Les expansions du nom et les substituts
Cette ressource se propose de dégager les enjeux de deux notions essentielles à la
caractérisation : les expansions du nom et les substituts (particulièrement les
substituts dits « infidèles » qui engagent le point de vue du narrateur sur ce qui est
évoqué), et d’en rappeler les principaux éléments de définition.
L’étude des expansions du nom et des substituts est mise à la fois au service de
l’interprétation des textes et de leur production. Qu’il s’agisse de veiller à la
caractérisation des noms ou de maintenir la continuité thématique de son propos,
l’élève est incité à prendre en compte son destinataire et à enrichir l’évocation des
personnages et de l’univers qu’il crée.
Cette ressource propose aussi des éléments de programmation, à l’échelle du cycle
4, afin de permettre à l’équipe de français d’organiser les apprentissages de manière
raisonnée.
Elle distingue quatre niveaux répartis en trois pôles : en réception / en production /
connaissances linguistiques.
Les expansions du nom
Le groupe nominal de base est constitué d’un nom et d’un déterminant ; il peut être
aussi simplement constitué d’un nom propre ou encore ne posséder aucun
déterminant. Le groupe nominal étendu est enrichi d’éléments facultatifs : l’adjectif
épithète, le groupe prépositionnel complément du nom et la subordonnée relative
complément de l’antécédent. L’appellation d’expansion du nom, même si elle ne
figure pas dans la terminologie du programme, permet de rassembler commodément
ces constituants facultatifs du groupe nominal.
Ces éléments dépendent du nom et peuvent se cumuler entre eux, à condition de
respecter certaines règles relatives à l’ordre des mots : certains adjectifs peuvent
être antéposés au nom avec parfois un changement de sens.
Les expansions sont traditionnellement qualifiées de « déterminatives » quand elles
restreignent l’identification du nom comme dans le groupe nominal la voiture de
police ou encore le cours de grammaire. Elles sont, sinon, « explicatives » ou «
descriptives » car elles ne restreignent pas l’extension du nom. C’est cette dernière
valeur qui nous intéresse en lien avec l’étude des textes littéraires présentés aux
élèves. Dans ce cas, l’effacement de l’expansion du nom supprime des informations
qui sont de l’ordre de la description, de la caractérisation
mais sans nuire à la détermination du groupe nominal. L’expansion, bien qu’elle soit
facultative sur le plan de la syntaxe, n’en reste pas moins un véritable ajout, qui a
une portée significative dans l’économie du texte.
C’est au cycle 4 qu’il sera possible d’observer de plus près les constructions
détachées, les appositions, si elles apportent une caractérisation intéressante à
étudier, et ce en mettant en évidence les trois critères possibles, proposés et
discutés par les grammairiens :
le détachement : l’élément apposé est formellement détaché des autres
éléments de la
phrase par des virgules, il est mobile et on peut le supprimer ;
la coréférence : l’élément apposé désigne le même objet du monde qu’un
autre élément de
la phrase, et ce de manière directe, par exemple un GN précédé d’un
déterminant (Paris, la
capitale de la France) ou indirecte (avec un adjectif qualificatif) ;
la prédication seconde : l’élément apposé constitue en fait une seconde
information sur le
sujet, qui fait déjà l’objet d’une prédication via le plus souvent un groupe
verbal : Les enfants, fatigués, sont allés se coucher.
L‘étude des expansions du nom est un enjeu pour la lecture analytique des
textes. Comme le rappelle la Grammaire méthodique du français, « ... le
groupe nominal est sans aucun doute le type de syntagme le plus employé
discursivement... [Il a] une fonction communicative essentielle qui est de
fournir au locuteur des expressions descriptives susceptibles de caractériser et
d’identifier n’importe quel référent. »
Il s’agit pour les élèves d’analyser les expansions du nom dans un texte,
d’identifier leur visée avec les significations qui y sont attachées et de
percevoir par là leur intérêt littéraire.
Lors de la description du système linguistique au cycle 4, l’étude conjointe des
trois expansions semble être un choix pertinent afin de lever l’ambiguïté
concernant la terminologie : l’adjectif épithète, le groupe prépositionnel
complément du nom et la proposition subordonnée relative sont bien des «
compléments du nom » même si la grammaire scolaire n’utilise cette
désignation que pour le groupe prépositionnel. L’expérience montre qu’il est
pertinent d’établir un parallèle entre les trois expansions afin que les élèves en
perçoivent le semblable fonctionnement.
Enfin, l’étude des expansions du nom permet aussi d’introduire chez les élèves
des « gestes » d’identification grammaticale : le déplacement, la suppression
ou encore la substitution, autant de procédés qui permettent, outre une
identification correcte des expansions, une meilleure maitrise de la langue.
