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Architecture de paix en Afrique

La paix source de bonheur des êtres humains, Animals et végétaux

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La paix source de bonheur des êtres humains, Animals et végétaux

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UNE ARCHITECTURE DE PAIX ET DE SECURITE

EN AFRIQUE : POURQUOI FAIRE ???


Xavier Bienvenu Kitsimbou

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Xavier Bienvenu Kitsimbou. UNE ARCHITECTURE DE PAIX ET DE SECURITE EN AFRIQUE :
POURQUOI FAIRE ???. 2021. �hal-03132775�

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UNE ARCHITECTURE DE PAIX ET DE SECURITE EN AFRIQUE :
POURQUOI FAIRE ???

Par
Xavier KITSIMBOU1

INTRODUCTION
Pour les esprits fragiles, parler de la paix en Afrique relève d’un abus de langage ou mieux
d’une construction intellectuelle très éloignée de la réalité. Pour cause, bien souvent,
lorsqu’on parle de l’Afrique, l’idée qui est souvent renvoyée est celle des guerres, des crises,
des conflits politico-ethniques, les déplacements des populations, des camps de réfugiés,
l’exil. La RCA, le Rwanda2, le Libéria, la Somalie, le Soudan, le bourbier Libyen, la
République Démocratique du Congo. Autant d’illustrations qui renforcent cette image.
L’Afrique est souvent présentée comme un continent traversé et ravagé par les guerres et les
souffrances humaines. Plus inquiétant : dans de nombreuses régions d’Afrique subsaharienne,
crises et conflits se côtoient en permanence. Nombreux aussi sont ceux-là qui considèrent que
l’Afrique est un terreau des conflits, un continent voué à la misère et la dépendance. A y voir
de plus près le tableau désolant, alarmant et dithyrambique qui est présenté flirte très souvent
avec la réalité. En effet, l’Afrique est confrontée à de lourds enjeux de sécurité et de paix. Ces
trente dernières années, les conflits en Afrique ont entrainé de nombreuses victimes et fait de
nombreux dégâts qui en partie justifient aujourd’hui le retard que connait ce continent. A côté
de ces pertes humaines, des millions d’individus sont jetés sur les routes de l’exil et des
destructions matérielles incommensurables. La récurrence de la violence à grande échelle sur
ce continent a lourdement contribué au retard économique de ces jeunes nations 3. Malgré les
efforts de la communauté internationale, les conflits persistent et de nombreux foyers de
tension sont encore perceptibles. Dans l’avant-propos de son ouvrage, le colonel Elton Paul
NZAOU affirmait à juste titre que l’Afrique est concernée plus qu’aucun autre continent par
les foyers de tension et de conflits divers de par le monde 4. Doit-on pour autant considérer
comme a su le dire Jacques Barrin que l’Afrique est ainsi faite et a été ainsi faite par ceux qui
l’ont dominé, que se jouant de ses faiblesses, la guerre, sa vieille compagne ne l’a jamais
laissée en paix. Au regard de nombreuses interventions de la communauté internationale sur
le continent africain, l’impression qui se dégage est celle d’une Afrique incapable de prendre
en main son propre destin, et de résoudre les questions de paix et de sécurité qui se posent
avec acuité sur son sol. Un redoutable défi pour son développement permanent. Or à tout bien
prendre, l’Afrique à travers ses organisations, d’abord Organisation de l’Unité Africaine
(OUA) puis l’Union Africaine (UA), a toujours été en 1 e ligne des conflits qui prévalent dans
le continent. L’un des objectifs de l’organisation continentale est de promouvoir la paix, la

1
M. Xavier KITSIMBOU, Docteur en Science politique / Consultant international, chargé des enseignements à l’APDHAC (Yaoundé) et à
la Haute Ecole Léonard de Vinci (Pointe noire).
2
Au cours du génocide Rwandais en 1994, entre 500.000 et 1 millions de personnes sont mortes.
3
Éric SUY, Introduction de l’ouvrage Conflits en Afrique : Analyse des crises et pistes pour une prévention, Publications du GRIP, Ed.
Complexe, Bruxelles, 1997, P. 9
4
Elton Paul NZAOU, Vers la création d’une armée panafricaine : la force africaine de paix, L’Harmattan, Paris, 2004, p.4
sécurité et la stabilité sur le continent. A travers de nombreuses initiatives, instruments
juridiques et organes mis en place par UA et les organisations sous régionales, force est de
constater qu’une réelle volonté et détermination existe dans la prise en compte de la
problématique des conflits qui mine la stabilité du continent. Il reste qu’on peut s’interroger
sur l’efficacité des moyens mis en œuvre au regard de la permanence des conflits. La
configuration d’une architecture de paix et de sécurité pour anticiper, prévenir, gérer et
résoudre les conflits en Afrique est une initiative louable. Or la persistance des conflits pose le
problème de son efficacité.
A la lumière de la triste réalité que renvoie l’« Afrique des conflits », on peut s’interroger sur
le « Pourquoi faire » d’une architecture pour la paix et la sécurité tant et si bien que les
conflits existent et persistent toujours ? Plus d’une dizaine d’année après la mise en place du
Conseil de paix et de sécurité (CPS)5, le bilan de l’action de l’UA reste mitigé eut égard à la
réalité des conflits dans le continent.
Cet article se propose de faire un point sur la situation sécuritaire qui prévaut en Afrique
malgré l’existence de l’armada institutionnel mis en place par l’UA Il s’agira d’insister sur les
défaillances d’un dispositif, défaillance qui résulte de la situation globale d’une organisation
continentale qui a toujours été un observateur passif dans la gestion des différentes crises en
Afrique
Après avoir présenté le soubassement institutionnel de l’UA dans son entreprise de
construction-reconstruction de la paix et sécurité en Afrique, nous allons mettre en lumière les
difficultés auxquelles l’organisation continentale est confrontée malgré l’existence des
structures africaines qui parfois sont loin de répondre aux attentes largement formulées par les
populations en matière de paix.

I – LA DIALECTIQUE PAIX / CONFLIT EN AFRIQUE : DE L’OUA A L’UA

A-LA PAIX ET LA SECURITE EN AFRIQUE SOUS LE PRISME DE L’OUA

Au sortir des indépendances, les Etats nouvellement indépendants étaient largement inspirés
par des idéaux des panafricanistes pour promouvoir sur le continent africain les idées d’unité,
de solidarité, de cohésion et la coopération entre les peuples d’Afrique et les Etats africains.
L’idéologie du panafricanisme est à l’origine des tentatives d’union du continent africain qui
aboutirent à la création de l’OUA6.
Dès sa création, l’OUA a affirmé entre autres principes celui du règlement pacifique des
différends, par voie de négociation, de médiation, de conciliation et d'arbitrage.
C’est dire que la nécessité de prévenir, de gérer et de résoudre les conflits en Afrique a
toujours été une des préoccupations majeures de l’OUA depuis sa création en Mai 1963,
même si la Charte ne le mentionne pas de façon expresse. Conscient du fait que les Etats

