Modèles QSAR pour la toxicité des pesticides
Modèles QSAR pour la toxicité des pesticides
THESE DE DOCTORAT
Présentée par :
Mabrouk HAMADACHE
à l’Université de Médéa
pour l’obtention du titre de Docteur en Sciences
Membres du jury :
REMERCIEMENTS
Mabrouk HAMADACHE
ملخص
الملخص
نمذجة من أجل تنبؤ أو ربط النشبط المتعلق ببلسمية عن طزيق البنية الجزيئية
يٕضٕع ْزا انبحث يفٍذ بشكم خبص نذساست انؼاللبث بٍٍ بٍُت اندضٌئبث (يثم يبٍذاث اَفبث)
ٔسًٍخٓب ػهى اإلَسبٌ ٔانبٍئت.
فً انٕالغ ،انخُبؤ انًسبك بسًٍت يبدة دٌٔ انهدٕء إنى انخدبسة انشبلت ػهى انحٍٕاَبث ْٕ فً حذ راحّ
ححذٌبًَ .برج (العالقة الكمية البنية – النشبط )QSAR :انخً حشبط انبٍُت ٔانسًٍت حى اثببحٓب فً أٌبيُب ْزِ
ًْٔ أدٔاث ْبيت نهخُبؤ بسًٍت يبدة ٔضؼج حذٌثب فً انسٕق.
انٓذف انًؼٍٍ نٓزا انؼًم ْٕ حطٌٕش ًَبرج QSARنهخُبؤ ببنسًٍت انفًٍت انحبدة نًبٍذاث اندشراٌ ْٔزا
ببسخخذاو انشبكبث انؼصبٍَٕت االصطُبػٍت .نٓزِ انغبٌت حى حطٌٕش أسبؼت ًَبرج ػهى انخٕانً :يبٍذاث األػشبة
ٔيبٍذاث انحششاث ٔيبٍذاث انفطشٌبث ٔيبٍذاث اَفبث بشكم ػبو .يخخهف ػُبصش ححهٍم انُخبئح انمٍبسٍت
نٓزِ انًُبرج أثبخج يٕثٕلٍت خٍذة ٔلٕة حُبؤ يًخبصة .ػًٕيب ،حى انخُبؤ ألكثش يٍ ٪09يٍ انسًٍبث انًدشبت
بشكم صحٍحٔ .يغ رنك ،فئٌ انًُبرج األسبؼت انًمذيت ،انخً حى انحصٕل ػهٍٓب نًبٍذاث اَفبث ًْ األكثش دلت.
يمبسَت يغ انًُبرج انمهٍهت انخً َششث فً انًمبالث انؼهًٍت فئٌ انًُٕرج انزي حى حطٌٕشِ خالل ْزا
انؼًم ْٕ األحسٍ خبصت ٔأَّ ٌهبً انخٕصٍبث انصبسيت نًُظًت انخؼبٌٔ االلخصبدي ٔانخًٍُت ()OECD
نهًصبدلت ػهى ًَبرج .QSAR
كلمبت المفبتيح :انًبٍذاث اَفبث ،انخُبؤ( ،انؼاللت انكًٍت انبٍُت – انُشبط ،)QSAR :انسًٍت انحبدة،
انشبكبث انؼصبٍَٕت :MLR) ،االَحذاس انخطً انًخؼذد).
Résumé
Résumé
L’objectif assigné à ce travail est d’élaborer des modèles QSAR pour la prédiction de la
toxicité orale aigüe des pesticides sur les rats et ce par utilisation des réseaux de neurones
artificiels. A cet effet, quatre modèles ont été élaborés respectivement pour les herbicides, les
insecticides, les fongicides et les pesticides en général. Les différents éléments d’analyse de la
performance de ces modèles font ressortir leur bonne fiabilité et leur excellent pouvoir de
prédiction. Dans l’ensemble, plus de 90% des toxicités ont été correctement prédites.
Néanmoins, des quatre modèles élaborés, celui obtenu avec les pesticides est le plus performant.
Par comparaison avec les rares modèles parus dans la littérature scientifiques, celui
élaboré lors de ce travail est plus performant d’autant plus qu’il satisfait aux recommandations
rigoureuses de l’organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en
matière de validation des modèles QSAR.
Mots clés : Pesticides, QSAR, Prédiction, Toxicité aigüe, Réseaux de neurones, MLR.
Summary
Summary
Modeling for the prediction and correlation of toxicological activity from the
molecular structure.
The topic of this research is particularly useful for the study of relationships between the
structure of molecules (eg, pesticides) and their toxicity to humans and the environment. Indeed,
to predict in advance the toxicity of a substance without resorting (turning) to the boring animal
experiments is in itself a challenge. A QSAR model relating the structure and toxicity is proved,
nowadays, important tools for predicting the toxicity of a new marketing substance.
The objective set for this work is to develop QSAR models for the prediction of acute
oral toxicity of pesticides in rats by using artificial neural networks. For that purpose , four
models were respectively developed for herbicides, insecticides, fungicides and pesticides in
general. The various analysis of the performance of these models factors highlight their good
reliability and excellent predictive power. Overall, more than 90% of toxicities were correctly
predicted. Nevertheless, the four models developed, that obtained with pesticides is the most
efficient.
Compared with the few models appeared in the scientific literature, that developed during
this work is more successful especially since it satisfies the rigorous recommendations of the
Organization for Economic Cooperation and Development (OECD) regarding validation of the
QSAR models.
RESUME
LISTE DES TABLEAUX
LISTE DES FIGURES
ACRONYMES
INTRODUCTION GENERALE 1
Chapitre 1
REVUE CRITIQUE DE LA LITTERATURE SUR L’ACTIVITE TOXICOLOGIQUE
Introduction ……………………………………………………………………………………….................................... 8
1.1 Pesticides et pollution de l’environnement ..................................................................................... 9
1.1.1 Contamination de l’air .………………………………………………………………….……… 9
1.1.2 Contamination de l’alimentation ……………………………………………………..…….. 11
1.1.3 Contamination des milieux aquatiques ……………………………………..…………… 13
1.1.4 Contamination des sols ……………………………………………………………………………. 14
1.1.5 Contamination des travailleurs agricoles et non agricoles ……...………………. 15
1.2 Impact sanitaires avérés ou suspectes des pesticides ………………………………..….…... 16
1.2.1 Pesticides et troubles de la reproduction …………………………………...…………….. 17
1.2.2 Malformations ………………………………………………………………………………………….………………….… 18
1.2.3 Affection du système immunitaire ……………………………………………………..…… 18
1.2.4 Effet sur les organismes aquatiques ………………………………………...……………... 19
1.2.5 Pesticides et cancer ………………………………………………………………………………….. 19
1.2.6 Pesticides et diabète …………………………………………………………………...………….… 20
1.2.7 Pesticides et pathologies neurologiques ……………………………………...…………... 20
1.2.8 Autisme ………………………………………………………………………………...…………………. 21
1.2.9 Affections respiratoires et pesticides ……………………………………...……………….. 21
1.3 Toxicité et modèles de prediction QSAR ………………………………………………………... 22
1.4 Modèles QSAR et prédiction de la toxicité aigüe des pesticides chez les rats …. 24
Conclusion ………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….………….. 27
Table des matières
Chapitre 2
RELATIONS QUANTITATIVES STRUCTURE – ACTIVITE
Chapitre 3
LES PESTICIDES
Chapitre 4
MODELISATION DE LA PREDICTION DE L’ACTIVITE TOXICOLOGIQUE DES
PESTICIDES
BIBLIOGRAPHIE
Table des matières
ANNEXES
Liste des Acronymes
Page
Figure IG.1 : Pourcentage d’animaux utilisés par catégorie en Europe en 2008 (a) 4
et objet des expériences (b) (COM 2010)
Figure 1.1 : Evolution du chiffre des ventes mondiales entre les années 2006 et 8
2011 (UIPP, 2012)
Figure 1.2 : Nombre de publications traitant la contamination de l’environnement 10
par les pesticides (PubMed consulté le 18/04/2014)
Figure 1.3 : Nombre de publications inhérentes aux effets des pesticides sur la 17
santé (PubMed consulté le 18/04/2014).
Figure 1.4 : Nombre de publications inhérentes aux études QSAR de la toxicité 23
des substances Chimiques (PubMed consulté le 18/04/2014).
Figure 2.1 : Méthodologie du calcul de εi 36
Figure 3.1 : Evolution des importations de pesticides pour les trois pays du 55
Maghreb.
Figure 3.2 : Evolution des importations de fongicides, d’herbicides et 56
d’insecticides en Algérie
Figure 4.1 : Capture d’écran du site intitulé PPDB 59
Page
Figure 4.12 : Courbe de corrélation entre les valeurs expérimentales et prédites par 86
le modèle mathématique
Figure 4.13: Nombre de Descripteurs initiaux (a) et nombre de descripteurs 88
pertinents obtenus après exécution des 5 étapes (b).
Figure 4.14 : Mise en forme des données 89
Figure 4.15 : Courbe de corrélation des valeurs prédites de DL50 en fonction des 90
valeurs expérimentales pour l’ensemble d’apprentissage.
Figure 4.16 : Courbe de corrélation des valeurs prédites de DL50 en fonction des 91
valeurs expérimentales pour l’ensemble de validation.
Figure 4.17 : Diagramme de Williams pour le modèle de prédiction de la toxicité 94
des insecticides
Figure 4.18 : contribution relative des descripteurs dans la prédiction de la toxicité 95
orale aigüe des insecticides.
Figure 4.19 : Répartition de la base de données des fongicides 99
Figure 4.20 : Courbe de corrélation des valeurs prédites de DL50 (des fongicides) en 101
fonction des valeurs expérimentales pour l’ensemble d’apprentissage
Figure 4.21 : Courbe de corrélation des valeurs prédites de DL50 (des fongicides) 101
en fonction des valeurs expérimentales pour l’ensemble de validation
Figure 4.22 : Résidus des valeurs de DL50 obtenus pour les fongicides en fonction 105
de la DL50 expérimentale
Figure 4.23 : Diagramme de Williams pour le modèle de prédiction de la toxicité 106
des fongicides
107
Liste des figures
Figure 4.24 : Contribution (en %) à la toxicité orale aigüe des fongicides par type
de descripteurs.
Liste des figures
Page
Figure 4.25 : Contribution (en %) à la toxicité orale aigüe des fongicides par 107
catégorie de descripteurs.
Figure 4.26 : Effet de la répartition de la base de données sur l’erreur quadratique 112
moyenne
Figure 4.27 : Erreur quadratique moyenne pour différentes combinaisons des 113
fonctions d’activation pour la couche cachée et la couche de sortie
Figure 4.28 : Effet du nombre de neurones de la couche cachée sur l’erreur 114
quadratique moyenne (EQM)
Figure 4.29 : Erreur quadratique moyenne obtenue par utilisation de 4 types 115
d’algorithme d’apprentissage.
Figure 4.30 : Courbe de corrélation des valeurs prédites de 1/DL50 (des pesticides) 116
en fonction des valeurs expérimentales pour l’ensemble
d’apprentissage
Figure 4.31 : Courbe de corrélation des valeurs prédites de 1/DL50 (des pesticides) 117
en fonction des valeurs expérimentales pour l’ensemble de validation
Figure 4.32 : Architecture finale du réseau optimal pour la prédiction de la toxicité 117
orale aigüe des pesticides
Figure 4.33 : Résidus des valeurs de 1/DL50 obtenus pour les pesticides en fonction 118
de 1/DL50 expérimentale
Figure 4.34 : Diagramme de Williams pour le modèle de prédiction de la toxicité 119
des pesticides
Figure 4.35 : Courbe de corrélation entre les valeurs expérimentales et celles 123
prédites par le modèle mathématique.
Figure 4.36 : Contribution relative des descripteurs dans la prédiction de la toxicité 124
orale aigüe des pesticides
Page
Tableau 4.5 : Valeurs des toxicités aigües expérimentales, prédites par RLM et par 75
RNA
Tableau 4.6 : Architecture du réseau de neurones optimisé 78
Tableau 4.7: Comparaison des paramètres statistiques des deux modèles RLM et 80
PMC-RNA
Tableau 4.8: Poids et biais du réseau de neurone optimal 84
Page
Tableau 4.16a : Structure du RNA optimisé pour la toxicité aigüe des 100
fongicides
Tableau 4.16b : Valeurs de la toxicité (expérimentale et prédite) aigüe, des résidus 102
normalisés et des points leviers des fongicides.
Tableau 4.17 : Valeurs des paramètres statistiques pour les ensembles d’apprentissage 104
et de validation des fongicides.
Tableau 4.18 : Etapes de la sélection des descripteurs pertinents 110
Tableau 4.23 : Structure du RNA optimisé pour la toxicité aigüe des 116
fongicides.
Tableau 4.24 : Valeurs des paramètres statistiques pour les ensembles d’apprentissage 118
et de validation
Tableau 4.25: Valeurs de 1/DL50 des pesticides prédites à partir du modèle 120
mathématique
Tableau 4.26 : Comparaison entre les 4 modèles de notre travail 126
Tableau 4.27 : Comparaison entre notre modèle et ceux parus dans la littérature 127
INTRODUCTION GENERALE
1
Introduction générale
chimiques intitulée REACH. Cette réglementation oblige les industries chimiques à fournir un
cahier descriptif sur les composés chimiques qu'elles importent ou produisent. Parmi les
informations demandées, l'influence de la molécule sur l'être humain (toxicologique) et sur
2
Introduction générale
Notons que la détermination expérimentale de la dose létale est une opération qui se
heurte à trois inconvénients majeurs. Le premier a trait à la difficulté de réalisation des
expériences. Ce sont des manipulations qui exigent beaucoup de soin et une multitude de
conditions opératoires à satisfaire (sélection des espèces animales, conditions d’hébergement
et d’alimentation des animaux d’essai, préparation des animaux et des doses, suivi et
Introduction
observation des animaux après l’administration des doses,…etc.). Le second inconvénient est
que ces tests nécessitent beaucoup de temps, beaucoup d’animaux, donc d’importants
3
Introduction générale
coû[Link] effet, les tests prennent au minimum 15 jours et avec la multiplication des
expériences, on doit patienter encore plus pour aboutir à des résultats fiables. Le troisième
inconvénient est un problème d’éthique. En effet, des dizaines d’associations ayant vu le jour
aux Etats Unis et en Europe, dénoncent l’horreur de l’expérimentation animale et militent
pour son abolition. A titre d’illustration, le nombre total d'animaux utilisés à des fins
expérimentales en 2008 dans les états membres de l'Union Européenne dépasse 12 millions.
Les souris et les rats sont de loin les animaux les plus utilisés. Par ailleurs, 8.7% de ces
animaux ont été utilisés pour les essais toxicologiques (figure IG.1a et IG.1b).
Introduction
Figure IG.1 : Pourcentage d’animaux utilisés par catégorie en Europe en 2008 (a)
et objet des expériences (b) (COM 2010)
4
Introduction générale
5
Introduction générale
Le sujet de cette thèse a trait aux pesticides. A cet effet, le troisième chapitre leur a été
consacré. On y parlera des avantages des pesticides, mais aussi de leurs inconvénients. On
mettra en exergue les différentes formes de toxicité de ces substances et on terminera ce
chapitre par un paragraphe consacré aux pesticides en Algérie.
Le quatrième chapitre est consacré, quant à lui, à l’élaboration de quatre modèles
QSAR : un pour les herbicides, un second pour les insecticides, un troisième pour les
fongicides et le quatrième est réservé aux pesticides de façon générale. Pour chaque modèle,
on discutera du volet matériels et méthodes, de la procédure de développement des modèles et
des outils statistiques permettant d’analyser leur performance.
Enfin, la conclusion générale aura pour objet de synthétiser l’ensemble des résultats de
ce travail et proposera des perspectives de recherche dans la continuité de cette thèse.
Introduction
6
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
Chapitre 1
Sommaire
Introduction ……………………………………………………………………………………….................................... 8
1.1 Pesticides et pollution de l’environnement ..................................................................................... 9
1.2 Impact sanitaires avérés ou suspectes des pesticides ………………………………..….…... 16
1.3 Toxicité et modèles de prediction QSAR ………………………………………………………... 22
1.4 Modèles QSAR et prédiction de la toxicité aigüe des pesticides chez les rats…. 24
Conclusion …………………………………………………………………………………………………………………………………………………….………….. 27
Ce chapitre consacré à une revue bibliographique a été scindé en quatre parties. Dans
la première partie, on passera en revue la littérature scientifique inhérente à la contamination
généralisée de l’environnement par les pesticides. Par cette démarche, il s’agit de rappeler les
limites et les dangers de ces substances pour l’environnement, les écosystèmes mais
également pour les êtres humains. Les conséquences néfastes et nocives de cette pollution,
relatées par une multitude de publications scientifiques, seront abordées dans la seconde
partie. La partie suivante, traitera quant à elle, des modèles QSAR de prédiction de la toxicité
ayant fait l’objet d’articles scientifiques. Elle mettra en exergue l’importance et l’utilité de
cette méthode. La quatrième et dernière partie de cette revue bibliographique a été consacrée à
la littérature scientifique parue dans le cas des modèles QSAR de prédiction de la toxicité
aigüe (Dose Létale 50 : DL50) des pesticides. Une conclusion clôturera ce chapitre et sera une
Chapitre 1
7
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
INTRODUCTION
Figure 1.1 : Evolution du chiffre des ventes mondiales entre les années
Chapitre 1
8
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
est chronique. La pollution atmosphérique générale par les pesticides est très répandue. Les
pesticides dans l'atmosphère sont principalement issus des émissions des usines de pesticides,
9
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
de l'évaporation des résidus de pesticides dans les sols et les cours d'eau, de la volatilisation
des pesticides pulvérisés, … etc.
Des études émanant de divers groupes de recherche (Briand, 2003; Rousseau et al.,
2004; Scheyer et al., 2005) ont réalisé des mesures de concentrations en pesticides dans
l’atmosphère. L’ensemble de ces travaux a révélé la présence de pesticides dans toutes les
phases atmosphériques, qu’elles soient gazeuse, liquide ou particulaire dans les aérosols, les
gouttelettes de brouillard ou la pluie (Bedos et al., 2002). Dans une autre étude, des
chercheurs ont pu observer dans les eaux de pluie au Danemark un certain nombre de
composés interdits dans ce pays mais autorisés dans d’autres pays européens, indiquant ainsi
une contribution significative du transport atmosphérique dans la contamination locale (Alix
et al., 2005). Une substance active (le fongicide Epoxiconazole) utilisée sur des plantes a été
retrouvée dans l’air (Coscollà et al., 2010) et ce malgré sa faible volatilisation. Il en est de
même pour l’insecticide chlorpyriphos, qui lui aussi, a été retrouvé dans l’atmosphère (Yao et
al., 2008 ; Zhou et al., 2010).
