COURS DE TECTONIQUE ANALYTIQUE
Introduction.
Premier chapitre : Des forces aux structures. Notions théoriques
sur la déformation.
Deuxième chapitre : La déformation ductile : les plis.
Troisième chapitre : La déformation cassante : les failles
Ouvrages à consulter :
[Link] (1973). Les déformations des matériaux de l’écorce terrestre.
Hermann.
[Link] , M. RUHLAND et J. GROLIER (1976). Eléments de tectonique
analytique. Masson.
M. GIDON (1987). Les structures tectoniques. B.R.G.M.
[Link] (1984). Principes de tectonique. Masson.
INTRODUCTION
1) Rappel.
La tectonique c’est l'étude des déformations des roches constituant l'écorce terrestre. Ces
déformations sont acquises par les roches au cours de leur histoire, on les appelle des
"structures"; les plus connues sont les plis et les failles.
Le tectonicien étudie la disposition actuelle de ces structures (il faut avoir des notions de
géométrie dans l'espace).
Les études tectoniques se font dans les zones de l'écorce déformées: les chaînes de montagnes,
ou orogènes, ou domaines orogéniques, qui s'opposent aux zones stables, peu ou pas déformées,
ou domaines de plates-formes.
2) Echelles d'observation.
Les déformations s'observent à toutes les échelles. On retiendra trois niveaux
d'observation :
* La microtectonique: étudie les microstructures et les mésostructures de l'échelle du minéral
( μ, mm) à cel1e de I'affleurement ( m, dm).
* La tectonique classique: étudie les mégastructures d'échelle régionale (grandes structures
kilométriques des cartes géologiques).
* La géotectonique ou tectonique globale: étudie la chaîne de montagne dans son ensemble à
l'échelle du continent. Cette discipline est synthétique, elle débouche sur un modèle
géodynamique de la chaîne.
3) La tectonique analytique.
C'est le premier stade de l'étude tectonique ou stade d'analyse des structures (analyse
structurale). Cette analyse se base surtout sur des observations microtectoniques et de géologie
régionale (carte géologique). On peut distinguer deux étapes :
* Description: c'est l'inventaire des structures et leur description, on mesure leur orientation
dans l'espace avec une boussole. Ce travail est utile pour la géologie appliquée (recherche de
filons minéralisés, de pièges pétroliers, etc...).
* Interprétation: plus théorique. On cherche à identifier les mécanismes de déformation, à
retrouver la direction des forces qui ont donné ces déformations, à reconstituer la chronologie
de ces différentes déformations et enfin, à retrouver les conditions physiques (T et P) qui
régnaient dans l’écorce.
PREMIER CHAPITRE :
DES FORCES AUX STRUCTURES. NOTIONS THEORlQUES
SUR LA DEFORMA TION
Sur le terrain, les structures observées (un pli par exemple), correspondent toujours à
l'état final de la déformation. On ne voit jamais une déformation se faire (vitesses de
déformation trop lentes, niveaux trop profonds, inaccessibles à l'observation).
Pour comprendre et expliquer les déformations, il faut s'appuyer sur les données de la tectonique
expérimentale: simulation au laboratoire de déformations que l'on peut comparer aux structures
naturelles. Il y a deux types d'expériences: la mécanique des roches, les essais sur sur modèles
réduits.
1- LES FORCES TECTONIQUES NOTION DE CONTRAINTE.
Il y a deux grandes catégories de forces qui sont responsables de la déformation des
roches :
* La gravité : c'est l'attraction terrestre, elle engendre des forces verticales.
* La dérive des continents: liée aux courants de convection dans le manteau, elle engendre des
forces horizontales.
Ces forces déterminent dans les roches un état de contraintes.
1.1) Notion de contrainte.
Le terme de contrainte, utilisé en tectonique, est l'équivalent, pour les solides de la
notion de pression dans les fluides. C'est donc une force agissant par unité de surface. La
contrainte se note par la lettre grecque "sigma": δ.
P= δ =F/S (F = force ; S = surface)
L'état de contrainte en un point, soumis à une force F, peut s'exprimer géométriquement
par un ellipsoïde dont les trois axes correspondent aux trois contraintes principales normales
aux faces d'un cube (ou parallélépipède rectangle) en ce point. Ces trois contraintes principales
sont notées δ1, δ2, δ3. Par convention, δ1> δ2> δ3.
