0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
17 vues5 pages

Durkheim : Fondateur de la sociologie

Transféré par

bcfg2wyj2m
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
17 vues5 pages

Durkheim : Fondateur de la sociologie

Transféré par

bcfg2wyj2m
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Chapitre 2 : trois auteurs

Emile Durkheim (1858 – 1917)

Après des études de philosophie, et l’obtention de l’agrégation en 1882, il deviendra


professeur de pédagogie et de sciences sociale. Il soutient sa thèse en 1893 : De la division du
travail social. Ce qui va l’amener à construire les éléments, concepts, outils de la sociologie. Il
fera de la sociologie une discipline autonome.
Ses grandes publications : Règles de la méthode sociologique en 1895 ; Le suicide en 1897 ;
les formes de la vie religieuse en 1912).
Il crée en 1896 la revue, l’année sociologique, dans laquelle seront publiés nombre d’articles
des futurs grands sociologues français (Mauss, Halbwachs …).
En 1902, Durkheim sera nommé professeur à la sorbonne, sur la première chaire de sociologie.
Il est considéré comme le père de la sociologie, il s’est consacré à la recherche des racines du
lien social (ce qui relie les hommes entre eux, et qui leur permet de faire société).

Au début de sa carrière, Durkheim se rapproche de l’école historique allemande. Ainsi en


1887, dans La science positive de la morale en Allemagne, il soutient que l’on ne peut étudier
les phénomènes économiques indépendamment du contexte historique. Il considère que le
comportement économique est déterminé par des normes et des règles morales qui changent
avec la transformation société. Dans l’étude d’un fait social, il faut donc prendre en
considération l’interaction entre facteurs institutionnels et développement économique.
L’individu n’est pas isolé, il vit au milieu des autres, dans une société. Un lieu, dans lequel ses
actes sont regardés, jugés … Lui-même agira en fonction de ce que les autres font (on parlera
d’interaction). L’exemple de la consommation, correspond à son approche. Nous
consommons aussi parce que la mode existe, parce que nous souhaitons appartenir à un
groupe … Les règles morales, sont les règles édictées par la société et qu’il est nécessaire de
suivre sous peine d’être isolé. Tel a été le cas des règles religieuses en France jusqu’au trente
glorieuses. Le mariage à l’église, le baptême, bien que décrié par certains, a continué de
perdurer.

Durkheim reconnaît aux économistes d’avoir établi que la société comme la nature est régie
par des lois devant être étudiées avec une méthode scientifique, et qu’en ce sens ils ont
préparé le terrain à la sociologie. Mais il critique leur individualisme utilitariste selon lequel la
société est constituée par un ensemble d’individus entrant dans des relations volontairement
choisies exclusivement guidées par la recherche de l’intérêt personnel. Il leur reproche d’avoir
fait des liens contractuels le paradigme des rapports sociaux et des institutions le fruit d’un
accord entre sujets motivés par la poursuite rationnelle de leurs intérêts

1. Le fait social
Une formule célèbre de Durkheim : « les phénomènes sociaux sont des choses et doivent être
traités comme des choses » dans les règles de la méthode sociologique, en 1912.
Cela signifie que l’étude de la vie sociale doit être effectuée « objectivement », avec des
méthodes rigoureuses, comme on le fait dans les sciences de la nature. La distance prise par
rapport à l’objet d’observation permet de mieux comprendre et analyser celui-ci.
C’est ce qu’il fera avec l’analyse du suicide. Cet acte individuel et volontaire, ne doit pas être
observé au regard des motifs spécifiques propre à chaque individu. Il faut faire abstraction des
prénotions (des idées non scientifiques communément répandues) qui proviennent des
expériences personnelles et font barrage à l’analyse scientifique. En étudiant le suicide, il va
montrer que le nombre de personnes décédées à la suite d’un suicide suit une grande
régularité dans le temps (sur un siècle d’observation). Durkheim se demande alors ce qui
pousse les gens à se suicider. Il va construire une théorie sur les types de suicides et identifiant
quatre et en émettant un lien entre le suicide et l’intégration de l’individu dans la société. Ce
qui expliquerait que la société est en partie responsable d’un acte profondément individuel.

Le suicide égoïste : le suicide égoïste intervient lors d'un défaut d'intégration : l'individu n'est
pas suffisamment rattaché aux autres. La société tient les individus en vie en les intégrant
(cf. le suicide de célibataires).

Le suicide altruiste : à l'inverse du suicide égoïste, le suicide altruiste est déterminé par
un excès d'intégration. Les individus ne s'appartiennent plus et peuvent en venir à se tuer
par devoir (on peut avoir en tête les suicides dans l'armée, dans des sectes, etc.).

Le suicide anomique : le suicide anomique intervient lors d'un défaut de régulation : la


réglementation, les normes sont moins importantes, elles sont devenues plus floues. Les
individus sont moins tenus, leurs conduites sont moins réglées, leurs désirs ne sont plus
limités ou cadrés. Ils peuvent éprouver le « mal de l'infini ».