Une récente étude (Gunier et al., 2011) montre que les pesticides agricoles utilisés
dans un rayon de 1250 mètres autour d’habitations finissent par contaminer l’intérieur de ces
maisons. Cette étude montre que l’utilisation de pesticides agricoles, dont certains sont
soupçonnés d’être cancérigènes, a un impact sur la contamination des habitations
avoisinantes, et donc de l’air que respirent chaque jour leurs habitants. Par ailleurs, l’analyse
durant une année complète de l’air de Yangtze (Chine) a révélé la présence de concentrations
Chapitre 1
élevées de pesticides organochlorés. Les auteurs affirment que cette pollution de l’air est
10
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
Dans une étude sur la contamination des cultures sur des terres contaminées par le
Chlordane, il a été remarqué un transfert de ce pesticide vers les cultures, c’est-à-dire que tous
les tubercules des différentes cultures (patate douce, navet, radis, courgette et tomate) ont été
contaminés (Cabidoche et Lesueur-Jannoyer, 2012). Nougadère et al., (2012) ont quant à eux
recherché la présence de résidus de trois cent vingt-cinq pesticides et de leurs produits de
transformation dans des échantillons alimentaires couvrant 90 % du régime alimentaire d’une
population. Les résultats ont montré que 37 % des échantillons contenaient un ou plusieurs
résidus. Soixante-treize pesticides ont été détectés et quantifiés. Les pesticides les plus
fréquemment détectés étaient les insecticides pirimiphos -méthyl et le chlorpyrifos –méthyl.
Le pesticide dimethoate et son métabolite ont été détectés dans deux échantillons de cerises à
des niveaux supérieurs à la dose journalière admise.
Une étude sur les résidus de pesticides phosphorylés dans l'alimentation totale du
Koweït a été entreprise par Talat et al., (2005). Les résultats ont indiqué que 18 % des
échantillons contenait des résidus. Le monocrotophos (0,2 mg/kg), le diazinon (0,05 mg/kg),
le quinalphos (0,022 mg/kg) le Chlorpyriphos-méthyl (0,01 à 0,33 mg/kg) et le fénitrothion
(0,16 à 0,84 mg/kg) étaient les pesticides les plus détectés. L'utilisation des pesticides dans la
production maraîchère a fait l’objet d’une étude réalisée sur 108 maraîchers dans la ville
Chapitre 1
rurale de Tori-Bossito dans le sud du Bénin (Ahouangninou et al. 2012). Deux indices de
risque ont été calculés pour chaque pesticide: un indice de risque pour l'environnement (IRE)
11
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
et un indice de risque pour la santé (IRS). Les résidus de pesticides ont été trouvés dans 42%
des échantillons de feuilles d'aubergine, de concombre, d'amarante et de solanum. Au Ghana,
une étude a été menée afin d'évaluer les résidus de pesticides organochlorés,
organophosphorés et les résidus de pesticides pyréthroïdes synthétiques dans les fruits et
légumes mis en vente dans les marchés (Bempah et al., 2012). 9,8% des 309 échantillons de
fruits et légumes présentaient des taux de résidus supérieurs à la limite admise.
Huit pesticides différents ont été détectés lors de l’analyse des résidus de pesticides
dans le blé importé par l’Afrique du Sud. Les pesticides les plus fréquemment détectés étaient
le mercaptothion, la perméthrine et le chlorpyrifos. Les auteurs soulignent que les aliments à
base de ce blé pourraient être une source de contamination aussi bien pour les humains que
pour les animaux (Dalvie et London, 2009). Par ailleurs, les pesticides diazinon, chlorpyrifos
et quinalphos ont été retrouvés dans des analyses d’une série de fruits (Sanagi et al., 2013).
D’autres produits alimentaires autres que les fruits, les légumes et les céréales ont fait
l’objet d’analyses. C’est ainsi que des résidus de pesticides organochlorés et pyréthrinoïdes
ont été retrouvés dans des échantillons de thé lors d’une analyse moyennant l’utilisation d’une
nouvelle technique chromatographique, sensible et efficace (Dan Liu et Shungeng Min,
2012). La contamination du lait et des produits laitiers a fait l’objet d’une publication
scientifique (Fischer et al., 2011). Cet article donne un aperçu général sur la nature, les
sources, l'apparition, la détection et le risque potentiel de santé humaine des principaux
contaminants chimiques de cet aliment. Des traces de pesticides (DDT, lindane, dieldrine,…
etc.) y ont été effectivement retrouvés.
Davodi et al. (2011) ont déterminé les concentrations de pesticides dans 8 espèces de
poissons prélevés des marais Shadegan en Iran. Dans tous les échantillons, les concentrations
étaient plus élevées que les normes directrices pour la sécurité alimentaire délivrée par
l'Union européenne (UE) et la Food and Drug Administration (Etats unis). D’autres
Chapitre 1
chercheurs iraniens (Arzi et al., 2011) ont calculé les concentrations d'aldrine, de dieldrine,
12
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
Cette partie constitue un état des connaissances vis à vis des niveaux de pesticides
relevés dans les milieux aquatiques. La contamination des eaux par les pesticides est devenue
de plus en plus courante. Compte tenu des risques qu’ils représentent, la présence de
pesticides dans les cours d’eau, dans les eaux côtières et dans les eaux souterraines fait l’objet
d’un suivi régulier qui n’a cessé de se renforcer lors de la dernière décennie. La concentration
de pesticides dans les cours d'eau a été rapportée par plusieurs auteurs. Plusieurs travaux de
recherche ont montré qu’en de nombreuses régions du monde, les hydrosystèmes présentent
des contaminations significatives par des produits phytosanitaires. Les niveaux de pollution
de l'eau par les pesticides sont différents selon qu’il s’agit des eaux des terres cultivées, des
eaux de ruissellement, des eaux souterraines, des eaux de rivière, des eaux souterraines
profondes et des eaux de mer.
al., 2000; Grynkiewicz et al., 2001). Dans des études sur la contamination des eaux de la
13
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
région Aquitaine en France conduite par (Barjhoux, 2011), il a été remarqué que 2.6% des
contaminants sont des pesticides.
Des échantillons d'eau de surface ont été prélevés dans le Mississippi pour évaluer les
niveaux de pesticides dans deux études distinctes. Des traces de pesticides comme le
métolachlore et l’acétochlor et certains de leurs métabolites ont été rapportés par Rebich et al.
(2004). De leur côté, Target et al. (2014) ont décelé l’hexazinone dans 94 % des échantillons
prélevés, suivie par le métolachlore (76%), le tébuthiuron (48%), l'atrazine (47%) et la
Métribuzine (6 %). Des ressources hydriques italiennes sont contaminées par le
terbuthylazine, pesticide ayant remplacé l’atrazine, et son métabolite (déséthyl
terbuthylazine). Ceci a été rapporté par Bottoni et al. (2013) dans une étude sur ce pesticide
potentiellement toxique.
En Guadeloupe, les résidus de pesticides organochlorés ont été détectés dans des
concentrations très élevées dans les écosystèmes d'eau douce. Ces concentrations dépassent
largement la limite résiduelle autorisée du Chlordecone dans les poissons et les crevettes
(Coat et al, 2011). Par ailleurs, la majorité des fleuves et sources d’eau potable en Inde est
contaminée par les pesticides (Agrawal et al., 2010). Au Pakistan, un certain nombre
d'échantillons de poissons et de coquillages ont été analysés pour la détermination de la
contamination des pesticides en raison de la pollution de l’environnement marin. Pour les
auteurs, les résultats de cette étude ne semblent pas être très alarmants par comparaison aux
niveaux de traces trouvées dans les autres parties du monde (Hina et al., 2013).
Une analyse des eaux du réservoir Guanting (Chine) a révélé la présence de pas moins
de 18 types de pesticides organochlorés (Wan et al., 2009). En chine toujours, un total de 27
échantillons d'eaux souterraines peu profondes ont été collectées à partir de la région du lac
Taihu. Le DDT et l’hexachlorocyclohexanes (HCH) sont les contaminants les plus
prépondérants dans ces eaux. Dans une très récente étude portant sur la contamination des
eaux souterraines peu profondes, Chunfa et al. (2014) déduit que les valeurs calculées du
risque cancérogène des contaminants soulèvent un risque de cancer potentiellement grave
pour ceux qui consomment l’eau potable provenant de ces eaux.
Selon les différentes études menées un peu partout dans le monde, il a été établi que
Chapitre 1
divers types de sols, y compris les champs cultivés, les champs de légumes et les terres
forestières sont contaminées par différents pesticides. La contamination des sols à distance,
14
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
c’est-à- dire surtout par la voie aérienne ou éventuellement lors de crues, a parfois été décrite.
Les exemples les mieux documentés concernent les pesticides organochlorés (Galiulin et al.,
2002). A titre d'exemple, dans un suivi réalisé en 2002, Mast et al., (2003) ont estimé que les
apports annuels au niveau du sol atteignaient 45,8 mg/ha pour l'atrazine, 14,2 mg/ha pour le
dacthal et 54,8 mg/ha pour le carbaryl.
La dégradation des pesticides selon la nature du sol a fait l’objet d’études. A titre
d’exemple, dans une étude portant sur la nature des sols qui subissent le plus de
contamination par le pesticide chlorpyriphos, Lian et al. (2013) concluent que la dégradation
de cette substance est plus lente pour les sols acides, les sols à forte argile et les sols à basse
température. Une étude menée par Oukali-Haouchine et al. (2013) a montré que la
Métribuzine est effectivement adsorbée par les sols limono- argileux algériens. Toutefois, les
quantités adsorbées restent faibles. D’après les auteurs, environ 3/4 de la Métribuzine
introduit ne sont pas conservés par le sol et pourraient être transférés vers les eaux
souterraines, ce qui pourrait constituer un risque important de contamination des eaux
souterraines.
Selon leur étude, les phases de préparation et d’application des pesticides sont respectivement
15
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
responsables pour 30 et 50% de la contamination. Dupupet et al. (2010) ont étudié l’effet de
l’exposition des ouvriers agricoles aux fongicides (dithiocarbamates). L’objectif de cette
étude était de mesurer le taux d’éthylénethiourée (ETU), métabolite de ces fongicides, dans
les urines. Aussi, il a été observé une augmentation du taux d’ETU après application de ces
pesticides. Les formulations de ces fongicides étant en poudre, ils ont conclu à une
contamination par voie respiratoire. Une autre étude, portant sur la contamination de
personnes (jardiniers, fleuristes et vétérinaires) non exposées professionnellement aux
pesticides (Bouvier et al., 2006), a relevé une présence de pesticides sur les mains de ces
personnes plus importante que celles ayant contaminé l’air du milieu de leur travail.
Une enquête épidémiologique sur vingt-neuf parmi cinquante décès a été entreprise
dans une communauté rurale de Bignona au Sénégal (Touré et al., 2011). Une enquête
qualitative a été réalisée sur l'inventaire des différents pesticides utilisés dans les sites d'étude.
L’auteur signale que les décès se produisent en septembre – octobre, période d’une grande
utilisation de pesticides. L'hypothèse d'empoisonnement par les pesticides
(organophosphorés) soit par inhalation ou par une contamination accidentelle de la nourriture
a été émise.
Bien que les pesticides aient largement fait bénéficier l'humanité à travers la
valorisation des produits agricoles et le contrôle des maladies infectieuses, leur utilisation
intensive, à son tour, menace la santé humaine et les composantes environnementales. Le
contact à long terme avec les pesticides peut nuire à la vie humaine et peut perturber le
fonctionnement de différents organes dans le corps, y compris les systèmes nerveux,
endocrinien, immunitaire, reproducteur, rénal, cardio-vasculaire et les systèmes respiratoires.
À cet égard, il existe des preuves sur le lien entre l'exposition aux pesticides et l'incidence de
maladies chroniques humaines, comme le cancer, la maladie de Parkinson, la maladie
d’Alzheimer, le diabète, le vieillissement, les maladies cardiovasculaires et la maladie rénale
chronique (Mostafalou et Abdollahi, 2013).
Cette relation significative entre les expositions aux pesticides et certaines pathologies
chroniques a fait l’objet de plusieurs publications scientifiques. En effet, on a dénombré pas
Chapitre 1
moins de 22074 articles entre l’année 1980 et le 18 avril 2014 (Date de consultation de la base
16
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
de données). A titre d’illustration, est représenté sur la figure 1.3 ci-dessous le nombre de
publications scientifiques de l’année 2003 à 2013.
Les pesticides peuvent présenter, en plus de leurs effets intentionnels sur les parasites
ou organismes visés, des dangers très variables pour l’homme et les écosystèmes, avec un
impact immédiat ou sur le long terme. Des études ont montré que toutes les personnes,
notamment les enfants, les femmes enceintes, les agriculteurs, les ouvriers agricoles et les
personnes âgées, peuvent ressentir des effets négatifs sur la santé à cause de l'exposition aux
pesticides. L'exposition aux pesticides peut causer une intoxication aiguë, le cancer, des
dommages neurologiques, des anomalies congénitales,…etc. Beaucoup de preuves ont révélé
que de nombreux pesticides couramment utilisés peuvent supprimer la réponse normale du
système immunitaire humain, ce qui rend le corps plus vulnérable à l'invasion des virus, des
bactéries et des tumeurs (Levin, 2007).
Pour les troubles de la reproduction, des études ont suggéré la possibilité d’un lien
entre l’exposition aux pesticides et les risques de stérilité masculine, d’excès d’avortement
spontanés, de prématurés, de mort-nés et de certaines malformations fœtales (AIRPARIF,
2007). Des travaux de recherche ont mis en évidence que les fongicides conazoles (par
Chapitre 1
17
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
Une vaste étendue de la littérature a détaillé les effets néfastes des expositions
environnementales, notamment aux pesticides, et ce sur les deux systèmes reproducteurs
mâles et femelles (Shojaei Saadi et Abdollahi, 2012). A la suite d’une étude sur l'évaluation
des troubles de la reproduction chez les travailleurs masculins et féminins exerçant dans des
serres, Bretveld et al. (2008) ont affirmé détenir des preuves quant à l'hypothèse que
l'exposition aux pesticides affecte la reproduction humaine conduisant ainsi à un avortement
spontané et peut être à une grossesse prolongée. La population en général peut être concernée
par ces problèmes de fertilité due à une exposition aux pesticides. Ainsi, une autre étude
(Orton et al., 2011) révèle que des pesticides auxquels la population européenne est exposée
sont en fait des anti-androgènes et menaceraient potentiellement la fertilité masculine.
Une étude menée par Andersen et al. (2008) montre que les garçons dont les mères
ont travaillé dans des serres où on a utilisé des pesticides pendant leur grossesse ont un
développement des fonctions reproductrices perturbé. L’étude a porté sur le développement
des fonctions reproductrices de 110 garçons. Les résultats de l’étude attestent de la prévalence
du cryptorchidisme (testicules non descendus), d’un volume testiculaire et d’une
concentration sérique en testostérone inférieurs chez les garçons des mères exposées aux
pesticides dans les serres que chez les garçons des mères non exposées. Pour les auteurs, ces
résultats suggèrent un effet négatif de l’usage professionnel des pesticides par les mères
pendant la grossesse sur le développement des fonctions de reproduction chez leurs garçons,
malgré les précautions d’utilisation prises.
1.2.2 Malformations
Une étude récente (Chevrier et al., 2011) renforce l’hypothèse selon laquelle
l’exposition environnementale des femmes enceintes au pesticide atrazine augmente le risque
d’effets indésirables sur le fœtus. Les scientifiques ont suivi une cohorte de femmes enceintes
de 2002 à 2006 en Bretagne. Les auteurs ont noté des risques accrus de faible poids et de
faible circonférence crânienne à la naissance pour les bébés des mamans exposées à l’atrazine
par leur environnement
Chez les mammifères, il a été observé que les insecticides affectent le système
immunitaire (Nandi et al., 2011).
18
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
BALDI et ses collaborateurs, dans des travaux datant de 1998, ont fait le point sur
l'état des connaissances épidémiologiques sur les effets des pesticides sur la santé en retraçant
l'évolution des connaissances et des hypothèses qui concourent à établir un lien entre
pesticides et cancer. Selon ces auteurs, les premiers travaux sont issus du constat d'une
différence de mortalité par cancer entre les agriculteurs (personnes exposées directement aux
pesticides) et les autres catégories professionnelles et ce pour un certain nombre de
localisations tumorales. Par ailleurs, dans une étude comparative sur l’apparition de cancer
chez les populations agricoles et non agricoles, il a été constaté que des cancers bien
spécifiques (leucémies, myélomes et lymphomes) apparaissent plus fréquemment chez les
premières citées.
Provost et al. (2007) ont montré un risque accru de développer certains cancers du
cerveau pour les personnes exposées aux pesticides par leur activité professionnelle ou à la
Chapitre 1
maison. Selon cette étude, l’augmentation du risque est statistiquement significative pour de
forts niveaux d’exposition aux pesticides. Pour les agriculteurs exposés aux niveaux les plus
19
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
élevés, le risque est ainsi plus que doublé. Les femmes travaillant à la ferme sont plus
susceptibles de développer un cancer du sein que les autres, selon une étude Canadienne
(Brophy et al., 2002). Les chercheurs qui se sont penchés sur les antécédents professionnels
de 564 femmes atteintes du cancer du sein, dans la région de Windsor (centre du Canada), ont
noté que le risque était multiplié par 2,8 pour celles qui ont travaillé dans une ferme à un
moment de leur vie.
Le risque de leucémie chez l’enfant est associé à l’exposition de la mère aux pesticides
pendant la grossesse (Wigle et al., 2009). Les chercheurs ont étudié les résultats de 31 études
épidémiologiques publiées entre 1950 et 2009 étudiant le lien entre les leucémies chez
l’enfant et l’exposition des parents aux pesticides. Le résultat stipule que le risque de leucémie
était doublé chez les enfants dont les mères ont été exposées professionnellement à des
pesticides pendant la grossesse, par rapport à des enfants de femmes non exposées. Pour les
agricultrices, le risque était augmenté de 40%. De plus, le risque de leucémie est lié aussi à la
nature du pesticide.
Les utilisateurs professionnels de pesticides qui ont employé des pesticides chlorés
pendant plus de 100 jours durant leur vie ont un risque accru de diabète, d’après une étude de
chercheurs de l’Institut National pour la Santé des Etats Unis (Montgomery et al., 2008).
