Université Mohamed Cherif Messaâdia
Faculté des lettres et des langues
Département de français
Module : Linguistique 2LMD/ S4
Cours 4 : Les adjectifs et les verbes subjectifs +TD4
Les subjectivèmes « affectif » et « évaluatif » (Kerbrat-Orecchioni) « Toute unité lexicale est, en un
sens, subjective, puisque les « mots » de la langue ne sont jamais que des symboles substitutifs et
interprétatifs des « choses ». (Kerbrat-Orecchioni, 1980). Les objets préexistants subissent une
dénomination qui consiste à leur coller des étiquettes signifiantes. La linguistique démontre que les
langues autorisent des productions discursives qui sont loin de reproduire La Réalité. En effet, les
langues reproduisent à leur manière, chacune l’univers référentiel et imposent « une forme »
particulière à la « substance » du contenu, organisent le monde, par « abstraction généralisante, en
classes de Master 1 Sciences du langage / Pragmatique & Énonciation Dre Lilia BOUMENDJEL 23
dénotés, sur la base d’axes sémantiques partiellement arbitraires, et « programment » ainsi les
comportements perceptifs et descriptif de notre langue (Kerbrat-Orecchioni, 1980). Ainsi, tous les
mots d’une langue connotent, à de divers degrés, les caractéristiques de la société qui les manipule
(aspects technologiques, socio-culturel), et transportent tous les jugements interprétatifs « subjectifs »
inscrit dans l’inconscient linguistique de la communauté.
Pour Kaerbrat-Orecchioni, lorsqu’un sujet d’énonciation est confronté à la verbalisation d’un objet
référentiel (réel ou imaginaire), un choix entre deux types de formulations s’impose : - Le discours «
objectif » qui efface l’existence d’un énonciateur individuel. - Le discours « subjectif » dans lequel
l’énonciateur s’exprime explicitement (Je trouve ça très beau) ou implicitement (c’est beau).
1. Les adjectifs affectifs : énoncent en même temps qu’une propriété de l’objet qu’ils déterminent, une
réaction émotionnelle du sujet parlant en face de cet objet. Dans la mesure où ils impliquent un
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engagement affectif de l’énonciateur, où ils manifestent sa présence au sein de l’énoncé, ils sont
énonciatifs
2. Les adjectifs évaluatifs non axiologiques : cette classe comprend tous les adjectifs qui, sans énoncer
un jugement de valeur, ni d’engagement affectif du locuteur, impliquent une évaluation qualitative ou
quantitative de l’objet dénoté par le substantif qu’ils déterminent, et dont l’utilisation se fonde à ce
titre sur une double norme : interne à l’objet support de la qualité ; et spécifique du locuteur (dans la
mesure qu’ils peuvent être considérés comme « subjectifs ». L’usage donc d’un adjectif évaluatif est
relatif à l’idée que le locuteur se fait de la norme d’évaluation pour une catégorie d’objets donnés. Par
exemple, la phrase « cette maison est grande » doit être paraphrasée en « cette maison est plus grande
que la norme de grandeur pour une maison d’après l’idée que je me fais (elle-même fondée sur mon
expérience personnelle des maisons) »
b. Les verbes subjectifs
L’emploi des verbes peut dans un sens être considéré comme subjectif. Les verbes posent à l’analyse
des problèmes plus compliqués que les substantifs et les adjectifs, dont la valeur évaluative éventuelle
est généralement prise en charge par le sujet parlant. Dans les deux énoncés « x souhaite que p » & « x
prétend que p », les deux verbes véhiculent un jugement évaluatif, mais dont le statut est différent. Le
premier énoncé, présuppose en effet que « p est bon pour x », alors que le deuxième, signifie que « x
dit que p » (dire est un verbe objectif). La différence réside dans la nature du jugement évaluatif (de
l’ordre de bien/mal, ou du vrai/faux) ; et dans la source du jugement évaluatif, qui peut être le
locuteur, ou l’agent du procès. Un troisième axe d’opposition peut être observable dans l’exemple « x
criaille », où l’évaluation qui a pour source le locuteur, ne porte plus, comme dans les deux premiers
exemples, sur un objet exprimé dans le contexte immédiat du verbe, mais sur le procès lui-même.
