ECOLE DE DROIT ET DE SCIENCES POLITIQUES
COURS DE DROIT
DES PROCEDURES COLLECTIVES
Cours destiné aux étudiants de 3e année licence Droit privé
Filière francophone
CHARGEE DE COURS : INES SAID
1
PLAN DU COURS
INTRODUCTION
I- PROCEDURE D’ALERTE
II- REGLEMENT AMIABLE
III- REGLEMENT JUDICIAIRE
IV- FAILLITE
2
En matière civile, lorsqu’un débiteur ne paie pas les dettes qu’il a contractées
auprès de ses créanciers, ceux-ci peuvent tenter d’obtenir satisfaction en exerçant
des procédures d’exécution à l’égard du débiteur. A l'origine, ces procédures
s'exerçaient sur la personne même du débiteur, aujourd'hui, elles s'exercent sur
ses biens. Ces procédures d’exécution sur ses biens ce sont les les saisies,
lesquelles pourront être mobilières ou immobilières suivant qu’elles sont exercées
sur un bien meuble ou sur un immeuble.
Ce qui caractérise les saisies, c'est le fait qu’elles apparaissent comme des
procédures d’exécution individuelles. Chacun des créanciers agissant
individuellement. La satisfaction des créanciers dépendra des précautions qu’ils
ont pu prendre au moment de la naissance de la créance, par la constitution de
sûretés ou bien encore de la rapidité avec laquelle ils auront exercé la saisie et, à
cet égard, l’on dira que la satisfaction de ces créanciers apparaît comme le prix de
la course. »1.
En revanche, en matière commerciale est apparu le droit des procédures
collectives. Un droit mis en œuvre pour le compte et au profit de tous les
créanciers qui y sont soumis. Le caractère collectif de ces procédures « a
précisément pour objet d’éviter les inconvénients résultant de l’égoïsme des
procédures individuelles » 2.
Avant d’analyser les objectifs des procédures collectives, il y a lieu de rappeler
l’évolution terminologique en la matière.
1
MECHRI (F.), Leçons de droit commercial. Les procédures collectives : le concordat préventif et la faillite,
Tunis, CERPP 1994, p.9
2
Ibid
3
La terminologie n'est pas qu'une appellation de fantaisie bien au contraire, elle
traduit une évolution de la conception de la matière et des finalités recherchés par
le législateur. Cette terminologie est d’ailleurs rarement innocente. Droit de la
faillite d’abord ou les procédures collectives renfermaient un caractère
"infamant", "sanctionnateur". Puis, "droit du redressement des entreprises en
difficultés économiques" au travers duquel le souci essentiel et quasi unique, était
la réalisation du sauvetage de l’entreprise. Actuellement, on assiste à nouveau à
une reprise de l'appellation "droit des procédures collectives", un retour aux
sources qui semble s’opérer avec la dernière réforme intervenue avec la loi n°
2016-36 du 29 avril 2016 qui semble reconsidérer les intérêts des créanciers en
tant que premiers partenaires du sauvetage.
Comment définir alors les "procédures collectives" ? La loi de 2016 donne la
définition des procédures collectives dans l’article 413 qui dispose « On entend
par procédures collectives au sens du présent Code, toutes les procédures de
redressement des entreprises éprouvant des difficultés économiques, et de
faillite".
La modification législative de 2016 a été initiée suite aux réclamations des
créanciers mécontents des règles de discipline collective à laquelle ils étaient
soumis dans le cadre des différentes phases des procédure de redressement et de
l’effort financier qui accompagne chacune de ces procédures 3. Dans le projet de
loi initial, on avait prévu d'intituler la loi, comme « La loi sur le règlement des
créances ». Huit années de débats et de reprises plus tard, ce fut une loi sur « Les
procédures collectives » qui a été consacrée et insérée au livre IV du code de
commerce4 ».
3
-La jurisprudence considère par exemple que même un créancier non inscrit à la procédure n’a pas le droit
d’agir individuellement en paiement et qu’il subit aussi les règles de discipline collective. Cass.n° 17808-2002
du 13 novembre 2002. Inédit.
4
-Les articles 413 à du code de commerce.