5
Le CPS a été établi conformément à l’article 5 alinéa 2 de l’Acte constitutif de l’UA (2000) et l’article 20 (bis), tel qu’inséré par l’article 9
du Protocole sur les amendements à l’Acte constitutif, lui est spécifiquement destiné. Le Protocole relatif à la création du Conseil de paix et
de sécurité de l’Union africaine a été adopté le 9 juillet 2002 à Durban, Afrique du Sud, et est entré en vigueur en décembre 2003. Le CPS est
devenu totalement opérationnel au début 2004. L’article 7 du Protocole du CPS énumère ses pouvoirs conjoints avec le président de la
Commission.
6
En 1963, trente-deux pays Etats qui venaient d’accéder à l’indépendance se sont réunis à Addis-Abeba, en Ethiopie, pour mettre en place
une organisation continentale de l’unité africaine. Au fil des années, d’autres pays vont adhérer à cette organisation.
nouvellement indépendants ont été créés de toute pièce avec des frontières très fragiles du fait
de l’interpénétration et l’interconnexion des populations et des ethnies, le plus grand danger
viendrait des frontières. Les Pères fondateurs de l’Organisation savaient que l’avenir de
l’Afrique serait affecté de façon négative par les problèmes d’insécurité, d’instabilité et de
tension entre les Etats. C’est ainsi le principe du règlement pacifique des différents par la
négociation, la médiation, la conciliation et l’arbitrage, sera institutionnalisé dans la Charte de
l’OUA par la Commission de médiation, de conciliation et d’arbitrage.
Dès le lendemain des indépendances, l’Afrique était déjà minée par des problèmes
d’instabilité liés aux conflits de tous ordres (conflits inter-états, conflits frontaliers, conflits
ethniques, etc.)7. Ces circonstances ont justifié l’insertion dans la charte d’un Organe spécial,
la Commission de médiation, de conciliation et d’arbitrage.
En juillet 1964, l’OUA a mis en place une Commission de médiation, de conciliation et
d’arbitrage. Aux termes de l’article 19 de la charte, cette commission avait pour but de
promouvoir le règlement pacifique des différends entre les États membres. N’ayant jamais
fonctionné, cette commission a été remplacée en 1993 par un mécanisme de prévention plus
élargi.
A la fin des années 80, le monde connait de nombreuses mutations liées à la fin de la guerre
froide et les changements dans les relations Est-Ouest. C’est aussi le vent de démocratisation
qui commence à secouer le continent africain et qui pousse les africains à demander plus de
liberté, plus de démocratie, plus de justice et une plus grande participation aux affaires
nationales. Au même moment, le continent africain fait face, de plus en plus, à des conflits
destructeurs qui déstabilisent le continent, menacent le tissu social, déplacent massivement les
populations et génèrent des millions de réfugiés à travers toute l’Afrique. Ces conflits, dont
les causes profondes sont connues, n’opposent plus les Etats membres entre eux, mais se
déroulent, la plupart du temps, à l’intérieur des Etats8.

L’agitation politique et les conflits qui persistent à cette époque conduisent à l’adoption lors
au Caire en Juin 1993, la création d’un Mécanisme pour la prévention, la gestion et le
règlement des conflits en Afrique. Ce mécanisme répondait à l’exigence qui se présentait à
l’OUA de prendre l’initiative de la gestion des conflits africains dans un contexte international
dominé par la tendance au repli sur soi ; en d’autres termes, de jouer un rôle de premier plan
dans toutes les actions visant à rétablir, à maintenir et à consolider la paix et la stabilité sur le
continent.
Organisme permanent, le Mécanisme de l’OUA pour la prévention, la gestion et le règlement
des conflits avait pour mission de prévoir, de prévenir et de régler les conflits en plus d’être
un instrument efficace au service de la diplomatie préventive. L’Organe avait compétence
pour connaître des situations de conflits et pour mettre en œuvre les décisions prises en la
matière par ces instances.

7
La plupart du temps, ces conflits étaient des conflits frontaliers et territoriaux ou avaient trait à des allégations de subversion par certains
Etat membres contre d’autres Etats. On peut citer cependant quelques-uns de ces conflits : Algérie - Maroc ; Somalie - Ethiopie ; Somalie-
Kenya ; Rwanda-Burundi ; Ghana - Haute-Volta ; Haute-Volta - Mali ; Niger-Bénin ; Uganda-Tanzanie ; Gabon-Guinée - Equatoriale ;
Tchad-Libye etc… On peut également citer quelques conflits L’organisation a eu à faire face à quelques cas de guerres civiles. Le cas du
Congo, la guerre civile au Nigéria ; d’autres conflits peuvent être cités : le conflit entre le Soudan et l’Ethiopie relatif à la sécession de
l’Erythrée, la guerre civile du Tchad etc.
8
Lire, KI Doulaye Corentin, l’OUA et la gestion des conflits en Afrique : rêves et réalités, Centre de Gestion des crises de l’OUA
Dans son action, le Mécanisme s’appuyait entre autres sur un système d’alerte rapide devant
permettre de prendre des mesures anticipatives, le Centre de gestion des Conflits. Ce centre
devait établir des relations avec les institutions et les individus susceptibles de lui fournir
régulièrement des informations sur ce qui se passe dans les Etats membres. Tout indice
considéré comme un signe avant-coureur de conflit était étudié sérieusement et fait l’objet
d’un rapport au secrétaire général qui pouvait prendre toute initiative susceptible d’empêcher
un développement et une aggravation.
Le Mécanisme, tout en essayant d’éviter d’avoir recours à des opérations de maintien de la
paix “complexes et onéreuses” et difficiles à financer, pouvait envisager, en cas de nécessité,
la possibilité d’un déploiement militaire limité.

Comme tout organe, le mécanisme devrait en principe fonctionner avec des ressources
propres. C’est ainsi qu’a été créée un « Fonds pour la Paix ». En raison des difficultés des
pays membres de l’OUA, une bonne partie des ressources du fonds provenait des
contributions volontaires des pays non africains. Cas des USA qui contribuait à hauteur d’un
million de dollars.

Depuis sa mise en place, le Mécanisme s’est forgé une place dans la prévention, la gestion et
la résolution des conflits en Afrique. L’OUA a entrepris de nombreuses missions de
diplomatie préventive dans des pays aussi divers que le Burundi, la République centrafricaine,
le Congo Brazzaville, le Rwanda, la Somalie, les Comores, la Côte d’Ivoire, la RDC,
l’Ethiopie/Erythrée, le Gabon, la Guinée Bissau, le Libéria, le Niger, la Sierra Léone etc.… en
facilitant le contact entre les parties en conflit, en menant des études d’évaluation et en aidant
les parties à résoudre les conflits. L’adoption du MPGRC a permis également d’entreprendre
des actions pour rétablir la paix et gérer les conflits pour éviter que ceux-ci prennent des
proportions incontrôlables. A cet égard l’OUA a entrepris diverses missions de gestion des
conflits. On peut citer les cas du Rwanda, du Burundi, de la Guinée Bissau, la RCA, la RDC,
la Somalie, les Comores, le Soudan, l’Ethiopie-Erythrée, le Libéria et la Sierra Leone etc.
Dans tous ces pays, l’OUA a joué un rôle significatif pour ramener sinon restaurer la paix,
faciliter et contribuer au dialogue entre les différents protagonistes. L’OUA s’est également
impliquée dans la recherche de la paix en appuyant les initiatives et participant logistiquement
et financièrement à l’organisation des élections.
La mise en place du Mécanisme de prévention, de gestion et résolution des conflits sous-
tendait aussi la possibilité pour l’Afrique de s’impliquer dans des opérations de maintien de la
paix9 au cas où un conflit dégénérerait de sorte qu’une intervention internationale s’avérait
nécessaire.
Malgré cet actif, l’action du mécanisme de l’OUA n’a pu anticiper sinon empêcher les cycles
de conflits qui ont prévalu dans la décennie 1990. De nombreuses raisons à caractère
politique, financier ont justifié cet échec. La question de son financement a posé de graves

