CHAPITRE I : ETAT DES LIEUX DU MARCHE DE L’EMPLOI AU CAMEROUN
Introduction
L’Afrique est le continent au monde où la proportion des jeunes est la plus élevée1 (environ
35%) et le restera encore dans les décennies à venir. Parmi les défis majeurs auxquels font
face cette jeunesse, figurent le chômage, le sous-emploi, le manque de compétences ou
d’éducation appropriée, la pauvreté, le faible accès au capital, etc.
La problématique de l’insertion des jeunes sur le marché du travail, relève entre autres de ce
que ceux-ci ont une formation scolaire ou universitaire souvent moins bien considérée par les
demandeurs de travail. A la sortie du système éducatif, les jeunes, pour ne pas affronter le
chômage, se retrouvent pour la plupart dans ce que VERDIER appelait en 1993 le « sas de
transition ». Il s’agit de cette situation d’emploi inadéquat où les jeunes, pour subvenir à leurs
besoins, exercent des emplois qui ne correspondent pas à leurs qualifications ou qui sont sous
payés. C’est ainsi que la plupart de ces derniers se retrouvent employés dans le secteur
informel, caractérisé par des emplois précaires. Au Cameroun, la question de l’emploi des
jeunes est d’actualité. Déjà, la grande crise qui a frappé le pays entre 1985 et 1994 avait
pratiquement réduit les chances des jeunes d’accéder à un emploi salarié. Les jeunes qui sont
âgés de 15-34 ans en 2010 sont nés dans la période 1976-1995. Sur cette période, la situation
économique du pays est plutôt morose. On est passé d’une période de prospérité relative,
marquée par une autorégulation du marché du travail avec l’Etat comme principal employeur
à une période de crise survenue dès 1985. Celle-ci a remis en cause ce modèle et consacré
ainsi le désengagement progressif de l’Etat du marché du travail. L’équilibre qui prévalait dès
lors sur le marché du travail est rompu. Le nouveau contexte fait du secteur privé le principal
pourvoyeur d’emplois. Ainsi, la transition entre l’école et le premier emploi décent connait de
longues périodes d’attente pendant lesquelles les jeunes sont le plus souvent confrontés à des
emplois précaires. L’atteinte de l’initiative PPTE en 2006 a contribué à l’amélioration de
l’environnement économique (en termes de croissance économique) et devrait produire des
effets positifs sur le marché du travail. Les nouvelles stratégies de l’emploi mettent désormais
l’accent sur des politiques actives et justifient la création et la mise en place des institutions de
régulation et des structures spécialisées d’intermédiation pour faciliter le rapprochement de
l’offre et de la demande d’emplois. C’est dans ce nouveau cadre que s’est inscrit la stratégie
emploi du Document de
Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) adopté en 2009. Cette stratégie et les OMD
font des problèmes du chômage et du sous-emploi des jeunes, une préoccupation particulière.
Ils se proposent de concentrer les efforts du pays à la recherche de la croissance et à la
redistribution de fruits jusqu’aux couches les plus vulnérables de la population avec un accent
particulier sur les femmes et les jeunes. Au niveau opérationnel, plusieurs instruments sont
mis en place pour résoudre les problèmes d’emploi des jeunes à savoir : la création du
Ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (MINEFOP), de l’Observatoire
National de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (ONEFOP), de l’Observatoire
National du Travail (ONT), du Fonds National. Malgré ces différentes mesures, la situation
des jeunes sur le marché du travail n’est guère reluisante. Le rapport principal de la phase 1 de
l’Enquête sur l’Emploi et le Secteur Informel (EESI) de 2010 révèle que les jeunes de 15-34
ans sont les principales victimes des différentes contraintes liées à l’insertion sur le marché du
travail. Leur taux de chômage au sens élargi reste le plus élevé au sein de la population et se
situe à 15,5% en milieu urbain. Ce sont également les jeunes qui souffrent le plus du
problème de sous-emploi (71,4%). Ces constats imposent que l’on fasse un diagnostic de la
situation de ces jeunes sur le marché du travail.
I- Les PME sont-elles un moteur de la création d’emplois ?
