PEUT-ON DEFINIR LA VERITE ?
INTRODUCTION
Dans l’épisode Biblique de Jésus devant Pilate, le Christ affirme venu au
monde pour rendre témoignage à la vérité. Et Pilate réagit en ces termes
profondément sceptiques : << Qu’est-ce que la vérité ? >>. Une telle
interrogation tend à montrer combien la définition de la vérité reste fragile
devant l’expérience personnelle que chacun en fait dans la vie quotidienne.
Celle-ci inlassablement évoquées par les religieux, les philosophes, le savant,
même l’ivrogne et continuellement contestée si bien que l’on est
particulièrement tenté de donner raison à ceux qui affirme que << A chacun sa
vérité >>. D’où le problème suivant : La vérité est-elle accessible à l’homme ?
Pour résoudre ce problème, posons une série de question : En quoi, la vérité est-
elle définissable ? Par ailleurs, ne serait-elle pas inaccessible ?
I - LES DIFFERENTES CONCEPTIONS SUR LA VERITE
A- La conception commune de la vérité: la vérité matérielle
Cette assertion est pour l’homme de la rue car pour ce dernier la vérité n’est rien
d’autre que la conformité au réel, à la réalité physique. Ainsi la réalité devient la
vérité et inversement la vérité devient la réalité. C’est fort de cela qu’HENRI
BERGSON dans la pensée et le mouvant écrit que « la vérité serait déposée dans
les choses et dans les faits ». Cependant, il faut dire que le réel n’est pas
objectivement synonyme de ce qui est vrai. Car tout ce qui est réel n’est pas
forcement vrai dans la mesure où même le faux est réel parce qu’il existe.
B - La conception scientifique de la vérité: la vérité formelle
La vérité, pour le scientifique est un discours logique et cohérent. Autrement dit,
il y a vérité en science lorsqu’il n’y a pas de contradiction dans le discours ou
dans un test expérimental. En un mot, la vérité est ici une affaire de la forme du
raisonnement c'est-à-dire l’accord de l’esprit avec ses propres conventions. Soit
ce discours suivant : « tout ce qui brille est de l’or --- or le soleil brille --- donc
le soleil est de l’or ». Ce discours est vrai et c’est la vérité car c’est cohérant et
logique dans la mesure où la conclusion découle des prémisses ; mais faux tout
simplement dans le cadre du contenu.
C - La conception philosophique de la vérité: l'évidence ou la certitude
En philosophie, l’évidence est synonyme de vérité. Ici est vrai, ce qui s’établit
ou s’impose à l’esprit humain de manière claire et distincte sans aucun doute.
Autrement dit, il y a vérité en philosophie lorsqu’une idée s’impose à nous avec
constance, avec évidence, avec clarté ou par conviction, par impression.
Cependant, fonder la vérité sur ces éléments traduit quelque doute et erreurs. Car
ceux-ci sont de l’ordre du sentiment ou des passions. Ainsi ce qui nous parait
évident peut ne pas l’être pour d’autres.
D - La conception politique de la vérité: l'unanimité
En politique surtout, la vérité se trouve dans l’unanimité c'est-à-dire dans le
nombre. En d’autres termes, la vérité est du côté de la collectivité. Car nous
pensons très souvent que nous ne pouvons pas nous tromper tous à la fois sur
une même chose ou sur un même fait. De là, découle l’idée que ce qui est dit ou
accepté comme vrai de tous et par tous est donc vrai. Mais n’oublions pas que
l’unanimité peut s’obtenir soit par corruption, soit par chantage. Une preuve qui
démontre que la collectivité peut mentir ; alors l’unanimité ne saurait être
synonyme de la vérité.
E - La conception pragmatique de la vérité: la vérité pragmatique
Selon le pragmatisme défendu par William James, la vérité s’apprécie par
rapport au succès, à l’utilité ou au résultat de ses effets. Autrement dit, la vérité
pragmatique est une idée dont on a la preuve qu’elle donne des résultats
probants ; qu’elle donne plus de rendement ; qu’elle satisfait le mieux notre
curiosité. Cependant, il faut dire que cette assertion de la vérité révèle quelque
doute car elle semble stipuler que la fin justifie les moyens. Et que tous les
moyens sont bons pour parvenir à la réussite.
