Prise en charge des fractures du rocher
Prise en charge des fractures du rocher
Fractures du rocher
M. Montava, F. Salburgo, L. Jaloux, A. Alshukry, A. Varoquaux, J.-P. Lavieille
Fréquentes et graves, les fractures du rocher par traumatisme crânien font partie des fractures de la base
du crâne. Leurs causes sont principalement les accidents de la voie publique mais les étiologies ont évolué
dans le temps et sont variables en fonction de l’âge. La sévérité des fractures du rocher est en rapport
non seulement avec les lésions des éléments sensoriels, nerveux, vasculaires et osseux contenus dans l’os
temporal, mais aussi avec les atteintes régionales et intracrâniennes associées. La fracture du rocher est
synonyme de traumatisme crânien grave. Les patients présentent fréquemment de multiples lésions de
sévérité variable, et il est indispensable de ne pas se limiter à la classification de la fracture. Le pronostic
initial est neurochirurgical de par la présence de lésions intracrâniennes. Une bonne évaluation et une
prise en charge adaptée des patients avec fracture temporale nécessitent une bonne coopération entre
spécialistes. Le bilan clinique oto-rhino-laryngologique et radiologique par tomodensitométrie en haute
résolution des rochers doit être le plus précoce possible afin d’améliorer le résultat fonctionnel à long
terme. La prise en charge initiale concerne les lésions du nerf facial, les fuites de liquide cérébrospinal,
les lésions vasculaires et les lésions cochléovestibulaires. La qualité de vie du patient peut être affectée
principalement en cas d’atteinte du nerf facial ou de l’organe cochléovestibulaire. Le pronostic vital des
patients peut également être engagé secondairement par certaines complications incluant méningites,
méningocèles, encéphalocèles et cholestéatomes, justifiant un suivi sur le long terme de ces patients.
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Plan Introduction
■ Introduction 1 Le traumatisme crânien (TC) est un problème majeur de santé
■ Rappels anatomiques 2
publique par sa morbimortalité, sa fréquence et les coûts de santé
qu’il engendre. Fréquentes et graves, les fractures du rocher par TC
■ Épidémiologie 2 font partie des fractures de la base du crâne. La sévérité des frac-
■ Biomécanique 2 tures du rocher est en rapport non seulement avec les lésions des
Architecture du crâne 2 éléments contenus dans l’os temporal, mais aussi avec les atteintes
Zones de force et de fragilité du rocher 3 régionales et intracrâniennes associées. Le pronostic initial est
Particularités chez l’enfant 3 neurochirurgical de par la présence de lésions intracrâniennes
Mécanismes des fractures du rocher 3 nécessitant une prise en charge de réanimation neurochirurgi-
■ Classifications des fractures du rocher 3 cale. Par collaboration étroite entre spécialistes, le diagnostic
Classification anatomophysiopathologique 3 initial des fractures temporales doit être réalisé rapidement dans
Classification anatomoclinique 4 ce contexte d’urgence vitale pour ne pas retarder leur prise en
charge.
■ Bilan clinique 4
Au sein de l’os temporal, la région pétreuse est une région
■ Bilan paraclinique 4 anatomique complexe de par son architecture et les éléments
Bilan radiologique 4 sensoriels, nerveux, vasculaires et osseux qu’elle contient. Les
Bilan biologique 5 patients présentent fréquemment de multiples lésions de sévé-
Bilan fonctionnel 5 rité variable, et il est indispensable de ne pas se limiter à la
■ Atteintes et prise en charge 6 classification de la fracture. Le bilan clinique orienté par l’oto-
Atteintes neuroméningées 6 rhino-laryngologiste (ORL) et l’analyse tomodensitométrique par
Atteintes nerveuses 7 le radiologue recherchent de façon exhaustive une éventuelle
Atteintes cochléovestibulaires 7 atteinte des éléments contenus dans le rocher. La prise en charge
Atteintes otologiques 9 est adaptée à chaque atteinte. Le pronostic ORL immédiat dépend
Atteintes vasculaires 9 de la présence d’une paralysie faciale périphérique (PFP), d’une
Atteintes de l’articulation temporomandibulaire 9 atteinte labyrinthique ou d’une fuite de liquide cérébrospinal
■ Conclusion 9 (LCS) qui sont des urgences médicochirurgicales. Une évalua-
tion et une prise en charge thérapeutique précoce permettent
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Volume 13 > n◦ 3 > août 2018
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crâne et, pour une plus faible partie, le bord antérieur de l’étage
postérieur. Elle s’étend entre os occipital et sphénoïde. Son grand
axe est oblique en avant et en dedans en faisant un angle de 45 à
52◦ avec le plan sagittal. La région pétreuse est une région anato-
mique complexe creusée par des cavités et canaux destinés d’une
part à loger les éléments sensoriels des appareils auditif et vesti-
bulaire, et d’autre part à livrer passage à des éléments nerveux,
vasculaires et osseux (Fig. 1).
Les éléments sensoriels contenus dans le rocher sont :
• le labyrinthe postérieur ou vestibule, comprenant utricule, sac-
cule et canaux semi-circulaires ;
• le labyrinthe antérieur ou cochlée.
