Érosion
Pour les articles homonymes, voir Érosion (homonymie).
Effet de la combinaison de l’érosion éolienne et hydrique (Coyote Buttes, Vermilion Cliffs
National Monument, États-Unis).
Risque d’érosion des sols (Europe méditerranéenne).
Faible
Modérée
Elevé
Lacs, mers, océans
Roche nue
Zones urbaines
Absence de donnée
En dehors de l’objet de l’étude
En géomorphologie, l’érosion est le processus de dégradation et de transformation du relief, et
donc des sols, roches, berges et littoraux qui est causé par tout agent externe (donc autre que
la tectonique).
Un relief dont le modelé s’explique principalement par l’érosion est dit « relief d’érosion».
Les facteurs d’érosion sont :
Le climat ;
Le relief ;
La physique (dureté) et la chimie (solubilité par exemple) de la roche ;
Des facteurs écologiques et pédologiques (présence/absence de faune, fonge, couverture
végétale et lichénique…) et leur nature ;
L’histoire tectonique (fracturation par exemple) ;
L’action de l’humain (pratiques agricoles telle que labours, surpâturage, minéralisation des
sols, cultures sur pentes…), déforestation, imperméabilisation, artificialisation, urbanisation
qui dans le monde prend une importance croissante et préoccupante.
L’érosion agit à différents rythmes et peut, sur plusieurs dizaines de millions d’années, araser
des montagnes, creuser des vallées, faire reculer des falaises.
Des phénomènes naturels violents tels qu’une avalanche, un jökulhlaup, un lahar ou un orage
peuvent modifier considérablement le paysage en quelques heures, voire en quelques minutes.
Quantifications
L’« érosion totale » se calcule au niveau d’une section donnée d’un cours d’eau, en mesurant
la quantité totale des produits transportés (y compris les particules fines idéalement). Puis on
rapporte cette mesure à la superficie développée (réelle) du bassin-versant (et non celle qui est
cartographiée en 2D). On obtient alors u »e quantité (en tonnes/km2/an) qui divisée par la
densité (2,5 en moyenne) permet d’évaluer le volume initial de roche en place enlevée (en
réalité il faudrait aussi tenir compte de l’érosion éolienne et chimique). La quantité en
m3/km2/an équivaut à « une ablation (épaisseur uniformément répartie sur le bassin) en 0,001
mm/an ou mm/millénaire. On recherche des « ordres de grandeur » non des valeurs
rigoureuses ».
Quelle que soit la cause de leur formation, les reliefs aussitôt formés sont la proie de l’érosion
qui les détruit en moyenne au rythme de quelques centimètres par siècle, soit quelques
dixièmes de mm par an. L’érosion des chaînes de montagnes jeunes est de l’ordre de 200
m/Ma, celle de l’ensemble des continents serait en moyenne de 50 m/Ma.
Taux moyen d’érosion à l’échelle du globe terrestre
« À l’échelle du globe, une érosion moyenne totale (substances dissoutes et solides) de 20
mm/1 000 ans sur les plaines et 200 mm/1 000 ans en montagne semble raisonnable.
Rapportée à la surface de la Terre, l’érosion serait de 50 ± 20 m3/km2/an, soit 50 mm par
millénaire ou 50 m par million d’années. En l’absence d’orogenèse, et compte tenu du
réajustement isostatique, on peut estimer que l’altitude moyenne des continents, actuellement
de 840 m serait en 100 Ma réduite à moins de 2 m. »
Mécanismes de l’érosion
Érosion des colonnes basaltique, Islande.
Sphère quasi parfaite taillée dans le granite rose de Bretagne, à Trégastel.
Dans les processus d’érosion, on distingue généralement trois phases distinctes :
Destruction du matériel rocheux (ablation du matériel) ;
Transport ;
Accumulation des débris (dépôt du sédiment).
L’érosion implique une désagrégation superficielle de la roche ou du sol appelée
météorisation. Elle se produit sur place, et produit des débris .