9
La première réunion des chefs d’état-major eut lieu à Addis Abéba en juin 1996. Elle a réaffirmé et reconnu que la responsabilité du
maintien de la paix et de la sécurité internationales incombait en premier aux Nations-Unies. Elle a reconnu aussi que l’OUA avait une
responsabilité en Afrique, celle de prévoir et prévenir les conflits conformément aux dispositions contenues dans la déclaration du Caire.
Cependant, la réunion a réaffirmé que dans certains cas exceptionnels, l’OUA pourrait être amené à déployer des missions de maintien de la
paix et des missions d’observation.
Cette réunion a estimé qu’au lieu de parler de maintien de la paix, on devrait plutôt engager l’OUA dans des « Opérations de soutien à la paix
» en Afrique
problèmes de fonctionnement car le mécanisme de prévention n’avait pas les moyens de sa
politique en raison de la forte dépendance des subventions non africaines. En conséquence
son action dans la prévention et la gestion des conflits est restée aléatoire.
Malgré ses insuffisances, l’OUA à travers son mécanisme de prévention, de gestion et de
résolution des conflits, a permis de baliser le terrain à l’Union africaine qui a repris à son
compte la philosophie et l’esprit de l’OUA pour assurer la paix et la sécurité sur le continent.

B-LA MUTATION DE L’OUA A L’UA : UN AUTRE REGARD SUR LA


PROBLEMATIQUE DE LA PAIX ET SECURITE EN AFRIQUE

Le passage de témoin entre l’OUA et UA a permis de redéfinir une autre approche de la


problématique de la paix et la sécurité sur le continent. Tout le dispositif de paix et sécurité de
l’Union africaine s’articule autour d’une architecture africaine de paix et sécurité (APSA).
Cette architecture regroupe les principaux mécanismes de l’UA chargés de la promotion de la
paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique.
L’APSA regroupe cinq organes à savoir : le Conseil de paix et de sécurité 10 (CPS), le Groupe
des sages (GS), le système continental d’alerte rapide (SCAR), la Force africaine en attente
(FAA) et enfin le Fond pour la paix (FP).

L’article 2 alinéa 2 du Protocole du CPS dispose que le CPS doit être soutenu par la
Commission de l’UA, le Système continental d’alerte rapide, le Groupe des sages, la Force
africaine en attente et le Fonds pour la paix. Le CPS travaille également en collaboration avec
les communautés économiques régionales (CER) et les Mécanismes régionaux (MR) pour la
prévention, la gestion et le règlement des conflits ; le Conseil de sécurité de l’ONU et d’autres
organisations internationales similaires ; des organisations de la société civile ; et d’autres
organes de l’UA, y compris le Parlement panafricain et la Commission africaine des droits de
l’homme et des peuples.

Le CPS est aussi appuyé par deux organes subsidiaires 11 : le Comité d’État-major 12 et le
comité d’expert13.
Un de Un des objectifs de l'Union africaine est de « promouvoir la paix, la sécurité et la
stabilité du continent ». Parmi ces principes se trouve la « résolution pacifique des conflits
parmi les États membres de l'Union au travers des moyens appropriés décidés par
l'Assemblée ». Le premier organe chargé de mettre en œuvre ces objectifs et principes est le
Conseil de paix et de sécurité (CPS). Le CPS a le pouvoir, entre autres, d'autoriser des
missions de soutien de la paix, d'imposer des sanctions en cas de changements

10
Le CPS est le pilier central de l’Architecture africaine de paix et de sécurité qui constitue le cadre de promotion de la paix, de la sécurité et
de la stabilité en Afrique. Il bénéficie de l’appui de la Commission de l’Union africaine
11
Conformément à l’article 8 alinéa 5 du Protocole relatif à la création du CPS, le Conseil de paix et de sécurité peut créer les structures
subsidiaires qu’il juge nécessaires, et recourir à toutes autres formes d’expertise militaire, juridique et autre dont il a besoin. Le règlement
intérieur du CPS, amendé comme nécessaire, s’applique à ses structures subsidiaires. Au mois de septembre 2017, seuls les comités d’Etat-
major et d’expert étaient opérationnels.
12
Le Comité d’État-major a été établi en vertu de l’article 13 alinéa 8 du Protocole relatif à la création du CPS. Il conseille et assiste le CP S
pour toutes les questions d’ordre militaire et de sécurité en vue du maintien et de la promotion de la paix et de la sécurité en Afrique. Le
Comité peut inviter tout État membre de l’UA à participer à ses délibérations pour l’aider à la bonne exécution de ses activités. Le Comité
n’a pas encore adopté son règlement intérieur.
13
Le Comité d’experts a été mis en place en vertu de l’article 8 alinéa 5 du Protocole relatif à la création du CPS. Il aide le CPS à élaborer
ses projets de documents, notamment ses décisions.
inconstitutionnels de gouvernement, et de « prendre des initiatives et des actions jugées
appropriées » en réponse à des conflits en cours ou potentiels. Le CPS est un organe
décisionnel de plein droit, et ses décisions sont contraignantes pour les États membres.
L'article 4(h) de l'Acte constitutif, repris dans l'article 4 du Protocole de l'acte constitutif du
CPS, reconnait aussi le droit, pour l'Union, d'intervenir dans les États membres dans les cas de
crimes de guerre, génocide et crimes contre l'humanité.
Toute décision d'intervention dans un État membre prise en vertu de l'article 4 de l'Acte
constitutif doit l'être par la Conférence sur recommandation du CPS.

Depuis sa création en 2004, le CPS a été actif lors des crises au Darfour, aux Comores,
en Somalie, en République démocratique du Congo, au Burundi, en Côte d'Ivoire et dans bien
d'autres pays. Il a adopté des résolutions mettant en place les opérations de maintien de la paix
de l'Union africaine en Somalie et au Darfour et à imposer des sanctions contre les personnes
remettant en cause la paix et la sécurité (telles que l'interdiction de voyager, le gel des avoirs,
etc.). Le Conseil supervise la mise en place d'une « force de réserve » pour servir de force de
paix africaine permanente.

Le CPS a succédé à l’Organe central du Mécanisme de l’OUA pour la prévention, la gestion


et le règlement des conflits. L’Organe central était l’organe opérationnel de l’OUA chargé de
prendre des décisions sur les questions de paix et de sécurité en Afrique. Au départ, il était
composé de neuf puis de 14 États membres. À l’instar du CPS, il fonctionnait aux niveaux des
chefs d’État, des ministres et des ambassadeurs.
Avec la création de l’UA, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) est devenu l’organe
décisionnel permanent de l’Union africaine pour la prévention, la gestion et le règlement des
conflits. Il constitue un système collectif de sécurité et d’alerte rapide, visant à permettre une
réponse rapide et efficace aux situations de conflit et de crise en Afrique.