N.B : en dépit de tout ceci, il convient de dire qu’au vue de sa définition
variante, de ses nombreux critères d’appréhension, la vérité n’est pas une chose
unique ni absolue mais plutôt une chose relative. Autrement dit, il n’y a pas de
vérité toute faite ni toute universelle mais de vérité circonstancielle. Car elle est
non seulement relative à l’objet et à la méthode d’étude. On comprend dès lors
cette pensée de GILLES DELEUZE dans Nietzsche et la philosophie quand il
écrit ceci « toute vérité est vérité d’un élément, d’une heure, d’un évènement ».
Or c’est par le langage que l’on communique la vérité. Ce qui pose dès lors le
rapport entre langage, communication et vérité.
II - LE RAPPORT ENTRE VERITE, LANGAGE ET COMMUNICATION
A- Le langage et les différentes formes de communication
1- Approche définitionnelle du langage :
La définition la plus courante du langage fait de lui, un ensemble de moyens
de communication. Pour dire que le langage est un ensemble de signes ou de
signaux servant à la communication entre les êtres vivants d’une même espèce.
De façon plus technique, le langage se présente comme un système de code ou
de signes représentatifs qui permet à un locuteur de transmettre ou de
communiquer des informations à un récepteur et par lequel celui réagit en
conséquence. De tout ceci, il ressort donc que la communication devient la
fonction principale du langage. Dès lors, analysons la préoccupation de savoir si
toute communication relève du langage. En fait, y a-t-il un langage animal et un
langage humain ?
QUESTIONNAIRES DU COURS
* Pensez-vous qu’on peut dire aussi que les animaux ont un langage comme
l’homme ?
2-Différentes formes de communication :
Si dans son premier sens, le langage sert à communiquer des informations à
travers tout un système de signes ou de signaux. Alors dans ces conditions, on
peut affirmer qu’il y a « langage humain et langage animal ». En effet, force est
de reconnaitre avec ARISTOTE et HENRI BERGSON que les animaux peuvent
exprimer des émotions comme la douleur, la joie, la peine à l’aide de signes
sonores, à l’aide de cris… Aussi avec l’entomologiste Allemand KARL VON
FRISCH, il ressort qu’il y a effectivement un langage animal parce que selon
lui, les animaux en général et les abeilles en particulier ont un langage. C’est le
cas de l’abeille ou du dauphin qui peut par des signes comme la danse, la danse
ronde ou la danse frétillante informer aux autres la distance, la direction ou la
nature du butin trouvé. Cependant vue la fixité de son contenu, l’invariabilité de
leur message et de sa transmission unilatérale, il est judicieux de dire même s’il
y a communication entre les animaux ; ce type de communication n’est pas du
langage. Ainsi le langage est exclusivement humain. Parler est le propre de
l’homme, celui des animaux n’est rien d’autre qu’un code de signes ou de
signaux innés et restreints qui se résume à des sons, à des cris, à des besoins
biologiques. L’homme est le seul être qui parle parce que le langage est une
invention collective des hommes. C’est pourquoi il fait objet d’apprentissage de
la part des hommes. Car le langage humain est évolutif, perfectible, riche et
infini, il peut se communiquer soit oralement soit graphiquement (gestuel) pour
traduire au-delà des émotions, des pensées et la vérité.
Dès lors, vue toutes ces spécificités du langage humain, analysons donc ses
fonctions. Autrement dit, le langage traduit-il fidèlement nos pensées ?
