants et mènant des recherches novatrices. Il s’agit no- rendements élevés de coton. Les examens devraient
tamment du Centre africain du riz (AfriqueRiz), de l’orga- évaluer, entre autres, la facilité avec laquelle les agri-
nisation Biodiversity International, du Centre de recherche culteurs continuent à accéder aux intrants standard
forestière internationale (CIFOR), du Centre international de production conformes à l’étiquette et au type. Il
de recherche agricole dans les zones arides (ICARDA), du s’agit de protéger les agriculteurs contre l’infiltration
Centre international pour l’agriculture tropicale (CIAT), de dans le système de production cotonnière d’intrants
l’Institut international de recherche sur les cultures pour « falsifiés » et altérés ou non conformes, un facteur qui
les tropiques semi-arides (ICRISAT), de l’Institut interna- a été identifié comme l’une des causes des faibles ren-
tional de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), dements cotonniers en Afrique.
de l’Institut international de recherche sur l’agriculture
• Inclusion du secteur cotonnier dans les « produits
tropicale (IIITA), de l’Institut international de recherche
de base stratégiques nationaux », dans le cadre des
sur l’agriculture tropicale Institut (ILRI), du Centre in-
« plans stratégiques nationaux » périodiques, comme
ternational d’amélioration du maïs et du blé (CIMYT), du
c’est le cas en Ouganda (Anon., 2016).
Centre international de la pomme de terre (CIP), de l’Ins-
titut international de recherche sur le riz (IRRI), de l’Ins-
titut international de gestion des eaux (IWMI), de l’Insti-
Recommandations
tut mondial de recherche en agroforesterie (ICRAF) et de Les informations ci-dessus sur les changements néces-
WorldFish ; ([Link]/research/reserach-center). saires à l’améliorer les rendements cotonniers en Afrique
sont basées sur une recherche documentaire des données
• Les cadres politiques doivent définir les structures et sur ce qui s’est passé en Afrique au niveau du continent et
les contenus des programmes de recherche en accord sur des observations concrètes de l’industrie cotonnière
16 The ICAC Recorder, Juin 2019

en Ouganda. Certaines informations proviennent de nou- Conclusions


velles approches testées ou expérimentées au niveau de
Pour atteindre les objectifs susmentionnés en vue d’ac-
la recherche publique et d’initiatives du secteur privé qui
croître les rendements cotonniers en Afrique, il est né-
n’ont pas encore été transmises aux agriculteurs. Les stra-
cessaire que les organismes de coordination (ICAC, CHA
tégies et activités suivantes sont recommandées comme
et autres) se lancent dans ces initiatives pour trouver les
moyen d’accroître les rendements cotonniers en Afrique ;
moyens de faire travailler en tandem les gouvernements
• Orienter davantage le soutien vers la conclusion d’ini- membres et le secteur privé. Il s’agit d’assurer la confor-
tiatives de diagnostic et de pilotage en cours visant mité des environnements juridiques à l’amiable et des
à accroître les rendements cotonniers et trouver les aspects financiers afin de soutenir les nouveaux dévelop-
moyens de mettre en œuvre les recommandations qui pements dans les pays respectifs en vue d’une augmenta-
en découlent aux niveaux de production agricole. tion durable des rendements cotonniers pour une fibre de
• Réaliser des enquêtes d’inventaire de toutes les tech- haute qualité en Afrique. Un moyen d’atteindre cet objectif
nologies de production disponibles et les innovations consiste à créer un centre GCRAI de recherche sur le co-
dans les 27 pays africains producteurs de coton. Éva- ton. Le nouveau GCRAI jouera des rôles pertinents pour le
luer l›efficacité comparative des technologies ac- coton, mais semblables aux 15 GCRAI existants déjà pour
tuelles et des néo-technologies dans les stations et d’autres produits de base qui existent à côté du coton dans
les exploitations agricoles dans les pays où elles sont les divers systèmes agricoles et dans les économies natio-
utilisées ou testées, au moyen de la recherche et de nales.
l’analyse documentaire. S’assurer de leur adéquation Références
par des essais adaptatifs dans les « nouveaux » pays, Anon. 2019. The ‘Uganda New Vision Daily Newspaper’, February
afin de recommander ceux qui sont viables pour une 6th, 2019. Vol.034 No.027 pp6. ‘GMO Bill: Scientists Want Strict
utilisation dans d’autres ou de nouveaux pays produc- Liability Clause Dropped’.
teurs de coton africains au niveau des exploitations Anon. 2018a. The ‘Uganda Observer Weekly Newspaper’, No-
agricoles. vember 29th, 2018. ‘Parliament Passes GMO Bill’.
• Il est nécessaire d’identifier toutes les technologies Anon. 2018b. [Link]. The British Empire Cot-
mondiales disponibles qui peuvent être validées dans ton-Growing Corporation’s Research Station at Namulonge,
les programmes de recherche sur le coton en Afrique Uganda (CIRCA 1950S).
pour en faciliter l’adoption ou l’adaptation au contexte Anon. 2018c. Cotton Seed Improvement Program. A Flier by: Cot-
local plutôt que de partir de zéro dans la recherche ton Expert House Africa (CHA) and CIRAD.
de nouvelles technologies, une situation qui se traduit
Anon. 2016. Cotton: In ‘Agriculture Sector Strategic Plan
par une «réinvention de la roue» inutile et coûteuse. 2015/16-2019/20’. The Republic of Uganda. Ministry of Agricul-
Ces approches devraient toutefois être conformes ture, Animal Industry and Fisheries (MAAIF).
aux exigences des « droits de propriété intellectuelle »
Bachelier B. 2018. Cotton Research in Africa: a Diagnostic Study
(DPI), en reconnaissance des contributions des « au- and Proposal for a relaunch. Cotton Outlook. Abidjan 2018. ICAC
teurs/inventeurs » de la nouvelle technologie. 77th Plenary Meeting pp 20 – 25.
• Évaluer, recommander et soutenir les collaborations CDO Annual Report 2017-18 Season
nécessaires entre les activités et les approches d’insti-
CDO website: [Link]
tutions qui s’efforcent d’accroître les rendements et la
qualité du coton en Afrique. CHA 2018: Cotton Expert House Africa, [Link]
[Link]/vision.
• Évaluer les besoins en matière de durabilité de ces
CIRAD 2018. Agricultural Research for Development 2018. Cot-
nouvelles initiatives et approches approuvées et re- ton seed Improvement Programme in sub-Saharan Africa.
commandées tout au long de la chaîne de valeur du
coton africain. Desouza B. 2018. Conservation Agriculture for Sustainable Cot-
ton Production in Africa. In. The ICAC Recorder, December 2018
• Élaborer des stratégies de transfert de technologies, Volume XXXVI, No. 4. Special Issue (Volume 2). Pp 23 – 28.
en particulier pour les nouvelles technologies, et les Dong, H and Fok, M. 2018. Light and Simplified Cultivation (LSC)
mettre en œuvre dans les pays africains producteurs Techniques and Their Relevancy for Africa. In. ICAC Recorder,
de coton. December 2018. Volume XXXVI, No.4. Special Issue (Volume 2).
• Création d’un centre GCRAI de recherche sur le coton, Pp. 15 – 21
conformément aux recommandations de la 77 e réu- Elobu P, Orwanga J.F, Ocan J. R, and Opolot G.W. 1995. Recovery
nion plénière de l’ICAC (ICAC 2018a). of cotton (Gossypium hirsutum) from intercropping Suppression
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The ICAC Recorder, Juin 2019 17

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18 The ICAC Recorder, Juin 2019

Mars 2018
Volume XXXVI, No 1

The La tâche difficile de l’évaluation de l’impact :


ICAC Cadre d’évaluation et résumé des
Recorder résultats de la COMPACI
Comité Consultatif International du Coton
Daniela Jann et Tobias Bidlingmaier
DEG-Deutsche Investitions- und Entwicklungsgesellschaft mbH
Kämmergasse 22, 50676 Cologne, Allemagne

Cet article a été publié précédemment dans CmiA et COMPACI News 14e édition, 12/17.