Le suicide fataliste : le suicide fataliste, quant à lui, intervient dans les cas d'excès de
régulation : la vie sociale est extrêmement régulée, les marges de manœuvre individuelles
sont réduites. Le contrôle social, les normes, sont trop importants.

Ce serait le desserrement de la cohésion sociale et l’isolement de l’individu qui amènerait


l’individu à se suicider. Certains milieux seraient moins propices au suicides (les protestants
se suicident moins que les catholiques, les familles moins que les célibataires. Ce sont donc
des forces sociales qui vont dicter un comportement. Le rôle de la sociologie consistera à faire
émerger le poids que ces contraintes sociales font peser sur les comportements des individus.
A travers cet exemple du suicide, fait social, qui a une certaine régularité dans la société, et
qui lorsqu’on prend de la distance peut être analyser comme le produit de la société,
Durkheim pose les fondements de l’observation et du travail du sociologue.
Enfin, Durkheim affirme que la cause des faits sociaux, est à chercher dans des faits sociaux
antérieurs.

2. La division du travail
« La vie économique n’est pas née de la vie individuelle, au contraire, la seconde est née de la
première », écrit Durkheim dans La division du travail social (1893). Il pense que
l’individualisme est un phénomène récent et graduel et que la prégnance de la société est
toujours visible dans chaque individu, à travers par exemple l’éducation.
Pour lui, une société fondée sur une forte différenciation des activités et des rôles ne peut se
passer d’institutions non contractuelles, de règles morales partagées. Durkheim s’oppose aux
économistes et à certains sociologues (comme Spencer) qui expliquent la division du travail
par le fait qu’elle accroît les avantages individuels et augmente le bien-être.
Il argue que ces avantages ne peuvent être anticipés, y compris par les individus. Les
économistes, dit-il, considèrent les effets d’un système social comme les causes qui l’ont
produit. Par ailleurs il est mitigé sur les avantages de la division du travail, car avec elle
émergent de nouveaux problèmes, de nouveaux besoins, de nouvelles contraintes…
Il explique l’origine de la division du travail par le type de société, défini selon la distribution
de la population, la quantité et la qualité des rapports sociaux. La poussée démographique
entraîne une plus grande ‘densité matérielle’ et affaiblit le caractère segmentaire et isolé des
communautés. On assiste au développement des villes et des voies de communication. La
lutte accrue pour l’existence contraint les individus à se
L’industrialisation est le produit de l’augmentation de la densité sociale (concentration de la
population sur un territoire donné). Dès lors, il y a une augmentation des relations entre les
personnes qui aboutit à la division sociale du travail. Les fonctions sociales se spécialisent
(dans la société moderner, on ne peut plus satisfaire seul l’ensemble de ses besoins), les
individus doivent se spécialiser pour survivre dans une société plus dense.

Dans Les règles de la méthode sociologique (1895), Durkheim insiste sur une autre cause de la
division du travail, l’intensification des rapports sociaux, qu’il nomme ‘densité morale’. La
division du travail est une pression de la société sur les individus. La différenciation sociale
marque le passage d’un idéal-type de « ‘société simple’ (collectivités segmentaires, cas des
sociétés primitives) à un idéal-type de ‘société supérieure’. Le sens de dépendance réciproque
entre des sujets spécialisés, ou ‘solidarité organique’, est stimulé par la division du travail. Le
poids de la conscience collective s’affaiblit, elle n’indique plus que des valeurs de fond et laisse
plus de latitude aux choix personnel. C’est ainsi que Durkheim explique le développement de
l’individualisme.

3. Droit, contrats, institutions


Durkheim adresse une autre critique aux économistes libéraux : là où l’individualisme s’est
affirmé historiquement comme critère moral de l’action, il n’y a pas eu diminution des règles
sociales, des normes qui s’imposent aux individus (on le constate dans la société américaine,
ou de nombreuses choses sont normées). Certes, les relations contractuelles croissent, mais
les ‘relations non contractuelles’, régulées par des institutions de nature juridique ou morale
comme la famille, se renforcent. L’intervention de l’Etat ne se limite pas à la justice et à la
guerre (santé, éducation, transports…). Les institutions, les normes, sont nécessaires aux
relations contractuelles : « tout n’est pas contractuel dans le contrat », écrit-il. Il appelle ‘droit
restitutif’, à l’exemple du droit civil, les sanctions dont la finalité est la réparation, la défense
d’intérêts juridiquement protégés. Le droit contractuel garantit l’efficacité des contrats et les
fait respecter, il établit les limites générales à l’intérieur desquelles les sujets peuvent faire
des choix autonomes. Mais l’efficacité des contrats dépend aussi d’éléments non contractuels
(coutumes, normes morales) : « là où l’intérêt règne seul, puisque rien n’intervient pour
réfréner les égoïsmes qui s’affrontent, chacun se trouve face à l’autre sur le pied de guerre ».
Pour que l’ordre social puisse exister, il est nécessaire de contenir les intérêts individuels, il
faut des institutions fortes. Les institutions pour Durkheim n’ont pas une origine contractuelle,
elles ne résultent pas d’un accord entre individus décidant de poursuivre leurs intérêts et se
donnant des règles pour les protéger, mais elles proviennent de ‘moments d’effervescence’
de la société, moments où l’interaction entre les hommes est plus intense et où intérêts
individuels et égoïsmes personnels se dissolvent et s’annulent dans de fortes identités
collectives. « C’est dans les moments d’effervescence de ce genre (..) que se sont constitués,
de tout temps, les grands idéaux sur lesquels reposent les civilisations » : Renaissance, vie
religieuse du Moyen âge, Réforme protestante, Révolution française, mouvements sociaux du
19e siècle. Les idéaux qui se dégagent de ces mouvements temporaires d’enthousiasme
collectif sont à la base des institutions sociales et des élaborations normatives.