B- Les différentes fonctions du langage
1- Le langage comme l’expression de la pensée, de la vérité :
L’expérience quotidienne de nos diverses communications justifie bien l’idée
selon laquelle le langage est étroitement capable de traduire toute notre vie
intérieure qu’extérieure. En effet, sans le langage il serait impossible à l’homme
de communiquer ce qu’il vit et ce qu’il pense à ses semblables. Cela pour dire
que le langage est le support de la pensée des hommes en tant qu’il est le moyen
par lequel le vrai ou le faux peut-être communiquer. En d’autres termes, langage
et pensée sont donc indissociables car l’un matérialise l’autre et inversement
l’autre structure l’un. C’est dans cette logique que les psychologues voient que
langage et pensée ou vérité sont dans une relation de simultanéité tellement ils
vont de pair. A ce propos, FERDINAND DE SAUSSURE dans Encyclopédie
linguistique affirme ceci « sans la pensée, le langage demeure vide et sans le
langage, la pensée n’est qu’une masse amorphe ». Entendons par là que le
langage est l’instrument par excellence d’extériorisation de nos pensées de celle
de la vérité. Pour dire ainsi que le langage humain est inondé de mots et
d’expressions susceptibles de traduire fidèlement nos émotions, nos sentiments
et nos pensées les plus vraies comme les plus fausses. C’est pourquoi HEGEL
dans la philosophie de l’esprit écrit que « c’est dans les mots que nous pensons.
Les mots donnent à la pensée son existence la plus haute et la plus vraie ». En un
mot, par le langage, on peut traduire le réel et dire effectivement ce qui est ou ce
que nous pensons.
Cependant, il apparait souvent que le langage est inapte à traduire tout ce que
nous pensons. Dès lors, le langage est-il vraiment un véhicule fiable de
manifestation de la pensée ou de la vérité ?
2-Les limites du langage dans la quête de la vérité :
A voir de près, certaines attitudes linguistiques viennent remettre en cause la
capacité du langage à traduire fidèlement et entièrement toute notre vie
intérieure voire même à dire ce qui est. En effet, parfois dans nos conversations
quotidiennes nous ne trouvons pas des mots pour traduire une réalité ou une
pensée parce que le langage nous parait insuffisant pour le dire. Prenons pour
exemple, les manifestations de l’amour, de la douleur, de la haine ou de la
passion…autrement dit, nos émotions et nos sentiments se vivent sans pouvoir
se traduire dans les mots. C’est pour cette raison que HENRI BERGSON dans
Essai sur les données immédiates de la conscience nous révèle que « nous
échouons à traduire entièrement ce que notre âme ressent : la pensée demeure
incommensurable avec le langage. ». Pour dire qu’aucun signe ou code
linguistique, aucun langage ne saurait traduire la totalité de nos pensées et
émotions. De là, il faut donc dire que le langage est limité dans la manifestation
de nos pensées. Le langage ne suffit presque jamais pour rendre précisément ce
que l’on sent, ressent ou voit. C’est pourquoi dans cette incapacité à dire ce qui
est et de traduire nos pensées, le langage se met à les déguiser ou à les
dissimuler à travers d’autres mots. C’est le cas des lapsi, du mensonge, de la
drague ou de la démagogie…qui révèlent que langage peut travesti ou trahit nos
pensées à sa guise. Car comme le dit DENIS DIDEROT (1713-1784) dans les
données immédiates de la conscience « nous échouons à traduire entièrement ce
que notre âme ressent ». Ceci pour nous dire que le langage n’est pas un
instrument fiable dans la manifestation de nos pensées et de la vérité. En un mot,
Il y a donc par moment un écart entre ce qui est dit et ce qui est.
CONCLUSION
En somme, à la question : peut-on définir la vérité ? Il convient de retenir qu’au
regard de la diversité des conceptions sur cette notion, on doit plutôt parler de sa
relativité en ce sens que chaque homme ou chaque domaine de connaissance
possède une vérité particulière. Aussi à cause des limites du langage dans la
traduction de nos pensées ; il nous est difficile d’obtenir une définition objective
et absolue de la vérité. Ce sont ces états de fait qui rendent difficile la définition
de la vérité et c’est pourquoi l’on est tenté de se référer à la science. Cependant,
la science est-elle capable de détenir la vérité ?