Dans les fluides, la pression est indépendante de la surface sur laquelle elle s'exerce
(pression hydrostatique). Dans les solides, la contrainte dépend de l'orientation de la surface
considérée. La force F (δ) qui s'exerce sur la surface S, peut être décomposée en une contrainte
normale et une contrainte cisaillante τ parallèle à S. Les valeurs de τ dépendent de l'orientation
de S.
1.2) Les états de contraintes dans l'écorce.
* Ecorce stable, non déformée (Pl.l, fig.l)
Un élément de roche situé à une profondeur h est soumis à une force correspondant au
poids de la colonne de roches qui le surmonte.
F = ρgh (ρ: densité moyenne des roches, g: accélération de la pesanteur)
Cette force développe une pression lithostatique. A partir d'une certaine profondeur,
l'écorce se comporte comme un fluide, la pression lithostatique est alors la même dans toutes
les directions (= pression hydrostatique). On parle aussi de pression confinante ou de
confinement. La contrainte est isotrope, le champ de contrainte est assimilable à une sphère; il
n'y a pas de déformation (δ1 = δ2 = δ3).
* Ecorce déformée (Pl.l, fig. 2)
Dans les zones déformées (chaînes de montagnes), des forces tectoniques se superposent
à la pression lithostatique. Ces forces, orientées, souvent horizontales, déterminent dans l'écorce
un champ de contraintes anisotrope que l'on peut représenter par un ellipsoïde. Les roches vont
se déformer.
1.3) Notion de déformation.
En réponse aux contraintes, les roches vont se déformer. Au sens large, le terme de
déformation comprend :
- des déplacements: rotation, translation.
- des changements de forme : c'est la déformation au sens strict qui sera, surtout envisagée
dans ce cours.
Une déformation peut s'exprimer par une ou des discontinuités. ce sont les failles ou
fractures. On dit que la déformation est discontinue, cela indique un comportement mécanique
cassant ou fragile de la roche. La déformation peut être souple comme dans, le cas des plis par
exemple, on dit alors qu'elle est continue. Cela indique un comportement mécanique ductile
de la roche. Il est très important de retenir que ces notions de déformation continue/discontinue
et ductile/fragile dépendent de l'échelle d'observation.
Pour passer d'un état initial non déformé à un état déformé, il existe deux "régimes" de
déformation :
* Aplatissement pur (Pl.l, fig. 3 a)
Pour simplifier on considérera la déformation en deux dimensions. Le carré et le cercle
se transforment en un rectangle et une ellipse. Dans l'état déformé on définit des axes de
déformation:
X: direction d'extension (allongement)
Z : direction de compression (raccourcissement)
Dans l'aplatissement pur les axes X et Z gardent toujours la même orientation, ils sont
parallèles aux directions des contraintes principales, on dit que la déformation est coaxiale,
elle peut être continue (fig.3a) ou discontinue.
* Cisaillement simple (Pl.l , figs. 3b et c)
On raisonne toujours en deux dimensions. Les contraintes principales sont obliques sur
les côtés du carré. Il y a cisaillement ou glissement le long des côtés AB et CD qui gardent
toujours la même longueur. Le carré et le cercle se transforment en losange et en ellipse. La
déformation peut être continue (fig.3b) ou discontinue (fig.3c).
Dans le cisaillement simple, les axes X et Z changent de direction pendant la
déformation, ils ne restent pas parallèles aux contraintes principales. On dit que la déformation
est non-coaxiale.
* Quelque soit le régime de déformation. on arrive toujours à un état final déformé que l'on peut
représenter par une ellipse.
Si on raisonne en trois dimensions, l'état déformé sera représenté dans l'espace par un
ellipsoïde de déformation (Pl.2, fig. l). Cet ellipsoïde est défini par trois axes perpendiculaires
entre eux:
X: allongement
Z : raccourcissement
Y: intermédiaire
Le plan XY définit dans l'objet déformé un plan d'aplatissement.
2) COMPORTEMENT DES ROCHES EN REPONSE AUX CONTRAINTES.
Le comportement des roches est essentiellement étudié grâce à la mécanique des roches,
c'est-à-dire à partir de résultats de tectonique expérimentale.
2.1) Principe des expériences.
Des échantillons de roches sont placés à l'intérieur d'enceintes, on les soumet à des
contraintes tectoniques d'intensité variable tout en faisant varier des paramètres physiques tels
que la température et la pression confinante de façon à reproduire les conditions régnant à
l'intérieur de l'écorce terrestre (voir schéma donné en cours).
2.2) Résultats.
2.2.1) Les courbes contrainte-déformation.