Selon la nature des pesticides, le risque peut être accru de 20 à 200%. Cette étude qui a été
conduite sur plus de 30 000 agriculteurs, montre que parmi les 50 pesticides différents
auxquels les chercheurs se sont intéressés, 7 produits en particulier ont retenu leur attention
(aldrine, chlordane, heptachlor, dichlorvos, trichlorfon, alachlore et cynazine).
Parmi les effets neurotoxiques retardés qui pourraient être liés à l'utilisation de
pesticides, BALDI et al. (2012) retiennent les troubles suivants : les polyneuropathies, les
troubles neuropsychologiques, la Maladie de Parkinson. Dans une autre étude sur les effets
retardés des pesticides sur la santé humaine, il a été conclu que l’exposition professionnelle
aux pesticides organochlorés et organophosphorés est associée à l’apparition de troubles
neuropsychologiques et neurocomportementaux (Multigner, 2005).Un certain nombre
d'études a révélé que les personnes exposées aux pesticides (insecticides et herbicides) sont
Chapitre 1
20
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
Lors des tests touchant les pesticides, certains auteurs ont trouvé un lien direct et
significatif entre l'exposition professionnelle aux pesticides organophosphorés et le
développement de la maladie d'Alzheimer au cours de leur vie (Hayden et al., 2010). De plus,
Parron et al. (2011) ont montré que les personnes vivant dans les zones à haut niveau
d'utilisation des pesticides ont un risque élevé de contracter la maladie d'Alzheimer.
L’exposition à des pesticides semble également liée à un risque plus grand de développer les
maladies de Parkinson et d’Alzheimer. Ainsi une étude montre que, chez des agriculteurs
hommes, le risque de développer la maladie de parkinson était multiplié par 5.6 et celui de
développer la maladie d’Alzheimer multiplié par 2.4 par rapport à des groupes non exposés
(Baldi et al., 2003). Une autre étude plus récente (Costello et al., 2009) montre que
l’exposition aux pesticides Maneb et/ou paraquat augmente en moyenne de 75% le risque de
développer la maladie de Parkinson chez les personnes exposées. Le risque est maximum
chez les jeunes sujets exposés chez qui le risque est multiplié par 2.27 suite à l’exposition à un
de ces deux pesticides ou multiplié par 4.17 en cas d’exposition aux deux pesticides.
1.2.8 Autisme
Des scientifiques américains (Roberts et al., 2007) ont cherché à évaluer le risque de
développer des pathologies comme l’autisme pour les enfants à naître de femmes enceintes
exposées à des pesticides utilisés dans des zones agricoles proches (moins de 500 m) et ce
pendant les premières semaines de grossesse. Les résultats furent éloquents. En effet, pour les
femmes les plus exposées par leur environnement à des pesticides organochlorés comme le
dicofol et l’endosulfan pendant le début de leur grossesse, les scientifiques ont mis en
évidence un risque de donner naissance à des enfants autistes 6 fois plus important que pour
les femmes ne vivant pas près des zones agricoles. Par ailleurs, le risque augmente en fonction
des quantités de pesticides utilisées et de la proximité de la zone d’habitation des zones
d’utilisation des pesticides.
Une analyse (Hoppin et al., 2007) a mis en évidence un excès de risque pour la
survenue de bronchites chroniques avec l’emploi de deux insecticides : le diazinon et le
malathion. Par ailleurs, dans une étude consacrée à des fermiers employant une quarantaine de
pesticides, des sifflements respiratoires ont été signalés par 19% de paysans (Hoppin et al.,
2002).
Chapitre 1
21
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
Pour prédire les DL50 orales de 95 alcools chez les rats et les souris, Wang et Bai
(1998) ont proposé une échelle de classification basée sur des règles simples. Les données
de toxicité ont été converties en quatre classes. Quatre descripteurs décrivant la présence
(codée par un "oui") ou l'absence (codée par un "non") d’un groupe alkyle, alcényle, alcynyle
ou d’un alcool aromatique et deux descripteurs correspondant au nombre de groupes
hydroxyle et au nombre d’atomes de carbone ont été utilisés. Les résultats de la classification
coïncident correctement avec les données expérimentales de 80 alcools. Il est à noter que
seules les valeurs calculées de 9% des alcools utilisés n’étaient pas corrélées avec les valeurs
expérimentales correspondantes. Par ailleurs, pour tester le pouvoir prédictif du système, un
ensemble de test externe de 25 alcools a été utilisé. Les valeurs prédites de 22 alcools étaient
en bon accord avec les données expérimentales alors que pour 3 alcools, la prédiction était
incorrecte. Les auteurs ont conclu que les alcools constitués de 4 à 10 atomes de carbone
étaient les plus toxiques.
Jäckel et Klein (1991) ont utilisé DL50 rat par voie orale de la base de données
"Register of Toxic Effects of Chemical Substances" (RTECS) pour prédire la toxicité aiguë
des anilines substituées. Ils ont montré que la toxicité a été prédite mieux grâce à une
combinaison de paramètres électroniques, stériques et hydrophobes. La relation de la toxicité
aiguë des alkyl benzènes au nombre de 9 a été examinée chez des souris par Tanii et al.
(1995). Deux types de modèles simples reliant le log (1/DL50) au coefficient de partition
octanol/eau (log P) ont été obtenus. Les mêmes auteurs ont établi d’autres modèles de relation
structure activité avec l’éthylène glycol éthers (Tanii et al., 1992).
Chapitre 1
22
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
Pour leur part, Johnson et Jurs (1997) ont utilisé la régression et des réseaux de
neurones artificiels à 3 couches réseau neural (RNA) pour prédire la toxicité aiguë d’anilines
substituées sur les souris. Une base de données de 115 valeurs de DL50 orale de souris a été
divisée aléatoirement en deux sous-ensembles : de formation (103 valeurs) et de validation
externe (12 valeurs). 166 descripteurs (topologiques, électroniques et géométriques) ont été
calculés pour chaque composé. Un modèle de régression linéaire utilisant cinq descripteurs a
été trouvé avec une erreur quadratique moyenne (EQM) de 0,27. Avec le RNA, la valeur de
l’EQM est de 0,25. Toutefois, le fait d’exprimer la DL50 en mg / kg au lieu de mmole/kg (ou
mole/kg) a été le seul inconvénient pour ces modèles.
Zhu et al. (2009a) ont récemment rapporté une nouvelle approche de modélisation
pour prédire la toxicité aiguë pour rongeur. Dans cette étude, les auteurs ont divisé l'ensemble
de données en deux groupes, à savoir les composés avec une bonne ou une mauvaise
corrélation entre l’IC50 et la LD50. Ensuite, à l'aide de descripteurs exclusivement chimiques,
les auteurs ont développé des modèles spécifiques de QSAR. En raison de leur complexité, il
est difficile de juger si les modèles sont reproductibles, car ni l'algorithme utilisé est
transparent, ni les compositions exactes des ensembles de formation et de test sont
disponibles.
Un certain nombre de modèles QSAR pour la toxicité aiguë par voie orale chez le rat
utilisant de grands ensembles de données ont été développés et rapportés par Zhu et al.,
Chapitre 1
(2009b). Ces modèles ont été construits en utilisant plusieurs ensembles de descripteurs et
23
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
Des modèles appelés AMT ont été proposés par Raevsky et al. (2010). Les auteurs ont
montré que les valeurs de DL50 ont pu être prédites avec des valeurs R2 allant jusqu'à 0,78.
L'erreur de prévision était de l'ordre de 0,30 à 0,52 unités logarithmiques, ce qui est
comparable à l'erreur expérimentale associé à la détermination de la DL50. Dans un autre
travail, dix-neuf fluoroacetamides ont été testés pour leur toxicité aiguë sur des rats adultes
Wistar (Juranic et al., 2006). Les DL50 converties en mol/kg ont été corrélées avec différents
descripteurs physico-chimiques. Neuf équations ont été établies avec quatre descripteurs. De
leur étude, ils ont déduit que les facteurs qui influent sur la toxicité aiguë de fluoroacetamides
sont essentiellement les propriétés électroniques du groupement amide.
Adamson et al. (1984) ont examiné la relation entre la DL50 chez le rat par voie orale
de 129 herbicides benzimidazoles et leur structure chimique à l'aide de descripteurs structurels
générés par ordinateur. Les auteurs suggèrent que cette approche a permis une estimation
approximative de la toxicité des composés, mais des prévisions fiables de haute précision
n'était pas possible. Nendza et al. (1991) ont établi un modèle de prédiction de la toxicité
aigüe d’herbicides du type phénylurée. Les DL50 par voie orale chez le rat (mmol/kg)
obtenues à partir de la base de données RTECS et les paramètres hydrophobes et
électroniques ont été utilisés. Les auteurs ont souligné que les deux modèles quoiqu’ils étaient
intéressants mais restent insuffisants car des écarts entre les valeurs expérimentales et prédites
Chapitre 1
ont été relevées. La toxicité aiguë par voie orale de 50 herbicides amides chez le rat (DL50 en
24
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
Zakarya et al. (1996) ont voulu comparer les performances de la régression linéaire et
celle d’un perceptron à trois couches (RNA) lors de la prédiction de la toxicité aigüe (DL50)
d’un ensemble de 44 herbicides amides. Il a été démontré que l'outil statistique qu’est le
réseau de neurone artificiel est plus performant que la régression linéaire. De leur côté, Eldred
et Jurs (1999) ont tenté de modéliser la DL50 orale chez le rat et ce pour une série de pesticides
organophosphorés. Pour ce faire, ils ont utilisé 212 descripteurs dont 119 indices
topologiques, 29 descripteurs géométriques, 18 descripteurs électroniques et 46 descripteurs
de charges. La procédure de recherche des descripteurs pertinents a abouti à la sélection de 29
descripteurs. Deux modèles, l’un de régression linéaire avec sept descripteurs et l’autre
obtenu par réseaux de neurones (RNA) ont été proposés. Le modèle avec les RNA a été plus
fiable que celui avec régression et ce par comparaison des EQM qui sont respectivement de
0.9 et 0.25.
Tableau 1.1 : Vue d’ensemble des travaux antérieurs sur les modèles QSAR de
prédiction de la toxicité orale aigüe pour le rat (Sazonovas et al., 2010).
Nombre
Méthode
Composés étudiés de Références
QSAR
composés
Herbicides 27 AR Can et al. (2013)
Variés 253 ANN Zhu et al. (2009)
Organophosphorés 62 AR Garcia-Domenech et al. (2007)
Organophosphorés 30 CoMFA Guo et al. (2006)
Organophosphorés 60 RNA Devillers (2004)
Organophosphorés 67 AR Zahouily (2002)
Amide herbicides 59 AR Gough and Hall (1999)
Organophosphorés 54 RA / RNA Eldred and Jurs (1999)
Herbicides amides 44 AR Zakarya et al. (1996)
Herbicides phenylurée 12 AR Nendza (1991)
Variés 525 AR Enslein, (1978)
AR : Analyse de régression
Chapitre 1
25
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
Un autre modèle QSAR pour le même type de pesticides a été déduit de l’étude de
prédiction de la DL50 orale chez le rat par Zahouily et al. (2002). Les données de toxicité
aiguë de 47 pesticides, provenant de différentes sources, ont été converties en mol/kg. Trois
descripteurs décrivant les propriétés des substituants ont été utilisés et un modèle de
régression en a été le résultat. Par ailleurs, ces trois descripteurs ont été utilisés comme entrées
d'un RNA avec perceptron à trois couches et utilisation d’un algorithme de rétro-propagation.
Le meilleur modèle a été celui généré par le RNA dont la configuration neuronale optimale
est 3/5/1. Les résultats statistiques des modèles de régression et de RNA sont respectivement
de 0.77 et 0.93 pour les coefficients de détermination R2et de 0.42 et 0.2 0 pour l’EQM.
Parmi le modèle QSAR pour la toxicité aiguë par voie orale pour rongeur (rat), les
pesticides organophosphorés ont reçu une attention particulière (Devillers, 2004). Cet auteur a
utilisé la méthode de régression des moindres carrés partiels (PLS : Partial least squares) et les
réseaux de neurones artificiels (ANN) pour prédire les valeurs de la DL50 pour les rats et ce
pour 51 pesticides organophosphorés .Les toxicités aigües ont été converties en mmol/kg et
utilisées en 1/log(DL50) et une série de descripteurs a été utilisée. Les meilleurs résultats PLS
ont été obtenus avec un modèle avec quatre variables importantes expliquant 64 % de la
variabilité de la variable dépendante. L’obtention d’un modèle QSAR non linéaire à partir
d'un perceptron à trois couches a été le second but des auteurs. Le meilleur modèle RNA a été
obtenu avec la configuration suivante : 8/4/1, alors que l’EQM est de 0,26. Cette étude a mis
en évidence l'utilité de descripteurs tels que le caractère lipophile et la réfractivité molaire.
Différents descripteurs topologiques ont été utilisés par Garcia- Domenech et al. (2007) pour
prédire la DL50 orale pour les rats. Les DL50 ont été exprimées en mmol/kg avec une
transformation logarithmique avant leur utilisation. Un modèle a été généré consistant en une
équation avec huit paramètres pour un ensemble de 62 pesticides. Les valeurs du coefficient
de détermination R2 et de L’EQM calculée sont respectivement égales à 0.82 et 0.44.
Dans un travail très récent, Can et al. (2013) ont proposé un modèle quantitatif de
relation structure- toxicité (QSTR) pour l'estimation de la toxicité aiguë par voie orale
d’herbicides à des rats mâles. La LD50 (en mmol/kg) de 20 herbicides de l'ensemble de
formation et sept autres réservés pour la validation externe a été décrite au moyen de 4
descripteurs (caractère lipophile, polarité, géométrie moléculaire et un descripteur de chimie
quantique). L'élaboration du modèle pour prédire la toxicité des herbicides sulfonylurées et
Chapitre 1
phénylurée a été effectuée en utilisant une régression linéaire multiple. Les paramètres
statistiques du modèle comme l’EQM et le coefficient R2 sont respectivement égaux à 0.041 et
26
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
0.93. Les auteurs ont estimé que le caractère lipophile, le moment dipolaire, la réfractivité
molaire et la masse moléculaire sont des paramètres effectifs qui décrivent la toxicité de ces
substances. Aussi, pour que tout nouvel herbicide de cette famille soit le moins toxique
possible, il doit avoir les caractéristiques suivantes : être fortement polaire, soluble dans l’eau,
avoir une réfractivité faible ainsi qu’une masse molaire également faible.
CONCLUSION
A la lumière de la littérature scientifique consultée, il ressort que les pesticides sont un
sujet de préoccupation majeure pour toute l’humanité. Indépendamment de leurs avantages,
ils constituent une menace sérieuse aussi bien pour les écosystèmes que pour la santé
humaine.
La première partie de cette revue a été consacrée au devenir des pesticides dans
l’environnement. L’abondante littérature scientifique qui y est consacrée est une preuve
indiscutable quant au fait que toutes les composantes de l’environnement sont contaminées
par les pesticides. Ni l’air, ni les eaux aquatiques et ni les sols ne sont épargnés. De plus,
l’alimentation est aussi infectée par les résidus de pesticides. Autre fait saillant, tous les pays
de la planète sont touchés par un tel fléau.
La seconde partie, dédiée à l’impact de ces pesticides, est très édifiante quant aux
effets néfastes et nocifs de ces substances aussi bien sur l’être humain ou sur la faune et la
flore. Toutes les enquêtes épidémiologiques et les recherches effectuées sur les animaux
convergent vers un seul point : le développement de certaines maladies (cancers, maladie
d'Alzheimer, maladie de Parkinson, malformation, …etc.) aurait un lien direct et significatif
avec l'exposition aux pesticides. Par ailleurs, les pesticides sont tenus responsables de la
disparition, ou de la réduction du nombre, de certaines espèces d’animaux. Cette partie nous
renseigne aussi sur les efforts inlassables qui restent à fournir pour élucider le rôle exact de
ces substances dans la contraction de ces maladies.
prédiction de la toxicité des pesticides, troisième partie de cette revue bibliographique, est
révélateur du développement et de l’intérêt de cette méthode. En d’autres termes, il existe un
27
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
besoin et un intérêt considérable de développer des outils prédictifs capables de produire des
données toxicologiques pour le très grand nombre de produits chimiques, en particulier les
pesticides, fabriqués chaque jour. Ces outils seront un moyen de remplacement et de réduction
de l'expérimentation animale notamment. A ce titre, une foule de modèles basés sur les
relations quantitatives structure-activité (QSAR) ont été proposés pour prédire la DL50.
Une analyse détaillée des articles publiés sur les modèles QSAR de toxicité aiguë des
pesticides pour les rongeurs montre clairement que ces modèles ont été tirés à partir
d'ensembles de données limitées de pesticides (ne dépassant pas la cinquantaine pour la
plupart) structurellement similaires telles que les pesticides organophosphorés ou les
herbicides amides. Aussi, malgré l’importance des paramètres statistiques obtenus dans les
travaux récents, la plupart de ces modèles ont une utilité limitée dans la prédiction. Par
ailleurs, le genre est rarement spécifié, notamment pour les anciennes publications. Par
conséquent, cela peut induire des erreurs lorsqu’on sait que des différences importantes
peuvent exister entre les rats mâles et femelles (souris) en ce qui concerne leur sensibilité aux
pesticides. De plus, la souche du rongeur n’est pas généralement indiquée. Là aussi, la
fiabilité du modèle est réduite sachant que des différences de sensibilité aux produits
chimiques existent entre les différentes souches disponibles pour une espèce unique (Kacew,
1996). A cet égard, une grande attention doit être portée au choix des DL50 pour la conception
de modèles de corrélation QSAR. Idéalement, les modèles doivent dériver des valeurs de DL50
obtenues sur les organismes du même sexe, appartenant à une même souche, mais aussi selon
la même voie d'exposition.
parmi les descripteurs moléculaires utilisés pour dériver les modèles QSAR, le coefficient de
partage octanol/eau (log P) est le plus largement cité. De plus, l’utilisation de quelques
28
Revue critique de la littérature sur l’activité toxicologique
29
Relations quantitatives structure – activité
Chapitre 2
RELATIONS QUANTITATIVES
STRUCTURE – ACTIVITE
Sommaire
30
Relations quantitatives structure – activité
calculés à partir des structures moléculaires. Il est alors possible d'établir une relation entre
ces descripteurs et la grandeur modélisée. Parmi les méthodes d’apprentissage qui sont
nombreuses, notre choix s’est porté sur celle relative aux réseaux de neurones artificiels (RNA
ou ANN en anglais : Artificial Neural Networks).
