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Droit bancaire et systèmes financiers au Sénégal

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Wakhabndiaye.

fsjp

DROIT PRIVE

Droit des établissements de crédit

(Droit bancaire)

Cheikh Abdou Wakhab NDIAYE

Agrégé des facultés de droit

FSJP-UCAD

1
Wakhabndiaye. fsjp

Introduction

Le financement de l’activité économique est une pièce maîtresse dans le processus de


développement, pour peu que l’on admette que le développement nécessite des
investissements. « On ne peut (en effet) devenir entrepreneur qu’en devenant
auparavant débiteur. Le premier besoin de l’entrepreneur est un besoin de pouvoir
d’achat »1, un besoin de crédit.

Essentiel pour l’entrepreneur en cela qu’il lui permet de mettre en œuvre ses
innovations ; « le crédit est l’âme du commerce »2. De là, le dispensateur de crédit est
le moteur de toutes les activités de son temps car, par l’office du crédit, il ouvre à
l’entrepreneur le champ des biens économiques, avant même qu’il ait normalement
le droit d’y puiser. Les systèmes économiques contemporains étant qualifiés
d’économies de crédit, avoir un système financier sain et efficace est ainsi
indispensable à la réalisation d’au moins trois grands objectifs de politique
économique et sociale : la croissance économique, la réduction de la pauvreté et la
stabilité macroéconomique3.

Le système financier peut être défini comme un ensemble d'institutions qui


mobilisent l’épargne auprès des agents à capacité de financement et les affectent à
ceux qui ont besoin de moyens, pour être investie dans la création de richesses.

1 J. A. SCHUMPETER, The Theory of Economy Development, Oxford University Press, London 1969,
p. 70, cité par A. A. DIENG, Le rôle du système bancaire dans la mise en valeur de l’Afrique de
l’Ouest, NEA 1982, p. 33.
2 V., S. THIAM, Les indigènes paysans entre maisons de commerce et administration coloniale :

Pratiques et institutions de crédit au Sénégal (1840-1940), Thèse Montpellier I et Gaston BERGER,


2001, p. 103.
3 R. NORD, Le défi du financement dans les pays en développement, in Quel secteur pour le
financement des économies de l’UEMOA ?, L’harmattan, 2011, p. 23
2
Wakhabndiaye. fsjp

Le système financier sénégalais est composé d’établissements de crédit, d’un marché


financier régional, d’institutions de micro finance, de sociétés d’assurance.
Parallèlement à ce secteur organisé, s’est développée une multitude d’entités non
reconnues que l’on a l’habitude de nommer « secteur financier informel »4.

Par rapport à sa réglementation, le système financier relève plus du droit


communautaire avec la CIMA pour l’assurance et l’UMOA5 pour les établissements
de crédit et la microfinance. (Alors que l’UMOA ne vise à harmoniser que les
législations monétaire et bancaire, l’UEMOA qui s’est fixée un objectif plus ambitieux
de créer entre les Etats membres un marché commun basé sur la libre circulation des
personnes, des services, des capitaux, vise à harmoniser toutes les législations
économiques en vue de réaliser cet objectif).

Dans le cadre de la réglementation des établissements de crédit et des sociétés de


microfinance, l’UMOA a opté pour le mécanisme de l’uniformisation6. Par ce
mécanisme, les Etats membres mettent « l’uniforme » dans un secteur déterminé.
C’est l’occasion d’une véritable renonciation de souveraineté venant des Etats
membres. Les législateurs nationaux laissent leur place au législateur
communautaire.

Le Conseil des Ministres de l'Union adopte des réglementations uniformes


appliquées dans l’ensemble des Etats parties. Ainsi dans le domaine bancaire, nous
avons la loi n° 2008-26 du 28 juillet 2008 portant réglementation bancaire7 et dans

4 Il s’agit d’un prolongement du système financier traditionnel qui continue ainsi à être pratiquée par
toutes les couches de la population, même celles qui ont accès au système financier réglementé.
5 Traité du 12 mai 1962 instituant l'Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) entrée en vigueur le 1er

novembre 1962. Le nouveau traité sera signé le 14 novembre 1973 à Paris. Le Traité constituant
l'UMOA est complété par le Traité de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA)
entré en vigueur le 13 janvier 1994. L'UMOA se caractérise par la reconnaissance d'une unité
monétaire dont l'émission est confiée à un institut d'émission commun prêtant son concours aux
économies nationales, sous le contrôle des Gouvernements.
6 Art. 22 du traité de l’UMOA
7 qui a abrogé et remplacé celle n° 90-06 du 26 juin 1990. La loi bancaire de 2008 ne s’applique pas :

- à la Banque CEAO,
- au Trésor Public ;
- aux institutions financières internationales,
- aux institutions publiques étrangères d’aide ou de coopération, dont l’activité sur le territoire
du Sénégal est autorisée par des traités, accords ou conventions internationales auxquels est
partie la République du Sénégal ;
3
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celui de la microfinance la loi n°2008-47 du 3 septembre 2008 portant réglementation


des systèmes financiers décentralisés au Sénégal. Ces lois organisent, entre autres,
l'organisation générale de la distribution et du contrôle du crédit, les règles générales
relatives aux activités de crédit, les acteurs de cette l’activité aussi bien au niveau leur
statut qu’au niveau des grandes orientations de leur environnement économique et
notamment des conditions d’exercice, du gouvernement d’entreprise, des formes de
contrôle, des règles de faillite, des sanctions.

