Eléments de mathématiques nécessaires en macroéconomie et
en croissance
Francois Fontaine ([Link]@[Link])
Ce polycopié n’est en rien un “précis” de mathématique. Il n’en a ni l’exactitude, ni la
présentation rigoureuse. Il s’agit de rassembler les bases nécessaires à la compréhension des
outils mathématiques utilisés dans vos cours de macroéconomie et de croissance. Une grande
partie de la présentation est tirée des ouvrages de B. Guerrien, “Analyse mathématique pour
économistes” (Economica), et D. Romer “Macroéconomie Approfondie” (Ediscience, McGraw-
hill). Toute suggestion est la bienvenue pour améliorer et/ou compléter ce document.
Les dérivées
Définition
La dérivée d’une fonction f (.) en un point a est notée f 0 (a) et correspond à:
f (x) − f (a)
f 0 (a) = lim
x→a x−a
La dérivée est donc la limite du rapport des accroissement de f et de x, lorsque x → a (partant du
point a, de combien augmente f , pour un accroissement de x infinitésimal). Géométriquement
f 0 (a) est la pente de la droite tangente à f (.) au point a. On utilise aussi la notation:
∆f
f 0 (a) = lim
∆x→0 ∆x
avec ∆x = x − a et ∆f = f (x) − f (a)
∂f (a)
Remarque, f 0 (a) se note aussi ∂a .
Dérivées à connaître
1) ¡(u.v)0 0 v + v0 u
¢ =u0uv−v
u 0 0
2) v = v2 u
¡ 1 ¢0
d’où x = − x12
1
Les fonctions composées
Les fonctions composées sont des fonctions de fonctions. Par exemple, les fonctions de
production macroéconomiques sont généralement des fonctions à plusieurs variables (le stock de
capital physique K, le travail L...) qui sont elles-mêmes fonctions du temps:
Y (t) = F [K(t), L(t)]
= K(t)α L(t)1−α
Théorème (dérivée d’une fonction de fonction):
Soit g(x) une fonction dérivable en a et f (x) une fonction dérivable en g(a). Alors f ◦ g est
dérivable en a et on a:
(f ◦ g)0 (a) = f 0 (g(a)) × g 0 (a)
Application
Considérons d’abord le cas simple où Y (t) = F [K(t)] = K(t)α . Par rapport au théorème
ci-dessus, notre F [.] correspond au f (x) et K(.) au g(x). F est une fonction de K qui est une
fonction du temps. On peut donc appliquer la formule:
∂Y (t) ∂K(t)
= F 0 [K(t)] ×
∂t ∂t
∂K(t)
= αK(t)α−1 ×
∂t
∂K(t)
On remarquera que l’on note ∂t = K̇(t). Le cas général nécessite d’abord que soit présenté
le concept de différentielle.
Différentielle d’une application
Différentielle d’une application en un point
La différentielle peut être présentée comme l’application linéaire tangente en un point d’une
fonction. Qu’est-ce que cela peut-il bien vouloir dire? On a vu que la dérivée f 0 (x) en x de f
est donnée par, avec ∆f (x) = f (x + ∆x) − f (x) :
∆f (x) f (x + ∆x) − f (x)
f 0 (x) = lim = lim (1)
∆x→0 ∆x ∆x
f 0 (x) mesure la pente de la tangente en M = (x, f (x)) au graphe de f . L’égalité (1) peut aussi
s’écrire sous la forme:
∆f (x)
= f 0 (x) + (∆x) où (∆x) → 0 lorsque ∆x → 0 (2)
∆x
Pour comprendre cela, il faut considérer schématiquement que la dérivée correspond au rapport
des accroissements ∆f∆x
(x)
à la limite, c’est à dire quand ∆x → 0. Si l’on s’éloigne de cette
2
f(x)
f’(x) ∆x
M
∆x
Figure 1: Représentation graphique de la dérivée de f (x) en M (droite tangente) et de la
différentielle de f , df = f 0 (x)dx.
limite, il faut rajouter ou retirer “quelque chose”, ici représenté par (∆x). Ce quelque chose est
d’autant plus petit que ∆x est proche de zéro. La relation (2) implique:
∆f (x) = f 0 (x)∆x + (∆x)∆x
On peut donc considérer que f 0 (x)∆x donne une valeur approchée de ∆f (∆f (x) ' f 0 (x)∆x).
Cette approximation étant “d’autant meilleure” que ∆x est petit. f 0 (x)∆x est une applica-
tion linéaire et est représentée graphiquement par une droite, la tangente de M au graphe de f .
On voit sur la figure 1 que cette approximation linéaire est très approximative pour des valeurs
importantes de ∆x. On note cette application linéaire dfx et on a donc dfx (∆x) = f 0 (x)∆x.
