Réflexions sur deux méthodes françaises
Le Nouveau Sans Frontières et Reflets
Expérience à l’Alliance Française de Wuhan
Zhou Li
Université des Technologies de Wuhan
Synergies Chine n° 3 - 2008 pp. 129-137
Introduction
L’approche communicative étant maintenant bien intégrée pour
l’enseignement du français langue étrangère (FLE) dans les Alliances
Françaises en Chine, il reste à déterminer quelle méthode française
sera la mieux adaptée aux particularités de cet enseignement et à ses
objectifs. Le sujet reste très discuté entre les enseignants chinois.
A l’Alliance Française de Wuhan (dénommée AFW ci-après), après
avoir utilisé Le Nouveau Sans Frontières (dénommé NSF ci-après),
on a choisi Reflets comme matériau de base. Ayant eu à pratiquer
successivement ces deux méthodes à l’AFW, l’auteur prendra comme
point de départ de ses réflexions, l’analyse du public particulier de
l’AFW, ses objectifs, ses difficultés et ses besoins afin de mettre en
place une pédagogie plus adaptée. Avec l’article présent, l’auteur
ne souhaite que partager ses expériences et ses réflexions avec tous les
enseignants de FLE.
1. Public particulier de l’AFW et ses besoins
Le public de l’AFW est composé principalement de jeunes étudiants ou de salariés
qui vont partir en France ou au Canada, habités d’un projet professionnel. Les
objectifs d’apprentissage proposés à nos apprenants doivent donc répondre à
leur projet d’expatriation, aux besoins de communication dans les contextes
qu’ils vont rencontrer, tels que les études, la vie quotidienne et les loisirs.
Notre enseignement est censé leur donner la maîtrise du français comme langue
de communication.
Or le français n’est pas et ne peut pas être, pour ces apprenants, une langue
de communication puisqu’il est enseigné et reçu en dehors de son aire d’usage
habituelle ; il n’a pour le moment aucune fonction sociale pour eux. Alors, si
l’on veut éviter un passage trop brusque du contexte «le français en classe» au
contexte «le français de tous les jours et à toute heure», il semble inévitable et
prioritaire d’adopter en classe une pédagogie de la communication en français.
Ce qui revient à dire qu’enseigner le FLE, c’est certes enseigner la langue d’un
point de vue linguistique, mais c’est surtout faire le choix de la compétence
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de communication. Les composantes de cette compétence varient selon les
théoriciens, tels Hymes, Canale et Swain ou Sophie Moirand, qui ont cherché à
la définir. Elle peut cependant s’analyser sous les cinq composantes suivantes :
linguistique, sociolinguistique, discursive ou énonciative, référentielle et
stratégique. En effet, un des principes de l’approche est qu’il ne suffit pas,
pour pouvoir communiquer dans une langue, d’en connaître le vocabulaire et
les structures grammaticales. Cette connaissance est une condition nécessaire
mais non suffisante pour une communication efficace, laquelle demande en
plus la maîtrise de ses règles d’emploi et d’usage.
2. Analyse de la cohérence organisationnelle de chaque méthode
L’analyse portera sur quelques aspects principaux des méthodes annoncées
dans notre titre : vocabulaire et grammaire ; actes de paroles ; cultures et
civilisation.
2.1 Vocabulaire et grammaire
Le Nouveau Sans Frontières
Dans le Nouveau Sans Frontières, pour chaque leçon, on peut trouver après
celles de «dialogues et documents», deux pages intitulées «vocabulaire et
grammaire». Dans ces deux pages, les acquisitions introduites dans les dialogues
sont reprises, explicitées, élargies sous forme de listes de vocabulaire et
d’expression, organisées autour soit d’un thème, soit d’un acte de parole. On y
trouve également des tableaux de conjugaisons. Ces pages dites de «vocabulaire
et grammaire», véritables outils de conceptualisation et de classement des
connaissances, des instruments de mémorisation et des réservoirs de moyens
linguistiques, s’organisent selon une succession d’objectifs très limités qui
bouleversent quelque peu les catégories traditionnelles du vocabulaire et de la
grammaire. Ce type de présentation et d’organisation favorise la mémorisation
et facilite l’apprentissage des étudiants.