Les substituts
Les substituts du nom renvoient à l’ensemble des termes qui désignent ce dont on
parle dans un texte. Les grammaires utilisent également le terme d’ anaphore.
L’anaphore, au sens large, est le procédé qui consiste à reprendre un élément
antérieur dans un texte afin de garantir la reprise de l’information et par là la
cohésion textuelle. Un principe de coréférence entre en jeu : entre le terme repris et
son anaphore existe le plus souvent une relation d’identité ; il s’agit bien du même
référent.
On distingue les substituts pronominaux (pronoms personnels, démonstratifs,
indéfinis ou encore possessifs) qui structurent le texte – certains grammairiens
comme G. Kleiber parlent de « marqueur de continuité thématique » – et les
substituts nominaux, constitués de groupes nominaux plus ou moins complexes, qui
permettent de caractériser ce dont on parle
(le thème).
On note que les substituts peuvent être répartis en deux ensembles :
les substituts dits « fidèles » qui reprennent exactement le terme avec un
simple
changement de déterminant – ou la répétition du nom –,
et les substituts dits « infidèles » qui reprennent le thème avec un
changement lexical ;
ces substituts infidèles engagent souvent la voix du narrateur, une
modalisation et par là une caractérisation intéressante à étudier avec les
élèves.
Sans manipuler la terminologie précédemment utilisée, l’enseignant veille à ce
que les élèves entrent dans la compréhension d’un texte lu par une bonne
maitrise de la reconnaissance du phénomène des reprises anaphoriques.
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Fiche de synthèse : LES EXPANSIONS DU NOM
Les expansions du nom ne sont pas obligatoires. Elles apportent des
précisions sur le nom qu’elles enrichissent. On trouve différents types
d’expansions.
Le complément du nom permet de donner des informations
supplémentaires sur le nom.
Il se construit avec :
- Une préposition (à, de, en, avec, sans, pour, ...) qui permet de former
un groupe prépositionnel.
Par exemple, « le chat de la voisine ». Ce groupe nominal est un groupe
prépositionnel (nature) car il est introduit par la préposition « de ». « De
la voisine » est le complément du nom « chat » (fonction).
- Un pronom relatif (qui, que, quoi, dont, où) qui permet de former une
proposition subordonnée relative.
Par exemple, dans la phrase « Le chat qui appartient à la voisine », «
qui appartient à la voisine » est une proposition subordonnée relative
(nature) car elle est introduite par le pronom relatif « qui ». C’est le
complément du nom de chat (fonction).
Une autre expansion possible est l’apposition.
Elle apporte des informations supplémentaires sur le nom à côté
duquel elle est placée.
Par exemple, dans la phrase « Flaubert, célèbre écrivain, mourut en
1980 », le groupe nominal « célèbre écrivain » (nature) vient compléter
le nom « Flaubert ». C’est une apposition du nom « Flaubert » (fonction).
Comme expansion suivante on trouve l’épithète.
C’est une fonction liée à un adjectif qualificatif.
Il se rapporte directement au nom qu’il qualifie.
Il peut être placé avant ou après le nom qu’il qualifie.
Par exemple, dans le groupe nominal « le chat noir », « noir » est un
adjectif qualificatif (nature) qui se rapporte directement au nom « chat ».
C’est l’adjectif épithète qui vient préciser le nom « chat » (fonction).
Enfin, une dernière expansion possible est la subordonnée relative.
Elle précise le sens d’un groupe nominal.
Elle est introduite par un pronom relatif (qui, que, quoi, dont, où, ...) qui
représente le nom ou le pronom de la proposition principale. On appelle
antécédent, le nom ou le pronom complété par la proposition
subordonnée relative.
Par exemple, dans la phrase «Igor m’a prêté un livre que j’aime
beaucoup », « que j’aime beaucoup » est une préposition subordonnée
relative (nature), introduite par le pronom relatif « que ». C’est le
complément du nom « livre » (fonction).
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Sur les notions liées à la caractérisation
Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat, René Rioul, Grammaire méthodique du
français, PUF, 1994 et rééditions.
Gilles Siouffi, Dan Van Raemdonck, 100 fiches pour comprendre la linguistique, Bréal,
1999. Gilles Siouffi, Dan Van Raemdonck, 100 fiches pour comprendre les notions de
grammaire, Bréal, 2007.
Roberte Tomassonne, Pour enseigner la grammaire, Delagrave, 2002.
Pour une analyse synthétique et claire du problème de l’apposition
Florence Mercier-Leca, 35 questions de grammaire française, Cursus, Armand Colin,
2010, question 9.