4
Il y a lieu de faire quelques remarques sur la terminologie adoptée. 1 On a pu
considérer que la terminologie utilisée par le législateur pour désigner la discipline
en question, à la fois, comme "impropre et inadaptée à l’évolution de la législation
en matière de redressement judiciaire, ainsi que des objectifs mêmes fixés par
cette loi. Cette inadaptation vient du fait que cette formule "classique" traduit la
primauté accordée au paiement des créanciers, or ce n'est plus l'unique
préoccupation du législateur. On a même pu dire à propos de cette appellation
qu'elle "inspire un retour en arrière". Elle a même été jugée comme inadaptée à la
nouvelle procédure de faillite puisque, contrairement à l’ancienne procédure, la
masse des créanciers qui assurait le traitement collectif et égalitaire de ceux-ci a
été supprimée ; qu’elle ne traite plus le failli en tant que persona non grata, mais
comme « un débiteur », appellation qui a supplanté celle de « failli » qui avait une
connotation lourde, due au caractère répressif et moralisateur de l’ancienne
faillite".
Ces critiques adressées au choix terminologique du législateur ne peuvent être
bien comprises qu'à l'aune de l'analyse des objectifs du droit des procédures
collectives.
OBJECTIFS DU DROIT DES PROCEDURES COLLECTIVES. En droit tunisien,
depuis 1995, le législateur a annoncé dans l’article 1er de la loi n°95-34 du 17 avril
1995 les objectifs du redressement des entreprises. Cet article prévoyait que « le
régime de redressement tend, essentiellement, à aider les entreprises qui
connaissent des difficultés économiques à poursuivre leurs activités, à y maintenir
les emplois et à payer leurs dettes ». A partir de cette formulation, la question s’est
posée de savoir si ces objectifs étaient hiérarchisés.
Dans la loi nouvelle du 29 avril 2016 relative aux procédures collectives, le
législateur a modifié la formulation des objectifs. Il est ainsi prévu dans l’article
415 C.C que « le régime de redressement tend à aider les entreprises éprouvant
5
des difficultés économiques à poursuivre leurs activités, à y maintenir les emplois
et à payer leurs dettes ». Ainsi, par la suppression de l’adverbe essentiellement
qui était prévu par la loi de 1995 et a affirmé que les objectifs doivent être tous
atteints, sans hiérarchie aucune. Ce droit a évolué et il a dû surmonter, au fil des
réformes, plusieurs obstacles.
Du droit de la faillite au droit du redressement de l’entreprise : Il est utile de
faire un inventaire des différentes législations qui se sont succédées en la matière
afin de constater les évolutions dictées par les nécessités de l’époque. Force est
de constater cependant que le droit des procédures collectives a connu une très
longue période de stagnation pendant près de 36 ans, pour connaître par la suite
vers des réformes régulières, signe de l’apparition de besoins pressants et d’un
anachronisme issu de l’apathie législative originelle.
La faillite telle qu’elle apparaissait dans le code de commerce de 1959. Le code
de commerce a été promulgué en 19595. Dans son ancien livre IV consacré au
« Concordat préventif et à la faillite »6, il comportait des dispositions 7qui avaient
essentiellement pour origine diverses anciennes lois françaises, notamment une
loi commerciale du 28 mai 1838 qui visait la répression de la banqueroute et deux
décret-loi du 8 aout 1935, l’un ayant introduit les mesures de protection accrue
des créanciers, l’autre ayant instauré le super-privilège des salarié[Link], un
autre texte de loi français a inspiré le législateur tunisien de 1959, il s’agit d’un
Décret n°55-583 du 20 mai 1955 qui remplaça, entre autres éléments, les nullités
des actes de la période suspecte par des inopposabilités9. Ces dispositions
exclusives appliquées pendant plus de 36 années ont eu tout le temps de démontrer
5
-Loi n°59-129 du 5 octobre 1959 portant promulgation du code de commerce.
6
-Sur le contenu de ces procédures voir : Mechri (F) Leçons de droit commercial. Les procédures collectives : le
concordat préventif et la faillite. Centre d’Etudes de Recherches et de Publications, Tunis 1994, p51 et s.33
7
-Les anciens articles 413 à 444 pour le concordat préventif et 445 à 596 pour la faillite.
8
-Super-privilège toujours en application aujourd’hui.
9
-Anciens articles 462 et 463 du code de commerce qui sont demeurés applicables dans le cadre de la première
réforme du droit de la faillite par la loi du 17 avril 1995.
6
leurs défaillances, leur anachronisme et leur effet répulsif du au caractère répressif
de la procédure qui n’incitait pas le débiteur à y recourir et son caractère tardif qui
ne faisait qu’aggraver la situation des entreprises et ne parvenait même pas à
réaliser l’unique objectif de cette procédure : le règlement des créanciers10.
