SUJET : LA CONSTITUTION MATERIELLE ET LA
CONSTITUTION FORMELLE
Selon l’article 16 de la Déclaration des Droits de l’homme et du
citoyen de 1789, « Toute société dans laquelle la garantie des droits
n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point
de constitution ». Cette disposition démontre à suffisance toute
l’importance que revêt la constitution. D’une manière précise, il est
loisible de définir une constitution en s’attaquant soit à son objet, soit
à son régime juridique. C’est ainsi que l’on distingue la constitution
matérielle et la constitution formelle. Cette distinction fera d’ailleurs
l’objet de notre étude.
La constitution, au sens matériel, traduit un « ensemble de règles
écrites ou coutumières qui déterminent la forme de l’Etat (unitaire ou
fédéral), la dévolution et l’exercice du pouvoir ». Quant à la
constitution au sens formel, elle symbolise un « document relatif aux
institutions politiques, dont l’élaboration et la modification obéissent à
une procédure solennelle différente de la procédure législative
ordinaire ».
Ainsi, la question soulevée par ce sujet est celle de savoir qu’est-ce
qui distinguent la constitution matérielle et la constitution formelle ?
Dans ce travail, nous limiterons notre analyse aux différences
conceptuelles entre constitution formelle, en mettant l’accent sur leur
contenu et leurs limites respectives, sans explorer les dimensions
historiques ou comparatives.
Ce sujet revêt un intérêt pratique dans la mesure où il nous permet de
comprendre que la constitution fait apparaître la diversité des
institutions politiques, elle doit également exposer les principaux
mécanismes de gouvernement et définir les droits des gouvernés.
Au-delà de toutes ces considérations précédentes, nous verrons dans
un premier temps que la constitution matérielle et formelle se
distingue par rapport à leur contenu (I) et que toutes deux sont
assorties de limites (II).
I. Deux formes de constitutions aux contenus différents
La distinction entre constitution matérielle (A) et constitution
formelle (B) se manifeste principalement à travers leur contenu
respectif, révélant des différences fondamentales dans la manière
dont les règles constitutionnelles sont perçues et appliquées.
A. Le contenu de la constitution matérielle
La constitution matérielle, souvent perçus comme l’ensemble des
règles fondamentales relatives à l’organisation et au fonctionnement
des pouvoirs publics, dépasse le cadre strict d’un document écrit. Son
contenu est vaste et peut inclure des éléments qui ne sont pas codifiés
dans une constitution formelle. L’objet de la constitution matérielle est
double : elle détermine l’organisation des pouvoirs publics, fixe la
liste des droits et libertés des citoyens. La constitution matérielle
englobe les règles coutumières, les conventions constitutionnelles, les
principes généraux du droit, et les interprétations jurisprudentielles.
Par exemple, elle peut inclure des pratiques parlementaires établies ou
des décisions judiciaires qui, sans être inscrites dans un texte formel
sont néanmoins essentiel au fonctionnement de l’Etat.
En lisant la constitution, on sait quelle est la forme de l’Etat, quelle est
la forme du gouvernement, quels sont les pouvoirs et le statut des
organes supérieures de l’Etat, etc. Contrairement a la constitution
formelle, la constitution matérielle n’est pas figée. Elle évolue au gré
des changements sociopolitiques, des décisions des tribunaux, et des
pratiques gouvernementaux. Par exemple des pratiques non écrites
comme la reconnaissance de nouveaux droits fondamentaux ou
l’adaptation des équilibres de pouvoir au sein de l’Etat peuvent faire
partie du contenu matériel.
Apres avoir exploré le contenu de la constitution matérielle, il
convient maintenant de se pencher sur celui de la constitution
formelle.
B. Le contenu de la constitution formelle
La constitution formelle est principalement constituée d’un texte ou
d’un ensemble de textes qui codifient de manière explicite les règles
fondamentales de l’Etat.
En effet, la constitution est un document écrit, élaboré le plus souvent
et révisé selon une procédure spéciale. Son contenu est strictement
délimité par des textes écrits adoptes selon des procédures solennelles.
Ces textes comprennent généralement des chapitres sur l’organisation
des pouvoirs publics, les droits fondamentaux, et les procédures de
révision constitutionnelle. Chaque article est conçu pour définir
clairement les compétences, les droits et les obligations au sein de
l’Etat. Le contenu de la constitution formelle est généralement plus
stable que celui de la constitution matérielle. Les procédures de
modification étant rigoureuses, le texte formel est moins susceptible
de changements fréquents. Cette stabilité est essentielle pour assurer la
continuité et la prévisibilité dans l’application des règles
constitutionnelles. La constitution formelle exprime explicitement les
principes et les valeurs sur lesquels repose l’Etat. Par exemple, les
droits de l’homme, la séparation des pouvoirs, et la souveraineté
nationale sont souvent inscrit de manière claire dans le texte formel,
offrant ainsi une référence juridique incontournable.