Pour aider l’étudiant et l’enseignant à mieux structurer la progression de
l’apprentissage chaque leçon a été divisée en trois séquences : A, B, C. Ces
séquences sont clairement indiquées dans la partie «dialogues et documents»
ainsi que dans la partie «activités». Cela permet aux enseignants de travailler
chaque leçon en trois temps selon le découpage A, B, et C en faisant chaque fois
les exercices de vocabulaire et de grammaire correspondants. Autrement dit,
les apprenants peuvent apprendre le lexique et la grammaire de chaque leçon
en trois temps séparés de sorte à mieux les digérer.
Par ailleurs, la progression dans le NSF propose un apprentissage par micros
objectifs redondants. On y va du facile au moins facile. Par exemple, on traite
de «la caractérisation des personnes» séparément à la leçon 5 de l’unité I (p.42),
la leçon 1 de l’unité III (p.106), la leçon 2 de l’unité III (p.114), la leçon 5 de
l’unité III (p.139) ; l’expression de «l’habitude et de la répétition de l’action»
en leçon 1 de l’unité III (p.107), en leçon 2 de l’unité III (p.114), en leçon 3 de
l’unité III (p.123), en leçon 4 de l’unité III (p130, l’imparfait de l’habitude).
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L’enseignement de la grammaire se déroule également du facile au difficile.
Dans l’unité 1, la grammaire concerne les articles définis et indéfinis, les
genre et nombre des noms et des adjectifs, l’interrogation et la conjugaison
du présent. L’unité 2 aborde les articles partitifs, les adjectifs démonstratifs
et possessifs, les prépositions et adverbes de quantité et de lieu, les pronoms
toniques, la conjugaison de l’impératif et les verbes pronominaux. Avec l’unité
3 sont présentés les pronoms compléments, le futur proche, le passé composé
et l’imparfait. Et pour la dernière unité pédagogique, l’unité 4, il reste les
pronoms «en» et «y», les pronoms relatifs (qui, que, où), les comparatifs et
superlatifs, la conjugaison du futur, du présent continu et du passé récent.
Dans le NSF, à la suite de ces pages dites «vocabulaire et grammaire», la
méthode propose des pages «activités» comportant en particulier des exercices
de systématisation intitulés «mécanismes»; ces exercices structuraux, pour la
plupart exercices de substitution ou de transformation, portent essentiellement
sur les points de grammaire abordés dans chaque séquence A, B, C. Si, selon
l’approche communicative, on divise la démarche pédagogique en quatre
phases (Anticipation et Compréhension [globale et finalisée ou fine]/ Repérage
et Conceptualisation/ Systématisation/ Production), ces exercices structuraux
peuvent se faire, comme exercices de réemploi, juste après la deuxième de
ces phases.
Prenons comme exemple le Mécanisme B de l’unité 2, leçon 2 (p.70).
(question) -- Il prend du vin ?
(indice) -- Non,
(réponse) -- Non, il ne prend pas de vin.
(question) -- Vous voulez des pommes de terre ?
(indice) -- Non,
(réponse) -- Non, je ne veux pas de pommes de terre.
A vous !
(question) –Vous buvez de la bière ?
(indice) -- Non,
(réponse) -- _________________.
(question) –Elle mange des fruits ?
(indice) -- Non,
(réponse) -- _________________.
A l’aide d’un magnétophone, le professeur donne à écouter successivement les
deux items déclencheurs que les étudiants auront à noter sur leur cahier et à
répéter. Ils doivent ensuite, par comparaison et réflexion être en mesure de
compléter les items suivants.
Les deux items déclencheurs (question et réponse) sont enregistrés sur la
cassette de l’élève; elles sont aussi données dans son livre. Il est pourtant
préférable que les apprenants fassent ces exercices livre fermé, et cela pour
deux raisons. Premièrement, pour un travail de l’oreille, une écoute attentive
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afin de bien comprendre ces phrases. Deuxièmement, pour induire un travail
de réflexion des étudiants et les amener à conceptualiser, à élaborer les règles
à partir desquelles les items suivants seront complétés. Ce travail de réflexion
favorise la mémorisation.
Cependant il est à noter que, parfois, il manque à ce genre d’exercices une
réelle situation de communication pourtant considérée comme essentielle dans
l’approche communicative. Malgré tout, mon expérience m’amène à penser
que ces exercices fonctionnent très bien pour le public chinois qui est timide,
qui n’ose pas un énoncé dont il n’est pas sûr, par peur de perdre la face.
Par ailleurs, pour l’essentiel, ce genre d’exercices permet d’acquérir des
automatismes concernant certains points grammaticaux dont la systématisation
est nécessaire à la production aisée en situation de communication.