L’objectif général de la COMPACI (Initiative pour un co- par les sociétés cotonnières et d’évaluer l’application
ton africain compétitif) était d’améliorer les moyens de des pratiques agricoles par les agriculteurs ;
subsistance des petits producteurs de coton et de leurs • Depuis 2013, des enquêtes ont été menées, au cours
familles. La formation aux meilleures techniques agri- desquelles la production de coton a été estimée en
coles pour une agriculture durable (par exemple, bonnes comptant les capsules de coton dans les champs d’un
pratiques agricoles, techniques agricoles de conservation, échantillon représentatif de producteurs de coton.
lutte intégrée contre les ravageurs, utilisation et manipu-
lation
Table des sûres
matières des pesticides) ainsi qu’une meilleure gestion • En plus de ces mesures, l’impact de la COMPACI a fait
des• exploitations agricoles (l’agriculture en tant qu’en-
• Éditorial ..........................................................................................................................................................3 l’objet d’une évaluation externe par le Centre national
Pratiques de production cotonnière – Extraits des données globales, 2017 ..............................................4
treprise),
• Compte rendu l’accès
et recommandations aux deintrants
la 13 réunion du réseau
e
de dequalité l’ICAC sur le coton etpour au préfinan- de recherche sur l’opinion (NORC, pour son sigle en
les régionsde la Méditerranée et du Moyen-Orient .................................................................................15
cement, l’autonomisation des agricultrices et l’accès aux
• Annonces ......................................................................................................................................................27 anglais). NORC a réalisé une évaluation quantitative
marchés pour un coton durable ont été conçus pour ac- de l’impact dans les six pays initiaux de la COMPACI I
croître la production de coton et, par conséquent, les reve- (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Malawi, Zambie et
nus (voir Figure 1). Mozambique) et a étayé ses conclusions par des dis-
cussions qualitatives de groupes (Focus Groups).
Les paragraphes sui-
vants mettent en évi-
dence les principales
conclusions des diffé-
rentes études.1
Formation des
agriculteurs
En 2016, dernière an-
née de la mise en œuvre
Figure 1 : Théorie du changement et cadre d’évaluation de la COMPACI du projet COMPACI II, le
nombre d’agriculteurs
touchés par COMPACI
Le suivi et la mesure des résultats et des impacts consti- était beaucoup plus élevé que prévu : COMPACI II a été mis
tuaient une partie intégrante et importante de la COM- en œuvre par un total de 22 sociétés cotonnières dans 12
PACI. Cette tâche a été exécutée à différents niveaux par pays. Ces sociétés ont formé près d’un million de petits
différents acteurs : exploitants aux techniques agricoles durables en Afrique
• Le nombre d’agriculteurs formés à différentes tech- subsaharienne, touchant 25 % à 30 % de tous les produc-
niques, la fourniture d’intrants de qualité, les rende- teurs de coton de l’Afrique subsaharienne. Bon nombre
ments cotonniers et la production totale de coton ont de ces agriculteurs ont assisté à des séances de formation
été suivis deux fois par an par les sociétés cotonnières régulières, ce qui signifie que les entreprises cotonnières
(rapports des sociétés cotonnières) ; de la COMPACI ont organisé plus de 60 000 séances de for-
• Une vérification externe de la CmiA effectuée tous les mation par an.
deux ans a permis de vérifier les chiffres autodéclarés

1) Tous les prix indiqués dans le résumé ci-après sont ajustés à l’inflation et convertis en dollars américains en utilisant le facteur
de conversion PPA de 2015 pour la consommation privée de la Banque mondiale.
The ICAC Recorder, Juin 2019 19

En outre, 240 500 agriculteurs ont suivi une formation in- donc beaucoup mieux lotis à la fin du projet. La figure 3
tensive d’une semaine à l’école de commerce agricole (Far- montre également l’énorme écart entre les producteurs de
mer Business School, FBS) qui aident les agriculteurs à di- coton d’Afrique de l’Ouest (AO) et les producteurs de co-
riger leur exploitation agricole comme une entreprise. Un ton d’Afrique de l’Est et méridionale (AEM) : Alors que les
tiers des agriculteurs formés à la FBS étaient des femmes. producteurs de coton de l’AO ont un revenu moyen entre
1 500 $ (Bénin) et 2 942 $ (Côte d’Ivoire), les revenus des
Application de meilleures techniques agricoles producteurs de coton de l’AEM varient entre 204 US$ (Mo-
L’application de meilleures techniques agricoles a aug- zambique) à 434 US$ (Malawi).
menté au cours de la COMPACI. Dans l’ensemble, les ré-
Les revenus cotonniers ne sont toutefois pas seulement
sultats de l’enquête montrent qu’à la fin de la COMPACI,
déterminés par la participation de la COMPACI, mais aussi
80 % des agriculteurs appliquent de bonnes pratiques
par des facteurs externes tels que les conditions météo-
agricoles et 60 % pratiquent deux techniques ou plus de
rologiques et les prix. L’introduction de groupes de com-
fertilité des sols afin de maintenir ou d’améliorer la fertili-
paraison, subissant les mêmes effets externes que les
té des sols et de prévenir l’érosion. Plus de 80 % des agri-
agriculteurs de la COMPACI mais ne recevant pas l’aide
culteurs formés à la FBS appliquent leurs connaissances
de la COMPACI, devait permettre de distinguer l’effet de la
dans leurs exploitations et ont commencé, par exemple, à
COMPACI dans l’enquête d’impact de NORC.
tenir des registres de leurs activités agricoles. L’utilisation
et la manipulation appropriées des produits chimiques Toutefois, il n’a pas été possible de préserver cette configu-
se sont également grandement améliorées au cours de la ration d’enquête dans les six pays. Au cours de la mise en
COMPACI, mais il reste encore beaucoup à faire, puisque œuvre du programme, de nombreux agriculteurs de com-
seuls 60 % à 75 % des agriculteurs entreposent et éli- paraison en Zambie, au Mozambique et en Côte d’Ivoire
minent correctement les produits chimiques et portent sont devenus des agriculteurs de la COMPACI. Au Bénin,
des vêtements de protection lorsqu’ils pulvérisent des au Malawi et au Burkina Faso, les agriculteurs de compa-
pesticides. raison ne sont pas devenus membres de la COMPACI, mais
ont reçu une formation de la part d’autres acteurs, tels que
Rendement, production et revenus du coton des ONG, des services de vulgarisation gouvernementaux
Les revenus provenant du coton par ménage de la ou autres. Il était donc souvent difficile de déterminer cor-
COMPACI ont considérablement augmenté dans quatre rectement les effets de la COMPACI dans les enquêtes de
pays sur six au cours de la mise en œuvre (voir Figure 3). NORC.
En moyenne, les producteurs de la COMPACI ont aug- Néanmoins, il reste intéressant d’examiner les différentes
menté leurs revenus cotonniers de plus de 98 % et sont composantes qui influencent le revenu du coton (telles
que le rendement, la superficie, la pro-
duction, les coûts de production et les
prix aux producteurs) et leur évolution
entre l’enquête de référence (2010) et
l’enquête finale (2015) 2.
La production de coton (kg/ha) par
les producteurs de la COMPACI a aug-
menté au Malawi et au Burkina Faso
et est restée plus ou moins constante
dans les autres pays, entre le niveau de
référence et le résultat final. Toutefois,
l’augmentation des rendements au
Burkina Faso est principalement due
aux agriculteurs qui ont délaissé pas-
sés le coton conventionnel pour le co-
ton génétiquement modifié. L’analyse
statistique ne permet pas de détermi-
Source : Rapports finaux du NORC ; Rapports d’enquêtes sur le rendement par sondage du ner un effet significatif de la COMPA-
NORC 2014/15 CI sur les rendements. Au Malawi, le
Figure 3 : Revenu cotonnier par ménage agricole de la COMPACI (USD) rendement cotonnier a beaucoup plus
augmenté pour les agriculteurs de la
COMPACI (+50 %) que pour les agri-