Trois parties peuvent être distinguées sur la courbe générale (voir schéma donné en
cours) :
* OY: la déformation reste faible par rapport à l'augmentation de la contrainte. Si on
cesse d'appliquer la contrainte, la roche revient à son état initial non déformé. C'est le domaine
élastique, la roche a un comportement élastique.
* YR : à partir du point Y on constate un changement de pente de la courbe; la
déformation augmente vite pour de faibles variations de contraintes. Si on cesse d'appliquer la
contrainte, l'échantillon de roche ne revient pas à son état initial, on dit que la déformation est
permanente. La roche a un comportement plastique, la déformation est dite ductile.
* R : correspond à la rupture de l'échantillon de roche. Le comportement est cassant.
2.2.2) Variations de température et de pression confinante.
L'influence de la température et de la pression confinante est indiquée par les courbes
expérimentales effectuées sur des échantillons de marbres (Pl. 2, figs.2 et 3). L'analyse de ces
courbes (voir cours), montre:
* pour des températures faibles, les roches ont un comportement cassant; pour des températures
élevées, la déformation sera plus facile, plus ductile, les roches ont un comportement plastique.
* pour des pressions confinantes faibles, le comportement est cassant; pour des pressions
confinantes fortes, les roches ont un comportement plutôt plastique, la déformation est ductile.
Sachant que dans l'écorce terrestre la température et la pression confinante augmentent
avec la profondeur, on peut tirer de ces courbes les conclusions suivantes:
* en surface et à faible profondeur. les roches ont un comportement cassant. Les déformations
sont faibles. On observe surtout des failles.
• en profondeur, les roches ont un comportement plastique, la déformation est ductile. On
observe surtout des plis.
2.2.3) Influence de la lithologie.
Pour des pressions et des températures données, le comportement des roches varie en
fonction de leur lithologie. C'est la notion de compétence d'une roche, c'est-à-dire son aptitude
à résister à la déformation. On distingue ainsi pour des conditions de température et de pression
relativement faibles:
* des roches compétentes: elles se déforment difficilement en donnant plutôt des structures
cassantes. Ce sont par exemple les grès, les calcaires, les granites.
* des roches incompétentes: elles se déforment facilement et en général de façon ductile. Ce
sont par exemple les argiles, les marnes.
3- LES NIVEAUX STRUCTURAUX
Après ces données théoriques, on revient à des considérations plus géologiques. La fig.4
de la planche 2 représente une coupe théorique dans une chaîne de montagne qui correspond à
10 à 20 km d'épaisseur de croûte déformée. On sait que le comportement des roches va varier
depuis la surface jusqu'aux racines de la chaîne. On pourra distinguer ainsi des niveaux
structuraux ou des étages tectoniques, ce sont des tranches d'écorce où les roches présentent les
mêmes types de déformations.
* Le niveau structural supérieur: c'est la partie superficielle de l'écorce, les températures et
les pressions sont faibles. Les roches ont un comportement cassant. C’est le domaine des failles.
* Le niveau structural moyen: Les roches ont un comportement à la fois ductile et cassant.
C'est le domaine des plis qui sont surtout isopaques (c’est-à-dire que l'épaisseur des couches
plissées est constante). On dit que la déformation se fait par flexion.
* Le niveau structural inférieur: correspond aux zones les plus profondes de l'écorce. Les
températures et les pressions sont fortes. On est là dans le domaine du métamorphisme.
L'ensemble des roches présente un comportement ductile. Les déformations sont des plis
anisopaques (l'épaisseur des couches plissées est variable). Le niveau structural inférieur est
caractérisé par l'apparition dans les roches d'une structure planaire que l'on appelle la
schistosité. C'est un débit en feuillets, expression de l'aplatissement.
*A la base de la croûte : les fortes températures provoquent la fusion partielle des roches
métamorphiques avec formation de migmatites et de granites d'anatexie.
* Vers 25 à 30 km : la croûte inférieure est formée de roches métamorphiques dont les
minéraux indiquent de très hautes pressions. La déformation intense correspond à des
cisaillements ductiles.
DEUXIEME CHAPITRE :
LA DEFORMATION DUCTILE OU PLIS
Définition.
Un pli résulte de la torsion d’une surface repère initialement plane. Le plissement est une
déformation qui résulte de la flexion ou de la torsion d’une roche. Il est mis en évidence dans
le matériel qui présente des niveaux repères tel que la stratification, la schistosité,…etc. Il
traduit un raccourcissement exprimé en pourcentage, et un aplatissement plus ou moins
perpendiculaire à la direction de la contrainte.
1) ANALYSE GEOMETRIQUE DES PLIS.