De solides données empiriques confirment que les PME sont un véritable moteur de la
création d’emplois. Toutefois, l’analyse de ces données révèle aussi qu’elles forment un
secteur très hétérogène. Il est de ce fait très difficile de concevoir des politiques applicables
indifféremment à toutes les entreprises de cette classe de taille. Soutenir les PME en raison de
leur importante contribution à l’emploi sans les différencier par sous-segments risque de
privilégier la quantité au détriment de la qualité, parce que ce secteur est aussi constitué de
nombreuses micro-entreprises génératrices d’emplois qui ne sont ni productifs ni décents. De
plus, les chiffres des pays développés montrent que l’activité entrepreneuriale et la création
d’emplois qui l’accompagne dépendent davantage de l’âge que de la taille des entreprises. En
effet, les petites entreprises de création récente sont, de loin, celles qui contribuent le plus à la
création d’emplois. On retrouve cette hétérogénéité et ce même besoin de différenciation dans
la vaste économie informelle des pays en développement. Contrairement à l’opinion répandue
selon laquelle le segment des entreprises informelles se compose uniquement d’entreprises de
subsistance, il existe en réalité une importante tranche supérieure d’entreprises informelles à
potentiel de croissance, qui pourraient
Apporter une contribution non négligeable à la création d’emplois. Néanmoins, la plupart des
PME des pays en développement sont des micro-entreprises peu productives qui se sont pas
appelées à se développer ni à créer des emplois supplémentaires. La principale conséquence
pour l’action des pouvoirs publics est que les politiques de soutien aux PME doivent
s’appuyer sur une différenciation plus fine des différentes entreprises classées dans cette
catégorie. Les responsables devraient envisager de prendre des mesures spécifiques, ciblées
sur les jeunes entreprises en expansion, et vérifier si elles produisent bien les effets escomptés
sur l’emploi tant du point de vue quantitatif que du point de vue qualitatif. Parallèlement, le
soutien apporté aux micro-entreprises devrait être maintenu, car celles-ci procurent des
revenus et des moyens de subsistance là où l’emploi salarié ne suffit pas.
II- Quels sont les principaux obstacles auxquels se heurtent les PME ?
Les obstacles qui freinent le développement des PME (tels que les propriétaires d’entreprise
les perçoivent) ont été assez bien étudiés. Dans tous les pays, les trois principaux sont la
difficulté d’obtenir un financement, l’accès limité à l’électricité et la concurrence des
entreprises informelles. Cependant, les obstacles ne sont pas les mêmes selon le niveau de
développement du pays et la région d’implantation. Ces observations factuelles doivent être
actualisées en permanence au moyen d’enquêtes portant sur des échantillons représentatifs
d’entreprises, comme celles du Bureau International du Travail (BIT) par exemple, pour
continuer à enrichir la réflexion sur l’action à mener. Les problèmes des travailleurs des PME
ou les désavantages qu’ils subissent sont beaucoup moins connus. Les seules données solides
proviennent de l’Union européenne (UE). Elles montrent que les PME se classent en général
moins bien que les grandes entreprises au regard des indicateurs de la qualité de l’emploi. Il
n’existe pas de données pour les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Cette situation
appelle deux remarques :
- Premièrement, elle prouve que des informations supplémentaires sont
nécessaires sur la qualité de l’emploi dans les PME ;
- Deuxièmement, ce n’est pas parce que les données disponibles indiquent que
les emplois des PME sont de moins bonne qualité qu’il faut cesser de soutenir
ces entreprises : leur contribution à la création d’emplois est bien trop
importante. En revanche, il faut les aider à accroître leur productivité et à
améliorer la qualité de leurs emplois. C’est la raison pour laquelle le BIT a fait
de la productivité et des conditions de travail dans les PME l’un de ses
domaines de
Première importance. Troisièmement, un autre constat important est que la qualité de l’emploi
dans les PME dépend davantage du secteur économique concerné que de la taille de
l’entreprise. Par conséquent, les mesures destinées à améliorer la qualité de l’emploi
pourraient être plus efficaces si elles étaient conçues en fonction du secteur plutôt que d’une
classe de taille particulière. Les organisations d’employeurs et de travailleurs peuvent aider
les PME et leurs travailleurs à surmonter les difficultés auxquelles ils se heurtent. Accroître la
représentation des PME en leur sein permettra aux unes et aux autres de renforcer leur rôle
d’avocates de cette catégorie d’entreprises. De plus, les services que les partenaires sociaux
mettent à la disposition de leurs membres peuvent être très utiles aux PME. Ce sont des
services d’information, de formation, de conseil pour accéder aux dispositifs publics et privés
de soutien aux entreprises, de mise en relation avec des bureaux d’études et de conseil, de
jumelage d’entreprises et de conseil sur les pratiques responsables en entreprise. Les
organisations d’employeurs devraient continuer à évaluer la qualité de l’environnement
entrepreneurial au moyen d’enquêtes auprès des entreprises, de baromètres des entreprises et
d’autres outils. Les organisations de travailleurs devraient proposer des services et des
conseils relatifs aux droits et obligations des travailleurs, à la législation du travail et à la
protection sociale des travailleurs des PME.
