Espace et de temps : une galerie d’amenée d’eau de 10 m2 ne met en jeu que les
Discontinuités qui s’y croisent, alors que le comportement d’un versant naturel haut de
1000 m peut impliquer de nombreuses structures différentes du bas vers le haut. Le
Diamètre des forages est plus petit encore, mais les pétroliers forent plus profond que les
Autres, souvent dans des roches tendres voire molles, qui s’écartent néanmoins des sols
Du géotechnicien. L’exploitant minier peut se satisfaire d’une stabilité de quelques jours,
Parfois moins encore, le génie civil construit pour des décennies, l’aménagement du
Territoire est à l’échelle des siècles, et l’entreposage des déchets bien au-delà des
Millénaires. Négligeable pour beaucoup d’ouvrages superficiels, l’influence des
Contraintes naturelles devient capitale pour les autres. L’écoulement des fluides, eau
Souterraine, pétrole et parfois gaz, est un facteur important dans l’étude des ouvrages
Souterrains, des fondations de barrages, et de l’équilibre des pentes.
Les cas les mieux documentés de ruptures de fondations au rocher concernent les
Barrages, à cause des conséquences catastrophiques qu’elles entraînent. Ils sont à
L’origine des principaux développements de la mécanique des roches, à partir de la
Rupture de Malpasset, et ils ont permis d’élaborer des méthodes d’analyse et de
Dimensionnement spécifiques auxquelles on peut désormais recourir chaque fois que l’on
A à justifier un ouvrage « au rocher » ; et puisqu’on peut le faire, les organismes de
Contrôle de l’Etat, comme les assureurs et la justice, concluent qu’on doit le faire.
Dans ce tome, comme dans le précédent, on appelle mécanique des roches l’application de
La mécanique aux besoins de l’ingénieur, mineur, constructeur, pétrolier, application donc aux
Roches, et surtout aux massifs rocheux, à l’échelle des ouvrages concernés ; ce n’est pas de la
Géologie de l’ingénieur, ce n’est pas de la modélisation, ce n’est même pas de l’ingénierie :
Le Manuel s’arrête à la fois au seuil de la géologie et au seuil du Bureau d’études, où les
Textes réglementaires et normatifs vont entrer en force pour la justification d’un projet. Le
Lecteur doit comprendre les dangers qui peuvent découler tout autant d’un usage aveugle de
Ces textes par qui n’a pas assimilé au préalable les bases de la mécanique des roches que
D’une méconnaissance des conditions géologiques locales et parfois lointaines.
Si le géologue appelle roches tous les matériaux naturels de l’écorce terrestre, le
Géotechnicien qualifie de sols tous les matériaux meubles superficiels. Il n’y a aucune
Limite nette pour l’ingénieur entre sols et roches, en dépit de nombreuses tentatives de
Définition, dont aucune n’a une portée universelle. Dans une description des carrières
Parisiennes de pierre à bâtir on trouve la phrase suivante : « quand la pierre est assez
Dure, on l’appelle roche ». Davantage encore que les sols, les roches sont extrêmement
Diversifiées, au point qu’il est probable qu’on rencontrera demain des variétés encore
Inconnues aujourd’hui. Toutefois, les définitions et classifications de la Géologie sont
Inutilement complexes pour la plupart des applications : par exemple les diorites et les
Syénites pourront en général être confondues avec les granites.
Chaque site est original par l’assemblage des roches présentes et leurs conditions locales.
Cette
Diversité entraîne l’absolue nécessité des reconnaissances, traitées au chapitreoriginalité de la
mécanique des roches est d’être le point de rencontre de professions
qui se sont longtemps ignorées ; les cultures diversifiées de ces professions se traduisent
dans les différences de leurs vocabulaires respectifs ; mais des vocabulaires différents ne
doivent pas être une barrière pour ceux qui s’intéressent à l’expérience d’un autre corps
de métier : il vaut mieux les comprendre que tenter de les uniformiser.
Le mot puits est un bon exemple, qui s’applique au puits dans le jardin du grand-père, au
puits de mine, au puits de pétrole, et même à la fondation sur puits ; le puits est foré ou foncé,
deux mots qui ont un sens un peu différent lorsqu’on les applique à des puits ou à des pieux ;
dans cet ouvrage on a préféré forage à sondage pour le trou, foré par un foreur, l’homme,
avec une foreuse, la machine (il y a des sondages sans trou). Le passage par une langue
étrangère établit souvent des passerelles et peut dissiper certaines ambiguïtés : ainsi en
anglais well et shaft différencient le puits de pétrole et le puits de mine.
La mine a développé une culture originale trop souvent ignorée (et la fermeture annoncée
des dernières mines en activité en France métropolitaine menace de la faire disparaître).
