Probabilités et Variables Aléatoires Discrètes
Probabilités et Variables Aléatoires Discrètes
I - Préliminaires techniques
1) Ensembles dénombrables
Définition : un ensemble est dit dénombrable si et seulement s’il est en bijection avec N (on dit qu’il
est équipotent à N).
Premiers exemples
1) N∗ est dénombrable ; l’ensemble des entiers pairs (resp. impairs) est dénombrable.
2) Z est dénombrable : on obtient une bijection f de N dans Z en posant pour tout q dans N f (2q) = q
et f (2q + 1) = −q − 1.
NB : pour montrer qu’une application est bijective, le plus simple est parfois d’exhiber sa bijection
réciproque ! Sinon, on peut montrer que tout élément de l’ensemble d’arrivée admet un unique
antécédent (souvent par analyse-synthèse, ce qui rejoint la première idée. . . ). On peut aussi
montrer qu’elle est surjective et injective.
Pour montrer qu’un ensemble est dénombrable, il existe des résultats plus généraux.
Corollaire : un ensemble E est fini ou dénombrable (on dit aussi au plus dénombrable) si et seulement
s’il est en bijection avec une partie de N (i.e. si et seulement s’il existe une injection de
E dans N ou encore si et seulement s’il existe une surjection de N dans E).
Corollaire : un ensemble non vide est fini ou dénombrable si et seulement s’il peut être décrit paramétrique-
ment sous la forme {xn , n ∈ N}.
c) Suites doubles
On appelle suite double une suite (up,q ) indexée par les couples (p, q) de N2 .
Cas des suites doubles à termes dans R+
Si les up,q sont dans R+ , les assertions suivantes sont équivalentes :
• pour tout p dans N, la série up,q converge, de somme σp , et la série σp converge
q≥0 p≥0
On dit alors que la suite double (up,q ) est sommable et la valeur commune ci-dessus est notée up,q .
(p,q)∈N2
Les deux premières écritures se généralisent au cas de l’indexation par un produit cartésien de deux
ensembles dénombrables, on parle alors de famille sommable (ui,j )(i,j)∈I×J .
Cas des suites doubles à termes dans C
Si les up,q sont dans C, la suite double (up,q ) est dite sommable si et seulement si (|up,q |) l’est.
Auquel cas les quatre expressions ci-dessus ont un sens et ont la même valeur, toujours notée up,q .
(p,q)∈N2
II - Espaces probabilisés
1) Notion de tribu — Notations et vocabulaire
Lorsqu’on veut généraliser la notion de probabilité à un univers Ω infini, on s’aperçoit que l’ensemble
des événements ne peut pas toujours être P (Ω) tout entier (par exemple si les calculs de probabilités
impliquent des calculs d’intégrales).
Définition : si Ω est un ensemble, on appelle tribu sur Ω toute partie A de P (Ω) telle que :
•Ω∈A
• A est stable par passage au complémentaire : pour tout A de A, A = Ω\A ∈ A
∞
• A est stable par union dénombrable : pour toute suite (An )n∈N d’éléments de A, An ∈ A.
n=0
Un espace probabilisable est un couple (Ω, A) où A est une tribu sur l’ensemble Ω.
Exemples : A = {∅, Ω} est une tribu sur Ω, la tribu grossière sur Ω ; P (Ω) est une tribu sur Ω.
Ces notions sont utilisées pour modéliser une expérience aléatoire.
Les éléments de Ω sont les issues (ou réalisations, ou encore résultats possibles).
Les éléments de A sont les événements (ce sont des parties de Ω, c’est-à-dire des ensembles de résultats
possibles).
Les événements élémentaires sont ceux de la forme {ω} où ω ∈ Ω.
∅ est l’événement impossible, Ω l’événement certain ; pour A ∈ A, A est l’événement contraire de A.
Pour (A, B) ∈ A2 , A ∪ B est appelé événement “ A ou B”, A ∩ B est appelé événement “ A et B”.
On dit que A et B sont des événements incompatibles si et seulement si A ∩ B = ∅, que A implique B
si et seulement si A ⊂ B.