Sous cette définition, la constitution contient des règles de valeur
supérieure à toutes autres normes de l’ordre interne. Ce qui fait d’elle
un texte solennel.
Apres avoir évoqué le contenu de la constitution formelle et
matérielle il convient de se pencher sur ses limites.
II. Deux formes de constitutions assorties de limites
La distinction entre constitution matérielle et constitution formelle ne
se limite pas à leur contenu. Elle se manifeste également à travers les
limites intrinsèques que chaque forme impose.
A. Les limites de la définition matérielle
On fait généralement deux reproches à la définition matérielle de la
constitution.
Le premier reproche tient à son caractère trop lare. En effet, la
définition matérielle ne se rapporte qu’à la matière ou à l’objet de la
constitution sans aucune référence à sa forme et à sa valeur. En
d’autres termes, cette définition ne tient pas compte de l’autorité de la
règle dite constitutionnelle dans l’ordonnancement juridique.
Le second reproche tient à son imprécision. En effet, la définition
matérielle est imprécise. Elle est souvent vaste et inclusive, ce qui
peut rendre difficile de déterminer avec exactitude quelles règles
pratiques en font partie. Cela peut conduire à des ambiguïtés lorsqu’il
s’agit de définir les normes constitutionnelles non écrites ou non
codifiées. Elle suppose une confusion entre le pouvoir constituant et le
pouvoir législatif. Or, la distinction entre ces deux pouvoirs est
capitale pour bien situer l’autorité de la constitution. Aussi, en
l’absence de textes formels, la constitution matérielle peut être perçue
comme moins tangible ou moins légitime que la constitution formelle.
Cela complique son identification et son application concrète dans des
contextes juridiques précis. La définition de la constitution matérielle
repose souvent sur des interprétations jurisprudentielles et politiques
qui peuvent varier selon les époques et les circonstances. Cette
variabilité rend la définition plus flexible mais aussi plus incertaine.
Selon les interprétations et les contextes, la portée de la constitution
matérielle peut fluctuer. Ce qui est considéré comme une règle
constitutionnelle matérielle dans un pays ou à un moment donné peut
ne pas l'être ailleurs ou plus tard, ce qui limite la stabilité et la
cohérence de sa définition.
La constitution matérielle, malgré sa flexibilité, présente des faiblesses
significatives en termes de clarté et de stabilité, ce qui peut nuire à
l’efficacité du système juridique.
Toutefois après les limites de la constitution matérielle il serait plus
judicieux de se pencher sur celles de la constitution formelle.
B. Les limites de la définition formelle
La définition formelle n’est pas exempte de limites. En effet, certaines
règles d’importance réelle ne sont pas prises en considération alors
même qu’elles ont valeur constitutionnelle au regard de la définition
matérielle. C’est l’exemple des lois électorales qui sont très
importantes pour la définition du pouvoir. La définition formelle
repose sur des textes écrits et des procédures d'adoption strictes. Cette
rigidité peut limiter la capacité d'adaptation de la constitution aux
évolutions sociales, politiques et économiques. Les changements
constitutionnels deviennent difficiles à réaliser, même lorsque des
ajustements rapides seraient nécessaires. La constitution formelle, par
sa nature codifiée, peut parfois être en décalage avec la réalité
sociopolitique. Les règles formelles établies dans un texte peuvent ne
pas refléter les pratiques ou les besoins actuels de la société, créant un
fossé entre le droit écrit et la pratique. Les textes constitutionnels
formels sont souvent rédigés dans un langage juridique complexe,
rendant leur compréhension difficile pour les citoyens non spécialisés
en droit. Cela peut réduire la transparence et l'accessibilité des
principes constitutionnels, limitant la participation et l'appropriation
par le public
En outre, existent dans cette définition au sens formel, des règles de
droit qui ne font pas partie de la constitution au sens matériel. Ce sont
des règles de détail qui ne régissent les principes ou les organes
supérieurs de l’Etat. Par exemple, il en est ainsi de l’article 25 bis de
la constitution helvétique qui traite du mode d’abattage du bétail ou
encore le 18ème amendement de la constitution américaine qui
interdit la consommation de boisson alcoolisée et le 19ème
amendement qui met fin à cette interdiction.