2) Les conclusions suivantes ne concernent donc que les six pays d’origine de COMPACI et ne peuvent pas être extrapolées aux six
autres pays de COMPACI II.
20 The ICAC Recorder, Juin 2019

Source : Rapports finaux du NORC ; Rapports d’enquêtes sur le rendement par sondage du NORC 2014/15
Figure 2: Production moyenne de coton par ménage COMPACI (kg)

culteurs de référence (+14 %), mais la relation positive Le prix à la production par kilogramme de coton
entre la COMPACI et les rendements cotonniers n’est pas graine a augmenté dans tous les pays sauf la Zambie et le
statistiquement significative. Au Bénin, les agriculteurs de Mozambique. Alors que les prix à la production dans les
la COMPACI ont maintenu leurs rendements cotonniers, pays de l’Afrique de l’Ouest augmentent lentement mais
tandis que dans le même temps, les rendements coton- (plus ou moins) linéairement entre 2009 et 2015, les prix
niers des agriculteurs de référence ont chuté de 33 %. à la production dans les pays de l’AEA reflètent les prix
L’analyse statistique révèle donc un effet positif significatif mondiaux du coton et fluctuent donc fortement d’une an-
de la COMPACI sur les rendements au Bénin. née à l’autre.
La superficie cotonnière par ménage COMPACI a plus
que doublé au Bénin et en Côte d’Ivoire, tandis qu’elle a Conclusions récapitulatives
augmenté de plus de 30 % au Burkina Faso et au Malawi. par pays
En Zambie et au Mozambique, la superficie cotonnière est
restée constante. La production de cultures vivrières n’a Bénin
cependant été mise en péril dans aucun pays. Le pourcen- Les agriculteurs de la COMPACI au Bénin ont pu mainte-
tage de la superficie cotonnière par rapport à la superficie nir leur rendement cotonnier moyen par hectare dans des
totale de toutes les exploitations agricoles n’a que légère- conditions de déclin (dans lesquelles les agriculteurs de
ment augmenté et se situe entre 30 % et 39 %. Par consé- référence enregistraient des baisses de rendements coton-
quent, les cultures autres que le coton constituent encore niers). En augmentant leur superficie cotonnière de 27 %,
la majorité de la production dans tous les pays. les agriculteurs de la COMPACI ont ainsi pu augmenter leurs
revenus cotonniers de 989 à 1 518 dollars. Les agriculteurs
La production cotonnière par ménage COMPACI a aug-
de référence avaient un revenu cotonnier similaire à la fin
menté dans tous les pays à l’exception de la Zambie et du
de la campagne mais ont dû augmenter leur superficie co-
Mozambique, principalement en raison de l’accroissement
tonnière de 150 % pour compenser la baisse de leurs ren-
de la superficie cotonnière. La figure 2 montre que les mé-
dements. L’analyse de régression montre donc que la COM-
nages de la COMPACI dans les pays de l’Afrique de l’Ouest
PACI a eu un impact positif sur le revenu cotonnier (si l’on
produisent beaucoup plus de coton que les agriculteurs de
tient compte de la superficie). Selon des estimations statis-
l’AEM.
tiques, l’exposition de la COMPACI aurait pour effet d’aug-
Les coûts de production de coton par hectare pour menter le revenu cotonnier moyen de près de 150 dollars
les agriculteurs de la COMPACI (coûts de semences de par hectare de coton, une fois l’inflation corrigée.
coton, pesticides, herbicides, engrais et main-d’œuvre sa-
lariée pour la production de coton) ont augmenté jusqu’à Burkina Faso
45 % dans tous les pays, à l’exception du Malawi et du Mo- Au Burkina Faso, le revenu cotonnier par hectare a aug-
zambique. Les coûts absolus en bout de ligne sont beau- menté davantage pour les agriculteurs de la COMPACI
coup plus élevés dans les pays de l’Afrique de l’Ouest (430 que pour les agriculteurs de référence, mais le revenu par
à 520 USD) que dans les pays de l’AEA (31 à 100 USD), car ménage a augmenté davantage pour les agriculteurs de
la plupart des agriculteurs de ces pays ne fertilisent pas référence que pour les agriculteurs de la COMPACI. Cela
leur coton.
The ICAC Recorder, Juin 2019 21

s’explique par le fait que les agriculteurs de référence ont qui explique pourquoi les résultats doivent être traités
augmenté leur superficie cotonnière à 2,9 hectares, tan- avec soin. Ce petit groupe d’agriculteurs a enregistré une
dis que les agriculteurs de la COMPACI n’ont cultivé que augmentation impressionnante des revenus cotonniers,
1,9 hectare de coton en moyenne au final. Globalement, principalement en raison de la combinaison de l’augmen-
on peut en conclure que le revenu cotonnier moyen des tation de la superficie cotonnière, de la hausse des prix
producteurs de la COMPACI a augmenté principalement aux producteurs et du maintien du rendement cotonnier.
en raison d’une combinaison de la conversion des agricul- L’analyse statistique n’a pas permis de mettre en évidence
teurs au coton génétiquement modifié, de l’accroissement de corrélation entre la participation à la formation COM-
de la superficie cotonnière et de l’augmentation des prix PACI et les revenus cotonniers.
de production. L’analyse de régression ne peut détecter
aucun effet de la COMPACI sur le revenu cotonnier lors- Zambie
qu’elle contrôle le passage des agriculteurs au coton GM. Les agriculteurs du groupe de référence sont devenus des
agriculteurs de COMPACI au cours des opérations de COM-
Malawi PACI en Zambie. Pour les 118 agriculteurs interrogés au
Le revenu cotonnier par ménage agricole a augmenté aus- départ et à la fin de l’enquête, le revenu cotonnier a di-
si bien pour le COMPACI que pour les agriculteurs de réfé- minué de 47 % en moyenne. Les principales raisons de
rence, mais beaucoup plus pour les agriculteurs de COM- cette baisse sont les suivantes : la baisse des prix aux pro-
PACI. Cette différence peut s’expliquer en grande partie ducteurs et l’augmentation des prix des intrants pour un
par la baisse des rendements cotonniers des producteurs niveau constant de superficie et de rendement cotonnier.
de référence et la hausse des coûts de production du coton L’analyse statistique indique une relation positive mais
pour les producteurs de référence. L’analyse statistique faible entre la participation à la formation COMPACI et les
montre une relation positive significative entre le COMPA- revenus cotonniers.
CI et l’augmentation du revenu cotonnier.
Mozambique
Côte d’Ivoire Différents agriculteurs ont été interrogés au début et à la
La Côte d’Ivoire n’a pas de groupe de comparaison et seuls fin de l’étude et aucune analyse statistique de l’effet de la
41 agriculteurs ont été interrogés au début et à la fin, ce COMPACI sur le revenu cotonnier n’a pu être menée.
22 The ICAC Recorder, Juin 2019