Les éléments nerveux contenus dans le rocher ou à proximité
sont :
• le nerf facial VII et le nerf intermédiaire VIIbis dans le méat
acoustique interne (MAI) puis le canal facial ;
• le nerf cochléovestibulaire VIII dans le MAI ;
• le nerf trijumeau V et son ganglion de Gasser au niveau du
cavum de Meckel ;
• le nerf abducens VI au niveau de l’apex, à l’entrée du canal de
Dorello sous le ligament pétroclinoïdien ;
• les nerfs mixtes IX, X et XI au niveau du compartiment antéro-
médial du foramen jugulaire.
Les principaux éléments vasculaires contenus dans le rocher ou
à proximité sont :
• l’artère carotide interne (ACI) au sein du canal carotidien creusé
dans la partie antérieure du rocher ;
• le sinus sigmoïde logé dans une gouttière osseuse creusée dans
la mastoïde ;
Figure 1. Schéma des éléments anatomiques du rocher, sur une vue
• le bulbe de la veine jugulaire interne (VJI) occupant le compar-
endocrânienne du rocher droit. 1. Artère carotide interne ; 2. cochlée ;
timent postérolatéral du foramen jugulaire ;
3. méat acoustique interne ; 4. vestibule ; 5. bulbe de la veine jugulaire
• l’artère méningée moyenne solidaire de l’écaille temporale.
interne ; 6. système tympano-ossiculaire ; 7. méat acoustique externe ; 8.
Les éléments osseux contenus dans le rocher sont les trois osse-
sinus sigmoïde.
lets : marteau, enclume et étrier.
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A B
Figure 3. Coupe axiale de tomodensitométrie des rochers montrant une fracture.
A. Fracture transversale et labyrinthique du rocher droit (tête de flèche) passant par la cochlée (flèche) et le vestibule.
B. Fracture longitudinale et extralabyrinthique du rocher gauche (flèche) associée à une luxation de l’enclume avec diastasis de l’articulation incudomalléaire
(cercle).
L’imagerie par résonance magnétique (IRM) est réalisée pour de la fracture (luxation ou fracture ossiculaire, nerf facial) et pro-
certains cas particuliers (lésions nerveuses, méningoencépha- nostique (PFP). Chez les enfants jeunes, ou en cas d’absence de
liques, ou vasculaires) chez un patient stabilisé. Dans les cas de coopération par trouble de la vigilance, la fonction auditive peut
PFP non expliquées par la TDM, l’IRM du nerf facial recherche être explorée objectivement par l’enregistrement des potentiels
un hématome ou un œdème du nerf facial (rehaussement du évoqués auditifs ou l’Auditory Steady State Response (ASSR). En
signal après injection de gadolinium). L’IRM cérébrale permet cas de suspicion de fistule périlymphatique à distance du TC, une
de différencier les méningocèles/encéphalocèles des rétentions audiométrie positionnelle est réalisée après 20 minutes de décu-
liquidiennes mastoïdiennes quand un doute persiste sur la TDM. bitus latéral sur le côté de l’oreille pathologique, et est positive
La cisternographie-IRM est réalisée dans le bilan préopératoire en cas de baisse de la courbe osseuse d’au moins 10 dB sur deux
d’une fuite de LCS persistante afin de localiser la brèche ostéo- fréquences consécutives.
méningée si la TDM n’est pas contributive. L’IRM cérébrale joue L’exploration des fonctions vestibulaires comporte la vidéo-
également un rôle dans l’évaluation préopératoire des patients nystagmographie (test calorique à l’air en cas de perforation
nécessitant une intervention chirurgicale par approche de la fosse tympanique, et contre-indiqué en cas de plaies du MAE ou de
crânienne moyenne avec rétraction du lobe temporal. En cas suspicion de fuite de LCS), les potentiels évoqués otolithiques, la
d’anomalie sur l’angio-TDM artérielle ou veineuse, l’angio-IRM verticale visuelle subjective et la posturographie chez un malade
cérébrale et des vaisseaux du cou peut apporter des informations conscient, coopérant et mobilisable.
complémentaires sur les atteintes vasculaires. L’exploration électrophysiologique du nerf facial doit être réa-
Les techniques d’imagerie complémentaires sont l’artério- lisée précocement après la survenue de la PFP et être répétée
graphie qui est le gold standard pour l’évaluation des lésions vas- périodiquement pour apprécier l’évolution. Il existe trois types
culaires, et la cisternographie-TDM pour la localisation des fuites de lésions du nerf facial :
de LCS. • neuropraxie, dans laquelle la continuité de l’axone est préservée
et seule la gaine de myéline est altérée, entraînant un ralentisse-
ment de la conduction nerveuse. Il n’y a pas de dégénérescence
Bilan biologique wallérienne et la guérison se fait sans séquelle ;
• axonotmésis, dans lequel la continuité de l’axone et de la gaine
La bêta-2 transferrine est recherchée devant une suspicion
de myéline est interrompue avec préservation totale ou par-
d’otoliquorrhée ou de rhinoliquorrhée. À la phase initiale, le LCS tielle des structures nerveuses de soutien (épinèvre, périnèvre,
est souvent mélangé au sang retardant le diagnostic de fuite de endonèvre). La partie distale du nerf subit la dégénérescence
LCS. Le signe de la « cocarde » et le signe du « réservoir » sont wallérienne et n’est plus excitable en 10 à 21 jours. La désor-
des techniques subjectives et approximatives. La présence de glu- ganisation de l’architecture interne du nerf peut entraîner des
cose à la bandelette réactive dans le liquide prélevé ou le dosage spasmes et syncinésies ;
de glucose sont de bons indicateurs mais ne sont ni sensibles, ni • neurotmésis, qui correspond à une section complète du tronc
spécifiques. Marqueur non invasif, la bêta-2 transferrine est une du nerf, y compris les structures nerveuses de soutien, entravant
protéine présente exclusivement dans le LCS et la périlymphe, et la capacité de régénérescence nerveuse. La partie distale n’est
absente du sang, des sécrétions nasales et des sécrétions de l’oreille plus excitable en 4 à 8 jours.