Le degré d’érosion dépend des caractéristiques de la roche :
De la dureté (voir échelle de Mohs) et de la cohésion de ses minéraux ;
De sa dilatation thermique ;
Des réactions chimiques possibles entre ses minéraux et le milieu.
Érosion mécanique
La désagrégation mécanique se produit sous l’action d’une force physique qui arrache des
morceaux de roche plus ou moins volumineux :
Eclatement dû au gel ou à la chaleur ;
Usure par frottement : glacier, écoulement d’eau (cavitation [réf. Nécessaire] ) ou vent ; ce
sont les débris charriés par ces facteurs (rochers, graviers, quartz ou sable) qui sont efficaces
dans le processus d’érosion. L’érosion mécanique est particulièrement active dans les milieux
froids (gels et dégels) et/ou arides.
Érosion par l’eau
Elle est mécanique et chimique, avec comme principales altérations : l’hydroclastie, l’effet
splash (impact des gouttes d’eau qui tombent sur le sol), la reptation, la solifluxion. L’érosion
par l’eau est renforcée par la pente (torrents) et est un facteur de transport à plus ou moins
longue distance de polluants du sol (dont pesticides agricoles ou de la vigne). Sur le littoral, il
faut tenir compte des vagues et des courants. Dans les fleuves ou canaux, c’est le batillage qui
accélère l’érosion.
Si un fluide comme l’eau coule, il peut se charger de particules en suspension. La vitesse de
sédimentation est la vitesse minimale qu’un flot doit avoir pour transporter, plutôt que
déposer, des sédiments et est donnée par la loi de Stokes :
Où w est la vitesse de sédimentation, ρ est la masse volumique (les indices p et f indiquent
particule et fluide respectivement), g est l’accélération due à la gravité, r est le rayon de la
particule et μ est la viscosité dynamique du fluide. Si la vitesse de l’écoulement est plus
grande que celle de dépôt, le granulat continue vers l’aval. Comme il y a toujours des
diamètres différents dans le flot, les plus gros se déposent (décantation) tout en pouvant
continuer à descendre par des mécanismes comme la saltation (collisions particules-paroi),
roulant et glissant, dont les traces sont souvent conservées dans les rochers solides, et peuvent
être utilisées pour estimer la vitesse du courant.
Le ruissellement est le type d’érosion le plus fréquent sur terre. Il peut être concentré
(torrents, oueds) ou diffus (films d’eau issus de la fonte des neiges, érosion littorale).
L’érosion fluviatile est produite par des cours d’eau. Elle peut être une érosion régressive.
Hydroclastie : alternance humectation-dessiccation.
Effet splash : impact des gouttes d’eau sur le sol.
L’érosion fluvioglaciaire : la glace exerce une forte pression sur elle-même qui la rend fluide
et donc érosive avec des cailloux.
Érosion par le vent
Arche naturelle, creusée par l’érosion, Capitol Reef National Park, États-Unis.
Phénomène d’érosion éolienne et hydrique sur sol dévégétalisé, Ile Maurice.
L’ érosion éolienne attaque les roches en enlevant des particules (déflation, abrasion) ou en
polissant la surface. Elle est d'autant plus efficace que les obstacles sont inexistants et que le
vent est puissant, régulier et chargé de poussières
Elle conduit à une dégradation environnementale sévère par l’appauvrissement des sols et le
déplacement de volumes élevés de particules par le vent. L’érosion éolienne est le principal
facteur physique d’épuisement des terres agricoles et, par l’ensablement, constitue une des
gênes majeures dans les aires urbaines et oasiennes des écosystèmes secs.
Érosion liée aux écarts de température
Dans les régions de forte amplitude thermique (climat continental, polaire, déserts, haute
montagne, etc), les chocs thermiques répétés par la succession des cycles jour/nuit, fend puis
fait éclater certaines roches, à différentes échelles micro et/ou macroscopique ; c’est la
thermoclastie.