La première réforme du droit de la faillite : La réforme de ces dispositions
anciennes et répressives s’imposait réellement face à des textes devenus inadaptés
par rapport à une réalité économique qui a beaucoup évolué ; notamment par
rapport à une internationalisation des liens commerciaux qui s’accommodait mal
avec des textes tombés, pour une grande partie d’entre eux, en désuétude. Cette
réforme n’est intervenue qu’en 1995, grâce à la loi n°95-34 du 17 avril 1995
relative au redressement des entreprises en difficulté11. La notion d’entreprise en
difficulté constitue une nouvelle notion évoquée pour la première fois dans cette
loi. Elle implique que cette entité économique et sociale n’arrive plus à
fonctionner par ses propres moyens et qu’elle a donc besoin d’une aide extérieure
pour se redresser ; mais cette aide exige non seulement d’être organisée mais aussi
contrôlée. Les difficultés peuvent être de nature différente, par exemple des
difficultés de gestion, des difficultés d’emploi, de mise à niveau, de procédures
diversifiées selon la nature des embarras de l’entreprise qui peuvent être aussi
bien conjoncturels que structurels, passagers ou durables, atteignant parfois ou
souvent le seuil le plus grave, celui de l’état de cessation des paiements.
Une distinction a ainsi été établie entre les entreprises connaissant des
difficultés passagères qui pourront bénéficier d’un traitement préventif : le
règlement amiable, et celles plus gravement atteintes parce que déjà en état de
cessation des paiements et qui nécessiteront un traitement plus approfondi,
10
-Sur les conséquences de la faillite voir : Abdelhak (I) : La protection des créanciers de la faillite. Mémoire
pour l’obtention du Diplôme d’Etudes Approfondies. Faculté de Droit et des Sciences-politiques de Tunis.1991-
1992.
11
-Loi n° 95-34 du 17 avril 1995, JORT n°33 du 25 avril 1995 p.792, modifiée par la loi n°99 -63 du 15 juillet
1999, JORT n°57 du 16 juillet 1999 p.1175, et par la loi n°2003-79 du 29 décembre 2003, JORT n°104 du 30
décembre 2003 p.3713.
7
nécessairement contentieux, le règlement judiciaire. Ces deux procédures étaient
précédées d’une procédure d’alerte organisée afin que plusieurs partenaires de
l’entreprise12 puissent notifier suffisamment à l’avance tous les signes précurseurs
des difficultés de celle-ci et les signifient à une « Commission de suivi des
entreprises économiques »13 qui avait pour rôle la collecte d’informations sur les
différentes entreprises en difficulté et l’information du président du tribunal en
cas de besoin, mais aussi l’avis sur le choix de la solution de sauvetage la plus
adéquate, ainsi que la proposition de plans de redressement14.
Mais plus qu’une loi sur le sauvetage des entreprises, la loi de 1995 a aussi pour
la première fois en matière de procédures collectives opéré une séparation entre
l’homme et l’entreprise. C’est ainsi que, contrairement au triste sort du débiteur
dans le cadre de la faillite qui est déclaré incapable de gérer, qui est dessaisi de
tous ses biens et risque de se voir étendre la faillite personnelle15, le débiteur, dans
le cadre du règlement judiciaire est retenu comme un partenaire du redressement.
Ainsi, il peut déclencher lui-même la procédure, et peut, en principe, rester à la
tête de son entreprise tout en étant contrôlé ou assisté, de même qu’il peut faire
des propositions quant au sauvetage de l’entreprise.
« Cette loi était très attendue. devait remédier à toutes les failles et à toutes les
dérives du droit de la faillite antérieur qui se caractérisait par l’absence d’une
réelle procédure préventive, la lenteur extrême des procédures, qui étaient en
outre répressives, et les faillites une fois ouvertes, entrainaient inexorablement la
12
-Qui sont des partenaires incontournables : caisse de sécurité sociale, services de l’administration fiscale,
mais aussi et surtout le commissaire aux comptes. Les salariés en tant qu’organes d’alerte n’ont été admis à
jouer ce rôle qu’avec la nouvelle loi du 29 avril 2016 sur les procédures collectives.
13
-La CSEE : il s’agit d’un organe administratif rattaché au Ministère de l’industrie qui a suscité certains émois
auprès des magistrats au regard des pouvoirs très étendus qui lui avaient été accordés par la loi sur le
redressement de 1995 lors de sa création, et notamment par le décret n° 95-1769 du 2 octobre 1995 qui fixe sa
composition et son mode de fonctionnement, décret qui a été modifié par le décret n°99-2790 du 13 décembre
1999, JORT n°103 du 24/12/1999, p.2701.
14
-Romdhana (S) : « L’évolution du rôle de la commission de suivi des entreprises économiques ». Mélanges
Hachem. CPU 2007. P. 813 et s.
15
-Anciens articles 457 et 596 du code de commerce.