C’est la partie descriptive de l’analyse qui comprend le positionnement et l’orientation dans
l’espace de la structure plissée
1.1) Orientation dans l’espace.
Pour orienter un pli dans l’espace, différentes parties doivent être repérées (fig. 1):
• La charnière : c’est la zone de courbure maximum de la couche plissée.
• Les flancs : ce sont les couches situées de part et d’autre de la charnière.
• L’extrados : c’est la partie du pli située à l’extérieur de la courbure (convexité).
• L’intrados : c’est la partie du pli située à l’intérieur de la courbure (concavité).
• La surface axiale ou plan axial : c’est la surface qui contient les charnières de toutes
les couches plissées ensembles. Pour la mesurer, cette surface est assimilée à un plan que
l’on repère dans l’espace par sa direction et son pendage. Lorsque le plan axial est
suffisamment incliné, on distingue dans un pli deux types de flancs (fig. 2):
- un flanc normal : dans lequel la polarité de la série sédimentaire est normale ; sur
le plan axial dans un anticlinal, sous le plan axial dans un synclinal.
- Un flanc inverse : dans lequel la polarité de la série sédimentaire (originaire) est
renversée ; sous le plan axial dans un anticlinal, et sur le plan axial dans un synclinal.
• L’axe du pli : c’est une ligne parallèle à la charnière. Elle peut être droite ou courbée.
Pour le mesurer, on assimile l’axe à une droite dont on repère dans l’espace la direction
et le plongement (fig. 3).
• Inclinaison du plan axial : on distingue des plis droits, déjetés, déversés, ou couchés,
suivant que le plan axial est vertical, légèrement incliné, ou plat (fig. 4).
• Inclinaison de l’axe de pli : on distingue des plis à axes verticaux, plongeants, liés
généralement à des mouvements décrochants, et des plis à axes horizontaux, liés à une
contrainte horizontale (fig. 5).
1.2) Eléments de description :
La description d’un pli comprend l’énumération de plusieurs éléments.
• La taille : c’est l’échelle d’observation. Plis kilométriques, métriques, etc…
• La polarité de la courbure : permet de distinguer antiforme et synforme. Si l’âge relatif
des couches plissées est connu on distinguera anticlinal et synclinal (fig. 6).
• Le degré de courbure : permet de distinguer des plis arrondis et anguleux. L’angle
entre les flancs permet de différencier des plis ouverts, fermés et isoclinaux (fig. 7).
• La symétrie dans l’espace permet de distinguer :
- des plis cylindriques (la surface plissée est engendrée par la translation d’une ligne
génératrice (Lg) parallèlement à elle même, et à l’axe du pli (fig. 8).
- des plis coniques : la surface plissée est engendrée par une ligne génératrice qui passe
par un point A, et qui se déplace pour être parallèle à l’axe du pli une seule fois (fig.
9).
• La symétrie en coupe : en observant le pendage du plan axial, on peut distinguer des
plis droits, déjetés, déversés, couchés (fig. 10). En général, lorsque le plan axial est incliné,
les plis sont dissymétriques, on peut distinguer un flanc long (FL), et un flanc court (FC).
Il est important de définir alors le sens de déversement ou la vergence des plis. Cette
notion est importante, elle implique l’idée de déplacement vers une direction. Le sens de
déversement est opposé au sens de pendage du plan axial.
1.3) Rapport entre les plis et les axes de déformation.
Ces rapports sont difficiles à établir, pour simplifier on retiendra que le plan axial
correspond à peu près au plan d’aplatissement (X,Y), et que la direction de raccourcissement
(Z) est à peu près perpendiculaire à celle du plan axial (fig. 11).
2) LES MECANISMES DU PLISSEMENT.
Il y a deux mécanismes fondamentaux qui permettent la formation des plis. Ces deux
mécanismes dépendent du niveau structural et aussi de la compétence des roches qui subissent
le plissement.
2.1) Les plis par flexion des niveaux supérieur et moyen.
Le mécanisme de flexion intervient dans les parties superficielles de l’écorce : niveau
structural supérieur et moyen. Il intéresse les bancs compétents qui jouent un rôle actif dans le
plissement. Les plis apparus sont isopaques.
2.1.1) Flexion d’un banc compétent isolé.
On peut distinguer deux modes de flexion :
[Link]) Flexion par déformation de charnière.
Le mode expérimental (Pl.3, fig.1), montre que la déformation marquée par les ellipses, se
concentre au niveau de la charnière. Par rapport à la surface plissée, on distingue une extension
dans l’extrados et une compression dans l’intrados. La déformation compressive d’ensemble,
qui donne le pli, n’est donc pas généralisée à la totalité de la couche plissée.
