LE SEMINOME SPERMATOCYTAIRE :
A PROPOS D’UN CAS ET REVUE DE LA LITTERATURE
H. HACHI(1), A. BOUZIDI (2), A. BOUGTAB (1), A. OTTMANY (1), C. BAROUDI (1), F. TIJAMI (1),
A. JALIL (1), F. AHYOUD (1), M. BENJAAFAR (3), A. SOUADKA (1).
RÉSUMÉ un testicule plutôt tumoral sans lésions de contusion. Le
patient a subi une orchidectomie gauche.
Nous avons rapporté un cas de séminome spermato-
cytaire révélé par un traumatisme. La revue de la litté- A l’examen macro s c o p i q u e, le testicule est totalement
rature note que sa fréquence ne dépasse pas 5% de occupé par une formation tumorale mesurant : 10 x 8 x
l’ensemble des séminomes, son originalité est corro- 8 cm, de consistance molle dont la tranche de section pré-
borée par sa localisation exclusivement gonadique, son sente un aspect homogène blanc-grisâtre.
caractère pur. Le traitement adéquat consiste à l’orchi-
dectomie avec ligature haute du cordon spermatique, L’analyse histopathologique a conclu à un SS (photo) et le
un complément de radiothérapie à la dose de 25Gy patient nous a été adressé pour complément thérapeutique.
centrée sur la chaîne ganglionnaire para-aortique sous
d i ap h rag m at i q u e. Lorsqu’un geste ch i ru rgical est A son admission, l’examen montre un testicule controla-
réalisé sur la région inguino scrotale : l’irradiation de téral d’aspect normal, une cicatrice scrotale de bonne quali-
cette région à la dose de 25 Gy est nécessaire, le pro- té. Les aires ganglionnaires sont libres. La radiographie
nostic est satisfaisant : 100% de survie à 5 ans lorsque pulmonaire et la tomodensitométrie abdominale ne mon-
ce protocole thérapeutique est réalisé. trent pas d’anomalies. Les dosages plasmatiques des mar-
queurs tumoraux : alpha-fœto-protéine (aFP), bêta-gona-
INTRODUCTION dotrophine chorionique hormone (ßHCG), la phosphatase
alcaline placentaire (PALP) sont normaux.
Les tumeurs testiculaires représentent 1% des tumeurs
malignes de l’homme ; elles se développent dans 95% des Le patient est repris chirurgicalement. Nous avons procédé
cas au dépens de la lignée germinale (9) dont les sémino- à une ligature haute du cordon spermatique.
mes constituent 30 à 40%.
Le séminome spermatocytaire (SS) est une entité originale Une irradiation prophylactique, centrée sur la chaîne para-
et rare dont la fréquence ne dépasse pas 5% de l’ensemble aortique sous diaphragmatique et sur la région inguino-
des séminomes. scrotale délivrée à la dose de 25 Gy, termine ce protocole
thérapeutique. Le patient est suivi régulièrement en consu-
Le cas du SS que nous rapportons, illustré par une revue de l t ation. Aucune récidive n’est notée après un recul de
la littérature, nous permettra de mettre le point sur les 10 mois.
caractéristiques de cette tumeur testiculaire rare.
DISCUSSION
OBSERVATION
Le SS est une tumeur ge rm i n a l e, décrit par Masson en
Mr B.A, âgé de 46 ans, sans antécédents pathologiques 1946, qui atteint l’adulte (25 à 87 ans) avec un pic de fré-
particuliers, présente depuis trois mois des douleurs sour- quence situé aux environs de 54 ans (5). Hôte exclusif du
des et intermittentes au niveau du testicule gauche. Suite à testicule, il n’est jamais observé dans l’ovaire ni en situa-
un traumatisme dû à une chute de bicyclette, le patient res- tion extragonadique, peut être bilatéral et asynchrone dans
sent une douleur violente au niveau du même testicule. 10% des cas et ne se développe jamais sur un testicule
Une exploration chirurgicale par voie transcrotale découvre ectopique (2).
(1) Service de chirurgie carcinologique I.N.O. (Pr. A. SOUADKA) Tirés à part : Dr H. HACHI.
