Secrets de l'Alchimie et du Vin
Secrets de l'Alchimie et du Vin
EL FUEGO SECRETO
DE LOS ADEPTOS
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De su ciencia, lo mejor Sin embargo,
se le prohíbe decir a los estudiantes.
(GOTHE) : Faust I.
)
Dans le savant et bel ouvrage de FULCANELLI, « Les Demeures philosophales et le
Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l'Art sacré et l'Esotérisme du Grand
Œuvre » (Paris, 1930), orné de 40 illustrations, qui a fortement inspiré le mouvement
surréaliste français, l'on trouve, pp. 79-81 un passage très significatif et fort con-
cluant ; il laisse présumer à lui seul que l'auteur a connu le secret des Adeptes au
moins théoriquement (ce qui représente déjà beaucoup). C'est pourquoi je place ce
passage en tête de ce chapitre :
La salamandre de Lisieux :
« ...Voici maintenant le dernier sujet décoratif de notre porte. C'est une salamandre servant
de chapiteau à la colonnette torse du jambage droit. Elle nous paraît être, en quelque sorte, la
fée protectrice de cette agréable demeure, car nous la retrouvons sculptée sur le corbeau du
pilier médian, situé au rez-de-chaussée, et jusque sur la lucarne du grenier. Il semblerait
même, étant donné la répétition voulue du symbole, que notre alchimiste eût une préférence
marquée pour ce reptile héraldique. Nous ne prétendons pas insinuer, par là, qu'il ait pu lui
attribuer le sens érotique et grossier que prisait tant François I" ; ce serait insulter l'artisan,
déshonorer la science, outrager la vérité à l'instar du débauché de haute race, mais de basse
intellectualité, auquel nous regret tons de devoir jusqu'au nom paradoxal de Renaissance. Mais
un trait singulier du caractère humain porte l'homme à chérir davantage ce pour quoi il a
souffert et peiné le plus ; cette raison nous permettrait sans doute d'expliquer le triple emploi
de la salamandre, hiéroglyphe du feu secret des sages. C'est qu'en effet, parmi les produits
annexes entrant dans le travail en qualité d'aidants ou de serviteurs, aucun n'est de recherche
plus ingrate ni d'identification plus laborieuse que celui-ci. On peut encore, dans les
préparations accessoires, employer, aux lieu et place des adjuvants requis, certains succédanés
capables de fournir un résultat analogue ; cependant, dans l'élaboration du mercure, rien ne
saurait se substituer au feu secret, à cet esprit susceptible de l'animer, de l'exalter et de
faire corps avec lui, après l'avoir extrait de la matière immonde. « Je vous plaindrois
beaucoup, écrit Limojon de Saint-Didier, si, comme moy, après avoir connu la véritable matière,
vous passiés quinze années entièrement dans le travail, dans l'estude et dans la méditation, sans
pouvoir extraire de la pierre le suc précieux qu'elle renferme dans son sein, faute de
connoistre le feu secret des sages, qui fait couler de cette plante seiche et aride en
apparence une eau qui ne mouille pas les mains. » Sans lui, sans ce feu caché sous une
forme saline, la matière préparée ne pourrait être évertuée ni remplir ses fonctions de mère, et
notre labeur demeurerait à jamais chimérique et vain. Toute génération demande l'aide d'un
agent propre, déterminé au règne dans lequel la nature l'a placé. Et toute chose porte semence.
Les animaux naissent d'un oeuf ou d'un ovule fécondé ; les végétaux proviennent d'une graine
rendue prolifique ; de même, les minéraux et les métaux ont pour semence une liqueur métallique
fertilisée par le feu minéral. Celui-ci est donc l'agent actif introduit par l'art dans la semence
minérale, et c'est lui, nous dit Philalèthe, « qui fait le premier tourner l'essieu et mouvoir la
roue ». Par là, il est facile de comprendre de quelle utilité est cette lumière métallique, invisible,
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mystérieuse, et avec quel soin nous devons chercher à la connaître, à la distinguer par ses
qualités spécifiques, essentielles et occultes.
« Salamandre, en latin salamandra, vient de Sal, Sel, et de mandra, qui signifie étable, et aussi creux
de roche, solitude, ermitage. Salamandre est donc le nom du sel d'étable, sel de roche ou sel
solitaire. Ce mot prend dans la langue grecque une autre acceptation, révélatrice de l'action qu'il
provoque. - - - - - - - - apparaît formé de - - - - , agitation, trouble, employé sans doute pour - - -
ou eau agitée, tempête, fluctuation, et de - - - - qui a le même sens qu'en latin. De ces étymologies,
nous pouvons tirer cette conclusion que le sel, esprit ou feu, prend naissance dans une «
étable », un « creux de roche », une « grotte »... C'en est assez. Couché sur la paille de sa
crèche, en la grotte de Bethléem, Jésus n'est-il pas le nouveau soleil apportant la lumière au
monde ? N'est-il pas Dieu luimême, sous son enveloppe charnelle et périssable ? Qui donc a
dit :
« Je suis l'Esprit et je suis la Vie ; je suis venu mettre le Feu dans les choses ? »
« Ce feu spirituel, informé et corporifié en sel, c'est le soufre caché, parce qu'au cours de son
opération il ne se rend jamais manifeste ni sensible à nos yeux. Et cependant ce soufre,
tout invisible qu'il soit, n'est point une ingénieuse abstraction, un artifice de doctrine. Nous
savons l'isoler, l'extraire du corps qui le recèle, par un moyen occulte et sous l'aspect d'une
poudre sèche, laquelle, en cet état, devient impropre et sans effet dans l'art philosophique. Ce feu
pur, de même essence que le soufre spécifique de l'or, mais moins digéré, est, par contre, plus
abondant que celui du métal précieux. C'est pourquoi il s'unit aisément au mercure des minéraux et
des métaux imparfaits. Philalèthe nous assure qu'on le trouve caché au ventre d'Ariès, ou du
Bélier, constellation que parcourt le soleil au mois d'avril. Enfin, pour le désigner mieux encore,
nous ajouterons que ce Bélier « qui cache en soy l'acier magique » porte ostensiblement sur son
écu l'image du sceau hermétique, astre aux six rayons. C'est donc dans cette matière très
commune, qui nous paraît simplement utile, que nous devons rechercher le mystérieux feu
solaire, sel subtil et soufre spirituel, lumière céleste diffuse dans les ténèbres du corps, sans
laquelle rien ne se peut faire et que rien ne saurait remplacer. »
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alchimiques divers destinées à la préparation de l'esprit de vin secret sans qu'il
soit possible d'en inférer de façon certaine qu'il ait trouvé cette clef majeure.
'WEIDENFELD promet bien une explication dans le cinquième livre, mais ce livre
n'est jamais paru.
Cet esprit de vin secret, le Spiritus Vini Lulliani, est l'alpha et l'oméga de tout l'art
hermétique, c'est l'Alkahest célèbre, cherché en vain par tant de gens, dont la
préparation ne se trouve dans aucun livre d'alchimie. Il n'est rien que les auteurs
hermétiques n'aient tenu si caché que leur esprit secret et leur feu secret, dont la
connaissance est la condition préalable à la préparation de leur esprit de vin,
nommé aussi aqua ardens. Quand les maîtres hermétiques donnent des indications
pour l'élaboration de la pierre philosophale, ils partent généralement du stade où
leur esprit de vin est déjà acquis : « Recipe Vinum rubeum vel album. Prends du vin
rouge ou du vin blanc », ordonne la recette de RAYMOND LULLE, « et mets-le à
putréfier au fumier de cheval (c'est-à-dire à une chaleur égale pendant un certain
temps), alors tu trouveras une huile surnageant au-dessus, cependant que la partie la
plus dense restera au fond. » Cette indication a trompé maintes et maintes fois les
chercheurs de la pierre, car elle leur suggère de prendre du vin ordinaire, blanc
ou rouge, et de le mettre à digérer, leur laissant croire qu'il s'établira une
séparation tôt ou tard ; mais leur attente a été vaine : on peut digérer du vin aussi
longtemps que l'on veut, jamais l'huile ne surnagera au-dessus. L'esprit de vin
secret des Adeptes est d'une toute autre origine.
• SPIRITUS VINI PARACELSI. Verse du vin dans un Pélican et laisse le deux mois
sans interruption au fumier de cheval ; tu le trouveras alors si purifié qu'une sorte de
graisse apparaîtra d'elle-même à sa surface ; c'est l'esprit de vin. Tout ce qui se
trouve sous cette « graisse » est du Phlegme et n'a rien de commun avec le «
vin ».
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séparation de ses composants. Ensuite tires-en l'eau ardente à feu très lent, par
distillation au bain, et rectifie aussi souvent qu'il le faut pour en ôter tout le phlegme.
Mets alors ce phlegme à distiller au bain de cendres jusqu'à ce qu'il te reste au fond
du vase une matière qui ressemble à de la poix liquide. Conserve le phlegme
qui a passé. Puis prends la matière mentionnée plus haut et verse dessus autant de
phlegme qu'il en faut pour la recouvrir de quatre doigts, mets le vase deux jours au
bain d'abord, puis un jour à cuire doucement dans la cendre. Il en résultera un
phlegme fortement coloré que tu videras dans un autre vase. Remets le premier vase
avec de nouveau phlegme de nouveaux deux jours au bain, un jour de bain de cendres, et
vide le encore dans un autre vase. Et réitère ainsi jusqu'à ce que le phlegme ne se
colore plus. Si ton phlegme s'échappe, retires-en la moitié ou le tiers au bain, et
procède ensuite avec le reste comme ci-dessus. Quand le phlegme ne se colore plus,
il te reste alors au fond du vase une sorte de terre blanche, et le phlegme aura tiré à
lui toute l'huile. Si tu veux en séparer l'huile, distille-le au bain, ce qui fera s'élever le
phlegme seul, tandis que l'huile rougeâtre reste au fond du vase. Prends alors cette
terre et verse dessus du Mercure (vegetabilis ou aqua ardens) autant qu'il en faut pour
la couvrir de trois doigts, mets le vase un jour au bain de cendres à cuire doucement,
alors tires-en par distillation au bain de cendres la terre pure, comme ci-dessus, et
mets le phlegme de côté. Verse de nouvelle aqua ardens sur ladite terre à hauteur de
deux doigts, mets-la de nouveau un jour au bain de cendres et extrais-en la cendre
comme ci-dessus par distillation.