8
disparition des entreprises. De plus, les créanciers qui étaient censés être les
premiers et les seuls bénéficiaires de ces procédures puisque l’unique objectif
retenu par l’ancienne législation était celui de leur désintéressement, voyaient
leur paiement compromis par les défaillances d’une telle procédure.
Pour la première fois donc en matière de procédures collectives, la loi de 1995
prenait en considération l’intérêt de l’entreprise comme objectif suprême.
L’article 1er de cette loi prévoyait en effet que : « le règlement judiciaire tend
essentiellement à aider les entreprises qui connaissent des difficultés économiques
à poursuivre leur activité, à y maintenir les emplois et à payer leurs dettes ». La
construction des textes de cette loi qui parlaient des « droits de l’entreprise », des
« biens de l’entreprise » de « l’intérêt de l’entreprise » était révélatrice de
l’intention du législateur : celui de sacrifice des créanciers.
Paradoxalement, les dispositions de la faillite datant de 1959 et contenues dans
le code de commerce n’ont pas été abrogées par la loi de 1995. Les nouvelles
procédures de règlement judiciaire ont donc été élaborées pour être appliquées par
préférence à la faillite, sans pour autant exclure cette procédure. L’ancien article
54 de la loi, précisait cependant, que la procédure de règlement judiciaire devait
obligatoirement précéder la procédure de faillite, à l’exception du cas de
banqueroute et de l’hypothèse d’une procédure de liquidation déjà ouverte de la
société ».
Les ajustements de la réforme : C’est sur le constat d’échec des différentes
procédures de redressement, notamment celle du règlement amiable ; et sur
l’incompatibilité manifeste de cette loi avec la faillite puisqu’aucune
harmonisation n’avait été faite en amont, que ce sont construites d’abord deux
réformes partielles : celle du 15 juillet 1999 (loi n°99-63)16 et celle du 29
16
Cette réforme a diminué les pouvoirs de la commission de suivi des entreprises économiques pour en
restituer une partie aux magistrats.
9
décembre 2003 (n°2003-79)17. Mais ces deux réformes partielles se sont avérées
insuffisantes. Et une nouvelle réforme a donné lieu à une nouvelle loi en 201618.
L’entrée en vigueur de la loi sur « les procédures collectives »: la réforme
du 29 avril 2016 va rénover, les textes au point de vue de la forme. Cette loi n°
2016-36 du 29 avril 201619 a en effet abrogé les dispositions de la faillite
contenues dans le livre IV du code de commerce, ainsi que celles de la loi n°95-
34 du 17 avril 1995. Et a réintégré l'ensemble de la matière (procédures de
redressement et faillite) dans le code de commerce sous un "Livre IV" intitulé
"Des procédures collectives".
Il s’agit d’une refonte de fond20 de la matière des procédures collectives et
d’une tentative d’harmonisation et d’unification entre tous les textes qui régissent
la matière.
1l faut toutefois noter que l’abrogation de l’ancienne faillite a fait place à
l’apparition d’une « nouvelle » faillite21, qui peut s’ouvrir, selon les termes des
articles 433 et 476 nouveaux du code de commerce, à tout moment et à toutes les
phases de la procédure, selon l’appréciation souveraine du juge. La prépondérance
et l’extension des pouvoirs du juge qui peut incarner, selon les situations, le rôle
17
Réforme qui a fait prévaloir les droits des créanciers, notamment par la reprise des textes sur la suspension
des poursuites individuelles qui ne devait plus désormais être prononcée de manière automatique par le juge
mais devait conditionnée, de même que les créanciers recouvraient le droit d’agir en matière de leasing ainsi
que contre la caution par un texte exprès alors que ce droit leur avait été longtemps refusé.
18
Sur la situation actuelle de la caution dans la jurisprudence voir : Abdelhak (I) : « Le sort de la caution dans
les procédures collectives » dans Lectures d’Œuvres Prétoriennes I.P. 29 et s. Collection Sciences juridiques et
politiques. CPU 2018.
19
-JORT du 10 mai 2016 n° 38 p 1724 et s.
20
-Même si les grandes lignes de la loi de 1995 ont été sauvegardées.
21
-Les magistrats spécialisés en matière d’entreprises en difficulté se mblent être farouchement réticents à se
départir, de façon définitive, de la faillite, y voyant le seul véritable moyen de contrôle des dirigeants et de
l’entreprise. Nous pouvons parler d’un réel « Ilot de résistance ».
11
de conciliateur, de médiateur, d’ arbitre et de contrôleur est d’ailleurs l’une des
caractéristiques essentielles de cette loi22, à cote de la moralisation des délais23.