La conception du Nouveau Sans Frontières repose sur la simplicité de la
progression de l’enseignement ainsi que de l’apprentissage en proposant
systématiquement des reprises avec progression quand on passe du niveau 1 au
niveau 2 puis au niveau 3. C’est un point très important pour les apprenants ;
s’ils sentent qu’ils maîtrisent déjà la plupart des connaissances qu’on leur
a proposées, cela peut les motiver plus et les encourager en facilitant leur
apprentissage.
Reflets
Dans ce manuel, la présentation du vocabulaire se compose de deux parties :
«des mots du feuilleton» pour chaque épisode, et la rubrique «des mots pour le
dire» pour un dossier, soit tous les deux épisodes. Le vocabulaire du feuilleton
semble beaucoup plus riche et varié que dans le Nouveau Sans Frontières,
car le feuilleton est fondé sur un support authentique. Il s’agit d’un lexique
assez riche et varié au gré des besoins langagiers des interlocuteurs. En plus,
la démarche pour chaque épisode de cette méthode consiste à assurer la
compréhension avant de s’intéresser à la langue, à aller du sens à la forme, du
connu à l’inconnu. En d’autres termes, à partir de ce que l’on comprend du sens
des situations, on analyse et étudie les formes linguistiques (le vocabulaire et la
grammaire) dont le sens a déjà été élucidé. C’est exactement l’objectif de la
première phase «Anticipation et Compréhension»: on va expliquer ou introduire
le vocabulaire du feuilleton en faisant le visionnement intégral pour que les
étudiants saisissent le sens en situation. Mais un autre problème se pose aussi :
on ne peut pas découper l’apprentissage du vocabulaire en différents temps
différés comme dans le Nouveau Sans Frontières, et il est sûr que les apprenants
se sentent écrasés par le travail d’appréhension du lexique ; ils ne savent plus
quoi faire devant cette brutale et importante quantité de vocabulaire. Tout cela
entraîne très souvent une mauvaise assimilation de la part des étudiants. Les
débutants, surtout, se sentent souvent désorientés et perdus avec ce volume
de vocabulaire. Par conséquent, cela risque de les décourager dès le début de
leur apprentissage.
En ce qui concerne la rubrique «des mots pour le dire», qui intervient entre
les deux épisodes, il s’agit d’un vocabulaire thématique, bien illustré et
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Réflexions sur deux méthodes françaises Le Nouveau Sans Frontières et Reflets
Expérience à l’Alliance Française de Wuhan
accompagné d’exercices assez intéressants. Par exemple, P.21 L’immeuble et
l’appartement ; P.37 Le temps ; P.53 La famille et la description de personnes ;
P.69 En ville et sur la route ; P.85 Une journée bien remplie (des activités de la
journée) ; P.101 Orientez-vous dans la ville ! (les noms de boutiques, magasins,
des lieux publics et de loisirs...) ; P.117 A table ! (meubles, équipement,
ustensiles de cuisine) ; P165 Le corps humain, la santé ; P181 Dans la nature (le
vocabulaire relatif aux vacances). Ce vocabulaire est plutôt pratique dans la
vie quotidienne, et en plus c’est le moment d’introduire naturellement l’aspect
socioculturel : par exemple, quand on traite du vocabulaire «L’immeuble et
l’appartement» avec les apprenants, le professeur peut expliquer naturellement
qu’en France, le nombre de pièces ne prend pas en compte la cuisine, la salle
de bains et les toilettes. Et P.117 «A table !», les exercices 1et 2 sont conçus
pour la compétence sociolinguistique : il s’agit de la manière de mettre la table
et puis on compare avec les manières de table en Chine.
2.2 Actes de paroles
Dans Reflets, pour chaque épisode, on peut facilement identifier les actes
de paroles du feuilleton dans la page «Communiquer» que l’on retrouve dans
la séquence vidéo sous le titre «Variations» d’une durée de 1 minute et 15
secondes. On reprend les phrases qu’on a déjà vues avec les apprenants dans
les dialogues du feuilleton, puis on fait le développement de cette partie en
donnant des paraphrases et des équivalences ou des oppositions de sens, ou
bien en différenciant les degrés de l’intensité.