moyenne. L’électroneuronographie (ENoG) est un test de stimulodétec-
tion qui détermine le pourcentage d’axones dégénérés du nerf
Bilan fonctionnel facial par rapport au côté sain. Le recueil d’une réponse motrice
globale évoquée, à l’aide d’une électrode bipolaire de surface au
L’exploration des fonctions auditives comporte l’audiométrie niveau du sillon nasogénien, se fait après stimulation supramaxi-
tonale et vocale dès que le patient est mobilisable. Elle est répé- male (10 % au-dessus du seuil d’amplitude maximale du côté
tée à distance (3–6 semaines) après résorption d’un hémotympan. sain) du nerf à son émergence au foramen stylomastoïdien. Cette
La tympanométrie et la recherche des réflexes stapédiens ont peu méthode est destinée à calculer le pourcentage de fibres ner-
d’intérêt, mais peuvent apporter une information topographique veuses en activité en comparant l’amplitude du potentiel d’action
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composite musculaire du côté malade à celle du côté sain. Une crâne non temporales 47 à 67 %, fractures maxillofaciales 21 %,
diminution de plus de 90 % de l’amplitude du tracé par rapport lésions du rachis cervical 2 à 6 % et lésions orthopédiques autres
au côté sain est un élément péjoratif pour la PFP. Le pourcentage 16 %. Parmi les patients avec fracture temporale, 84 % ont au
au septième jour de la PFP a une valeur pronostique. Cet examen moins une lésion intracrânienne découverte sur la TDM, et ces
est fiable s’il est réalisé précocement (3–7 j). Un deuxième exa- lésions sont multiples dans 39 %. Leur mortalité est d’environ
men réalisé 5 à 7 jours plus tard donne la pente de décroissance 8 à 10 % ; parmi les survivants, 16 % nécessitent une rééduca-
qui, si elle est élevée, traduit un pronostic défavorable. L’absence tion en institution spécialisée [4, 8, 32–35] . L’hématome extradural
d’excitabilité à la fin de la première semaine pose le diagnostic de est le plus fréquent après fracture temporale (73 % des héma-
neurotmésis orientant vers un traitement chirurgical. Une perte tomes extraduraux) par lésion de l’artère méningée moyenne.
d’excitabilité au cours de la deuxième semaine ne permet pas de Les autres lésions intracrâniennes associées sont : hématome
conclure. Une inexcitabilité apparaissant au cours de la troisième sous-dural 6 à 21 %, hémorragie méningée 2 à 23 %, contusion
semaine conclut à un axonotmésis dont la récupération doit être cérébrale 9 à 46 %, pneumencéphalie 8 à 9 % et hématome
recherchée par l’apparition de signes de réinnervation à partir de intracérébral. La présence d’une pneumencéphalie témoigne
la quatrième semaine et confirme l’absence d’indication chirurgi- d’une brèche ostéoméningée dont les risques de complications
cale [31] . sont la fuite de LCS et la méningite.
L’électromyographie (EMG) (détection aiguille-électrode) per- • Les fuites de LCS initiales surviennent dans 18 à 45 % des
met l’étude du potentiel global d’action musculaire obtenu lors cas, sont plus fréquentes chez l’enfant, et se compliquent de
de la contraction volontaire (détection) ou après stimulation (sti- méningite dans 7 %, surtout lorsqu’elles persistent après sept
mulodétection). Le recueil se fait au niveau de quatre muscles jours [6] . Elles résultent soit d’une déchirure de la dure-mère
représentatifs (sourcilier, orbiculaire des paupières, orbiculaire des lors du TC, soit d’un spicule osseux qui embroche la dure-
lèvres et de la houppe du menton). En cas de PFP, l’EMG de détec- mère, soit d’une fracture labyrinthique faisant communiquer
tion retrouve des potentiels lents de dénervation (présents qu’à le MAI à l’oreille moyenne. La brèche ostéoméningée peut pas-
partir du dixième jour, et de mauvais pronostic si leur appari- ser inaperçue et ne se révéler que tardivement en raison de
tion est précoce), des potentiels de fibrillation ou des potentiels l’otorragie ou de l’hémotympan. La prise en charge des fuites
polyphasiques de réinnervation, un silence électrique, des signes de LCS commence par des mesures conservatrices comprenant
de spasmes (activité tonique spontanée ou myokimies) et des la restriction hydrique, le repos au lit, l’élévation de la tête, la
signes de syncinésies. L’EMG de stimulodétection repose sur la prise de laxatifs et d’antitussifs, l’évitement du mouchage, du
stimulation du nerf au foramen stylomastoïdien jusqu’au niveau reniflement et de tout effort à glotte fermée, la vaccination en
supramaximal. L’examen débute par l’étude du nerf facial du côté prévention d’une méningite, et dans certains cas, les ponctions
sain permettant d’obtenir les paramètres contrôles nécessaires à lombaires évacuatrices ou la mise en place d’une dérivation du
l’interprétation des réponses du côté atteint. Les paramètres rete- LCS. En cas d’otoliquorrhée, une poche de stomie est placée sur
nus sont le seuil minimal de stimulation (5–8 mA), l’intensité de l’oreille désinfectée afin de protéger la brèche ostéoméningée
stimulation supramaximale, la latence de la réponse musculaire des germes environnants et de quantifier l’écoulement. Le rôle
(3–4 ms) et surtout l’amplitude de la contraction musculaire pour de l’antibioprophylaxie est très controversé car les doses pro-
une intensité de stimulation supramaximale (de 0,8 mV pour le phylactiques d’antibiotiques seraient insuffisantes pour traiter
muscle sourcilier à 4,8 mV pour la houppe du menton). La compa- une méningite, pourraient masquer une infection subclinique
raison des amplitudes recueillies entre les deux côtés permet et créer des organismes résistants [1, 6, 36] . Elle est instaurée
d’estimer le pourcentage de perte axonale qui apporte un caractère qu’en cas d’infection locorégionale. Ces mesures conservatrices
pronostique important. Mais l’interprétation dépend aussi de la permettent une résolution spontanée de la fuite dans 95 à
date de réalisation de l’examen par rapport au début d’installation 100 % des cas, le plus souvent dans les sept jours [6, 24, 25, 37] .
