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Induction et Destinée Cellulaire

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Les Processus d’Induction qui spécifient la Destinée des

Cellules

L’induction est le processus par lequel une cellule, un groupe de cellules, ou


un tissu engage une cellule, un groupe de cellules ou un tissu adjacent dans
une nouvelle voie de différenciation.

On dit également que l’induction est la commutation d’une voie de


différenciation à une autre sous le contrôle d’une cellule, d’un groupe de
cellules ou d’un tissu.

Au cours du développement, des inductions peuvent aussi bien intervenir


entre blastomères adjacents dès l’origine, comme c’est le cas pour
l’induction du mésoderme lors de la segmentation, qu’entre des cellules ou
des tissus mis en contact lors des mouvements morphogénétiques qui se
produisent pendant les différentes phases du développement : c’est le cas
de l’induction neurale et l’induction du cristallin (voir ultérieurement).

Au plan moléculaire, une induction nécessite, au bon moment et au bon


endroit, la présence d’un signal inducteur.

Ce signal est généralement une molécule diffusible, émise par une cellule
dite inductrice. Cette molécule doit interagir avec la cellule cible.

L’interaction se réalise grâce à un récepteur spécifique localisé à la surface


de la cellule cible, généralement une protéine transmembranaire.
L’interaction entre l’inducteur et le récepteur conduit à l’activation, la
mobilisation, la transduction d’un signal à l’intérieur de la cellule cible.

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Le signal propagé jusqu’au noyau par une cascade de réactions et
d’interactions moléculaires, active à ce niveau, un ou plusieurs gènes cibles.

La conséquence de l’activation du génome est l’engagement de la cellule


dans telle ou telle voie de différenciation.

La réalisation d’une induction nécessite également que la cellule cible soit


en mesure de répondre au signal inducteur. On dit alors qu’elle est
compétente.

Notion définie dès 1932 par Conrad Hal Waddington, la compétence est la
capacité que possède une cellule (ou un groupe de cellules) de réaliser un
phénotype de différenciation qui la distingue des autres cellules dans le
temps et dans l’espace.

La compétence d’un tissu dépend de nombreux facteurs, en particulier de


l’âge du tissu, de la position selon les axes de l’embryon et des espèces.

Les mécanismes moléculaires qui rendent une cellule compétente sont mal
connus. Toutefois, on distingue au moins trois niveaux possibles de
régulation de la compétence d’une cellule.

1. L’absence, l’inactivation du récepteur de la molécule inductrice ;


2. L’absence, l’inactivation ou la mutation d’un des composants de la
transduction du signal inducteur ;
3. L’inactivation de la transcription.

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Les blastomères végétatifs induisent les cellules sus-
jacentes à fonder la lignée mésodermique

La mise en évidence d’un processus d’induction dirigeant la mise en place


des cellules fondatrices du mésoderme résulte des expériences de
Nieuwkoop présentées précédemment et d’autres expériences d’isolement et
de mise en culture de blastomères prélevés dans différentes régions de la
morula ou de la blastula.

Elle repose également sur des expériences de greffes de telle ou de telle


région de la blastula et sur l’association de blastomères et leur mise ne
culture. Les expériences dont les résultats sont les plus significatifs sont
rapportées

Les cultures de blastomères isolés mettant en évidence un


processus d’induction

Dans les années 1985-1987, Dale et Slack ont reprit les expériences de
Nieuwkoop en utilisant des Morula au stade 32 cellules.

Les blastomères du pôle animal ou de la zone marginale ont été isolés et


incubés indépendamment dans un milieu salin simple.

Après plusieurs jours de culture, les blastomères ont formé, dans les deux
cas, une petite sphère de cellules sur lesquelles l’analyse histologique révèle
la présence de cils caractéristiques de cellules ectodermiques.

L’isolement et la mise en culture des blastomères végétatifs conduisent à


une masse de cellules indifférenciées de type endodermique. Il n’y a pas de
dérivées mésodermiques.