« Et continue ainsi jusqu'à ce qu'aucune trace d'Esprit (de spiritus ou d'anima, comme
elle est encore appelée) ne reste dans la terre, mais que tout soit monté avec l'aqua
ardens, ce que tu peux reconnaître quand la terre reste comme une poussière très
fine et ne fume pas, mise sur une lame rougie au feu, ce qui est le signe qu'elle
est privée de toute anima ou spiritus. Digère cette terre sur un trépied dans l'athanor
et laisse l'y dix jours et dix nuits au feu constant. Prends alors l'aqua ardens
contenant l'esprit ou l'anima, verses-en un doigt sur cette terre et remets le tout à
nouveau une journée sur l'athanor, puis mets-le au bain et tires-en par distillation l'eau
ardente sans spiritus ou âme, car le spiritus est resté dans la terre ; puis remets de nou-
velle eau ardente dessus et répète le processus jusqu'à ce que la terre ait bu tout son
esprit, ce que tu reconnais en la mettant sur une lame rougie au feu : elle s'envolera
alors pour la plus grande part en fumée. Digère cette terre six jours entiers au
trépied et mets-le au bain de cendres à feu plus fort jusqu'à ce qu'il se dépose par
sublimation sur les parois du vase du Mercure végétable, et que la « terre damnée »
reste au fond, laquelle n'entre point dans notre oeuvre. Rassemble promptement ce «
Mercure » et mets-le dès sa naissance à l'air, deux jours durant, de façon qu'il se
mêle et se pénètre de son « eau » (in mixionem cum sua aqua), alors ce sera
une « eau » qui aura la force de dis soudre tous les métaux en conservant leur
essence, une eau que nous nommons « menstrue végétable ». »
J'ai exposé tout au long ce procédé qui conduit du Vinum rubeum vel album à
l'acquisition du « Mercure » si souvent nommé et incompris, pour montrer
combien ces travaux alchimiques sont longs et pénibles ; au surplus, ceci ne forme
qu'une partie du Grand Œuvre hermétique. C'est ordinairement ici que la plupart
des maîtres hermétiques commencent l'exposé de la voie qui mène à la préparation
de la pierre philosophale, ou encore, ils placent bien le Spiritus vini (Vinum rubeum
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vel album) au début de leur exposé, mais sans laisser transpirer le moindre détail de
sa préparation, et passent ensuite directement aux dites c rotations », après que
le « Mercure » ait déjà été préparé et que la « Semence aurée » ait déjà été jetée
dans la ferre vierge pour passer par les différentes « couleurs ».
On le voit, les Adeptes pouvaient livrer sans scrupule des fragments entiers du
procédé de l'Universel, pourvu qu'ils tinssent dans l'obscurité la préparation du
spiritus vini philosophici, de leur esprit de vin et de leur feu secret, et c'est bien ce
qu'ils firent sans exception, au cours des siècles. S'ils mentionnent toujours de
façon plus ou moins explicite leur esprit de vin secret, on ne trouve cependant
presque nulle part dans leurs écrits d'allusion répétée à leur feu salin secret. Ils
parlent bien ça et là de « notre » feu et disent : « notre feu n'est pas le feu
élémentaire », mais c'est tout. Le feu salin secret a cependant sa place au début du
Grand Œuvre et dans chacune de leurs opérations, sans lui, il n'est pas possible de
préparer leur vinum rubeum vel album, le spiritus vini philosophici. Le rang élevé
qu'ils assignent à ce feu peut se mesurer au fait que la salamandre, symbolisant le
feu secret, sert de chapiteau au jambage médian de la porte de Lisieux, comme le
rappelle FULCANELLI dans le passage cité plus haut.
Comme on le sait, il existe en alchimie deux voies pour atteindre le but du travail
hermétique : la voie dite brève ou sèche et la voie dite longue ou humide ; ces
qualifications d'humide ou sèche ne sont valables cependant que d'une manière
très approximative, car - comme il a déjà été dit - ce qui doit être préparé en
premier lieu est le « feu salin », ce qui n'est pas possible de faire sans l'emploi
d'eau. Ce travail préliminaire, très fastidieux et monotone, était comparé par les
alchimistes aux manipulations des fabricants de salpêtre, tout au moins au pre-
mier stade, qu'ils nommaient « travail de femme », à cause de l'emploi nécessaire
d'une lessive. Au dernier stade ce pendant, ce travail n'est plus du tout un
ouvrage de femme, mais un procédé très minutieux et souvent dangereux.
La voie dite courte ou sèche ne conduit pas, à l'esprit de vin secret, mais
directement à la manipulation des minéraux et des métaux par le feu salin et, de ce
point de vue, la dénomination de voie sèche est justifiée ; la voie longue ou humide,
beaucoup plus noble, mais aussi plus difficile et fastidieuse, conduit à un résultat
infiniment plus accompli et tire sa qualification des innombrables distillations
qu'elle nécessite.
Dans le petit livre, d'ailleurs fort secret, intitulé « Le véritable Chemin antique de la
Nature d'Hermès Trismé giste, par un authentique Franc-Maçon », Leipzig 1782,
(Des Hermes Trismegistus wahrer alter Naturweg, von einem àchten
Freymaurer) on trouve, au sujet des voies « humide » et « sèche », le passage
suivant :
« Les philosophes mentionnent dans leurs écrits deux voies qui permettent d'obtenir la teinture. Ils
les appellent la voie sèche et la voie humide. Que l'on choisisse l'une ou l'autre pour l'élaboration de
la teinture, il n'y a pas de différence au début, car dans les deux cas on doit opérer par le sec et
par l'humide. Les deux voies tirent leurs noms respectifs de ce que la teinture préparée par la voie
sèche « ouvre » l'or dans le creuset sous forme d'une poudre sèche et élève le métal à un état plus
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que parfait ou tinctorial ; en revanche, dans la voie humide, « l'ouverture » de l'or se fait par notre
Mercure philosophique résolu et par l'interversion des éléments, afin d'arriver à l'état
tinctorial. »
La prima materia est d'ailleurs une autre énigme qui a désespéré les chercheurs
alchimiques. D'où la tirer ? Où la trouver ? Le comte Bernard de la Marche
Trévisane (1406-1490) qui, au bout de soixante ans de vaines recherches atteignit
cependant le but et prépara la pierre malgré son âge avancé, écrit, au sujet de la
prima materia, « que l'on ne doit la rechercher ni dans le règne minéral ni dans le
végétal, ni dans l'animal, car on ne peut la trouver dans aucun des trois règnes ».
Le même avertissement se retrouve encore chez d'autres auteurs alchimiques
dignes de confiance. Où est-elle alors ? Où peut-on se la procurer ? Dans l' «
Hydrolithus Sophicus » (1619), très bon ouvrage alchimique, mais fort difficile, on lit
également : « Ainsi donc, après avoir tout bien considéré, et que tu es arrivé à la
connaissance opérative de la véritable prima materia, tu pourras alors te vouer à la
pratique manuelle... » et plus loin : « Cette pierre philosophale cachée est
tellement liée à la nécessité de connaître la prima materia, alias materia secunda, pour
ceux qui la désirent, que les Philosophes n'ont pu le rappeler suffisamment ni
assez mettre les lecteurs en garde sur ce point, et cette matière n'est cepen dant
qu'une seule chose, de laquelle notre pierre est faite sans y ajouter aucune chose
étrangère, bien qu'on lui donne mille noms. Les philosophes en décrivent les
qualités et propriétés de façon merveilleuse, et ils les résument approximativement
ainsi : savoir, qu'elle se compose au début de trois, et cependant seulement d'un... ».
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Il est plaisant de lire l'énumération, faite dans son style candide, de toutes les
matières qu'il a essayées avant d'avoir appris finalement, au bout de longues
années et au prix de grandes dépenses, que tous ces efforts avaient été vains :
« Le premier livre que j'eus, dit-il, fut Rasès ; j'employay quatre ans de mon temps, et
me cousta bien huict cents escuz en l'esprouvant ; et puys Geber, qui m'en cousta bien
deux mille et plus, et tousjours avec gens qui me afflamboyent pour me détruire. Je vis
le livre d'Archelaus par trois ans ; là où je trouvay un moyne, luy et moy labourasmes
pendant trois ans et es livres de Rupescissa, et avec eau-de-vie rectifiée trente fois
sur la lye ; tant que, en mon Dieu, nous la fismes si forte, que nous ne pouvions trouver
verre qui la souffrist pour en besoigner, et y despendismes bien trois cents escuz.
Après que je eu passé douze ou quinze ans ainsi, et que je eu tant despendu et rien
trouvé, et que je eu experimenté infinies receptes et de toutes manieres de selz, en
dissolvant et congelant, comme sel commun, sel armoniac, sel sarrasyn, sel metallique,
en dissoluant et congelant, et calcinant plus de cent foys par bien deux ans, en
aluns de roche, de glace, de plume, en toutes marchasites, en sang, en cheveulx, en
urine, en fiente d'homme, en sperme, en animaulx et vegetaulx, et papres en couperoses,
en atramens, en oeufs, en separations des elemens, en athanor, et par alembics et
pellican, par circulation, par decoction, par reverberation, par ascension et
descension, fusion, ignition, elementation, rectification, evaporation, conjunction,
elevation, sublimation, et par infiniz autres regimes sophistiques. Et y fuz en
toutes ces operations bien douze ans ; tellement que j'avoys bien trente-huict ans que
j'estoys apres l'extraction du mercure des herbes et animaulx, tant que j'y despendy
environ six mille escuz. »
« Si vous avez de la foi aussi gros qu'un grain de mou tarde... » Sa foi reçut
finalement sa récompense.