de la PFP. En effet, à un stade précoce (3–4 premiers jours), la perte Les patients présentant une fuite de LCS persistante après sept
axonale peut être modérée car le nerf reste excitable en périphé- jours malgré les mesures conservatrices nécessitent une ferme-
rie. Après le 14e jour, l’excitabilité nerveuse peut être aggravée par ture chirurgicale de brèche ostéoméningée. Lorsque la TDM
des lésions supplémentaires de neurapraxie. Cet examen évalue retrouve un large defect ou ne localise pas la fuite, l’IRM
la gravité de l’atteinte nerveuse, principalement entre le 6e et le évalue le degré d’hernie méningée ou encéphalique, localise
10e jour d’évolution. Dans cet intervalle, plus la perte axonale la fuite de LCS et évalue les lésions intracrâniennes avant
est précoce et intense, plus la dégénérescence nerveuse est sévère une voie sus-pétreuse. Pour les petits defects, une approche
et de mauvais pronostic. La réinnervation croisée est également transmastoïdienne peut suffire, alors que les larges defects
étudiée : le nerf facial sain controlatéral peut, parfois dès le pre- (supérieurs à 2 cm) nécessitent généralement un abord de la
mier jour après le déficit, réinnerver les muscles paramédians du fosse cérébrale moyenne [6, 37] . Le defect doit être reconstruit de
côté paralysé et être responsable d’une augmentation du tonus manière étanche (greffon osseux ou cartilagineux maintenu par
et d’une récupération clinique observée, alors que les réponses colle biologique, plastie durale éventuelle). Les brèches laby-
directes du côté atteint restent de faible amplitude, souvent inter- rinthiques se colmatent rarement par absence de dure-mère
prétées à tort par le clinicien par un début de régénérescence du au fond du MAI et présence de citerne, nécessitant une laby-
nerf atteint. L’évolution de cette prise en charge controlatérale de rinthectomie avec exclusion d’oreille par greffon de graisse
l’hémiface paralysée apporte un caractère pronostique important abdominale. Les fuites de LCS tardives peuvent être isolées ou
car sa décroissance signe le plus souvent la reprise de la réponse associées à une méningocèle, une encéphalocèle ou un cho-
directe. lestéatome. La prise en charge est identique à celle des formes
L’étude du réflexe de clignement ou blink reflex analyse les por- initiales.
tions intracrâniennes et intrapétreuses du nerf facial en explorant • Les méningites peuvent survenir à la phase initiale ou être
une boucle réflexe trigéminofaciale. La stimulation du nerf sus- tardives sur fuite de LCS, méningocèle, encéphalocèle ou
orbitaire provoque une réponse R1 précoce et homolatérale et une cholestéatome. Les principaux organismes responsables dans
réponse R2 tardive et bilatérale (correspondant au clignement) par ce contexte sont : Pneumococcus spp., Staphylococcus spp.,
enregistrement au niveau des orbiculaires des paupières. L’absence Streptococcus spp. et Haemophilus influenzae. On note donc
de la réponse R1 est de mauvais pronostic. l’importance de la vaccination systématique de toute frac-
® ®
ture du rocher (Prevenar 13 puis Pneumo 23 à 8 semaines,
®
Act-Hib ). Elles peuvent être à l’origine d’une ossification cica-
Atteintes et prise en charge tricielle du labyrinthe membraneux (labyrinthite ossifiante).
Les patients avec fractures temporales intéressant la capsule
Atteintes neuroméningées otique présentent également un risque élevé de méningite
même tardive engageant le pronostic vital [38] . En effet, l’os
• Les lésions neurologiques et fractures associées sont fréquentes enchondral de la capsule otique cicatrise par un processus
et souvent multiples nécessitant une collaboration étroite entre fibreux plutôt qu’un processus osseux après fracture [6, 38] .