Mars 2018
Volume XXXVI, No 1

The Promotion des produits dérivés du coton


ICAC en Afrique orientale et méridionale : Leçons
Recorder tirées d’un projet d’assistance
Comité Consultatif International du Coton
technique des Nations Unies

Kris Terauds, Chargé des affaires économiques, CNUCED, [Link]@[Link]


(Avertissement standard - l’auteur écrit à titre personnel)

Introduction revenus pour les agriculteurs et les entrepreneurs, en par-


ticulier dans les zones rurales, et à renforcer la résilience
La production cotonnière a stagné dans de nombreux
du secteur cotonnier.
pays africains, au cours des deux décennies qui ont suivi
la libéralisation (Tschirley et al., 2009). De nombreux fac-
teurs ont contribué à cette baisse, et aucun n’est plus fon-
Les enquêtes soulignent le défi de
damental que les agriculteurs qui décident que d’autres l’approvisionnement en matières
cultures sont plus rentables que le coton (Baffes, 2009).
Table des matières premières
Dans de nombreux pays africains, la valeur ajoutée limitée
• Éditorial ..........................................................................................................................................................3

restreint les prix payés aux producteurs : presque toute


• Pratiques de production cotonnière – Extraits des données globales, 2017 ..............................................4 Les activités du projet ont commencé par des enquêtes na-
• Compte rendu et recommandations de la 13 réunion du réseau de l’ICAC sur le coton pour
la fibre est
les régionsde exportée,
la Méditerranée et du Moyen-Orient ce
e

qui .................................................................................15
laisse l’extraction d’huile de tionales, qui ont rassemblé des informations de base et les
• Annonces......................................................................................................................................................27
coton comme seule source supplémentaire de revenu à points de vue des parties prenantes sur les défis posés au
valeur ajoutée pouvant être prise en compte dans les prix développement des sous-produits du coton. Les résultats
à la production. Les stratégies visant à relancer la produc- dans les quatre pays ont montré qu’un approvisionnement
tion de coton doivent donc accroître la valeur ajoutée, afin limité en matière première constituait le principal défi des
d’élargir le panier de revenus à partir duquel les agricul- entreprises de produits dérivés du coton2. Les quantités
teurs sont rémunérés. totales de certaines matières premières, telles que les lin-
ters ou les coques, les excluent totalement des entreprises
Dans sa stratégie régionale de transformation du coton en commerciales. Même l’huilerie, l’industrie à valeur ajoutée
vêtements de 20091 , le secrétariat du Marché commun de la plus établie de la chaîne, a du mal à faire des bénéfices
l’Afrique orientale et méridionale (COMESA) a reconnu la avec la quantité de matière première disponible. Cela re-
nécessité d’améliorer les incitations aux agriculteurs. Par- flète le défi auquel font face les industries du textile et du
mi ses recommandations, il a identifié le développement vêtement, qui se sont en grande partie effondrées dans les
de sous-produits du coton comme une nouvelle source pays du projet. Bien que cela ne soit pas surprenant, cette
d’opportunités de revenus pour le secteur. constatation souligne la nécessité de prendre en compte la
Dans cette optique, la Conférence des Nations Unies sur le production cotonnière dans toute stratégie de création de
commerce et le développement (CNUCED) mène un pro- valeur ajoutée, principalement en relançant les incitations
jet d’assistance technique sur la « Promotion des produits à la culture du coton chez les agriculteurs africains.
dérivés du coton en Afrique orientale et méridionale » en Les défis secondaires identifiés dans les réponses au son-
Tanzanie, en Ouganda, en Zambie et au Zimbabwe. Le pro- dage comprenaient un manque de sensibilisation aux ap-
jet est financé par le Compte des Nations Unies pour le dé- plications commerciales des tiges de coton et d’autres rési-
veloppement et son calendrier d’activités s’étend de 2016 dus tout au long de la chaîne de valeur. En particulier, peu
à la fin 2019. d’agriculteurs ayant répondu aux enquêtes étaient au cou-
L’objectif général est de renforcer la capacité des pays à rant des applications potentielles des tiges de leurs cotons.
évaluer et à saisir de nouvelles opportunités pour ajou- Les personnes interrogées ont également souligné que la
ter de la valeur aux sous-produits du coton, dérivés par politique commerciale constituait un défi pour certains
exemple les tiges de coton, la farine de graines de coton produits locaux soumis à la TVA qui luttent pour concur-
ou les fibres courtes éliminées par les égreneurs et les fila- rencer les importations en franchise de droits, par exemple
teurs Cela devrait contribuer à accroître les possibilités de les huiles comestibles et les vêtements de seconde main.

1) [Link]
2) Les rapports d’enquête et autres documents sont disponibles sur le site du projet: [Link]
Commodities/[Link] .
The ICAC Recorder, Juin 2019 23

Les pays ont l’intention d’utiliser les


tiges de coton
À la suite des enquêtes, la CNUCED a organisé
des ateliers nationaux de renforcement des ca-
pacités, réunissant chacun 50 à 80 parties pre-
nantes du secteur cotonnier local. Les ateliers
ont permis aux parties prenantes d’évaluer des
opportunités des sous-produits, en s’appuyant
sur les exposés des auteurs de l’enquête et des
experts, par exemple de l’Institut central de re-
cherche sur la technologie cotonnière (CIRCOT)
en Inde, l’agence allemande de développement
GIZ et le Comité consultatif international du
coton (ICAC). Les parties prenantes se sont en-
suite mises d’accord sur un plan d’action natio-
nal, composé de 2 à 4 sous-produits prioritaires
du coton à développer pour des recommanda-
tions de développement et de politiques de sou-
tien. Voir le Tableau 1 pour les sous-produits
sélectionnés pour chaque pays. Figure 1. Démonstration d’une usine de coton absorbant, Industries
Comme cela a été représenté dans le Tableau 1, de laine de coton chirurgicales, Parc industriel MIDC, Butibori,
les briquettes et les granulés de bois, fabriqués district de Nagpur
à partir de tiges de coton, sont les sous-produits
du coton les plus attrayants sélectionnés dans
les quatre pays. Plusieurs facteurs ont contribué
à leur attrait. Ils offraient le meilleur potentiel
de revenus aux agriculteurs, qui peuvent vendre
leurs tiges aux transformateurs ou même établir
de petites exploitations de granulation. Contrai-
rement à la plupart des sous-produits exami-
nés, les tiges sont relativement abondantes et
leur offre n’est pas concurrentielle. La proposi-
tion de valeur est également convaincante : Ce
sont des combustibles propres qui remplacent
le bois de chauffage, le charbon de bois, le char-
bon minéral, le gaz de pétrole liquéfié (GPL) ou
le mazout.
Les avantages des briquettes et des granulés Figure 2. Démonstration du processus d’élimination du gossypol
de biomasse en tant que combustible propre microbien dans le tourteau de graines de coton au Centre de
ont dominé les discussions à un degré inatten- formation d’égrenage ICAR -CIRCOT, Nagpur
du. De manière générale,
la CNUCED a articulé les Tableau 1 - Sous-produits prioritaires du coton dans les plans d’action nationaux
arguments en faveur des Matière première Produit fini Tanzanie Ouganda Zambie Zimbabwe
sous-produits du coton
autour de leurs avantages Tourteau de coton Tourteau sans glycol Oui Oui Oui
économiques potentiels
et, de fait, l’augmentation Coton à fibres courtes Coton absorbant Oui Oui Oui
des revenus des agricul-
teurs a trouvé un écho. Tiges/coques Champignons Oui
Toutefois, les acteurs des
quatre pays ont rapide- Briquettes et granulés de
Tiges Oui Oui Oui Oui
ment saisi le potentiel des bois
briquettes et des granulés Remarque : Les plans d’action nationaux validés sont disponibles sur le site du projet à:
de bois pour remplacer [Link]
24 The ICAC Recorder, Juin 2019