Domaine d’application des procédures collectives. Afin de déterminer le
domaine d’application des procédures collectives, il y a lieu de préciser les
personnes pouvant bénéficier de ce régime d’une part (A), et les personnes exclues
de ce régime (B).
A. Personnes concernées
En application de l’article 416 du code de commerce alinéa premier, les
procédures collectives s’appliquent à « toute personne morale, ainsi que toute
personne physique assujettie au régime d’imposition réel, exerçant une activité
commerciale au sens de l’article 2 du présent code, ou artisanale, ainsi qu’aux
sociétés commerciales par la forme exerçant une activité agricole ou dans le
domaine des pêches maritimes »
L’analyse de l’alinéa premier de l’article 416 C.C permet d’affirmer que ce
régime s’applique :
1er critère : le régime fiscal : « les personnes assujetties au régime d’imposition
réel »
2nd critère : La nature de l’activité exercée (commerciale ou artisanale)
3e critère : les sociétés commerciales par la forme
La formulation choisie dans l'article 416 du code de commerce pour désigner
les personnes concernées par l'application de la loi de 2016-36 mérite
22
-Il a été défini comme un véritable « manager du redressement » Legeais (D) dans actes du colloque « Le
droit des entreprises en difficulté à l’heure des réformes » Regards croisés entre la France, la Tunisie et
l’Algérie. Editions CEJJ. 2016. P. 18.
23
- La restriction ou l’interdiction des voies de recours, notamment pour la décision d’ouverture de la
procédure, de suspension des procédures d’exécution et la décision d’homologation de l’accord de règlement
amiable qui ne sont susceptibles d’aucun recours.
11
commentaire sur trois aspects au moins. Le premier est relatif aux les sociétés
commerciales concernées par la loi de 2016, le second est relatif à l'exigence du
régime fiscal.
D'abord, concernant "les sociétés commerciales selon la forme" celle-ci
en application de l'article 7 du code des sociétés commerciales, sont commerciales
par la forme et quel que soit leur objet. Ainsi, en principe, toute société prenant la
forme de société anonyme, de SARL ou de SCA est commerciale. De ce fait, toute
société dont l'objet est civil (autre que l'activité agricole ou de pêche maritime) et
qui prendrait la forme anonyme ou SARL ou de société en commandite par action
serait exclue du champ d'application des procédures collectives. Une exclusion
qui conduit à une restriction injustifiée du champ d'application de la loi 24 et qui
génère une absence d'harmonie entre les dispositions du code de sociétés
commerciales et celles du code de commerce.
Ensuite, la distinction qui mérite commentaires est celle faite entre le
commerçant et l’artisan, il s’agit là d’une innovation importante car avant la loi
de 1995 seuls les commerçants, à l’exclusion des artisans, pouvaient être soumis
aux procédures collectives. Il s'agit donc là d'une traduction de toute la
philosophie juridique qui révèle un passage d'une loi concentrée sur "le
commerçant" à une loi prenant en compte "l'entreprise".
Enfin, concernant l'exigence de la soumission de l'entreprise au régime fiscal réel.
Nous savons que le législateur tunisien prévoit deux régimes d'imposition: le
régime réel et le régime forfaitaire. Ainsi, par l'exigence du régime réel, le
législateur exclut toute entreprise qui serait soumise au régime forfaitaire. On a
pu dire que ce choix législatif révèle un paradoxe dû à deux choix législatifs
contradictoires. D'une part, le législateur a voulu étendre le champ d'application
des procédures collectives et en faire bénéficier un maximum d'entreprise. D'autre
65. ص،2122 مجمع األطرش، اإلجراءات الجماعية، القانون التجاري،علي النني24
12
part, le législateur ne voudrait pas faire profiter ceux qui choisissent le régime
forfaitaire des avantages qu'offre le régime de redressement, afin de limiter le
choix de ce régime d'imposition.
B. Personnes expressément exclues
1/Sont exclus des dispositions de la présente loi, les entreprises et les
établissements publics conformément au sens de la loi n°89-9 du premier
février 1989, relative aux participations, entreprises et établissements
publics.
2/ Les banques et les établissements financiers.
Sont également exclues, implicitement, toutes les entreprises qui ne
remplissent pas les conditions d’éligibilité du régime du redressement.
Il est à noter, également, que depuis la réforme de 2016, l’article 476 [Link]
prévoit les cas dans lesquels l’entreprise peut être directement mise en
faillite. Ainsi on peut comprendre que toute les entreprises qui se trouvent
dans la situation visée par l’article 476 [Link] ne sont pas éligibles au
redressement judiciaire.
13