11. Probabilités et variables aléatoires discrètes Page 3
Un système complet fini d’événements est une famille finie (A1 , . . . , Am ) d’événements tels que :
• les An sont incompatibles deux à deux : i = j ⇒ Ai ∩ Aj = ∅
m
• l’union des An est l’univers tout entier : An = Ω.
n=1
Un système complet dénombrable d’événements est une suite (An )n∈N d’événements tels que :
• les An sont incompatibles deux à deux : i = j ⇒ Ai ∩ Aj = ∅
∞
• l’union des An est l’univers tout entier : An = Ω.
n=0
NB : c’est la version probabiliste des partitions ; on parle communément de système complet d’événements
dans la mesure où la notation permet de distinguer les deux cas précédents.
4) Premières propriétés
Soit (Ω, A, P ) un espace probabilisé.
∞ ∞ ∞ ∞
• Pour toute suite (An )n∈N d’événements, An = An et An = An ;
n=0 n=0 n=0 n=0
• A est stable par intersection dénombrable.
• A est stable par union finie et par intersection finie.
• A est stable par différence (A\B = A ∩ B : A et non B) et par différence symétrique :
A∆B = (A\B) ∪ (B\A) = (A ∪ B) \ (A ∩ B) (ou exclusif : soit A, soit B)
• P (∅) = 0 et ∀A ∈ A P A = 1 − P (A).
m m
• Si A0 , . . . , Am sont des événements incompatibles 2 à 2, P An = P (An ).
n=0 n=0
• Continuité décroissante : si (An )n∈N est une suite décroissante d’événements (∀n An+1 ⊂ An ),
∞
lim P (An ) = P An .
n→∞ n=0
6) Conditionnement
Soit (Ω, A, P ) un espace probabilisé.
a) Probabilité conditionnelle
Théorème et définition : soient A et B deux événements, tels que P (A) > 0.
On appelle probabilité de B sachant A le réel
P (A ∩ B)
PA (B) = , noté aussi P (B|A) .
P (A)
L’application PA est une probabilité sur (Ω, A), parfois appelée probabilité
conditionnée à A.
NB : on peut “justifier” cette appellation par analogie avec le calcul de la fréquence de réalisation de
B sachant que A est réalisé, sur un grand nombre N de répétitions de l’expérience (approche
“fréquentiste” des probabilités) :
nA∩B
nA∩B P (A ∩ B)
= nNA ∼ .
nA P (A)
N
Exemple : je lance 2 dés (cubiques) équilibrés, en les maintenant cachés.
Quelle est la probabilité qu’il y ait au moins un 6 ?
Je découvre l’un des dés qui montre un 5, quelle est la probabilité que l’autre soit un 6 ?
Convention importante
Dans toute la suite on convient que P (A) P (B|A) = 0 lorsque P (A) = 0 (alors que P (B|A) n’a pas
de sens a priori ).
NB : cette formule permet de calculer la probabilité d’un événement, connaissant ses probabilités
conditionnées aux événements d’un système complet (ou quasi complet), ce qui est une situation
assez répandue.
Appliquée à plusieurs événements, elle conduit souvent à des égalités matricielles.
d) Formule de Bayes
De nouveau des formules banales, compte tenu des résultats précédents, mais formules très utiles aussi,
car permettant de “remonter dans le temps” puisqu’elles peuvent donner une probabilité conditionnelle
dans l’ordre inverse de l’ordre “chronologique” des expériences. . . De son temps, la formule de Bayes
s’appelait “théorème de probabilité des causes".
Théorème : si A, B sont deux événements de probabilité non nulle, alors
P (A) P (B|A)
P (A|B) = (formule de Bayes)
P (B)
Et son corollaire compte tenu de la formule des probabilités totales :
Théorème : soit (An )n∈I un système complet (resp. quasi complet) d’événements.
Si B est un événement de probabilité non nulle, alors
P (A) P (B|A)
∀A ∈ A P (A|B) = (formule de Bayes)
P (B|An ) P (An )
n∈I
Exemple : on dispose de 100 dés dont 80 sont équilibrés et 20 sont pipés au point qu’ils donnent un 6
avec une probabilité de 1/2. On lance un dé choisi au hasard et on obtient 6. Quelle est la probabilité
que ce dé soit pipé ?