des combustibles plus polluants. Les agriculteurs ont com- En effet, l’unité de recherche sur la production et la trans-
pris qu’ils pourraient remplacer le bois de chauffage dans formation du coton de l’USDA, qui étudie les applications
leurs maisons dont la fumée représente des risques pour commerciales des sous-produits du coton, a confirmé
la santé. Les entreprises ont reconnu l’intérêt de rempla- qu’elle avait envisagé d’utiliser des tiges de coton pour la
cer la poussière et les cendres associées à l’utilisation de biomasse, mais que leurs coûts de production les empê-
charbon de bois ou de charbon minéral dans leurs chau- chaient de faire concurrence aux prix relativement bas des
dières. Les responsables politiques ont pris conscience combustibles fossiles aux États-Unis3. La comparaison des
du potentiel de réduction des déficits commerciaux pour prix était plus favorable pour les biocombustibles dans les
les combustibles fossiles importés. Plus particulièrement, quatre pays du projet africain, où la plupart des combus-
les parties prenantes des quatre pays ont vu dans les bri- tibles fossiles sont importés et relativement coûteux.
quettes et les granulés de bois un substitut à la déforesta-
tion endémique, motivée par une population en croissance S’inspirer d’une visite d’étude à
trop dépendante du bois de chauffage et du charbon de Nagpur, en Inde
bois.
L’information et les conseils d’experts ne vont pas plus
Les biocombustibles pourraient être loin ; il est nécessaire de voir les technologies et les entre-
prises en activité pour développer l’inspiration entrepre-
compétitifs en Afrique neuriale. La CNUCED a donc organisé une visite d’étude
La CNUCED a adapté les autres activités du projet aux à Nagpur (Inde), où plusieurs sous-produits du coton ont
sous-produits contenus dans les plans d’action nationaux atteint la viabilité commerciale au cours de la dernière
des quatre pays. Nous avons fourni des services consul- décennie. Organisée par CIRCOT, l’institution chargée de
tatifs pour faire progresser les initiatives commerciales et la recherche, du développement et de la commercialisa-
les recommandations politiques. Nous avons également tion des technologies de transformation du coton, la visite
fourni des outils pratiques, sous la forme de profils d’in- d’étude avait pour but de montrer aux participants afri-
vestissement, pour les entreprises de transformation des cains les technologies et les modèles commerciaux qui ont
sous-produits du coton sélectionnées. Pour cela, nous prospéré en Inde, ainsi que de les mettre en contact avec
avons travaillé en partenariat avec les agences nationales les fabricants de machines concernés. Le CIRCOT a organi-
de promotion des investissements, qui deviendront les dé- sé un excellent programme comprenant des conférences
positaires des profils. de scientifiques, des visites de sites et un forum rassem-
Dans le cadre des profils d’investissement, nos consultants blant une cinquantaine d’entreprises actives dans le sec-
ont élaboré des propositions de valeur plus détaillées afin teur.
de différencier le produit présenté de ses substituts. Dans La chaîne d’approvisionnement de la tige de coton en Inde
le cas des briquettes et granulés de bois, des exemples a été instructive pour le contexte africain. Lorsque le CIR-
du monde entier ont souligné que ces combustibles de- COT a étendu ses recherches sur les sous-produits du coton
vraient, au minimum, être vendus à un prix légèrement in- dans les années 1990, sous la direction de son directeur, le
férieur au charbon de bois et au charbon minéral et, dans Dr A.J. Shaikh, il a ciblé les panneaux de particules comme
une plus grande mesure, aux carburants à base de pétrole, application pour les tiges de coton (Pandey et Shaikh,
tels que le GPL et le mazout de chauffage. 1987). Les panneaux de particules à base de tige ont en-

Figure 3. Broyage de tiges de coton dans le champ, près de Katol, district de Nagpur

3) Source : discussions de l’auteur avec des experts de l’USDA.


The ICAC Recorder, Juin 2019 25

de fabrication de briquettes dotée d’une seule


machine et d’une capacité de 7 500 tonnes mé-
triques par an. La demande pour ses briquettes
a augmenté plus rapidement que prévu, ce qui
signifie qu’il était en avance sur son calendrier
de retour sur investissement initial de cinq ans
et qu’il avait l’intention d’investir dans une deu-
xième machine à briqueter. Il a souligné que la
mise en place d’une chaîne d’approvisionnement
rentable en matières premières – de tiges de co-
ton et d’autres résidus agricoles – était un défi à
relever pour son entreprise. En effet, son usine
fonctionne à 5 000 t/an environ, en raison de
la concurrence d’autres acheteurs pour les ma-
tières premières.
Le Tableau 2 montre une ventilation des bé-
Figure 4. Fabrication de briquettes de biomasse, Charbon Bio
néfices estimée pour une usine de fabrica-
Aarohi, Karanja, district de Wardha
tion de briquettes en Inde, d’une capacité de
20 tonnes métriques/jour. Il souligne l’impor-
tance de la maîtrise des coûts des matières pre-
mières, en particulier du transport.
D’autres éléments du plan commercial de l’usine
de fabrication des briquettes étaient moins com-
plexes. La machinerie était relativement simple à
utiliser et la maintenance préventive minimisait
les arrêts et les réparations. Le marketing était
tout aussi simple : Les revendeurs et les utilisa-
teurs finaux en Inde ont reconnu les avantages
des briquettes à base de biomasse et ils ont ré-
gulièrement vendu toute sa production à un coût
minimal de commercialisation.
En plus du modèle économique, l’adaptation des
exemples indiens au contexte africain exigera
plusieurs autres considérations. La compression
Figure 5. Chaudière alimentée avec des briquettes, Pix de la biomasse en carburants denses requiert
Transmission, parc industriel MIDC, Hingna, Nagpur une force considérable. C’est pourquoi les ma-
chines de fabrication de briquettes et de granu-
suite été promus par des chercheurs en Afrique.4 Néan- lés nécessitent généralement une alimentation
moins, malgré des années de développement en Inde, les triphasée, qui n’est pas largement disponible dans les
tiges de coton ne se sont pas avérées être une matière pre- zones rurales d’Afrique. Les participants à la visite d’étude
mière compétitive pour les panneaux de particules, étant ont également souligné l’absence de systèmes de ventila-
moins abondantes et plus chères que la paille de bagasse5, tion dans les usines indiennes, ce qui rendait la qualité de
par exemple. Depuis, le CIRCOT s’est depuis concentré sur l’air inconfortable et potentiellement dangereuse pour les
la fabrication de briquettes et de granulés à base de tiges travailleurs. Néanmoins, l’installation de systèmes de ven-
de coton, tout en supervisant la croissance d’une industrie tilation augmenterait considérablement l’investissement
naissante au cours des 5 à 10 dernières années. initial requis pour ces installations.
Dans les entreprises qu’ils ont visitées à Nagpur, plu- Plus généralement, les participants se sont émerveillés
sieurs participants du projet ont vu des exemples qui les du système de recherche qui soutient le développement
ont convaincus d’investir dans des projets similaires dans agro-industriel en Inde. Le Conseil indien de recherche
leur pays. Par exemple, un entrepreneur indien a investi agricole (ICAR, pour son sigle en anglais), financé par
environ 200 000 dollars américains dans une petite usine l’État, est l’un des plus grands réseaux d’institutions de re-