spécialistes : lésions intracrâniennes 60 à 84 %, fractures du Les fractures faisant communiquer le labyrinthe à l’oreille
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moyenne doivent donc être traitées par exclusion d’oreille fonction faciale après réparation chirurgicale se fait dans un délai
moyenne à l’aide d’un greffon de graisse abdominale. minimal de sept mois. L’intervention doit être réalisée le plus
• Les méningocèles et encéphalocèles sont de rares complications précocement possible, mais est souvent retardée par les atteintes
précoces ou tardives de fractures temporales pouvant être asso- intracrâniennes associées empêchant un abord de la fosse céré-
ciées à une fuite de LCS ou à des méningites à répétition. brale moyenne. La durée et la qualité de cette récupération sont
Dans la littérature, elles sont décrites avec un délai d’apparition inversement proportionnelles au délai entre le TC et la répara-
pouvant aller jusqu’à 21 ans après le TC. La symptomatologie tion [44–46] . Après un suivi de deux ans, 94 à 100 % des patients
complexe et aspécifique rend souvent leur diagnostic retardé. explorés chirurgicalement avaient un grade I-III, 45 % retrou-
Leur prise en charge dépend de la taille du defect sur l’imagerie. vaient un grade I, et aucun patient n’avait un grade V-VI [42, 47] .
Une voie d’abord combinée transmastoïdienne/sus-pétreuse est Au stade séquellaire (après un délai de 1 an), des techniques de
réalisée pour les larges defects (supérieurs à 2 cm), et une voie réinnervation ou de réhabilitation faciale sont proposées [48] . Les
transmastoïdienne unique est réalisée pour les petits defects [39] . patients présentant un grade V-VI sont des candidats à la réinner-
Le tissu cérébral hernié, non fonctionnel, est coagulé et réséqué, vation par anastomose hypo-glosso-faciale, massétérofaciale ou
et l’étanchéité durale et osseuse est reconstruite. transfaciale. Des techniques de réhabilitation faciale telles que la
myoplastie d’allongement du temporal peuvent être proposées si
le délai de réinnervation est dépassé (4 ans). Les patients présen-
Atteintes nerveuses tant un grade III-IV peuvent bénéficier d’une chirurgie palpébrale,
Les lésions du nerf facial après fracture temporale ont une inci- d’une myoplastie d’allongement du temporal, d’un lifting cervico-
dence qui varie selon le type de fractures : 10 à 25 % des fractures facial, d’une suspension commissurale, ou d’injections de toxine
longitudinales et 38 à 50 % des fractures transversales. Les PFP botulique pour les spasmes et syncinésies. La rééducation ortho-
chez l’enfant sont moins fréquentes (3 %) par plus grande flexibi- phonique a une place dans toutes les étapes de la prise en charge.
lité du crâne [40, 41] . Les lésions du nerf abducens surviennent en cas de fracture de
Les segments atteints sont par ordre de fréquence : ganglion l’apex pétreux dans 5 à 7 % des fractures temporales [19, 42] . Ces
géniculé 66 à 80 %, coude 20 %, 3e portion 6 à 16 %, 2e portion lésions sont fréquemment dues à un étirement ou à une compres-
4 à 8 %, avec une association fréquente entre le ganglion géni- sion du nerf au niveau de son entrée dans le canal de Dorello. Le
culé et la 3e portion [13, 42, 43] . Les mécanismes physiopathologiques pronostic est bon avec fréquemment une récupération spontanée
responsables sont : la section complète ou partielle, la compres- et totale dans un délai de deux semaines à quatre mois [18, 47] .
sion par esquille osseuse, embarrure, osselet luxé, hématome Le syndrome du foramen jugulaire consiste en une atteinte des
ou œdème périnerveux, la traction, l’hématome intranerveux, nerfs mixtes IX, X et XI décrite dans 2,6 % des fractures tem-
l’œdème intranerveux, l’ischémie par spasme vasculaire. Une PFP porales [19, 42] . Il survient dans les fractures de l’apex pétreux avec
immédiate traduit une section du nerf, alors qu’une PFP retardée atteinte du foramen jugulaire et de ses structures. La paralysie peut
traduit un nerf intact souffrant secondairement d’une compres- être immédiate ou retardée, avec un meilleur pronostic pour les
sion dans son canal osseux inextensible. formes retardées [42] .
Les PFP sont : immédiates et complètes dans 52 % des cas, retar- L’atteinte du nerf trijumeau est rare, secondaire à des lésions
dées et complètes dans 15 %, incomplètes dans 23 %, de délai d’étirement et de compression au niveau du cavum de Meckel [19] .
d’apparition indéterminé dans 10 %. Les patients présentant une La récupération est spontanée et généralement totale en deux
PFP immédiate et complète doivent être explorés chirurgicale- mois.
ment, car le taux de récupération spontanée est faible (30 %).
Devant une PFP retardée et complète, l’exploration chirurgicale
est indiquée devant un neurotmésis ou un axonotmésis sévère Atteintes cochléovestibulaires
en EMG ou une perte axonale d’au moins 90 % à l’ENoG. Si • La destruction du labyrinthe par fracture labyrinthique est
la PFP est incomplète, qu’elle soit immédiate ou secondaire, la causée par l’ouverture des cavités labyrinthiques vers l’oreille
récupération est complète sous traitement médical. Les PFP où le moyenne avec apparition d’air dans le labyrinthe (pneumola-
délai d’apparition ne peut être déterminé doivent être considérées byrinthe sur la TDM). Ces fractures sont responsables de lésions
comme des formes immédiates. du labyrinthe membraneux : hémorragie et fusion des espaces
Le traitement médical repose sur de fortes doses de corti- endo- et périlymphatiques avec troubles de l’homéostasie.