LES STATIONS
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Faire passer ceci par les couleurs (rotations), à chaleur doucement
croissante, dans un pélican.
Préparation de l'élixir.
Habent sua fata libelli. Chose digne de remarque, l'ouvrage de Weidenfel sur
l'Esprit de vin secret des Adeptes, l'un des livres les plus révélateurs de tout le
corpus alchimique, connut une nouvelle édition à Hambourg en 1685, un an
exactement après la publication de la première édition à Londres, ce qui
prouve l'intérêt qu'il suscita ; ce pendant, il n'a été réimprimé qu'en 1768 à
Leipzig, et on n'en trouve mention, ne fût-ce qu'en passant, chez aucun auteur
alchimique de XVII° ou du XVIII° siècle ; je ne connais pas une seule bibliothèque
publique allemande où l'on puisse le trouver ( Le chercheur parisien est plus heureux (N. du T.)).
Il est parmi les livres alchimiques les plus rares et les plus difficiles à découvrir.
Cet état de choses laisse présumer que les trois éditions ont été achetées, dès leur
publication, par les Loges rosicruciennes qui ont empêché ainsi une réédition ou
une plus large diffusion du livre. On ne s'explique pas autrement le mystère de la
disparition presque complète de ce livre unique en son genre dans la littérature
alchimique. Les Rose-Croix et Illuminés, alors gardiens du secret alchimique, ont
dû estimer que l'on faisait trop clairement ressortir dans ce livre l'endroit où gît le
secret, la cachette où le chercheur doit glisser son levier. Il est d'ailleurs probable
que la même raison explique pourquoi le cinquième livre, où WEIDENFELD
promettait des éclaircissements supplémentaires, n'a jamais paru. En ce qui me
concerne, le « hasard » - appelons la chose ainsi - m'a mis les deux premières
éditions entre les mains. Par la suite, la seconde a disparu de ma petite
bibliothèque de chevet, pendant mon absence, durant l'occupation de Baden-Baden
et la réquisition de la demeure que j'y possède. Le fait est curieux, car cette
petite collection de livres sélectionnés est restée intacte dans l'ensemble. Au
demeurant, cela fait un exemplaire de moins parmi le petit nombre de ceux qui
sont encore disponibles, tandis que je possède encore l'édition de Londres.
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Je le répète : WEIDENFELD n'a pas livré la clé de la préparation de l'Esprit de vin
secret (et moins encore celle du feu secret), mais il a indiqué la voie à suivre. Ce
qu'il écrit est véridique et doit être pris au pied de la lettre, mais demeure
inutilisable s'il s'agit de passer à la pratique.
Je disais plus haut qu'on ne trouve chez les auteurs alchimiques des xvIIe et
xviii° siècles aucune allusion au livre de Weidenfeld. Cependant, en 1862 parut à
Mülhausen en Thuringe un petit livre de 62 pages, intitulé « L'Esprit de Vin
secret des Adeptes - (Spiritus Vini Philosophici s. Lulliani) et son Emploi
thérapeutique pour les Médecins et Chimistes » (Der geheime Weingeist der
Adepten (Spiritus vini Lulliani s. philosophici) und seine medizinische
Anwendung für Arzte und Chemiker). Son auteur est le médecin de district et
conseiller sanitaire Christian August Becker. C'est un petit livre très rare et
curieux, bien qu'il ne date pas encore d'un siècle. Je l'ai eu par hasard, par
l'intermédiaire de Gustave Meyrink. C'était pendant la première guerre mondiale,
alors que je venais de commencer mes premiers essais pratiques en alchimie ; une
relation de Meyrink, dans le besoin, m'envoya une caisse pleine de livres
alchimiques parmi lesquels se trouvait le petit ouvrage du Dr C. A. Becker. La
page blanche finale portait une note manuscrite
On voit que l'Université n'a guère changé de méthode ! Pour ma part, je n'ai pu
trouver ce livre dans aucune bibliothèque publique, ni dans aucun catalogue de
librairie. Mais je fis connaissance d'une façon originale avec un homme qui le
connaissait et l'appréciait lui aussi. C'était le pharmacien Müller, à cette époque
propriétaire et directeur de l'usine pharmaceutique de Gôppingen, mort dans les
années trente. Il s'introduisit chez moi d'une façon vrai ment peu ordinaire. Cela
se passait durant l'été de 1921, très peu de temps après que j'eusse ouvert mon
laboratoire pharmaceutico-spagyrique à Stift-Neuburg, près de Heidelberg, après
sept années de travail de recherches préliminaires. A une heure qui n'était pas
précisément celle des visites habituelles, vers huit heures du matin, un docteur en
médecine d'Ulm nommé Lang se fit annoncer chez moi. Je le reçus. C'était un
homme imposant, de belle prestance et qui inspirait une entière confiance. Il disait
avoir entendu parler de la fondation de mon laboratoire spagyrique et, comme il
prescrivait déjà les remèdes du docteur Zimpel de l'usine pharmaceutique de
GSppingen, il était également intéressé par les remèdes Soluna (à l'époque, remèdes
StiftNeuburg) qu'il désirait utiliser dans sa pratique médicale. En conséquence, il
voulait obtenir des renseignements pluq précis sur leur composition et sur leur
mode de prépara tion. Je satisfis son premier désir, qui me paraissait fondé, sans rien
révéler sur le mode de préparation. Au cours de l'entretien, nous fûmes amenés à
parler également de la préparation des remèdes du docteur Zimpel, au sujet des-
quels il fit preuve de connaissances étonnantes. Je lui exprimai ma surprise à ce sujet
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et il me répondit qu'il était lié d'amitié depuis de nombreuses années avec le
pharmacien Müller qui préparait ces remèdes. J'appris ainsi que les prétendus «
arcanes » du docteur Zimpel étaient purement et simplement des mélanges qui
comprenaient des composants minéraux crus ; une bien étrange sorte d'arcanes. Mon
visiteur me pria de lui faire parvenir un échantillon des remèdes de mon laboratoire
à son adresse : docteur Lang, Münstergasse, Ulm, et prit obligeamment congé sans
être arrivé à ses fins. J'étais de mon côté fort satisfait de ce qu'il m'avait dit.
Quelques jours plus tard, le paquet que j'avais expédié à Ulm me revint avec la
mention : « Destinataire inconnu à Ulm ». Une enquête auprès de la poste révéla
qu'il n'avait jamais existé de docteur Lang à Ulm. Quelques semaines plus tard,
j'eus la visite du jeune assistant du guérisseur Gottlieb, mort depuis longtemps
déjà, auteur d'une excellente huile pour la peau et directeur d'un périodique très
réussi. Il était l'ami du pharmacien Müller. Cet assistant (de qui j'ai oublié le
nom) me raconta que récemment le pharmacien Müller était venu un matin chez
Gottlieb et qu'il avait été involontairement témoin de leur entretien, puisqu'il
travaillait dans la pièce voisine dont la porte était ouverte. Müller avait fait part à
son ami Gottlieb de ses remords pour sa conduite impardonnable à mon égard,
conduite qui contrastait avec ma gentillesse enver lui ; mais il n'était plus possible
d'y remédier. Deux ou trois ans plus tard eut lieu une réunion de guérisseurs à
Heidelberg et le pharmacien Müller y participa également. Une visite collective fut
organisée à Stift-Neuburg à cette occasion. Lors de la réception, le pharmacien
Müller me prit à part et me dit « Devant vous, j'ai envie de rentrer sous terre. Je ne
sais quel démon m'a poussé naguère à m'introduire chez vous. Faites de moi ce
que vous voulez ; jetez-moi dehors, je ne mérite pas mieux. » Je lui répondis que je
me réjouissais de faire sa connaissance « une seconde fois », en sa qualité de
pharmacien Müller et qu'il était le bienvenu chez moi.
Je ne rapporte pas cet incident pour ternir sa mémoire.
De mortuis nil nisi bene... Cette petite indélicatesse mise à part (et que ne fait-on pas
pour découvrir les secrets des « concurrents » ?), c'était un homme digne de respect,
fort sympathique et expérimenté, qui s'est acquis de grands mérites à l'usine de
Gôppingen, même si ses « arcanes » se composaient de métaux crus. Je voulais
simplement montrer par cette anecdote tout ce qui peut arriver à quelqu'un qui a la
réputation de s'occuper d'alchimie. Je pourrais conter bien d'autres aventures
analogues et davantage encore sur les farfelus qui se sont présenté chez moi au fil
des ans, pour avoir la permission de travailler dans mon laboratoire et d'y préparer,
naturellement, la pierre philosophale, alors que la plupart d'entre eux ne savaient
même pas distiller convenablement une eau-forte. C'est ainsi, par exemple, que je
connais quelqu'un qui, depuis bientôt quarante ans, veut tirer le mercurius
philosophorum de l'air (sans doute en l'attrapant avec son chapeau). Il emportera ses
mirages avec lui dans la tombe.
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quelques années il exerçait en même temps l'activité de guérisseur (je ne saurais dire
si c'était avec ou sans licence) (L'exercice de la médecine est libre en Allemagne, mais les guéris -
seurs doivent obtenir une licence (N. du T).
Il s'adressa à moi au début de l'ère hitlérienne, pour utiliser les remèdes Soluna,
puis revint quelque temps après en sollicitant des indications pour la préparation de
la pierre philosophale. (On ne saurait croire le nombre des gens qui, encore
aujourd'hui veulent préparer le Grand Elixir !) Il était persuadé pouvoir obtenir le
mercurius philosophorum de l'humus longtemps digéré à chaleur douce puis putréfié...