4) Voir par exemple : Cotton Development Trust, 2008. Proposition de projet : Utilisation économique des sous-produits du coton
pour les petits producteurs zambiens : Granulé à base de tige de coton dans la fabrication des panneaux de particules. Disponible à
l’adresse suivante : [Link]
5) Source : discussions de l’auteur avec des experts CIRCOT.
26 The ICAC Recorder, Juin 2019

Tableau 2 : Répartition des bénéfices estimée pour une usine de Conclusion


fabrication de briquettes de 20 tonnes métriques/jour, Inde
L’expérience acquise dans le
Nœud de la chaîne cadre du projet de la CNUCED
Élément de coût US$ par tonne
d’approvisionnement sur la « Promouvoir les sous-pro-
Récolte Déracinement des tiges 7,10 duits du coton en Afrique orien-
Séchage au soleil (main d'œuvre) 0,71 tale et méridionale » montre qu’il
Déchiquetage et collecte Coût du matériel 5 est possible de créer des activités
Déchiquetage 2,90 de transformation rentables en
Transport Transport dans un rayon de 30 à 40 km 9,30 Afrique pour certains sous-pro-
Déchargement dans l’usine 0,71 duits du coton, tels que le coton
Total partiel : matière première 25,72 absorbant, les briquettes et les
Perte de poids (10 %) 2,57 granulés de biomasse. Des tech-
Pré-transformation Broyage à marteaux 2,50 nologies et des modèles commer-
Transformation Fabrication de briquettes 9,30 ciaux économiquement viables
Coût total de production 40,09 existent en Inde et ailleurs, ce
Prix de vente (fourchette) 45,70 - 51,40 qui représente des opportuni-
Bénéfice (fourchette) 5,61 - 11,31 tés de coopération Sud-Sud et
Source: CIRCOT des exemples d’adaptation pour
les entrepreneurs africains dans
cherche agricole au monde et comprend l’Institut central leurs pays. La génération de re-
de recherche sur le coton (CICR, pour son sigle en anglais) venus supplémentaires dans la chaîne de valeur du co-
et le CIRCOT. Au cours de la visite d’étude, les participants ton peut contribuer à augmenter les prix du coton-graine
se sont non seulement instruits grâce aux conférences et payés aux agriculteurs et à redynamiser leurs incitations à
aux visites de sites, mais ils ont également constaté les ré- produire davantage de coton.
sultats des 30 années de travail du CIRCOT sur la recherche
et la commercialisation de technologies de traitement des Remerciements
sous-produits du coton, menées en étroite collaboration La CNUCED est reconnaissante pour la coordination effi-
avec le secteur privé. Des exemples comparables d’insti- cace assurée par les points focaux nationaux du projet: le
tutions de recherche bien financées et de collaboration à ministère de l’Industrie, du commerce et de l’investisse-
long terme entre les secteurs public et privé sont rares, en ment en Tanzanie ; l’Organisation pour le développement
Afrique et ailleurs. du coton en Ouganda ; le Ministère du commerce et de l’in-
dustrie en Zambie ; et le Ministère de l’industrie, du com-
Étapes suivantes merce et du développement des entreprises au Zimbabwe.
Pour le reste du projet, jusqu’à la fin de 2019, la CNUCED Merci également à nos précieux partenaires – Commission
aidera les pays à élaborer des plans d’investissement et économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), CO-
des propositions de projet pour initiatives retenues. Les MESA et CIRCOT – ainsi qu’aux parties prenantes motivées
représentants des pays présenteront ces initiatives et par- et aux associations qui ont animé les activités du projet.
tageront les enseignements du projet, lors d’un atelier de
Références
synthèse qui aura lieu à la mi-2019, auquel la CNUCED
invitera également les donateurs et les partenaires. Nous Baffes, J. 2009. The ‘Full Potential’ of Uganda’s Cotton Industry.
espérons qu’un ou deux projets concrets émergeront de Development Policy Review, 27: 67-85. doi:10.1111/j.1467-
7679.2009.00436.x.
cette première phase de renforcement des capacités.
Pandey, S., Shaikh, A. 1987. Utilisation of cotton plant stalk for
Outre le suivi de son projet actuel, la CNUCED a lancé une production of pulp and paper. Biological Wastes, 21:1: 63-70. doi:
initiative conjointe sur les sous-produits du coton avec 10.1016/0269-7483(87)90147-9.
l’OMC et le CCI (Centre du Commerce International, ITC
Tschirley, D., Poulton, C., Labaste, P. 2009. Organization and Per-
pour son sigle en anglais). Les trois institutions commer- formance of Cotton Sectors in Africa. The World Bank, Washing-
ciales « sœurs » ont proposé l’initiative pour répondre aux ton D.C. ISBN: 9780821377703.
demandes des États membres, coordonner leurs travaux
et tirer parti de leurs domaines de compétence complé-
mentaires. Les membres de l’OMC ont entériné l’initiative
conjointe lors des travaux des « Journées du Coton » de
novembre 2018.6

6) [Link]
The ICAC Recorder, Juin 2019 27

Mars 2018
Volume XXXVI, No 1

The Progrès des producteurs de coton


ICAC éthiopiens vers la durabilité
Recorder
Comité Consultatif International
Zerihun du Coton
Desalegn, Chef de projets Coton, SOLIDARIDAD, Addis-Abeba, Ethiopie
[Link]@[Link]