Les structures associées à ce mode de déformation sont les suivantes :
• Fentes d’extrados (Pl.3, fig. 2)
Le régime de contraintes dans l’extrados induit l’apparition de fentes. Les fractures et les
fissures subissent un écartement selon la direction d’extension X. Dans les fentes on observe
souvent des cristallisations fibreuses de quartz ou de calcite. La direction des fibres donne
la direction d’extension X.
• Dans l’intrados, le régime de contraintes correspond à une compression. Les structures
qui apparaissent sont :
- des microplis (Pl. 3, fig. 4)
- des failles inverses (Pl.3, fig. 5)
- des joints stylolitiques (Pl. 3, fig. 3)
Les joints stylolitiques sont des surfaces irrégulières le long desquelles la roche a subit un
raccourcissement grâce à une dissolution. La surface du joint est couverte de pointes ou de pics
stylolitiques. La direction des pointes donne la direction du raccourcissement Z, le plan
stylolitique est parallèle au plan d’aplatissement XY.
[Link]) Flexion par déformation des flancs.
Ce mécanisme apparaît lorsque le volume rocheux plissé est bien stratifié. Il se produit alors
un glissement banc sur banc. Le modèle analogique correspond à la flexion d’une pile de
feuilles de papier. Sur le schéma (Pl. 4, fig. 1), les ellipses montrent clairement que la
déformation se concentre dans les flancs.
Le glissement banc sur banc peut être assimilé à un cisaillement simple. Les structures
associées sont les suivantes :
• Stries banc sur banc (Pl. 4, fig. 2) : le glissement des bancs les uns sur les autres
s’accompagne de frottement ; les surfaces de banc se comportent comme des miroirs de
failles et portent des stries dont la direction, dans le cas le plus simple, est
perpendiculaire à l’axe du pli.
• Fentes d’extension dans les flancs (Pl. 4, fig. 3). Elles peuvent être disposées en échelon
par rapport à la surface plissée et prennent souvent une forme sigmoïde par suite du
glissement banc sur banc. La figure 4 illustre la genèse des fentes sigmoïdes pendant
l’amplification du plissement.
• Failles inverses par rupture au niveau des flancs (Pl. 4, fig. 5), donnant les plis-faille.
2.1.2) Flexion d’un ensemble de couches.
Après avoir considéré un banc isolé, on considère maintenant un empilement de couches
stratifiées, d’épaisseur et de compétence différentes.
Le modèle théorique (Pl. 5, fig.1) montre que les bancs compétents sont actifs, ils se
déforment par flexion. Les niveaux incompétents s’adaptent à la déformation, ils sont passifs.
On constate que les bancs compétents dessinent des plis isopaques et les bancs incompétents
des plis anisopaques. D’autre part, les bancs compétents épais forment des plis de grande
longueur d’onde, alors que les bancs minces forment des microplis de faible longueur d’onde.
Ces différences de comportement entre les couches d’épaisseur et de compétence variable
correspondent au phénomène de disharmonie.
Les bancs compétents minces dessinent des microplis de l’on appelle plis parasites ou plis
d’entraînement. Ces microplis sont très souvent dissymétriques, d’autant plus que le glissement
banc sur banc est important au cours du plissement. Les variations de sens de déversement de
ces microplis servent sur le terrain à repérer la situation des charnières des grands plis.
L’accentuation du plissement peut conduire à la migration des niveaux incompétents vers
la charnière (Pl. 5, fig. 2). On parle de phénomène de bourrage.
Le décollement est un cas extrême de disharmonie. C’est la séparation entre deux
ensembles compétents séparés par un niveau très incompétent qui sert de surface de glissement
(« couche-savon ») [Pl. 5, fig. 3]. Chaque ensemble se déforme indépendamment de l’autre. Un
exemple régional de ce phénomène est donné par le raccourcissement d’une couverture
sédimentaire selon le modèle des « plis de rampe » (Fig. 4).
2.2) Les plis par aplatissement du niveau structural inférieur.
Les plis formés par flexion montrent l’association de structure ductile et de structures
cassantes. On remarque aussi que le raccourcissement n’est pas généralisé, la déformation
diffère entre la charnière et les flancs, et dans la charnière entre l’intrados et l’extrados. Dans
le niveau structural inférieur, les pressions et les températures augmentent, la déformation est
plus intense, le raccourcissement affecte maintenant toute la roche qui va subir un
aplatissement. On dit que la déformation est pénétrative. L’aplatissement se marque par
l’apparition d ‘un débit en feuillets que l’on appelle schistosité et qui matérialise le plan
d’aplatissement XY de l’ellipsoïde de déformation. La schistosité apparaît en même temps que
les plis qui sont appelés plis synschisteux.