III- Quelles sont les politiques gouvernementales de soutien aux PME qui marchent ?
Il ne fait aucun doute que les grandes politiques économiques et sociales comme celles axées
sur la macroéconomie, les infrastructures ou la protection sociale ont un réel impact sur les
PME. Ces politiques n’occupent cependant pas une grande place dans le présent rapport car
elles ne s’adressent pas spécifiquement aux entreprises d’une classe de taille donnée à
l’exclusion des autres. Le rapport porte essentiellement sur les politiques de soutien aux PME
entendues au sens de toute initiative publique destinée à promouvoir les entreprises existantes
au-dessous d’une certaine taille. Les deux principales justifications économiques de ces
politiques sont :
- Remédier aux défaillances du marché propres au segment de cette taille
d’entreprise ;
- Améliorer la contribution des PME à l’économie, notamment en termes de
création d’emplois. Si l’on s’accorde largement à reconnaître les défaillances
du marché, les opinions divergent sur les contributions spécifiques des PME.
Pour aller plus loin sur ce sujet, il conviendrait de réaliser davantage
d’évaluations d’impact quantitatives des politiques concernant les PME. Les
décideurs seraient ensuite en mesure de recenser les résultats, mettre en rapport
les coûts et les
Avantages économiques et sociaux associés, et évaluer l’efficacité des politiques de soutien
aux PME par rapport aux autres interventions ne visant pas les entreprises au-dessous d’une
certaine taille. Il est également important d’encourager la culture de l’évaluation, puisque les
gouvernements, les organisations non gouvernementales et les donateurs continuent d’allouer
des budgets considérables aux politiques de soutien aux PME. C’est pourquoi le rapport
s’attache à présenter une synthèse des données disponibles sur l’efficacité des principales
politiques relatives aux PME compte tenu de la demande des Etats Membres de l’OIT.
