La conscience
Comment apparaît cette conscience de soi ?
Kant : par le Je, l’homme devient personne et accède à l’unité de la conscience
L’homme est au-dessus des autres êtres vivants parce qu’il a la notion de lui-même.
Grâce à cette notion, il devient une personne, c’est-à-dire un sujet moral
responsable, un être raisonnable constituant une fin en soi et possédant une valeur
absolue. Cette personnalité différencie les hommes des choses, qui appartiennent
uniquement à la sphère de la nature (les animaux sont des choses parce qu’ils sont
privés de raison).
Cette personnalité est une fonction de l’entendement. Même si on ne peut pas
nécessairement exprimer le “Je”, on a cette idée. Chez l’enfant, la capacité à dire
“je” plutôt qu’à parler de soi à la troisième personne (ce qui est le cas pendant un
an) marque un passage du fait de se sentir (se percevoir par une intuition sensible,
par la connaissance immédiate) au fait de se penser (se saisir comme sujet et
accéder à l’activité intellectuelle).
Les Chemins de la pensée, page 272
Hegel : l’homme prend conscience de soi lorsqu’il dit “moi”
L’animal ne possède que le sentiment de soi (connaissance spontanée sans qu’il y
ait passage par le sujet pensant). L’homme, lui, possède la conscience de soi :
une connaissance plus ou moins claire qu’un sujet a de ses états et de ses actes.
L’homme est conscient de sa réalité et de sa dignité.
Pour Hegel, contrairement à Kant, le langage est essentiel : c’est le fondement de
la prise de conscience de soi.
Les Chemins de la pensée, page 288
Et qu’est-elle exactement ?
Descartes : la pensée est savoir immédiat de soi-même
La conscience 1
Par le nom de pensée, je comprends tout ce qui est tellement en
nous que nous l’apercevons immédiatement par nous-mêmes et
en avons une connaissance intérieure ; ainsi toutes les
opérations de la volonté, de l’entendement, de l’imagination et
des sens sont des pensées. - R. Descartes, Réponses aux
deuxièmes objections
Pour Descartes, la conscience est l’essence de la pensée.
Les Chemins de la pensée, page 146
Kant : la conscience est unité des représentations
Chaque représentation est accompagnée d’un “je pense”. Cet acte est à distinguer
d’un quelconque empirisme, c’est une aperception pure (en tant que conscience
de soi). Ce principe est le fondement de toute connaissance a priori.
La diversité des représentations n’appartiendraient pas à mon esprit si ensemble
elles n’appartenaient pas à une conscience ; cette conscience peut unifier les
représentations.
Les Chemins de la pensée, page 250
Hegel : la conscience est retour sur elle-même de la pensée
L’homme a une double existence : il existe à la fois en soi, c’est-à-dire dans la
nature, et pour soi, parce qu’il se contemple, se représente et se pense.
Il y a deux manières d’acquérir cette conscience de soi :
de manière théorique : il se penche sur lui-même
de manière pratique : il change le monde extérieur, il retire au monde son
caractère étranger, pour qu’il retrouve une forme extérieure de sa propre réalité
Les Chemins de la pensée, page 289
Bergson : la conscience est mémoire
La conscience signifie - sans qu’elle n’y soit réduit - avant tout mémoire. Bien que
la mémoire ait ses défauts, la conscience ne peut exister sans elle ; sans cela, la
La conscience 2
conscience serait contrainte de périr et renaître à chaque instant, sans accumuler
quoi que ce soit - c’est l’inconscience.
La conscience est également anticipation de l’avenir, mouvement de pensée vers le
futur. L’esprit réfléchit non seulement à ce qu’il est ou a été, mais aussi à ce qu’il va
être.
L’attention est une attente, et il n’y a pas de conscience sans
une certaine attention à la vie. - H. Bergson, L’Energie spirituelle
L’avenir nous tire à lui ; c’est pour cela que nous agissons continuellement.
Toute action est un empiètement sur l’avenir. - H. Bergson,
L’Energie spirituelle
Les Chemins de la pensée, page 421
Alain : la conscience est le retour du sujet et du savoir sur soi-même
La conscience, c’est le retour du savoir sur soi-même.
La conscience est implicitement morale : l’immoralité consiste à ne pas vouloir se
porter de jugement intérieur.
La conscience est infaillible ; il faut cependant qu’on la consulte sans se mentir à
soi-même (Alain tire cette idée de Rousseau).