Combien de ravages le mercurius n'a-t-il pas commis au cours des temps, dans la tête
des autodidactes plus ou moins ignares.
Je lui donnai alors, pour l'inciter à suivre une autre voie, un procédé sur le
vitriol qui, tout en ne servant pas à la préparation de la pierre, est utilisé dans
l'élaboration d'un remède fort efficace et appartient en même temps aux travaux
annexes du Grand OEuvre. Mais il ne voulut pas s'y adonner. Sans doute, ce
travail lui paraissait-il trop pénible et c'est pourquoi il s'en tint, tout au moins
pour cette fois-là, à son humus. Il m'a rendu visite deux ou trois fois en tout,
tant au château de Donaumünster qu'à Baden-baden, avant et pendant la
deuxième guerre mondiale. Peu avant la débâcle, je reçus encore deux ou trois
lettres de lui pour me questionner sur des travaux alchimiques, mais je ne lui
répondis pas, n'ayant pas de temps à perdre. Et voici que j'apprends qu'il a
ouvert un laboratoire spagyrique !
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docteur Becker, car celui-ci considère que le Spiritus uini philosophici est le
produit complet de la distillation des acétates, y compris l'huile qui surnage,
c'est-à-dire l'acétate et ses dérivés. Le docteur Becker nommait cet extrait,
préparé dans sa pharmacie à partir de l'acétate de sodium, spiritus aceti oleosus.
Il employa cette préparation avec succès contre un grand nom bre de maladies
dont il donne la liste.
Son petit ouvrage est si attachant, il contient des vues tellement surprenantes,
qu'il mérite qu'on s'y étende plus explicitement. Après avoir brièvement parlé
dans sa préface des années qu'il a consacrées à l'alchimie et aux arcanes qu'il
s'était vainement efforcé de pénétrer, le docteur Becker continue :
« J'ai persévéré dans cette voie et je suis parvenu à une série de remèdes qui ne figurent
pas à la pharmacopée, mais qui permettent d'obtenir des résultats certains dans la pratique. L'écrit
de Weidenfeld me laisse espérer de plus grands éclaircissements, mais l'essentiel, le Spiritus
vini philosophi, resta caché pour moi dans sa description mystérieuse, à un pressentiment près.
Aujourd'hui, après plus de vingt ans, j'ai reconnu, au cours d'une nouvelle étude, l'acétone.
Cette découverte projette une nouvelle lumière sur les médicaments des Adeptes et dissipe
l'obscurité de leurs écrits . »
« Raimond Lulle donne la première recette dans le livre : « De la Quintessence ». C'est par
elle que les citations de Weidenfeld débutent :
13
« On distille du meilleur vin rouge ou blanc, vinum rubeum vel album, de la façon habituelle
pour en faire l'eau ardente. Celle-ci est trois fois rectifiée et bien préservée de façon que
l'esprit inflammable ne s'évapore pas. Le signe infaillible de la réussite est que, si l'on
allume le sucre qui en est imbibé celui-ci s'enflamme comme de l'eau-de-vie. Quand cette
eau est ainsi préparée, on a la matière dont on tire la quintessence. On met cette eau dans un
vase circulatoire et, après l'avoir hermétiquement fermé, on le place au fumier de cheval où
la chaleur reste égale. Il faut que la chaleur ne diminue pas, sans cela la circulation
(digestion) de l'eau serait entravée et l'on n'obtiendrait pas ce que l'on cherche. Mais quand
on applique une chaleur constante en poursuivant la digestion, la quintessence surnage et
se détache nettement d'une partie inférieure trouble. Quand la digestion a assez duré, on
ouvre le vase ; si une parfum incomparablement suave s'en dégage, qui exerce sur chacun un
attrait invincible, c'est le signe que la quintessence est prête. Faute de ce signe, le vase doit
être de nouveau recouvert et remis en digestion tant que le signe n'apparaît pas.
« Cette eau ardente, Spiritus vini philosophici, a beaucoup d'analogies avec l'esprit de vin
ordinaire, ce qui en a empêché la découverte. Mais contrairement à ce dernier, si l'on
poursuit la digestion, on obtient une huile qui surnage. C'est la base, l'origine et la fin de
tous les dissolvants des Adeptes. Dans sa simplicité, il est le plus faible de tous ; mais
combiné avec d'autres corps, c'est le plus puissant des menstrues. Il apparaît sous une
forme double ; la première comme un esprit de vin ordinaire, miscible à l'eau ; la
deuxième comme une huile qui surnage. Il s'agit cependant toujours du même corps ; la
différence ne concerne que sa pureté et sa subtilité. La recette de Lulle est vraiment,
exacte, mais elle ne comprend qu'une partie du procédé que l'on peut compléter par
d'autres recettes que je tire de Weidenfeld. »
Pour comprendre la pensée de Becker, il faut exposer ici au moins deux des
procédés qu'il cite :
Ici l'aqua ardens est directement versée sur le résidu noir qui est digéré , on en tire par
distillation d'abord l'aqua animata et ensuite l'huile, en activant le feu. Le résidu est
calciné jusqu'à ce qu'il soit blanc. Ensuite il est quatre fois imbibé d'aqua cmimata
et sublimé. Le sublimé étincelant est mêlé à l'aqua animata et distillé une fois, ce
qui a pour effet de faire passer le sel par le bec. Le distillat est tenu soixante jours
14
en digestion et se change en la quintessence parfumée, claire et brillante comme
une étoile. Il se forme un dépôt comme dans l'urine d'un adolescent en bonne
santé.
Becker cite ensuite sept autres procédés analogues avec des variantes. Il
donne alors sa propre version, pour expliquer la nature du procédé. Il
apporte encore deux méthodes apparentées pour la volatilisation du sel de
tartre et aboutit enfin à la conclusion suivante :
« Révélation de l'esprit de vin secret des Adeptes. Dans la deuxième partie du livre consacré aux
dissolvants minéraux, Weidenfeld donne des indications sur le secret du Spiritus vini
philosophici qui éclairent suffisamment ce dernier. De la confrontation des diverses
prescriptions se dégage le contenu suivant : » « Le corps mystérieux, caché sous des noms
multiples, matière de la pierre philosophale (prima materia lapidis), est calciné au rouge et
dissous dans du vinaigre distillé. La solution est évaporée jusqu'à la consistance d'une
gomme. De cette dernière on distille premièrement à feu doux une eau insipide et, quand
apparaissent des fumées blanches, on change de récipient et l'on obtient ainsi l'aqua ardens.
Cette eau a un goût très fort et une odeur nauséabonde, c'est pourquoi on la nomme aqua
fcetens, menstruum fcetens ; en poursuivant la distillation à feu plus fort, il apparaît une
vapeur rouge et, en dernier lieu, des gouttes rouges. Alors on laisse le feu tomber peu
à peu et on conserve le produit de la distillation dans un vase bien fermé, de manière
à ne pas en laisser dissiper l'esprit volatil. Le résidu resté dans la cornue est noir
comme de la suie ; on l'étale sur une pierre et on l'allume à une extrémité avec un charbon
ardent. Dans l'espace d'une demi-heure l'incandescence gagne toute la masse qui se calcine
en couleur jaune. Alors on la dissout dans le vinaigre distillé, on l'évapore jusqu'à consistance
d'une gomme que l'on soumet à la distillation. Ceci est répété jusqu'à ce que la plus
grande part de la liqueur soit réduite. On joint cette liqueur au produit de la première
distillation, on fait digérer quatorze jours et l'on re-distille. L'aqua ardens passe d'abord,
surmontée d'une huile blanche. Ce distillat est rectifié sept fois, jusqu'à ce qu'une étoffe
humectée et présentée à la flamme se consume. Il reste une huile jaune que l'on distille à feu
vif.
« On laisse résoudre le sublimé attaché au col de la cornue, dans un bassin de fer placé
dans un endroit frais. On ajoute quelque peu d'aqua ardens à la liqueur filtrée et l'on
recueille l'huile verte qui se sépare à la surface. La distillation est alors reprise ; en premier
lieu, il vient de l'eau ; puis une huile épaisse et noire. Dès qu'apparaissent des vapeurs
blanches, on change de récipient. Le produit blanc de la distillation est mis à évaporer à
chaleur modérée jusqu'à ce qu'il reste une masse oléagineuse épaisse comme de la poix
fondue.
« Cette masse noire est encore traitée jusqu'à complet épuisement du résidu, opération qu'il
serait inutile de décrire en détail.
Ripley explique que trois substances sont contenues dans le menstrue fétide préparé à partir de ladite
gomme:
1) L'eau ardente qui, allumée, brûle comme de l'esprit de vin ordinaire ;
2) Une eau blanche épaisse, le lac virginum des Adeptes ;
3) Une huile rouge, le sang du Lion Vert des Adeptes. »
(J'ai souligné ce passage, car il contient tout le secret du vinum rubeum vel album ; c'est
là le Vrai « vin blanc ou rouge » des Adeptes, et non pas, comme le suppose Becker de façon
apparemment plausible mais erronée, l'acétone et ses dérivés).
Becker poursuit :
15
« Ripley dit que personne n'a jamais parlé si clairement et qu'il craint de ce fait la colère
de Dieu et des Adeptes. Weidenfeld remarque qu'il a révélé là un grand secret de l'Art.