7) Indépendance
Soit toujours (Ω, A, P ) un espace probabilisé.
Définition : deux événements A et B sont indépendants si et seulement si P (A ∩ B) = P (A) P (B)
(on remarque que cette relation est symétrique. . . ).
P Aj = P (Aj ) .
j∈J j∈J
11. Probabilités et variables aléatoires discrètes Page 7
Exemple : on lance deux fois une pièce équilibrée. Soient les événements A : “les deux résultats
sont différents”, B : “obtenir face au premier lancer”, C : “obtenir pile au second lancer”.
Montrer que A, B et C sont indépendants deux à deux mais pas mutuellement indépendants.
Propriété : si les Ai , i ∈ I, sont mutuellement indépendants, alors pour toute partie finie J de I et
tout k de I n’appartenant pas à J, Ak et Aj sont indépendants.
j∈J
Propriété : si les Ai , i ∈ I, sont mutuellement indépendants, alors toute famille (Bi )i∈I où, pour tout
i, Bi = Ai ou Bi = Ai est aussi une famille d’événements mutuellement indépendants.
1) Généralités
a) Définitions et notations
Une variable aléatoire discrète X sur un espace probabilisable (Ω, A) est une application de Ω dans un
ensemble E, telle que :
1) l’ensemble X (Ω) des valeurs prises par X est fini ou dénombrable ;
2) pour tout élément x de X (Ω), l’ensemble des antécédents de x est un événement, autrement dit
∀x ∈ X (Ω) X −1 ({x}) ∈ A.
Théorème et définition : soit une variable aléatoire discrète X sur un espace probabilisé (Ω, A, P ).
La loi de X est l’application PX : P X (Ω) → [0, 1] .
U → P (X ∈ U )
PX est ainsi une probabilité sur X (Ω) , P (X (Ω)) .
La loi de X est entièrement déterminée par la famille P (X = x) x∈X(Ω) .
La loi de X est appelée par certains auteurs “loi de probabilité de X”.
On appelle souvent “loi de X” la famille P (X = x) x∈X(Ω) ; on remarquera que la donnée de cette
famille comprend l’ensemble X (Ω) et les valeurs des P (X = x) pour tous les x de X (Ω).
Propriété : soit I un ensemble fini ou dénombrable. Si X, variable aléatoire discrète sur (Ω, A, P ),
prend ses valeurs dans {xi , i ∈ I} (où les xi sont distincts 2 à 2), alors les (X = xi ), i ∈ I,
forment un système complet d’événements. En particulier, on a
P (X = xi ) = 1.
i∈I
Le théorème suivant fournit en quelque sorte une réciproque à cette propriété banale.
Théorème : soit I un ensemble fini ou dénombrable. Si X : Ω → E prend ses valeurs dans {xi , i ∈ I}
(où les xi sont distincts 2 à 2) et si (pi )i∈I est une famille de réels de [0, 1] telle que
pi = 1, alors il existe un espace probabilisé (Ω, A, P ) tel que
i∈I
∀i ∈ I P (X = xi ) = pi .
Dém. Banale pour I fini, hors programme pour I dénombrable.
Ce théorème a pour avantage (appréciable) de permettre d’étudier une variable aléatoire définie par sa
loi, sans avoir à expliciter l’espace probabilisé correspondant.
Définition : soit une variable aléatoire réelle discrète X sur un espace probabilisé (Ω, A, P ).
La fonction de répartition de X est l’application FX : R → [0, 1] .
x → P (X ≤ x)
Propriétés : soit FX la fonction de répartition d’une variable aléatoire réelle discrète X.
a) FX est croissante sur R
b) lim FX = 0 et lim FX = 1
−∞ +∞
c) Si X prend ses valeurs dans {xi , i ∈ I}, où I est fini ou dénombrable et les xi distincts
2 à 2, alors
∀x ∈ R FX (x) = P (X = xi ) où Ix = {i ∈ I / xi ≤ x}
i∈Ix
NB : dans le cas d’une variable aléatoire à valeurs dans N (cas très fréquent) on a
k
∀x < 0 FX (x) = 0 et ∀k ∈ N ∀x ∈ [k, k + 1[ FX (x) = P (X = i) .
i=0
On peut penser que, dans le cas discret, la fonction de répartition n’apporte rien puisqu’elle se déduit
de la loi de X. Mais, dans le cas continu (hors programme), c’est l’outil essentiel. . .
