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Déchargement du réacteur nucléaire à Cattenom

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Lise Laurence
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Cuve du réacteur ouverte, déchargement combustible en

cours. La lumière bleuâtre autour des éléments


combustible est due à la puissance résiduelle, on l'appelle
effet de Tcherenkov
Dans la cuve d'un réacteur de le centrale de Cattenom se trouve 193 éléments
combustible, soit environ 117 tonnes d'uranium enrichi.

Chaque élément combustible est composé de 264 "crayons" qui sont des gaines (tubes) en
Zircaloy 4 (c'est un métal) de 4 mètres de long, rempli de 316 pastilles d'environ 7 grammes
chacune.

Certains de ces éléments intègrent une grappe de contrôle qui nous permet de contrôler la
réaction en chaîne de fission nucléaire, mais ce n'est pas le seul moyen, on utilise
également l'acide borique dilué dans l'eau du circuit primaire, cette eau transite en
permanence dans le réacteur et passe au travers des éléments combustibles.

C'est la fission nucléaire des atomes d'uranium 235 qui nous permet de faire chauffer la
gaine des crayons combustible, l'eau au contact de ces crayons chauds est chauffée à son
tour.

Ces 3 pastilles d'uranium


enrichit permettent d'alimenter
en électricité une famille de 4
personnes pendant 1 an.
1 élément combustible avec sa grappe de contrôle qui coulissera à l'intérieur via des
mécanismes de grappe pour contrôler la réaction en chaîne.

Chaque élément fait plus de 4mètres de long pour environ 750 kg.
Réacteur en cours de
déchargement. Vous pouvez
voir les éléments combustibles
manquants dans la cuve du
réacteur éclairée par des spots
flottants.

Pour comprendre la suite il vous


faut lire la doc et la vidéo sur la
fission nucléaire faites par
Christian Semperes (avec le
son).

Vous avez donc vu avec Christian que ce sont les neutrons, qui provoquent la réaction en
chaine de la fission. Il nous faut donc contrôler cette population de neutrons pour pouvoir :

- augmenter la puissance => on laisse les neutrons se multiplier => on dit que le
réacteur est sur-critique

- baisser la puissance => on diminue la population de neutrons => on dit que le


réacteur est sous-critique

- stabiliser la puissance => on garde stable la population de neutrons => on dit que le
réacteur est critique

Pour contrôler cette population de neutrons, on utilise des "absorbants" qu'on appelle
neutrophages.

=> les grappes de contrôle (insérées dans certains assemblages)

=> la CB (concentration en acide Borique) du circuit primaire

Ils absorbent tout ou partie des neutrons émis, les empêchant ainsi d'aller fissionner
d'autres atomes d'uranium 235.

Comment faisons-nous pour démarrer un réacteur :


Etant donné que nous ne remplaçons que 1/3 du combustible tous les 18 mois, les
2/3 de combustible plus usés nous servent à amorcer la réaction en chaîne car ils sont
irradiants, ils émettent donc des neutrons. Avant la divergence (démarrage de la réaction
en chaîne), nous faisons quelques heures de calcul, pour connaître la CB (concentration en
bore) critique, c'est-à-dire la CB qui nous permettrait de diverger en levant les grappes de
contrôle.

Nous ajustons donc cette CB (qui était faite jusque là pour empêcher une divergence)
en diluant le fluide du circuit primaire avec de l'eau.

Evidement le couvercle est remonté sur la cuve, la piscine réacteur vidée, le circuit
primaire se trouve sous pression à 155 bar et 297,2 degrés.

Assistés par la section "essais" qui font une batterie de test en temps réel, on lève les
grappes petit à petit jusqu'à obtenir la divergence, s'en suit une série de tests et de
mesures physiques avant de pouvoir monter en puissance.

Circuit Primaire Principal en 3D


Mais au tout premier démarrage alors, avec 100 % de combustible neuf ?

Vu que le combustible était entièrement neuf, il n’y a aucune émission de neutrons, il


est donc impossible d'amorcer une réaction en chaine. Au tout premier démarrage, il a
donc fallu insérer des grappes sources (radioactives, donc émettrices de neutrons). C'est
aussi simple que ça.

Formation rapide avec vidéo sur la fission nucléaire


Comment faire varier la quantité de neutrophages (absorbant de neutrons) avec le bore
dissout dans l’eau et les grappes de commandes ?

Pour le bore, il suffit d’ajouter ou de retirer une quantité de bore dissout dans l’eau
via un circuit annexe, dans ce cas, la variation est lente.

C’est d’ailleurs avec ce procédé que nous compensons petit à petit l’épuisement du
combustible, tout au long du cycle qui dure 18 mois.

En effet : juste après le rechargement, il y a 1/3 de combustible qui est neuf, on dit alors
que le cœur est ‘’pêchu’’, il faut donc plus de bore pour le canaliser, soit une CB d’environ
1300 ppm.

En fin de cycle, le combustible est épuisé, il ne faut donc quasiment plus de bore, les seules
grappes de commande suffisent, nous avons une CB proche de 0 ppm.

Variation de CB en fonction de l'épuisement


1400

1200
Concentration en bore en ppm

1000

800

600

400

200

0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18
nombre de mois après rechargement
Pour les grappes de commande, il suffit de les insérer ou de les extraire dans les
éléments combustibles. L’ajout ou le retrait d’absorbant est alors instantané, mais
comment manœuvrent-elles dans le réacteur ?

Nous faisons varier la position des grappes de contrôle dans le réacteur via des mécanismes
électromagnétiques, en cas de problème, le courant est coupé sur ces mécanismes,
provoquant l'ouverture de ceux-ci par manque tension.

Les grappes tombent gravitairement jusqu'au fond du réacteur provoquant son arrêt
immédiat. On appelle ça un arrêt automatique réacteur : AAR.
Comment faisons-nous pour charger, ou décharger un réacteur ?

Tout d'abord il faut savoir que le combustible usé doit rester en permanence sous
l'eau, d'une part à cause de la puissance résiduelle qu'il dégage (chaleur), et d'autre part
pour éviter les radiations. Cette eau est à une CB (concentration en acide borique) telle,
qu'elle absorbe tous les neutrons, empêchant ainsi toute réaction en chaîne.

On décharge donc l'ensemble du combustible du réacteur dans une piscine de


désactivation via un tube transfert (sorte de mini tunnel), le tout, toujours sous eau.

Le 1/3 de combustible le plus usé restera en piscine de désactivation, les 2/3 restants plus
1/3 de combustible neuf retourneront dans le réacteur.

Schéma de déchargement explicatif :


Réacteur qui vient d’être arrêté, équipé de l’instrumentation et mécanisme des grappes

Piscine du bâtiment réacteur pleine, réacteur ouvert, en cours de déchargement


Déchargement du réacteur de CAT2 (Cattenom tranche 2) en mars 2020, à l'aide
de la machine de chargement (la MdC), et d'une équipe constituée d'un pilote MdC, d'un
chef de chargement, le CdC et de son adjoint, pour l'équipe présente dans le BR (bâtiment
réacteur). Merci à Michaël Gray pour cette belle photo et le descriptif.
Pour l'équipe présente au BK (bâtiment combustible), elle est composée :
d'un pilote pont passerelle (le PP) + d'un adjoint BK, appelé ARK.
L'assemblage reste en permanence sous un peu plus de 3 m d'eau pour protéger les agents
contres les rayonnements ionisants.
Les éléments sont entreposés dans des racks prévus à cet effet.

Par NOAL Jean-François, conducteur d'exploitation à Cattenom.

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