Les Adeptes ont bien clairement enseigné dans leurs indications pra tiques l'usage du vin
philosophique, mais ils ont tu la manière de l'obtenir. Ripley le premier et le seul
explique que la clé de toute la chimie secrète y est cachée, à savoir que le menstrue
fétide avec le lait de la Vierge et le sang du Lion, tenus en digestion douce quatorze
jours, sont le vinum rubeum vel album de Lulle, et, en confirmation de ce qu'il dit, il ajoute
que de ce menstrue fétide on prépare l'aqua vitae rectificata de Raimond Lulle. »
« La matière primordiale, la prima materia, est revêtue des noms les plus divers, destinés
à en garder le secret. Les Adeptes ont travaillé en partie sur les métaux et en partie
sur les sels et les minerais métalliques. Le Lion Vert s'appelle ainsi parce que sa solution est
verte ; on le dissout d'abord dans l'acide sulfurique pour le purifier ; il donne des cristaux
safranés dans cette solution. La matière première ainsi préparée est ensuite calcinée au
rouge, ce qui a pour effet de chasser l'acide ; on la dissout alors dans du vinaigre distillé
et on l'épaissit à consistance de gomme. Cette gomme, distillée, donne le Spiritus vini
philosophici.
Dans la suite de son exposé, Becker fournit des justifications plus détaillées de son
hypothèse et donne à l'appui quelques citations de Weidenfeld sur la préparation du
Spiritus vini philosophici. Ces citations se trouvent déjà mentionnées au début de ce
chapitre.
1) la « matière première » calcinée au rouge est dis soute dans du vinaigre, ce qui
provoque la formation d'un acétate ;
2) le résidu noir resté dans la cornue se laisse enflammer et se consume, ce qui est la
propriété des acétates ;
3) la distillation produit un esprit de vin semblable à l'esprit de vin ordinaire,
ainsi qu'une huile volatile.
4)
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Ces trois particularités sur lesquelles il se fonde s'observent en effet lors de la
préparation de l'acétone, qui peut s'effectuer entre autres à partir de la distillation
de l'acétate de plomb, de potassium ou de sodium. Becker lui-même utilisa ce dernier
produit pour la préparation de l'acétone qu'il employa, avec ses dérivés, à des fins
médicinales, sous le nom de Spiritus aceti oleosus. Cependant, ces sels ne sont pas
préalablement calcinés au rouge et le procédé est tout à fait faux.
Cette recette ne vaut que pour la préparation de l'acétone à partir du vitriol de fer
ou du vitriol de cuivre ou verdet. Mais dans ces cas il ne reste pas de résidu que l'on
puisse allumer après distillation et qui brûleraient sans flamme... Les données de
Becker ne sont donc justes qu'en partie. Que faut-il entendre alors par matière
première à calciner au rouge ? Comme nous l'avons dit au début de cet exposé, la
prima materia n'est pas une « matière première », mais le résultat d'un processus long
et complexe ; elle est identique à la « gomme » des maîtres hermétiques.
Cependant, de cette prima materia des Adeptes, on tire en dernier lieu un « esprit » qui
est véritablement le Mercure des Philosophes tant cherché et qui, une fois préparé,
se laisse augmenter à volonté par le mercure vulgaire. On en distille le « lait de
Vierge » et l' « huile rouge » : vinum album vel rubeum. Les Adeptes ne
commencent à exposer le processus de l'œuvre qu'à partir de ce stade ; ils laissent
dans l'obscurité tous les travaux préliminaires qui conduisent à la préparation de la
matière première. De plus : tout cela ne s'applique qu'à la voie longue et humide.
Pour reprendre encore une phrase de Becker :
« Le "Lion vert" est d'abord dissous dans l'acide sulfurique, pour le purifier ; il donne en solution
des cristaux jaune safran ; la matière première (2) préparée est ensuite calcinée au rouge, ce
qui a pour effet d'en chasser l'acide ; on la dissout alors dans le vinaigre distillé et on l'épaissit
jusqu'à consistance d'une gomme, dont la distillation donne le Spirilus vini philosophici. »
17
quelque chose d'analogue à l'acétone, mais poussé plus loin). En effet, dans la
suite de son ouvrage par ailleurs remarquable, Becker donne une série
d'indications qui s'applique exclusivement à la production de l'Esprit et de
l'huile rouge, à partir de l'acétate de plomb, à des fins curatives. Il n'est pas
question de la « Gomme des Sages », au sens où l'entendent les Adeptes, non
plus que du vinum rubeum vel album. Les grands médecins iatrochimistes de
la fin du XVII° et du XVIII ° siècles n'étaient pas des Adeptes et n'ont d'ailleurs
jamais revendiqué ce rang. Néanmoins, ils possédaient une connaissance très
étendue de la pharmacopée spagirique et ils savaient guérir des maladies
contre lesquelles notre thérapeutique moderne reste impuissante.
18
trouve considérablement augmenté par le procédé spagyrique. Parti de
l'hypothèse erronée qu'il s'agissait avant tout d'acétone, même si l'on conservait
les produits annexes obtenus au cours de sa préparation, Becker fait préparer
son Spiritus aceti oleosus à partir de l'acétate de soude. Il écrit à ce sujet :
Il est incompréhensible que Becker n'ait pas utilisé l'acétate de plomb au lieu
de l'acétate de soude, alors que tous les procédés qu'il cite sont à base de plomb
et, qu'au surplus, il souligne cette phrase de Raimond Lulle : « Ex plumbo nigro
extrahitur oleum philosophorum aurei colore vel quasi, et scias, quod in mundo nihil
secretius eo est. » Un tel passage aurait dû inciter Becker à choisir pour la
préparation de son spiritus aceti oleosus, non pas l'acétate de soude, mais bien
l'acétate de plomb, même s'il était fermement convaincu qu'il s'agissait de
l'acétone quand on parlait de l'esprit de vin des Adeptes. S'il avait procédé
ainsi, Becker aurait obtenu des succès thérapeutiques bien plus grands, quand
bien même le spiritus saturni n'est pas le spiritus vini philosophici, comme il le
pensait. Au demeurant, dans la phase citée, Lulle ne sous-entend pas du tout
le plomb ordinaire, mais le Plomb des Sages qui dési gnaient fréquemment
leur « gomme », leur prima materia, du nom trompeur de plumbum nostrum.
Comme nous l'avons dit, Becker prend ses hypothèses pour des réalités. En fait,
19
sans une inspiration d'En-Haut, il est vraiment impossible de parvenir à la
connaissance authentique de ce secret.
Pour éviter tout malentendu, nous voulons préciser en core une fois que dans
tout cet exposé il n'était question que de la voie dite humide et longue, pour
la préparation de la prima materia dont on distille le spiritus vini philosophici.
Cependant, la préparation du « feu secret » des Adeptes est indispensable pour
cette voie, tout comme elle est indispensable pour la voie dite brève ou sèche.
Mais avant de passer à cette dernière, disons encore quelque chose du spiritus
saturni, quand bien même il n'est pas identique à l'Esprit de vin secret.
« Je sais bien que l'on dit communément que l'on ne doit pas humecter l'érysipèle, ce qui a sans
doute sa raison d'être, mais quand on le fait avec le spécifique approprié, la chose est
non seulement dépourvue de danger, mais de plus fait disparaître toute inflammation et fièvre de
quelque endroit que ce soit, tête ou 'cuisse. Si la plaie est ouverte, on doit souvent la laver
avec cette eau et l'utiliser en compresses, ceci trois fois par jour ; alors le pus s'en échappe et elle
20
guérit complètement. En somme, on peut l'utiliser avec succès non seulement contre l'érysipèle,
mais aussi contre d'autres infections inflammatoires, car il vient à bout des tumeurs
indurées, en extrait l'humeur maligne accumulée, à travers la peau, et l'on pourrait écrire tout un
livre sur ce seul baume. »
« Nos connaissances sur la constitution du corps, la structure des cellules et des plus petites
entités vivantes, ainsi que leurs fonctions, rendent parfaitement plausible qu'on puisse trouver un
certain remède, constitué d'une énergie latente et concentrée, qui agisse par là comme remède
universel à toutes les maladies. Comme la force vitale est une force électromotrice, ce remède doit
être constitué de corps capables de libérer une énergie électrique concentrée, après leur
dissolution dans les humeurs du corps humain, de même qu'il existe dans les piles galvaniques
certains sels dont la dissolution produit un courant plus ou moins constant entre les bornes.
Des innombrables allusions faites par les anciens maîtres hermétiques, il ressort que ce sont
également certains sels qui entrent comme matériaux de base dans la préparation de l'élixir de vie.
Ces allusions se retrouvent également chez les pythagoriciens, chez les esséniens et dans toutes
les écoles philosophiques dont les maîtres avaient acquis le plus haut grade de l'initiation égyp-
tienne, tels que Pythagore et Moïse.
Le sel, en tant que terme collectif qui englobe tout ce qui se cristallise, est, selon ces anciens
maîtres, le premier être, car toute matière se laisse réduire à une forme saline. C'est la
parole de Dieu devenue matière ; dans un sel particulier, un agent céleste, fils du divin feu solaire,
s'unit à une terrestréité passive, pour donner une incarnation saline.
« Ce sel se compose d'une humidité mercurielle et d'une graisse sulfureuse, et les deux essences
opposées l'une à l'autre forment, comme l'alcali et l'acide avec le sel, la trinité, origine de la vie. Le
sel est toujours semblable à lui-même, son âme cristalline vivante donne constamment naissance
aux mêmes formes, il ne diffère que par le lieu et les circonstances de son origine. Il révèle sa noble
provenance dans la proche parenté des noms latins Sol et Sal, et la véritable Alchimie est l'Halchi.
mie, la « cuisson du sel » (Xvw - je fonds, je cuis). Dans l'antiquité, de grands honneurs
étaient rendus au sel ; lors de la célébration des grandes alliances, on plaçait le sel et le feu au
milieu de l'assemblée. Le sel était toujours apporté le premier sur les tables et remporté le
dernier ; on l'honorait au passage d'une révérence. « Lors de la communion de la jeune
assem blée chrétienne, le sel était constamment présent, à côté du pain et du vin, et
21
l'on mettait une pincée de sel dans la bouche des baptisés. Encore aujourd'hui, on
offre symboliquement le pain et le sel, comme on l'avait fait dans les temps
bibliques. On trouve à ce sujet des mentions fréquentes dans l'Ancien Testament. On lit
dans le deuxième chapitre de la Genèse, v. 10-15, une allusion énigmatique qui a
donné lieu à de nombreuses controverses, car les pays et les fleuves mentionnés là
ne devraient pas être cherchés par des géographes ; on ne saurait les trouver sur
aucune carte, même très ancienne.