L’étude des verbes « subjectifs » implique donc une triple distinction : - Qui porte le jugement
évaluatif ? le locuteur (le cas des verbes subjectifs du type « prétendre » ou « criailler ») ; un actant
du procès (en général, l’agent) qui dans certains cas peut coïncider avec le sujet d’énonciation (le cas
des verbes subjectifs occasionnels, du type « souhaiter », « je souhaite que p »). - Sur quoi porte
l’évaluation ? sur le procès lui-même (à contrecoup, l’agent) (« x criaille » (verbes intrinsèquement
subjectifs) ; sur l’objet du procès (une chose ou un individu « x déteste y » / un fait exprimé par une
proposition enchâssée « x souhaite que p »). - Quelle est la nature du jugement évaluatif ? le
jugement évaluatif se forme en termes de bon/mauvais (domaine de l’axiologique) / vrai-faux-
incertain ( problème de modalisation).
Les verbes modaux sont une catégorie spéciale de verbes qui expriment diverses nuances de modalité,
c'est-à-dire des notions telles que la possibilité, la probabilité, l'obligation, le conseil, etc. Ces verbes
modifient le sens du verbe principal dans une phrase et indiquent souvent l'attitude du locuteur envers
l'action décrite.
En français, les verbes modaux sont similaires à ceux de l'anglais, bien qu'il n'y ait pas une catégorie
aussi distincte pour eux. Ils servent également à exprimer des nuances de modalité comme la
possibilité, la capacité, l'obligation, etc. Voici quelques exemples de verbes modaux en français :
Pouvoir : exprime la capacité ou la possibilité. Exemple : "Je peux parler français." (I can speak
French.)
Devoir : exprime l'obligation ou la nécessité. Exemple : "Tu dois finir tes devoirs." (You must finish
your homework.)
Vouloir : exprime la volonté. Exemple : "Je veux partir en vacances." (I want to go on vacation.)
Savoir : exprime la capacité ou la connaissance. Exemple : "Il sait nager." (He can swim.)
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Falloir : exprime l'obligation ou la nécessité. Exemple : "Il faut arriver à l'heure." (It is necessary to
arrive on time.)
Sembler : exprime la probabilité ou l'apparence. Exemple : "Il semble fatigué." (He seems tired.)
Oser : exprime le courage ou l'audace. Exemple : "Il n'ose pas lui parler." (He doesn't dare to talk to
her.)
Avoir : exprime l'obligation ou la nécessité (dans certaines expressions). Exemple : "Tu as à travailler
plus dur." (You have to work harder.)
Ces verbes, comme en anglais, peuvent être suivis d'un verbe à l'infinitif pour former des constructions
verbales. Ils sont essentiels pour exprimer diverses nuances de sens dans la langue française.
Exercice n°1: Analyse énonciative du texte
C’était par une belle matinée d’août. Il y avait trois jours que mon procès était entamé, trois jours
que mon nom et mon crime ralliaient chaque matin une nuée de spectateurs, qui venaient s’abattre
sur les bancs de la salle d’audience comme des corbeaux autour d’un cadavre, trois jours que toute
cette fantasmagorie des juges, des témoins, des avocats, des procureurs du roi, passait et repassait
devant moi, tantôt grotesque, tantôt sanglante, toujours sombre et fatale. Les deux premières nuits,
d’inquiétude et de terreur, je n’en avais pu dormir ; la troisième, j’en avais dormi d’ennui et de
fatigue. À minuit, j’avais laissé les jurés délibérant. On m’avait ramené sur la paille de mon cachot, et
j’étais tombé sur-le-champ dans un sommeil profond, dans un sommeil d’oubli. C’étaient les
premières heures de repos depuis bien des jours. J’étais encore au plus profond de ce profond
sommeil lorsqu’on vint me réveiller. Cette fois il ne suffit point du pas lourd et des souliers ferrés du
guichetier , du cliquetis de son nœud de clefs, du grincement rauque des verrous ; il fallut pour me
tirer de ma léthargie sa rude voix à mon oreille et sa main rude sur mon bras. – Levez-vous donc ! –
J’ouvris les yeux, je me dressai effaré sur mon séant. En ce moment, par l’étroite et haute fenêtre de
ma cellule, je vis au plafond du corridor voisin, seul ciel qu’il me fût donné d’entrevoir, ce reflet jaune
où des yeux habitués aux ténèbres d’une prison savent si bien reconnaître le soleil. J’aime le soleil. –
Il fait beau, dis-je au guichetier. Il resta un moment sans me répondre, comme ne sachant si cela
valait la peine de dépenser une parole ; puis avec quelque effort il murmura brusquement : – C’est
possible. Je demeurais immobile, l’esprit à demi endormi, la bouche souriante, l’œil fixé sur cette
douce réverbération dorée qui diaprait5 le plafond. – Voilà une belle journée, répétai-je.