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Au contraire, au stade 128 cellules, des expériences identiques révèlent,
pour les explants issus des blastomères de la zone marginale, des cellules
ciliées, des cellules de la chorde, des cellules musculaires, des cellules
sanguines, du mésothélium et du mésenchyme.

Ces types cellulaires sont caractéristiques de dérivés ectodermiques et


mésodermiques. Ainsi, entre le stade 32 et 128 cellules, les blastomères de la
zone marginale acquièrent la propriété de se différencier en cellules du
mésoderme.

Ces expériences suggèrent qu’il existe, in vivo, un processus d’induction


entre les blastomères animal et végétatif. Il spécifie la différenciation des
blastomères de la zone marginale en mésoderme.

Des expériences de recombinaison de cellules identifient le


tissu inducteur

Si ces expériences mettent en évidence un processus d’induction, elles ne


renseignent pas sur l’origine du tissu inducteur et du tissu cible.

Est-ce que ce sont les blastomères de l’hémisphère animal qui induisent les
cellules de la zone marginale ?

Ou bien l’induction provient-elle des blastomères végétatifs ?

Des expériences d’association de blastomères (hémisphère animal et


végétatif) ont apporté des éléments de réponse à ces questions.

Les associations des blastomères de l’hémisphère animal marqués à l’aide


du marqueur cytoplasmique fluorescent (RLDx) avec des blastomères
végétatifs non marqués et les expériences réciproques montrent les
formations mésodermiques ne dérivent pas des blastomères endodermiques
(végétatifs) mais sont produits à partir des blastomères de l’hémisphère
animal.

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Elles permettent de conclure que ce sont les cellules de l’endoderme qui
induisent les blastomères sus-jacents à produire du mésoderme.

-les expériences de culture réalisées avec la totalité de la zone marginale


montrent à la fois la présence de cellules chordales et sanguines.

Ces types cellulaires sont respectivement caractéristiques du mésoderme


dorsal et ventral ;

-la mise en culture de blastomères de la zone marginale dorsale produit,


entre autres, des dérivés mésodermiques dorsaux : cellules de la chorde et
cellules musculaires ;

-au contraire, la culture de blastomères de la zone marginale ventrale


produit des cellules mésenchymateuses, des érythrocytes et du
mésothélium.

L’ensemble de ces observations suggère que la nature du mésoderme induit


par l’endoderme peut être corrélée à la polarité dorso-ventrale établie lors
de la fécondation.

C'est-à-dire que l’activité inductrice des blastomères de l’hémisphère


végétatif dépend de leur position selon l’axe dorso-ventral de l’embryon.

Le Centre Inducteur : le Centre de Nieuwkoop

Au stade 32 cellules, si l’on associe les blastomères de l’hémisphère animal


avec un blastomère dorsal et végétatif, l’analyse histologique révèle la
présence de cellules ciliées, musculaires et chordales. Du mésoderme dorsal
a donc été induit.
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Si l’on associe les blastomères animaux avec un blastomère ventro-végétatif,
on observe la différentiation de mésothélium, de mésenchyme et de cellules
de la lignée sanguine.

Au stade morula, l’induction produite par l’hémisphère végétatif semble


donc être régionalisée. Non seulement il est capable d’induire les
blastomères de la zone marginale pour qu’ils produisent du mésoderme
mais aussi de leur transmettre une information de position selon l’axe
dorso-ventral de l’embryon.

Les blastomères dorsaux-végétatifs induisent du mésoderme dorsal


(mésoderme axial, chorde, cellules musculaires).

Les blastomères végétatifs latéraux et ventraux induisent du mésoderme


intermédiaire (cellules musculaires, mésenchyme) et ventral (mésenchyme,
cellules sanguines).

Les expériences précédentes et d’autres suggèrent l’existence d’un centre


inducteur capable d’induire du mésoderme dorsal in vitro et posent la
question de savoir s’il en est ainsi in vivo.

Deux expériences fondamentales, réalisées par Gimlich et Gerhart (1984 et


1986), ont apporté des éléments de réponse.