« C'est au sel métallique que se rapporte l'adage occulte bien connu : Visita interiora, terme
rectificandoque invenies occultum lapidem veram medicinam, et c'est par le signe sym-
bolique par excellence ~ qu'est représenté le sel secret des philosophes : un globe crucifère
entouré d'un cercle horizontal au milieu et d'un demi-cercle à sa partie supérieure.
La profonde signification de ce signe n'est compréhensible que pour les initiés.
« Le sel, d'origine céleste, conçu par une mère terrestre, naît dans une étable. Après avoir
vaincu la mort, il ressuscitera avec un corps nouveau, glorieux, pour devenir le
sauveur de l'humanité souffrante, de même que le Christ est devenu le Sauveur de
l'humanité spirituelle. »
Qu'on relise cette phrase en la comparant avec le passage de Fulcanelli, cité au début
de ce chapitre : « cou-hé sur la paille de sa crèche, en la grotte de Bethléem, Jésus
n'est-il pas le nouveau soleil apportant la lumière au mon de ?... » Dans les deux
citations c'est la même connaissance secrète d'un profond mystère cosmique et dont le
sens n'est pas purement symbolique, comme le voudrait C. G. Jung ; elle doit être
comprise en esprit de vérité, valable pour tous les plans, en bas comme en
haut.
Sol - Sal - Salamandre - Sel des cavernes - Halchimia - cuisson du sel qui
conduit au Salut : Salus !
Dans le sel (compris au sens le plus vaste), la lumière est retenue magique-
ment captive. La délivrer à nouveau, c'est l'halchimie, et ce sel né à nouveau, c'est le
feu secret
des Adeptes.
La lumière magiquement emprisonnée dans le sel et qu'on veut en libérer : voilà
sans doute une notion aberrante pour le physicien d'aujourd'hui ! Et pourtant, c'est
ainsi.
Si les Adeptes ont entouré leur sel secret des plus profondes ténèbres, il existe
cependant un écrit de la fin du XVIII° siècle qui a pour objet le mystère du sel. Cet
ouvrage fut publié sans nom d'auteur (on présume qu'il s'agissait de F. C.
CFttinger), sous le titre suivant : « Le Secret du Sel, la plus noble Créature
produite par la plus grande Bonté de Dieu dans le règne de la Nature, par ELIAS
ARTISTA HERMETICA, 1770. (Das Geheimnis vom Salz, ais dem edelsten Wesen
der hôchsten Wohltat Gottes in dem Reich der Natur). Ce texte de 142 pages est
devenu presque introuvable. Il en est paru une réédition autour des années vingt, si je
ne me trompe, avec une introduction de H. Wohlbold qui passe à côté de l'essentiel.
Le livre commence par la phrase : « Le sel est une bonne chose, dit le Christ, voix de
l'éternelle Sagesse. » Un commentaire détaillé déborderait le cadre de cette étude
et nous nous contenterons d'en reproduire quelques passages, à titre de
développement des citations de Max Retschlag, déjà données.
22
Paragraphe 6 : « Le sel tient son essence, son origine et sa naissance de deux extrêmes ou
centres, du céleste et du terrestre, et dans ce dernier agit encore un troisième, ce que
démontrent les parties constituantes qui lui donnent son être. La première, de par sa
nature céleste, lui donne une qualité spirituelle, invisible et insaisissable, qui est
nommée esprit, forme active, feu spirituel mercuriel ou nitre céleste. La deu xième,
terrestre, bien qu'il n'y ait rien de terrestre en elle, sinon que l'esprit céleste, comme
semence astrale, a coagulé dans son sillon ou dans sa matrice, s'y est épaissie, figée
et y a pris un corps d'une consistance pierreuse. La troisième est l'éther ou
l'élément actif dont HERMÈS dit : « le vent l'a porté dans son ventre », c'est-à-dire lui a
communiqué sa force aérienne, l'a ensemencé et l'a imprégné de son âme sulfureuse,
de son esprit sulfureux igné, de l'être spirituel igné qui est un acide, un être de
lumière et de force, une âme et une vie, le nitre céleste ou semence astrale. Cette semence,
le vent l'a conduite à la terre, à la nourrice, à la mère qui doit l'engendrer et
l'amener à sa nature essentielle, qui est le Sel de la Nature. »
« RHASES dit que dans le monde sublunaire il n'y a chose si noble que ce sel, pourvu qu'il soit
retourné et que son intérieur soit mis au dehors. LE SANG DE LA NATURE dit que toute la
science de ce sel consiste à savoir rendre volatil sa partie fixe et fixe sa partie volatile. »
Le dragon supérieur ailé et le dragon inférieur aptère, qui se dévorent l'un l'au -
tre, constituent le symbole le plus répandu de la langue her métique. C'est le
symbole le plus significatif, mais aussi le moins compris. Dire, en effet, que le
Dragon supérieur correspond au volatil et le dragon inférieur au fixe, n'est
qu'une piètre révélation pour l'entendement commun. Pourtant, le présomptueux
qui se consacre à l'élaboration des Arcanes et surtout de la Pierre, sans savoir
quelles substances symbolisent les deux dragons, fera fausse route dès le début.
23
Dans le premier chapitre de ce livre, chapitre qui a donné son titre à tout
l'ouvrage, nous avons donné une explication du symbole du double dragon,
aussi clairement qu'il était licite de le faire. Cependant, pour éviter au lecteur
de s'y reporter, et en même temps pour éclairer ce sujet sous un autre angle,
nous allons en traiter plus clairement ici.
Les Rose-Croix et les Maîtres n'ont jamais fait un secret de la nature du Dragon
ailé. On parle ouvertement de celui-ci dans la deuxième édition de l' « Aurea
Catena », publiée en 1781 avec de nombreux commentaires par le médecin
rosicrucien ANTON JOSEPH KIRCHWEGER de Mährisch Kromau. (La première
édition, sans commentaires, connue de Goethe, parut en 1723 à Leipzig).
Kirchweger donne également une indication tout à fait claire sur le dragon
supérieur dans son ouvrage paru à Berlin en 1790, dans le « Microscopium Basilii
Valentini », déjà cité au premier chapitre :
« Nous avons dans notre règne un certain lion omnium sublunarium gubernator et actor, très
commun en tous lieux. Non seulement les hommes, mais les moutons aussi le foulent aux
pieds dans leur ignorance, car il leur est secourable et les moutons eux-mêmes lui offrent une
partie de sa subsistance. Dans sa gloire et son autorité, ce lion est féroce lorsque sa colère se
déchaîne. Sa puissance est telle que tous les Dieux lui sont soumis. Dans le sang de ce
lion règne le sang du Soleil et de la Lune avec une puissance que ceux qui ont affaire jour-
nellement à lui et ne l'utilisent qu'à de vils emplois ne peuvent soupçonner. Le véritable suc blanc
et rouge est pourtant caché en lui, comme le démontre sa résolution en lait blanc et sang
rouge. Tous les Sages soupirent après lui, mais bien rares sont ceux qui le connaissent, par
suite d'un préjugé naturel. On le manie tous les jours et on le dédaigne à cause de son
origine rustique ; on l'accommode avec des choses très communes, lui que les Anciens ont
découvert au prix de tant de soucis et de peines. Ils ont reçu en leur cœur avec grand
contentement ce fils du soleil et de la lune, après l'avoir reconnu et trouvé.
« On ne l'estime point, tant on le rencontre communément dans le fumier, mais malgré tout le
dédain qu'on a pour lui, on ne peut s'en passer, ni pour les moindres ouvrages, ni pour la
médecine ; il doit les aider à tout régler et accommoder ; il est le véritable bain de notre
Saturne dans lequel Diane se pâme d'amour. Apollon reçoit de lui un bel éclat. Il est la véritable
pluie d'or de Jupiter ; Mars et Vénus révèlent leurs couleurs en lui ; Mercure est son meilleur ami,
car il sublime son corps jusqu'à lui donner une forme céleste. Quand ce Lion avale un aigle, il est
si puissant qu'il peut combattre avec le plus grand roi et tous ses sujets et les abattre
complètement, pour ensuite les régénérer en ce qu'ils étaient auparavant.
« O monde aveugle, qui ne reconnais pas l'Ens naturae concentratum, la quinta essentia solis
et lune et omnium rerum 1 Tu as devant toi le feu suffisant, la substance furieuse du suc ardent,
le plus grand corrosif de la miséricordieuse nature, et tu t'écartes de lui comme du diable, par
ignorance pure et inattention ! O si tu connaissais sa splendeur et sa puissance, tes genoux
plieraient devant lui plus souvent que devant les seigneurs les plus puissants de la terre.
Tu cherches le centrum centri et tu ne sais pas ce que tu as entre les mains ; tu cherches le spiritus
mundi dans le monde entier, et jusque dans le Nil de l'Egypte et tu ne l'aperçois pas devant toi.
Tu vois sa force de tes propres yeux et tu le laisses s'évanouir en l'air sans y prendre garde. Ne
mérite-t-il donc pas ton attention, alors qu'il est prouvé et montré visiblement, clair comme le jour
que, de même que tout a été fait d'eau, il peut, plus qu'aucune chose dans toute la nature, changer à
nouveau tout en eau et en forme liquide ? N'y a-t-il pas là matière à réflexion ? Crains-tu sa
cruauté et n'as-tu pas appris qu'un suc du règne de Bacchus, insignifiant et pourtant vénérable,
24
transforme sa rudesse- et sa causticité et le rend aussi doux que le sucre pur ? O Alchimistes,
ouvrez donc les yeux, saisissez la lumière de la Nature, cherchez le baume là où il se trouve ! Il n'est
pas loin, là, devant ton nez, en toutes choses de ce monde, et tous les épiciers le vendent à vil prix. »
Même un profane reconnaîtra dans ces citations l'allusion à l'acide nitrique, dont
les alchimistes ont parlé sous le nom de feu astral et qui n'est autre que le dragon
ailé supérieur. Les alchimistes n'ont jamais caché dans leurs écrits la méthode de
préparer l'acide nitrique. Les salpêtrières étaient partout répandues à cette époque
et l'état de raffineur de salpêtre était un métier bien défini.