Initiées sur la base de relations empiriques durant la seconde partie du 19ème siècle, les
QSAR ont été mathématiquement formalisées dans les années 1930 et leur acceptation, en
tant que discipline à part entière, a été définitivement acquise au début des années 1960 suite
aux travaux de Hansch et Fujita (Devillers, 2013) qui ont proposé un modèle mathématique
pour corréler l’activité biologique et la structure chimique. Depuis lors, un grand nombre
de modèles a été conçu pour la prédiction de diverses activités d'intérêt biologique.
Il y’a de nombreuses utilités dans l’utilisation des méthodes QSAR. Nous donnons ci-
dessous, à titre d’exemple, quelques-unes :
prédire l'activité biologique et les propriétés physico-chimiques.
comprendre et rationaliser les mécanismes d'action dans une série de produits
chimiques.
économiser le coût de développement de produits (par exemple dans l'industrie
pharmaceutique, pesticides, produits d'hygiène personnelle,…etc.).
réduire ou même remplacer les tests longs et coûteux sur les animaux.
La capacité à prédire une activité biologique est utile dans un certain nombre de
situations. Il existe un grand nombre d'applications de ces modèles QSAR au sein de
l'industrie, du milieu universitaire et des organismes gouvernementaux chargés de la
réglementation. Nous résumons ci-après quelques cas d'utilisations de ces modèles:
l'optimisation de l'activité pharmacologique, biocide ou pesticide.
la conception rationnelle de nombreux autres produits tels que des agents tensio-actifs,
des parfums, des colorants ou des produits chimiques.
l'identification des composés dangereux à des stades précoces de développement.
la conception de la toxicité et des effets secondaires pour les nouveaux composés.
la prédiction de la toxicité pour les humains pour les multiples expositions (délibérée,
Chapitre 2
31
Relations quantitatives structure – activité
Les données biologiques sont habituellement exprimées sur une échelle logarithmique
en raison de la relation linéaire entre la réponse et le logarithme de dose dans la région
centrale de la courbe de log dose-réponse. Les logarithmes inverses de l'activité (log 1/C) sont
également utilisés pour obtenir des valeurs mathématiques plus élevées lorsque les structures
sont biologiquement très efficaces. Parmi les données biologiques utilisées dans l'analyse de
QSAR, on trouve la constante de vitesse, la constante d’inhibition, … etc.
De nombreuses recherches ont été menées, au cours des dernières décennies, pour
trouver la meilleure façon de représenter l'information contenue dans la structure des
molécules. Ainsi, les recherches ont abouti à la représentation de la structure moléculaire par
un ensemble de valeurs numériques appelées descripteurs moléculaires. On en dénombre
aujourd'hui plus de 3000 types, qui quantifient des caractéristiques physico-chimiques ou
structurelles de molécules. Ils peuvent être obtenus de manière expérimentale, mais les
descripteurs calculés, et non mesurés, sont à privilégier : ils permettent en effet d'effectuer des
prédictions sans avoir à synthétiser les molécules, ce qui est un des objectifs de la
modélisation. Les descripteurs moléculaires peuvent être divisés en deux grandes catégories
(Poezevara, 2011) : les descripteurs expérimentaux (par exemple : la lipophilie [logP], la
Chapitre 2
32
Relations quantitatives structure – activité
Ils sont calculés à partir de la formule développée de la molécule. Ils peuvent être de
plusieurs types :
Ces descripteurs 2D reflètent les propriétés physiques dans la plupart des cas, mais
sont insuffisants pour expliquer de façon satisfaisante certaines propriétés ou activités, telles
les activités biologiques. Aussi, des descripteurs représentant l'information dérivée de la
représentation en trois dimensions des molécules ont pu être calculés grâce au développement
des techniques instrumentales. Ils sont évalués à partir des positions relatives de ses atomes
dans l'espace, et décrivent des caractéristiques plus complexes. Ces descripteurs apportent
davantage d'informations, et sont nécessaires à la modélisation de propriétés ou d'activités qui
dépendent de la structure 3D. On distingue plusieurs familles importantes de descripteurs 3D :
Les descripteurs géométriques les plus importants sont le volume moléculaire, la
surface accessible au solvant, le moment principal d'inertie.
Les descripteurs électroniques permettent de quantifier différents types
Chapitre 2
33
Relations quantitatives structure – activité
( ) ∑
Dans cette équation, C est la concentration de substance nécessaire pour obtenir une réponse
biologique, b0 est une constante, bi est un coefficient, Di est un descripteur moléculaire et j est
le nombre de descripteurs utilisés.
Les relations QSARs les plus connues ont été introduites par C. Hansh et T. Fujita
(Poezevara, 2011). Une des équations les plus utilisées présume que les propriétés physiques
Chapitre 2
responsable de l'activité biologique peuvent être séparées en trois catégories : (i) une
34
Relations quantitatives structure – activité
composante hydrophobique (π), (ii) une composante électronique (σ) et (iii) une composante
stérique (ES, RM) :
( )
b, c, d, e et f sont des coefficients déterminés durant l'étude QSAR, tandis que π, ES, RM et σ
sont des paramètres fonctions des substituants. L’équation de Hansch est utilisée pour prévoir
l’activité biologique de composés dont la structure est semblable à ceux utilisés pour former
cette équation. Cependant, dans le cas où la valeur prévue est différente de celle déterminée
par l’expérimentation, cela peut signifier que l’activité biologique réelle des composés n’est
pas prise en compte par les paramètres mis en jeu dans le processus de construction de
l’équation.
La régression linéaire multiple est la plus simple des méthodes de modélisation. Son
but est de rechercher une relation linéaire mettant en jeu la variable Y (par exemple la toxicité)
à modéliser et "p" variables xj (les descripteurs par exemple). Le nombre d’observations étant
"n". L’équation linéaire de régression recherchée s’écrit :
où yi est la ième observation de la variable Y ; xi, j est la ième observation de la jème variable ; ai
représentent les coefficients du modèle et εi est l'erreur du modèle. εi est défini comme la
différence (figure 2.1) entre la valeur observée de la grandeur à modéliser pour cet élément i
Chapitre 2
35
Relations quantitatives structure – activité
L'apprentissage est réalisé par minimisation de la somme des ∑ εi)2. Les coefficients du
modèle mesurent l'influence de chacune des variables sur la grandeur étudiée.
L’objectif de cette partie est de donner un aperçu sur les réseaux de neurones artificiels
(RNA). En effet, ces réseaux nécessitent la sélection des variables d’entrée xi (descripteurs par
exemple) ayant une influence sur la donnée "y" à modéliser (toxicité par exemple). Ensuite, il
s’agit de développer une fonction algébrique f, reliant l’évolution de la toxicité à ces
variables. Ceci sera développé à l’aide d’une modélisation, par régression non linéaire vis-à-
vis des paramètres de la fonction estimée, utilisant les réseaux de neurones artificiels (RNA)
(figure 2.2).
Les réseaux de neurones tirent leur puissance de modélisation de leur capacité à capter
les dépendances complexes qui impliquent plusieurs variables simultanément. Les RNA
36
Relations quantitatives structure – activité
présentent en effet une propriété à l’origine de leur succès: ce sont des approximateurs
parcimonieux. En effet, Hornik et al. (1994) ont montré qu’à précision égale, les RNA
nécessitent moins de paramètres ajustables (les poids des connexions) que les approximateurs
universels couramment utilisés, comme par exemple les polynômes (Dreyfus et al. 2002).
Plus précisément, le nombre de coefficients de régression nécessaires à l’obtention d’une
précision donnée varie linéairement avec le nombre de variables dans le cas des RNA, alors
qu’il varie exponentiellement dans le cas des régressions polynomiales. La parcimonie se
révèle donc une propriété d’autant plus importante que le nombre de variables du modèle est
grand. En pratique, dès qu’un phénomène à modéliser fait intervenir plus de deux variables,
les RNA sont en général préférables aux autres méthodes de régression. C’est le cas du
phénomène de la toxicité, connus pour être complexes. Sa modélisation impose de considérer
un grand nombre de variables.
D’une manière générale, les RNA tels que nous les utiliserons ici, permettent d’obtenir
une approximation d’une fonction de régression algébrique reliant les variables d’entrée (les
descripteurs) et la sortie (la toxicité aigüe). Une base de connaissances constituée de couples
entrées-sortie(s) connue(s) est utilisée de manière à entraîner le RNA, c’est-à- dire à
déterminer les meilleurs coefficients de régression nécessaires à l’estimation de la fonction
régressive et à sa généralisation sur des données en aveugle.
Le neurone formel est l’élément essentiel d’un réseau de neurones. C’est un opérateur
mathématique très simple, dont on peut facilement calculer la valeur numérique. Son
fonctionnement est schématisé sur la figure 2.3. Un neurone formel est une fonction
algébrique paramétrée, non linéaire en ses paramètres, et à valeurs bornées. Ses entrées
peuvent être les sorties d’autres neurones ou des entrées de signaux extérieurs. Sa sortie est
une fonction non linéaire f d’une combinaison linéaire v des entrées (xi). Le potentiel v le plus
fréquemment utilisé est la somme pondérée des entrées xi pondérées par les coefficients (wi)
également appelés poids de connexions :
∑
Chapitre 2
Précisons que le poids w0 est affecté à une entrée constante appelé "biais". Une fonction f,
appelée fonction d’activation, est appliquée à ce potentiel v. Cette fonction est la plupart du
37
Relations quantitatives structure – activité
temps une fonction en "S", bornée en ses extrema, continue et dérivable. Le choix d’une
fonction d’activation se révèle dans certains cas être un élément constitutif important des
réseaux de neurones. Il en existe plusieurs types, les plus utilisés étant la fonction sigmoïde, la
fonction arctangente et la fonction tangente hyperbolique. Un neurone formel, réalise donc
l’opération suivante :
( ∑ )
Un neurone formel réalise donc une somme pondérée suivie d’une non-linéarité. Sa sortie est
par conséquent une fonction non linéaire d’une combinaison linéaire des entrées pondérées
par les poids.
Un RNA est formé d’un ensemble de neurones formels interconnectés. Deux grands types
d’architectures peuvent être distingués:
les réseaux de neurones non bouclés. Les réseaux de neurones non bouclés réalisent
une (ou plusieurs) fonction(s) algébrique(s) des entrées, par composition des
fonctions réalisées par chaque neurone. Les réseaux de neurones non bouclés sont des
Chapitre 2
38
Relations quantitatives structure – activité
Le PMC est un réseau de neurones non bouclé caractérisé par une structure bien
particulière (Hornik et al., 1989,1994). La figure2.4 illustre la structure de ce type de réseau.
Ses neurones sont organisés en couches successives où les informations circulent dans un
seul sens, de la couche d’entrée vers la couche de sortie. Les neurones d’une même couche
ne sont pas interconnectés. Un neurone ne peut envoyer son résultat qu’à un neurone situé
dans une couche postérieure à la sienne. Le réseau est formé de plusieurs couches, qui
s’appellent, par convention :
couche d’entrée : cette couche représente toujours une couche associée aux entrées
du système, composée des cellules d’entrée qui correspondent aux k variables
d’entrée.
couche(s) cachée(s) : chaque couche est composée de p neurones, dont la fonction
d’activation est de la famille des courbes en "S" bornées. Ces neurones n’ont aucun
lien avec l’extérieur et sont appelés neurones cachés (Rivals, 1995).
couche de sortie : elle est constituée par la valeur de sortie de la combinaison linéaire
des fonctions sigmoïdes de la couche cachée.
Les neurones sont reliés entre eux par des connexions pondérées. Ce sont les poids de ces
connexions qui gouvernent le fonctionnement du réseau et programment une application de
l’espace des entrées vers l’espace des sorties, à l’aide de la transformation non linéaire
Chapitre 2
(Parizeau, 2004)
39
Relations quantitatives structure – activité
Figure 2.4 : Exemple d’architecture d’un PMC à n variables d’entrée, une couche cachée
avec quatre neurones cachés et une couche de sortie
∑( ( ∑ ))
Avec :
n : le nombre de variables d’entrées
N : le nombre de neurones dans la couche cachée
wi: les poids relatifs à la connexion entre variables d’entrée et neurone
wj: les poids relatifs à la connexion allant du neurone j vers la sortie
wO, j: les poids relatifs à la connexion entre biais et neurone
wO,S: le poids relatif à la connexion entre biais et sortie
Chapitre 2
40
Relations quantitatives structure – activité
Les performances du réseau de neurones sont très souvent liées à son architecture. Or,
le choix de l’architecture est aussi un problème difficile à résoudre. On ne peut pas choisir au
hasard le nombre de neurones de la couche d’entrée ou de la couche intermédiaire. Avec un
nombre limité de neurones, le réseau ne sera pas performant sur l’apprentissage. Avec un
nombre trop important, il sera surentraîné et s’adaptera au bruit généré par les variables qui
constituent la base de données. On juge la performance d’un réseau sur sa capacité à
généraliser les résultats et non pas sur sa capacité à reproduire uniquement les données
connues de l’apprentissage. Ainsi, il n’est pas toujours profitable d’utiliser un réseau avec un
nombre élevé de neurones. Il existe des algorithmes d’adaptation, qui en partant d’un réseau
avec un nombre élevé de neurones, enlèvent des neurones jusqu’à ce que les performances du
réseau en pâtissent de manière trop conséquente. Il existe aussi des algorithmes qui partent
d’un réseau ayant peu de neurones et qui ajoutent progressivement des neurones afin d’en
améliorer les performances.
La détermination de l’architecture optimale est basée sur diverses méthodes
empiriques mettant en jeu plusieurs tests statistiques da validation. Comme nous l’avons
mentionné, nous avons retenu le Perceptron Multicouches comme base du modèle. Nous
structurerons ce réseau en précisant le nombre de couches et de neurones cachés pour que le
réseau soit en mesure de reproduire ce qui est déterministe dans les données.
Nombre de couches cachées : Mis à part les couches d’entrée et de sortie, il faut
décider du nombre de couches intermédiaires ou cachées. Sans couche cachée, le
réseau n’offre que de faibles possibilités d’adaptation. Néanmoins, il a été démontré
qu’un Perceptron Multicouches avec une seule couche cachée pourvue d’un nombre
suffisant de neurones, peut approximer n’importe quelle fonction continue et bornée
avec la précision souhaitée (Hornik, 1991).
Nombre de neurones cachés : Chaque neurone peut prendre en compte des profils
spécifiques de neurones d’entrée. Un nombre plus important permet donc de mieux
coller aux données présentées mais diminue la capacité de généralisation du réseau. Il
faut alors trouver le nombre adéquat de neurones cachés nécessaire pour obtenir une
approximation satisfaisante. Le nombre de neurones caches dépend du type de
données dont on dispose. Suivant les cas, on utilisera différentes méthodes
Chapitre 2
41
Relations quantitatives structure – activité
42
Relations quantitatives structure – activité
utilisées dans cette étude et la méthodologie employée concernant ce découpage entre base
d’apprentissage et base de validation.
La conception d’un modèle non linéaire en ses paramètres comprend plusieurs étapes
dont la sélection des entrées du modèle. Ces entrées doivent être dans notre cas,
physiquement et chimiquement représentatives de la toxicité. Autrement dit, il est nécessaire
de vérifier que l’information contenue dans les variables d’entrée a bien une influence sur la
variable de sortie que l’on tente de modéliser. Si ce n’est pas le cas, il est indispensable de les
supprimer. Cette réduction dimensionnelle (sans perte d’information) est effectuée par
l’utilisation de méthodes statistiques. Cette sélection doit évidemment tendre vers
l’exhaustivité, sans introduire de redondance. Cette sélection, à partir de la somme des
variables candidates à l’élaboration de la fonction de régression, doit nous permettre
d’éliminer les moins pertinentes d’entre elles.
Plusieurs techniques statistiques d’élagage des variables d’entrée pourraient être
utilisées. L’une d’entre elles consiste à maximiser un critère statistique en retirant pas à pas
les poids wi des connexions neuronales qui n’apportent pas d’amélioration de l’erreur
quadratique moyenne (EQM). Cette élimination conduit à ne garder que les variables d’entrée
pertinentes. Le critère utilisé, appelé BIC (Bayesian Information Criterium), représente le
logarithme népérien de l’erreur moyenne quadratique pénalisée par une fonction entre le
nombre de poids et de données d’apprentissage :
( )
où:
N est la taille des données d’apprentissage
W est le nombre de paramètres ou poids ajustables wi des différentes connexions
EQM est l’erreur quadratique moyenne, définie par:
∑( )
Chapitre 2
avec yobservé et yprédite les valeurs respectivement mesurées et estimées par le modèle.
43
Relations quantitatives structure – activité
2.6.9 Apprentissage
Une fois l’architecture choisie, elle doit subir une phase d’apprentissage. Cette dernière
consiste à calculer les poids wi de telle manière que les sorties du réseau de neurones soient,
pour les exemples utilisés lors de l’apprentissage, aussi proches que possibles des sorties
désirées. Celles-ci correspondent à la valeur de la fonction que l’on veut approcher ou à la
sortie du processus que l’on veut modéliser. L’apprentissage correspond donc à la phase du
développement du réseau durant la quelle les coefficients de la régression sont modifiés
jusqu’à l’obtention du comportement désiré. Il existe deux types d’apprentissage, supervisé
ou non supervisé.
L’apprentissage est dit supervisé lors que les exemples sont constitués des couples de
valeurs du type:(valeur d’entrée, valeur de sortie désirée). Tout le problème de
l’apprentissage supervisé consiste, étant donné un ensemble d’apprentissage de n
couples (entrée-sortie associée), à déterminer le vecteur des poids wi d’un réseau
capable de mettre ces informations en correspondance.
L’apprentissage est qualifié de non supervisé lors que seules les valeurs d’entrée sont
disponibles. Dans ce cas, les exemples présentés à l’entrée provoquent une auto-
adaptation du réseau afin de produire des valeurs de sortie qui soient proches des
réponses à des valeurs d’entrée similaires.
Dans notre étude, comme nous disposons des valeurs de sortie, nous avons choisi
l’apprentissage supervisé, mettant en jeu un algorithme d’optimisation (figure 2.5).Ce dernier
cherche à minimiser, par des méthodes d’optimisation non linéaire, une fonction de coût qui
constitue une mesure de l’écart entre les réponses réelles du réseau et ses réponses désirées
(Dreyfus et al., 2002).