(2) Service d’Anatomie pathologique Hôpital militaire Service de Chirurgie Carcinologique - Institut National d’Oncologie
(3) Service de Radiothérapie I.N.O. Sidi Mohammed Ben Abdellah - RABAT - MAROC
Médecine du Maghreb 1996 n°60
LE SÉMINOME SPERMATOCYTAIRE… 7
L’augmentation du volume scrotal est le maître-symptôme que et la tumeur vitteline. Dans ces cas, l’immuno-histo-
(1). Rarement, la tumeur simule une orchiepididymite, très chimie peut être discriminative : la négativité du PALP et
exceptionnellement un traumatisme motivant un examen de la neurone spécifique énolase (NSE) permet d’exclure
révèle la tumeur comme c’est le cas de notre patient. un séminome classique (5). Dans les rares cas où le dia-
gnostic différentiel se pose avec un lymphome malin non
L’échographie peut montrer un nodule hypoéchogène ou Hodgkinien, l’anticorps anti-leucocy t a i re commun est
hétérogène. d’une grande utilité (4, 11).
Les marqueurs sériques, dans le sang périphérique et dans La fréquence des tumeurs germinales mixtes a considérable-
le sang du cordon, sont constamment négatifs (8). ment augmenté grâce à une meilleure détection par les mar-
queurs sériques et par les techniques immuno-histochimi-
Dans tous les cas, seul l’examen histopathologique permet ques qui permettent d’identifier des contigents cellulaires
le diagnostic de certitude : minimes. Elles associent, selon des combinaisons et des pro-
portions variées, tous les types de tumeurs germinales y
• Macroscopiquement : la taille de la tumeur est supérieu- compris le séminome classique mais jamais le SS (2). Ce
re à 5 cm dans plus de la moitié des cas (5), elle est globa- dernier peut être exceptionnellement associé à un contingent
lement bien limitée voire encapsulée parfois multinodulaire sarcomateux qui, désormais, détermine le pronostic (5).
et peut atteindre une taille importante. Elle est blanc-gri-
sâtre ou jaune pâle, de consistance molle, friable, remaniée Pour la plupart des auteurs, l’orchidectomie homolatérale
par des zones œdémateuses mucoïdes ou pseudo-kystiques, avec ligature haute du cordon spermatique constitue une
mais rarement par la nécrose (2). thérapeutique suffisante et adéquate (3) ; elle a une valeur
diagnostique et thérapeutique.
• Microscopiquement : le SS forme des nappes compactes
ou des plages pseudo-glandulaires ou pseudo-alvéolaires D’autres auteurs préconisent une irradiation prophylactique
réparties dans un stroma grêle, dépourvu de lymphocytes et à la dose de 25 Gy (7, 9) à 36 Gy (6) centrée sur les terri-
de réaction histiocy t a i re tuberc u l o ï d e. On y distingue toires ganglionnaires sous diaphragmatiques.
3 types de cellules selon leur taille : des petits éléments
lymphocytoïdes rares pourvus d’un noyau rond et dense ; L’irradiation prophylactique évite le risque de récidive esti-
des cellules de taille moyenne les plus nombreuses à cyto- mé entre 15 et 25% en cas d’orchidectomie seule dans les
plasme éosinophile sans glycogène et à noyau rond mais séminomes en général (9).
finement granuleux ; des cellules de grandes tailles mesu-
rant 50 à 100 µ, à cytoplasme abondant et clair, muni d’un L o rsqu’un geste ch i ru rgical est réalisé au niveau de la
noyau à chromatine grenue ou dessinant un filament grêle région inguino-scrotale (orchidopexie, cure d’hernie, abord
et pelotonné qui évoque les figures de spirème des sperma- transcrotal), il modifie le drainage lymphatique et impose
tides au cours de la spermatogenèse. Les tubes séminifères une irradiation supplémentaire sur la région inguino-scro-
voisins ou à distance sont couramment colonisés et disten- tale à la dose de 25 Gy (7).
dus par la prolifération tumorale (2).
Pour les séminomes à localisation purement testiculaire, le
L’étude immuno-histochimique montre que les cellules cas presque toujours du SS, le principe d’une irradiation
tumorales n’expriment aucun marqueur, en particulier il médiastinale prophylactique est controversé, aucune réci-
n’y a pas de traces de PALP, ni de ßHCG, ni d’aFP (5). dive médiastino-susclaviculaire n’est notée après une irra-
diation sous diaphragmatique (7).