L’érosion liée à la température fait également intervenir l’eau comme agent d’érosion en
présence de roches poreuses et/ou de fissures qui éclatent en cas de gel. La cryoclastie est un
exemple d’érosion par thermoclastie : la roche éclate à cause de l’alternance gel-dégel de
l’eau qui s’infiltre, lorsque l’eau gèle, elle occupe plus de volume et exerce une force capable
de faire exploser une roche. Les morceaux libérés par le gel sont appelés gélifracts. Le cycle
gel/dégel est saisonnier (en Sibérie par exemple) ou quotidien en haute montagne.
Ce sont les processus de la gélifraction ou gélivation. En montagne, la cryoclastie produit des
phénomènes de chute de bloc(s) ou parfois, collectivement, des éboulements, qui peuvent
former des éboulis en pied de pente.
Érosion chimique
Article détaillé : Altération (géologie).
La décomposition chimique des roches donne naissance à des modelés de désagrégation.
Un processus important est la dissolution, en particulier des calcaires par la pluie plus ou
moins acide, on parle alors de karst.
La dissolution est une forme de météorisation qui affecte essentiellement les massifs calcaires.
Elle donne lieu à des paysages de karst. L’eau, chargée en acides organiques et en dioxyde de
carbone, s’infiltre par les fissures et modèle les roches carbonatées ; elle constitue un «
complexe d’altération ». Elle libère les éléments chimiques de la roche sous forme d’ions
dissous dans l’eau. En effet, contrairement au grès siliceux, les calcaires sont particulièrement
vulnérables à la dissolution. Aussi, d’autres roches et minéraux sont solubles :
La silice, relativement peu soluble
Les carbonates, d’autant plus soluble que l’eau est acide
Le gypse, d’autant plus soluble que l’eau est chaude
Les sulfates
Les chlorures de sodium et de potassium (solubilité extrêmement importante)
L’altération chimique modifie les minéraux des roches : hydratation, oxydation, oxydo-
réduction, hydrolyse.
Dans la zone intertropicale, l’altération des roches feldspathiques par lessivage permet la
formation de latérites, roches rouges ou brunes constituées d’hydroxydes d’aluminium et de
fer et qui forment une véritable cuirasse à la surface des plateaux des régions chaudes et
humides.
L’hydrolyse est le processus de rupture des liaisons chimiques des minéraux. Elle donne
naissance à des oxydes tels que la limonite, ou des argiles et finit par former un sol.
Érosion causée par les êtres vivants
Biométéorisation
Microorganismes
Mollusques perforateurs, pholades par exemple
Végétaux peuvent concourir à l’érosion par leurs racines par exemple
Érosion anthropique (par l’humain) : déforestation, labours (érosion aratoire), urbanisations
diverses
Phénomènes exceptionnels et brutaux
Avalanche
Glissement de terrain
Séisme
Phénomènes volcaniques
Lahar
Transport
Déplacement d’un rocher, vallée de la Mort, États-Unis.
Le transport des matériaux issus de la désagrégation de la roche s’effectue soit sous forme
dissoute dans la circulation des eaux continentales, soit sous forme solide. Dans ce dernier
cas, il peut s’agir de processus gravitaires agissant à faible distance par des processus
gravitaires ou de transport à plus longue distance quand les matériaux sont pris en charge par
un agent de transport : glacier, eau, vent. Les matériaux transportés peuvent éventuellement
être stockés, créant des accumulations sédimentaires, avant d’être de nouveau mis en
mouvement. À long terme, ils aboutissent dans les mers et les océans.
La terminologie pour les différents types de sable est
Sable de plage Émoussé luisant (EL)
Sable fluratif Non usé (NU)
Sable désertif Rond mat(RM).
La masse de matériaux transportés sous forme dissoute par les eaux continentales est
importante. C’est le processus essentiel des régions karstiques.