2.1.1) Généralités sur l’aplatissement.
D’une manière théorique on peut concevoir plusieurs types de relations entre plis et
aplatissement (Pl. 6, fig. 1 et 2).
[Link]) Aplatissement homogène.
Le volume rocheux initial (fig.1a) subit un raccourcissement selon Z, un allongement selon
X, il n’y a pas de déformation selon l’axe Y (fig. 1b). La déformation est homogène car les
lignes parallèles restent parallèles et les rapports axiaux des ellipses de déformations sont les
mêmes dans tout le volume déformé. Dans ce cas il n’y a pas de pli mais seulement un débit en
feuillets correspondant aux plans de schistosité.
[Link]) Aplatissement et glissement.
Dans ce cas il y a superposition de deux épisodes de déformation. Un aplatissement qui
donne les plans de schistosité à la manière d’un paquet de cartes (fig. 1c). Le niveau repère se
déforme passivement en donnant des plis (fig. 1d). Ces plis sont anisopaques, ils ont aussi une
géométrie remarquable : l’épaisseur de la couche mesurée parallèlement au plan axial (= plan
de schistosité = plan de glissement) est constante. Ce sont les plis semblables.
[Link]) Flexion et aplatissement.
Ce mode de déformation est le plus fréquent dans les volumes rocheux constitués par des
alternances de bancs compétents et incompétents (grès-pélites, calcaire-marnes). La figure 2
illustre l’enchaînement théorique des stades de déformation. Le stade 1 correspond à un
raccourcissement modéré ; le banc compétent se déforme par flexion et donne des plis
isopaques, les bancs incompétents se déforment par aplatissement et présentent des plans de
schistosité. Au stade 2, l’aplatissement est généralisé, les plis sont anisopaques et la schistosité
traverse tous les bancs.
2.2.2) Relations géométriques entre pli et schistosité.
• Dans la charnière, les plans de schistosité sont à peu près parallèles au plan axial du pli.
• Dans les flancs, deux dispositions sont possibles : 1) les plans de schistosité sont
disposés en éventail, ils convergent vers l’intrados du pli. 2) les plans de schistosité
sont parallèles entre eux et au plan axial du pli, on dit que la schistosité est de plan
axial.
• L’intersection entre les plans de stratification et les plans de schistosité détermine un
débit dont la taille est fonction de l’épaisseur des bancs et de l’espacement des plans de
schistosité (Pl. 6, fig. 3). On distingue communément des débits en baguettes, en
crayons, en frittes, en allumettes, etc… D’un point de vue géométrique, ce débit est
assimilable à une droite que l’on appelle la linéation d’intersection et qui est parallèle
à l’axe du pli.
• Dans le cas de plis fermés et isoclinaux, au niveau des flancs, la stratification et la
schistosité sont presque parallèles. L’exagération de l’aplatissement peut provoquer
l’étirement et la rupture des niveaux compétents qui se découpent en baguettes de taille
variable que l’on appelle des boudins (fig. 4). Ce phénomène de boudinage est fréquent,
la direction d’écartement des boudins est intéressante, elle donne la position de l’axe X
de l’ellipsoïde de déformation.
2.2.3) Les différentes types de schistosité.
L’aspect de la schistosité varie en fonction des conditions de températures et de pression
régnant dans le niveau structural inférieur. La détermination de différents types de schistosité
donne donc des renseignements sur les conditions de déformation.
[Link]) La schistosité de fracture.
Elle apparaît au début du niveau structural inférieur. Les plis associés sont ouverts, les plans
de schistosité sont espacés (1 cm environ) et irréguliers, ils se limitent surtout aux niveaux
incompétents (Pl. 6, fig. 5a).
Lorsque l’aplatissement est généralisé, les plans de schistosité s’observent aussi dans les
niveaux compétents (Pl. 6, fig. 5b). Il y a une différence d’espacement des plans S entre les
niveaux compétents et incompétents et une différence de pendage que l’on appelle la réfraction
de la schistosité.
La schistosité de fracture caractérise donc le début du niveau structural inférieur. Dans le
cas de roches sédimentaires, la stratification reste le débit principal de la roche, le
métamorphisme n’est pas décelable (domaine de l’anchizone).
[Link]) La schistosité de flux.