coïdes (méthylprednisolone 1–2 mg/kg/j pendant 1–2 semaines), Ces lésions sont habituellement immédiates, définitives et
les soins oculaires (larmes artificielles, pommade à la vitamine complètes, rarement partielles [49] . La conséquence est une sur-
A, occlusion palpébrale nocturne, éventuellement tarsorraphie) dité neurosensorielle à type de cophose et un grand vertige rota-
et une rééducation orthophonique. Dans les formes retardées, toire brutal par aréflexie vestibulaire. L’atteinte peut toutefois
l’association d’un antiviral (valaciclovir) est préférable dans le être dissociée, la cophose étant plus fréquente. Le traitement
cadre d’une possible réactivation virale post-traumatique. Le délai médical repose sur de fortes doses de corticoïdes, un traitement
de récupération spontanée va d’un jour à un an avec 59 % de antinauséeux (métoclopramide), un traitement antivertigineux
récupération à un mois et 88 % de récupération à trois mois. (acétylleucine), un traitement vasodilatateur (bétahistine) et
Ces patients ont un excellent pronostic avec un grade I-II à dis- la rééducation vestibulaire [50] . Les vertiges sont suivis d’une
tance [6, 25, 42] . instabilité qui disparaît par compensation centrale [7] . Si les
L’exploration chirurgicale se fait en complément du traitement vertiges ou l’instabilité persistent, une fistule périlymphatique
médical devant une PFP complète et immédiate, ou complète peut être en cause par fluctuation des informations vestibu-
et retardée à mauvais critères électrophysiologiques (Fig. 4). La laires. Si l’atteinte vestibulaire est bilatérale, le patient présente
voie d’abord chirurgicale dépend de la localisation de la lésion des oscillopsies et une instabilité aggravée à l’obscurité. Au
du canal facial sur la TDM et du statut auditif du patient : stade séquellaire, les patients présentant une surdité neurosen-
transmastoïdienne, sus-pétreuse, ou translabyrinthique en cas sorielle légère ou modérée sont classiquement réhabilités par
de cophose [6, 13, 42] . Le nerf est décomprimé au niveau du site appareillage auditif. Une implantation en conduction osseuse
lésionnel. L’incision de la gaine du nerf n’est plus indiquée afin est une bonne option dans la réhabilitation auditive de sur-
d’éviter de fragiliser le nerf au niveau vasculaire. En cas de sec- dité sévère ou profonde unilatérale, permettant une meilleure
tion complète, un parage des régions fibrosées ou inflammatoires intelligibilité avec localisation sonore et rétablissement d’une
est réalisé, suivi d’une anastomose faciofaciale sans tension par stéréophonie [51] . En cas de surdité neurosensorielle sévère à
suture simple épipérineurale ou par colle biologique entourée profonde bilatérale, l’implantation cochléaire doit être envisa-
d’un manchon aponévrotique. Devant toute tension, le déroute- gée chez les patients qui ne présentent pas de discontinuité
ment d’une partie du nerf facial ou une greffe nerveuse autologue osseuse significative ou d’ossification cochléaire, et chez qui
utilisant le nerf sural ou le plexus cervical superficiel est néces- l’IRM retrouve un nerf cochléovestibulaire intact [52–54] . Une sti-
saire. L’association d’une section des nerfs pétreux préviendrait le mulation aberrante du nerf facial est une complication rare,
syndrome des « larmes de crocodile » en empêchant la repousse probablement secondaire à une fuite électrique au niveau du
axonale erronée des fibres sécrétoires [42] . La récupération de la trait de fracture, et obligeant l’explantation [52] .
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20-220-A-10 Fractures du rocher
–
EMG + ENoG du VII + Chirurgie du foyer de fracture
Contrôle à j5-7 jours ± chirurgie des autres portions du
Aggravation VII
–
Traitement médical
• L’hémolabyrinthe est une complication pouvant survenir dans positionnel sans les caractéristiques d’un vertige paroxystique
le cadre des fractures labyrinthiques ou extralabyrinthiques. positionnel bénin (VPPB) et un nystagmus provoqué par les
L’atteinte cochléovestibulaire est souvent la destruction du manœuvres pressionnelles (Hennebert, Valsalva, tympanomé-
labyrinthe, le traitement étant similaire. L’hémorragie intrala- trie, Tullio 500 Hz, Tullio 250 Hz). L’audiométrie positionnelle
byrinthique n’est pas visible à la TDM. En IRM, elle se présente est positive. Une surdité en aggravation nécessite une fermeture
de façon caractéristique en hypersignal T1, hypersignal fluid de la fistule en urgence [7, 57] . Une exploration de caisse permet la
attenuated inversion recovery (FLAIR), sans rehaussement ni confirmation diagnostique et le colmatage de la fistule par tissu
anomalie de signal en T2 (hypersignal). Elle peut évoluer vers conjonctif (graisse, aponévrose ou périchondre maintenu par
l’ossification labyrinthique. colle biologique). Si l’étrier est fracturé ou luxé, une stapédec-
• La commotion labyrinthique correspond à des altérations tomie est réalisée avec interposition d’aponévrose ou de péri-
labyrinthiques dans les fractures respectant la capsule otique. chondre sur la fenêtre vestibulaire et mise en place d’un piston.