Cette notation se justifie de la manière suivante:
-d pour différentielle;
-df pour marquer le fait que c’est la différentielle de la fonction f ;
-dfx parce que la différentielle est définie en un point x donnée, la différentielle étant une
application linéaire de ∆x et non de x.
Dans la pratique, comme on a y = f (x), on écrit souvent pour simplifier les notations, dfx = dy.
Soit l’application identité définie par i(x) = x. La différentielle dix au point x est donnée
par :
dix (∆x) = i0 (x)∆x = 1∆x
on note donc dx(∆x) = ∆x = dx par simplification des notations
Ainsi:
dfx = dy = f 0 (x)dx
dy ∂f (x)
⇔ = f 0 (x) =
dx ∂x
3
Différentielles à connaître
Elles se déduisent immédiatement de celles de la dérivée. Soit f (x) et g(x):
1) d(f + g)x = dfx + dgx
2) d(fg)x = g(x)dfx + f (x)dgx
3) d(f/g)x = g(x)df(g(x))
x −f (x)dgx
2
4) d(f ◦ g)x = (f ◦ g)0 (x)dx = f 0 [g(x)] g 0 (x)dx
Différentielle d’une fonction à plusieurs variables
Soit f (X) une fonction à plusieurs variables X = (x1 , ..., xn ). La différentielle de f en un
“point” (“vecteur”) se note dfX et
n
X
dfX (∆X) = fx0 i (X)∆xi (3)
i=1
Cette formule n’est que la généralisation de ce que l’on a pu voir précédemment.
Exemple:
Considérons Y = F (K, L) = K α L1−α avec K et L deux variables dont on supposera préal-
ablement qu’elles ne dépendent pas du temps. On a:
0
dY = FK dK + FL0 dL
=αK α−1 L1−α dK + (1 − α)K α L−α dL
Y Y
= α dK + (1 − α) dL
K L
dY dK dL
⇔ =α + (1 − α)
Y K L
Maintenant reprenons la même fonction, mais en considérant que les variables K et L dépen-
dent du temps Y (t) = F (K(t), L(t)) = K(t)α L(t)1−α . Formellement, on va s’appuyer sur la
formule des fonctions composées (F est une fonction de K et L qui sont eux-mêmes fonction du
temps). On note ẋ(t) = x0t (t). On a donc:
dYt (∆t) = ˙
Ẏ (t)dt = Fk0 K (t)dt + FL0 L̇(t)dt
˙ + F 0 L̇(t)
⇒ Ẏ (t) = Fk0 K (t) L
⇔ Ẏ (t) = αK(t) α−1 ˙ + (1 − α)K(t)α L(t)−α L̇(t)
L(t)1−α K (t)
Y (t) ˙ Y (t)
⇔ Ẏ (t) = α K (t) + (1 − α) L̇(t)
K(t) L(t)
Ẏ (t) ˙
K (t) L̇(t)
⇔ =α + (1 − α)
Y (t) K(t) L(t)
Comme certains d’entre-vous le savent, lorsque l’on a affaire avec des fonctions de type Cobb-
Douglas (i.e. Ax B y ), il existe une manière simple de dériver le même résultat, en log-linéarisant
la fonction Y (t) puis en la dérivant par rapport au temps:
log Y (t) = α log K(t) + (1 − α) log L(t)
4
0 ẋ(t)
Ensuite on dérive le tout par rapport au temps, en se rappelant que [ln x(t)]t = x(t) (ln x(t) est
encore une fonction composée).
0 0 0
[log Y (t)]t = α [log K(t)]t + (1 − α) [log L(t)]t
Ẏ (t) ˙
K (t) L̇(t)
⇒ =α + (1 − α)
Y (t) K(t) L(t)
Résolution d’équations différentielles linéaires
Un cas simple
Une équation différentielle est une équation qui contient des dérivées de variables. Par
exemple:
a1 ẏ(t) + a2 y(t) + x(t) = 0
Quand x(t) = 0 on dit que l’équation est homogène. On va considérer le cas:
ẏ(t) + ay(t) = 0
On multiplie d’abord le tout par eat , on obtient:
eat ẏ(t) = −eat ay(t)
On intègre ensuite les deux membres entre 0 et t :
Z t Z t
eas ẏ(s)ds = − eas ay(s)ds
0 0
Z t
⇔ eas (ẏ(s) + ay(s)) ds = 0 (4)
0
Le terme eat est appelé facteur d’intégration. Nous multiplions par le facteur d’intégration parce
que le terme qui est à l’intérieur de l’intégrale devient la dérivée par rapport au temps de eat y(t)1 :
£ at ¤0
e y(t) t = eat (ẏ(t) + ay(t))
Puisque nous connaissons la primitive du terme de l’intégrale2 , (4) implique:
eat y(t) − y(0) = 0
1
et donc (car eat = e−at )
y(t) = e−at y(0)
1
En réalité, la primitive de eat (ẏ(t) + ay(t)) n’est pas unique. Si l’on voulait être plus rigoureux, on aurait
£ ¤0
e y(t) + b t = eat (ẏ(t) + ay(t)) avec b une constante arbitraire.
at
2
On rappelle que la primitive d’une fonction dérivée f 0 (.) est cette fonction f (.). D’où, par exemple,
Rb
a
f 0 (x)dx = [f (x)]ba = f (b) − f (a).