Les Chemins de la pensée, page 432
Rousseau : la conscience est morale et repose sur le sentiment
On trouve partout les mêmes idées de bien et de mal. Même chez les civilisations
avec des dieux vicieux, dans le paganisme, il restait l’instinct moral, puisque la
nature est plus forte que les dieux. Rousseau en déduit un principe inné de justice
et de vertu, et nomme ce principe conscience. Cette conscience ne repose pas sur
des jugements mais sur des sentiments, qui viennent de nous-mêmes, de notre
intérieur.
La conscience, qui repose sur le sentiment, est infaillible, contrairement à notre
entendement.
Les Chemins de la pensée, page 327
La conscience 3
Sartre : toute conscience est conscience de quelque chose
Connaître, c’est aller vers ce qui n’est pas soi (sans rentrer dans cette nouvelle
chose : hors de lui, hors de moi). La conscience est transparente, et n’est
composée que d’un mouvement pour se fuir.
La conscience n’est rien que le dehors d’elle-même et c’est
cette fuite absolue, ce refus d’être substance qui la constituent
comme une conscience. - J.P. Sartre, Situations I
La conscience est toute entière hors d’elle-même ; Sartre cite Husserl, pour qui
“toute conscience est conscience de quelque chose”.
Sartre rejette l’immanence (caractère de ce qui reste à l’intérieur de soi) en faveur
de la transcendance (fait de se dépasser, d’être au-delà de soi). Sartre rejoint
Heidegger sur l’idée que l’être est “être dans le monde”, et c’est un mouvement :
c’est éclater dans le monde.
Si la conscience se replie sur elle-même, elle s’anéantit. Pour Husserl, la nécessité
pour la conscience d’être conscience d’autre chose est ce qu’il nomme
intentionnalité.
Les Chemins de la pensée, page 494
Existe-t-elle vraiment ?
Hume : dans le “moi”, il n’y a que des perceptions
Il y a deux catégories de perceptions, de forces inégales :
les impressions, qui sont les plus fortes : ce sont les sensations, les passions
et émotions quand elles font leur première apparition dans l’âme
les idées : les images plus faibles que ces impressions laissent dans la
pensée.
Tous les éléments psychiques proviennent donc, plus ou moins directement, de
l’expérience.
Les Chemins de la pensée, page 212
Hume : il n’y a pas d’identité de l’esprit humain
La conscience 4
Hume s’oppose aux philosophes pour lesquels on a la connaissance intime de
notre moi, nous sommes certains de son identité et de sa simplicité.
Pour Hume, si on essaie de se pénétrer au plus profond de soi-même, on ne
tombera que sur des perceptions particulières, qui renvoient à l’expérience. Si les
perceptions disparaissent, on ne ressent plus rien, donc le moi disparaît.
Les Chemins de la pensée, page 212
L’homme parvient effectivement à la conscience par la réflexion et
l’action dans le monde
Bataille : l’homme se constitue par son activité pratique
Le travail est la voie de la conscience, il permet à l’homme de sortir de son
animalité. Le travail permet de prendre la conscience claire des choses -
conscience ici au sens de connaissance. La science a toujours accompagné la
technique, donc le travail a permis d’obtenir des connaissances.
Les Chemins de la pensée, page 466
Saint Augustin : nous sommes et nous connaissons que nous sommes
Il est indubitable que nous existons ; en effet, si nous postulons que nous existons,
mais que d’autres nous disent que nous nous trompons, c’est bien que nous
existons ; parce que nous ne pourrions pas nous tromper si nous n’existions pas.
Ainsi, notre existence est sûre, même dans l’erreur.
Les Chemins de la pensée, page 111
Hegel : le désir du désir est générateur du moi
La simple contemplation ne permet pas d’accéder au moi ou à la conscience de soi
; il ne permet d’accéder qu’à l’objet que l’on contemple.
C’est à travers le désir que l’on va réellement pouvoir se connaître. Le désir
conscient révèle le moi. Cependant, ce désir ne suffit pas ; les animaux ont bien
des désirs sans avoir la conscience d’eux-mêmes. Ce qui fait un désir
anthropogène, c’est le désir du désir, non pas le désir d’un objet réel, mais le désir
du désir d’un autre (par exemple, dans les relations amoureuses, on désire le désir
de l’autre).
Les Chemins de la pensée, page 290
La conscience 5
Hegel : par la lutte à mort avec autrui, j’accède à la conscience
Pour atteindre la conscience, il faut s’abstraire de la réalité biologique, de l’en-soi,
pour aller vers le pour-soi. Il y a une double action sur soi et sur l’autre, avec une
lutte à mort pour la reconnaissance. C’est en risquant sa vie que l’on prouve sa
conscience, que l’essence de soi n’est pas l’être, que l’on est au-dessus de la vie.
C’est cette prise de risque qui permet la reconnaissance authentique.