De plus, dans le cas d’une variable aléatoire à valeurs dans N, la fonction de répartition se calcule
parfois naturellement et l’on en déduit la loi de X :
∀n ∈ N P (X = n) = FX (n) − FX (n − 1) .
Exemple : une urne contient N boules indiscernables numérotées de 1 à N (N ≥ 3). On en extrait
simultanément 3 et l’on note X le plus grand des 3 numéros obtenus. Alors X (Ω) = [[3, N]] et
n n n−1
3 3 − 3
∀n ∈ [[3, N]] FX (n) = P (X ≤ n) = N
d’où P (X = n) = N
.
3 3
11. Probabilités et variables aléatoires discrètes Page 9
d) Loi géométrique
Soit p ∈ ]0, 1[.
Une variable aléatoire X suit la loi géométrique de paramètre p si et seulement si X (Ω) = N∗ et
∀k ∈ N∗ P (X = k) = p (1 − p)k−1 .
On écrit alors X ֒→ G (p).
C’est le modèle du rang du premier succès lors de la réalisation d’une infinité d’expériences de Bernoulli
indépendantes, de même paramètre p. On jette alors un voile pudique sur le cas où ledit premier succès
ne surviendrait jamais, ce qui est presque impossible (on dit que X est définie presque sûrement plutôt
que d’ajouter ∞ parmi les valeurs possibles, cela pour les calculs ultérieurs : cf. V et VI).
Propriété : si X ֒→ G (p), alors, pour tout (n, k) ∈ N2 , P (X > n + k | X > n) = P (X > k).
On dit que la loi géométrique est une loi sans mémoire.
0.20
Binomiale
Poisson
0.15
0.10
0.05
0.00
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
Théorème : soit (Xn )n∈N une suite de variables aléatoires telle que, pour tout n, Xn ֒→ B (n, pn ) où
npn −→ λ ∈ R. Alors
n→∞ λk
∀k ∈ N P (Xn = k) −→ e−λ · .
n→∞ k!
NB : la loi de probabilité de ϕ (X) n’est pas toujours facile à expliciter, lorsque ϕ n’est pas injective.
1) Généralités
Soient X et Y deux variables aléatoires discrètes sur un même espace probabilisé (Ω, A, P ), à valeurs
respectivement dans les ensembles E et F . On dispose alors sur (Ω, A, P ) du vecteur aléatoire discret
Z = (X, Y ) : ω → (X (ω) , Y (ω)). En effet :
• Z (Ω) ⊂ X (Ω) × Y (Ω) donc Z (Ω) est fini ou dénombrable
• pour (x, y) ∈ Z (Ω), Z −1 (x, y) = X −1 ({x}) ∩ Y −1 ({y}) ∈ A.
Pour alléger, l’événement ((X, Y ) = (x, y)) est noté (X = x, Y = y).
Définition : la loi conjointe (ou loi mutuelle) de X et de Y est la loi du couple (X, Y ) :
∀ (x, y) ∈ X (Ω) × Y (Ω) P (X = x, Y = y) = P (X = x) ∩ (Y = y) .
les lois marginales du couple (X, Y ) sont la loi de X et la loi de Y :
∀x ∈ X (Ω) P (X = x) = P (X = x, Y = y)
y∈Y (Ω)
et
∀y ∈ Y (Ω) P (Y = y) = P (X = x, Y = y) .
x∈X(Ω)
Attention ! Les lois marginales se déduisent de la loi conjointe, mais elles ne permettent pas de la
déterminer.