Le plus souvent, l’analyse microscopique permet de faire la
distinction entre le SS d’une part et le séminome classique, A l’instar des séminomes, le SS a une évolution très lente :
les autres tumeurs germinales d’autre part. Cependant, sur une série de 130 cas de séminomes purs, localisés dans
parfois le SS offre des caractéristiques atypiques micro- le testicule et comportant 3 cas de SS, la survie à 5 ans sans
kystiques qui simulent respectivement le séminome classi- récidive est de 100% lorsque la dose d’irradiation prophy-
Médecine du Maghreb 1996 n°60
8 H. HACHI, A. BOUZIDI, A. BOUGTAB, A. OTTMANY, C. BAROUDI ,
F. TIJAMI A. JALIL), F. AHYOUD, M. BENJAAFAR, A. SOUADKA
lactique est de 30 Gy (9). Dans une autre étude portant sur
76 séminomes purs, dont un seul cas de SS, la survie glo- CONCLUSION
bale des patients est de 100%. (7).
Le séminome spermatocytaire du testicule est une tumeur
Les métastases, en cas de SS sont rarissimes : une étude germinale rare, son originalité réside dans sa localisation
portant sur 200 cas de SS relève un seul cas de métastase. purement testiculaire et son caractère pur.
Les métastases surviennent dans les SS associés à une L’orchidectomie avec ligature haute du cordon spermatique
composante sarcomateuse ; une dizaine de cas sont rappor- associée à une radiothérapie prophylactique représentent le
tés dans la littérature (6), tous ces patients sont décédés de traitement adéquat.
métastases sarcomateuses. Le pronostic est très sat i s faisant et la survie à 5 ans à
100%.
BIBLIOGRAPHIE
1. G. BOURLAND, A. HAULGATTE; 7. [Link].
Les tumeurs du testicule, expérience de l’HIA de Val-de-Grâce (à propos Séminomes purs du testicule habituels : attitudes thérapeutiques en 1992.
de 200 cas).
Bull. Cancer/Radiother. 1992, 79, 433-436.
Médecine et armée 1993, 21, 1, 49-55.
2. F. CHABANNE, A. PAGES, C.I. BELLERY. 8. P. PERRIN, N. BERGER.
Collection d’histo-pat h o l ogi e, pat h o l ogie génitale masculine, uro - Tumeurs germinales du testicule de l’homme adulte.
pathologie. Edition Technique, Encyclopédie Médico-Chir. (Paris, France) Néphro-
Masson 1992.
3. OW. CUMMING, TM. ULBRIGHT, JN. EBLE. logie Urologie, 18650 A10 1992, 11 p.
Spermatocytic seminoma : an immunino-histochemical study. 9. M. REINFUSS, J. SKOLISZEWSKI, B. GLINSKI, D. KOCIOLEK, T;
Human. Pathol. 1994 Jan. 25 (1) ; 54-9. KOWALSKA (POLOGNE).
4. I. DEKKER, T. ROZEBOOM, J. DELEMARRE, A. DAME, O.
Traitement des séminomes purs du testiucle Stade I, intérêt de la
OSTERHUIS JM.
Placetal like alcalin phosphatase and DNA f l ow cy t o m e t ry in radiothérapie prophylactique.
spermatocytic seminoma. Bull. Cancer/Radioth (1994), 81, 53-55.
Cancer 1992, Feb. 15,,,,,, 69 (4) : 493-6. 10. H. SCHILL, M. ARBORIO, P. GROS, J.L. GRIPPARI.
5. JN. EBLE.
Spermatocytic seminoma. Anatomie pathologique des tumeurs du testicule.
Hum. Path. 1994, Jan, 25 (10) : 1035-42. Arch. Anat. Cyto. Path. 1992, 40 n°4, 195-201.
6. H. HARA, M. KURITA, Y. KITAZUMI, H. MORIOKA, K. KURODA, 11. H. SCHILL, M.J. TERRIER-LACOMBE.
M. MATSUHASHI.
Lymphome ou séminome testiculaire : Aspects histo-pathologiques du
A case report of spermatocytic seminoma : Clinical review of 17 cases in
Japan. diagnostic différentiel.
Nippon-Hinyokika-Gakkai-Zasshi 11992, Sept. 83 (9) : 1517-20. Bull. Cancer (1993), 80, 1058-1062.
Médecine du Maghreb 1996 n°60