4. Les conséquences sociales de la division du travail


Tout en reconnaissant l’existence de tensions et conflits sociaux (Le suicide, 1897), Durkheim
est optimisme quant à la capacité des sociétés à forte division du travail à générer de la
solidarité. Il appelle anomie la situation de carence de normes qui se produit dans une société
si la division du travail croît plus vite que les règles institutionnelles. Les règles sont alors
inadaptées, ce qui entraîne coercition, gaspillage, carence de solidarité, comme dans les
entreprises modernes avec la spécialisation élevée des tâches individuelles et l’absence de
coordination entre fonctions spécialisées.
Le fort développement de l’activité économique est la principale source d’anomie. Il y a deux
formes typiques d’anomie : les crises industrielles et l’opposition capital/travail.
Les crises économiques sont engendrées par l’écart entre production et consommation, offre
et demande, surproduction et sous-consommation. Le rééquilibrage est obtenu au prix d’une
déstabilisation continue et prolongée des relations sociales : faillites, chômage, coûts sociaux.
La diffusion de l’emploi industriel s’est d’abord faite sans réglementation juridique adéquate
des relations de travail, sans protection appropriée des travailleurs contre les aléas du marché.
A l’intérieur de l’usine, la division du travail tend à la parcellisation des tâches, la routinisation,
la déqualification du travail. Le travailleur devient « un engrenage inerte animé par une force
extérieure qui se meut toujours dans le même sens et de la même façon ». Durkheim voit là
une contradiction avec les idéaux d’enrichissement et de perfectionnement individuel à la
base de la société moderne, le culte de l’individu qui prescrit que « chacun soit destiné à la
fonction qu’il peut remplir le mieux, et reçoive la juste rémunération pour ses prestations ».
Mais cela est également contradictoire avec les règles héritées du passé. On est en présence
de formes de division coercitive du travail, imposée plutôt que choisie. Il est alors nécessaire
d’établir de nouvelles normes garantissant « l’égalité absolue des conditions externes de lutte
». Les gratifications doivent correspondre à l’utilité effective du service rendu. Durkheim
aborde le problème de la valeur et de sa mesure, cher aux économistes. La valeur d’échange
coïncide-t-elle avec la ‘valeur sociale’ qui en découle, s’interroge-t-il. La valeur assignée aux
différentes activités productives par la théorie marginaliste peut-être altérée par l’influence
de ‘facteurs anormaux’, dit-il. Il ne conteste pas la théorie économique sur ce point mais
signale que les échanges de marché, même sous la forme de contrats librement et
volontairement souscrits, peuvent cacher un déséquilibre de pouvoir entre les contractants,
conduisant à un décalage entre rétribution et utilité sociale effective. Il prend l’exemple du
marché du travail : « si une classe de la société est obligée, pour vivre, de faire accepter à un
prix quelconque ses services, alors qu’une autre peut s’en passer grâce aux ressources dont elle
dispose et qui toutefois ne sont pas nécessairement dues à une supériorité sociale, la deuxième
impose injustement sa loi à la première ». Cette injustice est responsable d’une violence
minant la légitimité des contrats. Pour que les contrats soient justes, il faut que « les
contractants soient dans des conditions externes égales ». Les « conditions morales de
l’échange », négligées par économistes, nécessitent une régulation du marché ne se limitant
pas à poursuite des fraudes et assurer le respect les contrats, mais agissant efficacement
contre les déséquilibres. « Le rôle des sociétés plus avancées est donc (..) une œuvre de justice
».
« Introduire une équité toujours plus grande dans les rapports sociaux pour assurer le libre
déploiement de toutes les forces socialement utiles ». Durkheim ne parle pas de capitalisme
(terme inventé par Sombart et repris par Marx) mais de division du travail comme substrat de
la société moderne. Sa critique du capitalisme libéral (régulation de marché) n’est pas
économique mais sociale. Il propose des tribunaux pour résoudre les conflits du travail, le
renforcement des corporations, des institutions publiques obligatoires organisées
hiérarchiquement sur le territoire. Il assigne aux institutions le rôle d’assurer des fonctions
économiques, d’assistance sociale, de formation technique et professionnelle, des activités
culturelles et récréatives, de stimuler la formation des liens moraux entre sujets impliqués
dans des activités déterminées, de promouvoir activement la solidarité organique.

Vous aimerez peut-être aussi