On traite des sujets divers de la vie quotidienne, qui répondent bien aux
besoins langagiers de nos apprenants, tels que saluer et employer des formules
de politesse ; accepter et refuser ; exprimer son appréciation ; faire des
compliments ; demander et indiquer des directions ; demander l’avis de
quelqu’un ; faire patienter, donner des conseils ; faire des reproches, s’inquiéter
sur l’état de quelqu’un, mettre fin à une communication téléphonique...
Ces sujets sont bien en contexte dans le feuilleton, autrement dit, les apprenants
connaissent bien la situation de communication. Et lorsqu’ils abordent la
séquence «Variations», ils sont déjà familiarisés avec au moins une forme de
l’acte de parole étudiée, grâce aux phrases énoncées et étudiées à partir des
dialogues du feuilleton. Cela permet de mieux comprendre chaque situation
de communication pour chaque acte de parole et de distinguer entre les divers
éléments de chaque situation dramatique qui (parle à qui), où, quand, comment
(avec quelle intonation ou expression du visage) et pourquoi...
La séquence des «Variations» ne doit pas être isolée du reste de la séquence
pédagogique. Le professeur doit amener les élèves à voir comment ce travail
est fondamentalement lié à celui qui précède et à celui qui suit. Ainsi ce
travail doit-il commencer par une reconnaissance du sens de l’acte de parole,
sans jamais oublier la règle d’or : toujours aller du sens vers les formes. Tout
d’abord, il faut faire repérer le sens d’un acte de parole à travers le support.
Par exemple : Reflets 1, épisode 19, exprimer le mécontentement. Pour
exploiter cette séquence, on fait visionner une nouvelle fois le début de la
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vidéo (Un mardi matin, dans la cuisine, en prenant leur petit déjeuner Julie et
Benoît parlent du petit Eric, le fils de la boulangère, et Pascal arrive. Benoît lui
mentionne un rendez-vous que la boulangère vient de rappeler. Pascal n’est pas
content.), on pose les questions suivantes :
- Quel jour Pascal doit garder Eric ?
(réponse attendue : Il doit garder Eric mercredi)
- Au début de la vidéo, quel jour sommes-nous ?
(réponse attendue : Nous sommes mardi.)
-Est-ce que Pascal est content ? Que dit-il exactement ?
(réponse attendue : Ils ne pouvaient pas prévenir plus tôt...)
Les étudiants peuvent saisir les réponses en fonction des images et des
paroles énoncées dans le feuilleton. Ces trois questions jouent le rôle de
déclencheur et nous aident à introduire naturellement notre sujet «exprimer du
mécontentement». Et puis on fait visionner la séquence «Variations» de cette
partie pour que les apprenants connaissent d’autres façons de dire la même
chose. Et on peut finir cette séquence de travail en proposant une micro-situation
du manuel (P.163-1-2). Voici une autre proposition pour réemployer cet acte de
parole : Il est 9 h du matin, vous prenez votre petit déjeuner. Votre colocataire
entre et vous demande la raison de votre mauvaise humeur (cf le dialogue de
l’épisode 7) / expliquez la situation/ exprimez votre mécontentement à votre
colocataire en utilisant l’une des raisons suivantes :
- une personne vous a appelé à 8h pour vous inviter à déjeuner ;
- le responsable de l’université vous demande de faire un cours le lendemain ;
- votre dentiste vous a appelé pour vous dire qu’il annule le rendez-vous.
(attention : en France, il est culturellement inacceptable de prévenir si peu à
l’avance)
Autre chose à noter dans ce manuel à propos des actes de parole, la progression
est conçue en spirale : " se présenter " se trouve aux dossiers 0 et 1 ; "indiquer
la nationalité" aux dossiers 0 et 3 ; "accepter et refuser", "exprimer son
appréciation" aux dossiers 2 et 6 ; "demander une explication" aux dossiers 2 et
11 ; "faire patienter qqn" aux dossiers 6 et 10...
Signalons encore que, dans cette méthode, il est tenu compte des registres de
langue : les énoncés changent selon le statut, l’âge, le rang social, le sexe...
de l’interlocuteur.
Prenons pour exemple de l’acte de parole "faire patienter qqn" qui est
traité de façon différente aux épisodes 12 et 19. En étudiant la séquence de
l'épisode 19, il est possible de le comparer au 12 dans le but d’apprendre aux
étudiants à reconnaître les différents registres de langue selon la situation de
communication. Cette reconnaissance n’est pas seulement linguistique mais
aussi culturelle. Elle est liée au vécu quotidien de l’étranger dont on apprend
la langue.