Exemple : une urne contient 3 boules blanches et 4 noires ; on en extrait deux boules et l’on note X1
la variable aléatoire donnant 1 (resp. 0) si la première boule est blanche (resp. noire). On définit de
même X2 pour la deuxième boule et l’on représente dans un tableau la loi conjointe de (X1 , X2 ) dans
les deux cas avec et sans remise :
avec remise sans remise
X2 0 1 loi de X1 X2 0 1 loi de X1
X1 X1
16 12 4 2 2 4
0 0
49 49 7 7 7 7
12 9 3 2 1 3
1 1
49 49 7 7 7 7
4 3 4 3
loi de X2 1 loi de X2 1
7 7 7 7
Définition : pour x ∈ X (Ω) tel que P (X = x) > 0, on appelle loi conditionnelle de Y sachant (X = x)
la loi de Y relativement à la probabilité P(X=x) , c’est-à-dire l’application
Y (Ω) → [0, 1]
P (X = x, Y = y)
y → P(X=x) (Y = y) =
P (X = x)
On définit de même la loi conditionnelle de X sachant (Y = y) lorsque P (Y = y) > 0.
Définition : soit (Xi )i∈I une famille de variables aléatoires discrètes. On dit que les Xi , i ∈ I, sont
mutuellement indépendantes si et seulement si, pour toute famille (xi )i∈I de Xi (Ω),
i∈I
les événements (Xi = xi ) i∈I
sont mutuellement indépendants.
NB : la vérification de cette propriété serait certes fastidieuse, mais en général c’est le contexte
qui fournit des variables aléatoires mutuellement indépendantes, par exemple les variables de
Bernoulli associées à des lancers successifs d’une pièce. . .
Exemple fondamental
Si X1 , . . . , Xn sont mutuellement indépendantes et suivent chacune la loi de Bernoulli B (p), alors
X1 + · · · + Xn suit la loi binomiale B (n, p).
Lemme des coalitions : le théorème précédent se généralise ; supposons pour simplifier que (Xk )1≤k≤n
est une famille finie de variables aléatoires réelles discrètes mutuellement indépendantes, que p est un
entier de [[1, n − 1]] et que f (resp. g) est une fonction de Rp (resp. Rn−p ) dans R.
Alors les variables aléatoires réelles discrètes f (X1 , . . . , Xp ) et g (Xp+1 , . . . Xn ) sont indépendantes.
V - Espérance et variance
1) Espérance d’une variable aléatoire réelle discrète
Définition : soit X une variable aléatoire réelle discrète à valeurs dans un ensemble dénombrable
xn , n ∈ N (où les xn sont distincts 2 à 2).
On dit que X est d’espérance finie si et seulement si la série xn P (X = xn ) est absolu-
ment convergente ; si c’est le cas, on appelle espérance de X le réel
∞
E (X) = xn P (X = xn ) .
n=0
On l’admet en PSI, mais l’hypothèse de convergence absolue permet de montrer que cette notion ne
dépend pas de l’ordre dans lequel on a “numéroté” les xn . . .
Plus généralement, on dit que X admet un moment d’ordre m si et seulement si X m est d’espérance
finie, auquel cas le réel E (X m ) est dit moment d’ordre m de X.
Dans le cas où X prend un nombre fini de valeurs, elle est d’espérance finie et l’on retrouve la définition
de 1re année :
E (X) = xP (X = x) = X (ω) P ({ω}) si Ω est fini .
x∈X(Ω) ω∈Ω
Comme la somme des “coefficients” P (X = xn ) vaut 1, on retrouve aussi l’idée de moyenne pondérée
des valeurs prises par X (l’espérance est un indicateur de position).
Exemple 1 : on lance deux dés et l’on désigne par X la variable aléatoire qui donne la somme des
résultats des deux dés. On trouve E (X) = 7, résultat prévisible pour raisons de symétrie. . .
∞
Exemple 2 : si X est bornée, elle est d’espérance finie (ne pas oublier que P (X = xn ) = 1).
n=0
11. Probabilités et variables aléatoires discrètes Page 13
Exemple 3 : d’après le théorème du III-1)b) in fine, il existe une variable aléatoire réelle discrète X
∞
∗ ∗ 1 1
d’image N telle que : ∀n ∈ N P (X = n) = (en effet = 1).
n (n + 1) n=1
n (n + 1)
Cela fournit un exemple de variable aléatoire qui n’est pas d’espérance finie.
Théorème : soit X à valeurs dans N ; X est d’espérance finie si et seulement si la série P (X ≥ n)
converge, auquel cas
∞
E (X) = P (X ≥ n) .
n=1
2) Propriétés de l’espérance
a) Une idée utile pour les calculs d’espérance
Voici une piste pour démontrer plusieurs résultats parmi ceux qui suivent. Démonstrations hors pro-
gramme car il s’agit d’utiliser abondamment des sommations par paquets et des séries doubles.