Elle apparaît vers le milieu du niveau structural inférieur. Les plis associés sont fermés,
anisopaques, souvent de type semblables. Les plans S sont fins et irréguliers (espacement < à 1
mm), parallèles au plan axial des plis (Pl. 6, fig. 6).
Les surfaces de schistosité ont un aspect brillant (lustré ou satiné) par suite de cristallisations
de minéraux métamorphiques de la famille des phyllosilicates qui se disposent dans les plans
S.
La schistosité de flux indique l’existence d’un métamorphisme de type anchizonal à
épizonal (phyllades, schistes à séricite et chlorite, etc…).
[Link]) La foliation ou schistosité cristallophyllienne.
La foliation caractérise la base du niveau structural inférieur. Les plis sont fermés,
isoclinaux, souvent couchés (Pl. 6, fig. 7). Les plans S sont très fins et très réguliers, ils
constituent le débit principal de la roche. Le litage initial (stratification) n’est souvent plus
visible. On observe un litage tectono-métamorphique où sont confondues la stratification et
la schistosité à cause du plissement isoclinal et des recristallisations métamorphiques
importantes. Les minéraux sont visibles à l’œil nu, la roche est appelée micaschiste ou gneiss
(Planche 7).
2.2.4) Intérêt de la schistosité.
La schistosité donne le plan XY de l’ellipsoïde de déformation.
La schistosité renseigne sur les conditions P et T de la déformation. La reconnaissance des
différents types (fracture, flux, foliation) permet de situer approximativement dans le niveau
structural inférieur (voir Pl. 2, fig. 4).
La schistosité permet de mettre en évidence les phénomènes de tectoniques superposées qui
sont très fréquentes dans le niveau structural inférieur. Une schistosité de flux plissée indique
immédiatement l’existence d’au moins 2 épisodes de déformation.
TROISIEME CHAPITRE :
LA DEFORMATION CASSANTE OU FAILLES
Introduction.
La déformation cassante est une déformation qui se manifeste essentiellement par des plans
de rupture avec ou sans rejet (rejet = déplacement des deux blocs l’un par rapport à l’autre le
long de la fracture). Autrement dit, la déformation rigide se traduit par des failles ou simplement
par des fissures et des fractures sans rejet.
Cette déformation affecte souvent ou surtout la partie superficielle de l’écorce terrestre sur
une épaisseur allant jusqu’à 5 Km ou plus.
Les structures qui caractérisent la tectonique cassante se produisent à toutes les échelles,
depuis l’échelle millimétrique à métrique (microstructures) jusqu’à l’échelle kilométrique
(macrostructures). Elles se présentent sous des formes et des géométries différentes.
1) Les différentes structures cassantes.
Les structures cassantes regroupent toutes les fractures de taille quelconque avec ou sans rejet.
1.1) Les diaclases.
Ce sont des fractures généralement rectilignes et sans déplacement relatif des deux blocs,
leur dimension est très variable (plusieurs dizaines de mètres à quelques centimètres).
1.2) Les fentes de tension.
Ce sont des fractures plus ou moins ouvertes remplies de calcite ou de quartz. Elles sont
généralement orientées perpendiculairement à la contrainte mineure σ3. Les fentes sont soit
rectilignes, elles sont généralement longues et minces, soit disposées en échelon, dans ce cas ce
sont des fentes parallèles entre elles et régulièrement espacées et alignées dans une direction.
Ce dernier système (fentes en échelon) est équivalent à une faille ou décrochement potentiel.
1.3) Les stylolites.
Ce sont des surfaces de dissolution très irrégulières, formées par des pics cylindriques
(diagénétiques) ou coniques (tectoniques).
1.4) Les failles.
Ce sont des cassures qui présentent des déplacements des blocs les uns par rapport aux
autres. Suivant la direction et le sens du mouvement on distingue 3 types de failles :
* Faille normale : elle implique l’existence d’une extension horizontale (la contrainte principale
σ1 est verticale, alors que σ2 et σ3 sont horizontales. (Pl. 8, fig. a).
* Faille inverse: elle affecte les roches soumises à une compression horizontale (la contrainte
principale σ1 et moyenne σ2 sont donc horizontales, alors que σ3 est verticale. Les failles
inverses indiquent un raccourcissement dans un plan horizontal (Pl. 8, fig. b).
* Les décrochements : le mouvement se situe dans un plan horizontal, les contraintes (σ1 et σ3)
sont horizontales, alors que σ2 est verticale.