44
Relations quantitatives structure – activité
Le fait que les réseaux de neurones soient non linéaires par rapport aux poids leur confère
l’avantage de la parcimonie décrit précédemment, mais, par contre, rend l’apprentissage plus
compliqué que la méthode des moindres carrés utilisé en régression classique. En effet, si le
modèle est linéaire par rapport à ses poids alors la fonction d’erreur des moindres carrés est
quadratique par rapport à ceux-ci: elle ne présente qu’un minimum. Quand le modèle est non
linéaire par rapport aux poids, la fonction d’erreur peut présenter plusieurs minima: on parle
de "minima locaux", parmi les quels il convient de trouver le "minimum vrai" c’est-à-dire le
plus petit. La figure 2.5 illustre ce problème. C’est pour quoi la méthode d’estimation des
poids wi procède par itérations afin de minimiser au mieux la fonction d’erreur.
45
Relations quantitatives structure – activité
√ ∑
√ ∑
Avec nappr et nvalid les nombres de données constituant respectivement les bases
d’apprentissage et de validation du modèle.
2. 6. 12 Validation du modèle
Une fois les poids de chaque connexion du réseau optimisés, il faut évaluer les
performances du réseau, en d’autres termes la qualité de la régression. Cette qualité garantit
les capacités de généralisation du modèle. Cette estimation doit être réalisée sur un
ensemble composé de données composant des couples entrée-sortie n’appartenant pas à la
Chapitre 2
base d’apprentissage. On procède à ce que l’on appelle une validation en aveugle. Elle
permet à la fois d’apprécier les performances du système neuronal et de détecter le type de
46
Relations quantitatives structure – activité
données qui pose problème. Si les performances ne sont pas satisfaisantes, il faudra, soit
modifier l’architecture du réseau, soit modifier la base d’apprentissage. C’est ainsi que l’on
pourra évaluer la qualité de la généralisation offerte par le modèle établi, à l’aide de divers
indicateurs statistiques présentés plus loin dans ce chapitre. Une validation rigoureuse du
modèle produit se traduit donc par une proportion importante de prédictions exactes. Cette
évaluation ne pourra être faite que sur cet ensemble de validation en aveugle uniquement.
En conclusion, nous récapitulons, sur la figure 2.7 toutes les étapes nécessaires à la
construction d’un modèle neuronal.
Chapitre 2
47
Les pesticides
Chapitre 3
LES PESTICIDES
Sommaire
48
Les pesticides
3.1 HISTORIQUE
Depuis très longtemps, les pesticides ont été utilisés pour protéger les cultures et la
santé publique. L'agriculture repose sur les pesticides pour produire des aliments de haute
qualité et assurer des approvisionnements réguliers. Dans certains cas, ces substances peuvent
faire la différence entre le succès et l'échec d'une culture. Les pesticides sont devenus une
partie vitale de l'agriculture moderne et de la protection des aliments des dommages causés
par les insectes, les mauvaises herbes, les maladies et les rongeurs.
La gamme des pesticides disponibles s’est alors rapidement diversifiée et leur usage a
connu un très fort développement au cours des décennies suivantes. Petit à petit, ils se sont
49
Les pesticides
imposés dans les usages domestiques (anti-moustiques par exemple), dans le traitement de la
voierie publique, des voies ferrés, des aérodromes, des routes, des terrains de golf, des stades,
des espaces verts et des [Link] pesticides ayant des propriétés antiseptiques et
désinfectantes ont eu leur part d’utilisation en médecine. Cependant, cette utilisation massive
de centaines de pesticides a aussi engendré divers problèmes, entre autres la disparition
d’insectes bénéfiques. Par ailleurs, le développement de résistances vis-à-vis des pesticides
(Holmes, 2010 ; Walker et al., 2011) a fait que beaucoup d’entre eux ne sont plus efficaces.
Cet état de fait a poussé les agriculteurs à utiliser des doses plus élevées, des applications
plus fréquentes et des combinaisons de pesticides.
Les pesticides sont classés par grandes familles selon un triple classement.
Les fongicides : destinés à éliminer les moisissures et parasites (champignons...) des plantes.
Les fongicides les plus anciens sont le soufre, le cuivre et ses dérivés organiques
Les herbicides : destinés à lutter contre certains végétaux (les " mauvaises herbes "), qui
entrent en concurrence avec les plantes à protéger en ralentissant leur croissance. Leur mode
d'épandage est différent puisqu'ils sont déposés directement au sol, par opposition aux autres
produits, plutôt pulvérisés sur la plante en croissance. Les herbicides constituent aujourd'hui
Chapitre 3
50
Les pesticides
Les organochlorés, pesticides de synthèse à base de chlore. Ils sont parmi les plus
anciens et les plus persistants. Ils sont surtout utilisés comme insecticides en
agriculture.
Les organophosphorés, eux aussi utilisés comme insecticides. Ils ont été développés à
partir des années 1970. Ces produits présentent une toxicité aiguë bien plus forte que
les organochlorés.
Les carbamates, utilisés comme fongicides et insecticides. Tout comme les
organophosphorés, les carbamates sont extrêmement toxiques et donnent lieu à de
nombreuses intoxications.
Les phénox utilisés comme herbicides.
Les organo-azotés, repérables par le suffixe "zine", principalement utilisés comme
herbicides.
Les urées, repérables par le suffixe "uron", utilisés comme herbicides et fongicides.
51
Les pesticides
La toxicologie est la science qui s’intéresse à la toxicité des substances et à leurs effets
sur l’organisme. Par ailleurs, l’écotoxicologie évalue l’impact d’une substance sur
Chapitre 3
52
Les pesticides
Pour évaluer la toxicité aigüe d’un pesticide, on utilise des indicateurs quantitatifs. Le
plus utilisé est la Dose Létale 50 ou DL50 (LD50 en anglais pour Lethal Dose 50). Il a été
inventé par J.W. Trevan en 1927 et permet de classifier tous les produits selon leur nocivité
pour l'homme à court et à moyen termes (Poezevara, 2011). La DL50 correspond à la dose
d’une substance pouvant causer la mort de 50 % d’une population animale dans des
Chapitre 3
53
Les pesticides
de matière active par kilogramme d'animal. Plus ce chiffre est petit, plus la substance est
toxique. Notons que chaque mesure repose sur un contexte expérimental bien précis, défini
pour l'espèce étudiée, son sexe, le mode d'introduction dans l'organisme ou encore la durée
d’exposition.
Lorsque la toxicité mesurée est semblable chez toutes les espèces d'animaux testées,
l'hypothèse est émise qu'elle sera probablement semblable chez les humains. Lorsque les
mesures sont différentes chez diverses espèces animales, des approximations et diverses
hypothèses permettent d'estimer la dose mortelle probable chez l'homme (Poezevara, 2011).
L’Algérie est un pays à vocation agricole avec une superficie totale qui s’élève à 238
millions d’hectares dont 191 millions sont improductifs. La superficie agricole globale
exploitée est estimée à 47 millions d’hectares, dont 32 millions d’hectares de parcours, 7
millions de forêts et de maquis et 8500 km2 de terres agricoles utiles (FAO, 2014).
Dans notre pays, l’usage des produits phytosanitaires, des insecticides, des fertilisants,
et autres se répand de plus en plus avec le développement de systèmes de culture «intensifs»,
fondés sur le recours aux pesticides et la recherche de hauts rendements. L’utilisation des
pesticides et des engrais est relativement importante pour les cultures menées sous serre. Par
ailleurs, la prolifération des moustiques dans toutes les agglomérations du pays oblige aussi
les ménages à utiliser en abondance divers types d’insecticides. Le nombre de produits
phytosanitaires commercialisés est de l’ordre de 400 produits dont une quarantaine de
variétés sont largement utilisées par les agriculteurs (Bouziani, 2007).
lutte contre les zoonoses et plus particulièrement dans la lutte contre une pathologie
54
Les pesticides
dénommée "leishmaniose", une maladie qui a pris de l’ampleur dans toutes les régions du
pays (Bouziani, 2007).
Si l’on se réfère aux statistiques de l’organisation des nations unies pour l’alimentation
et l’agriculture (FAO, 2014) en ce qui concerne les importations de pesticides entre les années
2000-2012 (Figure 3.1), on remarque que notre pays se situe en position médiane vis-à-vis de
la Tunisie et du Maroc. Les importations de ce dernier pays sont de loin les plus importantes.
D’autre part, les importations de l’Algérie suivent une courbe ascendante à partir de l’année
2010.
Par ailleurs, en regardant de près la part de chaque type de pesticides dans les
importations Algériennes, on s’aperçoit que le gros de ces importations est à l’actif des
insecticides. La part réservée aux herbicides et aux fongicides est presque la même avec
quelquefois un léger avantage pour les fongicides (Figure 3.2).
L’utilisation excessive des pesticides est synonyme d’une pollution massive des
milieux naturels (sols, eaux superficielles, nappes souterraines, …etc.) par les pesticides et
leurs résidus et ce dans toutes les régions du pays. Compte tenu du manque de données et/ou
Chapitre 3
de publications se rapportant aux impacts des pesticides d’une manière générale et vue que les
analyses des résidus de pesticides pour évaluer le degré de contamination des cultures et des
55
Les pesticides
système alimentaire.
56
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Chapitre 4
Sommaire
description de cette toxicité, nous avons opté pour l’utilisation des descripteurs obtenus par
calcul moyennant l’utilisation du logiciel Dragon 1.0. La méthode permettant de sélectionner
57
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
les descripteurs pertinents qui constitueront la base de données revêt une importance capitale
car elle conditionne la qualité du modèle qui sera obtenu.
Le second axe sera consacré aux techniques les plus courantes pour établir des
modèles QSAR : la régression linéaire multiple (RLM ou MLR en anglais) et les réseaux de
neurones artificiels (RNA). Le troisième et dernier axe traitera du développement des modèles
QSAR. Il sera question de l’ensemble des étapes permettant l’élaboration de deux modèles
linéaire (par RLM) et non linéaire (par RNA) de prédiction de la toxicité orale aigüe. Pour
estimer les performances des deux modèles, nous utiliserons un certain nombre d’indicateurs
statistiques. Pour estimer les performances d’interpolation des modèles, on utilisera un
ensemble de pesticides qui n’ont pas été inclus dans la base de données ayant servi à
l’apprentissage et à la validation.
La seconde partie de ce chapitre se veut une application à l’élaboration de modèles
QSAR pour la prédiction de la toxicité aigüe de pesticides. On y discutera des résultats
obtenus et on les comparera aux quelques résultats disponibles dans la littérature.
Deux étapes sont les plus couramment pratiquées dans le développement d'un modèle
QSAR. La première a trait à la préparation des données, qui comprend la collecte et le
nettoyage de données, le calcul de descripteurs moléculaires pour les produits chimiques
ciblés et le prétraitement de la base de données. La deuxième étape est celle de la génération
du modèle, qui permet l'établissement de relations statistiquement significatives entre la
propriété ciblée (toxicité par exemple) et les valeurs des descripteurs.
La DL50 (Dose Létale) est une façon de mesurer le potentiel toxique à court terme
(toxicité aiguë) d'une matière. La DL50 est définie comme la quantité d'une matière (pesticide
par exemple) administrée en une seule fois, qui cause la mort de 50 % (la moitié) d'un groupe
d'animaux d'essai.
La toxicité orale aiguë chez le rat de 416 pesticides (répartis en 82 fongicides, 126 herbicides,
200 insecticides, 5 rodenticides, 2 acaricides et 1 bactéricide) appartenant à des classes
Chapitre 4
chimiques différentes (Annexe A) exprimées en dose létale (DL50 - mmol / kg) ont été
recueillies à partir des données sélectionnées à partir des sources suivantes : the Pesticide
58
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
59
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
échantillons.
60
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Nombre par
Catégorie de descripteurs
catégorie
Constitutional descriptors 48
Topological descriptors 119
Walk and path counts 47
Connectivity indices 33
Information indices 47
2D autocorrelations 96
Edge adjacency indices 107
Burden eigenvalue descriptors 64
Topological charge indices 21
Eigenvalue-based indices 44
Randic molecular profiles 41
Geometrical descriptors 74
RDF descriptors 150
3D-morse descriptors 160
WHIM descriptors 99
GETAWAY descriptors 197
Functional group counts 154
Atom-centred fragments 120
Charge descriptors 14
Molecular properties 29
Total 1664
Chapitre 4
61
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Par ailleurs, les descripteurs sélectionnés ne doivent pas être multicolinéaires. Pour
détecter les multicolinéarités et identifier les descripteurs qui y sont impliqués, on détermine
soit leur coefficient de corrélation R2 ou le paramètre VIF (Variance Inflation Factor) qu’on
calcule selon l’équation 4.1 suivante :
La structure de la base de données finale est schématisée ci-après sur la figure 4.3.
modèles QSAR sont la régression linéaire multiple (RLM) et les réseaux de neurones
artificiels (RNA).
62
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
La régression linéaire multiple est un outil statistique dont l’objectif est d’établir une
relation linéaire entre une propriété d’intérêt (toxicité par exemple) et un ensemble de
variables (descripteurs dans notre cas) et ce suivant l’équation 4.2 suivante :
Les Réseaux de Neurones Artificiels (RNA) sont particulièrement bien adaptés pour
les modèles QSAR / QSPR en raison de leur capacité à extraire des informations non-linéaires
présentes dans la matrice de données (Yangjeh et Jenagharad, 2009). Pour trouver un modèle
non linéaire entre les descripteurs moléculaires sélectionnés selon la méthode pas à pas et la
toxicité aiguë, l'utilisation de la méthode RNA est nécessaire et est devenue une technique de
modélisation importante. Elle est largement utilisée pour les études de QSAR non linéaires et
est un outil puissant pour construire des modèles prédictifs. Le type de réseaux de neurones
retenu pour ce travail est le perceptron multicouche (PMC). Le perceptron multicouche est un
des réseaux de neurones les plus utilisés pour des problèmes d’approximation, de
classification et de prédiction.
L’objectif principal de toute modélisation QSAR est que le modèle développé doit être
suffisamment robuste pour être capable de faire des prévisions fiables sur les activités
biologiques (toxicité par exemple) de nouveaux composés qui n'ont pas été testés
biologiquement. Ainsi, il est important de déterminer la capacité du modèle QSAR développé
pour prédire les activités des composés qui ne sont pas présents dans l'ensemble
d'apprentissage. Tropsha et al. (2003) soulignent d’ailleurs l'importance de la validation
Chapitre 4
rigoureuse, une partie intégrante essentielle de l'élaboration de modèles QSAR. Pour une
63
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
évaluation réaliste du véritable pouvoir prédictif des modèles établis lors de ce travail, trois
axes de travail ont été adoptés :
1. la stabilité et la robustesse ont été validées quantitativement en utilisant la validation
croisée avec un certain nombre de paramètres statistiques.
2. Le domaine d’applicabilité de ce modèle a été défini.
3. Le pouvoir prédictif de ce modèle a été testé par utilisation du modèle mathématique
obtenu.
L’une des méthodes couramment utilisée pour déterminer la capacité prédictive d'un
modèle QSAR (Wold et Eriksson, 1995 ; Pigram et McDonald 2001) est une validation
interne appelée validation croisée. Cette méthode a pour but de tester les performances de
généralisation et ce à partir des produits qui ont été utilisés pour élaborer le modèle. Pour ce
faire, une certaine proportion d'observations est affectée à l’ensemble d'apprentissage et les
observations restantes sont affectées à l’ensemble de validation. L'ensemble d'apprentissage a
pour but de minimiser l'erreur et ensuite vérifier avec l’ensemble de validation après chaque
itération afin d’éviter un sur-apprentissage et une perte de la capacité de généralisation.
plus (R2adjusté) est proche de 1, plus la corrélation entre les valeurs expérimentales et prédites
est meilleure.
Afin d'estimer la véritable puissance prédictive d'un modèle QSAR, on doit comparer les
activités prédites et observées (expérimentales) d'un assez grand ensemble de test externe de
64
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
composés qui n'ont pas été utilisés dans l'élaboration du modèle (Golbraikh et Tropsha.,
2002). C'est la précision de la performance sur cet ensemble de test qui détermine le réel
pouvoir de prédiction d'un modèle QSAR. Le pouvoir de prédiction d'un tel modèle peut être
estimé par le coefficient Q2LOO calculé selon l’équation suivante :
∑ ( )
∑ ( ̅)
Une valeur de Q2LOO > 0.5 est généralement considérée comme satisfaisante, une valeur
supérieure à 0.9 est excellente.
En plus des 2 paramètres cités ci-dessus, il est vivement recommandé pour juger de la
qualité de prédiction du modèle, de considérer la racine de l'écart quadratique moyenne (voir
équations 4.5) calculée sur l’ensemble de validation. Ces valeurs de REQM sont mieux
adaptées pour juger de la qualité d'un modèle que les valeurs de et seules.
∑ ( )
√
Même les modèles les plus exhaustifs et validés, ne peuvent prédire des propriétés de
manière fiable pour l’intégralité des composés existants. Aussi, les domaines d’applicabilité
(AD) des modèles doivent-ils être définis et seules les prédictions concernant des molécules
dans ce domaine peuvent être considérées comme recevables. En effet, un modèle QSPR n’est
Chapitre 4
pas destiné à être employé en dehors de son domaine d’applicabilité, c'est-à-dire en dehors de
65
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
l’espace chimique couvert par son jeu d’entraînement. La détermination des AD est donc
d’une grande importance (OCDE, 2009).
Le domaine d’applicabilité d’un modèle a été récemment (Netzeva et al, 2005) défini
comme suit: "Le domaine d'applicabilité d'un modèle QSAR est la portion de l’espace dans
laquelle le modèle fait des prédictions avec une fiabilité donnée. Ainsi, le domaine
d'applicabilité est une région théorique dans l'espace défini par la réponse modélisée et les
descripteurs du modèle, pour laquelle un modèle QSAR donné devrait faire des prévisions
fiables. Cette région est définie par la nature des produits chimiques dans l'ensemble
d'apprentissage et de validation. Dans ce domaine, les lignes droites horizontales et verticales
indiquent les limites des valeurs normales: la première pour les valeurs aberrantes et la
deuxième pour les produits chimiques influents.
Le domaine d'applicabilité du modèle QSAR est défini à partir du diagramme de
Williams (plot Williams) reliant les leviers "h ii" (leverages) des produits (calculés par le
logiciel STATISTICA) en fonction des résidus normalisés "d i" (équation 4.8). La valeur du
levier critique h* est donnée par l’équation 4.9 ci-dessous.