L’idée majeure est que l’on n’a pas besoin d’expliciter la loi d’une variable aléatoire discrète Z pour
calculer son espérance : il suffit de connaître une partition (Ak )k∈K de Ω (où K est fini ou dénombrable)
telle que Z prenne une valeur constante, disons ck , sur chacun des Ak . On a alors le résultat suivant :
Z est d’espérance finie si et seulement si |ck | P (Ak ) converge et si c’est le cas E (Z) = ck P (Ak ).
k∈K k∈K
Idée de la dém. Pour tout z de Z (Ω), on note Kz = {k ∈ K / ck = z}, de sorte que (Kz )z∈Z(Ω) est une
partition de K et que
∀z ∈ Z (Ω) |z| P (Z = z) = |ck | P (Ak ) et zP (Z = z) = ck P (Ak )
k∈Kz k∈Kz
b) Théorème du transfert
Soient X une variable aléatoire discrète à valeurs dans xn , n ∈ N (où les xn sont distincts 2 à 2) et
f une application à valeurs réelles, dont l’ensemble de définition contient xn , n ∈ N .
Alors f (X) est d’espérance finie si et seulement si la série f (xn ) P (X = xn ) est absolument conver-
gente, auquel cas
∞
E f (X) = f (xn ) P (X = xn ) .
n=0
NB : résultat similaire dans le cas où X prend un nombre fini de valeurs (sans soucis de convergence !).
c) Linéarité de l’espérance
Soient X et Y deux variables aléatoires réelles discrètes sur un même espace probabilisé et (a, b) ∈ R2 .
Si X et Y sont d’espérance finie, alors aX + bY est d’espérance finie et
E (aX + bY ) = aE (X) + bE (Y ) .
Corollaire : si X est d’espérance finie, alors E X − E (X) = 0 (variable aléatoire centrée).
Propriété : si X 2 est d’espérance finie et (a, b) ∈ R2 , alors (aX + b)2 est d’espérance finie et
V (aX + b) = a2 V (X) ; σ (aX + b) = |a| σ (X) .
c) Inégalité de Cauchy-Schwarz
Soient X et Y deux variables aléatoires réelles discrètes sur un même espace probabilisé telles que
X 2 et Y 2 soient d’espérance finie.
Alors XY est d’espérance finie et |E (XY )| ≤ E (X 2 ) E (Y 2 ).
Noter que sous les hypothèses précédentes, si besoin, E (XY ) se calcule grâce au théorème du transfert
appliqué à (X, Y ) avec la fonction f : (x, y) → xy. Si X (Ω) = {xi , i ∈ I} et Y (Ω) = {yj , j ∈ J}, alors
E (XY ) = xi yj P (X = xi , Y = yj ) .
(i,j)∈I×J
L’appellation “coefficient de corrélation” vient du fait que, dans le cas fini, une valeur de |ρ (X, Y )|
proche de 1 indique que le nuage de points formé par les valeurs de (X, Y ) est “voisin d’une droite”.
Cf. la méthode des moindres carrés vue en TD et le cas d’égalité dans l’inégalité de Cauchy-Schwarz.
11. Probabilités et variables aléatoires discrètes Page 15
5) Lois usuelles
a) Loi uniforme
b) Loi de Bernoulli
Si X ֒→ B (p), . On retrouve
E (X) = p et V (X) = 0 + p − p2 = p (1 − p) .
c) Loi binomiale
Si X ֒→ B (n, p),
On retrouve
E (X) = np et V (X) = n (n − 1) p2 + np − (np)2 = np (1 − p) .
d) Loi géométrique
1 σ2
avec, plus précisément, pour tout n dans N∗ , P Sn − m ≥ ε ≤ .
n nε2
Ce résultat justifie d’une certaine façon l’approche fréquentiste des probabilités : si les Xk suivent
1
une même loi de Bernoulli de paramètre m, Sn est la fréquence d’obtention d’un succès durant n
n
répétitions de l’expérience. . .