IV- Les politiques gouvernementales en matière d’accès au financement et de
formation
Les politiques d’accès au financement et de formation à l’entrepreneuriat peuvent contribuer à
générer des revenus et favoriser la création d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité,
notamment lorsqu’elles sont combinées. La majorité des interventions évaluées à ce jour
visaient les micro-entreprises ou les travailleurs indépendants au pied de la pyramide. Ces
programmes doivent être maintenus car ils jouent un rôle précieux en assurant des revenus
stables et en créant des emplois supplémentaires. Les évaluations d’impact rigoureuses de
politiques destinées aux PME autres que les micro-entreprises sont rares, et il conviendrait
d’évaluer davantage l’efficacité des politiques concernant ce sous-segment. Ces évaluations
devraient entre autres inclure le groupe des jeunes PME à croissance rapide, à l’origine de la
plupart des nouveaux emplois. En ce qui concerne les groupes cibles sur le marché du travail,
les interventions qui s’adressent aux jeunes ont une plus grande incidence sur l’emploi que
celles axées sur d’autres groupes d’âge. Par conséquent, l’entrepreneuriat des jeunes doit
continuer de figurer parmi les politiques actives du marché du travail adoptées pour lutter
contre le chômage des jeunes. Les interventions en faveur des femmes chefs d’entreprise
semblent donner de moins bons résultats en matière de création de revenus et d’emplois. Cette
constatation invite à revoir les approches actuelles afin d’apporter de meilleures réponses aux
difficultés particulières des femmes chefs d’entreprise. L’OIT, déjà un acteur important du
soutien à l’entrepreneuriat, a consenti des efforts et des investissements considérables pour
effectuer une évaluation rigoureuse de ses interventions dans ce domaine. Les évaluations de
l’impact des interventions de l’OIT font apparaître de bons résultats au plan de la création de
revenus, mais un tableau mitigé en ce qui concerne la création d’emplois. Il est clair qu’il
faudrait procéder à d’autres évaluations, et que celles-ci devraient être moins axées sur la
création de revenus et fournir davantage d’informations sur la qualité des emplois. Les
évaluations
À venir devraient en outre inclure des analyses coût-bénéfice, ce que, à ce jour, ni l’OIT ni
même la plupart des autres institutions n’ont réalisé. Il ressort d’indications fiables qu’un
environnement favorable est bénéfique pour l’emploi et la croissance économique et que, plus
l’entreprise est petite, plus grands sont les effets sur l’emploi. Cela confirme l’hypothèse
qu’un environnement favorable et des règles du jeu égales sont importants pour le
développement des PME. Les propres travaux du BIT sur un environnement favorable aux
entreprises durables (EESE) ne remontent pas encore suffisamment loin dans le temps pour
pouvoir donner des indications sur l’impact. Des éléments intéressants commencent
néanmoins à se dégager des résultats intermédiaires, comme l’adoption de réformes et la
réduction des lourdeurs administratives. L’OIT devra intensifier ses efforts pour suivre et
quantifier les résultats de ses interventions relatives à l’environnement favorable. La
formalisation des PME informelles est d’une grande pertinence au regard de l’approche
globale de l’OIT consistant à faciliter la transition de l’économie informelle à l’économie
formelle. La formalisation apparaît comme un moyen de rompre le cercle vicieux de la faible
productivité et des conditions de travail précaires qui prévaut dans l’économie informelle.
Rares sont encore les données empiriques sur ce qui marche et ce qui ne marche pas en
matière de formalisation des PME. De manière générale, les effets des interventions sur la
formalisation aux plans de la formalité, de la performance des entreprises et de l’emploi sont
modestes. Il faut cependant noter que les évaluations effectuées ont essentiellement porté sur
les réformes concernant la création d’entreprises. Il ressort d’études de cas de réussite que les
interventions doivent aller au-delà d’un abaissement des coûts assumés par les entreprises
pour devenir formelles et proposer également un abaissement des coûts et/ou une
augmentation des avantages liés au statut d’entreprise formelle. La simplification du régime
fiscal ou des dispositions de sécurité sociale peut favoriser la formalisation. D’autres
recherches sur différentes combinaisons alliant réduction des coûts, augmentation des
avantages et renforcement de l’application des lois doivent être menées. En ce qui concerne
les interventions destinées à améliorer les conditions de travail et la productivité des PME,
force est de constater que les mesures liées aux conditions de travail et celles portant sur
l’amélioration de la gestion des activités de base devraient être davantage intégrées. Tout
porte à penser qu’une démarche systémique améliorant et faisant entrer les conditions de
travail dans les activités de base de l’entreprise donne de meilleurs résultats que des
interventions isolées axées sur l’amélioration d’un seul aspect des conditions de travail.
D’autres travaux de recherche sont nécessaires pour établir l’efficacité d’ensembles intégrés
de mesures connexes. Les interventions
Sur le développement de la chaîne de valeur suscitent un intérêt croissant, parce qu’elles
misent sur les effets d’échelle et la durabilité financière. Alors qu’à ce jour il n’existe pas de
données rigoureuses sur l’efficacité de telles interventions, l’OIT a récemment lancé un projet
de production de connaissances concernant les effets pour le marché du travail des
interventions dans la chaîne de valeur et le contrôle de différents systèmes de mesure des
résultats. Cela devrait permettre de combler le déficit d’information d’ici les deux prochaines
années. Le rapport met en évidence un certain nombre de nouvelles tendances dans les
politiques de soutien aux PME.