5
Application
On va résoudre la question 3) de l’exercice 2 du TD 3. Je vous propose de vous aider du
corrigé (n’hésitez pas à me poser des questions si vous avez des difficultés) pour montrer que:
v̇(t) = (1 − α)s − (1 − α)(δ + γ + n)v(t) (5)
La variable v(t) = k(t)1−α est une transformation de la variable k(t) et nous permet d’étudier
plus aisément la dynamique de cette dernière. Avec k̇(t), l’équation n’était pas linéaire, ce qui est
toujours plus délicat à manier. On remarque que lorsque v(t) est à son équilibre stationnaire, k(t)
l’est aussi. (5) est une équation différentielle du type ẏ(t) + ay(t) + b = 0. Comme précédemment
on multiplie tout par le facteur d’intégration. Par rapport, au cas simple présenté ci-dessus on
a:
a = (1 − α)(δ + γ + n)
at
et donc e = e(1−α)(δ+γ+n)t
Ensuite on intégre entre 0 et t:
Z t Z t Z t
(1−α)(δ+γ+n)x (1−α)(δ+γ+n)x
e v̇(x)dx = (1−α)s e dx−(1−α)(δ+γ+n) e(1−α)(δ+γ+n)x v(x)dx
0 0 0
On remarque
h i0
e(1−α)(δ+γ+n)t v(t) = e(1−α)(δ+γ+n)t v̇(t) + (1 − α)(δ + γ + n)e(1−α)(δ+γ+n)t v(t)
t
On a donc:
h it Z t
e(1−α)(δ+γ+n)x v(x) = (1 − α)s e(1−α)(δ+γ+n)x dx
0 0
· ¸t
(1−α)(δ+γ+n)t 1 (1−α)(δ+γ+n)x
⇒ e v(t) − v(0) = (1 − α)s e
(1 − α)(δ + γ + n) 0
(1−α)(δ+γ+n)t s (1−α)(δ+γ+n)t s
⇒ e v(t) = v(0) + e −
(δ + γ + n) (δ + γ + n)
µ ¶
s s
⇒ v(t) = + v(0) − e−(1−α)(δ+γ+n)t (6)
(δ + γ + n) (δ + γ + n)
s
Or vous aurez préalablement montré que la valeur de v à l’équilibre stationnaire, v̄, est (δ+γ+n) .
Donc (6) peut se réécrire:
v(t) = v̄ + (v(0) − v̄)e−(1−α)(δ+γ+n)t (7)
L’ouvrage de Barro et Sala-i-Martin sur la croissance donne, en annexe, une très bonne
introduction à la résolution des équations différentielles, aux diagrammes des phases et plus
largement à l’analyse des systèmes dynamiques utilisés en croissance. Selon la terminolo-
gie de Barro et Sala-i-Martin [1995], la vitesse de convergence de v(t) vers v̄ est égale à
|−(1 − α)(δ + γ + n)t| = (1 − α)(δ + γ + n)t. La convergence est d’autant plus rapide que
α, la part du capital dans la production, est faible et que (δ + γ + n) est élevé. La vitesse ne
6
dépend ni de la valeur initiale v(0) ni de celle du taux d’épargne s. La durée (en “années”) du
processes de convergence pour que v, partant d’une valeur initiale v(0) quelconque, ait comblé
x% de la distance entre v(0) et la valeur d’équilibre de long terme v̄, est T telle que:
v̄ − v(T ) = (1 − x%)(v̄ − v(0)) (8)
L’équation (7) nous permet d’avoir l’expression de v(T ) − v̄ (= (v(0) − v̄)e−(1−α)(δ+γ+n)T ). En
utilisant cette expression et l’équation (8) on obtient:
ln(v̄ − v(T )) = ln(1 − x%) + ln(v̄ − v(0))
−(1−α)(δ+γ+n)T
ln(v̄ − v(0)) + ln e = ln(1 − x%) + ln(v̄ − v(0))
⇒ −(1 − α)(δ + γ + n)T = ln(1 − x%)
1
⇒T =− ln(1 − x%)
(1 − α)(δ + γ + n)