Le CPS s’appuie aussi à l’expertise des groupes de haut niveau. On peut citer le Groupe de
haut niveau de mise en œuvre de l’Union africaine (AUHIP) sur le Soudan et le Soudan du
Sud. Ce groupe a pour mission de faciliter les négociations autour de l’indépendance du
Soudan du Sud, notamment sur les questions relatives à l’industrie pétrolière, à la sécurité, à
la nationalité, à la propriété et à la frontière commune. L’AUHIP succède au Groupe de haut
niveau sur le Darfour que le CPS a créé en 2008. Celui-ci avait pour mission d’évaluer la
situation en profondeur et de formuler des recommandations à l’intention du Conseil exécutif
de l’UA en matière de redevabilité, potentiellement par l’intermédiaire de commissions de
vérité et de réconciliation soutenues par l’UA et la communauté internationale.
Le groupe travaille avec le représentant spécial conjoint de l’UA et des Nations Unies pour le
Darfour, qui est également chef de la Mission conjointe de l’UA et des Nations Unies au
Darfour (MINUAD) et médiateur en chef conjoint dans le but de résoudre le conflit au
Darfour.

Dans le cadre de son mandat visant à appuyer la transformation démocratique du Soudan et du


Soudan du Sud, le groupe exhorte le gouvernement soudanais et d’autres acteurs clés
soudanais à créer les conditions nécessaires à un dialogue national inclusif pour jeter les bases
d’une paix durable dans le pays.

En 2011, le groupe a négocié l’Accord entre le gouvernement du Soudan et le Mouvement


populaire de libération du Soudan du Sud (MPLS) sur les arrangements temporaires pour
l’administration et la sécurité de la zone d’Abiyé. L’Accord prévoit, entre autres, la création
d’un Comité conjoint de supervision d’Abiyé pour faciliter la stabilisation de la région
d’Abiyé, tandis que les responsables du Soudan et du Soudan du Sud décident du statut final
de cette zone. Le Groupe a ensuite eu pour tâche de travailler avec les gouvernements du
Soudan et du Soudan du Sud pour appliquer l’Accord de coopération du 27 septembre 2012
dont la raison d’être est la création de deux états viables et vivant en paix.

Dans son action, le CPS est appuyé par le Groupe des sages qui a pour missions
d’entreprendre toute action qu’il juge nécessaire pour soutenir leurs efforts en matière de
prévention des conflits, de se prononcer sur toute question liée à la promotion et au maintien
de la paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique, de faciliter la communication entre le
CPS et le président de la Commission d’une part, et les parties à un conflit d’autre part, et
enfin d’entreprendre des actions14 de médiation et conseille les équipes de médiation et
effectue également des missions d’investigation.

Le Système Continental d’Alerte Rapide (SCAR) a été établi conformément à l’article 12


du Protocole, comme étant un des piliers de l’Architecture africaine de paix et de sécurité
(APSA). Son objectif est d’anticiper et d’éviter les conflits sur le continent et de fournir des
informations pertinentes sur l’évolution des conflits violents en fonction d’indicateurs
spécifiquement développés dans cette optique.
L’article 12 du Protocole du CPS prévoit également la coordination et la collaboration avec
les organisations internationales, les centres de recherche, les institutions universitaires et les
organisations non gouvernementales (ONG) pour soutenir le fonctionnement du SCAR. Son
cadre d’opérationnalisation insiste sur l’importance de la collaboration avec les organisations
de la société civile (OSC) et privilégie la prévention des conflits en tant que condition
préalable à l’instauration de la paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique.

Le fonds pour la paix. L’article 21 du Protocole relatif à la création du CPS (2002) a créé le
Fonds pour la paix en vue de fournir « des ressources financières pour financer les missions
de paix et autres activités en lien avec la paix et la sécurité ». En vertu du protocole, le Fonds
est alimenté à partir du budget normal de l’UA ; des contributions volontaires des États
membres, des partenaires internationaux et d’autres sources comme le secteur privé, la société
civile et des particuliers ainsi que d’activités de collecte de fonds.

La force africaine en attente (FAA), Les alinéas 1 et 2 de l’article 13 du Protocole relatif à


la création du Conseil de paix et de sécurité prévoient l’établissement d’une Force africaine en

14
Le groupe a entrepris des réflexions sur les thèmes suivants : litiges et conflits liés aux élections, impunité, justice et r éconciliation
nationale, démocratisation et gouvernance et, tout dernièrement, les femmes et les enfants dans les conflits armés.
attente afin de permettre au CPS de remplir ses responsabilités concernant le déploiement de
missions de soutien de la paix et l’intervention. Conformément à l’alinéa 3 de l’article 13 du
Protocole relatif à la création du CPS, les fonctions de la FAA sont d’entreprendre des
missions d’observation et de suivi ; de réaliser d’autres types de missions d’appui à la paix ;
d’intervenir dans un État membre dans certaines circonstances graves ou à la demande d’un
État membre afin de rétablir la paix et la sécurité ; de prévenir l’escalade d’un différend ou
d’un conflit ; de participer à la consolidation de la paix, notamment par le désarmement et la
démobilisation post-conflit ; de fournir une assistance humanitaire et enfin d’assurer toute
autre fonction que pourrait lui confier le CPS ou la Conférence de l’UA.
Le premier alinéa de l’article 13 du Protocole relatif à la création du CPS stipule en outre que
la FAA doit être composée de contingents multidisciplinaires en attente, avec des
composantes civiles et militaires, stationnés dans leurs pays d’origine et prêts à être déployés
rapidement. Au mois de septembre 2017, la FAA était constituée : de capacités annoncées
dans cinq Éléments de planification (PLANELM) des communautés économiques régionales /
Mécanismes régionaux (CER/MR) pour des quartiers généraux régionaux dans chacune des
cinq régions. Il s’agit de :
La Force en attente de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) 15
La Force en attente de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale
(CEEAC)16
La Force en attente de l’Afrique de l’Est 17
La Force en attente de la Capacité régionale de l’Afrique du Nord (CRAN) 18
La Force en attente de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
(CEDEAO)19
En janvier 2016, la FAA a été proclamée totalement opérationnelle donc apte à intervenir en
cas de besoin. Mais la lecture des foyers de tension en Afrique montre à suffisance que cette
FAA est toujours en attente d’où la mise en place d’une Capacité Africaine de Réponse
Immédiate aux Crises (CARIC).
La CARIC n’est pas un organe compris dans le dispositif de l’APSA. Le concept CARIC
apparaît lors de la situation créée par les Djihadistes terroristes dans le Nord du Mali. La crise
malienne avait mis en relief les déficiences de l’UA en termes de capacités et la nécessité
pour le continent de prendre, sans tarder, les dispositions pour combler ces insuffisances, en
attendant que les efforts d’opérationnalisation de la CDR et de la FAA produisent leur plein
effet20.