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Réflexions sur deux méthodes françaises Le Nouveau Sans Frontières et Reflets
Expérience à l’Alliance Française de Wuhan
épisode 19 (P.163) épisode 12(P.107)
1. Plus tard. Je vais battre un record ! 1. Vous permettez quelques instants ?
2. Attends un peu, c’est presque fini. 2. Vous pouvez m’attendre un instant ?
3. Tout à l’heure. Il n’y en a plus pour longtemps! 3. Excusez-moi, je n’en ai pas pour longtemps.
4. Pas maintenant. Laisse-moi terminer ma partie. 4. Excusez-moi, je reviens tout de suite.
Dans le Nouveau Sans Frontières, les actes de paroles ne sont pas étudiés
pour eux-mêmes et se trouvent dans la page «Vocabulaire et Grammaire».
Par exemple : «pour saluer», «interroger», «donner des ordres», «féliciter»,
«interdire», «demander une autorisation», «accord ou désaccord» ... Donc dans
cette méthode, leur présentation est beaucoup moins riche que dans Reflets,
et en plus, le traitement de cette partie est sans contexte sociolinguistique
précis. En ce qui concerne les niveaux de langue, ce n’est pas aussi varié que
dans Reflets . On peut dire que c’est moins bien fait pour ce qui concerne la
compétence socioculturelle.
2.3 Cultures, civilisation
La culture française (ou francophone) fait partie intégrante de la langue
française : par les dialogues enseignés, de nombreux éléments culturels,
implicites et explicites, sont présentés. Ces éléments font surtout référence au
mode de vie des locuteurs natifs de la langue française, et ne se réfèrent donc
pas uniquement à la littérature (comme dans les méthodes dites «grammaire-
traduction»).
Grâce aux supports authentiques, cet aspect de l’apprentissage est
particulièrement présent dans les cours, dans les dialogues du feuilleton,
dans la vidéo, dans le vocabulaire, dans les exercices, dans le comportement
verbal et aussi non verbal. Les apprenants vont faire la découverte d’une autre
culture : la culture française (francophone) tout au long de l’apprentissage de
sa langue et ce, avec plaisir.
Dans Reflets, la vidéo est mise à profit pour exploiter l’extra verbal avec, pour
chaque épisode, l’activité dite «observer les comportements» (activité pratiquée
dans la phase «compréhension»). Les observations du comportement non verbal
portent sur les jeux de physionomie, le regard, la gestuelle, l’intonation de
voix et la proxémique dans la mesure où ces comportements sont reliés à
une intention de communication et permettent de la cerner. Si l’intention de
communication est claire d’après la situation de communication, on note le
comportement qui l’accompagne. A d’autres moments, c’est le comportement
des personnages qui permet de décoder leurs intentions. Ces activités n’ont pas
pour but de transformer les apprenants en «imitateurs serviles», mais de les
aider à mieux percevoir les autres, à mieux comprendre leurs réactions.
Des membres d’une même culture ont en commun un important savoir partagé.
Grâce à leurs traditions et à leurs habitudes culturelles, ils sont rompus au
décodage des multiples signes non verbaux et aux allusions ancrées dans leur
culture. Par contre les apprenants sont souvent désorientés tout au début, car
ils ne retrouvent pas les marques et les habitudes de leur propre culture... et
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ils ne peuvent pas non plus s’appuyer sur les énoncés qu’ils ne sont pas encore
en mesure de déchiffrer. Les professeurs doivent donc les aider à utiliser leur
connaissance du monde et leurs expériences en s’appuyant sur ce qu’ils ont en
commun avec des individus de culture francophone dans leurs comportements
et rapports aux autres.
Par ailleurs, ce manuel propose une page de civilisation pour un dossier,
soit tous les deux épisodes. Cette section est orientée vers la connaissance
d’aspects ponctuels et sur des essais de comparaison avec ce qui se passe et se
fait dans la communauté des apprenants. Il s’agit d’un reportage de civilisation
reprenant des images de France avec un commentaire linguistiquement adapté
au niveau des apprenants. Pour le niveau 1, sont traités les sujets suivants : la
francophonie, les fêtes en France, les transports urbains, tous à table, la haute
couture, le sport, des villes qui bougent, le patrimoine.... Globalement, il s’agit
plutôt de repères sociaux, quotidiens ou économiques. Et pour le niveau 2,
sont présentés des repères géographiques, politiques : la Côte d’Azur, l’Alsace,
la Bretagne, la Bourgogne, le Nord Pas-de-Calais, la Région Rhône-Alpes, la
République Française, le Québec, la Belgique... autant d’éléments qui donnent
une France aux cent visages… et au-delà. On en vient tout naturellement à se
poser la question suivante : quelle langue enseigner, quelle culture enseigner ?