∑
√
66
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Une variable d’entrée avec des poids de connexions forts est significative d’une forte
Chapitre 4
contribution sur la prédiction du réseau par rapport aux autres variables caractérisées par des
poids de connexions plus petits.
67
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Au cours de ce travail, nous avons eu à utiliser plusieurs logiciels (voir capture d’écran sur la
figure 4.4 ci-dessous) :
• STATISTICA (STATISTICA 7.0, Tulsa, StatSoft Inc., OK, États-Unis)
• MATLAB R2010b
• XLSTAT 2012
Chapitre 4
68
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Elle a été consacrée à la prédiction de la toxicité orale aigüe chez le rat d’une série
d’herbicides. La première étape a été la sélection des descripteurs pertinents. On présentera
l’ensemble des étapes permettant l’élaboration de deux modèles, linéaire (par MLR) et non
linéaire (par RNA) de prédiction de la toxicité orale aigüe. Pour le modèle MLR, on discutera
de son développement et on donnera l’expression mathématique obtenue. En ce qui concerne
le modèle relatif au RNA, on traitera tour à tour le découpage de la base de données,
l’apprentissage et l’optimisation du réseau de neurones, la validation du modèle neuronal,
l’expression mathématique ainsi que la contribution de chaque descripteur. Pour estimer les
performances des deux modèles, nous utiliserons un certain nombre d’indicateurs statistiques.
Pour estimer les performances d’interpolation des modèles, on utilisera un ensemble de
pesticides qui n’ont pas été inclus dans la base de données ayant servi à l’apprentissage et à la
validation. Une comparaison avec les quelques modèles rapportés dans la littérature clôturera
ce chapitre.
Nous avons sélectionné 62 composés de la famille des herbicides. Leur toxicité orale
aigüe sur les rats (en mg/Kg), leur masse molaire et leur écriture SMILES ont été tirées des
sites internet indiqués au paragraphe 4.1 de ce présent chapitre. L’unité de la toxicité a ensuite
été convertie en mmol/Kg.
4.1.3 sont répertoriés sur le tableau 4.2 ci-dessous. Finalement 160 descripteurs ont été
obtenus. Pour la sélection des descripteurs pertinents, la régression multiple pas à pas
69
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
(Stepwise MLR) a ensuite été utilisée (Xu et Zhang, 2001). Dans cette procédure une variable
qui est utilisée dans le modèle dans les premières étapes de sélection peut être supprimée dans
la suite des étapes. L'addition graduelle d'autres descripteurs se poursuit pour trouver les
meilleurs modèles de régression multi-paramètres avec les valeurs optimales des critères
statistiques (valeurs les plus élevées du coefficient de détermination). Au final, 18
descripteurs ont été sélectionnés. Comme le nombre d’herbicides utilisé est de 62, il est
important de réduire le nombre de descripteurs jusqu'à ce que le rapport "nombre d'herbicides
/ prédicteurs" soit égal ou supérieur à 5 (Huynh, 2007).
70
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Pour la sélection des descripteurs les plus importants et pour sélectionner le nombre
optimal, les influences du nombre de descripteurs sur les coefficients de corrélation (R 2,
R2ajusté) et sur la racine de l'erreur quadratique moyenne (REQM) ont été étudiées pour les
dix-huit descripteurs. Les résultats sont reproduits sur la figure 4.5. On remarque que les
valeurs de R2 et R2ajusté augmentent avec l'augmentation du nombre de descripteurs.
Cependant, les valeurs de la REQM diminuent avec l'augmentation du nombre de
descripteurs. Aussi, au-delà de 12 descripteurs, on n’observe aucune amélioration
significative de ces paramètres statistiques. Pour ces raisons, le nombre de descripteurs
retenus pour développer le modèle est de douze.
Finalement, les 12 descripteurs retenus sont : MATS2p et MATS6m (2D Autocorrelations
indices), C-013 et N-072 (Atom- centred fragments), DISPe (Geometrical Descriptors),
HATSe et HATS0m (Getaway Descriptors) et Du, G1s, E1u, G3p (Whim Descriptors) et nS
(Constitutional descriptors).
Figure 4.5 : Influence du nombre de descripteurs sur les paramètres statistiques R2, R2ajusté et
REQM.
Pour statuer sur la relation entre les descripteurs, la matrice de corrélation de ces
derniers a été établie et reproduite sur le tableau 4.3. Sur la base des résultats obtenus, on peut
Chapitre 4
voir que la valeur du coefficient de corrélation la plus élevée de chaque paire de descripteurs
choisis est de 0,619, ce qui signifie que les descripteurs retenus sont indépendants.
71
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
HATS0m HATSe nS DISPe N-072 MATS2p C-013 Du MATS6m G1s E1u G3p
HATS0m 1.000 0.242 -0.236 0.084 -0.145 0.045 -0.026 -0.297 0.071 0.021 -0.152 -0.034
HATSe 1.000 -0.050 0.400 0.028 0.516 0.440 -0.441 -0.161 -0.396 -0.272 -0.273
nS 1.000 -0.001 0.095 -0.169 0.109 0.147 0.326 -0.163 0.032 -0.093
DISPe 1.000 0.213 0.224 0.619 -0.097 -0.088 -0.188 -0.079 -0.065
N-072 1.000 0.370 0.186 0.186 -0.092 -0.199 0.099 -0.235
MATS2p 1.000 0.202 -0.357 -0.265 -0.335 -0.162 -0.277
C-013 1.000 0.099 0.121 -0.079 0.091 -0.046
Du 1.000 0.152 0.392 0.582 -0.145
MATS6m 1.000 -0.068 0.107 -0.025
G1s 1.000 0.549 0.524
E1u 1.000 0.309
G3p 1.000
D’autre part, la multicolinéarité entre les douze descripteurs a été vérifiée par le calcul
du paramètre VIF. Si le VIF se trouve dans la gamme de valeurs de 1 à 5, le modèle est
acceptable. Comme on peut le voir sur le tableau 4.4, toutes les variables ont des valeurs du
VIF inférieures à 3.956, ce qui indique que le modèle obtenu a une signification statistique
(Confais et Le Guen, 2006). La valeur du facteur d'inflation de la variance est calculée par le
logiciel XLSTAT.
Les 12 descripteurs sélectionnés ont été utilisés pour développer des modèles
prédictifs. Deux approches différentes pour élaborer des modèles de prévision QSAR ont été
utilisées. Le modèle linéaire a été développé par l'application de la régression linéaire multiple
(RLM). La RLM est l’une des méthodes les plus couramment utilisées (Sarkhosh et al., 2012).
Elle consiste en une relation quantitative entre un groupe de variables prédictives (X) et une
réponse Y comme décrit dans le chapitre 2.
Par ailleurs, très souvent, les données biologiques (la toxicité dans notre cas) doivent
être transformées avant d’être utilisées pour dériver un modèle QSAR. Ainsi, par exemple, les
valeurs de la DL50 doivent être exprimées sur une base molaire. En outre, ces données doivent
être converties en 1/DL50 ou en une échelle logarithmique (Devillers., 2013).
a) Modèle RLM
Le modèle obtenu pour la prédiction de la toxicité aiguë par voie orale des herbicides
Chapitre 4
sur des rats, en utilisant 62 composés, est le modèle linéaire suivant (équation 4.8) avec les
paramètres statistiques y afférant :
72
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
[ ] [ ] [ ] [ ]
[ ] [ ] [ ] [ ]
[ ] [ ] [ ] [ ]
N=62, R2 =0.855, R2adj. =0.809, R2prediction = 0.880, RMSE=0.270, F=18.664, p < 0.0001
Les modèles QSAR sont généralement des fonctions de la structure d'une molécule,
des propriétés électroniques et d'hydrophobicité (Sanderson et al., 2004). Dans notre modèle
MLR, MATS6m, C-013, N-072, HATS0m, Du, G1, E1U implique la structure de la
molécule. MATS2p, DISPe, HATSe, G3p représentent les propriétés électroniques
(polarisabilité et électronégativité). Le descripteur nS implique le nombre d'atomes de soufre.
73
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Les descripteurs utilisés dans notre modèle ont été utilisés dans des modèles QSAR
rapportés dans la littérature. Dans une modélisation QSAR de toxicité aiguë DL50 pour les rats
causée par des composés aromatiques, Rasulev (Bakhtiyor et al., 2010) a constaté que le
descripteur MATS2p contribue de manière significative à la toxicité de ces composés. Dans
une autre étude sur la pénétration de la barrière hématoencéphalique, l'absorption intestinale
humaine et l' hydrophobicité, Soto (Soto et al., 2009) a proposé des modèles QSAR linéaire et
QSPR non linéaires qui comprennent le descripteur MATS2p. Des modèles de haute qualité
statistique interne et externe pour prédire la toxicité d’un ensemble de 28 composés ont été
développés par Borges (Borges, 2012) avec le descripteur MATS2p. Le descripteur E1u a été
employé dans un autre modèle QSAR sur la prédiction de la DL50 orale chez le rat de 58
produits chimiques polyfluorés développé par Bhhatarai et Gramatica (2011). Les auteurs ont
conclu qu’E1u est l'un des descripteurs les plus importants.
Par ailleurs, certains auteurs (Xu et al., 2012 ; Tugcu et al., 2012 ; Duchowicz et al ,
2009 ; . Hongying et al, 2008 ; Ning. Xin et al., 2010) ont constaté que parmi les descripteurs
qui affectent la toxicité des composés étudiés, une grande partie appartient à la catégorie des
descripteurs WHIM, descripteurs Getaway, descripteurs 2D autocorrélations et descripteurs
Atome centered fragments. Pour notre étude, un grand nombre de descripteurs (67%)
impliqués dans le modèle appartiennent également à ces 4 catégories. Il est évident que les
descripteurs de ce type ont une importance majeure dans la toxicité des herbicides.
Chapitre 4
La toxicité aiguë par voie orale d'herbicides prédite selon le modèle RLM est reportée
dans le tableau 4.5 ci-contre et sur la figure 4.6 ci-dessous.
74
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Tableau 4.5 : Valeurs des toxicités aigües expérimentales, prédites par RLM et par RNA
1/DL50 (mmol/Kg)-1
CAS
Herbicide Prédite par Prédite par
number Expérimentale
RLM RNA
2,4,5-trichlorophenol* 95-95-4 0,24 0,32 0.30
2,4,5-trichlorophenoxyacetic acid 93-76-5 0,51 0,36 0,51
2,4-DB* 94-82-6 0,28 0.15 0.28
2,4-dichlorophenoxyacetic acid 94-75-7 0,47 0,45 0,42
2-naphthyloxyacetic acid 120-23-0 0,04 -0,03 -0,14
4-chlorophenoxy)acetic acid 122-88-3 0,22 0,33 0,30
Acetochlor 34256-82-1 0,14 0,12 0,23
Acifluorfen 50594-66-6 0,26 -0,22 0,25
Acrolein 107-02-8 1,93 1,80 1,64
Alachlor 15972-60-8 0,29 0,28 0,26
Allidochlor 93-71-0 0,60 0,32 0,51
Ametryn 834-12-8 2,07 1,00 2,09
Amicarbazone 129909-90-6 0,24 -0,06 0,06
Amiprofos-methyl 36001-88-4 0,98 0,72 0,83
Anilofos 64249-01-0 0,78 0,82 0,84
Barban* 101-27-9 0,49 0.36 0,47
Benazolin ethyl 25059-80-7 0,07 0,34 0,12
Bensulide 741-58-2 1,47 1,19 1,43
Bentazone 25057-89-0 0,48 0,50 0,34
Benzthiazuron 1929-88-0 0,16 0,50 0,34
Bromacil 314-40-9 0,20 0,34 0,34
Bromofenoxim* 13181-17-4 0,42 0.40 0,70
Bromoxynil 1689-84-5 3,42 2,86 3,42
Bromoxynil heptanoate 56634-95-8 1,34 1,78 1,31
Bromoxynil octanoate* 1689-99-2 1,69 1,25 1.78
Butachlor 23184-66-9 0,16 0,08 0,12
Butamifos 36335-67-8 0,53 0,78 0,68
Buthidazole* 55511-98-3 0,17 0.01 0,30
Butralin* 33629-47-9 0,28 0.36 0,16
Butroxydim 138164-12-2 0,24 0,20 0,30
Buturon 3766-60-7 0,13 0,07 0,09
Butylate 2008-41-5 0,06 0,22 0,04
Carbetamide 16118-49-3 0,14 0,13 0,15
Chlorbromuron 13360-45-7 0,14 0,14 0,23
Chlorbufam 1967-16-4 0,09 0,32 0,15
Chlorfenac 85-34-7 0,13 0,28 0,18
Ethanedial 557-30-2 0,49 0,46 0,49
Ethoxysulfuron 126801-58-9 0,12 0,21 0,12
Ethyl dipropylthiocarbamate 759-94-4 0,21 0,17 0,16
Chapitre 4
75
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
1/DL50 (mmol/Kg)-1
CAS
Herbicide Prédite par Prédite par
number Expérimentale
RLM RNA
Methanecarboxylic acid* 758-12-3 0,02 -0,14 -0,03
Propachlor 1918-16-7 0,38 0,23 0,34
Propanil 709-98-8 0,23 0,45 0,25
Propazine 139-40-2 0,06 0,13 0,08
Propisochlor* 86763-47-5 0,12 0.16 0,11
Prosulfocarb 52888-80-9 0,14 0,36 0,10
Prosulfuron 94125-34-5 0,43 0,41 0,46
Prynachlor 21267-72-1 0,19 0,32 0,22
Pyrazoxyfen 71561-11-0 0,25 0,11 0,12
Quinclorac 84087-01-4 0,09 0,10 0,10
Quizalofop-ethyl 76578-14-8 0,26 0,27 0,25
Quizalofop-P-ethyl 100646-51-3 0,32 0,14 0,13
Quizalofop-P-tefuryl* 119738-06-6 0,42 0.14 0,24
Sethoxydim 74051-80-2 0,12 0,73 0,25
Simetryn 1014-70-6 0,28 0,76 0,29
S-metolachlor 87392-12-9 0,11 -0,01 0,08
Tebutam 35256-85-0 0,04 0,04 0,13
Tebuthiuron 34014-18-1 0,35 0,20 0,37
Tepraloxydim 149979-41-9 0,07 0,15 0,18
Thiazafluron 25366-23-8 0,86 0,53 0,87
Tralkoxydim 87820-88-0 0,35 0,28 0,35
Triclopyr butotyl* 64700-56-7 0,62 0,35 0,59
Comme on peut le constater (tableau 4.5 et figure 4.6), les valeurs prédites pour
1/DL50 par la RLM sont en bon accord avec les valeurs expérimentales. Plus que cela, la
grande valeur du coefficient F, qui est de 18,664 signifie que l'équation (4.9) est significative
pour prédire les valeurs de 1/DL50. Par ailleurs, le modèle présente une valeur du coefficient
R2ajusté de 0,809, ce qui implique une bonne concordance entre les valeurs prédite et
expérimentales. D'autre part, les erreurs relatives pour les herbicides étudiés ont été
examinées à l'aide des résidus normalisés par rapport aux valeurs prédites et observées. On
peut noter que les résidus normalisés sont répartis de manière symétrique autour du zéro. Les
caractéristiques statistiques obtenues dans cette étude, indique que le modèle RLM à un bon
pouvoir prédictif de la toxicité orale aigüe des herbicides.
Chapitre 4
76
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
b) Modèle RNA
Les Réseaux de Neurones Artificiels (RNA) sont particulièrement bien adaptés pour
les modèles QSAR / QSPR en raison de leur capacité à extraire des informations non-linéaires
présentes dans la matrice de données (Yangjeh et Jenagharad, 2009). Pour trouver un modèle
non linéaire entre les descripteurs moléculaires sélectionnés selon la méthode pas à pas et la
toxicité aiguë pour les rats, l'utilisation de la méthode RNA est nécessaire et est devenue une
technique de modélisation importante. Elle est largement utilisée pour les études de QSAR
non linéaires et est un outil puissant pour construire des modèles prédictifs. Le perceptron
multicouche adopté comporte trois couches : une pour l’entrée, une couche cachée et une
troisième comme couche de sortie pour la toxicité. Le nombre de neurones dans la couche
d'entrée est égal au nombre de descripteurs utilisés dans le modèle MLR.
L’utilisation d’une régression neuronale passe par le choix des paramètres d’entrée
mais aussi par l’optimisation de l’architecture du réseau de neurones lui-même.
L’optimisation à la fois du type de fonction non linéaire et de la géométrie du réseau de
Chapitre 4
neurones (nombre de neurones dans la couche cachée) a été faite après de nombreux essais
empiriques.
77
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Pour optimiser le nombre de neurones dans la couche cachée, plusieurs calculs ont été
effectués avec différents nombres (de 1 à 30). Chaque réseau a ainsi été "entraîné" avec la
fonction tangente hyperbolique comme fonction d’activation et la quasi-Newton BFGS
comme algorithme d’apprentissage. Il convient de noter que la formation du réseau a été
arrêtée une fois que l’erreur quadratique moyenne de validation (EQMV) commence à
augmenter ou que le surentraînement a commencé.
Pour surveiller le surentraînement au cours de la phase d’apprentissage, les valeurs
d'erreur quadratique moyenne ont été calculées. En fin de compte, c’est le modèle qui
présente le meilleur résultat (la plus petite EQM) qui est sélectionné. Le jeu de données a été
divisé en deux ensembles : un ensemble d’apprentissage et un ensemble de validation
composé respectivement de 51 et 11 herbicides. L’ensemble d’apprentissage est utilisé pour
générer le modèle et l'ensemble de validation (ou de prédiction), formé d’herbicides qui n'ont
pas été utilisés dans la procédure de modélisation a été utilisé pour évaluer le modèle obtenu.
Ce réseau est composé de douze entrées, les mêmes descripteurs que dans le modèle de MLR
et d’une sortie pour 1/DL50. Aussi, un modèle RNA a été généré avec l'architecture figurant
sur le tableau 4.6
78
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Les valeurs prédites de la toxicité pour les herbicides dans les ensembles
d’apprentissage et de validation à l'aide du modèle RNA ont été reportées sur le tableau 4.5 et
tracées par rapport à leurs valeurs observées (Figure 4.7). Une corrélation étroite entre les
valeurs prédites par le modèle PMC- RNA et les valeurs observées de toxicité a été constatée.
L’étude des résidus pour les valeurs observées dans les ensembles d’apprentissage et de
validation et celles prédites ont été déterminés et étudiés. On peut remarquer que le modèle
n'a pas montré d’erreur proportionnelle et systématique, parce que la distribution des résidus
des deux côtés de la ligne médiane est aléatoire.