15
Cette force est composée des pays : Afrique du Sud - Angola (également Force en attente CEEAC) – Botswana – Lesotho – Madagascar –
Malawi – Maurice – Mozambique – Namibie - RD Congo (également Force en attente CEEAC) – Swaziland – Tanzanie – Zambie –
Zimbabwe.
16
Angola (également Force en attente SADC) - Burundi (également EASF) – Cameroun – Congo - Gabon - Guinée équatoriale - République
centrafricaine - RD Congo (également Force en attente SADC) - Sao Tomé-et-Principe – Tchad
17
Burundi (également Force en attente CEEAC) – Comores – Djibouti – Éthiopie – Kenya – Ouganda – Rwanda – Seychelles – Somalie –
Soudan - Observateur depuis 2013 : Soudan du Sud
18
Algérie – Égypte – Libye – Mauritanie - République sahraouie - Tunisie
19
Bénin - Burkina Faso - Cabo Verde - Côte d’Ivoire – Gambie – Ghana – Guinée - Guinée-Bissau – Liberia – Mali – Niger – Nigeria –
Sénégal - Sierra Leone – Togo
20
Paul Elton NZAOU, La capacité africaine de réponse immédiate aux crises (CARIC) : Elément catalyseur de la montée en puissance de la
FAA, L’Harmattan Paris 2017, page 18
En mai 2013, en attendant la pleine opérationnalisation de la Force africaine en attente (FAA),
la Conférence de l’UA a créé la Capacité africaine de réponse immédiate aux crises (CARIC)
sous forme de mécanisme provisoire pour une réponse immédiate aux crises 21.
En janvier 2014, la Conférence de l’UA a rendu la CARIC opérationnelle à titre transitoire 22
avec la participation de l’Afrique du Sud, de l’Algérie, de l’Angola, du Niger, de l’Ouganda,
du Sénégal, du Soudan, du Tchad et de la Tanzanie.
Au mois de septembre 2017, la CARIC comptait également le Bénin, le Burkina Faso,
l’Égypte et le Rwanda comme membres. La CARIC possède un effectif de 7 500 militaires
ainsi que des équipements.
Le but de la CARIC est de doter l’UA d’une force souple et robuste, fournie volontairement
par les États membres, afin de répondre efficacement aux situations d’urgence dans le cadre
de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA).
Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA peut autoriser le déploiement rapide de cette
force à la demande d’un État membre de l’UA.

En janvier 2016, la Conférence de l’UA a décidé de proroger le mandat de la CARIC en


attendant l’évaluation de l’exercice d’entraînement sur le terrain (FTX) Amani Africa II,
visant à confirmer l’état de préparation opérationnelle des Forces régionales en attente23.
Voilà présenté de manière succincte le dispositif mis en place par l’UA pour prévenir, gérer et
résoudre les conflits en Afrique. Malgré cette architecture, il reste que la réalité des conflits en
cours en Afrique en 2018 laisse à penser que l’organisation continentale reste un géant aux
pieds d’argile en matière de gestion de la paix et sécurité en Afrique.

II – UA, UN GEANT AUX PIEDS D’ARGILE EN MATIERE DE PAIX ET SECURITE


??
A-DIFFICULTE DE FONCTIONNEMENT D’UNE INSTITUTION
Depuis la création de l’OUA puis l’UA, l’organisation continentale est toujours aux difficultés
de son fonctionnement. Le financement de l’organisation a toujours été le point névralgique
de son fonctionnement. C’est ainsi que pour « construire une Afrique intégrée, prospère et en
paix », l’Agenda 2063 de l’UA énonce sept aspirations communes parmi lesquelles « En
2063, l’Afrique aura pris la responsabilité de financer son propre développement et ne sera
plus dépendante des donateurs ». L’objectif étant de rompre avec la vision traditionnelle du
financement des activités de l’UA qui a prévalu jusque-là.

Si tout le monde s’accorde sur l’idée selon laquelle l’Afrique est le continent du futur 24, la
question du financement de son émergence reste sujette à polémique. Elle demeure même un
défi fondamental à relever. Jusqu’ici, tous les plans et programmes développés pour et par le
continent ont rencontré des problèmes de financement. C’est à se poser la question de
l’efficacité de son action d’une manière générale et en matière de paix et sécurité en

21
Voir Assembly/AU/Dec.489(XXI)
22
Voir Assembly/AU/Dec.515(XXII)
23
Le Tchad était en attente en tant que nation cadre de juillet à décembre 2017.
24
Contrairement à ce qu’avaient cru à l’époque beaucoup d’observateurs, le XXIe siècle ne sera ni chinois, ni américain, mais a fricain ! les
prévisions sur l’essor économique du continent s’appuient sur des réalités observables, mesurables et quantifiables. Christian Gambotti, le
XXIe siècle sera africain, Géopolitique Africaine, Revue trimestrielle 1 er trimestriel 2015 n° 53-54, page 29.
particulier. Autant l’UA souffre de l’absence de volonté politique de ses dirigeants, autant les
ressources financières sont une condition sine qua non du bon fonctionnement de ses
ambitions. Le problème des moyens financiers se pose avec d’autant plus d’acuité qu’il
apparaît qu’en dépit de l’engagement proclamé des Etats membres comme une montagne
difficile à accéder pour assurer le succès de l’APSA. La contribution des Etats ne vient pas
avec la rapidité et le niveau souhaité.
Pendant longtemps, l’organisation continentale est restée tributaire des dotations de la
communauté internationale. Plus des ¾ des ressources de l’organisation viennent des Etats
extra africains dont l’apport est significatif. Il suffit pour cela de rappeler l’expérience des
Missions de l’OUA puis UA sur le terrain, qui ont bénéficié d’un soutien matériel et financier
notable d’un certain nombre de pays extra africains. Cette tendance, quelles que soient les
conditions dans lesquelles elle s’est créée, peut, à certains égards, susciter des interrogations
légitimes quant à la liberté d’action du dispositif mis en place dans la mesure où les donateurs
souhaitent parfois avoir un droit de regard, non seulement sur l’utilisation de leurs fonds, mais
encore et surtout, sur l’orientation de l’action du Mécanisme. L’apport de l’extérieur peut en
effet être lié à un intérêt particulier qui, en raison de certains facteurs, peut s’émousser et
provoquer conséquemment un “désengagement” financier. Il y a donc là un facteur non
négligeable qui pourrait jouer négativement sur toute l’ambition de l’organisation continentale
L’organisation continentale a toujours des difficultés dans la mise en œuvre de ces
programmes et projets au point d’être considérée comme une organisation « inutile » ou
encore « un arbre à palabres ». On peut citer quelques exemples des programmes qui sont
restés lettre morte ou encore connu des difficultés dans leur mise en œuvre.

Le cas du Plan d’action de Lagos est symptomatique de cette défaillance. En effet, adopté en
avril 1980, le Plan d’Action de Lagos s’est heurté à un déficit notoire. Le traité d’Abuja entré
en vigueur en mai 1994 et établissant la CEA a connu un sort identique. Les OMD dont le
faible niveau de réalisation a montré à quel point l’Afrique est tributaire des contributions
extérieures.

On peut faire une longue liste des plans d’action en Afrique ensevelis pour défaut de
mobilisation financière. Pour l’Afrique centrale par exemple, on peut citer le programme
économique régional (PER). Ce programme devait mobiliser près de 20 000 milliards de
Francs CFA jusqu’en 2015. Mais la taxe communautaire d’intégration TCI mise en place ne
pouvait mobiliser dans le scénario le plus optimiste qu’un financement de 40 milliards de
FCFA soit à peine plus de 3% des ressources requises.

Depuis une quinzaine d’années, les difficultés de financement du NEPAD témoignent de la


gravité de la situation. Créé en 2001, le New Partnership for Africa’s Development (NEPAD)
a établi un Programme de Développement des infrastructures en Afrique (PIDA) qui
comprend les projets prioritaires dans les domaines des transports, de l’énergie et des
technologies de l’information et de la communication. Il a fallu attendre Juin 2014 à Dakar
pour qu’un Plan d’Action Prioritaire (PAP) soit adopté sélectionnant ainsi 16 projets
susceptibles d’être financés par les PPP et la mobilisation des ressources financières
intérieures. Mais face à l’expertise africaine, l’Agence de planification et de coordination du
NEPAD a créé un « Mécanisme de prestation de service du PIDA » dont le financement est
tributaire du fond spécial de la facilité de préparation des projets d’infrastructures du NEPAD
(FPPI-NEPAD)25.