- Assurer un suivi rigoureux et une mesure des résultats est devenu désormais une
tendance forte. Des mesures fiables des résultats intermédiaires et de l’impact final
sont indispensables si l’on veut que des organisations comme l’OIT s’appuient sur des
données probantes pour fournir des conseils sur les mesures qui marchent et celles qui
ne marchent pas et que l’OIT demeure un partenaire privilégié ;
- Conclusion de partenariats avec les entreprises dans le but d’élargir la portée des
interventions et d’améliorer leur durabilité. Il reste néanmoins très difficile de
déterminer la valeur ajoutée que les partenariats apportent aux entreprises. L’OIT a
récemment commencé à accroître son engagement direct auprès des entreprises ;
- Introduire une dimension écologique dans les activités commerciales des PME ou
favoriser l’entrée des PME sur les nouveaux marchés de produits ou services verts
sont des aspects qui gagnent rapidement en importance. Compte tenu des ressources
publiques et privées considérables qui sont investies, il est important d’élaborer des
théories du changement claires et des cadres de mesure des résultats fiables pour
soutenir efficacement les PME.
- La nouvelle tendance axée sur l’élaboration de programmes en faveur des entreprises à
forte croissance exige une expertise technique dans des domaines tels que le mentorat,
les incubateurs d’entreprises et les investisseurs providentiels, dont l’OIT ne dispose
pas encore. L’OIT devrait tester cette nouvelle approche et constituer une telle
expertise en interne.
CHAPITRE II : DE L’IDEE AU PROJET D’ENTREPRISE : ETAPES DE LA CREATION
D’UNE ENTREPRISE
Introduction
L’entrepreneuriat est considéré dans le tiers monde comme un phénomène de société. Il est
rare d’observer un tel objet social qui traverse les mondes politique, médiatique, économique
et éducatif en recevant autant de faveurs. L’entrepreneuriat véhicule des croyances, transporte
l’imaginaire vers des visions nouvelles de la société, porte l’espoir d’un mieux-être, d’une
réussite économique et sociale et de la reconnaissance qui l’accompagne. Solution au
chômage, source de créativité et d’innovation, nouveau modèle de travail individualisé…,
l’entrepreneuriat recèle de nombreuses facettes qui génèrent une floraison de discours,
d’évènements, de mises en œuvre et d’animations de dispositifs publics et privés visant à
faciliter sa propagation dans notre société.
L’école, symbole du renouvellement continu de la société, est devenue depuis quelques
années le théâtre d’initiatives portées par des enseignants et par différents acteurs extérieurs
engagés dans la promotion de l’entrepreneuriat. L’absence d’orientations claires via un
programme officiel ouvre la voie à une diversité d’actions, source de tensions par la même
occasion. Celles-ci sont observables chez les enseignants dont certains s’interrogent (voire
s’opposent) sur les discours et les manières d’agir qui tendent davantage à la préparation au
monde de l’entreprise libérale, fondée sur l’exacerbation de la réussite individuelle,
productrice d’inégalités sociales , qu’à l’éducation des futurs citoyens grâce à la formation
d’esprits libres de tout dogme. D’autres y voient une opportunité pour rompre avec la rigidité
du système éducatif, en expérimentant de nouvelles pédagogies et de nouveaux partenariats,
en tentant de former les jeunes individus au plus près des problématiques actuelles de leur
société. L’absence d’intégration de l’éducation entrepreneuriale dans les programmes officiels
de l’Éducation nationale montre la difficulté des pouvoirs publics à adopter un
positionnement clair dans un domaine d’enseignement dont les attentes demeurent floues, tant
en termes de compétences visées que de pédagogie adoptée et de cohérence avec la formation
globale de l’apprenant à l’école.