Résumé concept pour créer un cas de réussite qui peuvent servir


d’exemple pour l’extension de modèles similaires de sou-
L’Initiative pour un coton durable en Éthiopie – Sustai-
tien à d’autres régions productrices de coton en Éthiopie.
nable Cotton Initiative Ethiopia, (SCIE, pour son sigle en
Les interventions pilotes ont mis en évidence la nécessité
anglais) – a lancé des interventions pilotes sur les prin-
de produire des produits de coton de haute qualité d’une
cipes de la production durable dans les grandes et petites
manière durable et rentable, afin de garantir l’adoption
exploitations agricoles des États régionaux d’Afar et de
du coton durable sur le marché, conformément aux de-
Tigray. Les leçons apprises durant la période de mise en
mandes des marchés nationaux et internationaux. Cette
œuvre ont été utilisées pour créer un cas de réussite qui
approche est pleinement en phase avec les ambitions du
peut servir d’exemple pour l’expansion de modèles simi-
gouvernement de stimuler la production de durable du
laires de soutien à d’autres régions productrices de coton
coton et de contribuer à la compétitivité de l’industrie du
en Éthiopie.
Table des matières Une analyse commerciale de la production
textile et du vêtement. Le fait que tous les acteurs de la
d’un coton
• Éditorial durable et rentable a été réalisée dans le cadre
..........................................................................................................................................................3
• Pratiques de production cotonnière – Extraits des données globales, 2017 ..............................................4 chaîne de valeur soient représentés dans ce projet pilote
du• projet
Compte rendu pilote,
et recommandations ce qui de laa 13 permis
e
réunion du réseau d’obtenir
de l’ICAC sur le coton des pour produits de
les régionsde la Méditerranée et du Moyen-Orient .................................................................................15 offre la possibilité de concrétiser cette ambition de pré-
qualité qui ont assuré l’adoption du coton durable sur le
• Annonces ......................................................................................................................................................27
senter un exemple unique de chaîne de valeur intégrée de-
marché. En 2017, au début des interventions de la SCIE, le
puis la fibre jusqu’à la mode.
niveau de conformité des exploitations agricoles du pro-
jet aux exigences minimales de l’initiative pour un meil- À l’heure actuelle, le nombre d’exploitations du projet
leur coton variait entre 52 % et 69 %. L’année suivante, pilote de la « Better Cotton initiative » est limité à Afar et
le niveau de conformité a atteint 65 % à 90 %, avec un Tigray, avec des exploitations commerciales pluviales et
taux d’adoption des bonnes pratiques agricoles de 13 % à irriguées gérées par 76 producteurs leaders sur une su-
23 %. L’écart restant en matière de certification variait de perficie de 1 166 hectares de coton pour produire 1 132
10 % à 35 %, et sera comblé en fonction de l’engagement tonnes de fibres de coton durable qui atteignent la chaîne
des exploitations du projet et des interventions du projet d’approvisionnement ciblée.
durant la campagne agricole de 2018. L’intervention pilote vise principalement à transformer le
coton en un produit de base durable en renforçant les re-
Introduction venus et les moyens de subsistance des agriculteurs et en
Les plans de croissance et de transformation (GTP II) et la améliorant les variables environnementales ainsi que les
stratégie nationale de développement du coton de l’Éthio- conditions de travail, de santé et de sécurité.
pie (NCDS 2017) préconisent une multiplication par cinq
de la production de fibres. Les plans de développement Méthodologie
ambitieux intègrent des normes mondiales de durabilité Les exigences d’amélioration de la CmiA et de la BCI visent
telles que la Better Cotton Initiative (BCI) et la Cotton made à promouvoir des systèmes de production cotonnière res-
in Africa (CmiA), qui sont en train de devenir des systèmes pectueuses de l’environnement ainsi que des conditions
de production traditionnels (BCI 2013 et CmiA 2014/15) de travail décentes et la réalisation de leur rentabilité fi-
en raison du fort engagement des marques internationales nancière (FAO et ICAC 2015) à travers des contributions
et des détaillants comme HandM, PVH, VF, Adidas, CandA, au secteur cotonnier dynamique au moyen d’adoption
Nike et Timberland, qui se sont engagés à s’approvision- de bonnes pratiques et en liant les agriculteurs à une de-
ner à 100 % en coton de sources durables et fiables d’ici mande sûre et croissante de coton durable de la part des
2020 (FAO et ICAC 2015). partenaires de distribution. C’est la voie vers la mise en
La SCIE a introduit des interventions pilotes sur les prin- place de systèmes de production écologiquement, socia-
cipes de la production durable dans les grandes et petites lement et économiquement durables. Conformément à
exploitations agricoles des villes éthiopiennes d’Afar et de l’exigence du programme Better Cotton, une enquête de
Tigray. Les projets pilotes ont fourni une solide preuve de référence et l’état d’avancement des activités du projet
28 The ICAC Recorder, Juin 2019

ont été évalués par une équipe d’ex-


Management Requirment
perts d’organisations partenaires
(BCI 2014/2015). Pour les grandes ex- Profitability
ploitations agricoles du projet, l’évalua- Yield Qt/ha
tion tant avant qu’après l’intervention
a été réalisée sur la base des exigences Promote decent work

minimales et d’amélioration de Better Care for and preserve the qualit y of t he fiber
Cotton, qui comprenaient six principes
Enhance biodiversity
de production, 44 critères de produc-
tion et huit indicateurs de résultats. Le Care for the health of soil

nombre total d’indicateurs de durabi- Promote water stewardship


lité au niveau de l’exploitation agricole
Minimize the harmful impact of crop protection practices
comprend les systèmes de production
durable sur le plan environnemental 0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0 3.5

(16) social (22) et économique (6) (FAO Aw eke Fenete Dansha Hiwot Lucy
et ICAC 2015) et (BCI 2013). Pour les
petits exploitants agricoles de Dansha Figure 1. Rendement durable des exploitations de projets
Aurora Multi-purpose Farmers’ Coope-
rative Union (Union coopérative poly-
2.25
valente d’agriculteurs Dansha Aurora),
Thousands

average cost of pecticides per hectare per season 2016


l’auto-évaluation avant et après l’inter- 2.00 average cost of pecticides per hectare per season 2017
vention a été faite en fonction des exi-
1.75
gences d’amélioration de la CmiA de
30 indicateurs de durabilité au niveau 1.50
Cost of pesticids ETB/ha

de l’exploitation, qui comprenaient des


1.25
systèmes de production durable sur le
plan environnemental (10), social (16) 1.00
et économique (4) (FAO et ICAC 2015).
0.75
Sur la base de l’évaluation et des la-
cunes identifiées en 2016, les activités 0.50
suivantes du projet ont été conçues et
0.25
exécutées en 2017.
0.00
Indicateurs de durabilité Lucy Aw eke Hiwot Dansha 20 17

Utilisation de l’eau et des Figure 2. Réduction du coût des pesticides


pesticides
La performance moyenne des exploi-
2.50
tations du projet a montré des progrès Active ingredient per ha (Ethiosulfan 25% ULV) 2016
significatifs quant au respect des exi- Active ingredient per ha (Ethiosulfan 25% ULV) 2017
gences minimales de « Better Cotton » 2.00
en fonction de leur niveau d’engage-
Kg of active ingedient/ha

ment. Des améliorations significatives


ont été apportées aux variables en- 1.50

vironnementales, à la réduction des


pesticides, à l’utilisation rationnelle de 1.00
l’eau, à la baisse du coût de culture et
à l’amélioration des conditions de tra-
vail, de la santé et de la sécurité grâce à 0.50
l’utilisation de pratiques bio-intensives
et de pesticides compatibles avec la
0.00
LIR. Les problèmes de gestion de l’eau Lucy Aw eke Hiwot Dansha 2017
ont été très limités à Dansha, dans le
Tigré, à l’exception du manque de pré- Figure 3. Réduction des ingrédients actifs des insecticides (i.a.)
cipitations durant la campagne agricole
The ICAC Recorder, Juin 2019 29