Elles consistent à transplanter le blastomère dorso-végétatif dans deux


contextes embryonnaires différents :

En premier lieu, le blastomère dorso-végétatif prélevé au stade de la morula


(64 cellules) est greffé sur un embryon du même stade (transplantation
isochronique) mais préalablement traité aux UV.

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Comme vu précédemment, le traitement aux UV perturbe la rotation
corticale et conduit à un embryon atypique, dit « ventralisé » ; l’analyse
histologique montre l’absence de cellules de la chorde et de cellules
musculaires : sans structures dorsales, ni d’axe dorso-ventral : sa symétrie
est radiale.

La transplantation restaure la polarité dorso-ventrale et la formation d’un


embryon.

En second lieu, le blastomère dorso-végétatif d’un embryon au stade 64


cellules est greffé en position ventrale sur une morula receveuse de même
stade. Se forme alors à cet endroit un axe embryonnaire secondaire
surnuméraire, tandis que les structures dorsales de l’embryon donneur sont
réduites.

Si le blastomère greffé est pourvu d’un marqueur cytoplasmique


fluorescent destiné à suivre sa descendance, l’analyse histologique montre
que les structures mésodermiques de l’axe embryonnaire secondaire ne sont
pas marquées : on en déduit que les cellules issues du blastomère greffé ne
participent pas aux structures mésodermiques dorsales et antérieures
induites.

Le blastomère greffé contribue en revanche à la formation des dérivés


endodermiques antérieurs de l’embryon secondaire.

Les blastomères dorso-végétatifs de la morula capables d’induire un axe


embryonnaire sans y participer constituent le centre de Nieuwkoop, lieu
d’émission des signaux inducteurs dorsaux.

Il est vraisemblable que les blastomères de cette région héritent des


déterminants dorsaux qui ont été activés lors de la rotation corticale.

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Il apparaît donc qu’au stade de la morula, les blastomères dorso-
végétatifs constituent un centre inducteur, un centre de signalisation, le
centre de Nieuwkoop, qui induit les blastomères sus-jacents de la zone
marginale à produire du mésoderme dorsal.

Au contraire, les blastomères végétatifs ventraux induisent du mésoderme


de type ventral. Cette interprétation est incomplète, car elle n’explique pas
comment se forment les structures mésodermiques latérales et
intermédiaires comme les muscles, les gonades, les reins, les lames latérales.

Jonathan Slack a proposé l’existence d’une troisième signalisation


inductrice issue de la zone marginale dorsale. Elle serait liée à une molécule
présente sous forme d’un gradient dorso-ventral.

Compétence et Effet de Groupe

En plaçant un filtre entre les blastomères animaux et végétatifs lors de


recombinaisons de blastomères, il a été montré que l’induction a encore
lieu, ce qui suggère que les signaux inducteurs diffusent à travers le filtre et
donc chez l’embryon dans les espaces intercellulaires.

Il a été montré, également, que le rayon d’action des signaux est de l’ordre
de 80 m, ce qui correspond à environ cinq diamètres cellulaires au stade
de la blastula.

Nous avons vu que l’induction de tissus mésodermiques débute au stade 32


cellules. Si les recombinaisons de blastomères sont réalisées à des stades
ultérieurs, il apparaît que l’induction est probablement terminée au début
de la gastrulation.

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En jouant sur le temps de contacte entre les deux tissus, on peut établir
qu’environ deux heures suffisent pour initier l’induction de cellules
musculaires et cinq heures sont nécessaires pour une induction des
différents types de mésoderme.

Les mêmes méthodes ont permis de démontrer que les cellules de calotte
animale restent compétentes jusqu’à environ 11 heures après la
fécondation.

Enfin, il a été établi que l’expression des gènes spécifiques des tissus
musculaires commence environ 12 heures après le début du contact entre
les tissus inducteurs et induits.

En jouant sur le nombre de cellules de la calotte animale, il a été constaté


que l’induction n’est efficace qu’à partir d’un certain nombre de cellules,
observation qui conduit à considérer que l’induction dépend d’un effet de
groupe, de communauté.

L’induction du mésoderme est donc un processus qui a des composantes


spatiales, temporales, qualitatives et quantitatives.

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