L’image de la mine dans le grand public est issue des romans du XIXème siècle, encore
aggravée par leur reprise au cinéma. Si la température élevée et la poussière de charbon
persistent, les chantiers modernes sont bien loin de ces tableaux car les machines font
l’essentiel des tâches autrefois pénibles, et le niveau de sécurité a été considérablement
amélioré. Comme la mine a précédé les autres utilisations du sous-sol (en génie civil et
génie pétrolier) les archétypes de l’une ont pénétré les autres, et par exemple, la menace
d’éboulement inhérente à l’agrandissement des cavités d’exploitation s’est vue transférée
bien à tort aux chantiers des tunnels isolés (alors même qu’elle a pu au contraire être
sousestimée dans le cas de tunnels multiples trop proches). C’est l’expérience des mines qui a
permis de creuser les premiers tunnels transalpins, comme le montrent les traités allemands
du XIXème siècle, et qui a fondé les méthodes modernes dans lesquelles le terrain est
considéré comme le principal matériau d’un tunnel, et non comme une charge à supporter.
Dans l’industrie pétrolière on fore des forages, puis on exploite des puits, qui sont souvent
les mêmes. Comme cette industrie est dominée par l’anglais , les chapitres
correspondants acceptent pression de pore à la place de pression interstitielle (d’après
pore pressure); de même les déblais de forage sont des cuttings, les tubages des casings ;
on appelle « découvert », la portion de forage non tubée. etc..
Même en génie civil, les spécialistes des routes, des chemins de fer, des égouts, des
barrages, etc., ont des spécificités (usure des granulats de chaussées, attrition du ballast
des voies ferrées et des enrochements, étanchéité, sous-pressions, etc.), sans oublier celles
des ouvrages militaires (résistance aux impacts). Le concassage et le broyage ont des
objectifs différents dans la préparation des minerais, des pierres à ciment, et des
granulats pour béton ; les talus des carrières et mines à ciel ouvert ne posent pas les
mêmes problèmes de sécurité que les tranchées routières et les pentes naturellesmine (nommé
à juste titre d’après le coup de sang chez l’homme). La psychanalyse
fournit une autre image : l’eau serait la libido du terrain, d’autant plus dangereuse quand
elle se montre le moins.
12.3.3 Les contraintes (cf. chapitre 7 et ci-dessous 13.5.6)
De même que la pression augmente lorsqu’on s’enfonce sous le niveau d’une nappe d’eau,
de même on peut s’attendre à constater l’augmentation des contraintes avec la profondeur
dans l’écorce terrestre. Mais la même loi d’augmentation linéaire ne s’applique qu’à la
composante verticale - qui tolère des écarts autour d’une valeur moyenne - et la théorie est
impuissante pour définir les autres composantes du tenseur contrainte : l’état solide est
compatible avec des composantes de cisaillement. Non seulement le terrain est loin d’un
état de contrainte neutre, mais même à l’intérieur de strates et de blocs isolés il peut exister
des contraintes locales (en équilibre, soit entre fibres opposées d’une couche plissée, soit à
la façon du verre trempé et des éléments précontraints employés en construction).
Sous les réserves ci-dessus, la composante verticale est donnée par :
v = gH ou mieux, lorsque varie, v = g H
o
(H)dH (12-3)
Le rapport Ko = h/ v
, classique en mécanique des sols, n’a pas de sens ici afin
d’éviter la confusion avec les sols superficiels on proscrira la notation Ko
et surtout
l’appellation donnée à ce rapport en mécanique des sols.) : les contraintes horizontales
dans les massifs rocheux sont dominées et orientées par les forces tectoniques, elles
sont donc fortement anisotropes et le rapport peut dépasser 1 de beaucoup; parfois
elles sont héritées de conditions relativement récentes, par exemple la dizaine de
millénaires écoulés depuis la fusion des calottes glaciaires quaternaires n’a pas suffi
pour que les contraintes se soient adaptées aux nouvelles conditions aux limites, ce qui
justifie des valeurs élevées dès la surface. Des variations plus locales peuvent
s’expliquer par des effets thermiques au voisinage d’intrusions magmatiques et par des
déformations inhomogènes.
12.4 CONNAISSANCE DU TERRAIN
12.4.1 La « peau » du terrain, formations superficielles, altérations, décompression
La couverture végétale constitue un premier obstacle à l’observation du terrain, excepté
dans les déserts et les zones d’érosion rapide, lits de torrents, parois de haute montagne.
En général on ne passe pas sans transition du sol « agricole » où la végétation
s’enracine, objet de la pédologie, au massif rocheux profond, et il s’intercale une zone
d’épaisseur très variable, dont les composantes appartiennent à la liste suivante :
• les formations superficielles meubles, alluvions des fonds de vallées, limons des
plateaux, argiles à silex des plateaux calcaires, éboulis en pied de falaises, colluvions
au pied des pentes, moraines des glaciers actuels ou anciens, sables des dunes, etc. ; à
moins de cimentation secondaire, ce sont des sols pour le géotechnicien ; les ciments
calcaires donnent des conglomérats et des grès appelés localement calcretes (l’alios des