Victor Hugo Le dernier jour d’un condamné
Exercice 2 : Analyse énonciative
Guerre Israël-Hamas : après la
découverte de fosses communes
dans des hôpitaux, l’ONU réclame
des enquêtes internationales
indépendantes
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Lundi, la défense civile de la bande de Gaza a affirmé avoir exhumé en trois jours
environ 283 corps de personnes tuées et enterrées par les forces israéliennes dans
des fosses communes à l’intérieur de l’hôpital Nasser de Khan Younès.
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de-fosses-communes-dans-des-hopitaux-l-onu-reclame-des-enquetes-internationales-
independantes_6229437_3210.html
Face au « climat d’impunité » actuel, l’ONU a réclamé, mardi 23 avril, des enquêtes
internationales indépendantes après la découverte de fosses communes dans les deux
principaux hôpitaux de la bande de Gaza. Dans un communiqué, le haut-commissaire aux
droits de l’homme des Nations unies, Volker Türk, s’est dit « horrifié » par la destruction des
deux plus grands établissements hospitaliers de l’enclave, l’hôpital Al-Shifa à Gaza et le
complexe médical gouvernemental Nasser à Khan Younès.
Il a ainsi demandé que des « enquêtes indépendantes, efficaces et transparentes soient
menées », ajoutant que : « compte tenu du climat d’impunité qui prévaut, des enquêteurs
internationaux devraient être associés à cette démarche ». « Les hôpitaux ont droit à une
protection très spéciale en vertu du droit humanitaire international », a-t-il poursuivi. « Et
tuer intentionnellement des civils, des détenus et d’autres personnes considérées “hors de
combat” est un crime de guerre. »
Les hôpitaux de la bande de Gaza ont été durement visés durant l’opération militaire que
mène l’armée israélienne dans le territoire palestinien depuis l’attaque meurtrière perpétrée en
Israël le 7 octobre 2023 par des combattants du Hamas venus de Gaza. Selon Israël, le
mouvement islamiste palestinien a utilisé les hôpitaux afin de mener des attaques, et de cacher
des tunnels et des armes. Le Hamas a démenti ces accusations.
Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Des Gazaouis racontent l’assaut israélien de
l’hôpital Al-Shifa : « Si on sortait, on était tués »
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« Les victimes auraient été enterrées profondément dans le
sol et recouvertes de déchets »
Lundi, la défense civile de la bande de Gaza a affirmé avoir exhumé en trois jours environ
283 corps de personnes tuées et enterrées par les forces israéliennes dans des fosses
communes à l’intérieur de l’hôpital Nasser de Khan Younès. Quant à l’hôpital Al-Shifa,
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l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déclaré début avril qu’il avait été réduit à
une « coquille vide » jonchée de dépouilles humaines par la dernière opération israélienne.
Le haut-commissariat de l’ONU tente de vérifier le chiffre du nombre de morts découverts à
l’hôpital Nasser. « Les victimes auraient été enterrées profondément dans le sol et
recouvertes de déchets », a déclaré lors d’un point de presse une porte-parole du haut-
commissariat, Ravina Shamdasani, ajoutant que des personnes âgées, des femmes et des
blessés figuraient parmi les morts. D’autres auraient été « retrouvés les mains liées et sans
vêtement ».
Elle a par ailleurs déclaré que le chiffre avancé par l’armée israélienne de quelque deux cents
personnes tuées lors du dernier assaut contre l’hôpital Al-Shifa, entre le 18 mars et début
avril, pouvait être « sous-estimé ». A ce jour, a-t-elle dit, « nous ne pouvons pas corroborer
les chiffres exacts » des personnes tuées dans les deux hôpitaux : « C’est la raison pour
laquelle nous insistons sur la nécessité d’enquêtes internationales. »
Le Monde avec AFP 23/04/2024