Les Chemins de la pensée, page 291
Sartre : le regard d’autrui m’objective et me permet de me saisir
On a honte de soi uniquement quand on apparaît à autrui. Cette honte n’est pas
purement réflective, parce que la réflexion n’engage que sa propre conscience ; la
honte se forme toujours face à autrui.
C’est par l’apparition d’autrui que je peux porter un jugement sur moi-même ; je
m’objective parce qu’autrui m’a objectivé.
Cependant, cette honte me touche vraiment, ce n’est pas seulement une image
vaine que me renvoie autrui ; si cette honte me touche, c’est parce qu’elle est
reconnaissance du pouvoir d’autrui.
Je reconnais que je suis comme autrui me voit. - J.P. Sartre,
L’Être et le Néant
Les Chemins de la pensée, page 495
Hegel : je connais le Moi par abstraction des déterminations sensibles liées à mon
corps
L’acte de penser est abstraction : elle rejette certaines qualités, en isole d’autres, à
partir d’intuitions concrètes.
Le Moi est une détermination abstraite, puisqu’il vient de l’abstraction des
déterminations sensibles.
Les Chemins de la pensée, page 287
Et comment la conscience vit-elle son destin ?
Pascal : la conscience est malheureuse car elle vit hors du présent
La conscience 6
Nous pensons trop au passé et au futur ; nous anticipons et nous nous rappelons
trop souvent plutôt que de considérer le présent, seul [temps] qui nous appartient.
Nous ne vivons jamais dans l'instant présent ; plutôt, le seul avenir est notre fin.
Ainsi, nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et
nous disposant toujours à être heureux il est inévitable que nous
ne le soyons jamais. - B. Pascal
Les Chemins de la pensée, page 167
Hegel : l’homme est déchiré entre conscience infinie et conscience finie de soi
L’homme est tension entre la pensée, qui s’élève vers l’absolu, l’infini, et le fait que
l’homme est fini, a une conscience finie. L’homme incarne ce combat de deux
choses contradictoires.
Je suis les deux combattants et le combat lui-même. - G.W.F.
Hegel, Philosophie de la religion
Les Chemins de la pensée, page 289
Merleau-Ponty : toute conscience est malheureuse
Etant donné que l’homme existe là où l’animal n’a pas de réelle existence, il a
conscience de sa propre mortalité ; en cela, il est un animal malade, et l’homme
réellement sain est un mythe.
La conscience est malheureuse parce qu’elle regrette la vie sans conscience, la vie
animale sans conscience de sa mortalité.
Les Chemins de la pensée, page 502
Pouvons-nous vraiment nous séparer du corps ?
Lucrèce : le corps et l’âme sont solidaires
L’âme est protégée par le corps, et le corps est protégé par l’âme qui le garde et en
assure le salut. Ils ont une destinée commune, ne peuvent être séparés. Ils ne
peuvent pas sentir l’un sans l’autre ; le corps ne peut rien sentir seul. Les deux
travaillent conjointement.
La conscience 7
Les Chemins de la pensée, page 94
Descartes : la conscience compose un seul tout avec le corps
L’ordre naturel et divin signale une certaine vérité. Ainsi, quand le corps souffre, il y
a à cette souffrance une certaine vérité.
L’âme n’est pas dans le corps comme un pilote dans un navire (image que
Descartes tire d’Aristote puis de St Thomas) : si c’était le cas, on ne ressentirait pas
la douleur, on la percevrait seulement avec l’entendement. Ces sentiments, ces
sensations, sont des manières confuses de penser.
Les Chemins de la pensée, page 155
Merleau-Ponty : l’homme est redevenu un corps animé
Contrairement au XIXème siècle, le XXème siècle n’oppose pas corps et esprit.
Freud, par exemple, est passé d’une vision mécaniste, cherchant des réalités
physiologiques pour expliquer les instincts, à une notion de corps vécu, passant
par l’expérience clinique.
Les Chemins de la pensée, page 501
Dès lors, la conscience n’est-elle pas dépendante du corps ?
Nietzsche : la conscience est secondaire
La conscience est peu de chose face au corps. La conscience n’est qu’un
instrument, et un instrument secondaire face à tout ce qui se joue dans
l’inconscient. La conscience est mal développée, elle est encore au stade d’enfant.
Les Chemins de la pensée, page 357
Nietzsche : la conscience est superflue
La conscience n’est qu’un miroir du vécu et du réel ; en soit, on pourrait bien sentir
et agir sans en avoir nullement la conscience. Même la philosophie se déroule dans
les faits la plupart du temps sans réflexion, sans retour sur soi-même. La
conscience est superflue à l’essentiel de l’existence.
Les Chemins de la pensée, page 358
La conscience 8