(Fig. 1). Des progrès ont été réalisés dans les exploitations Avantages environnementaux et sociaux
irriguées du projet à Afar en termes de planification et de Outre les avantages économiques pour les exploitations
mesure de l’eau. agricoles, la réduction de 4,5 % à 99 % de l’utilisation de
L’évaluation individuelle des exploitations du projet pilote pesticides a eu des effets positifs importants sur l’environ-
a montré que les petits exploitants de Dansha ont respecté nement et la santé des ouvriers agricoles (Fig. 2-4). Il est
les exigences minimales, car ils ont le moins consommé de intéressant de noter que les petits producteurs ont consi-
pesticides en raison du taux d’adoption élevé de mesure dérablement réduit leur utilisation de pesticides, certains
de protection bio-intensive des cultures et de bonnes pra- parvenant à réduire à zéro le niveau d’utilisation de pesti-
tiques agricoles. Le coût d’utilisation des pesticides a chu- cides dangereux.
té de 97 % et l’utilisation d’ingrédients actifs de pesticides La gestion de l’eau d’irrigation des exploitations du pro-
dangereux était nulle (Figures 2 et 3). jet à Afar a été améliorée. Les exploitations agricoles ont
L’exploitation Hiwot est l’une des principales exploitations amélioré la tenue de leurs registres et de leur utilisation
commerciales de coton pluvial du pays qui possède la d’eau, passant d’une quantité excessive (mais inconnue)
technologie d’irrigation par pivot. Pour répondre aux exi- d’eau à une distribution mesurée. Les deux exploitations
gences minimales, l’exploitation a augmenté le nombre de ont consommé environ 600 m3 d’eau par ha. Même si les
cultures en rotation et a commencé à mettre en œuvre la exploitations agricoles ne payaient pas pour l’eau utilisée,
lutte intégrée contre les ravageurs pour réduire les coûts l’optimisation de l’eau d’irrigation a eu pour effet de ré-
des pesticides et leur application de 39 %. La charge des duire la salinité et d’améliorer l’efficacité de l’utilisation de
ingrédients actifs de pesticides dangereux a également été l’énergie et la productivité.
réduite de 50 %. Il est intéressant de noter que les ouvriers
agricoles organisés au sein d’un syndicat étaient ceux qui Autonomisation des partenaires d’exécution
avaient le moins de problèmes sociaux. Le personnel des partenaires d’exécution, notamment
ETIDI, WARC et ECPGEA, a reçu une formation sur les prin-
L’exploitation Lucy est l’une des principales exploitations
cipes de base de la durabilité. Le personnel des syndicats
cotonnières commerciales irriguées de la région d’Afar.
de coopératives et le personnel des exploitations Hiwot,
L’exploitation est réputée pour sa productivité élevée et
Lucy et Aweke Fente ont reçu une formation de supervi-
sa mise en œuvre de la LIR, ce qui a permis de réduire de
sion sur l’application des principes de production durable.
34 % les coûts d’application des pesticides et de 5,3 %
Les agents de vulgarisation et les agriculteurs leaders ont
l’utilisation d’ingrédients actifs des pesticides dangereux
reçu une formation spéciale pendant les phases de déve-
(Figures 2 et 3).
loppement culturale de la production cotonnière. Environ
L’exploitation Aweke Fente est l’une des exploitations co- six sessions de formation sur les bonnes pratiques agri-
tonnières commerciales les plus stables de la région d’Afar. coles (BPA) ont été dispensées à 25 agents de vulgarisa-
L’exploitation a rejoint la SCIE après quelques séances de tion, 76 producteurs leadeurs et 12 gestionnaires d’ex-
formation supervisées. L’exploitation est réputée pour sa ploitations commerciales. Les agents de vulgarisation et
productivité et a commencé à mettre en œuvre la LIR, en- les principaux agriculteurs ont organisé des « camps de
traînant une réduction de 25 % des coûts d’application de formation » pour partager les connaissances et former
pesticides et de 25 % de l’utilisation des ingrédients actifs d’autres agriculteurs aux bonnes pratiques agricoles.
des pesticides dangereux (Figures 2 et 3).
Les programmes de formation étaient axés sur les meil-
Les exploitations Lucy et Aweke Fente à Afar s’efforcent leures pratiques en matière de production agricole du-
actuellement de résoudre les problèmes de gestion de rable, notamment :
l’eau et se sont engagées à améliorer les problèmes des
• La préparation des sols et l’approvisionnement en in-
travailleurs et les moyens de subsistance de la commu-
trants en temps opportun,
nauté d’Afar.
• L’identification des ravageurs, des insectes béné-
Par rapport à l’année de base 2016, la performance des
fiques, des pratiques bio-intensives, de la LIR et de
exploitations du projet en 2017 a montré une réduction
l’utilisation rationnelle des produits chimiques,
significative du coût des pesticides variant entre 34 % et
97 %, ce qui représente un gain de 395 à 1 751 Birr Etiope • La gestion de l’eau d’irrigation,
(ou 13,40 USD à 59,50 USD) par hectare et par cam- • L’amélioration de la qualité de la fibre,
pagne. Les petites exploitations de Dansha Aurora Union
ont enregistré les plus importantes économies de coûts : • Réduire la contamination,
1 751 Birr Etiope (59,50 USD) sur les coûts des pesticides • Minimiser les coûts de production, et
(Fig. 2) • Maximiser la productivité et le profit.
30 The ICAC Recorder, Juin 2019

125
L’année suivante, les niveaux de conformité ont
Base Year 2016
atteint 65 % à 90 %, avec un taux d’adoption de
100 2017/ % net progress bonnes pratiques agricoles de 13 % à 23 %. L’écart
restant à combler en matière de certification allait
de 10 % à 35 % (Fig. 4), en fonction de l’engage-
23 20
75 ment des exploitations et des interventions du pro-
jet pendant la campagne agricole 2018.
13 17
50 Les deux unités de production de coton pluvial –
l’exploitation agricole à grande échelle Hiwot Agri-
67 69 cultural Mechanization PLC et le représentant des
25 52 52 petits producteurs de coton, l’Union coopérative
de paysans Dansha Aurora – étaient prêtes pour la
certification selon les normes de la CmiA lors de la
0 campagne agricole 2018 et à combler les moins de
Irrigated Farm 1 Rain-fed 2 Rain-fed 2 Irrigated 2
11 % d’écart restant. Les exploitations irriguées,
Figure 4. Progrès des exploitations telles que Lucy et Aweke Fente Agricultural Deve-
de la SCIE en 2016 et 2017 lopment PLC à Afar, se sont engagées à être certi-
fiées par BCI/SCS d’ici 2018, remplissant ainsi l’exi-
Les producteurs leaders ont réussi à mettre en œuvre des gence minimale restante de moins de 35 % d’un
pratiques bio-intensives et des outils de lutte intégrée meilleur coton.
contre les ravageurs, dans le but de réduire l’utilisation
d’insecticides tout en maintenant la rentabilité grâce à Remerciements
l’amélioration des rendements et de la qualité de la fibre.
Je tiens à exprimer ma plus profonde gratitude à nos parte-
Faciliter l’accès au marché naires financiers, EP, HandM et le gouvernement néerlan-
dais ; ainsi que nos partenaires de mise en œuvre, ETIDI,
Le projet visait à accroître l’offre de coton durable et tra-
EIAR, ECPGEA, Dansha Aurora Union, Hiwot Agricultural
çable en garantissant le type de fibre de qualité demandé
Mechanization, Lucy et Aweke Fente Agricultural Develop-
par les marchés nationaux et internationaux. Le projet a
ment PLC.
permis de conclure avec succès un accord de commercia-
lisation de la fibre entre Dansha Aurora Union et Kanoria Références
Africa Textiles PLC, ainsi qu’entre Lucy et AYKA Addis. National Cotton Development Strategy (NCDS) 2017-2032,
SOFRECO, June 2017
Partage et mise à niveau des connaissances Measuring Sustainability in Cotton Farming Systems (FAO and
L’expérience acquise dans les deux régions pilotes est en- ICAC) 2015
courageante, et repose sur les stratégies mises en œuvre Better cotton production principles and criteria explained Octo-
dans d’autres régions productrices de coton, en diffusant ber 2013
les meilleures pratiques lors de journées régionales, de
National Cotton Commodity Research Strategy (NCCRS) 2016-
conférences nationales et internationales.
2030, EIAR October 2016

Progrès vers la certification [Link].org2014harvest report

En 2017, au début des interventions de la SCIE, le niveau [Link].org2015harvest report


de conformité des exploitations du projet aux exigences [Link]/en 2014/2015
minimales de Better Cotton variait entre 52 % et 69 %.
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