I- L’entreprise : définition, finalités et classification
1. Définition
L’entreprise est une unité économique et juridique qui a pour principale fonction la production
de biens et services destinés à être vendus sur un marché. L’activité d’une entreprise peut être
décomposée en deux phases distinctes :
- L’activité productive, c’est-à-dire la création de biens ou services ;
- L’activité de répartition des richesses en contrepartie des biens ou services.
a- L’entreprise en tant qu’unité de production
Par l’opération de production, l’entreprise transforme des flux d’entrée (Intrants ou Inputs) en
flux de sortie (Extrants ou outputs).
Les intrants peuvent être classés en trois catégories :
- Le travail fourni par le personnel de l’entreprise ;
- Le capital technique : bâtiments, matériels, etc. ;
- Les consommations intermédiaires c’est à les matières premières, les produits semi-
finis, énergie….ou les services (publicité, transport, …etc.) incorporés au processus de
production.
b- L’entreprise en tant qu’unité de répartition
La contrepartie de l’activité de production de l’entreprise se traduit par la vente. Le produit de
cette vente doit permettre à l’entreprise de :
- Rémunérer les facteurs de production ;
- Payer ses charges sociales et fiscales ;
- Réaliser un surplus destiné à assurer son avenir.
Une fois les richesses sont créées, l’entreprise distribue les rémunérations aux agents qui ont
participé à la réalisation de la production. Ainsi :
- Les employés perçoivent des salaires ;
- L’Etat, les organismes sociaux reçoivent les impôts et les cotisations sociales ;
- Les prêteurs reçoivent des intérêts ;
- Les apporteurs de capitaux reçoivent les dividendes ;
- L’entreprise garde pour elle les revenus non distribués.
2- Les finalités de l’entreprise a- La notion de finalité
Les finalités, ou missions, de l’entreprise désignent les raisons pour lesquelles elle est
acceptée par son environnement. Ce sont des buts plus durables que les objectifs, avec des
échéances imprécises. Elles répondent à des questions du type « que voulons-nous devenir ?
», « quelles sont nos motivations ? ». Les finalités contribuent à la cohésion de l’entreprise et
orientent les décisions stratégiques.
c- Les différents types de finalités i- Les finalités économiques
Sont au nombre de trois :
- Produire et distribuer des biens et services aux entreprises ou aux consommateurs ;
- Assurer la survie de l’entreprise et sa croissance excepté pour certaines entreprises qui
sont créées pour une mission précise, temporaire ;
- Réaliser un profit.
ii- Les finalités humaines
Elles concernent aussi bien les ambitions des dirigeants (prestige par exemple) que
l’épanouissement du personnel : bonnes conditions de travail, bien-être des salariés,
participation au pouvoir de gestion, etc.
iii- Les finalités sociales
Elles peuvent coexister avec les autres finalités dans la plupart des entreprises, mais pour
certaines, elles constituent des finalités primordiales : le service public ou l’indépendance
nationale sont des finalités principales des entreprises publiques.
3- Classification des entreprises
Il existe plusieurs façons de classifier une entreprise. Parmi lesquelles, on cite :
- La classification selon la nature économique ;
- La classification selon la taille ;
- La classification juridique.
a- La classification selon la nature économique
Cette classification peut se faire selon trois aspects :
- Classification par secteur.
- Classification par type d’opérations accomplies.
- Classification selon la branche d’activité.
i- La classification par secteur
On distingue :
- Le secteur primaire qui regroupe toutes les entreprises utilisant à titre principal le
facteur naturel. Il englobe l’agriculture, l’élevage, la pêche, etc…
- Le secteur secondaire qui réunit toutes les entreprises ayant comme activité la
transformation de matières premières en produits finis et englobe donc toutes les
industries.
- Le secteur tertiaire qui rassemble toutes les entreprises prestataires de services. Sa
composition est très hétérogène car il regroupe tout ce qui n’appartient pas aux deux
autres secteurs, à savoir : les activités de distribution, de transport, de loisir, de crédit,
d’assurance, hôtellerie.
ii- La classification selon le type d’opérations accomplies
Les opérations effectuées dans une entreprise peuvent être classées en 5 catégories :
- Les opérations agricoles : ce sont des opérations dans lesquelles le facteur naturel est
prédominant.