Les alchimistes savaient parfaitement qu'il n'y avait rien à tirer de la seule
connaissance du feu supérieur, ni pour préparer les Arcanes, ni pour préparer la
Pierre philosophale. Ils mentionnaient leur feu astral, leur Dragon ailé supérieur,
avec d'autant plus de complaisance que cela détournait l'attention du Dragon d'en
bas qui n'était ainsi que mieux laissé dans l'ombre. C'est ce même artifice que l'on
trouve dans l' « Aurea Catena Homeri ». Cet ouvrage, par ailleurs admirable, ne
contient aucune tromperie délibérée, mais toute l'attention y est détournée au
profit du dragon supérieur, cependant que rien n'est dit du dragon d'en bas, de sorte
que celui qui œuvrera d'après ces indications n'obtiendra aucun résultat satisfaisant
et ne s'apercevra même pas que quelque chose d'essentiel y est omis. C'est également
pourquoi le chercheur sans malice s'efforcera vainement d'obtenir la dulcification : car
le digne suc du règne de Bacchus - comme il est dit dans le passage cité de
Kirchweger - ne suffit pas à lui seul, quelle que soit son importance. La condition
préalable du succès de cette opération est le double feu secret, réalisable par
l'union intime du dragon supérieur et du dragon inférieur. C'est le double feu salin
secret des Adeptes : la Salamandre. L'auteur doit laisser sans réponse la question
posée par R. Bernouilli dans son essai mentionné dans le premier chapitre de ce
livre : «Comment fait-on cela ? » Depuis des millénaires, un voile épais recouvre le
feu secret des Adeptes, et la malédiction toujours agissante des maîtres atteindrait
encore aujourd'hui celui qui révélerait ce secret profane.
25
Seule la nature agit dedans.
Il en jailit une source claire
Qui fait noyer le fixe, son père.
(La source : c'est le spiritus mercurii, distillé à partir de la prima materia). Sapienti sat !
Répétons-le. Il ne s'agit pas ici de la préparation du sel igné, du feu secret des
Adeptes. Cependant, grâce à la multiplicité des sens qui caractérise les écrits de Basile
Valentin, comme de tous les Adeptes en général, on pourrait y découvrir peut-
être, avec un peu de flair, la cachette du dragon inférieur... Voici la suite du
poème :
Dans la Dissertation finale, BASILE VALENTIN revient sur cette pierre qui n'est
pourtant pas une pierre :
« Ainsi, le spirilus coagulatus in melallis doit être réduit à nouveau en vif argent par l'art. Et
cet esprit doit ensuite devenir eau, sa materia prima, à savoir l'eau mercurielle. Alors c'est
une pierre sans être une pierre pourtant, dont on prépare un feu volatil, sous la
forme d'une eau laquelle noie, dissout et lave son père fixe et sa mère volatile... De
même, notre or possède un aimant et cet aimant est la première matière de notre
grande pierre. Si tu comprends mon discours, tu es riche et heureux plus que
quiconque au monde. »
« Les philosophes prétendent que leur pierre se rencontre partout, sur les
montagnes et dans les vallées, et même dans les trous de la terre et dans les
rochers creux. Je suis d'avis que cette proposition a été faussement interprétée par
beaucoup, et c'est là la source de toutes les erreurs commises par les an ciens et par
leurs successeurs, par tous ceux qui, en cherchant leur pierre dans le sang, dans les
neufs, dans l'urine et dans d'autres choses pareillement inutiles, se sont épuisés en
vains travaux jusqu'à leur dernier jour. Mais tu dois comprendre cette proposition
ainsi : De même que le soleil céleste est partout présent avec ses rayons, de même notre
soleil terrestre, l'or, se trouve partout dans le vase tout entier, c'est-à-dire dans le petit
monde, avec ses sillons ; sur les montagnes, c'est-à-dire dans le chapiteau de
l'alambic, au ciel, comme dans les cavernes de la terre, c'est-à-dire au fond du vase.
• Ils disent aussi que notre pierre naît sur deux montagnes, au ciel et sur terre.
Comprends bien : dans le vase. Ils déclarent encore que la pierre se trouve dans
toutes choses: cela veut dire, dans tous les métaux. Item. On peut le comprendre
comme suit : que la nature existe dans chaque chose, puisqu'elle a tous les noms et
qu'elle est le monde entier. C'est pourquoi, cette pierre possède tous les noms et
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l'on dit d'elle qu'elle se trouve en toute chose, bien qu'elle se trouve davan tage et
plus près dans une chose que dans d'autres, parce que les philosophes ne désirent et
n'exigent que la nature prolifique des métaux.
« C'est pourquoi ils disent aussi que les riches, c'est-à-dire les peuples parfaits,
c'est-à-dire l'or et l'argent possèdent cette nature prolifique. Les pauvres, c'est-à-dire
les métaux imparfaits et inférieurs ne la possèdent pas. Car la nature prolifique de
l'or et de l'argent est beaucoup plus parfaite et plus réfrac taire au feu que celle des
autres métaux.
« Les philosophes cherchent aussi une chose fixe et per durable qui gouverne le
monde entier ; c'est-à-dire le soleil et la lune. C'est pourquoi le soleil dit : je suis la pierre
ou la pierre est en moi.
« Les philosophes disent encore : cette oeuvre de la pierre est un travail de femme
et un jeu d'enfants. La femme est tan tôt le monde terrestre et tantôt le Mercure, et
c'est pourquoi il semble qu'elle accomplit le travail tout entier.
« Les jeunes garçons jouent avec la pierre, c'est-à-dire : les trois éléments avec la
terre. Ou encore : les corps inférieurs jouent avec la pierre d'or et d'argent, lorsqu'ils
l'ont augmentée à la fin.
« Ils disent de même : les garçonnets jouent avec cette pierre et la jettent. Cela veut
dire : les fous ignorants et sans expérience jettent la terre noire, après en avoir
retiré ses éléments pas la sublimation ; et ils la méprisent, cette terre restée au fond
du vase. »
La préparation du double feu secret (il existe aussi un feu triple, issu des trois règnes)
est le grand travail préparatoire indispensable que les alchimistes appellent «
travail de femme », car il ressemble à un travail de lessive, par analogie avec le
travail des raffineurs de salpêtre. Il en est ainsi tout au moins au début, mais par la
suite ce travail devient singulièrement compliqué et ne peut être réalisé que si l'on
connaît exactement la mesure, le nombre et le poids. C'est pourquoi les alchimistes
parlaient aussi de travail d'Hercule. Ce feu secret double ou triple une fois préparé et
« rendu spirituel », pour parler la langue hermétique (mais il s'agit également d'un
procédé chimique), la voie est ouverte aux Arcanes et au lapis. Elle est du moins
ouverte au chercheur expérimenté : nous insistons sur ce dernier point.
La préparation des Arcanes est la même que celle du Lapis par la voie dite sèche et
courte, ou plutôt c'est une des étapes de cette voie, bien que ce soit une étape déjà
avancée ; car sans le feu salin double spiritualisé, l'AIkahest, les Arcanes ne sont pas
davantage réalisables.
Le feu salin double ou triple est aussi l'Aqua solvens, le Circulé Majeur ou Mineur
de PARACELSE, selon son degré. Les métaux, les minéraux, ainsi que les coraux
qui entrent dans la préparation des Arcanes sont traités par le feu sa lin secret,
et passent finalement avec ce dernier dans la distillation. Il faut également
observer qu'on ne doit employer à cet effet que les métaux naturels, c'est-à-dire
natifs, ce qui vaut particulièrement pour l'antimoine.
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La voie dite humide et longue, passant de la prépara tion du Spiritus vini
philosophici à celle du Mercure des Sages, puis à l'Esprit de vin secret : « Recipe
vinum rubeum vel Album », ne vise pas les Arcanes. La Pierre, l'Elixir, ou la
teinture achevée au blanc ou au rouge est cependant le plus grand des Arcanes.
Comme le dit justement MAX RETSCHLAG, c'est un remède qui, par l'énergie
latente et concentrée qu'il dégage dans les cellules, agit sur elles comme un
remède universel. Cette représentation répond parfaitement à notre
connaissance présente de la constitution du corps et de la structure des cellules.
MAX RETSCHLAG, qui a lui-même pratiqué l'alchimie, était parvenu à un
élixir salin d'un grand pouvoir curatif, sans qu'il eût pour autant pos sédé la
Pierre. Dans le chapitre « Essais pratiques et leurs résultats », il écrit :
« Des essais poursuivis durant des années, fondés sur d'anciennes ouvres hermétiques accessibles,
ont abouti à un élixir dont l'effet ressemblait à divers égards à celui qui est attribué au Grand
Élixir. Sa préparation exige un travail extrêmement subtil, qui dure plusieurs mois et n'est
possible que sur une échelle très réduite. Mais le succès compense largement les efforts, le
temps et les frais engagés. Le carbone et les éléments qui lui sont associés, en particulier l'azote,
doivent entrer dans cet élixir sous forme de sels dynamisants. Il ne s'agit cepen dant pas de
sels « biochimiques », ni de sels d'acides organiques, mais bien de combinaisons jusqu'ici
inconnues ou négligées. Cet élixir doit être prescrit en doses relativement minimes, plus ou
moins fréquentes selon la gravité de la maladie. L'on comprend qu'un tel élixir ait des effets
également heureux sur les animaux. L'action est aussi favorable sur la croissance des plantes,
mais il faudrait certainement employer une autre préparation pour obtenir dans le règne minéral
un effet comparable aux résultats extraordinaires que les anciens maîtres hermétiques ont obtenu
avec leur élixir secret. »
L'auteur ne saurait affirmer que MAX RETSCHLAG ait connu le secret du feu
des Adeptes ou qu'il l'ait préparé lui-même. Il n'a pas connu RETSCHLAG
personnellement et il n'a jamais vu son élixir salin. Quand RETSCHLAG dit que
son élixir ne se laisse préparer qu'en petites quantités, il dit certainement vrai,
mais dans un grand laboratoire on peut mettre en route plusieurs opérations
à la fois. Cependant, il n'est pas possible de préparer ce feu salin par cuvées
entières, comme dans les usines.