Plusieurs mécanismes ont pu être évoqués. Des troubles de la • Les VPPB sont fréquents après TC et surviennent le plus sou-
microcirculation locale seraient responsables d’une hypoxie vent quelques jours à quelques semaines après. Les otolithes se
entraînant des modifications de l’homéostasie endo- et péri- décrochent de la macule lors du choc. Le traitement des VPPB
lymphatique [55] . Des microfractures concernant la capsule par manœuvres libératoires est le plus souvent efficace.
otique, non détectées par l’imagerie, ont été identifiées sur • L’hydrops endolymphatique après fracture temporale est
analyse histopathologique [56] . Des ruptures des macules oto- responsable d’une plénitude de l’oreille, d’acouphènes,
lithiques pourraient être en cause. Les patients présentent une d’une surdité neurosensorielle fluctuante et de vertiges simi-
atteinte neurosensorielle et un grand vertige rotatoire brutal laires aux crises vertigineuses de la maladie de Ménière. Le
par hypo- ou aréflexie vestibulaire. Le traitement est identique mécanisme théorique est une rupture de l’équilibre endo-
à celui de la destruction labyrinthique. lymphe/périlymphe secondaire à une lésion de la membrane
• Une fistule périlymphatique peut survenir en cas de frac- labyrinthique ou à une altération du drainage du liquide endo-
ture labyrinthique (cicatrisation labyrinthique difficile) ou de lymphatique par l’aqueduc du vestibule [58] . Le traitement de
traumatisme des fenêtres (cochléaire ou vestibulaire) isolé ou l’hydrops endolymphatique est identique à celui de la maladie
associé à une dislocation stapédovestibulaire ou à une fracture de Ménière (régime sans sel, corticothérapie, bétahistine, diu-
de la platine de l’étrier. Ces patients présentent typiquement rétique). Devant une persistance de la symptomatologie sous
une atteinte cochléovestibulaire fluctuante [7] . La TDM peut être traitement, une exploration chirurgicale doit être réalisée dans
normale ; elle recherche une atteinte de l’étrier, un pneumola- un premier temps pour éliminer une fistule périlymphatique.
byrinthe et du liquide dans la cavité tympanique en regard du • La « surdité sympathique » est une forme rare de surdité retardée
trait de fracture ou dans la région des fenêtres. Dans les formes correspondant à une surdité neurosensorielle controlatérale à
atypiques ou à distance du TC, on recherche une aggrava- l’oreille traumatisée d’apparition progressive plusieurs mois ou
tion des signes cochléovestibulaires par l’effort (surtout à glotte années après le TC initial. Cette surdité a une incidence de 1 à
fermée), la position allongée, la manœuvre de Valsalva, le mou- 11 % chez les patients ayant eu une fracture temporale. Cette
chage, la toux et les sons forts. L’examen retrouve un nystagmus surdité est associée à la présence d’anticorps auto-immuns
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Fractures du rocher 20-220-A-10
dirigés contre l’oreille interne. En théorie, l’appareil cochléo- • Les dysfonctions obstructives de la trompe auditive peuvent
vestibulaire se comporte comme un site immunologique survenir par atteinte de la partie osseuse de la trompe.
privilégié, et le traumatisme permet une exposition antigé- • Le cholestéatome post-traumatique est une rare complication
nique sensibilisant le système immunitaire qui produit alors de fractures temporales. Son délai d’apparition est de 2 à 24 ans
des autoanticorps provoquant une surdité neurosensorielle après le TC, par perforation tympanique, incarcération cutanée
controlatérale. Bien que ces patients répondent initialement dans une fracture du MAE ou sténose du MAE. Les cholestéa-
aux corticoïdes, la surdité s’installe progressivement. Une tomes sont souvent extensifs, et peuvent être responsables de
excellente réponse à l’implantation cochléaire est rapportée [59] . méningites et d’abcès intracrâniens otogéniques [63] .
• Les acouphènes, souvent présents dans l’atteinte de l’oreille
interne, sont de traitement souvent difficile et peuvent être à
l’origine d’une gêne souvent importante. Les patients présen- Atteintes vasculaires
tant des acouphènes doivent être traités initialement par fortes Les atteintes vasculaires sont rares, mais doivent être recher-
doses de corticoïdes. chées systématiquement du fait de leur gravité potentielle. Elles
• Des traumatismes du nerf cochléovestibulaire par des lésions sont du ressort de la radiologie interventionnelle et de la chirurgie
histologiques de la gaine de myéline ont été décrits avec un vasculaire.
bon pronostic de récupération [60] . • Les atteintes du sinus sigmoïde ou du bulbe de la VJI se
• L’atteinte centrale des voies et centres nerveux du système compliquent souvent d’hémorragie ou de thrombose. Une
auditif ou de l’équilibration peut aussi exister lors de TC [61] . atteinte de leur sillon osseux est associée à une atteinte de la
• Le syndrome subjectif des traumatisés crâniens, ou syndrome paroi vasculaire, pouvant entraîner une hémorragie veineuse
postcommotionnel, est rencontré dans plus de la moitié des massive. Les thromboses veineuses sont fréquentes dans les TC,
TC. Il associe une impression de déséquilibre de brève durée, mais les signes cliniques sont pauvres (signes d’hypertension
avec une sensation de chute imminente aux mouvements intracrânienne lorsque la thrombose est occlusive). Un traite-
rapides de la tête alors que l’examen vestibulaire est normal. ment anticoagulant est discuté, guidé par l’évolution clinique
Il s’accompagne de signes neurovégétatifs, d’acouphènes et et radiologique [19] . De rares fistules durales artérioveineuses
de céphalées postérieures résistantes aux antalgiques habi- peuvent se développer secondairement à une blessure d’un
tuels auxquels s’ajoutent une asthénie et une baisse de la sinus veineux.
libido. Il existe également des troubles de la mémoire, du • Les atteintes de l’ACI peuvent être une lacération, une dis-
caractère, du sommeil et une anxiété. Au-delà de deux mois, section, une section, une thrombose, une occlusion complète,
ce syndrome évolue vers la névrose post-traumatique. Une un pseudoanévrisme, ou une fistule artérioveineuse. Bien que
prise en charge psychologique, voire psychiatrique, est alors les fractures concernent le plus souvent la jonction des por-
nécessaire [61] . tions lacerum et caverneuse du canal carotidien, la majorité
des lésions vasculaires de l’ACI concerne le segment pétreux [64] .