La France, en effet, n’est pas l’unique pays où l’on parle français ; en fait, de
nombreux pays francophones ont leurs propres cultures, tout à fait différentes
de celle de la France, ou influencées par elle. Au fur et à mesure, on découvre
avec les apprenants, que l’on enseigne des langues françaises, et non pas le
français, des cultures francophones, et non pas la seule culture française.
Voyons maintenant comment la culture est traitée dans le manuel NSF. Ces
informations sont données dans la rubrique «dialogues et documents», dans les
exercices sur les documents et les textes. Y sont abordés les thèmes suivants : la
politesse (tutoiement ou vouvoiement), les loisirs de deux jeunes Parisiens, la vie
d’un couple de retraités à la campagne, le logement, les repas, les restaurants
et cuisines régionales, les fêtes, la police, les études... les grands personnages
comme Yves Montand, Victor Hugo, Edith Piaf, Napoléon 1er, Alexandre Dumas,
Monet, Picasso... Quelques lieux de Paris (l’avenue des Champs Elysées, l’Arc
de Triomphe, la tour Eiffel, Montmartre, le Centre Georges Pompidou...) Et
quelques régions de France : la Bretagne, la région du Larzac, la région de la
Loire et ses châteaux. Une comparaison de cette liste de thèmes avec celle
de Reflets fait apparaître que les documents de NSF sur la culture répondent
plutôt à une demande d’informations sur la géographie, l’histoire politique,
l’histoire de l’Art, et à une moindre référence à la vie quotidienne. De plus, il
n’y est tenu aucun compte de l’aspect non verbal ; mais cela tient au support
(le NSF est une méthode plus ancienne, datant de la fin des années 1980, dans
laquelle la vidéo n’était pas encore intégrée pour des raisons de coût; il s’agit
donc d’une méthode essentiellement audio et non pas audio-visuelle comme
Reflets, qui comporte des documents vidéo.)
Dans le NSF, les documents sont des photos, dessins ou textes, donc moins
intéressants, moins vivants que le support vidéo. La langue française, comme
toute langue, peut non seulement se parler, mais aussi «se sentir». Les images
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Réflexions sur deux méthodes françaises Le Nouveau Sans Frontières et Reflets
Expérience à l’Alliance Française de Wuhan
vidéo donnent donc plus de plaisir aux yeux et aident à mieux interpréter la
langue.
Par conséquent, dans le NSF, l’exploitation est moins interactive, puisque
c’est généralement le professeur qui donne les informations aux étudiants ;
même s’ils peuvent regarder les photos, ils sentent que c’est moins réel que
le reportage vidéo avec lequel on peut faire travailler les yeux, les oreilles, la
perception... Les étudiants sont plus motivés et intéressés par la présentation
de la vidéo que par l’explication du professeur.
Nous sommes persuadés que l’accès à des connaissances extralinguistiques
est un facteur essentiel de motivation pour l’apprentissage d’une langue.
La classe de langue est toujours fondée sur les échanges langagiers, donc ce
n’est pas le professeur qui joue seul, mais c’est le professeur qui fait jouer les
étudiants,...
Conclusion
Cette brève analyse de certains volets des deux manuels nous a permis de
réfléchir sur les aspects positifs et négatifs de chacun. Toutefois, y a t-il
une méthode parfaite ? Je pense qu’il n’y en a pas et n’y en aura jamais.
Chaque méthode d’enseignement a son charme; traditionnel ou moderne, tout
manuel a ses points forts ; chaque enseignant a ses atouts et tout public a
ses caractéristiques spéciales. L’essentiel, c’est que l’enseignant doit bien
connaître son public avec ses besoins, ses difficultés et cherche à répondre à ses
attentes. Le professeur joue toujours le rôle de guide, conseiller, technicien et
animateur; il écoute les apprenants, les aide à atteindre leurs buts et objectifs.
Donc il doit être capable d’effectuer des choix, à partir des besoins de ses
propres élèves, et d’analyser ses pratiques d’enseignement pour se remettre
en cause.
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