Pour voir l’importance de chaque variable sur la prédiction de la toxicité aiguë, une
analyse de sensibilité à l'aide du logiciel STATISTICA a été menée. Cette méthode proposée
par Garson (1991) puis reprise par Goh (1995) fournit une quantification de l'importance
relative des différentes entrées (variables) sur la sortie du réseau de neurones. L'importance
Chapitre 4
des descripteurs du modèle RNA est indiquée sur la figure 4.8. On notera que quatre
descripteurs (HATS0m, HATSe, G3p et nS) capitalisent 71 % de la contribution à la toxicité
79
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
des herbicides étudiés. D'autre part, les deux descripteurs les plus significatifs dans les deux
modèles RLM et RNA sont les mêmes : HATS0m et HATSe. La contribution relative des
autres descripteurs est différente dans les deux modèles.
Figure 4.8 : Importance des descripteurs dans la prédiction de la toxicité orale aigüe des
herbicides.
Tableau 4.7: Comparaison des paramètres statistiques des deux modèles RLM
et PMC-RNA
Paramètres Ensemble de validation
statistiques RLM PMC-RNA
n 11 11
Chapitre 4
R 0.878 0.945
Q2ext 0.782 0.878
SDEPext 0.201 0.150
80
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Par rapport aux résidus du modèle RLM, ceux donnés par le modèle PMC-RNA sont
plus près de la ligne médiane représentant l'égalité entre la toxicité observée et celle prédite
(figure 4.9). Aussi, on peut donc conclure que le modèle PMC-RNA a un meilleur pouvoir
prédictif que le modèle RLM. Cela signifie que le modèle obtenu avec le réseau de neurones
permet, dans une large mesure, de confirmer qu'une relation non linéaire relie la toxicité aiguë
des herbicides à leur structure moléculaire.
Le domaine d'application (Eriksson et al., 2003) d'un modèle QSAR doit être défini si
le modèle est utilisé pour le criblage de nouveaux composés. Aussi, les prédictions pour les
composés qui font partie de ce domaine peuvent être considérées comme fiables. Le domaine
d’applicabilité est une surface sur le diagramme de Williams dont la ligne de référence
verticale est la valeur de l'effet de levier critique (h*) et les lignes de référence horizontales
représentent les limites des valeurs normales (fixées à ± 3 fois l’écart type [± 3s]) pour les
Chapitre 4
résidus standardisés.
81
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Les valeurs de levier calculées pour chaque composé et tracées par rapport aux résidus
standardisés (diagramme de Williams) permettent une détection graphique à la fois des
valeurs aberrantes et des produits chimiques influents dans un modèle. Le diagramme de
Williams pour le modèle de prédiction de la toxicité orale aigüe des herbicides est représenté
sur la figure 4.10 ci-après. Les valeurs de leviers (hii) de tous les composés dans les
ensembles d’apprentissage et de validation sont inférieures à la valeur de levier critique (h * =
0,63).
Par ailleurs, tous les composés des deux ensembles ont des résidus normalisés plus petits que
trois unités d'écart type (3s). Cela signifie que toutes les valeurs prédites sont acceptables.
Néanmoins, un seul composé (Bromoxynil octanoate) présente un résidu normalisé > à +3s.
Ces résultats montrent que le modèle PMC-RNA obtenu prédit de façon acceptable la toxicité
orale aigüe pour plus de 98% des herbicides utilisés.
82
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
(∑ ) ( ∑ )
[∑ ]
(∑ ) ( ∑ )
[∑ ] ∑
Dans cette partie, nous avons voulu tester, une fois de plus, la performance du modèle
83
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
84
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Les valeurs prédites de la toxicité sont répertoriées dans le tableau 4.9 et représentées
graphiquement sur la figure 4.12 ci-après.
A la lumière des résultats obtenus, nous remarquons que le modèle mathématique prédit de
manière satisfaisante la toxicité des herbicides. Le meilleur ajustement linéaire entre les
valeurs prédites et les valeurs expérimentales est le suivant (équation 4.11) :
Chapitre 4
85
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Figure 4.12 : Courbe de corrélation entre les valeurs expérimentales et prédites par le modèle
mathématique.
4.2.6 Conclusion
Dans cette première partie de notre étude, nous avons établi un modèle neuronal
(PMC-RNA) et un modèle de régression linéaire (RLM) pour la prédiction de la toxicité aigüe
des herbicides. Ce modèle de prédiction a été obtenu suite à un traitement préliminaire de la
base de données initiale, laquelle nous a permis de déterminer le nombre optimale et la nature
des variables d’entrée (descripteurs moléculaires). Suite à cela, deux modèles QSAR ont été
élaborés. Par comparaison avec les résultats satisfaisants du modèle MLR, ceux du modèle
neuronal sont plus performants. Les différents paramètres statistiques et le domaine
d’applicabilité nous ont permis de constater que le modèle PMC-RNA est performant. Par
ailleurs, le modèle mathématique issu de l’étude QSAR neuronale a été appliqué à la
prédiction de la toxicité aigüe de 29 herbicides ne figurant pas dans la base de données. Les
résultats obtenus sont plus qu’encourageants. En effet, la toxicité de 94% de ces molécules a
Chapitre 4
86
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Dans cette partie de notre étude, nous présentons les résultats de la modélisation de la
toxicité orale aigüe (DL50) des insecticides par les réseaux de neurones artificiels uniquement
et ce au vu des résultats de comparaison obtenus lors de l’étude précédente. Cette étude a été
scindée en deux phases : la première est dédiée à l’élaboration de la base de données. Dans la
seconde phase, on s’intéressera à la modélisation de la toxicité aigüe des insecticides par les
réseaux de neurones de type perceptron multicouches. Enfin on conclura par une analyse et
une interprétation des différents résultats obtenus.
Lors de cette étape, nous avons sélectionné 139 molécules d’insecticides dont la DL 50
est comprise entre 0.01 et 29.72 mmol/Kg (Tableau 4.10). Comme étape préliminaire, il a été
question de la réduction du nombre de descripteurs. Par application de la méthode décrite au
paragraphe 4.1.3, on a pu sélectionner 8 descripteurs. Cette sélection a été effectuée sur la
base du nombre de descripteurs fournissant le plus grand coefficient de corrélation (R 2adjusté) et
la racine de l’erreur quadratique moyenne (REQM) la plus petite possible. Les 8 descripteurs
sélectionnés et retenus à l’issue de cette étape sont consignés dans le tableau 4.10 ci-contre.
Sur la base des résultats obtenus sur la matrice de correlation entre les descripteurs, on
note que la valeur du coefficient de corrélation la plus élevée de chaque paire de descripteurs
87
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
choisis est de 0,537, ce qui signifie que les descripteurs retenus sont indépendants. De plus, la
plus grande valeur du VIF est de 2.431, ce qui implique qu’il n’y’a pas de relation entre les
descripteurs sélectionnés. Le nombre de descripteurs initiaux et ceux obtenus après les 5
étapes de sélection sont schématisés sur la figure 4.13 ci-contre.
(a)
(b)
Chapitre 4
88
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
X0, Xmax et Xmin sont respectivement les valeurs réelles, maximales et minimales de X.
Suite à cela et après plusieurs essais, les données (139 molécules d’insecticides) ont été
réparties en deux ensembles distincts (Figure 4.14), en réservant 88.5 % de données (123
insecticides) pour la phase d’apprentissage et 11.5% (16 insecticides) pour la validation
croisée.
89
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Chapitre 4
90
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
La véritable utilité des modèles QSAR n'est pas seulement leur capacité à reproduire les
données connues, mais aussi avoir un potentiel prédictif. Pour cette raison, on a établi les
paramètres caractéristiques du modèle qui figurent sur le tableau 4.12 ci-dessous. Sur le
tableau 4.13 sont reportées les valeurs expérimentales et prédites des insecticides.
Tableau 4.12 : Valeurs des paramètres statistiques pour les ensembles d’apprentissage
et de validation
Paramètres statistiques Apprentissage Validation
n 123 16
R 0.982 0.983
R2adjusté 0.961 0.930
Q2 0.963 ---
Q2ext --- 0.957
SDEPext --- 0.500
91
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
92
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Ensemble de validation
93
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
levier plus élevée que celle du levier critique h* = 0.19. Ces valeurs aberrantes peuvent être
expliquées comme des composés ayant des caractéristiques particulières mal représentées
dans l'ensemble d’apprentissage, ce qui pourrait avoir une incidence sur la sélection de
variables pour une meilleure modélisation de ces composés. Par ailleurs, 3 composés
(Diazinon, Acephate et Mecarbam) présentent des valeurs de résidus normalisés supérieures
aux valeurs limites choisies (± 3s). Cependant, la majorité des échantillons (96.40%) dans le
modèle se situe dans le domaine d’applicabilité ainsi défini, ce qui indique la fiabilité des
prédictions.
L'un des principaux objectifs des études QSAR est la détermination des facteurs qui
influent sur la toxicité des composés étudiés. Nous avons vu donc nécessaire d'évaluer la
contribution des descripteurs moléculaires au modèle neuronal établi. La contribution de
chaque descripteur a été déterminée au moyen du logiciel STATISTICA. Les résultats
obtenus sont reportés sur la figure 4.18 ci-dessous.
L'interprétation des descripteurs de dragon n'est pas simple, ce qui la rend difficile.
Les descripteurs qui apparaissent dans ce modèle appartiennent à 3 catégories de descripteurs
Chapitre 4
94
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Figure 4.18 : contribution relative des descripteurs dans la prédiction de la toxicité orale
aigüe des insecticides.
4.3.2 Conclusion
Le but de cette étude a été d'élaborer un modèle QSAR pour prédire la toxicité orale aigüe
des insecticides. Différents descripteurs moléculaires théoriques ont été calculés online par le
logiciel DRAGON et soumis à une sélection dont la finalité est de ne garder que les
descripteurs pertinents. Le modèle PMC-RNA construit a été évaluée (validations internes et
externes) et tous les résultats qui sont satisfaisants indiquent que le modèle QSAR que nous
avons construit est fiable et prédictif. La nature des descripteurs sélectionnés a montré que les
Chapitre 4
effets électroniques en particulier jouent un rôle principal dans l'activité toxicologique des
insecticides.
95
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Descripteurs Catégorie
Lors de cette étape, nous avons sélectionné 91 molécules de fongicides. Sur le tableau
4.15 ci-dessous, sont reportés les fongicides utilisés ainsi que leur écriture SMILES qui a
Chapitre 4
96
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
97
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Tableau 4.15 : fongicides utilisés ainsi que leur écriture SMILES (suite)
98
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Tableau 4.15 : fongicides utilisés ainsi que leur écriture SMILES (suite et fin)
Tecnazène Clc1c([N+]([O-])=O)c(Cl)c(Cl)cc1Cl
Tetraconazole FC(F)C(F)(F)OCC(c1ccc(Cl)cc1Cl)Cn2ncnc2
Thiabendazole n2c1c(cccc1)nc2c3ncsc3
Thicofene c1(C#N)c([S@@](=O)CC)sc(c1Cl)C#N
Tolfenpyrad c1(nn(c(c1Cl)C(=O)NCc1ccc(cc1)Oc1ccc(cc1)C)C)CC
Triacétate De Guazatine N(=C(\N)N)\CCCCCCCCNCCCCCCCC/N=C(\N)N
Triadimefon CC(C) (C) C (=O) C (N1C=NC=N1) OC2=CC=C(C=C2) Cl
Triadimenol Clc2ccc(OC(n1ncnc1)C(O)C(C)(C)C)cc2
Triazoxide Clc2ccc1nc(n[n+]([O-])c1c2)n3ccnc3
Tricyclazole n2nc3sc1cccc(c1n3c2)C
Tridemorphe O1C(CN(CCCCCCCCCCCCC)CC1C)C
Triflumizole FC(F)(F)c2c(\N=C(\n1ccnc1)COCCC)ccc(Cl)c2
Uniconazole Clc2ccc(/C=C(/n1ncnc1)[C@@H](O)C(C)(C)C)cc2
La procédure de normalisation des données est la même que celle employée lors de
l’étude des insecticides. La base de données constituée de 91 molécules, a été scindée en base
d’apprentissage (75 observations) et en base de validation (16 observations) comme illustré
sur la figure 4.19 ci-dessous. Chapitre 4
99
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
100
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Figure 4.20 : Courbe de corrélation des valeurs prédites de DL50 (des fongicides) en
fonction des valeurs expérimentales pour l’ensemble d’apprentissage
Chapitre 4
Figure 4.21 : Courbe de corrélation des valeurs prédites de DL50 (des fongicides) en
fonction des valeurs expérimentales pour l’ensemble de validation
101
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Ensemble d’apprentissage
102
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
103
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Ensemble de validation
Tableau 4.17 : Valeurs des paramètres statistiques pour les ensembles d’apprentissage
et de validation
ext
SDEPext -- 2.54
104
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Figure 4.22 : Résidus des valeurs de DL50 obtenus pour les fongicides en fonction de la
DL50 expérimentale
Comme ça a été le cas pour les deux classes de pesticides que sont les herbicides et
les insecticides, le domaine d’applicabilité du modèle généré pour la prédiction de la toxicité
orale aigüe des fongicides a été défini. Les valeurs des leviers des produits en question et
celles de leurs résidus normalisés sont reportées sur le tableau 4.16 ci-dessus. Le diagramme
de Williams ainsi obtenu est illustré sur la figure 4.23 ci-contre.
Le diagramme de Williams fait ressortir un domaine d’applicabilité à l’intérieur d’une zone
Chapitre 4
rectangulaire avec une valeur limite de résidus égale à "±3s" et une valeur de levier critique
105
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
h* = 0.36. Tous les composés des deux ensembles d’apprentissage et de validation se trouvent
à l’intérieur de cette zone, à l’exception d’une seule observation (Hexachlorophène) dans
l'ensemble de validation qui s’est révélée avoir une valeur aberrante avec une valeur de levier
plus petite que celle du levier critique. La globalité des fongicides (98.90%) dans le modèle se
situe dans le domaine d’applicabilité ainsi défini, ce qui indique la fiabilité des prédictions.
Pour voir l’importance de chaque variable sur la prédiction de la toxicité aiguë, une
analyse de sensibilité à l'aide du logiciel STATISTICA a été menée. Cette méthode fournit
une quantification de l'importance relative des différentes entrées (variables) sur la sortie du
réseau de neurones. L'importance des descripteurs du modèle RNA est indiquée sur la figure
4.24 ci-dessous. On notera que les descripteurs ayant une contribution conséquente dans la
prédiction de la toxicité sont les suivants : Mor15m, Mor26u, Mor16u et nHDon. Par ailleurs,
la contribution par catégorie de descripteurs est à l’actif de la catégorie 3D MoRSE
Descriptors, suivie par RDF Descriptors et à un degré moindre celle appelée Functional
Group Counts (Figure 4.25).
En plus des catégories de descripteurs déjà rencontrées lors de l’étude des herbicides
Chapitre 4
et insecticides, deux autres catégories apparaissent dans l’étude sur les fongicides. La
106
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
première désignée sous le nom de "descripteur topologique" est celle à laquelle appartient le
descripteur T(O…O). Il est défini comme étant la somme des distances entre les atomes
d'oxygène dans la molécule (Todeschini et Consonni, 2000). La seconde catégorie nommée
"propriétés moléculaires" est représentée par le descripteur TPSA(Tot). TPSA(Tot) représente
la surface polaire des molécules contenant les atomes de phosphore et de soufre (comme les
pesticides et les herbicides). Notons que TPSA (Tot) a toujours été inclus dans les modèles
QSAR, car il s'est avéré pertinent pour la modélisation de la toxicité (Cassoti et al., 2014).
Figure 4.24 : Contribution (en %) à la toxicité orale aigüe des fongicides par type de
descripteurs.
Chapitre 4
Figure 4.25 : Contribution (en %) à la toxicité orale aigüe des fongicides par catégorie de
descripteurs.
107
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
4.4.2 Conclusion
Chapitre 4
108
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Dans cette quatrième partie de cette thèse et après les résultats obtenus pour la
prédiction de la toxicité aigüe des 3 classes de pesticides séparément, on a tenté de rechercher
éventuellement un modèle de prédiction de cette toxicité par les réseaux de neurones et ce
pour les pesticides pris dans leur ensemble. Pour ce faire, on a opté pour un modèle neuronal
de type "perceptron multicouches : PMC" avec une couche d’entrée, une couche cachée et une
couche de sortie.
Dans une première phase, nous présenterons les matériels et méthodes utilisés. Nous
parlerons d’abord de la base de données collectées. Ensuite, nous présenterons la procédure de
développement et d’optimisation du modèle neuronal de prédiction de la toxicité aigüe. Par la
suite, la seconde phase de cette partie est réservée aux résultats obtenus. Aussi, nous
présenterons l’architecture optimale du modèle neuronal, ses performances de prédiction,
ainsi que son domaine d’applicabilité. Ensuite, on donnera l’expression mathématique du
modèle optimisé ainsi que ses performances d’interpolation.
La toxicité orale aiguë chez le rat de 416 pesticides exprimée en dose létale (DL 50 -
mmol / kg) a été recueillie. Pour ce faire, la base des 416 pesticides a été scindée en 2 lots : le
premier comportant 329 pesticides est dédiée à l’élaboration du modèle optimal (un ensemble
d’apprentissage avec 258 pesticides et un deuxième pour la validation comportant 71
pesticides), le second constitué de 87 pesticides est laissé à des fins d’application de
l’équation mathématique du modèle obtenu. Ces données de toxicité ont été collectées à partir
des sources citées précédemment au paragraphe 4.1.1. Lors de la collecte de ces toxicités,
nous avons tenu à ce qu’ils s’agissent de celles concernant les rats appartenant à la même
souche et obtenues selon le même protocole expérimental.
Toutes les variables d’entrée et de sortie ont été normalisées dans l’intervalle [-1, 1] par
utilisation de l’équation 4.12.
La procédure d’obtention et de sélection des descripteurs est la même que celle décrite
Chapitre 4
aux paragraphes 4.1.2 et 4.1.3. Le nombre optimal de descripteurs retenus et qui donnent un
109
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
écart minimal entre les valeurs expérimentales et les valeurs calculées est de 17. Toutes les
étapes de sélection des descripteurs sont reproduites sur le tableau 4.18 ci-dessous.