Sur le terrain on détermine la nature de ces accidents tectoniques par les stries observées
sur les miroirs de faille et l’angle que font ces stries avec l’horizontale du plan de faille. Cet
angle est appelé pitch. Il varie de 0° à 90°. Lorsqu’il est compris entre 45° et 90°, il s’agit des
failles normales ou inverses ; si le pitch est inférieur à 45°, on est en présence d’un
décrochement (dextre ou senestre). Pour des valeurs comprises entre 35° et 55°, on est en
présence de combinaison de différents types d’accidents (faille inverse senestre, faille normale
dextre, …).
1.4.1) Rejet et valeurs des déplacements.
Les mouvements sur les plans de faille peuvent être précisés par l’observation des miroirs
eux mêmes ou de leurs abords (structures associées).
- glissement vers le haut ou vers le bas.
- Glissement latérale.
- Ecartement.
- Toute combinaison entre ces trois possibilités.
Le glissement sur les plans de faille se combine de 8 façons :
(d) Décrochement dextre (s) Décrochement senestre
(a) Affaissement (a.d) Affaissement dextre (a.s) Affaissement senestre)
(c) Chevauchement (c.d) Chevauchement dextre (c.s) Chevauchement senestre
Déplacement relatif sur un miroir de faille (déplacement du bloc manquant)
Le rejet d’une faille ou valeur de déplacement se décompose en 5 catégories :
R.r : rejet réel ; R.v : rejet vertical ; R.h.t : rejet horizontal transversal ; R.h.l : rejet horizontal
latéral ; R.v.a : rejet vertical apparent.
α : pitch
P : pente
L’extension que traduit le rejet horizontal transversal peut être positive (= étirement : faille
normale), ou négative (= raccourcissement : faille inverse).
1.4.2) Les indicateurs de déplacement.
Ce sont des figures de taille et d’allure variées ; certains marquent bien la direction des
mouvements (stries et cannelures) d’autres renseignent plus spécifiquement sur son sens. On
peut distinguer les marqueurs de déplacement :
- Les miroirs de faille ex : tectoglyphes
- Des zones de failles ou de décrochement (flexures, crochons, …).
- Des zones de cisaillement avec des stries propres.
1.4.3) Marqueurs de miroir.
Le miroir de faille est gravé de striation plus ou moins fines allant de stries mm à la
cannelure de 1 à plusieurs décimètres de large et plusieurs m de longueur (Pl. 9, fig. 1a et b).
Critères de sens de déplacement : les tectoglyphes.
* La recristallisation en forme d’écailles (« steps » avec ou sans rupture). Elles sont
généralement formées de calcite de quartz ou de barytine (Pl. 9, fig. 2).
* Fissures ou cisaillement de Riedel : avec des surfaces annexes plus ou moins striées,
plongeant avec un angle aigu de 10 à 30° vers l’intérieur du miroir dans le sens aval du
mouvement du compartiment manquant (Pl. 9, fig. 3).
* Figures d’arrachement (Pl. 9, fig. 4).
* Fentes de tension béantes (ouvertes) ou minéralisées faisant un angle fort ouvert vers
l’aval avec le miroir principal (Pl.9, fig. 5).
* Traces en lunules : en forme de croissant à concavité tournée vers l’aval (Pl . 9, fig.5).
* Eléments striateurs (Pl.9, fig. 5).
* Autres critères.
- Au bord de la zone de faille, les crochons et les flexures s’individualisent lorsque la
roche présente un litage (strates de couches, schistosité) réseau de fissures. Il y a
rebroussement des stries anciennes qui deviennent tangentes à la faille.
- Une faille et ses zones bordières font généralement partie d’une zone de cisaillement
plus vaste. La largeur de cette zone est fonction de l’importance relative des roches de
part et d’autre de la zone.
- La zone de cisaillement comporte le réseau de fracture suivant :
Fissure de tension (T) : en échelon parallèle à Z avec direction d’écartement perpendiculaire.
Fissure conjuguée de Riedel (R-R’) : R et R’ en échelon disposé en un dièdre d’ouverture de 2
= 60°, dont Z est bisectrice avec la direction du plan de cisaillement. Ce système fait un angle
de 15° pour R et 75° pour R’. Les mouvements de fissures sont :
Pour R de même sens que le sens de zone de cisaillement (faille synthétique)
Pour R’ de sens contraire de cisaillement (faille antithétique).
Généralement les systèmes ne sont pas aussi complexes et seul existe un nombre de fracture
qui sont : plan de cisaillement d’un ordre donné ; le système conjugué correspondant à R et R’ ;
et le réseau de fente T.