Malgré la panoplie des programmes dédiés à l’Afrique, le constat est simple : les fonds sont
insuffisants pour combler le déficit annuel du financement des activités de l’organisation
continentale.

A la lumière de ce qui précède, on peut aussi s’interroger sur l’efficacité de l’armada mise en
place par l’UA dans son dispositif de paix et de sécurité car il ne suffit pas de lancer des
slogans, des plans d’action et des programmes, encore faut-il se doter de ressources
suffisantes, indiquer les stratégies de financement et trouver les moyens adéquats en
corrélation avec l’environnement économique et juridique du monde actuel. De plus, il faudra
également une volonté politique sans failles pour que les Etats contributeurs honorent leurs
engagements financiers. A Quoi sert finalement une Union Africaine qui, jusque-là, a adopté
plus de 1500 résolutions sans réelle assurance de leur mise en œuvre ? S’insurgeait Paul
KAGAME. D’où la nécessité d’une réflexion sur les mécanismes d’autofinancement de l’UA.
Un impérieux besoin de recourir à d’autres types d’outils de financement s’impose.

B-L’UNION AFRICAINE ET LE FINANCEMENT DE LA PAIX ET SECURITE


Ici la question fondamentale qui se pose est celle de savoir comment mettre en place une
stratégie d’indépendance vis-à-vis de l’aide internationale. Quels sont les mécanismes
autonomes de financement qui peuvent être mis en place pour financer les missions de paix et
de sécurité par l’organisation continentale. Ce questionnement s’est déjà posé. En effet,
depuis 1990, des préoccupations ont été exprimées quant à la possibilité d’interventions
étrangères que pourrait couvrir le financement provenant de sources non africaines. Les Etats
membres de l’OUA devraient pouvoir apporter une contribution financière à la mesure de leur
détermination à régler les conflits africains.

En juillet 2016, la Conférence de l’UA26 a décidé qu’une réforme institutionnelle de l’Union


était nécessaire. Cette réflexion a été confiée au Président Rwandais Paul KAGAME 27. Pour
en finir avec sa dépendance financière, l’UA doit avoir une autosuffisance financière. A titre
d’exemple, en 2017, les États membres n'ont financé qu’à hauteur de 14 % dans le budget de
l'UA.

Entre 2016 et 2017, le budget de l’UA était de 700 millions d’Euros. Et, 73% de ce budget
étaient pris en charge par les partenaires hors continent28. Ce qui pose un grave problème dans
l’objectivité et l’efficacité de son action car il ne faut pas méconnaitre l’adage selon lequel
« la main qui donne, c’est elle qui commande ». Donner des moyens financiers à l’action de
l’UA est une façon d’internaliser son pouvoir et de lui donner plus de prérogatives et
d’autonomie. Pour remédier au problème, Paul Kagame propose l'application d'une

25
Pour une étude plus approfondie, Voir Jean Didier BOUKOUGOU, Etre responsable de son propre financement, Géopolitique Africaine,
Revue trimestrielle 1er trimestriel 2015 n° 53-54, GA Paris 2015, Pages 175-185.
26
De nombreuses décisions ont été prises par le Conseil exécutif et la Conférence sur les sources alternatives de financement d e l’UA,
notamment la Décision du Sommet de Lusaka de 2001 [AHG/Dec. 1(XXXVII)], la Décision de Banjul de juin 2006 [[Link]/Dec.285 (IX)],
et la Déclaration d’Accra de juillet 2007 [Assembly/AU/Decl.2 (IX)] soulignant la nécessité d’identifier des sources alternatives de
financement pour les activités de l’UA ;
27
Assembly/AU/Dec.606(XXVII)
28
Ce budget était jusqu’à présent pourvu à près de 70% par l’apport de partenaires étrangers (U. Européenne, Banque Mondiale, Chine, etc.)
proposition de Donald Kaberuka. Le haut représentant chargé du Fonds pour la paix de l'UA a
soumis l'idée d'une taxe29 de 0,2 % imposée aux importations de produits non africains sur le
continent et le renforcement des sanctions pour les pays qui ne paient pas leur contribution 30.

Cette taxe devrait permettre d'engendrer des fonds de près de 970 millions d'euros, et de
financer la plupart des programmes de l'organisation et d’alimenter le fond pour la paix. Les
programmes de maintien de la paix resteraient, eux, financés par l'aide extérieure 31. Si la
mesure est salutaire sur le papier, elle ne satisfait pas toutes les parties.

C -TIMIDITE DANS LA MISE EN ŒUVRE DES RECOMMANDATIONS

Comme les africains savent bien le faire, la proposition d’une taxe pour autofinancer les
missions de l’UA a également fait l’objet de controverses. Et en premier les plus gros
contributeurs au budget de l'UA. L'Afrique du Sud32 a ainsi fait savoir son appréhension quant
à l'établissement de la taxe Kaberuka.

Une inquiétude partagée par d'autres pays de la région, qui ont d'ailleurs établi une liste de
leurs préoccupations. Tous issus de La Communauté de développement de l'Afrique australe
(SADC). La proposition de cette taxe pourrait donc être compromise si une approche plus
inclusive et collaborative n'était pas adoptée.
C’est dans ce esprit que le président de la Commission de l’UA, le Tchadien Moussa Faki
Mahamat a déclaré que : « Nous n’avons plus que deux choix : avancer résolument dans la
mise en œuvre de la réforme ou laisser la voie à un échec, un de plus », car en l’état actuel,
l’organisation panafricaine est minée par des soucis de financement — encore dépendante de
bailleurs internationaux à hauteur de 70 % —, et peine à faire jaillir des cinquante-cinq Etats
membres une position commune.

Cette taxe de 0,2 % sur les importations qui doit permettre d'avoir nécessaires pour participer
assez largement aux dépenses qui ont trait aux missions d'intervention sur le terrain telles que
les missions de paix et de sécurité.
La crédibilité de l’action de l’UA passera aussi par sa participation aux missions militaires
comme d'autres pays, car le problème n'est pas seulement africain et que les ressources
internes existent. De nos jours, l’organisation continentale est très critiquée pour son
inefficacité et, surtout, sa dépendance à l'égard des bailleurs internationaux qui la financent
aux trois quarts.

Cette année, l’organisation continentale a eu 53 ans. Mais jusqu’à présent, elle n’a toujours
pas les moyens de s’autofinancer. La forte dépendance budgétaire de l'UA envers ses

29
La taxe en tant que telle s’applique principalement aux produits importés en dehors des pays de l’Union Africaine. C’est-à-dire qu’il s’agit
d’un certain nombre de biens, produits et exportés vers les 54 pays de l’UA et, ça devrait rapporter près de 1.1 milliard d’euros pour
l’ensemble du continent, une fois que c’est mis en application.
30
La quote part du financement de l’Union Africaine par les Etats membres ne dépasse pas 7%. Les principaux bailleurs de fonds sont
l’Egypte, le Nigeria, l’Algérie, la Libye et la Tunisie.
31
Ceci est d’autant plus symptomatique qu’actuellement, si vous prenez par exemple un contingent pour l’envoyer au Mali, c’est très
coûteux. Mais, qui paye ces contingents-là ? Ce sont les occidentaux. A un moment donné, si nous ne pouvons pas financer le prix de la Paix,
faire face au prix de la paix, c’est un problème s’insurge le ministre Guinéen.
32
Deuxième contributeur après le Nigeria, le pays a versé près de 20 400 000 dollars en 2016 à l'organisation panafricaine.
partenaires extérieurs est insoutenable. Cette organisation a besoin de ressources adéquates,
fiables et prévisibles pour assurer le fonctionnement durable des affaires continentales.
L’organisation a intérêt de consolider un modèle d’autofinancement durable et viable
Au départ, la taxe devait être applicable et mise en place en 2017 pour servir à financer 100%
de son budget de fonctionnement, 75% de ses programmes et 25% des opérations de soutien à
la paix. A ce jour, seuls 21 Etats sur 55 appliquent cette taxe. La fameuse taxe Kaberuka
survivra-t-elle aux enjeux nationaux ?