- Les entreprises industrielles : effectuent des opérations de transformation de la matière
en produits finis.
- Les entreprises commerciales : réalisent les opérations de distribution des biens et
assurent la fonction de grossiste (c’est-à-dire l’achat en grande quantité directement
chez le fabricant et la vente en grande quantité au revendeur) ou de semi-grossistes
(stade intermédiaire entre le grossiste et le détaillant) ou de détaillants qui vendent
directement au consommateur.
- Les entreprises de prestations de service : fournissent deux types de services :
- Service de production vendue à d’autres entreprises : société d’étude, agences de
publicité…
-service de consommation : entreprises rendant des services aux consommateurs (transport,
restaurants, locations ).
- Les entreprises financières : réalisent des opérations financières à savoir : la création,
la collecte, la transformation et la distribution des ressources monétaires et des
ressources d’épargne. Elles sont constituées par les banques.
iii- La classification selon la branche d’activité
À la différence du secteur, qui rassemble des activités variées, la branche ne regroupe que les
entreprises fabriquant, à titre principal, la même catégorie de biens, entreprises de l’industrie
pharmaceutique, industrie…
Les entreprises d’une même branche ont pour points communs :
- L’usage d’une même technique ;
- L’utilisation des mêmes matières premières ;
- Des intérêts communs dans certains domaines : ce q ui leur permet de regrouper
certaines de leurs activités et de créer des services communs, notamment de recherche,
d’achat ou de vente, filiales communes.
iv- La classification selon la taille
Les entreprises ont des tailles différentes. Selon sa dimension, l’entreprise va du simple atelier
jusqu’à la grande entreprise.
Effectif du personnel employé : selon ce critère, on distingue :
- Les très petites entreprises (TPE) qui emploient moins de 5 employés ;
- Les petites entreprises (PE) qui emploient un effectif compris entre 5 et 10 salariés ;
- Les moyennes entreprises (ME) employant un effectif compris entre 10 et 100 salariés
(ce nombre peut aller à 500) ;
- Les grandes entreprises qui emploient plus de 500 salariés.
Selon le chiffre d’affaires
Le chiffre d’affaire permet d’avoir une idée sur le volume des transactions de l’entreprise avec
ses clients. L’importance d’une entreprise peut se définir par le volume de ses transactions. Ce
critère est important pour les raisons suivantes :
- Il est utilisé pour apprécier l’évolution des entreprises et pour les classer par ordre
d’importance selon leur chiffre d’affaires.
- Pour l’entreprise, il constitue un outil de gestion : la variation du chiffre d’affaires
permet à l’entreprise de mesurer la pertinence de ses méthodes de ventes. Ainsi, une
baisse du chiffre d’affaires est souvent interprétée comme un indicateur important de
la mauvaise santé de l’entreprise. Il est utilisé à des fins comparatives dans la mesure
où il permet à l’entreprise de se positionner par rapport aux autres entreprises de la
même branche.
v- La classification juridique
Cette classification permet de distinguer entre :
Les entreprises du secteur public
- Les entreprises publiques : ce sont des entreprises qui appartiennent en totalité à
l’Etat ; ce dernier détient l’intégralité du capital, le pouvoir de gestion et de décision ;
- Les entreprises semi-publiques : ce sont des entreprises contrôlées par les pouvoirs
publics : choix des investissements, niveau des prix, politique de l’emploi…etc, mais
où des personnes privées participent au financement et/ou à la gestion.
Les entreprises privées
On distingue :
- L’entreprise individuelle qui appartient en totalité à une seule personne qui assure la
gestion et la direction ;
- La société est un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes conviennent de mettre
en commun leurs biens ou leur travail ou les deux à la fois en vue de partager le
bénéfice qui pourra en résulter ;
- La coopérative réunit des personnes qui désirent mettre en commun leurs économies
ainsi que leurs compétences pour l’autosatisfaction des besoins spécifiques (logement,
consommation) sans chercher le profit.