En somme ces lois posent les cadres généraux de l’activité bancaire. Elles sont tout de
même complétées par d’autres normes juridiques telles le COCC (Contrat de prêt
régi aux articles 540 et suivants), les textes de l’OHADA, le Règlement de l’UEMOA
15/2002/CM du 19 Septembre 2002 relatif aux systèmes de paiement, les conditions
de banque de la BCEAO. Il existe aussi des règles applicables au marché bancaire et
financier et qui concernent les règles de la BRVM. Comme tout droit professionnel, le
droit bancaire n’est ainsi pas un droit autonome au même titre que, par exemple, le
droit civil ou le droit du travail. Ses règles sont d’origine et de nature diverses
mélangeant ainsi droit public et privé. C’est pour cette raison que l’on dit que le droit
bancaire fait partie du droit économique.

Par ailleurs, de nouvelles lois sénégalaises sont venues renforcer l’arsenal juridique
de notre système financier.

Par la loi n° 2014-02 du 6 janvier 2014 portant réglementation des Bureaux


d’Information sur le Crédit dans les Etats membres de l’Union monétaire Ouest
africaine (UMOA), le législateur sénégalais a mis en place le Bureaux d’Information
sur le Crédit « BIC » ou « Credit Reference Bureau »8. C’est une institution qui
collecte, auprès des organismes financiers, des sources publiques et des grands
facturiers (sociétés de fourniture d’eau, d’électricité, sociétés de téléphonie, etc.), des

- aux Sociétés de Gestion et d’intermédiation, ainsi qu’aux autres acteurs agréés du marché
financier régional de l’UMOA ;
- aux systèmes financiers décentralisés, notamment les institutions mutualistes ou coopératives
d’épargne et de crédit non agréées en qualité d’établissement de crédit
- à l’Administration et aux services financiers des Postes et Télécommunications.
8 La création des BIC dans les Etats membres de l’UMOA figure parmi les principales

recommandations du Rapport du Haut Comité Ad Hoc des Chefs d’Etat sur le financement des
économies desdits Etats.
4
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données sur les antécédents de crédit ou de paiement d’un client. Ces informations
sont, ensuite, commercialisées auprès des Etablissements de crédit, des Systèmes
Financiers Décentralisés (SFD) et des grands facturiers, sous la forme de rapports de
solvabilité détaillés9.

L’agrément en qualité de BIC peut être délivré à toute personne morale


présélectionnée à l’issue d’un appel à la concurrence. L’appel à la concurrence est
organisé par la Banque Centrale.

La mission du BIC est tributaire du consentement du client. Il est impératif qu’il y


ait une autorisation écrite, signée, spécifique et informée par laquelle, le client,
personne physique ou morale, donne explicitement son accord au prêteur ou au
fournisseur de services de partager les données le concernant, y compris ses données
personnelles, avec les utilisateurs et le BIC ou pour consulter auprès du BIC des
informations sur sa solvabilité.

Outre la loi sur le BIC, nous avons le décret n° 2009-95 en date du 6 février 2009,
portant création et organisation de l’Observatoire de la Qualité des
Services Financiers (O.Q.S.F/Sénégal)10. Créé au sein du Ministère de l’Economie et
des Finances, l’observatoire placé sous l’autorité du Ministre en charge de ce
domaine.

L’Observatoire de la Qualité des Services Financiers a pour objet d’assurer


notamment :

le suivi de la qualité des services rendus à la clientèle par les établissements de


crédit, les sociétés d’assurances, les institutions de micro finance ainsi que la Société
Nationale la Poste ;

l’information et le renseignement du public sur les services financiers ;

9 D’après l’exposé des motifs de la loi, le BIC constitue pour les établissements de crédit, les SFD et les
autres institutions financières concernées, un outil efficace d’analyse, d’évaluation et de gestion des
risques, qui permet d’anticiper le surendettement des emprunteurs, de prendre de meilleures
décisions dans l’octroi des crédits, de réduire l’asymétrie de l’information et d’augmenter le volume
des emplois avec une amélioration de la qualité du portefeuille.
10 J.O. N° 6474 du Samedi 13 JUIN 2009

5
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l’élaboration de publications périodiques sur les services financiers ;

l’établissement de guides de référence pour les services financiers en vue de les


vulgariser auprès du public et de diffuser les meilleures pratiques en la matière ;

la formulation de recommandations portant sur les services financiers ;

assurer la mission de Médiation.

L’Observatoire procède à la collecte des renseignements requis par le biais d’études,


d’enquêtes et de consultations, à leur traitement, à l’élaboration d’indicateurs
pertinents et à l’analyse de l’ensemble des données disponibles, de manière à
apprécier la qualité des prestations offertes par les institutions ciblées.

Concernant la médiation, c’est un médiateur financier nommés par arrêté du Ministre


de l’Economie et des Finances et ayant pour mission de favoriser le règlement
amiable des litiges individuels qui naissent entre les organismes financiers et la
clientèle dans le domaine des services offerts, à l’exclusion des différends relatifs à
leur politique commerciale (politique tarifaire, taux d’intérêt sur crédit, décision de
refus de crédit etc...).

Plan du cours

Chapitre 1 : Les dispensateurs de crédit

Chapitre 2 : Les activités des dispensateurs de crédit

Chapitre 3 : La responsabilité des dispensateurs de crédit dans l’exercice de l’activité


bancaire

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