Depuis sa création en 2002, l’UA est sévèrement critiquée pour n’avoir pas pu parvenir à
l’unité continentale. Héritière de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), l’instance peine à
mettre en œuvre ses décisions. L’Afrique ambitionne d’être seule responsable du financement
de ses activités en se déliant de l’étau des bailleurs étrangers. Cette perspective combien
louable et séduisante ne peut se réaliser que si les Etats africains se donnent les moyens, la
volonté et la détermination nécessaires pour remporter le défi de la paix et la sécurité sur le
continent. La situation financière de l’UA met en lumière les doutes sur l’efficacité du CPS
qui à tout bien prendre apparaît comme un observateur passif dans la prévention, la gestion et
le règlement des conflits en Afrique.

III – UA : UN OBSERVATEUR PASSIF DANS LA PREVENTION LA GESTION ET


LE REGLEMENT DES CONFLITS EN AFRIQUE

A - UN APERCU DES DIFFICULTES DE LAPSA DANS LA GESTION DES


CONFLITS.

L’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA) est le nouveau dispositif de maintien


de la paix et de la sécurité en Afrique, mis en place sous l’égide de l’Union africaine. Une
dizaine d’années après sa mise en place, cette architecture a toujours du mal à contenir les
conflits qui sévissent en Afrique. Et pourtant l’Afrique a besoin en urgence d’un instrument
opérationnel pour résoudre les crises et les conflits qui surgissent régulièrement sur le
continent.

Les actions de médiation pour prévenir ou gérer les conflits qui sont un des soubassements de
la stratégie de gestion souffre d’une réelle défaillance. L’inefficacité de cette architecture
traduit les défaillances de son action. Dans le cas de la médiation, il faut reconnaitre que celle-
ci est reconnue, aujourd’hui, comme un moyen privilégié de prévention, de gestion et de
règlement des conflits en Afrique, elle n’est pas, loin s’en faut, un gage de succès dans le
règlement des conflits africains.

De nombreux conflits qui ont éclaté sur le continent africain ont été réglés non pas par la
médiation, mais par des interventions militaires des puissances étrangères.
Par exemple, la crise post-électorale en Côte d’Ivoire en 2011, la crise libyenne en 2011, la
crise au Mali en 2012 et 2013 n’ont connu leur dénouement que grâce à l’intervention des
forces étrangères. En RCA également, le recours a la force par une intervention a été
nécessaire pour stabiliser le pays.
De nombreuses tentatives de médiations en Afrique se sont soldées par des échecs flagrants.
Parmi les nombreux cas d’échec de médiation en Afrique, on peut citer les médiations de
l’Union africaine dans la crise postélectorale en Côte d’Ivoire en 2011, la médiation de
l’Union africaine dans la crise libyenne de 2011 et ses tentatives de médiation dans la crise
burundaise de 2015 et 2016.
Cette situation a parfois suscité des doutes, voire des controverses sur l’efficacité des
mécanismes mis en place pour régler pacifiquement les conflits en Afrique.
Sous un autre registre, on peut citer un cas qui symbolise les défaillances de l’Afrique en
matière de paix et sécurité. C’est le G5 Sahel qui est la caractéristique d’une Afrique
essoufflée et dépendante.

B - « FAIRE TAIRE LES ARMES D’ICI 2020 » : MYTHE OU REALITE ???

En vertu du premier plan décennal de mise en œuvre (PDMO) 2013–2023, l’Agenda 2063 de
l’UA a identifié 13 projets prioritaires ou « phares » parmi lesquels, on peut citer le projet «
faire taire les armes d’ici 2020 ».
Faire taire les armes d’ici 2020 suppose qu’à l’horizon 2020, l’UA doit mettre un terme aux
guerres, conflits et violations des droits de l’homme qui mine le continent.
A la lumière de l’évolution de la situation actuelle sur le plan continental, ce projet peut
paraître comme un slogan pompeux et vide de contenu. Il ne s’agit purement et simplement
que des élucubrations des fonctionnaires « costumes cravates » de l’UA. En effet, 2020 c’est
dans deux ans. Or la réalité que reflète aujourd’hui est loin de corroborer ce slogan. L’Afrique
est encore minée par de nombreuses crises qui sont loin d’être résolues. L’échéance de 2020
est une fantaisie.
La situation en RDC, en RCA, en somalie, au Soudan, en Lybie, sont loin d’avoir trouvé des
issues définitives de paix. De même d’ici 2020, de nombreux pays africains seront
confrontées aux échéances électorales. Les périodes électorales sont très sensibles en Afrique
car trop souvent sources des conflits.

De 1963 date de la création de l’organisation continentale à nos jours, l’Afrique a traversé les
chapitres les plus dangereux de son histoire. L’escalade sensible de la violence ces dernières
années ont nuit gravement à sa capacité de faire face aux conséquences. Les 60 dernières
années ont eu leur lot de crises. De l’apartheid en Afrique du Sud aux conflits dans le
Maghreb en passant par le Rwanda ont traduit l’échec collectif du continent à résoudre les
conflits donnant ainsi naissance aujourd’hui à de nouvelles urgences et de nouvelles menaces.
Malgré la mise en place d’un dispositif de prévention, de gestion et de résolution des crises,
l’Afrique est toujours en proie à de nombreux foyers de tension. On peut à titre
d’illustrations :
Le cas du Sahel et bassin du Tchad où les conflits mêlés de la région du Sahel et du bassin du
lac Tchad ont provoqué une grande souffrance humaine, notamment le déplacement d’environ
4.2 millions de personnes. Djihadistes, groupes armés et réseaux criminels rivalisent dans
cette région pauvre où les frontières sont poreuses et où le pouvoir des gouvernements est
réduit.
En 2016, des djihadistes basés au centre du Sahel ont mené des attaques meurtrières dans
l'ouest du Niger, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, soulignant la vulnérabilité de la région.
AQMI et al-Mourabitoun y restent actifs et un nouveau groupe se réclamant de l’Etat
islamique s’y développe. Tous semblent vouloir continuer à attaquer des civils aussi bien que
des forces armées nationales et internationales.
La situation au Mali n’est pas des plus apaisée. Le danger n’est pas pour autant écarter. La
fracturation récente de la principale alliance rebelle au nord du pays, la Coordination des
Mouvements de l’Azawad, a contribué à la prolifération de groupes armés et la violence s’est
étendue au centre du Mali.