L'une des difficultés principales réside dans l'appareillage qui fait aujourd'hui
défaut ; les alchimistes travaillaient dans des conditions toutes autres que celles
de la chimie moderne, de sorte qu'il faut faire confectionner spécialement les
instruments nécessaires, ce qui n'est pas toujours simple, puisque l'industrie
chimique n'est pas du tout adaptée à ces exigences.
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porcelaine ou de cristal de roche ; l'ennui avec ces récipients est qu'ils se fêlent
pour la plupart à la première distillation, sous l'effet de la dilatation des
corps traités, de sorte que ces récipients ne peuvent être employés qu'une
seule fois, même s'ils sont bien cerclés et lutés. C'est pour cette raison que
KUNCKEL se plaint : « S'il n'y avait pas le bris des vases ! ».
Ainsi, celui qui parcourt le chemin difficile doit tout préparer lui-même, à
commencer par le spiritus e vino, distillé à partir du vin liquoreux, jusqu'au
salpêtre naturel et au vitriol natif. On peut avoir ainsi une idée des difficultés
accessoires du travail alchimique qui se trouve maintenant privé des méthodes
de réalisation adaptées à « l'industrie chimique » des temps passés.
Au cours de ce chapitre, l'auteur a rappelé en passant le souvenir de quelques
farfelus et illuminés qu'il a eu l'oc casion de rencontrer dans ses
pérégrinations dans le labyrinthe alchimique. On se souviendra de l'un d'entre eux
qui prétend capter le Mercure directement de l'air, à l'aide de certaines
manipulations. Bien que cet homme, presque octogénaire, dénué de toute
connaissance chimique ou autre, poursuive une chimère depuis plus de
cinquante ans, il n'est pas sans avoir quelque vague intuition du plus pro -
fond secret des Adeptes. Pourtant, même parmi ceux qui savaient préparer la
Pierre par la voie « sèche » ou « humide », quelques-uns seulement ont possédé
la clé de cet ultime secret. Les écrits alchimiques n'en traitent que ra rement,
et toujours en paraboles et en énigmes. On se de mande même si tous ceux
qui en ont écrit par allusion, ont réellement parcouru le chemin, ou s'ils
n'en parlent que par ouï-dire. Cette dernière hypothèse paraît plus
vraisemblable. Il n'en est question, à ma connaissance, ni chez Isaac le
Hollandais, ni chez Basile Valentin, ni dans l'Aurea Catena (il s'agit partout de la
voie sèche et de la voie humide). HENRI KHUNRATH semble en avoir eu
connaissance, si l'on se réfère à son livre : a Magnesia Catholica Philosophorum, ou
comment obtenir la Magnésie catholique cachée de la Pierre universelle secrète des vrais
Philosophes » (« ...Anweisung die verbogene catholische Magnesie des
geheimen Universalsteins der chten Philosophen zu erlangen », 1599). Chez
MONTFAUCON DE VILLARS (1670) on trouve le passage :
« Il n'y a qu'à concentrer le feu du monde par des miroirs concaves, dans un globe de
verre ; c'est ici l'artifice que tous les Anciens ont caché religieusement, et que le divin
Théophraste a découvert. Il se forme dans ce globe une poudre so laire, laquelle s'étant
purifiée d'elle-même, du mélange des autres Éléments ; et étant préparée selon l'art,
devient en fort peu de temps souverainement propre à exalter le feu qui est en nous. »
« L'éther est mis en mouvement par les rayons du soleil. Celui qui réussirait à
concentrer ces rayons par des miroirs ou par des lentilles, serait capable de provoquer
certaines ondes dans l'éther (il s'agit du Prana des Hindous et non pas de l'éther
hypothétique, d'ailleurs dépassé, de la science). Ainsi, celui qui saura unir la force du
feu élémentaire à celle de l'ignis essenfialis, verra apparaître, très lentement mais
régulièrement, goutte-à-goutte, un liquide, un remède incomparable contre beaucoup de
maladies : tuberculose, hydropisie, etc. »
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Mais les allusions et les instructions sont incomplètes au sujet de cette voie
antique et plus que secrète. La « pou dre solaire », obtenue à l'aide d'un
miroir ardent, que l'on appelle d'une façon significative Sal Natures, doit être
complétée par « l'eau philosophale » que l'on obtient par une méthode
analogue et non moins curieuse ; réduite par évaporation, cette eau laisse un
sel rouge. La préparation du Grand Elixir exige l'union de ces deux
ingrédients mystérieux.
Cette voie, la plus obscure et la plus cachée, n'a rien en commun avec la voie
sèche et la voie humide, par l'intermédiaire du « feu secret » et de 1' « esprit de vin
secret », suivies par la plupart des Adeptes connus. Nous la mentionnons
cependant, en prévision de questions éventuel les. L'auteur n'en a aucune
expérience pratique et ne saurait donc en dire davantage. Cette voie doit
d'ailleurs être impraticable a priori en Allemagne et dans les pays nordiques, où «
l'été n'est qu'un hiver peinturluré de vert », pour citer HENRI HEINE. La chaleur
et l'intensité des rayons solaires y seraient en effet insuffisantes ; en
revanche, l'Italie et les contrées méridionales se prêteraient davantage à cette
méthode. On présume qu'elle fut pratiquée par les initiés de l'ancienne Egypte.
« Force nous est de déclarer que le Comte de Gabalis sem ble être un bien piètre
philosophe : il a bien entendu sonner, mais il n'a point saisi l'heure. Sans cela il
n'aurait point divagué sur le moyen de concentrer la poudre solaire rouge dans un
globe de verre ; il faut bien autre chose, en vérité, pour obtenir ce Soufre mâle rouge des
Philosophes. Il parle bien du globe de verre, mais ne dit rien du véhicule magnétique . »
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peut pas être décrit. Mais nous avons indiqué plus clairement et avec moins
de réticences que n'importe quel autre auteur alchimique la direction dans
laquelle la réflexion et la recherche doivent s'engager. La voie qui mène de
l'esprit de vin secret au Mercure des Philosophes, au Vin blanc et rouge et,
enfin, au Lapis, est une voie extrêmement pénible et longue, mais c'est aussi la
voie royale et souveraine : la pierre ainsi préparée teint bien davantage que
celle qui est obtenue par la voie sèche, dite courte, uniquement à l'aide des sels
ignés. La première de ces voies ne peut pas être trouvée ; c'est un don que l'on
reçoit. Quant à la deuxième, on peut la découvrir à force de travail et de
persévérance inlassable. Cela semble avoir été le cas pour MAX RETS-
CHLAG, mais il n'a pourtant pas trouvé l'Elixir tingeant.
Comme il a déjà été dit : « Dans le sel, la lumière est retenue magiquement
captive. Il s'agit de l'en délivrer, car : « Le sel est une bonne chose », a dit la
bouche de Celui qui était la Lumière du monde ».
APPENDICE
DE LAPIDE PHILOSOPHORUM
Qu'il me soit permis de clore ce chapitre par la con clusion à peine abrégée, du
Traité : Description de divers sujets physiques, médicinaux, chymiques et
économiques rares et plaisants (« ,Beschreibung unterschiedlicher rarer und
schôner physic., medizinischer, chymischer und oeconomischer Dinge »),
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ouvrage posthume du à JOHANN OTTO VON HELBIG, édité par son frère L.
CHRISTOPH VON HELLWIG (sic), médecin à Erfurt (Francfort et Leipzig,
1704). Ces lignes, consacrées à la Pierre philosophale, sont d'une concision à
nulle autre pareille :
« Je voudrais à la fin ajouter ceci de la Pierre philosophale pour que des âmes curieuses puissent
y réfléchir plus longuement, ce qui m'est interdit à cause de mes occupations et à cause
d'autres soucis. Je suis en outre décidé de renoncer désormais à ce travail et de me contenter de la
connaissance de ce beau secret, sans toutefois le posséder.
« Cette pierre est bien véritablement une pierre, à savoir une pierre d'achoppement
contre laquelle d'aucuns ont fracassé tête, fortune, biens et honneur, sans avoir rien accompli,
vu que très peu y cherchent la sagesse, mais plutôt richesses, honneurs temporels et longue vie...
La matière éloignée (je ne décris tout cela qu'en quelques lignes) de ce Magistère est l'Air ;
la matière prochaine une eau saline-douce extractive , la matière plus proche est une terre blanche comme
neige préparée de l'eau ; la plus proche enfin est le Mercure issu du double sel de cette terre.
« On ne peut acheter cette matière nulle part ; elle ne se trouve ni dans la mer ni sur terre ;
dans son être grossier, elle est déjà capable d'ouvrir l'or le plus fin et de le fermenter
comme du levain.
« Avec de grands frais, avec fortes cogitations et avec de l'argent om n'arrive pourtant à
rien dans cet Art, mais plutôt par la prière, la réflexion et au prix d'un peu de peine. Pour
cette fois-ci j'en ai assez dit. »
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