De multiples processus gravitaires ( éboulement, avalanche, reptation, ruissellement,
solifluxion) nourrissent un manteau d’altération à proximité immédiate de la zone source. Sur
les versants ou à leur base, on trouve des cônes de déjection, des cônes d’éboulis ou des talus
d’éboulis.
Les glaciers transportent des matériaux de toute taille(blocs erratiques, moraines, sables).
Sur le long terme, la sédimentation des débris donne naissance à des roches détritiques. Le
vent constitue un formidable agent de transport, en particulier dans les régions désertiques. Le
vent peut aussi transporter des graviers et du sable (par saltation) et des limons (par
suspension) à partir de zones de (déflation). Ils emportent et déposent les lœss parfois à des
milliers de kilomètres de leur lieu d’origine.
Dans les régions anthropisés, l’érosion des sols augmente dans les bassins versants, mais les
barrages artificiels peuvent aussi bloquer le transit sédimentaire normal jusqu’en mer.
Modèles
L’érosion use le matériel rocheux et façonne des formes très diverses.
Formes en creux
Canyon de la Fish River, Namibie.
L’érosion peut creuser la roche et donner naissance à des modelés de dissection :
Gorge, canyon ;
Vallée et cirque glaciaire ;
Gouffre, caverne, grotte ;
Arche ;
Lavaka ;
Calanque, fjord ;
Ravine ;
Ligne des cataractes ou encore ligne des chutes
Etc.
Le ravinement affecte les paysages nommés badlands. Les précipitations, en coulant sur les
pentes constituées de matériaux meubles (argile, sédiments), creusent des rigoles et des
sillons.
Autres formes
Demoiselles coiffées, Renon/Ritten ; Trentin-Haut-Adige/Tirol méridional.
L’érosion peut donner naissance à des modelés d’accumulation.
Karst à tourelles
Inselberg
Pinnacles
Chaos de boules granitiques (Bretagne, Massif central) ou de blocs de grès (Forêt de
Fontainebleau)
Pain de sucre Rio de Janeiro
Cheminée : cheminées des fées (Hautes-Alpes), Demoiselles coiffées (Turquie)
Littoral
Article détaillé : Érosion du littoral.
Un produit de l’érosion du littoral : l’arche naturelle de la Manneporte, Étretat, France.
Le recul et la transformation des littoraux dépendent de très nombreux facteurs :
La configuration de la côte ;
La nature de la roche ;
La force et l’orientation des courants, des vagues, de la dérive littorale et de la houle ;
La présence de galets ;
L’anthropisation.
On peut donc avoir plusieurs cas de figure :
Littoral à falaise différent selon les roches ;
Les calanques appartiennent au relief karstique ;
Les rias, abers et fjords ;
Les marais, deltas, estuaires ;
Les dunes.
Érosion des sols agricoles
Érosion des sols.
Article détaillé : Régression et dégradation des sols.
Oued en crue en zone de culture (Algérie).
L’érosion des sols agricoles produit des croûtes (gypseuses ou calcaires), des cuirasses
ferrugineuses et latéritiques Cette érosion est due en grande partie à l’action de l’humain :
Les défrichements ;
Les méthodes agricoles intensives, la monoculture, la culture en rang espacés, la
mécanisation, le labour, le sol nu en période hivernale, le défrichage, les sillons dans le sens
de la pente, etc ;
Les aménagements routiers et urbains augmentent les surfaces de ruissellement ;
Le surpâturage : dans les pays du Sahel, la désertification est la conséquence du surpâturage ;
Le remembrement des années 1960, en France, a abouti à l’augmentation de la taille des
parcelles et corrélativement à la suppression des haies, des talus et des fossés. Les surfaces en
cultures de printemps, encouragées par les subventions, augmentent (tournesol, maïs,
betterave) et laissent la terre à nu en hiver. Les terrains pentus sont progressivement colonisés
par la vigne. Enfin, la destruction des plantes adventices par les herbicides laisse le sol à nu
entre les plants cultivés.
Les zones détruites par les incendies sont particulièrement exposées à l’érosion.
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