Dans le bassin du lac Tchad, les forces armées du Nigéria, du Niger, du Cameroun et du
Tchad sont en guerre contre l’insurrection menée par Boko Haram. Malgré l’annonce faite par
le président nigérian qui a annoncé «l’écrasement final des terroristes de Boko Haram dans
leur dernière enclave» dans la forêt de Sambisa, mais le groupe n’a pas encore été
complètement vaincu. L’insurrection Boko Haram, la réaction militaire agressive qu’elle a
suscitée et l’absence d’assistance efficace à ceux qui ont été pris dans le conflit menacent de
créer un cycle de violence et de désespoir sans fin.
En RDC, les tergiversations des autorités politiques dans la perspective de l’élection
présidentielle de décembre 2018 ne laisse pas augurer un climat de parfaite sérénité. La
tension politique à Kinshasa contribue également à la croissance de la violence dans certaines
régions du pays, notamment l’est où les conflits se multiplient.
La situation sécuritaire au Soudan et en Somalie n’est pas de nature à garantir une plus grande
stabilité dans cette zone du continent.

De même, il n’est pas inintéressant de noter que l’Afrique détient le triste record du nombre
des opérations de maintien de la paix de l’ONU. Sur les 16 OMP en cours, 9 sont implantés
sur le continent africain. C’est dire le niveau d’instabilité qui prévaut sur ce continent.
De tout ce qui précède, on peut se poser la question de savoir est-ce le continent africain est
plus sûr depuis l’installation de l’architecture de la paix et de la sécurité ? Les conflits au
Nigeria, en Centrafrique, dans l’est du Congo-Kinshasa ou au Soudan du Sud, la somalie, le
Mali, les attaques des Shebab en Somalie, l’activisme effréné de Boko Haram, ont créé de
véritables pôles d’instabilité sur le continent africain. S’il n’y a pas davantage de conflits que
les années précédentes, Amnesty International souligne dans son rapport annuel que ces
conflits ont tous la particularité de s’être intensifiés courant 2014. Cela fait entrevoir aux
organisations de défense des droits humains des perspectives plutôt sombres pour les années à
venir.

En somme, l’UA et son APSA constatent avec une certaine impuissance la permanence des
conflits sur le continent, la recrudescence du grand banditisme, la montée du Djihadisme, et
du trafic des armes. À cela s’ajoutent des obstacles d’ordre politique comme la défense des
seuls intérêts nationaux, la recherche du leadership sous régionale ou sous régionale.
Par ailleurs, le continent est confronté à de nombreux défis existants ou venir : les risques
climatiques, la montée du terrorisme, l’instabilité liée aux politiques internes etc. Des
solutions existent-elles ? La force de l’Union africaine mise en place par le Cameroun, le
Tchad, le Niger et le Bénin pour lutter contre le groupe Boko Haram est un exemple de ce qui
peut se faire à un niveau régional dans la résolution des conflits et pour la protection des
personnes. Ce qui a été fait avec l’AMISOM en Somalie.

De même, dans une de ses interventions sous le thème « L'Afrique et ses guerres qui n'en
finissent pas » Jeffrey Gettleman, s’interrogeait à juste titre « Pourquoi certains conflits
semblent ne jamais cesser ? Pourquoi certaines des guerres les plus sanglantes et brutales du
continent africain semblent-elles ne jamais vouloir se terminer ?
Cette question qui peut paraitre banale et banalisante est la traduction de la situation en
Afrique. Aussi peut-on s’interroger sur la véracité du slogan d’une Afrique sans conflit en
2020. Si l’intention est louable, mais la réalité est différente. Ce slogan à mon avis s’inscrit
que dans la liste combien longue des bonnes intentions et des rêves qui finalement n’ont
jamais abouti. Mais dire que ce slogan relève d’un mythe serait verser dans une sorte de
fatalité béate tant et si bien qu’une volonté politique et déterminée peut réduire -pas faire
disparaitre- considérablement le nombre des foyers de tensions en Afrique
En considération de tout ce qui précède et sans verser dans un pessimisme rampant, il apparaît
clairement que le projet faire taire les armes d’ici 2020 est trop ambitieux pour y croire.

CONCLUSION

A la lumière de tout ce qui vient dit, on peut se poser la question de savoir si l’UA à travers
son APSA est capable d’assurer et de maintenir la paix sur le continent ou tout au moins,
prévenir, gérer et résoudre les conflits en Afrique ?

De prime abord, on peut répondre par la négative. En effet, la multiplicité des conflits armés
et leurs résurgences sur le continent africain témoignent de la fragilité de cet espace
géographique à garantir sa souveraineté dans un monde violent. L’Afrique, tout comme
d’autres espaces géographiques comme le Moyen - Orient sont des espaces d’expérimentation
des nouvelles théories en matière de gestion, de résolution des conflits armés.
En dépit des conflits armés vécus par le continent africain, on se rend compte que l’Afrique
n’est pas encore préparée pour prévenir convenablement les conflits armés. C’est la raison
pour laquelle, elle continue de connaitre des conflits armés. La prise en charge par l’Afrique
de ses propres conflits et l’accentuation des moyens de prévention des conflits s’avèrent
utiles. La responsabilité de gérer les conflits en Afrique incombe d’abord aux africains et aux
mécanismes mis en place dans l’optique de maintenir la paix, la stabilité et la sécurité sur le
continent. L’Afrique est son propre remède. Les africains ont la lourde et noble charge de
prévenir leurs conflits dans la mesure où c’est dans la prévention que s’exerce par excellence
le règlement pacifique des différends 33.
Le dispositif de paix et sécurité mis en place est une réponse pour contrer les velléités
d’instabilité qui secouent le continent africain. Mais ce dispositif ne peut être une réponse que
si les Etats africains le veulent bien.
Pour le professeur Philippe Hugon pour qui, les conflits surgissent quand il y a défaillance des
systèmes de décision, c'est-à-dire de prise de risque (selon une probabilité subjective) dans un
univers incertain (non probabilisable) qui coordonne les informations (désinformation), des
représentations (fausses représentations) et des actions (défaillance de logistique ou de
volonté). Devant cet état de fait, les acteurs peuvent être négatifs (pro crise), passifs (subir),
réactifs (pompier), pré actifs (anticiper), proactifs (agir pour provoquer ce qu’on désire) ou
interactifs (agir en interrelation avec les évènements).

Les solutions de prévention et de réduction des risques de conflits sont évidemment


complexes et diverses. Dans la mesure où l'analyse factorielle est dans l'impossibilité de
définir une hiérarchie des facteurs identifiés, on ne peut ordonner les mesures. Celles-ci
supposent toutefois d'être séquencées. La priorité est militaire, diplomatique et politique pour
stopper et réguler les processus d'engrenage des facteurs de conflictualité. Les compromis
sociopolitiques n'auront de légitimité et de durabilité que si les facteurs profonds explicatifs
de l'engrenage de la conflictualité sont modifiés. Les racines de la conflictualité en Afrique ne
seront déterrées que le cadre d’un projet collectif qui intègre l’amélioration des conditions des
citoyens et la mise en avant des avantages collectifs d'une nation. Qu’est-ce que la paix et la
sécurité si les facteurs d’insécurité et de désordre sont réunis à savoir l’insatisfaction des
besoins élémentaires des populations : liberté, éducation, se nourrir, se soigner, etc. La
réponse durable à la prévention des conflits renvoie à la réduction des « trappes à pauvreté ».
Dans une Afrique pauvre et mal gouvernée, les conditions crisogènes et conflictogènes
resteront réunies. Une APSA aussi outillée soit elle ne pourra jamais contenir les velléités des
populations en difficulté.

Septembre 2018

33
Jean Marc SEGOUN, L’union africaine et la prévention des conflits armés : lectures et analyses à la lumière du système continental
d’alerte rapide (SCAR), Institut de Recherche et d’Enseignement sur la Paix, NDR n°38, Sept. 2018, [Link]

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