Souvent fatales, elles sont rares, le plus souvent secondaires aux
Atteintes otologiques traumatismes par armes à feu. Toutes peuvent se compliquer
d’un accident vasculaire cérébral, et entraînent une otorragie ou
• Les plaies du MAE peuvent nécessiter un calibrage du MAE une épistaxis profuse. La dissection de l’ACI avec fistule caroti-
®
(Silastic ), voire une réduction d’un éventuel déplacement docaverneuse est observée dans 1 à 3 % des cas et se traduit par
osseux dans le MAE, pour prévenir une sténose secondaire et une exophtalmie pulsative rapidement progressive, une baisse
une incarcération cutanée dans le foyer de fracture, respon- de l’acuité visuelle et un souffle systolique à l’auscultation de la
sable d’un cholestéatome secondaire. Le calibrage occlusif du région temporale et du globe oculaire [19, 42] .
®
MAE par Pop-Oto-Wick est contre-indiqué si une fuite de LCS
est suspectée, sauf en cas de saignement actif majeur, car il
provoque une stagnation de LCS et augmente le risque de Atteintes de l’articulation
méningite. temporomandibulaire
• L’hémotympan, visible à l’examen otoscopique dans 50 à 90 %
des cas, est responsable d’une surdité de transmission ini- Les fractures temporales intéressant l’articulation temporoman-
tiale qui se résorbe spontanément en trois semaines environ dibulaire ont une symptomatologie articulaire par atteinte de la
sans traitement. Une surdité de transmission persistante doit fosse glénoïde ou de l’éminence articulaire. Une fracture ou luxa-
faire évoquer une perforation tympanique, une lésion de la tion mandibulaire associée doit être recherchée. Dans les formes
chaîne ossiculaire ou plus rarement un cholestéatome post- isolées, les fractures temporales peuvent être responsables d’un
traumatique. trismus, d’une malocclusion dentaire, de douleurs articulaires ou
• Une perforation tympanique peut être retrouvée à l’otoscopie et d’otalgies. Un traitement conservateur est le plus souvent efficace
nécessite une myringoplastie en cas de persistance à trois mois (antalgiques, corticoïdes, alimentation mixée ; les myorelaxants
du TC. et les anti-inflammatoires non stéroïdiens étant évités au décours
• L’atteinte de la chaîne ossiculaire est présente dans 50 % immédiat d’un TC). En cas de malocclusions persistantes, une
des fractures du rocher, surtout longitudinales. L’hémotympan fixation maxillomandibulaire courte peut être nécessaire.
peut rendre difficile leur diagnostic sur la TDM, et il faudra
répéter la TDM à distance, après résorption de l’hémotympan,
en cas de surdité de transmission persistante. La lésion ossi- Conclusion
culaire la plus fréquente est la luxation incudostapédienne
(11–14 %) [7, 17, 19] . De la simple distorsion capsuloligamen- Les fractures temporales surviennent rarement de manière
taire à la perte totale des rapports articulaires normaux, tous isolée. Une bonne évaluation et une prise en charge adaptée des
les intermédiaires peuvent être observés. Les autres luxations patients avec fracture temporale nécessitent une coopération
par ordre de fréquence sont : la luxation incudomalléaire, la étroite entre spécialistes. La prise en charge initiale est basée sur
luxation du bloc incudomalléaire, la luxation stapédovestibu- une stabilisation de l’état du patient, une prise en charge des
laire. La fracture de la branche descendante de l’enclume est lésions du nerf facial, des fuites de LCS et des lésions cochléo-
la plus fréquente. La fracture des branches de l’étrier ou de vestibulaires. Un bilan clinique ORL et radiologique par TDM en
la platine est plus rare, sauf dans la population pédiatrique haute résolution des rochers doit être réalisé le plus précocement
par meilleure déformabilité du crâne [62] . Si une intervention possible. Le pronostic vital des patients peut également être
est indiquée (décompression du nerf facial, fermeture d’une engagé secondairement par certaines complications incluant
brèche ostéoméningée, fermeture de fistule périlymphatique), méningites, cholestéatomes, méningocèles et encéphalocèles.
une ossiculoplastie peut être réalisée dans le même temps chi- Il est donc conseillé de réaliser une TDM de contrôle deux ans
rurgical [7, 42, 43] . Dans les autres cas, une ossiculoplastie est après une fracture du rocher pour rechercher toute pathologie
réalisée à trois mois [24] . séquellaire.
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Toute référence à cet article doit porter la mention : Montava M, Salburgo F, Jaloux L, Alshukry A, Varoquaux A, Lavieille JP. Fractures du rocher. EMC - Oto-
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EMC - Oto-rhino-laryngologie 11
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