Nombre de descripteurs
pour les neurones cachés que les neurones de sortie) ainsi que des algorithmes a été faite
après de nombreux essais. La conception du modèle neuronal consiste à évaluer les éléments
110
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
pred
où n est le nombre total de données ; y représente la toxicité prédite par le modèle
neuronal et y exp la valeur de la toxicité expérimentale.
pour la validation. Aussi, c’est cette répartition de la base de données qui sera utilisée dans la
suite de nos travaux.
111
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
D’après les valeurs de l’EQM, il s’est avéré que le meilleur choix est d’utiliser une
seule couche cachée par rapport à l’utilisation de 2 couches du fait que l’augmentation du
nombre des couches cachées augmente la charge des calculs sans aucun gain substantiel de
performance.
Plusieurs fonctions d’activation sont disponibles, dont les plus importantes sont :
- La fonction d’activation linéaire.
- la fonction sigmoïde ou la fonction log-sigmoïde.
Chapitre 4
112
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Pour connaître la fonction correspondante pour chaque couche, nous avons réalisé
trois essais et testé différentes combinaisons dans la couche cachée et la couche de sortie du
réseau en utilisant la meilleure répartition de la base de données avec une seule couche cachée
(voir tableau 4.21).
Les résultats trouvés ont montré que la meilleure combinaison pour les fonctions
d’activation dans respectivement la couche cachée et la couche de sortie est la suivante :
Tangente hyperbolique-Linéaire. La figure 4.27 ci-dessous montre bien que cette dernière
combinaison est celle qui fournit la plus petite erreur quadratique moyenne.
113
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Pour définir le meilleur nombre de neurones dans la couche cachée, nous avons fait
varier ce nombre entre un et quinze en prenant en compte les paramètres sélectionnés
auparavant (meilleure répartition de la base de données, une couche cachée et comme
fonction d’activation, la combinaison Tanh/Linéaire). Les résultats trouvés à l’issue de cette
étude sont reproduits sur la figure 4.28 ci-dessous. Au vu de la figure 4.28 ci-dessus, le
nombre de neurones donnant la plus faible EQM est de 9. Aussi, on optera pour ce nombre
dans la suite de nos travaux.
Le choix de l’algorithme d’apprentissage est une autre tâche aussi compliquée que le
choix des fonctions d’activation. En outre, il y a un grand nombre d’algorithmes
d’apprentissages qui peuvent aboutir à l’obtention d’un modèle de RNA fiable. Afin de
choisir lequel des algorithmes correspond le mieux à la prédiction de la toxicité, on a testé
quatre algorithmes représentés dans le tableau 4.22 ci-dessous
114
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Les résultats des 4 essais pour les quatre algorithmes utilisés sont illustrés sur la figure
4.29. Selon cette figure, on constate que l’algorithme d’apprentissage qui donne la meilleure
performance en termes d’EQM minimale est l’algorithme de Rétropropagation de Quasi-
Newton (BFGS).
Sur le tableau 4.23, sont récapitulés les différents éléments structurels du réseau
optimal de modélisation de l’activité toxicologique (toxicité orale aigüe sur les rats) des
pesticides.
Chapitre 4
115
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Chapitre 4
Figure 4.30 : Courbe de corrélation des valeurs prédites de log(1/DL50) des pesticides en
fonction des valeurs expérimentales pour l’ensemble d’apprentissage
116
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Figure 4.31 : Courbe de corrélation des valeurs prédites de log(1/DL50) des pesticides en
fonction des valeurs expérimentales pour l’ensemble de validation
Chapitre 4
117
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Comme le montrent les figures 4.30 et 4.31, une bonne corrélation existe entre les
valeurs expérimentales et prédites par le modèle. De plus, la qualité du modèle (robustesse et
pouvoir prédictif) est estimée par les coefficients caractéristiques reportés sut le tableau 4.24
ci-dessous.
Figure 4.33 : Résidus des valeurs de log(1/DL50) obtenus pour les pesticides en fonction
Chapitre 4
de log(1/DL50) expérimentale
118
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
119
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
(∑ ) ( ∑ )
[∑ ]
(∑ ) ( ∑ )
[∑ ] ∑
Dans cette partie, nous avons voulu tester, une fois de plus, la performance du modèle
120
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
log(1/DL50) log(1/DL50)
Pesticides Type Expérimentale Prédite
(mmol/Kg)-1 (mmol/Kg)-1
Chlorfensulphide Insecticide 1,06 1,23
Chlorfenvinphos Insecticide -1,48 -1,38
Chloronebe Fongicide 1,73 2,17
Chlorthiamide Herbicide 0,57 0,42
Chlorthiophos Insecticide -1,56 -1,38
Cumyluron Herbicide 0,50 0,68
Cycluron Herbicide 0,88 0,89
Cyhalothrine Insecticide -0,51 -0,42
Demeton-o-methylsulfone Insecticide 0,28 0,38
Diamidafos Insecticide -0,16 -0,09
Diazinon Insecticide 0,57 0,69
Dicamba Herbicide 0,85 0,68
Dichlofenthion Insecticide -0,26 -0,14
Dichlorophene Fongicide 1,00 0,85
Dieldrine Insecticide -0,92 -1,23
Difenoconazole Fongicide 0,55 0,71
Dimefox Insecticide -2,19 -2,52
Dimepiperate Herbicide 0,56 0,74
Dimethipin Herbicide 0,34 0,21
Diniconazole Fongicide 0,16 0,22
Dioxacarbe Insecticide -0,95 -0,83
Disulfoton Insecticide -2,02 -1,62
Endothion Insecticide -1,09 -1,23
Epichlorohydrine Insecticide -0,36 -0,69
Epoxiconazole Fongicide 0,98 1,36
Esfenvalerate Insecticide -0,68 -0,46
Ethion Insecticide -0,27 -0,13
Ethoprophos Insecticide -0,87 -1,02
Ethoxyquine Fongicide 0,90 1,05
Fenazaflor Insecticide -0,19 -0,34
Fenpyroximate Acaricide -0,24 -0,33
Fenthion Insecticide -0,05 0,11
Fenuron Herbicide 1,59 1,71
Fluazolate Herbicide 1,05 1,14
Fluorure de sulfuryle Insecticide -0,01 0,08
Flusulfamide Fongicide -0,50 -1,09
Furametpyr Fongicide 0,25 0,23
Furilazole Fongicide 0,49 0,63
Chapitre 4
121
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
log(1/DL50) log(1/DL50)
Pesticides Type Expérimentale Prédite
(mmol/Kg)-1 (mmol/Kg)-1
Indanofan Herbicide 0,13 0,41
Iodofenphos Insecticide 0,75 0,56
Ipconazole Fongicide 0,42 0,63
Isazofos Insecticide -1,07 -1,37
Isobenzan Insecticide -1,93 -1,69
Methacrifos Insecticide 0,45 0,32
Methamidophos Insecticide -0,67 -0,59
Methasulfocarb Fongicide -0,37 -0,32
Methiocarb Insecticide -1,07 -0,67
Mexacarbate Insecticide -1,20 -1,15
Monalide Herbicide 1,04 1,14
Myclobutanil Fongicide 0,74 0,54
N-nitrosodimethylamine Insecticide -0,31 -0,19
Nuarimol Fongicide 0,60 0,83
Omethoate Insecticide -0,63 -0,74
Pentachlorophenol Fongicide -0,52 -0,65
Phorate Insecticide -2,11 -1,99
Phosnichlor Insecticide 0,25 0,34
Phosphamidon Insecticide -1,63 -1,82
Prochloraz Fongicide 0,43 0,55
Propachlore Herbicide 0,41 0,35
Propafos Insecticide -0,70 -0,74
Prothiocarb Fongicide 0,83 0,63
Pyraclofos Insecticide -0,18 -0,28
Pyridafenthion Insecticide 0,35 0,19
Simeconazole Fongicide 0,46 0,52
Tebupirimfos Insecticide -2,25 -2,37
Temephos Insecticide 1,09 0,98
Thiocyclame Insecticide 0,02 0,17
Triacetate de guazatine Fongicide 0,02 0,11
Triadimefon Fongicide 0,01 0,07
Triazophos Insecticide -0,57 -0,36
Triazoxide Fongicide -0,59 -0,86
Triclopyr Herbicide 0,39 0,38
Zirame Fongicide -0,10 -0,08
122
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
prédites en fonction des valeurs expérimentales (figure 4.35) a été établi pour déterminer le
meilleur ajustement linéaire. Ce dernier est donné par l’équation 4.16 ci-contre.
Figure 4.35 : Courbe de corrélation entre les valeurs expérimentales et celles prédites
par le modèle mathématique.
Pour voir l’importance de chaque descripteur sur la prédiction de la toxicité aiguë, une
analyse de leur contribution à l'aide du logiciel STATISTICA a été menée. Cette méthode
fournit une quantification de l'importance relative des différentes entrées (descripteurs) sur la
sortie du réseau de neurones. La contribution des descripteurs sélectionnés du modèle PMC-
RNA des pesticides est indiquée sur la figure 4.36 ci-dessous.
Les descripteurs sélectionnés se répartissent selon quatre groupes de par leur
contribution dans la prédiction de la toxicité. Le premier groupe est constitué du descripteur
HATS0m qui contribue à hauteur de 12.81%. Notons que ce même descripteur possédait la
Chapitre 4
plus grande contribution dans le modèle de prédiction élaboré pour les herbicides.
123
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Figure 4.36 : Contribution relative des descripteurs dans la prédiction de la toxicité orale
aigüe des pesticides
Le second groupe est constitué quant à lui de sept descripteurs (E1u, MATS2p,
HATSe, Mor15m, RDF030e, H6m et Mor23u) dont la contribution dépasse les 6% pour
chacun d’entre eux. La plupart de ces descripteurs ont été sélectionnés lors de l’établissement
des modèles de prédiction pour les herbicides, les fongicides et les insecticides. Cinq
descripteur (Du, nS, PJI3, N-072 et RDF020e) dont la contribution dépasse les 4% se
retrouvent dans le troisième groupe. Enfin, un dernier groupe est constitué de quatre
descripteurs (MATS1m, nArX, Mor26u et H-046) possédant la plus faible contribution
relative.
Il est utile de rappeler que 75% des descripteurs sélectionnés du modèle établi pour les
pesticides, l’ont été lors de l’établissement des 3 modèles précédent. Ce résultat appuie la
thèse selon laquelle la toxicité orale aiguë (DL50) pour les rats est régie essentiellement par
trois la structure de la molécule, ses propriétés électroniques et un certain nombre d'atomes
Chapitre 4
124
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
4.5.7 Conclusion
Dans cette partie de la thèse, la méthodologie QSAR a été utilisée pour développer un
modèle de prédiction de la toxicité orale aigüe des pesticides sur les rats moyennant
l’utilisation de descripteurs. Un modèle non linéaire de dix-sept descripteurs a été développé
par les réseaux de neurones (perceptron multicouche). Les valeurs des paramètres statistiques
et le domaine d’applicabilité pour les deux ensembles (d'apprentissage et validation) nous ont
amené à constater la robustesse et le pouvoir prédictif du modèle élaboré. Des résultats
encourageants de prédiction par utilisation de l’équation mathématique du modèle ont été
obtenus. Le modèle proposé est prédictif et pourrait être utilisés pour estimer la toxicité orale
aigüe de nouveaux composés pesticides sachant que les descripteurs impliqués peuvent être
directement calculés à partir de la structure moléculaire.
Chapitre 4
125
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Nombre de descripteurs
12 8 10 17
Pertinents (k)
Les données du tableau 4.26 montrent clairement que le modèle de prédiction pour les
pesticides est le plus fiable et ce pour plusieurs raisons :
- L’intervalle des toxicités est le plus large, ce qui peut permettre la prédiction par
interpolation d’un grand nombre de nouvelles molécules.
- La racine de l’erreur quadratique moyenne pour la validation est la plus petite
comparée aux 3 autres erreurs.
Chapitre 4
126
Modélisation de la prédiction de l’activité toxicologique des pesticides
Tableau 4.27 : Comparaison entre notre modèle et ceux parus dans la littérature
Nombre
Méthode
Composés étudiés de Références R2
QSAR
composés
Pesticides 329 RNA Notre travail 0.96
Herbicides 27 AR Can et al. (2013) 0.93
Organophosphorés 62 AR Garcia et al. (2007) 0.82
Organophosphorés 30 CoMFA Guo et al. (2006) 0.90
Organophosphorés 67 RNA Zahouily (2002) 0.93
Organophosphorés 54 RA / RNA Eldred and Jurs (1999) 0.64 à 0.81
Herbicides amides 44 RNA Zakarya et al. (1996) 0.90 à 0.92
Variés 525 AR Enslein, (1978) 0.33
La seule donnée disponible sur les articles parus dans la littérature a trait
malheureusement au seul coefficient de corrélation R 2. Néanmoins, les données disponibles
sur ce tableau nous laisse penser que le modèle de prédiction de la toxicité des pesticides est
apparemment plus précis et plus fiable que ceux parus jusqu’à présent.
Chapitre 4
127
Conclusion générale et perspectives
CONCLUSION GENERALE
ET PERSPECTIVES
Le premier axe de notre travail concerne tout d’abord l’élaboration d’une base de
données. Dans toute recherche de modèles QSAR, l’établissement d’une base de données
fiable est l’une des clés de réussite. D’ailleurs, d’après la réglementation REACH, c’est la
première des conditions à satisfaire pour avoir un modèle valide. Compte tenu de cette
condition, nous avons élaboré une base de données avec comme fonction à modéliser la
toxicité orale aigüe des pesticides sur les rats. Un soin particulier a été apporté au recueil des
128
Conclusion générale et perspectives
données expérimentales de toxicité et ce en vérifiant que ces valeurs ont été obtenues dans les
mêmes conditions expérimentales d’une part, et avec le même type d’animaux d’autre part.
Au total, on a recueilli la toxicité aigüe de 416 pesticides appartenant à différentes classes. Le
choix des variables nécessaires à la description de la toxicité a été fait sur la base du concept
qui stipule que le phénomène à modéliser (toxicité) est intimement lié à la structure
moléculaire. A cette fin, nous avons calculé 1664 variables ou descripteurs moléculaires pour
chaque pesticide étudié.
Le second axe à être abordé a été l’élaboration d’un modèle de prédiction de la toxicité
aigüe des herbicides. 62 herbicides et 12 descripteurs sélectionnés comme étant les plus
pertinents (c’est-à-dire ceux qui sont susceptibles de décrire au mieux le phénomène de la
toxicité) ont été utilisés pour développer deux modèles QSAR prédictifs, l’un linéaire et
l’autre non linéaire. Dans un premier temps, on a opté pour la modélisation par régression
linéaire multiple. Le modèle RLM obtenu pour la prédiction de la toxicité aiguë par voie orale
des herbicides sur des rats est un modèle linéaire dont les coefficients statistiques sont les
suivants : R2 =0.855, R2adj. =0.809, R2prediction = 0.880, RMSE=0.270, F=18.664, p < 0.0001.
Ces derniers, ajoutés à la concordance entre les valeurs prédites pour la LD50 et les valeurs
expérimentales, nous amène à conclure que le modèle RLM a un bon pouvoir prédictif de la
toxicité orale aigüe.
Une modélisation par utilisation des réseaux de neurones (PMC-RNA) a été menée à
l’effet de développer un modèle non linéaire. Les réseaux de neurones possèdent une
propriété remarquable pour la modélisation des processus non linéaires et sont devenus une
technique de modélisation importante. Une fois que le choix des conditions de travail
(répartition de la base de données en ensemble d’apprentissage et de validation, algorithme
d’apprentissage, fonctions d’activation de la couche cachée) eut été fait, un modèle neuronal a
été élaboré. Les paramètres statistiques, le domaine d’applicabilité et le calcul des toxicités
par utilisation de l’équation mathématique du modèle nous a permis de conclure que ce
Conclusion générale et perspectives
129
Conclusion générale et perspectives
la toxicité observée et celle prédite. Aussi, on peut donc conclure que le modèle PMC-RNA a
un meilleur pouvoir prédictif que le modèle RLM. Cela signifie que le modèle obtenu avec le
réseau de neurones permet, dans une large mesure, de confirmer qu'une relation non linéaire
relie la toxicité aiguë des pesticides à leur structure moléculaire.
L’élaboration d’un modèle de prédiction de la toxicité orale aigüe des fongicides a été
le but du troisième axe de notre travail. Le modèle neuronal qui a été obtenu avait comme
base de données 91 molécules de fongicide et 10 descripteurs pertinents. La valeur de Q2 =
0.90 pour l’ensemble d’apprentissage suggère une cohérence de l’ensemble d’apprentissage
et une bonne validation interne. Par ailleurs, le bon pouvoir prédictif du modèle et sa
robustesse a été confirmée par l’excellente valeur de Q2ext (0.96). D’autre part, l’étude des
résidus a confirmé que le modèle n'a pas montré d’erreur proportionnelle et systématique. Le
domaine d’applicabilité, qui a été défini, a montré que plus de 98% de valeurs de toxicité ont
été correctement prédites.
Les résultats obtenus pour les trois familles de pesticides (herbicides, insecticides et
fongicides) nous ont amené à essayer de développer un modèle neuronal qui puisse prédire la
Conclusion générale et perspectives
toxicité des pesticides en général. Ce fut le quatrième et dernier axe de notre recherche. Pour
ce faire, on a utilisé 416 pesticides et 17 descripteurs sélectionnés parmi les 1664 calculés.
Contrairement aux 3 précédents modèles, celui des pesticides a été construit suite à une série
d’optimisations sur tous les éléments entrant dans l’élaboration d’un modèle. Le modèle final
ainsi obtenu a donné des résultats très encourageants. En effet, 99% des 329 pesticides utilisés
pour l’apprentissage et la validation se situe dans le domaine d’applicabilité de ce modèle. Par
comparaison avec les 3 modèles précédents, celui des pesticides est plus performant. De plus,
la fiabilité du modèle a été confirmée par le calcul, à partir de l’équation mathématique
130
Conclusion générale et perspectives
Le but qu’on s’est assigné a été atteint, car la modélisation par réseaux de neurones
artificiels peut effectivement servir d’alternative aux méthodes expérimentales de
détermination de la toxicité des molécules.
Conclusion générale et perspectives
En conclusion, tout en estimant avoir atteint l’objectif tracé pour cette étude, de nombreuses
voies de recherche ont émergé. Ces perspectives concernent plus particulièrement la
prédiction d’autres phénomènes biologiques. D’autre part, il faudrait s’intéresser à d’autres
méthodes d’apprentissage statistique pour voir s’il est possible d’améliorer le modèle de
prédiction de la toxicité des pesticides.
131
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ANNEXE B
Ensemble de validation
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